Récit de l’intérieur de la CCC :La CCC : « Sans filtre » ! mais avec amendements…

La CCC : « Sans filtre » !

mais avec amendements…

La Convention Citoyenne pour le Climat s’est conclue dans l’enthousiasme de ses membres pour avoir participé à une prise de conscience de l’urgence climatique à transmettre : la Terre peut exister sans nous, mais nous ne pouvons pas vivre sans elle. « Les températures supérieures à 50°C à l’ombre, qui vont devenir plus fréquentes, seront mortelles dans certaines régions du monde où l’air saturé en humidité interdit toute évaporation de la sueur. Nous ne sommes pas uniquement devant le choix d’une politique économique pour faire face à une crise économique, sociale et environnementale. Le réchauffement et le dérèglement climatiques menacent la survie de l’humanité. C‘est une question de vie ou de mort ! ».

 

Mais la prise de conscience n’était pas seulement écologiste elle était aussi démocratique : les 150 conventionnels ont  découvert que « formation » pouvait rimer avec « manipulation ». Le Comité de   gouvernance qui seul décide de tout avait pour mission implicite de retenir les seules propositions acceptables par le président de la République et il s’est employé à marginaliser les autres. Mais l’objectif poursuivi par Emmanuel Macron a subi en grande partie un échec.

 

Le travail de la Convention

 

Les propositions votées par les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat sont pour la plupart, des mesures que l’on retrouve dans le débat public ou dans les publications sur le changement climatique depuis plusieurs années. Pour autant, elles sont ambitieuses et montrent la prise de conscience grandissante des citoyens sur la gravité de la situation, sur l’urgence climatique et le respect de la biodiversité. Il y a aussi des mesures moins connues préconisant la production de plastiques biodégradables ou opposant la densification de l’habitat à l’artificialisation croissante des sols que provoque l’étalement urbain.

 

La réduction du temps de travail à 28 heures par semaine a été rejetée parce qu’elle n’était pas proposée comme moyen de faire reculer le chômage de masse, mais comme réponse à une réduction de la consommation qui était jugée nécessaire. C’est d’ailleurs pourquoi sa première présentation avait été accompagnée d’une baisse des salaires (mais « sauf des bas salaires »). La réduction du temps de travail est en partie hors sujet : elle ne permet pas de supprimer les besoins créés artificiellement par la publicité. Elle peut seulement être la réponse démocratique à l’augmentation permanente de la productivité du travail qui a permis au patronat de se gaver durant 20 ans. Après ces vimgt ans, il serait temps que le capital rende au travail au moins une partie de ce qu’il s’était attribué. Proposer 28 heures (au lieu de 32 heures par exemple) avait un caractère maximaliste qui desservait la proposition. Elle a tout de même recueilli 35 % des voix exprimées.

 

La question du financement  des propositions est importante. La Convention citoyenne a été mise sur pied après la révolte des Gilets Jaunes contre la hausse de la taxe carbone. Cette  taxe a été peu discutée tout au long de la Convention. Elle est malheureusement ressortie, sous la forme allusive d’un « moratoire sur l’évolution de la taxe carbone pendant 5 ans, le temps que les ménages soient informés  de l’urgence climatique ». Que ce point fasse l’objet d’un vote séparé, aurait permis à  quiconque le voulait, de s’opposer à cette hausse des taxations sur la consommation. Mais ceci a été refusé : le droit élémentaire à la dissociation d’une partie du texte a été bafoué par la gouvernance de la Convention. Or celle-ci avait auparavant décidé que, pour le vote, seraient associées la proposition PT4 (qui porte sur la gestion des emplois et des compétences) et  la proposition PT5 (qui se prononce pour une semaine de travail légale de 28 heures). Mais finalement, elle s‘est autorisée à exercer le droit à la dissociation pour que le rejet prévisible de la PT5 n’entraine pas celui de la PT4. Deux poids, deux mesures !

 

Pour marquer mon opposition à cette taxation, j’ai été obligé de voter contre le document sur le financement, puis contre le rapport final. Ce faisant, j’ai  rejeté, contre ma volonté, les très bonnes propositions présentées par ces textes. Mais je savais qu’elles seraient adoptées.

 

Les autres mesures sont très favorables :l  augmentation du taux d’imposition des dividendes versés aux actionnaires, un prélèvement de 4 % sur les dividendes au delà de 10 millions d’euros,  le renforcement de la taxation des transactions financières, l’augmentation de la taxe sur les GAFA, une nouvelle tranche d’imposition sur les hauts revenus, la création d’une taxe sur les profits des banques réalisés sur les projets d’investissement néfastes pour le climat (à hauteur de 40 % des profits réalisés), l’utilisation de la création monétaire par la BCE pour financer la transition climatique, au service des citoyens…Des baisses de taxes sur la consommation (TVA) sont aussi préconisées.

Cependant, parmi nos 149 propositions, on détecte quelques manques, notamment le soutien des pouvoirs publics aux mouvements d’éducation populaire intervenant exclusivement sur l’environnement (CPIE, AMAP ,  FNE,  GRAINE …).

La réduction à 110 km/h de la vitesse maximale  sur autoroute a été adoptée par 2 tiers des voix exprimées.

Le texte sur les moyens de financement a été adopté  par 102                                voix pour, 22 contre et 18 blancs.

Le rapport final a été adopté par 134 voix pour, 7 voix  contre et 9 blancs

 

Emmanuel Macron  ne s’est engagé à rien

 

Tout le monde a en tête que le Grenelle de l’environnement convoqué par Nicolas Sarkozy en 2007 avait suscité beaucoup d’espoirs, puis beaucoup de déceptions, les mesures envisagées étant pour beaucoup restées lettre     . Ayons conscience qu’Emmanuel Macron veut mettre en œuvre les seules mesures qui attaquent le moins les profits. Il l’a montré en rejetant le prélèvement de  4 % sur les dividendes. Ce rejet indique l’orientation qu’il veut imposer et qu’il a tenté de justifier en prétendant que diminuer les dividendes diminuerait les investissements productifs ; argument faux puisque les profits, qu’ils soient distribués en dividendes ou gardés par l’entreprise, sont massivement placés spéculativement car la spéculation rapporte davantage que l’investissement. Pour financer la transition climatique, la droite ne veut pas prélever les ressources nécessaires sur la masse des profits, mais sur les revenus du travail, salarié et indépendant.

 

Emmanuel Macron veut éviter le recours au référendum. Il préfère gouverner par l’adoption de mesures législatives qui seront amendées par les parlementaires au service de l’Elysée, ou par décrets gouvernementaux contrôlés par le Conseil d’Etat,. Le président de la République pourra dire qu’il a adressé « sans filtre » nos propositions aux parlementaires et aux conseillers d’Etat, mais elles seront « adaptées » par amendements ou par transpription légistique.

 

06/07/2020

 

Pierre Ruscassie

06 80 08 24 68

pierre.ruscassie@wanadoo.fr

 

 

Luxfer : une responsabilité historique à gauche : celle de vous unir

Mes camarades

La lutte des LUXFER est notre combat pour l’emploi mais aussi un symbole pour que le monde d’après soit différent du monde d’avant.

Le vieux monde craque de partout mais il n’est pas mort.

Des paysans, des avocats en grève pendant deux mois, des UBER, des médecins se révoltent. Des anonymes avec le mouvement des gilets jaunes exigent la justice sociale. Les femmes, les jeunes  se lèvent pour exiger le respect et l’égalité.

Des couches de la société qui n’étaient pas le fer de lance du mouvement social ne supportent plus les exigences de la finance.

La crise engendrée par le corona virus a remis en cause tout ce que les bien pensants du capitalisme nous présentaient comme des règles intangibles : l’équilibre budgétaire, la diminution des services publics, les délocalisations.

Alors je profite qu’aujourd’hui, nombre de politiques de différentes sensibilités soient venus pour soutenir cette lutte d’une part pour les remercier tous de leur présence mais aussi pour leur transmettre un message.

Vous avez une responsabilité historique : celle de vous unir sur des propositions concrètes  pour que le monde de demain ne soit pas le monde barbare vers lequel les capitalistes nous amène.

Vous avez 100 bonnes raisons pour vous en vouloir. Je le sais. Mais vous pouvez et vous le devez à notre classe trouver 20 bonnes causes pour vous unir.

Aujourd’hui en est une. La CGT et 17 autres organisations ont lancé une pétition avec des propositions pour le monde de demain. C’est une base. Il est possible nécessaire et indispensable de se regrouper autour d’engagements concrets.

Nous n’avons pas besoin de compter les points. Nous avons besoin de gagner. Et pour cela de recréer l’espoir car le monde d’hier ne va pas disparaitre par enchantement. Seule l’unité de forces diverses sur des engagements concrets de changements profonds le permettra.

Il n’y aura pas de « monde d’après meilleur » s’il n’y a pas des forces politiques qui le portent ensemble.

Dans la division ce sera le monde ancien qui perdurera en pire.

Le temps presse, le moment est propice ne nous décevez pas et rendez l’espoir au plus grand nombre.

Vous avez cette responsabilité pour nous, pour nos enfants, pour l’histoire !

 

René Defroment  CGT

 

Farida : infirmiére en lutte a besoin de votre soutien

PÉTITION : VIOLENCE DE LA POLICE, SOUTIEN À FARIDA C., INFIRMIÈRE EN LUTTE
Le 23 juin 2020
Le mardi 16 juin dernier, vous avez vu la vidéo de l’arrestation violente d’une infirmière de 51 ans, Farida. Venue rappeler le gouvernement à ses promesses, et manifestant contre la casse de l’hôpital public, pour une hausse du salaire des soignants et une amélioration de leurs conditions de travail, le gouvernement a répondu par la force : la matraque et le gaz.
Prise dans la colère et l’indignation, la soignante a « riposté » du haut de son mètre 55, munie de trois petits cailloux contre des policiers en armure. Interpellée violemment par les forces de l’ordre alors qu’elle ne présentait aucune menace, elle souffre de plusieurs blessures, à la tête, aux bras, aux côtes, ayant entraîné 4 jours d’ITT (incapacité temporaire de travail). Les policiers, quant à eux, n’ont pas été blessés. Ils sont pourtant quatre à avoir porté plainte pour violences, outrage et rébellion. Le procès aura lieu le 25 septembre prochain.
Face à cette répression violente, ces images dures, ce mépris révoltant, nous nous en remettons à vous pour aider Farida. Elle a déposé une plainte auprès de l’inspection générale de la Police nationale pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ».
Avec cette pétition, vous signez pour que cette plainte ne tombe pas dans l’oubli. Avec cette pétition, nous lançons aussi un appel aux syndicats de soignants pour qu’ils soutiennent leur consœur dans l’épreuve qu’elle affronte, à l’heure où le mouvement social a tant besoin d’unité.
Enfin, avec cette pétition, c’est un soutien émotionnel que vous apportez à Farida et à l’ensemble du corps médical. Aussi bien dans leur lutte depuis un an, dans un conflit social contre cet adversaire mutique qu’est le gouvernement face à leurs revendications que pour leur récente bataille contre la COVID-19 où ils ont tous répondu présents.
Nous avons compté sur eux, montrons leur qu’ils peuvent compter sur nous.
Premiers signataires :
Françoise FILOCHE, infirmière
André GRIMALDI, professeur émérite de diabétologie à La Pitié-Salpêtrière
Corinne MASIERO, comédienne
Imen MELLAZ, journaliste, fille de Farida C.
Olivier MILLERON, médecin
Patrick PELLOUX, urgentiste

Farida : « Fallait réfléchir avant ! »

Au boulot n°499 chronique hebdomadaire « Au boulot » dans l’Humanité Dimanche

Ingratitudes

Veolia est une grande entreprise géante avec 11 000 sous-traitants. C’est bien commode la sous-traitance, pour renvoyer les problèmes humains aux PME d’en dessous.

Dans sa  filiale, la Coved, à Basly, Calvados, le 5 juin 2020, Stéphano Patry, 47 ans, chauffeur de bennes a ordures depuis 26 ans, s’est suicidé avec un fusil de chasse, en tenue de travail, une lettre de licenciement « pour cause réelle et sérieuse » à ses pieds. Il devait recevoir « la prime du héros du quotidien » (750 euros) versée par son entreprise aux salariés qui avaient travaillé pendant l’épidémie du Covid19.

Les soignants non plus n’ont rien reçu de leur donneur d’ordre au grade le plus élevé, Macron. Ni médaille, ni 14 juillet, ni 300 euros de hausse de salaire, ni effectifs, ni recrutement, ni moyens, ni les plans nécessaires pour l’hôpital public.

En dépit d’une douzaine de policiers surarmés qui essayaient de les dissimuler, les images de l’infirmière Farida, le 16 juin, molestée, tirée par les cheveux, quatre policiers assis sur elle, menottée, puis bâillonnée, ont fait le tour du pays. Elle a été ensuite attachée à un banc au commissariat pendant huit heures et sera jugée le 25 septembre prochain.

Comme elle dit : « - Ce n’était pas possible, ce n’était pas envisageable pour moi,  je n’étais pas là pour jeter des cailloux, mais pour manifester les droits des soignants, j’étais en face de policiers protégés, j’ai explosé, c’était symbolique, je voulais dire, on en a marre, on est fatigués, on vient manifester, arrêtez de nous museler comme ça, on vient dire « au secours », et vous nous gazez, ça a exprimé ma colère, mes petits cailloux n’avaient aucune chance de faire mal aux policiers, j’aurais pas dû, bien entendu, mais je suis fatiguée, je ne veux plus travailler comme ça, sans respect des valeurs, sans mettre du soin dans le soin, une infirmière doit avoir le temps de faire une toilette, une infirmière doit avoir le temps de parler au malade, de poser les mains sur un patient, et lui dire : « - On est là. »

Un des policiers qui molestait Farida lui a dit, et tout le monde l’entend sur la vidéo,  « Fallait réfléchir avant ». Comme si les salariés de l’essentiel, ceux qui font tourner le pays,  avec de si bas salaires, après trois mois de Covid19, ne réfléchissaientpas sur l’ingratitude au plus niveau. Comme si ce n’était pas cette réflexion, précisément qui les poussait à se soulever. Comme si ce n’était pas légitime.

Gérard Filoche

 

 

Livreurs de bonheur

Ce lundi 8 juin à 13 h, il étaient là, 200, 250, tous noirs, africains. Beaux, joyeux et toniques. Devant le « hub » de chez Frichti – une start up à la mode Macron – au 40 rue Croix des Petits Champs, ironiquement situé en face de l’entrée de la Banque de France.

Ils manifestaient, bruyamment avec leurs vélos et avec leurs gilets jaunes « Frichti » dont la « pub » est, devinez le en mille ? : « Livreur de bonheur ».

Le dictionnaire ne laisse pourtant aucune place au bonheur : le Frichti, fricot, bouffe, bouffetance, c’est un « repas préparé dans la hâte et pris rapidement. Action de cuisiner quelque chose de rapide et de le manger en peu de temps seul ou à plusieurs. Le frichti  est généralement lié à l’empressement et à un manque de temps ».

Le frichti doit être livré vite, en 20’, 7 jours sur 7 : les appels de recrutement exigent un vélo, un statut « auto entrepreneur », un Smartphone et « ton sourire de coursier » pour 5 euros de l’heure et 0,50 centimes par commande plus une prime kilométrique (au tarif totalement aléatoire).

« Vous dévalez les rues à Paris a vélo, et connaissez bien tous les recoins ?  Votre endurance serait un véritable atout avec Frichti »

Tu bosses par « shifts » d’un « hub » à l’autre, de 10 à 14 h 30 et de 18 h 30 à 23 h à la tâche, sans arrêt maladie en cas d’accident, sans congés payés, sans chômage car sans cotisations sociales. Et tu fais la queue dans des locaux à l’hygiène incertaine, pendant des heures car il y a plus de livreurs que de livraisons.

Pendant le confinement, ces jeunes ont livré quelque soit le temps froid, chaud, soleil, pluie, vents, ils ont affronté les risques du virus. Pas de smic. Pas d’horaires, pas de contrat. Un turn over permanent. Ce sont des héros. Et comment sont ils récompensés ? Déconnectés ! Les patrons, qui ne regardaient pas les papiers de près jusque là, ont décidé qu’il fallait qu’ils soient « en règle ». Cela leur permet de virer 80 % des effectifs sans recours.

Voilà comment sont traités les jeunes dans la France de Macron.

En décidant de se battre collectivement avec l’appui de la CGT et du CLAP (Collectif des livreurs autonomes de Paris,animé par Jérôme Pimot) pour exiger d’être reconnus légalement en tant que salariés (conformément aux arrêts de la Cour de cassation) tous ces jeunes courageux, sans le savoir, défendent les droits de tous les autres salariés du pays.

Car la France start up de Macron, sans statut, dans des hubs, des shifts, à 5 euros de l’heure, c’est le modèle de bonheur qu’il veut nous imposer à la place du salariat.

Gérard Filoche

lire chaque semaine la chronique « au boulot »ici  n° 498, 10° année dans l’Humanité Dimanche

 


 

 

Chronique au boulot n°497 Humanité dimanche : Contrôle préalable sur les licenciements

 

Il y a une vingtaine d’années une vendeuse de la Samaritaine s’était suicidée  après avoir  été victime d’un « plan social » de 140 salariées

Au bout de deux ans et demi, ne retrouvant pas de boulot, rejetée de partout, elle s’était défenestrée, depuis son petit appartement du 6° étage.

Cette femme croyait que sa vie était finie car son emploi était fini.

Elle n’avait rien d’autre, aucun avenir, elle était en fin de droits, aucune issue.

Comme des millions d’autres.

Ce fut une double tragédie, car à l’époque les syndicats avait contesté le « plan social » en justice, et ils avaient gagné ! La Cour de cassation avait imposé que soient  ré intégrées les 140 licenciées :  80 d’entre eux ont pu retrouver leur poste.

Mais la  procédure avait duré quatre ans.

Trop tard car cette femme s’était suicidée. Elle n’a pas su qu’elle aurait été réintégrée.

C’est pourquoi le contrôle sur les licenciements doit s’effectuer au  préalable.

Dès qu’il y a un doute manifeste, les salariés, leurs élus, leurs syndicats devraient pouvoir saisir l’inspection du travail et celle-ci devrait avoir le droit de suspendre les licenciements.

Que ce soit l’employeur qui dépose recours devant les juges, et qu’en attendant les salariés restent en poste.

Le tribunal des prud’hommes d’Amiens  le 28 mai 2020 vient de donner raison aux 832 salariés du site Goodyear fermé en 2014 :  il condamne la direction de Goodyear pour « licenciement sans motif économique valable ».

Tout le monde se souvient d’années de lutte acharnée pendant 6 ans des salariés de Goodyear pour éviter cela.

A l’époque ni Hollande ni Valls ne les avaient aidé.

Aujourd’hui Macron et Pénicaud disent qu’il faut « faire confiance aux patrons ».

Les salariés, leurs syndicats, leurs délégués, de 2008 à 2014 ont été décriés mais ils avaient donc raison ! Le juge leur redonne leur dignité : Goodyear n’a supprimé les emplois que « pour  accroitre les bénéfices et verser des dividendes aux actionnaires alors que cette année-là, ils réalisaient 1,5 milliard d’euros de résultat » !

Trop tard.

Et c’est intolérable.

Goodyear va devoir leur payer des indemnités, mais, les salariés ont perdu leur boulot.

Rien n’effacera les drames sociaux et familiaux qui s’en sont suivis

Beaucoup d’entreprises sont en train de prendre prétexte de la pandémie du Covid19 pour licencier abusivement,.

C’est maintenant qu’il faut refuser de laisser faire et exiger un contrôle préalable des licenciements.

Gérard Filoche

 

La santé surplombe tout, Anthony Smith a juridiquement raison contre Muriel Pénicaud

 

 

Il n’y a pas de dilemme possible entre la santé des salariés et la préservation de leur emploi. « La santé surplombe tout » disent les juges.

Ce sont les patrons qui ont le devoir de protéger la santé, la sécurité, l’hygiène de leurs salariés.

A contrario, Mme Pénicaud explique sans cesse qu’il faut « faire confiance aux patrons ».

C’est avec cet état d’esprit qu’elle a suspendu le 15 avril l’inspecteur du travail Anthony Smith qui ne faisait que respecter ses missions en engageant un référé judiciaire pour imposer à un patron de donner des masques à ses salariées qui allaient de maison en maison faire des soins aux personnes ou des ménages.

Un million de femmes font le ménage ou des soins à domicile.

Quoi, les femmes de ménage ne doivent pas avoir de masques ?

Quoi, les soins à domicile sont sans risques ?

« Notre pays tient tout entier sur des femmes que nos économies rémunèrent si mal » disait  Macron. Il ne manquerait plus que « nos économies » leur fasse attraper le virus.

 

Le tribunal judiciaire de Lille, le 3 avril dernier, a précisé les obligations de prévention du Covid-19, rappelant les règles liées aux équipements de protection individuelle de manière uniforme et systématique.

Le tribunal judiciaire de Paris, le 9 avril, a précisé les obligations de La Poste, lesquelles devaient spécifiquement prendre en considération l’épidémie avec obligation de sécurité de résultat pour ses salariés.

Le 14 avril, le tribunal judiciaire de Nanterre a ordonné à la filiale française de la Société Amazon de « restreindre l’activité de ses entrepôts » sous astreinte de 1.000.000 euros par jour de retard et par infraction constatée. Amazon a été contrainte d’appliquer cette décision.

 

En choisissant de s’attaquer à Anthony Smith le 15 avril, ce sont à la fois ces jugements et l’action de l’inspection que Mme Pénicaud a voulu endiguer pour montrer sa confiance à ses patrons chéris.

 

Mais les juges ont tranché autrement : Lille, Paris, Nanterre, Versailles. Référé sans audience (Paris), avec audience et un seul juge (Lille), avec audience et trois magistrats (Nanterre, Versailles). Et un autre cas célèbre, depuis, à Renault Sandouville.

À ce jour, six ordonnances de référé se sont prononcées en avril-mai sur la question prioritaire de la santé des salariés.
Depuis le 15 avril, c’est Mme Pénicaud qui est dans l’illégalité et Anthony Smith totalement soutenu par la jurisprudence.

Le 15 juin, ça fera deux mois déjà on manifestera dans l’unité pour réintégrer Anthony Smith et c’est la condamnation de Pénicaud qu’on demandera.

En pensant particulièrement à la santé des femmes de ménage et des aides aux soins à domicile.

 

Gérard Filoche

 

lire chaque semaine rubrique « Au boulot » dans l’Humanité Dimanche (N°496 ici, 10° année)

 

Suite la grande réunion unitaire de toute la gauche du 20 mai : lettre de GDS aux 20 associations et syndicats à l’initiative du « plan de sortie de crise »

 

 

 

Cher.es ami.es et camarades

Lors de la réunion du 20 mai où vous avez invité une dizaine de partis de la gauche sociale et écologique, nous avons expliqué que l’appel « Plus jamais ça » que vous avez initié, et la démarche que vous avez engagée était « une bouffée d’oxygène » pour toutes celles et tous ceux qui croient à une issue progressiste aux crises que nous vivons. La publication de votre « plan de sortie de crise » nous confirme dans cette appréciation.

Que des associations et syndicats aux histoires différentes et aux préoccupations initiales distinctes réussissent à produire un tel document est un exemple dont les partis politiques de gauche devraient avoir la sagesse de s’inspirer. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ! ».

Ce chemin, nous espérons que vous allez continuer à le tracer ensemble et nous nous déclarons prêts à vous y accompagner pour mener toutes les actions communes que la situation impose. La journée de mobilisation des personnels soignants annoncée le 16 juin est peut-être la première occasion au travers de la défense de l’hôpital public de travailler ensemble et concrètement tant au plan national que dans les territoires.

Nous vous avons transmis il y a quelques semaines un document que la Gauche démocratique et sociale (GDS) a publié début avril « Pandémie : urgences et jours d’après ». Nous avons retrouvé dans votre texte de nombreuses préoccupations et exigences communes. C’est tout à fait normal puisque vous représentez des expériences militantes de terrain au sein de différents mouvements sociaux. Les militant.es du réseau de la Gauche démocratique et sociale, sont souvent eux-mêmes des militant.es syndicaux et/ou associatifs. Vos débats, nos débats se recoupent. Ils partent de l’analyse de la situation concrète que les salarié.es et citoyen.ne.s vivent, des revendications qui en découlent et des mobilisations syndicales et citoyennes de ces dernières décennies.

Nous pensons que plusieurs thèmes sont plus particulièrement d’actualité pour les semaines et mois à venir :

Augmenter les salaires : La question sociale c’est toujours la question de la répartition entre le Capital et le Travail, d’où l’importance des revendications salariales. La revendication de « 300 euros » affirmée depuis plus d’un an par les soignants est un exemple qui peut faire école dans de nombreux autres secteurs où les « premiers de corvée » ont des salaires inversement proportionnels à leur utilité sociale. S’y ajoute, selon nous, la question de l’égalité salariale femmes-hommes qui devrait être imposée par la loi sous menaces de fortes sanctions.

Empêcher les licenciements : l’emploi est une préoccupation commune majeure. Nous nous retrouvons pleinement dans la nécessaire réduction du temps de travail. Vous revendiquez aussi, à juste titre,  l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices. Cela risque d’être insuffisant face à  la « vague » de licenciements qui s’annonce. Comment les empêcher ? Renforcer les moyens de l’Inspection du travail pour contrôler ces licenciements et prolonger le chômage partiel jusqu’à la fin 2020 sont aussi nécessaires nous semble-t-il. De même que le refus de la précarité. Il conviendrait d’exiger un plafond maximum de 5 % de CDD ou intérim de l’effectif de chaque entreprise. L’encadrement de la sous-traitance est aussi une question d’importance qui supposerait : responsabilisation des donneurs d’ordre, alignement des conventions collectives des sous-traitants sur celles des entreprises utilisatrices, limitation à un seul niveau de sous-traitance, reconnaissance facilitée des unités économiques et sociales.

Enfin la relocalisation de certaines industries suppose de l’inscrire dans la liste des luttes à entreprendre et gagner. De même la reconversion de certains secteurs – avec maintien des emplois et formations – doit permettre d’aborder les questions de l’industrie et du numérique.

Redémarrer en décarbonant l’économie : atteindre la neutralité carbone est un  objectif essentiel. « L’enjeu n’est pas la relance d’une économie proprement insoutenable » mais de prioriser les investissements pour la transition écologique, et même de « désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides » comme vous le disiez déjà dans votre appel initial. Cela nécessite une volonté politique claire, et une capacité à tenir tête à tous les lobbies qui n’ont aucun intérêt à cette transition écologique. Ce ne sont pas Macron et ses amis qui sérieusement peuvent mener à bien une telle politique étant donné la composition de la base sociale de ce pouvoir, certes étroite mais liée  la finance.

Se doter de moyens financiers : comme vous le notez dans le point 3 de votre plan, « l’argent magique existe : il suffit d’aller le chercher au bon endroit ». Il faut en finir avec un monde dominé par la finance et qui accroît chaque jour un peu plus les inégalités. Il ne s’agit pas seulement de rétablir l’ISF, mais de le compléter par un impôt « pandémie » sur les plus riches. Et d’augmenter les droits des grosses successions, de taxer à 90% tout salaire ou revenu supérieur à 20 fois le SMIC. Une vraie réforme de l’impôt sur le revenu pour le rendre plus progressif en accroissant le nombre de tranches est tout aussi nécessaire. Cela doit s’accompagner d’un réel plan de lutte contre la fraude et l’optimisation fiscale.

Sur  ces quatre thèmes, nous pensons que des échanges entre associations, syndicats et partis doivent se poursuivre.Ces échanges peuvent aussi aborder d’autres thématiques. Prenons quelques exemples :

La retraite :La pandémie a mis en évidence l’utilité sociale de ceux et celles qui pâtiraient le plus d’une retraites par points, calculée sur toute la carrière avec la fixation d’un âge pivot destiné à équilibrer financièrement le système de retraite. Ce projet doit donc être abandonné et le système actuel de retraite par annuités doit être amélioré. La retraite doit permettre à la population retraitée de profiter de sa retraite en étant le plus longtemps possible en bonne santé. Nous estimons nécessaire de revenir aux 40 annuités de cotisations, de supprimer les décotes, de valider des trimestres au titre d’années d’étude et de formation, pour une retraite à taux plein à 60 ans. Le montant de la retraite devrait garantir un taux de remplacement du salaire de l’ordre de 75 % pour une carrière complète en se rapprochant de 100 % pour les salaires les plus bas, sans que le montant de la retraite puisse être inférieur au Smic. L’augmentation des cotisations retraites, en particulier de sa part patronale, devrait financer cette avancée sociale. La retraite à 60 ans est, aussi, une façon de diminuer le temps de travail sur toute une vie et de permettre aux plus jeunes de trouver un emploi.

Enfin, les retraités par leurs engagements associatifs et autres sont des éléments importants de la vitalité démocratique, citoyenne dans nos villes et nos villages.

L’obsolescence programmée :

Des mesures pour contrôler l’ « obsolescence programmée » (en réalité contre l’usure physique programmée) doivent être mises en place. Ces mesures permettraient de combiner le combat contre la fin du monde et pour les fins de mois. La programmation, par exemple, d’un lave-linge pour durer cinq ans alors qu’il pourrait servir pendant 20 ans porte atteinte à la fois à la lutte contre le réchauffement climatique et au portefeuille du salarié qui en fait l’acquisition. Augmenter la durée de vie d’un produit nécessite de prendre en compte la diminution des emplois qui en résulterait. La diminution du temps de travail est aussi une réponse nécessaire.

Rationaliser les transports publics. Tout comme la santé, l’école, et d’autres services publics de l’énergie, de l’eau, des communications, le transport ferroviaire fait partie «des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché». La SNCF doit redevenir un service public efficace pour le maillage des territoires et comme alternative au tout-automobile. Il y a besoin de revenir sur son ouverture à la concurrence, revenir à un statut unique des cheminots. Il faut supprimer les cars «Macron».  Développer le ferroutage comme alternative aux transports routiers est une nécessité absolue.
De même il convient de développer une politique de gratuité pour les transports en commun dans les villes où c’est possible.

L’Europe : nous avons mené, les uns et les autres, des combats contre la construction néo-libérale de l’Europe. La proposition de la Commission d’un Fonds de relance financé par un emprunt européen, puis l’annonce d’une Conférence sur l’avenir de l’Europe remettent au premier plan la question européenne. Nous avons, pour notre part, mis en avant quatre principes: la monétisation des dettes, l’augmentation substantielle du budget européen (y compris via l’émission de dette européenne), la création d’impôts directs européens (sur les sociétés et les grandes fortunes) ainsi qu’une modification des traités pour donner au Parlement européen le pouvoir de lever l’impôt et contracter des dettes. Nous constatons que votre texte comporte une mesure proche de la nôtre, à savoir l’annulation des dettes détenues par la BCE qui  nécessite d’être complétée par des mesures sur la fiscalité européenne ainsi que par une réflexion sur les modifications à apporter aux traités.

Nous n’avons pris que quatre exemples (nous aurions pu parler des services publics, ou d’un autre modèle agricole et de la sécurité alimentaire…). Il s’agit pour nous de montrer tout l’intérêt que les partis politiques de la gauche et de l’écologie auraient à engager un débat de fond avec les syndicats et associations que vous êtes. Pour notre part, nous y sommes prêts.

Ces débats n’ont de sens que s’ils sont tournés vers l’action. L’action commune est la meilleure façon d’augmenter le rapport de force, et donc d’emporter des victoires. C’est aussi dans l’action que les différents points de vue peuvent évoluer et converger chaque fois que possible. Les syndicats et les associations, tout comme les partis, traitent de toutes les questions  qui se posent à la société. L’action commune est donc possible.

En revanche, la fonction des uns et des autres n’est pas identique. Quel que soit le pouvoir en place, les syndicats et associations ont le devoir de garder leur indépendance, les partis quant à eux aspirent à exercer le pouvoir (nationalement ou localement). Le rassemblement de la gauche et des écologistes pour en finir avec le tête-à-tête Macron-Le Pen nous semble incontournable. Pour nous, la lutte Capital-Travail amène au besoin d’unifier le salariat en tant que classe sociale en butte à la classe dominante. Et d’unifier toutes les sensibilités de la gauche qui, d’une manière plus ou moins déformée, représente les différents points de vue qui existent au sein même du salariat. Nous poursuivrons ce combat malgré les difficultés actuelles. Mais soyez sûrs que l’existence de votre alliance est un élément positif qui bouscule et bousculera la gauche politique.

Modestement mais sans relâche nous poursuivons ce combat pour l’unité sans laquelle rien de grand n’est possible !

Pour la Gauche démocratique et sociale (GDS)

Anne De Haro, Jean-Claude Branchereau, Gérard Filoche, Eric Thouzeau

 

 

 

George Floyd

 

George Floyd était un homme de 46 ans. Il a trouvé la mort alors qu’un officier de police américain l’avait cloué au sol, un genou sur le cou pendant presque 9 minutes, jusqu’à ce qu’il suffoque. Voici ses derniers mots:

 

« Mon visage

Je n’ai rien fait de grave

S’il vous plaît

S’il vous plaît

S’il vous plaît je ne peux plus respirer

S’il vous plaît

S’il vous plaît quelqu’un

S’il vous plaît

Je ne peux pas respirer

Je ne peux pas respirer

S’il vous plaît

(inaudible)

Peux plus respirer, mon visage

Lève-toi

Je ne peux pas respirer

S’il vous plaît, le genou sur mon cou

M*rde, je ne peux pas respirer

Je…

Je ne peux pas bouger

Maman

Maman

Je ne peux pas

Mes genoux

Mon cou

Ça y est

Ça y est

Je suis claustrophobe

J’ai mal au ventre

J’ai mal au cou

J’ai mal partout

De l’eau, quelque chose

S’il vous plaît

S’il vous plaît

Officier je ne peux plus respirer

Ne me tuez pas

Vous allez me tuer

Allez

Je ne peux plus respirer

Je ne peux plus respirer

Ils vont me tuer

Ils vont me tuer

Je ne peux plus respirer

Je ne peux plus respirer

S’il vous plaît monsieur

S’il vous plaît

S’il vous plaît

S’il vous plaît je ne peux plus respirer »

 

Ses yeux se sont alors fermés. Ses supplications ont cessé. Quelques instants plus tard, George Floyd était déclaré mort.

 

La victoire du « non » au referendum du 29 mai 2005

ce texte est un extrait du récit de ces années la

dans le tome 2   »mai 68 histoire sans fin » de gerard filoche a paraitre prochainement chez Atlante

 

 

 

En dépit du score officiel du referendum interne – aux résultats truqués – du 1er décembre, ’42 % pour le « oui », et 58 % pour le non »)   le « peuple socialiste » était pour le « non » à l’image de celui du Pas-de-Calais où sa principale fédération avait fait voter à contresens de son électorat populaire.

Si on additionnait les syndicats, la CGT, FO, FSU, Solidaires, de la CGC, de l’UNEF, une partie de la CFDT (divisée, comme nous), 42 % au moins du PS, et le PCF, une large partie des Verts,  la gauche allait largement voter pour le NON.

Je l’écrivis dans D&S : « Le non allait l’emporter ». Vincent Peillon me regarda ce jour là comme si j’étais totalement à côté de la plaque !  Lui, tout seul, il aurait été pour le « oui » et il le redeviendra plus tard. Henri Emmanuelli, Jean Luc Mélenchon « accusaient le coup ». Laurent Fabius se tut.  Pas de réaction commune « des « non ».

Il se trouve que j’étais invité le 4 décembre à Morsang-sur-Orge en Essonne, par le PCF à un débat qui ne pouvait éviter la question européenne. J’y expliquais honnêtement ma position, j’étais minoritaire – de façon truquée pensais-je – dans mon parti, je ne pouvais parler en son nom… mais à titre individuel j’étais pour le « non ».  Je m’entendis rabrouer au passage par Julien Dray.

Le 7 février je suis à nouveau invité à Fontenay sous Bois. Jean-Luc Mélenchon que j’interroge, me déconseille d’y aller.  Cette fois dans une réunion unitaire de toute la gauche, et je me retrouve avec une douzaine d’orateurs dont le PCF, Attac, Alain Krivine devant une salle archi pleine…  Comme les caméras sont nombreuses, j’en suis surpris et cherche quel orateur elles suivent dans la salle, mais non c’est moi, car la campagne commence, et me voilà le premier membre du BN a enfreindre de façon spectaculaire la discipline imposée par ceux qui ont fait voter le parti le 1er décembre.

 

Non public

 

Au BN j’aurais droit pour la première fois  depuis mon arrivée au PS en 1994, à une forme de rappel informel, de mise en demeure de François Hollande, en sortie de réunion « comme quoi, ça ne se faisait pas… »

D&S prend position pour une campagne sur le « non »

« Il nous reste à savoir et à comprendre comment des milliers de militants du Parti socialiste ont fait ce choix qui va pourtant à l’encontre de la lutte contre l’ultra-libéralisme dominant en Europe. D’autant que cette « victoire du oui » ne résout pas la contradiction profonde entre la promesse des socialistes français de construire en priorité l’Europe sociale (présente dans toutes les motions au congrès de Dijon et lors de la campagne électorale du 13 juin 2004) ) et ce texte d’inspiration libérale, le TCE, qui y met un frein.

(…) Les partisans du « non » ne peuvent renoncer à leurs arguments (nul ne leur demandera d’ailleurs) et monter sur les estrades pour défendre un « oui » qui fait si plaisir à Chirac. Ils ne pourront, certes, parler en tant que tel au nom du Parti socialiste, mais, dans leurs syndicats, leurs associations, en tant que citoyens, ils ne pourront qu’être conséquents avec leurs idées. Sous d’autres formes, le débat et le combat continuent. D’autant qu’il se peut fort bien que le peuple français vote « non » lors du vrai référendum chiraquien.

C’est parti pour une bataille dont les conséquences vont être très lourdes.

Et le malheur est qu’encore une fois, la gauche du parti socialiste se divise.

Dans NPS, Peillon refuse toute campagne et applique la discipline : il me lâchera face aux critiques qui porteront contre moi.

Benoit Hamon lui aussi, fait silence : en fin avril 2005, il organisera un « banquet » où la règle sera de ne pas parler  du referendum TCE ; évidemment, à table, il ne sera mezzo voce, question que de cela.

Arnaud Montebourg se laisse aller en avril à quelques propos mis en scène en faveur du « non », mais sans plus : il m’appellera un jour alors que j’étais en meeting à Nîmes « - Allo Gérard, quelle magnifique campagne tu fais, j’aimerais faire comme toi, mais ils ne veulent pas, j’aimerais tant, bravo, continues.. bien à toi ».

Dans NM, Emmanuelli et Melenchon se disputent, et se séparent.

 

« Pour moi c’est non » et  « cette fois c’est non »

 

 

En fait Emmanuelli préfère déjà Hollande, et Melenchon continue de préférer Fabius. Les amis de Mélenchon et lui créent un « club » qui s’appelle « PRS » pour la république sociale. Mais surtout Jean-Luc invente sa propre campagne individuelle « Pour moi c’est non », il explique qu’il fait jouer sa « clause de conscience » en tant que socialiste, il n’engage pas son parti, mais il ne peut se résoudre au silence et il fait donc des meetings.  Cette façon défensive, à reculons, de faire, à part et seul, campagne pour le « non », n’aide pas.

Henri Emmanuelli publie un communiqué embarrassé :

« Même si les arguments ont souvent été étrangers au texte de la constitution et à l’orientation politique de l’Europe, les militantes et militants du PS, qui se sont mobilisés de manière exceptionnelle, se sont très clairement prononcés pour le oui.

La position officielle du PS sera donc favorable à la ratification du traité signé à Rome par Monsieur Chirac. Mais il n’en reste pas moins que la conviction de celles et ceux qui ont voté non, pour des raisons politiques de fond tenant à l’indiscutable orientation libérale de cette constitution, reste entière. Et que ce ne sont pas les félicitations bruyantes de toute la droite et de M. Barroso, Président de la Commission européenne, qui vont l’entamer.

Désormais le PS a rendez-vous avec le pays, avec le peuple de gauche, avec la France, avec ses inquiétudes et ses espérances. Il lui appartient d’y répondre sans avoir la naïveté de croire que M. Chirac dissociera le référendum sur la constitution des enjeux de politique intérieure.

Nous ne pouvons feindre d’ignorer qu’en 2002, il a retourné nos propres voix contre nous pour les mettre au service d’une politique de droite particulièrement antisociale.

Je reste pour ma part persuadé que c’est une Europe sociale que veulent les Français, pas une Europe libérale. Et de ce point de vue, la contradiction reste entière. Laisser à l’extrémisme la possibilité de s’y engouffrer serait une erreur historique. »

C’en est fini de « Nouveau Monde », en concurrence avec « le tour » de Jean-Luc Mélenchon, Henri Emmanuelli organise un « tour des délocalisations » où il défend : « Cette fois c’est non ». Façon pour lui aussi de s’excuser : d’habitude, je respecte la discipline, mais « cette fois », je ne peux pas,  l’enjeu est trop fort.

 

 

Trio pour un non socialiste

 

De notre côté, Marc Dolez est venu me chercher chez moi et me proposer avec Jacques Généreux, de faire en un « trio socialiste », le tour de France des vingt régions, pour défendre un « Non socialiste ». J’accepte avec enthousiasme et nous voilà parti tous les trois, en campagne, soutenus par D&S. Nous ne nous embarrassons pas  de précaution, d’autodéfense, nous voulons affirmer que les socialistes sont très nombreux à être pour le « non » (et nous avons en tête que le scrutin du 1er décembre en interne n’a pas été loyal).

 

Quel paradoxe encore une fois, une seule gauche socialiste, on avait au moins 40 % du parti, et ça donne  : « Pour moi, c’est Non », « Cette fois c’est Non » «  Un trio pour un Non socialiste ». Trois « non ». Trois campagnes parallèles pour le « non » !

Impossible de convaincre Mélenchon et Emmanuelli d’agir en commun.

 

(…)

 

 

Le tour de France du trio du « non socialiste» Marc Dolez, Gérard Filoche,  Jacques Généreux.

 

Un record, en 10 semaines, nous n’avons pas posé les pieds chez nous : à trois, nous avons parcouru effectivement 20 régions, en 80 meetings pour le « non » entre le 29 mars et le 29 mai 2005 devant environ 40 000 personnes.

 

Je vais jongler ultra limite avec mon travail, alternant l’usage de mes congés légaux et le fait quand c’est possible, de partir directement du bureau à 17 h et de revenir par des trains de nuit ou bien dés 5 h 30 du matin.  Puis dans la journée je tiens mes permanences et case mes visites, ne laissant jamais aucun salarié dans le besoin. Je cours tout le temps, je vois à peine mes enfants, pas une seconde pour moi. Mais c’est une exaltation fantastique.

 

En cours de campagne, Marc Dolez, je le découvre, est un grand monsieur, calme, mesuré, organisé, déterminé, excellent orateur, il fut le pilier de l’aventure. On fixait notre agenda presque au jour le jour, il trouvait souvent les solutions pour le transport et le logement, avec ses moyens de député. On s’entendait très bien, dans nos morceaux de discours respectifs, avec Jacques Généreux, autre excellent compagnon, toujours affable, disponible, chaleureux, précieux. Marc exposait le côté institutionnel du TCE, Jacques faisait la dénonciation économique libérale du projet, et je dénonçais la partie antisociale. On n’avait pas à se concerter, on « emboitait » harmonieusement nos arguments avec l’humour de Marc, l’érudition de Jacques. Ensemble, on a connu un grand moment convivial en plus d’avoir été politiquement efficaces.

Il se passa quelque chose d’exceptionnel, d’inédit, avec un succès imprévisible autour de cette démarche improvisée à trois. On s’est accordés par delà nos différences d’histoire, de personne, de culture, pour qu’il existe collectivement au sein du « non de gauche ».

 

Et « la sauce a pris ».

 

Les salles sont bourdonnantes, chaleureuses, cela ne trompe pas. Il y a un grand respect pour les socialistes qui « mouillent leur chemise ». Tout le monde sait que cela va se jouer dans l’électorat socialiste et que celui-ci est divisé, surpris par les positions surprenantes de la majorité du parti. « Comment peuvent-ils défendre ce texte ? » nous demande t on à propos de la direction majoritaire. Beaucoup comprennent à  ce moment-là, le sens de notre travail. On ne nous demande plus «  – A quoi vous servez dans le PS ? ». Sans nous pas de victoire possible. On nous donne la parole partout. On est légitimes.

Sans les réseaux de D&S, on n’aurait pas réussi, partout chaque camarade se démultipliait en quatre pour préparer les salles, nous accueillir, nous loger, on ne peut les nommer, tous, mais aucun ne manqua.

 

 

Touts sentaient que c’était parmi les 6 à 7 millions d’électeurs socialistes, que la victoire ou la défaite se jouait le 29 mai. Quelle réponse entre le «oui » et le « non » était la plus appropriée pour faire avancer et gagner la gauche ? 
C’était un « non » avec un contenu socialiste !

 

C’est notre base sociale, c’est notre camp qui vote « non » : si nous avions un doute, c’est entre 60 et 70 % de la gauche, 60 % de l’électorat socialiste, et 75 % de l’électorat vert, la quasi totalité de l’électorat PCF et extrême gauche, ce qui fait vraiment beaucoup, étant donné qu’environ 80 % des syndiqués ( Cgt, Cgt-FO, FSU, Solidaires, UNEF, Cftc, et Jean-Luc Cazette, le dirigeant de la CGC, une bonne partie de l’UNSA et des secteurs de la Cfdt…) votent aussi « non ».

 

La gauche sociale libérale se minorise tandis que la gauche sociale progresse puissamment avec le « non ». La gauche est tellement majoritairement pour le « non » que les salles se remplissent dans une grande ardeur unitaire, joyeusement, au coude à coude, socialistes, communistes, verts, extrême gauche, Attac, syndicats, c’est un formidable élan militant auquel on assiste.

 

C’est un « non » lié aux luttes, un « non » social : en trois mois, la peur du « non » fait reculer le pouvoir sur des dizaines de mesures : + 0,8 % pour les fonctionnaires, mesures pour les agriculteurs, les pêcheurs, les buralistes, les éleveurs, les routiers, les restaurateurs, report de l’ouverture du capital d’Edf, bref, le gouvernement essaie de multiplier les « cadeaux » pour endiguer le mécontentement. C’est un « non » qui refuse le départ du PDG de carrefour avec un Pactole de dizaines de millions d’euros, il refuse les délocalisations à 117 euros en Roumanie ou à l’Ile Maurice, le chantage au job « le moins cher payé », c’est un « non » qui refuse la « baisse du coût du travail »… Les entreprises craignent une mobilisation le lundi de Pentecôte, 16 mai : elles disent même à leurs salariés de rester chez eux «  Ne venez pas, on paie, on paie… » et elles promettent de verser les fameux 0,3 % correspondants de la masse salariale à l’Urssaf.

 

Ce n’est justement pas un « non » nationaliste :

 

Le Pen n’est même pas entré en campagne que le « non » a dépassé 50 % dans les sondages.

Le Pen précise que son « non » ne sera « ni social, ni économique, mais national ». Très bien, trop tard, mais c’étaient les débats d’avant. On n’en est plus au début des années 90, le « non » ne porte pas contre l’Europe, mais contre le contenu libéral que la constitution veut lui imposer « pour des décennies »

Les amalgames ne tiennent pas. François Hollande aurait du se taire au lieu d’accuser les partisans socialistes du « non » faire “le travail de Le Pen”. 
Et ce n’est même pas un « non » français, c’est un « non pro européen » : car il fait école, il contamine, il s’étend, se propage. Le « non » est devenu majoritaire à 58,5 % dans les sondages aux Pays-Bas qui votent le 1er juin, trois jours après nous. Le Premier ministre portugais avoue ses craintes, si la France vote « non », le Portugal qui doit voter en automne pencherait aussi pour le « non ». En Espagne, on s’interroge désormais rétroactivement sur le sens du vote qui a donné un « oui » avec 70 % d’abstentions…Le « non » monte au Danemark. Et en Grèce, c’est une énorme mobilisation antilibérale pour réclamer un referendum et les banderoles, là-bas, affichent « Le non français est notre non ».

 

On est accusés d’être des « moutons noirs », mais en fait on sera applaudis, imités, courtisés dans les autres pays où il n’y a pas eu débat ni dans les Ps, ni dans les syndicats de la Ces, l’interrogation progresse, des millions de salariés commencent, en entendant les salariés français, à s’interroger, à lire, à se mobiliser, et cela nourrit le refus croissant de ce calamiteux projet de Constitution libérale.

Il ne s’agit d’ors et déjà plus d’un débat pour ou contre l’Europe, mais un débat de maturité, sur « quelle Europe » ?

Et bien sûr, il y aura renégociation en cas de victoire du « non » : ils prétendent qu’il n’y a pas de « plan B » mais c’est un pur mensonge, il y aura un plan B, C, D, E…

 

 

Cf : le récit de D&S : de La Rochelle à Strasbourg, du 29 mars au 25 mai  2005 :

80 meetings, 36 participants, 20 regions de France parcourues par el trio Dolez, Filoche, Généreux

Le drôle de triomphe du 29 mai au soir :

 

Ce soir là, on se retrouve avec les jeunes socialistes et des militants de tous les courants de la gauche socialistes confondus a « Confluences » une salle amie boulevard Philippe Auguste à Paris.  C’est la joie du travail bien fait. On savait qu’on pouvait gagner.  On fait la fête. Je partage d’autant que mes grands enfants sont là, fous de joie.

Gilles Leclerc m’appelle pour France 2, soirée électorale.  Je quitte les miens à regrets et doit traverser tout Paris, en taxi à mes frais, sous la pluie. A peine arrivés, nous sommes nombreux, de droite et de gauche, c’est encore le début de soirée, à être accueillis, maquillés à attendre devant un piètre buffet, à la queue leu leu, le privilège tellement envié de passer quelques minutes devant les caméras.

Je suis avec Pierre Moscovici qui me tient à peu prés ce langage

« - 0n n’a pas encore les résultats,  ça monte encore pour le « non », tu sais, à 51 % on vous excluait, Melenchon et toi, à 52 % à 53%, ça devenait difficile. Là, comme c’est parti, on va atteindre 56 ou 57 %, on ne peut plus vous exclure ».

Je le laisse à sa cruelle désillusion.

C’est Arlette Chabot qui va se charger de m’exclure.. du plateau. Alors que ce sont eux qui nous ont appelé, invité, ils insistent pour qu’on reste, qu’on patiente, qu’on attende notre tour,  et ils trient à l’entrée du studio, ils font passer les « oui » battus, les « non » de droite, mais retardent les « non » de gauche. Trois, quatre fois, je menace de partir, on me retient quasiment de force, « ça va être mon tour », mais comme Georges Sarre, Jacques Nikonoff, Patrick Braouzec on est toujours repoussés. On me fera quand même avancer une minute, jusqu’à la table ronde « sacrée », je crois que c’’est mon tour, et Chabot, me voyant, mettra quelqu’un d’autre in extremis sur la chaise, on me fera ressortir, quelque que soit mon indignation et ma fatigue d’avoir attendu si longtemps. On tentera, tellement on est vexés d’avoir été ainsi traités une tribune, signé des quatre, « contre les censeurs » dans Libération… qui refusera de la publier.

Ainsi les médias jusqu’au bout se vengent et interdisent bassement les idées qui ne leur plaisent pas.

Dés le lendemain, les vainqueurs sont l’objet de tous les ostracismes à tous les niveaux.

Même au CN du PS du 4 juin  : il y a réunion extraordinaire au PLM St-Jacques, membres et premiers fédéraux au complet, il s’agit de « blâmer » Laurent Fabius, lequel, pourtant, n’a pas fait grand chose. Le vote des 400 présents, est solennel, sur appel individuel, par ordre alphabétique, à haute voix : le rituel vise bien évidemment à l’éliminer de la présidentielle, mais Fabius ne perd que d’une ou deux voix, ce qui crée l’effet inverse.