« Enculés n’est pas une insulte, c’est un choix »

« Enculés n’est pas une insulte, c’est un choix »

Depuis la nuit des temps, les obscurantismes religieux ont cherché à contrôler les corps pour contrôler les âmes. Ils s’en sont pris en permanence a la sexualité humaine, cherchant à la normer pour mieux l’étouffer. « Le péché de sodomie est horrible à dieu ». L’accusation de sodomie est souvent amalgamée à celles d’hérésie, d’apostasie et d’athéisme. La sodomie est à la base, une opposition à Dieu et à son ordre divin. L’accusation de sodomie a d’ailleurs été fréquemment utilisée pour attaquer divers groupes politiques et sociaux à travers les âges. La sodomie est un « péché contre nature dont il ne faut pas dire le nom » ou « péché sans nom ». La bible ne traite que de l’homosexualité masculine, du statut patriarcal de l’homme et de la perte de la semence. La sanction est la peine de mort, le bucher. L’Église impose son ordre inquisitorial et condamne dans les mêmes textes, masturbation, bestialité, sexe anal. Dernière exécution connue en France en 1783. Le crime de sodomie est aboli tardivement en 1791. Mais fellation et sodomie étaient encore interdites aux US jusqu’en 2003 (En Floride la sodomie était punie de 20 ans de prison). L’interdiction demeure le cas dans 13 états et en 2022, le procureur general du Texas se déclare favorable à une loi rétablissant l’interdiction de la sodomie. Ça dure depuis tellement longtemps que ça aveugle les courages et rend lâches ceux qui devraient pourtant renverser la table !

Ce qu’il reste de tout cela à travers les sociétés et générations, d’un côté, terrorise les discrets, polis, bien-pensants, et de l’autre anime encore plus les esprits faibles, fachos et arriérés, hooligans et autres hordes qui puisent dans l’ignorance, l’inculture, de l’histoire ancienne et récente, des insultes comme « enculés ». Il s’agit bien dans leurs esprits bornés d’une survivance d’un vieil obscurantisme enfoui, d’un refoulement, de clichés et préjugés, dont ils ne mesurent pas forcément, le sens et la portée réelle, et qu’ils refoulent en qualifiant ainsi et brutalement toute personne à leurs yeux méprisable.

Leur dire frontalement que le mot « enculés » qu’il utilisent à tort et à travers n’est pas une insulte, mais une pratique sexuelle, les choque puissamment. Il faut le faire si on veut être entendus d’eux. Sinon ils s’en moquent de vos palinodies. On doit leur parler avec leurs mots de ce dont ils n’osent pas parler au-delà de l’insulte dont ils se servent. De ce qu’ils n’osent pas qualifier, ni comprendre. En reprenant exactement leur terme ça fait appel à leurs synapses et à leur raison. En ne faisant pas l’hypocrite de salon : « Ô cachez ce terme que je ne saurais entendre ». Ça fait appel à l’humanité. Ça émancipe. Courageusement. Ce n’est pas un péché. Et cela a un nom. Ça contribue à stopper l’ignorance et à réveiller la conscience. Ça ne cache pas la poussière honteuse sous le tapis « façon curé » qui n’ose pas parler franc. Préciser que cette pratique sexuelle concerne tous les humains, hommes-femmes, femmes-femmes, hommes-hommes, et qu’elle n’est en rien une inhumanité, les laisse généralement cois. Mais les touche.

Expliquer dans la foulée que la liberté sexuelle entre adultes consentants doit être pleine et totale, qu’elle relève du droit de toutes et tous, de la liberté et que les choix faits relèvent du consentement, de la volonté respectée de chacun, en général frappe leurs esprits, et ça prend à contre-pied leurs plus vils préjugés. On peut leur expliquer alors, contrairement à ce qu’ils croient (et même s’ils ne se sont jamais posé la question) qu’il ne s’agit pas d’une pratique « réservée » aux homosexuels, que ce n’est pas une « orientation sexuelle », mais une pratique concernant tous les humains, eux-mêmes inclus, et que c’est une pratique libre et digne qui ne mérite ni insulte ni mépris. Toute liberté, toute licence en amour. Ça les concerne, ce n’est pas une insulte mais bel et bien un choix !

J’ai travaillé et écris pendant quatorze ans dans un journal hebdomadaire puis mensuel qui se faisait la fierté de réveiller ainsi les consciences de façon très bravache et prenait de front les préjugés racistes et sexistes de tous ordres. Siné hebdo puis Siné mensuel n’était pas le genre prudent hypocrite cureton police des mœurs, il menait, comme moi quand je dis « enculés n’est pas une insulte, c’est un choix », une bataille a la fois frontale et pédagogique. Avec une certaine efficacité « Ça fait du bien là où ça fait mal »

 

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