La gauche pouvait-elle gagner en 2017 et empêcher ces sales années Macron ? Oui ! Hamon et Mélenchon s’y sont mis à deux pour nous faire perdre

Lors de la primaire du 29 janvier 2017. Benoit Hamon avait fini par l’emporter dans la désignation d’un candidat de la Gauche socialiste à la présidentielle d’avril 2017.

Le rapport de force était tel, après la faillite du quinquennat maudit de Hollande-Valls, que, pour la première fois depuis cent ans, l’appareil majoritaire du PS se voyait imposer un candidat issu de la Gauche socialiste. Il faut dire que le désastre provoqué par la politique droitière de Hollande avait été si profond que le PS avait perdu 90 % de ses électeurs passant de 16,5 millions de voix en 2012 à moins de 4 millions aux municipales de mars 2014. Le Pen était pour la première fois arrivée en tête aux européennes de mai 2014. Le PS était passé de 180 000 membres en 2012 au congrès de Toulouse, à 18 000 à la veille du congrès d’Aubervilliers.

Pour être désigné, Benoit Hamon n’avait lésiné sur aucun moyen. Nous avions sa pratique : il mentait tout le temps. Même si, le 25 août 2016, à la conférence de la GS dans l’amphi militant archi bourré de La Rochelle, il avait été loin d’être le plus applaudi des quatre candidats potentiels (Hamon, Lienemann, Montebourg, Filoche) il s’était arrangé pour s’imposer en trustant le maximum de signatures du Conseil National afin d’écarter tout risque d’ombre.

Mais surtout, comprenant l’aspiration unitaire des militants, Benoit Hamon avait déclaré à la télévision « - Si je suis désigné, je rencontrerais Jean-Luc Mélenchon pour passer un accord sans faire de ma propre candidature un préalable ».

La Gauche socialiste (dont D&S) avait combattu, tout au long de l’année 2016, pour qu’ait lieu une grande primaire de toute la gauche. J’avais dès janvier 2016 demandé en Bureau national que Hollande ne se représente pas car il était certain qu’il nous ferait perdre. Le CN et le BN du PS avait été obligés d’accepter, à plusieurs reprises, en mars, en mai, en juin, en septembre des motions acceptant le principe d’une « grande primaire » de toute la gauche. Ils le faisaient contraints et forcés en espérant que Mélenchon ne se présente pas, et qu’elle se réduise à une « petite primaire socialiste ». Hollande, Valls, Cambadélis avaient alors essayé de contourner et de dépasser le PS, qui leur était devenu hostile, en créant en juillet 2016 « une belle alliance populaire » (BAP), mais ce fut un échec de plus.

Mélenchon refusa toute « grande primaire » alors qu’il l’aurait sans aucun doute gagnée, et que nous aurions eu un candidat unique de renouveau de toute la gauche, en position de l’emporter contre la droite, malgré le bilan catastrophique de Hollande.

Hollande, déconsidéré de partout, s’était retiré le 1er décembre 2016, Valls s’était présenté à sa place le 4 décembre. Face au Premier ministre sortant lui aussi disqualifié, et avec une participation exceptionnelle forte de 2,4 millions de participants, c’était Benoit Hamon qui était arrivé en tête.

Cette victoire avait un sens profond, elle liquidait le « hollandisme », elle indiquait que l’électorat socialiste, perdu aux municipales, aux européennes, aux régionales, était à nouveau disponible pour une solution de gauche, et elle confirmait les fortes aspirations d’une nouvelle unité à gauche.

Malheureusement, à peine élu, Benoit Hamon se garda de tenir parole et de rencontrer Mélenchon.

Il s’engagea dans une campagne pour un monde « désirable », centralement « pour un revenu universel » et « contre les perturbateurs endocriniens ». Ces sujets-là n’avaient pas été discutés par la gauche socialiste, ne faisaient pas partie de son programme au congrès de Poitiers, (où elle avait eu 30 % des voix) et permettaient peut-être une plateforme commune avec Jadot, mais pas avec Mélenchon. D’ailleurs Hamon qui était parti avec des sondages plutôt favorables, (il avait été donné brièvement à 17 % des voix, JLM étant retombé autour de 9 %) perdit très vite. Présenté comme « gauche socialiste » ses premiers pas ne correspondaient pas à ses promesses. Je me rappelle avoir bataillé tout le mois de février 2017 pour que Hamon tienne sa promesse : Hamon ne me répondit pas, il signa avec Jadot avant de se rendre compte qu’il était repassé largement derrière Mélenchon dans les sondages. Le PCF soutenait Mélenchon.

C’est alors que le pire se produisit : la rencontre Hamon-Mélenchon eut bien lieu, le 28 février, mais en secret, dans le dos des militants, pire façon V° République, dans un restaurant de Belleville, le « Moïa bleu ». Les deux se mirent d’accord pour ne pas se mettre d’accord partageant la responsabilité de leur échec et de leur défaite. La désunion de façon incompréhensible et dans les pires conditions.

Hamon avait trahi ouvertement sa parole, Mélenchon un moment inquiet des sondages, s’était rassuré, et pensait surtout au fait d’arriver devant son concurrent plutôt que de gagner. Comme les motifs du non-accord n’étaient pas publiés, tout devint objet à polémiques, à soupçons, à querelles dans les réseaux sociaux.

A coté, la droite se délitait : le scandale éclatait sur les affaires de Fillon, Macron montait dangereusement, Le Pen filait son chemin. Divisés, droite et extrême droite pouvaient basculer derrière une gauche qui aurait été unie.

La gauche ratait l’occasion : il suffisait de dire que l’un était Président et l’autre Premier ministre, de rédiger un programme commun, de mener la campagne unitaire en commun, et on aurait gagné. On aurait ouvert une nouvelle page de la gauche, et sans doute celle d’un nouveau grand parti commun, toutes les gauches socialistes étant rassemblées et dominantes.

Il y eut des soubresauts : Guillaume Balas, mi-mars, vint me voir, inquiet à son tour « - Ça va mal, on va perdre, peux-tu toi qui les connais bien, rediger un projet de programme commun entre Jean-Luc et Benoit ? «  je le fis en 72 h, et le renvoyais par les intermédiaires de Guillaume côté, Hamon, et de Jacques Généreux côté Mélenchon. Il n’y eut pas de retour. Hamon n’a pas écouté son proche camarade, et a persévéré dans la trahison de sa promesse de janvier 2017.

Nous tentâmes, obstinés, jusqu’à la fin, chaque samedi de mars et d’avril 2017 d’appeler à l’union Hamon Mélenchon, avec des pétitions, des appels, des manifestations. En vain.

Je déclarais le soir du désastre, celui ou la gauche était éliminée du 2° tour, celui de l’avénement de Macron, que les deux candidats de gauche étaient els plus bêtes du monde ».

Filoche : Hamon et Mélenchon, « les 2 candidats de la gauche les plus bêt… https://youtu.be/d8GesKBz6QI via @YouTube

C’était justifié.

Gérard Filoche 23 août 2025

 

 

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