Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République.

 

Cinq ans de division, deux mois d’unité

 

Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République. C’est une élection qui corrompt tout. Elle instaure le pire archaïsme possible parmi les masses, le salariat, les partis et les militants : elle personnalise la politique pour mieux dépolitiser les personnes.

En prenant le pas sur toutes les autres, le présidentialisme déprécie les forces vives, les corps intermédiaires, les syndicats, les associations, les partis, la vie citoyenne tout simplement. Cela éloigne la majorité du peuple de la volonté et de la capacité démocratique de décider et d’agir à la base. Le présidentialisme est un terrain de manipulation, de « coups », de sondages auto réalisateurs, et de « grand jeu » asphyxiant, sur-calculés par les puissants médias. Unique en Europe, c’est un système plus monarchique que républicain basé sur un mode de scrutin binaire et une mécanique de sélection-élimination d’un « roi ». Quand on passera à la VI° République sociale, pour laquelle nous militons depuis des décennies, ce sera la première chose qu’on supprimera.

En avril mai 2017 ce fut aggravé avec la victoire imprévisible, inattendue et spectaculaire de l’aventurier de la finance, Emmanuel Macron poussé par les banques, le Medef, la classe bourgeoise. A droite il s’est imposé contre Fillon et Le Pen. A gauche, sa victoire a été le double fruit amer de la trahison du quinquennat maudit Hollande Valls de 2012 à 2017 et de la division entre les candidats Benoit Hamon et Jean-Luc Melenchon de janvier à mars 2017 : le 1ertour du 23 avril fut un désastre et la gauche fut écartée du 2° tour.

 

Comment vaincre le présidentialisme ?

 

Il eut été possible de 2017 à 2022 de préparer une reconstruction à gauche, démontrant que le système « jupitérien » de Macron était un redoutable et violent extrémisme libéral et que seule une relève de masse démocratique militante, unitaire, basique pouvait redonner la parole au peuple, au salariat. La gauche ne se fait pas par la force mais par l’adhésion. Pas par diktat mais par conviction. Notre socialisme est démocratique pas césariste. Sans démocratie, pas de révolution socialiste victorieuse. Sans tisser des liens horizontaux, dans les entreprises, les bureaux, les écoles, sur les territoires, pas de majorité organisée et consciente du salariat. Dynamique et mobilisations ne se dictent pas d’en haut mais s’imposent par la volonté d’en bas.

A travers les mobilisations successives de 2017 à 2020, contre les ordonnances Macron-Pénicaud cassant encore plus ce qui restait du code du travail après Hollande El Khomri, contre les projets de retraite par points remplaçant les cotisations sociales, contre le démantèlement de la SNCF et sa privatisation,  avec le mouvement  révolutionnaire des gilets jaunes,  en défense du climat, il eut été possible de consolider une gauche d’union dans les luttes.

Quand en été 2019, à Blois, Olivier Faure proposa « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni communiste, ni insoumis mais qui soit tout ça à la fois », il se fit mépriser. Faure rajouta pourtant courageusement : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective. »S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire”. “Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter. » Mais faute d’avoir une réponse unitaire, il se vit imposer, par les droitiers du PS, la candidature d’Hidalgo.

Quand Jean-Luc Mélenchon s’étant déclaré candidat, sans en discuter avec quiconque d’autre à gauche et ensuite demanda au PCF « un accord » Fabien Roussel lui répondit : « - Mais pourquoi n’es tu pas venu me voir avant de te déclarer». C’était imparable !

Quand Yannick Jadot proposa une réunion unitaire en avril 2021, la LFI ne fit que d’y être présente sans rien proposer. Et quand fut venue l’heure de la primaire d’EELV, en octobre 2021, il n’est pas certain qu’EELV ne préféra pas Yannick Jadot.

Au lieu de faire table vide, il aurait été possible de constituer un grand front syndical et associatif comme ce fut, extraordinairement et exceptionnellement proposé par la CGT, la FSU Solidaires, et 22 associations, les 20 mai et 6 juillet 2019 par « #plusjamaisça » en élaborant une plateforme commune.

 

Mais la ligne de la LFI qui était en tête de la gauche et avait la responsabilité de la stratégie, fut, soit de s’imposer en force aussi bien aux législatives de juin 2017, qu’aux européennes de 2019, soit de n’avoir carrément pas de stratégie unitaire aux municipales de 2020 et au régionales de 2021.

Chaque fois, à cause de cela, ce fut un désastre : le 26 mai 2019, 6,3 % des voix LFI (contre 6% au PS, 12 % a EELV). Aux municipales le 15 mars 2020, le refus de bataille pour l’unité de la gauche, aboutit  à des listes estampillées « citoyennes » dans 550 villes mais seulement 30 maires et 350 conseillers municipaux LFI. Pour le second tour du 28 juin, les Insoumis ne sont présents que dans 200 listes Jean-Luc Mélenchon, pourtant député de la ville, se tient à distance du Printemps marseillais de Michèle Rubirola : il n’a pas soutenu cette liste au premier tour et s’est prononcé pour elle au second tour du bout des lèvres, et sans que les candidats Insoumis s’affichent à ses côtés. N’avoir pas eu de stratégie unitaire aux municipales, aboutit à ce que LFI peine à exister aux régionales et laisse une gauche tantôt minoritaire, tantôt absente. Si bien que tout a abouti à enjamber cinq années de scrutins intermédiaires en reportant tout sur la candidature unique de la présidentielle de 2022 sans avoir construit de cadres collectifs à la base, sans avoir des appuis suffisants dans les villes, les départements, les régions, les syndicats, les associations.

Cela a créé de profondes frustrations, des divisions accrues à gauche, des polémiques à contre-courant des attentes unitaires de 81% de l’électorat et de 73% qui réclamaient une candidature commune.

Des centaines d’initiatives, appels de personnalités, d’artistes, appels de syndicalistes, appel #plusjamaisça, « Big bang » appels des unitaires séparément et ensemble dans chacun des partis (2022 en commun, Unalt22, etc.. ), appels d’élus, (appel de Romainville), appels pour une « primaire populaire », rédaction d’un socle commun, élaboration de multiples projets de plateformes unitaires, pullulèrent, témoignant de la volonté profondément unitaire de la gauche, mais se heurtaient toutes à un refus inflexible de Jean-Luc Mélenchon. Même la « primaire populaire » avec 467 000 inscrits, et 392 830 votants ne parvint pas à ébranler le refus d’un candidat unique. Contre l’exigence de l’unité, ils n’en démordaient pas : « la force ira à la force »  du candidat (LFI) » : telle était la seule stratégie et l’AEC (programme LFI « avenir en commun ») devait seul servir de  base de ralliement.

Les puissances de la finance détenant 95 % des médias, les instances intermédiaires, ville, département, région jouant à plein, la division  aboutissant à une surenchère de polémiques au sein des 7 candidats qui se présentèrent à gauche, l’absence d’un réseau de collectifs à la base, tout cela a abouti à un nouveau désastre le 10 avril 2022, la gauche étant éliminée une deuxième fois du 2° tour

Macron a réussi à passer le 1er tour avec uneabstention à 25,2 %. Avec 1 voix sur 5, il (re)devient président par défaut, puisque au 2° tour, avec 28,01 % d’abstentions soit 38,52 % des inscrits (contre 43,61 % en 2017) un de ses électeurs sur 2 n’a pas voté pour lui mais pour faire barrage à Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon peut quand même se vanter, sur son talent, deux fois d’avoir fait une percée impressionnante avec 19,58 % des voix en 2017 (7 059 951 voix) et 21,9 % (7 714 949 voix) en 2022.

Chaque fois, des millions d’électeurs de gauche qui refusaient le « choix » odieux d’un 2° tour entre Macron et Le Pen se sont ralliés de façon réaliste, dans les derniers jours, à sa candidature dés lors qu’il était le mieux placé. D’un certain point de vue, il avait raison, « la force s’imposait » sur ceux qui avaient moins de forces, cela obligeait les électeurs à instrumentaliser son nom. Mais les conditions forcées dans lesquelles ça se faisait ne permettaient ni l’élan dynamique, ni la lame de fond suffisante pour franchir la barre du 2° tour. Il lui a manqué 421 420 voix. C’est comme un plafond de verre : sans unité, Mélenchon pouvait se moquer des « nains de gauche » (et ces derniers se rabougrissaient en effet au point de lancer des querelles dérisoires) mais ralliement ne fait pas enchantement, réalisme ne fait pas dynamisme, la division a nourri de fortes abstentions. Sans appuis dans les municipalités, départements, régions et sans dynamique unitaire enthousiaste suffisante à gauche, ça poussait mais ça ne gagnait pas. Et pourtant la gauche était très puissante dans le salariat, et avec une autre stratégie, basée sur l’unité, elle aurait pu passer. Au total elle a eu 32 % des voix et, unie, aurait été en tête : ce qui pouvait changer tout.

 

Avril mai juin 2022 l’unité en deux mois :

 

Le soir du 10 avril, le choix était impitoyable : « s’unir ou périr ». La victoire biseautée de Macron étant assurée le 24 avril, restaient les législatives des 12 et 19 juin, qui étaient traditionnellement une réplique de la présidentielle.

- Soit (comme GDS le déclara le 10 avril à 21 h sur Blast) il y avait 577 candidats de LFI, 577 candidats du PCF, 577 candidats du PS, 577 candidats d’EELV,  577 candidats de LO,  et il y avait la possibilité qu’aucun député de gauche ne soit élu à l’Assemblée. Tous les appareils, grands et petits, de la gauche allaient souffrir durement.

- Soit il y avait un accord, un partage, « un seul candidat de gauche par circonscription » sur une plateforme commune,

 

Ce fut chaotique : le soir du 10 avril encore se criaient « Roussel à la poubelle » et « Ici est la force », s’affichaient les portraits des « Trois traitres, Roussel  Hidalgo Jadot » qui avaient « empêché de gagner ». Le 12 avril il n’était question que d’unité avec le  PCF, le NPA et EELV et il s’écrivait qu’il n’en était « pas question avec le PS et c’était définitif ».

C’était intenable donc le double tournant s’imposa enfin, comme nous le voulions, sans exclusive : sur l’unité et sur la plateforme. Avec le PS et LFI, le PCF et EELV.   Il était impossible de ne plus entendre Olivier Faure lorsqu’il fit voter le CN du PS du 19 avril (167 voix à 101) pour une unité de la gauche avec partage des circonscriptions et une plateforme commune. EELV dut renoncer à son triomphalisme de la nouvelle « ère verte ». Le PCF, bien que son principal dirigeant se fasse bougon, ne put éviter l’unité pour sauver son groupe parlementaire.

 

Alors qu’on nous disait la veille que c’était impossible, que les « gauches étaient irréconciliables »,  en quelques jours tout bascula.

LFI qui ne voulait pas d’unité, tourna à 180° et s’en fit le moteur,  elle ne voulait pas entendre parler d’une autre programme que l’AEC, et elle rédigea un « programme partagé ».

Ce fut sans surprise, quand tous furent autour de la table : les retraites à « 60 ans »  l’emportèrent et non pas les « 65 ans » ni les « 62 ans » ! On aurait pu le parier un an, deux ans, trois ans plus tôt. Dés que la volonté d’écrire une plateforme commune l’emportait,  le contenu basculait forcément à gauche. Très à gauche : puisque le « programme partagé » en 650 mesures est sans doute le meilleur possible.

Dans ce grand tournant triomphal vers l’unité de la gauche, on a pu seulement regretter que des courants de la gauche, comme GDS, ne soient pas intégrés. Il ne faut jamais ignorer les plus petites sensibilités que soi, surtout quand elles ont eu raison politiquement. « Ensemble », Nouvelle Donne, ont été ignorés. Certains, comme le POI eurent des candidats dans des circonscriptions.

 

L’intergroupe des députés NUPES et chacun des groupes n’en sont pas moins très pluraliste, et c’est tant mieux, pour le meilleur et pour le pire, car ça amènera du débat et de la démocratie, de la vitalité et de l’action.

 

Corrigeons les effets de  5 ans de division et faisons fructifier les 2 mois d’unité

 

Nous avons souffert durement, comme tout le salariat, de la division et nous l’avons combattu pendant cinq ans, mais ce qui s’est passé en deux mois, nous réjouit : l’avenir est à la NUPES, elle doit se consolider sur son « programme partagé », elle doit travailler ensemble durablement, avec enthousiasme, elle est la seule alternative à Macron et au RN (auquel LREM fait les yeux doux).

En deux mois, tout n’a pas pu être fait, bien évidemment, les choix des circonscriptions ont été effectués à l’arraché, la division ne s’est pas effacée partout comme par un coup de baguette magique, l’apprentissage du travail en commun demande plus de  temps, des équipes doivent se connaître et se reconnaitre avec du respect, de l’écoute, de la pratique sur le terrain. Ce n’est pas fait partout et c’est encore à faire.

Mais nous avons un  formidable base commune. Organisationnelle et programmatique. Dans les mois qui viennent, stimulés par les 6 556 198 voix et les 13,94 % du 2° tour, (en % par rapport aux inscrits), la première opposition à Macron  c’est dorénavant indiscutablement la NUPES, au Parlement et dans les luttes sociales. Elle est à 3 points en sièges du parti de Macron et elle fait le double de voix du RN.  Les luttes de classes vont être stimulés par ce résultat et l’affaiblissement spectaculaire du pouvoir de Macron nous ouvre de nouvelles perspectives : c’est le parlementarisme qui remonte contre le présidentialisme et c’est enfin positif.

GDS se félicite de ce courant vers l’unité, et se situe, sans réserve au coeur de la NUPES, avec toutes ses composantes, et nous allons y occuper toute notre place. Développer la NUPES,  son « nouveau parlement populaire »  à la base comme au sommet, construire une maison commune démocratique, pluraliste, unitaire, de toute la gauche (en s’inspirant du « congrès du Globe »), tel est le nouveau monde auquel nous travaillons pour que le salariat prenne  le pouvoir et construise le socialisme démocratique.

 

Gérard Filoche

 

 

 

 

 

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