Au boulot n°561 La magie du travail à la chaine

 

La ministre macroniste de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher a eu les honneurs de presque toute la presse et elle mérite en effet le pompon : «J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits où l’on trouve encore de la magie au XXIe siècle. La magie de l’atelier où on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier, pas l’apprenti de celui qui a trente ans d’expérience, où l’on ne distingue pas celui qui est né en France de celui qui est arrivé par l’accident d’une vie (sic)».

Pour oser dire ça, il faut avoir un président capable lui-même de déclarer : « Le compte pénibilité ? Je n’aime pas le terme donc je le supprimerais car il induit que le travail est une douleur » et aussi : « La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié ».

Quelle « magie » dans le travail à la chaine ? Sous le diktat des objectifs chiffrés et du rendement ? Magie de la souffrance physique et mentale ? Du management et d’une hiérarchie stressée par les résultats ? Magie des horaires décalés, du travail de nuit, et des heures supplémentaires impayées ? Manque d’ergonomie, postes de travail inadaptés ? Monotonie des gestes répétitifs ? Préjudice d’anxiété sur l’exposition aux risques professionnels ? Accidents et maladies du travail ? Harcèlement sexiste, raciste, ethnique ? Magie de l’insécurité de l’emploi, du chantage au chômage ? Magie du travail dissimulé, des « travailleurs détachés » sous-payés ?

On ne « distingue pas le cadre de l’ouvrier » ? Oui c’est vrai car ils n’ont tous les deux que leur force de travail à vendre, mais elle n’est pas payée pareil et les bas salaires n’ont rien de magique mais tout de l’injustice et de la surexploitation. Par contre les patrons savent distinguer « celui qui est né en France de celui qui est arrivé par l’accident d’une vie » car ils en profitent pour le payer plus mal.

« Notre pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies rémunèrent si mal » avait essayé de dire Macron, la seule « magie », c’est qu’ils ne soient pas encore en train de faire la révolution.

Gérard Filoche

 

 

Mais comment est-ce possible de mentir à ce point ?

Au boulot n° 560 chronique hebdomadaire depuis 11 ans dans l’Humanite dimanche,

 

 

Comme tant de monde, j’en ai trop plein les oreilles des mensonges insensés de la propagande macronienne, c’est au delà de l’insupportable.

Ils nous disent que le pouvoir d’achat a augmenté, qu’il y a plus de chômage, que le gouvernement a déversé des milliards aux pauvres, que les inégalités ont été réduites.

Quel culot ! Ca suffit ! Conformément à son programme affiché dans « Révolution », Macron n’a eu de cesse depuis 2017 (et avant !) de transférer des pauvres vers les riches !

Jamais les fabuleuses richesses produites par notre travail n’ont été aussi mal réparties : on ne le redira jamais assez, il y a 10 millions de pauvres, 20% de précaires, 6,7 millions de chômeurs réels toutes catégories confondues, le salaire médian est à 1780 euros, 7 millions de retraités à moins de 1000 euros, les cotisations sociales abaissées, la Sécu pillée, des millions de jeunes sans ressources, la misère pour les discriminés et les immigrés (pire encore pour les 700 000 travailleurs détachés, aubaine pour les patrons).

Même selon leurs propres statistiques, les 10 % les plus aisés sont les grands gagnants : 1 178 euros de gain annuel moyen contre 346 euros pour les 10 % les plus modestes. Les 10 % les plus aisés ont au final  22,1 % de plus en fin de quinquennat, contre 6,5 % pour les 10 % les plus démunis. Dans le total des gains affichés par le gouvernement pour 2022, la part redistribuée est 3,4 fois plus pour les plus aisés.

Surprofits et dividendes, les « aides » de Macron sont allées dans les poches des actifs les plus riches, au détriment des chômeurs et retraités. Et sans les luttes sociales syndicales et le mouvement des gilets jaunes cela aurait été pire.

Macron donne plus à la police et aux armées qu’aux hôpitaux et aux écoles. Répression oui, services publics non. 5270 lits fermés depuis 2 ans. Bien plus de 500 000 décrocheurs sur 12 millions d’éléves. Seuls les actionnaires, le CAC 40, les grandes banques ont été les chouchous du régime. Oui, oui, cent mille fois oui, c’est le président des riches d’abord.

 

Gérard Filoche

 

Pandora : Quand riches et puissants volent notre argent

 

L’évasion fiscale, ce n’est pas nouveau et ça a été largement médiatisé. Offshore Leaks, Panama Papers, Paradis Papers, LuxLeaks… Désormais, Pandora Papers. Une des spécifités, cette fois, c’est le statut des personnes mises en cause : des présidents et premiers ministres en exercice, des centaines de personnalités politiques. La honte !

 

 

L’évasion fiscale, c’est concret, tangible. C’est ce que nous révèlent les Pandora Papers. Au niveau mondial, ce sont plus de 11 300 milliards de dollars planqués dans des places offshores. Donc qui échappent à l’impôt. Ce sont 84 millions de comptes en banque concernés. L’ampleur est gigantesque !

 

Chaque année, ce sont ainsi des milliards d’euros qui échappent aux caisses des États. En France, 6 millions de personnes sont au chômage, 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté… pendant que quelques milliardaires cachent leur argent, pour en avoir toujours plus et ne jamais partager.

 

La fiscalité, ça n’est pas une option. C’est le pot commun qui permet à la fois la redistribution des richesses créées par la classe laborieuse et la présence de services publics. La fraude des ultra-riches doit être une priorité politique. Le consentement à l’impôt, le sentiment de justice et d’appartenance à une société passe par la récupération, sans délai, des milliards d’euros.

 

Au-delà de la récupération, il sera nécessaire de punir les délinquants : celles et ceux qui profitent de leur puissance pour tricher. C’est d’une triche aux conséquences funestes dont il s’agit. Les pertes financières cumulées dans le monde sont de nature à améliorer concrètement la vie de la majorité de la population.

 

Pour récupérer l’argent, il faut de la volonté politique. Macron ne l’a pas, il est le président des riches. Nul consensus ne permettra de s’attaquer à l’évasion fiscale. Au contraire, il est urgent de réaffirmer la conflictualité entre les quelques-uns qui exploitent et tous les autres. Il faut réécouter les mots du milliardaire américain Warren Buffet et passer à l’action : « Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c’est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons. »

 

Ce doit être le projet de la gauche tout entière pour l’élection présidentielle. Levée du secret bancaire, harmonisation fiscale européenne, taxation des mouvements de capitaux… les propositions sont sur la table. Cependant, tout commencera par un plan de recrutements massifs de fonctionnaires pour lancer la traque financière. La gauche renouera avec le vote populaire en déclarant la fin de l’omerta à la classe des riches qui, partout dans le monde, nous fait la guerre.

 

Pédocriminalité : agir vite ! (communiqué GDS)

 

Les chiffres remis par la CIASE sont glaçants. En 70 ans, plus de 216 000 enfants ont été victimes de clercs, 330 000 si on ajoute les victimes de laïcs -au catéchisme et dans l’enseignement catholique. C’est de responsabilités individuelles dont il s’agit, d’emprises d’hommes sur des enfants. C’est aussi un système institutionnel, celui de l’Eglise catholique, qui a rendu possible le déroulement des faits, a hypocritement fermé les yeux et a trop souvent protégé les coupables.

 

Les rapports doivent être suivis d’actes. il faut des objectifs sur la réduction drastique de la pédocriminalité.

 

Il faut d’urgence former et informer le grand public par des campagnes sur la pédocriminalité. Il faut populariser la connaissance de l’obligation de signalement et sa procédure. Il faut former tous les professionnels en contact avec des jeunes à la détection des situations de violences sexuelles à l’égard des mineurs. Le gouvernement ne peut uniquement s’appuyer sur les initiatives locales, associatives ou privées.

 

Il faut un plan de recrutement au sein des services de santé scolaire. Il n’y aura pas de recul des chiffres d’enfants victimes de violences sexuelles en France sans  présence de professionnels. Leur métier est de prévenir les situations en accompagnant le développement chez l’enfant des compétences psycho-sociales mais aussi de recueillir la parole.

 

Il faut systématiser le contrôle des antécédents de chacun des adultes qui travaille ou s’engage bénévolement auprès des enfants. Les situations de violences sexuelles se constatent d’abord dans le cercle familial ou amical, d’où la nécessité de renforcer le signalement par les autres adultes. Mais il est des métiers ou des engagements où la proximité avec les jeunes doit être strictement encadrée.

 

Il faut obtenir l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Les faits présentés par la CIASE remontant massivement de la période avant 2018, ils bénéficient d’un délai de prescription de 20 ans après la majorité de la victime. Depuis 2018, ce délai court 30 ans. Le temps de la justice est l’ennemi des victimes qui ont des parcours de reconstruction longs et tortueux. Jamais la justice ne devrait éteindre la possibilité à un homme ou une femme, victime enfant de violences sexuelles, de porter plainte et de se présenter devant la justice.

 

Contrôle social et professionnel, recrutements et formation, imprescriptibilité des violences sexuelles sur les enfants, nous avons besoin d’une volonté politique et de mesures associées. 1 enfant sur 5 est victime de violences sexuelles, il faut que cela cesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Service compris et pourboires pas compris

Au boulot n°559 chronique a lire chaque semaine dans l’Humanité dimanche

 

La « loi Godard » de juin 1936 régit  encore aujourd’hui la répartition contrôlée du service et des pourboires entre les personnels dans  les hôtels, cafés, restaurants, brasseries et débits de boissons… En France « le service est compris », il figure dans l’addition et reversé aux salariés, il n’est pas aléatoire, c’est un élément de salaire, c’est un dû. Et si des pourboires sont versés en sus, ils doivent normalement être mis dans un pot commun et redistribué à égalité entre les salariés concernés.

Ça fait très longtemps que les patrons de l’Union des Métiers de l’Industrie et de l’Hôtellerie veulent remettre en cause ce système du « service compris » et du pourboire collectif.Ils  proposent de mettre en place le système anglo-saxon : tout deviendrait pourboire, (« tip ») une part variable de 10 à 15 % et plus du salaire des serveuses et serveurs redeviendrait une sorte de « récompense» aléatoire des clients pour la qualité du service. L’UMIH prétend que ça « motiverait » les serveurs afin qu’ils soient « plus souriants» et diligents. Selon eux, si les employés étaient ainsi obligés de quémander leurs pourboires, le service ne serait plus « perçu comme un petit job mais comme un vrai métier» et « l’image du porteur d’assiettes serait remplacée par celle d’expert du goût ».

A Londres cela provoque une double humiliation du serveur et du client, le premier étant forcé d’expliquer au second avant paiement par carte bleue que son pourboire n’est pas inclus dans l’addition. Personne ne sourit en pareil moment et plutôt que « d’expertise du goût » c’est une expertise en extorsion de fonds qui conclut le repas.

C’est ce que Macron le 27 septembre 2021 a annoncé vouloir remettre au goût du jour : il propose que ce soit le client qui paie plus cher directement « au noir » par carte bleue (sans cotisation sociale et sans fiscalité) les serveurs et ainsi que les patrons s’épargnent une hausse des salaires actuellement réclamée partout par une main d’œuvre qui se fait rare car trop mal payée.

Gérard Filoche

 

Nantes. La Gauche commune affirme sa boussole

 

 

Après une année de mandat, le groupe Gauche commune veut poursuivre sa lutte pour les plus précaires et contre le dérèglement climatique.

Pauline Langlois, Pascale Robert, Robin Salecroix, Aymeric Seassau, Nathalie Blin, Thibaut Guiné et Nadège Boisramé de Gauche Commune | PHOTO PRESSE OCÉAN-PHILIPPE CORBOU

Presse OcéanPhilippe CorbouPublié le 29/09/2021 à 16h23

La Gauche commune, c’est cinq élus communistes, trois élus Génération. S et deux élues GDS (gauche démocratique et sociale). Le petit groupe est coprésidé par Robin Salecroix et Pauline Langlois. Après un an au sein de la majorité, ils veulent encore les mesures sociales pour les plus démunis, car si la crise sanitaire décroît un peu, la crise sociale et économique est bien là, avance Robin Salecroix.

La Gauche commune affirme tout son soutien pour l’Arbre aux hérons

L’élu communiste se félicite que la ville ait été un bouclier social pendant la crise sanitaire. Mais avec les hausses faramineuses qui s’annoncent, il y aura forcément un impact sur les ménages. Il se félicite aussi de la mobilisation sans faille des agents du service public tout au long de la crise et de la non-fermeture de lits dans le futur CHU. En 2021-22, la Ville doit être encore plus solidaire et dégager des marges de manœuvre financières face au surcoût de la crise Covid-19. Il faudra passer par un ré-endettement raisonnable et gagner des marges de manœuvre sur la fiscalité.

Nadège Boisramé (GDS) porte une attention particulière au logement, en s’appuyant sur une densification maîtrisée, sachant que 70 % des Nantais peuvent prétendre à un logement social et 37 000 personnes sont déjà sur liste d’attente. L’objectif des 6 000 logements dont 2 000 sociaux n’étant pas respecté, il faut rattraper le retard et l’ancienne prison et la caserne Mellinet en sont de parfaits exemples.

Pauline Langlois (Génération. S) insiste sur l’extension et la revalorisation des aides coup de pouce, sur l’ouverture des 5 Ponts ou encore le soutien aux étudiants. Il faudra encore accélérer ces mesures sociales. Dans la même perspective, Nadège Boisramé évoque les 90 % d’augmentation de fréquentation transports en commun le week-end, depuis leur gratuité.

Au niveau culturel, Aymeric Seassau (PC) est très heureux et fier de la gratuité des médiathèques, mais il est trop tôt pour en tirer encore un bilan. Face aux critiques qui s’abattent sur l’Arbre aux hérons, il contre-attaque et affirme son total soutien, comme tout le groupe d’ailleurs.

Enfin, Thibaut Guiné (Génération. S) note qu’il y a eu une belle évolution sur la non-utilisation des moteurs thermiques en centre-ville, même si tout n’est pas réglé. Pour les livreurs, on souhaite une réglementation française, voire européenne, pour qu’ils soient salariés par leurs entreprises et non travailleurs indépendants.

Enfin, la Gauche commune est très attentive au mouvement social qui s’annonce le mardi 5 octobre.

 

5 octobre tous ensemble, augmentez les salaires !

 

Le 5 octobre, plusieurs organisations syndicales de salariés et de la jeunesse appellent à une journée de mobilisation. Les thèmes de mécontentement sont nombreux : emploi, conditions de travail, salaire, retraites, services publics …

 

La pandémie a révélé la faiblesse des rémunérations de nombreux salariés : soignants, aides à domicile, enseignants, éboueurs, agents des services publics, salariés du commerce, de la restauration et bien d’autres…

 

À travail égal, salaire égal

 

Les femmes sont particulièrement touchées. 25 à 30 % de salaires en moins comparé aux hommes. Elles perçoivent des pensions de retraite inférieures de 40 % et 63% des salariés au Smic sont des femmes. Il est temps que des rattrapages aient lieu : à travail égal, salaire égal !

 

50 % des salariés du privé sont en dessous de 1940 euros nets par mois. Le point d’indice est bloqué dans la fonction publique. Il faut revaloriser massivement les salaires. La fortune des ultra-riches a progressé de 40% en un an pendant que d’autres étaient en chômage partiel et perdaient 17% de leur salaire.

 

Il faut une autre répartition des richesses. Inutile de compter sur Macron, Le Pen ou Bertrand … Pas plus que sur le patronat.

 

300 euros pour toutes et tous

 

Ce qu’il faut arracher c’est 300 euros de plus pour toutes et tous. On peut discuter à quel rythme cette augmentation doit se faire. Mais il y a urgence. C’est une question de justice sociale au moment où tout augmente.

 

Pour la jeunesse l’urgence est de créer une allocation d’autonomie. Pour les retraités, ce sont les pensions qui doivent augmenter.

 

Enfin les millions de chômeurs indemnisés ou non doivent avoir les moyens de subvenir à leurs besoins alors que la pauvreté s’étend. Il faut fixer le seuil de pauvreté à 1200 ou 1250 euros. Et pour que personne ne vive en dessous, il faut un revenu d’existence garanti. Pour les chômeurs l’urgence est d’abroger la nouvelle convention de l’assurance chômage qui est inique et conduit à des pertes de revenus pour des milliers de chômeuses et de chômeurs.

 

Des moyens pour la santé, l’école, les services publics, la recherche

 

C’est la valse des milliards et des plans de relance. Il faut flécher ces ressources vers les besoins vitaux, essentiels de la population plutôt que de multiplier les subventions au chiffre d’affaires des grandes entreprises qui n’en ont pas besoin.

 

Il faut, enfin, un plan de financement de la transition écologique et faire face, enfin, à la crise climatique.

 

Le mouvement social, les mobilisations syndicales peuvent porter ces exigences. Il leur faut un débouché politique.

 

Unité et alternative

 

Seule les gauches et les écologistes peuvent répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques. Il leur faut rompre avec les politiques d’accompagnement du passé et se rassembler sur des mesures de rupture. À cette condition, et sous la pression de nos mobilisations, il est possible d’opposer une candidature commune face à Macron, Le Pen, Zemmour ou Bertrand le 10 avril à la Présidentielle. Et de remobiliser les abstentionnistes, les sceptiques afin de construire une alternative majoritaire.

Tract GDS en vue des manifestations du 5 octobre :

 

Macron au lieu de hausser les salaires, veut faire payer les pourboires « au noir » plus cher et à la tête du client

Macron attaque la loi Godart, au lieu de hausser les salaires, veut faire payer les pourboires plus cher et à la tête du client

La « loi Godart » et son décret d’application du 4 juin 1936 régissent  encore aujourd’hui la répartition équitable, automatique, contrôlée, des pourboires entre les personnels dans  les hôtels, cafés, restaurants, brasseries, et débits de boissons…en France le service est compris, il est collecte dans l’addition, récolté par le patron et partagé entre les salariés. En France le service est compris, il est collecté dans l’addition, récolté par le patron et partagé entre les salariés.

En Angleterre l’addition ne comprend pas le service, donc chaque serveur vient voir chaque client au moment du paiement par carte et lui demande de rajouter le pourboire (ou service) réclament 10 % ou 15 % ou plus  les patrons ont même voulu faire que chaque serveur se transforme en auto entrepreneur pour réclamer son salaire…

En France, depuis vingt ans le patronat UMIH réclame d’instaurer  le même système qu’en Angleterre;

C’est ce que Macron vient de proposer.

Déjà, lorsque la TVA, avait été baissé à 5,5 % dans la restauration au 1er juillet 2009, par Sarkozy, le député UMP Thierry Mariani avait essayé de remettre en cause la loi Godart sous prétexte des « fortes disparités salariales que la réduction du taux de la TVA entraine dans la restauration entre le personnel de salle rémunéré au pourcentage service et les autres salariés, notamment aux employés en cuisine ». Comme si Mariani était ému par les « employés de cuisine » !

Evidemment il s’agissait de baisser la part des salaires résultant des pourboires (compris dans la note payée par le client et correspondant environ à 15 %)..

Depuis longtemps le patronat des « HCR » (hôtellerie, cafés, restaurants) tâte le terrain pour reprendre la même idée, mais à l’envers, notamment lorsque la TVA a été ré augmentée à 10 % en 2014. Ces patrons qui n’ont pas baissé les prix, qui n’ont pas embauché, ni modernisé lorsqu’elle était à 5,5 %, se proposent de faire payer la nouvelle TVA à 10 % par… leurs salariés et leurs clients.

Alors il proposent de mettre en place le système anglo-saxon : le pourboire ne serait plus inclus automatiquement dans l’addition, sa perte devrait être compensée par le client.

Ainsi une part variable de 10 à 15 % du salaire des serveuses et serveurs redeviendrait une sorte de « récompense » aléatoire des clients pour la qualité du service.

Roland Héguy, de l’Union patronale des métiers de l’industrie hôtelière (UMIH) prétend que ça « revaloriserait » le métier et « motiverait » les serveurs à être « plus souriants » et diligents.Il paraît que si les employés étaient ainsi obligés de quémander leurs pourboires, le service ne serait plus « perçu comme un petit job mais comme un vrai métier » et « l’image du porteur d’assiettes serait remplacée par celle d’expert du goût » (sic).

N’importe quoi ! Ils n’ont pas subi la double humiliation du serveur et du client dans n’importe quelle pizza de Londres, le premier étant forcé d’expliquer au client avant paiement par carte bleue que le pourboire n’est pas inclus et le second devant rajouter 10 % au prix exorbitant de l’addition.Personne ne sourit en pareil moment et plutôt que « d’expertise du goût » c’est une expertise en extorsion de fonds qui conclut le repas.C’est ce que Macron le 27 septembre 2021 veut remettre au gout du jour : plutot que d’augmenter les salaires, il propose que ce soit le client qui paie plus cher à des serveurs souriants  jusqu’à la crispation, pour obtenir de lui la hausse de salaire que le patron s’épargnera.

Gérard Filoche

10 %

Au boulot n°558 11 ° année chronique hebdomadaire dans l’Humanite dimanche

 

Non, le sort de la majorité des 3 millions de travailleurs indépendants n’est pas enviable. Il y a eu beaucoup d’effets de mode, dans les médias, presse, cinéma, séries, radios qui baignent tous dans une ambiance improbable : bosser à la commande, à la commission, à l’événementiel, vivre sans contraintes salariales mais aisément quand même. A la façon de cette série télévisée où l’on chaperonne les acteurs, c’est payé à la commission alors ça s’appelle « 10 % ». 10 % de gros émoluments liés à des gros « coups ».

Ce genre de monde de Macron faisait sa pub par tous les pores des médias. Mais là, soudain, dans le XVI° arrondissement de Paris, le nombre de RSA vient de doubler : la raison en est que même des indépendants de luxe, ceux qui vivaient largement sur des activités prestigieuses, lucratives mais éphémères, se sont retrouvés le bec dans l’eau à l’occasion de la longue pandémie.

Pour eux, « salariés » c’était tristounet,  « ubérisé » c’était pétillant. Ils n’avaient donc pas de « statut », ils vivaient dans un monde non socialisé, ponctuel, artificiellement abondé par de juteuses prestations.

Depuis 20 mois, les voilà brutalement démunis sans accès aux aides fléchées du gouvernement.

Ils découvrent alors que la pauvreté frappe davantage les « indépendants » que les salariés : 16,6 % contre 5,3 %. Certes il y a moins d’indépendants sans statut, 12% des actifs, contre 88 % de salariés à statut, mais ça fait tout aussi mal socialement quand le Covid19 frappe. Pas de salaire brut, pas d’aide au logement, pas d’aide familiale, plus rien ne parvient aux cigales qui ont si longtemps chanté avant 2020.

Finis les « 10 % ». Les cigales sont obligées de chercher, pour elles, les difficiles chemins de la solidarité,  avec des files d’attente dans les bureaux à formulaires.

Et alors ils s’étonnent de devoir tout comprendre de façon accélérée, le RSA est un cache-misère, les minimaux sociaux ne permettent pas de vivre, les indemnités chômage sont trop basses et sont broyées à partir de ce 1er octobre.

Gérard Filoche

 

Quand ça les arrange la loi l’emporte sur le contrat

Au boulot n°557   chronique à lire chaque semaine dans l’Humanité Dimanche (11° année)

 

On n’en a jamais fini avec la casse fondamentale du code du travail qui a eu lieu sous Hollande et sous Macron. Ils disaient « on va adapter les droits des salariés aux besoins des entreprises» et « le contrat va l’emporter sur la loi ».

He bien voilà que la convention collective de branche de la grande distribution vient de faire un tout petit effort avec un avenant salarial prévoyant l’intégration de nouveaux éléments de salaire aux minima salariaux hiérarchiques. C’est le fruit d’un accord entre organisations syndicales et patronales qui se sont donc entendues pour égaliser les conditions de la concurrence à l’intérieur de la branche.

Normalement c’est une bonne nouvelle pour les salariés particulièrement dans ce difficile système où le contrat l’emporte sur la loi, n’est-ce pas ?

He bien non, le gouvernement refuse de procéder à « l’extension » des dispositions de cet avenant. Ça signifie qu’il veut permettre à chacune des entreprises de la grande distribution de maintenir des salaires minima inférieurs à ceux prévus au niveau de la branche.

Le gouvernement bloque les salaires pourtant négociés ! Il préfère maintenir l’exacerbation du dumping social entre entreprises quitte à empêcher la mise en œuvre d’un contrat collectif signé majoritairement. Elisabeth Borne a sans doute partie liée avec les patrons en minorité dans ladite branche et cet arbitrage étatique se moque carrément de la prééminence du contrat sur la loi.

C’est une atteinte aux faux principes qui ont présidé aux lois El Khomri, et Pénicaud et au fait que les conventions collectives de branche, même étendues, sont des dispositifs conventionnels que, selon eux, le gouvernement ne devrait pas pouvoir unilatéralement modifier.

Ils ne sont pas à ça prêts, quand ça les arrange, ils « étendent » ou « n’étendent pas »  les contrats.

Le Conseil d’État va être amené début octobre à se prononcer sur la légalité de cette décision.

 

Gérard Filoche