Il existe un vrai complot, un embrouillamini intellectuel émanant des médias dominants de notre pays, pour masquer la véritable puissance du salariat. Le but est d’empêcher les 30 millions de salariés, 90 % des actifs, de prendre conscience collectivement qu’ils sont une même classe, ont les mêmes intérêts et peuvent donc renverser et transformer en profondeur la société d’exploitation qu’ils subissent.
Macron en 2017 prônait une « société sans statut », une société post -salariale » « sans cotisation sociale » et ses premières ordonnances « Pénicaud » ont consisté à détruire le code du travail déjà lourdement cassé dans ses fondements sous Hollande, par les lois Sapin, Macron, Rebsamen, El Khomri.
Tous les jours, ils inventent quelque chose, soit que le salariat s’hétérogénéise, soit que le salariat n’est pas une classe, soit que la précarisation et l’ubérisation (le retour aux tâcherons) sont l’avenir. Ils veulent supprimer les salaires bruts, la durée légale du travail à 35 h, les droits et dignité du travail, les conventions collectives, les prud’hommes, les institutions représentatives du personnel, la médecine du travail, l’inspection du travail, les contrats et protection contre le licenciement, c’est-à-dire tout ce qu’ils ont été historiquement obligés d’accorder en échange de la subordination du travail. Ils prônent une « soumission librement consentie ».
Coup de tonnerre programmé pour juin 2026 :
Et puis voilà que déboule une directive européenne 2023/070 adoptée en avril 2023, visant à renforcer la transparence salariale et qui doit s’appliquer d’ici au 1er juin 2026.
Elle vise à renforcer le droit des employés à l’information, en particulier les femmes, à demander et obtenir des informations sur leur propre niveau de rémunération et les critères de fixation des salaires et les écarts par rapport à leurs collègues. Ce droit peut aider à lever les barrières à la négociation salariale et sensibiliser davantage les salariés à leurs droits collectifs. Des sanctions sont prévues en cas de non-respect par les employeurs incluant des amendes, la suspension de certains avantages, l’obligation de corriger les écarts détectés.
Un rapport sur les écarts de rémunération deviendra obligatoire tous les ans dans les entreprises de 250 salariés et plus et tous les 3 ans dans celles entre 100 et 249 salariés.
La feuille de paie est le plus important dans la vie de 30 millions de salariés.
Ce qu’ils mangent, comment ils sont logés, soignés, l’avenir de leurs enfants dépend de la feuille de paie. Elle va être rendue publique : cette transparence va révéler les écarts de rémunération femmes-hommes, employés-cadres, soulever les questions d’équité au travail, entrainer, si les syndicalistes s’y prennent bien, la révision des grilles de salaires et la mise à mal des discriminations. Cela vaudra dès les salaires offerts à l’embauche.
Les salariés déjà en poste bénéficieront d’un droit d’accès étendu aux critères qui déterminent leur niveau de rémunération. Ils pourront notamment demander : les critères de classement des postes ; les conditions d’évolutions salariale ; les règles liées à l’expérience, aux compétences ou aux responsabilités. Résultat : les entreprises devront disposer de systèmes de rémunération structurés et cohérents. Les écarts existants devront être justifiés.
80% des patrons disent n’y être pas prêts. La directive dit « vouloir créer une culture d’équité ». Le salariat, sous le choc, peut trouver l’occasion d’exiger une culture d’égalité « à travail égal salaire égal »
Ils vont tout faire pour empêcher ça
Déjà c’est la panique à bord au Medef. Ils disent « craindre les tensions en entreprise ». Ils cherchent à empêcher la transposition, à banaliser la directive, comme ils ont fait pour les textes précédents (loi du 22 décembre 1972 sur l’égalité salariale, article L3221-2, lois des 4 août 2014 et du 5 septembre 2018 sur l’égalité professionnelle).
Mais c’est l’occasion d’une bataille explosive. (Et l’occasion d’exiger la transparence bancaire et la transparence fiscale). Contre les primes abusives et injustes, éléments de salaires non-soumis à cotisations, il y a de quoi défendre les grilles de salaires que les patrons ne veulent plus négocier, échelons, niveaux, coefficients.
Lecornu, Farandou prennent les devants :
Afin d’anticiper en faveur du patronat et dans la foulée du budget maudit adopté pour 2026, chaque jour, le gouvernement prend des décrets pour abaisser le coût du travail : il vient de baisser les budgets formation professionnelle de 5000 euros à 1500 euros, il vient d’augmenter les frais d’hospitalisation, le coût d’une carte grise, les taxes sur les petits colis, la majoration des allocations familiales repoussée de 14 à 18 ans… Et enfin il s’appuie sur la signature d’un accord par la CFTC et la CFDT diminuant la durée des droits à chômage en cas de rupture conventionnelle. Farandou se dit ravi « -On est au-delà de ce que demandait le gouvernement. Le gouvernement demandait 400 millions d’économies, on aura 500 millions et même 1 milliard à vitesse de croisière »
Cette volonté rapace de diminuer le pouvoir d’achat, disons-le, est plus lourde de conséquences pratiques dans la vie économique et sociale, que les polémiques artificielles qui règnent sur les plateaux de télévision.
C’est la question des salaires et l’état d’esprit du salariat qui comptent pour battre la droite et l’extrême-droite.
Gérard Filoche (28 fev 26)








