Une petite primaire surprenante et pas significative

 

Dans la petite primaire PS PP, GRS la désignation dès le premier tour, de Raphael Glucksman avec 66,5% des voix laisse un gout d’étrangeté. Quelque chose cloche.

Ça ne correspond pas à ce qu’on ressent en ce moment de grand mouvement social ou les militants et électeurs de gauche cherchent clairement une voix à gauche. Que ce soit le partisan d’une « coalition » avec la droite qui l’emporte aussi nettement interroge sur la nature de l’électorat qui s’est déplacé pour le couronner.

À la différence des 2,1 millions de votants qui avaient balayé Valls le 29 janvier 2017, c’est un petit électorat restreint avec 120 000 voix exprimées (on nous dit 55 000 PS, 25 000 « Place publique » (?), 40 000 indépendants) qui a créé un écart surprenant entre le légitime et rigoureux Olivier Faure et l’outsider instable Raphael Glucksman : ça ne s’explique aisément ni sur le terrain ni dans les esprits qui veulent analyser sérieusement. Glucksman est quand même celui qui a refusé le NFP, refusé une grande primaire démocratique ouverte, obligé à payer 15 euros, vanté la méthode de gouvernement par « coalition » (avec la droite) en Europe, et qui, en plein mouvement national lycée et syndical, explique que « sa place n’est pas dans la rue ». A la veille des 13 et 17 octobre, 5 novembre, ça ne fait pas symbiose. Olivier Faure est celui qui a mené une campagne bien à gauche sur les salaires bruts et nets, sur les droits du travail, sur l’union de toute la gauche, soutenu les revendications des lycéens, et aussi soulevé des questions précises comme sur le génocide à Gaza, et on sait, sans aucun doute possible, combien c’est majoritaire à gauche.

Les sondages donnent toujours plus de 85 % des 9 millions d’électeurs du NFP de juin 2024 favorables à l’union de la gauche et a une candidature commune : alors comment s’est trié le corps électoral de 120 000 personnes qui donnent 66 % des voix à Glucksman ?  Il a beau annoncer des « porte à porte partout dans le pays », ce sera comme les ex « 1000 bistros » d’Attal, c’est du côté de Mélenchon qu’est l’intérêt et la dynamique, ainsi en témoigne le grand meeting de 10 000 personnes à Clermont-Ferrand.

Bien que se présentant de façon positive et répétitive comme le « candidat de la gauche démocratique et écologique », Glucksman surgit essentiellement en contre-pied « négatif » c’est-à-dire anti LFI ce qui n’est pas créateur de mobilisation. Il tend à créer un fossé, et à figer, au moins pendant des semaines, les chances de la gauche, mais ça va se heurter à la force des aspirations sociales montantes

Si les apparatchiks de l’aile droite du PS ne cessent de répéter qu’ils considèrent « le débat comme tranché », il va donc rebondir en permanence.

« Union ou pas union », c’est l’éléphant installé dans la pièce, surtout si, comme le veut le Medef, une unité de la droite Attal Philippe Retailleau, s’effectue et que l’accession de la gauche au 2° tour s’en trouve menacée.

Pour battre l’extrême droite et la droite, chacun sait qu’il n’y a comme solution que l’union de la gauche donc la mise a bas de l’exclusive brandie par Glucksman mais aussi par Mélenchon qui aurait davantage été gêné par Faure que par l’élu de l’aile droite du PS.

Si l’union n’avance pas, bloquée par les deux protagonistes, les electeurs feront l’impasse sur leurs réticences, voteront de façon matérialiste, pour celui qui, en apparence sera le mieux placé et leur semblera plus à gauche. Rien n’est encore joué.

 

 

7 octobre 2023 – 27 octobre 26 : chasser et juger le génocidaire Netanyahu

7 octobre 2023 – 27 octobre 26 : chasser et juger le génocidaire Netanyahu

La litanie des crimes colonialistes commis en 80 ans par Israël depuis la Naqba (et le terrorisme de l’Irgoun, de la Hagannah, du groupe Sterne) n’excuse pas le terrorisme du Hamas et ses crimes de guerre contre les civils femmes et enfants le 7 octobre 2023. Netanyahu avait contribué à éliminer l’OLP, l’Autorité palestinienne et à financer un Hamas 100% réactionnaire et ce faisant a nourri une extrême droite religieuse nationaliste fanatique qui, à son tour, a choisi de tuer 1200 israéliens civils en une seule journée.

Ce n’était pas la première fois dans l’histoire des luttes anticolonialistes que de telles explosions tragiques se produisaient : le 15 mars 1961 en Angola, le FNLA avait massacré des colons portugais et leurs familles, le 1er novembre 1954, le FLN avait déposé des bombes dans 25 villes algériennes, avec des résultats tragiques.

Mais la réaction de l’extrême droite israélienne a dépassé toutes les violences connues en annonçant et en mettant en œuvre un génocide et une épuration ethnique « Nous allons faire de Gaza un champ de ruines » dit Netanyahu le 8 octobre. « Il n’y aura ni électricité ni nourriture, ni carburant nous combattons des animaux, nous agissons en conséquence » dit Yoav Gallant le 9 Octobre. « Nous sommes en train d’envoyer plusieurs centaines de bombes sur Gaza. L’accent est mis sur la destruction pas sur la précision » dit Daniel Hagar, le 10 octobre 2023. Ainsi ont-ils depuis trois ans rasé Gaza, massacré atrocement 75 000 personnes, dont un tiers d’enfants, sans doute 170 000 disparus. Et en Cisjordanie les colons chaque jour agressent cruellement les Palestiniens sur leurs terres et leurs biens.

D’où la majorité des peuples du monde qui s’insurge et manifeste : « cessez le feu immédiatement » et réellement, halte au génocide, deux états et respect des droits du peuple palestinien !

Gérard Filoche

 

Luttes sociales explosives, aspiration toujours plus puissante à l’union dans les luttes et dans les urnes, rien n’est joué pour la présidentielle

 

Les luttes sociales grondent dans tout le pays depuis de longues années contre la brutalité anti sociale du règne Macron. Elles concernent en profondeur tous les secteurs, privés et publics. La première question étant les salaires nets et bruts, bloqués, rognés tandis que les superprofits explosent (61milliards de dividendes distribués). Le chantage à la « dette » et les infâmes mesures d’austérité (46 milliards de coupes budgétaires) qui caractérisent tous les budgets successifs heurtent les salariés à tous les niveaux. L’entêtement du pouvoir macronien depuis dix ans à ne rien entendre des revendications légitimes, à détruire les services publics, à satisfaire sa clientèle d’actionnaires, de milliardaires, à utiliser la répression violente des manifestants, à mépriser les syndicats et associations, à flatter l’agressivité d’une droite talonnée par l’extrême droite, a rendu la situation explosive.

L’été caniculaire a mis en évidence l’impréparation délibérée du pouvoir face aux conséquences du changement climatique, heurtant les habitants victimes des incendies et le corps des pompiers démunis de moyens. La hausse des prix des carburants alors que le gouvernement refuse de less bloquer, exaspère des dizaines de millions de consommateurs. Le projet de budget Lecornu avec son cortège nourri d’attaques contre le salariat et de cadeaux au patronat ajoute au mécontentement. Le blocage du point d’indice des fonctionnaires est insupportable avec une inflation supérieure à 3%. Les manifestations du 26 septembre et 17 octobre annoncent de possibles nouvelles actions de masse type gilets jaunes, ce qui inquiète le pouvoir.

Le mouvement des lycéens, dans ces conditions, en défendant l’école publique, joue un rôle de détonateur et s’embrase quand la réponse du pouvoir tarde dix jours et ne se manifeste que sous forme de répression policière violente appuyée sur de scandaleuses provocations barbouzes venues de l’état.

Le 6 octobre devient une journée de mobilisation unitaire de nature exceptionnelle, rassemblant tous les syndicats, toute la gauche NFP réunie. C’est un trés gros événement aux conséquences encore incalculables.

Ce qui confirme que rien n’est joué au plan politique, y compris aux élections présidentielles. Ça pousse très fort à gauche. C’est explosif.

L’impact de cette colère et la mobilisation sociale est en mesure de contredire ceux qui ont un horizon figé sur les rapports de force politique gauche, droite et extrême droite. D’ailleurs le total des voix de gauche est passé de 30 à 40 %.

A gauche les deux premiers débats de la « primaire socialiste » ont obtenu 750 000 puis 1,5 million de téléspectateurs. Avec toutes ses limites, cette petite primaire pose les questions vraiment centrales : salaire net et brut, droit du travail et emploi, sécurité sociale et retraites. Et surtout elle ne cesse de reposer la question de l’union de toute la gauche jusqu’à devenir le point de clivage principal. Sur ces questions, les débats montrent qu’il n’est possible de compter clairement que sur Olivier Faure qui entend toujours unifier la gauche et qu’il est nécessaire d’oeuvrer à écarter vigoureusement ceux qui, comme Raphaël Glucksman défendent une coalition avec la droite.

Des centaines de milliers d’électeurs de gauche ont, du coup, envie de participer, mais se heurtent à des modalités du scrutin des 9 et 10 octobre et 16/17 octobre rendues très difficiles (15 euros, difficultés d’inscription, mise à l’écart de LAPRES, Debout, Générations). Nous ne sommes donc pas indifférents au résultat : si Faure l’emporte, la gauche sera mieux, si Glucksman l’emporte, la gauche sera en plus mauvaise position. Il faut « se mouiller ». Cela signifie qu’il faut militer envers et contre tout pour qu’au maximum les militants conscients de l’enjeu participent à l’occasion de ces deux votes et fassent barrage aux diviseurs et aux partisans de la coalition avec la droite, en aidant à faire gagner Faure.(limite d’inscription 5 octobre !)

En face, la droite se dispute pour s’unir entre Retailleau, Attal, Philippe. Le Medef ne se ralliera vraiment au RN qu’en dernier recours et pousse activement à un candidat unique de la droite pour éviter le second tour entre Mélenchon et le Pen.

Et s’il y a un candidat unique de la droite, la première conséquence est de relancer la discussion à gauche (Faure, Mélenchon, Roussel, Ruffin, Tondelier…) pour une candidature commune afin de n’être pas – encore une fois éliminés au premier tour. D’autant que la chute du RN drivé par une délinquante reprise de justice et par un président antisémite est possible : selon nous, l’étiage à 30 % d’intentions de vote doit s’effondrer.

Répétons-le, rien n’est joué. Tout est possible

L’aspiration à l’union et à un changement profond à gauche est dominante.

Utilisons au maximum le temps dont nous disposons, chaque semaine, chaque jour, chaque mois, novembre, décembre, janvier, février, jusqu’au dépôt des candidatures pour la présidentielle en continuant à batailler pour l’union, appuyés sur le développement actuel le plus explosif possible des luttes sociales.


Gerard Filoche vendredi 1er octobre

(cf video adjointe)

La situation politique 1er octobre 2026 https://youtu.be/S1RbadTdE3g?si=jQPNcM3vLcltpfCo via

@YouTube

 

 

 

Pas touche au brut (et super brut) : c’est le vrai salaire

Toutes les « brutes » de droite et d’extrême-droite annoncent le cœur de leur programme pour la présidentielle : s’en prendre au salaire brut. Attal a lancé la formule « viser droit au brut ». il s’agit carrément de baisser nos salaires c’est à dire le haut des feuilles de paie de 30 millions de salariés. Retailleau veut rapprocher le brut du net. Philippe veut rapprocher le brut du net. Le Pen veut rapprocher le brut du net.

Et maintenant Glucksman qui est sorti du bois et prône ouvertement une coalition avec la droite, ne parle plus que de « rémunération nette », prêt, dit-il à augmenter le net en taxant les héritages, c’est-à-dire en faisant appel aux impôts payés par les citoyens, plutôt qu’aux cotisations versées par les patrons. Hollande encore plus vers la droite que ce qu’il fut de 2012 à 2017 avec la « politique de l’offre » propose de remplacer spectaculairement les cotisations par une « TVA sociale à 24 % ».

Tout cela vise à supprimer le financement de la Sécurité sociale et de nos retraites tel qu’il existe depuis 80 ans : au lieu comme ils le font déjà d’exonérer les cotisations, ils proposent de les supprimer carrément. C’est une baisse drastique du coût du travail telle que le MEDEF la rêve depuis des décennies. Le Medef veut d’abord mettre fin à la part patronale dite « superbrut ». Puis le Medef propose de réduire drastiquement le brut pour hausser misérablement le net : il chiffre même à 333 euros le gain du net pour un smic, et à 400 euros pour un smic et demi, en se gardant bien de révéler ce que cela couterait, à la place, en paiement d’assurances privées, de complémentaires et en primes de retraites par capitalisation.

Imposture :

Selon les projets de toutes ces « brutes » la santé et la retraite seraient basés sur l’impôt, les budgets sécurité sociale et état étant mélangés. Dans Marianne, Liem Hoang Ngoc qui se prétend le faiseur du programme économique du PS, et qui a toujours défendu la fiscalisation de la Sécu, embrouille le sujet : «  le financement des branches santé et famille « peut » transiter par l’impôt affecté à la sécurité sociale dans une logique de solidarité nationale… afin de financer les dépenses de santé, croissant plus vite que le PIB, mieux vaut rendre progressif cet impôt sur le revenu bis qu’est la CSG (ce que suggère le projet socialiste) ».

Mais Oliver Faure dont la parole, plus sociale et plus à gauche, se libére dans sa campagne pour la candidature présidentielle et s’y oppose :   »Proposer de rapprocher le net du brut : utiliser une partie du salaire (brut) pour réduire les cotisations et donc, les droits à la retraite, santé et assurance chômage, c’est une imposture ».

La barrière de classe est là :

Défendre « la sécu » et les retraites basées sur le travail, comme un élément de notre salaire, ou non.

Le salaire brut est notre vrai salaire, le salaire qui compte pour notre vie entière.

Tandis que le salaire net est celui qui compte au mois le mois.

« Le brut pour la vie, le net pour le mois ».

Le salaire net paie la production des salariés au travail.

Le salaire brut paie la reproduction de leur force de travail.

Le brut est la part mutualisée, socialisée de notre travail mise dans un pot commun (un budget séparé) et mutualisée pour être reversée à chacun selon ses besoins. Ce n’est pas « une charge » comme ils le disent, c’est un bonheur. C’est ce qu’il y a de plus avancé dans notre pays. C’est ça qu’ils veulent détruire.

Nous voulons, au contraire, une « Sécu 100 % » (sans complémentaire), et nous voulons l’alimenter en haussant le salaire brut et net. Nous voulons a contrario du patronat et de toutes ces brutes de droite (et de gauche assimilable), hausser massivement tous les salaires et faire cotiser tous les éléments de salaires (primes, intéressement, participation). Nous voulons que ce budget soit géré (élections tous les 5 ans) par ceux qui travaillent et cotisent.

Notre brut socialisé est sanctuarisé dans un budget séparé : et ça marche !

Il n’y a presque pas de déficit et presque pas de dette sociale.

Seulement 9 % de la dette totale du pays (3300 milliards, 117 % du PIB) est généré par le budget (850 milliards) pré affecté de la protection sociale.

Tandis que 83 % de la dette totale du pays est générée par le budget de l’état-Macron (500 milliards).

Ils mentent quand ils prétendent que la dette serait due à notre « modèle social » ! Non ! Elle est due aux baisses de recettes de l’état (baisse des impôts des riches et multinationales) et par les aides de 211 milliards d’assistanat versées sans conditions ni contrôle aux patrons.

S’ils veulent remplacer le brut par l’impôt (puis pas des cotisations privées) c’est pour escamoter notre « Sécu » et nos retraites et les noyer dans une comptabilité générale où ils feront diminuer ce qu’ils appellent « la solidarité nationale ».

Nous nous opposons à ces brutes, et nous défendons becs et ongles notre salaire brut.

Gérard Filoche  (20 sept 26)

 

Pour un choc salarial ! Smic à 2200 euros brut tout de suite !

 

Tout revient à la question principale : celle des salaires nets et bruts. Voilà des décennies que les salaires sont bloqués et que les superprofits augmentent. Et ce pillage du travail par le capital explique toutes les crises, malheurs, misères, que nous subissons massivement. En opérant cette redistribution massive des richesses, par une hausse massive, en fait par un rattrapage massif des salaires, nous changerons tout.

Voilà pourquoi il faut clairement dire, au coeur de la campagne électorale, présidentielle, qu’un gouvernement de gauche succédant à des décennies de gestion néolibérale portera immédiatement le Smic à 2200 euros bruts. Nous pousserons ainsi en ricochet à une hausse massive de tous les salaires, minima sociaux, points d’indice, retraites. Ce sera l’équivalent de 300 euros pour tous. Ce sera la première mesure immédiate du gouvernement, le premier jour. Nous le ferons d’un coup et sans attendre, car ainsi nous provoquerons un choc salutaire. En liant ça à l’indexation des salaires sur les prix. Et à l’égalité salariale femmes hommes.

Cela provoquera des effets en cascade

Le premier ce sera de gagner une confiance inébranlable de 30 millions de salariés ! « Leur » gouvernement les aidera ainsi tout de suite de façon palpable à boucler la fin du mois. Ce sera eux les premiers et spectaculaires bénéficiaires de la victoire électorale. Ce sera une mini révolution sociale, qui obligera tous les patrons de tous les secteurs à négocier tous les autres niveaux de salaire, échelons, grilles, coefficients. Nous veillerons à étendre les conventions collectives en fonction des résultats de ces négociations. La hausse des minimas sociaux se fera en proportion. Ainsi que la hausse du point d’indice des fonctionnaires. Avec un rattrapage plus important pour les métiers essentiels, les soignants et les enseignants. La transparence salariale sera rendue totale dans toutes les entreprises. Un salaire maxima sera instauré, pour commencer, indexé à 20 fois le Smic. À travail égal, salaire égal : l’égalisation par le haut des salaires-femmes hommes se fera sous peine de sanction lourde. Tous les éléments de salaires (primes, intéressement, participation) seront soumis à cotisation sociale.

Ce choc modifiera toute la donne : ça injectera des centaines de milliards dans l’économie, ce sera un transfert du capital vers le travail.  Il se produira une relance immédiate de la consommation dans tous les domaines, et dans tous les secteurs. Trente millions de salariés actifs iront mieux ce qui aura aussi des effets salutaires sur la productivité. La présomption de salariat s’appliquera de façon à éradiquer la traite des humains par UBER et cie. L’emploi sera renforcé et protégé par une reconstruction du Code du travail faisant reculer les précarités (pas plus de 5% de non CDI par entreprise) garantissant les statuts, l’hygiène, la sécurité, la santé, la dignité au travail. Tout ce qui a été détruit comme droits depuis deux décennies sera rétabli très vite, le plus possible par décret. La loi l’emportera sur le contrat, institutions représentatives du personnel, prudhommes, médecine du travail, inspection du travail retrouveront une nouvelle vigueur capable de faire respecter – surtout de l’intérieur des entreprises et communautés de travail – la nouvelle politique du travail gouvernementale.

Ce choc réglera du même coup quantité des problèmes de la crise économique et sociale.

Des centaines de milliards rentreront via les cotisations dans les caisses du budget séparé de la protection sociale et d’autres via l’impôt dans les caisses de l’état. Cette hausse massive des salaires bruts aura des effets positifs pour la santé comme pour les retraites. L’état retrouvera des marges pour les services publics.

Quels effets sur le secteur privé ? ils seront différenciés. Chacun sait que « les entreprises » ça ne veut rien dire. Comme chez les poissons il y a des requins et des sardines.

Selon l’INSEE récente, les gros groupes emploient 64 % des salariés (pour 2% des entreprises et 6% des unités légales). Les requins des grosses entreprises (mille entreprises de plus de mille salariés font environ 50 % du PIB, 70 % de la valeur ajoutée des entreprises hors le secteur financer !) feront leur violent chantage habituel à la délocalisation, à l’emploi : mais en fait ils peuvent supporter cela, et distribuer moins de dividendes. La question sera la fiscalité : tout patron, tout actionnaire devra déclarer ses revenus au fisc français ou qu’il soit dans le monde, et sera rattrapé s’il fuit. Il faut un contrôle préalable avant d’autoriser les licenciements économiques qui empêche fraudes et fuites. Ce sont ces grosses entreprises qui ont le plus des moyens de faire face aux mesures de hausse des salaires, vu les centaines de milliards qu’elles ont accumulés : le gouvernement sera d’autant plus ferme qu’elles sont toutes connues et contrôlables.

3% des entreprises ont plus de 50 salariés, elles font travailler environ 50 % des salariés. Les grands groupes dont elles dépendent dans la majorité des cas voudront leur faire payer la baisse de leurs marges et c’est là qu’il est décisif de réguler la sous-traitance. Trois lois sont nécessaires : 1°) responsabilisation des donneurs d’ordre sur les tous plans juridiques, financiers, économiques, pénal 2°) alignement le temps de la mission des sous-traitants sur les conventions collectives des donneurs d’ordre avec un seul niveau de sous-traitance 3°) reconnaissance facilitée des Unités économiques et sociales (UES). C’est de cette façon que sera brisé le chantage à la crise et à l’emploi de la part des grands groupes : le grand avantage étant de placer les patrons des PME, PMI, ETI du côté du gouvernement en les protégeant juridiquement des donneurs d’ordre et multinationales. Avec celles qui resteront en difficultés, des aides, crédit d’impôt, subventions sont négociables, sur la base de dossiers avec des conditions strictes de respect de l’emploi et des contrôles.

Sur 1,2 million d’entreprises, un million de moins de 11 salariés font travailler environ 4,5 millions de salariés sur un total de 30 millions. Celles-là auront plus de mal à encaisser les hausses de salaires et les contraintes. Elles sont plus vulnérables. 70 000 déjà meurent par an et 70 000 se créent, beaucoup sont instables, un certain nombre n’ont aucune raison d’exister, là aussi sur dossier des aides conditionnelles peuvent être versées pour enrayer les conséquences du « choc » salarial. Cela imposera une transparence contre toutes les fraudes aux droits des salariés.

Restent les 10 % d’actifs indépendants : un statut unique sera créé, présomption irréfragable de salariat, permettant de lutte contre le travail illégal, la fausse sous-traitance, le prêt de main d’oeuvre illicite, le marchandage. Ce statut permettra un rattachement avec cotisations adaptées aux caisses de sécurité sociale et de retraite, afin que comme pour les salariés, ce soit une « sécu 100% ». Ceci aura pour conséquence la disparition des « complémentaires, « prévoyance » mutuelles » c’est-à-dire un renforcement des caisses de Sécu, avec une économie d’échelle considérable et un retour plus complet en soins, indemnités et retraites.

L’impact de ce choc salarial redéterminera toute le reste de la vie sociale et économique.

Gerard Filoche 19 sept 26 pour D&S 338

En mettant à jour le salaire minimum par rapport à l’inflation (INSEE), en partant d’une valeur de 2000€ par mois en 2020, on tombe sur un minimum de 2 251,24 €. Et le PIB permet de distribuer à tous les résidents un salaire mensuel brut compris entre 2 251,24 € et 5 930,66 € construit sur la rémunération de la qualification (cinq niveaux), l’expérience (doublement du salaire initial pour une carrière complète (repères revendicatifs de la CGT) et une masse salariale de 2/3 du PIB.

 

« Enculés n’est pas une insulte, c’est un choix »

« Enculés n’est pas une insulte, c’est un choix »

Depuis la nuit des temps, les obscurantismes religieux ont cherché à contrôler les corps pour contrôler les âmes. Ils s’en sont pris en permanence a la sexualité humaine, cherchant à la normer pour mieux l’étouffer. « Le péché de sodomie est horrible à dieu ». L’accusation de sodomie est souvent amalgamée à celles d’hérésie, d’apostasie et d’athéisme. La sodomie est à la base, une opposition à Dieu et à son ordre divin. L’accusation de sodomie a d’ailleurs été fréquemment utilisée pour attaquer divers groupes politiques et sociaux à travers les âges. La sodomie est un « péché contre nature dont il ne faut pas dire le nom » ou « péché sans nom ». La bible ne traite que de l’homosexualité masculine, du statut patriarcal de l’homme et de la perte de la semence. La sanction est la peine de mort, le bucher. L’Église impose son ordre inquisitorial et condamne dans les mêmes textes, masturbation, bestialité, sexe anal. Dernière exécution connue en France en 1783. Le crime de sodomie est aboli tardivement en 1791. Mais fellation et sodomie étaient encore interdites aux US jusqu’en 2003 (En Floride la sodomie était punie de 20 ans de prison). L’interdiction demeure le cas dans 13 états et en 2022, le procureur general du Texas se déclare favorable à une loi rétablissant l’interdiction de la sodomie. Ça dure depuis tellement longtemps que ça aveugle les courages et rend lâches ceux qui devraient pourtant renverser la table !

Ce qu’il reste de tout cela à travers les sociétés et générations, d’un côté, terrorise les discrets, polis, bien-pensants, et de l’autre anime encore plus les esprits faibles, fachos et arriérés, hooligans et autres hordes qui puisent dans l’ignorance, l’inculture, de l’histoire ancienne et récente, des insultes comme « enculés ». Il s’agit bien dans leurs esprits bornés d’une survivance d’un vieil obscurantisme enfoui, d’un refoulement, de clichés et préjugés, dont ils ne mesurent pas forcément, le sens et la portée réelle, et qu’ils refoulent en qualifiant ainsi et brutalement toute personne à leurs yeux méprisable.

Leur dire frontalement que le mot « enculés » qu’il utilisent à tort et à travers n’est pas une insulte, mais une pratique sexuelle, les choque puissamment. Il faut le faire si on veut être entendus d’eux. Sinon ils s’en moquent de vos palinodies. On doit leur parler avec leurs mots de ce dont ils n’osent pas parler au-delà de l’insulte dont ils se servent. De ce qu’ils n’osent pas qualifier, ni comprendre. En reprenant exactement leur terme ça fait appel à leurs synapses et à leur raison. En ne faisant pas l’hypocrite de salon : « Ô cachez ce terme que je ne saurais entendre ». Ça fait appel à l’humanité. Ça émancipe. Courageusement. Ce n’est pas un péché. Et cela a un nom. Ça contribue à stopper l’ignorance et à réveiller la conscience. Ça ne cache pas la poussière honteuse sous le tapis « façon curé » qui n’ose pas parler franc. Préciser que cette pratique sexuelle concerne tous les humains, hommes-femmes, femmes-femmes, hommes-hommes, et qu’elle n’est en rien une inhumanité, les laisse généralement cois. Mais les touche.

Expliquer dans la foulée que la liberté sexuelle entre adultes consentants doit être pleine et totale, qu’elle relève du droit de toutes et tous, de la liberté et que les choix faits relèvent du consentement, de la volonté respectée de chacun, en général frappe leurs esprits, et ça prend à contre-pied leurs plus vils préjugés. On peut leur expliquer alors, contrairement à ce qu’ils croient (et même s’ils ne se sont jamais posé la question) qu’il ne s’agit pas d’une pratique « réservée » aux homosexuels, que ce n’est pas une « orientation sexuelle », mais une pratique concernant tous les humains, eux-mêmes inclus, et que c’est une pratique libre et digne qui ne mérite ni insulte ni mépris. Toute liberté, toute licence en amour. Ça les concerne, ce n’est pas une insulte mais bel et bien un choix !

J’ai travaillé et écris pendant quatorze ans dans un journal hebdomadaire puis mensuel qui se faisait la fierté de réveiller ainsi les consciences de façon très bravache et prenait de front les préjugés racistes et sexistes de tous ordres. Siné hebdo puis Siné mensuel n’était pas le genre prudent hypocrite cureton police des mœurs, il menait, comme moi quand je dis « enculés n’est pas une insulte, c’est un choix », une bataille a la fois frontale et pédagogique. Avec une certaine efficacité « Ça fait du bien là où ça fait mal »

 

Pas de boulot quand il fait trop chaud

 

Plateaux télé et studios de radio sont climatisés, pas étonnant que la souffrance au boulot quand il fait chaud, n’y remonte pas. On y parle des plongeons joyeux dans le canal St-Martin, du ressenti à 50° en Ariège des forçats du Tour de France, des risques de feu généralisés, on y parle aussi abstraitement du GIEC, mais sans s’intéresser vraiment à la sueur, aux malaises cardiaques, à la pénibilité au travail des 30 millions de salariés qui continuent à produire toutes les richesses.

« On ne va tout de même pas arrêter la France pour ça » s’écrie le ministre du travail JP Farandou.

Bah si !

La France a été « arrêtée » pour le Covid qui tuait ! Il faut l’arrêter pour la canicule qui tue. Le festival Solidays et la Marche des Fiertés ont été annulés, il n’est pas plus acceptable de voir des salariés travailler par plus de 30 °C, 35 °C, 40 °C ! Et demain dans Paris à 50° ?

JP Farandou est un ministre fainéant dont on voit bien qu’il n’a rien à faire ni des accidents mortels du travail en France, ni des effets du climat. Il refuse toute loi contraignante, renvoyant tout au bon vouloir des patrons vis -à- vis de leurs subordonnés.

En extérieur, est-il normal qu’1,9 million d’ouvriers du bâtiment, maçon, couvreur, conducteurs d’engins, soient exposés à des efforts physiques intenses au risque de leur vie ? La seule chose que le gouvernement impose est « minimum 3 litres d’eau potable et fraîche par jour et par travailleur » (sic).

Ça n’empêche pas hyperthermie, troubles neurologiques, cardiovasculaires, baisse de vigilance accidentogène, mort.

Le travail traditionnel a lieu aux heures les plus chaudes de la journée, mais JP Farandou (comme les 6 ministres macroniens du travail qui l’ont précédé) refuse de légiférer comme si on ne savait pas qu’il le faut puisqu’un patron est guidé par son profit plutôt que par la santé. Il y a lutte de classes face au chaud.

Ça fait de longues années qu’on alerte ! Le minable décret du 27 mai 2025 ne fixe pas de seuils de températures. Les « repères » (30°C en intérieur ou 32°C à l’extérieur) recommandés par l’INRS (et – 14° par grand froid) ne sont pas contraignants. L’aménagement des conditions de travail dépend des niveaux de vigilance Météo-France (jaune, orange, rouge) et non des chiffres absolus de température constatés sur place. Le « droit de retrait » d’un salarié est aléatoire et risqué si le patron ne veut pas. L’inspection du travail peut prononcer une « mise en demeure » s’imposant au patron mais dans un délai d’au moins huit jours ce qui ne sert quasi à rien.

Quant aux indépendants ou autoentrepreneurs, il ne tient qu’à eux de crever de chaud en pédalant pour servir les repas à domicile (100 000 livreurs, 150 colis en moyenne par jour) sans même avoir d’eau, droit lié au statut salarié.  Et si Deliveroo, Uber Eats cessent l’activité… c’est sans les payer !

En intérieur, 93% des surfaces dédiées à l’enseignement (écoles, universités) 75% des logements, 87% des Ephad publics ne sont pas climatisés en France. Par contre 64% des bureaux d’entreprises le sont, 2/3 de la consommation énergétique liée à la climatisation vient du secteur tertiaire privé. Division terrible : d’un côté cadres travaillant dans des bureaux rafraîchis, de l’autre, salariés en extérieur, mais aussi enseignants, soignants, roulants, enfants, personnes âgées, malades, fragiles, précaires subissent de plein fouet la chaleur et se débattent avec leurs ventilateurs et leur aluminium collé aux fenêtres pour trouver un peu de fraîcheur.

Devant l’urgence, au moins les écoles devraient être déclarées fermées lors d’épisodes caniculaires et les parents disposer d’un congé climatique automatique pour s’en occuper. La réquisition temporaire de bureaux climatisés avait même été avancée par Emmanuel Grégoire, alors candidat à la mairie de Paris, dans le rapport « Paris à 50 degrés ».

Mais avec Macron, Attal, Philippe, Lecornu, Farandou, Le Pen, on est loin de tout ça. Qu’attendre de la mentalité libérale de la droite et de l’extrême droite pour faire face à cette catastrophe climatique ?

Gérard Filoche, 8 juillet 2026

 

 

 

Les nouvelles inventions théoriques de Mélenchon dans « Comment faire ? »

version totale, parties  1 2 3 4 5.

Peuple agrégat social contre salariat

Beaucoup de militants de gauche sincères sous-estiment l’importance de la théorie dans le développement et le succès des mouvements sociaux et révolutionnaires. Pourtant « la réalité ne pardonne pas une seule erreur à la théorie » expliquait Trotski. Il faut nécessairement une analyse poussée de la division du travail et de la lutte de classes pour agir de façon victorieuse afin de renverser le monde capitaliste : il faut le comprendre pour le transformer.

Mélenchon n’ignore pas la fonction de la théorie, il s’y est exercé à plusieurs reprises. A commencer par ses 272 pages sur « la conquête du chaos » paru en 1991, suivi par une vingtaine de livres, dont « En quête de gauche », « L’ère du peuple » « Le hareng de Bismarck » « Faites mieux vers la révolution citoyenne ».

Mais il vient de donner un coup de grâce à son « mouvement » en lui imposant une incroyable et renversante base conceptuelle, « qu’est-ce que LFI ? » et plus récemment, pour les dix ans de LFI en février 2026 un document de 85 pages qu’il a fait cosigner à Manuel Bompard, Clémence Guette et Mathilde Panot« Comment faire ? », 85 pages accompagnées d’un résumé concentré de 4 pages.

Ce document et son résumé méritent d’être analysés en détail tellement ils représentent une coupure épistémologique avec le marxisme. Comme on dit : « il faut le lire pour le croire ». Pratiquement tous les concepts forgés et utilisés au travers de décennies de débats et de luttes sont balayés et remplacés par un fatras idéologique d’une confusion sans précédent.

Attention : nous ne disons pas cela du point de vue d’un marxisme dogmatique, ce n’est pas notre cas du tout, selon nous, la réflexion doit être permanente, il y a mille marxismes, ce n’est qu’une méthode de pensée, solide certes, mais infinie, il faut toujours innover et chercher de façon vivante en s’appuyant de façon matérialiste sur l’expérience des luttes sociales et internationales du salariat depuis deux cent ans. Mais élaborer une théorie ce n’est pas déverser n’importe quelle « vocabulaire » pour couvrir une pratique déjà en cours, c’est se confronter sérieusement à la réalité pour en tirer des leçons qui orientent l’action.

Ce n’est pas du tout ce que fait Mélenchon, là dans ce texte devenu référent pour LFI : au contraire, il liquide de façon expéditive tous les concepts fondés, vérifiés au cours de l’histoire et de la praxis du mouvement social de la Commune à nos jours, et produit à leur place ce qu’il faut bien appeler une bouillie illisible et choquante qui n’a absolument rien à voir avec de la recherche et de l’innovation. C’est au nom de « tout est nouveau sous nos yeux » qu’il justifie « une pratique d’adaptation permanente », laquelle vise évidemment à couvrir les multiples changements de ligne et d’orientation qu’on lui connait depuis trente ans.

Au point qu’on en reste incrédules et qu’on se demande par quel bout le prendre : si on dit trop vite qu’il bascule dans l’ésotérisme, l’irrationnel et un dangereux délire, on va nous dire qu’on est trop polémiques, que c’est par préjugé et par « anti-mélenchonisme » primaire.

Pourtant si l’on résume, c’est à ne pas y croire  : cette bouillie idéologique invente et justifie, au nom de « l’ère du peuple », rien moins qu’une liquidation du mouvement ouvrier, une négation de son histoire, une ignorance des appareils et des dangers professionnels du pouvoir, un « oubli » des contre-révolutions stalinienne et de leurs effets, un complet et redoutable refus de la démocratie sociale vivante collective, un projet de fonctionnement uberisé des « mouvements » dirigés par une plateforme autonome de type Big Brother, un total effacement de la lutte de classes, le remplacement de la classe salariale « par l’individuation et les réseaux », par un « peuple agrégat social aux contours flous », défini par sa place dans « la circulation et la consommation » et non plus selon les rapports de production capitalistes, les syndicats sont hors champ et c’est la fin des partis de gauche « du passé » (« concurrence des chefs et courants », « verticaux », cotisations obligées, « réunions physiques »), une incroyable vision académique de la révolution « civique » par étapes bureaucratiques (phases instituante, destituante, constituante – sic), tout ça pour finir en une abominable perspective d’une « onde de propagation rayonnante » qui irrigue une future « harmonie » une « osmose »(sic), une « murmuration » « visant la concordance des cycles de l’activité humaine » gérés au « consensus  plutôt que par votes » tout ça déterminé, vu qu’il n’y a pas d’intermédiation,  par un cerveau qui ne peut être que… le sien.

Alors quand on rentre dans le texte, on se prend la tête : quelle est cette étrange secte qui a pondu ça ? Par quel bout va-t-on faire comprendre aux épigones l’ampleur de son ineptie ?

Ce document dit « de briefing » est sérieusement censé « synthétiser les principes fondamentaux, les cadres théoriques et les modalités opérationnelles de la France insoumise, tels qu’exposés dans les réflexions de ses membres fondateurs. (sic) » ! Il y a quelque chose du rôle  « des membres fondateurs » du Temple solaire là-dedans : quelques éclairés ont décidé de vous faire la révélation que la classe ouvrière, le capitalisme, le prolétariat, l’exploitation, les syndicats, les partis, la démocratie, la révolution sociale et la perspective du socialisme, c’est fini.

On a envie de prendre ligne à ligne et dépecer le document pour démontrer son inanité, mais on va faire aussi long que lui, et va-t-on être lu et compris ?

Dégageons quelques thèmes :

Le peuple « remplace » le salariat :

Le constat de Mélenchon se veut central : le capitalisme « a tellement changé » qu’il a fait émerger un « nouvel acteur historique » le peuple. Citons (attention : tout ce qui est entre guillemets dans ce présent texte, il s’agit de citations de Mélenchon)  Le monde est émietté. Finie l’opposition entre bourgeois et prolétaires. Les rapports humains sont nouveaux. Il y a un collapse des temps sociaux (sic).  Les grands collectifs de travail ont été pulvérisés.  Statuts sociaux et contrats de travail ne procurent plus aucun sentiment d’identification commune.

Mélenchon raye de sa plume le capitalisme de « papa », tout est changé !

C’est selon lui, la fin d’une identité de classe : « il ne reste presque plus rien des bases matérielles et culturelles rendant possible les « partis de classe ». « Le nouveau peuple ne se confond pas avec celle de la classe prolétarienne fondant l’ancienne doctrine socialiste ».

Dans la théorie dite de « l’ère du peuple » selon lui, cette dépendance réside dans la nécessité pour chacun d’accéder aux réseaux collectifs base de l’existence matérielle : c’est un agrégat social, un ensemble aux contours flous » : « Ni l’espace urbain toujours composite, ni les temps, ni les statuts sociaux ne lui définissent chacun à soi seul une frontière stable ». « Sa réalité sociale ne peut être même résumée par le temps du travail gratuit du producteur qui produit la plus-value capitaliste ». Donc la conscience de classe du salariat ne peut plus se former, à la place il y a la « murmuration » (sic) du peuple et ça finit vers l’osmose et l’harmonie…

Si, si, on n’exagère pas, vous allez voir !

Doit-on dire à Mélenchon que la lutte des classes en réalité traverse le monde entier ?

Que l’exploitation capitaliste du travail et l’extraction du maximum de profits domine la vie quotidienne de l’humanité entière ?

Jamais le capitalisme n’a été aussi centralisé : autour de 40 000 firmes transnationales corps (TNCs) selon la définition de l’OFCE, 737 détenteurs prépondérants contrôlent 80 % de leur valeur, 147 TNCs en possèdent 40 %, 50 « super entités » concentrent l’essentiel du pouvoir. Parmi ces « super entités » : Goldman Sachs, Barclays PLC, JP Morgan Chase & Co, Merrill Lynch, Bank of America corporation, mais aussi (en Europe), UBS AG, Deutsche Bank AG, et en France : AXA, Natixis, Société Générale, BNP Paribas.

C’est tellement connu que les classes dominantes et leurs milliardaires ont concentré tellement de pouvoir, que le capitalisme et l’impérialisme parviennent à leurs stades suprêmes et infames de barbarie, (Trump) et induisent tant d’exploitation, de misères, d’inégalités, de chômage et de guerres que la révolution sociale frappe à toutes les portes dans le monde.

Quand la majorité (bolcheviks) du Parti ouvrier social-démocrate russe, Lénine et Trotski prenaient, entre août et octobre 1917, la majorité et le pouvoir dans les doumas et les soviets, la classe ouvrière russe ne pesait que 4 millions alors que la paysannerie pesait 150 millions d’habitants ! C’est pour cela qu’ils ont exclu de bâtir le socialisme dans un seul pays et mis tous les espoirs dans les révolutions allemande, anglaise, française…

A l’époque en France il y avait 3 millions de salariés et aujourd’hui il y en a 30 millions (90 % des actifs). Le salariat était très minoritaire sur la planète et aujourd’hui il fait 54% des actifs ce qui rend les conditions des révolutions socialistes plus réalistes, davantage possibles que jamais dans l’histoire.

Mais pour cela il ne faut pas passer son temps théorique et pratique comme Mélenchon dans « Comment faire ? » à déconstruire l’existence de notre classe et à la noyer dans le peuple aux contours flous (ce qui aboutira forcément en pratique à de la collaboration de classe et toutes sortes de « pactes productifs » avec le « patronat national » comme dit Mélenchon depuis plusieurs années).

Seul le travail crée de la valeur. Le salariat c’est ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et qui ne reçoivent pas la part qu’ils méritent pour ce qu’ils produisent.  Mais ça, ça n’intéresse plus Mélenchon. Tout est changé.

Doit-on lui apprendre que les grands collectifs de travail existent et sont concentrés plus que jamais, à lui, Mélenchon qui parle pourtant des GAFAM ?

Lui dire qu’en France même, 1000 entreprises de plus de 1000 salariés, font presque 50 % du PIB ?

Lui dire que les sous-traitances en cascade se font dans de mêmes chantiers ? 40 entreprises pour un même chantier c’est le fruit artificiel des volontés et intrigues patronales pas le résultat naturel d’un processus de production capitaliste.

Lui expliquer qu’il n’y a plus de cols blocs ni de cols bleus, ni de « classes populaires » (sic), ni de « classes moyennes » (sic), mais qu’employés, ouvriers, catégories prétendues intermédiaires, cadres, tous sont des salariés, 85 % en CDI, avec un salaire médian à 2028 euros et à 97% en dessous de 4000 euros, donc avec une homogénéité qui ne souffre que d’une chose, c’est de n’être pas consciemment révélée et prise en charge par la gauche unie.

Il faut, au contraire de tout le discours du texte référent que Mélenchon a donné à LFI, passer son temps militant à construire la conscience du salariat en tant que classe puissante à partir de ses statuts, conquêtes et droits, l’unir suffisamment dans l’action pour le constituer en classe révolutionnaire consciente active capable de prendre collectivement le pouvoir.

Ça, Mélenchon l’a rayé du vocabulaire et de l’horizon.  Quand le peuple « remplace » le salariat ce n’est pas un vain mot, Mélenchon en tire des conséquences sur tout : ce n’est plus le même objet pour lequel il combat.

Sans aucun doute la bataille centrale principale à la présidentielle de 2027 du fait des attaques des Bardella, Le Pen, Retailleau, Philippe, Attal, sera pour ou contre les salaires nets et bruts, pour « rapprocher le net du brut » et supprimer de la feuille de paie les 850 milliards de cotisations sociales !

Faut-il dire à Mélenchon que tout son document pour LFI noie cette question principale, et que ce n’est pas un hasard s’il part en vrille dans ses meetings sur n’importe quoi sauf la défense des 30 millions de salariés ? Pas étonnant qu’il parle si peu salaires, jamais de droit du travail,  et qu’il avoue s’interroger quand on lui fait remarquer à son meeting de lancement de campagne résidentielle de St-Denis, qu’il est encore fixé sur un « smic à 1700 euros », alors que la CGT a ajusté sa revendication à 2200 euros bruts. Ce n’est plus son monde.

Après avoir expliqué que le mouvement ouvrier était mort, remplacé par le « peuple agrégat aux contours flous », les « catégories sociales du peuple balkanisées » basées sur « la circulation et la consommation et non plus sur la production » (sic) Mélenchon en vient à saucissonner de façon assez grotesque les « phases » de la révolution : à ce stade de la lecture, normalement les consciences un peu cultivées devraient se réveiller et se méfier.

Révolution bureaucratique découpée par étapes

Il y a pléthore de saillies dans la théorie de Mélenchon sur la révolution « citoyenne » « civique » et ses « phases ». Il parsème certes parfois son texte des beaux mots « programme de transition » ou de « révolution permanente » et « soutien aux grèves ».

Mais il casse tout de suite toute illusion  : « il ne faut pas enfermer le concept de « révolution citoyenne » dans une représentation tirée du passé des évènements révolutionnaires. La révolution citoyenne n’est pas un évènement à date fixe sous forme violente faite de barricades et d’épisodes de ce type. Il s’agit d’un processus ».

Les mouvements sociaux ne sont en effet jamais le point de départ des réflexions de Mélenchon :  sa question n’est jamais de chercher la revendication qui fait démarrer et unifie le mouvement, la grève, la manifestation, l’occupation des entreprises, l’affrontement avec le pouvoir patronal, la structuration du combat, les comités de grève, les piquets de grève, la remise en marche des entreprises sous contrôle des salariés, la naissance d’un double pouvoir. Ce n’est pas son monde. Pour lui c’est le passé.

Et c’est aussi pour ça que les syndicats n’ont pas d’utilité ni de place dans ses 85 pages. A part une interrogation toujours confuse sur la Charte d’Amiens. il ne parle pas de syndicats d’ indépendance de classe, de masse, ni d’union. Il ne parle pas de branches, de métiers, de négociations sociales, de droit du travail, de conventions collectives, d’institutions représentatives du personnel, de délégués, de comités d’entreprises, de prud’hommes, de médecine du travail, d’inspection du travail. Ce n’est pas son monde.

L’idée n’est pour lui, pas de s’appuyer sur le rapport de forces social.  En tous cas pas celui des entreprises selon les traditions du salariat dans notre pays et partout dans le monde : Mélenchon ne parle pas des luttes qu’on voit tous les jours, il est dans son monde, celui des réseaux, celui du fouet de la radicalité, celui des ondes rayonnantes, celui de l’osmose et de la murmuration du peuple…

Pas de « théorie du chaos » pour le coup. Il ne retient rien de juin 36, ni de mai 68. Ni l’étincelle, ni l’explosion, ni la généralisation. Il ne sait pas que toutes les révolutions sont généralement parties dans un climat propice, d’évènements fortuits, d’étincelles et constituent des « crises » révolutionnaires, des chocs, des insurrections, lesquelles précèdent et façonnent ce qui se passe ensuite « civiquement » dans les élections ! Ne dites pas à Mélenchon que mai 1981 est un effet différé de mai 68, ni que juin 1997 est un effet différé de novembre-décembre 95, il ne comprendrait pas.

Pour nous, le socialisme vient du ventre… pas des ondes rayonnantes. C’est dans l’action de masse que la conscience du salariat progresse. Elle ne murmure pas elle hurle à faire tomber les murs ! La grève générale ne se décrète pas, elle surgit impétueuse, et à ce moment-là il est important que syndicats et partis, chacun à leur niveau, jouent leur rôle.

Mélenchon range « les phases » de la révolution dans des cases soigneusement organisées par lui-même par ordre, dans sa tête, son mouvement, ses réseaux : « la phase instituante », la phase « destituante » et la « phase constituante » (sic)

Si, si ! voilà la révolution permanente remplacée par la compartimentée !

Gérard Filoche (partie 1)

A suivre dans le prochain D&S juin 2026 n° 336

TOUT ci-dessus a été publié dans D&S 335 soit 15174

 

 

Suite 2 : les inventions théoriques de Mélenchon

Révolution compartimentée par phases

Beaucoup de lecteurs du dernier document théorique que Mélenchon a donné à LFI, n’y voient pas du premier coup la gigantesque liquidation du marxisme qu’il contient…  parce qu’ils le lisent sans malice, ni volonté de décryptage. (Voir premier commentaire ci dessus dans D&S précédent, n°335 mai 26).

Continuons d’essayer de les y aider :

« Trois phases caractéristiques » de la révolution civique, dit Mélenchon

« La première est « instituante », c’est le moment où le peuple entre en mouvement, se constitue et s’identifie lui-même comme acteur de l’action. Ici la visibilité d’un mouvement est essentielle à son autoidentification. (..) Les symboles, signes distinctifs, emblèmes de la culture contestataire populaire sont alors convoqués. C’est aussi l’appropriation de signaux auditifs (musique, casserolade, slogan). Mais aussi très souvent le drapeau national fonctionne comme un signal de légitimité sur le mode : « le pays réel, le peuple, c’est nous » ! Le port du gilet jaune en est une forme quasi emblématique. »

De grands enfants i ils s’identifient eux-mêmes ! : comment ? par « musique, casserolade, slogan, gilet jaunes, drapeau national » (sic) C’est trop mignon. N’allez pas parler d’auto-organisation ni de conscience de classe, de revendications, de mots d’ordre, d’expériences antérieures, de traditions, encore moins de parti, de syndicats, de comités d’action, de piquets de grèves, tout ça est absent ! Le peuple « réel » de Mélenchon est, en fait, un « nous » mélangé, exploiteurs et exploités, patrons et salariés, en collaboration de classes aux contours flous, « très souvent » derrière le « drapeau national ». Indépendance de classe, conscience de classe, organisation de classe, connaît pas !

La « phase destituante » : « En deuxième temps, le processus révolutionnaire devient « destituant ». Est alors exigé des pouvoirs et de ses agents qu’elle affronte de « dégager » (sic). Un peu court non ? il semble pourtant s’agir de l’essentiel des révolutions, les moments où se découvre massivement que le pouvoir en place ne peut satisfaire les revendications qu’il a engendrées… Ce moment où la conscience et le niveau d’organisation en même temps décident de la victoire ou de la défaite !

« Enfin, la dernière phase, selon Mélenchon est « constituante ». C’est le moment où le peuple décide de la reconstruction du cadre politique pour prendre les décisions. » (sic) Vous notez « le peuple décide« , Mélenchon ne vous dit pas comment. 

Comment Mélenchon ne comprend-il rien aux révolutions pour vouloir ainsi les enfermer dans un pareil académisme ?

Regardez le mouvement révolutionnaire bolivien en cours en mai juin 2026 : est-il découpable en instituant, destituant constituant ? La classe exploitée, ses syndicats er ses partis,  des Hauts plateaux apprenant que les libéraux au pouvoir voulaient privatiser et vendre leur bien le plus précieux (le lithium, ils avaient déjà été obligés de faire la guerre de classe pour défendre leur eau, puis leur gaz, leur conscience vient de loin) a fait, en masse, 190 kilomètres de marche, vers La Paz, armés de bâtons de dynamite pour les empêcher, elle a incontestablement désobéi au schéma mélenchonien et voulu parcourir les trois phases en même temps.

Toutes les révolutions suivent des parcours imprévisibles selon les traditions, les expériences, les degrés de conscience et d’organisation, depuis le petit marchand de légume Mohamed Bouazizi auquel la police tunisienne vole son étal, qui s’immole par le feu le 17 décembre 2010 et embrase le pays, ouvrant la « Révolution de Jasmin » et un printemps arabe, et faisant chuter et fuir le tyran Ben Ali le 14 janvier 2011. Quatre semaines de manifestations continues, s’étendant à tout le pays malgré la répression et amplifiées par une grève générale.

Ou les barricades victorieuses des étudiants le 10 mai 68 qui déclenchent la plus grande grève générale de l’histoire de l’humanité. Les dix millions de grévistes apprennent plus en trois jours qu’en trois semaines et en trois semaines qu’en trente ans. Sauf qu’il y a les appareils des syndicats et des partis, et le stalinisme, il faut comprendre le rôle qu’il joue, et le manque d’un grand parti de gauche pluraliste, démocratique et révolutionnaire fait qu’on ne passe pas de l’instituant au destituant, encore moins au constituant.

Ou le gouvernement stalinien à Prague qui ferme la lumière du théâtre où se joue une pièce d’opposition, ce qui pousse les spectateurs à manifester ce qui s’étend dans toute la ville et démarre le printemps de Prague en février 1968. Écrasée par les chars de la bureaucratie russe en août 68 : peut-on parler de stalinisme, là ?  Normalement oui, expliquer la contre révolution stalinienne en URSS ? expliquer la bureaucratie stalinienne en Russie ? Expliquer les « dangers professionnels du pouvoir de Christian Racovski ? Ses conséquences sur tous les Pays de l’Est ? Expliquer le pourquoi du totalitarisme du parti unique en Chine ? Que nenni, rien de tout cela dans le document attribué à LFI : (« Stalinisme » est un nom inconnu dans les 85 pages de Mélenchon, excepté une mention, laudative, p. 24 « le noyau social-démocrate est capable d’attaquer des banques sous la poigne d’un militant peu connu alors : Staline ».)

Ou l’union dans l’action à la base en 1934, (Mélenchon ne parle jamais d’union des partis et des syndicats) impose le Rassemblement Populaire de 35, qui se fait avec un grand parti bourgeois (le Parti Radical) sur un mauvais programme, mais qui stimule la fusion syndicale CGT-CGTU le 2 mars 36, laquelle stimule les luttes, la victoire électorale le 4 mai, qui fait naitre la grève générale le 15 mai, laquelle oblige le patronat le 10 juin à lâcher les 40 h puis, comme ça ne suffit pas, les congés payés ! L’union a commandé, l’union paie !

C’est la volonté de mettre fin à la guerre du tsar (qui a tué 6,5 millions de russe de 1914 à 1917) et la faim  qui ont soulevé en masse les femmes le 8 mars 1917 et les quartiers ouvriers de Wiborg de St-Pétersbourg, ouvrant la révolution permanente depuis la chute de Nicolas II jusqu’à la prise du pouvoir par les bolcheviks devenus majoritaires aux doumas et aux soviets. Impossible d’appliquer les schémas de Mélenchon à cette grande révolution. (Qu’aurait dit Mélenchon à Lénine à son retour d’exil lorsque celui-ci exigeait : « pas de soutien au gouvernement provisoire » et « tout le pouvoir aux soviets » ? Aurait-il répondu qu’il fallait d’abord en passer avec Kerenski par la « phase instituante » ou « la phase destituante » ?)

Ou le traitre Thiers qui veut donner les 227 canons de Paris à Bismarck ce qui indigne et soulève les Parisiens le 18 mars 1871 lesquels vont en deux mois, construire la première révolution ouvrière de l’histoire, bâtir la Commune de Paris ensuite massacrée sauvagement lors de la Semaine sanglante bien avant d’avoir été instituée, destituée et constituée.

Pendant qu’à Paris beaucoup dissertaient sur les Lumières de la République, la révolution française a été vraiment déclenchée en concret par la Marche des femmes sur Versailles le 5 octobre 1789. Des milliers de Parisiennes, exaspérées par le prix élevé et la pénurie de pain, ont marché 19 kilomètres pendant 6 h jusqu’au château de Versailles. Elles ont assiégé le palais et contraint le roi et sa famille à rentrer à Paris avec elles. La plupart des révoltes contre la faim ont été ainsi déclenchées par les femmes, chargées de l’approvisionnement du foyer : mais on est chaque fois passé vite, sans « phase » intermédiaire, de ces mouvements de la faim à la révolution politique. La demande de pain, à laquelle Louis Capet numéroté XVI répond favorablement se lie aux exigences de ratification des décrets relatifs à la Constitution,  la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à laquelle le roi se plie dans la même soirée avec remplacement des gardes du corps du roi par la Garde nationale et installation définitive du roi et de sa famille à Paris. En une seule journée, la révolution a été instituée, destituée, constituée, l’ancien régime a commencé son agonie.

La vision de Mélenchon d’une révolution civique citoyenne, compartimentée en trois phases ne colle avec aucune expérience historique ni réalité bien qu’il prétende sans les nommer nourrir les transitions de phases basées sur des observations dans vingt pays !

Mais, on va comprendre pourquoi, : son opposition à la révolution sociale et à la théorie de la révolution permanente, tout comme le remplacement qu’il fait – au mépris de la lutte de classes – du salariat par le « peuple agrégat social balkanisé », sont la couverture d’une bien plus grande et dangereuse liquidation théorique, avec de lourds effets pratiques, comme on va le voir. Avec lui, tout vient d’en-haut, pas par en bas. Nous, nous lisons le monde à partir des poussées sociales d’en bas de notre classe, lui, il lit le monde à partir des boucles numériques dirigées d’en haut.

 

 

 

Suites (3) des innovations théoriques de Mélenchon pour les 10 ans de LFI :

Passé décomposé, collectivités de travail pulvérisées

Il y a le programme public des meetings de LFI et il y a le programme caché, le réel de la théorie de Mélenchon. Cette théorie étudiez-la le plus sérieusement possible car c’est elle qui a des énormes conséquences sur les actions à venir. Finalement, c’est elle qui va l’emporter sur le programme concret (lequel est globalement commun à toute la gauche, NUPES ou NFP)

Le monde théorisé de Mélenchon décrète que : « Le « peuple » contient le salariat mais ne s’y limite pas ». Ça semble évident ? Mais non.

Selon Mélenchon, il « inclut aussi les retraités, les personnes en formation, les chômeurs, toutes les catégories de « sans », et d’une façon générale les autres composantes de la population contraintes à la même dépendance absolue aux réseaux collectifs. En ce sens, le peuple est un « agrégat social » Mais il est objectivement homogénéisé par sa position dans les rapports sociaux. L’agrégat est un ensemble à bords flous. Ni l’espace urbain toujours composite, ni les temps, ni les statuts sociaux ne lui définissent chacun à soi seul une frontière stable.»

Vu le nombre de fois où cette idée est répétée dans les 85 pages du document théorique que Mélenchon a généreusement rédigé pour les 10 ans de LFI, il faut la prendre au sérieux :  il veut dire que vu l’ampleur, l’intensité des bouleversements du capitalisme, il n’y a plus de « frontière stable » aux classes sociales. Il insiste bien sur le fait que « le peuple est un nouvel acteur social » en rupture avec la « classe prolétarienne de l’ancienne doctrine socialiste » (sic). « L’agrégat social » n’est plus défini par sa place dans le processus de production, ni « les statuts sociaux » mais dans ce monde émietté, il l’est par la consommation, la circulation, les réseaux (sic). On déduit même de la lecture de son texte qu’il assimile fortement la révolution (telle qu’il la voie, par étapes) à la reconstruction de « réseaux » du peuple « en soi » « sous le fouet de la conflictualité sociale » !

N’allez donc pas lui dire qu’il y a 30 millions de salariés avec un statut (contrat de travail, code du travail, salaires nets et bruts, sécurité sociale, retraite, institutions représentatives du personnel…) !

Ne lui dites pas que cette classe n’a jamais été aussi forte ni aussi homogène de toute son histoire, qu’elle est passée de 3 millions en 1910 à 30 millions en 2010 !

Ne lui dites pas que ce sont les « indépendants », fragmentés, qui sont passés de 55 % des actifs en 1945 à moins de 10 % en 2010 !

Ne lui dites pas qu’en 1945 c’étaient les indépendants agriculteurs artisans commerçants, libéraux aux contours flous qui, par millions ne voulaient pas de la Sécu des salariés – alors minoritaires – parce qu’ils ne la croyaient pas fiable, mais c’est pourtant la Sécu qui s’est finalement imposée ultra majoritairement !

Ne lui dites pas que c’était le projet du livre initial de Macron « Révolution » qui disait vouloir combattre pour une « société sans statuts » « post salariale » (sic) ! En 10 ans de pouvoir avec acharnement, Macron n’a réussi à faire reculer le salariat que de quelques pourcents parmi les actifs. Dites à Mélenchon qu’il ne faut pas qu’il accrédite le fait que Macron ait réussi !

La théorie nouvelle de Mélenchon est absolument hostile à la compréhension qu’il faut défendre le salariat contre l’uberisation généralisée !

Mélenchon noie le salariat dans le peuple, sans l’analyser, ni dans son histoire, ni dans sa sociologie, ni dans son organisation, ni dans son homogénéisation, ni dans sa culture militante ni dans son rôle de production des richesses, ni comme sujet de l’exploitation de la plus-value, et le nie in fine comme classe révolutionnaire.

Mélenchon tourne la page de tout ça

Ne dites pas à Mélenchon que « les personnes » en formation, ça veut dire des salariés en formation, notamment 9,3 millions de jeunes d’âge adultes entre 18 et 25 ans.

Ne lui dites pas que les 14,5 millions de retraités ne vivent en direct et en temps réel que des cotisations des salariés !

Ne lui dites pas que les 6,5 millions de chômeurs sont des salariés temporairement privés d’emploi !

Ne lui dites pas que les 3 millions d’auto-entrepreneurs sans droits ni lois, ni statut ni protection sociale, sont certes renvoyés à la préhistoire des tâcherons et besogneux, loueurs de bras et manouvriers, mais qu’en vérité, il existe pour eux une présomption irréfragable de salariat, et qu’on lutte de toutes nos forces pour que les contours n’en soient pas flous et pour que le statut soit défendu !

Quand Melenchon décrit le peuple agrégat social aux contours flous, comme reposant « sur la circulation et la consommation, plutot que sur la production », idéologiquement il donne du grain à moudre à Attal et au Medef, et à leurs attaques contre le salaire brut. La pente est là : il finira par un « pacte productif » avec le patronat « national » comme il dit, ou la part de notre protection sociale reposant sur le travail reculera et finira logiquement par reposer sur la consommation (CSG et TVA sociale).

De là, Mélenchon en conclue carrément que « le mouvement ouvrier est un échec » (sic)

Les partis socialiste et communiste sont morts « enfermés dans les formes déduites de l’organisation du travail et de la cité, tels qu’ils l’étaient au dix-neuvième et pour l’essentiel du vingtième siècle ! Ils sont donc intrinsèquement extérieurs et inadaptés aux conditions dans lesquelles se joue l’action politique populaire contemporaine et les prises de conscience politique. » Il répète à satiété que ces partis sont « obsolètes » autant que le déclin de leur monde initial, dans leur façon d’agir et de leur régime intérieur.

Puisqu’il n’y a « plus de bases matérielles et culturelles », « les partis de classe et de masse de l’ancien continuum sont désormais relégués dans les dernières (!) grandes concentrations de salariés sous statut commun. » Selon lui, elles sont résiduelles, et autoentrepreneurs, intérim, délocalisations, fragmentation mondialisée, segmentation de la production, chapelets de sous-traitance, contrats courts et précaires, ghettoïsation, racisation, etc… ont tué la conscience de classe et tué les partis de gauche !

Encore une fois, c’est totalement faux, comme nous l’avons déjà souligné dans la première partie de cet article, c’est même exactement le contraire, les multinationales concentrent et regroupent des centaines de milliers de salariés, sur 1,2 million d’entreprise en France (ayant au moins 1 salarié)

20 entreprises en France à elles seules totalisent 3,09 millions de salariés. Elles vont de 436 000 salariés (Carrefour) à 72 252 salariés, 287 grandes entreprises (GE) emploient 3,9 millions de salariés en équivalent temps plein (EQTP), soit 29 % du total. 3% des entreprises de plus de 50 salariés concentrent 50 % du salariat du pays.

Amazone compte 1,5 millions de salariés dans le monde et 100 000 en France !

Sur les 369 000 salariés de Samsung, 78 000 se mobilisent en mai 2026 contre le non partage des bénéfices de l’lA et arrachent 290 000 euros de primes pour chaque salarié qui fabriquent des puces. Aussitôt un syndicat minoritaire de Samsung Electronics saisit la justice afin de corriger la forte inégalité vis-à-vis des autres divisions du groupe…

Non, Mélenchon, les « grands collectifs de travail ne sont pas pulvérisés » !

La puissance du salariat n’a jamais été aussi grande dans l’histoire !

Le salariat a progressé partout dans le monde (54 % des actifs) au détriment du travail informel, 85 % des salariés sont des CDI, les conditions de vie au travail tendent à se rapprocher, les salaires ont été terriblement compactés en France, dont 98% en dessous de 4000 euros,  la durée des CDI est plus grande qu’avant, il n’y a plus de cols blancs et de cols bleus figés et distincts, mais un seul salariat, ingénieurs et éboueurs, secrétaires et manutentionnaires, caissières et infirmières, vendeurs et livreurs, plombiers et pâtissiers, métallos et cheminots, professeurs et facteurs, soignants et consultants, cuisiniers et menuisiers, informaticien et mécanicien, coiffeurs et chauffeurs, ascensoristes et prothésistes, dessinateurs et développeurs, journalistes et fleuristes, soit 90 % des actifs ont tous une feuille de paie avec un salaire net et un salaire brut !

Que les capitalistes veuillent de façon acharnée détruire les statuts, précariser, éclater les solidarités et grilles de salaires, éparpiller les consciences, nourrir et opposer les corporatismes, casser les codes, étouffer les conventions collectives, émietter le travail, disloquer les revendications, évidemment, et ce n’est pas absolument pas nouveau. « La domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers » (Friedrich Engels).

Ils le veulent mais ils n’y parviennent pas ! Nous ne sommes pas défaits ! le capitalisme ne parvient pas à atomiser notre classe !

La tendance à l’œuvre est inverse.

« Comme la fraise a le goût de fraise le salariat a le goût de la lutte pour le salaire. Et le salaire est l’indice du bonheur » (Alain). On y aspire !

Et c’est précisément pourquoi nous combattons de toutes nos forces pour l’unification du salariat alors que Mélenchon considère ce combat comme perdu et relevant du passé.

Et si les partis traditionnels selon lui ont « échoué », (et là, il y a plus qu’une apparence de réalité !) selon nous, ce n’est pas à cause de la fin de l’identité de classe rendue impossible ni par le fait qu’exister sous la forme « partis » soit dépassé.

C’est le contraire !

C’est parce que les appareils de ces partis résistent à prendre en compte l’extension, la généralisation, la transformation, l’homogénéisation en cours du salariat devenu majoritaire. C’est explosif du point de vue de leurs intérêts !

Dans le passé, les appareils (Mélenchon ne parle jamais des « appareils ») des partis staliniens et social démocrates s’accrochaient à la nécessité d’inclure le salariat dans le peuple, de réaliser ce qu’ils appelaient des « alliances de classes » de toutes sortes, tantôt « avec la paysannerie », tantôt « avec la petite bourgeoisie » (sic), tantôt des « classes populaires », des « fronts populaires » et ils s’appuyaient sur l’idée que le salariat était initialement minoritaire au sein du peuple, ils inventaient des « compromis historiques » avec le patronat ! Le puissant PC Italien d’Enrico Berlinguer tira comme conclusion du coup d’État de Pinochet au Chili en 1973, qu’il fallait atteindre une majorité non pas de 50% des voix mais « des deux tiers », une « hégémonie » et nouer des alliances (de collaboration de classes, de pacte productif…) du peuple tout entier – donc au premier chef avec le patronat. Du Mélenchon 50 ans avant l’heure ! Cela fit couler le PCI et la gauche qui le suivit

Lutte de classes ou alliances de classes ?

Les appareils dirigeants des PS européens, Blair, Schröder, Hollande firent le contraire de ce que le puissant développement du salariat leur apportait comme solution, ils noyèrent les revendications et aspirations des salariés derrière les besoins de « classe moyennes » elles-mêmes en voie de disparition. Alors qu’en fait en passant en un siècle de 15 % à 30% puis à 50 % des actifs, (Mitterrand en 1981 affirma que « c’était la majorité sociologique qui lui avait permis de gagner », et c’était vrai depuis mai 68) puis à 70 %, et même 93% (sous Jospin) de la population active, la puissance accrue du salariat réglait la question de qui était la force sociale largement majoritaire !

Encore fallait-il le reconnaitre ! Encore fallait-il rendre cette évolution consciente ! Encore fallait-il œuvrer activement à faire passer le salariat de classe « en soi » à classe « pour soi » consciemment !

Sinon, c’est vrai, les appareils adorent que ce soit la fin du salariat noyé dans le peuple agrégat social, et ça c’est bien plus vieux que Mélenchon :  déjà la thèse de Dominique Strauss-Kahn, (« DSK ») dans son livre, « La flamme et la cendre » (Grasset, 2002) expliquait que notre société était dorénavant structurée en un « grand corps central », une grande couche moyenne… composée des salariés.

Tout ça n’était pas très nouveau, en fait, Marx était à peine mort que toutes les théories voyaient proliférer une énorme « nouvelle petite bourgeoisie » (sic) de fonctionnaires, d’employés supérieurs, de cadres ingénieurs, techniciens, de nouvelles professions libérales, du secteur « tertiaire » hypertrophié, etc. (Un des premiers « réviseurs » de ce type fut Edouard Bernstein). Magnifique tour de passe-passe qui alimente la thèse que le prolétariat est disparu et le salariat n’est pas ce que vous croyez…

Selon « DSK », il n’y avait plus qu’environ 20 % d’exclus, de chômeurs en fin de droits et non ré insérables, de Rmistes, de travailleurs pauvres et précaires, de marginaux sociaux. « Flamme bourgeoise, cendre prolétarienne » persiflait Serge Halimi. Cette catégorie de pauvres et d’exclus était l’ancien prolétariat révolutionnaire, le résidu de la division en classes antagonistes, cette ultime partie du peuple surexploité et humilié. Cette couche d’exclus ne votait pas ou plus, et elle ne luttait guère, dépossédée de la puissance d’agir socialement, la droite l’ignorait à cause de cela, elle ne faisait plus peur, il n’y avait pas de risque de révolution à cause d’elle. Les socialistes, selon DSK, n’avait plus comme seul modeste devoir, qu’à soulager sa misère, diminuer l’impact qu’elle avait, malgré tout, en tirant la société vers le bas, en menaçant le bien-être et l’équilibre général.

Paradoxalement, des courants qui réduisent désormais le prolétariat aux « sans », « sans papier, sans logement, sans travail » nourrissaient sans le savoir cette analyse de DSK comme aujourd’hui les contours flous de « l’agrégat » de Mélenchon.

De même Ségolène Royal qui, entre autres approximations de sa campagne présidentielle ratée de 2007, avait affirmé, que « le nouveau prolétariat, c’était le salariat féminin ». Expression réductrice qui ne rendait service ni à la grande force du salariat ni, en son sein, au salariat féminin : pourquoi réduire, isoler telle catégorie du grand combat salarial ?

Chez DSK selon la théorie de la « grande couche moyenne centrale », le salariat bénéficierait des bienfaits du système (capitaliste) et aspirerait à en bénéficier davantage ! Selon lui, le salariat homogène serait intégré, et non pas hostile au système, il se fondrait dans le peuple, au contraire, en harmonie, il le voudrait plus rentable, plus efficace… L’horizon du système capitaliste étant indépassable, ce que devaient faire les partisans du « socialisme réel », avec DSK, c’était donc faire mieux marcher l’industrie, le commerce, les échanges, l’innovation, la production, c’est rendre le capitalisme meilleur, afin de satisfaire les souhaits fondamentaux de cette grande couche sociale moyenne centrale agrégée qui ne demandait que cela – tout en développant par ailleurs une sincère compassion pour les exclus.

Après tout, Herbert Marcuse, son disciple Lucien Goldmann, Serge Mallet (inspirateur du PSU des années 60) croyaient distinguer aussi une « nouvelle classe ouvrière », les « blouses blanches », celle des « industries nouvelles » porteurs d’une « révolution des élites » ! Les mondains issus de mai 68, après leur courte phase d’hommage à Mao, allèrent dans ce sens

La grande leçon du livre de DSK, se trouvait au coin d’une phrase, p. 25, extraordinaire : « La redistribution est près d’avoir atteint ses limites, en même temps que certains de ses objectifs ». Fermez le ban : le capitalisme a tellement changé que dans la lente course du paquebot des couches moyennes, les richesses vont insensiblement de bâbord à tribord et de la proue à la poupe. Le Titanic évite les icebergs : on n’y voit même plus la lutte des classes entre les « premières » et les « troisièmes » lorsqu’il faut choisir ceux qui embarquent sur les canots de sauvetage, tout le monde est en « seconde », et il faut juste construire assez de canots pour tous.

La fonction politique de ce montage est évidente puisqu’il revient à marginaliser toute lutte de classes, tout réduire à la charité compassionnelle d’une part, à une recherche de rentabilité rationalisée « pour le peuple » d’autre part, en prétendant qu’il n’y a plus de force sociale pour imposer un vrai changement – lequel n’est plus nécessaire. Finie la révolution, c’est le peuple agrégé dans le capitalisme en entier qu’il faut mieux faire avancer.

Encore mieux si c’est teinté de « souverainisme » sinon de nationalisme.

Un peuple, si on omet les classes, il ne reste plus que l’état et les frontières !

Dans son escamotage, DSK rendait hommage a contrario à notre sujet : le salariat est bien là, de mai 68 a nov. 95 et au premier semestre 2023, le changement social fondamental de toutes ces dernières décennies, c’est bien le développement de sa puissance sociale !

Il n’y a pas de « peuple agrégé » ni uni, il y a affrontement de classe et le « grand corps social » salarié est en vérité en confrontation avec le système : il est même l’objet de l’offensive brutale des néo libéraux qui ont voulu casser le statut du salariat et « uberiser ».

En définitive, il n’y a pas de « couche moyenne », il y a ceux qui possèdent et contrôlent les moyens de production, les 5 % de la population, les employeurs et cadres supérieurs assimilés : actionnaires, rentiers, libéraux qui possèdent 50 % du patrimoine du pays.

En face, il y a 90 % de la population active salariée qui n’a que sa force de travail à vendre.

Et les deux classes fondamentales qui s’affrontent sont bien déterminées par rapport au processus de production.

Alors soit on ne fait ni du DSK ni du Mélenchon et on reconnait, identifie le salariat

.. et la tâche de la gauche est de s’imprégner de sa réalité, d’exprimer sa force, de l’organiser, de l’unir, de le mobiliser afin de porter cette puissante classe au pouvoir collectivement et démocratiquement : c’est le bon combat, forcement basé sur un programme de transition social ambitieux et anticapitaliste. Car c’est ce à quoi aspire fondamentalement la puissante classe salariée exploitée (« la France est de gauche » comme dit Vincent Tiberj, et ce « besoin de gauche » s’exprime tous les jours en exigences et profonds besoins sociaux, salaires, recherche d’égalités, droits, démocratie, écologie…)

Soit on noie le salariat dans le peuple !

.. versus les « classes populaires », les « couches moyennes » « nouvel agrégat social » « émiettées aux contours flous »

ce que font différemment les dirigeants des appareils des partis… et Mélenchon !

Les premiers le font en appelant à modérer les programmes, pour éviter tout conflit entre classe dominante et dominée, ce qui aboutit toujours à défendre un libéralisme tempéré et son ordre établi ! Évidemment ça désespère le salariat et permet toutes les manœuvres et dangers du patronat, de la droite et de l’extrême droite. Ce que nous connaissons bien.

Le second, Mélenchon, exclue catégoriquement à la fois tout projet d’union de la classe, toute organisation et conscience indépendante collective démocratique du salariat, il écrit 85 pages pour le noyer dans le peuple agrégat social aux contours flous, tout en lui proposant – ça c’est pas DSK – de lui « faire subir le fouet de la conflictualité sociale » (sic). Évidemment il y a un non-dit, c’est contradictoire !

Mais Mélenchon s’en tire, tout au long de son document, en inventant l’incroyable théorie selon laquelle, pour mettre la conflictualité en oeuvre, il ne faut plus de parti mais un mouvement dans lequel il n’ait pas de comptes à rendre ! Exit les luttes de classes, avec la révolution citoyenne civique par étapes ça va se faire par miracle, par magie ! À bas les partis façons bolcheviks inclus la version Blum, à bas la démocratie centralisée substitutiste des courants et de la paperasse, vive la forme onde, les mouvements gazeux, horizontaux !  Selon lui, le fouet de la conflictualité va se passer par étape, par une « onde rayonnante », vers une « osmose », une « harmonie » et une fabuleuse « murmuration » du peuple.

C’est là qu’il opère un tour de passe-passe qui s’impose et réécrit de longs moments de l’histoire non seulement du capitalisme récemment bouleversé devenu monde « émiétté », mais aussi celle des partis et du mouvement ouvrier à la façon Mélenchon, où il n’y a plus d’expérience, ni tradition, plus d’appareils ni bureaucratie, plus de stalinisme ni ses effets, plus de démocratie, plus d’internationale.

Le mouvement social est remplacé par une pensée venue d’en haut (et « les boucles dirigent ») . On va le voir dans le prochain épisode, la conclusion finale qui en découle est absurde et dangereuse.

Gérard Filoche le 3 juin 2026

(à suivre :  4°) les partis obsolètes mouvement 5°) conclusion : les conséquences de tout ça

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Quatrième partie : des innovations théoriques de Mélenchon :

Partis obsolètes, mouvement gazeux, démocratie nuisible

Quand, dans son document théorique « Comment faire ? » publié pour les 10 ans de LFI, Mélenchon balaie toutes les leçons intéressantes du passé, la raison en est que cela lui permet ensuite d’imposer sa pensée démiurgique au monde nouveau qu’il invente. Il efface le passé, l’histoire, les partis et il tisse une toile où le pouvoir anonyme est « discret », jamais nommé, mais il n’est autre que lui-même. C’est une fantastique théorisation du fonctionnement bonapartiste de LFI et de son monde.

En matière d’exemples historiques, Mélenchon choisit, en 85 pages d’aborder un peu dans le désordre, un nombre limité de thèmes : la Révolution russe et le congrès de Tours, Blum, la « vague » de gauche qu’il appelle le « renouveau latino » en Amérique latine des années 2000, les « enfants du non » en 2005.

Jamais il n’analyse la révolution en Russie (il dit quand même que c’est un « coup de force »), ni les rapports de classes, ni les débats décisifs des quatre premiers congres de l’Internationale communiste, ni la guerre civile ni la contre-révolution en Russie, ni la dictature bureaucratique stalinienne, le Goulag, la résistance de l’opposition de gauche et des trotskistes, les procès, massacres, exécutions de masses, ni de la théorie du socialisme dans un seul pays, ni de l’impact du Comintern stalinisé dans le monde entier ! Non il prend soin de tout résumer au fait que l’échec soit le fait du parti d’avant-garde, du « substitutisme » du « parti révolutionnaire professionnel » de la dictature du parti, « parti-état » concluant : « c’est la forme du parti qui est le seul débat ». Il ne dit rien de la « longue marche » de la révolution paysanne de Mao Tse Toung qui écrasa les « soviets » d’ouvriers en arrivant dans les villes, ni de la nature capitaliste de l’actuel régime chinois.

En France, il ne parle ni de la Commune, ni de 1905, il n’analyse pas la nature de classe de l’alliance du Front populaire, ni la Libération, ni mai 68, ni ne décrit les grèves générales de masse, ni ce que peut apporter la gauche unie au pouvoir ni ce qu’elle bloque. Il se concentre sur la scission du congrès de Tours, et sur Léon Blum essentiellement, quitte à surprendre, pour confirmer que la « forme parti » est bien la clef de tous les problèmes : « sur ce point Blum n’a aucune divergence avec le léninisme. L’écart est immense entre la fable sur « le réformisme » de Blum et la réalité de son discours. » Il écarte tout débat sur réforme et révolution, ne cite jamais Rosa Luxembourg, cite Blum : « La différence tient, comme je vous l’ai dit, à nos divergences sur l’organisation et sur la conception révolutionnaire. Dictature exercée par le Parti, oui, mais par un parti organisé comme le nôtre, et non pas comme le vôtre. »

A partir de là (donc même bien avant les changements du capitalisme dont il fait l’analyse 100 ans après) tout est la faute aux partis substitutistes. « Le parti devient le conservatoire d’un projet global alors même qu’il ne le met pas en œuvre quand il exerce le pouvoir ». Donc le parti et la classe (!) qui devaient être les accoucheurs du socialisme par l’histoire ont échoué dans cette tâche ».

À partir de là, haro sur les « partis-guides » : ils sont incapables d’épouser leur époque, verticaux, hiérarchisés, bureaucratiques, dominés par la concurrence des chefs et des courants, avec des cartes de membres cotisants obligatoires, des courriers, des réunions physiques, de la paperasse, et ils gèrent le système !

Les partis, comme la classe, c’est fini !

Mélenchon a inventé d’autres méthodes de fonctionnement, « totalement nouvelles par rapport aux pratiques des partis traditionnels ». « Nous avons donc inventé le tirage au sort des membres d’instances d’animation, le mandat populaire, les boucles de messagerie qui dirigent, les votes électroniques en ligne et combien d’autres choses. Chaque fois sont annulées les contraintes de temps et d’espace par le contact numérique comme le permettent les techniques de notre temps. »

Les boucles de messagerie qui dirigent !

Alors que nous savons tous historiquement que la gauche est pluraliste, multiple, vivante, bouillonnante, reflet de la vie intellectuelle intense du salariat exploité, traversée de débats créatifs et d’actions audacieuses en permanence qui font surgir dans ses rangs les forces vives, Mélenchon  n’a pas de mots assez violents pour combattre l’existence obsolète de sensibilités, de courants, de plateformes, de tendances : selon lui c’est fétichiste, ça correspond à des « partis dans le parti », a des nuisances pour l’âpre partage des postes, qui fonctionnent comme un mode d’arbitrage de conflits internes sans aucun lien avec les questions posées par la société ». Quoiqu’il ne dise pas du tout comment se règlent ces conflits internes, ni les élections des dirigeants, ni les arbitrages ni comment se prennent les décisions !  Sauf peut-être par une phrase sibylline : « le mouvement insoumis règle essentiellement cette question par son adhésion permanente au contenu d’un programme lui-même mis en débat de façon permanente » (sic).

Il faut se frotter les yeux en citant ce baratin pour y croire : comme un camelot, il vante un mouvement gazeux (?), polycentrique, horizontal, par consensus autour du programme (lequel est en débat permanent – sic ?), adhésion par l’action (?), dons libres, plateformes numériques ad hoc, action populaire via des réseaux d’interdépendance complexes (!), éclaireur, lanceur d’alerte, la révolution n’est pas faite par le parti mais par le peuple lui-même. L’onde de la communication fonctionne comme une « propagation rayonnante » (sic), de la coordination nationale vers les boucles départementales et les groupes d’action, (donc de haut en bas, qui décide les ordres initiaux ?) permettant une réaction quasi instantanée aux événements. Le mouvement est structuré pour maximiser l’action et minimiser les luttes de pouvoir internes ! (il y en a donc !) Par infiltration moléculaire dans la société (on croirait une secte). Autonomie d’action totale, tant que le programme est respecté (mais qui décide de ça, comment le sait-on ?) La Coordination des Espaces : (qui la nomme ?)  Organe opérationnel qui fédère les différents secteurs : luttes sociales, élections, jeunesse, formation. Refus du modèle « bureau politique » (qu’est-ce donc ? Un bureau pas politique ? Si pas politique, pas de bureau, qui « décide ?) ; les membres sont désignés (par qui ? comment ?) pour leur activité concrète et leur disponibilité (leur discipline ? leur soumission, leur efficacité ? leur suivisme ?). La discrétion (le secret ?) est érigée en bien commun pour permettre un travail collectif efficace »

Voilà Lénine devenu chef de boucle de messagerie. On comprend là qu’il n’y a plus de démocratie, pas de débats nationaux organisés, pas de congrès, pas d’élections, pas de direction élue, pas de contrôle ni politique, ni financier, pas de statuts, et si « c’est la boucle de messagerie qui décide » (sic), c’est celui qui a créé la boucle qui détient tout. Mélenchon proteste d’ailleurs contre « Tweeter » qui avait exclu Trump, alors il en tire conclusion qu’il veut une boucle où c’est lui qui pourra exclure !

En novembre 2023 quand éclate un conflit interne à propos du comportement familial d’Adrien Quatennens, Mélenchon adresse un SMS à Alexis Corbière (un des cofondateurs de LFI, son alter ego depuis 20 ans) et lui dit « je t’interdis de m’adresser dorénavant la parole ». Corbiere sera viré sans motif, sans écrit, sans débat, sans procédure, sans recours, tout comme Danielle Simonnet qui recevra un SMS à 23 h 23 pour lui indiquer que sa candidature ne sera pas renouvelée.

Les purges laides et odieuses en ont découlé sans motif, sans débat, sans procédure, sans recours. Les prétextes les plus divers ont été inventés a posteriori sans que les intéressés ne puissent les contester vu qu’ils avaient été « déconnectés » comme chez Uber, sans même un procès en bonne et due forme. Ainsi dans un « mouvement gazeux » s’imposent des méthodes plus brutales plus centralistes que dans un parti organisé avec des statuts démocratiques.

 

Sans démocratie pas de socialisme ! Sans parti démocratique non plus

Ce débat CONTRE la théorie et la pratique de Mélenchon, niant la démocratie, est fondamental.

Ce n’est pas un sujet hors programme, ce n’est pas annexe, ce n’est pas secondaire, c’est le cœur, la condition de tout programme. Aucun programme n’a d’intérêt n’est séduisant ni concret sans démocratie pour la classe qui doit le mettre en œuvre !

La gauche, c’est d’abord une base sociale. Partons toujours de là. Le salariat, 30 millions, 90 % des actifs. Seul le travail crée de la valeur. Nous n’avons que notre force de travail à vendre.

Puis une organisation en partis, syndicats, associations. Tout parti a une nature de classe.

Cette nature de classe s’identifie à partir de sa genèse, avec des critères précis, référence programmatique, forme et continuité organisationnelle, historique, implantation sociale, liens syndicaux, rôle dans les luttes du salariat, électorat.

Sans histoire consciente, expérience transmise, il n’y a pas d’avenir. Soulignons qu’une classe dominée est encore plus attachée, accrochée à ses traditions que la classe dominante. Les partis traditionnels ne disparaissent vraiment que lorsqu’ils sont physiquement remplacés. Sinon ils resurgissent comme le PS après mai 68, comme le PS portugais lors de la révolution des œillets, le PSOE en Espagne, le PASOK…

Et au cours de l’histoire, tous les errements, les trahisons et jusqu’aux contre-révolutions, sont dus à l’absence de démocratie ou aux carences de cette dernière en son sein. La démocratie organisée c’est la vie, c’est le partage, c’est aussi le contrôle.

Sur le dos du salariat en lutte, se sont construits des appareils, c’est inévitable, qui se sont émancipés du respect de l’obligation d’écouter, d’associer et d’incarner fidèlement leurs « bases ». Ces appareils, formels ou informels, ont tendance à réduire ou détruire la démocratie interne pour s’en émanciper et défendre des intérêts bureaucratiques et/ou personnels. Ce sont les appâts et corruptions de la société capitaliste qui produisent immanquablement cette tendance au détriment de la large masse des adhérents ou sympathisants. Mieux vaut donc partir du point de vue qu’aucun parti n’échappe a priori à la formation d’un appareil plus ou moins nocif, il faut non seulement le comprendre, le savoir, éduquer les militants mais avoir des statuts minutieux, vigilants, pour le maitriser et le vaincre.

Ce n’est pas la « forme parti » qu’il faut mettre en cause, c’est l’appareil qu’elle génère. Les instruments « anti appareils » sont précisément ceux que Mélenchon veut supprimer !

Toute l’histoire des combats contre les tyrannies le prouve : pour les actions politiques émancipatrices, les partis sont une conquête, un droit, un instrument vital, indispensable en lien avec leur classe sociale. Non pas en étant « d’avant-garde » ou « substitutistes », mais en étant les plus larges et pluralistes possibles, minutieusement, reflétant le salariat réel. Aux moments les plus décisifs dans les luttes comme dans les urnes, semblable organisation collective structurée est condition d’une action efficace, s’inscrivant dans la durée, permettant mobilisation de masse, élaboration collective, formation de cadres, présence contrôlée dans les institutions, prise du pouvoir.

Pendant 85 pages, Mélenchon se moque des « bureaux politiques » mais c’est pour mieux en être un à lui tout seul.  Il surfe de façon démagogique sur le fait que la « forme-parti » est fortement dépréciée.

C’est certain mais QUI la déprécie ? L’extrême-droite, la droite, l’idéologie dominante, le présidentialisme ! Les écuries présidentielles bonapartistes, façon LREM En Marche Macron ou RN Le Pen. Les tyrannies et toutes les variantes libérales ne veulent pas de partis démocratiques. Et dans la gauche, le passif des appareils cela veut dire bien souvent « bureaucratie, appareil, professionnalisation » Quand les plus démagogues dénigrent la démocratie des partis le résultat est généralement d’asseoir leur pouvoir personnel. La réponse est donc de rechercher la démocratie maximum dans les partis – pas de jeter les partis à la poubelle.

Pour gagner le pouvoir, et gérer une société démocratisée il faut des partis de gauche démocratiques.

On ne verra jamais un parti refusant la démocratie en son sein l’instaurer dans le pays !

Par opposition au capitalisme, société d’exploitation et de compétitivité qui dresse les classes sociales et les humains les uns contre les autres en les mobilisant pour la suprématie et la guerre, le socialisme est une société de partage qui est le produit de la révolte libératrice des travailleurs et travailleurs salariés, rapproche les humains entre eux et les émancipe individuellement tout en leur donnant les moyens matériels et intellectuels de vivre ensemble.

L’existence détermine la conscience, et celle-ci à son tour crée, avec des méthodes démocratiques, les partis démocratiques les modifications de l’existence.

La démocratie s’use dès qu’on ne s’en sert pas. Avec la démocratie, on ne perd jamais de temps, on en gagne.

La démocratie n’est pas verticale, ni césariste, elle est pluraliste, horizontale, participative, de terrain, représentative, précise, scrupuleuse, minutieuse.

La démocratie n’est pas seulement une technique, ce n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode, de l’oxygène ; elle est élément fondamental, la sève du programme de la révolution sociale. Elle fait partie du « but » visé, pas seulement des « moyens » nécessaires de la lutte de classes.

La démocratie est une pédagogie et un instrument permanent d’action, une protection et une surveillance de masse réciproque, un échange matériel garantie d’efficacité. Elle est le cœur, l’énergie de tout programme de révolution sociale et de sa mise en œuvre.

Le salariat opprimé, exploité ne peut se révolter et gagner sans la démocratie maximum qui unit et décuple ses forces.

Dites-le à Mélenchon : la démocratie n’est ni un système nerveux centralisé, ni un système gazeux délètère ; elle ne vient pas « d’ailleurs », pas de « l’extérieur ». Elle n’est pas en dehors de l’action de masse. La démocratie est pensée et se pense, s’organise de façon endogène comme interaction à tous les niveaux, de la base au sommet. Toutes les techniques doivent être à son service : débats nationaux, droits de tendances, de plateformes, de motions, amendements, élections, congrès, votes, élections, contrôle, participation maximale des militants à tous ses niveaux.

Là ou Mélenchon veut tout éteindre excepté la propagation de son « onde rayonnante » nous voulons le bouillonnement, la créativité militante partout.

Qui a peur du débat a peur du socialisme.

Qui a peur des courants mutile la gauche.

Qui croit que lorsque cent fleurs s’épanouissent cela veut dire forcément paperasse, bureaucratie, courriers, guerre de chefs, de postes, paralysie interne, se méprend à 100 % : l’existence de sensibilités, tendances est le produit de la vie sociale et intellectuelle, du salariat, il faut leur donner libre cours, le maximum d’attention et de moyens matériels, elles stimulent la pensée et l’action ! La bureaucratie, la paralysie c’est quand il n’y a qu’un chef, qu’une ligne, qu’une plateforme – que du gaz !

Impossible d’être réformiste ou révolutionnaire sans pousser jusqu’au bout la démocratie. Il n’y a pas deux gauches irréconciliables, pas de gauche « molle » et de gauche « dure », ni de « traitres » face à des radicaux ! Radicaux un jour, traitres le lendemain !  Les mêmes débats traversent tous les partis et tous les syndicats. Il y a une pluralité de gauches : il faut qu’elles se confrontent, s’impulsent, s’associent, se respectent pour qu’en sorte la meilleure action possible. Les militants ne sont pas des robots ni des passereaux au service d’une plateforme ou d’une murmuration, le but est qu’ils soient des acteurs conscients. La « base » n’est pas réductible aux colleurs d’affiches, aux distributeurs de tracts, au relai des chants, des symboles, des jeux de mots, des « consignes » venues d’en haut ! C’est une praxis, un brassage d’expériences, une expérimentation intellectuelle commune qui homogénéise, intègre, développe, cultive, élève en respectant à l’infini méticuleusement toutes les sensibilités. Qualifier les tendances, courants, sensibilités d’obsolètes et nuisibles, c’est un attentat contre la démocratie, une extinction des feux de l’intelligence collective.

En mai-juin 68, dix millions de salariés en grève ont plus appris en quelques jours et en quelques semaines qu’en plusieurs mois, voire en plusieurs années. C’est en se mélangeant que les meilleures idées gagnent la masse. Il y a manqué l’efficacité d’un grand parti démocratique pluraliste et unitaire, capable d’ouvrir une issue politique à la grève générale. Il a fallu une décennie pour en arriver à l’effet différé (et différent) de la prise de pouvoir par Mitterrand et le PS.

La démocratie c’est l’apprentissage vécu de la généralisation de l’égalité des droits, de la Commune à l’Assemblée nationale. C’est l’insurrection sociale qui génère l’insurrection civique, pas l’inverse. Ça vient d’en bas, ça vient du ventre. Libérée et démocratisée par sa classe principale majoritaire, la société peut alors créer plus, innover plus, produire plus, redistribuer toujours mieux, faire face aux plus grands défis, à tous les besoins collectifs sociaux et écologiques.

Voilà pourquoi nous sommes absolument contre la théorie de « mouvement-gazeux-avec-chef » de Mélenchon et pour construire un grand parti avec un nouveau congrès du Globe comme celui de Jaurès en 1905, une grande maison commune, totalement pluraliste et loyalement démocratique, de toute la gauche sur un programme comme celui de la NUPES/NFP avec le maximum de règles démocratiques. C’est la mobilisation la plus forte possible des larges masses qui en garantira la réussite et inversement.

Gérard Filoche (suite 5 à venir : dernière partie théorie de la désunion et règne personnel)

 

 

 

5° conclusion

Les conséquences des 85 pages de « cadres théoriques » de Mélenchon

Théorie de la désunion et règne personnel

Certains lecteurs disent que ce fameux bréviaire théorique que Mélenchon a donné à LFI « tombe des mains à la lecture » et qu’il ne mérite pas tant d’attention. Il est vrai qu’on peut se demander pourquoi l’auteur a tant tenu lui-même solennellement à « synthétiser les principes fondamentaux, les cadres théoriques et les modalités opérationnelles de la France insoumise, tels qu’exposés dans les réflexions de ses membres fondateurs. (sic). C’est tout sauf une synthèse. Pour ceux qui ne liront que les titres de chapitres, ils sont redondants et étranges à la fois dans leur désordre. Et il faut le dire, à part le résumé de 4 pages (dont on dit qu’il est de chatGPT, et il est vrai qu’il met en relief avec efficacité tous les défauts du texte), ces 85 pages sont indigestes.

D’autres lecteurs glissent dessus avec indulgence, distance, indifférence et feignent de ne n’y voir aucun mal du point de vue théorique. Une simple tentative de « rénover » les idées. Un non-événement. On ignore. On s’ennuie. Pas de quoi fouetter un chat. Néophytes ou naïfs, ils ont bien tort. Non ! Il est impossible de laisser passer comme si c’était des banalités toutes ces liquidations du marxisme et de ne pas mesurer les résultats concrets de ces hérésies du point de vue du rôle politique que Mélenchon joue aujourd’hui. Quand y a théorie, y a conséquences !

Sa façon de révoquer le passé (échec et fin du mouvement ouvrier, échec et fin des partis traditionnels, fin du prolétariat/salariat remplacé par un nouveau peuple agrégat social aux contours flous, analyse d’un capitalisme émietté balkanisé ou les collectifs de travail sont explosés, où les rapports de production ne sont plus déterminants, révolution civique citoyenne par étapes encadrées, rejet des principes et normes élémentaires de la démocratie, marginalisation des syndicats) ajoutée à sa façon de tracer, projeter en conclusion un étrange et incertain monde « en harmonie » (sic) au consensus et sans votes (basé de façon ésotérique, sur un mouvement gazeux, sur les réseaux sociaux, la circulation, la consommation, inspiré par un changement permanent à ondes rayonnantes, par une infiltration moléculaire (sic) dans la société, permettant, dans la discrétion, une osmose, une murmuration du nouveau peuple) doit être au moins être qualifiée de projet démiurgique dangereux.

Affirmons qu’il s’agit ni plus ni moins que de la théorisation définitive de la désunion de la classe sociale révolutionnaire et de la gauche d’une part, et d’autre part, d’une lourde description de l’avènement caché, rampant, réellement délirant d’un pouvoir personnel, bonapartiste, d’essence totalitaire, façon Big Brother.

Derrière le vide statutaire de LFI, derrière l’absence de règles, derrière les ondes rayonnantes, se cachent forcément manipulation et totalitarisme.

« Les enfants de mai 2005 »

Une des plus spectaculaires manipulations qui s’appuie à la fois sur l’éradication de l’histoire réelle, sur une méthode sciemment déformée de lecture des événements, et une interprétation manipulée d’incroyable façon, est incontestablement dans les chapitres où Mélenchon décrit la naissance de LFI et sa propre rupture avec le PS : « les enfants de mai 2005 » !

Rappelons aux lecteurs que Mélenchon ayant rompu avec une analyse par classe sociale, et n’ayant jamais étudié les appareils des partis de la gauche, se prive de tout grille scientifique. Lénine lui, parlait déjà de « parti ouvrier bourgeois » notamment pour le parti travailliste britannique et le « lloydgeorgisme » c’est-à-dire s’efforçait de décrire ce qu’était un grand parti social-démocrate « embourgeoisé » dont la tête dirigeante et pensante était happée par les ors de l’état bourgeois, et dont la basse restait « ouvrière » ce qui soumettait semblable parti à des contradictions permanentes, traversé par la lutte de classes. Dans cette tradition de pensée, tout parti a une « nature de classe » et pour la caractériser, il importe de prendre en compte un certain nombre de critères : genèse du parti, références théoriques et politiques générales du parti, continuité organisationnelle, base sociale, électorale, liens avec les syndicats et associations, rôle dans les luttes de classes. Ces critères sont matérialistes, ils survivent et dépassent les errements de l’appareil dirigeant, y compris quand celui-ci trahit manifestement les intérêts de la classe dont il est issu, sans cesser pour autant de l’en faire dépendre. A la différence des partis bourgeois qui n’ont pas de compte à rendre au salariat, ces « parti ouvriers-bourgeois » en ont. Dès lors la bonne stratégie à leur égard, y compris pour démasquer les forfaitures de leurs dirigeants est la mise en œuvre d’une stratégie de front unique, qui les inclue, et les dépasse. La force du front unique, au sommet et à la base, est de les entrainer à gauche et par la dynamique de l’union favoriser l’essor du mouvement social.

Chacun comprend que Mélenchon s’étant privé dans son propre appareil conceptuel de toute théorie et analyse de la nature de classe des PS (Labour, SPD, PS, PSOE, Pasok, PS portugais…) n’a plus pour boussole que des appréciations très subjectives et très évolutives des circonvolutions des dirigeants. C’est ainsi qu’il date le changement de nature du PS entre 2005 et 2008 en France, disons-le sans caricature quand lui, Mélenchon le quitte.

Oui, Mélenchon aurait pu avoir un regard historique sur la SFIO de 1914 qui trahit avec toute la II° internationale, s’engageant dans la guerre que combattait Jean   Jaurès, et votant les crédits de guerre. Il aurait pu partir de l’importance de la trahison de Guy Mollet, des « pouvoirs spéciaux », de la guerre d’Algérie (500 000 morts), de l’avènement de la V° république, de l’éclatement de la SFIO, du PSA, UGS, CIR, FGDS, PSU… Il aurait pu comme le font tant de militants du PCF, renvoyer cela au tournant de la rigueur en 1983, des gouvernements Mauroy puis Fabius. Mais n’était-il pas membre de ce parti aux successives directions « traitres » de 1975 à 2008 ?  N’était-il pas actif et engagé dans la direction Rocard au moment où celle-ci s’attaquait à la sécurité sociale basée sur le travail et le salaire par la CSG (cotisation sociale généralisée) ?  (et il défendit la fiscalisation de la Sécu jusqu’en 2019 !) ? Était-ce par tactique ? Quel était son projet quand il était dans la Gauche socialiste ? Comment voyait-il alors la nature de ce parti dont il était membre, actif, dirigeant, sénateur, puis ministre ?

Il aurait pu trouver dans l’histoire des coupures épistémologiques autrement plus importantes et sérieuses que celle qu’il invente entre 2005 et 2008, moment où il part. Et si le PS est passé de l’autre côté (?), définitivement « traitre » pourquoi faire la NUPES en 2022 avec un parti qui a trahi depuis 2005-2008 ? Pourquoi rompre la NUPES et signer le NFP ? Pourquoi rompre le NFP et le qualifier « l’alliance de toxique » en février 2025 ? Pourquoi avoir rompu avec le « front de gauche » parce que le PCF noue des alliances avec le PS aux municipales de 2014 et nouer des alliances LFI-PS dans 60 villes aux municipales de mars 2025 ? Quelle bouillie intellectuelle !

Toujours est-il que Mélenchon choisit de relier la naissance de LFI aux « enfants de mai 2005 » et, là, franchement, cela ne peut paraitre que totalement inconséquent et manipulatoire dans les faits et dans l’esprit à qui connait l’histoire !

Oui, Mélenchon a appartenu à la Gauche socialiste et même au comité de rédaction de sa revue mensuelle D&S, et à ce titre il a combattu au sein du PS sur la question européenne. Auparavant il avait voté  pour Maastricht et ses critères libéraux, puis changé avec la GS/D&S, « en tournant la page de Maastricht », du titre du texte (écrit avec Jean-Jacques Chavigné) présenté à la convention de mars 1996,  qui obtint une spectaculaire majorité de 52 % des voix dans le PS, ensuite en s’opposant aux traités d’Amsterdam, de Nice, puis en fusionnant les courants d’opposition de gauche, NM (Nouveau Monde), NPS (Nouveau Parti socialiste), FM (Force militante) (Halle Carpentier samedi de Pâques 2004) pour le « non au TCE » lors du referendum interne qui se tint le 1er décembre 2004, (42 % de « non » seulement à cause d’une triche intense de la direction Hollande). Comme on sait le « non au TCE » gagna le 29 mai 2005, dans un raz de marée à 55% des voix (en dépit de 90 % de la presse) : le « trio socialiste », Dolez-Filoche-Généreux avait fait campagne pour un « non socialiste » dans 20 régions, 80 meetings, devant 45 000 participants, Mélenchon s’était décidé à faire une autre campagne présentée comme une objection de conscience, « pour moi c’est non », Emmanuelli avait fait un tour de France des délocalisations « cette fois c’est non », Peillon, Montebourg, Hamon n’avaient rien fait. Sans doute de 60 à 80 % des électeurs socialistes avaient voté « non » malgré la direction Hollande qui les méprisait.

Cela aurait pu donner lieu à une Gauche socialiste solidement campée et victorieuse en interne comme en externe au PS, sur le fond, suite à 10 ans de débat, de travail militant sur les questions européennes (nous avions voté contre les traités, non parce qu’ils étaient européens, mais parce qu’ils étaient capitalistes !). Un tel ancrage aurait pu faire du PS français (allié à toute la gauche !) une force singulière capable de freiner les déferlantes libérales que nous connaissions après la défaite de Lionel Jospin de 2002. Il suffisait d’unifier la Gauche socialiste (NM, NPS, FM,..) et il n’était pas impossible de prendre le leadership du PS et de toute la gauche. A condition de faire l’union et de travailler collectivement.

C’est alors que pour le congrès du Mans, qui suivit en octobre 2005, Mélenchon choisit le contraire, non pas de former « les enfants de mai 2005 », non pas d’entrainer un mouvement politique solide et de se fonder sur lui, mais de s’allier à la direction Hollande, et de faire synthèse avec ses « ouiiistes » dans la dernière nuit du congrès à l’arrache à 3 h du matin. Ce retournement fut vécu par les « enfants de mai 2005 » comme une trahison, affaiblit profondément le travail de dix ans de la GS, et contribua à permettre que des dizaines de députés socialistes se sentent plus libres de voter pour le traité de Lisbonne ! Cela redonnera la main aux pro-européens libéraux de Ségolène Royal à François Hollande.

On peut tout raconter sauf qu’il y a un quelconque lien entre « les enfants de mai 2005″ et LFI !

Mélenchon se trouvera minorisé, y compris au sein de la Gauche socialiste (dite « un monde d’avance » avec Emmanuelli Hamon Filoche), au congrès suivant à Reims et partira sur la pointe des pieds, le 8 novembre 2008, par un communiqué expliquant : « Ségolène Royal avait gagné dans les urnes et dans les cœurs » et « le PS allait au Modem comme la rivière allait à la mer ». Ces deux affirmations, justifiant qu’il quitte le PS, se révélèrent fausses comme de bien entendu, et aucun « enfant de mai 2005 » n’y porta jamais attention.

Plus tard, dans un premier essai « Qu’est-ce LFI ? » Mélenchon essaya d’expliquer plus ou moins que c’était au moment où il quittait le PS que celui-ci changeait de nature.

Ne confiez pas à un « réseau social » le soin de dire la vérité façon Mélenchon, ne le laissez pas manipuler l’histoire ainsi : page 44 : « il faut pour le comprendre prendre toute la mesure du paysage dessiné par le référendum de 2005 en France. Car au total, le fil conducteur de l’histoire des insoumis commence et se poursuit comme conséquence de ce vote (de 2005). « Le Front de gauche » puis la « France insoumise » ont assumé de prolonger son contenu politique comme base de leur programme. » (sic)

Et, pardonnez la longue citation, mais il fonde toute la suite sur ce terrible mensonge : « Les programmes présidentiels de 2012 (« l’humain d’abord ») et de 2017 (« l’Avenir en commun ») confirment le refus des fondements du traité de Lisbonne comme base et cadre de leurs propositions gouvernementales. C’est-à-dire notamment : « la concurrence libre et non faussée » et le « libre-échangisme commercial ». Dans la suite, c’est la raison pour laquelle la France insoumise a toujours mis l’accent sur le contenu de son programme en exigeant la conclusion en bonne et due forme d’un accord de programme à la base de ses accords électoraux. Ce furent, en 2022, les 650 mesures du « programme partagé » de l’accord NUPES pour les candidatures communes du premier tour des législatives. Puis, ce furent les 340 mesures de l’accord du « Nouveau Front Populaire » en 2024 »

La guerre du vocabulaire :

Conseillons au lecteur du document théorique de 85 pages de Mélenchon rédigé comme, rappelons-le, comme « synthése des principes fondamentaux, des cadres théoriques et des modalités opérationnelles de la France insoumise, tels qu’exposés dans les réflexions de ses membres fondateurs » de le relire attentivement ils y trouveront d’autres perles que celles que nous avons eu la place de relever ici.

Mais puisqu’il faut finir, il y a un régal supplémentaire : celui de la lecture uniquement à travers les titres des chapitres !

Parmi les meilleurs, en résumé : L’outil fait la main. Le mouvement ouvrier a échoué. L’onde du message. Le centralisme téléphonique. Tous connectés. Nouveau centre de gravité. Former un réseau social autonome. Rapport de force numérique. La murmuration révolutionnaire. L’adaptation permanente. Le nouveau monde émietté. Nouvel agrégat social. Marcher fait le chemin. La forme onde. L’osmose. La guerre du vocabulaire. Vers l’harmonie.

Mélenchon parle de la murmuration révolutionnaire du peuple, et choisit de conclure sur la « guerre du vocabulaire ».

La guerre des mots est décisive, insiste-t-il.

De quoi prendre au sérieux cette façon de voir son sujet de prédilection : le peuple agrégat social, agglomérat, îlot, amas, assemblage, concrétion. Imaginez son action de murmurer comme un nuage. « Murmuration » phénomène où des milliers d’oiseaux, (ou de sardines) disons des étourneaux sansonnets, volent ensemble en figures mouvantes, fluides et synchronisées dans le ciel (ou la mer). On imagine le peuple et le mouvement LFI infiltré moléculaire dans ce spectacle à la fois visuel et sensoriel, riche en circonvolution.

Par le passé, Mélenchon avait décrit le mouvement gazeux LFI comme un système nerveux.

Sans doute a-t-il renoncé à cette guerre du vocabulaire-là, car on lui avait fait observer que le système nerveux était constitué de 2 parties distinctes : le système nerveux périphérique (nerfs) et le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Et il était trop difficile de faire croire que ce dernier n’existait pas, que tout était spontané, que l’ensemble du système et de sa murmuration, n’avait pas de chef masqué. Chut !

Gerard Filoche (achevé le 11 juin 2026)

 

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5° conclusion Les conséquences des 85 pages de « cadres théoriques » de Mélenchon

Théorie de la désunion et règne personnel

Certains lecteurs disent que ce fameux bréviaire théorique que Mélenchon a donné à LFI « tombe des mains à la lecture » et qu’il ne mérite pas tant d’attention. Il est vrai qu’on peut se demander pourquoi l’auteur a tant tenu lui-même solennellement à « synthétiser les principes fondamentaux, les cadres théoriques et les modalités opérationnelles de la France insoumise, tels qu’exposés dans les réflexions de ses membres fondateurs. (sic). C’est tout sauf une synthèse. Pour ceux qui ne liront que les titres de chapitres, ils sont redondants et étranges à la fois dans leur désordre. Et il faut le dire, à part le résumé de 4 pages (dont on dit qu’il est de chatGPT, et il est vrai qu’il met en relief avec efficacité tous les défauts du texte), ces 85 pages sont indigestes.

D’autres lecteurs glissent dessus avec indulgence, distance, indifférence et feignent de ne n’y voir aucun mal du point de vue théorique. Une simple tentative de « rénover » les idées. Un non-événement. On ignore. On s’ennuie. Pas de quoi fouetter un chat. Néophytes ou naïfs, ils ont bien tort. Non ! Il est impossible de laisser passer comme si c’était des banalités toutes ces liquidations du marxisme et de ne pas mesurer les résultats concrets de ces hérésies du point de vue du rôle politique que Mélenchon joue aujourd’hui. Quand y a théorie, y a conséquences !

Sa façon de révoquer le passé (échec et fin du mouvement ouvrier, échec et fin des partis traditionnels, fin du prolétariat/salariat remplacé par un nouveau peuple agrégat social aux contours flous, analyse d’un capitalisme émietté balkanisé ou les collectifs de travail sont explosés, où les rapports de production ne sont plus déterminants, révolution civique citoyenne par étapes encadrées, rejet des principes et normes élémentaires de la démocratie, marginalisation des syndicats) ajoutée à sa façon de tracer, projeter en conclusion un étrange et incertain monde « en harmonie » (sic) au consensus et sans votes (basé de façon ésotérique, sur un mouvement gazeux, sur les réseaux sociaux, la circulation, la consommation, inspiré par un changement permanent à ondes rayonnantes, par une infiltration moléculaire (sic) dans la société, permettant, dans la discrétion, une osmose, une murmuration du nouveau peuple) doit être au moins être qualifiée de projet démiurgique dangereux.

Affirmons qu’il s’agit ni plus ni moins que de la théorisation définitive de la désunion de la classe sociale révolutionnaire et de la gauche d’une part, et d’autre part, d’une lourde description de l’avènement caché, rampant, réellement délirant d’un pouvoir personnel, bonapartiste, d’essence totalitaire, façon Big Brother.

Derrière le vide statutaire de LFI, derrière l’absence de règles, derrière les ondes rayonnantes, se cachent forcément manipulation et totalitarisme.

« Les enfants de mai 2005 »

Une des plus spectaculaires manipulations qui s’appuie à la fois sur l’éradication de l’histoire réelle, sur une méthode sciemment déformée de lecture des événements, et une interprétation, est incontestablement dans les chapitres où Mélenchon décrit la naissance de LFI et sa propre rupture avec le PS : « les enfants de mai 2005 » !

Rappelons aux lecteurs que Mélenchon ayant rompu avec une analyse par classe sociale, et n’ayant jamais étudié les appareils des partis de la gauche, se prive de tout grille d’étude scientifique. Lénine lui, parlait déjà de « parti ouvrier bourgeois » notamment pour le parti travailliste britannique et le « lloydgeorgisme » c’est-à-dire s’efforçait de décrire ce qu’était un grand parti social-démocrate « embourgeoisé » dont la tête dirigeante et pensante était happée par les ors de l’état bourgeois, et dont la basse restait « ouvrière » ce qui soumettait semblable parti à des contradictions permanentes, traversé par la lutte de classes. Dans cette tradition de pensée, tout parti a une « nature de classe » et pour la caractériser, il importe de prendre en compte un certain nombre de critères : genèse du parti, références théoriques et politiques générales du parti, continuité organisationnelle, base sociale, électorale, liens avec les syndicats et associations, rôle dans les luttes de classes. Ces critères sont matérialistes, ils survivent et dépassent les errements de l’appareil dirigeant, y compris quand celui-ci trahit manifestement les intérêts de la classe dont il est issu, sans cesser pour autant de l’en faire dépendre. A la différence des partis bourgeois qui n’ont pas de compte à rendre au salariat, ces « parti ouvriers-bourgeois » en ont. Dès lors la bonne stratégie à leur égard, y compris pour démasquer les forfaitures de leurs dirigeants est la mise en œuvre d’une stratégie de front unique, qui les inclue, et les dépasse. La force du front unique, au sommet et à la base, est de les entrainer à gauche et par la dynamique de l’union favoriser l’essor du mouvement social.

Chacun comprend que Mélenchon s’étant privé dans son propre appareil conceptuel de toute théorie et analyse de la nature de classe des PS (Labour, SPD, PS, PSOE, Pasok, PS portugais…) n’a plus pour boussole que des appréciations très subjectives et très évolutives des circonvolutions des dirigeants. C’est ainsi qu’il date le changement de nature du PS entre 2005 et 2008 en France, disons-le sans caricature quand lui, Mélenchon le quitte.

Oui, Mélenchon aurait pu avoir un regard historique sur la SFIO de 1914 qui trahit avec toute la II° internationale, s’engageant dans la guerre que combattait Jean   Jaurès, et votant les crédits de guerre. Il aurait pu partir de l’importance de la trahison de Guy Mollet, des « pouvoirs spéciaux », de la guerre d’Algérie (500 000 morts), de l’avènement de la V° république, de l’éclatement de la SFIO, du PSA, UGS, CIR, FGDS, PSU… Il aurait pu comme le font tant de militants du PCF, renvoyer cela au tournant de la rigueur en 1983, des gouvernements Mauroy puis Fabius. Mais n’était-il pas membre de ce parti aux successives directions « traitres » de 1975 à 2008 ?  N’était-il pas actif et engagé dans la direction Rocard au moment où celle-ci s’attaquait à la sécurité sociale basée sur le travail et le salaire par la CSG (cotisation sociale généralisée) ?  (et il défendit la fiscalisation de la Sécu jusqu’en 2019 !) ? Était-ce par tactique ? Quel était son projet quand il était dans la Gauche socialiste ? Comment voyait-il alors la nature de ce parti dont il était membre, actif, dirigeant, sénateur, puis ministre ?

Il aurait pu trouver dans l’histoire des coupures épistémologiques autrement plus importantes et sérieuses que celle qu’il invente entre 2005 et 2008, moment où il part. Et si le PS est passé de l’autre côté (?), définitivement « traitre » pourquoi faire la NUPES en 2022 avec un parti qui a trahi depuis 2005-2008 ? Pourquoi rompre la NUPES et signer le NFP ? Pourquoi rompre le NFP et le qualifier « l’alliance de toxique » en février 2025 ? Pourquoi avoir rompu avec le « front de gauche » parce que le PCF noue des alliances avec le PS aux municipales de 2014 et nouer des alliances LFI-PS dans 60 villes aux municipales de mars 2025 ? Quelle bouillie intellectuelle !

Toujours est-il que Mélenchon choisit de relier la naissance de LFI aux « enfants de mai 2005 » et, là, franchement, cela ne peut paraitre que totalement inconséquent et manipulatoire dans les faits et dans l’esprit à qui connait l’histoire !

Oui, Mélenchon a appartenu à la Gauche socialiste et même au comité de rédaction de sa revue mensuelle D&S, et à ce titre il a combattu au sein du PS sur la question européenne. D’abord en votant pour Maastricht et ses critères libéraux, ensuite avec D&S, « en tournant la page de Maastricht », du titre du texte (écrit avec Jean-Jacques Chavigné) de la GS qui obtint une spectaculaire majorité de 52 % des voix dans le PS en mars 1996, ensuite en s’opposant aux traités d’Amsterdam, de Nice, puis en fusionnant les courants d’opposition de gauche, NM (Nouveau Monde), NPS (Nouveau Parti socialiste), FM (Force militante) pour le « non au TCE » lors du referendum interne du 1er décembre 2004, (40 % de « non » seulement à cause d’une triche intense de la direction Hollande). Comme on sait le « non au TCE » gagna le 29 mai 2005, dans un raz de marée à 55% des voix (en dépit de 90 % de la presse) : le « trio socialiste », Dolez-Filoche-Généreux avait fait campagne pour un « non socialiste » dans 20 régions, 80 meetings, devant 45 000 participants, Mélenchon s’était décidé à faire une autre campagne présentée comme une objection de conscience, « pour moi c’est non », Emmanuelli avait fait un tour de France des délocalisations « cette fois c’est non », Peillon, Montebourg, Hamon n’avaient rien fait. Sans doute de 60 à 80 % des électeurs socialistes avaient voté « non » malgré la direction Hollande qui les méprisait.

Cela aurait pu donner lieu à une Gauche socialiste solidement campée et victorieuse en interne comme en externe au PS, sur le fond, suite à 10 ans de débat, de travail militant sur les questions européennes (nous avions voté contre les traités, non parce qu’ils étaient européens, mais parce qu’ils étaient capitalistes !). Un tel ancrage aurait pu faire du PS français (allié à toute la gauche !) une force singulière capable de freiner les déferlantes libérales que nous connaissions après la défaite de Lionel Jospin de 2002. Il suffisait d’unifier la Gauche socialiste (NM, NPS, FM,..) et il n’était pas impossible de prendre le leadership du PS et de toute la gauche. A condition de faire l’union et de travailler collectivement.

C’est alors que pour le congrès du Mans, qui suivit en octobre 2005, Mélenchon choisit le contraire, non pas de former « les enfants de mai 2005 », non pas d’emporter un mouvement politique et de se fonder sur lui, mais de s’allier à la direction Hollande, et de faire synthèse avec ses « ouiiistes ». Ce retournement fut vécu par les « enfants de mai 2005 » comme une trahison, affaiblit profondément le travail de dix ans de la GS, et contribua à permettre que des dizaines de députés socialistes se sentent plus libres de voter pour le traité de Lisbonne ! Cela redonnera la main aux pro-européens libéraux de Ségolène Royal à François Hollande.

Mélenchon se trouvera minorisé au congrès suivant à Reims et partira sur la pointe des pieds, le 8 novembre 2008, par un communiqué expliquant : « Ségolène Royal avait gagné dans les urnes et dans les cœurs » et « le PS allait au Modem comme la rivière allait à la mer ». Ces deux affirmations, justifiant qu’il quitte le PS, se révélèrent fausses comme de bien entendu, et aucun « enfant de mai 2005 » n’y porta jamais attention.

Plus tard, dans un premier essai « Qu’est-ce LFI ? » Mélenchon essaya d’expliquer que c’était au moment où il quittait le PS que celui-ci changeait de nature.

Ne confiez pas à un « réseau social » le soin de dire la vérité façon Mélenchon, ne le laissez pas manipuler l’histoire ainsi : page 44 : « il faut pour le comprendre prendre toute la mesure du paysage dessiné par le référendum de 2005 en France. Car au total, le fil conducteur de l’histoire des insoumis commence et se poursuit comme conséquence de ce vote (de 2005). « Le Front de gauche » puis la « France insoumise » ont assumé de prolonger son contenu politique comme base de leur programme. » (sic)

Et, pardonnez la longue citation, mais il fonde toute la suite sur ce terrible mensonge : « Les programmes présidentiels de 2012 (« l’humain d’abord ») et de 2017 (« l’Avenir en commun ») confirment le refus des fondements du traité de Lisbonne comme base et cadre de leurs propositions gouvernementales. C’est-à-dire notamment : « la concurrence libre et non faussée » et le « libre-échangisme commercial ». Dans la suite, c’est la raison pour laquelle la France insoumise a toujours mis l’accent sur le contenu de son programme en exigeant la conclusion en bonne et due forme d’un accord de programme à la base de ses accords électoraux. Ce furent, en 2022, les 650 mesures du « programme partagé » de l’accord NUPES pour les candidatures communes du premier tour des législatives. Puis, ce furent les 340 mesures de l’accord du « Nouveau Front Populaire » en 2024 »

La guerre du vocabulaire :

Conseillons au lecteur du document théorique de 85 pages de Mélenchon rédigé comme, rappelons-le, comme « synthése des principes fondamentaux, des cadres théoriques et des modalités opérationnelles de la France insoumise, tels qu’exposés dans les réflexions de ses membres fondateurs » de le relire attentivement ils y trouveront d’autres perles que celles que nous avons eu la place de relever ici.

Mais puisqu’il faut finir, il y a un régal supplémentaire : celui de la lecture à travers les titres des chapitres !

Parmi les meilleurs, en résumé : L’outil fait la main. Le mouvement ouvrier a échoué. L’onde du message. Le centralisme téléphonique. Tous connectés. Nouveau centre de gravité. Former un réseau social autonome. Rapport de force numérique. La murmuration révolutionnaire. L’adaptation permanente. Le nouveau monde émietté. Nouvel agrégat social. Marcher fait le chemin. La forme onde. L’osmose. La guerre du vocabulaire. Vers l’harmonie.

Mélenchon parle de la murmuration révolutionnaire du peuple, et choisit de conclure sur la « guerre du vocabulaire ».

La guerre des mots est décisive, insiste-t-il.

De quoi prendre au sérieux cette façon de voir son sujet de prédilection : le peuple agrégat social, agglomérat, îlot, amas, assemblage, concrétion. Imaginez son action de murmurer comme un nuage. « Murmuration » phénomène où des milliers d’oiseaux, disons des étourneaux sansonnets, volent ensemble en figures mouvantes, fluides et synchronisées dans le ciel. On imagine le peuple et le mouvement LFI infiltré moléculaire dans ce spectacle à la fois visuel et sensoriel, riche en circonvolution.

Par le passé, Mélenchon avait décrit le mouvement gazeux LFI comme un système nerveux.

Sans doute a-t-il renoncé à cette guerre du vocabulaire-là, car on lui avait fait observer que le système nerveux était constitué de 2 parties distinctes : le système nerveux périphérique (nerfs) et le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Et il était trop difficile de faire croire que ce dernier n’existait pas, que tout était spontané, que l’ensemble du système et de sa murmuration, n’avait pas de chef masqué. Chut !

Gerard Filoche (achevé le 11 juin 2026)

Partie 5 :  14 442

 

Quatrième partie des innovations théoriques de Mélenchon :

Quatrième partie : des innovations théoriques de Mélenchon :

Partis obsolètes, mouvement gazeux, démocratie nuisible

Quand, dans son document théorique « Comment faire ? » publié pour les 10 ans de LFI, Mélenchon balaie toutes les leçons intéressantes du passé, la raison en est que cela lui permet ensuite d’imposer sa pensée démiurgique au monde nouveau qu’il invente. Il efface le passé, l’histoire, les partis et il tisse une toile où le pouvoir anonyme est « discret », jamais nommé, mais il n’est autre que lui-même. C’est une fantastique théorisation du fonctionnement bonapartiste de LFI et de son monde.

En matière d’exemples historiques, Mélenchon choisit, en 85 pages d’aborder un peu dans le désordre, un nombre limité de thèmes : la Révolution russe et le congrès de Tours, Blum, la « vague » de gauche qu’il appelle le « renouveau latino » en Amérique latine des années 2000, les « enfants du non » en 2005.

Jamais il n’analyse la révolution en Russie (il dit quand même que c’est un « coup de force »), ni les rapports de classes, ni les débats décisifs des quatre premiers congres de l’Internationale communiste, ni la guerre civile ni la contre-révolution en Russie, ni la dictature bureaucratique stalinienne, le Goulag, la résistance de l’opposition de gauche et des trotskistes, les procès, massacres, exécutions de masses, ni de la théorie du socialisme dans un seul pays, ni de l’impact du Comintern stalinisé dans le monde entier ! Non il prend soin de tout résumer au fait que l’échec soit le fait du parti d’avant-garde, du « substitutisme » du « parti révolutionnaire professionnel » de la dictature du parti, « parti-état » concluant : « c’est la forme du parti qui est le seul débat ». Il ne dit rien de la « longue marche » de la révolution paysanne de Mao Tse Toung qui écrasa les « soviets » d’ouvriers en arrivant dans les villes, ni de la nature capitaliste de l’actuel régime chinois.

En France, il ne parle ni de la Commune, ni de 1905, il n’analyse pas la nature de classe de l’alliance du Front populaire, ni la Libération, ni mai 68, ni ne décrit les grèves générales de masse, ni ce que peut apporter la gauche unie au pouvoir ni ce qu’elle bloque. Il se concentre sur la scission du congrès de Tours, et sur Léon Blum essentiellement, quitte à surprendre, pour confirmer que la « forme parti » est bien la clef de tous les problèmes : « sur ce point Blum n’a aucune divergence avec le léninisme. L’écart est immense entre la fable sur « le réformisme » de Blum et la réalité de son discours. » Il écarte tout débat sur réforme et révolution, ne cite jamais Rosa Luxembourg, cite Blum : « La différence tient, comme je vous l’ai dit, à nos divergences sur l’organisation et sur la conception révolutionnaire. Dictature exercée par le Parti, oui, mais par un parti organisé comme le nôtre, et non pas comme le vôtre. »

A partir de là (donc même bien avant les changements du capitalisme dont il fait l’analyse 10 ans après) tout est la faute aux partis substitutistes. « Le parti devient le conservatoire d’un projet global alors même qu’il ne le met pas en œuvre quand il exerce le pouvoir ». Donc le parti et la classe (!) qui devaient être les accoucheurs du socialisme par l’histoire ont échoué dans cette tâche ».

À partir de là, haro sur les « partis-guides » : ils sont incapables d’épouser leur époque, verticaux, hiérarchisés, bureaucratiques, dominés par la concurrence des chefs et des courants, avec des cartes de membres cotisants obligatoires, des courriers, des réunions physiques, de la paperasse, et ils gèrent le système !

Les partis, comme la classe, c’est fini !

Mélenchon a inventé d’autres méthodes de fonctionnement, « totalement nouvelles par rapport aux pratiques des partis traditionnels ». « Nous avons donc inventé le tirage au sort des membres d’instances d’animation, le mandat populaire, les boucles de messagerie qui dirigent, les votes électroniques en ligne et combien d’autres choses. Chaque fois sont annulées les contraintes de temps et d’espace par le contact numérique comme le permettent les techniques de notre temps. »

Les boucles de messagerie qui dirigent !

Alors que nous savons tous historiquement que la gauche est pluraliste, multiple, vivante, bouillonnante, reflet de la vie intellectuelle intense du salariat exploité, traversée de débats créatifs et d’actions audacieuses en permanence qui font surgir dans ses rangs les forces vives, Mélenchon  n’a pas de mots assez violents pour combattre l’existence obsolète de sensibilités, de courants, de plateformes, de tendances : selon lui c’est fétichiste, ça correspond à des « partis dans le parti », a des nuisances pour l’âpre partage des postes, qui fonctionnent comme un mode d’arbitrage de conflits internes sans aucun lien avec les questions posées par la société ». Quoiqu’il ne dise pas du tout comment se règlent ces conflits internes, ni les élections des dirigeants, ni les arbitrages ni comment se prennent les décisions !  Sauf peut-être par une phrase sibylline : « le mouvement insoumis règle essentiellement cette question par son adhésion permanente au contenu d’un programme lui-même mis en débat de façon permanente » (sic).

Il faut se frotter les yeux en citant ce baratin pour y croire : comme un camelot, il vante un mouvement gazeux (?), polycentrique, horizontal, par consensus autour du programme (lequel est en débat permanent – sic ?), adhésion par l’action (?), dons libres, plateformes numériques ad hoc, action populaire via des réseaux d’interdépendance complexes (!), éclaireur, lanceur d’alerte, la révolution n’est pas faite par le parti mais par le peuple lui-même. L’onde de la communication fonctionne comme une « propagation rayonnante » (sic), de la coordination nationale vers les boucles départementales et les groupes d’action, (donc de haut en bas, qui décide les ordres initiaux ?) permettant une réaction quasi instantanée aux événements. Le mouvement est structuré pour maximiser l’action et minimiser les luttes de pouvoir internes ! (il y en a donc !) Par infiltration moléculaire dans la société (on croirait une secte). Autonomie d’action totale, tant que le programme est respecté (mais qui décide de ça, comment le sait-on ?) La Coordination des Espaces : (qui la nomme ?)  Organe opérationnel qui fédère les différents secteurs : luttes sociales, élections, jeunesse, formation. Refus du modèle « bureau politique » (qu’est-ce donc ? Un bureau pas politique ? Si pas politique, pas de bureau, qui « décide ?) ; les membres sont désignés (par qui ? comment ?) pour leur activité concrète et leur disponibilité (leur discipline ? leur soumission, leur efficacité ? leur suivisme ?). La discrétion (le secret ?) est érigée en bien commun pour permettre un travail collectif efficace »

Voilà Lénine devenu chef de boucle de messagerie. On comprend là qu’il n’y a plus de démocratie, pas de débats nationaux organisés, pas de congrès, pas d’élections, pas de direction élue, pas de contrôle ni politique, ni financier, pas de statuts, et si « c’est la boucle de messagerie qui décide » (sic), c’est celui qui a créé la boucle qui détient tout. Mélenchon proteste d’ailleurs contre « tweeter » qui avait exclu Trump, alors il en tire conclusion qu’il veut une boucle où c’est lui qui pourra exclure !

En novembre 2023 quand éclate un conflit interne à propos du comportement familial d’Adrien Quatennens, Mélenchon adresse un SMS à Alexis Corbière (un des cofondateurs de LFI, son alter ego depuis 20 ans) et lui dit « je t’interdis de m’adresser dorénavant la parole ». Corbiere sera viré sans motif, sans écrit, sans débat, sans procédure, sans recours, tout comme Danielle Simonnet qui recevra un SMS à 23 h 23 pour lui indiquer que sa candidature ne sera pas renouvelée.

Les purges laides et odieuses en ont découlé sans motif, sans débat, sans procédure, sans recours. Les prétextes les plus divers ont été inventés a posteriori sans que les intéressés ne puissent les contester vu qu’ils avaient été « déconnectés » comme chez Uber, sans même un procès en bonne et due forme. Ainsi dans un « mouvement gazeux » s’imposent des méthodes plus brutales plus centralistes que dans un parti organisé avec des statuts démocratiques.

Sans démocratie pas de socialisme ! Sans parti démocratique non plus

Ce débat CONTRE la théorie et la pratique de Mélenchon, niant la démocratie, est fondamental.

Ce n’est pas un sujet hors programme, ce n’est pas annexe, ce n’est pas secondaire, c’est le cœur, la condition de tout programme. Aucun programme n’a d’intérêt n’est séduisant ni concret sans démocratie pour la classe qui doit le mettre en œuvre !

La gauche, c’est d’abord une base sociale. Partons toujours de là. Le salariat, 30 millions, 90 % des actifs. Seul le travail crée de la valeur. Nous n’avons que notre force de travail à vendre.

Puis une organisation en partis, syndicats, associations. Tout parti a une nature de classe.

Cette nature de classe s’identifie à partir de sa genèse, avec des critères précis, référence programmatique, forme et continuité organisationnelle, historique, implantation sociale, liens syndicaux, rôle dans les luttes du salariat, électorat.

Sans histoire consciente, expérience transmise, il n’y a pas d’avenir. Soulignons qu’une classe dominée est encore plus attachée, accrochée à ses traditions que la classe dominante. Les partis traditionnels ne disparaissent vraiment que lorsqu’ils sont physiquement remplacés. Sinon ils resurgissent comme le PS après mai 68, comme le PS portugais lors de la révolution des œillets, le PSOE en Espagne, le PASOK…

Et au cours de l’histoire, tous les errements, les trahisons et jusqu’aux contre-révolutions, sont dus à l’absence de démocratie ou aux carences de cette dernière en son sein. La démocratie organisée c’est la vie, c’est le partage, c’est aussi le contrôle.

Sur le dos du salariat en lutte, se sont construits des appareils, c’est inévitable, qui se sont émancipés du respect de l’obligation d’écouter, d’associer et d’incarner fidèlement leurs « bases ». Ces appareils, formels ou informels, ont tendance à réduire ou détruire la démocratie interne pour s’en émanciper et défendre des intérêts bureaucratiques et/ou personnels. Ce sont les appâts et corruptions de la société capitaliste qui produisent immanquablement cette tendance au détriment de la large masse des adhérents ou sympathisants. Mieux vaut donc partir du point de vue qu’aucun parti n’échappe a priori à la formation d’un appareil plus ou moins nocif, il faut non seulement le comprendre, le savoir, éduquer les militants mais avoir des statuts minutieux, vigilants, pour le maitriser et le vaincre.

Ce n’est pas la « forme parti » qu’il faut mettre en cause, c’est l’appareil qu’elle génère. Les instruments « anti appareils » sont précisément ceux que Mélenchon veut supprimer !

Toute l’histoire des combats contre les tyrannies le prouve : pour les actions politiques émancipatrices, les partis sont une conquête, un droit, un instrument vital, indispensable en lien avec leur classe sociale. Non pas en étant « d’avant-garde » ou « substitutistes », mais en étant les plus larges et pluralistes possibles, reflétant le salariat réel. Aux moments les plus décisifs dans les luttes comme dans les urnes, semblable organisation collective structurée est condition d’une action efficace, s’inscrivant dans la durée, permettant mobilisation de masse, élaboration collective, formation de cadres, présence contrôlée dans les institutions, prise du pouvoir.

Pendant 85 pages, Mélenchon se moque des « bureaux politiques » mais c’est pour mieux en être un à lui tout seul.  Il surfe de façon démagogique sur le fait que la « forme-parti » est fortement dépréciée.

C’est certain mais QUI la déprécie ? l’extrême-droite, la droite, l’idéologie dominante, le présidentialisme ! Les écuries présidentielles bonapartistes, façon LREM En Marche Macron ou RN Le Pen. Les tyrannies et toutes les variantes libérales ne veulent pas de partis démocratiques. Et dans la gauche, le passif des appareils cela veut dire bien souvent « bureaucratie, appareil, professionnalisation » Quand les plus démagogues dénigrent la démocratie des partis le résultat est généralement d’asseoir leur pouvoir personnel. La réponse est donc de rechercher la démocratie maximum dans les partis – pas de jeter les partis à la poubelle.

Pour gagner le pouvoir, et gérer une société démocratisée il faut des partis de gauche démocratiques.

On ne verra jamais un parti refusant la démocratie en son sein l’instaurer dans le pays !

Par opposition au capitalisme, société d’exploitation et de compétitivité qui dresse les classes sociales et les humains les uns contre les autres en les mobilisant pour la suprématie et la guerre, le socialisme est une société de partage qui est le produit de la révolte libératrice des travailleurs et travailleurs salariés, rapproche les humains entre eux et les émancipe individuellement tout en leur donnant les moyens matériels et intellectuels de vivre ensemble.

L’existence détermine la conscience, et celle-ci à son tour crée, avec des méthodes démocratiques, les partis démocratiques les modifications de l’existence.

La démocratie s’use dès qu’on ne s’en sert pas. Avec la démocratie, on ne perd jamais de temps, on en gagne.

La démocratie n’est pas verticale, ni césariste, elle est pluraliste, horizontale, participative, de terrain, représentative.

La démocratie n’est pas seulement une technique, ce n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode, de l’oxygène ; elle est élément fondamental, la sève du programme de la révolution sociale. Elle fait partie du « but » visé, pas seulement des « moyens » nécessaires de la lutte de classes.

La démocratie est une pédagogie et un instrument permanent d’action, une protection et une surveillance de masse réciproque, un échange matériel garantie d’efficacité. Elle est le cœur, l’énergie de tout programme de révolution sociale et de sa mise en œuvre.

Le salariat opprimé, exploité ne peut se révolter et gagner sans la démocratie maximum qui unit et décuple ses forces.

Dites-le à Mélenchon : la démocratie n’est ni un système nerveux centralisé, ni un système gazeux délètère ; elle ne vient pas « d’ailleurs », pas de « l’extérieur ». Elle n’est pas en dehors de l’action de masse. La démocratie est pensée et se pense, s’organise de façon endogène comme interaction à tous les niveaux, de la base au sommet. Toutes les techniques doivent être à son service : débats nationaux, droits de tendances, de plateformes, de motions, amendements, élections, congrès, votes, élections, contrôle, participation maximale des militants à tous ses niveaux.

Là ou Mélenchon veut tout éteindre excepté la propagation de son « onde rayonnante » nous voulons le bouillonnement, la créativité militante partout.

Qui a peur du débat a peur du socialisme.

Qui a peur des courants mutile la gauche.

Qui croit que lorsque cent fleurs s’épanouissent cela veut dire forcément paperasse, bureaucratie, courriers, guerre de chefs, de postes, paralysie interne, se méprend à 100 % : l’existence de sensibilités, tendances est le produit de la vie sociale et intellectuelle, du salariat, il faut leur donner libre cours, le maximum d’attention et de moyens matériels, elles stimulent la pensée et l’action ! La bureaucratie, la paralysie c’est quand il n’y a qu’un chef, qu’une ligne, qu’une plateforme.

Impossible d’être réformiste ou révolutionnaire sans pousser jusqu’au bout la démocratie. Il n’y a pas deux gauches irréconciliables, pas de gauche « molle » et de gauche « dure », ni de « traitres » face à des radicaux ! Radicaux un jour, traitres le lendemain !  les mêmes débats traversent tous les partis et tous les syndicats. Il y a une pluralité de gauches : il faut qu’elles se confrontent, s’impulsent, s’associent, se respectent pour qu’en sorte la meilleure action possible. Les militants ne sont pas des robots ni des passereaux au service d’une plateforme ou d’une murmuration, le but est qu’ils soient des acteurs conscients. La « base » n’est pas réductible aux colleurs d’affiches, aux distributeurs de tracts, au relai des chants, des symboles, des jeux de mots, des « consignes » venues d’en haut ! C’est une praxis, un brassage d’expériences, une expérimentation intellectuelle commune qui homogénéise, intègre, développe, cultive, élève en respectant à l’infini méticuleusement toutes les sensibilités. Qualifier les tendances, courants, sensibilités d’obsolètes et nuisibles, c’est un attentat contre la démocratie, une extinction des feux de l’intelligence collective.

En mai-juin 68, dix millions de salariés en grève ont plus appris en quelques jours et en quelques semaines qu’en plusieurs mois, voire en plusieurs années. C’est en se mélangeant que les meilleures idées gagnent la masse. Il y a manqué l’efficacité d’un grand parti démocratique pluraliste et unitaire, capable d’ouvrir une issue politique à la grève générale. Il a fallu une décennie pour en arriver à l’effet différé (et différent) de la prise de pouvoir par Mitterrand et le PS.

La démocratie c’est l’apprentissage vécu de la généralisation de l’égalité des droits, de la Commune à l’Assemblée nationale. C’est l’insurrection sociale qui génère l’insurrection civique, pas l’inverse. Ça vient d’en bas, ça vient du ventre. Libérée et démocratisée par sa classe principale majoritaire, la société peut alors créer plus, innover plus, produire plus, redistribuer toujours mieux, faire face aux plus grands défis, à tous les besoins collectifs sociaux et écologiques.

Voilà pourquoi nous sommes absolument contre la théorie de « mouvement-gazeux-avec-chef » de Mélenchon et pour construire un grand parti avec un nouveau congrès du Globe comme celui de Jaurès en 1905, une grande maison commune, totalement pluraliste et loyalement démocratique, de toute la gauche sur un programme comme celui de la NUPES/NFP avec le maximum de règles démocratiques. C’est la mobilisation la plus forte possible des larges masses qui en garantira la réussite et inversement.

Gérard Filoche (suite 5 à venir : dernière partie théorie de la désunion et règne personnel)

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