Astrid Panosyan-Bouvet, l’incroyable ITV de la ministre des records d’accidents du travail mortels

Alors que la France est « championne d’Europe » des accidents mortels du travail, la ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet (APB) accorde un interview incroyable. (AEinfos, 11 juillet 2025)

On lui dit 810 morts au travail en 2023 (146 depuis le 1er janvier 2025).

Elle répond « je souhaite accélérer sur le sujet car je vois ça comme un devoir moral » (sic)

Que comptez-vous faire ? elle dit : « cinq axes à « discuter » (?)  par les partenaires sociaux » « fusionner le plan de prévention des accidents et de santé au travail » (sic) « responsabiliser davantage (?) les entreprises et donneur d‘ordre, en limitant, par exemple (?) les rangs de sous-traitance » (sic)

« Améliorer (?) la prévention pour les publics les plus exposés (jeunes, intérimaires, BTP), renforcer (?) la culture de la prévention (sic) renforcer (?) les outils et les sanctions dont dispose l’État (SIC) notamment le pouvoir (?) des inspecteurs du travail et mieux accompagner les victimes (sic).

En fait il faut des décrets et des lois

car

1°) le patronat ne veut rien discuter, rien concéder, rien faire, or c’est lui qui crée les conditions de cette hausse considérable des accidents du travail.

2°) un « plan de prévention accidents-santé-sécurité-hygiène » ça doit exister dans 100 % des entreprises existantes, discuté avec les salariés et IRP, envoyé à l’IT, aux CRAM, à la médecine du travail, à l’OPPBTP, sous peine de fortes sanctions pénales.

3°) un seul rang de sous-traitance doit être autorisé, le donneur d’ordre doit être responsable de tout ce qui se passe sous ses ordres pénalement, juridiquement, économiquement, financièrement ! L’entreprise sous-traitante doit être alignée le temps de la mission sur la convention collective du donneur d’ordre. Les unités économiques et sociales doivent être reconnues par l’inspection du travail (sous contrôle du juge)

4°) les inspecteurs du travail doivent voir élargir les cas où ils peuvent arrêter d’office les travaux dangereux en cours, ils doivent disposer (comme la Cram) d’injonctions afin de majorer avec effet immédiat les cotisations accidents du travail (sous contrôle des juges).

 

APB est interrogée sur les morts récentes de « mineurs » (5 enfants morts de 15 à 19 ans en trois mois). Elle dit c’est « tragique et inacceptable » (sic). Mais elle ajoute que « ça ne concerne pas des métiers dangereux qui sont réglementés » (sic) Ah bon ? Dans le bâtiment ce n’est pas dangereux et il y a assez de réglementation (on est à plus de 300 morts par an !) ?

Elle dit vouloir (?) renforcer l’obligation de formation à la sécurité lors de la prise de poste pour les jeunes entrant pour la première fois en milieu professionnel » (sic) Cela existait de même que la saisine préalable obligatoire de l’inspection du travail, cela a été supprimé par Hollande-Rebsamen-Macron-El Khomri- Pénicaud  depuis que Villepin a re autorisé en 2006 le travail des enfants à partir de 14 ans et de 15 ans, le dimanche et la nuit.

APB dit « il faut aussi que les maitres de stage aient l’obligation de suivre une formation de sécurité : ce n’est pas le cas aujourd’hui » (sic). Sous Balladur, il fallait même encore un agrément après 200 h de formation pour qu’un maitre d’apprentissage puisse avoir la charge de former un jeune. Cela a été supprimé hélas.

APB dit : « je veux l’interdiction pour les entreprises ayant été condamnées pour faute inexcusable ou homicide de recruter un nouvel apprenti pendant une durée déterminée. Il faut marquer le coup. » Inouï ! Il faut qu’il y ait déjà eu un mort pour empêcher un autre enfant de mourir « pendant une durée déterminée » et il ne s’agit pas d’empêcher mais de « marquer le coup » (sic).

Il faut interdire le travail des enfants,

Un projet de loi ? APB répond : « cela peut être (!) un texte présenté par le gouvernement en effet. Nous devons laisser les partenaires sociaux enrichir ces axes et se les approprier, puis agir rapidement (?) » (sic). Mais il y a deux morts par jour, 900 par an, 4500 handicapés du travail, 750 000 arrêts pour accidents, ce ne sont pas les patrons qui prennent des risques ce sont les salariés qui meurent. Que viennent faire ces mots qui disent que les patrons doivent « enrichir » un texte et se « l’approprier » ?

Et 700 suicides par an liés au travail ! Qu’en est-il des risques psychosociaux ?

Il lui est dit « l’inspection du travail a perdu 16 % de ses effectifs » APB répond « beaucoup d’inspecteurs sont partis à la retraite »  Est-ce un argument ? il y a 1600 inspecteurs pour 1,2 million d’entreprises, et 20 millions de salariés, il y a 350 postes vacants. APB répond : « j’ai demandé un arbitrage (!) dans le cadre des négociations budgétaires alors que le contexte n’est pas favorable pour stabiliser (!!) le nombre de sections d’inspection »

Allez l’hécatombe d’accidents peut continuer !

On lui demande « la suppression des CHSCT par Macron en 2017 est fortement critiquée faut-il revenir en arrière ? » APB répond « je pense que nous n’avons pas le consensus politique pour remettre le sujet sur la table » et propose de « renforcer le dialogue de proximité ».

C’est LA question principale : associer les salariés eux-mêmes à la sécurité, a l’hygiène, aux conditions de travaiL  Ceux qui les ont supprimés sont les criminels responsables de la situation accidentogène tragique actuelle. Lire « 20 ans de CHSCT » avis du conseil économique et social adopté dès 2001 et publié au Journal Officiel.

Il lui est dit « le collectif familles stop à la mort au travail » appelle à des sanctions pénales plus fortes » APB répond à côté : elle parle de « poursuites systématiques » et de « sanction administrative » mais pas pénale. Elle reprend cette vieille lune inefficace de publier une « liste noire » des entreprises concernées. Ça ne sert à rien sauf à faire hurler le Medef et ça ne change rien.

Exclure les entreprises tueuses des « marchés publics » ? APB répond que ça dépend d’une « directive » en cours interminablement soumise au débat au niveau de l’UE…

Accompagner les familles des victimes ? APB répond qu’elle « souhaite inciter (?) à améliorer (?) la couverture des frais d’obsèques dès lors qu’un décès intervient sur le lieu de travail » ! On est dans l’indécence là ! Les « réparations » des accidents graves et morts au travail sont généralement minimales, très insuffisantes pour couvrir les dommages moraux, matériels et financiers causés ! Et voilà qu’elle veut seulement verser de quoi aider les familles à enterrer leurs morts.

La pénibilité au travail ? APB noie le poisson, elle explique le désaccord existant entre patrons et syndicats, l’approche individuelle médicale et l’approche collective par métiers ou branches. Elle a le culot de dire que « c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités pour trancher » mais ce n’est pas elle, le gouvernement ?

De grâce peut-on avoir  quelqu’un d’humain, de qualifié, hardi, compétent et ayant des propositions précises et solides au ministère du travail ?

Quant a la dernière question sur une nouvelle réforme de l’assurance-chômage, elle esquive tout autant dans un embrouillamini selon lequel il s’agit un « organisme vivant qui dépend de la conjoncture et est en décalage par rapport à ses voisins du nord de l’Europe » (sic).

Les 30 millions de salariés en ont connu des ministres du travail depuis quatre décennies, mais jamais aussi creuse, inappropriée aux urgences de l’heure.

Tout de même le point de départ de l’ITV d’APB était bien de « lutter contre les accidents du travail » or, sans parler des maladies professionnelles, au nombre inconnu et sous-estimé de dizaines de milliers, il y a deux morts par accidents et deux suicides par jour liés au travail, et c’est en France que la situation est la pire, pire qu’en Estonie ou en Roumanie.

Gérard Filoche le 15 juillet 2025

 

 

 

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