mort au travail

Au boulot n°503

Souffrance au travail

 

Les grands médias ne parlent  quasiment jamais des 550 accidents mortels ni des 700 suicides liés au travail, ni des 4500 handicapés du travail par an. Pas de « unes », pas de journaux télévisés, pas de suivi ni alertes, pas de mobilisation des esprits, donc pas de prévention ni de réparation. CHSCT fermés, médecine du travail démantelée, inspection du travail bridée (cas emblématique de la suspension de l’inspecteur Anthony Smith).

Aucune prise en compte sérieuse  de la souffrance au travail : : le Covid19 a été reconnu « maladie professionnelle »  pour les policiers pas pour les infirmiers.

La semaine passée, un électricien de 30 ans, un routier de 43 ans, un ouvrier du bâtiment de 50 ans, un élagueur de 52 ans, un bucheron de 54 ans, un autre ouvrier du BTP, de 60 ans, un technicien de maintenance de 60 ans, un employé de 63 ans sont décédés au boulot.

Michel Bianco a perdu son fils Jérôme d’une chute de 8 m de hauteur faute de garde-corps le 2 août 2006. Il a remué ciel et terre en un long combat judiciaire contre la faute inexcusable de l’employeur. Le 2 août 2020 il écrit à son fils disparu : « ça fait 14 ans que ce jour noir se lève. La déchirure de ta disparition est toujours aussi lancinante. Bien sur le chemin de la vie avance : ta fille Célia va avoir 14 ans. J’imagine ta fierté de te promener avec elle. Alors oui plus jamais ça. Partir un matin au travail pour ne jamais rentrer le soir. Cette année, Paloma, Nathalie, Pauline et d’autres se trouvent confrontés à cette horrible injustice. Les victimes de l’effondrement de la scène de Madona en 2009 au stade vélodrome attendent encore que la justice condamne les responsables. Bien sur le combat continue pour que les accidents du travail sortent de la rubrique des faits divers et deviennent une question sociale. Pour cela, avec d’autres, j’en parlerais encore et encore pour casser le silence du mépris des deux morts par jour d’accident du travail dans notre pays ! Ton père ! »

Gérard Filoche

 

 

Trains de nuit, de marchandises et petites lignes

chronique au boulot n°502 Humanité Dimanche, 10° année

Privé ou public ?

Ainsi donc Macron s’est soudainement écrié « nous allons développer le fret par le rail, les petites lignes et les trains de nuit »

Tout le monde sait qu’il n’a cessé depuis qu’il fut ministre en 2015, de faire le contraire.

Qui oublie le combat emblématique mené pour empêcher Bornes de fermer la ligne de la gare St-Charles de Perpignan jusqu’à Rungis ?

Qui oublie les centaines de petites lignes et de gares fermées ou sauvées de justesse à coups de manifestations populaires ? Du Tréport au Puy de Dôme, ou de Gap au Train jaune du Roussillon, du Lot à l’Aveyron, de Paris à Rodez ? Il est loin le grand « Chaix » où la France était couverte d’un dense réseau, on a le squelette ferroviaire de Macron quasi réduit au TGV.

Qui oublie les trains de nuits quadrillant le territoire, utilisés par les jeunes et les vacanciers ?  Tout cela remplaçait les risques de la route, la pollution, l’inconfort imposé par le tout voiture

Mais les propos de Macron sont encore fourbes :  car c’est de trains de nuits privés, de petites lignes privées, de trains de marchandises privés dont il parle !

Pourtant ça se sait que « le privé » a été incapable de remplacer le service public.  C’est tricherie que de prétendre organiser une artificielle concurrence sur les rails !

Les fameux cars Macron qui devaient génialement suppléer aux trains ont fait faillite. Les actionnaires  privés pourtant subventionnés à coups de millions, ont déposé le bilan, faute de marges. Macron avait annoncé « plusieurs milliers d’emplois ». La société Eurolines rachetée par Flixbus, liquidée, vient de licencier 37 des salariés restants sur les 159 embauchés d’il y a 5 ans. Leur seul concurrent, Blablabus, fait appel à̀ des sous-traitants plutôt qu’à l’embauche. Chauffeurs autoentrepreneurs précarité, intérimaires, ubérisation.

Est-ce qu’il nous propose le même genre de faillite sur les trains de nuit, les trains marchandises, les petites lignes ou bien sera-ce un grand service public SNCF ?

Gérard Filoche

 

 

 

 

Performance

Performance

 

Il est des mots que les libéraux aiment employer à l’envers. Ainsi en est-il de ces « accords de performance » que le code du travail brisé par Hollande et Macron, El Khomri et Pénicaud et maintenant Bornes, porte aux nues.

Selon le dictionnaire : « Victoire acquise sur une équipe, un adversaire mieux classé. Exploit ou réussite remarquable en un domaine quelconque : faire un tel travail en si peu de temps, c’est une véritable performance ».

Il n’y a plus d’ordre public social.  Plus de limite. Le contrat l’emporte sur la loi. Le patron peut donc imposer ce qu’il veut, soit par le consentement de syndicats affaiblis ou complaisants, soit par un « RIP » (« referendum d’initiative patronale »). Le chantage à l’emploi est quotidien. « – C’est à prendre ou à laisser sinon je te vire ».

La « performance » dans un accord, ça consiste à sortir de la loi. La performance c’est de travailler plus, de gagner moins, le temps qu’il est nécessaire à un patron pour « se refaire ».

Quand un des grands patrons donneurs d’ordre a mal géré, détourné des sous dans les iles Caïmans, engraissé ses actionnaires, et se trouve à court, il dit « c’est la faute au coronavirus », il reçoit aussitôt des millions versés par Macron, et il exige de ses salariés d’être plus « performants » sous menace d’un « plan » dit « social ».

« Performant » c’est incongru dans un pays où les salariés sont déjà les plus productifs au monde. « Performant » chez nous c’est « plus performant que performant ». C’est le « top » du sacrifice.

Le patron donne à ses actionnaires, pas à vous et vous, vous lui donnez tout. Et ça dure et ça dure… sans contrôle. Car il n’existe pas de contrepartie… après il peut dire de façon unilatérale que vos efforts n’ont pas suffi, que ça n’a pas fonctionné et alors il peut vous licencier quand même. Il n’y a pas de contrôle préalable sur les licenciements. Et alors Macron casse l’assurance chômage pour que vous n’ayez que le minimum, et il casse vos retraites pour être certain que vous lui couterez toujours aussi peu lorsque vous aurez définitivement cessé d’être « performants ».

Gérard Filoche

 

Récit de l’intérieur de la CCC :La CCC : « Sans filtre » ! mais avec amendements…

La CCC : « Sans filtre » !

mais avec amendements…

La Convention Citoyenne pour le Climat s’est conclue dans l’enthousiasme de ses membres pour avoir participé à une prise de conscience de l’urgence climatique à transmettre : la Terre peut exister sans nous, mais nous ne pouvons pas vivre sans elle. « Les températures supérieures à 50°C à l’ombre, qui vont devenir plus fréquentes, seront mortelles dans certaines régions du monde où l’air saturé en humidité interdit toute évaporation de la sueur. Nous ne sommes pas uniquement devant le choix d’une politique économique pour faire face à une crise économique, sociale et environnementale. Le réchauffement et le dérèglement climatiques menacent la survie de l’humanité. C‘est une question de vie ou de mort ! ».

 

Mais la prise de conscience n’était pas seulement écologiste elle était aussi démocratique : les 150 conventionnels ont  découvert que « formation » pouvait rimer avec « manipulation ». Le Comité de   gouvernance qui seul décide de tout avait pour mission implicite de retenir les seules propositions acceptables par le président de la République et il s’est employé à marginaliser les autres. Mais l’objectif poursuivi par Emmanuel Macron a subi en grande partie un échec.

 

Le travail de la Convention

 

Les propositions votées par les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat sont pour la plupart, des mesures que l’on retrouve dans le débat public ou dans les publications sur le changement climatique depuis plusieurs années. Pour autant, elles sont ambitieuses et montrent la prise de conscience grandissante des citoyens sur la gravité de la situation, sur l’urgence climatique et le respect de la biodiversité. Il y a aussi des mesures moins connues préconisant la production de plastiques biodégradables ou opposant la densification de l’habitat à l’artificialisation croissante des sols que provoque l’étalement urbain.

 

La réduction du temps de travail à 28 heures par semaine a été rejetée parce qu’elle n’était pas proposée comme moyen de faire reculer le chômage de masse, mais comme réponse à une réduction de la consommation qui était jugée nécessaire. C’est d’ailleurs pourquoi sa première présentation avait été accompagnée d’une baisse des salaires (mais « sauf des bas salaires »). La réduction du temps de travail est en partie hors sujet : elle ne permet pas de supprimer les besoins créés artificiellement par la publicité. Elle peut seulement être la réponse démocratique à l’augmentation permanente de la productivité du travail qui a permis au patronat de se gaver durant 20 ans. Après ces vimgt ans, il serait temps que le capital rende au travail au moins une partie de ce qu’il s’était attribué. Proposer 28 heures (au lieu de 32 heures par exemple) avait un caractère maximaliste qui desservait la proposition. Elle a tout de même recueilli 35 % des voix exprimées.

 

La question du financement  des propositions est importante. La Convention citoyenne a été mise sur pied après la révolte des Gilets Jaunes contre la hausse de la taxe carbone. Cette  taxe a été peu discutée tout au long de la Convention. Elle est malheureusement ressortie, sous la forme allusive d’un « moratoire sur l’évolution de la taxe carbone pendant 5 ans, le temps que les ménages soient informés  de l’urgence climatique ». Que ce point fasse l’objet d’un vote séparé, aurait permis à  quiconque le voulait, de s’opposer à cette hausse des taxations sur la consommation. Mais ceci a été refusé : le droit élémentaire à la dissociation d’une partie du texte a été bafoué par la gouvernance de la Convention. Or celle-ci avait auparavant décidé que, pour le vote, seraient associées la proposition PT4 (qui porte sur la gestion des emplois et des compétences) et  la proposition PT5 (qui se prononce pour une semaine de travail légale de 28 heures). Mais finalement, elle s‘est autorisée à exercer le droit à la dissociation pour que le rejet prévisible de la PT5 n’entraine pas celui de la PT4. Deux poids, deux mesures !

 

Pour marquer mon opposition à cette taxation, j’ai été obligé de voter contre le document sur le financement, puis contre le rapport final. Ce faisant, j’ai  rejeté, contre ma volonté, les très bonnes propositions présentées par ces textes. Mais je savais qu’elles seraient adoptées.

 

Les autres mesures sont très favorables :l  augmentation du taux d’imposition des dividendes versés aux actionnaires, un prélèvement de 4 % sur les dividendes au delà de 10 millions d’euros,  le renforcement de la taxation des transactions financières, l’augmentation de la taxe sur les GAFA, une nouvelle tranche d’imposition sur les hauts revenus, la création d’une taxe sur les profits des banques réalisés sur les projets d’investissement néfastes pour le climat (à hauteur de 40 % des profits réalisés), l’utilisation de la création monétaire par la BCE pour financer la transition climatique, au service des citoyens…Des baisses de taxes sur la consommation (TVA) sont aussi préconisées.

Cependant, parmi nos 149 propositions, on détecte quelques manques, notamment le soutien des pouvoirs publics aux mouvements d’éducation populaire intervenant exclusivement sur l’environnement (CPIE, AMAP ,  FNE,  GRAINE …).

La réduction à 110 km/h de la vitesse maximale  sur autoroute a été adoptée par 2 tiers des voix exprimées.

Le texte sur les moyens de financement a été adopté  par 102                                voix pour, 22 contre et 18 blancs.

Le rapport final a été adopté par 134 voix pour, 7 voix  contre et 9 blancs

 

Emmanuel Macron  ne s’est engagé à rien

 

Tout le monde a en tête que le Grenelle de l’environnement convoqué par Nicolas Sarkozy en 2007 avait suscité beaucoup d’espoirs, puis beaucoup de déceptions, les mesures envisagées étant pour beaucoup restées lettre     . Ayons conscience qu’Emmanuel Macron veut mettre en œuvre les seules mesures qui attaquent le moins les profits. Il l’a montré en rejetant le prélèvement de  4 % sur les dividendes. Ce rejet indique l’orientation qu’il veut imposer et qu’il a tenté de justifier en prétendant que diminuer les dividendes diminuerait les investissements productifs ; argument faux puisque les profits, qu’ils soient distribués en dividendes ou gardés par l’entreprise, sont massivement placés spéculativement car la spéculation rapporte davantage que l’investissement. Pour financer la transition climatique, la droite ne veut pas prélever les ressources nécessaires sur la masse des profits, mais sur les revenus du travail, salarié et indépendant.

 

Emmanuel Macron veut éviter le recours au référendum. Il préfère gouverner par l’adoption de mesures législatives qui seront amendées par les parlementaires au service de l’Elysée, ou par décrets gouvernementaux contrôlés par le Conseil d’Etat,. Le président de la République pourra dire qu’il a adressé « sans filtre » nos propositions aux parlementaires et aux conseillers d’Etat, mais elles seront « adaptées » par amendements ou par transpription légistique.

 

06/07/2020

 

Pierre Ruscassie

06 80 08 24 68

pierre.ruscassie@wanadoo.fr

 

 

Luxfer : une responsabilité historique à gauche : celle de vous unir

Mes camarades

La lutte des LUXFER est notre combat pour l’emploi mais aussi un symbole pour que le monde d’après soit différent du monde d’avant.

Le vieux monde craque de partout mais il n’est pas mort.

Des paysans, des avocats en grève pendant deux mois, des UBER, des médecins se révoltent. Des anonymes avec le mouvement des gilets jaunes exigent la justice sociale. Les femmes, les jeunes  se lèvent pour exiger le respect et l’égalité.

Des couches de la société qui n’étaient pas le fer de lance du mouvement social ne supportent plus les exigences de la finance.

La crise engendrée par le corona virus a remis en cause tout ce que les bien pensants du capitalisme nous présentaient comme des règles intangibles : l’équilibre budgétaire, la diminution des services publics, les délocalisations.

Alors je profite qu’aujourd’hui, nombre de politiques de différentes sensibilités soient venus pour soutenir cette lutte d’une part pour les remercier tous de leur présence mais aussi pour leur transmettre un message.

Vous avez une responsabilité historique : celle de vous unir sur des propositions concrètes  pour que le monde de demain ne soit pas le monde barbare vers lequel les capitalistes nous amène.

Vous avez 100 bonnes raisons pour vous en vouloir. Je le sais. Mais vous pouvez et vous le devez à notre classe trouver 20 bonnes causes pour vous unir.

Aujourd’hui en est une. La CGT et 17 autres organisations ont lancé une pétition avec des propositions pour le monde de demain. C’est une base. Il est possible nécessaire et indispensable de se regrouper autour d’engagements concrets.

Nous n’avons pas besoin de compter les points. Nous avons besoin de gagner. Et pour cela de recréer l’espoir car le monde d’hier ne va pas disparaitre par enchantement. Seule l’unité de forces diverses sur des engagements concrets de changements profonds le permettra.

Il n’y aura pas de « monde d’après meilleur » s’il n’y a pas des forces politiques qui le portent ensemble.

Dans la division ce sera le monde ancien qui perdurera en pire.

Le temps presse, le moment est propice ne nous décevez pas et rendez l’espoir au plus grand nombre.

Vous avez cette responsabilité pour nous, pour nos enfants, pour l’histoire !

 

René Defroment  CGT

 

Farida : infirmiére en lutte a besoin de votre soutien

PÉTITION : VIOLENCE DE LA POLICE, SOUTIEN À FARIDA C., INFIRMIÈRE EN LUTTE
Le 23 juin 2020
Le mardi 16 juin dernier, vous avez vu la vidéo de l’arrestation violente d’une infirmière de 51 ans, Farida. Venue rappeler le gouvernement à ses promesses, et manifestant contre la casse de l’hôpital public, pour une hausse du salaire des soignants et une amélioration de leurs conditions de travail, le gouvernement a répondu par la force : la matraque et le gaz.
Prise dans la colère et l’indignation, la soignante a « riposté » du haut de son mètre 55, munie de trois petits cailloux contre des policiers en armure. Interpellée violemment par les forces de l’ordre alors qu’elle ne présentait aucune menace, elle souffre de plusieurs blessures, à la tête, aux bras, aux côtes, ayant entraîné 4 jours d’ITT (incapacité temporaire de travail). Les policiers, quant à eux, n’ont pas été blessés. Ils sont pourtant quatre à avoir porté plainte pour violences, outrage et rébellion. Le procès aura lieu le 25 septembre prochain.
Face à cette répression violente, ces images dures, ce mépris révoltant, nous nous en remettons à vous pour aider Farida. Elle a déposé une plainte auprès de l’inspection générale de la Police nationale pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ».
Avec cette pétition, vous signez pour que cette plainte ne tombe pas dans l’oubli. Avec cette pétition, nous lançons aussi un appel aux syndicats de soignants pour qu’ils soutiennent leur consœur dans l’épreuve qu’elle affronte, à l’heure où le mouvement social a tant besoin d’unité.
Enfin, avec cette pétition, c’est un soutien émotionnel que vous apportez à Farida et à l’ensemble du corps médical. Aussi bien dans leur lutte depuis un an, dans un conflit social contre cet adversaire mutique qu’est le gouvernement face à leurs revendications que pour leur récente bataille contre la COVID-19 où ils ont tous répondu présents.
Nous avons compté sur eux, montrons leur qu’ils peuvent compter sur nous.
Premiers signataires :
Françoise FILOCHE, infirmière
André GRIMALDI, professeur émérite de diabétologie à La Pitié-Salpêtrière
Corinne MASIERO, comédienne
Imen MELLAZ, journaliste, fille de Farida C.
Olivier MILLERON, médecin
Patrick PELLOUX, urgentiste

Farida : « Fallait réfléchir avant ! »

Au boulot n°499 chronique hebdomadaire « Au boulot » dans l’Humanité Dimanche

Ingratitudes

Veolia est une grande entreprise géante avec 11 000 sous-traitants. C’est bien commode la sous-traitance, pour renvoyer les problèmes humains aux PME d’en dessous.

Dans sa  filiale, la Coved, à Basly, Calvados, le 5 juin 2020, Stéphano Patry, 47 ans, chauffeur de bennes a ordures depuis 26 ans, s’est suicidé avec un fusil de chasse, en tenue de travail, une lettre de licenciement « pour cause réelle et sérieuse » à ses pieds. Il devait recevoir « la prime du héros du quotidien » (750 euros) versée par son entreprise aux salariés qui avaient travaillé pendant l’épidémie du Covid19.

Les soignants non plus n’ont rien reçu de leur donneur d’ordre au grade le plus élevé, Macron. Ni médaille, ni 14 juillet, ni 300 euros de hausse de salaire, ni effectifs, ni recrutement, ni moyens, ni les plans nécessaires pour l’hôpital public.

En dépit d’une douzaine de policiers surarmés qui essayaient de les dissimuler, les images de l’infirmière Farida, le 16 juin, molestée, tirée par les cheveux, quatre policiers assis sur elle, menottée, puis bâillonnée, ont fait le tour du pays. Elle a été ensuite attachée à un banc au commissariat pendant huit heures et sera jugée le 25 septembre prochain.

Comme elle dit : « - Ce n’était pas possible, ce n’était pas envisageable pour moi,  je n’étais pas là pour jeter des cailloux, mais pour manifester les droits des soignants, j’étais en face de policiers protégés, j’ai explosé, c’était symbolique, je voulais dire, on en a marre, on est fatigués, on vient manifester, arrêtez de nous museler comme ça, on vient dire « au secours », et vous nous gazez, ça a exprimé ma colère, mes petits cailloux n’avaient aucune chance de faire mal aux policiers, j’aurais pas dû, bien entendu, mais je suis fatiguée, je ne veux plus travailler comme ça, sans respect des valeurs, sans mettre du soin dans le soin, une infirmière doit avoir le temps de faire une toilette, une infirmière doit avoir le temps de parler au malade, de poser les mains sur un patient, et lui dire : « - On est là. »

Un des policiers qui molestait Farida lui a dit, et tout le monde l’entend sur la vidéo,  « Fallait réfléchir avant ». Comme si les salariés de l’essentiel, ceux qui font tourner le pays,  avec de si bas salaires, après trois mois de Covid19, ne réfléchissaientpas sur l’ingratitude au plus niveau. Comme si ce n’était pas cette réflexion, précisément qui les poussait à se soulever. Comme si ce n’était pas légitime.

Gérard Filoche

 

 

Livreurs de bonheur

Ce lundi 8 juin à 13 h, il étaient là, 200, 250, tous noirs, africains. Beaux, joyeux et toniques. Devant le « hub » de chez Frichti – une start up à la mode Macron – au 40 rue Croix des Petits Champs, ironiquement situé en face de l’entrée de la Banque de France.

Ils manifestaient, bruyamment avec leurs vélos et avec leurs gilets jaunes « Frichti » dont la « pub » est, devinez le en mille ? : « Livreur de bonheur ».

Le dictionnaire ne laisse pourtant aucune place au bonheur : le Frichti, fricot, bouffe, bouffetance, c’est un « repas préparé dans la hâte et pris rapidement. Action de cuisiner quelque chose de rapide et de le manger en peu de temps seul ou à plusieurs. Le frichti  est généralement lié à l’empressement et à un manque de temps ».

Le frichti doit être livré vite, en 20’, 7 jours sur 7 : les appels de recrutement exigent un vélo, un statut « auto entrepreneur », un Smartphone et « ton sourire de coursier » pour 5 euros de l’heure et 0,50 centimes par commande plus une prime kilométrique (au tarif totalement aléatoire).

« Vous dévalez les rues à Paris a vélo, et connaissez bien tous les recoins ?  Votre endurance serait un véritable atout avec Frichti »

Tu bosses par « shifts » d’un « hub » à l’autre, de 10 à 14 h 30 et de 18 h 30 à 23 h à la tâche, sans arrêt maladie en cas d’accident, sans congés payés, sans chômage car sans cotisations sociales. Et tu fais la queue dans des locaux à l’hygiène incertaine, pendant des heures car il y a plus de livreurs que de livraisons.

Pendant le confinement, ces jeunes ont livré quelque soit le temps froid, chaud, soleil, pluie, vents, ils ont affronté les risques du virus. Pas de smic. Pas d’horaires, pas de contrat. Un turn over permanent. Ce sont des héros. Et comment sont ils récompensés ? Déconnectés ! Les patrons, qui ne regardaient pas les papiers de près jusque là, ont décidé qu’il fallait qu’ils soient « en règle ». Cela leur permet de virer 80 % des effectifs sans recours.

Voilà comment sont traités les jeunes dans la France de Macron.

En décidant de se battre collectivement avec l’appui de la CGT et du CLAP (Collectif des livreurs autonomes de Paris,animé par Jérôme Pimot) pour exiger d’être reconnus légalement en tant que salariés (conformément aux arrêts de la Cour de cassation) tous ces jeunes courageux, sans le savoir, défendent les droits de tous les autres salariés du pays.

Car la France start up de Macron, sans statut, dans des hubs, des shifts, à 5 euros de l’heure, c’est le modèle de bonheur qu’il veut nous imposer à la place du salariat.

Gérard Filoche

lire chaque semaine la chronique « au boulot »ici  n° 498, 10° année dans l’Humanité Dimanche

 


 

 

Chronique au boulot n°497 Humanité dimanche : Contrôle préalable sur les licenciements

 

Il y a une vingtaine d’années une vendeuse de la Samaritaine s’était suicidée  après avoir  été victime d’un « plan social » de 140 salariées

Au bout de deux ans et demi, ne retrouvant pas de boulot, rejetée de partout, elle s’était défenestrée, depuis son petit appartement du 6° étage.

Cette femme croyait que sa vie était finie car son emploi était fini.

Elle n’avait rien d’autre, aucun avenir, elle était en fin de droits, aucune issue.

Comme des millions d’autres.

Ce fut une double tragédie, car à l’époque les syndicats avait contesté le « plan social » en justice, et ils avaient gagné ! La Cour de cassation avait imposé que soient  ré intégrées les 140 licenciées :  80 d’entre eux ont pu retrouver leur poste.

Mais la  procédure avait duré quatre ans.

Trop tard car cette femme s’était suicidée. Elle n’a pas su qu’elle aurait été réintégrée.

C’est pourquoi le contrôle sur les licenciements doit s’effectuer au  préalable.

Dès qu’il y a un doute manifeste, les salariés, leurs élus, leurs syndicats devraient pouvoir saisir l’inspection du travail et celle-ci devrait avoir le droit de suspendre les licenciements.

Que ce soit l’employeur qui dépose recours devant les juges, et qu’en attendant les salariés restent en poste.

Le tribunal des prud’hommes d’Amiens  le 28 mai 2020 vient de donner raison aux 832 salariés du site Goodyear fermé en 2014 :  il condamne la direction de Goodyear pour « licenciement sans motif économique valable ».

Tout le monde se souvient d’années de lutte acharnée pendant 6 ans des salariés de Goodyear pour éviter cela.

A l’époque ni Hollande ni Valls ne les avaient aidé.

Aujourd’hui Macron et Pénicaud disent qu’il faut « faire confiance aux patrons ».

Les salariés, leurs syndicats, leurs délégués, de 2008 à 2014 ont été décriés mais ils avaient donc raison ! Le juge leur redonne leur dignité : Goodyear n’a supprimé les emplois que « pour  accroitre les bénéfices et verser des dividendes aux actionnaires alors que cette année-là, ils réalisaient 1,5 milliard d’euros de résultat » !

Trop tard.

Et c’est intolérable.

Goodyear va devoir leur payer des indemnités, mais, les salariés ont perdu leur boulot.

Rien n’effacera les drames sociaux et familiaux qui s’en sont suivis

Beaucoup d’entreprises sont en train de prendre prétexte de la pandémie du Covid19 pour licencier abusivement,.

C’est maintenant qu’il faut refuser de laisser faire et exiger un contrôle préalable des licenciements.

Gérard Filoche

 

La santé surplombe tout, Anthony Smith a juridiquement raison contre Muriel Pénicaud

 

 

Il n’y a pas de dilemme possible entre la santé des salariés et la préservation de leur emploi. « La santé surplombe tout » disent les juges.

Ce sont les patrons qui ont le devoir de protéger la santé, la sécurité, l’hygiène de leurs salariés.

A contrario, Mme Pénicaud explique sans cesse qu’il faut « faire confiance aux patrons ».

C’est avec cet état d’esprit qu’elle a suspendu le 15 avril l’inspecteur du travail Anthony Smith qui ne faisait que respecter ses missions en engageant un référé judiciaire pour imposer à un patron de donner des masques à ses salariées qui allaient de maison en maison faire des soins aux personnes ou des ménages.

Un million de femmes font le ménage ou des soins à domicile.

Quoi, les femmes de ménage ne doivent pas avoir de masques ?

Quoi, les soins à domicile sont sans risques ?

« Notre pays tient tout entier sur des femmes que nos économies rémunèrent si mal » disait  Macron. Il ne manquerait plus que « nos économies » leur fasse attraper le virus.

 

Le tribunal judiciaire de Lille, le 3 avril dernier, a précisé les obligations de prévention du Covid-19, rappelant les règles liées aux équipements de protection individuelle de manière uniforme et systématique.

Le tribunal judiciaire de Paris, le 9 avril, a précisé les obligations de La Poste, lesquelles devaient spécifiquement prendre en considération l’épidémie avec obligation de sécurité de résultat pour ses salariés.

Le 14 avril, le tribunal judiciaire de Nanterre a ordonné à la filiale française de la Société Amazon de « restreindre l’activité de ses entrepôts » sous astreinte de 1.000.000 euros par jour de retard et par infraction constatée. Amazon a été contrainte d’appliquer cette décision.

 

En choisissant de s’attaquer à Anthony Smith le 15 avril, ce sont à la fois ces jugements et l’action de l’inspection que Mme Pénicaud a voulu endiguer pour montrer sa confiance à ses patrons chéris.

 

Mais les juges ont tranché autrement : Lille, Paris, Nanterre, Versailles. Référé sans audience (Paris), avec audience et un seul juge (Lille), avec audience et trois magistrats (Nanterre, Versailles). Et un autre cas célèbre, depuis, à Renault Sandouville.

À ce jour, six ordonnances de référé se sont prononcées en avril-mai sur la question prioritaire de la santé des salariés.
Depuis le 15 avril, c’est Mme Pénicaud qui est dans l’illégalité et Anthony Smith totalement soutenu par la jurisprudence.

Le 15 juin, ça fera deux mois déjà on manifestera dans l’unité pour réintégrer Anthony Smith et c’est la condamnation de Pénicaud qu’on demandera.

En pensant particulièrement à la santé des femmes de ménage et des aides aux soins à domicile.

 

Gérard Filoche

 

lire chaque semaine rubrique « Au boulot » dans l’Humanité Dimanche (N°496 ici, 10° année)