Il n‘y a pas d’excuse à frapper un homme à terre au risque de le tuer

C’est impardonnable et doit être condamné

Ce n’est plus de l’autodéfense ni individuelle ni « populaire »

Le jeune homme de 23 ans aussi peu respectable qu’il soit n’aurait pas dû en mourir.

 

Certes la culture des images encourage à ça.

Car policiers et fachos font ça tous les jours, les réseaux sociaux véhiculent les photos et films des agressions et tueries émanant de la police et de l’extrême-droite. Un procès est en cours où 9 policiers se sont acharnés en 78 dans un Mac Do contre des gilets jaunes présumés : il y aurait pu y avoir des morts.

 

Mais encore une fois, pour nous, dans notre culture, en dépit du climat ambiant, ce n’est pas une excuse

Ce qui distingue un militant de gauche c’est qu’il ne peut pas, ne doit pas se laisser aller ainsi : la bonne façon de combattre ça c’est d’unir toute la gauche en réaction, de faire un front unique démocratique, le plus large et le plus dynamique possible dans les luttes sociales et dans les urnes.

 

Il est impossible de régler la menace fascisante casque contre casque, bâton contre bâton, coup de pied contre coup de pied, rixe contre rixe, virilité contre virilité ! Il n’y a que par l’éveil, l’union et la victoire des idées démocratiques et solidaires, la mobilisation à caractère de masse et de classe que ça se gagne. Il faut soigneusement éviter l’impasse du « eux et nous », il faut les réduire à « eux » et élargir le front majoritaire du nous.

 

Démocratie contre fascisme, front unique contre fascisme, mobilisation de masse contre actions de milices, justice contre ratonnades, adelphités contre virilité !

 

Ensuite que l’exploitation éhontée de toute la classe bourgeoise et de ses médias de milliardaires ordinairement muets sur les exactions de l’extrême-droite, se déchaine contre toute la gauche et en profite pour la diviser, en essayant d’exploiter ça grossièrement à des fins électorales, et a un mois des municipales, un an de la présidentielle, ce n’est pas nouveau.

 

Ça s’est déjà fait dans le passé. Citons les années 1967-1974, où semblables affrontements extrême droite extrême gauche ont donné, en pire à l’époque, des situations assez comparables.

 

Alain Madelin nous attaquait à coups de barres de fer le 7 janvier 1967 à midi au restaurant universitaire de Rouen Mont Saint Aignan avec un commando d’une quarantaine de nervis d’Occident venus de Paris alors que nous distribuions des tracts pour la paix au Vietnam. Le restau U fut mis à sac, Laurent Marx malentendant blessé et Serge Bolloch’ fut hospitalisé avec une fracture du crâne grave, cela fit longtemps la « une » de tous les médias, les fachos poursuivis, arrêtés Madelin, Longuet, Robert, Novelli, Devedjian furent ensuite condamnés.

 

Les « maos » illuminés, de la Gauche prolétarienne, qui se prirent pour le « parti du peuple », multiplièrent dans le début des années 70, provocations spectaculaires, attaques de commissariat, enlèvements (Nogrette) attirant répression et obligation de les défendre, car toute la gauche devait en supporter les conséquences.

 

Des bagarres semblables éclatèrent à Nice, à Montpellier, à Assas, au Palais d’Hiver, et les idées d’autodéfense basculèrent (« BI 30 » au sein de la LC) en plans de combats, batailles de services d’ordre, de règlements de comptes antifascistes, allant jusqu’à mettre en péril des vies et des actions armées (Action directe).

 

Cela atteint un point culminant quand la Ligue Communiste sortit 300 cocktails Molotov pour « interdire » le meeting de le Pen contre l’immigration sauvage à la Mutualité le 21 juin 73 et fut dissoute le 28 juin. À l’époque, à la fois F. Mitterrand et E. Maire se déclarèrent solidaires contre la répression. Au Cirque d’Hier le 6 juillet 73 un meeting réunit toute la gauche, PS, PCF, PSU, LdH.  Ça et les débats internes plus raisonnables freinèrent le déferlement qui aurait pu se produire.

 

Ceux qui n’étudient pas l’histoire, n’ont pas d’avenir conscient. Les mécanismes se ressemblent entre les années 70 et ce qui vient de se produire.

Par contre deux choses graves sont changées :

-       c’est que l’extrême droite est devenue quasi majoritaire dans la classe bourgeoise

-       et que la gauche divisée ne fait pas front commun.

 

Les médias des milliardaires couvrent et font prospérer, à l’abri du RN, les groupuscules néo-nazis identitaires.

 

La gauche NUPES/NFP se divise inexplicablement entre les courants de l’aile droite du PS (Hollande, Guedj…) qui se laissent entrainer d’un côté, de façon opportuniste par la vague réactionnaire « meanstream » et de l’autre, est repoussée par la surenchère de LFI qui croit triompher follement, bravache, isolée, seule contre tous.

 

Pourtant la situation actuelle devrait conduire non pas à de la surenchère façon « c’est eux ou nous », virilité incluse, commandos contre service d’ordre, « fascistes contre antifas » mais à la constitution sérieuse, patiente d’un front unique solide de toute la gauche de façon à inverser le rapport de force, à diviser la bourgeoise et isoler les fanatiques néo-nazis.

 

Ce sont les luttes de masse, positives, unitaires, pour nos revendications qui comptent : quand nous sommes des millions à nous mobiliser pour nos salaires et retraites, on entend plus parler des « fachos », ils sont dans les caves.   

 

A Lyon depuis des années, il y a un microcosme ou différentes bandes de néo nazillons s’essaient à répandre toutes les formes possibles de terreur raciste : 102 attaques de l’extrême droite ont été comptabilisées et sont restées impunies.

Cela suscite comme toujours chez de jeunes militants de gauche, au vu de la nécessite de se défendre, des réactions en miroir qui sont explicables mais non défendables. C’est tomber dans un piège comme on vient de le vérifier où la victime d’extrême droite devient martyr exploité.

 

Quelque part, le cas Quentin Deranque, 23 ans, rappelle le cas Horst Wessel, 22 ans.

Horst Wessel, 22 ans fut tué par un communiste en 1929 et les nazis en firent un héros, avec commémoration, défilés, cérémonies, chants, liturgie etc,

 

Que l’Assemblée nationale en France ait fait une minute de silence pour une jeune néo-nazi est stupéfiant en ce sens.

Que la présidente Yale Braun-Pivet qui avait refusé précédemment une minute de silence pour « un cas individuel » ait honteusement orchestré cela est indéfendable.

Après la minute de silence observée pour Deranque, la première question au gouvernement a été posée par la députée RN Tiffany Joncour, élue parfaitement introduite chez les identitaires lyonnais et pour cause : son mari est Maxime Gaucher, militant d’extrême droite, condamné à plusieurs reprises pour des faits de violences. « Entre 2008 et 2016, il a été impliqué dans une dizaine d’affaires, alternant entre violences en réunion, menaces de mort, destructions de biens publics ou d’autrui, ou encore violences sur personne dépositaire de l’autorité publique », écrivait Street Press en 2024. Il est membre de la Mezza, un groupe de hooligans lyonnais qui multiplie depuis des années les agressions et les messages racistes. Gaucher s’est fait connaître dans la région en 2012 en allant voler du matériel chez les ennemis stéphanois des Magic Fans. Gaucher et ses compères avaient taggué une croix gammée dans le local et s’étaient pris en photo en faisant un salut nazi, raconte Libé.

Puis, les délires rageurs de Laurent Wauquiez et de Sébastien Lecornu contre LFI qui ont suivi à l’Assemblée, témoignent de la lourdeur de la provocation et du glissement opéré par la droite vers l’extrême droite.

 

Quentin Deranque, était membre d’Action Française créé en 1899 contre Dreyfus (« mort aux juifs ») et se voit reproché par ses propres amis d’être ce soir-là venu au secours de « Némésis » des sexistes, qualifiés de « judéo-serviles », il a fréquenté tous les groupuscules, ceux qui à Paris, on l’y voit en photo, commémorent chaque année (façon Horst Wessel) un de leurs présumés morts, Sébastien Dezieu. C’était un religieux intégriste, il portait un « scapulaire du Mont Carmel » (ou « scapulaire brun » composé de deux morceaux de laine brune attachés à un cordon, un truc que la Sainte Mère aurait donné en sacrement à Saint Simon Stock en 1251 en lui promettant que « quiconque mourra revêtu de ce scapulaire sera préservé des flammes éternelles » (sic). C’était un nationaliste illuminé qui participait créer un ordre des « Allobroges ». On ne sait pas encore tout mais il s’agissait d’un cerveau dérangé producteur d’idées inquiétantes.

Tout ça ne méritait pas de mourir à 23 ans mais ça ne méritait sûrement pas une minute de silence de 577 députés de la Nation.

Médias, droite et extrême droite, vont « touiller » jusqu’au bout, gardes à vue, enquêtes, obsèques, mémorial, procès, justice. Ils vont vouloir faire de Quentin Deranque un autre Horst Wessel.

Nous, la gauche entière, et notre classe, le salariat, nous avons à construire un autre ton, un autre front, ce meurtre n’est pas notre affaire, ce n’est pas notre ligne, pas notre pratique, pas notre morale.

 

Il n’y a pas de symétrie entre extrême droite et extrême gauche.

 

L’extrême droite, ce sont les milices et groupuscules néo-nazis, identitaires, suprématistes, les loups gris, les Croix de feu, le Klu-Klux-Klan, les racistes, les intégristes, les obscurantistes militants du retour du fascisme. Le fascisme c’est quand la bourgeoisie a peur de perdre le pouvoir et fait appel à ces bandes. C’est quand le patronat a réussi à retourner une majorité de notre classe sociale contre nous et nous pourchasse partout, nous enferme dans des camps et nous exécute. Le fascisme n’est pas là à ce jour mais il menace à travers l’exploitation de l’affaire de Lyon.

 

La gauche est humaniste et mobilise les humains, pas les nervis. Elle est rassemblée, elle n’est pas extrême. Elle ne vit que par la démocratie et le mouvement de masses – dans les urnes comme dans la rue. Elle rassemble notre classe, les salariés, avec ses syndicats, ses partis, ses associations, ceux qui produisent toutes les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent, ceux qui ont la puissance sociale pour changer cette société haïssable qui fait une minute de silence pour un neo nazi.

 

Gérard Filoche le 18 février 2026 

 

 

2 Commentaires

  1. Cailhau
    Posted 22 février 2026 at 19:33 | Permalien

    Lisez les articles de Contre Attaque depuis une semaine, mais aussi ceux écrits en mars 22 au moment du procès de 2 militants d’extrême droite…

    Et je sais pas qui sera au second tour en 2027, mais plus jamais un vote pour le PS qui utilise un fait divers regrettable pour essayer d’éliminer le seul candidat de gauche !

  2. Posted 25 février 2026 at 5:53 | Permalien

    J’ai posté sur Facebook des souvenirs sur Filoche révolutionnaire pro délégués révocables VS Cowboys argentino guerilleristes BI30
    ==
    Post étrange de Matti Filoche qui, si mes souvenirs sont corrects faisait A JUSTE TITRE partie des révolutionnaires pro délégués révocables QUI S’OPPOSAIENT avec Jacques Truong et la LC du Havre à cette STUPIDE DÉRIVE GUERILLERISTE. Alors que le 21 mars 1973 la tactique de « FRONT UNIQUE SOVIETIQUE » avait contraint la CGT PCF de Rouen à ACCEPTER D’APPELER à manifester le 22 mars. La LC hégémonique parmi les délégués révocables des coordinations lycéenne et étudiante avait en échange accepté de DEFILER AUSSI LE 21 MARS. (jour diviseur de l UNCAL nationale des staliniens)
    Cette tactique fut un modèle au meme titre que l’intelligente tactique des trotskystes de Brest en 1941.
    En face, l’aile droite réformiste substitutiste DECIDA DE SABOTER CETTE HUMANOCRATIE en germe.
    Plutôt que de créer des proto soviets de ville comme le fut la réunion CGT + délégués révocables de Rouen, plutôt que d’appeler à respecter le quota de 1905 #1pour500 1 délégué pour 500 délégateurs ou #1pour200 prôné par Trotsky 1935 ou encore #1pour125 #1pour25, les cretins Recanati cowboys les Daniel Bensaid maquisards guevaristes détruisirent tout le 21 juin 1973. (le 22 juin 1973 ce sont les guérilleristes qui RASAIENT les murs en donnant l’occasion à Mitterrand de jouer les sauveurs)
    C’est le recrutement d’une nouvelle génération de cadres lycéens et étudiants le 21 mars 73 qui justement DONNA A GERARD FILOCHE une base militante dans TA T1 avec T4 pour contrer les délires des cowboys et forcer les Krivine and co à CESSER DE SE CROIRE EN ARGENTINE
    https://youtube.com/shorts/6lLaqhel1fw?si=7rvZsxv2dGbH4LhC

Déposer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera jamais transmise.

*