Nouvelle destruction du code du travail en vue

« Au boulot » n° 508    chronique hebdo 10° année dans   l’Humanité dimanche

 

Ils n’en ont jamais fini. Ils ne s’arrêtent jamais.

Puisque nous ne les avons pas vaincu lors des précédentes destructions du Code du travail (« recodification » 2004-2008, ANI et loi Sapin 2013, CHSCT et loi Rebsamen 2014, loi Macron 2015, loi El Khomri 2026, ordonnances Pénicaud 2017) ils se proposent de remettre le couvert.

Devant le Medef, le 26 août, Jean Castex a promis : « Des mesures de simplification ont été adoptées pendant la crise sanitaire par ordonnances (…)  ces dispositions seront prolongées, amplifiées et, si possible, pérennisées, qu’il s’agisse du droit du travail et de la formation professionnelle.

Jusqu’au 31 décembre 2020, les ordonnances dites « sanitaires »  de mars 2020 permettent qu’une simple convention d’entreprise décide du nombre de renouvellements des contrats précaires, des CDD,  des « contrats de mission ».

Les délais de carence entre deux CDD et deux intérims seraient supprimés

Les contrats de chantier, à la tâche, seront une option pour chaque entreprise.

Les « referendums » d’entreprise seront encouragés : un syndicat faisant seulement 10 % des voix des salariés pourra en organiser conjointement avec le patron, notamment pour mettre en place des accords de performance collective, baissant les salaires et augmentant la durée du travail, rompant le contrat de travail des salariés qui refusent

Certes nous avons réussi à les faire reculer sur l’infâme sanction qu’ils avaient prise le 15 avril dernier contre l’inspecteur du travail Anthony Smith. Cela a même provoqué le 10 septembre la démission du Directeur Général du Travail. Mais il se proposent d’en nommer un autre, pire encore. Pour faire pire encore.

Il faut proclamer qu’à la fin, c’est nous, les 30 millions de salariés, qui gagnerons contre ces exploiteurs. Et si une plateforme de la gauche unie réussit à être écrite, elle devra comporter la reconstruction de tout le droit du travail d’ordre public social.

Gérard Filoche

 

Désavoué sur la sanction sandaleuse contre Anthony Smith, Struillou, le directeur général du travail démissionne

extrait de Le monde

La ministre du travail a critiqué la gestion de « l’affaire Anthony Smith », du nom d’un inspecteur du travail, membre de la CGT, sanctionné pour ses décisions prises durant l’épidémie de coronavirus en avril.

Par Bertrand Bissuel Publié aujourd’hui à 09h59, mis à jour à 10h05

 

Les services de la ministre du travail, Elisabeth Borne, traversent une zone de très fortes turbulences. Vendredi 11 septembre, l’un des piliers de cette administration a présenté sa démission : il s’agit d’Yves Struillou, le chef de la Direction générale du travail (DGT). L’intéressé a pris cette décision très peu de temps après avoir subi un désaveu de la part de Mme Borne. A l’origine de la rupture, il y a « l’affaire Anthony Smith » – un inspecteur du travail, membre de la CGT, récemment sanctionné par sa hiérarchie, qui bénéficie du soutien d’une large partie de ses collègues et d’une campagne de mobilisation orchestrée par plusieurs syndicats, des élus de gauche ainsi que des personnalités d’horizons divers. Le dossier est suivi de très près, à l’Elysée comme à Matignon.

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Selon nos informations, M. Struillou a choisi de démissionner à la suite d’un épisode, pénible pour lui, qui s’est produit jeudi après-midi. Le patron de la DGT participait à une réunion avec Mme Borne et des responsables de directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. D’après une des personnes présentes, la ministre a émis, lors de la rencontre, des observations critiques, notamment sur le rapport disciplinaire ayant conduit à la sanction prononcée contre M. Smith. « Elle trouvait que ce n’était ni fait ni à faire », résume une autre source. Le document en question, d’une trentaine de pages, est signé par le directeur des ressources humaines du ministère, Pascal Bernard, mais M. Struillou a joué un rôle déterminant dans sa rédaction.

Dans l’entourage de Mme Borne, on reconnaît l’existence de « divergences » sur le rapport disciplinaire et « la manière dont le dossier a été conduit ». Le différend avait pris une « ampleur assez importante » qui alimentait un mauvais climat dans les services, ajoute-t-on.

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Les remontrances de Mme Borne résultent d’un conflit social qui a éclaté il y a près de cinq mois, à une époque où elle ne s’était pas encore installée rue de Grenelle – puisque sa prédécecesseure, Muriel Pénicaud, occupait encore les lieux. Le 15 avril, M. Smith avait été suspendu de ses fonctions, pour avoir – aux yeux de sa hiérarchie – « méconnu, de manière délibérée, grave et répétée, les instructions »données à l’ensemble des agents, durant l’épidémie de Covid-19. L’un des griefs portait sur des interventions que l’inspecteur du travail aurait conduites sans le « moindre discernement » à l’égard d’une grosse association d’aide à la personne : celle-ci avait, par exemple, été sommée par M. Smith de fournir à ses salariés des masques de type FFP2 ou FFP3, alors que la doctrine sanitaire nationale réservait de tels accessoires aux soignants.

Mutation d’office

Cinq organisations représentant les fonctionnaires du ministère (CGT, CNT, FO, FSU, Sud) s’étaient dressées contre cette « action folle de répression » « Anthony Smith n’a fait que son devoir », avaient-elles plaidé. Le 21 juillet, plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, s’étaient rassemblées à Paris pour apporter leur soutien à M. Smith, au moment même où celui-ci passait en conseil de discipline. Un peu plus de trois semaines plus tard, le verdict tombait : le fonctionnaire, jusqu’alors en poste dans la Marne, faisait l’objet d’une mutation d’office en Seine-et-Marne. Une sentence que l’intéressé et tous ceux qui l’épaulent ont qualifiée d’injuste et très pénalisante puisqu’elle le contraignait à aller travailler à « 200 kilomètres de son domicile ».

Finalement, dans un geste d’apaisement, le ministère du travail a annoncé, mercredi, que la sanction avait été « aménagée » – autrement dit, allégée : M. Smith sera transféré dans la Meuse, un département limitrophe de celui où il réside ; le fonctionnaire s’est dit « content » en apprenant la nouvelle tandis que son syndicat y a vu un premier « recul ». Sous le sceau de l’anonymat, l’un des acteurs de ce feuilleton, partisan de la « punition » initiale, considère que la CGT a gagné son « bras de fer » et qu’il va être ardu de piloter l’inspection du travail. L’entourage de Mme Borne, de son côté, insiste sur le fait que la ministre est restée « en soutien » de la solution trouvée au départ, à savoir une mutation d’office.

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Bertrand Bissuel

 

Mes gens

Au boulot n°507

Mes gens

Le contrat ayant pris le pas sur la loi, les patrons sont devenus seuls maitres dans leur entreprise. Par exemple, 51 « accords de performance collective » où l’on travaille plus et ou l’on gagne moins ont ainsi été imposés.

Et si, paradoxalement, à l’occasion du Covid19, le gouvernement reprend la main, c’est d’en haut, il  procède par ordonnances, mesures d’état d’urgence, et par « protocoles ».

Il existe une constante dans ces deux cas : les institutions représentatives du personnel  (IRP) n’ont plus leur mot à dire. C’est l‘étouffement de toute démocratie  dans l’entreprise.

Les anciens DP, CE, CHSCT ont été fusionnés, diminués et alors qu’il y avait 425 000 salariés élus et mandatés, il n’en reste plus que la moitié, autour de 200 000.

Un « rapport intermédiaire d’évaluation des ordonnances » a été publié le 28 juillet 2020 sur l’état du dialogue social : alors que les citoyens ne respectant pas leurs obligations sanitaires font face à une panoplie d’amendes, les patrons ne respectant pas la mise en place d’IRP ne risquent aucune coercition.

Au 3 juin 2020, 39 354 établissements éligibles n’ont pas mis en place un CSE (cf. ACM Médiapart 20 août 2020) la carence totale de candidature représente 46 % des entreprises de moins de 50 salariés, 10 % des entreprises de 50 à 299 salariés, 1,5 % des entreprises de plus de 300 salariés. Et donc 32,8 % des établissements étudiés n’ont plus d’IRP.

Pour les patrons, comme pour Macron, les salariés ne sont que des pions. Pas question que ce soient eux qui négocient leur sécurité, le port des masques et ou les modalités du télétravail à l’abri d’un l’ordre public social.

Patrons et Macron voient la démocratie dans les entreprises comme un système nerveux qui règle tout le fonctionnement du corps.

L’air du temps n’est clairement pas à l’autogestion, il est à la schlague, l’autre jour sur France inter, un patron s’interrogeait « - Faut il que je licencie mes gens ou que je les garde ? ». Ce ne sont même plus des « collaborateurs » ce sont « mes gens ».

Gérard Filoche

 

 

Protection des salariés vulnérables

Au boulot n°506

 

Le patronat ne veut pas négocier les conditions légales du télétravail. Alors que plus de 8,5 millions de salariés y ont été plus ou moins contraints depuis le confinement.

Il ne veut pas de loi mais au cas par cas, des « chartes », des « protocoles d’entreprise ».

Et le gouvernement tout en rappelant que « la solution du télétravail est à privilégier des lors que celui ci est possible », grignote une par une toutes les protections.

Depuis le premier mai 2020, les salariés vulnérables ou vivant avec une personne vulnérable, pouvaient avec un certificat médical d’isolement,

  bénéficier du placement en activité partielle, pour le secteur privé,

  être placés en autorisation spéciale d’absence (ASA), pour le secteur public.

Ce dispositif est remis en cause par un décret du 29 août 2020 pour le secteur privé.

Pour la Fonction publique, le Ministère a annoncé la fin des ASA par circulaire

C’est la fin de l’activité partielle pour les salariés partageant leur domicile avec une personne vulnérable.

Ils « pourront » dès lors que c’est possible demander à être mis en télétravail mais si le patron ne veut pas, ils devront reprendre leur travail, selon le « protocole ».

Excepté les salariés « qui présentent selon leur médecin un risque de développer une forme grave d’infection au virus Sars-CoV-2 les plaçant dans l’impossibilité de continuer à travailler ». Mais les critères de vulnérabilité sont considérablement réduits dans le décret et en dehors d’eux, les salariés vulnérables et personnes aidantes devront retourner au travail.

Alors que ces personnes devraient évidemment continuer de bénéficier du télétravail, de l’activité partielle ou des ASA, maintien à domicile dans des conditions négociées au plan national et définies par la loi.

Tout ça éloigne de la reconnaissance du Covid19 et des ses conséquences comme « maladie professionnelle ».

 

Gérard Filoche

 

Pour vaincre Macron et son « plan de relance », additionner nos forces à gauche

Ce n’est pas un hasard si c’est à l’université du Medef que Castex a présenté les grandes lignes du plan de relance gouvernemental. Devant les grands patrons,  il a détaillé les modalités de baisse des impôts de production de 20 milliards d’euros sur deux ans, une mesure que le Medef réclamait depuis le début du quinquennat. C’est une mesure dans la pure logique libérale sans lien avec la pandémie. Et une fois de plus, sans aucune condition sociale (maintien de l’emploi) ou environnementale. D’ailleurs devant le Medef, Castex n’a pas évoqué la transition écologique ou à peine !

Avec Macron, tout est bon pour les patrons !

Le Covid 19 bon dos ! L’avalanche de plans de licenciements, en novlangue néolibérale « plans de sauvegarde de l’emploi » (PSE), n’est pas réservée aux entreprises des secteurs directement touchés par la crise sanitaire. Sans oublier l’utilisation de l’ordonnance du 20 mai dernier qui permet à des patrons de déclarer en faillite leur entreprise puis de se porter repreneur…après « dégraissage » des effectifs. C’est ce que fait la famille Mulliez avec Alinéa.

 

La CGT, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse (Fidl, MNL, Unef, UNL) ont raison de dire que « la question de l’emploi est centrale : lutte contre la précarité et la pauvreté, hausse des salaires, développement des services publics, abandon définitif de la réforme des retraites». Autant de bonnes raisons pour descendre dans la rue le 17 septembre.

Construire l’unité en lui donnant un contenu

Si jusqu’à présent la gauche politique n’a pas surmonté son éparpillement consécutif au désastreux quinquennat de Hollande, les choses semblent bouger un peu. La victoire aux municipales de listes de rassemblement de la gauche et des écologistes dans plusieurs grandes villes a commencé à redonner espoir. L’aspiration à l’unité est toujours forte, elle pousse les appareils des différentes composantes de la gauche et de  l’écologie à en tenir compte. Il faut donner un contenu à cette unité (emploi, augmentation des salaires, services publics, santé, réduction du temps de travail, transition écologique…) en rupture avec les politiques néo-libérales.

Il n’y a pas eu d’université d’été commune à toute le gauche, mais les uns et les autres se sont rendus visite : après l’université d’EELV, Eric Piolle est allé à celle de LFI, puis à celle du PS par exemple. Jean-Luc Mélenchon a rendu visite à celle du PCF, et LFI vient d’écrire à différentes formations (dont la Gauche démocratique et sociale) pour débattre des régionales. Olivier Faure, lui, s’est prononcé pour un candidat commun en 2022 provoquant la « fronde » de Hollande et Le Foll.

Se rassembler dans les luttes et pour les élections

Des déclarations pour l’unité, c’est bien. Il faut maintenant des actes. Sans plus tarder pour soutenir ensemble les mobilisations sociales qui vont se développer en réponse à la crise sociale. Pour construire des dynamiques citoyennes pour obtenir des réponses aux urgences.

Une rencontre de toutes les formations de la gauche et de l’écologie est nécessaire. Pas pour (encore) désigner une candidate ou un candidat pour 2022, mais pour élaborer un contrat de législature. Avec une première étape : des listes communes aux régionales.

 

Solidarité avec Danièle Obono

Communiqué de presse

Solidarité avec Danièle Obono

 

La Une de Valeurs Actuellesreprésentant Danièle Obono ne tient ni du simple hasard, ni de la provocation. Elle tient à l’idéologie qui inonde les pages de cette revue.

Valeurs Actuelles, c’est l’extrême-droite : le racisme insidieux, l’inégalité entre les gens, la supériorité de certaines catégories de personnes sur d’autres. La Une de Valeurs Actuellesen est l’abjecte illustration, représentant une femme noire, députée de la République française, Danièle Obono, en esclave africaine. La honte !

La Gauche démocratique et sociale (GDS), comme tant d’autres et c’est tant mieux, apporte son soutien à Danièle Obono ainsi qu’à toutes celles qui, noires et femmes, attirent les pires turpitudes. L’idéologie de Valeurs Actuelles est nauséeuse, cette revue pousse à la haine et à la xénophobie.

Le parquet a annoncé hier l’ouverture d’une enquête pour injures à caractère raciste. Espérons que la justice ne se contente pas des piteuses excuses d’une rédaction qui n’est pas à son coup d’essai. Le racisme n’est pas une opinion mais un délit. C’est aussi le message que GDS souhaite rappeler. Il n’a pas sa place dans la discussion publique. Nous le combattrons sans relâche.

Pour tout contact : www.gds-ds.org

Gérard Filoche (06 07 48 11 67)

Anne De Haro (06 81 70 76 66)

Eric Thouzeau (06 40 59 65 04)

 

 

 

Obligation des masques, gratuité des masques

 

 

Un inspecteur du travail a trop bien fait son travail : il a demandé en référé des masques le 15 avril 2020, cinq mois avant que le gouvernement convienne qu’il fallait en porter dans les entreprises. Le patron de la Marne qui employait des femmes de ménage sans masque, et qui s’est plaint d’Anthony Smith en avril auprès de la Dirrecte et de Muriel Pénicaud a fini par l’emporter à contre temps en plein été puisque le 15 août, l’inspecteur est sanctionné et déplacé d’office par Elisabeth Borne.

 

Le masque est un EPI

 

Les patrons ont toujours trainé la patte quand il fallait protéger leurs salariés. Ils ne veulent pas payer le coût de la prévention, de l’hygiène et de la sécurité. Le Medef refuse des « mesures trop coercitives ». Elisabeth Borne « préconise », « recommande » sans sanction légale : elle veut que les patrons soient d’eux-mêmes « plus vigilants » et modulent la sécurité dans leur entreprise.

 

Dans le bâtiment, s’il n’y avait pas obligation de mettre des gardes corps et une inspection du travail pour contrôler et sanctionner, le nombre de chutes mortelles ne cesserait d’augmenter.

Face au virus : refuser de protéger autrui c’est le mettre en danger. La gratuité des masques s’impose, il s’agit d’ « équipements de protection individuelles » (EPI) au sens du Code du travail.  Dés lors, que les patrons paient !

 

Mais sans contrôle de l’inspection du travail ni sanction, alors que la pandémie menace toujours, le principe de précaution sera violé. Ca vaut pour les licenciements : il n’y a pas de contrôle préalable de l’inspection alors que les chefs d’entreprises en profitent pour plus de 475 plans sociaux  recensés, alors que le gouvernement leur distribue des milliards pour survivre face à la crise sanitaire.

 

La loi et le contrat

 

Encore une fois, « l’ordre public social » doit l’emporter à l’avantage des salariés, contre la « primauté au contrat » que l’actuel gouvernement défend à l’avantage des patrons. Les plus « assistés » de ce pays sont les patrons. Ils reçoivent des dizaines de milliards pour « faire la relance » comme dit Bruno Lemaire. Sous la pression il concède qu’il y « aura des contreparties » mais sans préciser lesquelles, comment, combien.

 

Les « aides » déversées peuvent être utilisées au bon vouloir des employeurs, et s’ils décident de rembourser leurs dettes, racheter leurs actions, imposer des plans de « performance » contre les salariés, ça reste leur choix. L’Etat vient à leur secours avec l’argent public, mais ils n’ont pas d’obligations de ne pas licencier, ni d’embaucher ni de bien payer : ainsi les salariés de l’essentiel qui ont fait tenir le pays pendant le confinement, attendent toujours la reconnaissance qui leur a été promise.

 

Ce n’est pas une histoire de « Girondisme » contre « Jacobinisme » comme certains se plaisent à dire pour détourner en faux débat ce qui relève de l’efficacité et la justice élémentaire. S’il est nécessaire, de porter des masques, au titre de la prévention et du principe de précaution, que la loi soit claire et que la gratuité des masques s’impose partout.

 

 

La loi et le contrat

Au boulot n° 505

chronique dans l’Humanité dimanche, 10° année

 

 

Encore une fois, « l’ordre public social » doit l’emporter à l’avantage des salariés, contre la « primauté au contrat » que l’actuel gouvernement défend à l’avantage des patrons.

Les plus « assistés » de ce pays sont les patrons. Ils reçoivent des dizaines de milliards pour « faire la relance » comme dit Bruno Lemaire.  Sous la pression il concède qu’il y « aura des contreparties » mais sans préciser lesquelles, comment, combien.

Les « aides » déversées peuvent être utilisées au bon vouloir des employeurs, et s’ils décident de rembourser leurs dettes, racheter leurs actions, imposer des plans de « performance » contre les salariés, ça reste leur choix. L’état vient à leur secours avec l’argent public, mais ils n’ont pas d’obligations de ne pas licencier,  ni d’embaucher ni de bien payer : ainsi les salariés de l’essentiel qui ont fait tenir le pays pendant le confinement, attendent toujours la reconnaissance qui leur a été promise.

Ce n’est pas une histoire de « Girondisme »  contre « Jacobinisme » comme certains se plaisent à dire pour détourner en faux débat ce qui relève de l’efficacité et la justice élémentaire.

S’il est nécessaire, de porter des masques, au titre de la prévention et du principe de précaution, que la loi soit claire et que la gratuité des masques s’impose partout.

Pas d’hypocrisie à la Elisabeth Borne qui « suggère partout où c’est possible »  au point que la presse finit par croire et dire que le masque est obligatoire alors qu’il ne l’est pas.

Quand la loi n’est pas claire ce sont toujours les plus défavorisés des salariés qui subissent et les moins bons des patrons qui l’interprètent.

Quand il fut question d’interdire de fumer dans les entreprises, il y a 25 ans, la loi fut ferme, les CHSCT permettant aux représentants des salariés d’aménager ce qui était légal dans les textes, l’inspection pouvant sanctionner. Est ce parce qu’il n’y a plus de CHSCT ni de droit pénal du travail ?

 

Gérard Filoche

 

 

retour sur le bilan de Lionel Jospin (3 juillet 2002)

La France allait mieux…

mais pas tous les Français

 

Nous le disons et le redisons : le bilan du gouvernement de Lionel Jospin du point de vue social est sans aucun doute le meilleur de tous les gouvernements de gauche depuis 1981-82. Inutile de chercher à le diminuer, et de chercher à le noyer dans la débandade du « social-libéralisme ».

Il suffit de l’étudier lucidement, et seulement de constater que, malgré ses aspects positifs, il était cruellement en deçà des urgences sociales, des impatiences, des injustices nées de la longue crise qui avaient précédé.

Certes, Lionel Jospin n’a ni supprimé le capitalisme, ni même, hélas, diminué les profits fantastiques réalisés par les financiers dans les années de la croissance retrouvée, mais il a su relativement mieux qu’ailleurs maintenir les retraites, faire progresser les salaires, améliorer certaines conditions de travail, faire avancer les 35 h, certains droits du travail, mis en place des réformes de long terme (CMU, APA…) et des réformes démocratiques (Pacs, anti-cumul des mandats, justice, parité, IVG, etc.). Il n’a malheureusement pas, c’est certain, rompu assez de lances avec l’Europe libérale, (Amsterdam, Barcelone) ni redistribué vraiment les richesses, il a géré le capitalisme comme d’autres avant lui, mais avec des réformes progressistes plus importantes et volontaires que ses prédécesseurs – proches de celles du début 1981 (retraite à 60 ans, 39h, cinquième semaine de congés payés, droits du travail, hausse des bas salaires.

Il a fait exister le réformisme social, même si on vérifie qu’il n’a pas suffi à calmer les revendications qu’engendre l’inégalité capitaliste. Mais contrairement à ce que croient de nombreux gauchistes, la réforme ne s’oppose pas à la révolution. Au contraire, le réformisme fait avancer les choses et nourrit les espoirs, c’est un point d’appui pour de vrais changements. Ce n’est pas quand les choses vont mal pour les salariés que les luttes augmentent, c’est quand justement, l’espoir renaît, qu’on sort de la crise. Ce n’est en tous les cas, pas dans les défaites que l’on avance le plus.

La dissolution de l’Assemblée nationale par Chirac le 25 avril 1997, la victoire du 1er juin et l’avènement du gouvernement de Lionel Jospin étaient un effet différé de la grande gréve générale de novembre-décembre 1995. Le projet des « 35 h sans perte de salaire » avait été acquis avant grâce à de nombreuses batailles, (et surtout celle de la Gauche socialiste au sein du Parti socialiste), il a pris corps, (au-delà, souvenons-nous, de l’accord interprofessionnel sur la réduction du temps de travail du 31 octobre 1995, et ensuite de la loi de Robien du 16 juin 1996) dans le programme de Lionel Jospin.

 

« L’exception française » positive du gouvernement rouge, rose, vert :

 

À quoi bon nier – oubliant tout à cause de la défaite – les caractères positifs du gouvernement Jospin ? À quoi bon peindre en noir aujourd’hui ce que (presque) personne ne niait hier ?

Il y a des tendances politiques diverses qui le font avec différentes nuances : certains croient bon d’affirmer le ralliement de Lionel Jospin au « social libéralisme », d’autres à la « troisième voie » (Blair, Clinton…) et d’autres ont aussi allégrement affirmé que c’était « blanc-bonnet, bonnet-blanc » avec la droite.

C’est l’extrême gauche, surtout, qui rend tous les chats gris : elle compare Jospin et Blair, ou Schröder, ou Chirac sans nuance, en niant qu’il y ait eu une « spécificité » de ce gouvernement « rouge, rose, vert » qui mettait en oeuvre « les 35 h sans perte de salaire par la loi ». Ils ne se souviennent plus que le patronat avait pourtant « déclaré la guerre » à Lionel Jospin, sur le parvis de Matignon, un certain 10 octobre 1997. Les mêmes sont incapables de juger les contradictions réelles des deux lois Aubry, et rejettent en bloc l’idée qu’il y ait eu des progrès historiques dans celle-ci, ne retenant que les aspects négatifs dus à la poursuite de la flexibilité venue de la loi quinquennale. Ils nient que le gouvernement Jospin était réellement le plus « à gauche » d’Europe (même si cela signifie que les autres étaient particulièrement droitiers, et même si, en interne, en France, les aspirations populaires étaient beaucoup plus élevées). Ils n’accordent aucune grâce à la recherche de l’honnêteté, de la rigueur personnelle du Premier ministre sortant, aussi bien dans des questions internationales (l’Afrique) que dans les « affaires », le respect du Parlement, la non-utilisation de l’article 49-3. Ils soulignent le refus d’intervenir de l’Etat face aux licenciements, mais ils ne pipent mot de la « loi de modernisation sociale » et de son contenu progressiste.

 

Des hauts et des bas dans le bilan :

 

D’autres, plus complexés dans l’analyse, chicanent la date à laquelle un « tournant » social-libéral se serait produit dans l’action gouvernementale : était-ce dés le début (la reculade d’Amsterdam et de Vilvoorde) ou au deuxième gouvernement de mars 2000 (quand Allègre et Sauter étaient écartés sous la pression du mouvement social, lorsque la Gauche socialiste y entrait, mais lorsque aussi Laurent Fabius y faisait son nid, diminuait les impôts, facilitait les stocks-options ?). En vérité, on devrait examiner les faits de façon plus détaillée, il y a eu des « ‘hauts » et des « bas », dans les cinq ans passés, des décisions mieux inspirées, (les 35 h) et d’autres, franchement erronées (les privatisations, et puis Michelin, Marks & Spencer, Danone : « l’Etat ne peut pas tout »). Mais globalement, Lionel Jospin, rappelons-le, avait choisi une économie de relance, basée sur la demande, exactement contraire à celle que Chirac voulait conduire lorsqu’il a dissous l’Assemblée nationale en 1997 ! (On va voir que ce n’était pas une mince différence avec la droite).

Le bilan de Claude Allègre, par exemple, était lamentable, et détournait les enseignants de voter à gauche, il fut chassé, à juste titre (et se répand depuis en Pic de la Mirandole de la gauche déçue) mais le budget de l’éducation était la priorité, (pas les porte-avions de Chirac). Le projet de réforme Sauter, n’était pas mieux et le personnel des impôts l’a recalé aussi à juste titre. Le projet de Laurent Fabius de baisse des impôts tournait le dos à de meilleurs services publics, à des minima sociaux décents : il aurait mieux valu s’en prendre à la « cagnotte privée » que de se défendre de répartir la « cagnotte publique ». Il aurait mieux valu des hausses de salaire que la « prime pour l’emploi ». Mais in fine les luttes sociales se sont multipliées et n’ont pas été découragées depuis cinq ans. Une victoire de Lionel Jospin en 2002 aurait donné un élan à de nouvelles revendications.

La gauche et la droite ce n’est pas du tout du pareil même dans des milliers de petites décisions quotidiennes : il faut être indifférent au sort de millions de gens pour ne pas tenir cela pour une réalité. Cela se sent dans les hausses du Smic ou les « jours de RTT » (pour ceux, il est vrai, qui en ont : deux à trois millions). Ceux qui souhaitaient la droite « pour mieux se battre contre » sont des niais politiques, ceux qui souhaitaient une cure d’alternance pour la gauche sont des gens qui n’ont rien à y perdre.

Nous ne renvoyons pas à dos la gauche et la droite, nous ne classons pas le gouvernement de la gauche plurielle dans le trou noir du social-libéralisme, il y a eu un essai, un effort de mieux faire, qu’il faut d’autant mieux apprécier, que nombreux vont être ceux qui vont vouloir le rejeter en bloc… pour faire pire.

 

Les bons chiffres

1 742 000 emplois nets crées entre 1997 et 2000

643 000 emplois nets créés dans la seule année 2000 soit + 4,3 % record historique dans les annales statistiques de la France.

9 % de chômeurs au lieu de 12 %

Une baisse légère de l’intérim, des CDD au deuxième semestre 2000 et au premier semestre 2001

Une baisse légère des temps partiels à partir du 1er janvier 2001 (suppression des exonérations pour les temps partiels).

Les 35 h par accord pour un salarié sur deux : un accord sur trois est un « bon » accord avec embauche, salaire maintenu, réduction réelle du temps de travail, deux accords sont soumis à la flexibilité, annualisation, sans embauche correspondante, salaire gelé. 2 accords sur trois sont moins bons, flexibilité essentiellement due à la Loi quinquennale Balladur-Giraud non abrogée par la gauche.

21 millions de salariés ont vu leur feuille de paie modifiée : contrat mensuel, temps plein à 151 h 66 : contrairement à ce qu’on nous dit, quoi qu’il arrive, tout ce qui allait mal allait déjà mal à 39 h, rien ne peut être « aggravé » par les 35 h !

Augmentation de la masse salariale globale de 1997 à 2000 par rapport au capital

Hausse (limitée) des Smic, minima sociaux, salaires, prime à l’emploi, baisse de certaines taxes indirectes injustes

La couverture maladie universelle

L’allocation personnes âgées, aide pour l’autonomie

Budget éducation le plus élevé

Droits démocratiques : parité, limitation des mandats, justice plus indépendante des exigences du pouvoir, lutte contre les discriminations, contre le harcèlement moral,

Certains droits du travail nouveaux : contre la précarité, les CDD, contre le travail le dimanche, doublement des indemnités légales individuelles de licenciement économique, allongement et renforcement des procédures de licenciement économique collectif,

Plus des milliers de petites décisions qui profitent en général à ceux qui ont moins…

 

 

Mais alors pourquoi ce désastre ? Pourquoi cette défaite ?

Une partie de ceux, en général à l’extrême gauche qui rejettent tout du bilan de Lionel Jospin, sont ou seront bientôt épaulés par les vrais sociaux-libéraux qui, eux, justifieront une politique de « troisième voie » à la Tony Blair en accusant justement « l’exception française » d’avoir été responsable de l’échec.

Tous ces arguments volontairement sans nuances, surviennent bien sûr, depuis le 21 avril, nourris par la défaite. Et il est vrai qu’on ne peut mettre cette défaite sur le seul compte de la « division », de la « dispersion » des voix, ni même de la « mauvaise campagne » de Lionel Jospin.

Certes, on y reviendra la campagne a été très mauvaise, voire catastrophique : mais ne retenir que cette explication, revient à tout mettre sur les seules épaules du candidat, voire des autres composantes divisées de la gauche plurielle, et pas du tout sur le bilan contradictoire du gouvernement. Là aussi, on trouve nombre de fabiusiens, prêts à tout garder du bilan (revu et corrigé, bien sûr, par Fabius, du gouvernement) et à tout rejeter de la campagne finale.  « On n’allait pas voter pour ceux qui nous ont conduit dans le mur pendant la présidentielle » dit un fabiusien, dans Le Monde du 27 juin, lorsqu’il écarte Jean Glavany, directeur de la campagne de Lionel Jospin, d’un poste de questeur à l’Assemblée nationale. Comme si Laurent Fabius n’était pas, en tant que ministre des finances du gouvernement sortant, responsable de son échec. Et même plus responsable, en tant que n°2, que les autres.

Après avoir défendu les aspects positifs du gouvernement Jospin (comme nous l’avions fait dans les thèses dites « de Nantes » – août 2001 – de la Gauche socialiste) il nous faut donc aussi rendre compte de son aspect mitigé, de ses aspects négatifs importants. Avec la même lucidité, la même minutie.

Pourquoi ce désastre du 21 avril ?  Nous l’avons déjà abordé dans D&S n°95 mai 2002.

 

 

C’est parce qu’il n’a pas réduit suffisamment les inégalités que Lionel Jospin a été battu

 

Parce que tous ces éléments positifs, parce que les mesures sociales mêmes avancées, n’étaient pas à la hauteur des attentes. Elles ne suffisaient pas face à « l’urgence sociale » de notre société minée par deux décennies de crise économique du capitalisme, parce que le cancer des quartiers ghettos, du chômage, avaient ruiné en profondeur nos écoles, nos cités, nos hôpitaux, nos services publics, et il ne suffisait pas, il ne suffit plus de « gérer » du « mieux », une simple politique d’amélioration. Lionel Jospin reconnaissait pourtant souvent dans presque tous ses discours qu’il y avait des « impatiences sociales ». mais leur traitement n’a pas assez radical, assez rapide, assez profond.

Des millions de gens étaient encore plus frustrés, alors que l’on sortait de la crise, qu’on était hors du tunnel, alors que la croissance et l’emploi revenaient, de ne pas en profiter, d’être tenu à l’écart. Leur désespoir était renforcé par le fait que ca allait mieux et qu’eux n’en profitaient pas. Comment peut-on entendre des communiqués de victoire du type : » nous avons fait reculer le chômage de 900 000″ « de 3 % » s’il en reste encore 9 % et qu’on reste parmi les derniers, sans espoir ? Il restait bel et bien 2 millions de chômeurs, 3 millions de temps partiels, 1,5 millions de précaires, 6 millions de « salaires » inférieurs au Smic, et un salaire sur deux inférieur à 8660 F ! Donner l’image d’une société qui avance, prétendre s’adresser aux « couches moyennes » alors qu’un salarié sur deux dans les 97 % d’entreprise de moins de 50 salariés, ne voie rien venir est tout simplement porteur de rage, de frustration, d’exaspération sociale.

La France allait mieux, il fallait le dire pour démontrer qu’on était sorti de la crise, que la croissance était là, que 1 742 000 emplois supplémentaires, étaient créés. Mais cette démonstration positive renvoyait les « oubliés de la croissance » au désespoir.

 

 

La recherche de « l’équilibre » ne fait pas une politique sociale :

 

Il ne suffit plus d’une politique d’amélioration économique avec des effets sociaux, il faut des mesures d’urgence de correction du fossé, de la fameuse fracture sociale qui a été crée, développée, tout au long des années de crise.

Quand on a l’insécurité sociale, la peur du ghetto, la peur d’être licencié, de rechuter dans l’assistance misérable, quand on a peur de la rue, qu’on vit mal, qu’on ne sait ce qu’il adviendra de ses vieux jours, qu’on ne sait comment aider ses enfants, et qu’on entend des communiqués de triomphe, de progrès, qu’on sent que ça va mieux, on ne peut en ressentir que davantage d’amertume.

Ajoutons que la question des sans-papiers avait contribué à la chute de Juppé en étant à l’origine (avec l’aide de Debré, et de sa hache, bien sûr) d’une des plus grandes manifestations d’insoumission civique depuis la guerre d’Algérie ou la lutte pour la libéralisation de l’avortement.

Mais à la recherche de la politique « équilibrée », le gouvernement n’opère qu’une demi-régularisation, il dénie le droit de vote, il sera pourtant dans le programme), il refuse de traiter de l’injuste double peine… Tout cela a coûté certainement un nombre non négligeable de voix de gauche à Lionel Jospin. Dans les derniers jours de la campagne, le candidat s’en est aperçu puisqu’il propose de passer de 10 à 5 ans pour donner le droit de vote aux immigrés et surtout bien tardivement il envisage de«  limiter » la double peine. C’était un peu tard, et c’est même fait avec des restrictions telles que cela mécontentait les partisans convaincus sur ce sujet.

Pareillement lorsque le candidat décide de prendre position pour le droit de vote… à 17 ans (alors que toutes les associations réclament le droit de vote à 16 ans) : le sens de l’équilibre est parfois incompréhensible.

 

 

Faire face aux urgences sociales :

 

Les lecteurs de D&S se souviendront que, dès le début du gouvernement Jospin, nous disions, ca va dans le bon sens, mais pas assez fort, pas assez vite pour réparer les dégâts de la crise, nous affirmions que la priorité devait aller à l’urgence sociale.

Il fallait des mesures plus rapides, plus volontaires pour corriger les inégalités sociales, les 35 h allaient trop lentement et pas pour tous, le Smic et les minima sociaux, n’augmentaient pas autant qu’il fallait. L’état devait redonner à tous le sentiment de puissance, d’intervention qui garantissait l’intérêt général, la redistribution, la régulation du marché et de son cortège d’injustices sauvages.

Regardez les courbes de popularité du gouvernement Jospin sur les dernières années : elles chutent au moment de « l’Etat ne peut pas tout », de la « cagnotte publique », du refus d’interdire les « licenciements boursiers » à Danone… Il y a de l’attente pour les retraites, pour la taxe Tobin, pour le rejet des pressions européennes contre les services publics… et il y avait de l’attente pour un vrai programme socialiste dans la campagne électorale. Hélas…

Dans le bilan du gouvernement, il n’y a pas « trop de 35 h », au contraire, il n’y en a pas assez…

Sur 21 millions de salariés, un sur deux est réellement concerné par les 35 h. Sur ces derniers, un sur trois est satisfait de l’accord 35 h qui s’applique à lui : il y gagne, il y a de l’embauche, parfois même de la hausse de salaire, de la RTT, et de l’embauche… Mais deux sur trois sont mécontents : ils n’y gagnent pas nettement, il y a de la flexibilité, du gel de salaire, pas d’embauche… Tout dépend, s’il y a eu des luttes et des bons syndicats…

Il n’y a pas trop de CMU, d’APA, de hausse des minima sociaux, ils sont insuffisants, trop longs à mettre en place… pas assez partagés : les profits capitalistes énormes de ces années-là ne sont pas suffisamment mis à contribution.

Il aurait fallu faire des transformations de fond, en urgence, radicales, opérer des redistributions réelles et volontaristes de richesses par l’impôt et les salaires : le peuple français ne supportait plus, dans son immense majorité, y compris parmi les couches moyennes minoritaires mais lucides, les inégalités qui le traversent.

 

 

Les mauvais chiffres

Il reste plus de 9 % de demandeurs d’emploi, soit 2 millions de chômeurs officiels mais plus en réalité, probablement 3,5 millions.

Il y a 950 000 CDD, 650 000 intérimaires.

3,5 millions de temps partiels dont 85 % de femmes et 80 % de non qualifiés.

Il y a 6 millions de personnes qui vivent avec moins que le Smic.

Il y a un salarié sur deux qui gagne moins de 8 600 F.

Il y a un salarié sur trois qui gagne moins de 10 000 F.

Il y a 8 millions de salariés qui travaillent dans 97 % des entreprises de moins 50 ans : ils ont le plus d’accidents du travail, de maladies professionnelles, les horaires les plus longs, les salaires les plus bas, le plus de temps partiels, le plus de précaires, les moins qualifiés, les conventions collectives les plus faibles…

Il y a 5 % de la population qui possède 57 % du patrimoine

Il y a 10 % de la population qui possède moins de 1 % du patrimoine.

Il y a 40 000 porteurs de stocks option qui valent 87 milliards.

Il y a 7 % de femmes parmi les cadres supérieurs et 27 % d’écart de salaire en moyenne au détriment des femmes

L’espérance de vie est de 10 ans entre un manœuvre et un cadre.

Il y a 1 650 000 accidents du travail, dont 900 000 avec arrêts, 4 500 handicapés, 750 morts par an, les maladies professionnelles s’accroissent, et les réparations sont insuffisantes.

Seize policiers morts l’an passé, 250 ouvriers du bâtiment tués par accident du travail.

L’insécurité est sociale, un patron sur deux est un délinquant et ne paie pas les heures supplémentaires, un million d’infractions par an au droit du travail.417 inspecteurs du travail… sans flash-ball.
L’insécurité est partout, 8 500 morts par an sur les routes.

La retraite diminue, faute d’être indexée sur les salaires, d’être garantie à 75 %, parce qu’elle est calculée sur les 25 dernières années, et après 40 annuités, alors que deux salariés sur trois arrivent à 60 ans sans être en activité…

Au bilan mitigé s’est ajouté une mauvaise campagne

 

Évidemment, même avec ce bilan mitigé, ces urgences sociales non traitées, chacun peut faire observer qu’il s’en est fallu de 194 558 voix pour que Lionel Jospin soit au second tour, et que nombreux étaient ceux, alors, qui le donnaient gagnant.

C’est vrai. Et ce n’est pas un paradoxe ni une contradiction.

Car, s’il était parvenu au second tour, face à Chirac qui lui-même avait perdu 4 millions de voix, le choix se serait déplacé en faveur de Lionel Jospin : c’était l’honnête homme contre l’escroc, c’était l’aventurier contre le gestionnaire même insuffisamment social, c’était super menteur contre bilan mitigé.

Mais l’offre au premier tour entre 16 candidats dont 7 ou 8 de gauche n’était pas du tout pareille. Lionel Jospin devait obligatoirement, pour passer le cap, motiver sur lui-même, sur son action, pour opérer un effet d’entraînement à la fois autour de son bilan et de son programme pour gagner le maximum de voix et s’imposer par rapport à tous ses concurrents. `

La gauche gouvernementale perdit ainsi 1,6 million de voix, et l’extrême gauche gagna1,9 million de voix, le centre de gravité de la gauche se déplaçait à gauche, démontrant bien à Lionel Jospin les « impatiences sociales ».

 

Ne pas accuser « les autres » :

 

C’est inutile et totalement contre-productif d’accuser l’extrême gauche ou les autres candidats, car, au fond, nombreux furent les électeurs, prêts à voter fermement Jospin au 2° tour mais qui voulaient « donner une leçon », un « signe », indiquer les insuffisances du bilan. Si Olivier Besancenot a atteint 4,5 % des voix ; 70 % de ses électeurs étaient socialistes, et comme, à la différence de LO, il avait laissé entendre qu’il voterait Jospin au second tour, il fut utilisé comme messager…

Un mot sur Jean-Pierre Chevènement : sa campagne fut un des contre-sens parmi les plus dérisoires qu’il y ait eu depuis longtemps en politique. Comme si la République ne devait pas avoir un contenu de classe… Les classes sociales sont plus fortes que les abstractions métaphysiques méprisant le clivage droite et gauche. Espèrons que ce soit le dernier qui tente ce genre d’opérations (bien que régulièrement des « sauveurs » émergent, par-dessus les « camps, » pour tenter ce genre de choses… ils échouent tous, toujours). Et vive la République… sociale !

Un autre mot sur Christiane Taubira : elle proposa de se retirer, mais trop sûrs d’eux, les dirigeants autour de Lionel Jospin refusèrent : « - Mais non, mais non…on aura besoin de tes voix au second tour… ! »

Un dernier mot sur les signatures d’Olivier Besancenot : le responsable du BP de la LCR, Olivier Sabado avait le « contact » téléphonique avec le Parti socialiste, pour « décider » les maires socialistes qui hésitaient à donner leur signature. Avec cette aide, Besancenot a donc pu capter 4,5 % des voix.

Tout cela n’est pas la faute à l’extrême gauche puisqu’on lui a donné les signatures…

Pas plus à Christiane Taubira puisqu’on l’a encouragé à se maintenir…

Quant à Chevènement, Lionel lui garda son amitié officiellement jusqu’au bout…

Pour épargner le PCF, on n’appela pas à voter « utile »…

Et Mamère fut très à gauche sur le fond de sa campagne, et même favorable aux 37,5 annuités pour tous…

Donc, inutile d’accuser « les autres ».

Rappelons aussi que Lionel Jospin lorsque Le Pen met en scène le risque de n’avoir pas ses 500 signatures, prend position pour qu’au nom de la démocratie celui-ci les obtienne. Cela contribue, hélas, à banaliser Le Pen et lui assurera un « retour », un come-back ou, il se fait patelin, et peut donc récupérer des voix de De Villiers et de Pasqua qui se retirent, encouragés par l’Elysée…

Le malheur concentré c’est que Lionel Jospin ne corrigea pas les insuffisances du bilan par une campagne offensive, au contraire.

 

 

Un grand « trou noir » dans le programme du candidat : le salariat

 

La campagne, on le découvre maintenant par de nombreux récits fut préparée comme une campagne modérée dans ses promesses, orientée vers « le centre » et les couches moyennes, d’une part, et vers les exclus d’autre part, avec un « grand trou noir », le salariat. Les conseillers spéciaux comme Laurent Fabius, et les rédacteurs de programme comme Pierre Moscovici tiennent là une responsabilité écrasante.

D’emblée Lionel Jospin commit l’erreur de faire une campagne de second tour, de ne pas présenter son programme comme socialiste (quelle funeste erreur !). Il vida même sa campagne de contenu en cherchant directement et, en premier lieu, à mettre en cause la personne de Chirac et, après une certaine écoute, il déçut. Le slogan « présider autrement » répété sur toutes les images, était sans aucun contenu social.

Quand Lionel Jospin présenta son programme, le 11 mars, c’était déjà tard, et les 44 pages de celui-ci, sans axe fort et central concernant le salariat, n’eut guère d’impact. En 44 pages pour prendre l’exemple le plus criant, il y avait une seule phrase, page 4 sur les 35 h, au passé, sans sens aucun : les conseillers avaient réussi à lui faire croire que les 35 h étaient mal perçues, et à ne pas en parler.

Or 9 millions de salariés (on lit bien : 9 millions, 4,5 millions dans le privé, les 1,1 millions d’entreprises de moins de 20 salariés, et 4,5 millions dans les trois fonctions publiques, territoriale, hospitalière, et d’Etat) étaient concernés pour la première fois par les 35 h depuis le 1er janvier 2002 !

Leur feuille de paie n’a changé pour la première fois que le 30 janvier, au début de la campagne électorale, et l’on ne parle pas d’eux, on ne leur parle pas, ni de l’enjeu, ni de la méthode… Malheureusement plusieurs dizaines de milliers d’hospitaliers sont en grève pendant des semaines pour les effectifs sans recevoir de réponses, des millions d’autres salariés des petites entreprises sont maintenus aux 39 h par leurs employeurs. Le candidat socialiste ne tire pas profit de sa mesure-phare de 1997, et ne propose rien pour l’avenir en matière de réduction du temps de travail. Silence total.

Pire, on l’apprend maintenant : Laurent Fabius, le 7 mars, posait la question « Est-ce qu’on dit des généralités ou est-ce qu’on casse le vase de Soissons ? Dire 40 annuités de cotisations pour la fonction publique, c’est comme dire non à la peine de mort en 1981« . (Libération, 25 juin). Lionel Jospin a d’autant plus de mérite à résister et à botter en touche (on le voit aussi dans le film « Coup de tonnerre ») que son ministre de la Fonction publique lui savonne lui aussi la planche en déclarant le 15 mars dans Le Monde qu’il faut aligner les fonctionnaires par le bas, sur le privé, en les faisant cotiser 40 ans. Lionel Jospin se fera aussi piéger à Barcelone, puisque, traîtreusement son entourage ne l’avertit pas clairement qu’il signe pour « allonger la durée du travail de 5 ans partout en Europe ».

Deuxième funeste erreur, on laisse 21 millions de salariés ostensiblement incertains sur leur sort en matière de retraite.

 

 

La faute majeure en revient à DSK et à Laurent Fabius :

 

Ce sont ces deux-là qui, au début de la campagne présidentielle, tiennent le haut du pavé. Alors que la Gauche socialiste se voit interdire de défendre jusqu’au bout son amendement en faveur du retour aux 37,5 annuités, en janvier DSK sort un livre, « La flamme et le feu », et Laurent Fabius sort des « Notes ».

Tous deux visent la promotion des « couches moyennes », ces mystérieuses « couches » qui semblent boucher tout l’horizon.

Or, la France est sociologiquement facile à analyser : il y a 5 % de la population qui possède 57 % du patrimoine, et de l’autre côté 10 % de la population qui possède moins de 1 % dudit patrimoine. Ou sont les couches moyennes ? 42 % du patrimoine sont possédées par 94 % de la population ! 88 % de la population active est salariée. 12 % seulement de professions libérales et d’employeurs.

L’écart de salaire est situé entre 1 et 2,5 pour l’essentiel. Il n’y a que 3,5 millions de cadres, et seulement 2 % d’entre eux sont des cadres supérieurs, 25 % d’entre eux sont en-dessous du plafond de la sécurité sociale (2300 €  ) environ. 98 % des salaires sont en-dessous de 21 000 F (3200 €  ).

Ni Laurent Fabius ni DSK (leur existence détermine leur conscience), ne « voient » le salariat, principale force sociale productrice de richesse, ils « voient », d’un côté, un mythe des « couches moyennes », des « bobos », des cadres supérieurs, et de l’autre des « exclus » sur lesquels il faut se pencher avec compassion. D’où le programme de 44 pages de Lionel Jospin, il en ressort dans les (cruels) médias, le premier jour : »Zéro SDF ».

À force de ne parler ni des 35 h, ni des retraites, ni de la précarité, ni des salaires, ni des services publics, un grand trou noir fait plonger la campagne de Lionel Jospin, les autres propositions, prennent une forme de catalogue et ne convainquent pas.`Les cinq thèmes, France moderne, forte, juste… ne s’entendent pas, on ne les retient même pas.`

La campagne est tellement centralisée financièrement que les militants ne peuvent produire du matériel dans les sections, il est impossible de prendre des initiatives à la base, dans les fédérations et sections…

Se rajoutent des déclarations de DSK qui laissent penser qu’on est favorables à ouvrir le capital d’EDF de 4 à 5 %…

 

Tout cela conduit au « coup de tonnerre » final.

 

L’insécurité est manipulée en permanence comme thème central de campagne par Chirac : en face, la réponse de Jospin est défensive, et il n’y a pas de « contre axe » central pour détourner le matraquage médiatique des chaînes télévisées au service de la droite. Du 11 septembre à la tuerie de Nanterre, Chirac tape sur un seul clou. Jospin est obligé de réduire sa voilure pour mieux se faire entendre : au lieu des cinq thèmes initiaux, il concentre sur « pour une France plus juste ».

Dès lors, c’est la descente en torche, le candidat gauchit en vain ses propos, il parle certes, enfin, sur les conseils répétés de la Gauche socialiste puis de Pierre Mauroy, des salariés, des ouvriers, des employés. Il ira même jusqu’à citer Marx la dernière semaine. Mais il n’a plus prise sur la grande couche sociale dominante de ce pays, le salariat. Les fonctionnaires sont réservés à cause des 35 h et des retraites, les enseignants sont encore mécontents d’Allègre, les 8 millions de salariés du privé des entreprises de moins de 50 ne sont pas concernés.

Les résultats du scrutin seront là : les exclus ne votent pas, la base traditionnelle de la gauche se divise ou s’abstient en attendant le grand second tour, même des socialistes se portent à l’extrême gauche, et le « gap » se produit, Le Pen (aidé par l’Elysée qui lui donne les signatures et fait se retirer Pasqua et de Villiers) passe devant de justesse.

 

 

Les obscurs, les sans grades, les petits, les métallos oubliés, les ouvriers licenciés…

Le Pen est un fasciste, mais heureusement pour nous, ce n’est pas le cas de la majorité de ses électeurs. À part le vieux lot de l’extrême droite française, intégriste, idéologiquement vichyste, ou Algérie française, et les secteurs de la droite aisés qui l’utilisent eux aussi au premier tour pour contrer au maximum la gauche, il y a des millions de « petites gens » qui se laissent avoir par la démagogie de celui qui joue le rôle explosif anti-establishment.

Les 8 millions de salariés des entreprises de moins de 50, ils n’ont pas d’organisation, de tradition, de syndicats, ils ont des horaires à rallonge, les plus bas salaires, et leur vie d’exploitation est très dure, ils s’abstiennent fréquemment de voter.

Ou ils votent contre le voleur Chirac, contre les riches sans pudeur, contre la mondialisation qui effraie, contre les attentats du 11 septembre, contre les fins de mois difficiles, et la voiture volée ou vandalisée. Les obscurs, les sans-grades, les petits, qui travaillent dur pour presque rien ou qui sont exclus, menacés, ne se reconnaissent pas dans un langage politicien modéré, installé, courtois, professoral. Ils ne croient plus que quelque chose va changer pour eux, donc ils votent « contre », pour le plus fort en gueule et le Pen récolte ainsi les entrailles de la société en crise, du chômage de masse, du cancer des ghettos.

Lui, il donne au moins l’impression de s’adresser à tous ces humbles. Il est certes milliardaire, tortionnaire, fasciste, mais qu’en ont-ils à faire pourvu qu’ils l’entendent crier le plus fort contre les politiciens qui ne s’occupent pas d’eux ?

En vérité, souvenons-nous, c’est depuis que la gauche, pour la première fois, en 1983, a fait un tournant pour la « rigueur », l’austérité, que Le Pen a décollé.

Depuis que la gauche a cessé de jouer son rôle de battante pour la transformation sociale, depuis que des désespoirs en sont nés, que les syndicats ont reculé et les partis aussi…

Tant que les inégalités ne seront pas réduites, les richesses redistribuées, il y aura place pour la progression de ce funeste charognard… La seule façon de la faire reculer c’est de supprimer le terreau sur lequel il prolifère.

 

 

Comparaison des résultats électoraux de la gauche et de la droite de 1978 à 2002 en France

Élections Lég.

1978

Prés.

1981

Lég.

1981

Lég.

1986

Prés.

1988

Lég.

1988

Lég.

1993

Prés.

1995

Lég.

1997

Prés.

2002

Lég.

2002

1ers tours

pre inscritsppp

% des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits % des inscrits
exprimés 81,7 79,8 69,9 75,1 79,7 64,7 65,7 76,2 65,1 69,2 63,0
total gauche

(+ extr. g.)

42,7 40,4 39,6 34,2 39,2 31,9 27,7 30,9 30,1 29,7 26,1
total droite

(sauf extr. dr.)

38,2 39,3 30,0 33,5 29,1 26,1 28,9 33,6 23,3 22,0 27,5
total

extrême droite

0,6   0,2 7,5 11,5 6,4 8,5 11,4 10,0 13,3 7,8
total droite

+ extr. droite

38,8 39,3 30,2 41,0 40,6 32,5 37,4 45,1 33,3 35,3 35,4

 

Sources : ministère de l’Intérieur pour les présidentielles et Dominique Reynié du CEVIPOF (Sciences Po) pour les législatives.

 

 

Identification à la gauche et à la droite en France selon l’âge

 

âges de 18

à 34 ans

de 35

à 50 ans

ensemble de 18

à 50 ans

50 ans

ou plus

ensemble

des citoyens

ni gauche ni droite

en % des réponses

40 32 37 26 32
exprimés 100 100 100 100 100
« de gauche »

en % des exprimés

63 66 64 51 59
« de droite »

en % des exprimés

37 34 36 49 41

 

Sources : Gérard Grunberg & Anne Muxel in La démocratie à l’épreuve, presses de Sciences Po, 2002

 

 

Marianne :

lundi 17 juin, sous le titre  « la suite dans la rue ? « 

Résume de bonne façon la nouvelle assemblée :

« L’UMP : 33 % des suffrages au premier tour, = 65 % des sièges ! Ce que l’on peut exprimer autrement : l’UMP + DL + UDF + divers droite + RPF + MPF = 39 % des suffrages = 68 % des députés

Le PS + divers gauches + le PCF + les Verts + l’extrême gauche + le Pôle républicain = 39,9 % des voix = 31% des députés.

L’UMP + les divers droites = 10 millions d’électeurs = 24 % des inscrits : majorité absolue au Parlement

30 % des voix vont à des partis qui n’ont aucun groupe parlementaire

36 % des inscrits déterminent 90 % des députés.

Le Pen + Megret + Besancenot + Laguillier + Saint Josse + Lepage + Chevènement = 42 % des voix à la présidentielle = 0 siége

L’extrême gauche a en France, au total, en chiffres absolus, autant de voix que Tony Blair élu de justesse, minoritaire en voix, en un seul tour, et avec une abstention encore plus forte…

53 % de la population est féminine et il y a 11 % de femmes élues… 68 élues sur 577 députés… aucun musulman, aucun noir, aucun arabe, aucun salarié du privé, seulement un patron. »

Sérieusement, on peut parler de démocratie sans proportionnelle ?

 

 

 

34 716 signes….


 

Masques à l’envers

Un inspecteur du travail a trop bien fait son travail : il a demandé en référé des masques le 15 avril 2020, cinq mois avant que le gouvernement convienne qu’il fallait en porter dans les entreprises.

Le patron de la Marne qui employait des femmes de ménage sans masque, et qui s’est plaint d’Anthony Smith en avril auprès de la Dirrecte et de Muriel Pénicaud a fini par l’emporter à contre temps en plein été puisque le 15 août, l’inspecteur est sanctionné et déplacé d’office par Elisabeth Borne.

La CGPME s’oppose aux  masques de façon obligatoire : les patrons ont toujours trainé la patte quand il fallait protéger leurs salariés. Ils ne veulent pas payer le coût de la prévention, de l’hygiène et de la sécurité. Le Medef refuse des « mesures trop coercitives »

Elisabeth Borne « préconise », « recommande » sans sanction légale : elle veut que les patrons soient « plus vigilants » d’eux-mêmes et modulent la sécurité dans leur entreprise.

Dans le bâtiment, s’il n’y avait pas obligation de mettre des gardes corps et une inspection du travail pour contrôler et sanctionner, le nombre de chutes mortelles ne cesserait d’augmenter.

Face au virus : refuser de protéger autrui c’est le mettre en danger.

Or le gouvernement donne des signaux à l’envers :  pas d’obligation systématique pour les patrons et sanction pour l’inspection.

La gratuité des masques s’impose, il s’agit d’ « équipements de protection individuelles » (EPI) au sens du Code du travail.  Dés lors, que les patrons paient !

Mais sans contrôle de l’inspection du travail ni sanction, alors que la pandémie menace toujours, le principe de précaution sera violé.

Ca vaut pour les licenciements : pas d’obligation, pas de contrôle préalable de l’inspection alors que les chefs d’entreprises en profitent pour plus de 475 plans sociaux  recensés, alors que le gouvernement leur distribue des milliards pour survivre face à la crise sanitaire.

Là aussi le gouvernement, complaisant avec le patronat, marche à l’envers.

Gérard Filoche

 

lire l’Humanité dimanche chaque semaine, chronique gérard filoche « au boulot n°504, 10° année