Rien n’est joué pour 27

Rien n’est joué pour 27

1°) la puissance exceptionnelle du mouvement social en cours

Le mouvement social que nous connaissons en octobre-novembre 2026 s’inscrit déjà dans les grands mouvements sociaux des dernières décennies. Il déjoue les schémas qui semblaient tout tracés cinq mois avant l’élection présidentielle.

L’irruption en force de la jeunesse lycéenne est un signe de la profondeur et de l’ampleur de la crise sociale, et en l’occurrence, témoigne du rejet des dix ans de macronismes acharnés à détruire les services publics, et à transférer les fruits du travail vers les actionnaires et milliardaires.

Les jeunes par centaines de milliers ont trouvé la brèche : rejet de la dégradation de l‘école publique, refus de se laisser museler et matraquer par les violences policières, para-policières, et orchestrées par les gros médias des milliardaires macroniens.

Cela s’ajoute au rejet de la misère causée par le blocage des salaires, par la hausse des prix de l’essence et l’inflation en général. Voyant les possibilités de victoire de la gauche en 27 menacées du fait de la division, il apparait, pour des millions de salariés qu’il faut lutter et non pas rester passif en pariant  sur les seules urnes.

Ce soulèvement de la jeunesse n’est possible que par la force du salariat, derrière et avec elle. Les gilets jaunes se sont reconvertis en gilets jeunes, et les syndicats ont tout de suite pris le chemin des mobilisations du 26 septembre, du 17 octobre, du 24 octobre, du 31 octobre, et l’intersyndicale au complet le 5 novembre.

Le patronat, les actionnaires, les milliardaires se sont tout de suite, avec Macron, Nunez, Lecornu, et leurs médias, jetés dans une répression tout azimut légale et para légale. Centaures et barbouzes, compagnies de CRS et BAC, charges brutales et provocations, infiltrations et casseurs stipendiés sollicités, organisés, le pouvoir macronien s’est montré une fois de plus, capable de mettre arbitrairement en garde à vue près de 10 000 jeunes, d’intimider, de nasser et de cogner sans respect des dizaines de milliers d’autres, d’asphyxier, d’éborgner, d’amputer tout en consacrant 95 % du temps des médias, à dénigrer et exploiter la casse et le moindre feu de poubelle.

Pas question pour les macroniens, question de survie, que les rapports de forces soient modifiés à la veille de la présidentielle, que leurs budgets (LFSS et PLF) 2027 soient battus en brèche par les revendications élémentaires et légitimes de la jeunesse scolarisée. Pas question pour eux qu’un effet différé du mouvement social fasse gagner la gauche.

L’engagement rapide des syndicats a pourtant permis de surmonter l’orchestration de la répression et de faire la jonction avec toutes les luttes en cours pour les salaires, pour l’emploi, pour les services publics.

Le calendrier, jusque-là incertain de l’automne, est devenu celui des milliards pour l’école, des milliards pour les salaires.

10 mesures, 10 milliards pour l’école ! Smic à 2200 euros brut ! 300 euros pour tous ! Sécu 100 % !

On a vu se développer des formes multiples d’union à la base, syndicats lycéens, syndicats étudiants, gilets jaunes, entrainant des effets aux sommets de la gauche pourtant jusque-là cruellement divisée :  on a vu des assemblées, des tracts, des cortèges unitaires, rassemblant de la CFDT jusqu’à la CGT, du PS jusqu’à LFI.

La censure du budget par toute la gauche, par toutes les composantes du NFP est à l’ordre du jour et re ouvre la recherche de débouchés politiques : cela ré accrédite d’une façon qui était devenue désespérée, la chute du gouvernement Lecornu et une fin misérable de la macronie, tout ça dans une épreuve de force politique et sociale ou le RN se trouve rejeté spectaculairement, outrageusement du cote défense du système capitaliste.

Plus on pousse loin le mouvement social plus on a de chances de modifier la donne aux élections lorsque viendra l’heure du dépôt des candidatures. Jusque-là, affirmer que rien n’est joué, c’est le positionnement militant le plus efficace, le plus nécessaire, le plus utile.

2°) la droite en panique face au mouvement social

Les violences policières et connexes ont indigné le monde entier sans parvenir a stopper la force du mouvement dans tout le pays. Les concessions arrachées sur l’école (parcours sup, entretiens des locaux, profs remplacés) ont un effet contradictoire : elles démontrent à la fois que la lutte paie, et elles encouragent à la continuer la lutte en développant le rapport de force.

Le prétendu « bloc central » macronien est totalement éclaté et ne tiendrait déjà plus sans le RN. D’ailleurs il laisse couler les débats à l’assemblée nationale : un seul, député a voté le volet recettes pour le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2027 le 23 oct, l’Assemblée nationale en 1° lecture (sur 138 votants, 116 suffrages exprimés, 115 contre et 22 abstentions)

Gabriel Attal, président de Renaissance le parti officiel macronien perd pied dans ses meetings, ses « bistros », les sondages et en vient à réclamer une « primaire de la droite et du centre » en y invitant Glucksman.

Edouard Philippe classé en tête de sondages aléatoires, chouchou du Medef, stagne et ne donne aucune envie ni par sa personne, ni par son programme, il a lui aussi besoin d’un « regroupement » ce qu’il propose avant février 2027, se plaçant lui-même sur du sable mouvant  

Retailleau et Lisnard sont placés en concurrence par des instituts qui font ainsi pression sur eux pour qu’ils acceptent une union des droites. Ce qu’ils semblent devoir accepter faute d’être relégués.

L’addition des voix de droite et du centre appuyée par les gros médias est leur seule voie pour parvenir au second tour devant Mélenchon.

3°) l’extrême droite face au mouvement social

Il ne faut pas considérer l’extrême droite RN comme « installée » autour des 35 % que lui accordent les sondages, car des secousses successives la minent : l’attaque contre Bardella antisémite lui a porté un coup et l’a fait baisser de façon temporaire. La candidate Le Pen est toujours a la merci sous bracelet electronique. Des crimes comme ceux de Trappes et leurs suites, rongent le RN. Et surtout ce parti est dépendant des humeurs de l’empathie des gros médias et du rejet accru du mouvement social.

Là aussi, la donne peut changer : quand la jeunesse est dans la rue, et que le RN vote contre les intérêts des retraités à l’Assemblée, le rapport de force peut changer. L’opinion du pays n’est pas dominée par l’extrême droite, 70 % du salariat n’a jamais vote extrême droite. Le soulèvement culturel, social, pratique et militant face au RN peut contredire puissamment les apparences.

4°) les appareils face au mouvement social

Les syndicats sont entrainés, unis, et font le job aux côtes de la jeunesse, et des gilets jaunes tout en appelant à construire une grève générale.  Pour la gauche, dans son ensemble, c’est la seule et meilleure issue. C’est dans cette voie qu’il faut se concentrer.  En menant campagne sur les questions salariales, et sur le rejet d’un budget qui ne donne pas priorité aux services publics, en taxant les actionnaires, les multinationales, les milliardaires.

LFI est-elle le « débouché politique » (sic) ? Évidemment cette fraction de la gauche a de l’avance sur tout le reste de la gauche, vu la façon dont celle-ci s’est divisée, sans offrir une alternative. Le vent social gonfle naturellement ses voiles. Mais cela ne fixe ni le cap ni la garantie d’y arriver, ni le débouché politique, ni le front uni nécessaire. Impossible de gagner seule ni de gouverner seule !

Les divergences théoriques, stratégiques, politiques, démocratiques avec LFI sont très lourdes. Y compris dans la gestion du mouvement social, dans le respect des organisations syndicales, lycéennes et salariés.

Mais cela ne crée pas pour autant deux gauches irréconciliables. Quand bien même l’unité de pensée est-elle exclue, l’unité d’action est toujours, a chaque minute, possible et nécessaire. En toute indépendance, accords ponctuels, inconditionnels, dans la lutte, c’est ça qui peut modifier les consciences, et œuvrer à recréer un nouveau front populaire dans la situation nouvelle créée par octobre-nov 26.

On observe forcément de loin, « Place Publique » et son candidat Glucksman qui a déclaré que « sa place n’était pas avec les manifestants ». Son porte-parole Sacha Houlié se trompe en public sur le smic (net) et propose 1OO euros de plus par an avant de rectifier à 1OOO euros. Hors NFP, hors gauche, Glucksman a cependant emporté de façon assez surprenante la « petite primaire » à laquelle l’aile droite du PS a contraint son parti. Il semble suivre sa voie (une impasse ?) à la façon d’un Delors ou d’un Servan-Schreiber dans le passé, sans réelle base électorale, mais à la recherche d’une coalition avec la droite.

Ce n’est pas le cas, on le voit dans chacune de ses déclarations, du PS toujours dirigé par Faure : curieusement la « petite primaire » a donne un sentiment du retour du PS vers la gauche tant qu’il s’exprime, par la bouche de son premier secrétaire et de son entourage. Sentiment qu’il convient de cultiver de façon volontariste, aussi bien pour le présent que pour l’avenir.

Le PCF lui-même est divisé et paralysé, les amis d’Alternative Communiste s’étant démarqués de la candidature Roussel en faveur de celle de Mélenchon. Il s’agit d’un ralliement qui ressemble à une subordination sinon c’est nous qu’ils auraient rejoint.

La partie de Générations qui nous a rejoint l’a fait parce qu’elle ne voulait pas se subordonner à LFI, l’autre partie étant polarisée par la brutalité de Mélenchon à prendre le contrôle bonapartiste de toute la gauche, sans démocratie, sans pluralisme, sans union.

 

Nous regrettons de ne pas pouvoir faire mieux, sur le moment même pour fusionner nos forces les plus proches, nous avons perdu du temps, mais l’histoire qui se déroule, nous mord la nuque.

5°) les unitaires dans les luttes aujourd’hui et demain et dans les urnes :

Les Écolos, se retrouvent a ce jour, avec nous, LAPRES, sur une même ligne de construction d’une gauche unitaire et dans la quête d’une candidature commune avec pour principal obstacle le refus de Mélenchon. Eux aussi dépendants de la force du mouvement de masse et de ses aspirations unitaires.

Debout ! et François Ruffin tiennent bon, ils créent avec un certain mais relatif succès le chemin de la défense des intérêts du salariat, de l’union de la gauche. Mais s’ils peuvent durer le plus longtemps possible de façon éducative, poser des jalons pour l’avenir, ils ne peuvent à eux seuls réunir les conditions matérielles pour une candidature ni l’imposer comme unitaires. Il leur faudra comme nous prendre acte des rapports de force si la séquence que nous vivons, ne tient pas ses promesses et ne révolutionne pas toute la donne.

Nous proposons toujours pour le présent et l’avenir en tout instant a toute la gauche, sans exclusive, la construction d’un grand parti ouvert démocratique, combatif.

A nous, Laprès, de façon indépendante, digne, efficace, de réunir, rassembler et fusionner tout ce qui peut l’être dans le cadre de l’explosion sociale en cours. Nous tenons bon sur un NFP 27 et son programme social immédiat concret tel que l’action sociale le façonne et nous y aidons, ce qui est une immense tache. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, à venir sont consacrés à cette tâche. Notre consigne de vote quand il en sera temps, ira au plus efficace, mieux placé, ce sera un vote utile avec notre stratégie. Notre seul, unique, central agenda est d’appuyer tout ce qui peut être unitaire et révolutionnaire dans l’action quotidienne et d’en faire sortir un débouché politique tel qu’aucun des appareils de la gauche ne le veut à l’instant « t ».

Ce qui est explosif c’est la contradiction entre le mouvement social et la division entretenue par les appareils de la gauche. Nous voulons être au cœur de cette explosion et de la reconstruction qui en sortira.

Gerard Filoche vendredi 30 octobre, 12 h

 

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