La révolution de la transparence salariale

Il existe un vrai complot, un embrouillamini intellectuel émanant des médias dominants de notre pays, pour masquer la véritable puissance du salariat. Le but est d’empêcher les 30 millions de salariés, 90 % des actifs, de prendre conscience collectivement qu’ils sont une même classe, ont les mêmes intérêts et peuvent donc renverser et transformer en profondeur la société d’exploitation qu’ils subissent.

Macron en 2017 prônait une « société sans statut », une société post -salariale » « sans cotisation sociale » et ses premières ordonnances « Pénicaud » ont consisté à détruire le code du travail déjà lourdement cassé dans ses fondements sous Hollande, par les lois Sapin, Macron, Rebsamen, El Khomri.

Tous les jours, ils inventent quelque chose, soit que le salariat s’hétérogénéise, soit que le salariat n’est pas une classe, soit que la précarisation et l’ubérisation (le retour aux tâcherons) sont l’avenir. Ils veulent supprimer les salaires bruts, la durée légale du travail à 35 h, les droits et dignité du travail, les conventions collectives, les prud’hommes, les institutions représentatives du personnel, la médecine du travail, l’inspection du travail, les contrats et protection contre le licenciement, c’est-à-dire tout ce qu’ils ont été historiquement obligés d’accorder en échange de la subordination du travail. Ils prônent une « soumission librement consentie ».

Coup de tonnerre programmé pour juin 2026 :

Et puis voilà que déboule une directive européenne 2023/070 adoptée en avril 2023, visant à renforcer la transparence salariale et qui doit s’appliquer d’ici au 1er juin 2026.

Elle vise à renforcer le droit des employés à l’information, en particulier les femmes, à demander et obtenir des informations sur leur propre niveau de rémunération et les critères de fixation des salaires et les écarts par rapport à leurs collègues. Ce droit peut aider à lever les barrières à la négociation salariale et sensibiliser davantage les salariés à leurs droits collectifs. Des sanctions sont prévues en cas de non-respect par les employeurs incluant des amendes, la suspension de certains avantages, l’obligation de corriger les écarts détectés.

Un rapport sur les écarts de rémunération deviendra obligatoire tous les ans dans les entreprises de 250 salariés et plus et tous les 3 ans dans celles entre 100 et 249 salariés.

La feuille de paie est le plus important dans la vie de 30 millions de salariés.

Ce qu’ils mangent, comment ils sont logés, soignés, l’avenir de leurs enfants dépend de la feuille de paie. Elle va être rendue publique : cette transparence va révéler les écarts de rémunération femmes-hommes, employés-cadres, soulever les questions d’équité au travail, entrainersi les syndicalistes s’y prennent bien, la révision des grilles de salaires et la mise à mal des discriminations. Cela vaudra dès les salaires offerts à l’embauche.

Les salariés déjà en poste bénéficieront d’un droit d’accès étendu aux critères qui déterminent leur niveau de rémunération. Ils pourront notamment demander : les critères de classement des postes ; les conditions d’évolutions salariale ; les règles liées à l’expérience, aux compétences ou aux responsabilités. Résultat : les entreprises devront disposer de systèmes de rémunération structurés et cohérents. Les écarts existants devront être justifiés.

80% des patrons disent n’y être pas prêts. La directive dit « vouloir créer une culture d’équité ». Le salariat, sous le choc, peut trouver l’occasion d’exiger une culture d’égalité « à travail égal salaire égal »

Ils vont tout faire pour empêcher ça

Déjà c’est la panique à bord au Medef. Ils disent « craindre les tensions en entreprise ». Ils cherchent à empêcher la transposition, à banaliser la directive, comme ils ont fait pour les textes précédents (loi du 22 décembre 1972 sur l’égalité salariale, article L3221-2, lois des 4 août 2014 et du 5 septembre 2018 sur l’égalité professionnelle).

Mais c’est l’occasion d’une bataille explosive. (Et l’occasion d’exiger la transparence bancaire et la transparence fiscale). Contre les primes abusives et injustes, éléments de salaires non-soumis à cotisations, il y a de quoi défendre les grilles de salaires que les patrons ne veulent plus négocier, échelons, niveaux, coefficients.

Lecornu, Farandou prennent les devants :

Afin d’anticiper en faveur du patronat et dans la foulée du budget maudit adopté pour 2026, chaque jour, le gouvernement prend des décrets pour abaisser le coût du travail : il vient de baisser les budgets formation professionnelle de 5000 euros à 1500 euros, il vient d’augmenter les frais d’hospitalisation, le coût d’une carte grise, les taxes sur les petits colis, la majoration des allocations familiales repoussée de 14 à 18 ans… Et enfin il s’appuie sur la signature d’un accord par la CFTC et la CFDT diminuant la durée des droits à chômage en cas de rupture conventionnelle. Farandou se dit ravi « -On est au-delà de ce que demandait le gouvernement. Le gouvernement demandait 400 millions d’économies, on aura 500 millions et même 1 milliard à vitesse de croisière »

Cette volonté rapace de diminuer le pouvoir d’achat, disons-le, est plus lourde de conséquences pratiques dans la vie économique et sociale, que les polémiques artificielles qui règnent sur les plateaux de télévision.

C’est la question des salaires et l’état d’esprit du salariat qui comptent pour battre la droite et l’extrême-droite.

Gérard Filoche (28 fev 26)

 

 

Il n‘y a pas d’excuse à frapper un homme à terre au risque de le tuer

C’est impardonnable et doit être condamné

Ce n’est plus de l’autodéfense ni individuelle ni « populaire »

Le jeune homme de 23 ans aussi peu respectable qu’il soit n’aurait pas dû en mourir.

 

Certes la culture des images encourage à ça.

Car policiers et fachos font ça tous les jours, les réseaux sociaux véhiculent les photos et films des agressions et tueries émanant de la police et de l’extrême-droite. Un procès est en cours où 9 policiers se sont acharnés en 78 dans un Mac Do contre des gilets jaunes présumés : il y aurait pu y avoir des morts.

 

Mais encore une fois, pour nous, dans notre culture, en dépit du climat ambiant, ce n’est pas une excuse

Ce qui distingue un militant de gauche c’est qu’il ne peut pas, ne doit pas se laisser aller ainsi : la bonne façon de combattre ça c’est d’unir toute la gauche en réaction, de faire un front unique démocratique, le plus large et le plus dynamique possible dans les luttes sociales et dans les urnes.

 

Il est impossible de régler la menace fascisante casque contre casque, bâton contre bâton, coup de pied contre coup de pied, rixe contre rixe, virilité contre virilité ! Il n’y a que par l’éveil, l’union et la victoire des idées démocratiques et solidaires, la mobilisation à caractère de masse et de classe que ça se gagne. Il faut soigneusement éviter l’impasse du « eux et nous », il faut les réduire à « eux » et élargir le front majoritaire du nous.

 

Démocratie contre fascisme, front unique contre fascisme, mobilisation de masse contre actions de milices, justice contre ratonnades, adelphités contre virilité !

 

Ensuite que l’exploitation éhontée de toute la classe bourgeoise et de ses médias de milliardaires ordinairement muets sur les exactions de l’extrême-droite, se déchaine contre toute la gauche et en profite pour la diviser, en essayant d’exploiter ça grossièrement à des fins électorales, et a un mois des municipales, un an de la présidentielle, ce n’est pas nouveau.

 

Ça s’est déjà fait dans le passé. Citons les années 1967-1974, où semblables affrontements extrême droite extrême gauche ont donné, en pire à l’époque, des situations assez comparables.

 

Alain Madelin nous attaquait à coups de barres de fer le 7 janvier 1967 à midi au restaurant universitaire de Rouen Mont Saint Aignan avec un commando d’une quarantaine de nervis d’Occident venus de Paris alors que nous distribuions des tracts pour la paix au Vietnam. Le restau U fut mis à sac, Laurent Marx malentendant blessé et Serge Bolloch’ fut hospitalisé avec une fracture du crâne grave, cela fit longtemps la « une » de tous les médias, les fachos poursuivis, arrêtés Madelin, Longuet, Robert, Novelli, Devedjian furent ensuite condamnés.

 

Les « maos » illuminés, de la Gauche prolétarienne, qui se prirent pour le « parti du peuple », multiplièrent dans le début des années 70, provocations spectaculaires, attaques de commissariat, enlèvements (Nogrette) attirant répression et obligation de les défendre, car toute la gauche devait en supporter les conséquences.

 

Des bagarres semblables éclatèrent à Nice, à Montpellier, à Assas, au Palais d’Hiver, et les idées d’autodéfense basculèrent (« BI 30 » au sein de la LC) en plans de combats, batailles de services d’ordre, de règlements de comptes antifascistes, allant jusqu’à mettre en péril des vies et des actions armées (Action directe).

 

Cela atteint un point culminant quand la Ligue Communiste sortit 300 cocktails Molotov pour « interdire » le meeting de le Pen contre l’immigration sauvage à la Mutualité le 21 juin 73 et fut dissoute le 28 juin. À l’époque, à la fois F. Mitterrand et E. Maire se déclarèrent solidaires contre la répression. Au Cirque d’Hier le 6 juillet 73 un meeting réunit toute la gauche, PS, PCF, PSU, LdH.  Ça et les débats internes plus raisonnables freinèrent le déferlement qui aurait pu se produire.

 

Ceux qui n’étudient pas l’histoire, n’ont pas d’avenir conscient. Les mécanismes se ressemblent entre les années 70 et ce qui vient de se produire.

Par contre deux choses graves sont changées :

-       c’est que l’extrême droite est devenue quasi majoritaire dans la classe bourgeoise

-       et que la gauche divisée ne fait pas front commun.

 

Les médias des milliardaires couvrent et font prospérer, à l’abri du RN, les groupuscules néo-nazis identitaires.

 

La gauche NUPES/NFP se divise inexplicablement entre les courants de l’aile droite du PS (Hollande, Guedj…) qui se laissent entrainer d’un côté, de façon opportuniste par la vague réactionnaire « meanstream » et de l’autre, est repoussée par la surenchère de LFI qui croit triompher follement, bravache, isolée, seule contre tous.

 

Pourtant la situation actuelle devrait conduire non pas à de la surenchère façon « c’est eux ou nous », virilité incluse, commandos contre service d’ordre, « fascistes contre antifas » mais à la constitution sérieuse, patiente d’un front unique solide de toute la gauche de façon à inverser le rapport de force, à diviser la bourgeoise et isoler les fanatiques néo-nazis.

 

Ce sont les luttes de masse, positives, unitaires, pour nos revendications qui comptent : quand nous sommes des millions à nous mobiliser pour nos salaires et retraites, on entend plus parler des « fachos », ils sont dans les caves.   

 

A Lyon depuis des années, il y a un microcosme ou différentes bandes de néo nazillons s’essaient à répandre toutes les formes possibles de terreur raciste : 102 attaques de l’extrême droite ont été comptabilisées et sont restées impunies.

Cela suscite comme toujours chez de jeunes militants de gauche, au vu de la nécessite de se défendre, des réactions en miroir qui sont explicables mais non défendables. C’est tomber dans un piège comme on vient de le vérifier où la victime d’extrême droite devient martyr exploité.

 

Quelque part, le cas Quentin Deranque, 23 ans, rappelle le cas Horst Wessel, 22 ans.

Horst Wessel, 22 ans fut tué par un communiste en 1929 et les nazis en firent un héros, avec commémoration, défilés, cérémonies, chants, liturgie etc,

 

Que l’Assemblée nationale en France ait fait une minute de silence pour une jeune néo-nazi est stupéfiant en ce sens.

Que la présidente Yale Braun-Pivet qui avait refusé précédemment une minute de silence pour « un cas individuel » ait honteusement orchestré cela est indéfendable.

Après la minute de silence observée pour Deranque, la première question au gouvernement a été posée par la députée RN Tiffany Joncour, élue parfaitement introduite chez les identitaires lyonnais et pour cause : son mari est Maxime Gaucher, militant d’extrême droite, condamné à plusieurs reprises pour des faits de violences. « Entre 2008 et 2016, il a été impliqué dans une dizaine d’affaires, alternant entre violences en réunion, menaces de mort, destructions de biens publics ou d’autrui, ou encore violences sur personne dépositaire de l’autorité publique », écrivait Street Press en 2024. Il est membre de la Mezza, un groupe de hooligans lyonnais qui multiplie depuis des années les agressions et les messages racistes. Gaucher s’est fait connaître dans la région en 2012 en allant voler du matériel chez les ennemis stéphanois des Magic Fans. Gaucher et ses compères avaient taggué une croix gammée dans le local et s’étaient pris en photo en faisant un salut nazi, raconte Libé.

Puis, les délires rageurs de Laurent Wauquiez et de Sébastien Lecornu contre LFI qui ont suivi à l’Assemblée, témoignent de la lourdeur de la provocation et du glissement opéré par la droite vers l’extrême droite.

 

Quentin Deranque, était membre d’Action Française créé en 1899 contre Dreyfus (« mort aux juifs ») et se voit reproché par ses propres amis d’être ce soir-là venu au secours de « Némésis » des sexistes, qualifiés de « judéo-serviles », il a fréquenté tous les groupuscules, ceux qui à Paris, on l’y voit en photo, commémorent chaque année (façon Horst Wessel) un de leurs présumés morts, Sébastien Dezieu. C’était un religieux intégriste, il portait un « scapulaire du Mont Carmel » (ou « scapulaire brun » composé de deux morceaux de laine brune attachés à un cordon, un truc que la Sainte Mère aurait donné en sacrement à Saint Simon Stock en 1251 en lui promettant que « quiconque mourra revêtu de ce scapulaire sera préservé des flammes éternelles » (sic). C’était un nationaliste illuminé qui participait créer un ordre des « Allobroges ». On ne sait pas encore tout mais il s’agissait d’un cerveau dérangé producteur d’idées inquiétantes.

Tout ça ne méritait pas de mourir à 23 ans mais ça ne méritait sûrement pas une minute de silence de 577 députés de la Nation.

Médias, droite et extrême droite, vont « touiller » jusqu’au bout, gardes à vue, enquêtes, obsèques, mémorial, procès, justice. Ils vont vouloir faire de Quentin Deranque un autre Horst Wessel.

Nous, la gauche entière, et notre classe, le salariat, nous avons à construire un autre ton, un autre front, ce meurtre n’est pas notre affaire, ce n’est pas notre ligne, pas notre pratique, pas notre morale.

 

Il n’y a pas de symétrie entre extrême droite et extrême gauche.

 

L’extrême droite, ce sont les milices et groupuscules néo-nazis, identitaires, suprématistes, les loups gris, les Croix de feu, le Klu-Klux-Klan, les racistes, les intégristes, les obscurantistes militants du retour du fascisme. Le fascisme c’est quand la bourgeoisie a peur de perdre le pouvoir et fait appel à ces bandes. C’est quand le patronat a réussi à retourner une majorité de notre classe sociale contre nous et nous pourchasse partout, nous enferme dans des camps et nous exécute. Le fascisme n’est pas là à ce jour mais il menace à travers l’exploitation de l’affaire de Lyon.

 

La gauche est humaniste et mobilise les humains, pas les nervis. Elle est rassemblée, elle n’est pas extrême. Elle ne vit que par la démocratie et le mouvement de masses – dans les urnes comme dans la rue. Elle rassemble notre classe, les salariés, avec ses syndicats, ses partis, ses associations, ceux qui produisent toutes les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent, ceux qui ont la puissance sociale pour changer cette société haïssable qui fait une minute de silence pour un neo nazi.

 

Gérard Filoche le 18 février 2026 

 

 

2016, il y a 10 ans le PS vote pour des grandes primaires de toute la gauche

 

On est en janvier 2016 et le chômage augmente toujours, et les promesses du discours du Bourget de 2012 ne sont pas tenues.

 

Dés le début de cette année nous sommes conscients que le temps joue contre nous : Hollande était tellement discrédité qu’il faut hâter sa mise au rencard afin de promouvoir une solution alternative avec un autre candidat unitaire à gauche.

 

Sinon on perd tout. A coté de ce qui s’annonce, la défaite de 1993 paraitra légère. Nous sommes arrivés, joyeux, au PS après cette défaite, mais tristement, nous ne pourrons pas rester après celle-là.

Alors, à la fois, on va batailler pour que des grandes « primaires » dégagent Hollande ou Valls, et imposent un seul candidat de toute la gauche,  et surtout on va œuvrer de touts nos forces à développer le mouvement de masse unitaire contre la loi El Khomri !

En même temps, à notre niveau, on anticipe : ayant compris qu’ils liquident le PS, on ne veut pas se laisser surprendre, ni abattre. Puisque ni Hamon, ni Maurel, ni Lienemann, ni Montebourg, ne veulent construire une équipe commune, on va créer, puis rattraper notre retard de projet organisationnel, développer le club «  GDS »  « Gauche démocratique et sociale » en lançant une nouvelle formule de « D&S » (notre but est, en premier, de rassembler toute la gauche socialiste, mais si tout éclate et échoue, de regrouper nos camarades et partisans). On crée un logo, un nouveau site www.gds-ds.org. On rajeunit : Jean-François Claudon, docteur en histoire, jeune et brillant intellectuel, militant acharné, prend la direction de notre revue D&S : c’est une tâche énorme, il va en faire, avec l’ami imprimeur maquettiste, Jacques Girma, une des meilleures de toute la gauche. Eric Thouzeau, conseiller régional, reconnu à Nantes, nouveau retraité, s’engage encore plus et prend en main l’impulsion du courant. Toute l’équipe, autour se soude, s’étoffe. On consolide notre système de cotisation, notre coordination par conférences téléphoniques régulières et bientôt on tiendra des réunions nationales mensuelles pour élaborer, discuter, affiner, coordonner les actions.

Ils détruisent le PS ? On ne se laissera pas faire, on n’a pas fait tout ça pour rien.

Nous sommes convaincus que sans primaires, il y aurait floraison de candidats. Mais pour gagner face à Le Pen qui sera au 2° tour, il n’en faut qu’un dés le premier tour.

S’il y a deux candidats de gauche, ce sera mécaniquement un deuxième tour « droite extrême droite »

 

Nous ne sommes pas des « fanas » des primaires pas plus que du présidentialisme, mais il faut faire du « concret dans une situation concrète ».

Nous ne voyons aucune autre solution pour qu’il n’y ait qu’un seul candidat, que d’organiser des « grandes primaires de toute la gauche ».

Nous n’ignorons rien des vices et aléas des « primaires » mais nous escomptons que des millions d’électeurs de gauche voudront choisir leur candidat plutôt que de perdre, et qu’ils écarteront les candidats sociaux-libéraux pour lesquels ils ne volent plus depuis 2014.

Et quelque soient les vices et aléas, choisir à plusieurs millions c’est mieux que de choisir à quelques dizaines dans le huis clos d’un bureau national. Choisir à plusieurs millions c’est même vider – un peu – le présidentialisme de son caractère bonapartiste.

 

 

Soit Hollande s’y présente et il sera battu.

Soit il ne s’y présente pas et le candidat en meilleure position pour l’emporter devient alors Jean-Luc Mélenchon.

 

Mais encore faut-il que Melenchon soit rendu suffisamment légitime pour que toute la gauche se rassemble derrière lui. C’est le seul moyen pour lui, de conquérir ceux qui ne sont pas ses partisans de premier rang.

 

Le processus des primaires permet d’associer toute la gauche démocratiquement à la candidature Melenchon, et de la « construire », unitairement comme étant  en tête  au premier tour et rassembleuse au deuxième.

La gauche socialiste, plus de 30 % du PS, votera évidemment pour lui.

Désigné en deux tours, par un puissant arc de force allant de la gauche socialiste à tout le reste de la gauche (EELV, PCF, NPA…), Mélenchon pouvait incarner la dynamique nécessaire pour effacer la trahison du quinquennat et ne pas laisser le champ libre à un duel droite-extrême droite.

 

Telle est notre analyse et notre projet.

 

Pour cela, il ne faut pas de concurrent, pas de division.  Sinon la gauche est éliminée dés le premier tour.

Si ça se joue entre la droite et l’extrême droite, les conséquences anti sociales seront terribles, comme après le 21 avril 2002.

 

Certes Lutte ouvrière nous répond que la droite et la gauche, c’est pareil, mais tout le monde sait que ce n’est pas vrai.

 

L’article 5.3.1 des statuts du PS nous donne prise, il impose des primaires citoyennes :

 

« Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la Gauche et co-organisées par les formations politiques qui souhaitent y participer (…)

Les Français sont disponibles pour un projet optimiste et des horizons constructifs. Les primaires citoyennes sont nécessaires et désirables. C’est la seule voie pour la gauche afin de prévenir le naufrage que nous redoutons lors de l’élection présidentielle de 2017. »

Ces statuts ligotent Hollande, ses partisans et le PS.

 

La motion B se prononce pour des primaires :

 

« La défaillance démocratique nationale, les renoncements accumulés à l’épreuve du pouvoir, et surtout les situations concrètes vécues par des millions de Français rendent périlleuse cette période.

Doutes ou révoltes, dépression collective et abstention s’enchaînent: notre pays ne peut se laisser ainsi enfermer et répondre par un repli défensif, sécuritaire et identitaire.

La France, c’est bien autre chose, pour nous-mêmes et pour le monde : c’est d’abord une ambition de transformation de la société.

Nous nous réjouissons des initiatives récentes qui plaident pour l’organisation des primaires. Elles sont généreuses et ambitieuses. Elles doivent être entendues et soutenues. Elles font résonner un même cri d’alerte : la démocratie est en grand danger d’appauvrissement. La Vè République est à bout de souffle.

Nous croyons possible un mouvement venu de l’intérieur de notre peuple, balayant les conformismes et l’impuissance. Cette grande respiration est indispensable. Elle doit engager des millions de citoyens dans des débats locaux, dans les quartiers et les villages. Ces primaires pour 2017 sont d’abord  des primaires pour des idées nouvelles. »

Hollande ne doit pas être notre « candidat naturel »

 

Mon intervention en BN du PS lundi 25 janvier 2016 :

Bonjour, je suis le premier à parler, mais je dois partir tôt ce soir, nous sommes moins nombreux que la semaine dernière, et pourtant cette question de la déchéance de la nationalité qu’en savons nous ? Rien. Pas plus que les 4 et 18 janvier, nous n’avons pas voté au BN, la semaine dernière, cela nous a été refusé, alors qu’au moins 98 % du BN était contre.

Le premier secrétaire a rencontré le Président vendredi dernier mais que savons nous ? La seule réponse catégorique a été faite par Sarkozy sur le perron de l’Elysée, affirmant que la déchéance de nationalité pour les binationaux restait prévue, à inscrire dans la Constitution. Mais alors à quoi servons-nous ?

A quoi servons nous ?

Jean-Christophe, tu avais dit que le parti devait « anticiper », étudier en amont les dossiers, donner son avis, peser… mais là, on ne pèse même pas  en aval ! Rien à faire, on assiste médusés, à la déchéance de la nationalité, à la casse des 35 h, à la casse de la majoration des heures supplémentaires, à la mort du Code du travail en tant que tel. Enfin, Jean-Christophe, toute ta vie politique, comme l’essentiel de nos combats, sont désavoués en ce moment !

Alors Guillaume (Bachelay), ce n’est pas à toi, ni à ton rapport, ni à ta personne que je m’en prends, mais à quoi ça sert de nous lancer dans une rédaction collective des « cahiers présidentiels » pour 2017 et de travailler comme si de rien n’était à un futur programme alors que l’ancien de 2012 est foulé aux pieds, n’a servi à rien, et à même été délibérément trahi sur tous les points, on a en tête tous, les images du travail du dimanche, de Mittal, de Goodyear, des 35 h, du 49-3 et de dizaines de sujets où le président disait exactement en 2012 tout le contraire de ce qu’il fait aujourd’hui.

On ne va pas ensemble préparer une campagne 2017 sans savoir si les 35 h seront brisées ou confirmées. Et il faut être clairs : il n’y a pas de « candidat naturel ».

Hollande n’est pas notre « candidat naturel »

Dites-lui, il ne faut pas qu’il soit « notre » candidat.

Il va nous faire perdre.

Ce n’est pas à un ministre désigné par lui de le « nommer » « candidat naturel » sans même les primaires prévues par nos statuts.

Et sans qu’on fasse bilan.

Et sans qu’on fasse programme.

D’ailleurs est-ce avec « toute la gauche » ou est-ce que le « referendum » pour l’unité à gauche (que tu as toi même voulu organiser il y a à peine trois mois sur les  marchés Jean-Christophe Cambadelis) est déjà du passé…

Parce que aujourd’hui l’évènement c’est à Davos : Manuel Valls y annonce que les 35 h sont « dégoupillées »… comme il l’avait annoncé minoritairement il y a 5 ans.

Le ministre Macron nous tape dessus à chaque intervention : il s’affiche à Davos aux côtés de son ami le mafieux et méprisant Travis Kalanick qui dirige Uber, viole nos lois, fraude nos impôts, détruit illégalement les droits des taxis. Il explique qu’il faut appauvrir les salariés pauvres et ne plus leur payer d’heures supplémentaires majorées. Qu’il faut « travailler plus sans gagner plus ». Alors que les marges des entreprises sont reconstituées comme jamais. Alors qu’il a été donné 41 milliards de CICE au patronat qui supprime chaque jour des emplois.

L’un comme l’autre, Valls et Macron, contre toutes les traditions de toute la gauche, contre toute l’histoire du progrès social, s’apprêtent à mettre fin à la durée légale du travail aussi bien de 35 h que de 48 h, y compris à la durée annuelle « oubliée » de 1600 heures.

Il y aura mille codes, autant d’accords que d’entreprises et pas de droits universels, le règne des dérogations et le renversement de la hiérarchie des sources de droits sont consacrés.

L’exploitation à la carte sans état de droit.

Sarkozy avait essayé déjà cela, il y a 5 ans. Il avait permis que soit abaissé par accord le taux des heures supp’ de 25 % à 10 %, appauvrissant les salariés soumis à des heures supp’ – Fillon et lui avaient envisagé un « taux zéro » alors, mais ils y avaient renoncé car même eux savaient que les esclaves quand ils travaillaient plus, avaient droit à un « bonus ».

Les 35 h, ça n’est pas du tout une limite à la durée du travail, hélas, ce n’est QUE le seuil de déclenchement des heures supp’.

Et là le rapport Badinter, prévoit une « compensation » à la place d’une « majoration » des heures supp’, ce qui indique que le taux zéro est plus qu’envisagé, il est déjà dans le préambule du futur non-code du travail.

Où en sommes nous en tant que parti si nous laissons casser les 35 h, vous imaginez ce que cela signifie historiquement ?

La loi la plus avancée que nous avons conquise avec toute la gauche ?

La seule loi qui ait vraiment fait baisser de façon incontestable le chômage de masse en 40 ans ? Les 40 h, les 39 h, les 35 h c’est la gauche et on doit aller vers 32 h et 30 h vite car le chômage monte chaque jour et 400 000 jeunes vont arriver sur le marché du travail chaque année jusqu’en 2030 au moins…

Encore que l’an passé il y ait eu 50 000 naissances de moins (à cause des mesures contre les allocations familiales ?) et 40 000 morts de plus (à cause du recul de l’âge de départ en retraite, du coût des soins pour les catégories pauvres, de l’absence de moyens contre la canicule ?)

Mais ce n’est pas le modèle de société que nous voulons, n’est ce pas ? Nous voulons un partage du travail et pas une « élite salariée » et une nébuleuse d’auto-entrepreneurs autour, comme disent Attali et Macron.

Cela fait cent ans que l’on construit un droit du travail, des salariés, pour les protéger, dans une relation inégalitaire des pressions dangereuses pour leur santé, leur emploi, leur vie, c’est à dire les protéger de la rentabilité,  de la compétitivité, de la productivité.

Sommes-nous surs de l’ensemble de ces choix réactionnaires dans lesquels nous nous engageons contre toutes les traditions de notre parti ?

Cent ans d’histoire de notre parti et surtout du droit social se jouent. Est-ce que nous ne pouvons pas dire stop à l’exécutif, lui dire que nous ne voulons plus aller à contre-sens, que nous voulons rester socialistes et à gauche ?

Et sinon en 17 nous n’aurons plus que le choix entre LR et FN au 2° tour ?

Et sinon, on ne rassemblera pas la gauche, on l’emmènera toute entière à l’abime ?

Cambadélis me répondit pour une fois :

«  – Tu me vois, moi, aller voir le président et lui dire qu’il ne faut pas qu’il se représente ?

- C’est exactement ce que je te demande de faire,  et le plus vite possible pour le bien du parti que tu diriges ».

Cambadelis, car la main est perdue, le PS est à la traîne,  va louvoyer tout au long de 2016 entre « grande primaire » (janvier à septembre) et « petite primaire » (septembre à décembre) tout en défendant une  « Belle alliance » (de janvier à décembre).

 

La grande primaire de toute la gauche est elle destinée à faire désigner Hollande ?  Très vite beaucoup, pas seulement nous, en doutent, il ne peut en aucun cas y être élu.

A défaut, la « petite primaire » restreinte autour des seuls socialistes, revient à resserrer le cercle des candidats et à ce que l’appareil soit obligé de soutenir Valls.

La « Belle alliance » est une tentative brinquebalante, à la fois de sortir le PS de l’isolement dans lequel il tombe, à la fois de le dépasser, d’en refaire la façade « progressiste » prête à toute combinaison. Mais aucun « partenaire » ne s’y prête,  aucun contenu attractif n’est donné.

Aucune chance.

 

Parallèlement, Macron fait campagne, mais à ce moment-là, nous n’y croyons pas ! C’est Alain Juppé à droite qui tient la corde face à François Fillon. D&S dans son éditorial d’avril 2016 balaye Macron : « le propos vide de tout contenu social de cet OVNI libéral est affligeant. Lancer une éventuelle campagne en s’affichant dans Paris-Match et dans Gala n’est qu’un signe de cette vacuité. »

Nous refusons d’imaginer, à ce stade là, que l’establishment capitaliste, médiatique et financier va lui donner 16 millions d’euros et lui accorder 300 « une » de journaux pour lui permettre de remplacer les champions de la droite qui se seront éliminés entre eux

 

Le 21 janvier 2016  : unité de toute la gauche ou non ?

Tout va se jouer là ce soir là.

 

Il se tient une réunion informelle de toute la gauche convoquée par différents canaux, semble t il à l’initiative du Parti communiste.

Ca se passe dans une salle du 20 ° arrondissement, une arrière salle de café théâtre, pas très éclairée, il y a des tables rondes de jardin en fer et des chaises du même type.

 

On est plus d’une quarantaine, en différents cercles autour des tables, et si ma mémoire est fidèle, (il n’y aura jamais de compte rendu) absolument toutes les sensibilités de la gauche sont représentées au plus haut niveau : Cécile Duflot, Julien Bayou, Marie Georges Buffet, Pierre Laurent, Clémentine Autain, Olivier Besancenot, Sandra Demarcq, Pierre Khalfa, Willy Pelletier, Annick Coupé, Alexis Corbières, Jean-Luc Mélenchon, Eric Cocquerel, Danielle Simonnet, Christian Picquet, Jean-Claude Mamet, Francis Sitel, Jean-Francois Pelissier, des syndicalistes de la CGT des Banques, de Solidaires, Attac, Copernic, PCF, EELV, Parti de gauche, NPA, Ensemble…

 

Le but est simple : peut on se mettre d‘accord entre nous sur des modalités de désignation d’un  seul candidat de gauche pour la présidentielle de 2017 ?

 

L’échange est long et tous les points de vue s’expriment. Je défends la position de ma motion « B » : « des grandes primaires ouvertes  en deux tours, et un engagement au respect du candidat désigné. Des modalités décidées et contrôlées en commun. »

 

L’opinion de tous les participants successifs est favorable jusqu’à ce que Jean-Luc Mélenchon s’y oppose.

Son ton se veut brutal, cassant définitif :

« - Pas de primaires, c’est un piège, je suis candidat, je sais faire, il faut en être capable, j’ai déjà fait, il faut savoir, ça ne s’improvise pas, ni l’argent, ni les moyens. »

Cet homme vient de fixer le sort du pays en même temps que sa propre défaite.

Sans doute pense t il que la droite gagnera, que c’est foutu, et qu’il lui faut seulement se réserver et prendre le leadership de la gauche pour le coup suivant : horizon 2022.

 

Il y aura beaucoup d’autres réunions presque hebdomadaires, – et jusqu’en septembre 2016 – notamment au café « Le lieudit » en haut de Ménilmontant et en dessous de la Bellevilloise, mais jamais Mélenchon n’y reviendra, il sera représenté par d’autres comme Cocquerel  ou Corbiére qui feront toujours barrage à l’idée de primaires et contre une quelconque forme d’accord unitaire pour une candidature unique.

Nous déduirons de ces nombreux et durables échanges qu’en fait, ils croient l’élection perdue d’avance, dont leur objectif n’est pas d’être premiers dans le pays, mais premiers à gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon, sans nous prévenir davantage, se présente individuellement et « se propose » comme candidat au journal de TF1 le 10 février 2016 : « l’intérêt général doit prévaloir »,  il veut incarner « la France insoumise et fière de l’être »

Dans blog, il écrit : « Il faut penser cette campagne comme on penserait un mouvement social en train de construire un rapport de force »

En fait il démarre sa campagne politique.

Nous, nous démarrons la campagne de masse unitaire contre la loi El Khomri.

 

 

Jean-Claude Branchereau l’écrit dans D&S mars 2016 n°233 :  « En un mois, la situation politique a changé. La loi anti-travail devient le catalyseur d’un ras-le- bol accumulé. « Trop, c’est trop ! », telle est la formule qui fleurit sur les pancartes brandies par des milliers de manifestants, le 9 mars. Du million de signatures obtenues en 15 jours par la pétition en ligne à la tribune (co-signée – trop tard – par Martine Aubry) et aux mobilisations du 9, du 10 et du 17 mars, en attendant celles du 22 et du 31, il s’agit d’un grand et même mouvement qui se dessine ».

 

 

Cette loi incarne un recul d’un siècle du droit du travail. Avant  il fut décidé d’adapter les entreprises aux besoins des humains. Avec Hollande Valls Macron El Khomri, on en revient à l’adaptation des humains aux entreprises.

Tout est concentré dans l’article 1 de la loi.

 

Rupture théorique, juridique, historique, pratique avec un siècle de code du travail

BN du PS lundi 7 mars 2016  :

Ce jour là, la nouvelle ministre vient en personne nous présenter sa loi. Comme si le PS avait  la puissance d’en discuter ! En fait la majorité du congrès de juin 2015 du PS elle-même avait voté « non à l’inversion de la hiérarchie des normes » et pourtant El Khomri venait lui dire qu’elle allait quand même « inverser la hiérarchie des normes ».

Comme quoi ce n’est pas « la faute au PS » c’est la faute à Hollande.  

Le parti majoritaire à l’Assemblée et au gouvernement pouvait « aller se faire voir » : dans la V° République c’est l’Elysée qui décide, pas la démocratie.

Ce soir là, le 7 mars, il y avait beaucoup de journalistes, beaucoup d’impatiences, et de notre côté, de colère.

Myriam El Khomri débute son propos en expliquant qu’elle « était fière que la nouvelle loi porte son nom ». Il n’y avait pas de quoi, elle même était réduite au rang de porte-parole fantoche parce qu’en vérité Valls et Macron s’en étaient disputés la paternité.

Ils avaient même omis d’y associer Laurent Berger et sa direction CFDT, lequel s’en plaignait et leur fit même un petit moment, limité, d’opposition. Ils avaient même déjà agité le « 49-3 » pour bien faire comprendre aux députés de la gauche, qu’il la leur imposerait coûte que coûte.

 

Aussi commencé-je :

 

« Myriam, j’ai noté que tu tenais à ce que cette loi porte ton nom.

Je te trouve bien courageuse !

Personne n’avait demandé cette loi.

Aucun syndicat, aucune force sociale n’était demandeuse.

Personne n’en avait exprimé le besoin, puisque que chacun sait que cela n’a pas de rapport avec l’emploi.

Sauf  Pierre Gattaz pour le Medef qui a déclaré en août 2015 « Le code du travail est l’ennemi n°1 des patrons ». Juste avant que ce projet de loi ne soit mis en route.

Pourquoi donc cette loi ? Ce n’est pas clair.

L’OCDE l’explique, il n’a été prouvé nulle part que la modification des codes du travail avait des effets positifs sur l’emploi.

Le président Hollande, a dit dans l’avion qui l’emmenait vers le Pacifique, le 21 février, que ce n’était pas tant pour l’emploi, que « pour un nouveau modèle social ». C’est un des intertitres de la loi.

Quel modèle social ?

Notre parti socialiste n’a jamais parlé de cela. On n’a jamais discuté ici d’un « modèle social » nouveau à propos du changement du code du travail.

D’où ça vient ? Qu’est ce que c’est ?

Notre parti a toujours défendu le code du travail contre la droite. Nous avons célébré le code du travail menacé lors de son centenaire en 2010, affirmant combien il était précieux pour les travailleurs.

Notre parti avait, dans son « Projet » 2011, promis de « reconstruire le code du travail » pas de l’affaiblir.

Notre parti avait vigoureusement combattu la « recodification » faite par la droite de 2004 à 2008  par ordonnance.

Car dans ce pays, il y a une mémoire de poisson rouge quand il est question du code du travail, mais en fait, il a été totalement ré écrit, allégé, simplifié de décembre 2004 au 1er mai 2008 sous la direction du même J.-D. Combrexelle qui officie à nouveau aujourd’hui.

Il lui a été enlevé 10 % de ses signes, 1,5 million de signes en moins, un livre sur neuf, 500 lois ont été retirées sur 1150, mais les lois restantes ont été re-divisées et renumérotées en 3850 lois.

C’était le moment où Villepin imposait le CNE (une période d’essai de 2 ans) cassé plus tard par l’OIT.  Puis le CPE cassé par la mobilisation de la jeunesse et les syndicats.

Il s’agissait déjà de licencier plus facilement, plus longtemps et sans motif.

Gérard Larcher était en faveur de ça : il avait déclaré : « Il y en a assez que les ayatollah de la Cour des cassation donnent des interprétations salafistes des temps forts du code du travail ».

Laurence Parisot avait dit « la liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail ». Et « La vie, l’amour, la santé sont précaires pourquoi le travail ne le serait-il pas ? »

Chirac avait promulgué le nouveau code en pleine campagne présidentielle en mars 2007, sans que personne ne s’indigne, sauf tous les syndicats. La droite avait crié victoire.

Le Sénat avait ratifié les 994 pages format A4 le 23 septembre 2007 en 20’. L’Assemblée nationale l’avait ratifié en 8 h malgré notre forte résistance nos amendements et notre refus, le 4 décembre 2007. En mai 2008 la droite avait crié victoire, affirmé que le code était simplifié, diminué, ré écrit lisiblement !

Nous socialistes, avons combattu tout ça !

Ils l’ont fait !

« La preuve du pudding » c’est qu’on l’a déjà mangé : depuis 2008 cela n’a donné aucun emploi, cela n’a servi à rien sinon à complexifier le droit dans les entreprises en faveur des patrons, pas des salariés.

« Il faudra des mois voire des années pour que le nouveau code révèle tous ses secrets » et « cela sera un effort colossal pour les usagers », avait expliqué le préfacier de ce nouveau code dés 2007.

Voilà qu’on veut à nouveau nous faire manger le même pudding, avec le même Combrexelle, pourquoi ?

Il n’y a pas eu concertation.

Même Laurent Berger affirme que c’est la première fois depuis trois ans qu’on lui présente un texte tout écrit avant d’en discuter avec lui ! Ce texte est un coup de force menacé de 49-3 par Manuel Valls depuis la première heure, avant que tu aies fini de le voir écrit  !

Pourtant la loi elle même affirme qu’il doit y avoir concertation avant que pareil projet vienne au Parlement.

Qu’est ce qui justifie cet empressement, ce viol de la loi, dans la façon d’imposer pareil bouleversement dans le code du travail ?

Car il s’agit d’une casse d’un siècle de code du travail depuis 1906 et 1910. La catastrophe de Courrieres 1906 a marqué notre histoire sociale avec la mort de 1099 mineurs. Le patron avait imposé de reprendre le travail avant qu’on n’ait retrouvé tous les survivants. Treize jours après, 14 survivants étaient pourtant ré apparus. L’indignation avait été telle qu’il avait été décidé de créer le ministère du travail  afin qu’il échappe aux exigences du ministère de l’économie. Et il a été fait un code du travail pour assurer la protection des salariés contre les exigences des entreprises, de la rentabilité. Le code du travail a été érigé pour défendre les droits, la vie des salariés contre les contraintes économiques. Il s’agissait de défendre les humains au travail, non pas de les soumettre aux exigences des entreprises. Rendre le travail humain ou rendre les humains soumis au travail : c’est un choix depuis cent ans. Et le président Hollande inverse ce choix, opère une contre-révolution conceptuelle quand il déclare contre ce siècle d‘histoire « on va adapter le droit du travail aux besoins des entreprises ».

Tout ce qui mérite le retrait de ton projet de loi, Myriam, est dans l’article 1 du préambule libéral de Badinter : celui qui dit que  dans cette usine à gaz, « les droits et libertés fondamentales »… sont soumis… au « bon fonctionnement des entreprises. »

Tout ce qu’il ne faut pas est concentré là.

C’est une rupture théorique, historique, juridique, et pratique avec un siècle de notre histoire sociale, de tous nos combats socialistes.

Mais aussi avec le droit international. Car le droit du travail est un des droits de la femme et de l’homme au travail.

Il relève de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, de la charte fondamentale des droits humains en Europe de 1999, des conventions de l’OIT, N° 81 ou 158 par exemple.

D’ailleurs si nous sommes affiliés à l’OIT, organisation internationale du travail, c’est parce que nous tendons à ériger un droit universel des travailleurs, c’est parce qu’il s’agit d’un droit fondamental, planétaire et non pas d’un droit qui se négocie boutique par boutique, dérogation par dérogation, exception par exception, sous la houlette du patron local.

Quelle erreur de vouloir rendre prioritaire un droit contractuel, aléatoire, entreprise par entreprise, au détriment des droits humains !

On devrait combattre de toutes nos forces pour un  droit du travail universel pour tous les humains, non ?

Cette usine à gaz est étrange, un ordre public qui n’est plus un ordre public, qui n’est plus chiffré, mais éthéré, qui met sur le même plan contrat civil, contrat commercial, et contrat de travail, la « personne » et le « salarié », le salarié » et l’indépendant « ubérisé ». Un « compte personnel d’activité » contre les droits collectifs, une « Carte Piégée d’Assisté ». Le code qui n’est que de 675 p. de lois, sera compliqué, alourdi, par votre ré écriture à trois niveaux :

- 1°) ordre public social vidé de contenu,

-2°)négociation permanente tout azimut de contrats individualises de travail ou commerciaux entreprise par entreprise, ça fera des dizaines de milliers de code concurrents (« ne cherche pas un patron cherche des clients » vient de dire Macron aux jeunes !)

- 3°) les lois seront ensuite des voitures balais, supplétives

Tout devient négociable négociée dans une relation soumise, d’employé à employeur, même les droits sacrés dans la vie intime comme les congés en cas de décès.

Puis restent des lois supplétives, de second rang, au cas où la négociation aurait été insuffisante ou maladroite de la part de l’employeur.

Les millions de salariés ne le mesurent pas forcément encore, mais leur vie sera brisée par cette loi.

Comme la hiérarchie des normes est renversée, le principe de faveur est mort.

Tout est fait pour que le rapport de force entreprise par entreprise l’emporte sur les branches, sur le national, sur la loi, c’est l’organisation d’un dumping social entre chaque entreprise, au moins disant social.

Le Medef veut remplacer la « subordination caractéristique du contrat de travail » avec contrepartie en code du travail, par…  la « soumission librement consentie » (compliance without pressure) sans contrepartie.

Et là, tout y passe. J’ai fait une étude critique de chaque article, J’avais demandé à ce que cela soit distribué aux membres du BN par JC Cambadelis, mais apparemment il ne l’a pas fait. Cela serait pourtant très utile d’entrer dans les détails car le diable est là.

Savez vous qu’il sera possible à un patron de décider du premier jour ou commence la semaine : vous ici vous croyez naïvement que la semaine commence le lundi ? Hé, bien non, l’arbitraire de cette loi est tel qu’il permet au patron d’imposer un accord ou la semaine commence par exemple le mercredi.

Pourquoi ?

Le BHV a Paris a soumis aux syndicats de faire commencer la semaine le mercredi, comme ça le dimanche est le 5° jour et il n’a pas a être majoré, et le repos compensateur, n’a pas à être payé, la loi ne le dit pas.

Il n’y a pas de limite à la recherche de profits et de dividendes, et la nouvelle usine à gaz, loi El Khomri, permet de lever ces limites, comme avant 1906.

Et il sera possible par referendum de casser, diviser, affaiblir la majorité syndicale des salariés. Comme à Smart, dans la prospère usine de Daimler, à Hambach, en Moselle, le patron impose un referendum illégal pour faire travailler 39 h payées 37 au lieu de 35. Ce qui menace le Smic. D’ailleurs j’aimerais avoir l’avis de la ministre sur ce coup de force.  56 % des personnels avec les cadres cèdent à ce chantage violent, mais 62 % des ouvriers refusent, les syndicats majoritaires, là bas CFDT et CFDT s’y opposent. Alors les patrons font signer sous un chantage terroriste à l’emploi, à 90 % des salariés un contrat individuel qui impose leur coup de force.

Qu’en dis tu ? Parce que les syndicats majoritaires sont élus avec un quorum ! Il y faut une majorité de voix. C’est du solide.

Et la loi que tu défends donnerait le pouvoir à des syndicats minoritaires à 30 % de demander la complicité du patron pour faire un referendum qui remettrait en cause la majorité des syndicats. Un referendum sous chantage sous pression et sans quorum.

Tu dis que cette loi lutte contre la précarité, les CDD des jeunes ? Mais ou ? Ou ?

L’ANI du 11 janvier 2013 et la loi Sapin du 14 juin 2013 prétendaient déjà lutter contre les CDD en les taxant, exceptionnellement et modérément, seulement de 0,5%, 1,5 et 3 %, j’avais déjà dit que cela échouerait, qu’il fallait soit des majorations draconiennes à 25 % soit des quotas… car on pouvait faire des quotas comme dans la loi Chaynesse Khirouni , cela a été fait pour les stages. Il faut dire qu’il y avait 600 000 stages en 2008, et il y en 1,6 million aujourd’hui. Ce qui prouve qu’il y a du boulot pour les jeunes, mais les patrons ne veulent pas le payer.

La loi Khirouni a mis un quota de 5 ou de 10 %, le décret d’application malheureusement l’a fixé à 15 %, mais il existe au moins le principe d’un « quota ».

Pourquoi n’y a t il pas un quota maxima de précaires par entreprise,  5 % maximum pour remplacement de salariés absents, ou surcroit exceptionnel de travail.

Au lieu de cela, tu le sais, (en fait Myriam El Khomri ne savait pas et elle s’emmêle devant les médias sur ce sujet) le nombre de CDD a été… augmenté, la loi Macron du 7 août 2015 qui a même contredit la loi Sapin et permis 3 Cdd de suite au lieu de deux. 3 Cdd… 18 mois, 545 jours qui comme le CPE précarisent surtout les jeunes. (www.stop3cdd.fr) En fait l’été dernier, Valls a instauré trois CDD de suite possible pour les jeunes.

Un socialiste fait ça  depuis quand ?

Tu dis que 85 % des jeunes sont embauchés en Cdd, oui mais en flux, mais pas en stock, c’est politique pas économique, c’est du bizutage, l’économie en fait ne peut pas fonctionner en CDD, 85 % des contrats réels sont des CDI et même 95 % entre 29 ans et 54 ans. Le CDI est la norme et s’allonge d’ailleurs de 9,5 ans à 11,5 ans en moyenne. si on veut on peut stopper la précarité artificielle qui est organisée de façon délibérée.

Un barème est voulu pour limiter la réparation des préjudices subis par les salariés lors de licenciements ? Etrange dans ce pays : il a été instauré un « plancher »  sécuritaire, pour que les juges ne puissent être indulgents avec les délinquants ordinaires, des peines plancher ! Et voilà que vous voulez mettre des peines plafonds pour les délinquants patronaux ! Quelle inégalité !!  Ou y a t il « équilibre » dans ce projet de loi, il est à 300 % pro patronal, d’ailleurs seul le Medef s’en réjouit.

Et faire travailler les apprentis 40 h et 10 h par jour d’où ça vient ça ? Déjà nous devrions supprimer le fait que Villepin ait imposé des apprentis à 14 ans, et même à 15 ans le dimanche et de nuit, un décret a été commis par « nous » en 2015 qui fait reculer la protection des enfants et leur permet de monter sur des escabeaux, marche pieds et des échelles au risque de leur vie, et il a  supprimé l’autorisation préalable de l’inspection du travail avant de les utiliser sur des machines dangereuses,  oui, chez nous en France, c’est par le gouvernement sur demande du Medef que cela a été permis !

En fait il faut faire tout le contraire de la démarche de cette loi : il faut réglementer davantage !

C’est le droit DU travail qui fait du droit AU travail. Plus on déréglemente plus on rentre dans les pays pauvres peu productifs, pour être compétitifs, il faut des salariés bien formés, bien traités bien payés, pas des flexibles, ni des précaires.

En fait tout cela n’a aucun effet positif sur l’emploi. Le président Hollande l’a avoué le  21 février, ce n’est pas pour l’emploi, c’est pour autre chose , un « modèle social » qui plaise au patronat pour que celui ci donne enfin des contreparties aux 100 milliards d’assistanat qu’il a reçu ?

S’il y a du travail pour 12 h par jour et 60 h par semaine, pourquoi y a t il des chômeurs ?

On a 1,3 million de chômeurs de plus depuis 4 ans qu’on facilite les licenciements. A quoi ça sert de faciliter les licenciements ? … à faciliter les licenciements ! »

 

Evidemment ce plaidoyer ne reçut pas de réponses.

Myriam El Khomri n’avait pas de réponse.

Impossible.

En 2018, devenu secrétaire du PS, Olivier Faure, concédera que la loi El Khomri était une erreur.

Trop tard.

Quand le mal est fait, il est fait.

 

Et ceux qui l’ont fait doivent rendre des comptes. Ce n’est pas une petite affaire que de casser cent ans de droit du travail.

Hollande a remis en cause, là, les 40 h, les 39 h, les 35 h, ce que Blum, Mitterrand et Jospin, chacun à leur manière, avait consolidé.

Quand je dis, depuis, qu’il doit être maudit à gauche pour cela, je prononce une phrase importante pour l’avenir de la gauche, pour laver l’honneur du socialisme.

Quand je sus, bien plus tard, que Hollande avait, comme Valls, voté Macron dés le premier tour et que El Khomri avait essayé d’avoir son investiture, il s’imposa de les dénoncer comme des rénégats. En ce sens, le mot veut dire : « Personne qui abandonne ses convictions, qui trahit sa patrie, son parti, son passé ».

 

2006, il y a 20 ans, le CPE de Villepin battu a plate couture

Le CPE,  école du droit du travail

 

A force d’ultra libéralisme, le pouvoir chiraquien, talonné par le Medef, se refusait à reconnaître sa mise en minorité dans le pays depuis le 29 mai 2005 : niant aussi bien les luttes sociales que les résultats électoraux de 2004, gommant les explications de l’explosion des banlieues en novembre 2005.

 

Villepin, parvenu au gouvernement, curieusement produit de la nette défaite du « oui « , se lance dans une fuite en avant désordonnée pour tenter de rattraper et dépasser l’activiste Sarkozy en tant que candidat potentiel de la droite en 2008. Se croyant au Pont d’Arcole tous les jours, il invente en août 2004, l’apprentissage à 14 ans et le travail de nuit et le dimanche à partir de 15 ans, puis le « contrat nouvelle embauche » (CNE : une période « d’essai » de deux ans) par ordonnance, relance la « recodification » du code du travail, instaure en novembre «  l’état d’urgence  » d’après des textes scélérats de 1955, puis se lance mi-janvier en procédure accélérée par 49-3 dans le CPE « contrat première embauche ». Une nouvelle variante de contrat précaire pour sous embaucher les jeunes à bas prix. Il va si vite que même le Medef ne le suit pas totalement.

 

La réaction du mouvement social unissant jeunes en pointe et salariés en résistance était pourtant tout à fait prévisible : dés le 16 janvier 2006, notre analyse est qu’une bataille semblable à celle du  » CIP  » contre Balladur en 1994 va se produire. Je me rappelle de mon échange enthousiaste avec ma fille, Léa à propos du texte de Villepin :

« - Dans trois mois on l’a ».  Et on l’a eu !

A partir du 16 janvier nous publierons une série de textes décortiquant les significations anti-Code du travail du CPE.  Très vite l’opinion d’abord présentée comme favorable au CPE avec des sondages bidonnés, est éclairée par notre travail d’explications, semblable à celui qui avait permis la victoire du «  non « . L’UNEF est en première ligne et nos camarades en son sein.

Ca rappelle des épisodes connus : les droitiers, rocardiens, strauss-kahniens du PS sont favorables au CPE, comme Delors au CIP en 1994 et Elisabeth Guigou au plan Juppé en 1995.

Ils n’apprennent rien.

 

Et ils vont encore devoir tourner casaque quand des millions de manifestants vont déferler. Ségolène Royal ne participera à aucune manifestation, et elle sortira même un  « Contrat de la premier chance » si voisin du CPE qu’elle sera rappelée à l’ordre par Bruno Julliard, le président de l’UNEF.

 

Le 31 janvier, il n’y avait pas encore de front syndical commun lorsque la CGT appelle seule à agir contre le refus gouvernemental d’augmenter les salaires de la fonction publique.

Le 2 février, l’unité syndicale se réalise sur ce même thème mais le CPE prend déjà la première place dans les préoccupations revendicatives. Enfin le 7 février tout le monde est sur le pont, à la veille des vacances universitaires, 400 000 manifestants sonnaient les premiers tocsins.

Même si les vacances de février les rendent plus difficiles c’est le temps des explications en profondeur : au terme de ce mois, l’opinion informée par nous, est devenue hostile au CPE, au CNE et à leurs succédanés.

L’idée de Villepin était celle d’un droit à licenciement « sec  » sans qu’il soit nécéssaire de le motiver ! Il y avait de quoi : c’est l’attaque contre la dignité des travailleurs la plus rétrograde qui ait été proposée depuis 1945. Elle allait contre la convention 158 de l’OIT (laquelle exige un motif écrit, une information préalable, organise le droit à un recours dans l’entreprise et en justice, une réparation du préjudice en cas de licenciement abusif). L’ordonnance Villepin, c’était un retour au non-droit : tout salarié en CPE ou CNE peut être  » jeté comme un chien », du jour au lendemain. Le recours contre un licenciement abusif devient quasi impossible et le salarié ne peut plus, en amont, défendre ses droits élémentaires, ses heures supplémentaires, ses conditions de travail… Le règne de toutes les discriminations.

C’est cette compréhension de masse du danger du projet Villepin qui va nourrir le succès du 7 mars. Ce jour-là converge un front syndical de 12 organisations,  » représentatives  » des salariés et jeunes, public et privé. Avec prés d’un million de manifestants, le mouvement fait un bond géant en avant.

Les lycéens, à leur tour, informés, concernés, grossissent les rangs des cortèges étudiants. Le pouvoir a beau mentir, notamment le ministre De Robien a beau minorer cyniquement le nombre de lycées et de facultés touchées, c’est une gigantesque vague qui s’amplifie : prés de 70 universités, plus de 450 lycées, des assemblées générales massives votant le  » blocage « , la grève se fait avec occupation… Partout, la colère monte : un lycée est-il l’objet d’un début d’occupation à Castres, les CRS interviennent,  La Dépêche montre une grande photo en « une » : deux jeunes filles traînées par des CRS, c’est l’indignation générale. A cette époque, l’intervention policière dans les lycées ou facultés est encore considérée comme sacrilége.

 

Pour nous, c’est l’occasion de faire une éducation populaire de masse avec tous les syndicats, tous les collectifs du « non », Attac, des « appels unitaires » de tous les partis et associations de la gauche. A travers des centaines de meetings, on constate le flot croissant des participants, engagés dans un apprentissage massif du Code du travail qui se fait en accéléré, des millions de salariés commencent à percevoir l’importance de l’attaque contre leurs droits fondamentaux qui se niche derrière le CPE et le CNE avec la réécriture en cours des 3151 articles du Code.

 

Ça ressemble aux meetings du « non » en mars-avril 2005

J’y prends un plaisir renouvelé.

Villepin ne comprend toujours pas qu’il a un mouvement ascendant en face de lui : il s’enfonce dans ses explications puériles et insultantes : « pour créer davantage d’emplois, il faut davantage pouvoir licencier ». Il dit aux employeurs :

« - On vous donne des jeunes faciles à virer, prenez les donc ! « .

Et il dit aux jeunes en même temps  »

- Pliez l’échine, ce sera mieux que rien pour vous ».

Comment peut-il croire qu’une telle grossièreté passe ? Il faut être intoxiqué à l’aphorisme ultra libéral pour avaler une telle  » théorie « .

Villepin « lâche » des « prêts bancaires » plus faciles aux étudiants ! Ca ne fait pas illusion une seconde. Chacun le sait : un banquier il vous prête un parapluie quand il fait beau, il vous le reprend dés qu’il pleut.

Les sondages indiquent bientôt 70 % d’opposants au CPE. Le forcing de Villepin pour faire passer la loi au Sénat, puis définitivement à l’Assemblée, tout en prétendant « garder sa porte ouverte à la négociation  » devient choquant.

Le 18 mars, c’est un raz-de-marée : 1,5 million de manifestants, dans 170 défilés dépassant tous les records dans un certain nombre de grandes villes.

 

Meetings anti CPE CNE  pour la défense du Code du travail, du CDI…

A partir de janvier j’anime au total 56 meetings dans 17 régions, plus de 10 000 personnes : oui, c’est comme la campagne du TCE ! Je ne me lasse pas. J’y désosse les CPE, CNE, et la « recodification » :

Rennes : le 18 janvier 2006 : 135 participants par Attac

Moulins : le 26 janvier 90 participants collectif unitaire de gauche

Grenoble : le 27 janvier, 160 participants avec les Amis du Monde diplomatique

Nancy : le 2 février, 75 participants collectif unitaire gauche

Pau : le 3 février, 75 participants collectif unitaire gauche

Landes Montfort-en-Chalosse : le 4 février 280 participants avec Attac

Uzès : le 10 février, 145 participants collectif unitaire gauche

Avignon : le 28 février collectif unitaire gauche, 145 personnes

Pertuis : le 2 mars avec Attac, 45 personnes

Clamart : le 6 mars à EDF avec le syndicat Sud 70 personnes

Grenoble : le 7 mars, association de gauche 70 personnes

Brest : le 9 mars à 16 h, 170 personnes avec l’UNEF, Sud, amis du Monde diplomatique

Quimper à 20 h 30 avec 85 personnes avec Attac Alternatifs collectif unitaire gauche

Albi : le 14 mars avec le PS, 100 personnes puis Castelnaudary  à 18 h collectif unitaire gauche 150 personnes

Castres : le 15 mars à
20 h 30 collectif unitaire de la gauche avec 140 personnes

Montpellier : le 16 mars collectif unitaire gauche 150 personnes

Rennes : le 17 mars syndicats étudiants 300 personnes

Le Mans : le 18 mars amis du Monde diplomatique 500 personnes

SNJ-Paris : le 20 mars, une formation droit du travail 30 personnes

Leers : le 20 mars avec le PS, 45 personnes…

 

 

Etats généraux de l’inspection du travail 21 et 22 mars  2006

 

C’était spectaculaire dans la salle pleine à craquer de la Bourse du travail de Paris, boulevard du Temple, de 9 h à 18 h les 21 et 22 mars. C’était une première fois, un évènement historique, depuis la création de l’inspection du travail en 1892 : tout le corps des agents de contrôle était assemblé à l‘appel uni de ses organisations syndicales, pour réfléchir, débattre et mobiliser en défense de ses missions de service public, de l’état de droit dans les entreprises. Même les dirigeants des cinq syndicats appelant n’en revenaient pas : j’en avais lancé l’idée aussitôt après l’assassinat de nos deux collègues le 2 septembre 2004 à Saussignac en Dordogne, par un exploitant agricole.

Pendant 18 mois, il a fallu batailler pour qu’une telle réunion unitaire ait lieu et qu’elle pose toutes les questions historiques existantes à ce moment là sur le travail, le salariat, le rôle de l’inspection.

Il n’a été question que du Code du travail attaqué par tous les bouts, par le CPE, par le CNE, par la réécriture des 3151 articles par la commission Villepin-Larcher chargée de cette question. Durées du travail en hausse, salaires, en baisse, précarité étendue, licenciements facilités, conditions de travail de plus en plus dures, accidents et maladies professionnelles en hausse, recul des droits syndicaux, des institutions représentatives du personnel, des prud’hommes et des juges, de la négociation collective, tout fut mis à plat pendant deux jours.

Pendant deux jours, ont pris la parole des universitaires, des historiens, des avocats, des magistrats invités, et des représentants de toutes les confédérations syndicales.

Quatre thèmes : défense d’un Code du travail protecteur, défense des moyens de l’inspection, défense de son indépendance, mobilisation contre les plans du gouvernement Villepin-Sarkozy-Larcher.

Il y eut sur chaque question plusieurs dizaines d’inscrits qui démontrèrent, à travers chacune de leurs expressions, de façon enthousiasmante l’homogénéité du corps, son état d’esprit combatif, son souci de ne pas céder un pouce aux idéologies ambiantes de la déréglementation… Une vraie « école de formation » collective. Un brassage d’idées vivifiant. Cela a fait plaisir à constater, tous ces collègues confrontés aux mêmes difficultés, aux vents contraires, mais soucieux, de défendre d’abord et avant tout, les droits des salariés.

 

Et puis la tournée continue

 

Pratiquement chaque soir, je me déplace d’une ville à l’autre :

  Censier le 21 mars, à 18 h, Unef, 120 étudiants

  Montreuil le 22 mars, collectif unitaire, 200 personnes

  Tours le 23 mars avec Attac, 200 personnes

  Bordeaux le 24 mars à 14 h fac 3, 120 étudiants puis à 20 h 30 avec Attac, 190 personnes

  Fontenay-le-Comte le 25 mars, avec Attac, 170 personnes

  Angers faculté à 14 h le 29 mars, 2000 étudiants : c’est le plus gros de mes meetings, le gymnase est plein d’étudiants, tous assis par terre, « bloqueurs » et « non bloqueurs », ils vont voter massivement  pour le blocage après une heure d’exposé de droit du travail écouté dans le silence absolu. Puis à Beaufort en Vallée à 20 h collectif unitaire de gauche avec 90 personnes

  Souillac le 30 mars avec Attac, 100 personnes

  Neuvic d’Ussel : Forum social Limousin le 31 mars, droit du travail, 150 personnes

  Elbeuf le 4 avril Attac unitaire gauche 85 personnes

  Macon le 6 avril Ps 150 personnes

  Aubenas le 7 avril PS 110 personnes

 

Retrait du CPE : ce n’est pas une bataille réservée à la jeunesse

 

Le retrait du CNE, c’est une exigence de tous les salariés. Car derrière Cpe et Cne, c’est tout le Cdi, et tout le Code du travail qui est concerné. Par ordonnances, état d’urgence, article 49-3, Villepin-Sarkozy essaient de mettre en oeuvre ce que Raffarin-Fillon avaient proposé en 2004 avec les « contrats de mission » ou « de projet », c’est-à-dire des « CDI à durée déterminée » de 5 ans pouvant être rompus sans motif.

Depuis ses ordonnances de l’été 2005, Villepin s’est attaqué au Cdi par trois bouts :

- dans les petites entreprises de moins de 20 salariés, avec le CNE

- dans toutes les entreprises avec les CPE de moins de 26 ans,

- avec les « emplois « vieux » de 2 CDD de 18 mois entre 57 et 60 ans

 

A l’occasion des grandes grèves de 2003, des votes massifs à gauche du 28 mars et du 13 juin 2004, il y a eu, dans la rue et dans les urnes, un rejet profond de cette politique ultra-libérale mise en œuvre à partir de  2002. Le gouvernement Villepin est lui-même né de la perte de légitimité du gouvernement Raffarin et de la mise en minorité de Chirac le 29 mai 2005.

Dans de telles circonstances, sans appui de l’opinion, Villepin aurait dû consulter, négocier, écouter, chercher des compromis : non, il a voulu passer en force. « L’année utile » qu’il voulait en 2006, c’était une année pour mettre les bouchées doubles contre les droits sociaux : raté.

Il doit faire face à une immense mobilisation unitaire généralisée : 400 000 manifestants le 7 février, 800 000 le 7 mars, 1,5 million le 18 mars, 2,7 millions le 28 mars 2006.

 

Victoire totale !

 

Le raz-de-marée du refus du Cpe déferle au point de réduire Villepin à de la bouillie dans les sondages.
Le Président Chirac a l’habitude d’écouter et de reculer, depuis mai 68, Devaquet, nov-déc. 95,  il finit par promulguer la loi « en demandant qu’elle ne s’applique pas » tandis que Sarkozy, chef du parti majoritaire, la sabote, et que De Villepin, qui ne veut pas la retirer, rappelle les chefs de groupes parlementaires pour en réécrire une autre… plus tard !

« Qu’est-ce que ce « président » qui « promulgue » une loi de son Premier ministre et propose de la remettre en cause aussitôt ?

Qu’est-ce que ces ministres qui appellent à ne pas appliquer ladite loi pour laquelle ils se sont battus pendant deux mois becs et ongles ?

Qu’est-ce que ce « Premier » ministre qui continue de gouverner alors qu’il a subi une défaite cuisante et qu’il ne peut plus faire passer son « projet »  autoproclamé « décisif », celui qui devait en « urgence » sauver prétendument la jeunesse du chômage ?

Démission Villepin : dignité que diable !

Que fait encore au gouvernement de Robien, qui a menti sur les chiffres des luttes en fac ou dans les lycées, qui a insulté, calomnié, manipulé la jeunesse, voulu agresser violemment le mouvement, dénaturé les votes des urnes des élections au Crous, tout fait pour écraser ceux qui ont pourtant eu raison de bout en bout ?

Qu’est-ce que ce président de parti, UMP, Sarkozy, qui se substitue au Premier ministre ?

Qu’est-ce que cette prétendue « négociation » avec des présidents de groupes parlementaires dans le dos du gouvernement, qui proposent une autre loi… pour le mois de mai, sans doute discutée en juin, adoptée en juillet, en plein été… Jamais ?

Battus, défaits, ils continuent  de louvoyer, pour brouiller l’image de la reculade

Stop !

« Non seulement il faut, face à cette crise de régime, demander des élections anticipées, mais il faut une autre République, refondée, parlementaire, démocratique, et sociale !

Débat à gauche : vite, un programme commun et un candidat commun…

Un projet réel de transformation sociale !

Dans lequel, il y aura une partie pour reconquérir des médias libres et pluralistes, contre les concentrations entre les mains de quelques industriels et magnats ! » (communiqué FM D&S mardi 4 avril 2006)

 

1996, il y a 30 ans, la Gauche socialiste obtient 52% des voix au sein du PS « pour tourner la page de Maastricht

Les effets de la grande grève de nov.dec. 95 se répercutent immédiatement dans le Parti socialiste. Trois grands débats sont planifiés : le premier, « Le monde, l’Europe, la France », le 31 mars ; le deuxième, « Les acteurs de la démocratie », le 31 juin ; le troisième, « La redistribution des richesses », le 15 décembre 1996.

 

Première convention PS nationale mars 1996 : monde, Europe, France

 

Dès janvier 1996, des contributions sont rédigées. À partir de diverses contributions, dont celle de Jean-Jacques Chavigné, un rapport mis au point par Jean-Luc Mélenchon, retravaillé collectivement, permet de dépasser nos divergences sur Maastricht.

« Maastricht, c’est fini ! Pour changer le monde ; un nouveau traité européen », tel est son titre. Il n’humilie personne, ni Mélenchon ni ceux qui, comme lui, étaient pour le « oui » à Maastricht en 1992, ni ceux qui, comme nous, étaient pour le « non ». « Dépasser Maastricht… »

Ce « tournant » de la Gauche socialiste nous met plus à l’aise : critiquant le passé, la méthode de construction libérale de l’Europe, disséquant les effets négatifs des fameux critères de convergence, nous prônons des critères sociaux : l’Europe des 35 heures, le salaire minimum unique, « 1 000 euros pour tous »… un alignement « par le haut » et non « par le bas » des droits sociaux.

 

« Tourner la page » de Maastricht

La Gauche socialiste propose un amendement au texte majoritaire du BN : « Rompre avec Maastricht », dont voici le texte intégral, lourdement significatif et prémonitoire :

« L’avenir n’ouvre que deux voies : se soumettre à la mondialisation libérale ou changer de cap européen. L’Europe est le cadre de résistance à la mondialisation que les socialistes veulent construire.

« Pourtant force est de constater que telle qu’elle se fait, l’Europe n’est pas un point d’appui ni pour les salariés européens, ni pour ceux du monde entier. Elle est même, à l’encontre des services publics ou de la protection sociale, la norme supranationale qui s’impose pour mettre à bas les acquis sociaux ou les outils égalitaires de l’État.

« Le peuple de gauche attend de nous plus que l’expression de nos regrets sur l’insuffisance politique et sociale de l’Europe : il attend un véritable changement de cap.

« Il faut rompre avec la méthode de l’Acte unique et de Maastricht. Il faut refuser tout ce qui suppose ou entraîne un effondrement des acquis sociaux et des capacités régulatrices de la puissance publique. Aujourd’hui il est clair que les critères de convergence retenus pour le passage à la monnaie unique en relèvent totalement. Ils supposent et imposent une politique de dérégulation sociale, de démantèlement des services publics incompatible avec la mise en œuvre d’une Europe sociale et démocratique. Si nous voulons vraiment que l’Europe change, ayons le courage de dire qu’elle ne peut se faire dans l’esprit qui la domine actuellement et qu’il faut un nouveau traité pour construire une Europe fédérale et sociale. Voilà la stratégie européenne alternative. La France et la gauche en ont les moyens. »

Nous publions un argumentaire sous forme de brochure. Nous imprimons notre document à 10 000 exemplaires pour qu’il soit connu le plus vite possible. Nous faisons le tour des fédérations et des sections. Notre amendement est lu, commenté, disséqué et…  approuvé par vote des sections à la mi-mars 1996.

C’est un événement extraordinaire : nous sommes majoritaires nationalement sur notre texte Chavigné-Mélenchon « Rompre avec Maastricht », avec plus de 52 % des voix des militants !

 

On nous aurait dit cela un ou deux ans plus tôt que nous ne l’aurions jamais cru.

Les militants du PS ont voté librement, il n’y a pas eu d’enjeu de direction ni de pression pour leur interdire de le faire : deux mois après décembre 1995, il était normal que le vote donne ce résultat, la grève a déplacé le centre de gravité de l’opinion, le rejet du libéralisme est spectaculaire dans la population, la base du parti y est sensible.

Et, surtout, cela révèle un long et douloureux problème sur la méthode de construction de l’Europe…

J’ai fait des débats en province comme toujours : l’un d’eux m’a amené en mars 1996 au Havre avec… Henri Weber. De vieux camarades sont venus à cause de l’affiche : « Débat contradictoire Henri Weber, Gérard Filoche, sur l’Europe. » Cela nous rajeunit : trente ans après, Henri fait le rapport, moi le contre-rapport. Mais nous venons d’avoir ce soir-là les résultats des votes dans les sections : 52 %… Surprise pour nous deux. « Il faut que tu t’habitues à ne plus parler en minoritaire », me conseille Henri. Lui, il défend, du mieux qu’il peut, l’Europe de Maastricht.

Les fabiusiens se gaussent du premier débat « organisé » par Jospin : « Si ça donne ça »… Ils vont faire pression pour que les conventions suivantes ne se déroulent pas aussi librement.

 

 

Pour notre coup d’essai, un coup de maître :

 

Sur 103 110 inscrits, il y a eu 47 783 votants (par comparaison, il y en avait eu 63 000 au congrès de Liévin et 78 000 lors du choix entre Lionel Jospin et Henri Emmanuelli). L’amendement de la Gauche socialiste a fait l’objet de 43 522 voix exprimées, dont 18 148 voix « pour », 16 877 « contre » et 8 497 abstentions. Nous avons bel et bien 52 % des « pour » !

Nous remportons 80,09 % des voix dans le Pas-de-Calais, 48,03 % dans le Nord, 78 % dans l’Aude, 89 % dans les Landes, 79 % dans la Creuse et le Gers, 67 % dans le Calvados, 57 % dans l’Essonne. « Au PS, les militants sont revenus de Maastricht », écrit Libération (16 février 1996).

 

Personne ne comprend avec lucidité que la base du PS est opposée à Maastricht ni ce que cela implique désormais dans la construction européenne ! Les médias ont le grand tort de ne pas mémoriser l’événement, qui reviendra en boomerang quand il y aura le référendum interne au PS du 1er décembre 2004 et le referendum public du 29 mai 2005.

 

C’est un fait historique important. Cela signifie bien que, au fond, en toute démocratie et quand elle peut se prononcer en toute liberté, la base du PS n’a jamais digéré le cours suivi par l’Europe libérale.

Lionel Jospin y fut sensible dans sa conclusion de la convention :

« … cet amendement a connu un beau succès. J’aurais l’air de chipoter ce succès et je n’aime pas cela. Je prends un score comme un fait et j’en tire quelques leçons politiques.

« Je crois que la présence et le vote de l’amendement ont permis à nombre de militants, après avoir voté le texte principal, d’exprimer leurs préoccupations à l’égard de l’Europe telle qu’elle est et telle qu’elle pourrait continuer à être, à manifester leur désir d’une Europe plus à gauche. Je suis sensible à cette préoccupation d’autant que je l’éprouve moi-même. Vous vous souvenez de ma position assez réservée sur le traité de Maastricht, ce même traité qui avait d’ailleurs à l’époque et de toutes parts dans le parti des supporters enthousiastes. […] Je crois que cette réaction d’une partie de nos militants a l’intérêt de montrer qu’il y a de moins en moins de pro-européens automatiques, chez nous comme dans le pays, et qu’il faudra convaincre et pour convaincre, faire bouger l’Europe. »

 

Lionel Jospin me prend en aparté au cours de la Convention :

« - Est ce que tu acceptes que l’on compte les abstentions ? ».

Mes synapses, pas habituées à ce genre d’exercice transactionnel, fonctionnent à toute vitesse. Si on enlève les abstentions du décompte… nos 52 % de voix exprimées ne deviennent que 42 % environ des inscrits. Les apparences sont sauvées pour la direction du PS, le PS français est profondément secoué mais ne « tourne » pas sur l’orientation européenne.

C’était un artifice contre lequel nous ne pouvions pas lutter.

Car les délégués sélectionnés à la convention nationale de L’Haÿ-les-Roses ne reflètent pas forcément la même sensibilité que la base. Impossible de demander un autre vote à ce niveau-là sans le perdre. Mieux vaut « acter » le vote de la base et en donner publiquement, par nos canaux, l’interprétation qui convient : 52 %.

À la tribune de cette convention de mars 1996, nous avons été nombreux à parler au nom de la GS. Je fus de ceux qui eurent un petit temps de parole, en fin de séance, la salle étant largement vidée, mais la présidente, Martine Aubry, m’encourageait, mi-moqueuse, mi-fraternelle. A cause des 52 % ou des 42 % ?

 

 

Tout le parti a sursauté à l’événement des 52 %

La grande presse, quoique stupéfaite sur le fond, se permet donc de faire le minimum d’échos à ce vote : elle ne crie pas au « loup-garou », ni au « tournant » du PS, ni à la « rupture », etc.

Tout juste si un encart du Parisien du 23 mars 1996 souligne que « les militants socialistes désavouent Delors ». « Jospin bute sur un amendement », écrit Libération du 26 mars. « Le score d’un amendement contre la monnaie unique écorne l’engagement européen du PS, 42 % des militants ont suivi la Gauche socialiste contre les critères de convergence », titre en page intérieure Le Monde du 29 mars. La presse aide la direction du PS à masquer la nette désapprobation interne de Maastricht. Elle contribue à la fiction du vote à 42 % (ce qui était déjà énorme) en déduisant les abstentions. Elle aide à « oublier » l’événement ensuite.

 

Grave erreur, car elle aurait permis de comprendre ce qui allait se passer lors du cataclysme du référendum de 2005.

 

Quand on réfléchit à cet épisode à la lumière des événements des années 2004-2005, les choses sont plus évidentes : jamais en profondeur l’évolution libérale de l’Europe n’a été acceptée par le peuple de gauche ni, en son sein, par les socialistes. Il avait fallu toute la puissance de conviction de François Mitterrand en 1992 (et encore avait-il menti sciemment, face à Philippe Seguin, en affirmant que la Banque centrale européenne, « bien sûr », ne serait pas indépendante) pour faire passer à quelques centaines de milliers de voix près la nouvelle Europe monétaire.

Les « bases populaires » du Parti avaient déjà voté massivement « non », comme dans le Pas-de-Calais. Les attaques contre les services publics, les PTT, France Télécom avaient confirmé, pour des millions de gens, que ce qui venait de cette Europe libérale n’était pas positif.

L’Europe, oui : mais pas celle-là, pas comme ça.

Nous avons, nous, D&S, partisans du « non à Maastricht », en fusionnant avec la Gauche socialiste, apporté une petite pierre qui est devenue d’un seul coup un très gros rocher sur la montagne : au premier vote du premier texte que nous soumettons loyalement au parti, nous devenons majoritaires sur une des questions les plus importantes de l’histoire des cinquante dernières années.

 

Il se trouve qu’en même temps, nous sommes pro-européens, à fond pour des États-Unis d’Europe : cela nous venait directement de Léon Trotski qui se moquait volontiers des bourgeoisies européennes qui, face aux États-Unis d’Amérique, étaient incapables de s’unifier, mais seulement capables de se détruire en faisant des guerres. L’Europe était un défi, une chance pour la paix et le développement, cela, nous le partagions totalement avec tous les socialistes. Évidemment, il fallait faire des compromis chaque fois que nécessaire pour la construire, là n’était pas la question. L’essentiel était de se battre, en toute indépendance de classe, chaque fois que possible, au sein de l’Europe, contre le néolibéralisme, contre les adversaires des services publics et du droit du travail, pour une Europe politique, démocratique et avec un contenu social.

 

Nous ne défendons en aucun cas la « nation contre Europe », ce n’est pas notre politique. Le souverainisme n’est pas anticapitaliste encore moins anti guerre. L’Europe ce sont d’abord nos frères et soeurs salariés, pas ceux qui les oppriment. Nous sommes « plus proches d’un ouvrier allemand qui mange du hareng que d’un patronat français qui veut nous manger tous crus ». Nous sommes pour le mot d’ordre d’Assemblée constituante européenne, pour une Europe fédérale, pour une harmonisation sociale et fiscale « par le haut » : nous opposons deux méthodes de construction de l’Europe, celle de la déréglementation sous l’égide du capital financier et celle de l’harmonisation sociale progressive, l’Europe des 35 heures, l’Europe du smic unique à 1 000 euros, etc.

Il était donc « naturel » que, dans un vote libre, loyal, une majorité des militants socialistes aient approuvé cette voie.

 

(extrait de « mai 68 histoire sans fin »

tome 2, ed Atlande)

 

la gauche et la violence, il y a 50 ans déjà

melchior-2026-le-bi-30-ou-le-mythe-des-tentations-militaristes-de-la-ligue-communiste-1972

 

Salut Hugo Melchior,
Voila un surprenant plaidoyer à décharge pour Daniel Bensaid et le BI 30 qui voulait « réintroduire la violence dans le mouvement ouvrier apres tant d’années de pacifisme » : je trouve un historien bien peu informé et franchement, je trouve ta thèse totalement aveugle sur la réalité historique.Me voila rebousculé à cause de toi par le passé.

Vite fait. A l’improviste.

De mémoire ce 14 février 2026.

Dés 1971, la LCR organisait des « collectes pour des armes pour la Bolivie » (! ) et le POR de Hugo Gonzalez Moscoso  (pendant qu’à la tête de l’UNEF a Rouen je défendais la deuxiéme langue vivante !) l’époque où tous les membres du BP avaient une imitation de revolver (j’en ai eu un).

Il existait un budget, le plus important pour le SO, de la LCR pour se procurer des armes (celle trouvée par la police au local en fin juin 73) (inclus au Portugal après 74…) et acheter des caves pour les y cacher dans Paris ne plaide pas en faveur de ta thèse, il était supérieur au budget « formation » et cela me hérissait. La pression et la tentation de la « lutte armée » existaient bel et bien contrairement à ce que tu dis tres tres légèrement, et pas seulement, les lointains Zengakuren, le JVP Tamoul, le FPLP, ou la lointaine  orientation erronée si couteuse en vies humaines en  Amérique latine : trouver du matériel sur un toit de Suisse, cotoyer l’ERP Santucho, participer a des actions avec eux, Joe Baxter que j’ai logé chez mois pendant six mois m’en a beaucoup appris (avant de revenir pour tenter de nous rapporter 40 000 dollars – provenant de la Fiat suite à l’affaire Sallustro – Voir le film de Costa Gavras l’état de siège – dans la mallette retrouvée avec lui après sa mort tragique dans l’avion de la Varig à Orly le 6 juilllet 1973) mais aussi en Europe, apres les coups spectaculaires des Maos de la GP, l’assaut des commissariats et Nogrette, en Allemagne (RAF)  en Italie (BR) et en France (AD) l’action armée n’était pas un mythe mais existait (certes plus timidement en France) et fascinait un certain nombre des cow-boys du SO et de leur amis du BP de la LCRJe sais que je n’ai eu qu’une voix au CC de la LCR dissoute, clandestinement réuni à Mons, et que même Radot et Clelia avaient hésité à défendre le bilan que je faisais du 21 juin 73, les textes nous ayant été « repris » pour raisons de sécurité, mais quand même la LCR avait fabriqué 300 cocktails Molotov pour interdire un meeting de le Pen a la Mutualité. « Inch allah » avait dit  Daniel Bensaid à la fin de l’AG de la Salpétrière avant de nous envoyer dans cette aventure pendant que Krivine était à Nice

J’étais au 9° congrès mondial que tu cites à Rimini (celui de Peng-tsu-she, ex dirigeant du PC chinois ayant rejoint la Quatrième Internationale,  opposé au si mauvais livre de  Livio Maitan défendant la révolution culturelle), j’ai rompu courageusement spectaculairement (avec Thalou et Griot) avec la TMI a un CE de l’ile des Migneaux vers 73-74 (?), avant que la TMI ne fasse officiellement autocritique trois ans plus tard sur la ligne de lutte armée, Roman-Sterne s’en chargea au congres Mondial de 1979Le 13 septembre 1973 la banderole de tête de la LCR dissoute, aux Invalides, n’était pas contre le coup d’état de Pinochet mais disait « le réformisme désarme les travailleurs » et il m’a fallu lutter durement au bord de la rupture pendant deux années pour que la LCR ne fasse pas mourir les « comités chili » en leur imposant une ligne « en soutien à la lutte armée révolutionnaire du peuple chilien » (et collectant pour des armes pour le MIR)  mais défendent les droits démocratiques du peuple chilien. Nous avons quand même failli enlever l’ambassadeur du Chili, et occuper une caserne à Draguignan avec ses armes, il y a eu débat et heureusement la raison l’a emportée. C’était l’époque où on faisait défiler des soldats masqués en uniforme, et invitions des « SUV »(« soldats unis vaincront »)  portugais masqués a la tribune à la Villette (lancement du quotidien Rouge), Toute la ligne sur le MFA a été fausse,  Bensaid s’est appliqué comme Serge July dans Libé, a appeler a boycotter le vote de la constituante du 25 avril 1975 !!! La »majo »  voulait des comités de soldats FASMR forces armées aviateurs et marins révolutionnaires) « contre les crevures » alors que je défendais un « syndicat de soldats » avec le CDA. Non ce n’était pas « un procès d’intention les plus fantasmagoriques, à l’image de ceux instruits par Gérard Filoche ou les principaux responsables de la minorité internationale » c’est ton interprétation qui est abusive ».

Tu termines : « Pendant toute cette période, la violence militante demeura « apprivoisée », comme le rappela Daniel Bensaïd dans son autobiographie. »

Heureusement. Mais cela nous a couté beaucoup, nous la minorité qui avons tellement pesé, avec tellement d’âpretés, pour apprivoiser les erreurs historiques de Bensaid.

Le BI 30 a été rédigé en été par quatre vacanciers amis et publié anti-démocratiquement dans le dos du BP, et il a eu des conséquences catastrophiques longtemps sur le gauchisme de la LCR, le refus du front unique, la formation des militants.

Le réhabiliter serait une terrible erreur.

Ta contribution, là, ferait bien du mal aux militants qui la croirait.
Gerard Filoche
Il me semble qu’un étudiant australien est venu me voir il y a six ou sept ans et a écrit un article de recherche sur les BI 30, 33, 34. Se référer aussi svp sérieusement a mon livre « mai 68 histoire sans fin » car tes sources, cher Hugo, me semblent pauvres, (elles me font regretter un vieux projet que j’avais comme pour faire la critique de « une lente impatience » cette autobiographie très romancée le plus souvent)

 

 

Alain Fortuit

Alain Fortuit


Notre vieil ami et camarade Alain Fortuit est décédé à l’âge de 75 ans le 23 janvier 2026. Pour nous c’est un choc, une tristesse envahissante. Nous le connaissions depuis les années 70, à la Ligue Communiste Révolutionnaire, nous avons été ensemble actifs dans la même tendance, au Parti socialiste, à la Gauche socialiste, à la Gauche démocratique et sociale, à LAPRES. Il était un des fondateurs de la revue D&S il y a 34 ans et toujours membre de son comité de rédaction.

Dentiste, installé à Fréjus, il était une personnalité militante locale reconnue pour toutes ses années d’engagement dans la ville où il fut tête de liste à plusieurs reprises, notamment contre le réactionnaire Léotard puis contre le RN. Il reçoit pour cela des hommages émus et chaleureux provenant de toute la gauche, ceux qu’il avait recrutés et souvent éduqués, ceux auxquels il s’était associé parce qu’il était pour l’union, ceux qui saluent en lui une belle personne, d’une grande bienveillance et d’une gentillesse attentive. Nice Matin le citait encore le 2 décembre 2025 car il était pilier sur la liste de gauche pour mars 2026 : « La liste unitaire s’est faite sur la convergence entre deux dynamiques à gauche, détaillait Alain Fortuit, du mouvement L’Après à Fréjus. »

Alain figure donc dans notre Panthéon militant, il était aussi grand sportif, amateur de voile, et nous avons eu de belles navigations avec lui, de beaux moments, il était chaleureux et chaque fois c’était un plaisir de le voir au milieu de nous. C’est vous dire si nous sommes affectés et transmettons notre affection à Evelyne, ses fils et petits enfants, sa famille, ses proches

 

Catherine Aubry (la mère de Manon ) ; Toute sa vie, Alain a milité, s’est engagé sans compter son temps et ses forces. Il fut conseiller municipal d’opposition à Fréjus, de toutes les luttes, sur tous les terrains, le dernier combat qui lui tenait à cœur étant celui pour la Palestine. Malgré sa patte folle et des problèmes de santé, il ratait rarement le rassemblement du samedi matin à Draguignan, toujours accompagné de sa femme Eveline, souriante à ses côtés.

Ill était ́toujours là, silhouette imposante avec sa canne, son béret, sa veste de marin, sa barbe de Père Noël. Une belle allure de vieux loup de mer sorti de la nuit des temps.

Alain, c’était enfin une personne au raisonnement fin, muni d’une solide culture historique. Il chérissait le débat et détestait l’informatique.

Il avait un faible pour le planteur préparé par ses soins pour nos réunions, la bonne cuisine (il excellait aux fourneaux), la voile, les amis. Ses fils et ses petites-filles adorés. Et son Eveline si complice.

S’il parlait d’une voix posée et douce, il défendait toujours avec fermeté ses points de vue.

Son dernier combat, ce fut son engagement sur la liste de gauche « Fréjus riposte » pour les élections municipales. Partisan jusqu’au bout des ongles du rapprochement des gauches, il soutenait que seule l’union fait la force. Tout simplement.

Cette force qui l’a quitté ce triste matin d’hiver, chez lui. Il ne verra pas fleurir les victoires au printemps. Nous nous battrons encore plus fort pour lui, pour construire ce monde meilleur dont il rêvait si fort.

 

 

 

Richard Abauzit

Richard Abauzit

 


S’il était un « champion », un puits de sciences en droit du travail c’était lui ! Passionné de l’étude du code du travail et des conventions, il a toujours été d’une justesse et d’une grande précision, dans la dénonciation, ces 20 dernières années, des reculs petits et grands que le patronat et les gouvernements à ses ordres ont fait subir aux lois qui protègent les salariés. « Adapter l’humain au travail ou adapter le travail à l’humain ? » posions-nous ensemble comme question aux moments où Fillon, Larcher, Villepin, Macron et Hollande, avec les lois Sapin, Rebsamen, El Khomri, Pénicaud, renversaient « la hiérarchie des normes » et brisaient un siècle de fondamentaux du code du travail.

Inspecteur du travail, professeur des écoles, syndicaliste à Sud, Richard Abauzit est décédé le 27 novembre, à l’âge de 76 ans, victime d’une longue maladie.

Grand militant de terrain, il ne cessait de participer à d’innombrables actions depuis plus de trente ans dans les quartiers sud et ouest de Montpellier. Et s’il avait pris sa retraite, il fut gilet jaune pendant de longues années et représentait le mouvement sur le rond-point des Prés d’Arènes qui était resté le dernier mobilisé. Il aidait les salariés en justice et avait mené et gagné un dernier combat pour obtenir la relaxe de deux gilets jaunes verbalisés par la police le 11 mai 2020, premier jour du déconfinement, lorsque le mouvement avait repris le rond-point.

Tous ceux qui l’ont croisé ont été frappés de l’engagement de ce savant aux cheveux dans le vent, diffuseur de ses connaissances accumulées dans l’étude passionnée du droit le plus intime, le plus quotidien, le plus vital pour 30 millions de salariés de notre pays.

C’était un ami, éminemment sympathique, nous avions rédigé plusieurs livres ensemble, tenu des meetings ensemble, notamment a la Carmagnole à Montpellier, c’est une perte douloureuse. Affections à tous ses proches.


 

 

Bruce Springsteen, The Boss

Bruce Springsteen, The Boss, l’un des chanteurs étatsuniens les plus populaires, vient de composer une chanson pour dénoncer ICE et les assassinats de Good et Pretti

 

https://youtu.be/wWKSoxG1K7w

 

Through the winter’s ice and cold
Down Nicollet Avenue
A city aflame fought fire and ice
‘Neath an occupier’s boots
King Trump’s private army from the DHS

Guns belted to their coats
Came to Minneapolis to enforce the law
Or so their story goes

Against smoke and rubber bullets
In the dawn’s early light
Citizens stood for justice
Their voices ringing through the night
And there were bloody footprints
Where mercy should have stood
And two dead, left to die on snow-filled streets
Alex Pretti and Renee Good

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
We’ll take our stand for this land
And the stranger in our midst
Here in our home, they killed and roamed

In the winter of ’26
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

Trump’s federal thugs beat up on
His face and his chest
Then we heard the gunshots
And Alex Pretti lay in the snow dead
Their claim was self-defense, sir
Just don’t believe your eyes
It’s our blood and bones
And these whistles and phones
Against Miller and Noem’s dirty lies

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Crying through the bloody mist
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis
Now they say they’re here to uphold the law
But they trample on our rights
If your skin is black or brown, my friend
You can be questioned or deported on sight
In our chants of « ICE out now »
Our city’s heart and soul persists
Through broken glass and bloody tears
On the streets of Minneapolis

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
Here in our home, they killed and roamed
In the winter of ’26
We’ll take our stand for this land
And the stranger in our midst
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

ICE out (ICE out)
ICE out (ICE out)
ICE out (ICE out)
ICE out (ICE out)
ICE out (ICE out)
ICE out

TRADUCTION OF STREETS OF MINNEAPOLIS

À travers le froid et la glace de l’hiver
En descendant l’avenue Nicollet
Une ville en flammes a combattu le feu et la glace
Sous les bottes d’un occupant

L’armée privée du roi Trump venant du DHS
Des armes attachées à leurs manteaux
Sont venus à Minneapolis pour faire respecter la loi
Ou du moins, c’est ce qu’ils prétendent

Face à la fumée et aux balles en caoutchouc
Dans la lumière naissante de l’aube
Les citoyens se sont levés pour la justice
Leurs voix résonnant dans la nuit
Et il y avait des empreintes de pas sanglantes
Là où la miséricorde aurait dû se tenir
Et deux morts, laissés pour morts dans les rues enneigées
Alex Pretti et Renee Good

Oh, notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chantant à travers le brouillard sanglant

Nous prendrons position pour cette terre
Et l’étranger parmi nous
Ici, dans notre maison, ils ont tué et erré
Dans l’hiver de ’26
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Les brutes fédérales de Trump ont tabassé
Son visage et sa poitrine
Puis nous avons entendu les coups de feu
Et Alex Pretti gisait mort dans la neige
Ils prétendaient agir en légitime défense, monsieur
Ne croyez simplement pas vos yeux
C’est notre sang et nos os
Et ces sifflets et téléphones
Contre les sales mensonges de Miller et Noem
Oh, notre Minneapolis, j’entends ta voix
Pleurant à travers le brouillard sanglant
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Maintenant, ils disent qu’ils sont là pour faire respecter la loi
Mais ils piétinent nos droits
Si votre peau est noire ou brune, mon ami
Vous pouvez être interrogé ou expulsé à vue
Dans nos chants de « ICE dehors maintenant »
Le cœur et l’âme de notre ville persistent
À travers le verre brisé et les larmes sanglantes
Dans les rues de Minneapolis

Oh, notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chantant à travers le brouillard sanglant
Ici, dans notre maison, ils ont tué et erré
Dans l’hiver de ’26
Nous prendrons position pour cette terre
Et l’étranger parmi nous
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

ICE dehors (ICE dehors)
ICE dehors (ICE dehors)
ICE dehors (ICE dehors)
ICE dehors (ICE dehors)
ICE dehors (ICE dehors)

 

 

 

 

Dix décrets urgents pour commencer à reconstruire le code du travail

Dix décrets urgents pour commencer à reconstruire le code du travail

En deux décennies, depuis les lois Fillon 2024, les gouvernements libéraux ont ôté des droits essentiels aux millions de salariés de notre pays. Ils leur ont ôté les moyens de se faire bien payer, de se défendre face à l’arbitraire et la rapacité patronale. Cela a été un moyen de baisser le coût du travail et du même coup la dignité des travailleurs s’en est trouvée affaiblie.

Comme il existe 30 millions de salariés, c’est la toute première tâche d’un gouvernement de gauche, il faut que les salariés ressentent tout de suite le changement, dans leur vie intime, quotidienne, dans leur entreprise, il faut qu’ils puissent relever la tête et vivre activement le nouveau moment, que cela les encourage immédiatement et les aide à soutenir massivement l’action du nouveau gouvernement.

En dix points, nous proposons les sujets de décrets qui s’imposent. Agir par la loi demandera plus de temps, mais des décrets il en existe des centaines dans le Code du travail qui, souvent, donnent le vrai contenu des lois et ordonnances malfaisantes qui ont été publiées depuis Hollande, Valls, El Khomri, Pénicaud, Macron.

1)     En premier, les salaires : la hausse du smic doit être immédiate dans la semaine de mise en place du gouvernement (1600 nets, 2000 bruts). La même hausse doit être appliquée à tous les salaires, points d’indice, retraites, allocations, indemnités, pensions. Et à tous les éléments de salaires notamment ceux qui ne sont plus soumis à cotisations. Cela infusera à hauteur de 300 euros nets dans les négociations annuelles obligatoires (NAO), à tous les niveaux, échelons, coefficients et le ministère veillera à ce que toutes les branches s’y plient. Il s’agit d’un rattrapage, d’une redistribution primaire élémentaire et décisive. Le taux des cotisations sera ajusté dans le même cadre pour assurer la garantie des prestations santés et retraites. Confirmation du paiement à l’heure, de la mensualisation, et interdiction du paiement à la tâche. Le temps de travail est défini comme le temps de la subordination où le salarié est sous les directives de l’employeur. Egalite immédiate des salaires femmes hommes. Du coup nous aurons vite réglé les problèmes essentiels et donné confiance.

 

2)     La seconde urgence concerne la sécurité, l’hygiène, les conditions de travail, Il s’agit de redonner vie aux CHSCT, de leur donner les pouvoirs de faire régresser ce qui fait que la France est devenue le pire pays en nombre annuel d’accidents mortels du travail d’Europe. Réunion tous les mois avec visite de l’entreprise, enquête immédiate à chaque accident, hausse des heures de délégation, présence de la CRAM, des médecins du travail, de l’inspection. Obligation pour l’employeur de faire ce qui a été discuté, décidé, voté en réunion. Engagement d’un plan de recrutement et de formation pour reconstruire une grande médecine du travail de prévention.

 

3)    Pour passer aux 32 h il faudra une loi. Mais avant les heures supplémentaires peuvent être taxées, toutes à 150 % et limitées de 35 à 40 h, interdites au-delà sauf autorisation motivée exceptionnelle préalable. Préciser le temps de repos hebdomadaire, repos deux jours par semaine. Huit heures par jour. Les heures de nuit pareillement, de 9 h à 7h, limitées et majorées fortement à 150% minima. Interdiction de travail du dimanche, sans dérogation redevenue exceptionnelle et avec doublement du salaire. Ce qui est une façon de faire revenir le temps réel de travail aux 35 h hebdomadaires en attendant le passage aux 32 h.

 

4)    Pour la lutte contre la précarité des contrats, il y a un moyen groupé efficace (utilisé en Allemagne) qui est de poser le principe de « pas plus de 5% de non-CDI » par entreprise. Ce qui limite les abus de CDD, intérims, stagiaires, sous-traitants bidons, travail dissimulé. Des dérogations motivées, au coup par coup, peuvent été prises ensuite auprès de l’inspection du travail. Comme dans les autres cas, cela doit être d’ordre public social et lourdement sanctionné en cas d’infraction.

 

5)     L’application de la convention n°158 de l’OIT sur les licenciements signée par la France (et pas par les pays anglo-saxons) doit être ravivée, cela signifie la consolidation de l’entretien préalable systématique, de l’écrit détaillé du motif, de la consultation préalable des IRP, de l’information de l’inspection du travail qui peut été saisie d’une demande préalable d’interruption de la procédure par le salarié, des prudhommes qui tranchent, avec réintégration et indemnisation possibles. Les licenciements dit boursiers dans les entreprises bénéficiaires peuvent été suspendus, les tribunaux de commerce peuvent être obligés de devenir transparents (avant de disparaître et d’être remplacés par un système tripartite, état, syndicats patronat).

 

6)     En matière, décisive de sous-traitance : trois décrets appelés à être transformés en lois. 1°) responsabilisation des donneurs d’ordre en tout sur les plans juridiques, financiers, économiques, pénal 2°) alignement des sous-traitants sur les conventions collectives des donneurs d’ordre avec un seul niveau de sous-traitance 3°) reconnaissance facilitée des UES. Cela change tout en faveur des salariés des sous-traitants et du même coup pour les patrons des PME, TPE, ETI face aux multinationales et permet d’opposer grands et moyens patrons qui seront devenus redevables au gouvernement de gauche. Du même coup, la transposition de la directive de l’UE pour les travailleurs des plateformes, permet la « présomption de salariat », et la lutte contre tous les marchandages, travaux illicites, prêts de main d’oeuvre irréguliers.

 

7)    Le droit pénal du travail (quasi détruit à ce jour) sera renforcé par décret de façon à ce que les infractions et les discriminations soient poursuivies et sanctionnées le plu systématiquement possible et de façon dissuasive ; discrimination de sexe, d’origine, de nationalité de langue, d’âge, de genre, d’orientation sexuelle. Le travail des enfants sous toutes ses formes doit être interdit à nouveau de 14 à 16 ans, strictement encadré de 16 à 18 ans. L’inégalité des salaires entre femmes et hommes à travail égal, sera lourdement et le plus rapidement possible pénalisée.

 

8)   Le nombre d’élus du personnel a été drastiquement diminué (de moitié !) alors que les IRP sont la condition fondamentale du respect de l‘état de droit dans les entreprises et du rapport de force entre salariat et patronat. Par décret on peut refixer les seuils et modalités d’élection et de fonctionnement des délégués du personnel, des comités d’entreprise, des CHSCT, des délégués syndicaux, de la périodicité et des modalités des réunions, des avis et mandats conformes, de façon à ce que la vie démocratique minimum reprenne dans toutes les entreprises, y compris les TPE. Les accords seront subordonnés à la loi et non pas l’inverse.

 

9)     Les prudhommes (un tiers a été supprimé par Dati, les autres ont été rendus impuissants) seront reconstruits, plus nombreux, avec plus de moyens, pour reprendre par décret leur vraie nature : une belle et saine justice du travail rapide, efficace, gratuite, orale, généraliste. Une loi devra permettre les élections des conseillers au scrutin universel des salariés ( en liaison avec la reprise des élections à la gestion de toutes les caisses de Sécurité sociale, un assuré, une voix).

 

10)  Les effectifs de l’inspection du travail seront doublés et une promotion immédiate massive sera mise en place avec des services réorganisés et des moyens d’action de façon à les faire redevenir indépendants des gouvernements en place conformément à la convention 81 de l’OIT

Gérard Filoche 27 janvier 2026