Communiqué du comité d’initiative et de liaison pour mieux construire la NUPES, réuni le samedi 15 octobre à Paris (Ageca) à l’appel de 2000 signataires

– Communiqué –

Le 15 octobre s’est tenue à Paris, avec plus de 2.000 signatures de soutien, une journée de rencontre pour «construire la Nupes tous ensemble et constituer une alternative majoritaire».

Une volonté s’y est affirmée : cette Union peut et doit devenir la
« maison commune » qui rassemble les gauches sociales et écologistes et y pratique la démocratie dans le respect du pluralisme. Les points de programme partagés au sein de la Nupes sont un acquis précieux pour aller de l’avant.

Au plan local, il faut encourager la participation aux assemblées unitaires formées avec les organisations volontaires et ouvertes aux citoyennes et citoyens, aux membres des syndicats et associations.

L’espace d’initiative et de débat ouvert ce 15 octobre a vocation à s’élargir, avec et par delà les personnes et sensibilités qui l’ont suscité. Un Collectif de liaison et d’initiativeouvert est créé pour enrichir et renforcer la Nouvelle Union populaire écologique et sociale./.

CLN-TousEnsemble.fr Construire la Nupes

 

Mon intervention au nom de GDS à la marche du 16 octobre

 

Nous sommes là dans ce dimanche à Paris avec une très large unité, elle fait la force du combat que nous menons pour le salariat,

En 2022 un tournant historique a eu lieu,

Avant c’était la tragédie de la division, et avec la division il n’y avait aucune chance de gagner face à Macron, avec la division du salariat et de la gauche, les capitalistes et le patronat réussissaient à nous bloquer

Mais en 2022 c’est changé

2022 est l’année du redémarrage de la gauche avec son unité, avec la NUPES,

Après de longues années de division, nous sommes là enfin ensemble

La NUPES ce n’est pas seulement quatre partis, ce sont des millions de militants mobilisables, derrière

Il y a EELV, LFI, PCF, PS mais il y a aussi Générations, GDS, Ensemble, Nouvelle Donne qui vont parler à ce micro après moi,

Toutes les sensibilités comptent, grands partis ou petits, partis, associations grandes et petites et syndicats,

Il faut respecter chacun, écouter chacun, il faut associer toutes les nuances de la gauche, démocratiquement, la démocratie ce n’est pas du temps perdu, c’est du temps gagné, de l’énergie gagnée, des forces nouvelles gagnées,

C’est ça la NUPES : être le plus large possible à gauche dans le combat avec les salariés si nous voulons gagner,

C’est l’ère des salariés contre tous les patrons à la mode Total

L’unité en 2022 c’est une nouvelle chance, un nouvel élan, un nouvel avenir

Nous avons un « programme partagé »,

Et je suis un assez vieux militant (jeune depuis plus longtemps que les autres) pour savoir la valeur de ce programme, il est excellent exceptionnel, le plus important depuis des décennies,

Quand nous parlons « vie chère » nous défendons le salaire,

Pas les primes aléatoires, manoeuvrières et éphémères, pas l’intéressement ni la participation bidon, pas les actions bidon, mais le salaire,

Le salaire

Le salaire net et brut

1500 euros net

C’est 1900 euros bruts

La CGT dit 2000 euros brut, elle a raison,

Il faut dire aussi 300 euros pour tous pour unifier tous les salariés

Indexer les salaires sur les prix,

Et pas de salaire supérieur à 20 smic pour répondre au patron de Total

ça suffit qu’ils se goinfrent en haut

Alors qu’il y a 10 millions de pauvres et que le salaire médian est de 1780 euros

Nous avons à nous défendre face aux offensives de Macron contre le salariat contre les retraites, contre les chômeurs, contre l’expulsion de 600 000 élèves des LEP, contre l’ubérisation, contre le faux bénévolat, pour la reconnaissance du statut de salariat  avec des droits, un code du travail, sans précaires (pas plus de 5% de non CDI par entreprise c’est dans notre programme NUPES),

Macron veut supprimer les cotisations sociales, là j’attire votre attention nouvelle : Macron veut supprimer les cotisations accidents du travail et la caisse spécifique accidents du travail, il veut que les patrons ne les paient plus,

Ne laissons pas faire, aujourd’hui c’est une marche de plus après le 29 septembre,  nous continuons le 18 octobre, avec les syndicats, avec tous les syndicats si nous pouvons, le front le plus large, le plus déterminé, le plus massif,

C’est le chemin de la NUPES,

Sans elle, sans son programme, sans nous souder dans la lutte comme dans les urnes nous ne pourrions pas gagner

Mais là avec la NUPES et son « programme partagé »,

On peut,

Avec des collectifs partout on peut,

Avec de la vie démocratique et sociale partout, on peut

Avec la NUPES on peut !

Unité !

 

Gérard Filoche

(cette intervention oralement approximative peut être écoutée sur le site GDS-DS.org et sur tweeter. Ella été faite sur un petit camion placé loin au 4° rang dans la manifestation, je fais observer qu’il y avait un grand camion au début de la manifestation, facile d’accès, mais que les « petites » organisations ont été obligées de parler dans des conditions inconfortables, avec un escabeau difficile pour accèder au « petit » camion, que c’est incorrect voire humiliant que l’hégémonisme se manifeste ainsi…

j’en profite pour dire que les bousculades, violentes, de plusieurs dizaines de minutes, qui font mal et qui laissent des traces physiques, au début au sein du « carré de tête » pour empêcher que des visages trop connus n’apparaissent autant que c’était légitime, c’est aussi inacceptable. Depuis de longues décennies je n’ai pas vu pareil  comportement et il faut le dire quand il est temps, ne pas laisser passser ça pour ne pas le laisser se reproduire.)

 

 

 

Mon intervention au « parlement » de la NUPES samedi 15 octobre :

Bonjour, ravi d’être ici pour échanger, c’est bon le débat d’idées

D’ailleurs nous sommes en plein boulot à la veille de la marche contre la vie chère,  quand on distribue un tract les gens nous demandent qu’est-ce qu’on entend par là, « vie chère » pouvoir d’achat » c’est flou, parce que nous on n’est pas du tout pour des primes, ni l’intéressement, ni la participation ou des «actions » bidon

On est pour des salaires, des salaires nets et bruts,

Le smic à 1500 euros net et 1900 brut,

Préciser le brut c’est utile

En fait la CGT est pour 2000 brut elle a raison, et puis avec le mouvement  autour de total il faut préciser, on nous le demande, pour les autres, 300 euros pour tous, une augmentation chiffrée uniforme pour rétablir le partage des richesses,

On défend l’indexation des salaires sur les prix et des retraites,

C’est les idées qu’il faut débattre en ce moment,

Donc on est là pour ça à ce « parlement »

C’est dans le programme de la NUPES, il est excellent ce programme, avec ses 650 mesures, par exemple face au PDG de Total, il contient l’idée clef d’un salaire maxima à 20 fois le Smic, il faudrait le dire davantage.

Et aussi pas plus de 5% de non CDI dans les entreprises car cela rassurerait sur notre intention de combattre la précarité,

Et puis aujourd’hui Macron veut supprimer les cotisations patronales et la caisse accidents du travail, c’est grave, il faut s’emparer de ça et le refuser, il détruit les cotisations sociales

Bon mais sommes nous un « parlement » ? Plutôt un conseil économique et social, non ?

Moi je suis venu le 29 mars dernier c’était présenté comme le parlement de l’UP, de ceux qui votaient Mélenchon maintenant tout a changé,

y pas eu de reunion entre temps,

mais c’est celui de la NUPES maintenant

c’est pour cela qu’il y a Corinne Narassiguin, Sophie Taillé-Polian, Manon Aubry à la tribune avec Aurélie Trouvé, manque quelqu’un du PCF, mais c’est quand même devenu, enfin, unitaire, c’est historique et on rassemble au delà des partis, car il n’y en pas que quatre dans la NUPES, il y a aussi Générations et puis GDS, Ensemble, Nouvelle Donne, PEPS… toutes les sensibilités ont leur place en démocratie

c’est que j’ai dit avec 2000 signataires par un petit mot envoyé à Aurélie puisqu’elle nous avait demandé d’envoyer des contributions,  je regrette qu’elles ne vous aient pas été distribuées aujourd’hui, mais on me dit elles vont l’être

On est réunis à 5 stations de métro d’ici à l’Ageca, on aurait pu se réunir en commun, et prendre en compte nos idées communes

Il faut préciser qui on est,

comme le camarade qui m’a précédé le proposait : un tiers de politiques des différents partis, un tiers de personnalités, experts, artistes, un tiers de militants qui se sentent  concernés tirés au sort…

Là, en-bas il y avait 2 camarades de la Loire, elles voulaient entrer, je leur avais proposé s’il y avait de la place, il y avait été dit que la salle était trop petite, 100 places, que tout le monde ne pourrait pas, mais il y a 50 chaises de libres, ca aurait été donc possible

Qui décide ? Qui décide ?

Faut un bureau, équilibré au consensus, une assemblée recensée, et réellement unitaire

Vous savez si une des composantes de la NUPES convoque seule un réunion, il y a moins de monde que si toutes les composantes se mettent d’accord pour le faire !

La démocratie ce n’est pas du temps perdu c’est du temps gagné, c’est de l’énergie en plus

La procédure est sœur jumelle de la démocratie, et la démocratie est soeur jumelle de l’intelligence collective, c’est ainsi qu’on fait apparaître et vivre les idées les plus judicieuses et qu’on peut éclairer le combat collectif de la NUPES , qui elle aussi, a besoin de vie à la base, de comités de base, d’assemblée unitaires ouvertes…

 

(Je n’avais plus de temps, il était limité à 2 minutes juste avant que mon tour ne vienne On était 50 dans la salle et environ 25 en Visio…apres il y a eu un atelier   »fonctionnement » mais on m’a dit que ceux qui avaient parlé en AG, ne pouvait plus reparler, du coup je n’ai eu aucune réponse à mes questions…)

 

Progrès, salariat, socialisme sont des idées neuves

pour la revue « Commune »

Confronté à un examen médical dans le bel hôpital parisien de Cochin,  une coronarographie,  on ne peut que s’éblouir  d’une pareille technicité au service de la survie : un plateau de sept soignants hautement formés et motivés, une sonde qui passe par l’artère du bras, franchit l’épaule, remonte au cœur,  examine de l’intérieur, tout cela se voyant en direct sur l’écran et permettant de détecter l’insuffisance cardiaque que l’on peut encore traiter chez un homme de 77 ans.

Le progrès existe.

Il a fallu de longs siècles mais les humains ont appris à prolonger leur vie, et à se protéger relativement de la douleur. Pour n’être pas victime de la gangrène, on n’ampute plus un membre, sans autre anesthésiant qu’un bâton dans la bouche.  Pour faire face à la « maladie de la pierre », on n’est plus obligés, comme Montaigne, de traverser l’Europe à cheval, il existe des lithotripteurs.

Dans un pays comme la France, l’espérance de vie a doublée depuis deux siècles, même si elle est reste limitée à 63 et 64 ans en bonne santé.

Oui, mais qui a accès à un plateau d’examens médicaux dans de bonnes conditions à Cochin ?  Qui bénéficie d’une Sécurité sociale,  basée sur des cotisations elles-mêmes basées sur le travail, et qui en assurent la gratuité ?  Qui est sûr que cette qualité et gratuité de soins restent un acquis ? Qui jouit d’une retraite décente quand il ne peut plus travailler ? Qui est certain que le « progrès » à tendance à s’étendre à tout le pays et à l’humanité  entière ?

Plus personne ne peut être sûr.

Impossible d’être certain qu’une guerre nucléaire ne va pas anéantir tout ça. Ou une évolution tragique du climat.

Le système capitaliste broie régulièrement le meilleur de lui-même.

Ce qu’il a laissé conquérir par ses travailleurs, il le remet sans cesse en cause. Chaque année il produit 2000 milliards d’armement, plus que ce qu’il dépense pour la recherche en santé contre les pandémies ou pour la défense de la planète contre le réchauffement climatique. Il engendre des revendications qu’il ne peut satisfaire et aggrave les inégalités, le chômage, la misère. Un jour il permet le droit à l’avortement et le lendemain il remet en cause le droit des femmes de disposer de leur corps. Le capitalocène est un système basé sur la compétitivité, sur la recherche du profit maximum donc forcément orienté vers la guerre pas vers la défense de la nature et de l’environnement. Il est capable de toutes les barbaries puisque c’est déjà un système où huit hommes possèdent autant que la moitié de l’humanité et qu’ils combattent tout mécanisme de redistribution, de partage, de marche à l’égalité, à la fraternité, à la liberté.

L’idéologie dominante n’est pas celle des exploités, des opprimés, du progrès mondial, mais celle des possédants, de la loi des plus forts, des conservateurs, des obscurantismes, des fanatismes, des nationalismes.

Alors a t on une chance de « progrès » pour les huit milliards d’humains soumis à des systèmes de production incontrôlés et pillards, à des développements brutaux et inégaux. Le chaos ne va t il pas l’emporter ? Les impérialismes vont-ils briser la planète ?

Pourtant les idées de socialisme, de société de partage, de redistribution des richesses, de défense de la nature, de fraternité internationaliste, existent bel et bien, dans tous les pays, et elles sont mêmes puissantes, mais quelles sont leurs chances de l’emporter contre la barbarie ?

La réponse est que ce n’est la tâche ni d’un Dieu ni d’un César, mais d’une force sociale assez puissante, assez organisée, assez consciente, assez décisive dans le processus de production des richesses pour renverser le capitalisme et l’organiser autrement.

Il n’y en a qu’une : le salariat.

Depuis 30 ans le salariat monte sur la planète. Ce sont ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et conquièrent des droits en la défendant et en la vendant. 54 % des actifs sont salariés, un milliard de plus ces dernières décennies.

Dans une société avancée comme la France, on est passés de 3 millions de salariés en 1910 à 30 millions en 2010, soit 90 % des actifs. C’est ce salariat qui est désormais la classe majoritaire. Point besoin de parler confusément de « classes moyennes » (sic) de « couches populaires », il n’y a qu’une classe fondamentale : il y a un « bas » un « milieu » et un « haut » du salariat, de l’ingénieur au balayeur, de la ville à la campagne, tous n’ont que leur force de travail à vendre. Leur intérêt de classe est le même. Leur salaire médian est autour de 1800 euros, et 90 % d’entre eux gagnent moins de 3200 euros. Seul le travail crée de la valeur.

C’est ce salariat qui est le mieux placé, objectivement, pour exiger un bon salaire, des bons services publics en santé, en école, en logement, en transports, en énergies, en défense de l’environnement. C’est ce salariat qui a conquis des institutions représentatives dans les entreprises,  une fonction publique indépendante,  des comités d’entreprise,  des délégués du personnel, des délégués syndicaux,  une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail, un code du travail, des conventions collectives,  une sécurité sociale et des retraites basées sur le salaire. C’est ce salariat qui produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite, il a intérêt à une République démocratique, sociale, laïque, écologique, féministe, internationaliste, pacifique,

L’existence exploitée détermine tôt ou tard la conscience qui rejette cette souffrance. Le salariat n’a pas forcément conscience au jour le jour de sa force, mais dans l’action il est capable de progresser de façon phénoménale et à toute vitesse, cela s’est vérifié à chaque grande mobilisation, en mai 68 en France et partout dans le monde. Et il y en a toujours, il y a des cycles du mouvement des masses : c’est d’eux dont dépend le progrès, son développement, sa confirmation.

C’est aux partis de gauche, syndicats, associations d’incarner le salariat, d’agir pour son unité, condition de sa conscience et de sa force. La gauche est pluraliste comme le salariat. Elle doit être démocratique pour que le grand salariat se retrouve en elle. Fi des appareils et des chapelles, le socialisme est une idée neuve, il ne peut pas y avoir de socialisme dans un seul pays ni sans démocratie, mais pas non plus de démocratie sans un nouveau grand parti démocratique de masse.

La démocratie sera l’oxygène de la société future de partage et de paix. Et du progrès.

Gérard Filoche (gerard.filoche@gmail.com)

 

Défendre le salariat, grande classe révolutionnaire majoritaire, attaqué de toutes parts

Nous sommes 30 millions de salariés, 88 % de la population active, nous n’avons que notre force de travail à vendre, du balayeur à l’ingénieur, à la campagne comme à la ville. Les chômeurs sont des salariés temporairement privés d’emploi. Les jeunes sont des salariés en formation. La retraite n’est pas un impôt ni une épargne, les retraités vivent grâce aux cotisations versés en temps réel, en direct par ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent plus. Le salariat produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite. C’est le travail qui crée de la valeur.

Depuis un siècle, le salariat est devenu majoritaire sociologiquement et socialement. Il avait conquis, de 1910 à 2010, en passant de 3 millions à 30 millions de travailleurs , un code du travail, des conventions collectives, des institutions représentatives du personnel (IRP), des comités d’entreprise, des délégués du personnel, des délégués syndicaux, des conseillers prud’homaux, des conseillers mutualistes, des « CHSCT », une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail,  des cotisations pré affectées et une sécurité sociale, une assurance chômage, une retraite par répartition, des logements sociaux, et des services publics, des fonctionnaires à statuts, … cet ensemble de droits sociaux étaient les prémices matériels, structurels, de son futur pouvoir lorsqu’il serait assez conscient, fort et uni pour remplacer la classe dominante.

Depuis 20 ans, tout cela a été attaqué en force par les gouvernements capitalistes libéraux (y compris violemment par le gouvernement Hollande Valls agissant de 2012 à 2017 contre son camp).

Avec sa « Révolution », Macron, depuis 2015,  va le plus fort et le plus loin possible contre le salariat : il casse le code du travail en chaque occasion, il liquide les conventions collectives, il fait fondre les « IRP » (de 425 000 a 200 000), il a liquidé les élections prud’hommes et diminué leur activité de 60 %, il liquidé quasiment par deux la médecine du travail, il a rogné l’indépendance de l’inspection du travail et ses missions, il a supprimé les CHSCT, réduit les CE et les DP, affaibli les syndicats en entreprises, il a  supprimé l’assurance chômage, il bloque le smic et les salaires nets,  bruts et super bruts, il détourne peu à peu les cotisations sociales en annonçant ouvertement leur « suppression », il utilise à d’autres fins les cotisations retraite, et fiscalise progressivement le budget séparé de la protection sociale. Il appuie « l’ubérisation » basée sur « l’auto entreprenariat », c’est à dire l’absence complète de statut et de droits. Il veut remplacer le contrat de travail collectif par des contrats commerciaux de gré à gré, il appelle à une « société post-salariale ». Il individualise la formation et l’apprentissage. Certes il ne pourra faire reculer les 90 % d’actifs salariés mais il est parvenu depuis 2017 à les « rogner » à 88 %.

Contre Macron, nous défendons le salariat comme un ensemble de droits, de statuts, de conquêtes communes aux 30 millions de salariés : pied à pied nous défendons la hausse du smic et des salariés nets et bruts indexés sur les prix. Le salaire net permet de vivre au mois le mois. Le salaire brut permet de vivre toute la vie. Les cotisations sociales sont une part du salaire mutualisée, versée dans un pot commun et redistribuée à chacun selon ses besoins, ce n’est pas une charge sociale, c’est un bonheur. Ce n’est pas un impôt mais du salaire. Ce n’est pas un « prélèvement obligatoire» c’est un bas de laine collectif qui protège de façon égalitaire les assurés sociaux, contre l’accident du travail, contre le chômage,  contre la maladie, pour le logement, pour les enfants, pour la retraite. Ce n’est pas de l’assistanat, ce n’est pas des « allocs », c’est du salaire légitime qui est un produit du travail.

Macron essaie d’exclure les salariés du salariat : c’est le sens de sa casse de l’assurance chômage, et de tout son soutien à l’ubérisation. Pied à pied nous l’en empêchons. Nous voulons que tous les exclus puissent revenir au travail, avec tous les avantages liés aux statuts antérieurs et à la conquête de nouveaux  droits. Notamment la recréation d’une « grande Sécu » universelle, pour tous les actifs, gérée démocratiquement avec des cotisations uniques proportionnées, et élections aux différentes caisses par les assurés, avec un Parlement social pour le budget de la protection sociale.

GF

 

 

 

 

Sans démocratie pas de socialisme Sans parti démocratique non plus

Le débat sur la démocratie devrait être prise à bras le corpsà gauche. Nous sommes toujours en retard sur cette question vitale.

La gauche, c’est d’abord une base sociale. Puis une organisation en partis, syndicats, associations. Et, dans son histoire, tous les errements, les trahisons, et jusqu’aux contre-révolutions, sont dus à l’absence de démocratie ou aux carences de cette dernière en son sein.

Sur le dos du salariat en lutte, se sont construits des appareils qui se sont émancipés du respect de l’obligation d’écouter, d’associer et d’incarner fidèlement leurs « bases ». Ces appareils, formels ou informels, réduisent ou détruisent la démocratie interne pour s’en émanciper et défendre leurs intérêts bureaucratiques au détriment de la large masse des adhérents ou sympathisants.

L’histoire le prouve : pour qui veut mener des combat politiques émancipateurs dans nos sociétés, les partis sont indispensables. L’organisation collective structurée est indispensable à  l’action collective, s’inscrivant dans la durée permettant mobilisations de masse,  élaboration collective, formation de cadres, présence contrôlée dans les institutions …

Aujourd’hui  la forme parti est fortement dépréciée ;  dans l’imaginaire il signifie bien souvent « bureaucratie, appareil, professionnalisation » ; (re) trouver le chemin d’un véritable fonctionnement démocratique  capable de combattre toutes les dérives est aujourd’hui indispensable.

Mener ce débat constitue une question préalable pour l’existence et la croissance de la gauche nouvelle qu’entend incarner la NUPES.

 

Pour une société démocratisée

Par opposition au capitalisme, société d’exploitation et de compétitivité qui dresse les classes sociales et les humains les uns contre les autres en les mobilisant pour la suprématie et la guerre, le socialisme est une société de partage qui produit de la révolte libératrice des ttravailleurses et travailleurs salariés, rapproche les humains et les émancipe individuellement tout en leur donnant les moyens matériels et intellectuels de vivre ensemble.

L’existence détermine la conscience, et celle-ci à son tour crée, par la démocratie, les modifications de l’existence.

La démocratie s’use dès qu’on ne s’en sert pas. Avec la démocratie, on ne perd jamais de temps, on en gagne.

La démocratie n’est pas un cadre, pas une technique, ce n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode, de l’oxygène ; elle est élément fondamental du programme de la révolution sociale. Elle fait partie du « but » visé, pas seulement des « moyens » nécessaires de la lutte de classes.

La démocratie est une pédagogie et un instrument permanent d’action, une protection et une surveillance de masse réciproque, un échange matériel garantie d’efficacité. Elle est le cœur, l’énergie de tout programme de révolution sociale et de sa mise en œuvre. C’est l’auto-organisation du mouvement de masse par les masses elles-mêmes : le salariat opprimé, exploité ne peut se révolter et gagner sans la démocratie maximum qui unit et décuple ses forces. Priorité aux comités de base.

La démocratie n’est ni un système nerveux centralisé, ni un système gazeux délétère; elle ne vient pas « d’ailleurs », pas de « l’extérieur ». Elle n’est pas en dehors de l’action de masse. La démocratie est pensée et se pense, s’organise de façon endogène comme interaction à tous les niveaux, de la base au sommet. Elle doit être faite de l’attention de tous, à la fois des désaccords et de l’accord de tous, des débats autant que de la décision. Impossible d’être aussi bien pour la réforme que pour la révolution sans pousser jusqu’au bout cette démocratie. C’est une praxis,un brassage d’expériences, une expérimentation collective qui homogénéise, intègre, développe en respectant à l’infini toutes les sensibilités. En mai-juin 68, des millions de salariés ont plus appris en quelques jours et en quelques semaines qu’en plusieurs mois, voire en plusieurs années. C’est en se mélangeant que les meilleures idées gagnent la masse.

Parce que notre classe sociale est pluraliste, son unité ne se fait que par la démocratie. C’est la condition de l’expression authentique d’une classe, d’un peuple, de l’élaboration et du respect des décisions, du succès pratique de leur mise en œuvre. La démocratie n’est pas verticale, ni césariste, elle est pluraliste, horizontale, participative, de terrain, avant d’être représentative.

La démocratie est d’abord l’action de masse, collective, l’apprentissage pratique, vécu, de la socialisation, du partage, en sororité et fraternité. C’est l’apprentissage vécu de la généralisation de l’égalité des droits, de la commune à l’Assemblée nationale. La société est d’autant plus transformée collectivement en profondeur que les consciences le sont par l’action. C’est l’insurrection sociale qui génère l’insurrection civique, pas l’inverse.

 

C’est la force des assemblées et des luttes qui exprime, incarne et soude le salariat majoritaire et qui libère, par ricochet, les autres parties du peuple. C’est ce qui fait qu’à tous les stades de la cordée, la cuisinière, l’infirmière, la femme de ménage, l’écrivaine, le chauffeur-livreur, le balayeur, le vendeur, l’ingénieur, le professeur, le conducteur de travaux, le gestionnaire, sont en mesure de connaître, comprendre, donner leur avis, de modifier le cours des décisions, de la construction, de l’élévation sociale commune.

Libérée et démocratisée, la société peut alors créer plus, innover plus, produire plus, redistribuer toujours mieux, faire face aux plus grands des défis, face à tous les besoins collectifs sociaux et écologiques.

 

Pour un parti démocratique et pluraliste de la gauche sociale et écologiste

Il ne faut pas chercher à nier ou méconnaître que, dès qu’il y a représentation, élection, division des tâches, dans toute organisation qui combat la société capitaliste et au-delà, naissent des tendances négatives, matérielles qui facilitent la création d’appareils qui échappent et nuisent à la démocratie.

Des conquêtes matérielles partielles, des avantages moraux, intellectuels, des corruptions surgissent facilement et sont l’apanage des directions et dirigeants des partis, syndicats et associations qui expriment, incarnent le salariat en lutte pour la révolution sociale. Il y a des dangers professionnels du pouvoir. Le capitalisme se défend en divisant et en corrompant : « La domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers » (Friedrich Engels).

 

Les « appareils » sont de caractère contradictoire : ce sont des couches bureaucratiques formalisées ou non, cristallisées ou non, qui se détachent et échappent plus ou moins au contrôle de leurs bases, de leurs mandants. Car pour exister, il leur faut, à la fois incarner leur base sociale suffisamment pour que celle-ci les soutienne et leur donne la force suffisante pour acquérir des avantages et prébendes auprès de la classe bourgeoise dominante, notre adversaire historique. Cette dernière achète ainsi la paix sociale à peu de frais et impose d’autant plus aisément la contre-révolution. Cela a produit, de par le monde, nombre de « partis ouvriers bourgeois » hybrides, les pieds dans le salariat, la tête dans les institutions bourgeoises – bonapartistes ou non. À force de côtoyer le haut, ils se distancient du bas, et le salariat, trahi, en paie le prix fort. On a ainsi connu cela dans la IIe, puis dans la IIIe Internationale, les errements sociaux-démocrates, puis le cancer du stalinisme. Cela a été le fait de grands partis de masse et de petits partis sectaires. Cela a été le fait de courants anciens ou de courants nouveaux, le vieux SPD allemand comme le bien plus récent Parti des travailleurs brésilien, le PS français depuis plus d’un siècle comme le jeune mouvement Podemosen Espagne.

Ces appareils ont des caractéristiques connues : plus ils sont flous, moins ils ont de règles, en l’absence de transparence et de contrôle ; moins ils ont de genèse historique claire, de théories solides et éprouvées, d’implantation militante profonde, de liens avec les meilleures traditions de la classe sociale dont ils émanent, plus ils sont capables de versatilité, d’opportunisme, de zigzags bureaucratiques et finalement de trahisons.

Il n’y a pas de vaccins contre les appareils et les trahisons. La menace est toujours là. Seuls le rapport de force social, l’éducation et la vigilance conjuguée de millions de salariés nous en protègent vraiment.

Cela doit donc faire partie de l’éducation et du programme de la gauche que de mettre en œuvre le maximum de garde-fous : il faut établir les meilleurs statuts possible, et, parce que leur « technicité » – même poussée à la perfection – ne suffit pas, il faut savoir les faire vivre au mieux.

Les meilleurs statuts, les plus démocratiques, peuvent être dénaturés. Mais, sans statuts démocratiques, la dénaturation est certaine et a toujours abouti sur des explosions, des crises et des scissions, encore plus brutales et décourageantes sans garde-fous.

 

Pour un parti féministe et antiraciste

Le combat que nous menons pour l’émancipation sociale intègre le combat contre toutes les formes d’oppressions en  particulier contre l’oppression patriarcale et contre toutes les formes de racisme notamment liées à l’histoire coloniale des pays occidentaux.

Toutes les formations de gauche qu’elles soient politiques, syndicales associatives doivent avoir à cœur de combattre en leur sein et dans leur fonctionnement les manifestations de ces oppressions. Instaurer la parité femmes-hommes de manière systématique dans le fonctionnement, permettre des expressions collectives, mettre en place des commissions ad hoc permettant de réagir à des cas de discriminations sexistes ou racistes sont aujourd’hui des étapes indispensables

 

Nos propositions

Le prix de la démocratie interne aux partis de gauche ne garantit pas à 100 % l’idéal, mais permet de s’en rapprocher :

Avec :

-      des critères de sélection, d’adhésion et d’éducation, de participation et de cotisations, et une formation militante continue. * L’adhésion formalisée nous semble une condition indispensable à un fonctionnement démocratique permettant d’associer tous les militant.e.s,  y  compris « la base » aux prises de décisions. Cette délimitation n’exclut pas d’autres formes de participation plus fluides qui peuvent correspondre d’autres formes d’engagement  la volonté d’un parti d’être accessible et ouvert ne peut se faire au détriment d’une véritable association de ses membres à une vie démocratique

-       La prédominance des instances de base, et des militants de base.

- des droits précieux et détaillés, du respect des idées, des sensibilités, des débats organisés, du partage de l’information, de la transparence du fonctionnement interne, une éducation et une acceptation du pluralisme

- des mécanismes d’élaborations collectives, de discussion organisée et minutieuse avec droit de tendances, de congrès avec libertés de votes, d’élections à la proportionnelle, de désignation des candidats et élus, de contrôle des mandats.

- un contrôle transparent et collectif des finances, des moyens matériels du parti, de ses organes de presse internes et externes, de la désignation et du fonctionnement des instances des élus dans les institutions. Le fonctionnement doit être public autant que possible, avec des commissions des conflits scrupuleuses, des commissions électorales pluralistes élues.

- une indépendance organisationnelle et statutaire respectée des syndicats et associations sœurs, des organismes qui concourent ensemble aux mêmes buts, mais avec des rythmes, des modalités, des bases et des programmations différentes.

- une exigence de moralité et d’intégrité optimales de la part de toutes et tous, élus, mandatés, porte-paroles ou simples militants de gauche. Pas de secte, ni d’avant-gardisme : le devoir d’exemplarité, tant que l’on vit dans une société capitaliste, ne peut être totalement disjoint d’elle et de ses tares, mais il convient de tout faire pour chercher à s’en protéger, s’en dégager au maximum en fonction des possibilités et des circonstances : comme le préconisait la Commune de Paris, militants et candidats doivent « ressembler aux nôtres », aux salariés.

 

Nous sommes pour un nouveau congrès du Globe (1905) permettant de construire une maison commune, pluraliste et loyalement démocratique, de toute la gauche sur un programme comme celui de la NUPES. Le maximum de règles démocratiques dans le parti de gauche à construire offre des garanties qui ne peuvent absolues, mais il est nécessaire au maximum de démocratie dans la société socialiste qui sera construite par ce parti ensuite. C’est le reste du programme social, écologique, internationaliste, et la mobilisation la plus forte possible des larges masses qui en garantira la réussite.

 

Gérard Filoche

 

 

Orwell : de l’unite du salariat

Le quai de Wigan

 

George Orwell écrit « le quai de Wigan » en 1934, publie à Londres en 1937. Les éditions Ivréa l’ont republié en 1995 en français (Champ livre, 260 p. 18 euros).

 

L’auteur y raconte le pays minier du nord de l’Angleterre. Il vit dans les logements insalubres et descend dans la mine : « La plupart des traits qu’on associe d’ordinaire au royaume  de Satan sont présents au rendez vous : la chaleur, le bruit, le tohu bohu, l’atmosphère fétide, l’air vicié et surtout, l’espace compté à un point insupportable » « Il faut être au fond et voir les mineurs à moitié nus pour se rendre compte des splendides types d’humanité qu’ils représentent ». Ils y descendent serrés dans une cage projetée à 100 km heure jusqu’à 400 m sous terre. Ils rampent dans des boyaux souterrains dangereux sur des longueurs de un à cinq kilomètres. Leur temps de travail n’est décompté qu’à pied d’oeuvre. Ils taillent la houille dans des positions torturantes de travail, un vacarme assourdissant, une poussière irrespirable : sur le front de taille, pendant 7 à 9 heures, à quatre pattes, dans un espace de 4 à 5 m, entre les bois de soutènement, les étançons, ils creusent avec des haveuses, des perceuses, des pelleteuses, des marteaux-piqueurs, des explosifs, des chargeurs qui concassent, trient, lavent et envoient le charbon abattu sur des convoyeurs avec des berlines.

« Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut».

Orwell réfléchit ensuite sur la situation politique et sociale de son époque, et s’interroge sur les raisons qui expliqueraient pourquoi le socialismene gagne pas davantage l’adhésion du peuple. Il a la lucidité, lui, journaliste, à la fois de ne pas flagorner les mineurs et de ne pas se distinguer d’eux : il recherche le point commun entre tous ceux qui ont une activité de production et vendent leur force de travail. On est tous salariés, tous victimes du capitalisme : « Ce que je dis par là, c’est que des classes distinctes peuvent et doivent faire front commun sans que les individus qui les composent soient sommés d’abandonner du même coup ce qui fait leur originalité. Le chat ne peut faire cause avec la souris. Le capitaliste ne peut faire œuvre commune avec le prolétaire. Mais il est toujours possible de s’associer sur la base d’un intérêt commun. Ceux qui doivent unir leurs forces ce sont tous ceux qui courbent l’échine devant un patron ou frissonnent à l’idée du prochain loyer à payer ».

 

NUPES NUPES NUPES !

Universités d’été et rentrée de la NUPES

NUPES, NUPES, NUPES c’est ce que criaient les 1500 participants à l’université d’été du PS le 27 août à Blois. Ils étaient trois fois plus nombreux que les années précédentes : résultat de la signature de l’unité de la gauche en avril-mai sur un « programme partagé » entre EELV, LFI, PCF, PS.

La venue d’orateurs et oratrices des Verts, des insoumis, des communistes, stimulait l’enthousiasme de celles et ceux qui soutenaient Olivier Faure comme étant le premier secrétaire qui avait redonné de l’espoir à un parti moribond.

Aile droite cornerisée :

Oh, il y avait bien des opposants : butte témoin figée depuis les années du quinquennat maudit Hollande-Valls, ils faisaient profil bas avec leurs 1,70% de voix confirmées le 10 avril 2022. Ils dénonçaient un parti socialiste « toutouisé », ce qui n’était ni adroit ni bien perçu par les militants et ça ne semblait pas le bon feeling pour tenter de gagner le congrès à venir. Quand ils faisaient, en douce, des « pots de l’amitié » identitaires comme celui de la fédération de Paris, il y avait tous juste vingt personnes…

Le PS serait mort s’il avait suivi les Cazeneuve, Hollande, Delga, Mennucci, Cambadelis. La Foll avait bien tenté une réunion scissionniste cet été à Arnage dans la Sarthe, elle n’avait réuni que 300 personnes, Delga et Cazeneuve n’avaient parlé que par vidéo., Hollande, vaincu à Tulle, s’était défilé comme toujours.  Reconstruire une aile droite anti unité de la gauche est une tâche désespérée pour ces gens qui ont saisi la justice contre leur parti, qui ont présenté 75 candidatures dissidentes, qui ont fait « flop » et n’ont eu comme résultat concret que de diviser en aidant à faire passer des candidats RN. Ils promettaient dans les couloirs de renverser la direction Faure, et s’apprêtaient à lancer un « appel » en ce sens ( ce que le JDD a rendu public quelques jours plus tard). Mais qu’ont ils donc à proposer à la gauche ? On désespère en les lisant de leur difficulté à se distinguer des macroniens, on ne voit pas ce qui leur permettrait de reconquérir un électorat qui souffre et qui n’entend d’eux que paroles vaines.

La direction Faure confortée :

Grâce à une réorientation à gauche (le smic à 1500 euros, la retraite à 60 ans, le droit du travail, la VI° république, le partage des richesses… ) les militants le disaient tous : « On a repris notre carte ». Et Olivier Faure s’était construit une figure politique en faisant les bons choix d’orientation. La construction d’un « intergroupe » entre les députés EELV LFI PCF et PS, a fonctionné assez bien. La collusion entre LREM, LR et RN s’est vue à l’Assemblée nationale tout au long du débat sur la question dite du « pouvoir d’achat » : la seule opposition est donc bien la NUPES. Et s’il y a quelques anicroches de ci, de là, c’est normal, après 5 ans de division et seulement 5 mois d’unité. Le nouveau « ton » combatif de la direction du PS lui vaut la grâce des militants de toute la gauche, certains étant parfois étonnés et éberlués de ce renouveau : c’est que la nature de classe du PS est inchangée, et qu’il peut donc renouer avec les meilleurs moments de sa longue histoire. Le camp de la gauche toute entière s’en trouve conforté et cela permet d’affronter dans de bonnes conditions la rentrée des luttes sociales, les journées d’action des 22 et 29 septembre, la construction d’une montée nationale à Paris réunissant partis, syndicats, associations pour la hausse massive des salaires face à une inflation menaçante à 8%.

Dans la Drôme, AMFIS mobilisés :

Est-ce le Parti de gauche, est-ce la France insoumise, est-ce l’Union populaire,  est-ce la Nouvelle union populaire écologique et sociale ?  Ça semble le tout en « un ». 5000 mille personnes sont passées à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme aux Amfis dans la semaine du 21 au 28 août. En pleine nature et sous des cieux cléments, conférences, débats, ateliers, aux « Amphis » c’est une formation de  qualité qui est diffusée à toutes celles et ceux qui y viennent avec enthousiasme. On mesure l’immense chemin parcouru : en 2021, il n’y avait pas d’esprit unitaire, et cette année, il domine.

Ce tournant est visiblement bien pris par tous les militants : les sceptiques, les ronchons n’ont aucune expression.  Le bilan est indiscutable : oui, on défend le « programme partagé », oui, on se bat pour une unité durable. Manuel Bompard le dit « on se bat pour des liste communes aux européennes, mais aussi aux municipales, aux départementales, aux régionales ». Et s’il n’est pas question d’ouvrir LFI à des débats de courants internes, il est accepté d’expliquer pourquoi.  Oui à un débat organisé entre LFI et GDS à propos de la démocratie dans les partis et dans la gauche : il se déroulera vers le début d’octobre 2022.

La combativité des Amfis est grande et une grande fraternité y règne à la base : militants jeunes, militants syndicaux, nouveaux élus, invités se mêlent  et sympathisent avec l’assurance que le combat de la NUPES ne peut plus être arrêté. Si un des groupes veut « sortir » il perdra. Pas de son de cloche dissonant, tous félicitent « les unitaires »

Des nouvelles viennent de partout : de Blois mais aussi de Grenoble et de Strasbourg.

Cela semble plus compliqué à Grenoble, où les Verts sont à nouveau partagés, mais si Jadot tirent dans un sens, Bayou, Piolle, Rousseau tirent en faveur de l’unité réalisée. Si les Verts en reviennent à un « superbe triomphalisme cert » à leur congrès de fin d’année, et s’il refusent  le projet de liste commune en 2024, ils en paieront le prix électoral à nouveau.

Quand aux nouvelles de Strasbourg, où se réunit le PCF, imagine-t-on les raisons et les moyens d’une rupture ave la NUPES, alors que toutes leurs forces y ont été engagées ce qui leur a redonné un groupe parlementaire ?  De ci de là, les petites différenciations de Fabien Roussel ne suffisent pas à contrarier les votes communs à l’Assemblée et bientôt les luttes sociales dans la rue et dans les entreprises.

La grande presse est aux taquets : elle cherche les moindres points de clivage, elle souffle inlassablement l’air pollué de la division. En vain. Le « programme partagé » en 650 mesures est un ciment solide. C’est sur lui qu’il faut s’appuyer. Les escarmouches échouent. Dans les syndicats, c’est la recherche d’une unité équivalente à celle de la NUPES pour les luttes de septembre et octobre.

Face à la menace d’alliance LREM LR RN, chacun sait qu’il n’y a pas d’autre alternative que la NUPES.

Au point qu’à la base les assemblées locales vont au-delà de ce qui est prévu par les directions, les assemblées de circonscriptions s’auto-dépassent en assemblées départementales, l’idée de collectifs de base NUPES se répand. Chaque fois qu’on construit et développe la NUPES on fait mal à Macron. Et cette fraternisation à la base au-delà des appareils, est possible et nécessaire pour gagner en dynamique la prochaine fois.

Une université commune de la NUPES en automne ?

 

 

Macron agent d’Uber

 

À peine révélée dans la grande presse avant l’été, la trahison de Macron est bien trop vite passée à la trappe. Et pourtant ce n’est pas une mince affaire qu’un ministre de l’Économie en exercice, dès 2105 se soit fait le complice masqué d’une entreprise de démolition du statut du salariat comme Uber.

Ca vient de loin, des 316 propositions de la commission Attali mise en place par Sarkozy, de la volonté de casse du statut des taxis, le but étant de libéraliser totalement leur métier en faisant d’eux des esclaves d’une plateforme donneuse d’ordre. Dès sa 1e loi 2015 Macron cachait dans ses 106 articles un « bug » : il supprimait subrepticement l’article 2064 du Code civil qui excluait le droit du travail des conventions amiables, permettant le rapprochement du contrat de travail d’un contrat commercial, et attribuant aux  simples tribunaux d’instance la fonction jusque là dévolue aux prud’hommes. Le Monde diplomatique d’avril 2015 voulut bien m’entendre lorsque je dénonçais ce point précis : en douce Macron frayait le chemin d’Uber.

 

Avançant masqué, Macron était déjà le lobbyiste d’Uber alors même que le gouvernement Hollande-Valls n’allait pas encore jusque là. Dans son livre « Révolution » de 2017, il en révélait davantage en se prononçant à la fois pour « la suppression des cotisations sociales », pour une « France start up », pour une « société sans statuts » et pour « une société post-salariale ». En fait c’était l’énoncé d’un programme libertarien, sans code du travail, sans protection sociale, sans garanties d’emploi. Nous fumes peu nombreux à le dénoncer clairement : des millions d’électeurs ne perçurent même pas le danger.

Contrairement à ceux qui le peignent en girouette, Macron a une vraie ligne politique : celle « d’ubériser » la société française. Il a commencé par casser le Code du travail, les institutions représentatives du personnel (il a diminué par deux le nombre des DP, DS, CE, CHSCT, il y en avait 425 000 il en reste 200 000). Il a fait reculer de 2 % le nombre de salariés déclarés par rapport aux indépendants et « auto entrepreneurs ». Il a permis les contournements des durées du travail quotidiennes, hebdomadaires et annuelles, forfaits, saisonniers, intérim, CDD, sous-traitance, et remis en cause les repos quotidiens et du dimanche. Il a affaibli les prud’hommes, l’inspection et la médecine du travail. Il a baissé toutes les cotisations sociales, ce qui revient à tuer le principe qui fonde la Sécu. Les dérogations multiples et le choix d’attribuer des « primes » sabotent gravement le versement du salaire brut et super brut par les patrons.

Bref Macron préfigure et encourage tout ce que pratique Uber de façon illégale. Il vise à ramener le salariat aux anciens statuts de loueurs de bras, de journaliers, de tâcherons. Les VTC travaillent 14 h par jour et 60 heures par semaine pour un Smic. Macron l’a théorisé : « Je préfère que les jeunes travaillent chez Uber qu’être dealer à Stains »  C’est d’un très grand cynisme : plutôt Uber que dealer, plutôt travail illégal que pas de travail, plutôt nourri par une mafia que pas nourri !  Ken Loach a bien illustré, dans son film « Sorry we Miss you » comment ça casse toute la vie.

Uber tente de faire régner ce système partout dans le monde et ça lui rapporte des milliards : ces brigands des plateformes font travailler des pauvres hères, VTC assis 15 heures par jour dans leurs berlines en leasing, ou Deliveroo des pédaleurs livreurs aussi bien dans les canicules que dans le froid de l’hiver. Ils les paient à la course, ils n’ont aucune des garanties d’un contrat de travail, pas de Sécu, pas de Smic, pas d’horaire, aucune protection. Ils les poussent à rouler tellement vite qu’ils les tuent comme ce jeune homme de 16 ans mort écrasé par un camion à Lille avec un sac Deliveroo sur le dos. On en est au douzième mort dans ce « métier » et ce n’est pas reconnu comme des accidents du travail.

Pourtant Uber, représente un tel esclavage qu’il a perdu des procès partout dans le monde : en Californie, le 4 novembre 2020, en même temps que l’élection présidentielle aux US, celle où Biden a battu Trump, il y avait d’autres votations et referendums, et Uber a dépensé 200 millions de dollars pour « gagner » le sien, connu sous le nom de « l’article 22 ». Il permet que ses chauffeurs ne bénéficient pas des droits des salariés. Uber a suffisamment dépensé et manipulé l’opinion pour obtenir 58,6 % de voix. Joyeux de l’article 22 l’Uber californien s’est dit prêt à faire passer le même genre de loi dans toute l’Europe. Mais ils ont été heureusement bloqués, à Madrid, aux Pays-Bas, à Londres, à Francfort, à Milan, à Bruxelles et même à Londres. Et un juge californien, Frank Roesch, a déclaré le referendum de novembre 2020 « anticonstitutionnel »  et son résultat inapplicable parce qu’il « limite le pouvoir d’une future législature californienne a définir les conducteurs des applications mobiles comme des travailleurs reconnus par la loi sur les compensations dues aux travailleurs ».

Le Parlement européen le 12 septembre 2021 a émis un avis reconnaissant « la présomption de salariat » pour les travailleurs victimes des plateformes.

Même en France, un tribunal, le 16 mars 2022 à Paris a condamné Uber à de fortes amendes (375 000 euros) et peines de prison (dix mois) avec sursis pour travail dissimulé, illégal, fraude aux URSSAF, et les contrats des salariés ont été requalifiés, selon les juges, en contrat de travail ! Fini le paiement à la tâche, fini le labeur épuisant du jour et l’incertitude du lendemain. 86 ans après 1936, il est possible que les congés payés soient rendus à des dizaines de milliers de salariés. La retraite aussi. 76 ans après la mise en place de la grande Sécurité sociale, il devient possible de la rendre à des milliers de livreurs et chauffeurs, avec un salaire net et brut.

Mais l’obstacle c’est Macron : les gouvernements Philippe, Castex, Borne ont refusé de donner suite à tous les jugements et de légiférer, ils se sont démenés pour faire comme s’il ne s’agissait que de jurisprudences égarées, et malgré tous les constats, rapports, procès-verbaux de l’inspection du travail, continuent de protéger le système Uber.

C’est donc bien, après les juges, après l’Europe, le combat contre LE protecteur n°1 d’Uber qu’il faut mener : Macron !

L’acharnement de Macron prouve la vigueur de son engagement idéologique auprès d’Uber, et confirme qu’il y a des liens profonds entre eux. Une rumeur explosive court dans les médias anglophones, étayée par des documents difficilement contestables : il a profité de sa position au ministère de l’Économie pour favoriser Uber (et McKinsey) qui ont ensuite travaillé gratuitement pour sa campagne. C’est une bombe. C’est là que la presse doit cesser de se taire et que le journalisme d’investigation a toute sa place. Il y a tous les éléments d’une trahison du droit et de corruption liés.

Gérard Filoche

 

 

Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République.

 

Cinq ans de division, deux mois d’unité

 

Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République. C’est une élection qui corrompt tout. Elle instaure le pire archaïsme possible parmi les masses, le salariat, les partis et les militants : elle personnalise la politique pour mieux dépolitiser les personnes.

En prenant le pas sur toutes les autres, le présidentialisme déprécie les forces vives, les corps intermédiaires, les syndicats, les associations, les partis, la vie citoyenne tout simplement. Cela éloigne la majorité du peuple de la volonté et de la capacité démocratique de décider et d’agir à la base. Le présidentialisme est un terrain de manipulation, de « coups », de sondages auto réalisateurs, et de « grand jeu » asphyxiant, sur-calculés par les puissants médias. Unique en Europe, c’est un système plus monarchique que républicain basé sur un mode de scrutin binaire et une mécanique de sélection-élimination d’un « roi ». Quand on passera à la VI° République sociale, pour laquelle nous militons depuis des décennies, ce sera la première chose qu’on supprimera.

En avril mai 2017 ce fut aggravé avec la victoire imprévisible, inattendue et spectaculaire de l’aventurier de la finance, Emmanuel Macron poussé par les banques, le Medef, la classe bourgeoise. A droite il s’est imposé contre Fillon et Le Pen. A gauche, sa victoire a été le double fruit amer de la trahison du quinquennat maudit Hollande Valls de 2012 à 2017 et de la division entre les candidats Benoit Hamon et Jean-Luc Melenchon de janvier à mars 2017 : le 1ertour du 23 avril fut un désastre et la gauche fut écartée du 2° tour.

 

Comment vaincre le présidentialisme ?

 

Il eut été possible de 2017 à 2022 de préparer une reconstruction à gauche, démontrant que le système « jupitérien » de Macron était un redoutable et violent extrémisme libéral et que seule une relève de masse démocratique militante, unitaire, basique pouvait redonner la parole au peuple, au salariat. La gauche ne se fait pas par la force mais par l’adhésion. Pas par diktat mais par conviction. Notre socialisme est démocratique pas césariste. Sans démocratie, pas de révolution socialiste victorieuse. Sans tisser des liens horizontaux, dans les entreprises, les bureaux, les écoles, sur les territoires, pas de majorité organisée et consciente du salariat. Dynamique et mobilisations ne se dictent pas d’en haut mais s’imposent par la volonté d’en bas.

A travers les mobilisations successives de 2017 à 2020, contre les ordonnances Macron-Pénicaud cassant encore plus ce qui restait du code du travail après Hollande El Khomri, contre les projets de retraite par points remplaçant les cotisations sociales, contre le démantèlement de la SNCF et sa privatisation,  avec le mouvement  révolutionnaire des gilets jaunes,  en défense du climat, il eut été possible de consolider une gauche d’union dans les luttes.

Quand en été 2019, à Blois, Olivier Faure proposa « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni communiste, ni insoumis mais qui soit tout ça à la fois », il se fit mépriser. Faure rajouta pourtant courageusement : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective. »S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire”. “Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter. » Mais faute d’avoir une réponse unitaire, il se vit imposer, par les droitiers du PS, la candidature d’Hidalgo.

Quand Jean-Luc Mélenchon s’étant déclaré candidat, sans en discuter avec quiconque d’autre à gauche et ensuite demanda au PCF « un accord » Fabien Roussel lui répondit : « - Mais pourquoi n’es tu pas venu me voir avant de te déclarer». C’était imparable !

Quand Yannick Jadot proposa une réunion unitaire en avril 2021, la LFI ne fit que d’y être présente sans rien proposer. Et quand fut venue l’heure de la primaire d’EELV, en octobre 2021, il n’est pas certain que LFI ne préféra pas Yannick Jadot.

Au lieu de faire table vide, il aurait été possible de constituer un grand front syndical et associatif comme ce fut, extraordinairement et exceptionnellement proposé par la CGT, la FSU Solidaires, et 22 associations, les 20 mai et 6 juillet 2019 par « #plusjamaisça » en élaborant une plateforme commune. Cela fut vivement repoussé en direct par Jean-Luc Melenchon.

 

La ligne de la LFI qui était en tête de la gauche et avait la responsabilité de la stratégie, fut, soit de s’imposer en force aussi bien aux législatives de juin 2017, qu’aux européennes de 2019, soit de n’avoir carrément pas de stratégie unitaire aux municipales de 2020 et désordonnée et inconsistante aux régionales de 2021.

Chaque fois, à cause de cela, ce fut un désastre : le 26 mai 2019, 6,3 % des voix LFI (contre 6% au PS, 12 % a EELV). Aux municipales le 15 mars 2020, le refus de bataille pour l’unité de la gauche, aboutit  à des listes estampillées « citoyennes » dans 550 villes mais seulement 30 maires et 350 conseillers municipaux LFI. Pour le second tour du 28 juin, les Insoumis ne sont présents que dans 200 listes Jean-Luc Mélenchon, pourtant député de la ville, se tient à distance du Printemps marseillais de Michèle Rubirola : il n’a pas soutenu cette liste au premier tour et s’est prononcé pour elle au second tour du bout des lèvres, et sans que les candidats Insoumis s’affichent à ses côtés. N’avoir pas eu de stratégie unitaire aux municipales, aboutit à ce que LFI peine à exister aux régionales et laisse une gauche tantôt minoritaire, tantôt absente. Si bien que tout a abouti à enjamber cinq années de scrutins intermédiaires en reportant tout sur la candidature unique de la présidentielle de 2022 sans avoir construit de cadres collectifs à la base, sans avoir des appuis suffisants dans les villes, les départements, les régions, les syndicats, les associations.

Cela a créé de profondes frustrations, des divisions accrues à gauche, des polémiques à contre-courant des attentes unitaires de 81% de l’électorat et de 73% qui réclamaient une candidature commune.

Des centaines d’initiatives, appels de personnalités, d’artistes, appels de syndicalistes, appel #plusjamaisça, « Big bang » appels des unitaires séparément et ensemble dans chacun des partis (2022 en commun, Unalt22, etc.. ), appels d’élus, (appel de Romainville), appels pour une « primaire populaire », rédaction d’un socle commun, élaboration de multiples projets de plateformes unitaires, pullulèrent, témoignant de la volonté profondément unitaire de la gauche, mais se heurtaient toutes à un refus inflexible de Jean-Luc Mélenchon. Même la « primaire populaire » avec 467 000 inscrits, et 392 830 votants ne parvint pas à ébranler le refus d’un candidat unique. Contre l’exigence de l’unité, ils n’en démordaient pas : « la force ira à la force »  du candidat (LFI) » : telle était la seule stratégie et l’AEC (programme LFI « avenir en commun ») devait seul servir de  base de ralliement.

or c’est l’unite qui permet la force, la force (l’hégemonisme) nuit à l’unité.

Les puissances de la finance détenant 95 % des médias, les instances intermédiaires, ville, département, région jouant à plein, la division  aboutissant à une surenchère de polémiques au sein des 7 candidats qui se présentèrent à gauche, l’absence d’un réseau de collectifs à la base, tout cela a abouti à un nouveau désastre le 10 avril 2022, la gauche étant éliminée une deuxième fois du 2° tour

Macron a réussi à passer le 1er tour avec uneabstention à 25,2 %. Avec 1 voix sur 5, il (re)devient président par défaut, puisque au 2° tour, avec 28,01 % d’abstentions soit 38,52 % des inscrits (contre 43,61 % en 2017) un de ses électeurs sur 2 n’a pas voté pour lui mais pour faire barrage à Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon peut quand même se vanter, sur son talent, deux fois d’avoir fait une percée impressionnante avec 19,58 % des voix en 2017 (7 059 951 voix) et 21,9 % (7 714 949 voix) en 2022.

Chaque fois, des millions d’électeurs de gauche qui refusaient le « choix » odieux d’un 2° tour entre Macron et Le Pen se sont ralliés de façon réaliste, dans les derniers jours, à sa candidature dés lors qu’il était le mieux placé. D’un certain point de vue, il avait raison, « la force s’imposait » sur ceux qui avaient moins de forces, cela obligeait les électeurs à instrumentaliser son nom. Mais les conditions forcées dans lesquelles ça se faisait ne permettaient ni l’élan dynamique, ni la lame de fond suffisante pour franchir la barre du 2° tour. Il lui a manqué 421 420 voix. C’est comme un plafond de verre : sans unité, Mélenchon pouvait se moquer des « nains de gauche » (et ces derniers se rabougrissaient en effet au point de lancer des querelles dérisoires) mais ralliement ne fait pas enchantement, réalisme ne fait pas dynamisme, la division a nourri de fortes abstentions. Sans appuis dans les municipalités, départements, régions et sans dynamique unitaire enthousiaste suffisante à gauche, ça poussait mais ça ne gagnait pas.

Et pourtant la gauche était très puissante dans le salariat, et avec une autre stratégie, basée sur l’unité, elle aurait pu passer. Au total elle a eu 32 % des voix et, unie, aurait été en tête : ce qui pouvait changer tout.

Avril mai juin 2022 l’unité en deux mois :

Le soir du 10 avril, le choix était impitoyable : « s’unir ou périr ». La victoire biseautée de Macron étant assurée le 24 avril, restaient les législatives des 12 et 19 juin, qui étaient traditionnellement une réplique de la présidentielle.

- Soit (comme GDS le déclara le 10 avril à 21 h sur Blast) il y avait 577 candidats de LFI, 577 candidats du PCF, 577 candidats du PS, 577 candidats d’EELV,  577 candidats de LO,  et il y avait la possibilité qu’aucun député de gauche ne soit élu à l’Assemblée. Tous les appareils, grands et petits, de la gauche allaient souffrir durement.

- Soit il y avait un accord, un partage, « un seul candidat de gauche par circonscription » sur une plateforme commune,

Ce fut chaotique : le soir du 10 avril encore se criaient « Roussel à la poubelle » et « Ici est la force », s’affichaient les portraits des « Trois traitres, Roussel  Hidalgo Jadot » qui avaient « empêché de gagner ». Le 12 avril il n’était question que d’unité avec le  PCF, le NPA et EELV et il s’écrivait qu’il n’en était « pas question avec le PS et c’était définitif ».

C’était intenable donc le double tournant s’imposa enfin, comme nous le voulions, sans exclusive : sur l’unité et sur la plateforme. Avec le PS et LFI, le PCF et EELV.   Il était impossible de ne plus entendre Olivier Faure lorsqu’il fit (re)voter le CN du PS du 19 avril (167 voix à 101) pour une unité de la gauche avec partage des circonscriptions et une plateforme commune. EELV dut renoncer à son triomphalisme de la nouvelle « ère verte ». Le PCF, bien que son principal dirigeant se fasse bougon, ne put éviter l’unité pour sauver son groupe parlementaire.

 

Alors qu’on nous disait la veille que c’était impossible, que les « gauches étaient irréconciliables »,  en quelques jours tout bascula.

LFI qui ne voulait pas d’unité, tourna à 180° et s’en fit le moteur,  elle ne voulait pas entendre parler d’une autre programme que l’AEC, et elle rédigea un « programme partagé ».

Ce fut sans surprise, quand tous furent autour de la table : les retraites à « 60 ans »  l’emportèrent et non pas les « 65 ans » ni les « 62 ans » ! On aurait pu le parier un an, deux ans, trois ans plus tôt. Dés que la volonté d’écrire une plateforme commune l’emportait,  le contenu basculait forcément à gauche. Très à gauche : puisque le « programme partagé » en 650 mesures est sans doute le meilleur possible.

Dans ce grand tournant triomphal vers l’unité de la gauche, on a pu seulement regretter que des courants de la gauche, comme GDS, ne soient pas intégrés. Il ne faut jamais ignorer les plus petites sensibilités que soi, surtout quand elles ont eu raison politiquement. « Ensemble », Nouvelle Donne, ont été ignorés. Certains, comme le POI eurent des candidats dans des circonscriptions.

L’intergroupe des députés NUPES et chacun des groupes n’en sont pas moins très pluraliste, et c’est tant mieux, pour le meilleur et pour le pire, car ça amènera du débat et de la démocratie, de la vitalité et de l’action.

Corrigeons les effets de  5 ans de division et faisons fructifier les 2 mois d’unité

Nous avons souffert durement, comme tout le salariat, de la division et nous l’avons combattu pendant cinq ans, mais ce qui s’est passé en deux mois, nous réjouit : l’avenir est à la NUPES, elle doit se consolider sur son « programme partagé », elle doit travailler ensemble durablement, avec enthousiasme, elle est la seule alternative à Macron et au RN (auquel LREM fait les yeux doux).

En deux mois, tout n’a pas pu être fait, bien évidemment, les choix des circonscriptions ont été effectués à l’arraché, la division ne s’est pas effacée partout comme par un coup de baguette magique, l’apprentissage du travail en commun demande plus de  temps, des équipes doivent se connaître et se reconnaitre avec du respect, de l’écoute, de la pratique sur le terrain. Ce n’est pas fait partout et c’est encore à faire.

Mais nous avons un  formidable base commune. Organisationnelle et programmatique. Dans les mois qui viennent, stimulés par les 6 556 198 voix et les 13,94 % du 2° tour, (en % par rapport aux inscrits), la première opposition à Macron  c’est dorénavant indiscutablement la NUPES, au Parlement et dans les luttes sociales. Elle est à 3 points en sièges du parti de Macron et elle fait le double de voix du RN.  Les luttes de classes vont être stimulés par ce résultat et l’affaiblissement spectaculaire du pouvoir de Macron nous ouvre de nouvelles perspectives : c’est le parlementarisme qui remonte contre le présidentialisme et c’est enfin positif.

GDS se félicite de ce courant vers l’unité, et se situe, sans réserve au coeur de la NUPES, avec toutes ses composantes, et nous allons y occuper toute notre place. Développer la NUPES,  son « nouveau parlement populaire »  à la base comme au sommet, construire une maison commune démocratique, pluraliste, unitaire, de toute la gauche (en s’inspirant du « congrès du Globe »), tel est le nouveau monde auquel nous travaillons pour que le salariat prenne  le pouvoir et construise le socialisme démocratique.

Gérard Filoche