Halte à cette campagne de calomnies

 

9 accusateurs avaient lancé une plainte en 2017 : Jacques Attali, Licra, Mrap, UEJF, AIPJ, France Israël, Association Ben Gourion, Avocats sans frontières, BNVCA, ils ont tous été déboutés et n’ont même pas osé faire appel.

Leurs accusations insensées avaient été lancées contre moi pour un prétendu antisémitisme.

Le tribunal de Grande instance de Paris a tenu audience le 10 octobre 2018 en présence des toutes ces parties civiles, elle a duré huit heures, où j’ai répondu point par point à leurs calomnies fabriquées de toutes pièces.

Toute ma vie militante est publique depuis plus de 60 ans, le tribunal a même fait examiner mes tweets de 2009 à 2018, mais pas la moindre tache à mon honneur n’a pu être relevée en ce sens. Je suis depuis mon adolescence un militant actif, constant, opiniâtre, antiraciste et contre l’antisémitisme depuis toujours, je suis un humaniste, je suis un socialiste, un défenseur des droits des salariés, des exploités, des opprimés, des persécutés, je suis pour l’égalité entre tous les humains quelles que soient leur nationalité ou leur religion. M’accuser ainsi c’est aller contre toute ma vie, contre toute ma pensée, contre toute mon action. J’ai publié 48 livres dont un précisément « manifeste contre le racisme et l’antisémitisme » : personne ne peut me reprocher la moindre ligne, le moindre mot incorrect. J’ai manifesté, fait des meetings, des émissions de télévision et de radio des milliers de fois, ma parole est connue et continue. Quatre témoins ont défendu ma cause André Rosevègue, Benjamine Weill, André Langaney, Gus Massiah (voir leur propos ci-dessous)

En cours d’audience, fait rare, au nom du Parquet, la Procureure convaincue a retiré toute plainte et a demandé mon acquittement au TribunaL Et le Tribunal m’a acquitté.

Pourquoi ne pas tenir compte de la décision de justice rendue ?

Il est incroyable que des journaux et diverses responsabilités reviennent là-dessus en cette fin de mois de juin 2024, sept ans après.

Comme je suis co-signataire du Front populaire au nom de GDS, ils cherchent à m’atteindre comme beaucoup d’autres signataires. C’est particulièrement malveillant et scandaleux parce qu’en plus de rabaisser gravement le niveau du débat politique, cela banalise l’antisémitisme, et nuit au combat réel contre celui-ci.

Je demande de cesser cette campagne de calomnies, que soient corrigés les mensonges proférés, et le droit de réponse, aux journalistes, personnalités et moyens de presse concernés. Et poursuivrais en justice dans toute la mesure de mes moyens ceux qui font ainsi faillite morale et qui visiblement piétinent les décisions de justice de leur pays.

Gérard Filoche (Gauche Démocratique et sociale)

 

« Nous avons été les « témoins de moralité » de Gérard Filoche lors du procès qui lui a été fait pour antisémitisme en 2018.

Il a été entendu dès le départ que la reprise par Gérard d’un photogramme antisémite a été dû à la mauvaise lisibilité du document en sa possession et qu’il a retiré le document dès qu’il a été alerté de son contenu véritable.

Le procès a donné lieu à un déferlement d’interventions de parties civiles plus vides d’arguments les unes que les autres, le procureur lui-même en cours d’audience a retiré toute plainte et a appelé à ce qu’il n’y ait aucune peine, la tentative de discréditer Gérard s’est dégonflée en direct. Gérard a bien sûr été acquitté.

De notre côté, nous avons simplement été conduits à expliquer que nous connaissions Gérard depuis un temps certain, André depuis 1964 à l’UNEF en Normandie, Gus depuis 1968, Benjamine depuis 1994 et que jamais nous n’avons eu l’occasion de constater le moindre dérapage de nature antisémite et plus généralement raciste, que la lutte contre le racisme sous toutes ces formes était même au su et au vu de tout le monde un de ses combats prioritaires.

Le déferlement d’attaques contre lui aujourd’hui, ressortant de façon frelatée l’histoire du procès de 2018, pourrait être simplement ridicule si elle n’entrait pas malheureusement dans la tentative en cours de diaboliser le Nouveau Front Populaire. Nous constatons que cette accusation récurrente d’antisémitisme contre tout.e militant.e qui apporte son soutien au peuple palestinien se répand, banalisant ainsi les véritables expressions d’antisémitisme et plus généralement de racisme.

Citoyens français d’origine juive, nous apportons notre total soutien à Gérard et sommes toujours prêts à témoigner contre ses calomniateurs »

Gus Massiah, André Rosevègue, Benjamine Weill.

Cf. Vidéo chaine utube Gérard Filoche datée du 18 juin 2024. Gds-ds.org

Émission ou presse où il a été diffusé les calomnies

18 juin  Ce soir sur LCI Caroline Fourest mentionne le tweet de Gerard lui reprochant d’avoir présenté Macron comme un nazi…

18 juin matin appoline de malherbe interroge olivier faure

BFMTV le 17 juin loic signor

France Culture ? marc Weitzmann

La Tribune juive

LIbération desintox 17 juin

Idem sur CNews vers 17h30, le 18 un ancien du Printemps républicain (!) disait que Gérard Filoche avait été exclu du PS pour antisémitisme… C’est clair qu’ils se sont donnés le mot pour discréditer le NFP au travers toutes ses composantes…

Franc tireur

 

 

 

Nous l’avons fait ensemble ! le samedi 4 mai, « hors compétition », à contre-courant des polémiques insensées qui traverse la gauche

Nous l’avons fait ensemble ! le samedi 4 mai, « hors compétition », à contre-courant des polémiques insensées qui la traverse, nous avons réuni toute la gauche pour parler de l’Europe que nous voulons sociale, écologique, démocratique, qui nous est commune !

La presse a éhontément boycotté l’évènement mais il était exceptionnel, inédit, décisif : toutes les sensibilités de gauche sans exclusive ont prouvé qu’on aurait pu faire une liste commune, le 9 juin. Raquel Garrido et Alexis Corbière députés de LFI, Pascal Leclerc pour Alternative communiste, Jerome Gleizes au nom des Ecologistes, Dyenaba Diop au nom du Parti socialiste, Romain Jehannin pour Génération’s, Laurence Boffet pour Ensemble, Gérard Filoche pour GDS,  tous étaient à la même tribune, Pierre Larouturou de Nouvelle Donne, Merlin Gautier de PEPS étaient présents, tous défendaient une Europe opposée à celle de Macron et de Le Pen. Raquel Garrido notamment a lu devant la salle pleine, les passages du programme de la NUPES concernant l’Europe, ils auraient été la base évidente d’une campagne commune remarquable.

Cela a été filmé et c’est visible, nous voulons rendre ce grand évènement le plus public possible, le diffuser contre le silence médiatique délibéré, parce qu’il prépare l’après 9 juin. Nous savons que 85 % des électeurs de gauche veulent une vraie union maximale, durable, et sont exaspérés par la division actuelle.

Trop de listes séparées de gauche ont été déposées : elles sont toutes en train à coups de flyers insultants et d’anathèmes indéfendables de « creuser » avec acharnement leurs différences au détriment de l’intérêt général des salariés, « pour un point de plus que les autres » c’en est même venu, abominablement, à s’exclure physiquement d’un cortège du 1er mai… Les écologistes qui se voulaient superbement dominants sont donnés à 5,5 % alors que si Marie Toussaint avait accepté l’union qui lui avait été proposée, elle caracolerait dans une liste en tête à 35 %. (Rappelons leur qu’ils nous ont traités de « forceurs » parce qu’on bataillait pour l’union). Le PCF dont 90 % des électeurs voulaient l’unité frise les 2 ou 3 %. Le PS bénéficie de quelques points de plus que tous les autres, des électeurs de gauche espérant qu’a contrario du marasme, il devance la macroniste Hayer. LFI bénéficie de la notoriété que lui donne une répression, convocations, interdictions absurdes intolérables de la part du pouvoir, mais rame à quelques points derrière. Les questions sociales, uberisation, services publics, salaire minimum européen sont à peine traitées, tout cela manque d’axes.  Nous GDS qui appelons clairement à voter Aubry, plus proche de l’excellent programme partagé NUPES, sommes mécontents qu’elle se laisse entrainer à son tour dans des polémiques qui la desservent.

Mais le 4 mai nous avons préparé et continuons de préparer jour après jour l’après 9 juin, il est certain que des appels de masse se multiplieront pour l’union aux municipales et à la présidentielle. Qui y répondra ? L’objectif doit être de n’exclure absolument personne à gauche, pas d’a priori,

Il est minuit moins dix avant Le Pen/Bardella. Seules des listes communes de gauche puis un candidat unioniste unique à gauche peuvent nous permettre de gagner. La victoire a besoin de toutes et tous, répétons-le, sans aucune exclusive. L’union est nécessaire mais ne suffira pas sans dynamique. Il faudra que le futur candidat puisse être reconnu, soutenable par tous, qu’il soit tout à la fois insoumis, socialiste, communiste, écologiste, démocrate, radical et davantage. C’est par son caractère unitaire et démocratique et par sa façon de défendre le programme de la NUPES qu’il se distinguera et se fera choisir.

En attendant la campagne continue, elle devrait selon nous converger en parlant centralement davantage de l’Europe sociale, mais il se trouve que les mouvements étudiants en faveur du cessez le feu immédiat à Gaza sont admirables : bravo et soutien à cette jeunesse. Dans le monde entier les démocrates sont stupéfaits, indignés par l’attaque génocidaire en cours contre Gaza, visant cruellement un million et demi de réfugiés à Rafah. Bernard Henri Lévy odieusement ose déclarer au diner du CRIF : « sur Rafah, on n’éteint pas un incendie aux trois quarts en laissant bruler le dernier quart », et là c’est clair, il ne s’agit pas du 7 octobre, il s’agit du territoire de Gaza et de l’extinction de son « dernier quart » aveu d’un génocide reconnu. Se mobiliser pour une paix durable respectueuse, qui redonne ses droits entiers au peuple Palestinien est la préoccupation internationale la plus urgente.

 

 

A propos des « ponts de mai » (marronnier journalistique depuis 30 ans)

Les rédactions poussent leurs journalistes à enquêter sur ces fameux « ponts » du mois de mai, qui « paralyseraient » l’économie française. C’est un sujet récurent, ce qu’on appelle familièrement un « marronnier » en langage journalistique. Tous les ans ça revient, et les journaux économiques, surtout, s’en emparent, le Medef gémit. Une journaliste d’une grande radio, ne faisant que son devoir de salariée, interroge donc, sur demande de sa rédaction, entre autres, un inspecteur du travail.

Question : - Vous ne croyez pas que cette abondance de « ponts », ce ne sont plus des « ponts » mais des « viaducs », c’est exagéré ?
Réponse : – Ah, non, quand on voit le nombre écrasant d’heures supplémentaires faites par les salariés, ce n’est pas de trop qu’ils puissent profiter un peu du printemps et des beaux jours.

- Mais n’y a t il pas d’abus ?

- Oh, non s’il y a des abus c’est que trop peu de salariés ont réellement ces ponts, surtout dans les petites entreprises, dans les bas salaires et les métiers pénibles : dans la majorité des cas, dans le privé, les salariés ont perdu depuis plus de quinze ans leurs « deux jours de repos consécutifs », notamment dans le commerce, mais dans beaucoup de professions de services, et parfois d’industrie.

- Oui, mais, ce mois de mai, cette année, il a trois ponts, parfois de trois ou quatre jours ?

- Il y a des années comme cela ! Et des années ou les jours fériés tombent un samedi. Mais vous savez, seul le 1e 1er mai est un jour férié et chômé (et ce jour-là, il y a des infractions quand même ! Comme si des employeurs méprisaient à ce point le droit du travail qu’ils imposent à des salariés de travailler aussi ce jour-là. Combien payent réellement les majorations prévues ? Ils profitent de leur position dominante et du chantage à l’emploi pour imposer des violations de droit). Les autres jours sont hélas, de moins en moins respectés. C’est quand il y a de bons accords « RTT » grâce à des 35 h bien appliquées, que certaines catégories de salariés profitent de quelques jours de repos groupés. Dans le privé, c’est loin d’être la majorité des cas. Et dans le public, c’est souvent parce que les salariés n’ont pas pu prendre leur congé quand ils le souhaitaient, et les voilà obligés de les prendre avant la fin du mois de mai sous menace de les perdre…

- Mais ça désorganise les activités économiques, même le service public ?

- Ça désorganise… quand ce n’est pas organisé et quand les directions, faute d’effectifs suffisants, sont incapables à la fois de respecter les droits à congé et la continuité du service public. De façon générale, les gains de productivité en France sont parmi les plus élevés au monde, même avec ces fameux « ponts » de mai. Des salariés qui se sentent bien et qui ont des bons congés, c’est bon pour l’économie, pas l’inverse.

- Vous ne croyez vraiment pas que le nombre de jours fériés concentrés en mai est abusif ?

- Écoutez, le 1er mai a été déclaré férié par… Pétain, qui redoutait le sens historique de cette journée de manifestations sociales, mondialisées depuis 1886. L’Ascension et le lundi de Pentecôte sont des fêtes religieuses. Le 8 mai, ce n’est pas le jour « revanchard » de la « victoire contre l’Allemagne » mais celui de la victoire contre le nazisme… Est-ce ce genre de manifestation et de tradition que l’on veut supprimer ?

- Mais n’y a t il pas trop de jours fériés en France par rapport à l’Europe ?

- Non, pas du tout, nous sommes dans une honnête moyenne par rapport aux grands pays qui ont entre 7 et 13 jours fériés. Nous avons onze jours fériés dans l’année, mais cela varie selon qu’ils tombent en semaine ou un week-end. Cela fait des décennies qu’il en est ainsi, et cela n’a pas empêché, au contraire, la France d’être quatre fois plus riche qu’en 1945 et d’être la quatrième puissance industrielle du monde.

Ils n’ont donc pas assez de profits, les actionnaires, qu’ils veuillent aussi rogner les jours fériés du printemps ?

- Mais en Italie, ils sont revenus sur leur nombre de jours de congés…

- C’est bien ce que je disais, Berlusconi, comme Raffarin, Fillon, le Medef n’en ont jamais assez, ils veulent revenir sur tout, allonger la durée du travail sur la semaine, casser les 35 h, allonger la durée du travail sur la vie, casser les retraites à 60 ans, nous refaire travailler tous 45 h sans gain de salaire jusqu’à 65 ans…

- Je n’arriverais pas à vous faire dire qu’il y a un problème avec ces « ponts » ?

- Non, le vrai problème, c’est qu’il y ait une délinquance patronale et que dans trop de secteurs, les horaires légaux et conventionnels, les durées maxima « d’ordre public social » ne soient pas respectées. Le vrai problème c’est que les effectifs des services publics et hospitaliers, transports, équipements, par exemple, ne soient pas suffisants. Et puis, je vais vous dire, quelques jours de gagnés sur l’exploitation quotidienne, comme disait Prévert, c’est toujours une belle journée ensoleillée qu’on ne perdra pas à cause du stress et des « flux tendus ».

- C’est votre dernier mot ?

- En mai, ce qui va « désorganiser » l’économie, ce ne sera pas les ponts, mais la politique de Raffarin qui va faire qu’il y aura une grève générale prolongée dans l’éducation nationale et dans de nombreux secteurs, une grève interprofessionnelle de masse le 13 mai, une montée nationale sur Paris le 25 mai. 21 millions de salariés, 3 millions de chômeurs et de précaires vont dire au gouvernement et au Medef qu’ils veulent travailler, mais pas n’importe comment, pas 45 h jusqu’à 65 ans, pas avec des bas salaires ni des basses retraites tandis que les profits augmentent en flèche.

Attac info 421 - gerard.filoche@wanadoo.fr

 

Le terrible soir du 21 avril 2002 – à 194 558 voix près

La défaite de peu

Tragique illusion…

La campagne présidentielle Jospin, une fois lancée, est hiérarchisée, figée, cadenassée à “l’Atelier”. Au bureau national s’élèvent même des indignations: l’équipe de campagne est autonomisée, rien ne se passe à Solferino, et il faut montrer patte blanche pour aller d’un étage à l’autre, d’une salle à l’autre, à l’Atelier, rue Saint-Martin, IIIe arrondissement, dans les locaux prêtés par Jean-Paul Gautier.

C’est mon secteur de travail comme inspecteur. J’ai souri de voir, sur la photo d’inauguration de ce local de campagne, Lionel Jospin et François Hollande poser devant un ouvrier travaillant en hauteur sur une échelle, ce qui est une infraction à la sécurité.

Je suis versé, avec Cambadélis, aux “contacts” avec les associations et leurs responsables. On va les visiter, un par un, Médecins du monde, Reporters sans frontières et autres, on leur demande ce qu’ils veulent, ce qu’ils attendent, on rédige des notes…

On prépare la journée du lundi 22 avril, lendemain du 1er tour… avec des responsables de centaines d’associations, présents dès le matin à l’Atelier pour soutenir Jospin… efforts qui ne verront jamais le jour.

Moi, après être allé à Porto Alegre et avoir rédigé un numéro spécial de D&S, je continue de faire des meetings : Tarbes, Lavaur, Besançon, Caen, bordeaux, Breteuil, Clermont, Marseille, Lille, Bergerac, La Rochelle, Pontarlier, Bourges, Biarritz, Saint-Quentin. Je me rends à Lisbonne pour une réunion européenne du Syndicat de la magistrature et à Lille pour une conférence nationale d’un millier de syndiqués sur les CHSCT, organisée par la CFTC (j’ai eu juste le temps d’achever et de faire publier l’“avis du Conseil économique et social” sur “Vingt ans de ChSCT” avant la fin de mon bref mandat en septembre 2001).

Nous dénonçons la “liberté de travailler aussi longtemps qu’on veut” du candidat Chirac: c’est tout bonnement impossible, interdit, illégal, aucun salarié de ce pays n’a la liberté de sa durée du travail, tous sont subordonnés, c’est l’employeur seul qui décide de la durée du travail, y compris d’imposer ou non des heures supplémentaires.

Le volontariat, ça n’existe pas en droit du travail.

Quiconque défend la “liberté de travailler plus” pour un salarié serait recalé en capacité en droit du travail… DSK, qui a eu vent de l’argument, me fait contacter pour que je le développe.

En fait, nous servons à peu de chose dans cette campagne, nous publions de bons argumentaires, mais ils ne plaisent qu’aux militants, la direction ne les lit pas, enfermée dans le cercle de technocrates droitiers qui se sont emparés de Lionel Jospin. Les réunions de direction de la GS s’espacent et se délitent. Nous sommes tous suspendus au résultat de l’élection.

Les Échos du 22 février affirment que la campagne va “se jouer au centre”, ce qui est une profonde erreur d’analyse, mais vise – déjà, toujours – à dévier les aspirations à l’unité de la gauche.

Laurent Fabius, le 7 mars, pose la question publiquement :  “est-ce qu’on dit des généralités ou est-ce qu’on casse le vase de Soissons? Dire 40 annuités de cotisation pour la Fonction publique, c’est comme dire non à la peine de mort en 1981.

Il voudrait aggraver la situation qu’il ne s’y prendrait pas autrement. C’est vraiment l’aile droite de ce gouvernement.

Lionel Jospin a d’autant plus de mérite à résister et à botter en touche : son ministre de la Fonction publique, Michel Sapin, lui savonne lui aussi la planche en déclarant le 15 mars, dans Le Monde, qu’il faut. “aligner les fonctionnaires par le bas, sur le privé, en faisant cotiser 40 ans.”

Lionel Jospin se fera aussi piéger à Barcelone, puisque, traîtreusement, son entourage ne l’avertit pas clairement qu’il signe pour “allonger la durée du travail de cinq ans partout en Europe”. C’est le sort de 21 millions de salariés qui va ainsi devenir incertain en matière de retraite.

A la mi-mars, il est vaguement question, au bN, d’un “tournant à gauche” de la campagne, mais cela n’aura pas d’effet, malgré nos efforts.

D&S publie les bilans du gouvernement, de ce qu’y ont fait Jean-Luc Mélenchon, Marie-Noëlle Lienemann. Julien Dray s’est enfermé dans sa “mission sur la sécurité”, il se spécialise là-dessus, mais peu à peu, je sens qu’il va dans le mauvais sens, il aborde la question de façon technique, isolée de la crise sociale. Selon nous, D&S, il faut traquer l’“insécurité sociale” et ne pas se laisser déporter sur le terrain répressif de la droite. Ne pas se mettre sur la défensive, ne pas répondre en termes de technique de sécurité policière, de répression ciblée, d’enfermement des jeunes, d’isolement des voyous et autres sauvageons, c’est un piège sans fin. Certes il faut assurer avec une police de proximité la sécurité des braves gens, mais l’important est de faire reculer le chômage, de donner du travail à tous, surtout aux jeunes. Rien ne vaut des services publics, des maisons de la culture et de la jeunesse, des animateurs sociaux et, surtout, des crédits.

Comme nous sentons que la campagne ne va pas bien, nous insistons en “une” de D&S : 306 “Votez dès le 21 avril pour Lionel Jospin afin d’assurer sa victoire le 5 mai.page307image63194544

Le terrible soir du 21 avril

Après avoir voté à Combs-la-Ville, j’arrive, avec mon fils Germain, à “l’Atelier” rue Saint-Martin, vers 18 heures. Il faut encore montrer patte blanche, mon fils est bloqué au premier étage et je parviens seul au Saint des saints, la salle du bureau national, tout en haut.

Là, Julien Dray, que je n’ai pas vu depuis longtemps (nous étions tous éclatés dans la campagne électorale) occupé avec Delphine Batho, me lâche :

“C’est foutu, c’est Le Pen devant.”

Comme tous, je n’arrive pas à le croire, je nie la réalité, j’espère que les premiers chiffres vont s’inverser. Les minutes s’écoulent, les messages s’accumulent, oui, c’est toujours Le Pen devant. Le temps passe, et c’est de pire en pire, aucun signe d’inversion.

On appelle partout, on ose y croire encore.
Puis ça y est, il est 19 heures, tout se confirme, Lionel Jospin ne sera pas au second tour.

Je redescends voir  Germain à l’entrée: le gars de la sécurité qui lui bloque le passage en haut de l’escalier ne veut pas croire que Le Pen arrive en deuxième position. Je lui dis que je n’ai pas le courage de blaguer là-dessus. Il laisse passer Germain, tout se désorganise, les militants du secrétariat qui tapent les infos et reçoivent les messages ont le regard dans le vide.

Plus personne ne bosse.

Les gestes de tous ceux qui sont là, des dizaines de permanents de la campagne, sont comateux, imprécis, distants. Un halo de cauchemar.

Tous dans la ouate.

Près de cinquante personnes, permanents, membres du bN ou autres de passage, se croisent, mais ne se voient plus, chacun est enfermé dans sa tête. On est tétanisés. Ainsi mon fils, Germain, dix- sept ans, va assister au bureau national sans que personne ne lui dise rien, personne ne le remarque. François hollande officialise la nouvelle:

Jospin arrive à l’Atelier, il y a des caméras et on le voit simultanément sur l’écran. Il apprend la nouvelle en montant l’escalier. Il s’enferme. Ils sont deux ou trois (Pierre Moscovici et Aquilino Morelle, semble-t-il). Nous, nous sommes dans la pièce à côté, pas consultés. Lionel vient nous saluer, tout le monde lui fait l’accolade, et lui dit un mot. Je lui fais l’accolade aussi, malgré tout je l’aime bien, mais je ne lui dis rien, trop partagé, en mon for intérieur, entre la colère et la compassion.

Anthropologue, j’examine les membres présents du BN: tous cogitent, car le futur impitoyable reprend déjà le dessus. Je vois les fabiusiens se regrouper derrière moi, à ma gauche, près de la fenêtre. Les strauss-kahniens sur ma droite. C’est leur heure ? Ils réfléchissent ensemble, chaque groupe de son côté, concentrés. Qui va aller le premier sur les TF1, France 2 ? Il y a de la bousculade sur le chemin des studios, DSK arrivera le premier sur TF1, Fabius changera de cap vers France 2. DSk dit: “Il faut voter Chirac”, sans qu’on en ait débattu en bN. Il semble qu’il y ait du tirage, François Hollande se serait fait doubler aussi par Laurent Fabius. Ça se bat déjà. Pas de surprise. La Ve République est une machine à fabriquer, non des réflexions, non des pas des idées, mais des écuries. 307

“Le Pen sera au second tour et pas le candidat de la gauche. C’est joué.page308image133826384 page308image133826592

Maudites écuries.

Installé dans la salle du BN, j’ai trois écrans de télévision à la fois devant moi pour contempler le déroulement du désastre. C’est là, sur l’écran, pas dans la salle, que j’entends Jospin dire qu’il se “retire de la vie politique”. Avec, en fond sonore, les cris des militants. Il ne nous a rien demandé. Sinon, nous aurions au moins corrigé son vocabulaire. Nul ne peut se retirer de la “vie politique”, toute la vie est politique.

Françoise Filoche m’appelle, elle hurle:  “et en plus, il nous laisse tomber !”

Le degré d’accablement qui pèse sur nos épaules est non mesurable. Le début de siècle commence par une tornade contre la gauche, toute la gauche. Je mesure le résultat: cela laissera toute latitude à Chirac, une fois qu’il aura battu Le Pen, ce qui ne fait aucun doute, pour nommer un Premier ministre et essayer d’écraser au maximum la gauche aux législatives des 9 et 16 juin, ensuite la contre-révolution antisociale à la main du Medef commencera.

Tout ce qu’on a cherché à défendre et à améliorer, salaires, droit du travail, retraites, sera remis en cause. Il y en a qui nous disent :

“Ah vous voyez vous avez fait tout ça pour rien, votre action dans le PS ne sert à rien.”

Mais qu’ont-ils donc fait de mieux ou de plus dehors ?

Si, dehors, ils avaient pesé davantage, nous aurions fait la jonction.

Au moins, nous, nous avons essayé, nous avons vu tous les dangers en temps réel, nous n’étions pas loin d’influer sur les décisions, sur le cours des choses.

“Vous n’avez pas réussi, c’est parce que c’est impossible !”
Le fait de ne pas avoir réussi ne signifie pas que c’était impossible! Parfois, nous avons influé, amélioré les choses!

“C’est une illusion, ils n’en ont rien à faire, ils ne vous écoutent pas!”
C’est en partie vrai.
Mais est-ce parce que nous ne savons pas y faire ?
Où est-ce parce que nous ne sommes pas assez forts pour nous imposer davantage ? “Il faut que la Gauche socialiste soit plus forte”, concluons-nous.
Jospin, lui, aurait dû dire à peu près ceci :

“Je prends acte du vote du peuple français. Je vais en tirer tous les enseignements. Je rendrai mon mandat de Premier ministre, que je détiens du Parlement sortant, une fois les affaires courantes expédiées et le nouveau Parlement élu, le 16 juin. Je me tiendrai en retrait de la campagne législative qui sera dirigée, à notre niveau, par le premier secrétaire du Parti socialiste. Il faut le temps de la réflexion et du recul pour moi. Mais pour les socialistes et pour la gauche, il faut aussi le temps de l’action et de l’unité pour empêcher que la droite n’ait, en juin, tous les pouvoirs.”

Cela aurait été le minimum de résistance d’un leader après un échec pareil.

il s’en est fallu de 194 558 voix!

On traîne, on traîne dans l’Atelier rue Saint-Martin, tard dans la soirée. François Hollande n’en finit pas de disserter avec les journalistes qui ont suivi la campagne et qui sont tous sous le choc, eux aussi. Je suis resté devant mes trois écrans, pestant contre les commentaires hypocrites de la droite.

On quitte les lieux les derniers, et comme on est dans mon secteur de travail, le gardien de nuit de l’hôtel du Square, à côté, à ma demande, ouvre ses portes et son bar spécialement pour nous. La dernière bière est amère. Il y a là François hollande, Julien Dray, harlem Désir, Didier François, moi. Arrivent Ségolène Royal, puis Françoise Guyot (inspectrice du travail, elle aussi, elle est la compagne de Didier et alors à la direction de la LCR).

On échange, dans ce très petit cercle, sur la manifestation du 1er Mai (“il faut y aller”), sur la nécessaire unité de la gauche (“décisive dans la campagne législative à venir”). On traîne là longtemps encore. Je profite d’être près de François hollande, le successeur “naturel”, pour dire combien il faut un solide “projet social” (“oui, bien sûr”) de rattrapage pour les élections de juin, pourquoi il faut mobiliser à fond pour les défilés unitaires du 1er Mai.  Hollande me dira en aparté, avant qu’on se sépare :

“Ça va tanguer, tu crois ?”

Oui, à coup sûr, et c’est lui l’homme en situation maintenant.

Il peut compter sur nous !

Mais le voudra-t-il ?

À peine rentré, j’envoie un e-mail à tous mes amis :

“Bonne nuit à tous, quand même, ou bonjour, bon matin, réveil gueule de bois. Mon portable ayant été sans batterie toute la soirée électorale, j’ai eu vos 32 messages il y a quelques minutes seulement… et vos 43 e-mails pareillement…

“C’était pourtant une élection gagnable.

“La France n’est pas à l’image de ce résultat, la gauche est beaucoup plus forte que ce qu’il apparaît. Le peuple de France, il est comme le peuple italien, ni pour Berlusconi, ni pour Chirac, ni pour le Pen. Les salariés de France, ils sont toujours sur la ligne de combat de novembre-décembre 1995 et de juin 1997, et ce n’est pas démenti par ce mauvais coup de tonnerre inattendu,

“La campagne électorale socialiste a été une mauvaise campagne alors qu’on avait un bilan plutôt défendable. Ce n’était pas comme en 1993, on sortait de la crise, il y avait des acquis, mal vendus, mal défendus, mais il y en avait… Jospin était honnête, et même vertueux, il est battu sans qu’il soit fait la preuve que la gauche était minoritaire.

“La tentative de tournant à gauche de la campagne socialiste mi-mars n’a pas été reçue ni entendue, les gens en sont restés au début, programme ‘pas socialiste’.

“Les erreurs sur les licenciements et les plans sociaux (Michelin, Danone), sur les 35 heures et les retraites ont pesé très lourd. “On aurait dû, nous, GS, contrebalancer davantage DSK et Fabius, tirer davantage à gauche publiquement, en novembre-janvier, au tout début, lorsque le profil droitier de campagne se dessinait… Dès le ‘projet 2002’ du PS.

“Pourtant, ensuite, au sein du BN, on s’est battu, mais c’était trop tard et trop loin du cercle de technos et de communicants qui entouraient Jospin.

“Ce qu’on disait BN après BN, les 5, 12, 19, 26 mars, était répercuté trop tard et trop mollement,

“On s’est fait voler le second tour, à un point près, par surprise. De nombreux Français n’auraient pas voté comme cela ‘s’ils avaient su’!page310image63406912 page310image63407120 page310image63407328

“D&S avait insisté: ‘Ne jouez pas avec votre voix, votez Lionel Jospin dès le premier tour.’ Mais il est trop tard après pour réparer cette bourde! Beaucoup se mordent les doigts, se ‘réveillent’: quinze candidats sur seize ont passé leur temps à expliquer que gauche et droite, c’était ‘du pareil au même’, ‘Josrac, Chispin’, disaient-ils… On ne choisira pas entre les deux. eh bien, c’est réussi. Après ne pas avoir voté, ils peuvent toujours appeler à manifester contre le fascisme. Voilà le résultat : à cogner sur son propre camp, on favorise l’autre. Que d’erreurs dans ces votes dispersés, sans crainte, sans réflexion et de façon mal informée sur la réalité des sondages (manipulateurs) !

“Que de responsabilités de la presse, utilisant jusqu’à usure le thème de la sécurité !
“Alors, gagnons les législatives car l’heure n’est surtout pas à se disputer les responsabilités, mais à unir la gauche, gauche unie, gauche unie!

“Pour une convention de la gauche,
“Pour des candidatures uniques de la gauche, partout, aux législatives, “Manifestons massivement le 1er Mai avec tous les syndicats.

“Défendons un programme de gauche élaboré en commun avec les autres partis et forces de gauche pour les législatives, de vraies 35 heures pour tous, retour à 37 annuités et demie pour tous, un contrôle administratif des licenciements, limitation ferme de la précarité.

“Accords de désistement réciproque!
“On n’a pas eu la présidence, on veut le gouvernement. Le vrai second tour, ça va être les législatives. Tirons les leçons de ce qui a manqué dans la campagne présidentielle et on le dit, on en fait une autre, à gauche vraiment, d’ici juin.

“À 3h59, amitiés, tenez bon, courage, on gagnera, Gérard.”

“P-S : Ah si : personnellement, je ne vote pas Chirac le 5 mai, pas question. Pourtant, attention, ça va tanguer, Le Pen va monter à 30% et plus, car il focalisera toutes les oppositions diverses au sortant Chirac et il y en a énormément. Mais c’est Chirac le voleur, le menteur qui a nourri Le Pen. Sur la sécurité, et on a marché dedans au lieu de défendre une autre conception, de souligner nos différences, l’insécurité est sociale, le droit à la sécurité est aussi social.

“Bon, à bientôt pour analyse plus complète, “Réunion GS à 10 heures,
“BN du PS à 11 h 30, Hollande président ! “Préparons une campagne législative très active.”

Au bureau national du lendemain matin, tout le monde est là, avec des têtes d’enterrement décomposées.

Lionel Jospin fait un discours d’adieu, solennel, où il fixe déjà ce que seront ses positions pour de longues années : pas d’autocritique, la faute en est à la division de la gauche plurielle, trop de candidats. Rien sur ce qui manquait à son propre bilan, rien sur ce qu’a été la campagne, et rien sur ce qui manquait au projet. La raison de sa venue à ce dernier BN, lui qui a quitté la vie politique, est de passer le témoin à François Hollande, le nouveau leader du parti. Ce dernier dira combien il rend hommage à Lionel et se place dans sa continuité. Il ajoute :

“Plus que vous ne le croyez encore.”

Ce sera moins. beaucoup moins.

Aussitôt commencent tous les flottements: plus question d’appeler nettement à la manifestation du 1er Mai, plus question de privilégier l’unité de la gauche et de la réunir, moins de clarté sur le contenu du programme législatif. Depuis nos échanges informels à 3 heures du matin avec François hollande, la fin de la nuit n’a pas porté bon conseil.

Ça tangue en effet.

Au Conseil national qui suit, un échange cocasse montre le désarroi : Daniel Vaillant explique qu’ “Il y a des risques de provocation lors des manifestations du 1er Mai et qu’il faut être prudent avant d’y appeler en tant que Parti socialiste.

“Mais enfin, c’est toi, encore, le ministre de l’Intérieur !” lui rappelle henri Weber.

Finalement, après trois ou quatre hésitations et positions différentes, nous participons aux immenses défilés qui réunissent plusieurs millions de personnes dans les rues de France, et à Paris notamment.

 

9 juin : Pas sur les mêmes listes, mais dans le même bateau ! Discutons-en, le 4 mai, au « Forum Europe »

Que retiendra-t-on de cette élection européenne 2024, sinon la division de la gauche ? Les sondages sont certes toujours à prendre avec des pincettes, mais les faits son têtus : en moyenne, les enquêtes successives – 80 sondages étalés sur sept mois et effectués par douze instituts différents – donnent autour de 37 % des voix au total à l’extrême droite (31 % au RN et 6 à Reconquête) et placent quatre listes de gauche entre 3 et 12 %… Quant à celle que vient de lancer Pierre Larrouturou, elle rejoint, avec LO et le NPA, le club des listes plafonnant autour de 1 %.
Comme peau de chagrin

Le PCF autour de 3 % serait éliminé, Écologistes et LFI sont entre 7 et 8,5 %, le PS dans une fourchette de 11 à 13 %… Le total des voix de gauche serait autour de 30 %.Qu’en est-il des rêves des écologistes qui se disaient les mieux placés ? Si Marie Toussaint avait accepté la tête de liste ce serait le cas, et la liste unie de gauche aurait pu bénéficier d’une dynamique capable de la mettre en tête vers 35 %, ce qui aurait créé tellement d’espoir pour 2026 et 2027…

À quoi sert la « triangulation » politique de Fabien Roussel et Louis Desfontaines pour finir autour de 3 % ?

À quoi sert de prétendre maladroitement qu’il s’agit d’une « pré-présidentielle » ou du remake du combat contre la trahison de Hollande, si Glucksmann, mis en avant par les socialistes anti-NUPES et nostalgiques du hollandisme, se retrouve en tête des intentions de vote à gauche ?

On a l’impression d’un immense gâchis, de la « gauche la plus bête du monde ». Et certains se réjouissent déjà du retour de la « théorie » des deux gauches « irréconciliables », dont la mise en pratique scrupuleuse nous mènerait inévitablement au désastre en 2027.

À ce compte-là, il est minuit moins dix avant Le Pen-Bardella.

Cinq listes, mais des thèmes communs

C’est pourquoi il ne faut pas attendre les résultats du 9 juin pour anticiper la suite des événements.

En fait, la gauche avait et a des positions communes sur l’Europe, sur les questions internationales comme sur les questions sociales.

Le Programme partagé de la NUPES en était la preuve : c’est un programme discuté et corédigé en 13 jours et 13 nuits, en avril 2022, une extraordinaire base d’unité d’action, détaillé en 650 mesures révolutionnaires (1 600, 60, 32, 20, 5… 50 et VIe République), dont un chapitre commun sur l’Europe.

C’est quand même une situation exceptionnelle : par le passé, il se disait « La gauche ne peut pas s’unir, elle a trop de différences », mais là, on a un programme partagé et… il n’y a pas d’union non plus ! C’est proprement scandaleux !

À la GDS, nous avons eu raison de batailler longuement pour une pétition de masse en faveur d’une liste commune : celle lancée par 24 maires incarnant toutes les nuances de la gauche a recueilli 12 000 signatures, alors qu’elle aurait pu en avoir des centaines de milliers, si tous les responsables s’y étaient mis.

Sur l’Ukraine, toute la gauche est contre la guerre d’agression de Poutine, toute la gauche est pour l’aide militaire, pour le retrait des troupes russes d’Ukraine ; toute la gauche est pour le droit à l’indépendance de l’Ukraine.

Au Proche-Orient, toute la gauche, depuis le 8 octobre, est pour le cessez-le-feu immédiat à Gaza, la libération des otages et pour une solution politique à deux États.

Sur l’Europe, toute la gauche est contre l’Europe libérale dont se sert Macron pour imposer l’austérité, l’assèchement des protections sociales afin de rembourser une dette indigne à la finance. Toute la gauche est contre une politique qui vise à équilibrer les finances, en cognant sur les chômeurs, contre le libre choix de son travail, sur l’école, sur la santé, et contre les services publics.

On aurait pu faire, toutes et tous ensemble, une campagne convaincante contre les centaines de milliards de fraude fiscale, pour une politique fiscale visant davantage riches et grosses entreprises, pour taxer massivement les dividendes et les superprofits, pour répartir autrement les immenses richesses produites sur le continent.

Sur le travail, on aurait pu faire reconnaître le salariat comme l’acteur principal et essentiel de la production de toutes les richesses, et œuvrer pour que ces dernières soient redistribuées socialement, démocratiquement, écologiquement dans l’intérêt des Européennes et des Européens, mais aussi de la planète.

La lutte contre l’armement et contre la guerre, pour la défense des droits humains – à commencer par ceux des migrantes et des migrants –, pour les revendications féministes : toute la gauche est favorable à ces combats ô combien légitimes, et il y aurait moyen de les faire entendre tellement mieux si on était unis.

Il y avait des occasions en or pour dénoncer, avec toute la puissance d’une voix unitaire, les mauvais choix anti-européens de Macron, notamment quand il fait jouer le droit de veto de la France au Conseil de l’Europe en faveur d’Uber et du refus de la présomption de salariat. Cela concerne 40 millions de travailleurs des plateformes en UE. C’était l’occasion rêvée de combattre le libertarianisme des apôtres de la Start-up nation, et de défendre les droits du travail, de l’apprentissage à la retraite. On pouvait donner un sens au refus du « dumping social », en expliquant comment parvenir à l’objectif d’un « Smic européen » en parité de pouvoir d’achat. On pouvait défendre la semaine de quatre jours en 32 h. On pouvait défendre le repos quotidien de 11 h bafoué par le macronisme. On pouvait isoler Macron qui a empêché d’appliquer la directive européenne qui refuse de sanctionner les salariés malades en leur enlevant leurs congés payés (5e semaine incluse). On pouvait isoler Macron quand il rejette ce qui est mieux en Europe qu’en France, par exemple dans l’organisation humaine des prisons, le respect des délais de justice, ou encore le contrôle des multinationales.

La bataille pour une Europe écologique pouvait se mener avec la force d’une coalition de toute la gauche, par exemple en faveur d’un système de transports collectifs sur tout le continent et tendant vers la gratuité. On pourrait se prononcer également contre les « super camions » de 60 tonnes, et pour le fret ferroviaire. Ces thèmes mobilisateurs auraient pu être mis en avant comme des temps forts de campagne, avec des chiffres évocateurs et des arguments forts.

La bataille pour la défense de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, contre les traités de libre-échange liquidateurs, pour les prix planchers et l’encadrement des marges, contre les pesticides, pour les droits des mains-d’œuvre saisonnières, aurait eu un tout autre visage, si elle avait été menée de façon unitaire au cours de la mobilisation des petits agriculteurs.

Il aurait été possible de parler d’une seule voix, contre la tragédie de la mort par dizaines de milliers des immigrés en Méditerranée, contre la chasse aux migrants, pour une politique d’accueil digne et partagée, l’égalité des droits humains, pour la suppression du statut dégradant des « travailleurs détachés ».
Unionistes de tous les partis, démenez-vous !

Ce qui est dit et fait en commun avant le 9 juin sera, n’en doutons pas, utile après le 9 juin. Il ne faut pas baisser les bras, jamais, face à la division. Non seulement elle n’est pas fatale, mais elle heurte 85 % de l’électorat qui est pour l’union.

Sans doute beaucoup d’abstentions viendront de la division entre ces listes qui ont un même programme et qui pourtant polémiquent de façon cruelle et inutile. Parce que les « pactes de non-agression » n’ont aucun sens. Dès qu’il y a listes différentes, elles sont en concurrence et elles aggravent leurs divergences de façon excessive, déraisonnable, et c’est ce qui se produit hélas actuellement. Sur les réseaux sociaux, des partisans sectaires de tous bords s’acharnent quotidiennement à briser l’espoir de l’union, croyant grapiller des voix, alors qu’ils découragent, pour le 9 juin… et pour après !

C’est pourquoi nous avons observé avec intérêt, le 6 avril, le séminaire national des « verts unitaires », réunissant Éric Piolle, Karima Delli, Sandrine Rousseau, Philippe Brun, Benjamin Lucas, Raymonde Poncet, Patrice Leclerc, Aurélie Trouvé… Le thème central de cette réunion bienvenue était « Comment construire l’union après les européennes ? ».

Nous avons observé avec le même intérêt les efforts de Clémentine Autain pour rassembler au sein et en dehors de LFI, celles et ceux qui sont les plus convaincus que, sans candidat unioniste en 2027, il sera impossible de gagner. Nous constatons avec joie que les efforts d’Alexis Corbière, de Raquel Garrido, de Danielle Simonet, vont dans le même sens. Et si François Ruffin, qui fait un travail remarquable sur les idées, réussit à son tour à agir collectivement, cela influencera toute la gauche et redonnera moyen de corriger la désastreuse situation que nous aurons vécue avant le 9 juin.

C’est pourquoi nous nous sommes réjouis que nos camarades d’Ensemble!, de Nouvelle Donne et de Pour une Écologie populaire et sociale (PEPS) aient accepté une initiative exceptionnelle, initiée au sein du CLIO (Comité de liaison et d’initiative ouvert), pour un forum commun sur l’Europe, le 4 mai. Il s’agit non pas d’opposer les listes de gauche ni de choisir entre elles, mais au contraire, « hors-compétition », de dire ce qu’elles ont en commun.
Gérard Filoche,le 7 avril 2024

Il y a dix ans : Le désastre de la politique de Hollande sanctionné aux municipales des 23 et 30 mars 2014

La résistible débâcle de mars 2014 :

 

On a tout fait à la gauche socialiste, à D&S, pour mettre en garde Hollande, le PS, susciter l’espoir et éviter cela. En moins de 24 mois Hollande « a bousillé » le capital électoral immense, sans précédent que la gauche avait obtenu en 2004, 2008, 2010, 2012.

Les élections municipales françaises des 23 et 30 mars 2014 con-cernent 36 681 communes.

63,55 % des voix exprimées au 1er tour, 62,13 % des voix confirmées au deuxième tour.

La droite obtient 46,38 % puis 45,65 %.

La gauche chute à 38,20 % et 41,56 %.

Le FN stagne entre 4,88 et 6,87 %.

121 villes de plus de 15 000 habitants, dont  Amiens, Angers, Argenteuil, Caen, Carcassonne, Charleville-Mézières, Colombes, Conflans, Fécamp, Évreux, Fourmies, Gisors, Limoges, Montbéliard, Montceau-les-Mines, Quimper, Reims, Roubaix, Saint-Chamond, Saint-Etienne, Saint-Ouen, Toulouse, Tours, Vernon, basculent de gauche à droite.

La droite gagne une majorité des villes de plus de 10 000 habitants : elles passent de 433 à 572. La gauche descend de 509 villes de plus de 10 000 à 349. L’extrême droite gagne 14 villes, un niveau jamais atteint sous la Ve République.

51 % des inter-communautés urbaines changent de majorité : la droite obtient 62,8 % des présidences.

Avant les élections de 2014, la gauche (PSEELVFront de Gauche) détenait 29 villes de plus de 100 000 habitants contre 12 à la droite et au centre (UMP et UDI). À l’issue du scrutin, la droite détient 22 villes de plus de 100 000 habitants contre 19 pour la gauche, qui perd donc dix villes par rapport à 2008 (neuf villes en métropole et une en outre-mer).

De quoi pleurer.

Ce n’est pas la faute des maires ni des électeurs de gauche, la déroute est entièrement due à la politique de Hollande.

À sa « politique » réactionnaire « de l’offre ».

Alors que deux ans plus tôt la gauche dirigeait encore 2 villes sur trois.

Dans un premier temps, Christophe Borgel rapporteur en Bureau national, confesse : « - C’est un vote sanction, l’électorat socialiste n’est pas passé à droite mais s’est abstenu. »

Cette explication est indiscutable.

On est loin de la vague rose de 2008.

Cela ramène le PS 40 ans en arrière, avant les municipales de 1977, moment historique de sa montée en puissance vers le pouvoir.

 

Croyez-vous que Hollande va entendre et tirer l’évidente leçon ?

 

Non, au contraire, ils ne vont plus reprendre la première analyse de Borgel, ils ne vont pas confesser que c’est dû à leur politique droitière, ils vont expliquer que c’est l’électorat versatile qui change dans le mauvais sens.

 

C’est la faute du peuple !

 

D’autres éléments de langage viennent de l’Élysée :

« C’est parce que les Français évoluent à droite »,

« Il n’y a pas désir de gauche »,

« La preuve, c’est que Mélenchon ne monte pas »,

« Les Français vont vers Le Pen ».

 

Hollande et son gouvernement s’excusent-ils d’être devenus impopulaires.

Ce ne serait pas leur faute, mais celle du peuple ingrat, inconstant qui hier votait à gauche et qui les lâche.

Eux, ils ne font donc que « suivre en le freinant ce mouvement général » lorsqu’ils mènent une politique…  droitière.

 

Bien que ce soit très grossier comme tentative d’excuse je réponds aux arguments de ces tenants de l’aile droite du PS. Car un jour ils oseront prétendre que la défaite « c’est la faute des frondeurs »…

 

Mais pas de chance, en mars 2014, les fameux « frondeurs » (« députés oppositionnels » à l’Assemblée nationale) n’étaient pas encore apparus.

 

La déroute aux municipales a bien pour origine des causes nationales et pas locales. Ce n’est pas la faute des maires, la preuve est que le scrutin a pris le même sens nationalement quasiment partout.

Dans un petit village du Lubéron, Mérindol, un de nos camarades, Philippe Batoux, est écarté de sa mairie par 21 voix. Il cherche à rencontrer ceux qui se sont abstenus, souvent des amis connus :

«  - Et oui, Philippe, c’est pas contre toi, on t’aime toujours bien, mais fallait bien lui dire là-haut, qu’on n’étaient pas contents ».

Philippe regagnera d’ailleurs sa mairie au scrutin suivant, en 2020.

 

Ensuite on observe que la droite n’a pas progressé en voix ! Elle en a même souvent perdu. Si elle progresse, c’est en pourcentage, pas en chiffres absolus. Dans nombre de villes elle perd massivement des voix et gagne quand même au premier tour !

Ce qui veut dire que les électeurs socialistes sont restés fidèles. Ils ne sont pas allés voter ailleurs.

Pour s’être abstenus, il faut qu’ils soient sérieusement déçus.

Le sens de leur abstention saute aux yeux : un désir de gauche non satisfait.

 

Les dirigeants du PS tentent d’objecter que Mélenchon ne monte pas dans les sondages. Mais c’est compréhensible. Mélenchon, avec le PG, le FdG, passe son temps à dénoncer le Parti socialiste en des termes agressifs. Il ne propose pas l’unité de la gauche, il propose la « guerre des deux gauches ». Il ne séduit donc pas l’électorat socialiste, même si celui-ci avait la velléité de se tourner vers lui.

Des millions d’électeurs qui ont voté Hollande, pensaient la même chose, sur le fond politique, que Mélenchon (sur les salaires, le chômage, le partage des richesses…), mais ne le jugeaient pas en situation de gagner ni de réaliser ce qu’il disait.

Ils votaient socialistes pour être certains de battre la droite, certains que la gauche gagne, en espérant qu’elle tienne ses promesses.

Ils sont toujours là, majoritaires dans le pays, mais stupéfaits que leur gouvernement ne fasse pas une politique de gauche. C’est ce qu’on entend le plus souvent exprimer : la déception !  Que Mélenchon non unitaire ne sait pas capter.

 

Les dirigeants du PS tentent aussi d’expliquer que

« les élections intermédiaires sont toujours mauvaises ».

Faux ! Sous Jospin quand il avait mis en place les 35 h, elles étaient bonnes.

Mais, là, où est le choix politique ? Hollande puis Valls proposent 40 milliards aux patrons, la droite leur en propose 100, c’est tout !

 

Dans cette élection « intermédiaire », le seul changement, c’est que Hollande a trahi ses promesses et va à droite.

On peut leur retourner l’argument : si « la France se droitisait », sa nouvelle politique devrait l’emporter. Mais pas du tout, Hollande se minorise, vis-à-vis de la droite qui ne veut pas de lui et vis-à-vis de la gauche qui lui reproche d’aller à droite.

 

Expliquer Le Pen ?

Elle profite de la décomposition de la droite.

Car pour l’essentiel, si on étudie bureau de vote par bureau de vote, on observe que les voix du FN ne viennent pas de la gauche, mais de glissements dans les bureaux de vote de droite.

Le Pen non plus ne gagne pas de voix en chiffres absolus : c’est du fait de l’abstention, si, deux mois après, elle va être en tête aux européennes du 25 mai 2014 – avec moitié moins de voix que ce qu’elle avait à la présidentielle de mai 2012.

Sauf que cette arrivée en tête de Le Pen entretient sa dynamique propre.

L’UMP propose « du Valls puissance 10 », mais ce n’est pas non plus ce que veut la partie « populaire » mécontente de la droite, alors Le Pen leur fait des propositions démagogiques qui les attirent. C’est pour cela que Le Pen a donné à son programme une couleur d’apparence sociale et anti-libérale, elle fait d’une pierre deux coups : elle se renforce contre la gauche libérale et contre la droite libérale.

 

Dans tous les camps, les électeurs cherchent à se débarrasser de la tutelle du libéralisme.

En fait il n’y a guère de déplacements électoraux entre la droite et la gauche. L’électorat, à quelques variantes près, est stable et fidèle. Deux blocs : l’expression déformée de deux classes sociales fondamentales et antagoniques, le salariat et l’actionnariat.

La gauche est et reste largement majoritaire à la base depuis plus de 30 ans. Comme l’avait dit François Mitterrand en 1981, « c’est la victoire de la majorité sociologique ».

Les « camps » droite et gauche sont installés et varient peu.

Mais ça bouge à l’intérieur de chaque camp.

À droite il y a un glissement de l’UMP vers Le Pen.

À gauche on s’abstient pour protester parce que les gouvernants ne sont pas à la hauteur.

Dans les dix dernières années face à la droite, entre 2001 et 2013, la gauche s’était même renforcée au point de donner tous les pouvoirs au Parti socialiste, mais si cette écrasante majorité se tasse à nouveau, ce n’est pas parce qu’il y a un retournement d’attentes, c’est parce que ces attentes sont trahies : l’abstention a un sens politique extrêmement clair, il n’est pas difficile à interpréter…

 

Cap à gauche ou suicide ?

 

Croyez-vous qu’Hollande va nous répondre à nous, les électeurs, et à nous, les 40 % du Bureau national du PS qui, avec des milliers de socialistes, ont lancé l’appel « Cap à gauche » ?

Pas du tout, le gouvernement Jean-Marc Ayrault démissionne.

Et c’est Manuel Valls qui est nommé à sa place.

 

C’est une provocation, un défi, c’est en réalité un cap plus à droite !

 

Je me rappelle avoir plaisanté :

 

« - Pourquoi aller choisir un Premier ministre qui fait 5 % des voix à l’intérieur du PS ? « Pourquoi ne pas prendre comme successeur légitime de Jean-Marc Ayrault le Premier secrétaire du PS qui, lui, a été élu à 61 % des militants ? »

Mais la vérité, c’est que Hollande n’a plus rien à faire du PS.

Avec la nomination de Valls, c’est le PS qui est mis hors-jeu.

La gauche est mise hors-jeu.

 

L’Élysée dirige tout. Le président « normal » n’est pas normal.

Il ne respecte ni son parti, ni ses élus au Parlement, ni ses électeurs.

Dans le choix d’alliance avec le patronat et avec la droite, façon SPD-Merkel, peu importe que ni les patrons ni l’UMP n’acceptent de signer un « pacte », Hollande impose seul, unilatéralement, à marche forcée ce que la droite aurait fait.

Valls est là pour ça.

Hamon et Montebourg commettent alors une lourde erreur. Ils croient qu’en restant au gouvernement avec de meilleurs postes, l’Éducation et l’Économie, ils vont l’emporter habilement sur Valls. La politique n’est pas une affaire de génération.

Cécile Duflot sort du gouvernement. Et elle a raison.

Valls en un mois va parvenir à nourrir encore plus l’abstention et à pousser Marine Le Pen en tête du scrutin des européennes, et en cinq mois, il va crier « Vive l’entreprise » devant l’université d’été du Medef.

 

Puis il va profiter d’une provocation banale de vocabulaire dans la bouche de Montebourg à la fête de la Rose de Frangy-en-Bresse le 24 août 2014, celui-ci ironisant sur la « cuvée du redressement ». Avec Benoît Hamon invité, les deux ministres appellent à « faire sauter les bouchons » et à un « ralentissement dans la réduction des déficits et une relance de la demande, en contrepartie de la politique de l’offre » voulue par Hollande.

Valls convainc aussitôt Hollande de virer les deux trublions de gauche qui avaient eu la faiblesse de croire qu’ils allaient s’incruster dans son gouvernement.

Montebourg s’en ira avec panache.

Hamon hésitera une dernière fois. Mais il suit quand même Montebourg. A-t-il pris le temps d’interroger Martine Aubry avant ? Les « aubrystes » jouent un jeu double, donnant des coups de pieds sous la table mais tout souriant en face à face à table.

Ils ont pourtant un rôle central car s’ils basculent vers nous dans l’opposition de gauche comme ils le laissent parfois croire, c’est le PS qui changera de cap.

 

86 « frondeurs » du PS

 

Avant le discours de politique générale de Manuel Valls et le vote de confiance à son gouvernement, 86 responsables socialistes, dont des députés issus de l’aile gauche du parti, des amis de Martine Aubry et d’autres sensibilités du PS réclament, dans un texte, que publie le JDD, un nouveau « contrat de majorité ».

 

Au total, plus de 80 députés et quelques figures du Parti socialiste, comme Emmanuel Maurel, Guillaume Balas, représentant du courant de Benoît Hamon, ou encore François Kalfon, l’un des fondateurs du club « La gauche populaire« .

« Ce n’est qu’une première liste, nous dépasserons bientôt les 100 signataires, notamment quand cette liste sera soumise aux sénateurs« ,

explique Christian Paul, perçu comme proche d’Aubry et l’un des initiateurs du texte avec Laurent Baumel, Pouria Amirshahi et Marie-Noëlle Lienemann. J’en suis.

 

« Les conditions de la confiance pour un contrat de majorité

Agir et ne pas subir. La défaite d’ampleur historique que nous venons d’encaisser nous donne une responsabilité sans précédent. Bien plus qu’une protestation de circonstance, les Français ont exprimé des positions très politiques et, dans leur diversité, des demandes de justice, d’efficacité économique et d’égalité républicaine.

Depuis de longs mois, les élus locaux et les députés avaient alerté sur le fossé qui se creusait entre la gauche au pouvoir et son électorat. Cette défaite électorale ne doit pas se transformer en renoncement démocratique. Au contraire, le temps du Parlement est venu. L’affirmation de la volonté politique est encore plus à l’ordre du jour. Le dialogue avec le nouveau gouvernement s’engage dès maintenant. La représentation nationale doit être digne de sa mission et à la hauteur de ce moment de notre histoire. Il lui revient de participer aux nouvelles orientations qu’exige cette nouvelle étape.

Dans ce but, il faut aller plus loin que les habitudes et les certitudes. Pour répondre vigoureusement à l’épuisement institutionnel, nous proposons un contrat de majorité dans la durée. En effet, pour restaurer la confiance avec les Français, il faut recréer aussi la confiance avec le Parlement. Celui-ci doit apporter sa légitimité en soutien des choix que les citoyens de tous horizons attendent de la gauche au pouvoir.

Notre première contribution au contrat de majorité privilégie les orientations ainsi rappelées :

1- Obtenir une réorientation européenne par un plan de relance contre la déflation et une révision des règles budgétaires insoutenables et ennemies de la croissance et de l’emploi.

2 - Concentrer les moyens publics sur la création réelle d’emplois et, ainsi, intensifier le redressement productif.

3- Défendre des décisions de justice et de pouvoir d’achat : des mesures en faveur des bas salaires, la réforme fiscale et la CSG progressive, l’effort en faveur des retraites les plus modestes, que nous avons demandés depuis des mois. Ces décisions convergent vers un « choc de demande », accompagnant les efforts sur l’offre, additionnant ces améliorations de pouvoir d’achat, les emplois aidés non marchands pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, et les investissements publics.

4- Réaffirmer et amplifier les choix et les engagements de 2012 :

- Muscler les efforts de régulation des activités financières et bancaires, et leur mobilisation pour l’investissement et les territoires. Promouvoir la responsabilité sociale et environnementale des multinationales et leur « devoir de vigilance ».

-Rendre populaire la transition écologique : financement et avances pour les travaux de rénovations énergétiques, co-investissements citoyens dans les énergies renouvelables, plan de remplacement des véhicules et équipements anti-écologiques.

- Engager un mouvement de transformation de l’État et des collectivités locales, avec les citoyens et les agents publics. Nous soutiendrons les économies efficaces, pas les régressions sociales : non aux économies de dépense qui conduisent à des reculs pour la Sécurité sociale ou à la panne de l’investissement public !

-Défendre l’égalité des territoires par un socle de droits (le « bouclier »), une relance des économies locales, un remaillage des services publics sur deux piliers : l’éducation et la santé.

5- Pour une revitalisation exigeante de la démocratie française. Un sentiment d’abandon exaspère aujourd’hui de nombreux Français (..) Notre majorité sera plus soudée, si elle inaugure des manières modernes de préparer les grandes décisions et de délibérer.

Si nous ne laisserons pas s’installer de faux clivages entre les « cigales » et les « fourmis », nous savons aussi que jamais la France ne se redressera dans l’austérité et en laissant exploser le chômage et les inégalités. Nous faisons le choix d’une politique qui marche. Nous recherchons l’équilibre entre les salariés et les entreprises et entre les efforts et la justice, pour toutes les composantes de la société. Refusant la fuite en avant façon Sarkozy, nous choisissons l’efficacité pour mener les politiques d’investissement, la transformation de l’État, l’innovation publique.

Les Français n’ont pas changé depuis le 6 mai 2012, ils sont déçus. Ils ne sont pas versatiles, ni ralliés à l’UMP qui n’a rien d’autre à proposer que la dérégulation et l’austérité. Il est impératif d’exprimer une vision claire et offensive du futur de la France et de son rôle en Europe.

Les Français ont le sentiment que la politique qu’ils avaient choisie n’est pas assumée. Ils nous l’ont dit dans les urnes. Il faut maintenant passer des urnes aux choix et, pour nous, des mots aux actes. Les temps qui viennent sont pour tous, et pour chacun d’entre nous, une épreuve de vérité.

Le texte rédigé par des aubrystes est plus que modéré.

Mais quand c’est nous qui en parlons, on le rend plus tonique dans les médias et sur les plateaux de télévision. Comme je suis fréquemment invité depuis l’affaire Cahuzac, je m’en charge en partie. Sur toutes les chaînes d’info et aussi chez Ruquier un samedi soir.

 

Manuel Valls ne répond pas.

Au lieu d’aller à gauche, il accélère la fuite en avant droitière.

Il affirme clairement :

« Il est difficile de faire quelque chose pour les salariés »

et « On baisse le coût du travail de 30 milliards ».

Macron ayant remplacé Montebourg, et caché derrière Valls, se réjouit. Il donne déjà des dizaines de milliards au patronat, aux actionnaires, aux banquiers. Il prend des dizaines de milliards sur les petits salaires, sur les services publics, sur la santé, l’école aussi. Il pille ceux d’en bas pour enrichir ceux d’en haut, baptisés pour la circonstance du terme gourou fétichisé : « L’Entreprise ».

 

Heureusement la gauche et ses syndicats résistent.

Et la résistance interne dans le Parti socialiste se renforce : 40 % du BN et plus de 8000 militants ont signé l’appel pour « Cap à gauche », 88 députés ont manifesté leur opposition.

11 n’ont pas voté l’investiture. Ce qui est exceptionnel.

S’il y a un moment historique pour que la Gauche socialiste joue son rôle c’est maintenant.

Mélenchon aurait dû rester.

L’extrême gauche accuse le PS en bloc, alors que c’est le PS qui est attaqué par Hollande et que c’est dans le PS que la résistance s’effectue le plus.

Tout le travail que nous avons fait depuis plus de 20 ans arrive à point nommé : résister, s’arc-bouter sur les exigences sociales, encourager les luttes, travailler à l’unité des syndicats, de la gauche, construire la majorité alternative qui existe au Parlement : un gouvernement rouge, rose, vert, EELV, PS, FDG.

On y va.

On a tenu bon.

On a remonté la pente.

Cette fois D&S veut un front large de la Gauche socialiste, assez large pour gagner !

 

Cambadelis nommé syndic du PS

 

Jeux de chaises musicales, partition élyséenne.

 

François Hollande a nommé Harlem Désir secrétaire d’État. Harlem Désir a « demandé » à Jean-Christophe Cambadélis de devenir le Premier secrétaire du Parti socialiste. Jean-Christophe Cambadélis, à son tour, s’est exprimé dans les médias pour affirmer sa volonté d’être élu par les militants. Il a parfaitement raison : un simple vote du Conseil national, élu en 2012 sur des bases politiques largement remises en question par nos électeurs lors des dernières élections municipales, ne lui donnerait que fort peu de légitimité.

L’élection par les militants d’un Premier secrétaire ne peut pas être un plébiscite. Il faut qu’il y ait la possibilité d’autres candidatures que celle du seul « candidat officiel ». Si ce n’était pas le cas, le Premier secrétaire ainsi plébiscité, n’aurait, d’emblée, aucune légitimité.

Cette élection doit aussi, évidemment, être l’occasion d’une discussion de fond sur l’orientation du Parti socialiste. Le « casting » n’est pas le plus important. Chaque candidat doit pouvoir publier un texte définissant les grandes orientations qu’il voudrait voir adopter par notre parti et être élu (ou non) sur la base de ce texte.

La question qui est posée est éminemment politique, c’est celle de savoir si notre parti continuera à accepter d’être considéré comme un parti de « godillots » se contentant d’approuver le président de la République et le Premier ministre ou s’il sera capable, si les militants en décident ainsi, d’exprimer son propre point de vue pour infléchir leur politique et les aider à réussir.

Comment, après la catastrophe des municipales, pourrions-nous faire l’économie d’une telle discussion lors de l’élection de notre Premier secrétaire ?

 

Cambadelis nous propose de construire un parti des « 500 000 socialistes » avec un  plan de développement géant projeté en grandes diapositives devant tout le Conseil national. Nous ne pouvons nous empêcher d’être dubitatifs : avec la ligne politique de Hollande-Valls  en 2014, c’est plutôt un retour au « parti des 10 000 » pour lequel le même Cambadelis combattait dans les années 70.

 

BN du PS du 9 avril 14 : sauver le quinquennat ?

Mon intervention leur annonce la couleur :

 

« Comme beaucoup ici, je suis embarrassé par cette concomitance entre le remaniement ministériel, et le « remaniement » du Parti socialiste. Cela ne se passe pas sainement. Ça nous tombe dessus ce matin par la radio, on apprend que notre Premier secrétaire est délogé, relogé et qu’il y en a un autre. Cela fait apparaitre un changement de Premier secrétaire du Parti socialiste comme une révolution de palais télécommandée, et c’est vraiment gênant. Pour les militants. Pour nous tous. (…)

J’entends Jean-Christophe Cambadélis dire qu’il y a « des fondamentaux qui se perdent ». (…) Sans doute. Mais je vais vous surprendre, quoique j’aie déjà signalé cela la semaine dernière. Il y a plus grave.

Le gouvernement vient de préconiser devant l’Assemblée nationale la baisse du salaire brut pour augmenter le salaire net. On n’a jamais discuté de cela nulle part : jamais un texte, jamais une motion, jamais un rapport…

Mais c’est inquiétant : ce sont les salariés qui financeront l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire brut, indirect, les cotisations sociales. C’est un tour de bonneteau. Le manque à gagner pour la Sécurité sociale sera financé par les impôts… payés par les salariés ! Ou sinon en baisse de soins.

Ce sera symboliquement le choix de diminuer le grand principe de solidarité incarné par la mutualisation d’une part des salaires redistribuée à chacun selon ses besoins.

C’est bien ainsi que nous avions combattu cette proposition qui sort tout droit depuis cinq ans …du programme de Marine Le Pen. Ça fait des années qu’elle propose de réduire le brut pour augmenter le net : nous dénonçons cela dans toutes nos brochures ! Oui, Jean-Christophe, il y a des fondamentaux qui sautent ! Sans que personne ne réagisse, sans débat.

Quant à un congrès, il en faut un, anticipé, oui, mais sur le fond ! Avant fin 2014, pas pour régler des problèmes de clans, de motions, ni même de direction, ni même d’un « parti des 500000 », mais un congrès nécessaire pour consulter les militants redresser la barre, faire savoir au gouvernement ce que pense la gauche, ce que pensent les socialistes, comment on doit agir, réorienter pour éviter la catastrophe aux prochaines élections.

Car il y a un grand risque sérieux que nous perdions toute la séquence électorale à venir.

Or c’est évitable, il n’y a pas fatalité absolue à aller dans le mur, à tout perdre dans un autre 21 avril en pire, mais seulement si, à temps, le parti dit ce qu’il faut, à partir des souhaits démocratiquement exprimés de nos électeurs.

Valls, sinon, fera perdre le Sénat, les cantonales, les régionales, et les législatives et le président.

Ce n’est pas une question d’hommes, c’est une question de ligne politique. L’actuelle orientation d‘austérité est suicidaire.

À la fin, ce sera pire qu’en 1993, la dégringolade va être totale, la coupe sera bue jusqu’à la lie.

La seule possibilité d’empêcher cela et de sauver le quinquennat, c’est d’en revenir à une politique de gauche capable de mobiliser l’électorat socialiste et de gauche, c’est de renoncer à céder aux libéraux, c’est de rebâtir, sur la majorité parlementaire toujours existante, un gouvernement rose rouge vert, unitaire, qui donne envie ET satisfaction à l’électorat de gauche, pour qu’il appuie et vote à nouveau de façon active contre la droite. »

 

Nous réclamons en vain une direction collégiale jusqu’au congrès suivant.

Mais le 15 avril 2014, Cambadélis s’impose en Conseil national. Nous présentons contre lui, toutes gauches réunies, Sylvain Mathieu, Premier fédéral de la Nièvre, qui obtient 32,88 % des suffrages. Significativement, le vote du Conseil national se faisant en deux temps, Sylvain Mathieu aura  davantage de voix à bulletins secrets qu’à main levée.

Cambadélis concède bientôt un congrès qui se tiendra tardivement en juin 2015.

Le calendrier général de ce congrès annoncé à Poitiers est le suivant :

-6 février 2015, minuit : date limite de dépôt des contributions générales et thématiques ;

-7 février 2015 : Conseil national de préparation du congrès et d’enregistrement des contributions ;

-11 avril 2015 : Conseil national de synthèse, dépôt du texte des motions et des candidats (et des candidates) aux instances du parti (Conseil national, commission nationale des conflits, commission nationale de contrôle financier) ;

-21 mai 2015 : vote des adhérents et des adhérentes sur les motions ;

-28 mai 2015 : vote des adhérents et des adhérentes sur le ou la premier(e) secrétaire ;

-5, 6 et 7 juin 2015 : congrès national à Poitiers.

 

Valls brade tous les espoirs de mai-juin 2012

 

Dès les premières semaines de son entrée en fonction, Manuel Valls n’hésite pas à renoncer même aux rares bribes que le gouvernement Ayrault avait prétendu avoir arrachées au patronat.

Valls l’a dit avec violence :  les salariés, il ne peut « rien pour eux ».

Sur  les « contrats courts » et « temps partiels de l’ANI » et de la loi Sapin, le Medef réussit à faire reculer pas à pas le gouvernement, c’en est fini des « accords de branches »

Idem sur les critères « pénibilité » de la loi retraite.

La CFDT y tenait. Elle cède.

Cela avait été annoncé triomphalement comme une contrepartie à la sale loi portant la retraite à 43 annuités, à 66 ans de facto.

Le PS avait essayé d’affirmer haut et fort que « la prise en compte de la pénibilité » tempérerait le recul absurde de l’âge des départs en retraite ! (Lequel ne se traduit que par une hausse du chômage des « seniors »).

Fi donc, il a suffi que Pierre Gattaz menace de ne pas participer au (pseudo-) « sommet social » des 6 et 7 juillet 2014… et hop, Valls reporte la « montée en charge progressive » de la « pénibilité » dans le calcul des retraites.

Seuls quatre des facteurs prévus (travail de nuit, travail répétitif, travail posté, travail en milieu hyper-bare) sur 10 facteurs de risques seront pris en compte. Postures pénibles, port de charges lourdes, sont des sujets reportés à une négociation expéditive sous la houlette d’un revenant, vieux liquidateur du droit du travail, Michel De Virville.

Plus tard un certain Emmanuel Macron ministre puis président déclarera « qu’il n’adore pas parler de la pénibilité liée au travail ». Dire qu’à ce moment-là, il n’était que directeur adjoint de l’Élysée, et qu’il ne devient ministre qu’en été 2014 !

Manuel Valls en rajoute et demande de « simplifier le Code du travail » que son ministre porte-parole, Jean-Marie le Guen juge « répulsif ». L’objectif disent-il, serait « de rendre le fonctionnement de l’économie plus souple, plus efficace ».

Nous le répétons inlassablement : on sait pourtant que moins il y a de droit du travail moins il y a d’emplois. Regardez en Martinique ou en Guadeloupe, il y a beaucoup moins de droit du travail, il y a beaucoup plus de chômeurs.

Le chômage ne provient d’aucune nécessité, il est voulu.

C’est le fruit de la politique du patronat.

Soit on la combat, soit on l’encourage.

Soit on le laisse licencier soit on contrôle les licenciements.

Soit on réduit la durée du travail et on partage le chômage, soit on laisse les durées du travail s’allonger, se flexibiliser, se précariser et on a de plus en plus de chômeurs.

 

Et rembourser la « dette » présumée ?

 

Parmi ses arguments défensifs, le gouvernement continue de nous expliquer que le budget doit être serré, les déficits abaissés, pour rembourser la fameuse « dette », présumée, qui nous menace.

Bien sûr, nous n’y croyons pas une seconde : car en pratique, rembourser la dette aboutit à augmenter la dette.

Le déficit baisse de 5,3 % en 2011 à 4,8 % en 2012, vers 4 % du PIB en 2013. Il est fixé à 3,5 % en 2014, 3 % en 2015 et … 0,5 % en 2017.

La dette publique s’élevait à 85,9 % fin 2011 et à 90,2 % fin 2012. Elle atteint 91,7 % du PIB en mars 2013,  autour de 94 % en 2015.

Pourquoi ? Parce que cet argent qui va à la dette, ces économies qui sont faites sur les dépenses induisent la récession.

Et la récession limite les rentrées fiscales, ce qui creuse les déficits et la dette.

C’est comme un jardinier qui arrose le fleuve pendant que son jardin s’assèche.

Donner priorité à rembourser la dette et à réduire les déficits, c’est non seulement jeter des steaks aux requins, mais c’est les enlever de la bouche des passagers du navire.

Il y a trois budgets distincts dans le pays, répétons-nous inlassablement, ce n’est pas le budget de la protection sociale qui nourrit la « dette » présumée, il est presque équilibré à force de privations, c’est le budget de l’État, et c’est bel et bien faute de recettes, faute d’impôts.

 

Faites donc la réforme fiscale au lieu de bloquer nos salaires nets et bruts, ça fera du bien au salariat et nous retrouverons notre électorat et nous battrons Le Pen.

 

Le Pen en tête

Les élections européennes se déroulent le 25 mai 2014 en France.

Avoir nommé Valls Premier ministre deux mois plus tôt, c’était donner un mauvais signal à l’ensemble de la gauche.

C’était donc un signal favorable à Le Pen.

 

Le vote s’est déroulé à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne dans le cadre de huit circonscriptions groupant plusieurs régions.  Sur 46,6 millions d’inscrits, il n’y a que 42,43 % de votants dont 40, 73 % d’exprimés 800 000 votes blancs.

L’abstention atteint 57,57 % des inscrits !

 

Pour la première fois, le Front national arrive en tête d’une élection nationale (24,86 % et 24 élus) devant l’UMP (20,81 % et 20 élus) et le parti socialiste au pouvoir (13,98 % et 13 élus).

Les Verts obtiennent 8,95 % soit 6 sièges.

Le Front de Gauche obtient 6,61 % soit 4 sièges.

Le NPA obtient 3,5 % des voix et LO, 0,5 %.

 

Comment en est-on arrivés à ce point-là ?

Comment Hollande a-t-il pu faire ça ?

Comment peut-il continuer ?

 

C’est une tragédie

À l’Élysée et Matignon, ils ne mesurent pas l’ampleur de ce qui se passe.

François Hollande avait été élu Premier secrétaire du PS en mai 2003 au congrès de Dijon, parce que les militants secoués par le 21 avril 2002 ne voulaient plus jamais ça : plus jamais que le Front national, Le Pen, soient devant le Parti socialiste.

Tout le monde, dans ce but, voulait un « nouveau parti socialiste ».

De 2002 à 2012 on avait regagné toutes les institutions du pays à gauche.

Et en deux ans de politique de Hollande et un mois de Valls c’était liquidé, Le Pen est de retour : en tête cette fois.

Ils ont inversé une autre courbe que celle du chômage et des naissances : celle du déclin du FN.

 

Macron impose le droit de veto de la France seul contre toute l’Europe Salariat ou uberisation

Macron impose le droit de veto de la France seul contre toute l’Europe

Salariat ou uberisation

Ainsi Macron a utilisé le droit de veto de la France en Europe pour sauver Uber.  La grande presse française s’est bien gardée de relever l’importance de l’affaire, on peut même dire qu’elle l’a étouffée.

 

A l’ONU où le droit de veto a été utilisé 265 fois depuis 1945, la France ne l’a pas utilisé depuis le 8 février 1976, c’était pour conserver le contrôle de Mayotte en dépit de la condamnation de l’ONU.  ET elle se bat officiellement pour que ce droit de veto y soit réaménagé.

En Europe tout le monde se souvient des deux droits de veto de De Gaulle, en 1963, et en 1966, contre l’entrée de la Grande-Bretagne en Europe. Ce fut le « compromis de Luxembourg » de janvier 1966 : alors que la France n’en avait pas besoin, puisqu’elle disposait à l’époque d’une grande influence (notamment par rapport à l’Allemagne, alors qualifiée de « nain politique »), son action a préservé un système autobloquant.

Avec six pays, c’était déjà un problème, qui s’est logiquement aggravé avec l’élargissement de l’UE à 27 ou 28 États membres. Et comme pour abolir l’unanimité, il faut l’unanimité, les institutions européennes ne parviennent pas à se débarrasser d’un système qui permet à un seul pays (Pologne ? Hongrie ?) de paralyser tous les autres.  Aussi le parti européen de Macron remet-il en cause le droit de veto : Guy Verhofstadt (Open VLD, Belgique), co-président du bureau exécutif de la Conférence sur l’avenir de l’Europe et député européen Renew Europe a déclaré : « Les règles de l’unanimité tournent en dérision la politique européenne. L’aide à l’Ukraine, les sanctions contre la Russie, la justice fiscale, la gestion des migrations, les fonds européens et l’État de droit… littéralement tout ce qui compte pour les Européens est soumis au veto d’un gouvernement ou d’un autre. Notre souveraineté est handicapée par nos propres règles obsolètes. Nous devons lancer une Convention et mettre à jour les règles ».

Monsieur Veto :

« Le droit de veto n’est pas populaire en France » souligne Jean-Michel Drevet : « il est apparu dans la constitution de 1791 qui a permis à l’ex-monarque absolu de conserver un peu de pouvoir en bloquant les décisions de l’Assemblée qui ne lui plaisaient pas par un veto suspensif d’une durée maximale de six ans. Louis XVI y a eu recours à cinq reprises et cela n’a pas porté chance au couple royal (Marie-Antoinette fut la « madame Veto » des chansons révolutionnaires). Il n’a pas disparu de nos constitutions successives, mais il est assez rarement pratiqué ».

Et voilà que Macron donne dans l’énormité et contre l’avis de son propre parti européen use du droit de veto

Pourtant il y a eu un avis favorable du Parlement européen, puis de la Commission européenne, puis du « Trilogue » (réunion du Parlement de la Commission et du Conseil européen).

Mais au Conseil de l’UE, qui réunit les ministres européens par thématique, seul un vote à l’unanimité permet de valider une décision, législative ou non. Chacun des Vingt-Sept dispose donc de facto d’un veto, puisqu’il suffit d’une seule voix prononcée contre une décision pour l’invalider.

Après de longues et houleuses négociations, le Parlement, les 27 États membres et la Commission européenne étaient parvenus à un accord : une directive européenne sur la protection des travailleurs des plateformes basée sur la « présomption de salariat » qui aurait pu être plus ambitieuse, mais qui allait améliorer la vie de plus de 40 millions de travailleurs des plateformes en Europe dont 4 millions en France).

Sauf que jusqu’au bout, Emmanuel Macron manœuvre pour rassembler une minorité de blocage. L’eurodéputée FI Leïla Chaibi, qui a négocié cette directive pour le groupe de la Gauche, souligne qu’un tel blocage est rarissime, a contre-courant et prouve que « le président français est bien le lobbyiste d’Uber ».

Les liens « opaques » et « privilégiés » entre Macron et Uber depuis 2017 ont été établis le 18 juillet 2023 par une commission d’enquête parlementaire sous la direction de la députée Danielle Simonnet. « C’est au mépris de toute légalité, et grâce à un lobbying agressif auprès des décideurs publics, que l’entreprise américaine est parvenue à concurrencer de manière déloyale » les taxis, pose encore le rapport dans son introduction. Parmi les membres de la commission d’enquête, douze députés ont validé le rapport final – tous ceux issus de la Nupes, du groupe Liot ou du RN –, mais les dix députés Renaissance et leurs alliés, ainsi que l’unique élu LR, se sont abstenus. » (in Le Point 18 juillet 2023)

La commission d’enquête, pendant six mois, a auditionné 120 personnes, dont deux anciens Premiers ministres, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, ainsi que d’anciens dirigeants d’Uber pour cerner les agissements d’Uber en France entre 2014 et 2017. L’affaire a été déclenchée par la révélation des « Uber Files », soit la fuite de 124 000 documents internes recueillis par Mark McGann, ancien lobbyiste pour le compte d’Uber, et communiqués au journal britannique The Guardian. Selon des éléments mentionnés dans le document par la rapporteuse Danielle Simonnet, Uber a eu également « 34 échanges avec les services du président de la République entre 2018 et 2022 ».

Mais non seulement Uber a financé et soutenu Macron dès 2015-16 (dans des proportions inconnues encore à découvrir) mais il y a un profond accord idéologique ! D&S l’avait analysé dès 2017, le libertarien masqué qu’est Macron s’était prononcé dans son livre « Révolution » pour une société sans statuts, sans code du travail, sans cotisations sociales, « post-salariale ». c’est-à-dire une société « uberisée ».

Macron a fait voter la France seule en faveur d’UBER obtenant l’abstention de l’Allemagne et de la Grèce (qu’a-t-il promis en échange ?) afin qu’il n’y ait que 63,5 % des voix et non pas les 65 % requis pour que passe la directive obligeant UBER à faire de ses salariés… des salariés. (Le Conseil de l’Union européenne aurait pu voter à la majorité qualifiée qui est atteinte à deux conditions : si 55% des États membres – soit 15 sur 27 – ont voté pour et si la proposition est soutenue par des États membres représentant au moins 65% de la population totale de l’UE).

 

Ce coup de force vient de loin, du coeur de la politique macronienne et mérite de braquer les projecteurs dessus à l’occasion de la campagne des élections européennes du 9 juin 2024 : Europe uberisée ou Europe salarisée ?  Europe anti sociale, à la tronçonneuse, à la mode de l’argentin Javier Milei ou Europe sociale ?

 

Car le RN ne s’oppose pas à Uber :  au contraire il préconise aussi de supprimer les cotisations sociales, de « supprimer le salaire brut pour augmenter le salaire net » ce qui revient à mettre bas la Sécurité sociale.

 

Le statut de travailleur indépendant, sur lequel des plateformes comme Uber ou Deliveroo fondent leur modèle, est remis en cause dans un nombre croissant de pays, suscitant des lois et décisions de justice en ordre dispersé.

 

C’est donc une question nationale et internationale centrale : le modèle UBER incarne une régression massive de tous les droits sociaux, et voilà que c’est au nom de la France que Macron veut l’imposer par ce droit de veto à l’Europe entière.

 

le 9 juin votons contre Macron qui veut ubériser l’Europe. Présomption de salariat contre présomption d’indépendance payé à la tâche.

 

L’avenir de l’Europe c’est le choix entre salariat et ubérisation ; entre progrès social ou bien retour aux tacherons du XIX° siècle.

Combattons Macron le SEUL en Europe à avoir voulu imposer l’uberisation contre la présomption de salariat

Le 9 juin votez contre Macron qui est anti européen chaque fois que l’UE a quelque chose de progressiste : – présomption de salariat – être malade n’implique pas de perdre ses congés payés – respect du repos quotidien de 11 h par jour – contrôle de la corruption des multinationales.

Macron combat l’Europe chaque fois qu’elle est sociale : Macron n’aime que ce qu’il y a de libéral dans l’Europe.

 

 

 

 

 

 

 

L’hécatombe des institutions représentatives du personnel

 

Dans les années 1990 l’UIMM (union des industries métallurgiques et minières) branche particulièrement réactionnaire du patronat français avait calculé que l’existence des IRP (institutions représentatives du personnel, CE, DP, CHSCT, DP, DS…) augmentait le « cout du travail » d’environ 4,5 % pour les entreprises qui y étaient assujetties. Ils demandaient à ce que ce coût soit abaissé.

Ils ont mis plus de 20 ans, mais ils ont réussi : on est passés depuis les lois Sapin, Rebsamen, Macron, El Khomri, Pénicaud, de 425 000 élus mandatés du personnel à moins de 200 000. C’est une saignée : moins de délégués, moins de syndicalistes, moins d’information et contrôle, les très modestes formes de contre-pouvoir et de démocratie qui existaient dans les entreprises ont reculé férocement dans la dernière décennie sous les coups combinés de Hollande, de Macron et du Medef.

En 2022, 73,2 % des entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé non agricole ne sont plus couvertes par au moins une instance représentative du personnel, une baisse de moins 8 % sous Macron. Ces entreprises emploient 76,7 % des salariés du champ concerné.

Autrement dit les ¾ des salariés et les ¾ des entreprises qui devaient avoir des IRP n’en ont plus !

Il n’y a plus de délégués syndicaux dans 90 % des entreprises éligibles !

Quant aux commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT ex CHSCT « fondus » sous forme de commission dans les CESE), leur implantation plafonne dans les 5000 entreprises d’au moins 300 salariés, où elle est obligatoire (83,9 % d’entre elles). Elles ne sont mises en place que dans un quart des entreprises de 50 à 299 salariés (25,8 %, en recul d’un point par rapport à 2021).

Couvertures syndicales et par des instances représentatives du personnel élues, en 2022. En %

Entreprises Salariés
Couverture syndicale    
Délégué syndical (DS) 10,9 56,6
Représentant de section syndicale (RSS) 2,1 27,8
Couverture des instances représentatives du personnel    
Comité social et économique (CSE) 36,0 76,6
Conseil d’entreprise (CE) NR NR
Représentants de proximité 1,8 20,2
Commission santé sécurité et conditions de travail (CSSCT) 6,8 50,1
Au moins une instance élue 36,2 76,7

NR : non représentatif; le nombre d’entreprises répondantes est trop faible pour permettre une estimation suffisamment précise.
Lecture : en 2022, 10,9% des entreprises disposent d’au moins un délégué syndical (DS) au niveau d’un établissement, de l’entreprise ou de l’unité économique et sociale (UES), représentant 56,6% des salariés du champ.
Champ : entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé non agricole en France (hors Mayotte).
Source : Dares, enquête Acemo « Dialogue social en entreprise ».

Abaisser encore les « seuils » :

Macron, Attal et Vautrin ont annoncé vouloir « simplifier » les CE/DP en « bougeant les seuils ».

Ils proposent de passer le seuil d’élection des délégués du personnel de 11 salariés par entreprise, à 20, et le seuil d’élection des Comités d’entreprise de 50 salariés à 250 par entreprise.

Donc au lieu de 207 000 entreprises de plus de 10, et 35 700 entreprises de plus de 50 salariés (3% du total) éligibles à un CE, il n’en restera que 6300 et près de 80 % d’entre elles n’auront plus cette obligation.

Depuis le 1er janvier 2020, pour remplacer les anciens délégués du personnel, des CSE avaient été mis en place (théoriquement !) dans les entreprises de 11 à 49 personnes (à condition qu’un salarié se porte candidat et que le patron laisse faire !) la proposition d’Attal de repousser le seuil de 11 à 21, va écarter plus de 50 % du total de ces entreprises.

Devinette : sachant que, déjà, dans 66 % des entreprises, l’état de droit n’était pas appliqué par les patrons et qu’il n’y aucun salarié élu dans aucune des instances en vigueur, seulement 81 900 des plus de 11 (sur 207 000) avaient réellement un CSE, combien va-t-il en rester après cette hausse des seuils ?

Moins de 9% des entreprises éligibles de plus de 50 ayant actuellement un CSE et ne couvrant que 19,3 % des salarié concernés, si la loi Vautrin passe avec les seuils à 20 et à 250, ce sera joué, le libertarien Macron entre 2015 et 2024, aura eu la peau de plus de 90 % des institutions représentatives du personnel.

Exit 75 ans de représentation du personnel dans les boites !

C’est une défaite en rase campagne pour l’ensemble du salariat. La revanche est à prendre et s’impose !

Gérard Filoche

 

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Missak et Mélinée Manouchian

« … Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles … »

En hommage à Missak et Mélinée Manouchian et à leurs camarades

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Nantes – Février 2024

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Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Le 21 février prochain, Missak et Mélinée Manouchian entreront au Panthéon. Quelques semaines après que Macron eut avalisé une loi Darmanin contre les mi- grant.es votée avec le soutien du Rassemblement national, héritier des fascistes du XXème siècle qui envoyèrent à la mort Manouchian et ses camarades. Nous ne sommes pas partie prenante de ces hypocrisies et de ces manœuvres. Mais, pour nous, c’est l’occasion de rappeler ce que furent les combats de ces immigré.es et de dire leur actualité, alors que les périls d’hier se profilent à nouveau. De parler, non seu- lement de Manouchian, mais de ses camarades, qu’il aurait été bon d’associer dans la célébration, comme ils et elles le furent dans la mort (une pétition le réclamait d’ail- leurs).

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

Les nazis avaient, on le sait, recherché « un effet de peur sur les passants » par la dif- fusion massive de l’Affiche Rouge, indiquant que le groupe Manouchian était composé d’étrangers, souvent juifs. On sait aussi que, en février 1944, moment où l’exaspération contre l’occupant montait, en même temps que se dessinait la perspective de la Libéra- tion, la manœuvre des nazis fit long feu.

Les 23 (22 hommes fusillés le 21 février 1944 et une femme décapitée en Allemagne le 10 mai 1944) étaient des militant.es communistes ou sympathisant.es, internationa- listes, membres des FTP-MOI, Francs-Tireurs et Partisans- Main-d’Oeuvre Immigrée) organisation immigrée du Parti communiste. Certains avaient combattu en Espagne contre le fascisme, d’autres étaient trop jeunes pour cela, mais étaient menacé.es de mort parce que juif/ves (la moitié des membres du groupe étaient juifs). Mélinée, la compagne de Missak Manouchian avait perdu son père dans le génocide arménien déclenché à partir de 1915, elle devait perdre son mari, assassiné par les nazis : un résumé tragique de l’histoire du XXème siècle. Ces militant.es combattaient aussi pour une France rêvée, celle issue de la Révolution française et du soutien au capitaine Dreyfus, contre la France de Vichy, qui « accomplissait l’irréparable » en ces années.

Ayant réalisé de nombreux attentats, notamment contre des officiers allemands, ils et elle furent traqué.es par les policiers français et finalement arrêté.es en novembre 1943. En 1942-43, ce groupe avait joué un rôle très important dans la lutte armée à Paris contre l’occupant nazi.

Nul ne semblait vous voir de préférence

Malgré ce rôle important, malgré le symbole fort que représentait le groupe Manou- chian, sa mémoire fut effacée à la Libération. C’était le temps où le PCF se voulait un parti avant tout français et donnait aux rues et aux places des noms « faciles à pronon- cer ». Un temps où le gaullisme et le PCF se disputaient la mémoire de la Résistance et la voulaient patriotique, gommant ainsi ses aspects sociaux et révolutionnaires.

Il fallut 10 ans pour qu’Aragon écrive, en s’inspirant de la dernière lettre de Manou- chian, des Strophes pour se souvenir, publiées en 1956 dans Le Roman inachevé. Sur- tout, la mise en musique par Léo Ferré, qui en fit en 1961 la chanson L’Affiche rouge, mit en lumière ces « amoureux de vivre à en mourir ». Quelques années avant 68, ces paroles parlèrent à une génération avide de retrouver la mémoire des combats du pas- sé.

Le verso du tract nazi

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Olga Bancic, Juive roumaine dé- capitée à Stuggart le 10 mai 1944

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Moska Fingercweig,

Juif polonais

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Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Leur action était avant tout un combat contre le fascisme et les racismes nazis, qui s’attaquaient prioritairement aux Juif/ves, mais aussi aux Tsiganes ; une haine de l’autre qui ciblait les homosexuels. C’était un combat pour la liberté. La menace du retour de ces haines est revenue hanter notre présent. Alors que, dans nombre de pays, l’extrême droite relève la tête, arrive même parfois au pouvoir, le rappel du combat des FTP-MOI n’est pas qu’une référence au passé. Il est une arme pour nos luttes d’aujourd’hui.

L’action de ces immigré.es doit être remise en mémoire pour dire combien l’essen- tiel n’est pas l’origine des un.es et des autres, mais bien leur communauté de pen- sée, leurs espérances et leur volonté de vivre ensemble. Dans la France d’aujour- d’hui, où des bandes fascistes veulent menacer celles et ceux qui viennent d’ail- leurs, chassé.es par la misère et les guerres, ce rappel que luttèrent ensemble français.es et étrangers/ères fait partie de nos luttes. Comme il fait partie de notre combat contre l’antisémitisme, d’où qu’il vienne.

C’est pourquoi, la Gauche Démocratique et Sociale (GDS 44) et ENSEMBLE !

44 tiennent à rendre hommage, non seulement à Missak et Mélinée Manou-

chian, mais à ceux – et celle – du groupe qui furent assassinés par les nazis.

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Nantes le 11 février 2024

Quelques repères historiques

Michel Laffitte (Extraits de La Résistance en Ile-de-France)

L’expression « groupe Manouchian » est issue d’une construction de la mémoire qui trouve son origine dans la diffusion massive de l’Affiche rouge sur les murs des villes de France, au moment de l’exécution, le 21 février 1944 au Mont-Valérien, de 22 résistants. Ces combattants des FTP-MOI sont présentés par la propagande nazie sous les allures d’une « bande » dont Missak Manouchian, respon- sable militaire des FTP-MOI de la région parisienne, est le « chef ». Il est remarquable que Joseph Epstein, chef des FTP de la région parisienne, supérieur hiérarchique direct de Manouchian, interpellé en même temps que lui, ait été jugé à part et exécuté le 4 avril. Au total, 68 militants dont une moitié de Juifs majoritairement étrangers sont arrêtés au cours d’un vaste coup de filet à l’issue des longues et patientes filatures des policiers français de la 2e Brigade spéciale de la Préfecture de police de Paris. Comme le remarque Adam Rayski dans ses mémoires,  »ce groupe n’a jamais porté pendant la Résistance le nom de Manouchian, qui n’était connu que sous son pseudonyme. Les premiers qui parlent du « groupe Manouchian » sont les services de propagande allemande, en février 1944, au moment du procès ».

Le « groupe Manouchian » représente le noyau dur des combattants des FTP-MOI, tombés pour la plupart entre le 12 et le 17 no- vembre 1943. L’arrestation de Missak Manouchian a eu lieu le 16 novembre, suivie dans l’après-midi de celle de Olga Bancic et de Marcel Rajman et, le lendemain, de Moka Fingerweig, de Wolf Wajbrot… Avec Schloïme Grzywacs, les visages de ces militants juifs d’origine polonaise ornent quatre des dix médaillons de l’Affiche rouge.

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József Boczor, Juif hongrois

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Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

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Sur les 22 résistants fusillés le 21 février 1944, la moitié sont identifiés comme Juifs et quatre sont issus du deuxième détachement, dit détachement juif, des FTP-MOI : Marcel Rajman a été versé au sein de l’Equipe spéciale, tandis que Moïshe Fingercweig, Wolf Wajsbrot et leur aîné, ancien des Brigades internatio- nales, Schloïme Grzywacs ont été mutés au quatrième détachement

.Cette dernière équipe, dite des dérailleurs, représente, en y ajoutant Thomas Elek, la moitié des 10 visages figurant sur l’Affiche rouge et 9 fusillés sur 22 ; ne sont pas représentés les visages de Jonas Geduldig, alias Michel Martiniuk, de Léon Goldberg, de Willy Schapiro, tous trois Juifs d’origine polonaise, ainsi que du Hon- grois Emeric Glasz. L’insistance sur les déraillements de train tente manifestement de sensibiliser une opinion utilisant alors massivement le réseau de la SNCF ; sur l’Affiche rouge, trois des six photographies évoquant des attentats sont des clichés de déraillements ferroviaires.

Avec Marcel Rajman, l’Italien Spartaco Fontanot et l’Espagnol Celestino Alfonso font partie de l’Equipe spéciale. Les deux premiers, à l’image de 12 des 22 fusillés du 21 février 1944, sont âgés de moins de 24 ans au moment de leur exécution, le Français Roger Rouxel, membre du troisième détachement, majoritairement ita- lien, n’ayant pas atteint son dix-huitième anniversaire. Cinq autres membres de ce détachement paient alors le prix fort : Cesare Luccarini, Antonio Salvadori, Ame- deo Usseglio, Rino Della Negra, le Français Georges Cloarec et Robert Witchitz, présenté comme Juif hongrois.

Missak Manouchian et Arpen Tavitian, respectivement âgés de 38 et de 45 ans, sont les seuls militants d’origine arménienne fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. Ils ne sont donc représentatifs ni par l’âge, ni par l’origine, de la génération des rafles, celle des jeunes militants juifs en majorité polonais qui ont vu leurs pa- rents disparaître dans les déportations. La recension des noms des fusillés de- meure encore imparfaite. Les ouvrages les plus récents ne mentionnent par exemple à aucun moment la présence, parmi les 22 fusillés, de Stanislas Kubacki, Juif polonais sans doute âgé de 34 ans.

La représentation du « groupe Manouchian » est le résultat de ce que les auteurs du livre Le sang de l’étranger nomment  »un processus d’occultation de la mémoire MOI qui durera près de quarante ans ». L’impact immédiat de l’Affiche rouge collée sur les murs des villes de France en février 1944 reste discuté. Sans prégnance importante sur les consciences et donc sur l’élan de la Résistance, l’Affiche rouge a construit le « groupe Manouchian » en objet de mémoire, comme en témoigne en 1985 Mélinée Manouchian dans le film de Mosco Des « terroristes » à la retraite :  »Il y a des jours où je ne peux pas m’empêcher de penser que peut-être si les nazis n’avaient pas fait cette Affiche rouge, personne n’aurait parlé de Manouchian, de Boczor, de Rajman, d’Alfonso et des autres combattants étrangers. On les aurait enterrés et oubliés. Regardez les survivants, qu’est-ce qu’ils sont deve- nus ? »

Missak et Mélinée Manoukian

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A l’appui de ces remarques, l’historienne Annette Wieviorka a noté :  »La légende
véhiculée par le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré veut qu’une main ait écrit
« morts pour la France ». Rien ne le prouve. Seul Maurice Benadon, parmi ceux avec
qui nous nous sommes entretenus, a le souvenir d’une telle inscription. » Dans ses
souvenirs intitulés La Belle Age, Lionel Rochman, ancien résistant juif communiste à
Guéret, cité par Annette Wieviorka, évoque explicitement un sentiment de honte :
« Se fussent-ils appelés Martin ou Durand, j’aurais communié dans leur mort et dans
leur martyre. Mais ils s’appelaient Grzywacz et Wajsbrot et Fingercweig et c’était
imprononçable. Oui les propagandistes firent bien leur besogne en imprimant l’Af-
fiche rouge. Oui, après des années de martèlement antijuif, même les résistants se
devaient d’être de bons Français de souche, bien de chez nous. [...] Le pieux men-
songe d’une France communiant secrètement dans la douleur au moment où fut
apposée l’Affiche rouge, mensonge entretenu par notre « bonne conscience natio-
nale », a trop longtemps masqué que la propagande (on dirait aujourd’hui la désinfor-
mation) a le pouvoir de créer de toutes pièces une vérité seconde qui peu à peu supplante la vérité tout court ».

Szlama Grzywacz, Juif polonais

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Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Le 21 février prochain, Missak et Mélinée Manouchian entreront au Panthéon. Quelques semaines après que Macron eut avalisé une loi Darmanin contre les migrant.es votée avec le soutien du Rassemblement national, héritier des fascistes du XXème siècle qui envoyèrent à la mort Manouchian et ses camarades. Nous ne sommes pas partie prenante de ces hypocrisies et de ces manœuvres. Mais, pour nous, c’est l’occasion de rappeler ce que furent les combats de ces immigré.es et de dire leur actualité, alors que les périls d’hier se profilent à nouveau. De parler, non seulement de Manouchian, mais de ses camarades, qu’il aurait été bon d’associer dans la célébration, comme ils et elles le furent dans la mort (une pétition le réclamait d’ailleurs).

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

Les nazis avaient, on le sait, recherché « un effet de peur sur les passants » par la diffusion massive de l’Affiche Rouge, indiquant que le groupe Manouchian était composé d’étrangers, souvent juifs. On sait aussi que, en février 1944, moment où l’exaspération contre l’occupant montait, en même temps que se dessinait la perspective de la Libération, la manœuvre des nazis fit long feu.

Les 23 (22 hommes fusillés le 21 février 1944 et une femme décapitée en Allemagne le 10 mai 1944) étaient des militant.es communistes ou sympathisant.es, internationalistes, membres des FTP-MOI, Francs-Tireurs et Partisans- Main-d’Oeuvre Immigrée) organisation immigrée du Parti communiste. Certains avaient combattu en Espagne contre le fascisme, d’autres étaient trop jeunes pour cela, mais étaient menacé.es de mort parce que juif/ves (la moitié des membres du groupe étaient juifs). Mélinée, la compagne de Missak Manouchian avait perdu son père dans le génocide arménien déclenché à partir de 1915, elle devait perdre son mari, assassiné par les nazis : un résumé tragique de l’histoire du XXème siècle. Ces militant.es combattaient aussi pour une France rêvée, celle issue de la Révolution française et du soutien au capitaine Dreyfus, contre la France de Vichy, qui « accomplissait l’irréparable » en ces années.

Ayant réalisé de nombreux attentats, notamment contre des officiers allemands, ils et elle furent traqué.es par les policiers français et finalement arrêté.es en novembre 1943. En 1942-43, ce groupe avait joué un rôle très important dans la lutte armée à Paris contre l’occupant nazi.

Nul ne semblait vous voir de préférence

Malgré ce rôle important, malgré le symbole fort que représentait le groupe Manouchian, sa mémoire fut effacée à la Libération. C’était le temps où le PCF se voulait un parti avant tout français et donnait aux rues et aux places des noms « faciles à prononcer ». Un temps où le gaullisme et le PCF se disputaient la mémoire de la Résistance et la voulaient patriotique, gommant ainsi ses aspects sociaux et révolutionnaires.

Il fallut 10 ans pour qu’Aragon écrive, en s’inspirant de la dernière lettre de Manouchian, des Strophes pour se souvenir, publiées en 1956 dans Le Roman inachevé. Surtout, la mise en musique par Léo Ferré, qui en fit en 1961 la chanson L’Affiche rouge, mit en lumière ces « amoureux de vivre à en mourir ». Quelques années avant 68, ces paroles parlèrent à une génération avide de retrouver la mémoire des combats du passé.

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Leur action était avant tout un combat contre le fascisme et les racismes nazis, qui s’attaquaient prioritairement aux Juif/ves, mais aussi aux Tsiganes ; une haine de l’autre qui ciblait les homosexuels. C’était un combat pour la liberté. La menace du retour de ces haines est revenue hanter notre présent. Alors que, dans nombre de pays, l’extrême droite relève la tête, arrive même parfois au pouvoir, le rappel du combat des FTP-MOI n’est pas qu’une référence au passé. Il est une arme pour nos luttes d’aujourd’hui.

L’action de ces immigré.es doit être remise en mémoire pour dire combien l’essentiel n’est pas l’origine des un.es et des autres, mais bien leur communauté de pensée, leurs espérances et leur volonté de vivre ensemble. Dans la France d’aujourd’hui, où des bandes fascistes veulent menacer celles et ceux qui viennent d’ailleurs, chassé.es par la misère et les guerres, ce rappel que luttèrent ensemble français.es et étrangers/ères fait partie de nos luttes. Comme il fait partie de notre combat contre l’antisémitisme, d’où qu’il vienne.

C’est pourquoi, la Gauche Démocratique et Sociale (GDS 44) et ENSEMBLE ! 44 tiennent à rendre hommage, non seulement à Missak et Mélinée Manouchian, mais à ceux – et celle – du groupe qui furent assassinés par les nazis.

 

 

Préface de « La révolution des œillets » revue 50 ans après. Enseignements actuels

 

Sans étudier l’histoire on n’a pas d’avenir conscient.

Il ne faut pas faire « table rase » du passé, si l’on veut faire mieux, il faut s’en inspirer.

Ceux qui vont prendre la peine de lire ce livre sur la révolution portugaise d’il y a 50 ans, vont se frotter les yeux.

C’est une révolution qui est en tout point actuelle et riche d’enseignements pour qui vit et milite dans la France de 2024.

On a beau dire que l’expérience est la chose qui se partage le moins, la jeunesse gagnera des années de savoir et de lucidité en étudiant dans ce livre ce qui s’est passé dans les années 1974-1976 dans les entreprises, dans les champs, dans les villes à Lisbonne et à Porto, de l’Algarve à la vallée du Douro.

On y trouve de façon surprenante tous les ingrédients de luttes sociales utiles pour aujourd’hui.

Tous les cas de figure, les plus fertiles, les plus étonnants, d’une crise révolutionnaire ont été à l’œuvre ces années-là au Portugal. Et l’Europe entière s’est penchée sur les événements et s’y rendit : il se disait que c’était « Cuba au bout de l’autoroute du Sud ». Un célèbre dessin parodique de 1975 signé Wiaz en 1975 montrait Marx, Engels, Lénine, Trotski, Rosa Luxembourg penchés sur une carte pour examiner ce qui se passait de si extraordinaire et si explosif dans ce petit pays de 9 millions d’habitants si longtemps étouffé par une immonde et cruelle dictature.

 

Au point que le journaliste Marcel Niedergang dans Le Monde du 26-27 mai 1974 écrira : « Les Portugais qui avaient beaucoup de retard vivent en même temps 1789, 1917, 1936 et mai 68 »

On  trouvera dans ce livre le récit détaillé de l’irruption d’un puissant salariat, des guerres de libération nationales anticoloniales, des grèves de masse généralisées, des manifestations de rues géantes et répétées, des occupations des entreprises, des quartiers, des exploitations agricoles, les soulèvements prolongés avec des comités de masse dans tout le pays, la décomposition des partis bourgeois, de la religion, des institutions et des appareils repressifs, les affrontements et divisions des organisations traditionnelles de la gauche, toutes les questions du syndicalisme, les héroïques batailles décisives pour les salaires, les droits du travail, pour les droits démocratiques et pour le pouvoir politique.

En 24 mois, il y eut six crises successives, six gouvernements provisoires, une montée sociale crescendo haletante, deux élections confirmées avec une nette majorité de gauche, une constitution qui se réclamait du socialisme : la vieille et apparemment inamovible dictature des capitalistes portugais autour de Salazar et de Caetano s’est effondrée dans une immense et profonde convulsion.

Alors chacun a entendu au moins une fois les lieux communs : « les révolutions c’est fini » « le salariat n’est plus révolutionnaire » etc.

Le Portugal démontre que tôt ou tard les plus vieux systèmes dictatoriaux s’effondrent, que rien n’arrête le déferlement des masses quand l’heure est venue, ni la violence de la répression, ni la durée des tortures et mutismes imposés, ni celle des misères et des obscurantismes subis. (Alors vous imaginez ce que c’est et sera dans un pays avec un salariat plus éduqué et beaucoup plus fort). Après 40 ans de souffrance sous Salazar, des millions d’ouvriers d’employés, de paysans se sont insurgés avec une vigueur, un entêtement, une conscience qui a surpris le monde entier.

Prétendument, le salariat est dominé, résigné, écrasé, découragé, vaincu, dit-on. « Les gens (sic) n’ont plus ou pas envie de se révolter » ?

Hé bien, là on a eu l’exemple d’un peuple qui, dès qu’il a vu la porte entr’ouverte, s’est révélé dans un combat prolongé 18 mois, acharné à détruire le vieux régime, à protéger sa liberté neuve, et à conquérir sans relâche les salaires et droit du travail qui lui étaient dus, à défendre sa dignité retrouvée. Il n’y eut pas un seul mai 68, il y eut 18 fois mai 68.

D’aucuns y compris parmi des militants chevronnés, des partis éduqués, ont cru voir dans le MFA, le « mouvement des forces armées », des sauveurs, des révolutionnaires avant-gardistes, ayant même l’image des « guérilleros » comme en Amérique Latine. Otelo de Carvalho alla rendre visite à Fidel Castro, mais ils n’avaient rien à voir ensemble à part fumer un cigare. Les exigences de la théorie se sont imposées : la seule force sociale révolutionnaire c’est le salariat, et non pas un substitut, il n’y a pas de prête-nom, pas de raccourci, pas de détour, pas de junte capable d’improviser et de diriger la marche au socialisme, seules l’expérience et l’action des travailleurs le permet.

Il se dit parfois : « la classe ouvrière est embourgeoisée » « les classes moyennes l’emportent » « la faim, la misère, le chômage, la peur, mais aussi le crédit, le besoin, … empêchent de se révolter ».

Dès le 25 avril 1974, tout cela a été balayé. Et chaque fois que les militaires, les patrons, la droite et les militaires, puis les dirigeants et apparatchiks de gauche, ont voulu les en empêcher et ont tenté de rétablir l’ordre en mai juin 1974, en automne 1974, au printemps 1975, puis en juin, puis en juillet 1975, et enfin dans l’explosion sociale généralisée d’octobre novembre 1975, ils ont échoué. Six fois de suite les masses sont reparties à l’assaut. Ce fut davantage l’ère du salariat que l’ère du peuple. Les théories fausses sur l’unité du peuple, les alliances et collaborations de classes, les « révolutions par étapes », les « blocs avec la bourgeoisie nationale » ont volé en éclat sous les grèves.

D’aucuns prétendent qu’il n’y aura plus jamais d’équivalents des « soviets » de 1905 et de 1917, d’auto organisation, de comités collectifs de base, d‘occupation et de remises en marche d’entreprises par les travailleurs, il y a eu tout ça au Portugal. Y compris les exploitations agricoles occupées. Par tous les moyens les travailleurs libérés ont cherché la voie de leur émancipation, de leur pouvoir collectif, y compris par-dessus leurs partis et leurs syndicats. Et pourtant il y avait eu 40 ans d’étouffoir, salazariste : imaginez donc ce que ce sera quand la même heure sera venue, et elle viendra, dans un pays aux fortes traditions de lutte et d’organisations !

Vous connaissez les « théories » selon lesquelles révolution et démocratie s’opposent, vous avez entendu ces interprétations de la prise du pouvoir du salariat, « par le haut », grâce à des « chefs » ou des juntes éclairées ?

He bien au Portugal, une des batailles décisives a été l’établissement et le respect de la démocratie, la spectaculaire bataille autour du journal « Républica » (qui a été répercutée dans le monde entier) en a été la démonstration. En France à, l’époque, les gauchistes soutenaient les coups de force anti démocratiques des militaires et Libération sous la plume de Serge July, jugeait qu’il ne fallait pas d’élections ni constituante, ni législatives. Étudiez ce livre et vous comprendrez in situ pourquoi la démocratie maximale, pointilleuse, méticuleuse, scrupuleuse, poussée jusqu’au bout, est l’arme des salariés révolutionnaires. Sans démocratie pas d’union, sans démocratie pas de victoire, sans démocratie pas de socialisme et sans partis démocratiques, rien de tout cela.

Les guerres coloniales, c’est lointain, c’est du passé ?

Non bien, sur : la plus longue guerre coloniale se déroule en Palestine depuis 75 ans. Et comme dans toutes les guerres coloniales, les colons sont d’une férocité à toute épreuve, ils massacrent sans pitié les peuples dont ils se sont accaparés les terres, le travail, les vies. Et les « libérateurs » sont conduits eux aussi à utiliser des violences terroristes, des crimes de guerre contre les civils, contre l’humanité. Ce fut le cas en Angola comme en Algérie ! Les troupes salazaristes furent sans pitié, et en face la sauvagerie se développa comme en miroir. Apprendre des luttes de libérations nationales au Mozambique, en Angola, en Guinée, à Timor… c’est aussi d’actualité

Il avait été dit qu’un peuple supplicié pendant 40 ans sous Salazar manquerait de culture, manquerait de conscience, manquerait de savoir-faire révolutionnaires.

On a vu le contraire, on y a vu les soulèvements prolongés, à répétition jusqu’aux coins les plus reculés du pays, et malgré le vieil obscurantisme religieux, l’analphabétisme, on a vu les meilleures traditions enfouies resurgir, les réflexes les plus farouches contre tout retour en arrière, une vigilance aigue pour la liberté, pour la démocratie. Des manifestations répétées de plus d’un million de personnes dans un pays de 9 millions d’habitants c’est comme des manifestations de 6 à 7 millions en France ! Et les grèves avec occupations d’entreprises ou d’exploitations agricoles ont été profondes tenaces, opiniâtres, inventives, courageuses, elles ont dépassé tous les blocages des appareils, tous les freins retors des bureaucrates, allant – c’était inédit dans l’histoire – au point culminant jusqu’à séquestrer le sixième gouvernement provisoire et le forcer à se déclarer en grève à son tour.

Le syndicalisme avait été organisé de façon verticale bureaucratique avec une main de fer sous la dictature de Salazar : mais quand la libération est venue, les salaries ont su débattre de l’unité syndicale contre l’unicité syndicale, ils voulaient rester unis mais ils voulaient la démocratie, le pluralisme, et fut mis à l’ordre du jour la recherche d’un syndicat de masse, de classe, indépendant, avec démocratie avec tendances. C’est une leçon qui concerne encore toute l’Europe.

Les élections étaient truquées, manipulées de 1934 à 1974 sous l’horrible dictature du « Doutor » mais les 25 avril 1975 et 25 avril 1976, quand les travailleurs ont pu voter librement, la participation a été massive, et ce sont les partis de gauche qui ont gagné deux fois de suite, en relation avec la mobilisation sociale. L’erreur de mai 68 (« élection piège à con » sic) fut évitée au Portugal. Méditons : il n’y a pas d’insurrection civique sans insurrection sociale, c’est la force sociale mobilisée qui permet de gagner des scrutins réputés difficiles.

Ceux qui qualifiaient déjà, après mai 68, le PS de « bourgeois », de parti de droite, ou pire qui écrivait, comme la LCR en 1969, « la social-démocratie est définitivement morte » en ont été pour leurs frais. Il leur a été obligatoire de revoir leur théorie sur la « nature de classe du PS » sous peine d’être incapables d’expliquer pourquoi le PS portugais était redevenu le principal parti de gauche. Qu’est ce qui faisait de Mario Soares le dirigeant principal de la gauche ? A moins de croire que le salariat votant PS était « de droite » et de ne savoir expliquer pourquoi il faisait tellement grève et était tellement décidé à aller le plus loin possible dans la révolution sociale. Il a fallu, pour beaucoup, ré apprendre les liens entre réformisme et révolution, comment se faisait le passage de l’un à l’autre, comment naissait à une échelle de masse la conscience de classe dans un processus de transition au socialisme et de révolution permanente. Empiriquement des millions de travailleurs apprennent que s’ils ne vont pas jusqu’au bout, tout ce qu’ils gagnent leur sera repris.

Le PCP en 1974 était incontestablement stalinien, dans on histoire, dans sa culture, dans ses théories. Au départ ses dirigeants dont Alvaro Cunhal eurent le prestige de ceux qui avaient le plus courageusement combattu la dictature aux prix d’énormes sacrifices humains héroïques. Mais il en était encore à la troisième période de l’Internationale communiste, (du Comintern de 1929 à 1935) et son ennemi était le social -fascisme plutôt que la bourgeoisie. Et sa manière d’imposer autorité sur les masses, de subordonner les grèves à son contrôle bureaucratique, à ses alliances avec les militaires du MFA, avec ses projets de « révolution nationale », d’alliance avec les représentants de la bourgeoisie (tout en luttant contre l’ennemi déclaré n°1, le PS) l’ont peu à peu marginalisé. Il resta aux dirigeants de bien des PC, ayant rompu avec le stalinisme russe a rompre avec ce genre de théories et à comprendre que la politique déterminée et durable de front unique est le seul moyen de gagner la majorité de la classe salariale.

C’est en pleine actualité en France à l’occasion des 50 ans de la révolution portugaise de 1974-1976 : union ou division. Front unique ou guerre au sein de la gauche ?

A Lisbonne et Porto ils se sont faits la guerre à coups de manifestations de centaines de milliers de partisans les uns contre les autres. Cela a duré de mai à septembre 1975.

L’ère du peuple ou l’ère du salariat ?  Révolution par étape ou révolution permanente ? Transition au socialisme ou étape bourgeoise nationale ?

Dans la France de 2024 comme dans le Portugal de 1974, ce sont les mêmes questions, on  ne peut toujours pas passer par-dessus les partis de gauche, on ne peut toujours pas les déclarer « morts », rejetés dans le « néant », ni les traiter de « nains jaunes », il faut toujours faire avec, il faut les entrainer dans l’union sur le meilleur programme d’action et de transition possible, c’est la seule façon de répondre aux besoins objectifs puis subjectifs de la masse des salariés, aux traditions, et… de les dépasser, de les entrainer dans une dynamique majoritaire pour aller jusqu’au bout dans la transformation sociale et la prise du pouvoir par le salariat dans des institutions nouvelles.

Dans la France de 1974, on la chance d’avoir un salariat encore plus puissant que dans le Portugal de 1974, puisqu’il fait 90 % des actifs. Mais il n’y a pas de grand parti de gauche démocratique et pluraliste, or c’est ce qui a manqué au point culminant de la révolution portugaise lorsque les appareils de gauche après avoir usé les travailleurs par une division féroce entre eux, ont freiné au maximum la révolution qui leur échappait, et puis le 25 novembre quand les masses sont allées seules unies jusqu’au bout de leurs forces et de leur conscience séquestrer le gouvernement… Ils (PSP, PCF, extrême-gauche) ont laissé le vide s’installer, ce qui était la pire des trahisons. C’est alors que le révolutionnaire prétendu le plus avancé gourou des militaires du MFA s’est rendu, capitulant sans un seul geste de combat devant le plus fasciste de ses bons amis militaires.

Pourvu que cela ne nous arrive pas en France à la prochaine échéance similaire qui ne manquera pas de se produire : il manqua ce 25 novembre 1975 historique, au Portugal, un grand parti de gauche unitaire avec une direction collective démocratique et pluraliste, sur un programme de classe.

Ce ne pouvait pas être l’extrême gauche qui joue ce rôle à Lisbonne, elle était la plus forte d’Europe et la plus nulle politiquement. Vous allez le lire dans le livre en détail, elle se perdit en criailleries maoïstes, en guerre de faux leaders, en gourous auto proclamés, en gauchistes groupusculaires donneurs de leçons, dans des querelles pseudo théoriques multiples qui passaient à côté de l’essentiel, répercutant sans la comprendre la division PS-PCP. Même l’extrême-gauche, la plus avisée (hors maoïsme) fut incapable à la fin, y compris à travers l’ultime tâtonnement pour faire un « FUR » (« Front d’Unité Révolutionnaire ») en septembre 1975. En guise de « front », d’unité, elle fut incapable d’y inclure le PS qu’elle vouait aux gémonies et elle finit par en exclure le PCF… cette extrême-gauche mobilisait pourtant, à son apogée, des manifestations de 500 000 personnes ce qui était énorme, mais elle fut, elle aussi, absente et incapable le 25 novembre quand le jour décisif fut venu, d’avancer une « formule de gouvernement » pour que le salariat qui était là, prêt, disponible, physiquement aux portes du Palais, prenne le pouvoir politiquement.

Étudions tout ça. Débattons de tout ça. Ce sera du temps gagné !

Février 2024, Gérard Filoche