Maître de conférences à l’université Paris 7, membre du SNESUP-FSU depuis 1968, figure militante de la Ligue communiste puis de la LCR (1969-2009), Jean Malifaud est décédé samedi 10 janvier. Hommage de ses camarades.
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Jean est parti tôt ce samedi. Je l’avais vu la veille à l’hôpital avec le reste de cette si belle énergie que je lui ai connue depuis le début notre long parcours de camaraderie militante juste après 68, lorsqu’il a rejoint La Ligue et qui, presque tout de suite, est devenu une profonde amitié avec une très grande complicité.
La tornade bienfaitrice de ce joli mois de Mai 68 a transformé le brillant prof de math un peu sage à la faculté de Jussieu en un indigné permanent. Cet alignement des planètes, révoltes culturelles, révoltes sociales et mobilisations internationales, l’a presque naturellement amené à rejoindre la Ligue après la dissolution de la JCR par Raymond Marcellin pour s’embarquer avec elle dans une grande aventure qui, aux côtés des combattants vietnamiens dans la continuité de l’appel de la Tricontinentale, nous faisait rêver de convergence de toutes les luttes et de révolution permanente.
Nous avons tous et toutes été emporté·es dans ce compagnonnage qui a bouleversé nos choix de vie : militantisme permanent, engagement politique, syndicaux, engagements internationalistes et antifascistes qui ont fait quasiment tout nôtre quotidien et surtout bousculé, pour ne pas dire plus, nos engagements plus personnels. Jean avait beaucoup d’autres passions : math, cuisine, resto ou encore travail du bois. Il aimait les soirées conviviales, la bonne bouffe et le bon vin. C’était un homme drôle et généreux. Ce fut aussi un homme amoureux, un père, un grand-père et un arrière-grand-père. Nous pensons à tous ses proches.

Jean Malifaud, lors d’une mobilisation en soutien au peuple ukrainienJean fut acteur important de la vie de la Ligue. Il participa longtemps à sa direction et fut membre de nombreuses commissions. Il a eu une place importante dans les nombreux débats de tendance qui ont traversé la ligue aux côtés d’Olive, Hélène, François, Samy et tant d’autres. Il était partie prenante de toutes les actions de solidarité : avec le combat des peuples indochinois, manif puis occupation et transformation de la place du Tertre en territoire libéré, solidarité avec les travailleurs polonais, manif et affrontement avec la police pour dénoncer la répression sanglante contre les étudiants mexicains, manif pour Lip ou encore celle du centenaire de la Commune avec Higelin. Et surtout son engagement aux côtés des Sandinistes, pendant six mois sur place pour enseigner les maths et participer avec tous les camarades partis dans les brigades de solidarité à une action concrète pour aider un début de processus révolutionnaire sur le terrain. Et encore son engagement antifasciste, antiraciste, pour les Sans Papiers, pour la Palestine, pour l’Ukraine…
Depuis 1968, Jean a aussi eu un engagement syndical très important dans le SNESUP et dans la FEN au début puis, suites aux manœuvres de la direction jusqu’à la scission, dans la création de la FSU pour défendre un syndicalisme de lutte où les orientations sont le résultat des confrontations et d’une synthèse entre les diverses orientations proposées.Il fut aussi un des principaux animateurs de l’Ecole Émancipée, tendance syndicaliste révolutionnaire qui, après le départ de la FEN suite à la scission, va prendre une place et une influence importante dans la FSU. En 1995, pour la première fois le syndicalisme enseignant va faire le choix de la grève reconductible et l’ÉÉ a été la composante qui a permis cette évolution.
Jean était un enthousiaste des expériences de mouvement large, prêt à faire des pas de côté pour tenter de réussir à créer ce mouvement nous permettant de peser plus et mieux sur les événements sociaux avec pas toujours les résultats espérés. Déception certainement, renoncement jamais ! Puis ce fut le temps des éloignements plus importants sur des choix qui ont rendu incompatible pour certain·es de rester ensemble dans une même organisation : GA, Ensemble, GES et L’APRES.
Nous étions toujours côte à côte dans les combats essentiels, encore plus depuis que la peste brune et ses affidés que nous voulions « écraser dans l’œuf » menacent sur tous les continents. Nous pensions : « plus jamais ça », et nous voilà rendus à devoir nous préparer à une bataille autrement plus difficile : stopper leurs avancées. Jean en aurait été un acteur essentiel évidemment.
Mon camarade, mon ami, mon copain, on te garde dans nos cœurs et on t’emmène pour nos combats de demain.
No passaran !
Alain Cyroulnik et Monique Migneau
> Les obsèques auront lieu samedi 17 janvier au cimetière du Père Lachaise, à 10h, dans la Grande Coupole (l’entrée rue des Rondeaux, métro Gambetta, est la plus proche). Il faut arriver entre 9h30 et 9h45.









