Climat, biodiversité, air Les enjeux de la transformation écologique

Climat, biodiversité, air

 

Les enjeux de la transformation écologique

 

Tout le monde l’a compris, Macron a menti en déclarant qu’il transmettrait « sans filtre » les propositions de la Convention citoyenne. Pas tant qu’il veuille préserver le rôle du Parlement, mais bien qu’il souhaite protéger les profits des grandes entreprises. Une transition écologique sauce Macron, c’est une transition à petits pas, d’abord à l’écoute des exigences du patronat.

La Convention propose de mettre en place une écoconditionnalité des aides publiques (basée sur un bilan carbone) qui n’est pas, par exemple, retenue dans le projet de loi. Mais ce n’est qu’un reniement parmi tant d’autres.

 

Un projet de loi en recul

Sur la question de l’écocide et des délits liés sanctionnant la pollution et la mise en danger de l’environnement, les organisations patronales ont obtenu du gouvernement un abaissement des sanctions initialement engagées. Macron pense que l’on peut s’en remettre à la bonne volonté des entreprises… et aux écogestes des citoyens. Ce qui fait dire au Réseau Action Climat : « L’ambition fixée par l’exécutif – à savoir la réduction de moins de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 semble complètement irréalisable »1.

Parce qu’elles estiment que la France a pris un retard trop important dans la lutte contre le changement climatique, quatre organisations de protection de l’environnement et de solidarité internationale2 ont attaqué l’État français3 avec, à l’appui de leur démarche, une pétition citoyenne. L’Affaire du siècle a recueilli plus de deux millions de signatures ! Le projet de loi « portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets » semble lui aussi de la même veine que l’action mise en œuvre jusqu’à présent : insuffisante face aux défis climatiques.

 

Biodiversité et greenwashing

Pour masquer autant que faire se peut son discours de droite de plus en plus autoritaire, Macron comptait sur la promotion de la loi issue des travaux de la Convention citoyenne. Devant les reculs déjà annoncés par rapport aux recommandations de cette Convention, les associations écologistes se disent toutes déçues. Au Parlement, les formations de la gauche et de l’écologie s’opposeront certainement au projet de loi. Le « en même temps de droite et de gauche » ne fonctionne plus ! Et c’est tant mieux.

Parce qu’il sent qu’elle est dans l’air du temps, Macron feint tout de même de mettre l’écologie à l’agenda. C’est ainsi qu’il a organisé une nouvelle édition du One Planet Summit consacré à la biodiversité. Un constat éclairant y a été fait : les bonnes résolutions prises les années précédentes n’ont été que très peu tenues. Réunir des chefs d’État, des dirigeants d’entreprises et de la finance n’a pas permis jusqu’à présent de ralentir l’érosion massive de la biodiversité sur notre planète. Estimer qu’un verdissement de la finance est possible tout en laissant faire les lois du marché est mensonger.  Le « greenwashing »4 de certains participants à ce sommet a été, à juste titre, dénoncé par les ONG environnementales.

 

Pollution de l’air, un enjeu de santé

Climat, biodiversité mais aussi qualité de l’air. Dans l’Union européenne, on estime à 400 000 les décès prématurés dus à la pollution de l’air, dont 50 000 en France. La France devrait réduire de 30 % ses émissions d’oxydes d’azote, produites essentiellement par le trafic routier. Plusieurs agglomérations dépassent de façon répétée les valeurs limites, ce qui a valu à la France une condamnation par la Cour de justice de l’UE.

Fixer des objectifs, c’est bien, mais il faut se donner les moyens de les tenir. Il faut aussi réduire les émissions d’ammoniac qui proviennent à plus de 90 % du secteur agricole (notamment dues aux engrais) et sont une des origines des particules fines. Sans modification substantielle du modèle agricole dominant, difficile de croire que les engagements pris soient tenus. Il faudrait pour cela rompre avec les orientations de la FNSEA.

 

Éric Thouzeau

  1. 1. Gaspard D’Allens, « Le projet de loi réduit à néant les proposition de la CCC », www.reporterre.net, 9 janvier 2021.
  2. 2. Les associations qui se sont portées parties civiles : Notre affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH), Greenpeace France et Oxfam France.
  3. 3. L’audience a eu lieu le 14 janvier 2021. Le rapporteur public a invité le tribunal à reconnaître la « carence fautive » de l’État. À l’heure où nous écrivons, le jugement du tribunal administratif n’est pas encore connu.
  4. 4. La volonté de certaines entreprises et autorités de se donner une image écologique et responsable largement usurpée.

 

La leçon suisse du Brexit Un bon levier social

La leçon suisse du Brexit

Un bon levier social

 

La relation que la Suisse entretient avec l’UE ne saurait être assimilée à la situation qui prévaut désormais entre cette dernière et le Royaume-Uni, suite à l’accord conclu le 24 décembre 2020. Toutefois, sur un point au moins – les exigences posées par l’Union aux Britanniques pour éviter le dumping social –, ce texte fait office de levier pour la gauche politique et syndicale suisse.

 

Dans les mois à venir, la Suisse et l’UE vont rediscuter d’un accord-cadre institutionnel, qui a pour objectif d’adapter systématiquement le droit suisse au droit européen. Une des pierres d’achoppement porte sur la question de savoir si les différends entre la Suisse et l’UE seront tranchés par la Cour de justice de l’UE (solution défendue par l’Union) ou par un tribunal arbitral.

 

La fin d’une conscience sociale

Dès le moment où ils ont pris connaissance de l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni, plusieurs femmes et hommes politiques de la droite suisse ont jubilé. Comme la Cour de justice de l’UE ne joue aucun rôle dans l’accord conclu avec le Royaume-Uni (sauf pour l’Irlande du Nord), ils ne voient pas pourquoi il n’en irait pas de même dans l’Accord-cadre Suisse-UE, ce qui sauvegarderait la souveraineté helvétique.

Nombre de spécialistes ne partagent toutefois pas ce point de vue. Les dispositions de l’accord de libre-échange conclu entre l’Union et le Royaume-Uni ne prévoient pas d’accès au marché de l’UE et ne contiennent donc pas de droit de l’UE ni d’obligations à se conformer à ce dernier pour les Britanniques. Il en va tout autrement pour la Suisse, qui a consenti à incorporer les dispositions du droit de l’UE à ses accords bilatéraux. Les différends entre la Suisse et l’UE seraient portés devant un tribunal arbitral qui consulterait la Cour européenne de justice. Cette solution irrite de nombreux milieux politiques suisses, même si la décision finale reviendrait au tribunal arbitral.

Cette discussion passe toutefois à côté de l’essentiel, à savoir que la Cour de justice de l’Union était, jusqu’en 2005, la « conscience sociale de l’Europe » avant de prendre une orientation ultralibérale depuis l’arrivée des pays d’Europe orientale au sein de l’UE.

 

De l’encadrement européen de la concurrence…

Malgré l’affaiblissement de certaines protections sociales, un autre aspect de l’accord entre l’Union et le Royaume-Uni est beaucoup plus intéressant pour la gauche et les syndicats suisses, à savoir l’encadrement des règles de la concurrence. Londres et Bruxelles se sont engagés à « maintenir des normes élevées » dans les domaines de l’environnement, de la lutte contre le changement climatique, des droits sociaux, de la transparence fiscale et des aides d’État. Cette exigence des Européens viserait à empêcher les Britanniques de se lancer dans une course au moins-disant social ou environnemental, en pratiquant le dumping aux portes de l’Union.

Pour compléter le tableau, la libre circulation des personnes entre l’UE et le Royaume-Uni a pris fin le 1er janvier 2021. Désormais, un Européen souhaitant travailler au Royaume-Uni devra obtenir un permis de travail, Il devra encore posséder une offre d’emploi avec un salaire annuel d’au moins 26 500 livres (29 500 euros). Cette réglementation signifie la fin des « petits boulots ». Les quatre millions d’Européens qui vivent déjà au Royaume-Uni (comme les Britanniques résidant déjà dans un pays de l’UE) conservent en revanche leur droit d’établissement et de travail.

 

… aux mesures d’accompagnement suisses

En raison de ces (justes) exigences posées aux Britanniques, la Suisse, et plus spécialement ses forces progressistes, aurait de la peine à comprendre que, dans la discussion sur l’Accord-cadre, la Commission européenne s’obstine à contester les mesures d’accompagnement mises sur pied depuis une vingtaine d’années dans la Confédération dans le but, précisément, de combattre le dumping social. Les principales mesures sont les suivantes :

• Possibilité d’introduire des contrats types de travail avec des salaires minimaux obligatoires.

• Allégement des dispositions permettant de déclarer une convention collective de travail (CCT) de force obligatoire s’appliquant par conséquent à toutes les entreprises d’une branche, y compris à celles qui ne sont pas signataires de la CCT.

• Loi sur les travailleurs détachés.

La divergence entre la Suisse et la Commission européenne porte surtout sur ce dernier point. La loi suisse a introduit une règle dite des huit jours, qui oblige les entreprises européennes à annoncer huit jours à l’avance leurs missions en Suisse, alors qu’un tel délai n’existe pas dans la directive européenne. La Commission en propose quatre dans l’Accord-cadre. La gauche n’a toutefois pas l’intention de lâcher trop de lest sur ce point, du fait que la Suisse est le pays européen qui compte la plus forte proportion de travailleurs détachés dans sa population active. Et si la Commission européenne devait s’obstiner, son attitude serai perçue comme anti-ouvrière, d’autant plus que les mesures d’accompagnement ont contribué à faire passer le nombre de salariés soumis à une convention collective de 1,4 million en 2003 à 2 millions en 2016.

 

Jean-Claude Rennwald

Ancien député (PS) au Conseil national suisse

Militant socialiste et syndical

 

Michelin : Licenciements Dégonfler l’emploi pour gonfler les profits !

Licenciements

 

Dégonfler l’emploi pour gonfler les profits !

 

Michelin vient d’annoncer la suppression de 2 300 postes dans ses usines en France soit une diminution de plus de 10 % de ses effectifs (1 100 emplois dans le tertiaire et 1 200 dans l’industrie). Les quatorze sites français, sont concernés par ces licenciements. La moitié de ses suppressions concernent le siège de Clermont-Ferrand.

 

Michelin est l’entreprise leader mondiale du pneu et son chiffre d’affaire, en forte hausse, s’élevait à 24 milliards d’euros en 2019. Elle est présente dans 170 pays, emploie plus de 127 000 personnes et exploite 69 usines dont sont sortis environ 200 millions de pneus en 2019. Le groupe Michelin emploie 20 000 salariés en France.

 

Des précédents

Fin mai 2020, Michelin saluait le plan de soutien de l’État à la filière automobile française, se réjouissant à l’avance des millions d’euros que le gouvernement allait lui distribuer. Le groupe annonce que ces suppressions d’emploi ont pour objectif une « amélioration de sa compétitivité de 5 % par an ».

Déjà, en 2017, le groupe avait supprimé 970 postes en France, notamment à son siège de Clermont-Ferrand, dans le cadre d’un vaste plan de réorganisation mondiale prévoyant de réduire de 1 500 ses effectifs globaux. Fin 2020, Bibendum fermait son usine de la Roche-sur-Yon, supprimant les 619 emplois du site.

ÀClermont-Ferrand, les effectifs de Michelin sont passés de 28 000 dans le début des années 1980 à moins de 10 000 en 2020 et la chute se poursuit encore.

 

Des vérités bonnes à dire

C’est là la conséquence de la politique du patronat de délocalisation de la production pour baisser les coûts salariaux.

Pourtant :

- En 2017, les actionnaires ont validé la rémunération de Jean-Dominique Senard, alors patron de Michelin, à 3,8 millions d’euros avant que Florent Menegaux ne le remplace à la tête du groupe

- Michelin a publié un résultat net 2019 en hausse de 4,2 %, et s’élevant à 1,73 milliard d’euros pour l’année 2019 (contre 1,66 milliard en 2018).

- Michelin a versé 357 millions d’euros à ses actionnaires en pleine crise sanitaire. Michelin a touché 65 millions d’euros au titre du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) depuis l’instauration de ce cadeau aux entreprises qui était sensé être le pendant d’une promesse de créer des emplois et de ne pas licencier.

- Michelin a bénéficié de 12 millions d’euros au titre du chômage partiel pendant le confinement.

Selon Hervé Bancel, délégué CGT Michelin du Puy-Blavozy où la CGT fait plus de 65 % des voix aux élections professionnelles : « Ce que Michelin appelle suppressions de postes au lieu des licenciements sont des emplois en moins », en rappelant les bénéfices nets de Michelin, et l’argent perçu du contribuable via le CICE, le chômage partiel ou le plan de soutien au secteur automobile.

La crise du Covid a mis en évidence les conséquences néfastes des politiques de délocalisation de la production tant au niveau social qu’environnemental (pollution des transports).

Ces nouvelles suppressions d’emplois ne sont pas la conséquence d’une quelconque « crise économique », mais de la « guerre sociale » à coups de baisse des coûts salariaux, qui se poursuit et s’intensifie.

 

Quelles perspective ?

Àla suite de cette annonce, des débrayages spontanés ont eu lieu dans différentes usines, mais une riposte à la hauteur de l’enjeu n’est pas simple. D’une part en raison des divisions syndicales, d’autre part en raison de la stratégie mise sur pied par Michelin, qui consiste à encourager les départs en préretraite (que nombre de salariés fatigués considéreront comme une aubaine) et les départs volontaires.

C’est une exigence politique que le remboursement de ces cadeaux censés préserver l’emploi.

Cette nouvelle annonce de suppressions de poste justifie la revendication du retour à un contrôle administratif des licenciements.

 

René Defroment

 

 

Penser la laïcité Entre espace public et espace privé JJ Chavigné

Penser la laïcité

Entre espace public et espace privé

La religion est-elle une affaire privée ? La manifestation des convictions religieuses a-t-elle sa place dans l’espace public ? Ce débat, pourtant tranché en 1905, n’a pas vraiment cessé. Confrontés à l’offensive d’Emmanuel Macron contre les libertés publiques et la loi de Séparation, les laïques devraient essayer de lui opposer un front commun. Cet article essaie d’apporter sa pierre à cet effort.

 

De nombreux partisans de la laïcité et de la loi de 1905 affirment que cette interdiction est la règle en France. Comment expliquer alors, la profusion de processions, de pèlerinages catholiques, dans notre pays ?

Des prières de rue interdites, vraiment ?

Selon Raphaël Baldos dans La Croixdu 22 mai 2020, « le 15 août, à Guern, dans le Morbihan, un millier de personnes se presse traditionnellement devant la chapelle de Notre-Dame-de-Quelven pour le pardon de l’Assomption. Après la messe en français et en breton, une procession s’élance derrière la Vierge ouvrantejusqu’à la Grande-Lande, une prairie cernée de bois ». Le photographe Phil Legal a exposé les photos de nombreux « pardons » bretons à Londres et a surpris les visiteurs anglais qui, dit-il, « pensaient qu[’il]avai[t]pris [s]es photos en Pologne ».

Le Jubilé du Puy-en-Velay est une fête religieuse célébrée dans cette ville le Vendredi saint, lorsque ce dernier coïncide avec la fête de l’Annonciation. En 2005, la célébration, présidée par l’évêque du lieu, fut prolongée jusqu’à la fête de l’Assomption et amena la ville à accueillir 350 000 pèlerins.

Du samedi 19 au lundi 21 mai 2018, près de 12 000 personnes ont participé à la 36e édition du pèlerinage de Pentecôte, organisée par l’Église catholique. Trois jours de marche avec une multitude de croix et les bannières, entre les cathédrales Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Chartres. Des temps de prière et de catéchèse ont eu lieu durant toute la durée du pèlerinage. Au total, 150 prêtres, dont une cinquantaine de prêtres diocésains (selon les organisateurs) ont participé à cette marche.

 

Une liste sans fin…

Le pèlerinage Chartres-Paris (en sens inverse du précédent) est organisé, chaque année, par la Fraternité Saint-Pie-X. Là aussi, les croix et les bannières fleurissent avec, parfois, le cœur rouge surmonté d’une croix des Vendéens. Les 5 000 pèlerins réunissent les catholiques traditionalistes, une partie de la droite de la droite et de l’extrême droite. StreetPress, dans un reportage illustré par de nombreuses photos, raconte le pèlerinage de 2015 : « Une lourde croix de bois de près de trois mètres entre dans Paris sous le regard médusé des passants. Des haut-parleurs diffusent de la musique religieuse à toute berzingue. Deux statues, l’une de Marie et l’autre de Jésus, accompagnent la tête du cortège. Derrière, 5 000 personnes sont en procession. Ils occupent toute la chaussée ».

En 2019, à Lourdes, la célébration de l’Assomption a débuté, comme chaque année, dans la soirée du 14 août, par une longue « procession mariale » réalisée par des pélérins lanterne à la main. Plus de 20 000 personnes, dont 800 handicapés et malades, ont participé le lendemain à la messe dans la Basilique.

D’autres processions, de moindre importance mais très nombreuses, se déroulent chaque année dans toute la France. Les laïques persuadés que l’espace public est interdit aux cultes semblent ne pas en avoir connaissance. Comment cependant ont-ils pu ne pas avoir eu vent de la foule énorme de fidèles rassemblée à l’occasion de la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ), organisée durant l’été 1997 à Paris ? Le dimanche 24 août 1997, plus d’un million de personnes s’étaient rassemblées sur la pelouse de l’hippodrome de Longchamp pour assister à une messe durant laquelle le Pape Jean-Paul II a lu une longue homélie. Les médias en avaient longuement rendu compte.

Seuls les quelques dizaines de musulmans dans une quinzaine de lieux, priant dans la rue parce que leurs mosquées ne sont pas assez grandes pour les accueillir, semblent attirer l’attention de certains partisans d’une laïcité qui interdirait la manifestation de convictions religieuses dans l’espace public.

 

Confirmation jurisprudentielle

Raccompagnant le pape à l’aéroport d’Orly après les JMJ d’août 1997, le Premier ministre Lionel Jospin, dans son discours, reconnaissait Jean-Paul II « comme un grand témoin de notre temps » et plaidait en faveur d’une « conception française de la laïcité, respectueuse de la liberté religieuse, expression de la liberté de conscience »1.

L’arrêt « Abbé Olivier » du Conseil d’État, le 19 février 1909, confirma l’interprétation de la loi de 1905 selon laquelle il est possible de se promener dans l’espace public sans avoir à cacher ses convictions religieuses et cela peut même prendre la forme de processions religieuses. Les arrêts du Conseil d’État ont, depuis, été constants : l’arrêt « Abbé Marzy » du 29 janvier 1939, ou encore l’arrêt « Rastouil » du 3 décembre 1954.

 

La religion : une « affaire privée » ?

L’historien et sociologue de la laïcité, Jean Baubérot répond à cette question en écrivant « cette affirmation est à la fois exacte et fausse, car elle revêt deux sens différents »2.

Dans un premier sens, la religion n’est pas une affaire d’État et doit être en tout point distincte de la puissance publique. La loi de 1905 abolit tout caractère officiel de la religion. Dans un second sens, la réduction de la religion à une « sphère intime » est contraire à la loi de 1905 qui permet le libre exercice du culte et « ses manifestations extérieures sur la voie publique ».

Stéphane Lavignotte illustre fort bien la signification de ce second sens, impliquant que soit garantie l’expression des convictions religieuses dans l’espace public : « La manifestation des opinions religieuses, c’est forcément dans l’espace public, si c’est moi dans mon salon tout seul devant ma glace, ça n’a pas besoin d’être protégé ».

Quand le philosophe Henri Pena-Ruiz écrit que l’État ne subventionne aucun culte et précise : « Ce qui signifie que désormais tant juridiquement que financièrement, la religion devient une affaire privée »3, il se réfère au premier sens, mais escamote le second.

 

Ce que dit la loi de 1905

Pour certains laïques, il semble que l’amendement Allard et d’autres amendements antireligieux n’ont pas été rejetés lors du vote de la loi de 1905. Maurice Allard (soutenu par Édouard Vaillant) affirmait qu’il y avait « incompatibilité entre l’Église, le catholicisme ou même le christianisme et le régime républicain ». L’amendement qu’il présenta et qui allait dans ce sens ne recueillit que 59 voix et fut donc rejeté à une très large majorité. Certains laïques, aujourd’hui, semblent persuadés que cet amendement a été adopté.

De la même façon, en 1905, la possibilité de manifestations religieuses dans l’espace public fut adoptée par 294 voix contre 255. Quant au port de la soutane dans l’espace public, il fut approuvé par 391 voix contre 184. Ce qui permit à de nombreux prêtres en soutane de siéger à l’Assemblée nationale, notamment au chanoine Kir et à l’abbé Pierre (entre 1945 et 1967 pour le premier, entre 1946 et 1951 pour le second).

La soutane était considérée par certains laïques qui l’exprimèrent avec force dans les débats de 1905 à l’Assemblée nationale, comme « un acte de soumission, un acte ostensible de prosélytisme ». À ces arguments qui rappellent beaucoup ceux avancés, aujourd’hui, par certains laïques à propos du « voile islamique », Aristide Briand répondit que les Églises ayant été séparées de l’État, la soutane n’était plus qu’un habit comme un autre. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le voile ou le foulard ?

 

Refuser un autre « en même temps »

Il est possible d’être contre les principes énoncés par la loi de 1905, mais il n’est pas possible, en même temps, de se réclamer de cette loi. De même, il est possible de penser, comme Maurice Allard, que la religion est l’ennemie de l’humanité, mais il ne l’est pas de se retrancher derrière la loi de 1905 pour le démontrer. Cette dernière n’est pas une loi antireligieuse, mais organise au contraire la coexistence de toutes les opinions (et donc aussi bien les différentes croyances que l’athéisme ou l’agnosticisme) dans l’espace public en imposant la neutralité du cadre (bâtiments publics, fonctionnaires…) pour, précisément, permettre cette coexistence. La seule limite étant celle du respect de l’ordre public.

Il est tout à fait concevable d’estimer que porter le voile est un acte de soumission ou un acte de prosélytisme, mais il n’est pas possible de se retrancher derrière la loi de 1905, les débats et les votes qui ont eu lieu lors de l’adoption de cette loi, pour exiger l’interdiction du port de ce voile. Les débats et le vote liés au port de la soutane ont indiqué exactement le contraire.

Chacun est libre de ne pas apprécier certaines façons de s’habiller, mais il n’est pas possible de se retrancher derrière la loi de 1905 pour imposer ses goûts vestimentaires.

Le RN et la catho-laïcité

Le Front national, devenu Rassemblement national, a réussi à capter à son profit une laïcité qu’il avait pourtant rejetée pendant très longtemps, en lui donnant le sens d’une laïcité identitaire. Cette laïcité permettrait à un pays de tradition judéo-chrétienne (c’était une grande nouveauté pour le FN pour ce qui est du terme « judéo ») de laisser s’exprimer librement la religion chrétienne dans l’espace public, mais interdirait les prières de rues pour les musulmans.

 

Le détricotage des libertés

C’est une forme de laïcité identitaire que le gouvernement d’Emmanuel Macron essaye d’imposer avec sa loi, d’abord contre le « communautarisme », puis contre le « séparatisme » et enfin « confortant les principes républicains », mais, dans tous les cas,c’est essentiellement la religion musulmane qui est visée, même si les autres ne sont pas à l’abri de dommages collatéraux.

Cette loi s’inscrit dans tout un ensemble de lois (dont celle dite de « Sécurité globale » et l’inscription dans le droit ordinaire de mesures relevant au départ d’un « état d’urgence ») et de décrets (permettant par exemple le fichage des opinions politiques ou syndicales) détricotant les grandes lois républicaines qui ont instauré les libertés publiques à la fin du XIXeet au début du XXe siècle.

Ce détricotage a pour fonction principale de permettre à Emmanuel Macron d’imposer sa politique néolibérale aux dépens du salariat et au profit du capital. L’emballage idéologique de cette politique (notamment concernant la laïcité) est à géométrie variable. Tous les laïques de gauche devraient avoir à cœur de ne pas lui faciliter la tâche.

 

Jean-Jacques Chavigné

 

1. Cité dans François Devinat, « Un million de croyants avec Jean-Paul II à Paris », Libération, 25 août 1997.

2. Jean Baubérot La laïcité falsifiée, Édition de La Découverte, 2012.

3. Henri Pena-Ruiz Histoire de la laïcité. Genèse d’un idéal, Éditions Gallimard, 2005.

 

 

dix semaines pour débattre, trois textes de lancement, convention nationale de GDS

Dix semaines chrono

 

« La procédure est sœur jumelle de la liberté » disait le jeune Marx.

Il est vrai que la véritable discussion exige, non seulement du temps, mais aussi des formes permettant à chacun de s’associer à la réflexion collective et de faire valoir ses droits. C’est ce à quoi nous nous emploierons dans les prochaines semaines.

 

Chères et chers camarades,

 

Comme vous le savez, la Gauche démocratique et sociale a décidé de tenir une Convention nationale en avril 2021 pour réfléchir, discuter et décider ensemble de son orientation.

Nous voulons associer le maximum de sympathisants et de militants intéressés à cette discussion, même si seuls les adhérents pourront voter à la fin.

 

La date de la Convention nationale

Il a été décidé, compte tenu de la situation sanitaire – et ce malgré les évolutions qu’elle pourra connaître –, que cette réunion aura lieu en visioconférence.

Elle se tiendra le samedi 10 avril de 9h à 13h (attention : la semaine précédente, c’est un week-end de trois jours, et la semaine suivante, les vacances scolaires commencent !).

 

Les AG de débats

Deux AG en ligne (ouvertes aux adhérentes, adhérents et sympathisants) auront lieu afin de préparer le travail de la Convention.

- Celle du samedi 30 janvier, de 9h30 à 11h30, sera consacrée à l’analyse de la situation politique (texte I et texte II)

- Celle du samedi 13 mars, de 9h30 à 11h30 également, se concentrera sur les tâches qu’il convient d’assigner à la GDS dans les mois suivants (texte III)

D’autres réunions seront prévues (sans doute en visioconférence) dans les départements et les régions afin d’associer un maximum de camarades à la réflexion collective.

 

Organiser la discussion

Nous proposons de publier un bulletin de discussion pour la Convention (BDC) avant la première AG puis un autre numéro après chaque AG. Afin de prévenir toute monopolisation de la paroles, la taille des contributions sera limitée à 6 000 signes et deux contributions maximum par camarade seront publiées dans chacun des BDC.

BDC n°1 : textes à remettre au plus tard le 20 janvier pour envoi le 23 janvier

BDC n°2 : textes à remettre au plus tard le 13 février pour envoi le 17 février.

BDC n°3 : textes à remettre au plus tard le 20 mars pour envoi le 27 mars.

Il serait utile que les contributions (surtout pour les BDC n°2 et n°3) soient centrées sur « les tâches ».

 

En tenant compte des discussions (écrites et orales), l’Equipe d’animation nationale (EAN) de la GDS proposera deux motions (une sur « les tâches » et l’autre sur un « programme d’urgence ») à soumettre au débat et au vote de la Convention nationale.

Ces projets de motions seront envoyés dans le BDC n°3

 

Nous espérons vous voir participer activement à ces débats, à ces travaux de la Convention de la GDS.

Pour nous envoyer vos contributions écrites : contact@gds-ds.org.

 

Bons débats et bonne réflexion !

 

L’équipe d’animation nationale de la Gauche démocratique et sociale

 

 

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE TEXTE n°III CONVENTION 2021 COMMENT CONCRÉTISER « l’unité et le social au cœur » en 2021 ?

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

TEXTE III CONVENTION 2021

COMMENT CONCRÉTISER
« l’unité et le social au cœur » en 2021 ?

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Depuis les rencontres de Pau, n 2019, la pandémie du Covid n’a pas permis de tenir de nouvelle rencontre nationale de notre réseau.

À 18 mois des échéances nationales de 2022 (présidentielle et législatives), il est nécessaire de préciser le rôle que la Gauche démocratique & sociale (GDS) entend tenir. À cet e et, son équipe d’animation nationale a décidé d’ouvrir la préparation d’une Convention nationale qui se tiendra au premier trimestre 2021.

PRÉPARER DÈS MAINTENANT 2022

Cette convention est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent participer au débat*. Tout adhérent à jour de cotisation 2020 pourra voter. Ce texte national est destiné à préparer ladite convention. Il reprend :

- notre analyse de la situation à 18 mois des échéances de 2022 ;
- notre appréciation du positionnement des dif- férentes forces (et candidats potentiels) ;

- notre orientation pour un candidat commun et un contrat de législature commun à l’ensemble de la gauche et des écologistes ;
- les voies et moyens de faire valoir, dès mainte- nant, cette orientation en pointant les obstacles, ainsi que les avantages et inconvénients des dif- férents choix possibles.

À l’occasion de cette convention, le réseau de la GDS procédera à l’élection de son équipe d’ani- mation nationale.

SOMMAIRE

MODALITÉS DU DÉBAT

Dès réception de ce texte, tout adhérent pourra adresser une contribution pour nourrir la ré- exion et les décisions à prendre. Ces contribu- tions devront être limitées à 6 000 signes (deux pages word). Deux bulletins de discussion seront envoyés en janvier et février. Ils reprendront les di érentes contributions, ainsi que les amende- ments au texte national d’ouverture du débat. Pour préparer au mieux les débats, des contacts seront pris avec toutes les forces de la gauche et les écologistes, des comptes rendus seront envoyés à tous les adhérents pour que tous les éléments soient connus a minima dix jours avant la tenue de la convention nationale.

Des assemblées locales, départementales ou régionales seront organisées pour permettre un large débat. Les moyens seront déployés pour permettre la tenue de ces réunions en vi- sio-conférence.

Note

* Anciens adhérents, abonnés à la revue, sympathisants…
Il su t de renvoyer ses coordonnées à contact@gds-ds.org en précisant « convention 2021 » en objet. Le droit de vote sera réservé aux adhérentes et adhérents de la GDS.

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Préambule……………………………………………………………………………………………………………………………………………..P. 2 1. L’orientation unitaire de la GDS dans le contexte actuel……………………………………………………………….P. 2 2. Gagner les régions et les départements à gauche………………………………………………………………………..P. 3 3. Désigner des candidats communs à la présidentielle et aux législatives…………………………………..P. 3 4. Déclinaison concrète de cette orientation et aux législatives………………………………………………………P. 3 5. Il faut exister pour peser………………………………………………………………………………………………………………….P. 4 6. Notre démarche………………………………………………………………………………………………………………………………..P. 4

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1 | CONVENTION GDS 2021

Comment concrétiser

« l’unité et le social au cœur » en 2021 ?

Pour une unité la plus poussée possible aux régionales, une candidature commune à la présidentielle
et un contrat de législature

Préambule

Sans unité, rien de grand n’est possible.
La situation n’est pas la même que dans les années 1930, ni dans l’après-guerre ni dans les années 1970-1980. L’unité des organi- sations politiques de gauche est nécessaire aux avancées, aux vic- toires sociales, démocratiques et électorales. Elle est malheureu- sement moins su sante encore qu’elle ne le fut par le passé. Un des traits marquants de la période actuelle est un changement du lien entre les salariés et leurs orga- nisations. Les syndicats ouvriers voient leurs rangs se dégarnir et sont absents dans de nombreux

lieux de travail. Il y a une dé ance gigantesque envers les partis po- litiques. Les salariés ont déserté les partis de gauche, sans emplir d’autres organisations. Quant aux quartiers populaires, la présence de la gauche y est quasiment ré- duite à néant. Une grande partie de l’électorat de gauche s’abstient… D’un certain côté, ce désamour en- vers les partis de gauche est mé- rité. Les espoirs soulevés par les victoires électorales ont été déçus. Le divorce des couches populaires d’avec les partis de gauche s’appuie sur les reniements du PS au pou- voir, et le sentiment que ces forma- tions sont avant tout soucieuses,

non pas du bien-être de la popu- lation, mais des intérêts étroits de leurs appareils. La con ance est à reconstruire.

Si nous voulons gagner ces élec- teurs qui seront décisifs pour envi- sager la victoire, il faudra aller les chercher. Cela suppose l’intransi- geance dans les luttes contre les violences policières, la lutte pour des services publics de proximité. Cela suppose de se doter d’un pro- gramme ambitieux de rupture avec l’ordre existant. La bataille pour l’unité est décisive. La bataille sur le contenu de la plateforme l’est tout autant.

1. L’orientation unitaire de la GDS dans le contexte actuel

Fondamentalement nous sommes pour une grande maison commune, un grand parti de gauche, démo- cratique, pluraliste, avec adhérents cotisants, droit de tendance, avec débats organisés en congrès, votes et élections à la proportionnelle, transparence maximale et contrôle des élus et des nances par les mi- litants. Mais nous savons que nous en sommes loin, faute d’un pro- cessus de fusion organisationnelle entre les forces de gauche, qui pa- raît hors de portée actuellement. L’orientation générale que défend la GDS dans le contexte actuel reste celle défendue depuis 2017 : la gauche doit être recomposée dans un sens unitaire pour pou- voir espérer contrer Macron et Le Pen en 2022. Nous militons pour un pragmatisme utile.

Le première dimension de ce prag- matisme, c’est d’uni er, rassem- bler les mouvements, forces, par- tis, qui sont, comme nous, pour l’unité, pour éviter la catastrophe qui vient du fait de la conjugaison de la crise sanitaire et sociale avec la politique antisociale du gouver- nement Macron, pour développer les combats unitaires, pour dé- fendre les acquis sociaux et en ga- gner de nouveaux.

La seconde dimension de ce prag- matisme, c’est d’uni er, rassem- bler les mouvements, forces, par- tis, qui sont, comme nous, pour l’unité pour vaincre contre Macron et Le Pen. Nous leur lançons un ap- pel pour agir ensemble en ce sens. Rien n’est possible sans balayer le pouvoir de Macron, par la rue ou par les élections. Il faut une plate-

forme, ainsi qu’une candidate ou un candidat focalisés sur cet objectif. Sinon, plus encore qu’en 2017, la capacité pour une gauche fragmen- tée de faire quali er un candidat au second tour de la présidentielle paraît nulle, tant il est vrai que les deux pôles macroniste et lepéniste apparaissent installés.

Le pôle macroniste ne tient – en dé- pit de multiples départs en son sein et de son virage à droite – qu’en rai- son de l’absence d’alternative cré- dible à gauche.

Plus tôt l’unité peut être réalisée, mieux ce sera. Certains avancent l’idée que le moment de l’unité arrivera à la n de 2021, voire au début de 2022, dans la dernière phase avant l’élection. Si ce scé- nario est possible, il n’est en rien souhaitable. Car c’est du temps

2 | CONVENTION GDS 2021

perdu. Plus la gauche demeure di- visée, plus ses di érentes forces vont se combattre pour s’imposer.

Pendant ce temps, Macron sera d’autant plus libre de poursuivre sa politique, et la guerre intestine

à gauche a aiblira la capacité de cette dernière à concentrer le tir sur ses adversaires politiques.

2. Gagner les régions et les départements à gauche

Nous défendons la réalisation de l’unité dès le premier tour en 2021. Ces scrutins seront moins favo- rables à la gauche que celui des municipales, car les périmètres sont di érents, la prime aux sor- tants peut jouer et l’abstention reste un dé . Il est donc d’autant plus important de construire un élan dès maintenant en partant

unis au front.
La bataille pour l’unité peut s’incar- ner di éremment au premier tour. À l’heure actuelle, il devrait y avoir trois listes de gauche dans chaque région. EELV a posé le principe de listes du Pôle écologique séparées (sans PS, PCF et FI) et FI refuse l’al- liance au premier tour avec le PS. La question de l’unité totale dès

le premier tour n’est pas évidente dans les cinq régions présidées par le PS. La question du bilan compte, ainsi que le positionnement vis-à- vis de LREM.

Dans tous les cas, nous défendons des listes d’union de la gauche sans exclusive partout au second tour.

3. Désigner des candidats communs à la présidentielle et aux législatives

Les scrutins de 2022 constituent la priorité. Les appels en faveur de l’unité se sont multipliés depuis un an. C’est un acquis dans la situation, car tout ce qui peut favoriser le lan- cement d’un processus concret est bon à prendre.

Au-delà des candidatures com- munes, la gauche doit se mettre d’accord sur un accord de législa-

ture – un programme commun pour 2022. Parce que c’est sur cette base que candidat à la présidentielle et candidats aux législatives feront campagne. Lier la présidentielle et la législative est indispensable d’un point de vue unitaire.

Il faudra trouver ensuite une mé- thode concrète pour réaliser cette unité. Des idées ont circulé : des

primaires pour désigner des can- didats uniques communs à la pré- sidentielle et aux législatives, une convention programmatique pour écrire un programme et se mettre d’accord sur la manière de dési- gner un candidat à la présidentielle, et ainsi de suite.

4. Déclinaison concrète de cette orientation et aux législatives

L’objet principal de la convention nationale de la GDS est de débattre de la meilleure manière de décliner concrètement cette orientation.

La GDS a réussi à cristalliser un ré- seau militant autour de deux identi- ants essentiels : le social au cœur et l’unité. Notre système d’infor- mation (revue papier mensuelle et lettre électronique hebdomadaire) nous permet de nous adresser à plusieurs milliers de militantes et de militants de la gauche. Si la ma- jorité des adhérentes et des adhé- rents de la GDS n’ont aucune autre appartenance politique (alors que la double appartenance est per- mise), le souci de travailler avec les di érentes composantes de la gauche nous a permis de participer à di érentes actions et prises de position unitaires. Dans un contexte de division maintenue à gauche,

toute initiative unitaire est utile, car elle permet de maintenir vivante la amme du rassemblement.
La GDS n’a cessé de multiplier les e orts unitaires, les relations bi- latérales, ainsi que les contacts avec l’ensemble des forces de gauche. Ces centaines d’heures de discussion et les dizaines de réu- nions de toutes sortes auxquelles nous avons participé n’ont pas été vaines. Très tôt, devant toute la gauche rassemblée en décembre 2019 à la Bourse du travail de Saint-Denis, nous avons reçu l’aval du PCF, en la personne de Fabien Roussel, pour la constitution d’un « comité de liaison ». Il s’est tenu en- suite deux réunions sur la question des retraites.

Nous avons réussi une démarche de quatre organisations avec Généra- tion.s, Ensemble! et Place publique

pour demander aux autres forma- tions politiques de soutenir le plan de sortie de crise en 34 mesures des 22 organisations associatives et syndicales. Nous avons publié un livre argumenté, intitulé Union. Nous avons initié une rencontre en juin avec Ensemble!, Génération.s, PEPS et R&S qui a discuté d’un col- lectif d’initiative et de liaison. Nous avons tenu en septembre 2020 une rencontre avec la France insoumise pour des listes unitaires aux régio- nales.

Nous avons travaillé et publié lar- gement, avec succès, une liste comparée de quinze positions à gauche pour démontrer que, sur le fond, il n’y avait pas de gauche irréconciliable. Nous avons contri- bué à ce que naisse et à faire si- gner un « appel des mille » pour une candidature commune, et

3 | CONVENTION GDS 2021

beaucoup d’appels et textes en ce sens. Nous avons organisé une ré- union publique en visioconférence entre Éric Piolle, François Ru n, Benjamin Lucas, Claire Lejeune et notre porte-parole, Gérard Filoche. À cette occasion, nous avons tou- ché 23 000 personnes. Nous avons contribué à un tract de sept organi- sations pour « un bouclier sanitaire et social » à l’occasion des mani- festions du 5 décembre.

La lettre hebdomadaire de la GDS, le site et nos multiples blogs, ain-

si que la revue mensuelle D&S, constituent des relais essentiels de cette orientation unitaire.
En constituant la GDS il y a trois ans, nous n’avions pas la volonté de construire une organisation de plus, mais de participer activement à la recomposition de la gauche, et d’agir le cas échéant en tant que courant au sein d’une nouvelle « maison commune » réunissant l’ensemble ou une majorité des or- ganisations existantes.

Le contexte actuel pose un dé ma-

jeur à la GDS : aucune force et au- cune candidature à la présidentielle de 2022 ne s’impose. La GDS ne souhaite pas aujourd’hui défendre telle ou telle candidature sur la base de la proximité programma- tique que nous pouvons avoir avec elle. Elle entend surtout défendre la perspective de l’unité et appuyer les forces qui peuvent favoriser la réalisation de cette unité sans sou- tenir l’un des candidats contre les autres.

le premier con nement.
Dans l’hypothèse la plus probable où les déclarations de candidature se multiplient d’ici à l’automne 2021, et où, par conséquent, nous nous retrouvons à la n de l’année avec quatre ou cinq candidats dé- clarés, la question reste posée de savoir ce que la GDS doit concrète- ment faire.

5. Il faut exister pour peser

Dans le processus unitaire, nous souhaitons – comme tout le monde – défendre les orientations pro- grammatiques que nous portons*. Nous pouvons les traduire en slo- gans simples et chi rés car, à la n, un programme doit se concentrer en quelques grands objectifs.

Dans ce processus, nous mettons en avant les nombreuses conver-

gences programmatiques entre les di érentes composantes de la gauche : elles sont apparues à travers les actions communes en soutien au mouvement social, au travers de l’action d’opposition par- lementaire et politique à Macron et à travers les programmes des européennes, municipales, et ceux écrits au printemps 2020 pendant

Les 2 formules ci-dessous sont alternatives

- nous devons poursuivre la tentative de constituer un « pôle » en agglomérant les forces déjà unitaires dans un front commun. Avec quel périmètre et quelle orientation pour ce front commun ?

ou

- nous devons nous rapprocher dès maintenant de l’un des pôles majeurs en présence (FI, EELV ou PS) et argumenter en son sein pour une orientation unitaire à l’égard des autres.

Pour parvenir à l’unité, il est possible de construire un mouvement militant de comités et collectifs « unitaires » de base incluant les organisations existantes, les di érents appels ou coalitions comme « Plus jamais ça ».

6. Notre démarche

D’ici à la convention de février-mars prochain, nous pouvons développer quatre axes.

6.1. Approfondir nos campagnes unitaires pour les régionales, un candidat commun de la gauche sociale et écologiste à la présiden- tielle et aux législatives en lien avec un contrat de législature.

6.2. Proposer et participer, chaque fois que possible, aux discus- sions qui sont proposées sur des contenus, des plateformes, des programmes avec les forces poli- tiques. Soutenir le regroupement des « 22 » et leurs 34 mesures « Plus jamais ça ».

6.3. Favoriser la mise en place de4 | CONVENTION GDS 2021

cadres unitaires, pluralistes, à la base comme au sommet. En ad- ditionnant les organisations pour mieux les dépasser. Les candi- datures potentielles – déclarées ou non – risquent d’aller à l’échec sans cadre unitaire. Les urgences sociales, écologistes et démo- cratiques doivent être prises en compte a n que tout cadre d’unité

(même partiel) se situe sur un pro- gramme de rupture avec les poli- tiques suivies depuis ces dernières années et aggravées par Macron et ses gouvernements.

6.4. Nous posons la question d’un « mouvement » à la base et au sommet regroupant les forces qui agissent déjà pour l’unité. Un tel mouvement fédérerait les groupes partageant les orientations pour les cinq prochaines années sur :

1) les urgences sociales et sani- taires autour :
- des services publics (hôpital, santé, école, recherche transports, logement, énergie, eau, communi- cations…),

- de la hausse des salaires,
- de la reconstruction d’un Code du travail,
- de la sauvegarde des emplois, de la réduction des emplois précaires et du chômage,
- de l’égalité femmes-hommes,
- de la réduction du temps de tra- vail sur la semaine à 32 h et sur la vie à 60 ans,
- de la reconstruction d’une grande Sécurité sociale démocratique,
- de la lutte contre la pauvreté et la hausse des minima sociaux…

2) la nécessité de mesures fortes de transition écologique permet- tant une vie meilleure dans un en- vironnement meilleur. La bifurca- tion écologique est indispensable pour lutter contre le réchau ement climatique (plan massif d’isolation des bâtiments, réduction de la part des énergies carbonées…) ;

3) la plani cation nécessaire au plan économique et écologiqueredonnant démocratiquement à la puissance publique sa place tant au niveau des territoires qu’au plan national, européen qu’à l’échelle in- ternationale ;

4) l’urgence démocratique

- un renouveau démocratique face aux dérives liberticides et autori- taires,
- des droits renforcés pour l’égalité réelle,

- la lutte implacable contre tous les racismes,
- un processus constituant d’une VIe République sociale, démocratique et parlementaire. Cette République ne peut être que laïque, écologiste, féministe et internationaliste. Et re- donnera la primauté de la décision à une Assemblée nationale élue à la proportionnelle, ou avec une part

de proportionnelle.
L’ensemble des démarches (lo- cales, nationales) doit permettre d’approfondir la recherche d’un contrat de législature 2022-2027. Pour entraîner une dynamique, un tel contrat de législature devra comprendre des mesures fortes sur le social, la santé, la transition écologique dès le début de la nou- velle législature.
Notre convention fera le point des démarches engagées et des possi- bilités d’aller plus loin.

Notes

* Voir « Références programma- tiques de GDS », texte paru dans D&S 254, avril-mai 2018 (et ré- cemment actualisé dans notre document « Pandémie : Urgences et jours d’après », D&S 274, avril 2020)

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5 | CONVENTION GDS 2021

 

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE TEXTE n°II CONVENTION 2021 NOTRE APPRÉCIATION

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

TEXTE II CONVENTION 2021

NOTRE APPRÉCIATION

du positionnement des différentes forces et des candidats potentiels

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Depuis les rencontres de Pau, n 2019, la pandémie du Covid n’a pas permis de tenir de nouvelle rencontre nationale de notre réseau.

À 18 mois des échéances nationales de 2022 (présidentielle et législatives), il est nécessaire de préciser le rôle que la Gauche démocratique & sociale (GDS) entend tenir. À cet e et, son équipe d’animation nationale a décidé d’ouvrir la préparation d’une Convention nationale qui se tiendra au premier trimestre 2021.

PRÉPARER DÈS MAINTENANT 2022

Cette convention est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent participer au débat*. Tout adhérent à jour de cotisation 2020 pourra voter. Ce texte national est destiné à préparer ladite convention. Il reprend :

- notre analyse de la situation à 18 mois des échéances de 2022 ;
- notre appréciation du positionnement des dif- férentes forces (et candidats potentiels) ;

- notre orientation pour un candidat commun et un contrat de législature commun à l’ensemble de la gauche et des écologistes ;
- les voies et moyens de faire valoir, dès mainte- nant, cette orientation en pointant les obstacles, ainsi que les avantages et inconvénients des dif- férents choix possibles.

À l’occasion de cette convention, le réseau de la GDS procédera à l’élection de son équipe d’ani- mation nationale.

SOMMAIRE

MODALITÉS DU DÉBAT

Dès réception de ce texte, tout adhérent pourra adresser une contribution pour nourrir la ré- exion et les décisions à prendre. Ces contribu- tions devront être limitées à 6 000 signes (deux pages word). Deux bulletins de discussion seront envoyés en janvier et février. Ils reprendront les di érentes contributions, ainsi que les amende- ments au texte national d’ouverture du débat. Pour préparer au mieux les débats, des contacts seront pris avec toutes les forces de la gauche et les écologistes, des comptes rendus seront envoyés à tous les adhérents pour que tous les éléments soient connus a minima dix jours avant la tenue de la convention nationale.

Des assemblées locales, départementales ou régionales seront organisées pour permettre un large débat. Les moyens seront déployés pour permettre la tenue de ces réunions en vi- sio-conférence.

Note

* Anciens adhérents, abonnés à la revue, sympathisants…
Il su t de renvoyer ses coordonnées à contact@gds-ds.org en précisant « convention 2021 » en objet. Le droit de vote sera réservé aux adhérentes et adhérents de la GDS.

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1. Les risques de fragmentation s’accentuent……………………………………………………………………………………..P. 2 2. Europe Écologie les Verts (EELV)……………………………………………………………………………………………………….P. 2 3. La France insoumise (FI)…………………………………………………………………………………………………………………….P. 3 4. Le Parti socialiste (PS)………………………………………………………………………………………………………………………..P. 5 5. Génération.s (G.s)…………………………………………………………………………………………………………………………………P. 6 6. Le Parti communiste (PCF)…………………………………………………………………………………………………………………P. 7 7. Les autres forces de gauche………………………………………………………………………………………………………………P. 7 8. En 2021, nous allons vivre plusieurs années en une seule……………………………………………………………P. 7

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1 | CONVENTION GDS 2021

Notre appréciation

du positionnement des différentes forces et des candidats potentiels

1. Les risques de fragmentation s’accentuent

La GDS a défendu depuis sa créa- tion publique, le 20 janvier 2018, dans toutes les luttes sociales et aux élections européennes de 2019, comme aux municipales de 2020, le fait qu’il n’y avait pas de gauche irréconciliable, et qu’il était possible d’empêcher la bipolari- sation, voire la tripolarisation de la gauche. En décembre 2020, ce risque est toujours là.

La déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon a lancé unila- téralement la course aux candidats. EELV s’est xé un calendrier pour des primaires du pôle écologiste en septembre 2021. Si le principal dirigeant du PS avait annoncé o -

ciellement ne pas vouloir présenter de candidat socialiste et proposé à plusieurs reprises un seul candidat unitaire, l’hypothèse d’une candida- ture Hidalgo est venue brouiller le message.

Benoît Hamon a rme que Jean- Luc Mélenchon pourrait être son candidat « s’il est unitaire », puis propose Christiane Taubira, et re- vient en force sur le revenu uni- versel qui, selon lui, devrait être au cœur d’un programme présidentiel. Arnaud Montebourg essaie de se construire un espace politique. Lutte ouvrière se présente. Le NPA en crise s’interroge (certains sur un éventuel soutien à Jean-Luc Mé-

lenchon, d’autres sur une candida- ture autonome de Philippe Poutou). On en est en n 2020 à cinq ou six candidats de gauche, c’est-à-dire à la défaite assurée. La guerre des gauches remplacera la guerre contre Macron. Nul ne sera au se- cond tour.

La GDS milite pour un rassemble- ment large, sans hégémonie ni ex- clusive à gauche. Les principales formations de la gauche (EELV, LFI, PS, PCF) n’en prennent pour l’ins- tant, chacune à sa manière, pas le chemin, malgré la pression unitaire de leur électorat.

fectifs encore modestes (environ 10 000 adhérents) avec un nombre total d’élus encore faible et sans liens organiques avec le mouve- ment syndical (mais en relation étroite avec le milieu associatif). Comme tout appareil, celui d’EELV est marqué par une vie interne bu- reaucratique, mais il porte malgré tout, quoique de façon déformée, les aspirations multiples de ses membres. Les idées, en son sein, varient d’une gigantesque aspira- tion humaniste et révolutionnaire aux calculs les plus politiciens et égoïstes pour des postes.

Son positionnement est éclairé dans les documents o ciels de EELV et de tous ses courants par la référence indi érenciée aux plate- formes « Plus Jamais » (autour de la CGT, de la FSU, de Solidaires, At- tac, Oxfam…) qu’à celle du « Pacte du pouvoir de Vivre » (autour de la

2. Europe Écologie les Verts (EELV)

EELV béné cie, outre de l’irruption des questions environnementales sur le devant de la scène, du ta- bleau général de la gauche : d’un côté, le PS qui a considérablement reculé, et de l‘autre, le comporte- ment non-unitaire dans laquelle la FI s’est enfermée.

Mais c’est une illusion totale de croire qu’il y aurait un nouveau « centre » entre la gauche et la droite. La lutte de classes ne laisse pas d’espace en France entre le salariat puissant et l’actionnariat avide.Iln’yapasde«centre»nide « milieu ». Il n’y a pas de programme écologiste indépendamment du pro- gramme social de la gauche. L’his- toire de l’écologie en France est liée à la gauche. Tous les écologistes qui, par vagues successives, ont voulu se distinguer de la gauche ont rapi- dement sombré à droite.

Pour nous, il ne peut pas y avoir

d’écologie sans anticapitalisme ni d’ailleurs d’anticapitalisme sans écologie. Pourtant, il y a des forces de l’écologie politique qui ne se sentent pas liées à la gauche : CAP 21 de Corine Lepage – dont les quatre députés siègent à l’Assem- blée nationale dans le groupe La- Rem –, Génération Écologie dirigée depuis 2018 par Delphine Batho, ainsi que l’Alliance écologiste indé- pendante qui se présente sur son site comme une mouvement poli- tique rassemblant « des citoyens engagés en politique au-delà du clivage gauche/droite ».

Au sein de EELV, le courant « ex-Eu- rope Écologie », aujourd’hui repré- senté par Yannick Jadot, a fourni des ministres (Pompili et De Rugy) des députés européens (Pascal Can n) et des propagandistes (Da- niel Cohn-Bendit) à LaREM.

EELV est une organisation aux ef-

2 | CONVENTION GDS 2021

CFDT). Cela s’est ressenti dans les divisions du mouvement au mo- ment des lois Travail ou encore de la mobilisation contre la retraite à points.

EELV béné cie actuellement de la recherche, par une fraction de l’électorat, d’un chemin alternatif, du fait de la division et de l’a aiblis- sement du cœur traditionnel de la gauche. Les élections européennes étant toujours propices à des pous- sées atypiques, EELV en a béné – cié en 2019 – comme d’ailleurs en 2009. Aux municipales, il n’y a pas eu de « vague verte », mais des va- gues roses-rouges-vertes. Quand ils se sont présentés seuls contre des listes unitaires, les écologistes ont été battus (Marseille, Mont- pellier, Le Havre, Paris, Nantes, Rennes). Même à Lyon, Strasbourg et Bordeaux, leurs « victoires » les plus retentissantes l’ont été en réa- lisant des listes unitaires.

EELV cherche depuis les munici- pales à transformer l’essai de deux manières :
> engranger des victoires aux ré- gionales et départementales de

2021 au nom du pôle écologique en refusant toute alliance avec le PCF, le PS ou FI ;
> s’agrandir en absorbant les autres petites forces de l’écologie politique regroupées au sein de ce pôle, notamment Cap 21 et Généra- tion Écologie.

Le noyau dirigeant espère que cette stratégie lui permettra d’asseoir la légitimité, comme candidat natu- rel de la gauche à la présidentielle, de celui ou celle qui emportera la « primaire écologiste » prévue pour septembre 2021. À ce stade, quatre candidats sont déclarés (ou presque) : Yannick Jadot et Éric Piolle, Sandrine Rousseau et San- dra Regol.

Yannick Jadot incarne l’orientation selon laquelle EELV peut prospérer en récupérant les déçus de gauche du macronisme. Sa campagne eu- ropéenne profondément droitière est l’illustration d’une orientation pro-business refusant le clivage droite/gauche. Il prétend que c’est « l’ère de l’écologie » pour asseoir une rupture avec les traditions d’une gauche divisée et paraly-

sée. C’est en partie la recette des européennes de 2019. Ainsi Jadot a-t-il exclu la possibilité d’une al- liance avec Mélenchon, qu’il consi- dère comme un repoussoir pour cet électorat plutôt modéré. Cette ligne stratégique est suicidaire : elle fracture la gauche en théori- sant à nouveau les « deux gauches irréconciliables ». Et elle déroule mécaniquement le tapis rouge au « duel » Macron-Le Pen.

Piolle de son côté joue la carte de l’union de la gauche qu’il appelle « l’arc humaniste ». Il s’est déplacé à la fois à l’université d’été de la FI et à celle du PS, et met en avant son bilan à la tête d’un exécutif munici- pal de gauche plurielle. Éric Piolle semble avoir les faveurs de la ma- jorité de la direction et des adhé- rents d’EELV, et sa désignation, à la condition expresse qu’elle s’éman- cipe de la démarche « identitaire » du pôle écologiste, pourrait favori- ser la perspective d’un accord n 2021 entre toutes les composantes de la gauche.

Quelqu’un qui assume l’ambiguï- té avec l’autoritarisme macronien et les connivences avec le monde des a aires ». Il avait déjà fait cela lorsque Benoît Hamon avait empor- té la primaire du 29 janvier 2017, puisqu’il avait déclaré « regretter » François Hollande. Il est si peu désireux d’unité qu’il préfère un « ennemi » déclaré plutôt qu’un Oli- vier Faure lorsque celui-ci propose l’unité. Les plus proches sont les ennemis, c’est la marque du sec- tarisme qui a fait tant de ravages dans l’histoire de la gauche.

La FI s’est insu samment installée depuis trois ans dans le paysage politique hexagonal à cause de ce refus d’unité et parce que, plutôt que de construire un parti plura- liste et démocratique implanté, elle

3. La France insoumise (FI)

Sanssurprise,Jean-LucMélenchon a été le premier à annoncer sa can- didature, à 18 mois de l’échéance présidentielle. Comme la fois précé- dente, il l’a proclamée unilatérale- ment, selon la théorie que « la force va à la force » et selon laquelle, en menant la « course » en tête, il obligera les autres à se rallier à lui. C’est un des facteurs qui a conduit à la défaite du 23 avril 2017.

Car si, en dernier ressort, des élec- teurs peuvent assurément et sans condition se rallier in ne au vote utile, cela ne su t pas – on l’a déjà véri é en 2017. C’est encore plus évident aujourd’hui, pour qui vou- drait mobiliser celles et ceux qui ont des préjugés et des réticences ancrés – soigneusement nourris par les grands médias – à l’endroit

du tribun insoumis. Pour passer au second tour, il faut convaincre le ban et l’arrière-ban des élec- teurs potentiels de gauche et donc construire des arguments, des mo- tivations politiques, des accords qui le permettent. Or, la ligne de la FI, pour les présidentielles, c’est le refus d’envisager une quelconque alliance, même si Jean-Luc Mélen- chon vient de faire une o re en di- rection du PCF (pour peser sur ses débats internes ?).

Seule concession apparente : Jean- Luc Mélenchon a proposé de discu- ter… mais uniquement de son pro- gramme ! Et avec pour date limite octobre 2021. Il est allé jusqu’à se réjouir de la sorte à propos d’une possible candidature d’Anne Hi- dalgo : « En n quelqu’un au PS.

3 | CONVENTION GDS 2021

a été réduite délibérément à n’être qu’une machine présidentielle, un « mouvement gazeux » ainsi que la quali ent ses dirigeants.

Si elle a obtenu 17 députés en juin 2017, c’est avec environ 7 % des voix. Aux européennes, elle a obte- nu autour de 6 %. Aux municipales, élection « reine » de la proximité, elle n’a pas su se situer, tantôt al- liée au PS, tantôt en binôme avec EELV, tantôt alliée à toute la gauche, tantôt solitaire au risque même de faire perdre la gauche. Le résultat de ces choix éclectiques n’a pas été brillant. C’est pour cela que la can- didature de Jean-Luc Mélenchon est encore plus discutable qu’en 2016. Il lui aurait été possible en trois ans de construire, consolider uni er, mais ça n’a pas été le cas. Quand la vingtaine d’organisations syndicales, associatives et envi- ronnementales regroupées au sein du collectif « Plus jamais ça » ont interpellé les partis politiques de gauche, le 20 mai 2020, le premier à faire obstruction a été Jean-Luc Mélenchon qui a refusé une décla- ration commune des partis en sou- tien au collectif unitaire, alors que c’était une occasion exceptionnelle à saisir. Il en fut de même, hélas, le 9 juillet, lorsqu’il y eut une seconde réunion autour de ce projet. Cela a permis au PS, au PCF et à EELV de ne pas répondre de façon favo- rable et active à la démarche de « Plus jamais ça » – en dépit du fait que nous les ayons sollicités dans une lettre commune signée avec Ensemble!, Génération.s et Place Publique.

Pourtant, Jean-Luc Mélenchon lui- même a constaté que, dans 90 % des cas, la gauche votait de la même façon à l’Assemblée : ce qui a aiblit pour le moins la théorie des « deux gauches irréconciliables ». Nous avons publié des « tableaux com- parés de 14 projets émanant de groupes de gauche », dont la LFI, et la conclusion est sans appel : il y a 80 % de points d’accord. En exami- nant spéci quement le programme

de la LFI et celui d’EELV, nous avons constaté 29 points communs subs- tantiels entre les deux.
Par ailleurs, au sein même de la FI, des voix (notamment François Ru n et Clémentine Autain, même s’ils ne sont pas les seuls au sein du groupe parlementaire) se font entendre, qui avancent l’idée d’uni- té de la gauche. À la base, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, les positions des « groupes d’appui » sont di érentes : certains mili- tants et dirigeants anciens et expé- rimentés ont claqué la porte pour protester, d’autres appliquent une ligne en pratique bienveillante avec le reste de le gauche. En n, un son- dage IFOP dans L’Humanité, publié en septembre 2020, annonçait déjà que 71 % des sympathisants de gauche voulaient une candidature unique pour les présidentielles, et même73%àEELV,77%chezles communistes, 79 % dans la mou- vance insoumise et 88 % au Parti socialiste et à Génération.s.

Quoi qu’il en dise, Jean-Luc Mé- lenchon est soumis à une pression unitaire considérable : c’est pour cela qu’il a proposé d’ouvrir un dé- bat sur « son » programme. Cette proposition n’est toutefois pas la solution pour bâtir une plateforme commune.

Nous continuons donc d’insister, de batailler par tous les canaux possibles, avec – nous l’espérons – la force des militants unitaires convaincus, pour que ce débat s’ouvre sans exclusive ni hégémo- nisme, et que toute la gauche se mette autour d’une table, à partir des propositions respectives de chaque formation, pour rédiger une plateforme commune en 8, 10, ou 12 points essentiels, susceptible de faire gagner un candidat commun et de construire une majorité pour cinq ans de législature de gauche. En recherche d’alliés pour les régio- nales, la FI a pris l’initiative d’écrire à l’ensemble des forces de gauche – sauf au Parti socialiste – pour en- visager des listes communes. Nous

avons donc eu une rencontre avec eux et avons rédigé un communi- qué commun GDS-FI en septembre 2020. La France insoumise nous a contactés dans chacune des ré- gions où nous existons. O ciellement, elle annonce vou- loir découpler départementales, régionales et présidentielle. Ce dé- couplage est sans doute dû à leur prise de conscience que lier toutes les élections serait hasardeux, tant est grand le décalage entre la noto- riété nationale de Jean-Luc Mélen- chon et la force électorale de la FI au niveau local.

Nous pouvons noter quelques avan- cées programmatiques de la FI :
> le passage d’un républicanisme prétendument universaliste(comme il nous le faisait subir au sein de la Gauche socialiste) à un combat contre le racisme envers les musulmans (voir sa déclara- tion sur la loi contre le « sépara- tisme ») et en tenant compte des minorités, notamment lorsqu’il re- prend l’expression de « créolisa- tion » d’Édouard Glissant ;

> l’abandon de l’idée de quitter l’UE au pro t du thème de la dé- sobéissance aux traités, si néces- saire, pour appliquer une politique « socialiste ».

En revanche, l’interview de Jean- Luc Mélenchon en octobre dans L’Obs est plus problématique. No- tamment les formules à propos d’un éventuel président « insoumis » appelé à « se concentrer [...] sur les tâches qui engagent l’identité de la nation », mais aussi à propos du « compromis » à conclure avec « le patronat national » ou encore de la démocratie réduite à n’être qu’un vulgaire « système nerveux »…

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4. Le Parti socialiste (PS)

LePSaétésurle ldurasoir.Ilau- rait pu disparaître et changer de na- ture de classe, s’il avait suivi Macron. Il en était à deux doigts. Environ 20 % de ses e ectifs et surtout de ses cadres sont passés à LaREM. En juin 2017, Stéphane Le Foll s’écriait : «EnFranceiln’yaplusqueLePen ou Macron ». Olivier Faure, avec le gros du groupe parlementaire, s’abstenait lors du vote de con ance au gouvernement Macron-Philippe, assurant même qu’il « souhaitait sa réussite ». Le PS est passé en dix ansde180000àmoinsde30000 membres et il a modi é ses statuts pour empêcher tout débat interne. Il paie durablement la trahison de Hol- lande-Valls aux yeux des millions de salariés dont il n’a pas défendu les intérêts.

Sa gauche a quitté le parti pour aller fonder d’autres organisations :
- en juillet 2017, autour de Hamon, s’est constitué Génération.s ;

- début 2018, les militants regrou- pés autour de la revue D&S ont fon- délaGDS;
- n 2018, Maurel et Lienemann ont construit la GRS (en fusionnant avec les restes du MRC).

Le PS abrite toujours une aile droite en continuité avec le social-libéra- lisme et la politique menée par les gouvernements Hollande autour de Le Foll, Patrick Kanner, Cazeneuve. Il est dirigé par un « centre » autour de Faure qui a réussi à garder la tête du parti hors de l’eau précisément en prônant une politique unitaire pour battre Macron. Mais cela dure- ra-t-il ?

Le PS est considérablement a aibli aussi bien sur le plan militant que sur celui des élus et de l’appareil : il ne conserve que 29 députés sur les 295 de la mandature précédente, 65 sénateurs, cinq régions sur treize, une ville sur trois, un département sur trois. Ce qui est cependant loin d’être négligeable. L’a aiblissement du PS ouvre une fenêtre de tir pour que nous tentions

de reconstruire la gauche et son unité sur un nouvel axe en rupture avec ses orientations libérales. Mais sa survie est due au choix qu’il a laborieusement fait de l’unité de la gauche et de l’opposition à Macron. Et nous savons que, tant qu’elle n’est pas remplacée physiquement, une organisation traditionnelle de la gauche ne disparaît pas. Elle peut même se reconstruire ; on l’a vu dans les cent ans d’histoire du PS où, selon les circonstances politiques et les rapports de force, il n’a cessé de connaître des hauts et des bas. Ce parti a la tête dans les institutions et l’oligarchie, mais il ne peut survivre sans puiser sa force électorale dans le salariat (ce qui était l’essence même de ce que l’on a pu quali er de parti « ouvrier-bourgeois »).

À l’université d’été du PS, Olivier Faure a même expliqué qu’il voulait « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni commu- niste, ni insoumis, mais qui soit tout çaàlafois».Etilaajouté:«Lafolie ce serait d’avoir quatre ou cinq can- didats de gauche ». Il est même allé jusqu’à préciser : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective ». Puis : « S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire ». Nous ne pouvons que souscrire à la conclusion du Premier secrétaire : « Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter ».

C’est un discours clair, qu’il convient de saisir au pied de la lettre. Car Faure est soumis, dans son posi- tionnement, à la pression de sa base et il ne le maintiendra peut-être pas si, en pratique, l’unité n’avance pas. Il semble en e et y avoir plusieurs langages et sans doute beaucoup de non-dits au sommet du parti. La possible candidature d’Anne Hidal- go n’est-elle pas, en la matière, déjà venue modi er les scénarios écha- faudés par Olivier Faure ?

Les débats sur la laïcité, aussi légi- times et importants qu’ils soient, ont été menés par Olivier Faure et Anne Hidalgo avec le choix d’attaquer EELV et la FI. Cette volonté d’a r- mer une identité spéci que du PS sur ce sujet contredit les déclara- tions unitaires préalables d’Olivier Faure. Chacun le sait, la vraie ur- gence pour le PS serait d’a ronter la question sociale car, sur ce plan, le PS n’a pas beaucoup évolué de- puis 2018.

Le congrès du PS qui semblait devoir donner 90 % des voix à Olivier Faure été reporté en mai, et des opposi- tions diverses se manifestent dans l’appareil. L’appel à motion d’Hélène Geo roy, maire de Vaulx-en-Velin, a un but unique que l’on peut résumer ainsi : « le PS doit avoir son candidat ». C’est aussi la position de François Hollande et de ses amis, Stéphane Le Foll et Cie, bien qu’ils n’aient ob- tenu que 18 voix contre 119, lors du Conseil national du 13 septembre. Hollande va même jusqu’à mena- cer de scission, appelant « à une nouvelle force politique à gauche ». Le lobbying d’un Laurent Jo rin va dans le même sens.

Le PS restera paralysé et inaudible tant qu’il ne se sera pas nettement démarqué dans l’opinion de gauche des trahisons du quinquennat Hol- lande-Ayrault-Macron-Valls. Quand Olivier Faure a timidement rejeté le CICE « sans contreparties » et la « loi El Khomri qui n’était pas néces- saire », il s’est certes rendu ennemi des « hollandais », mais il n’a pas pour autant dissipé la mé ance pro- fonde des salariés contre le PS. Des millions de voix socialistes sont en déshérence et se tournent vers l’abstention. Mais les pesanteurs sont lourdes et il faut noter qu’en étant unitaire à sa façon (humble là où il est minoritaire, souvent hégé- moniste là où il est majoritaire), le PS a réobtenu des résultats posi- tifs pour lui aux municipales 2020. Il a gardé ses villes principales (Pa-

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ris, Lille, Rennes, Nantes.. .) et en a gagné d’autres avec des candidats plus jeunes (Montpellier, Nancy…). Cela ne lui a été possible le plus souvent qu’à la condition de paraître anti-Macron et unitaire à gauche. Alors qu’il n’est plus hégémonique, le PS résiste parce qu’aucune force (ni la FI ni EELV) n’a su et voulu pro- ter de sa situation avantageuse (la FI après les présidentielles, EELV

5. Génération.s (G.s)

Au lancement de Génération.s, l’es- poir de Benoît Hamon et de son mouvement était de devenir la force incontournable autour de laquelle pourrait se reconstruire la gauche. Les 3,7 % des européennes ont été un cuisant désaveu. Benoît Hamon et de nombreux cadres ayant perdu leurs mandats électoraux se sont éloignés du devant de la scène (au moins temporairement pour le fon- dateur du mouvement).

Sous la direction de Guillaume Ba- las, Génération.s a tenté de jouer un rôle de trait d’union à gauche, de « plaque tournante » entre EELV, la FI, le PS et le PCF. Il a participé à toutes les initiatives unitaires, y compris – avec la GDS – au « Big Bang » de Clémentine Autain. Il mettait ainsi en avant l’idée d’une « Maison commune de la gauche et de l’écologie ». Dans cette période, le mouvement a eu une ligne très proche de la nôtre sur la question de l’unité.

En mai dernier, EELV a proposé à toutes les forces de gauche et de l’écologie de co-organiser une uni- versité d’été commune. Quelques semaines plus tard, la direction a rétréci le champ des organisateurs, la limitant à ce qui deviendra le « pôle écologiste » comprenant, outre EELV, Cap 21, Génération Écologie, l’Alliance écologique indépendante et Génération.s.

Lors de sa convention de novembre 2020, trois textes ont été soumis à la discussion :
> « Pour que l’écologie rassemble

après les européennes). En lieu et place d’une politique réellement unitaire leur permettant de devenir la force centrale de la gauche, la FI d’abord, EELV ensuite, ont adop- té une position d’auto-a rmation sectaire, et échafaudé une poli- tique hégémoniste ruinant en fait la possibilité qui était alors la leur de prendre la place laissée vacante par le PS. Tant que le reste de la gauche

la gauche », envisageant une fu- sion rapide avec EELV. Ce texte a obtenu 26 % des voix ;
> le texte « Construire la Maison commune. Penser et fonder la gauche de demain » (soutenu par Claire Monod) qui réa rmait la perspective d’une « maison com- mune de la gauche et de l’écologie », n’a pas été mis au vote, ses ani- mateurs choisissant d’amender le texte central ;

> le texte central « Utiles pour l’avenir » (présenté par Sophie Tai- lé-Polian et Benjamin Lucas, soute- nus par Benoît Hamon).

Ce dernier proclame que « l’éco- logie politique, et EELV singulière- ment, doivent occuper une place centrale dans la recomposition » et poursuit de la sorte : « Après plu- sieurs années de fracturation, nous sommes convaincus que s’ouvre à présent le temps de la reconstruc- tion de la gauche autour de l’éco- logie politique, seul germe fécond pour renouveler le modèle de so- ciété alternatif au monde actuel. Nous a rmons notre détermina- tion à construire la nouvelle force de l’écologie sociale et démocra- tique. Cela peut être réalisé dans une première étape : la consoli- dation du pôle écologiste qui se structure actuellement autour de plusieurs formations politique dont Génération.s »

Pour les régionales, G.s a choi- si de mener le combat au sein du pôle écologiste. Participeront-ils à sa primaire prévue en septembre

ne lui propose pas l’unité et ne le prend pas au mot, on lui laisse ain- si un espace de reconstruction. Les moments que nous vivons seraient pourtant l’occasion pour une gauche intelligente de l’entraîner dans un front de gauche dynamique auquel son appareil a aibli aurait du mal à résister.

2021 ? Le débat risque de rebon- dir en son sein, entre ceux qui vont privilégier le pôle « écolo » et ceux qui sont favorables à une maison commune de la gauche et de l’éco- logie. La synthèse opérée lors de cette convention reste sur ce point au minimum ambiguë.

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6. Le Parti communiste (PCF)

Le dernier congrès du PCF de no- vembre 2018 avait écarté (malgré des résultats assez serrés) l’idée de recommencer à soutenir Jean- Luc Mélenchon comme lors des deux échéances présidentielles précédentes. Pierre Laurent a été remplacé à la tête du parti par Fa- bien Roussel, avec l’objectif a ché de présenter des candidats com- munistes à chaque élection. Mais depuis trois ans, est-ce que l’hypo-

thèse d’une candidature indépen- dante du PCF à la présidentielle s’est trouvée confortée ? Di cile de ne pas répondre par la négative. Une telle démarche paraît totale- ment déconnectée de la réalité à la fois de la situation politique et du parti lui-même. Un candidat PCF serait entre 2 à 3 % avec une bonne campagne et ne prendrait des voix qu’à gauche – donc des voix sous- traites au candidat le mieux placé,

qui risquerait du même coup de ne pas accéder au second tour.
Le dernier Conseil national du PCF a dé ni son calendrier en vue des échéances de 2022. Une confé- rence nationale les 10 et 11 avril prochain, puis un vote des adhé- rents du 7 au 9 mai détermineront qui sera le candidat des commu- nistes à la présidentielle.

mais clairement orienté vers un front unique de toute la gauche, associant et dépassant tout à la fois les orga- nisations.

Mais ces organisations sont aussi tiraillées par l’attraction qu’exercent sur elles les trois « grandes » orga- nisations de la gauche. Pour attirer à elles, il faut qu’elles se mettent en mouvement. Car sinon ce sont les autres forces qui les satelliseront. En témoigne la trajectoire de Géné- ration.s, qui n’a jamais formellement refusé nos propositions, tout en fai- sant le choix du pôle écologiste.

Tout cela nous indique combien chaque composante de la mosaïque de la gauche in uence les autres. Tout se tient et tout peut donc bouger. Rien n’est joué.

7. Les autres forces de gauche

Beaucoup de ces forces de gauche (Ensemble!, PEPS, Place publique, Nouvelle donne, GRS, R&S, NPA) sont expérimentées, ont des militants de valeur et sont capables d’élaborer, d’agir, d’argumenter, de peser cha- cune à leur niveau sur le cours de ces événements.

Quand Jean-Luc Mélenchon refuse l’unité, il avantage les pro-Jadot au sein d’EELV et les anti-Olivier Faure du PS. Quand ce dernier renouvelle ses o res unitaires, il encourage par la même occasion les unitaires de la FI et d’EELV. Quand Anne Hidalgo s’en prend frontalement aux éco- logistes ou à la France insoumise, elle attise les sentiments anti-PS des militants de ces forces et même au-delà. Quand le PCF a rme, avec Fabien Roussel, qu’il y aura un candi- dat communiste, cela ouvre un débat dans le PCF, et certains comme Ma- rie-George Bu et rejoignent Mélen- chon ; c’est aussi une forme d’enga-

gement unitaire.
Quant au Nouveau parti anticapita- liste (NPA), une scission semble pos- sible lors de leur prochain congrès. D’une certaine façon, à l’instar du PCF, le NPA aura à choisir s’il décide d’une candidature identitaire comme le fait toujours Lutte ouvrière (LO).
Si toutes ces forces s’étaient liguées dans un front commun, dans un « co- mité de liaison » comme la GDS en a défendu l’idée depuis trois ans avec comme principal objectif de faire avancer la cause de l’unité, leurs voix auraient été décuplées. Il y aurait un « pôle » central, capable d’empêcher la centrifugation, le clivage entre, d’un côté, un pôle autour d’EELV et, de l’autre, un pôle « insoumis ». De façon imagée, nous nous présentons volontiers comme une petite roue se mettant en mouvement pour faire tourner une roue plus grande, et ain- si de suite. Nous sommes partisans d’un front unique certes « partiel »,

8. En 2021, nous allons vivre plusieurs années en une seule

Nous entrevoyons un double hori- zon dans les prochains mois : la n du con nement et l’a rmation des luttes sociales, tant il est vrai que le pays est comme une cocotte-mi- nute. Le couvercle est maintenu, mais la pression monte.

Ensuite, ce seront les élections ré- gionales et départementales, un nouveau test où, si nous sommes

unis, nous balaierons LaREM. Si la gauche est en revanche désunie, aucune dynamique de gauche ne se dégagera, et LaREM, LR, RN s’en sortiront.

En n, ce sera l’automne où des mil- lions d’électeurs de gauche verront les délais se resserrer et la me- nace de perdre comme en 2017 se renouveler ; ce seront les primaires

d’EELV et la date limite xée unila- téralement par Mélenchon. Le dé- bat unitaire fera rage et obligera les appareils petits et grands, ainsi que leurs « chefs », pris à la gorge, à répondre.

Ce sera la dead line pour une plate- forme commune, pour des pri- maires éventuelles.

7 | CONVENTION GDS 2021

 

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE TEXTE n°1 CONVENTION 2021 OÙ VA LA FRANCE ?

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

TEXTE I CONVENTION 2021OÙ VA LA FRANCE ?

Analyse de la situation politique

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Depuis les rencontres de Pau, n 2019, la pandémie du Covid n’a pas permis de tenir de nouvelle rencontre nationale de notre réseau.

À 18 mois des échéances nationales de 2022 (présidentielle et législatives), il est nécessaire de préciser le rôle que la Gauche démocratique & sociale (GDS) entend tenir. À cet e et, son équipe d’animation nationale a décidé d’ouvrir la préparation d’une Convention nationale qui se tiendra au premier trimestre 2021.

PRÉPARER DÈS MAINTENANT 2022

Cette convention est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent participer au débat*. Tout adhérent à jour de cotisation 2020 pourra voter. Ce texte national est destiné à préparer ladite convention. Il reprend :

- notre analyse de la situation à 18 mois des échéances de 2022 ;
- notre appréciation du positionnement des dif- férentes forces (et candidats potentiels) ;

- notre orientation pour un candidat commun et un contrat de législature commun à l’ensemble de la gauche et des écologistes ;
- les voies et moyens de faire valoir, dès mainte- nant, cette orientation en pointant les obstacles, ainsi que les avantages et inconvénients des dif- férents choix possibles.

À l’occasion de cette convention, le réseau de la GDS procédera à l’élection de son équipe d’ani- mation nationale.

SOMMAIRE

MODALITÉS DU DÉBAT

Dès réception de ce texte, tout adhérent pourra adresser une contribution pour nourrir la ré- exion et les décisions à prendre. Ces contribu- tions devront être limitées à 6 000 signes (deux pages word). Deux bulletins de discussion seront envoyés en janvier et février. Ils reprendront les di érentes contributions, ainsi que les amende- ments au texte national d’ouverture du débat. Pour préparer au mieux les débats, des contacts seront pris avec toutes les forces de la gauche et les écologistes, des comptes rendus seront envoyés à tous les adhérents pour que tous les éléments soient connus a minima dix jours avant la tenue de la convention nationale.

Des assemblées locales, départementales ou régionales seront organisées pour permettre un large débat. Les moyens seront déployés pour permettre la tenue de ces réunions en vi- sio-conférence.

Note

* Anciens adhérents, abonnés à la revue, sympathisants…
Il su t de renvoyer ses coordonnées à contact@gds-ds.org en précisant « convention 2021 » en objet. Le droit de vote sera réservé aux adhérentes et adhérents de la GDS.

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1. La pire crise économique et sociale dont on se souvienne…………………………………………………………P. 2 2. Un virage autoritaire accéléré et une o ensive réactionnaire féroce……………………………………… P. 2 3. Le mouvement social et la gauche…………………………………………………………………………………………………P. 3

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Où va la France ?

Analyse de la situation politique
1. La pire crise économique et sociale dont on se souvienne

La situation politique dans laquelle se déroulera la dernière partie du quinquennat Macron, ainsi que les campagnes électorales majeures de 2022, est marquée par les consé- quences économiques et sociales de la crise sanitaire du Covid 19, aggravées par les trois premières années de politique pro-CAC 40 de Macron. Dans le texte « Pandémie, urgences et jours d’après »*, nous avons analysé les liens entre pan- démie, néo-libéralisme et atteintes à l’environnement. Nous avons par

ailleurs souligné un autre point ; le fait que le souci de préserver la santé ait à un moment donné pré- valu sur l’économie (contrairement aux choix faits aux États-Unis ou au Brésil) a constitué une victoire sur le capitalisme.

La crise économique entraîne pro- bablement la pire crise sociale dont on se souvienne. Entre le deuxième et le troisième trimestre 2020, le chômage (au sens du BIT) a bondi de 7 à 8,8 % en France métropoli- taine, le « halo du chômage », se-

lon les chi res antérieurs de Pôle emploi, (catégories A, B, C, D, E cu- mulées) va atteindre 7 millions de personnes – record historique. Les plans sociaux se succèdent avec des centaines de milliers d’emplois perdus dans tous les secteurs d’ac- tivités. La pauvreté touche plus de dix millions de personnes, les de- mandes de RSA explosent, la ques- tion du logement est dramatique et la faim est revenue dans le pays : elle concerne 23 % des pauvres.

2. Un virage autoritaire accéléré et une offensive réactionnaire féroce

Le projet de Macron n’a pas changé : adapter le pays au néo-libéralisme, ériger la France en start-up nation, construire une société sans statut, post-salariale, ubérisée au maxi- mum et sans cotisations sociales. Face aux résistances sociales, Macron a fait le choix d’approfon- dir le virage droitier, autoritaire et répressif de sa politique. C’est ce que signi e la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Inté- rieur, avec une orientation de type « ordre et sécurité ». Cette o ensive réactionnaire s’est développée à la suite de l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty à Con ans-Sainte-Ho- norine et du triple assassinat terro- riste dans la cathédrale de Nice.

En visant notamment les jeunes des quartiers populaires et les im- migrés, Macron marche sur les platebandes de l’extrême droite. De nombreux jeunes issus de l’immi- gration post-coloniale subissent des discriminations qui s’ajoutent à la violence sociale. La couleur de peau, le genre, la religion interfèrent avec le rapport de classe. Leur participa- tion au combat pour l’émancipation nécessite de prendre en compte ces dimensions, comme nous le faisons

depuis de nombreuses années dans le combat féministe, pour l’égalité femmes-hommes.
Darmanin et le ministre de l’Édu- cation nationale, Jean-Michel Blan- quer, mènent la charge contre les droits des associations musul- manes, la gauche intellectuelle et universitaire, les associations de défense des droits humains, le mou- vement antiraciste, les journalistes, ainsi que cette partie de la gauche et des syndicats qui a participé à la marche contre l’islamophobie de novembre 2019 et aux manifesta- tions contre les violences policières et le racisme en juin 2020. Avec la dissolution du CCIF, le gouverne- ment s’engage dans la voie du « délit d’opinion » comme l’indique à juste titre la LDH. Avec le projet de loi « confortant les principes répu- blicains », le pouvoir entend conti- nuer à séduire l’électorat de droite et d’extrême droite.

Il aligne ainsi une série de mesures antidémocratiques, sécuritaires et liberticides : pérennisation d’un état d’urgence dit « sanitaire », installa- tion dans la durée d’un Conseil de défense couvert par le secret dé- fense dans lequel sont prises les

décisions sanitaires, loi « sécurité globale » généralisant la surveil- lance de la population par la police tout en tentant de limiter la liberté d’informer (pénalisation de la di u- sion d’images de policiers, décrets pour le chage politique), autori- sation accordée aux policiers de conserver leurs armes en dehors du service, attaque contre les li- bertés académiques dans la loi de programmation de la recherche (via l’obligation pour les chercheurs de respecter des « valeurs de la Ré- publique » dont le contour est pour le moins ou…). Le nouveau sché- ma national de maintien de l’ordre vise à réduire le mouvement social et se sert d’une hiérarchie acquise à l’extrême droite. Plus d’un policier sur deux vote pour le RN. Leur hié- rarchie les pousse à réprimer dure- ment les mouvements de contesta- tion, par exemple par le moyen des « nassages », contraire à la stratégie traditionnelle de maintien de l’ordre, telle qu’elle est mise en œuvre dans de nombreux pays démocratiques en Europe.

Macron n’a par ailleurs pas renoncé à la contre-réforme de l’assurance chômage diminuant de 3,5 mil-

2 | CONVENTION GDS 2021

liards les indemnités de millions de chômeurs. Il entend continuer la casse des retraites, voire faire encore reculer l’âge de départ et, naturellement, diminuer le niveau des pensions. Il a instauré un « état d’urgence » qui suspend ce qui reste d’essentiel dans le Code du travail (horaires, congés payés, baisse des salaires de 16 %, CDD, droits des intermittents, intéri- maires, saisonniers…) et donne tous pouvoirs dans chaque entre- prise aux patrons. Il continue de fermer des lits, de ne pas recruter

de soignants, et refuse de répondre aux besoins des hôpitaux et Ehpad, aux exigences de la recherche, de l’éducation, des services publics. Il bloque en n sans vergogne le Smic et les minima sociaux. Le discours austéritaire revient en force avec la commission Artuis sur l’avenir des nances publiques.

Sur les questions environnemen- talesen n,Macrontented’apporter des réponses en évitant toute re- mise en cause du capitalisme. Pour lui,c’estlesecteurprivéquimènera à bien cette transition écologique, à

la condition expresse que l’on n’en- trave pas sa rentabilité. Évidemment, tous ces choix heurtent de plein fouet la société, le salariat et ses franges les plus pauvres. Pour écraser la montée des ré- voltes, Macron rétrécit l’espace des libertés publiques comme jamais en France depuis quatre décennies. Lui et sa bande craignent plus que toutleretourd’unmouvementdu type « Gilets jaunes » et l’irruption de millions de manifestants dans lesrues,voiredegrévistesdansles entreprises elles-mêmes.

joue de cette situation pour crédibi- liser la mise en scène d’un « duel » entre sa version du libéralisme au- toritaire et l’extrême droite de Ma- rine Le Pen. Cette dispersion déva- lue aussi les nombreuses victoires obtenues par la gauche quand elle avait réussi à s’unir aux municipales de mars et juin 2020.

La gauche paraît plus préoccupée par ses guerres intestines que par l’impératif de construction d’une alternative crédible au pou- voir en place.

Cette situation risque de durer jusqu’à l’automne 2021. Si les di é- rents appels à l’unité et à donner un contenu à l’unité sont utiles, l’unité sur le terrain des luttes peut aus- si modi er nettement les rapports de force. Les luttes sociales aide- ront à faire apparaître aux yeux de toutes et tous le besoin criant de rassemblement, et à enclencher le débat sur la meilleure plateforme pour ce faire. Les contributions du collectif « Plus jamais ça » ont une grande importance, elles tracent les axes d’une politique de rupture (qu’il nous faut populariser) tout en indiquant une méthode : mettre en avant les convergences plutôt que les divergences. Cette méthode est également la nôtre.

Notes

* http://www.gds-ds.org/pande- mie-urgences-et-jours-dapres- contribution-gds.

3. Le mouvement social et la gauche

Depuis 2016, une résistance sociale profonde se manifeste et les mou- vements sociaux se succèdent (loi El Khomri, défense du Code du tra- vail, Gilets jaunes, SNCF, retraites, manifestations pour le climat). C’est ce qui explique cet événement exceptionnel qu’est l’émergence du collectif « Plus jamais ça », réunis- sant une vingtaine d’organisations syndicales, associatives et envi- ronnementales avec notamment la CGT, Solidaires, la FSU, ATTAC, Greenpeace, Oxfam… Leur plan de sortie de crise (34 mesures) est une base essentielle pour tout pro- gramme de transformation sociale. Ces organisations a rment avec raison ne pas pouvoir « se résigner au rétrécissement du cadre démo- cratique et à une crise sanitaire sur la durée, permettant de justi er la casse sociale et l’absence totale de politique ambitieuse de transition climatique ».

Ces dernières semaines, c’est sur le terrain de la défense des libertés et des résistances à la politique de Macron que la gauche a pu marquer des points. Les marches pour les libertés qui ont réuni un demi-mil- lion de manifestants le samedi 28 novembre ont plongé le gouverne- ment dans une crise politique. Il a même été obligé pour la première fois de reculer partiellement sur l’article 24 de la loi Sécurité glo- bale. Ce mouvement a réussi à mobiliser l’ensemble de la gauche

qui s’est retrouvée unie dans la rue contre le pouvoir.
Évidemment, face à la politique tout aussi menaçante que cohérente de Macron, la gauche devrait faire passer ses divergences au second plan. Il est tout bonnement suici- daire de se faire une guerre entre petits et grands appareils, quand la guerre sociale – la vraie – sévit avec tant de violence.

Alors que sondage après sondage, la volonté d’unité dans le peuple de gauche se con rme et progresse, alorsquelesforcesdegauchen’ont pas cessé de faire front contre le gouvernement sur la quasi-totalité de sa politique – que ce soit le vo- let social, le volet économique ou encore le volet sécuritaire et auto- ritaire –, la gauche reste une vaste mosaïque dispersée.

Si elle était unie, elle susciterait une dynamique et gagnerait largement ; mais au lieu de cela, son éclatement produit une majorité d’abstention, voire de résignation.

La dispersion des candidatures aux élections européennes, puis aux municipales et potentiellement aux régionales empêche de faire appa- raître une issue politique de gouver- nement face à la droite LREM-LR-RN. Les multiples annonces de candida- ture à la présidentielle des uns et des autres contrecarrent (pour le moment) les aspirations à l’unité. Cette dispersion a aiblit aussi le mouvement social contre Macron. Il

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3 | CONVENTION GDS 2021

 

Impitoyablement

chronique hebdomadaire « au boulot » dans l’Humanité Dimenche n° 525

 

Impitoyablement

Macron est sans pitié. Même face à l’aggravation de la pandémie et du tsunami social qu’elle entraine, Macron ne renonce à rien de son programme initial. 

Le malheur dans lequel sa politique d’austérité a plongé des millions de salariés et de chômeurs, il l’aggrave sans cesse. A marche forcée il transfère l’argent des pauvres vers la fortune des riches. Sur 100 milliards d’argent caché soudain retrouvé, il donne plus de 70 % au CAC 40 et moins de 30 % à 30 millions de salariés et d’indépendants qu’il continue d’uberiser.

Il maintient la casse de l’assurance chômage qui va diviser par quatre les indemnités des millions de chômeurs.

Il maintient le projet de report de l’âge des départs en retraites alors que l’espérance de vie vient pourtant de se réduire.

Il maintient la suppression progressive des cotisations sociales alors que toute la Sécurité sociale du pays en dépend.

Il continue le recul de la prévention dans la prévention du Covid, pas seulement en supprimant des lits dans les hôpitaux mais dans les entreprises, avec l’objectif d’assurer à tout prix la poursuite des profits capitalistes : suppression des CHSCT alors qu’en 2019, sur 19,5 millions de salariés, il y avait déjà eu 655 715 accidents du travail, 50 392 maladies professionnelles et 98 899 accidents de trajet, et que, parmi ces victimes, 1 264 sont décédées (1027 en 2018).

Il propose même de casser davantage la médecine du travail avec la loi Lecocq.

Il maintient la casse du droit du travail, alors que l’application des lois El Khomri et Pénicaud a déjà donné des résultats catastrophiques et que la fraude patronale n’ajamais été aussi massive.

Il maintient le plafonnement des indemnités prud’hommes alors que les licenciement abusifs se multiplient.

Et le voilà, c’est nouveau et impitoyable, qu’il propose de modifier l’AGS (Assurance Garantie Salaire) qui accordait en priorité la sureté de salaire à plus de 100 000 salariés en cas de liquidation judiciaire de leur entreprise.

Gérard Filoche

 

A Pierre Lepelletier journaliste au Figaro le 18 janv 2021

Bonjour,
nous nous sommes vus samedi 17 janvier 9 rue Française 75002

lors de la signature de son livre « L’engagement » par Arnaud Montebourg vous avez publié l’article ci-dessous
j’aurais aimé échanger avec vous à ce sujet
car il y a une inexactitude lourde dans l’article que vous avez publié

me concernant je n’ai jamais été exclu du PS, aucun vote aucune instance ne s’est jamais prononcée

hormis des propos personnels de Rachid Temal et de David Assouline même si ces deux personnages l’ont annoncé, il n’y a jamais eu aucune procédure, aucune suit

or les statuts du PS sont clairs, le Bn ne peut exclure un de ses membres, il y faut une procédure spécifique avec la commission ad hoc, et cela non seulement n’a jamais abouti, mais n’a même pas été initié

et le tweet de David Assouline (du 21 novembre 2017) qui l’a prétendu est un tweet personnel certes désagréable mais totalement mensonger, c’est un fake.
Depuis, l’histoire a été rétablie, mes amis de la gauche socialiste et moi avons collectivement démissionné du PS parce que celui-ci à la veille du congrès d’Aubervilliers d’avril 2018 a modifié ses statuts pour empêcher qu’en tant que membre du BN je puisse en notre nom déposer une motion tirant le bilan du quinquennat de François Hollande,

nous sommes partis du PS à cause de ça,et en l’expliquant publiquement, dans le JDD du 20 janvier 2018et ensuite nous l’avons expliqué et ré expliqué dans des centaines d’occasions, médias, articles, revues, livres.

donc en résumé :

- pas d’exclusion (c’est vérifiable auprès de Olivier Faure et des autres membres du BN…)

- démission (c’est vérifiable dans le JDD mais aussi pendant toute cette période dans notre revue mensuelle « D&S » Démocratie & socialisme – qui parait depuis 28 ans, à l’époque c’étaient les n°250 et suivants… également en temps réel sur notre site : gds-ds.org, mon blog gerard.filoche.fr )

- et pas à cause du tweet que vous mentionnez
Autour de ce tweet :

le Parquet a renoncé à plainte

9 organisations sectaires se sont jetées dessus et portées partie civile contre moi, elles ont été déboutées et n’ont même pas osé faire appel quand le Tribunal m’a relaxé (décembre 2018)

17 000 signatures et des centaines de personnalités m’ont soutenu en décembre 2017personne dans ma vie militante depuis 60 ans que je suis actif, n’a pu justifier ne serait-ce qu’une bribe de cette accusation infamante mais absurde

je suis l’un des cofondateurs de Sos-Racisme et j’ai fait des centaines de meetings sur ce sujet
j’ai publié un « Manifeste » le 11 avril 2018 « contre le racisme et contre l’antisémitisme » pour bien répondre et développer le fond de ma pensée et de mon action,

cela fait maintenant quatre ans que cette histoire est dépassée

elle n’a pas été à l’honneur de ceux qui m’ont fait procès

mais mon honneur est intact

je suis donc surpris que vous reveniez là-dessus de façon elliptique, dans une toute autre situation, dans votre article, ce samedi 17 janvier 2021
bien à vous,
Gérard Filoche

PS : nous pouvons en parler sereinement mon téléphone est
voila ma biographie complète qui vient de paraître dans Le Maîtronhttps://maitron.fr/spip.php?article233874, notice FILOCHE Gérard (Roger Norman, Matti, Matti Altonen) par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 7 novembre 2020
voilà le manifeste