Mon intervention au nom de GDS à la marche du 16 octobre

 

Nous sommes là dans ce dimanche à Paris avec une très large unité, elle fait la force du combat que nous menons pour le salariat,

En 2022 un tournant historique a eu lieu,

Avant c’était la tragédie de la division, et avec la division il n’y avait aucune chance de gagner face à Macron, avec la division du salariat et de la gauche, les capitalistes et le patronat réussissaient à nous bloquer

Mais en 2022 c’est changé

2022 est l’année du redémarrage de la gauche avec son unité, avec la NUPES,

Après de longues années de division, nous sommes là enfin ensemble

La NUPES ce n’est pas seulement quatre partis, ce sont des millions de militants mobilisables, derrière

Il y a EELV, LFI, PCF, PS mais il y a aussi Générations, GDS, Ensemble, Nouvelle Donne qui vont parler à ce micro après moi,

Toutes les sensibilités comptent, grands partis ou petits, partis, associations grandes et petites et syndicats,

Il faut respecter chacun, écouter chacun, il faut associer toutes les nuances de la gauche, démocratiquement, la démocratie ce n’est pas du temps perdu, c’est du temps gagné, de l’énergie gagnée, des forces nouvelles gagnées,

C’est ça la NUPES : être le plus large possible à gauche dans le combat avec les salariés si nous voulons gagner,

C’est l’ère des salariés contre tous les patrons à la mode Total

L’unité en 2022 c’est une nouvelle chance, un nouvel élan, un nouvel avenir

Nous avons un « programme partagé »,

Et je suis un assez vieux militant (jeune depuis plus longtemps que les autres) pour savoir la valeur de ce programme, il est excellent exceptionnel, le plus important depuis des décennies,

Quand nous parlons « vie chère » nous défendons le salaire,

Pas les primes aléatoires, manoeuvrières et éphémères, pas l’intéressement ni la participation bidon, pas les actions bidon, mais le salaire,

Le salaire

Le salaire net et brut

1500 euros net

C’est 1900 euros bruts

La CGT dit 2000 euros brut, elle a raison,

Il faut dire aussi 300 euros pour tous pour unifier tous les salariés

Indexer les salaires sur les prix,

Et pas de salaire supérieur à 20 smic pour répondre au patron de Total

ça suffit qu’ils se goinfrent en haut

Alors qu’il y a 10 millions de pauvres et que le salaire médian est de 1780 euros

Nous avons à nous défendre face aux offensives de Macron contre le salariat contre les retraites, contre les chômeurs, contre l’expulsion de 600 000 élèves des LEP, contre l’ubérisation, contre le faux bénévolat, pour la reconnaissance du statut de salariat  avec des droits, un code du travail, sans précaires (pas plus de 5% de non CDI par entreprise c’est dans notre programme NUPES),

Macron veut supprimer les cotisations sociales, là j’attire votre attention nouvelle : Macron veut supprimer les cotisations accidents du travail et la caisse spécifique accidents du travail, il veut que les patrons ne les paient plus,

Ne laissons pas faire, aujourd’hui c’est une marche de plus après le 29 septembre,  nous continuons le 18 octobre, avec les syndicats, avec tous les syndicats si nous pouvons, le front le plus large, le plus déterminé, le plus massif,

C’est le chemin de la NUPES,

Sans elle, sans son programme, sans nous souder dans la lutte comme dans les urnes nous ne pourrions pas gagner

Mais là avec la NUPES et son « programme partagé »,

On peut,

Avec des collectifs partout on peut,

Avec de la vie démocratique et sociale partout, on peut

Avec la NUPES on peut !

Unité !

 

Gérard Filoche

(cette intervention oralement approximative peut être écoutée sur le site GDS-DS.org et sur tweeter. Ella été faite sur un petit camion placé loin au 4° rang dans la manifestation, je fais observer qu’il y avait un grand camion au début de la manifestation, facile d’accès, mais que les « petites » organisations ont été obligées de parler dans des conditions inconfortables, avec un escabeau difficile pour accèder au « petit » camion, que c’est incorrect voire humiliant que l’hégémonisme se manifeste ainsi…

j’en profite pour dire que les bousculades, violentes, de plusieurs dizaines de minutes, qui font mal et qui laissent des traces physiques, au début au sein du « carré de tête » pour empêcher que des visages trop connus n’apparaissent autant que c’était légitime, c’est aussi inacceptable. Depuis de longues décennies je n’ai pas vu pareil  comportement et il faut le dire quand il est temps, ne pas laisser passser ça pour ne pas le laisser se reproduire.)

 

 

 

Mon intervention au « parlement » de la NUPES samedi 15 octobre :

Bonjour, ravi d’être ici pour échanger, c’est bon le débat d’idées

D’ailleurs nous sommes en plein boulot à la veille de la marche contre la vie chère,  quand on distribue un tract les gens nous demandent qu’est-ce qu’on entend par là, « vie chère » pouvoir d’achat » c’est flou, parce que nous on n’est pas du tout pour des primes, ni l’intéressement, ni la participation ou des «actions » bidon

On est pour des salaires, des salaires nets et bruts,

Le smic à 1500 euros net et 1900 brut,

Préciser le brut c’est utile

En fait la CGT est pour 2000 brut elle a raison, et puis avec le mouvement  autour de total il faut préciser, on nous le demande, pour les autres, 300 euros pour tous, une augmentation chiffrée uniforme pour rétablir le partage des richesses,

On défend l’indexation des salaires sur les prix et des retraites,

C’est les idées qu’il faut débattre en ce moment,

Donc on est là pour ça à ce « parlement »

C’est dans le programme de la NUPES, il est excellent ce programme, avec ses 650 mesures, par exemple face au PDG de Total, il contient l’idée clef d’un salaire maxima à 20 fois le Smic, il faudrait le dire davantage.

Et aussi pas plus de 5% de non CDI dans les entreprises car cela rassurerait sur notre intention de combattre la précarité,

Et puis aujourd’hui Macron veut supprimer les cotisations patronales et la caisse accidents du travail, c’est grave, il faut s’emparer de ça et le refuser, il détruit les cotisations sociales

Bon mais sommes nous un « parlement » ? Plutôt un conseil économique et social, non ?

Moi je suis venu le 29 mars dernier c’était présenté comme le parlement de l’UP, de ceux qui votaient Mélenchon maintenant tout a changé,

y pas eu de reunion entre temps,

mais c’est celui de la NUPES maintenant

c’est pour cela qu’il y a Corinne Narassiguin, Sophie Taillé-Polian, Manon Aubry à la tribune avec Aurélie Trouvé, manque quelqu’un du PCF, mais c’est quand même devenu, enfin, unitaire, c’est historique et on rassemble au delà des partis, car il n’y en pas que quatre dans la NUPES, il y a aussi Générations et puis GDS, Ensemble, Nouvelle Donne, PEPS… toutes les sensibilités ont leur place en démocratie

c’est que j’ai dit avec 2000 signataires par un petit mot envoyé à Aurélie puisqu’elle nous avait demandé d’envoyer des contributions,  je regrette qu’elles ne vous aient pas été distribuées aujourd’hui, mais on me dit elles vont l’être

On est réunis à 5 stations de métro d’ici à l’Ageca, on aurait pu se réunir en commun, et prendre en compte nos idées communes

Il faut préciser qui on est,

comme le camarade qui m’a précédé le proposait : un tiers de politiques des différents partis, un tiers de personnalités, experts, artistes, un tiers de militants qui se sentent  concernés tirés au sort…

Là, en-bas il y avait 2 camarades de la Loire, elles voulaient entrer, je leur avais proposé s’il y avait de la place, il y avait été dit que la salle était trop petite, 100 places, que tout le monde ne pourrait pas, mais il y a 50 chaises de libres, ca aurait été donc possible

Qui décide ? Qui décide ?

Faut un bureau, équilibré au consensus, une assemblée recensée, et réellement unitaire

Vous savez si une des composantes de la NUPES convoque seule un réunion, il y a moins de monde que si toutes les composantes se mettent d’accord pour le faire !

La démocratie ce n’est pas du temps perdu c’est du temps gagné, c’est de l’énergie en plus

La procédure est sœur jumelle de la démocratie, et la démocratie est soeur jumelle de l’intelligence collective, c’est ainsi qu’on fait apparaître et vivre les idées les plus judicieuses et qu’on peut éclairer le combat collectif de la NUPES , qui elle aussi, a besoin de vie à la base, de comités de base, d’assemblée unitaires ouvertes…

 

(Je n’avais plus de temps, il était limité à 2 minutes juste avant que mon tour ne vienne On était 50 dans la salle et environ 25 en Visio…apres il y a eu un atelier   »fonctionnement » mais on m’a dit que ceux qui avaient parlé en AG, ne pouvait plus reparler, du coup je n’ai eu aucune réponse à mes questions…)

 

Progrès, salariat, socialisme sont des idées neuves

pour la revue « Commune »

Confronté à un examen médical dans le bel hôpital parisien de Cochin,  une coronarographie,  on ne peut que s’éblouir  d’une pareille technicité au service de la survie : un plateau de sept soignants hautement formés et motivés, une sonde qui passe par l’artère du bras, franchit l’épaule, remonte au cœur,  examine de l’intérieur, tout cela se voyant en direct sur l’écran et permettant de détecter l’insuffisance cardiaque que l’on peut encore traiter chez un homme de 77 ans.

Le progrès existe.

Il a fallu de longs siècles mais les humains ont appris à prolonger leur vie, et à se protéger relativement de la douleur. Pour n’être pas victime de la gangrène, on n’ampute plus un membre, sans autre anesthésiant qu’un bâton dans la bouche.  Pour faire face à la « maladie de la pierre », on n’est plus obligés, comme Montaigne, de traverser l’Europe à cheval, il existe des lithotripteurs.

Dans un pays comme la France, l’espérance de vie a doublée depuis deux siècles, même si elle est reste limitée à 63 et 64 ans en bonne santé.

Oui, mais qui a accès à un plateau d’examens médicaux dans de bonnes conditions à Cochin ?  Qui bénéficie d’une Sécurité sociale,  basée sur des cotisations elles-mêmes basées sur le travail, et qui en assurent la gratuité ?  Qui est sûr que cette qualité et gratuité de soins restent un acquis ? Qui jouit d’une retraite décente quand il ne peut plus travailler ? Qui est certain que le « progrès » à tendance à s’étendre à tout le pays et à l’humanité  entière ?

Plus personne ne peut être sûr.

Impossible d’être certain qu’une guerre nucléaire ne va pas anéantir tout ça. Ou une évolution tragique du climat.

Le système capitaliste broie régulièrement le meilleur de lui-même.

Ce qu’il a laissé conquérir par ses travailleurs, il le remet sans cesse en cause. Chaque année il produit 2000 milliards d’armement, plus que ce qu’il dépense pour la recherche en santé contre les pandémies ou pour la défense de la planète contre le réchauffement climatique. Il engendre des revendications qu’il ne peut satisfaire et aggrave les inégalités, le chômage, la misère. Un jour il permet le droit à l’avortement et le lendemain il remet en cause le droit des femmes de disposer de leur corps. Le capitalocène est un système basé sur la compétitivité, sur la recherche du profit maximum donc forcément orienté vers la guerre pas vers la défense de la nature et de l’environnement. Il est capable de toutes les barbaries puisque c’est déjà un système où huit hommes possèdent autant que la moitié de l’humanité et qu’ils combattent tout mécanisme de redistribution, de partage, de marche à l’égalité, à la fraternité, à la liberté.

L’idéologie dominante n’est pas celle des exploités, des opprimés, du progrès mondial, mais celle des possédants, de la loi des plus forts, des conservateurs, des obscurantismes, des fanatismes, des nationalismes.

Alors a t on une chance de « progrès » pour les huit milliards d’humains soumis à des systèmes de production incontrôlés et pillards, à des développements brutaux et inégaux. Le chaos ne va t il pas l’emporter ? Les impérialismes vont-ils briser la planète ?

Pourtant les idées de socialisme, de société de partage, de redistribution des richesses, de défense de la nature, de fraternité internationaliste, existent bel et bien, dans tous les pays, et elles sont mêmes puissantes, mais quelles sont leurs chances de l’emporter contre la barbarie ?

La réponse est que ce n’est la tâche ni d’un Dieu ni d’un César, mais d’une force sociale assez puissante, assez organisée, assez consciente, assez décisive dans le processus de production des richesses pour renverser le capitalisme et l’organiser autrement.

Il n’y en a qu’une : le salariat.

Depuis 30 ans le salariat monte sur la planète. Ce sont ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et conquièrent des droits en la défendant et en la vendant. 54 % des actifs sont salariés, un milliard de plus ces dernières décennies.

Dans une société avancée comme la France, on est passés de 3 millions de salariés en 1910 à 30 millions en 2010, soit 90 % des actifs. C’est ce salariat qui est désormais la classe majoritaire. Point besoin de parler confusément de « classes moyennes » (sic) de « couches populaires », il n’y a qu’une classe fondamentale : il y a un « bas » un « milieu » et un « haut » du salariat, de l’ingénieur au balayeur, de la ville à la campagne, tous n’ont que leur force de travail à vendre. Leur intérêt de classe est le même. Leur salaire médian est autour de 1800 euros, et 90 % d’entre eux gagnent moins de 3200 euros. Seul le travail crée de la valeur.

C’est ce salariat qui est le mieux placé, objectivement, pour exiger un bon salaire, des bons services publics en santé, en école, en logement, en transports, en énergies, en défense de l’environnement. C’est ce salariat qui a conquis des institutions représentatives dans les entreprises,  une fonction publique indépendante,  des comités d’entreprise,  des délégués du personnel, des délégués syndicaux,  une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail, un code du travail, des conventions collectives,  une sécurité sociale et des retraites basées sur le salaire. C’est ce salariat qui produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite, il a intérêt à une République démocratique, sociale, laïque, écologique, féministe, internationaliste, pacifique,

L’existence exploitée détermine tôt ou tard la conscience qui rejette cette souffrance. Le salariat n’a pas forcément conscience au jour le jour de sa force, mais dans l’action il est capable de progresser de façon phénoménale et à toute vitesse, cela s’est vérifié à chaque grande mobilisation, en mai 68 en France et partout dans le monde. Et il y en a toujours, il y a des cycles du mouvement des masses : c’est d’eux dont dépend le progrès, son développement, sa confirmation.

C’est aux partis de gauche, syndicats, associations d’incarner le salariat, d’agir pour son unité, condition de sa conscience et de sa force. La gauche est pluraliste comme le salariat. Elle doit être démocratique pour que le grand salariat se retrouve en elle. Fi des appareils et des chapelles, le socialisme est une idée neuve, il ne peut pas y avoir de socialisme dans un seul pays ni sans démocratie, mais pas non plus de démocratie sans un nouveau grand parti démocratique de masse.

La démocratie sera l’oxygène de la société future de partage et de paix. Et du progrès.

Gérard Filoche (gerard.filoche@gmail.com)

 

Défendre le salariat, grande classe révolutionnaire majoritaire, attaqué de toutes parts

Nous sommes 30 millions de salariés, 88 % de la population active, nous n’avons que notre force de travail à vendre, du balayeur à l’ingénieur, à la campagne comme à la ville. Les chômeurs sont des salariés temporairement privés d’emploi. Les jeunes sont des salariés en formation. La retraite n’est pas un impôt ni une épargne, les retraités vivent grâce aux cotisations versés en temps réel, en direct par ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent plus. Le salariat produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite. C’est le travail qui crée de la valeur.

Depuis un siècle, le salariat est devenu majoritaire sociologiquement et socialement. Il avait conquis, de 1910 à 2010, en passant de 3 millions à 30 millions de travailleurs , un code du travail, des conventions collectives, des institutions représentatives du personnel (IRP), des comités d’entreprise, des délégués du personnel, des délégués syndicaux, des conseillers prud’homaux, des conseillers mutualistes, des « CHSCT », une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail,  des cotisations pré affectées et une sécurité sociale, une assurance chômage, une retraite par répartition, des logements sociaux, et des services publics, des fonctionnaires à statuts, … cet ensemble de droits sociaux étaient les prémices matériels, structurels, de son futur pouvoir lorsqu’il serait assez conscient, fort et uni pour remplacer la classe dominante.

Depuis 20 ans, tout cela a été attaqué en force par les gouvernements capitalistes libéraux (y compris violemment par le gouvernement Hollande Valls agissant de 2012 à 2017 contre son camp).

Avec sa « Révolution », Macron, depuis 2015,  va le plus fort et le plus loin possible contre le salariat : il casse le code du travail en chaque occasion, il liquide les conventions collectives, il fait fondre les « IRP » (de 425 000 a 200 000), il a liquidé les élections prud’hommes et diminué leur activité de 60 %, il liquidé quasiment par deux la médecine du travail, il a rogné l’indépendance de l’inspection du travail et ses missions, il a supprimé les CHSCT, réduit les CE et les DP, affaibli les syndicats en entreprises, il a  supprimé l’assurance chômage, il bloque le smic et les salaires nets,  bruts et super bruts, il détourne peu à peu les cotisations sociales en annonçant ouvertement leur « suppression », il utilise à d’autres fins les cotisations retraite, et fiscalise progressivement le budget séparé de la protection sociale. Il appuie « l’ubérisation » basée sur « l’auto entreprenariat », c’est à dire l’absence complète de statut et de droits. Il veut remplacer le contrat de travail collectif par des contrats commerciaux de gré à gré, il appelle à une « société post-salariale ». Il individualise la formation et l’apprentissage. Certes il ne pourra faire reculer les 90 % d’actifs salariés mais il est parvenu depuis 2017 à les « rogner » à 88 %.

Contre Macron, nous défendons le salariat comme un ensemble de droits, de statuts, de conquêtes communes aux 30 millions de salariés : pied à pied nous défendons la hausse du smic et des salariés nets et bruts indexés sur les prix. Le salaire net permet de vivre au mois le mois. Le salaire brut permet de vivre toute la vie. Les cotisations sociales sont une part du salaire mutualisée, versée dans un pot commun et redistribuée à chacun selon ses besoins, ce n’est pas une charge sociale, c’est un bonheur. Ce n’est pas un impôt mais du salaire. Ce n’est pas un « prélèvement obligatoire» c’est un bas de laine collectif qui protège de façon égalitaire les assurés sociaux, contre l’accident du travail, contre le chômage,  contre la maladie, pour le logement, pour les enfants, pour la retraite. Ce n’est pas de l’assistanat, ce n’est pas des « allocs », c’est du salaire légitime qui est un produit du travail.

Macron essaie d’exclure les salariés du salariat : c’est le sens de sa casse de l’assurance chômage, et de tout son soutien à l’ubérisation. Pied à pied nous l’en empêchons. Nous voulons que tous les exclus puissent revenir au travail, avec tous les avantages liés aux statuts antérieurs et à la conquête de nouveaux  droits. Notamment la recréation d’une « grande Sécu » universelle, pour tous les actifs, gérée démocratiquement avec des cotisations uniques proportionnées, et élections aux différentes caisses par les assurés, avec un Parlement social pour le budget de la protection sociale.

GF

 

 

 

 

Sans démocratie pas de socialisme Sans parti démocratique non plus

Le débat sur la démocratie devrait être prise à bras le corpsà gauche. Nous sommes toujours en retard sur cette question vitale.

La gauche, c’est d’abord une base sociale. Puis une organisation en partis, syndicats, associations. Et, dans son histoire, tous les errements, les trahisons, et jusqu’aux contre-révolutions, sont dus à l’absence de démocratie ou aux carences de cette dernière en son sein.

Sur le dos du salariat en lutte, se sont construits des appareils qui se sont émancipés du respect de l’obligation d’écouter, d’associer et d’incarner fidèlement leurs « bases ». Ces appareils, formels ou informels, réduisent ou détruisent la démocratie interne pour s’en émanciper et défendre leurs intérêts bureaucratiques au détriment de la large masse des adhérents ou sympathisants.

L’histoire le prouve : pour qui veut mener des combat politiques émancipateurs dans nos sociétés, les partis sont indispensables. L’organisation collective structurée est indispensable à  l’action collective, s’inscrivant dans la durée permettant mobilisations de masse,  élaboration collective, formation de cadres, présence contrôlée dans les institutions …

Aujourd’hui  la forme parti est fortement dépréciée ;  dans l’imaginaire il signifie bien souvent « bureaucratie, appareil, professionnalisation » ; (re) trouver le chemin d’un véritable fonctionnement démocratique  capable de combattre toutes les dérives est aujourd’hui indispensable.

Mener ce débat constitue une question préalable pour l’existence et la croissance de la gauche nouvelle qu’entend incarner la NUPES.

 

Pour une société démocratisée

Par opposition au capitalisme, société d’exploitation et de compétitivité qui dresse les classes sociales et les humains les uns contre les autres en les mobilisant pour la suprématie et la guerre, le socialisme est une société de partage qui produit de la révolte libératrice des ttravailleurses et travailleurs salariés, rapproche les humains et les émancipe individuellement tout en leur donnant les moyens matériels et intellectuels de vivre ensemble.

L’existence détermine la conscience, et celle-ci à son tour crée, par la démocratie, les modifications de l’existence.

La démocratie s’use dès qu’on ne s’en sert pas. Avec la démocratie, on ne perd jamais de temps, on en gagne.

La démocratie n’est pas un cadre, pas une technique, ce n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode, de l’oxygène ; elle est élément fondamental du programme de la révolution sociale. Elle fait partie du « but » visé, pas seulement des « moyens » nécessaires de la lutte de classes.

La démocratie est une pédagogie et un instrument permanent d’action, une protection et une surveillance de masse réciproque, un échange matériel garantie d’efficacité. Elle est le cœur, l’énergie de tout programme de révolution sociale et de sa mise en œuvre. C’est l’auto-organisation du mouvement de masse par les masses elles-mêmes : le salariat opprimé, exploité ne peut se révolter et gagner sans la démocratie maximum qui unit et décuple ses forces. Priorité aux comités de base.

La démocratie n’est ni un système nerveux centralisé, ni un système gazeux délétère; elle ne vient pas « d’ailleurs », pas de « l’extérieur ». Elle n’est pas en dehors de l’action de masse. La démocratie est pensée et se pense, s’organise de façon endogène comme interaction à tous les niveaux, de la base au sommet. Elle doit être faite de l’attention de tous, à la fois des désaccords et de l’accord de tous, des débats autant que de la décision. Impossible d’être aussi bien pour la réforme que pour la révolution sans pousser jusqu’au bout cette démocratie. C’est une praxis,un brassage d’expériences, une expérimentation collective qui homogénéise, intègre, développe en respectant à l’infini toutes les sensibilités. En mai-juin 68, des millions de salariés ont plus appris en quelques jours et en quelques semaines qu’en plusieurs mois, voire en plusieurs années. C’est en se mélangeant que les meilleures idées gagnent la masse.

Parce que notre classe sociale est pluraliste, son unité ne se fait que par la démocratie. C’est la condition de l’expression authentique d’une classe, d’un peuple, de l’élaboration et du respect des décisions, du succès pratique de leur mise en œuvre. La démocratie n’est pas verticale, ni césariste, elle est pluraliste, horizontale, participative, de terrain, avant d’être représentative.

La démocratie est d’abord l’action de masse, collective, l’apprentissage pratique, vécu, de la socialisation, du partage, en sororité et fraternité. C’est l’apprentissage vécu de la généralisation de l’égalité des droits, de la commune à l’Assemblée nationale. La société est d’autant plus transformée collectivement en profondeur que les consciences le sont par l’action. C’est l’insurrection sociale qui génère l’insurrection civique, pas l’inverse.

 

C’est la force des assemblées et des luttes qui exprime, incarne et soude le salariat majoritaire et qui libère, par ricochet, les autres parties du peuple. C’est ce qui fait qu’à tous les stades de la cordée, la cuisinière, l’infirmière, la femme de ménage, l’écrivaine, le chauffeur-livreur, le balayeur, le vendeur, l’ingénieur, le professeur, le conducteur de travaux, le gestionnaire, sont en mesure de connaître, comprendre, donner leur avis, de modifier le cours des décisions, de la construction, de l’élévation sociale commune.

Libérée et démocratisée, la société peut alors créer plus, innover plus, produire plus, redistribuer toujours mieux, faire face aux plus grands des défis, face à tous les besoins collectifs sociaux et écologiques.

 

Pour un parti démocratique et pluraliste de la gauche sociale et écologiste

Il ne faut pas chercher à nier ou méconnaître que, dès qu’il y a représentation, élection, division des tâches, dans toute organisation qui combat la société capitaliste et au-delà, naissent des tendances négatives, matérielles qui facilitent la création d’appareils qui échappent et nuisent à la démocratie.

Des conquêtes matérielles partielles, des avantages moraux, intellectuels, des corruptions surgissent facilement et sont l’apanage des directions et dirigeants des partis, syndicats et associations qui expriment, incarnent le salariat en lutte pour la révolution sociale. Il y a des dangers professionnels du pouvoir. Le capitalisme se défend en divisant et en corrompant : « La domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers » (Friedrich Engels).

 

Les « appareils » sont de caractère contradictoire : ce sont des couches bureaucratiques formalisées ou non, cristallisées ou non, qui se détachent et échappent plus ou moins au contrôle de leurs bases, de leurs mandants. Car pour exister, il leur faut, à la fois incarner leur base sociale suffisamment pour que celle-ci les soutienne et leur donne la force suffisante pour acquérir des avantages et prébendes auprès de la classe bourgeoise dominante, notre adversaire historique. Cette dernière achète ainsi la paix sociale à peu de frais et impose d’autant plus aisément la contre-révolution. Cela a produit, de par le monde, nombre de « partis ouvriers bourgeois » hybrides, les pieds dans le salariat, la tête dans les institutions bourgeoises – bonapartistes ou non. À force de côtoyer le haut, ils se distancient du bas, et le salariat, trahi, en paie le prix fort. On a ainsi connu cela dans la IIe, puis dans la IIIe Internationale, les errements sociaux-démocrates, puis le cancer du stalinisme. Cela a été le fait de grands partis de masse et de petits partis sectaires. Cela a été le fait de courants anciens ou de courants nouveaux, le vieux SPD allemand comme le bien plus récent Parti des travailleurs brésilien, le PS français depuis plus d’un siècle comme le jeune mouvement Podemosen Espagne.

Ces appareils ont des caractéristiques connues : plus ils sont flous, moins ils ont de règles, en l’absence de transparence et de contrôle ; moins ils ont de genèse historique claire, de théories solides et éprouvées, d’implantation militante profonde, de liens avec les meilleures traditions de la classe sociale dont ils émanent, plus ils sont capables de versatilité, d’opportunisme, de zigzags bureaucratiques et finalement de trahisons.

Il n’y a pas de vaccins contre les appareils et les trahisons. La menace est toujours là. Seuls le rapport de force social, l’éducation et la vigilance conjuguée de millions de salariés nous en protègent vraiment.

Cela doit donc faire partie de l’éducation et du programme de la gauche que de mettre en œuvre le maximum de garde-fous : il faut établir les meilleurs statuts possible, et, parce que leur « technicité » – même poussée à la perfection – ne suffit pas, il faut savoir les faire vivre au mieux.

Les meilleurs statuts, les plus démocratiques, peuvent être dénaturés. Mais, sans statuts démocratiques, la dénaturation est certaine et a toujours abouti sur des explosions, des crises et des scissions, encore plus brutales et décourageantes sans garde-fous.

 

Pour un parti féministe et antiraciste

Le combat que nous menons pour l’émancipation sociale intègre le combat contre toutes les formes d’oppressions en  particulier contre l’oppression patriarcale et contre toutes les formes de racisme notamment liées à l’histoire coloniale des pays occidentaux.

Toutes les formations de gauche qu’elles soient politiques, syndicales associatives doivent avoir à cœur de combattre en leur sein et dans leur fonctionnement les manifestations de ces oppressions. Instaurer la parité femmes-hommes de manière systématique dans le fonctionnement, permettre des expressions collectives, mettre en place des commissions ad hoc permettant de réagir à des cas de discriminations sexistes ou racistes sont aujourd’hui des étapes indispensables

 

Nos propositions

Le prix de la démocratie interne aux partis de gauche ne garantit pas à 100 % l’idéal, mais permet de s’en rapprocher :

Avec :

-      des critères de sélection, d’adhésion et d’éducation, de participation et de cotisations, et une formation militante continue. * L’adhésion formalisée nous semble une condition indispensable à un fonctionnement démocratique permettant d’associer tous les militant.e.s,  y  compris « la base » aux prises de décisions. Cette délimitation n’exclut pas d’autres formes de participation plus fluides qui peuvent correspondre d’autres formes d’engagement  la volonté d’un parti d’être accessible et ouvert ne peut se faire au détriment d’une véritable association de ses membres à une vie démocratique

-       La prédominance des instances de base, et des militants de base.

- des droits précieux et détaillés, du respect des idées, des sensibilités, des débats organisés, du partage de l’information, de la transparence du fonctionnement interne, une éducation et une acceptation du pluralisme

- des mécanismes d’élaborations collectives, de discussion organisée et minutieuse avec droit de tendances, de congrès avec libertés de votes, d’élections à la proportionnelle, de désignation des candidats et élus, de contrôle des mandats.

- un contrôle transparent et collectif des finances, des moyens matériels du parti, de ses organes de presse internes et externes, de la désignation et du fonctionnement des instances des élus dans les institutions. Le fonctionnement doit être public autant que possible, avec des commissions des conflits scrupuleuses, des commissions électorales pluralistes élues.

- une indépendance organisationnelle et statutaire respectée des syndicats et associations sœurs, des organismes qui concourent ensemble aux mêmes buts, mais avec des rythmes, des modalités, des bases et des programmations différentes.

- une exigence de moralité et d’intégrité optimales de la part de toutes et tous, élus, mandatés, porte-paroles ou simples militants de gauche. Pas de secte, ni d’avant-gardisme : le devoir d’exemplarité, tant que l’on vit dans une société capitaliste, ne peut être totalement disjoint d’elle et de ses tares, mais il convient de tout faire pour chercher à s’en protéger, s’en dégager au maximum en fonction des possibilités et des circonstances : comme le préconisait la Commune de Paris, militants et candidats doivent « ressembler aux nôtres », aux salariés.

 

Nous sommes pour un nouveau congrès du Globe (1905) permettant de construire une maison commune, pluraliste et loyalement démocratique, de toute la gauche sur un programme comme celui de la NUPES. Le maximum de règles démocratiques dans le parti de gauche à construire offre des garanties qui ne peuvent absolues, mais il est nécessaire au maximum de démocratie dans la société socialiste qui sera construite par ce parti ensuite. C’est le reste du programme social, écologique, internationaliste, et la mobilisation la plus forte possible des larges masses qui en garantira la réussite.

 

Gérard Filoche

 

 

Orwell : de l’unite du salariat

Le quai de Wigan

 

George Orwell écrit « le quai de Wigan » en 1934, publie à Londres en 1937. Les éditions Ivréa l’ont republié en 1995 en français (Champ livre, 260 p. 18 euros).

 

L’auteur y raconte le pays minier du nord de l’Angleterre. Il vit dans les logements insalubres et descend dans la mine : « La plupart des traits qu’on associe d’ordinaire au royaume  de Satan sont présents au rendez vous : la chaleur, le bruit, le tohu bohu, l’atmosphère fétide, l’air vicié et surtout, l’espace compté à un point insupportable » « Il faut être au fond et voir les mineurs à moitié nus pour se rendre compte des splendides types d’humanité qu’ils représentent ». Ils y descendent serrés dans une cage projetée à 100 km heure jusqu’à 400 m sous terre. Ils rampent dans des boyaux souterrains dangereux sur des longueurs de un à cinq kilomètres. Leur temps de travail n’est décompté qu’à pied d’oeuvre. Ils taillent la houille dans des positions torturantes de travail, un vacarme assourdissant, une poussière irrespirable : sur le front de taille, pendant 7 à 9 heures, à quatre pattes, dans un espace de 4 à 5 m, entre les bois de soutènement, les étançons, ils creusent avec des haveuses, des perceuses, des pelleteuses, des marteaux-piqueurs, des explosifs, des chargeurs qui concassent, trient, lavent et envoient le charbon abattu sur des convoyeurs avec des berlines.

« Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut».

Orwell réfléchit ensuite sur la situation politique et sociale de son époque, et s’interroge sur les raisons qui expliqueraient pourquoi le socialismene gagne pas davantage l’adhésion du peuple. Il a la lucidité, lui, journaliste, à la fois de ne pas flagorner les mineurs et de ne pas se distinguer d’eux : il recherche le point commun entre tous ceux qui ont une activité de production et vendent leur force de travail. On est tous salariés, tous victimes du capitalisme : « Ce que je dis par là, c’est que des classes distinctes peuvent et doivent faire front commun sans que les individus qui les composent soient sommés d’abandonner du même coup ce qui fait leur originalité. Le chat ne peut faire cause avec la souris. Le capitaliste ne peut faire œuvre commune avec le prolétaire. Mais il est toujours possible de s’associer sur la base d’un intérêt commun. Ceux qui doivent unir leurs forces ce sont tous ceux qui courbent l’échine devant un patron ou frissonnent à l’idée du prochain loyer à payer ».

 

NUPES NUPES NUPES !

Universités d’été et rentrée de la NUPES

NUPES, NUPES, NUPES c’est ce que criaient les 1500 participants à l’université d’été du PS le 27 août à Blois. Ils étaient trois fois plus nombreux que les années précédentes : résultat de la signature de l’unité de la gauche en avril-mai sur un « programme partagé » entre EELV, LFI, PCF, PS.

La venue d’orateurs et oratrices des Verts, des insoumis, des communistes, stimulait l’enthousiasme de celles et ceux qui soutenaient Olivier Faure comme étant le premier secrétaire qui avait redonné de l’espoir à un parti moribond.

Aile droite cornerisée :

Oh, il y avait bien des opposants : butte témoin figée depuis les années du quinquennat maudit Hollande-Valls, ils faisaient profil bas avec leurs 1,70% de voix confirmées le 10 avril 2022. Ils dénonçaient un parti socialiste « toutouisé », ce qui n’était ni adroit ni bien perçu par les militants et ça ne semblait pas le bon feeling pour tenter de gagner le congrès à venir. Quand ils faisaient, en douce, des « pots de l’amitié » identitaires comme celui de la fédération de Paris, il y avait tous juste vingt personnes…

Le PS serait mort s’il avait suivi les Cazeneuve, Hollande, Delga, Mennucci, Cambadelis. La Foll avait bien tenté une réunion scissionniste cet été à Arnage dans la Sarthe, elle n’avait réuni que 300 personnes, Delga et Cazeneuve n’avaient parlé que par vidéo., Hollande, vaincu à Tulle, s’était défilé comme toujours.  Reconstruire une aile droite anti unité de la gauche est une tâche désespérée pour ces gens qui ont saisi la justice contre leur parti, qui ont présenté 75 candidatures dissidentes, qui ont fait « flop » et n’ont eu comme résultat concret que de diviser en aidant à faire passer des candidats RN. Ils promettaient dans les couloirs de renverser la direction Faure, et s’apprêtaient à lancer un « appel » en ce sens ( ce que le JDD a rendu public quelques jours plus tard). Mais qu’ont ils donc à proposer à la gauche ? On désespère en les lisant de leur difficulté à se distinguer des macroniens, on ne voit pas ce qui leur permettrait de reconquérir un électorat qui souffre et qui n’entend d’eux que paroles vaines.

La direction Faure confortée :

Grâce à une réorientation à gauche (le smic à 1500 euros, la retraite à 60 ans, le droit du travail, la VI° république, le partage des richesses… ) les militants le disaient tous : « On a repris notre carte ». Et Olivier Faure s’était construit une figure politique en faisant les bons choix d’orientation. La construction d’un « intergroupe » entre les députés EELV LFI PCF et PS, a fonctionné assez bien. La collusion entre LREM, LR et RN s’est vue à l’Assemblée nationale tout au long du débat sur la question dite du « pouvoir d’achat » : la seule opposition est donc bien la NUPES. Et s’il y a quelques anicroches de ci, de là, c’est normal, après 5 ans de division et seulement 5 mois d’unité. Le nouveau « ton » combatif de la direction du PS lui vaut la grâce des militants de toute la gauche, certains étant parfois étonnés et éberlués de ce renouveau : c’est que la nature de classe du PS est inchangée, et qu’il peut donc renouer avec les meilleurs moments de sa longue histoire. Le camp de la gauche toute entière s’en trouve conforté et cela permet d’affronter dans de bonnes conditions la rentrée des luttes sociales, les journées d’action des 22 et 29 septembre, la construction d’une montée nationale à Paris réunissant partis, syndicats, associations pour la hausse massive des salaires face à une inflation menaçante à 8%.

Dans la Drôme, AMFIS mobilisés :

Est-ce le Parti de gauche, est-ce la France insoumise, est-ce l’Union populaire,  est-ce la Nouvelle union populaire écologique et sociale ?  Ça semble le tout en « un ». 5000 mille personnes sont passées à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme aux Amfis dans la semaine du 21 au 28 août. En pleine nature et sous des cieux cléments, conférences, débats, ateliers, aux « Amphis » c’est une formation de  qualité qui est diffusée à toutes celles et ceux qui y viennent avec enthousiasme. On mesure l’immense chemin parcouru : en 2021, il n’y avait pas d’esprit unitaire, et cette année, il domine.

Ce tournant est visiblement bien pris par tous les militants : les sceptiques, les ronchons n’ont aucune expression.  Le bilan est indiscutable : oui, on défend le « programme partagé », oui, on se bat pour une unité durable. Manuel Bompard le dit « on se bat pour des liste communes aux européennes, mais aussi aux municipales, aux départementales, aux régionales ». Et s’il n’est pas question d’ouvrir LFI à des débats de courants internes, il est accepté d’expliquer pourquoi.  Oui à un débat organisé entre LFI et GDS à propos de la démocratie dans les partis et dans la gauche : il se déroulera vers le début d’octobre 2022.

La combativité des Amfis est grande et une grande fraternité y règne à la base : militants jeunes, militants syndicaux, nouveaux élus, invités se mêlent  et sympathisent avec l’assurance que le combat de la NUPES ne peut plus être arrêté. Si un des groupes veut « sortir » il perdra. Pas de son de cloche dissonant, tous félicitent « les unitaires »

Des nouvelles viennent de partout : de Blois mais aussi de Grenoble et de Strasbourg.

Cela semble plus compliqué à Grenoble, où les Verts sont à nouveau partagés, mais si Jadot tirent dans un sens, Bayou, Piolle, Rousseau tirent en faveur de l’unité réalisée. Si les Verts en reviennent à un « superbe triomphalisme cert » à leur congrès de fin d’année, et s’il refusent  le projet de liste commune en 2024, ils en paieront le prix électoral à nouveau.

Quand aux nouvelles de Strasbourg, où se réunit le PCF, imagine-t-on les raisons et les moyens d’une rupture ave la NUPES, alors que toutes leurs forces y ont été engagées ce qui leur a redonné un groupe parlementaire ?  De ci de là, les petites différenciations de Fabien Roussel ne suffisent pas à contrarier les votes communs à l’Assemblée et bientôt les luttes sociales dans la rue et dans les entreprises.

La grande presse est aux taquets : elle cherche les moindres points de clivage, elle souffle inlassablement l’air pollué de la division. En vain. Le « programme partagé » en 650 mesures est un ciment solide. C’est sur lui qu’il faut s’appuyer. Les escarmouches échouent. Dans les syndicats, c’est la recherche d’une unité équivalente à celle de la NUPES pour les luttes de septembre et octobre.

Face à la menace d’alliance LREM LR RN, chacun sait qu’il n’y a pas d’autre alternative que la NUPES.

Au point qu’à la base les assemblées locales vont au-delà de ce qui est prévu par les directions, les assemblées de circonscriptions s’auto-dépassent en assemblées départementales, l’idée de collectifs de base NUPES se répand. Chaque fois qu’on construit et développe la NUPES on fait mal à Macron. Et cette fraternisation à la base au-delà des appareils, est possible et nécessaire pour gagner en dynamique la prochaine fois.

Une université commune de la NUPES en automne ?

 

 

Macron agent d’Uber

 

À peine révélée dans la grande presse avant l’été, la trahison de Macron est bien trop vite passée à la trappe. Et pourtant ce n’est pas une mince affaire qu’un ministre de l’Économie en exercice, dès 2105 se soit fait le complice masqué d’une entreprise de démolition du statut du salariat comme Uber.

Ca vient de loin, des 316 propositions de la commission Attali mise en place par Sarkozy, de la volonté de casse du statut des taxis, le but étant de libéraliser totalement leur métier en faisant d’eux des esclaves d’une plateforme donneuse d’ordre. Dès sa 1e loi 2015 Macron cachait dans ses 106 articles un « bug » : il supprimait subrepticement l’article 2064 du Code civil qui excluait le droit du travail des conventions amiables, permettant le rapprochement du contrat de travail d’un contrat commercial, et attribuant aux  simples tribunaux d’instance la fonction jusque là dévolue aux prud’hommes. Le Monde diplomatique d’avril 2015 voulut bien m’entendre lorsque je dénonçais ce point précis : en douce Macron frayait le chemin d’Uber.

 

Avançant masqué, Macron était déjà le lobbyiste d’Uber alors même que le gouvernement Hollande-Valls n’allait pas encore jusque là. Dans son livre « Révolution » de 2017, il en révélait davantage en se prononçant à la fois pour « la suppression des cotisations sociales », pour une « France start up », pour une « société sans statuts » et pour « une société post-salariale ». En fait c’était l’énoncé d’un programme libertarien, sans code du travail, sans protection sociale, sans garanties d’emploi. Nous fumes peu nombreux à le dénoncer clairement : des millions d’électeurs ne perçurent même pas le danger.

Contrairement à ceux qui le peignent en girouette, Macron a une vraie ligne politique : celle « d’ubériser » la société française. Il a commencé par casser le Code du travail, les institutions représentatives du personnel (il a diminué par deux le nombre des DP, DS, CE, CHSCT, il y en avait 425 000 il en reste 200 000). Il a fait reculer de 2 % le nombre de salariés déclarés par rapport aux indépendants et « auto entrepreneurs ». Il a permis les contournements des durées du travail quotidiennes, hebdomadaires et annuelles, forfaits, saisonniers, intérim, CDD, sous-traitance, et remis en cause les repos quotidiens et du dimanche. Il a affaibli les prud’hommes, l’inspection et la médecine du travail. Il a baissé toutes les cotisations sociales, ce qui revient à tuer le principe qui fonde la Sécu. Les dérogations multiples et le choix d’attribuer des « primes » sabotent gravement le versement du salaire brut et super brut par les patrons.

Bref Macron préfigure et encourage tout ce que pratique Uber de façon illégale. Il vise à ramener le salariat aux anciens statuts de loueurs de bras, de journaliers, de tâcherons. Les VTC travaillent 14 h par jour et 60 heures par semaine pour un Smic. Macron l’a théorisé : « Je préfère que les jeunes travaillent chez Uber qu’être dealer à Stains »  C’est d’un très grand cynisme : plutôt Uber que dealer, plutôt travail illégal que pas de travail, plutôt nourri par une mafia que pas nourri !  Ken Loach a bien illustré, dans son film « Sorry we Miss you » comment ça casse toute la vie.

Uber tente de faire régner ce système partout dans le monde et ça lui rapporte des milliards : ces brigands des plateformes font travailler des pauvres hères, VTC assis 15 heures par jour dans leurs berlines en leasing, ou Deliveroo des pédaleurs livreurs aussi bien dans les canicules que dans le froid de l’hiver. Ils les paient à la course, ils n’ont aucune des garanties d’un contrat de travail, pas de Sécu, pas de Smic, pas d’horaire, aucune protection. Ils les poussent à rouler tellement vite qu’ils les tuent comme ce jeune homme de 16 ans mort écrasé par un camion à Lille avec un sac Deliveroo sur le dos. On en est au douzième mort dans ce « métier » et ce n’est pas reconnu comme des accidents du travail.

Pourtant Uber, représente un tel esclavage qu’il a perdu des procès partout dans le monde : en Californie, le 4 novembre 2020, en même temps que l’élection présidentielle aux US, celle où Biden a battu Trump, il y avait d’autres votations et referendums, et Uber a dépensé 200 millions de dollars pour « gagner » le sien, connu sous le nom de « l’article 22 ». Il permet que ses chauffeurs ne bénéficient pas des droits des salariés. Uber a suffisamment dépensé et manipulé l’opinion pour obtenir 58,6 % de voix. Joyeux de l’article 22 l’Uber californien s’est dit prêt à faire passer le même genre de loi dans toute l’Europe. Mais ils ont été heureusement bloqués, à Madrid, aux Pays-Bas, à Londres, à Francfort, à Milan, à Bruxelles et même à Londres. Et un juge californien, Frank Roesch, a déclaré le referendum de novembre 2020 « anticonstitutionnel »  et son résultat inapplicable parce qu’il « limite le pouvoir d’une future législature californienne a définir les conducteurs des applications mobiles comme des travailleurs reconnus par la loi sur les compensations dues aux travailleurs ».

Le Parlement européen le 12 septembre 2021 a émis un avis reconnaissant « la présomption de salariat » pour les travailleurs victimes des plateformes.

Même en France, un tribunal, le 16 mars 2022 à Paris a condamné Uber à de fortes amendes (375 000 euros) et peines de prison (dix mois) avec sursis pour travail dissimulé, illégal, fraude aux URSSAF, et les contrats des salariés ont été requalifiés, selon les juges, en contrat de travail ! Fini le paiement à la tâche, fini le labeur épuisant du jour et l’incertitude du lendemain. 86 ans après 1936, il est possible que les congés payés soient rendus à des dizaines de milliers de salariés. La retraite aussi. 76 ans après la mise en place de la grande Sécurité sociale, il devient possible de la rendre à des milliers de livreurs et chauffeurs, avec un salaire net et brut.

Mais l’obstacle c’est Macron : les gouvernements Philippe, Castex, Borne ont refusé de donner suite à tous les jugements et de légiférer, ils se sont démenés pour faire comme s’il ne s’agissait que de jurisprudences égarées, et malgré tous les constats, rapports, procès-verbaux de l’inspection du travail, continuent de protéger le système Uber.

C’est donc bien, après les juges, après l’Europe, le combat contre LE protecteur n°1 d’Uber qu’il faut mener : Macron !

L’acharnement de Macron prouve la vigueur de son engagement idéologique auprès d’Uber, et confirme qu’il y a des liens profonds entre eux. Une rumeur explosive court dans les médias anglophones, étayée par des documents difficilement contestables : il a profité de sa position au ministère de l’Économie pour favoriser Uber (et McKinsey) qui ont ensuite travaillé gratuitement pour sa campagne. C’est une bombe. C’est là que la presse doit cesser de se taire et que le journalisme d’investigation a toute sa place. Il y a tous les éléments d’une trahison du droit et de corruption liés.

Gérard Filoche

 

 

Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République.

 

Cinq ans de division, deux mois d’unité

 

Rien de pire que le présidentialisme depuis 1962 dans la V° République. C’est une élection qui corrompt tout. Elle instaure le pire archaïsme possible parmi les masses, le salariat, les partis et les militants : elle personnalise la politique pour mieux dépolitiser les personnes.

En prenant le pas sur toutes les autres, le présidentialisme déprécie les forces vives, les corps intermédiaires, les syndicats, les associations, les partis, la vie citoyenne tout simplement. Cela éloigne la majorité du peuple de la volonté et de la capacité démocratique de décider et d’agir à la base. Le présidentialisme est un terrain de manipulation, de « coups », de sondages auto réalisateurs, et de « grand jeu » asphyxiant, sur-calculés par les puissants médias. Unique en Europe, c’est un système plus monarchique que républicain basé sur un mode de scrutin binaire et une mécanique de sélection-élimination d’un « roi ». Quand on passera à la VI° République sociale, pour laquelle nous militons depuis des décennies, ce sera la première chose qu’on supprimera.

En avril mai 2017 ce fut aggravé avec la victoire imprévisible, inattendue et spectaculaire de l’aventurier de la finance, Emmanuel Macron poussé par les banques, le Medef, la classe bourgeoise. A droite il s’est imposé contre Fillon et Le Pen. A gauche, sa victoire a été le double fruit amer de la trahison du quinquennat maudit Hollande Valls de 2012 à 2017 et de la division entre les candidats Benoit Hamon et Jean-Luc Melenchon de janvier à mars 2017 : le 1ertour du 23 avril fut un désastre et la gauche fut écartée du 2° tour.

 

Comment vaincre le présidentialisme ?

 

Il eut été possible de 2017 à 2022 de préparer une reconstruction à gauche, démontrant que le système « jupitérien » de Macron était un redoutable et violent extrémisme libéral et que seule une relève de masse démocratique militante, unitaire, basique pouvait redonner la parole au peuple, au salariat. La gauche ne se fait pas par la force mais par l’adhésion. Pas par diktat mais par conviction. Notre socialisme est démocratique pas césariste. Sans démocratie, pas de révolution socialiste victorieuse. Sans tisser des liens horizontaux, dans les entreprises, les bureaux, les écoles, sur les territoires, pas de majorité organisée et consciente du salariat. Dynamique et mobilisations ne se dictent pas d’en haut mais s’imposent par la volonté d’en bas.

A travers les mobilisations successives de 2017 à 2020, contre les ordonnances Macron-Pénicaud cassant encore plus ce qui restait du code du travail après Hollande El Khomri, contre les projets de retraite par points remplaçant les cotisations sociales, contre le démantèlement de la SNCF et sa privatisation,  avec le mouvement  révolutionnaire des gilets jaunes,  en défense du climat, il eut été possible de consolider une gauche d’union dans les luttes.

Quand en été 2019, à Blois, Olivier Faure proposa « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni communiste, ni insoumis mais qui soit tout ça à la fois », il se fit mépriser. Faure rajouta pourtant courageusement : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective. »S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire”. “Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter. » Mais faute d’avoir une réponse unitaire, il se vit imposer, par les droitiers du PS, la candidature d’Hidalgo.

Quand Jean-Luc Mélenchon s’étant déclaré candidat, sans en discuter avec quiconque d’autre à gauche et ensuite demanda au PCF « un accord » Fabien Roussel lui répondit : « - Mais pourquoi n’es tu pas venu me voir avant de te déclarer». C’était imparable !

Quand Yannick Jadot proposa une réunion unitaire en avril 2021, la LFI ne fit que d’y être présente sans rien proposer. Et quand fut venue l’heure de la primaire d’EELV, en octobre 2021, il n’est pas certain que LFI ne préféra pas Yannick Jadot.

Au lieu de faire table vide, il aurait été possible de constituer un grand front syndical et associatif comme ce fut, extraordinairement et exceptionnellement proposé par la CGT, la FSU Solidaires, et 22 associations, les 20 mai et 6 juillet 2019 par « #plusjamaisça » en élaborant une plateforme commune. Cela fut vivement repoussé en direct par Jean-Luc Melenchon.

 

La ligne de la LFI qui était en tête de la gauche et avait la responsabilité de la stratégie, fut, soit de s’imposer en force aussi bien aux législatives de juin 2017, qu’aux européennes de 2019, soit de n’avoir carrément pas de stratégie unitaire aux municipales de 2020 et désordonnée et inconsistante aux régionales de 2021.

Chaque fois, à cause de cela, ce fut un désastre : le 26 mai 2019, 6,3 % des voix LFI (contre 6% au PS, 12 % a EELV). Aux municipales le 15 mars 2020, le refus de bataille pour l’unité de la gauche, aboutit  à des listes estampillées « citoyennes » dans 550 villes mais seulement 30 maires et 350 conseillers municipaux LFI. Pour le second tour du 28 juin, les Insoumis ne sont présents que dans 200 listes Jean-Luc Mélenchon, pourtant député de la ville, se tient à distance du Printemps marseillais de Michèle Rubirola : il n’a pas soutenu cette liste au premier tour et s’est prononcé pour elle au second tour du bout des lèvres, et sans que les candidats Insoumis s’affichent à ses côtés. N’avoir pas eu de stratégie unitaire aux municipales, aboutit à ce que LFI peine à exister aux régionales et laisse une gauche tantôt minoritaire, tantôt absente. Si bien que tout a abouti à enjamber cinq années de scrutins intermédiaires en reportant tout sur la candidature unique de la présidentielle de 2022 sans avoir construit de cadres collectifs à la base, sans avoir des appuis suffisants dans les villes, les départements, les régions, les syndicats, les associations.

Cela a créé de profondes frustrations, des divisions accrues à gauche, des polémiques à contre-courant des attentes unitaires de 81% de l’électorat et de 73% qui réclamaient une candidature commune.

Des centaines d’initiatives, appels de personnalités, d’artistes, appels de syndicalistes, appel #plusjamaisça, « Big bang » appels des unitaires séparément et ensemble dans chacun des partis (2022 en commun, Unalt22, etc.. ), appels d’élus, (appel de Romainville), appels pour une « primaire populaire », rédaction d’un socle commun, élaboration de multiples projets de plateformes unitaires, pullulèrent, témoignant de la volonté profondément unitaire de la gauche, mais se heurtaient toutes à un refus inflexible de Jean-Luc Mélenchon. Même la « primaire populaire » avec 467 000 inscrits, et 392 830 votants ne parvint pas à ébranler le refus d’un candidat unique. Contre l’exigence de l’unité, ils n’en démordaient pas : « la force ira à la force »  du candidat (LFI) » : telle était la seule stratégie et l’AEC (programme LFI « avenir en commun ») devait seul servir de  base de ralliement.

or c’est l’unite qui permet la force, la force (l’hégemonisme) nuit à l’unité.

Les puissances de la finance détenant 95 % des médias, les instances intermédiaires, ville, département, région jouant à plein, la division  aboutissant à une surenchère de polémiques au sein des 7 candidats qui se présentèrent à gauche, l’absence d’un réseau de collectifs à la base, tout cela a abouti à un nouveau désastre le 10 avril 2022, la gauche étant éliminée une deuxième fois du 2° tour

Macron a réussi à passer le 1er tour avec uneabstention à 25,2 %. Avec 1 voix sur 5, il (re)devient président par défaut, puisque au 2° tour, avec 28,01 % d’abstentions soit 38,52 % des inscrits (contre 43,61 % en 2017) un de ses électeurs sur 2 n’a pas voté pour lui mais pour faire barrage à Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon peut quand même se vanter, sur son talent, deux fois d’avoir fait une percée impressionnante avec 19,58 % des voix en 2017 (7 059 951 voix) et 21,9 % (7 714 949 voix) en 2022.

Chaque fois, des millions d’électeurs de gauche qui refusaient le « choix » odieux d’un 2° tour entre Macron et Le Pen se sont ralliés de façon réaliste, dans les derniers jours, à sa candidature dés lors qu’il était le mieux placé. D’un certain point de vue, il avait raison, « la force s’imposait » sur ceux qui avaient moins de forces, cela obligeait les électeurs à instrumentaliser son nom. Mais les conditions forcées dans lesquelles ça se faisait ne permettaient ni l’élan dynamique, ni la lame de fond suffisante pour franchir la barre du 2° tour. Il lui a manqué 421 420 voix. C’est comme un plafond de verre : sans unité, Mélenchon pouvait se moquer des « nains de gauche » (et ces derniers se rabougrissaient en effet au point de lancer des querelles dérisoires) mais ralliement ne fait pas enchantement, réalisme ne fait pas dynamisme, la division a nourri de fortes abstentions. Sans appuis dans les municipalités, départements, régions et sans dynamique unitaire enthousiaste suffisante à gauche, ça poussait mais ça ne gagnait pas.

Et pourtant la gauche était très puissante dans le salariat, et avec une autre stratégie, basée sur l’unité, elle aurait pu passer. Au total elle a eu 32 % des voix et, unie, aurait été en tête : ce qui pouvait changer tout.

Avril mai juin 2022 l’unité en deux mois :

Le soir du 10 avril, le choix était impitoyable : « s’unir ou périr ». La victoire biseautée de Macron étant assurée le 24 avril, restaient les législatives des 12 et 19 juin, qui étaient traditionnellement une réplique de la présidentielle.

- Soit (comme GDS le déclara le 10 avril à 21 h sur Blast) il y avait 577 candidats de LFI, 577 candidats du PCF, 577 candidats du PS, 577 candidats d’EELV,  577 candidats de LO,  et il y avait la possibilité qu’aucun député de gauche ne soit élu à l’Assemblée. Tous les appareils, grands et petits, de la gauche allaient souffrir durement.

- Soit il y avait un accord, un partage, « un seul candidat de gauche par circonscription » sur une plateforme commune,

Ce fut chaotique : le soir du 10 avril encore se criaient « Roussel à la poubelle » et « Ici est la force », s’affichaient les portraits des « Trois traitres, Roussel  Hidalgo Jadot » qui avaient « empêché de gagner ». Le 12 avril il n’était question que d’unité avec le  PCF, le NPA et EELV et il s’écrivait qu’il n’en était « pas question avec le PS et c’était définitif ».

C’était intenable donc le double tournant s’imposa enfin, comme nous le voulions, sans exclusive : sur l’unité et sur la plateforme. Avec le PS et LFI, le PCF et EELV.   Il était impossible de ne plus entendre Olivier Faure lorsqu’il fit (re)voter le CN du PS du 19 avril (167 voix à 101) pour une unité de la gauche avec partage des circonscriptions et une plateforme commune. EELV dut renoncer à son triomphalisme de la nouvelle « ère verte ». Le PCF, bien que son principal dirigeant se fasse bougon, ne put éviter l’unité pour sauver son groupe parlementaire.

 

Alors qu’on nous disait la veille que c’était impossible, que les « gauches étaient irréconciliables »,  en quelques jours tout bascula.

LFI qui ne voulait pas d’unité, tourna à 180° et s’en fit le moteur,  elle ne voulait pas entendre parler d’une autre programme que l’AEC, et elle rédigea un « programme partagé ».

Ce fut sans surprise, quand tous furent autour de la table : les retraites à « 60 ans »  l’emportèrent et non pas les « 65 ans » ni les « 62 ans » ! On aurait pu le parier un an, deux ans, trois ans plus tôt. Dés que la volonté d’écrire une plateforme commune l’emportait,  le contenu basculait forcément à gauche. Très à gauche : puisque le « programme partagé » en 650 mesures est sans doute le meilleur possible.

Dans ce grand tournant triomphal vers l’unité de la gauche, on a pu seulement regretter que des courants de la gauche, comme GDS, ne soient pas intégrés. Il ne faut jamais ignorer les plus petites sensibilités que soi, surtout quand elles ont eu raison politiquement. « Ensemble », Nouvelle Donne, ont été ignorés. Certains, comme le POI eurent des candidats dans des circonscriptions.

L’intergroupe des députés NUPES et chacun des groupes n’en sont pas moins très pluraliste, et c’est tant mieux, pour le meilleur et pour le pire, car ça amènera du débat et de la démocratie, de la vitalité et de l’action.

Corrigeons les effets de  5 ans de division et faisons fructifier les 2 mois d’unité

Nous avons souffert durement, comme tout le salariat, de la division et nous l’avons combattu pendant cinq ans, mais ce qui s’est passé en deux mois, nous réjouit : l’avenir est à la NUPES, elle doit se consolider sur son « programme partagé », elle doit travailler ensemble durablement, avec enthousiasme, elle est la seule alternative à Macron et au RN (auquel LREM fait les yeux doux).

En deux mois, tout n’a pas pu être fait, bien évidemment, les choix des circonscriptions ont été effectués à l’arraché, la division ne s’est pas effacée partout comme par un coup de baguette magique, l’apprentissage du travail en commun demande plus de  temps, des équipes doivent se connaître et se reconnaitre avec du respect, de l’écoute, de la pratique sur le terrain. Ce n’est pas fait partout et c’est encore à faire.

Mais nous avons un  formidable base commune. Organisationnelle et programmatique. Dans les mois qui viennent, stimulés par les 6 556 198 voix et les 13,94 % du 2° tour, (en % par rapport aux inscrits), la première opposition à Macron  c’est dorénavant indiscutablement la NUPES, au Parlement et dans les luttes sociales. Elle est à 3 points en sièges du parti de Macron et elle fait le double de voix du RN.  Les luttes de classes vont être stimulés par ce résultat et l’affaiblissement spectaculaire du pouvoir de Macron nous ouvre de nouvelles perspectives : c’est le parlementarisme qui remonte contre le présidentialisme et c’est enfin positif.

GDS se félicite de ce courant vers l’unité, et se situe, sans réserve au coeur de la NUPES, avec toutes ses composantes, et nous allons y occuper toute notre place. Développer la NUPES,  son « nouveau parlement populaire »  à la base comme au sommet, construire une maison commune démocratique, pluraliste, unitaire, de toute la gauche (en s’inspirant du « congrès du Globe »), tel est le nouveau monde auquel nous travaillons pour que le salariat prenne  le pouvoir et construise le socialisme démocratique.

Gérard Filoche

 

 

 

 

 

1982 – 2022 : Naissance, croissance et mort des CHSCT, pandémie, climat, canicule, accidents au travail

Crées en 1982, la tragédie de la suppression des CHSCT en 2015-2017 s’est ressentie particulièrement face aux accidents du travail, à la pandémie du Coronavirus et face au climat et aux fortes chaleurs.

D’où venaient et qu’étaient les CHSCT ?

Cela faisait 40 ans, en 1982, que les Conditions de travail (CT) avaient été ajoutées aux missions des Comités d’hygiène et de sécurité (CHS) donnant ainsi les CHSCT (comités d’hygiène, sécurité et conditions de travail). Il y a 20 ans encore, les CHCST étaient la meilleure des instances dont les salariés disposaient face aux risques d’hygiène au travail, de santé au travail et de conditions de travail.

 

Un siècle de combat pour l’hygiène, la santé, la sécurité des salariés

 

La notion de prévention des risques professionnels venait de loin, elle avait lentement évolué depuis le XIXesiècle.

C’est après 1841, qu’ont été prises les premières mesures d’hygiène, de sécurité, de protection du travail des femmes et des enfants avaient été préconisées, suite au célèbre rapport du DrVillermé.

D’abord limitée strictement à l’accident du travail, la prévention a été lentement mais progressivement étendue à tous les éléments ou facteurs susceptibles de porter atteinte à la sécurité physique et mentale des travailleurs.

C’est une loi du 12 juin 1893 qui a étendu un certain nombre de mesures de protection à tous les établissements industriels et à toutes les catégories de travailleurs tout en prévoyant que des règlements d’administration publique devaient déterminer d’autres mesures particulières en matière d’éclairage, d’aération, d’évacuation des poussières et vapeur, etc. Pour la 1iere fois, cette loi définissait la notion de « prévention collective applicable à l’ensemble des travailleurs ». On passait lentement de la responsabilité individuelle du salarié accidenté à celle de l’employeur qui devait prévenir les accidents.

Puis une loi du 9 avril 1898 « concernant les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail » a mis en place une législation spéciale dérogeant aux règles de droit commun en créant une indemnisation à la charge du chef d’entreprise.

En 1923, la Conférence internationale du Travail, adopte une recommandation sur l’inspection du travail qui stipule que pour devenir de plus en plus efficace, l’activité de l’inspection doit s’orienter « vers l’emploi des méthodes de sécurité plus appropriées pour prévenir les accidents et les maladies, pour rendre le travail moins dangereux, plus salubre, plus aisé même, par une intelligente compréhension, par l’éducation et la collaboration de tous les intéressés ».

Un décret du 4 août 1941 (sous Pétain !) institua dans les établissements de plus de 500 salariés et les chantiers du bâtiment et des travaux publics de plus de 100 ouvriers, des « comités de sécurité » composés de l’employeur, du responsable de la sécurité, d’un contremaître, du médecin de l’usine et de délégués du personnel. Ils avaient pour mission de procéder à des enquêtes à l’occasion de chaque accident du travail (ou maladie professionnelle) grave, de s’assurer de l’application des prescriptions législatives ou réglementaires par voie d’inspection, d’organiser l’instruction des équipes d’incendie et de sauvetage et de développer le sens du risque professionnel (les nazis avaient le souci de garantir les conditions de la production dans la France qu’ils occupaient et exploitaient, pillaient). Un arrêté du 17 novembre 1943 étendit cette obligation à la plupart des établissements industriels de plus de cinquante salariés. Si l’on excepte le cas des délégués à la sécurité des mineurs créés par la loi du 8 juillet 1890, ce texte est le premier à mettre en place les premiers délégués du comité de sécurité qui, conforté par le décret du 1eraoût 1947, deviendra le « comité d’hygiène et de sécurité », CHS, c’est-à-dire une commission spécialisée distincte du comité d’entreprise.

 

A la Libération sont créés des comités compétents sur l’hygiène et la sécurité, puis, en 1973, au sein de ces Comités d’entreprise (CE), les Commissions d’amélioration des conditions de travail (CACT).

Puis une loi de 1973 apporte de substantielles modifications :

-d’une part, favorisant l’aménagement du temps de travail par le développement du travail à temps réduit et l’institution d’horaires individualisés ;

-et d’autre part, mettant en place de nouvelles instances de concertation et d’incitation dans le domaine de l’organisation et des conditions de travail et améliorer les mesures relatives à l’hygiène et à la sécurité.

L’apport de la loi Auroux de 1982 :

La loi du 23 décembre 1982 a fusionné l’ancien CHS et la CACT. La loi Auroux ne fut pas un simple apport mais une sorte de bond en avant, une petite révolution, fruit d’une lente évolution historique des CHS.

Le nouveau Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail « Auroux », il y a 40 ans, est devenu juridiquement, le premier acteur chargé de la prévention des risques professionnels dans l’entreprise. Il a, alors, franchi un pas décisif, acquis une réelle indépendance et commencé à se rapprocher davantage d’un comité d’entreprise spécialisé que d’une commission ad hoc chargée de la sécurité.

En 2001, vingt ans après, une enquête de la Direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques du ministère de l’emploi et de la solidarité (DARES) signale l’existence de 22 000 CHSCT, regroupant 140 000 membres et couvrant 73 % des entreprises concernées (de plus de 50 salariés). Ils sont associés dans leur œuvre de prévention à d’autres acteurs importants comme la médecine du travail, les CRAM, l’inspection du travail, des experts et des formateurs, des spécialistes de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), de l’INRS, l’OPRI, l’OPPBTP, … Et, bien sûr, au premier chef, les organisations syndicales.

Le législateur a entendu, de manière très nette, élargir et renforcer les attributions du comité qui a ainsi vocation à « contribuer à la protection de la santé et de la sécurité des salariés (…) ainsi qu’à l’amélioration des conditions de travail (…) » (Art. L. 236-2 du Code du travail).

Cette volonté est affirmée par la circulaire d’application du 25 octobre 1983. La compétence unique reconnue au CHSCT doit permettre de favoriser un examen global des problèmes rencontrés, intégrant tant les aspects économiques et organisationnels que la politique de santé ou de sécurité et d’éviter les dysfonctionnements rencontrés antérieurement en raison du partage de compétences entre les deux anciennes instances.

Le CHSCT, ayant compétence sur l’ensemble des conditions de travail, considére que les risques professionnels sont fréquemment le résultat de mauvaises conditions de travail liées à l’organisation du travail ou aux modes de production.

Le CHSCT et le médecin du travail doivent donner un avis sur les mesures à prendre pour l’entretien et le nettoyage régulier des locaux de travail et leurs annexes. Ceci implique les consignes d’utilisation des dispositions prises pour la ventilation des locaux, le mesurage des bruits, les dispositions contre le froid et les intempéries, l’aménagement des vestiaires, des lavabos, des douches ou la liste des postes de travail nécessitant la mise en place de distribution gratuite de boissons non alcoolisées. C’est donc un ensemble très vaste de responsabilités lequel, année après année, va être élargi.

Une autre mission très importante a été ajoutée, qui inclut et dépasse toutes celles qui sont énumérées ci-dessus : « le CHSCT doit être consulté avant toute décision modifiant de façon importante les conditions de travail ». C’est une prérogative essentielle : donner « un avis » sur les changements de poste de travail, les nouveaux modèles de machine, une automatisation, aussi bien que pour l’éclairage, la température, la sécurité des issues, les locaux annexes, vestiaires, cantine, sanitaires, ou encore la réorganisation des services, la redéfinition des tâches.

Le plan d’un nouvel atelier, le réaménagement de bureaux paysagers, par exemple, ne peuvent donc être mis en œuvre par l’employeur sans consultation préalable du CHSCT. Ainsi les salariés doivent être véritablement associés en amont, avant même qu’un plan soit établi, avant qu’une décision soit prise, à l’aménagement de leurs lieux de travail. L’employeur doit informer et proposer, c’est-à-dire consulter le CHSCT « en temps utile » avant d’avoir tranché ou décidé. En cas de non-consultation, le principe de sa responsabilité pénale est engagé. Cela concerne également toute transformation de postes, modification d’outillage, changement de produit, organisation des cadences, et des normes de productivité, liées ou non à la rémunération, toute réorganisation des services, redéfinition des tâches, des équipes, et il y a là un champ immense de responsabilités pour le CHSCT.

Il en est de même lorsque l’employeur envisage un plan d’adaptation ou de mutation technologique, pour des questions aussi diverses que la lutte contre le tabagisme, contre le harcèlement sexuel, le harcèlement moral et pour de nouveaux risques recensés : contre l’exposition à l’amiante, au benzène, aux éthers de glycol, aux pollutions dues aux climatisations, etc.…

On est frappés de l’ampleur des missions attribuées au CHSCT par la loi du 23 décembre 1982 et par toutes celles qui ont été ajoutées, pendant les trois décennies suivantes (mais il est vrai, sans que les moyens d’action pratique initialement accordés n’évoluent au fur et à mesure à la  hauteur de ces développements).

Les membres du comité bénéficient d’une protection en cas de licenciement, identique à celle des représentants du personnel au comité d’entreprise ainsi que, dans les établissements de plus de 300 salariés, d’une formation à la sécurité. La loi uniformise ensuite le seuil de 50 salariés en élargissant l’obligation à l’ensemble des établissements, qu’ils soient industriels, commerciaux et agricoles, à l’exception toutefois des secteurs du bâtiment et des travaux publics où le seuil de création resta fixé à 300 salariés jusqu’en 1991 (date à laquelle, il fut égalementramené au même seuil de 50).

La loi a également modifié de façon sensible la composition des CHSCT, et tout en donnant une place particulière aux intervenants extérieurs (inspection du travail, caisse régionales d’assurance maladie, médecin du travail) elle accorde la primauté aux représentants du personnel qui sont seuls à disposer, avec le chef d’établissement, d’une voix délibérative au sein de la nouvelle institution, les autres participants n’ayant qu’une compétence purement consultative.

Droit de visites, d’enquête, droit d’alerte, droit de retrait, danger grave et imminent, expertises :

La dernière et non moins importante innovation se traduit par l’instauration d’un droit de refus de travailler dans des conditions dangereuses.

Le CHSCT conserve un droit d’alerte en cas de danger, mais c’est désormais l’ensemble des salariés (à titre individuel ou collectif, et indépendamment d’ailleurs de l’existence ou non d’un CHSCT dans l’établissement) qui peuvent se retirer d’une situation dangereuse dont « ils ont un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour la vie ou la santé de chacun d’eux. »

Les CHSCT sont informés de toutes les situations d’urgence ou de gravité telles que définies aux articles L. 236-7 du Code du travail :

- accident du travail ;

- incidents répétés ayant révélé un risque grave ou une maladie professionnelle où à caractère professionnel grave ;

- recherche de mesures préventives dans toute situation d’urgence ou de gravité.

Face à un « danger grave et imminent », le salarié peut cesser le travail. Selon l’article L. 231-8-1 du Code du travail « aucune sanction, aucune retenue de salaire ne peut être prise à l’encontre d’un salarié ou d’un groupe de salariés qui se sont retirés d’une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu’elle présentait un danger grave et imminent pour la vie et pour la santé de chacun d’eux ».

Un danger « grave » est un danger susceptible de produire un accident ou une maladie entraînant la mort ou paraissant devoir entraîner une incapacité permanente ou temporaire prolongée. L’exercice de ce droit n’est pas simple : un simple inconfort ne peut suffire à caractériser un danger grave. Pourtant lorsque la loi utilise le mot « santé », elle implique le stress ou l’épuisement professionnel qui peuvent relever de cadences élevées dans une activité professionnelle courante…

La notion de « danger pour la santé » élargit la notion de « danger grave » : elle implique des risques quotidiens, répétés, inhérents à l’exercice prolongée d’une activité qui, en elle-même, dans un moment donné, ne représente pourtant pas un « risque grave ». Un salarié ne peut user de son droit de retrait au seul motif que son travail est dangereux : les convoyeurs de fond n’ont pas fait usage, en général, du droit de retrait pour la seule raison que leur travail était « dangereux » mais dans certaines circonstances, parce qu’un risque particulier d’agression était accru, étant donné la disposition de guichets ou de banques particulièrement vulnérables.

Le « danger imminent », selon la circulaire du 25 mars 1993 vise « les situations où le risque est susceptible de se réaliser brusquement et dans un délai rapproché ». Mais l’imminence n’est pas le seul critère : par exemple le maintien d’une salariée dans un poste de travail contre indiqué par le médecin du travail, et le fait que l’employeur ne tienne pas compte des modifications du poste de travail demandé par ce dernier, constituent une circonstance où l’on a pu justifier un retrait de la salariée, au nom d’un danger « grave et imminent » (Cass. Soc. 11 décembre 1986, n° 84-42.209, Bull. civ. n° 597).

Ainsi aux notions de danger grave et imminent se sont intégrées des notions ayant trait non seulement à la sécurité, mais aussi aux conditions de travail et à la santé, telles qu’on peut les constater dans la durée (et non pas seulement dans l’imminence, l’urgence).

A propos du « droit de retrait », les juges accordent le droit à l’erreur, selon l’expérience, l’âge, la santé du salarié : il suffit d’un “ motif raisonnable ” de croire à l’existence d’un danger grave et imminent, une fois écartées les erreurs grossières ou encore révélatrices d’une mauvaise foi. Mais le champ est vaste pour les interprétations : un conducteur de grues ayant alerté son chef des risques encourus à cause de vents croissants, a, sur ordre de celui-ci, dû continuer de travailler, un accident grave étant survenu, le tribunal l’a solidairement condamné parce qu’il n’avait pas fait usage de son droit de retrait.

Pour l’exercice du droit de retrait, le salarié doit informer l’employeur de l’existence du danger, justifiant ainsi qu’il se retire de la situation de travail, et de façon à ce que sa responsabilité ne puisse être engagée si un accident du travail survenait à un autre salarié. Il doit également informer le CHSCT ou à défaut les délégués du personnel de l’existence du danger supposé. Le CHSCT dispose, dans ces circonstances de la faculté de mettre en œuvre la procédure d’alerte.

L’usage du droit de retrait est donc articulé avec un devoir d’alerte.

il est même articulé avec la création du « préjudice d’anxiété », le simple risque d’être exposé à des dangers pouvant donner matiére à sanction contre l’employeur (Houillères de Lorraine, Charbonnages de France, Verreries de Givors…)

Le CHSCT a une obligation qui exige de lui une importante responsabilité (donc un besoin de formation, une compétence technique, une disponibilité, une protection dans l’exercice de son mandat, etc..) : il peut constater lui aussi qu’il existe un danger imminent et grave. Ce constat est une sorte de comportement d’expert : il est censé, en tant que CHSCT pouvoir analyser le risque, juger de la gravité de celui-ci, et dès lors, saisir l’employeur oralement et dans un registre particulier conçu à cet effet (R. 236-9 du Code du travail).

Cette procédure d’alerte emporte des effets de droit si le risque vient à se réaliser sans que l’employeur ait répondu à cette alerte.

Le bénéfice de la faute inexcusable de l’employeur est alors de droit pour le salarié, victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, lorsque le danger a été signalé par lui-même ou par un membre du CHSCT. En dehors même d’un accident on peut envisager dans ce cas des poursuites pour mise en danger d’autrui (article L. 223-1 du Code pénal).

Cette responsabilité d’un CHSCT est très lourde : l’alerte est un acte entraînant des obligations de l’employeur. Mais pour autant le CHSCT n’est pas doté de pouvoirs propres, il ne peut ordonner l’arrêt d’une machine ou d’une activité. Tout au plus peut-il conseiller aux salariés menacés de faire usage de leur droit de retrait. Il y a dans l’intérêt du salarié, pour sa survie, sa protection, complémentarité de l’acte de « retrait » et de « l’alerte ».

Lors du vote de la loi du 23 décembre 1982  il a été envisagé d’accorder aux membres du CHSCT le pouvoir d’arrêter les machines ou une activité en cas de danger grave et imminent. Le législateur n’a pas retenu cette idée compte tenu des responsabilités liées à l’exercice d’un tel pouvoir inhérent aux prérogatives de chef d’entreprise.

La question reste cependant ouverte : pourquoi avoir accordé un droit de retrait individuel au salarié à ses risques et périls, et ne pas permettre à l’instance collective mandatée et spécialisée, un droit collectif, qui serait évidemment in fine, tout comme le droit de retrait, replacé sous l’autorité de l’employeur… ?

Pourquoi l’instance collective, composée de responsables formés et chargés spécialement des questions de sécurité, n’aurait-elle pas davantage de compétence, d’autorité, et le pouvoir d’organiser le retrait du ou des salariés, en attendant les mesures nécessaires ?

Ne serait-ce pas plus efficace que de laisser le salarié isolé prendre seul le risque de retrait, son jugement individuel pouvant être ensuite contesté ? Sa vie et sa santé peuvent être en jeu, mais le salarié seul, craint aussi pour son emploi : le droit de retrait est certes associé à une certaine protection, mais quelle meilleure protection que la décision soit également prise par un représentant du CHSCT ?

En cas d’alerte, les textes prévoient que l’enquête doit être menée, par l’employeur, avec le ou les membres du CHSCT qui ont signalé le danger, tous moyens devant lui ou leur être donnés pour ce faire, sous peine de délit d’entrave. Cela peut impliquer un déplacement sur les lieux, la mise en œuvre de procédés techniques adéquats, d’analyse, de réunions éventuelles avec les salariés concernés, afin d’identifier les risques et d’ordonner les mesures permettant d’y mettre fin quel que soient leur coût et leur résultat sur la production.

En cas de divergence entre l’employeur et le CHSCT, il est important de souligner que l’employeur est dessaisi de la situation au profit du CHSCT (art. L. 231-9 alinéa 2) : « En cas de divergence sur la réalité du danger ou la façon de le faire cesser, notamment par arrêt de travail, de la machine ou de l’installation, le CHSCT est réuni d’urgence et en tout état de cause, dans un délai n’excédant pas vingt-quatre heures ». La décision se prend alors à la majorité des présents.

Parallèlement, l’employeur doit informer l’inspecteur du travail, qui tranche en cas de désaccord persistant. Il s’agit d’un exemple qui relie une action individuelle d’un salarié (retrait), à une action collective d’une institution représentative du personnel (alerte) pour déboucher sur une action de l’administration par le biais de l’inspection du travail. L’inspecteur peut :

-  Soit faire une mise en demeure (L. 230-2 et 5 du Code du travail) constatant une situation dangereuse résultant du non-respect des principes généraux de prévention qui obligent le chef d’entreprise de veiller à la sécurité et à la santé des travailleurs. La mise en demeure est écrite, datée, et fixe un délai d’exécution qui doit tenir compte des difficultés de réalisation des mesures de prévention imposées ;

-  Soit recourir au juge des référés pour supprimer rapidement le danger afin de sauvegarder la vie, l’intégrité physique et la santé des travailleurs. Le juge des référés dispose de mesures efficaces : ordonner la fermeture temporaire d’un chantier ou d’un atelier, la mise hors service, l’immobilisation, la saisie des matériels, machines dispositifs, produits, ou autres.

Le directeur départemental du travail peut mettre en demeure les chefs d’établissement d’y remédier : lorsqu’il constate une situation dangereuse résultant d’une infraction aux dispositions des articles L. 232-1 et L. 233-1 du Code du travail, notamment dans le cas ou « le risque professionnel trouve son origine dans les conditions d’organisation du travail ou l’aménagement du poste de travail, l’état des surfaces de circulation, l’état de propreté et d’ordre des lieux de travail, le stockage des matériaux et des produits de fabrication ».

On notera que ces trois interventions de l’inspecteur et du directeur du travail, demandent forcément un délai, même si elles sont mises en œuvre avec diligence. Et si le droit de retrait est immédiat, le droit d’alerte du CHSCT relativement rapide, l’action de l’inspection du travail ne peut généralement pas être aussi rapide dès qu’il y aconnaissance du danger  : il faut le temps de la saisine de l’inspection, puis passer par des médiations telles la réunion avec l’employeur, la mise en demeure et ses délais d’application, et/ou la décision du juge, ce qui peut ne pas correspondre aux exigences d’une réaction à un « danger grave et imminent ».

La loi n°92.1414 du 31 décembre 1991 a fait évoluer le régime des mises en demeure de l’inspection du travail, distinguant trois grandes catégories :

- celles qui sont préalables à la mise en oeuvre d’une action coercitive, sauf en cas de danger grave et imminent.

- celles qui ne s’inscrivent pas dans le cadre d’un texte réglementaire précis, mais relèvent des principes de la prévention.

- celles qui donnent à l’inspection du travail le pouvoir de faire procéder à des vérifications, contrôles ou analyses par le biais d’un organisme agréé, en vue de connaître plus précisément les risques auxquels les salariés sont exposés, et qui, dans les textes, sont de plus en plus appelées demande de vérification afin de les distinguer des deux autres catégories de mises en demeure.

La mise en demeure s’analyse comme une décision administrative pouvant faire l’objet, en tant que telle, d’un recours hiérarchique ou contentieux, à la différence de la simple observation. Elle présente un caractère obligatoire lorsqu’elle est prévue par la loi mais le recours devant le Directeur régional du travail et de l’emploi (DRTE) a un caractère suspensif.

L’autre aspect important de la prévention mise en œuvre par un CHSCT, selon le droit théorique qui a été accordé et défini, est la possibilité de mettre sur pied des enquêtes, et de faire appel à des expertises.

Pour accomplir sa mission, le CHSCT peut se faire assister de personnes diverses. À titre consultatif et occasionnel, il peut solliciter toute personne qui lui paraît qualifiée. Cette décision est prise à la majorité des présents, l’employeur vote, mais ne peut s’opposer à la décision. Le CHSCT peut faire appel à un responsable de formation, un assistant social, un ou une infirmière, ou un expert agrée dans deux cas :

- lorsqu’un risque grave, révélé ou non par un accident du travail, est constaté ;

- en cas de modification importante des conditions de travail.

Ces experts sont agréés conjointement par les ministères chargés du travail et de l’agriculture, en fonction de leurs compétences, soit en matière de santé, de sécurité, ou au titre de l’organisation du travail. L’agrément est donné pour trois ans, et de fait, durable. L’expert a accès aux locaux, reçoit toutes informations nécessaires. Dès lors que le CHSCT n’a pas fait un usage abusif de cette demande d’expertise, les frais sont à la charge de l’employeur. Il peut y avoir contestation si l’employeur s’y oppose. En cas de désaccord sur ce dernier point, entre l’employeur et le CHSCT, c’est au juge d’en décider.

Il faut cependant rappeler à cette occasion que le CHSCT ne dispose pas de budget spécifique de fonctionnement, alors c’est le chef d’entreprise qui est tenu donc, selon les besoins, au coup par coup – de lui donner les moyens nécessaires à la préparation et à l’organisation des réunions et aux déplacements imposés par les enquêtes ou inspections.

Contrairement au Comité d’entreprise, le CHSCT ne dispose pas d’un local propre, mais les textes prévoient sans autre précision qu’il dispose au minimum de moyens de rédaction, d’impression, de reproduction, de transmission, et de diffusion des procès-verbaux (panneaux d’affichage) ainsi qu’une documentation juridique et technique adaptée aux risques particuliers de l’entreprise.

C’est peut-être à cause de ce manque de précision sur les moyens disponibles et les difficultés de nommer un expert, que seulement 1 % des CHSCT (sur 22 000) ont fait usage de ce droit.

L’évolution des missions

En premier lieu, la loi a créé des CHSCT dans les établissements du bâtiment et des travaux publics dès lors que ceux-ci ont un effectif égal ou supérieur à 50 salariés ; c’est donc au niveau de l’établissement et non plus à celui de l’entreprise, que le seuil doit être apprécié.

Environnement :

L’accroissement du rôle du comité s’est aussi traduit par l’élargissement de ses missions à la protection de l’environnement ; la loi prévoit en effet, dans les établissements comportant une ou plusieurs installations classées, la consultation du CHSCT, sur les documents établis à l’attention du Préfet. Il s’agit, de lui permettre d’intégrer cette dimension dans ses missions et d’avoir une approche globale de la prévention en raison des recouvrements existants entre les risques professionnels et ceux de l’environnement.

Là, il s’est ouvert tout un champ de compétences qui, dans une transition écologique pour faire face au dérèglement climatique, aurait pu s’épanouir pour aider, contrôler les entreprises et renforcer le pouvoir des salariés.

La formation des représentants du personnel, réservée jusqu’ici aux entreprises d’au moins 300 salariés, a été étendue au bénéfice de l’ensemble des représentants du personnel au CHSCT ; elle doit être renouvelée à l’expiration de deux mandats consécutifs. Le recours à un expert agréé est non seulement possible en cas de risque grave identifié mais, et c’est nouveau, à l’occasion de tout projet important modifiant les règles d’hygiène et de sécurité.

On mesure ce que les CHSCT auraient pu devenir s’ils n’avaient pas été supprimés par Hollande, Rebsamen, Valls, Macron.

Sous-traitance : entreprises intervenantes et entreprises utilisatrices :

Enfin, est apparu le souci du législateur de prendre en compte les risques professionnels liés à l’intervention de travailleurs de plusieurs entreprises sur un même site en fixant une obligation de coopération des employeurs concernés pour la mise en œuvre des dispositions réglementaires sur la sécurité, l’hygiène et la santé. L’objectif est de permettre, par cette coordination, la prévention des risques résultant de l’interférence entre les activités, les installations et les matériels des différentes entreprises présentes sur un même lieu de travail.

Les statistiques nous l’enseignaient déjà : là où il y a le plus d’accidents du travail, c’est là où il y a le plus de salariés en situation précaire (intérim, contrats à durée déterminés, sous-traitance). Quand l’unité de production n’est pas homogène, quand ses caractéristiques ne sont pas celles d’un groupe avec des règles sociales et un fonctionnement régulier des institutions représentatives du personnel, c’est-à-dire quand il y a multiplicité, imbrication de personnels de niveaux et de statuts très différents, les risques augmentent, les accidents et les maladies également.

C’est pourquoi, dés la loi de 1991, le décret n 92-158 du 20 février 1992 (qui modifie le décret n° 77-1321 du 29 novembre 1977) réglemente les interventions des entreprises extérieures au sein des entreprises utilisatrices. Ce fut un grand pas en avant dans les années 1990 et 2000 qui a été interrompu avec la fin des CHSCT en 2015.

Alors que les entreprises « externalisent » certaines de leurs activités, multiplient les sous-traitances, ce décret précise les responsabilités des entreprises donneuses d’ordre : quand une entreprise extérieure intervient au sein d’une entreprise utilisatrice, il doit y avoir une inspection préalable commune en présence du chef de l’entreprise utilisatrice et celui de l’entreprise extérieure. Cela signifie précisément une rencontre des deux chefs d’entreprise sur le terrain afin d’examiner les risques professionnels encourus lors de l’opération.

Les CHSCT des entreprises utilisatrices et des entreprises extérieures, s’il en existe, doivent être prévenus trois jours au moins à l’avance, de cette inspection commune afin de pouvoir y participer. Ce rôle est important car c’est à cette occasion qu’il est possible de déterminer l’interférence des risques suscités par l’intervention particulière de l’entreprise extérieure. Si l’inspection préalable commune effectuéedans ces conditions, fait apparaître des risques et si l’opération représente une durée supérieure ou égale à 400 h, ou si elle figure sur la liste des travaux dangereux définis par l’arrêté de 1993, un plan de prévention doit être établi conformément aux dispositions de l’article R. 237-7 du Code du travail. Le plan de prévention doit être soumis pour avis au CHSCT. De même, le CHSCT doit être informé des modifications apportées au cours des travaux au plan de prévention.

Dans les évolutions de la sous-traitance des entreprises et l’interpénétration des activités de travail, cette fonction du CHSCT a été amenée à se développer significativement. De grandes entreprises font travailler parfois des centaines, sinon des milliers d’entreprises extérieures, et, dans ce cas, les CHSCT sont destinataires d’autant de plans de prévention qu’ils doivent examiner.

Il s’est posé alors de vastes problèmes de temps (heures de délégation) et de compétences (formation) pour pouvoir, avec efficacité, déceler à la lecture détailléede chaque « plan », les risques encourus et la façon d’y remédier. Il faut notamment s’assurer que ces plans n’ont pas un caractère « automatique », ne sont pas une simple photocopie répétée à l’infini, sans lien réel avec la mission concernée. Des bilans annuels de CHSCT, dans de grandes entreprises témoignent de la difficulté, faute de temps, de moyens, pour exercer cette missionen contradiction avec son importance, puisque, nous le savons, c’est dans ces cas-là, que les risques et les accidents sont les plus fréquents.

Par ailleurs, il se trouve que seul le CHSCT de l’entreprise utilisatrice détient le pouvoir juridique de faire les visites dans les lieux où interviennent les salariés des entreprises extérieures, ce qui accroît cette mission. Une circulaire du 18 mars 1993 a voulu accorder le même pouvoir, de façon réciproque, aux CHSCT des entreprises extérieures, mais elle a été invalidée par le conseil d’Etat qui a précisé que cette mesure relevait de la loi. Ce problème reste lui aussi posé : pourquoi le droit ne serait pas réciproque ? Pourquoi est-ce le CHSCT de la grande entreprise du donneur d’ordre qui a ce pouvoir, alors qu’il y a une moindre fréquence de risque que dans l’entreprise intervenante et que le CHSCT de celle-ci ne peut pas agir de même ?

On aurait pu progresser là aussi au lieu de régresser.

Pendant les travaux, des réunions de coordination doivent avoir lieu. Les membres des CHSCT des entreprises extérieures et utilisatrices doivent y être conviés. Si le chef d’entreprise ne prend pas l’initiative d’organiser ces réunions, la demande motivée de deux représentants du personnel au CHSCT de l’entreprise utilisatrice peut permettre de l’imposer. Parallèlement, deux membres du CHSCT de l’entreprise extérieure, ont le pouvoir de demander à leur propre chef d’entreprise, si celui-ci ne s’y rend pas, d’assister aux réunions de coordination, ou de saisir le chef d’entreprise utilisatrice afin que celui-ci organise les réunions de coordination.

On le voit les CHSCT avaient un immense champ d’action, les salariés (malgré la limite de 2 h de délégation, auxquelles pouvaient s’ajouter des temps d’enquête et de visite) qui y siégeaient avaient une immense responsabilité, l’instance collective réunie trimestriellement en présence du médecin du travail, du représentant de la CRAM, et de l’inspecteur du travail,  en présence de  l’employeur avait une vraie fonction.

Il fallait faire évoluer ce droit des CHSCT positivement

Un avis du Conseil économique et social avait été adopté en ce sens les 13 et 14 mai 1980, il y a donc plus de 40 ans, juste avant les lois Auroux, sur l’hygiène et la sécurité dans le travail (Journal officiel année 1980, mardi 24 juin 1980, rapporteur dans un premier temps, Antoine Antoni puis Georges Denizet, adopté par 121 voix et 26 abstentions.)

Déjà ce document signalait : « La législation, axée initialement sur la réparation, s’est progressivement tournée vers la prévention en même temps qu’elle s’élargissait à l’ensemble des facteurs professionnels qui peuvent porter atteinte à l’intégrité physique ou mentale des travailleurs ».

« Ce souci de prévention est d’ailleurs commun à l’ensemble des pays industrialisés. Un rapport du comité économique et social des communautés européennes en date du 13 juin 1978 note à cet égard : « l’évolution de la technologie moderne est génératrice de risques nouveaux au point qu’il paraît indispensable de procéder à une reconnaissance préventive des causes possibles de dommage et partant de développer une politique globale de prévention et de lutte à l’égard de tous les risques professionnels ».

Cet avis proposait déjà il y a 40 ans, de ne pas relâcher l’effort, « l’insatisfaction étant un devoir ».

Déjà il proposait de mieux connaître les causes, d’évaluer les risques, et dans le secteur public aussi. Il proposait une sécurité intégrée, une information, une formation à la sécurité dans les enseignements, une meilleure harmonisation, des moyens plus importants et une simplification des réglementations de prévention, et la création de CHS partout  où le besoin s’en fait sentir.

Il proposait déjà une meilleure coordination entre l’INRS, l’OPP-BTP, la CRAM, l’ANACT et la MSA. Il recommandait que les effectifs de l’inspection du travail et plus particulièrement de ses corps de contrôleurs lui permettent de répondre sans difficultés aux demandes d’intervention.

Un autre avis a été adopté par le Conseil économique et social en août 2001, « vingt ans de CHSCT »(Gérard Filoche rapporteur, Cf. Journal Officiel septembre 2001) proposait de valoriser les CHSCT, leur donner les vrais moyens d’action qui correspondent à l’ambition de leurs missions, un 2° CE.

Il proposait différentes pistes qui visaient à faire des CHSCT un « 2° CE » avec

- un système d’élections directes des membres du CHSCT comme celui des CE et des DP

- la mise en place de suppléants,

- un alignement par le haut, avec les CE et DP, du nombre des heures de délégation,

- de meilleurs droits en matière de formation (alignés aussi par le haut sur les droits des membres de DP et CE)

- des moyens matériels (finances, matériels, locaux) similaires

- un abaissement des seuils de mise en place de CHSCT (20 salariés ?)

- la mise en place de Commissions paritaires-CHSCT au niveau d’un site ou d’un département pour les entreprises qui n’en disposent pas.

- l’élection et la protection des salariés participant aux CISSCT dans les chantiers concernés;

- la mise en place d’une « obligation de faire » qui donnent des moyens plus importants d’action aux CHSCT (« obligation de faire » : cela pourrait être un mécanisme qui permettrait lorsqu’une majorité de membres du CHSCT se prononce pour une mesure importante et urgente en matière de sécurité, santé conditions de travail, avec l’approbation des personnalités extérieures, d’imposer une mise en oeuvre  plus rapide (avant le CHSCT suivant… ou selon un calendrier semblable aux mises en demeure déjà prévues…) : lorsque l’employeur s’y refuse, dans cette éventualité, il devrait payer une astreinte forte.)

Il s’agissait surtout d’aller de l’avant dans l’implication des salariés dans leur protection collective.

Le but était de réduire l’immense contradiction entre les moyens et les missions des CHSCT et leur permettre de devenir adultes et comparables aux autres institutions représentatives du personnel,  de développer leur existence et leurs moyens dans les entreprises de moins de 50 salariés là où les risques sont plus grands et le besoin de prévention plus fort

Pour les entreprises de plus de 50 jusqu’à 300, l’avis adopte par le CES de 2001 jugeait déjà nécessaire de renforcer les droits des CHSCT de façon à les rapprocher des droits et moyens d’action des CHSCT des plus grandes entreprises.

Pour les moins de 50, il fallait donner les mêmes droits là où ils existent aux DP et là où il n’y en a pas, à défaut, permettre une certaine mutualisation de la prévention au niveau des sites et des branches, peut être selon le principe qui a prévalu à la mise en place des conseillers des salariés ?

Ou sur le système de la loi d’orientation agricole du 9 juillet 1999 : celui de la mise en place d’une Commission paritaire d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CPHSCT) (de façon plus avancée car les pouvoirs de ces CPHCST apparaissant très limités puisqu’ils n’ont pas le droit d’enquête ni d’entrée dans les exploitations et entreprises).

Pourquoi ne pas simplifier et unifier le système dans tous les secteurs et notamment dans la fonction publique ?

Enfin développer les ressources de tous les autres organismes concourant également à la prévention des risques, (doubler les effectifs de l’inspection du travail, renforcer les moyens des CRAM, de l’INRS, ANACT et des autres organismes consacrés à l’amélioration des conditions de travail) assurer leur coordination, faciliter les enquêtes, les études statistiques au plus haut niveau.

En ce début du 21° siècle, il n’y a pas de fatalité, alors qu’il y a tant de progrès technologiques, à ce que nous ne puissions pas endiguer la progression du nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles, que nous ne puissions pas soulager la souffrance humaine au travail : nous avons, comme l’écrivait le conseil économique et social, il y a 20 ans, un « devoir d’insatisfaction » et, nous ajouterons, des obligations nouvelles de résultats. »

Cet avis adopté à une large majorité par le CES sous le gouvernement de Lionel Jospin ne fut suivi d’aucune application sous les autorités et gouvernements de MM Chirac, Raffarin, Fillon, de Villepin, et Sarkozy.

Mais au moins n’y eut il pas régression juridique jusqu’en 2015.

 


La suppression des CHSCT indépendants par MM. Hollande, Sapin, Rebsamen, Macron et Mmes El Khomri et Pénicaud

C’est terrible à dire mais la suppression des CHSCT produit de décennies de batailles du salariat et de conquêtes de droits nouveaux, a été essentiellement le fruit contre nature d’un président qui s’était fait élire à gauche, François Hollande. Sous sa direction, différentes lois les ont restreints puis supprimés.

Les effets sont terribles :

On comprend quand on relit la liste ci-dessus des prérogatives des CHSCT de 1982 à 2014, tout ce qu’ils pouvaient devenir, au service des salariés et du bon fonctionnement contrôlé des entreprises.  On imagine comment on aurait pu les faire progresser  (et comment on pourrait, on devrait les reconstruire maintenant). Ils étaient immensément utiles et on ne pouvait que se féliciter de leur existence et pousser à leur développement, extension, généralisation.  Notamment dans les domaines de l’égalité femmes-hommes, du combat contre les formes de harcèlement moral et sexuel, contre les violences faites aux femmes, contre les maladies professionnelles (TMS, pollution,  exposition à des perturbateurs endocriniens,  amiante, rayonnements ionisants..) pour la formation aux risques

On ne peut a contrario, que déplorer combien ils ont manqué face à de grands évènements d’ampleur récemment survenus comme la pandémie du Covid19, et le changement climatique.

Même le nombre d’accidents du travail a augmenté (y compris particulièrement celui des jeunes)

1°) sous la pandémie : les CHSCT auraient pu jouer pleinement leur rôle de prévention, d’alerte, de retrait, d’aménagement des conditions de travail. Il n’y aurait pas eu besoin d’un état d’urgence,  de la suppression de tous les droits du travail, et surtout pas de donner tous les droits aux employeurs, ni de briser le secret médical.

On imagine, comment cette instance polyvalente composée des salariés eux mêmes, aurait assurer l’information, la consultation, et prendre démocratiquement les décisions qui auraient pu assurer dans de meilleures conditions l’hygiène, la santé, la sécurité et le travail des salariés. Sur le terrain, au cas par cas, elle aurait été en mesure de suivre l’évolution des tests, de la mise en place des barrières de protection (confinement, télétravail, suivi des arrêts et des reprises, aménagements des horaires et des locaux) et du déroulé des soins (tests, confinements, vaccinations)

D’autres pandémies surgiront : il urge de reconstruire les CHSCT pour y faire face.

2°) face aux dérèglements  climatiques et aux canicules : le code du travail français est vide de toute protection sérieuse face au climat et aux chaleurs.

En Allemagne c’est l’ordonnance ArbStättVO, article 3, paragraphe 1 qui régit les mesures de protection face à la chaleur : le point 3.5 des règles techniques pour les lieux de travail (ASR) régit les conditions au travail selon 3 seuils : 26°, 30° et 35 degrés. L’employeur doit prendre des mesures de climatisation et de modification des horaires et conditions de travail à chacun de ces seuils, et en aucun cas il ne peut dépasser 35°, car au-delà il est prévu que les salariés cessent de travailler.

En France devant le vide juridique, l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) rappelle qu’« au-delà de 30°C pour une activité sédentaire et 28°C pour un travail nécessitant une activité physique la chaleur constitue un risque pour les salariés.

Dans sa recommandation R 226, la CNAMTS (Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés): « il est recommandé aux chefs d’entreprises de faire évacuer le personnel des bureaux quand les conditions deviennent mauvaises : Température Eté 34°C Hiver 14°C.

Et oui, il faut absolument se protéger : la chaleur tue au travail crampes/syncopes de chaleur, malaises cardiaques, coup de chaleur (température corporelle > à 40,6°C, peau sèche et chaude, pouls rapide et fort, perte de conscience possible), décès possible par défaillance de la thermorégulation : 12 morts au travail par la chaleur en été 2020.

Entre le 1er juin et le 15 sept 2020 il a été reconnu au moins 12 accidents du travail mortels directement « en lien avec la chaleur » : 11 hommes et 1 femme salariés âgés de 28 à 61 ans (âge médian 48,5 ans) Morts survenues principalement à l’extérieur dont 5 en agriculture/sylviculture.

Des mesures légales d’une part et d’autre part négociées par branches et entreprises, sont impératives pour l’adaptation des locaux et des horaires face aux fortes chaleurs.  Mais pour les mettre en œuvre quelle meilleure instance que les CHSCT impliquant à la fois les salariés, l’inspection, la médecine, les experts et l’employeur ? Climatisation, chauffage, modification discutée et consentie employeurs/salariés des horaires de travail…

3°) accidents mortels du travail : depuis la suppression des CHSCT  la courbe des accidents, qui baissait insensiblement depuis deux décennies, a remonté  et la France dépasse l’Allemagne, et elle est devenue  triste « championne » des accidents mortels en Europe : 1800 accidents du travail par jour, 14 morts pas semaine, 550 par an et 700 suicides liés au travail. Et il faut rajouter 4500 handicapés du travail par an.  C’est stupéfiant, en 2019, sur 19,6 millions de salarié-e-s du secteur privé, les accidents du travail concernent 655 715 personnes, dont 62,7% d’hommes et 37,3% de femmes. Rien qu’en 2022, mi-mai y’a déjà 125 morts. Les accidents sont plus fréquents chez les jeunes, les précaires, saisonniers, CDD, intérimaires, auto-entrepreneurs ubérisés, sous-traitants.

Puisqu’on travaille davantage le travail tue davantage. L’intensification du travail dans l’urgence, les tâches polyvalentes et en sous effectifs, et la retraite toujours repoussée, ça tue aussi. Un auto entrepreneur couvreur âgé de 68 ans est mort récemment en tombant d’un toit ! Qu’est ce qu’il y faisait encore à son âge ? Faute d’avoir tous ses trimestres et une pension décente, il était revenu bosser.

La « pénibilité », s’est accrue et il est devenu urgent de reconstruire un vrai droit du travail, avec notamment retour amélioré des CHSCT, une prévention, une médecine et une inspection du travail et un ordre public social protecteur.

« La santé au travail mérite une institution représentative du personnel de même niveau que le comité d’entreprise ou les délégués du personnel. Son mode dedésignation devrait être le même et il devrait pouvoir disposer des moyens nécessaires à l’exercice de ses missions. » (Liaisons sociales n° 16 de novembre 2000, François Desriaux, rédacteur en chef de la revue Santé et Travail publiée par la Mutualité française.)

Gérard Filoche  le 25  juin 2022