2016, il y a 10 ans le PS vote pour des grandes primaires de toute la gauche

 

On est en janvier 2016 et le chômage augmente toujours, et les promesses du discours du Bourget de 2012 ne sont pas tenues.

 

Dés le début de cette année nous sommes conscients que le temps joue contre nous : Hollande était tellement discrédité qu’il faut hâter sa mise au rencard afin de promouvoir une solution alternative avec un autre candidat unitaire à gauche.

 

Sinon on perd tout. A coté de ce qui s’annonce, la défaite de 1993 paraitra légère. Nous sommes arrivés, joyeux, au PS après cette défaite, mais tristement, nous ne pourrons pas rester après celle-là.

Alors, à la fois, on va batailler pour que des grandes « primaires » dégagent Hollande ou Valls, et imposent un seul candidat de toute la gauche,  et surtout on va œuvrer de touts nos forces à développer le mouvement de masse unitaire contre la loi El Khomri !

En même temps, à notre niveau, on anticipe : ayant compris qu’ils liquident le PS, on ne veut pas se laisser surprendre, ni abattre. Puisque ni Hamon, ni Maurel, ni Lienemann, ni Montebourg, ne veulent construire une équipe commune, on va créer, puis rattraper notre retard de projet organisationnel, développer le club «  GDS »  « Gauche démocratique et sociale » en lançant une nouvelle formule de « D&S » (notre but est, en premier, de rassembler toute la gauche socialiste, mais si tout éclate et échoue, de regrouper nos camarades et partisans). On crée un logo, un nouveau site www.gds-ds.org. On rajeunit : Jean-François Claudon, docteur en histoire, jeune et brillant intellectuel, militant acharné, prend la direction de notre revue D&S : c’est une tâche énorme, il va en faire, avec l’ami imprimeur maquettiste, Jacques Girma, une des meilleures de toute la gauche. Eric Thouzeau, conseiller régional, reconnu à Nantes, nouveau retraité, s’engage encore plus et prend en main l’impulsion du courant. Toute l’équipe, autour se soude, s’étoffe. On consolide notre système de cotisation, notre coordination par conférences téléphoniques régulières et bientôt on tiendra des réunions nationales mensuelles pour élaborer, discuter, affiner, coordonner les actions.

Ils détruisent le PS ? On ne se laissera pas faire, on n’a pas fait tout ça pour rien.

Nous sommes convaincus que sans primaires, il y aurait floraison de candidats. Mais pour gagner face à Le Pen qui sera au 2° tour, il n’en faut qu’un dés le premier tour.

S’il y a deux candidats de gauche, ce sera mécaniquement un deuxième tour « droite extrême droite »

 

Nous ne sommes pas des « fanas » des primaires pas plus que du présidentialisme, mais il faut faire du « concret dans une situation concrète ».

Nous ne voyons aucune autre solution pour qu’il n’y ait qu’un seul candidat, que d’organiser des « grandes primaires de toute la gauche ».

Nous n’ignorons rien des vices et aléas des « primaires » mais nous escomptons que des millions d’électeurs de gauche voudront choisir leur candidat plutôt que de perdre, et qu’ils écarteront les candidats sociaux-libéraux pour lesquels ils ne volent plus depuis 2014.

Et quelque soient les vices et aléas, choisir à plusieurs millions c’est mieux que de choisir à quelques dizaines dans le huis clos d’un bureau national. Choisir à plusieurs millions c’est même vider – un peu – le présidentialisme de son caractère bonapartiste.

 

 

Soit Hollande s’y présente et il sera battu.

Soit il ne s’y présente pas et le candidat en meilleure position pour l’emporter devient alors Jean-Luc Mélenchon.

 

Mais encore faut-il que Melenchon soit rendu suffisamment légitime pour que toute la gauche se rassemble derrière lui. C’est le seul moyen pour lui, de conquérir ceux qui ne sont pas ses partisans de premier rang.

 

Le processus des primaires permet d’associer toute la gauche démocratiquement à la candidature Melenchon, et de la « construire », unitairement comme étant  en tête  au premier tour et rassembleuse au deuxième.

La gauche socialiste, plus de 30 % du PS, votera évidemment pour lui.

Désigné en deux tours, par un puissant arc de force allant de la gauche socialiste à tout le reste de la gauche (EELV, PCF, NPA…), Mélenchon pouvait incarner la dynamique nécessaire pour effacer la trahison du quinquennat et ne pas laisser le champ libre à un duel droite-extrême droite.

 

Telle est notre analyse et notre projet.

 

Pour cela, il ne faut pas de concurrent, pas de division.  Sinon la gauche est éliminée dés le premier tour.

Si ça se joue entre la droite et l’extrême droite, les conséquences anti sociales seront terribles, comme après le 21 avril 2002.

 

Certes Lutte ouvrière nous répond que la droite et la gauche, c’est pareil, mais tout le monde sait que ce n’est pas vrai.

 

L’article 5.3.1 des statuts du PS nous donne prise, il impose des primaires citoyennes :

 

« Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la Gauche et co-organisées par les formations politiques qui souhaitent y participer (…)

Les Français sont disponibles pour un projet optimiste et des horizons constructifs. Les primaires citoyennes sont nécessaires et désirables. C’est la seule voie pour la gauche afin de prévenir le naufrage que nous redoutons lors de l’élection présidentielle de 2017. »

Ces statuts ligotent Hollande, ses partisans et le PS.

 

La motion B se prononce pour des primaires :

 

« La défaillance démocratique nationale, les renoncements accumulés à l’épreuve du pouvoir, et surtout les situations concrètes vécues par des millions de Français rendent périlleuse cette période.

Doutes ou révoltes, dépression collective et abstention s’enchaînent: notre pays ne peut se laisser ainsi enfermer et répondre par un repli défensif, sécuritaire et identitaire.

La France, c’est bien autre chose, pour nous-mêmes et pour le monde : c’est d’abord une ambition de transformation de la société.

Nous nous réjouissons des initiatives récentes qui plaident pour l’organisation des primaires. Elles sont généreuses et ambitieuses. Elles doivent être entendues et soutenues. Elles font résonner un même cri d’alerte : la démocratie est en grand danger d’appauvrissement. La Vè République est à bout de souffle.

Nous croyons possible un mouvement venu de l’intérieur de notre peuple, balayant les conformismes et l’impuissance. Cette grande respiration est indispensable. Elle doit engager des millions de citoyens dans des débats locaux, dans les quartiers et les villages. Ces primaires pour 2017 sont d’abord  des primaires pour des idées nouvelles. »

Hollande ne doit pas être notre « candidat naturel »

 

Mon intervention en BN du PS lundi 25 janvier 2016 :

Bonjour, je suis le premier à parler, mais je dois partir tôt ce soir, nous sommes moins nombreux que la semaine dernière, et pourtant cette question de la déchéance de la nationalité qu’en savons nous ? Rien. Pas plus que les 4 et 18 janvier, nous n’avons pas voté au BN, la semaine dernière, cela nous a été refusé, alors qu’au moins 98 % du BN était contre.

Le premier secrétaire a rencontré le Président vendredi dernier mais que savons nous ? La seule réponse catégorique a été faite par Sarkozy sur le perron de l’Elysée, affirmant que la déchéance de nationalité pour les binationaux restait prévue, à inscrire dans la Constitution. Mais alors à quoi servons-nous ?

A quoi servons nous ?

Jean-Christophe, tu avais dit que le parti devait « anticiper », étudier en amont les dossiers, donner son avis, peser… mais là, on ne pèse même pas  en aval ! Rien à faire, on assiste médusés, à la déchéance de la nationalité, à la casse des 35 h, à la casse de la majoration des heures supplémentaires, à la mort du Code du travail en tant que tel. Enfin, Jean-Christophe, toute ta vie politique, comme l’essentiel de nos combats, sont désavoués en ce moment !

Alors Guillaume (Bachelay), ce n’est pas à toi, ni à ton rapport, ni à ta personne que je m’en prends, mais à quoi ça sert de nous lancer dans une rédaction collective des « cahiers présidentiels » pour 2017 et de travailler comme si de rien n’était à un futur programme alors que l’ancien de 2012 est foulé aux pieds, n’a servi à rien, et à même été délibérément trahi sur tous les points, on a en tête tous, les images du travail du dimanche, de Mittal, de Goodyear, des 35 h, du 49-3 et de dizaines de sujets où le président disait exactement en 2012 tout le contraire de ce qu’il fait aujourd’hui.

On ne va pas ensemble préparer une campagne 2017 sans savoir si les 35 h seront brisées ou confirmées. Et il faut être clairs : il n’y a pas de « candidat naturel ».

Hollande n’est pas notre « candidat naturel »

Dites-lui, il ne faut pas qu’il soit « notre » candidat.

Il va nous faire perdre.

Ce n’est pas à un ministre désigné par lui de le « nommer » « candidat naturel » sans même les primaires prévues par nos statuts.

Et sans qu’on fasse bilan.

Et sans qu’on fasse programme.

D’ailleurs est-ce avec « toute la gauche » ou est-ce que le « referendum » pour l’unité à gauche (que tu as toi même voulu organiser il y a à peine trois mois sur les  marchés Jean-Christophe Cambadelis) est déjà du passé…

Parce que aujourd’hui l’évènement c’est à Davos : Manuel Valls y annonce que les 35 h sont « dégoupillées »… comme il l’avait annoncé minoritairement il y a 5 ans.

Le ministre Macron nous tape dessus à chaque intervention : il s’affiche à Davos aux côtés de son ami le mafieux et méprisant Travis Kalanick qui dirige Uber, viole nos lois, fraude nos impôts, détruit illégalement les droits des taxis. Il explique qu’il faut appauvrir les salariés pauvres et ne plus leur payer d’heures supplémentaires majorées. Qu’il faut « travailler plus sans gagner plus ». Alors que les marges des entreprises sont reconstituées comme jamais. Alors qu’il a été donné 41 milliards de CICE au patronat qui supprime chaque jour des emplois.

L’un comme l’autre, Valls et Macron, contre toutes les traditions de toute la gauche, contre toute l’histoire du progrès social, s’apprêtent à mettre fin à la durée légale du travail aussi bien de 35 h que de 48 h, y compris à la durée annuelle « oubliée » de 1600 heures.

Il y aura mille codes, autant d’accords que d’entreprises et pas de droits universels, le règne des dérogations et le renversement de la hiérarchie des sources de droits sont consacrés.

L’exploitation à la carte sans état de droit.

Sarkozy avait essayé déjà cela, il y a 5 ans. Il avait permis que soit abaissé par accord le taux des heures supp’ de 25 % à 10 %, appauvrissant les salariés soumis à des heures supp’ – Fillon et lui avaient envisagé un « taux zéro » alors, mais ils y avaient renoncé car même eux savaient que les esclaves quand ils travaillaient plus, avaient droit à un « bonus ».

Les 35 h, ça n’est pas du tout une limite à la durée du travail, hélas, ce n’est QUE le seuil de déclenchement des heures supp’.

Et là le rapport Badinter, prévoit une « compensation » à la place d’une « majoration » des heures supp’, ce qui indique que le taux zéro est plus qu’envisagé, il est déjà dans le préambule du futur non-code du travail.

Où en sommes nous en tant que parti si nous laissons casser les 35 h, vous imaginez ce que cela signifie historiquement ?

La loi la plus avancée que nous avons conquise avec toute la gauche ?

La seule loi qui ait vraiment fait baisser de façon incontestable le chômage de masse en 40 ans ? Les 40 h, les 39 h, les 35 h c’est la gauche et on doit aller vers 32 h et 30 h vite car le chômage monte chaque jour et 400 000 jeunes vont arriver sur le marché du travail chaque année jusqu’en 2030 au moins…

Encore que l’an passé il y ait eu 50 000 naissances de moins (à cause des mesures contre les allocations familiales ?) et 40 000 morts de plus (à cause du recul de l’âge de départ en retraite, du coût des soins pour les catégories pauvres, de l’absence de moyens contre la canicule ?)

Mais ce n’est pas le modèle de société que nous voulons, n’est ce pas ? Nous voulons un partage du travail et pas une « élite salariée » et une nébuleuse d’auto-entrepreneurs autour, comme disent Attali et Macron.

Cela fait cent ans que l’on construit un droit du travail, des salariés, pour les protéger, dans une relation inégalitaire des pressions dangereuses pour leur santé, leur emploi, leur vie, c’est à dire les protéger de la rentabilité,  de la compétitivité, de la productivité.

Sommes-nous surs de l’ensemble de ces choix réactionnaires dans lesquels nous nous engageons contre toutes les traditions de notre parti ?

Cent ans d’histoire de notre parti et surtout du droit social se jouent. Est-ce que nous ne pouvons pas dire stop à l’exécutif, lui dire que nous ne voulons plus aller à contre-sens, que nous voulons rester socialistes et à gauche ?

Et sinon en 17 nous n’aurons plus que le choix entre LR et FN au 2° tour ?

Et sinon, on ne rassemblera pas la gauche, on l’emmènera toute entière à l’abime ?

Cambadélis me répondit pour une fois :

«  – Tu me vois, moi, aller voir le président et lui dire qu’il ne faut pas qu’il se représente ?

- C’est exactement ce que je te demande de faire,  et le plus vite possible pour le bien du parti que tu diriges ».

Cambadelis, car la main est perdue, le PS est à la traîne,  va louvoyer tout au long de 2016 entre « grande primaire » (janvier à septembre) et « petite primaire » (septembre à décembre) tout en défendant une  « Belle alliance » (de janvier à décembre).

 

La grande primaire de toute la gauche est elle destinée à faire désigner Hollande ?  Très vite beaucoup, pas seulement nous, en doutent, il ne peut en aucun cas y être élu.

A défaut, la « petite primaire » restreinte autour des seuls socialistes, revient à resserrer le cercle des candidats et à ce que l’appareil soit obligé de soutenir Valls.

La « Belle alliance » est une tentative brinquebalante, à la fois de sortir le PS de l’isolement dans lequel il tombe, à la fois de le dépasser, d’en refaire la façade « progressiste » prête à toute combinaison. Mais aucun « partenaire » ne s’y prête,  aucun contenu attractif n’est donné.

Aucune chance.

 

Parallèlement, Macron fait campagne, mais à ce moment-là, nous n’y croyons pas ! C’est Alain Juppé à droite qui tient la corde face à François Fillon. D&S dans son éditorial d’avril 2016 balaye Macron : « le propos vide de tout contenu social de cet OVNI libéral est affligeant. Lancer une éventuelle campagne en s’affichant dans Paris-Match et dans Gala n’est qu’un signe de cette vacuité. »

Nous refusons d’imaginer, à ce stade là, que l’establishment capitaliste, médiatique et financier va lui donner 16 millions d’euros et lui accorder 300 « une » de journaux pour lui permettre de remplacer les champions de la droite qui se seront éliminés entre eux

 

Le 21 janvier 2016  : unité de toute la gauche ou non ?

Tout va se jouer là ce soir là.

 

Il se tient une réunion informelle de toute la gauche convoquée par différents canaux, semble t il à l’initiative du Parti communiste.

Ca se passe dans une salle du 20 ° arrondissement, une arrière salle de café théâtre, pas très éclairée, il y a des tables rondes de jardin en fer et des chaises du même type.

 

On est plus d’une quarantaine, en différents cercles autour des tables, et si ma mémoire est fidèle, (il n’y aura jamais de compte rendu) absolument toutes les sensibilités de la gauche sont représentées au plus haut niveau : Cécile Duflot, Julien Bayou, Marie Georges Buffet, Pierre Laurent, Clémentine Autain, Olivier Besancenot, Sandra Demarcq, Pierre Khalfa, Willy Pelletier, Annick Coupé, Alexis Corbières, Jean-Luc Mélenchon, Eric Cocquerel, Danielle Simonnet, Christian Picquet, Jean-Claude Mamet, Francis Sitel, Jean-Francois Pelissier, des syndicalistes de la CGT des Banques, de Solidaires, Attac, Copernic, PCF, EELV, Parti de gauche, NPA, Ensemble…

 

Le but est simple : peut on se mettre d‘accord entre nous sur des modalités de désignation d’un  seul candidat de gauche pour la présidentielle de 2017 ?

 

L’échange est long et tous les points de vue s’expriment. Je défends la position de ma motion « B » : « des grandes primaires ouvertes  en deux tours, et un engagement au respect du candidat désigné. Des modalités décidées et contrôlées en commun. »

 

L’opinion de tous les participants successifs est favorable jusqu’à ce que Jean-Luc Mélenchon s’y oppose.

Son ton se veut brutal, cassant définitif :

« - Pas de primaires, c’est un piège, je suis candidat, je sais faire, il faut en être capable, j’ai déjà fait, il faut savoir, ça ne s’improvise pas, ni l’argent, ni les moyens. »

Cet homme vient de fixer le sort du pays en même temps que sa propre défaite.

Sans doute pense t il que la droite gagnera, que c’est foutu, et qu’il lui faut seulement se réserver et prendre le leadership de la gauche pour le coup suivant : horizon 2022.

 

Il y aura beaucoup d’autres réunions presque hebdomadaires, – et jusqu’en septembre 2016 – notamment au café « Le lieudit » en haut de Ménilmontant et en dessous de la Bellevilloise, mais jamais Mélenchon n’y reviendra, il sera représenté par d’autres comme Cocquerel  ou Corbiére qui feront toujours barrage à l’idée de primaires et contre une quelconque forme d’accord unitaire pour une candidature unique.

Nous déduirons de ces nombreux et durables échanges qu’en fait, ils croient l’élection perdue d’avance, dont leur objectif n’est pas d’être premiers dans le pays, mais premiers à gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon, sans nous prévenir davantage, se présente individuellement et « se propose » comme candidat au journal de TF1 le 10 février 2016 : « l’intérêt général doit prévaloir »,  il veut incarner « la France insoumise et fière de l’être »

Dans blog, il écrit : « Il faut penser cette campagne comme on penserait un mouvement social en train de construire un rapport de force »

En fait il démarre sa campagne politique.

Nous, nous démarrons la campagne de masse unitaire contre la loi El Khomri.

 

 

Jean-Claude Branchereau l’écrit dans D&S mars 2016 n°233 :  « En un mois, la situation politique a changé. La loi anti-travail devient le catalyseur d’un ras-le- bol accumulé. « Trop, c’est trop ! », telle est la formule qui fleurit sur les pancartes brandies par des milliers de manifestants, le 9 mars. Du million de signatures obtenues en 15 jours par la pétition en ligne à la tribune (co-signée – trop tard – par Martine Aubry) et aux mobilisations du 9, du 10 et du 17 mars, en attendant celles du 22 et du 31, il s’agit d’un grand et même mouvement qui se dessine ».

 

 

Cette loi incarne un recul d’un siècle du droit du travail. Avant  il fut décidé d’adapter les entreprises aux besoins des humains. Avec Hollande Valls Macron El Khomri, on en revient à l’adaptation des humains aux entreprises.

Tout est concentré dans l’article 1 de la loi.

 

Rupture théorique, juridique, historique, pratique avec un siècle de code du travail

BN du PS lundi 7 mars 2016  :

Ce jour là, la nouvelle ministre vient en personne nous présenter sa loi. Comme si le PS avait  la puissance d’en discuter ! En fait la majorité du congrès de juin 2015 du PS elle-même avait voté « non à l’inversion de la hiérarchie des normes » et pourtant El Khomri venait lui dire qu’elle allait quand même « inverser la hiérarchie des normes ».

Comme quoi ce n’est pas « la faute au PS » c’est la faute à Hollande.  

Le parti majoritaire à l’Assemblée et au gouvernement pouvait « aller se faire voir » : dans la V° République c’est l’Elysée qui décide, pas la démocratie.

Ce soir là, le 7 mars, il y avait beaucoup de journalistes, beaucoup d’impatiences, et de notre côté, de colère.

Myriam El Khomri débute son propos en expliquant qu’elle « était fière que la nouvelle loi porte son nom ». Il n’y avait pas de quoi, elle même était réduite au rang de porte-parole fantoche parce qu’en vérité Valls et Macron s’en étaient disputés la paternité.

Ils avaient même omis d’y associer Laurent Berger et sa direction CFDT, lequel s’en plaignait et leur fit même un petit moment, limité, d’opposition. Ils avaient même déjà agité le « 49-3 » pour bien faire comprendre aux députés de la gauche, qu’il la leur imposerait coûte que coûte.

 

Aussi commencé-je :

 

« Myriam, j’ai noté que tu tenais à ce que cette loi porte ton nom.

Je te trouve bien courageuse !

Personne n’avait demandé cette loi.

Aucun syndicat, aucune force sociale n’était demandeuse.

Personne n’en avait exprimé le besoin, puisque que chacun sait que cela n’a pas de rapport avec l’emploi.

Sauf  Pierre Gattaz pour le Medef qui a déclaré en août 2015 « Le code du travail est l’ennemi n°1 des patrons ». Juste avant que ce projet de loi ne soit mis en route.

Pourquoi donc cette loi ? Ce n’est pas clair.

L’OCDE l’explique, il n’a été prouvé nulle part que la modification des codes du travail avait des effets positifs sur l’emploi.

Le président Hollande, a dit dans l’avion qui l’emmenait vers le Pacifique, le 21 février, que ce n’était pas tant pour l’emploi, que « pour un nouveau modèle social ». C’est un des intertitres de la loi.

Quel modèle social ?

Notre parti socialiste n’a jamais parlé de cela. On n’a jamais discuté ici d’un « modèle social » nouveau à propos du changement du code du travail.

D’où ça vient ? Qu’est ce que c’est ?

Notre parti a toujours défendu le code du travail contre la droite. Nous avons célébré le code du travail menacé lors de son centenaire en 2010, affirmant combien il était précieux pour les travailleurs.

Notre parti avait, dans son « Projet » 2011, promis de « reconstruire le code du travail » pas de l’affaiblir.

Notre parti avait vigoureusement combattu la « recodification » faite par la droite de 2004 à 2008  par ordonnance.

Car dans ce pays, il y a une mémoire de poisson rouge quand il est question du code du travail, mais en fait, il a été totalement ré écrit, allégé, simplifié de décembre 2004 au 1er mai 2008 sous la direction du même J.-D. Combrexelle qui officie à nouveau aujourd’hui.

Il lui a été enlevé 10 % de ses signes, 1,5 million de signes en moins, un livre sur neuf, 500 lois ont été retirées sur 1150, mais les lois restantes ont été re-divisées et renumérotées en 3850 lois.

C’était le moment où Villepin imposait le CNE (une période d’essai de 2 ans) cassé plus tard par l’OIT.  Puis le CPE cassé par la mobilisation de la jeunesse et les syndicats.

Il s’agissait déjà de licencier plus facilement, plus longtemps et sans motif.

Gérard Larcher était en faveur de ça : il avait déclaré : « Il y en a assez que les ayatollah de la Cour des cassation donnent des interprétations salafistes des temps forts du code du travail ».

Laurence Parisot avait dit « la liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail ». Et « La vie, l’amour, la santé sont précaires pourquoi le travail ne le serait-il pas ? »

Chirac avait promulgué le nouveau code en pleine campagne présidentielle en mars 2007, sans que personne ne s’indigne, sauf tous les syndicats. La droite avait crié victoire.

Le Sénat avait ratifié les 994 pages format A4 le 23 septembre 2007 en 20’. L’Assemblée nationale l’avait ratifié en 8 h malgré notre forte résistance nos amendements et notre refus, le 4 décembre 2007. En mai 2008 la droite avait crié victoire, affirmé que le code était simplifié, diminué, ré écrit lisiblement !

Nous socialistes, avons combattu tout ça !

Ils l’ont fait !

« La preuve du pudding » c’est qu’on l’a déjà mangé : depuis 2008 cela n’a donné aucun emploi, cela n’a servi à rien sinon à complexifier le droit dans les entreprises en faveur des patrons, pas des salariés.

« Il faudra des mois voire des années pour que le nouveau code révèle tous ses secrets » et « cela sera un effort colossal pour les usagers », avait expliqué le préfacier de ce nouveau code dés 2007.

Voilà qu’on veut à nouveau nous faire manger le même pudding, avec le même Combrexelle, pourquoi ?

Il n’y a pas eu concertation.

Même Laurent Berger affirme que c’est la première fois depuis trois ans qu’on lui présente un texte tout écrit avant d’en discuter avec lui ! Ce texte est un coup de force menacé de 49-3 par Manuel Valls depuis la première heure, avant que tu aies fini de le voir écrit  !

Pourtant la loi elle même affirme qu’il doit y avoir concertation avant que pareil projet vienne au Parlement.

Qu’est ce qui justifie cet empressement, ce viol de la loi, dans la façon d’imposer pareil bouleversement dans le code du travail ?

Car il s’agit d’une casse d’un siècle de code du travail depuis 1906 et 1910. La catastrophe de Courrieres 1906 a marqué notre histoire sociale avec la mort de 1099 mineurs. Le patron avait imposé de reprendre le travail avant qu’on n’ait retrouvé tous les survivants. Treize jours après, 14 survivants étaient pourtant ré apparus. L’indignation avait été telle qu’il avait été décidé de créer le ministère du travail  afin qu’il échappe aux exigences du ministère de l’économie. Et il a été fait un code du travail pour assurer la protection des salariés contre les exigences des entreprises, de la rentabilité. Le code du travail a été érigé pour défendre les droits, la vie des salariés contre les contraintes économiques. Il s’agissait de défendre les humains au travail, non pas de les soumettre aux exigences des entreprises. Rendre le travail humain ou rendre les humains soumis au travail : c’est un choix depuis cent ans. Et le président Hollande inverse ce choix, opère une contre-révolution conceptuelle quand il déclare contre ce siècle d‘histoire « on va adapter le droit du travail aux besoins des entreprises ».

Tout ce qui mérite le retrait de ton projet de loi, Myriam, est dans l’article 1 du préambule libéral de Badinter : celui qui dit que  dans cette usine à gaz, « les droits et libertés fondamentales »… sont soumis… au « bon fonctionnement des entreprises. »

Tout ce qu’il ne faut pas est concentré là.

C’est une rupture théorique, historique, juridique, et pratique avec un siècle de notre histoire sociale, de tous nos combats socialistes.

Mais aussi avec le droit international. Car le droit du travail est un des droits de la femme et de l’homme au travail.

Il relève de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, de la charte fondamentale des droits humains en Europe de 1999, des conventions de l’OIT, N° 81 ou 158 par exemple.

D’ailleurs si nous sommes affiliés à l’OIT, organisation internationale du travail, c’est parce que nous tendons à ériger un droit universel des travailleurs, c’est parce qu’il s’agit d’un droit fondamental, planétaire et non pas d’un droit qui se négocie boutique par boutique, dérogation par dérogation, exception par exception, sous la houlette du patron local.

Quelle erreur de vouloir rendre prioritaire un droit contractuel, aléatoire, entreprise par entreprise, au détriment des droits humains !

On devrait combattre de toutes nos forces pour un  droit du travail universel pour tous les humains, non ?

Cette usine à gaz est étrange, un ordre public qui n’est plus un ordre public, qui n’est plus chiffré, mais éthéré, qui met sur le même plan contrat civil, contrat commercial, et contrat de travail, la « personne » et le « salarié », le salarié » et l’indépendant « ubérisé ». Un « compte personnel d’activité » contre les droits collectifs, une « Carte Piégée d’Assisté ». Le code qui n’est que de 675 p. de lois, sera compliqué, alourdi, par votre ré écriture à trois niveaux :

- 1°) ordre public social vidé de contenu,

-2°)négociation permanente tout azimut de contrats individualises de travail ou commerciaux entreprise par entreprise, ça fera des dizaines de milliers de code concurrents (« ne cherche pas un patron cherche des clients » vient de dire Macron aux jeunes !)

- 3°) les lois seront ensuite des voitures balais, supplétives

Tout devient négociable négociée dans une relation soumise, d’employé à employeur, même les droits sacrés dans la vie intime comme les congés en cas de décès.

Puis restent des lois supplétives, de second rang, au cas où la négociation aurait été insuffisante ou maladroite de la part de l’employeur.

Les millions de salariés ne le mesurent pas forcément encore, mais leur vie sera brisée par cette loi.

Comme la hiérarchie des normes est renversée, le principe de faveur est mort.

Tout est fait pour que le rapport de force entreprise par entreprise l’emporte sur les branches, sur le national, sur la loi, c’est l’organisation d’un dumping social entre chaque entreprise, au moins disant social.

Le Medef veut remplacer la « subordination caractéristique du contrat de travail » avec contrepartie en code du travail, par…  la « soumission librement consentie » (compliance without pressure) sans contrepartie.

Et là, tout y passe. J’ai fait une étude critique de chaque article, J’avais demandé à ce que cela soit distribué aux membres du BN par JC Cambadelis, mais apparemment il ne l’a pas fait. Cela serait pourtant très utile d’entrer dans les détails car le diable est là.

Savez vous qu’il sera possible à un patron de décider du premier jour ou commence la semaine : vous ici vous croyez naïvement que la semaine commence le lundi ? Hé, bien non, l’arbitraire de cette loi est tel qu’il permet au patron d’imposer un accord ou la semaine commence par exemple le mercredi.

Pourquoi ?

Le BHV a Paris a soumis aux syndicats de faire commencer la semaine le mercredi, comme ça le dimanche est le 5° jour et il n’a pas a être majoré, et le repos compensateur, n’a pas à être payé, la loi ne le dit pas.

Il n’y a pas de limite à la recherche de profits et de dividendes, et la nouvelle usine à gaz, loi El Khomri, permet de lever ces limites, comme avant 1906.

Et il sera possible par referendum de casser, diviser, affaiblir la majorité syndicale des salariés. Comme à Smart, dans la prospère usine de Daimler, à Hambach, en Moselle, le patron impose un referendum illégal pour faire travailler 39 h payées 37 au lieu de 35. Ce qui menace le Smic. D’ailleurs j’aimerais avoir l’avis de la ministre sur ce coup de force.  56 % des personnels avec les cadres cèdent à ce chantage violent, mais 62 % des ouvriers refusent, les syndicats majoritaires, là bas CFDT et CFDT s’y opposent. Alors les patrons font signer sous un chantage terroriste à l’emploi, à 90 % des salariés un contrat individuel qui impose leur coup de force.

Qu’en dis tu ? Parce que les syndicats majoritaires sont élus avec un quorum ! Il y faut une majorité de voix. C’est du solide.

Et la loi que tu défends donnerait le pouvoir à des syndicats minoritaires à 30 % de demander la complicité du patron pour faire un referendum qui remettrait en cause la majorité des syndicats. Un referendum sous chantage sous pression et sans quorum.

Tu dis que cette loi lutte contre la précarité, les CDD des jeunes ? Mais ou ? Ou ?

L’ANI du 11 janvier 2013 et la loi Sapin du 14 juin 2013 prétendaient déjà lutter contre les CDD en les taxant, exceptionnellement et modérément, seulement de 0,5%, 1,5 et 3 %, j’avais déjà dit que cela échouerait, qu’il fallait soit des majorations draconiennes à 25 % soit des quotas… car on pouvait faire des quotas comme dans la loi Chaynesse Khirouni , cela a été fait pour les stages. Il faut dire qu’il y avait 600 000 stages en 2008, et il y en 1,6 million aujourd’hui. Ce qui prouve qu’il y a du boulot pour les jeunes, mais les patrons ne veulent pas le payer.

La loi Khirouni a mis un quota de 5 ou de 10 %, le décret d’application malheureusement l’a fixé à 15 %, mais il existe au moins le principe d’un « quota ».

Pourquoi n’y a t il pas un quota maxima de précaires par entreprise,  5 % maximum pour remplacement de salariés absents, ou surcroit exceptionnel de travail.

Au lieu de cela, tu le sais, (en fait Myriam El Khomri ne savait pas et elle s’emmêle devant les médias sur ce sujet) le nombre de CDD a été… augmenté, la loi Macron du 7 août 2015 qui a même contredit la loi Sapin et permis 3 Cdd de suite au lieu de deux. 3 Cdd… 18 mois, 545 jours qui comme le CPE précarisent surtout les jeunes. (www.stop3cdd.fr) En fait l’été dernier, Valls a instauré trois CDD de suite possible pour les jeunes.

Un socialiste fait ça  depuis quand ?

Tu dis que 85 % des jeunes sont embauchés en Cdd, oui mais en flux, mais pas en stock, c’est politique pas économique, c’est du bizutage, l’économie en fait ne peut pas fonctionner en CDD, 85 % des contrats réels sont des CDI et même 95 % entre 29 ans et 54 ans. Le CDI est la norme et s’allonge d’ailleurs de 9,5 ans à 11,5 ans en moyenne. si on veut on peut stopper la précarité artificielle qui est organisée de façon délibérée.

Un barème est voulu pour limiter la réparation des préjudices subis par les salariés lors de licenciements ? Etrange dans ce pays : il a été instauré un « plancher »  sécuritaire, pour que les juges ne puissent être indulgents avec les délinquants ordinaires, des peines plancher ! Et voilà que vous voulez mettre des peines plafonds pour les délinquants patronaux ! Quelle inégalité !!  Ou y a t il « équilibre » dans ce projet de loi, il est à 300 % pro patronal, d’ailleurs seul le Medef s’en réjouit.

Et faire travailler les apprentis 40 h et 10 h par jour d’où ça vient ça ? Déjà nous devrions supprimer le fait que Villepin ait imposé des apprentis à 14 ans, et même à 15 ans le dimanche et de nuit, un décret a été commis par « nous » en 2015 qui fait reculer la protection des enfants et leur permet de monter sur des escabeaux, marche pieds et des échelles au risque de leur vie, et il a  supprimé l’autorisation préalable de l’inspection du travail avant de les utiliser sur des machines dangereuses,  oui, chez nous en France, c’est par le gouvernement sur demande du Medef que cela a été permis !

En fait il faut faire tout le contraire de la démarche de cette loi : il faut réglementer davantage !

C’est le droit DU travail qui fait du droit AU travail. Plus on déréglemente plus on rentre dans les pays pauvres peu productifs, pour être compétitifs, il faut des salariés bien formés, bien traités bien payés, pas des flexibles, ni des précaires.

En fait tout cela n’a aucun effet positif sur l’emploi. Le président Hollande l’a avoué le  21 février, ce n’est pas pour l’emploi, c’est pour autre chose , un « modèle social » qui plaise au patronat pour que celui ci donne enfin des contreparties aux 100 milliards d’assistanat qu’il a reçu ?

S’il y a du travail pour 12 h par jour et 60 h par semaine, pourquoi y a t il des chômeurs ?

On a 1,3 million de chômeurs de plus depuis 4 ans qu’on facilite les licenciements. A quoi ça sert de faciliter les licenciements ? … à faciliter les licenciements ! »

 

Evidemment ce plaidoyer ne reçut pas de réponses.

Myriam El Khomri n’avait pas de réponse.

Impossible.

En 2018, devenu secrétaire du PS, Olivier Faure, concédera que la loi El Khomri était une erreur.

Trop tard.

Quand le mal est fait, il est fait.

 

Et ceux qui l’ont fait doivent rendre des comptes. Ce n’est pas une petite affaire que de casser cent ans de droit du travail.

Hollande a remis en cause, là, les 40 h, les 39 h, les 35 h, ce que Blum, Mitterrand et Jospin, chacun à leur manière, avait consolidé.

Quand je dis, depuis, qu’il doit être maudit à gauche pour cela, je prononce une phrase importante pour l’avenir de la gauche, pour laver l’honneur du socialisme.

Quand je sus, bien plus tard, que Hollande avait, comme Valls, voté Macron dés le premier tour et que El Khomri avait essayé d’avoir son investiture, il s’imposa de les dénoncer comme des rénégats. En ce sens, le mot veut dire : « Personne qui abandonne ses convictions, qui trahit sa patrie, son parti, son passé ».

 

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