Macron joue avec le feu ! tous ensemble le 31 janvier

Deux millions dans les rues contre la retraite à 64 ans mais aussi plus globalement contre tous les reculs sociaux. Au même moment Macron déclare de Barcelone que son élection a validé son projet sur les retraites. Oubliés le vote barrage à Le Pen et ses déclarations au soir du second tour. Un coup d’arrêt s’impose.
Le retrait ou le RN ?
Avec ses déclarations Macron affiche non seulement son mépris mais il envoie un message à une partie de l’électorat. Avec mon élection vous avez validé le report de l’âge de départ en retraite. Des millions d’électeurs vont entendre qu’ils n’auraient pas dû faire barrage à Le Pen. Celle-ci n’a rien à dire sauf à rappeler son opposition au projet.
Ce choix de Macron est un choix lucide. Il joue avec le feu. Il sait que la réforme des retraites en Italie a été rejetée par une mobilisation sociale forte. Il sait que personne n’en a tenu compte. Il sait que ce choix a ouvert la voie à l’extrême-droite italienne. Son cynisme n’en est que plus révoltant.
L’urgence d’un retrait !
Tant du point de vue des conséquences sociales que des conséquences politiques le choix est clair. Il faut imposer le retrait du projet Macron-Borne-Dussopt. Cela passe par la mobilisation sociale et celle de la jeunesse. Partout des AG sont possibles discutant des formes d’action si le projet est maintenu. Comme c’est probable. Des Assemblées dans les entreprises, les lycées, les facs c’est l’urgence pour ancrer une mobilisation qui se développe à partir du choix des 80 à 90% des français opposés au projet gouvernemental.
Le 31 janvier est un repère collectif pour se rassembler toujours plus nombreuses et plus nombreux dans la rue et dans la grève. Dans les jours qui suivront, pour que l’action s’inscrive dans la durée, elle devra se concrétiser par de nombreuse grèves dans tous les secteurs.
Construire l’alternative !
La NUPES est unie contre le projet. Elle doit développer une activité unitaire sur les marchés, dans des réunions publiques. De cette activité, de l’élargissement de la NUPES en une alliance de toute la gauche dépend l’existence d’une alternative aux prochaines échéances électorales. Qu’elles soient anticipées ou non.
C’est le moment du tous ensemble tant sur le plan social que politique. Les enjeux sont trop importants. Il ne faut pas se disperser, l’heure est aux rassemblements et à l’unité !

Partis syndicats, masses, union et révolution

Partis, syndicats, masses, union et révolution

 

C’est l’existence qui détermine la conscience. C’est le capitalisme qui engendre des revendications qu’il ne peut satisfaire. Le socialisme vient du ventre. Ce n’est pas l’insurrection civique super-structurelle (sic) qui précède l’insurrection sociale de base. Ce sont les combats pour des revendications souvent élémentaires mais légitimes, poussés jusqu’au bout, qui déclenchent les révolutions.  Ce ne sont pas des « projets de société contre des projets de société ». Ce n’est pas « l’idée » de la République qui pousse les femmes à aller à Versailles en octobre 1789, c’est le pain. Pareil pour la révolution russe de février 17 comme celle d’octobre elles ne se font pas « pour le socialisme » mais pour la paix, le pain, la terre.

 

Depuis quand  ce serait un « manque d’ imaginaire » qui nuirait aux mobilisations sociales ?

C’est le contraire, c’est l’imaginaire qui provient des luttes et mobilisations les plus fortes et les plus réussies, c’est un résultat, pas un préalable !

Presque toujours à la Butte Montmartre,  au quartier de Vyborg, dans 90% des entreprises occupées de mai-juin 68, dans un théâtre de Prague, ou le 17 déc. 2010 à Sidi Bouziz, les explosions sociales et révolutions, commencent sans « imaginaire », mais avec un affrontement concret, une colère puissante, un détail qui stimule, obtient un soutien de masse et ouvre la voie à tous les possibles.

La gauche est pluraliste, traversée de plein « d’imaginaires », positifs et négatifs, et c’est logique. Mais c’est justement quand ces divers imaginaires ne séparent plus, ne divisent plus, et que l’action commune de classe l’emporte que l’explosion sociale victorieuse se produit.

Il y a une question de méthode, de théorie derrière ca.

 

Ce ne sont pas des « mots d’ordre centraux », venus du haut de la direction d’un « parti avant garde » d’après un schéma souvent usé qui aident vraiment le mouvement social.  Ce n’est pas la marche sur Paris en juin 2013 (« du balai ») qui féconde un mouvement contre l’ANI en 2013, ce n’est pas la marche contre la hausse de la TVA en déc. 2013 qui féconde le combat d’alors contre la loi Touraine sur les 43 annuités de retraite. Ce n’est pas la marche pour un candidat à la présidentielle qui aide le mouvement unitaire des 14 manifestations anti El Khomri à gagner.

C’est le contraire c’est plutôt le mouvement social qui conditionne et féconde la possible victoire d’un candidat à la présidentielle.

Ce sont plutôt les « gilets  jaunes » ces « gueux » surprenants venus d’en bas, comme en 1788, qui ont terrorisé le pouvoir macronien, et fertilisé les luttes et à juste titre, car ils étaient la poussée qui suppléait à la répétition des non-victoires des syndicats face à l’arrogance sourde du pouvoir capitaliste depuis 2002. Même sans une énorme conscience au départ, ils se radicalisaient très vite à gauche (j’ai visité moi aussi, comme d’autres 25 ronds points dans toute la France et j’ai pu le vérifier in situ)

L’insurrection civique ne précède pas l’insurrection sociale : au mieux c’est l’inverse ! On ne gagnera jamais une « constituante » et une VI° République (voir le Chili) sans avoir gagné le pouvoir et déjà changé considérablement la vie concrète ! Sur le terrain des idées, les capitalistes  ont l’argent et les médias, nous nous n’avons que le terrain de la mobilisation collective, du changement de vécu massif de millions de salariés. Ce n’est pas vrai qu’il faudrait dominer culturellement avant de prendre le pouvoir. Il faut dominer socialement pour conquérir des revendications puis les institutions, il faut avoir conquis le pouvoir pour consolider une nouvelle culture sociale qui éradique toutes les différentes discriminations et oppressions morcelées : ce combat n’est jamais fini tant que le salariat en tant que classe ne dirige pas collectivement et démocratiquement. Les institutions d’une VI° république se créeront à ce moment-là pour concrétiser, conforter, quant elles seront perçues comme nécessaires pour défendre et faire perdurer le nouvel ordre social « pluriel ».

Idem en Europe, c’est la victoire de la gauche en France qui secouera et transformera l’UE. La Grèce suppliciée faisait 2 % du PIB européen, la France fait 27 % dudit PIB. Il ne faut pas dire Frexit mais Macronxit. Ce n’est pas à Bruxelles que sont dirigées les FDO, c’est à l’Elysée. Les GOPE ne sont appliqués que si le gouvernement en place le veut, et sinon ils sont et seront renégociés. D’ailleurs les traités passés sont déjà peu appliqués et aucun critère de Maastricht n’est plus en vigueur. Aucune unanimité ne s’imposera alors. Les rapports de force changeront grâce au salariat de tous les pays. Ça ne sert à rien de nous mettre nous mêmes des bâtons dans les roues, d’inventer à froid des préalables, de nous diviser sur des scénarii abstraits, nous ne voulons pas nous replier ni nous défendre, ni « sortir » : si nous gagnons à Paris, nous espérons que se généralisera un « printemps des peuples » européen et que les autres capitales devront répondre à cette nouvelle donne. (On devrait donc facilement parvenir à une liste commune  de la NUPES et de toute la gauche aux européennes de 2024 afin que cette liste soit en tête dans tout le pays et marque bien que c’est la gauche la véritable et principale opposition au macronisme).

 

Gagner les élections est difficile, car le bulletin de vote est manipulé par l’argent les médias, l’isolement. En fait quand les élections sont gagnées, c’est un résultat plutôt qu’une étincelle : mai 81 est un effet différé de mai 68,  mai 1888 est un effet différé de l’hiver 1986, juin 1997 est un effet différé de nov.-déc. 95, mars 2004 (20 régions sur 24 a gauche) est un effet différé du plus grand mouvement sur les retraites en 2003, mai 2012 est un effet différé du CPE, des batailles sur les retraites de 2003 et 2010.   Ce n’est pas l’appel politique précipité en juillet 2022 à une montée à Paris le 16 octobre qui aide le plus  les syndicats à s’unir et à agir.  Ce n’est pas la fixation par le haut d’une autre date au 19 janvier 2023 qui aide le mouvement syndical à s’unir à 100% et à fixer le 19 janvier. Cela peut même être contre productif en induisant des faux débats.

 

Un accord gauche-écologiste est fondamental : il ne peut y avoir d’écologie sans gauche, ni de gauche sans écologie. Sans être anticapitaliste on ne sauvera ni la planète ni les fins de mois. Le capitalisme est un système de compétitivité et donc de guerre, notre éco-socialisme est un système de partage démocratique des richesses que nous produisons. L’intégration de toutes les révoltes partielles, sectorielles est décisive contre les oppressions multiples, anti-masculinistes,  anti racistes,  anti xénophobies, anti nationalistes, c’est nécessaire à la pleine force du combat principal contre l’exploitation. Ce dernier condense l’affrontement avec le capitalisme, avec le système de guerre anti sociale qui  nourrit toutes ces oppressions.

 

L’union fait la force, la force ne fait pas forcément l’union. Une dynamique unitaire, ça dépend du contenu et de l’adhésion créative à ce contenu : c’est une question de conviction, d’élan vivant, pas une question d’autorité ni de chef. (Ce n’est pas vrai que la gauche française sera sauvée de ce qui est arrivé en Italie, par la force).

 

Les appareils existent partout, c’est matérialiste, surtout il ne faut ne pas le nier, ni s’en offusquer, il faut le mettre dans les programmes de formation d’éducation, bien prévenir sur leur réalité : il n’y a pas de vaccins contre eux, mais il y a des traitements. Le principal étant la démocratie : des statuts, des débats, des votes, des procédures méticuleuses,  des adhésions,  des cotisations, des élections, des contrôles financiers et éthiques, du pluralisme reconnu et proportionnel, etc. (la procédure est la sœur jumelle de la liberté, et la démocratie ne s’use que si on ne s’en sert pas, la démocratie n’est pas une perte de temps ni d’efficacité, au contraire, elle aide à démultiplier les forces).  Les appareils (syndicaux et politiques) se méfient de l’union et veulent  la contrôler : elle les bouscule, elle change la donne, elle fait intervenir de nouvelles énergies, elle fait le tri des élus, des dirigeants, des bureaucraties (grandes ou petites) à l’épreuve concrète de la lutte de classes. Il leur faut à ce moment là faire face aux vérités des luttes et des débats, ils n’aiment pas ça. Car ce qui contredit et emporte les reflexes claniques d’appareils c’est la libération des actions de masse unies.

 

 

La division est quasi toujours une pratique qui freine, oppose, crée des mauvaises concurrences polémiques entre pseudo « avant gardes » dures,  larges ou auto-proclamées, elle donne toujours prétexte à des haines, insultes,  entre les salariés pourtant tous exploités, elle donne matière à des courses au triomphalisme, suprématisme, hégémonisme, et même hélas, sectarismes, et à des gauches prétendues « irréconciliables ». Seuls le patronat et les pouvoirs de droite en tirent parti. C’est vieux comme le mouvement ouvrier du XIX° siècle : « La domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers » (Friedrich Engels).

 

Notre rôle théorique, intellectuel, militant est d’unifier le salariat, d’aider à ce qu’il prenne conscience de sa puissance.

 

L’union a une vertu intrinsèque, elle bouscule les appareils et tire à gauche. Le fait qu’un appareil ne puisse plus imposer son hégémonisme (ses intérêts propres générés matériellement), mais soit  obligé d’écouter les autres, de respecter les autres, de composer avec les connaissances, expériences, acquis théoriques, historiques, implantation des autres, laisse s’exprimer et passer les besoins les plus radicaux des masses.

Encadrer les choix et décisions dans des « espaces », des « pôles » des « fonctions » sans centralisation publique ni démocratie méticuleuse. Hiérarchiser les prérogatives au lieu de faciliter les complémentarités associations, syndicats, partis,  comités de « base » et « comités au sommet » n’est pas non plus la bonne méthode.

La confiance en l’union-qui-se-radicalise se vérifie à coup sûr à la base, quand l’union est libre, avec des comités, des collectifs, des structures souveraines qui l’emportent sur les appareils  des syndicats ou des partis. Le « dégagisme » si cela a un sens, c’est ça. Pas de réticence à l’union, pas de leçons à donner, pas de crainte à avoir, confiance totale envers les larges masses, unies, débarrassées des chapelles,  des clans, des apparatchiks. C’est pour cela que nous sommes pour une « maison commune » sans crainte ni réserve de toute la gauche.

 

Parler du salariat comme classe puissante majoritaire, ce n’est pas du tout une « vieille lune », C’est une idée neuve, récente. Une analyse décisive. Il y a un grand retard intellectuel à gauche à propos de la survenue massive du salariat en tant que classe. Dans le monde, il y a un milliard de salariés de plus depuis trente ans, et 54 % des actifs sont salariés.

 

En 1910 en France, il y avait 3 millions de salariés, en 2010, il y a 30 millions de salariés. Comme Marx à son époque parlait du prolétariat naissant nous devons parler de ce  salariat devenu majoritaire. Ne pas identifier cette force en tant que telle, est une faiblesse théorique de la gauche. L’ancienne classe ouvrière (érigée en mythe surtout par les staliniens) n’en est qu’une partie. Il n’y a plus de différence cols blancs, cols bleus et cadres. Les salaires ont été compactés depuis 50 ans. Le salaire médian a été réduit, bloqué, les cotisations sociales abaissées et supprimées, les durées du travail un moment réduites, ont été rallongées. Le chômage de masse perdure cruellement : 6,5 millions de salariés sont privés d’emploi. La précarité augmente de 15 à 20 %. Les discriminations sont profondes : différences de salaires femmes-hommes, maltraitance de la jeunesse, ségrégation voulue envers les salariés et sans papiers immigres et un million de « travailleurs détachés »

Employés ouvriers et cadres n’ont que leur force de travail à vendre. Depuis 75 ans, ils avaient gagné de quoi faire progresser leur classe, leurs statuts, leur code du travail et leurs conventions collectives avec un principe de faveur, leurs salaires nets et bruts et super-bruts, leurs institutions représentatives du personnel, CE, DP, CHSCT, DS, ils avaient une médecine du travail une inspection du travail, une justice du travail, une sécurité sociale (ils votaient pour la direction de ses caisses), une retraite… tout cela est soumis depuis 20 ans à une offensive brutale et systématique sans précédent du patronat pour faire régresser chacune de ces conquêtes.  Et la politique de Macron est avouée depuis son livre « Révolution » de 2016 : sauvagerie de la France start up, suppression des cotisations sociales, société sans statuts, (ni code ni accords de branches), société post-salariale ubérisée. Il vise à détruire méthodiquement le salariat et tous ses statuts !  Raison de plus pour construire la résistance à cette politique et la conscience (l’imaginaire ?) collective qui en découle. Défendre et reconstruire le salariat comme grande classe révolutionnaire, a travers chacune des luttes sociales qui le permet : défense du code du travail, des services publics, de nos retraites, en espérant à chaque étape le soulèvement salvateur.

 

Les syndicats sont indépendants. Sans syndicats nous ne sommes rien. Sans syndicat nous n’avons rien. C’est le premier pas de l’organisation de classe de salariés.  C’est l’école de la lutte sociale, et du socialisme. Il faut respecter les syndicats, faciliter le fait qu’ils organisent et rassemblent  des millions de salariés sans discrimination, parce qu’ils sont salariés, indépendamment de leurs opinions philosophiques, religieuses, ethniques, corporatives et politiques. Il ne faut pas chercher à se substituer encore moins instaurer un « tri » mais il faut aider à des syndicats de masse, indépendants, démocratiques (fédéralistes), les plus unifiés possibles et unitaires, rassemblant l’écrasante majorité de la classe salariale. Et la démocratie est fondamentale dans les syndicats, comme dans les partis politiques. C’est le respect de règles démocratiques scrupuleuses, pointilleuses, méticuleuses, qui permet a la base et à chacune des formes d’oppression de se faire entendre et de s’exprimer. C’est par la démocratie, que les droits des femmes, des jeunes, des immigrés, des différentes minorités sexuelles peuvent exister. C’est par la démocratie que les combats se reconnaissent, s’épaulent et gagnent.

 

C’est le respect des rythmes, la compréhension de la naissance du développement et bonds en avant de la conscience de masse qui aident. Les cercles militants d’associations, de syndicats ou de partis sont là pour éduquer, préparer,  féconder, et proposer des issues aux explosions sociales, ils ne les décrètent pas. Ni la grève générale ni la « montée sur Paris », encore moins l’insurrection ne se décrètent par le haut d’un parti politique.

 

Des millions de militants ne suffisent pas pour gagner, il faut des dizaines de millions pour renverser victorieusement le capitalisme. Et ces dizaines de millions ne se mettent en mouvement que dans des circonstances exceptionnelles, en général « for one single issue », sur un seul but. Les revendications transitoires ne sont pas une échelle qu’il faut gravir, c’est chacune d’elles qui compte : gagner sur l’une entraine vite de gagner sur toutes. Gagner sur les retraites serait un bélier qui ouvrirait toute les portes.  Mais ce n’est pas agiter l’image du bélier qui compte, c’est le franchissement collectif de la porte.  Pour cela il faut un mouvement puissant, horizontal, pas vertical, il faut une expression démocratique, basique, des larges masses. C’est rare l’apparition de cette alchimie, et de cet art, pour qu’ils s’unissent et imposent à la fois la victoire de la revendication qui les a fait se mettre tous en mouvement, et à la fois dans la dynamique, la crise politique révolutionnaire qui débouche sur un changement de société.  Mai 68 commence vraiment les 16, 17 18 mai avec la grève générale de masse spontanée, sans doute la plus grande grève de l’histoire de l’humanité. Elle vient de la courbe ascendante des grèves des mineurs, de Rodhiaceta, de Redon, des 17 mai 66 et 17 mai 67, de la Saviem. S’il n’y avait eu que le « détonateur » des étudiants et les barricades, on n’en parlerait pas 50 ans après (de même qu’on a « oublié » le mouvement étudiant allemand qui fut plus fort que celui de France). C’est dans le mouvement, c’est dans l’action, que des millions de salariés, apprennent – parfois plus en trois jours qu’en trois semaines et plus en trois semaines qu’en trente ans. Ce n’est pas la parole tribunicienne, ce n’est pas le discours, « l’idée », ni le projet de société, ni l’idée d’une marche qui précède, c’est leur expérience pratique qui leur apprend ce qu’il faut le faire, qu’il n’y a pas moyen de faire autrement, que sans se soulever ils y perdront plus.

 

Je ne sais pas non plus ce que veut dire « l’échec du communisme » et encore moins celui de la « classe ouvrière » ? La révolution socialiste et communiste a été vaincue et écrasée, elle n’a pas « échoué » ; il n’y a jamais eu de socialisme ni de communisme en URSS, ni nulle part. Le dire clairement est une force. Il y a eu contre-révolution et pas une dégénérescence coupable ce n’est pas la faute aux révolutionnaires ni à leur programme, ni la classe, c’est la faute aux contre-révolutionnaires et aux crimes des capitalistes. Nous n’avons pas à nous renier, à changer de nom, je ne sais pas ce que veut dire « insoumis » mais je sais ce que veulent dire socialisme et communisme, et nous avons actualisé les éléments de programme actuels qui y correspondent.

 

La classe ouvrière, c’est à dire la partie ouvrière du salariat  a été réduite en proportion mais n’est pas disparue : les légendes autour des cols bleus, par contre ont  nourri des clichés usés, des fétichismes, des nostalgies, des démoralisations, et des théories devenues archaïques. Il y a globalement 6 millions d’ouvriers, 4 millions de cadres, 6 millions d’employés. (Il y a très peu de cadres supérieurs, de CSP). 18,5 millions dans le privé, 5,5 dans le public, et 6,5 millions de chômeurs.  Intégrer ce qu’on distinguait sous l’étiquette « classe ouvrière » dans le concept global de salariat, 30 millions, 90 % des actifs, ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre, aiderait à unir toutes les composantes sociales dans un même combat, de l’ingénieur au balayeur,  de la femme de ménage à la professeure, du métallo à l’éboueur. Il ne faut pas parler de « classe moyennes »  ni de « classes populaires »  ça ne veut rien dire (et ceux qui utilisent des mots à la dérive sont incapables de  les définir). Il y a un haut, un milieu et un bas du salariat, une seule classe. Il existe mille entreprises de plus de mille salariés qui font 50 % du produit intérieur brut, et font travailler près de 4 millions de salariés sur 18 millions.  Certes, il n’y a « que » 3 % d’entreprises de plus de 50 salariés mais elles font travailler 50 % des salariés (prés de 9 millions). Cela n’a pas empêché en mai 68 que le mouvement atteigne les pompistes, et les dentistes, les gardiens de musée et les traminots,  les cinéastes et les footballeurs,  les douanes et les couvents ! En dehors il existe 10 à 12 % d’indépendants dont les victimes ubérisées de Madelin, Novelli, Macron : il est bon de savoir que 16,6 % de ces indépendants sont pauvres (et seulement 5,3 % des salariés).

La politique de Macron expulse les salariés du salariat : ce n’est pas une libération, c‘est une terrible régression. Face à cela nous devons avoir la même méthode que ci dessus, dans tout ce texte : certes, nous voulons libérer les salariés de leur exploitation, de leur subordination, mais c’est en défendant aujourd’hui, chaque jour, leurs statuts, droits, conquêtes,  que nous y parviendrons dans des conditions émancipatrices pour toutes et tous.  Nous défendons la présomption de salariat contre Uber-Macron. Défendre les droits menacés du salariat, c’est mieux qu’un « imaginaire » c’est une bataille matériel et réelle. Je ne sais pas ce que veut dire « l’ère du peuple » mais je défends l’idée que c’est « l’ère du salariat ». D’ailleurs depuis que François Mitterrand a dit en mai 1981 que « c’était la victoire de la majorité sociologique » plus personne ne recherche des « fronts de classe » ni des « alliances de classe ». Le Front populaire de 1935 était une alliance avec la bourgeoisie quand le salariat était encore minoritaire ! Aujourd’hui un seul « front » du salariat suffit (de ses partis syndicats, associations..)

Nous n’opposons pas « réformistes » et « révolutionnaires ». Nous ne cherchons pas à diviser la classe entre les plus conscients et les moins conscients. Nous avons intérêt tous à nous entrainer dans le même mouvement de masse.  Des révolutionnaires autoproclamés peuvent arriver bien tardivement après des réformistes considérés comme hésitants mais qui se radicalisent. La réforme d’ailleurs nourrit la révolution et ne s’y oppose pas. Les conquêtes ne sont pas un embourgeoisement mais un appui, un socle. Les processus de développement de la conscience de classe (je l’ai illustré tout au long de ce texte) n’ont pas changé. On s’éveille pour la retraite, on devient peut être révolutionnaire dans la soirée ! Il ne faut pas (comme on disait dans le temps à la LCR et d’ailleurs le NPA majoritaire change en ce moment même sur cette question) « cliver  avec les réformistes », il ne faut pas construire une « avant garde » des plus conscients contre les moins conscients, il faut créer les conditions pour faire la course tous ensemble, et s’il s’avère que c’est un marathon, ce sont les révolutionnaires qui prouveront leurs qualités en gagnant dans les derniers kilomètres.

D’où l’idée actuelle d’une « maison commune » de toute la gauche, comme cela exista lors du Congrès du Globe de Jean Jaurès en 1905 : il réunit toutes les composantes des socialistes de l’époque, qui n’étaient pas aussi éloignées que cela politiquement, les unes des autres, mais qui se détestaient,  se méfiaient, passaient leur temps à polémiquer, etc… Ils commencèrent par des statuts communs où chaque composante était respectée, « dans sa personnalité antérieure », avait ses droits et ses expressions préservées, où la démocratie était la première condition de  l’unification…

Après 5 ans de trahison de Hollande Valls et 5 ans de division de la gauche de 2017 à 2022, l’unité réalisée avec la NUPES en avril mai 2022 est un immense et beau tournant, elle s’est faite sur un programme partagé, qui est une chance sérieuse pour aller plus loin,  toutes ses composantes sont dans le mouvement social pour les retraites, la NUPES peut donc et doit s’élargir, réfléchir, s’organiser à la base, se démocratiser…

Un nouveau congrès du Globe devrait être unitairement convoqué par des personnalités de tous les courants, et ainsi, naîtrait une force capable de fertiliser une explosion sociale révolutionnaire comme celle qui est inscrite dans la puissance du salariat. Et réussir !

Bon, évidemment un « congrès du Globe » ça ne s’auto proclame pas, une fois qu’on partage bien cette idée, on ne réunira pas  Faure,  Melenchon Tondelier, Roussel dans une même salle du jour au lendemain par un coup de baguette magique avec GDS Générations Ensemble (encore que ce serait urgent et souhaitable). Il faut donc que ça se construise : que ça traverse en profondeur les bases des partis, que l’unité et l’avenir frappent à la porte du congrès du PCF,  que la direction du PS avec Faure se consolide dans cette voie, que les Verts EELV cessent de se croire seuls pivots de l’avenir et acceptent réellement un front commun, que la LFI se démocratise, que la NUPES aient des comités de base élargis et démocratiques : il faut un processus concret, progressif, intermédiaire  pour convaincre les dizaines de milliers de militants concernés  !

Le présent texte est l’écho d’une discussion un peu abstraite et générale qui s’est tenue librement dans le conseil d’administration d’une fondation, la fondation Copernic, mardi 24 janvier. Dans ce contexte, je n’y ai pas abordé  les détails tactiques de la stratégie défendue. Mais GDS cherche plus concrètement à faire surgir au moins un regroupement de toutes celles et ceux qui partagent actuellement ce projet d’une « maison commune  » de la gauche, c’est envisageable de commencer par  faire un « PESU », un « parti écologique et social unitaire » au sein de la NUPES  et d’aller à marche assez  forcée cette année 2023 en ce sens, car le temps passe.  Un « appel » de dirigeants de Ensemble, Nouvelle Donne, Générations, GDS..  pour des « assises de fondation » d’un PESU (ou PGU  parti des gauches unitaires) au printemps serait une bonne démarche. Se mettre d’accord sur des statuts, un fonctionnement, un consensus de travail dans la grande perspective d’une « grande maison commune » rallierait sûrement des milliers de militants aujourd’hui  et pèserait dans le bon sens et fraternellement sur toute la NUPES.

Nous savons que dans chaque parti, PS, PCF, EELV LFI, il y a beaucoup de militants sincères et actifs, qui souhaitent cela ! En avant !

Le mardi 24 janvier Gérard Filoche

 

 

 

 

Communiqué du comité d’initiative et de liaison pour mieux construire la NUPES, réuni le samedi 15 octobre à Paris (Ageca) à l’appel de 2000 signataires

– Communiqué –

Le 15 octobre s’est tenue à Paris, avec plus de 2.000 signatures de soutien, une journée de rencontre pour «construire la Nupes tous ensemble et constituer une alternative majoritaire».

Une volonté s’y est affirmée : cette Union peut et doit devenir la
« maison commune » qui rassemble les gauches sociales et écologistes et y pratique la démocratie dans le respect du pluralisme. Les points de programme partagés au sein de la Nupes sont un acquis précieux pour aller de l’avant.

Au plan local, il faut encourager la participation aux assemblées unitaires formées avec les organisations volontaires et ouvertes aux citoyennes et citoyens, aux membres des syndicats et associations.

L’espace d’initiative et de débat ouvert ce 15 octobre a vocation à s’élargir, avec et par delà les personnes et sensibilités qui l’ont suscité. Un Collectif de liaison et d’initiativeouvert est créé pour enrichir et renforcer la Nouvelle Union populaire écologique et sociale./.

CLN-TousEnsemble.fr Construire la Nupes

 

Mon intervention au nom de GDS à la marche du 16 octobre

 

Nous sommes là dans ce dimanche à Paris avec une très large unité, elle fait la force du combat que nous menons pour le salariat,

En 2022 un tournant historique a eu lieu,

Avant c’était la tragédie de la division, et avec la division il n’y avait aucune chance de gagner face à Macron, avec la division du salariat et de la gauche, les capitalistes et le patronat réussissaient à nous bloquer

Mais en 2022 c’est changé

2022 est l’année du redémarrage de la gauche avec son unité, avec la NUPES,

Après de longues années de division, nous sommes là enfin ensemble

La NUPES ce n’est pas seulement quatre partis, ce sont des millions de militants mobilisables, derrière

Il y a EELV, LFI, PCF, PS mais il y a aussi Générations, GDS, Ensemble, Nouvelle Donne qui vont parler à ce micro après moi,

Toutes les sensibilités comptent, grands partis ou petits, partis, associations grandes et petites et syndicats,

Il faut respecter chacun, écouter chacun, il faut associer toutes les nuances de la gauche, démocratiquement, la démocratie ce n’est pas du temps perdu, c’est du temps gagné, de l’énergie gagnée, des forces nouvelles gagnées,

C’est ça la NUPES : être le plus large possible à gauche dans le combat avec les salariés si nous voulons gagner,

C’est l’ère des salariés contre tous les patrons à la mode Total

L’unité en 2022 c’est une nouvelle chance, un nouvel élan, un nouvel avenir

Nous avons un « programme partagé »,

Et je suis un assez vieux militant (jeune depuis plus longtemps que les autres) pour savoir la valeur de ce programme, il est excellent exceptionnel, le plus important depuis des décennies,

Quand nous parlons « vie chère » nous défendons le salaire,

Pas les primes aléatoires, manoeuvrières et éphémères, pas l’intéressement ni la participation bidon, pas les actions bidon, mais le salaire,

Le salaire

Le salaire net et brut

1500 euros net

C’est 1900 euros bruts

La CGT dit 2000 euros brut, elle a raison,

Il faut dire aussi 300 euros pour tous pour unifier tous les salariés

Indexer les salaires sur les prix,

Et pas de salaire supérieur à 20 smic pour répondre au patron de Total

ça suffit qu’ils se goinfrent en haut

Alors qu’il y a 10 millions de pauvres et que le salaire médian est de 1780 euros

Nous avons à nous défendre face aux offensives de Macron contre le salariat contre les retraites, contre les chômeurs, contre l’expulsion de 600 000 élèves des LEP, contre l’ubérisation, contre le faux bénévolat, pour la reconnaissance du statut de salariat  avec des droits, un code du travail, sans précaires (pas plus de 5% de non CDI par entreprise c’est dans notre programme NUPES),

Macron veut supprimer les cotisations sociales, là j’attire votre attention nouvelle : Macron veut supprimer les cotisations accidents du travail et la caisse spécifique accidents du travail, il veut que les patrons ne les paient plus,

Ne laissons pas faire, aujourd’hui c’est une marche de plus après le 29 septembre,  nous continuons le 18 octobre, avec les syndicats, avec tous les syndicats si nous pouvons, le front le plus large, le plus déterminé, le plus massif,

C’est le chemin de la NUPES,

Sans elle, sans son programme, sans nous souder dans la lutte comme dans les urnes nous ne pourrions pas gagner

Mais là avec la NUPES et son « programme partagé »,

On peut,

Avec des collectifs partout on peut,

Avec de la vie démocratique et sociale partout, on peut

Avec la NUPES on peut !

Unité !

 

Gérard Filoche

(cette intervention oralement approximative peut être écoutée sur le site GDS-DS.org et sur tweeter. Ella été faite sur un petit camion placé loin au 4° rang dans la manifestation, je fais observer qu’il y avait un grand camion au début de la manifestation, facile d’accès, mais que les « petites » organisations ont été obligées de parler dans des conditions inconfortables, avec un escabeau difficile pour accèder au « petit » camion, que c’est incorrect voire humiliant que l’hégémonisme se manifeste ainsi…

j’en profite pour dire que les bousculades, violentes, de plusieurs dizaines de minutes, qui font mal et qui laissent des traces physiques, au début au sein du « carré de tête » pour empêcher que des visages trop connus n’apparaissent autant que c’était légitime, c’est aussi inacceptable. Depuis de longues décennies je n’ai pas vu pareil  comportement et il faut le dire quand il est temps, ne pas laisser passser ça pour ne pas le laisser se reproduire.)

 

 

 

Mon intervention au « parlement » de la NUPES samedi 15 octobre :

Bonjour, ravi d’être ici pour échanger, c’est bon le débat d’idées

D’ailleurs nous sommes en plein boulot à la veille de la marche contre la vie chère,  quand on distribue un tract les gens nous demandent qu’est-ce qu’on entend par là, « vie chère » pouvoir d’achat » c’est flou, parce que nous on n’est pas du tout pour des primes, ni l’intéressement, ni la participation ou des «actions » bidon

On est pour des salaires, des salaires nets et bruts,

Le smic à 1500 euros net et 1900 brut,

Préciser le brut c’est utile

En fait la CGT est pour 2000 brut elle a raison, et puis avec le mouvement  autour de total il faut préciser, on nous le demande, pour les autres, 300 euros pour tous, une augmentation chiffrée uniforme pour rétablir le partage des richesses,

On défend l’indexation des salaires sur les prix et des retraites,

C’est les idées qu’il faut débattre en ce moment,

Donc on est là pour ça à ce « parlement »

C’est dans le programme de la NUPES, il est excellent ce programme, avec ses 650 mesures, par exemple face au PDG de Total, il contient l’idée clef d’un salaire maxima à 20 fois le Smic, il faudrait le dire davantage.

Et aussi pas plus de 5% de non CDI dans les entreprises car cela rassurerait sur notre intention de combattre la précarité,

Et puis aujourd’hui Macron veut supprimer les cotisations patronales et la caisse accidents du travail, c’est grave, il faut s’emparer de ça et le refuser, il détruit les cotisations sociales

Bon mais sommes nous un « parlement » ? Plutôt un conseil économique et social, non ?

Moi je suis venu le 29 mars dernier c’était présenté comme le parlement de l’UP, de ceux qui votaient Mélenchon maintenant tout a changé,

y pas eu de reunion entre temps,

mais c’est celui de la NUPES maintenant

c’est pour cela qu’il y a Corinne Narassiguin, Sophie Taillé-Polian, Manon Aubry à la tribune avec Aurélie Trouvé, manque quelqu’un du PCF, mais c’est quand même devenu, enfin, unitaire, c’est historique et on rassemble au delà des partis, car il n’y en pas que quatre dans la NUPES, il y a aussi Générations et puis GDS, Ensemble, Nouvelle Donne, PEPS… toutes les sensibilités ont leur place en démocratie

c’est que j’ai dit avec 2000 signataires par un petit mot envoyé à Aurélie puisqu’elle nous avait demandé d’envoyer des contributions,  je regrette qu’elles ne vous aient pas été distribuées aujourd’hui, mais on me dit elles vont l’être

On est réunis à 5 stations de métro d’ici à l’Ageca, on aurait pu se réunir en commun, et prendre en compte nos idées communes

Il faut préciser qui on est,

comme le camarade qui m’a précédé le proposait : un tiers de politiques des différents partis, un tiers de personnalités, experts, artistes, un tiers de militants qui se sentent  concernés tirés au sort…

Là, en-bas il y avait 2 camarades de la Loire, elles voulaient entrer, je leur avais proposé s’il y avait de la place, il y avait été dit que la salle était trop petite, 100 places, que tout le monde ne pourrait pas, mais il y a 50 chaises de libres, ca aurait été donc possible

Qui décide ? Qui décide ?

Faut un bureau, équilibré au consensus, une assemblée recensée, et réellement unitaire

Vous savez si une des composantes de la NUPES convoque seule un réunion, il y a moins de monde que si toutes les composantes se mettent d’accord pour le faire !

La démocratie ce n’est pas du temps perdu c’est du temps gagné, c’est de l’énergie en plus

La procédure est sœur jumelle de la démocratie, et la démocratie est soeur jumelle de l’intelligence collective, c’est ainsi qu’on fait apparaître et vivre les idées les plus judicieuses et qu’on peut éclairer le combat collectif de la NUPES , qui elle aussi, a besoin de vie à la base, de comités de base, d’assemblée unitaires ouvertes…

 

(Je n’avais plus de temps, il était limité à 2 minutes juste avant que mon tour ne vienne On était 50 dans la salle et environ 25 en Visio…apres il y a eu un atelier   »fonctionnement » mais on m’a dit que ceux qui avaient parlé en AG, ne pouvait plus reparler, du coup je n’ai eu aucune réponse à mes questions…)

 

Progrès, salariat, socialisme sont des idées neuves

pour la revue « Commune »

Confronté à un examen médical dans le bel hôpital parisien de Cochin,  une coronarographie,  on ne peut que s’éblouir  d’une pareille technicité au service de la survie : un plateau de sept soignants hautement formés et motivés, une sonde qui passe par l’artère du bras, franchit l’épaule, remonte au cœur,  examine de l’intérieur, tout cela se voyant en direct sur l’écran et permettant de détecter l’insuffisance cardiaque que l’on peut encore traiter chez un homme de 77 ans.

Le progrès existe.

Il a fallu de longs siècles mais les humains ont appris à prolonger leur vie, et à se protéger relativement de la douleur. Pour n’être pas victime de la gangrène, on n’ampute plus un membre, sans autre anesthésiant qu’un bâton dans la bouche.  Pour faire face à la « maladie de la pierre », on n’est plus obligés, comme Montaigne, de traverser l’Europe à cheval, il existe des lithotripteurs.

Dans un pays comme la France, l’espérance de vie a doublée depuis deux siècles, même si elle est reste limitée à 63 et 64 ans en bonne santé.

Oui, mais qui a accès à un plateau d’examens médicaux dans de bonnes conditions à Cochin ?  Qui bénéficie d’une Sécurité sociale,  basée sur des cotisations elles-mêmes basées sur le travail, et qui en assurent la gratuité ?  Qui est sûr que cette qualité et gratuité de soins restent un acquis ? Qui jouit d’une retraite décente quand il ne peut plus travailler ? Qui est certain que le « progrès » à tendance à s’étendre à tout le pays et à l’humanité  entière ?

Plus personne ne peut être sûr.

Impossible d’être certain qu’une guerre nucléaire ne va pas anéantir tout ça. Ou une évolution tragique du climat.

Le système capitaliste broie régulièrement le meilleur de lui-même.

Ce qu’il a laissé conquérir par ses travailleurs, il le remet sans cesse en cause. Chaque année il produit 2000 milliards d’armement, plus que ce qu’il dépense pour la recherche en santé contre les pandémies ou pour la défense de la planète contre le réchauffement climatique. Il engendre des revendications qu’il ne peut satisfaire et aggrave les inégalités, le chômage, la misère. Un jour il permet le droit à l’avortement et le lendemain il remet en cause le droit des femmes de disposer de leur corps. Le capitalocène est un système basé sur la compétitivité, sur la recherche du profit maximum donc forcément orienté vers la guerre pas vers la défense de la nature et de l’environnement. Il est capable de toutes les barbaries puisque c’est déjà un système où huit hommes possèdent autant que la moitié de l’humanité et qu’ils combattent tout mécanisme de redistribution, de partage, de marche à l’égalité, à la fraternité, à la liberté.

L’idéologie dominante n’est pas celle des exploités, des opprimés, du progrès mondial, mais celle des possédants, de la loi des plus forts, des conservateurs, des obscurantismes, des fanatismes, des nationalismes.

Alors a t on une chance de « progrès » pour les huit milliards d’humains soumis à des systèmes de production incontrôlés et pillards, à des développements brutaux et inégaux. Le chaos ne va t il pas l’emporter ? Les impérialismes vont-ils briser la planète ?

Pourtant les idées de socialisme, de société de partage, de redistribution des richesses, de défense de la nature, de fraternité internationaliste, existent bel et bien, dans tous les pays, et elles sont mêmes puissantes, mais quelles sont leurs chances de l’emporter contre la barbarie ?

La réponse est que ce n’est la tâche ni d’un Dieu ni d’un César, mais d’une force sociale assez puissante, assez organisée, assez consciente, assez décisive dans le processus de production des richesses pour renverser le capitalisme et l’organiser autrement.

Il n’y en a qu’une : le salariat.

Depuis 30 ans le salariat monte sur la planète. Ce sont ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et conquièrent des droits en la défendant et en la vendant. 54 % des actifs sont salariés, un milliard de plus ces dernières décennies.

Dans une société avancée comme la France, on est passés de 3 millions de salariés en 1910 à 30 millions en 2010, soit 90 % des actifs. C’est ce salariat qui est désormais la classe majoritaire. Point besoin de parler confusément de « classes moyennes » (sic) de « couches populaires », il n’y a qu’une classe fondamentale : il y a un « bas » un « milieu » et un « haut » du salariat, de l’ingénieur au balayeur, de la ville à la campagne, tous n’ont que leur force de travail à vendre. Leur intérêt de classe est le même. Leur salaire médian est autour de 1800 euros, et 90 % d’entre eux gagnent moins de 3200 euros. Seul le travail crée de la valeur.

C’est ce salariat qui est le mieux placé, objectivement, pour exiger un bon salaire, des bons services publics en santé, en école, en logement, en transports, en énergies, en défense de l’environnement. C’est ce salariat qui a conquis des institutions représentatives dans les entreprises,  une fonction publique indépendante,  des comités d’entreprise,  des délégués du personnel, des délégués syndicaux,  une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail, un code du travail, des conventions collectives,  une sécurité sociale et des retraites basées sur le salaire. C’est ce salariat qui produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite, il a intérêt à une République démocratique, sociale, laïque, écologique, féministe, internationaliste, pacifique,

L’existence exploitée détermine tôt ou tard la conscience qui rejette cette souffrance. Le salariat n’a pas forcément conscience au jour le jour de sa force, mais dans l’action il est capable de progresser de façon phénoménale et à toute vitesse, cela s’est vérifié à chaque grande mobilisation, en mai 68 en France et partout dans le monde. Et il y en a toujours, il y a des cycles du mouvement des masses : c’est d’eux dont dépend le progrès, son développement, sa confirmation.

C’est aux partis de gauche, syndicats, associations d’incarner le salariat, d’agir pour son unité, condition de sa conscience et de sa force. La gauche est pluraliste comme le salariat. Elle doit être démocratique pour que le grand salariat se retrouve en elle. Fi des appareils et des chapelles, le socialisme est une idée neuve, il ne peut pas y avoir de socialisme dans un seul pays ni sans démocratie, mais pas non plus de démocratie sans un nouveau grand parti démocratique de masse.

La démocratie sera l’oxygène de la société future de partage et de paix. Et du progrès.

Gérard Filoche (gerard.filoche@gmail.com)

 

Défendre le salariat, grande classe révolutionnaire majoritaire, attaqué de toutes parts

Nous sommes 30 millions de salariés, 88 % de la population active, nous n’avons que notre force de travail à vendre, du balayeur à l’ingénieur, à la campagne comme à la ville. Les chômeurs sont des salariés temporairement privés d’emploi. Les jeunes sont des salariés en formation. La retraite n’est pas un impôt ni une épargne, les retraités vivent grâce aux cotisations versés en temps réel, en direct par ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent plus. Le salariat produit toutes les richesses et n’en reçoit pas la part qu’il mérite. C’est le travail qui crée de la valeur.

Depuis un siècle, le salariat est devenu majoritaire sociologiquement et socialement. Il avait conquis, de 1910 à 2010, en passant de 3 millions à 30 millions de travailleurs , un code du travail, des conventions collectives, des institutions représentatives du personnel (IRP), des comités d’entreprise, des délégués du personnel, des délégués syndicaux, des conseillers prud’homaux, des conseillers mutualistes, des « CHSCT », une médecine du travail, une justice du travail, une inspection du travail,  des cotisations pré affectées et une sécurité sociale, une assurance chômage, une retraite par répartition, des logements sociaux, et des services publics, des fonctionnaires à statuts, … cet ensemble de droits sociaux étaient les prémices matériels, structurels, de son futur pouvoir lorsqu’il serait assez conscient, fort et uni pour remplacer la classe dominante.

Depuis 20 ans, tout cela a été attaqué en force par les gouvernements capitalistes libéraux (y compris violemment par le gouvernement Hollande Valls agissant de 2012 à 2017 contre son camp).

Avec sa « Révolution », Macron, depuis 2015,  va le plus fort et le plus loin possible contre le salariat : il casse le code du travail en chaque occasion, il liquide les conventions collectives, il fait fondre les « IRP » (de 425 000 a 200 000), il a liquidé les élections prud’hommes et diminué leur activité de 60 %, il liquidé quasiment par deux la médecine du travail, il a rogné l’indépendance de l’inspection du travail et ses missions, il a supprimé les CHSCT, réduit les CE et les DP, affaibli les syndicats en entreprises, il a  supprimé l’assurance chômage, il bloque le smic et les salaires nets,  bruts et super bruts, il détourne peu à peu les cotisations sociales en annonçant ouvertement leur « suppression », il utilise à d’autres fins les cotisations retraite, et fiscalise progressivement le budget séparé de la protection sociale. Il appuie « l’ubérisation » basée sur « l’auto entreprenariat », c’est à dire l’absence complète de statut et de droits. Il veut remplacer le contrat de travail collectif par des contrats commerciaux de gré à gré, il appelle à une « société post-salariale ». Il individualise la formation et l’apprentissage. Certes il ne pourra faire reculer les 90 % d’actifs salariés mais il est parvenu depuis 2017 à les « rogner » à 88 %.

Contre Macron, nous défendons le salariat comme un ensemble de droits, de statuts, de conquêtes communes aux 30 millions de salariés : pied à pied nous défendons la hausse du smic et des salariés nets et bruts indexés sur les prix. Le salaire net permet de vivre au mois le mois. Le salaire brut permet de vivre toute la vie. Les cotisations sociales sont une part du salaire mutualisée, versée dans un pot commun et redistribuée à chacun selon ses besoins, ce n’est pas une charge sociale, c’est un bonheur. Ce n’est pas un impôt mais du salaire. Ce n’est pas un « prélèvement obligatoire» c’est un bas de laine collectif qui protège de façon égalitaire les assurés sociaux, contre l’accident du travail, contre le chômage,  contre la maladie, pour le logement, pour les enfants, pour la retraite. Ce n’est pas de l’assistanat, ce n’est pas des « allocs », c’est du salaire légitime qui est un produit du travail.

Macron essaie d’exclure les salariés du salariat : c’est le sens de sa casse de l’assurance chômage, et de tout son soutien à l’ubérisation. Pied à pied nous l’en empêchons. Nous voulons que tous les exclus puissent revenir au travail, avec tous les avantages liés aux statuts antérieurs et à la conquête de nouveaux  droits. Notamment la recréation d’une « grande Sécu » universelle, pour tous les actifs, gérée démocratiquement avec des cotisations uniques proportionnées, et élections aux différentes caisses par les assurés, avec un Parlement social pour le budget de la protection sociale.

GF

 

 

 

 

Sans démocratie pas de socialisme Sans parti démocratique non plus

Le débat sur la démocratie devrait être prise à bras le corpsà gauche. Nous sommes toujours en retard sur cette question vitale.

La gauche, c’est d’abord une base sociale. Puis une organisation en partis, syndicats, associations. Et, dans son histoire, tous les errements, les trahisons, et jusqu’aux contre-révolutions, sont dus à l’absence de démocratie ou aux carences de cette dernière en son sein.

Sur le dos du salariat en lutte, se sont construits des appareils qui se sont émancipés du respect de l’obligation d’écouter, d’associer et d’incarner fidèlement leurs « bases ». Ces appareils, formels ou informels, réduisent ou détruisent la démocratie interne pour s’en émanciper et défendre leurs intérêts bureaucratiques au détriment de la large masse des adhérents ou sympathisants.

L’histoire le prouve : pour qui veut mener des combat politiques émancipateurs dans nos sociétés, les partis sont indispensables. L’organisation collective structurée est indispensable à  l’action collective, s’inscrivant dans la durée permettant mobilisations de masse,  élaboration collective, formation de cadres, présence contrôlée dans les institutions …

Aujourd’hui  la forme parti est fortement dépréciée ;  dans l’imaginaire il signifie bien souvent « bureaucratie, appareil, professionnalisation » ; (re) trouver le chemin d’un véritable fonctionnement démocratique  capable de combattre toutes les dérives est aujourd’hui indispensable.

Mener ce débat constitue une question préalable pour l’existence et la croissance de la gauche nouvelle qu’entend incarner la NUPES.

 

Pour une société démocratisée

Par opposition au capitalisme, société d’exploitation et de compétitivité qui dresse les classes sociales et les humains les uns contre les autres en les mobilisant pour la suprématie et la guerre, le socialisme est une société de partage qui produit de la révolte libératrice des ttravailleurses et travailleurs salariés, rapproche les humains et les émancipe individuellement tout en leur donnant les moyens matériels et intellectuels de vivre ensemble.

L’existence détermine la conscience, et celle-ci à son tour crée, par la démocratie, les modifications de l’existence.

La démocratie s’use dès qu’on ne s’en sert pas. Avec la démocratie, on ne perd jamais de temps, on en gagne.

La démocratie n’est pas un cadre, pas une technique, ce n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode, de l’oxygène ; elle est élément fondamental du programme de la révolution sociale. Elle fait partie du « but » visé, pas seulement des « moyens » nécessaires de la lutte de classes.

La démocratie est une pédagogie et un instrument permanent d’action, une protection et une surveillance de masse réciproque, un échange matériel garantie d’efficacité. Elle est le cœur, l’énergie de tout programme de révolution sociale et de sa mise en œuvre. C’est l’auto-organisation du mouvement de masse par les masses elles-mêmes : le salariat opprimé, exploité ne peut se révolter et gagner sans la démocratie maximum qui unit et décuple ses forces. Priorité aux comités de base.

La démocratie n’est ni un système nerveux centralisé, ni un système gazeux délétère; elle ne vient pas « d’ailleurs », pas de « l’extérieur ». Elle n’est pas en dehors de l’action de masse. La démocratie est pensée et se pense, s’organise de façon endogène comme interaction à tous les niveaux, de la base au sommet. Elle doit être faite de l’attention de tous, à la fois des désaccords et de l’accord de tous, des débats autant que de la décision. Impossible d’être aussi bien pour la réforme que pour la révolution sans pousser jusqu’au bout cette démocratie. C’est une praxis,un brassage d’expériences, une expérimentation collective qui homogénéise, intègre, développe en respectant à l’infini toutes les sensibilités. En mai-juin 68, des millions de salariés ont plus appris en quelques jours et en quelques semaines qu’en plusieurs mois, voire en plusieurs années. C’est en se mélangeant que les meilleures idées gagnent la masse.

Parce que notre classe sociale est pluraliste, son unité ne se fait que par la démocratie. C’est la condition de l’expression authentique d’une classe, d’un peuple, de l’élaboration et du respect des décisions, du succès pratique de leur mise en œuvre. La démocratie n’est pas verticale, ni césariste, elle est pluraliste, horizontale, participative, de terrain, avant d’être représentative.

La démocratie est d’abord l’action de masse, collective, l’apprentissage pratique, vécu, de la socialisation, du partage, en sororité et fraternité. C’est l’apprentissage vécu de la généralisation de l’égalité des droits, de la commune à l’Assemblée nationale. La société est d’autant plus transformée collectivement en profondeur que les consciences le sont par l’action. C’est l’insurrection sociale qui génère l’insurrection civique, pas l’inverse.

 

C’est la force des assemblées et des luttes qui exprime, incarne et soude le salariat majoritaire et qui libère, par ricochet, les autres parties du peuple. C’est ce qui fait qu’à tous les stades de la cordée, la cuisinière, l’infirmière, la femme de ménage, l’écrivaine, le chauffeur-livreur, le balayeur, le vendeur, l’ingénieur, le professeur, le conducteur de travaux, le gestionnaire, sont en mesure de connaître, comprendre, donner leur avis, de modifier le cours des décisions, de la construction, de l’élévation sociale commune.

Libérée et démocratisée, la société peut alors créer plus, innover plus, produire plus, redistribuer toujours mieux, faire face aux plus grands des défis, face à tous les besoins collectifs sociaux et écologiques.

 

Pour un parti démocratique et pluraliste de la gauche sociale et écologiste

Il ne faut pas chercher à nier ou méconnaître que, dès qu’il y a représentation, élection, division des tâches, dans toute organisation qui combat la société capitaliste et au-delà, naissent des tendances négatives, matérielles qui facilitent la création d’appareils qui échappent et nuisent à la démocratie.

Des conquêtes matérielles partielles, des avantages moraux, intellectuels, des corruptions surgissent facilement et sont l’apanage des directions et dirigeants des partis, syndicats et associations qui expriment, incarnent le salariat en lutte pour la révolution sociale. Il y a des dangers professionnels du pouvoir. Le capitalisme se défend en divisant et en corrompant : « La domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers » (Friedrich Engels).

 

Les « appareils » sont de caractère contradictoire : ce sont des couches bureaucratiques formalisées ou non, cristallisées ou non, qui se détachent et échappent plus ou moins au contrôle de leurs bases, de leurs mandants. Car pour exister, il leur faut, à la fois incarner leur base sociale suffisamment pour que celle-ci les soutienne et leur donne la force suffisante pour acquérir des avantages et prébendes auprès de la classe bourgeoise dominante, notre adversaire historique. Cette dernière achète ainsi la paix sociale à peu de frais et impose d’autant plus aisément la contre-révolution. Cela a produit, de par le monde, nombre de « partis ouvriers bourgeois » hybrides, les pieds dans le salariat, la tête dans les institutions bourgeoises – bonapartistes ou non. À force de côtoyer le haut, ils se distancient du bas, et le salariat, trahi, en paie le prix fort. On a ainsi connu cela dans la IIe, puis dans la IIIe Internationale, les errements sociaux-démocrates, puis le cancer du stalinisme. Cela a été le fait de grands partis de masse et de petits partis sectaires. Cela a été le fait de courants anciens ou de courants nouveaux, le vieux SPD allemand comme le bien plus récent Parti des travailleurs brésilien, le PS français depuis plus d’un siècle comme le jeune mouvement Podemosen Espagne.

Ces appareils ont des caractéristiques connues : plus ils sont flous, moins ils ont de règles, en l’absence de transparence et de contrôle ; moins ils ont de genèse historique claire, de théories solides et éprouvées, d’implantation militante profonde, de liens avec les meilleures traditions de la classe sociale dont ils émanent, plus ils sont capables de versatilité, d’opportunisme, de zigzags bureaucratiques et finalement de trahisons.

Il n’y a pas de vaccins contre les appareils et les trahisons. La menace est toujours là. Seuls le rapport de force social, l’éducation et la vigilance conjuguée de millions de salariés nous en protègent vraiment.

Cela doit donc faire partie de l’éducation et du programme de la gauche que de mettre en œuvre le maximum de garde-fous : il faut établir les meilleurs statuts possible, et, parce que leur « technicité » – même poussée à la perfection – ne suffit pas, il faut savoir les faire vivre au mieux.

Les meilleurs statuts, les plus démocratiques, peuvent être dénaturés. Mais, sans statuts démocratiques, la dénaturation est certaine et a toujours abouti sur des explosions, des crises et des scissions, encore plus brutales et décourageantes sans garde-fous.

 

Pour un parti féministe et antiraciste

Le combat que nous menons pour l’émancipation sociale intègre le combat contre toutes les formes d’oppressions en  particulier contre l’oppression patriarcale et contre toutes les formes de racisme notamment liées à l’histoire coloniale des pays occidentaux.

Toutes les formations de gauche qu’elles soient politiques, syndicales associatives doivent avoir à cœur de combattre en leur sein et dans leur fonctionnement les manifestations de ces oppressions. Instaurer la parité femmes-hommes de manière systématique dans le fonctionnement, permettre des expressions collectives, mettre en place des commissions ad hoc permettant de réagir à des cas de discriminations sexistes ou racistes sont aujourd’hui des étapes indispensables

 

Nos propositions

Le prix de la démocratie interne aux partis de gauche ne garantit pas à 100 % l’idéal, mais permet de s’en rapprocher :

Avec :

-      des critères de sélection, d’adhésion et d’éducation, de participation et de cotisations, et une formation militante continue. * L’adhésion formalisée nous semble une condition indispensable à un fonctionnement démocratique permettant d’associer tous les militant.e.s,  y  compris « la base » aux prises de décisions. Cette délimitation n’exclut pas d’autres formes de participation plus fluides qui peuvent correspondre d’autres formes d’engagement  la volonté d’un parti d’être accessible et ouvert ne peut se faire au détriment d’une véritable association de ses membres à une vie démocratique

-       La prédominance des instances de base, et des militants de base.

- des droits précieux et détaillés, du respect des idées, des sensibilités, des débats organisés, du partage de l’information, de la transparence du fonctionnement interne, une éducation et une acceptation du pluralisme

- des mécanismes d’élaborations collectives, de discussion organisée et minutieuse avec droit de tendances, de congrès avec libertés de votes, d’élections à la proportionnelle, de désignation des candidats et élus, de contrôle des mandats.

- un contrôle transparent et collectif des finances, des moyens matériels du parti, de ses organes de presse internes et externes, de la désignation et du fonctionnement des instances des élus dans les institutions. Le fonctionnement doit être public autant que possible, avec des commissions des conflits scrupuleuses, des commissions électorales pluralistes élues.

- une indépendance organisationnelle et statutaire respectée des syndicats et associations sœurs, des organismes qui concourent ensemble aux mêmes buts, mais avec des rythmes, des modalités, des bases et des programmations différentes.

- une exigence de moralité et d’intégrité optimales de la part de toutes et tous, élus, mandatés, porte-paroles ou simples militants de gauche. Pas de secte, ni d’avant-gardisme : le devoir d’exemplarité, tant que l’on vit dans une société capitaliste, ne peut être totalement disjoint d’elle et de ses tares, mais il convient de tout faire pour chercher à s’en protéger, s’en dégager au maximum en fonction des possibilités et des circonstances : comme le préconisait la Commune de Paris, militants et candidats doivent « ressembler aux nôtres », aux salariés.

 

Nous sommes pour un nouveau congrès du Globe (1905) permettant de construire une maison commune, pluraliste et loyalement démocratique, de toute la gauche sur un programme comme celui de la NUPES. Le maximum de règles démocratiques dans le parti de gauche à construire offre des garanties qui ne peuvent absolues, mais il est nécessaire au maximum de démocratie dans la société socialiste qui sera construite par ce parti ensuite. C’est le reste du programme social, écologique, internationaliste, et la mobilisation la plus forte possible des larges masses qui en garantira la réussite.

 

Gérard Filoche

 

 

Orwell : de l’unite du salariat

Le quai de Wigan

 

George Orwell écrit « le quai de Wigan » en 1934, publie à Londres en 1937. Les éditions Ivréa l’ont republié en 1995 en français (Champ livre, 260 p. 18 euros).

 

L’auteur y raconte le pays minier du nord de l’Angleterre. Il vit dans les logements insalubres et descend dans la mine : « La plupart des traits qu’on associe d’ordinaire au royaume  de Satan sont présents au rendez vous : la chaleur, le bruit, le tohu bohu, l’atmosphère fétide, l’air vicié et surtout, l’espace compté à un point insupportable » « Il faut être au fond et voir les mineurs à moitié nus pour se rendre compte des splendides types d’humanité qu’ils représentent ». Ils y descendent serrés dans une cage projetée à 100 km heure jusqu’à 400 m sous terre. Ils rampent dans des boyaux souterrains dangereux sur des longueurs de un à cinq kilomètres. Leur temps de travail n’est décompté qu’à pied d’oeuvre. Ils taillent la houille dans des positions torturantes de travail, un vacarme assourdissant, une poussière irrespirable : sur le front de taille, pendant 7 à 9 heures, à quatre pattes, dans un espace de 4 à 5 m, entre les bois de soutènement, les étançons, ils creusent avec des haveuses, des perceuses, des pelleteuses, des marteaux-piqueurs, des explosifs, des chargeurs qui concassent, trient, lavent et envoient le charbon abattu sur des convoyeurs avec des berlines.

« Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut».

Orwell réfléchit ensuite sur la situation politique et sociale de son époque, et s’interroge sur les raisons qui expliqueraient pourquoi le socialismene gagne pas davantage l’adhésion du peuple. Il a la lucidité, lui, journaliste, à la fois de ne pas flagorner les mineurs et de ne pas se distinguer d’eux : il recherche le point commun entre tous ceux qui ont une activité de production et vendent leur force de travail. On est tous salariés, tous victimes du capitalisme : « Ce que je dis par là, c’est que des classes distinctes peuvent et doivent faire front commun sans que les individus qui les composent soient sommés d’abandonner du même coup ce qui fait leur originalité. Le chat ne peut faire cause avec la souris. Le capitaliste ne peut faire œuvre commune avec le prolétaire. Mais il est toujours possible de s’associer sur la base d’un intérêt commun. Ceux qui doivent unir leurs forces ce sont tous ceux qui courbent l’échine devant un patron ou frissonnent à l’idée du prochain loyer à payer ».

 

NUPES NUPES NUPES !

Universités d’été et rentrée de la NUPES

NUPES, NUPES, NUPES c’est ce que criaient les 1500 participants à l’université d’été du PS le 27 août à Blois. Ils étaient trois fois plus nombreux que les années précédentes : résultat de la signature de l’unité de la gauche en avril-mai sur un « programme partagé » entre EELV, LFI, PCF, PS.

La venue d’orateurs et oratrices des Verts, des insoumis, des communistes, stimulait l’enthousiasme de celles et ceux qui soutenaient Olivier Faure comme étant le premier secrétaire qui avait redonné de l’espoir à un parti moribond.

Aile droite cornerisée :

Oh, il y avait bien des opposants : butte témoin figée depuis les années du quinquennat maudit Hollande-Valls, ils faisaient profil bas avec leurs 1,70% de voix confirmées le 10 avril 2022. Ils dénonçaient un parti socialiste « toutouisé », ce qui n’était ni adroit ni bien perçu par les militants et ça ne semblait pas le bon feeling pour tenter de gagner le congrès à venir. Quand ils faisaient, en douce, des « pots de l’amitié » identitaires comme celui de la fédération de Paris, il y avait tous juste vingt personnes…

Le PS serait mort s’il avait suivi les Cazeneuve, Hollande, Delga, Mennucci, Cambadelis. La Foll avait bien tenté une réunion scissionniste cet été à Arnage dans la Sarthe, elle n’avait réuni que 300 personnes, Delga et Cazeneuve n’avaient parlé que par vidéo., Hollande, vaincu à Tulle, s’était défilé comme toujours.  Reconstruire une aile droite anti unité de la gauche est une tâche désespérée pour ces gens qui ont saisi la justice contre leur parti, qui ont présenté 75 candidatures dissidentes, qui ont fait « flop » et n’ont eu comme résultat concret que de diviser en aidant à faire passer des candidats RN. Ils promettaient dans les couloirs de renverser la direction Faure, et s’apprêtaient à lancer un « appel » en ce sens ( ce que le JDD a rendu public quelques jours plus tard). Mais qu’ont ils donc à proposer à la gauche ? On désespère en les lisant de leur difficulté à se distinguer des macroniens, on ne voit pas ce qui leur permettrait de reconquérir un électorat qui souffre et qui n’entend d’eux que paroles vaines.

La direction Faure confortée :

Grâce à une réorientation à gauche (le smic à 1500 euros, la retraite à 60 ans, le droit du travail, la VI° république, le partage des richesses… ) les militants le disaient tous : « On a repris notre carte ». Et Olivier Faure s’était construit une figure politique en faisant les bons choix d’orientation. La construction d’un « intergroupe » entre les députés EELV LFI PCF et PS, a fonctionné assez bien. La collusion entre LREM, LR et RN s’est vue à l’Assemblée nationale tout au long du débat sur la question dite du « pouvoir d’achat » : la seule opposition est donc bien la NUPES. Et s’il y a quelques anicroches de ci, de là, c’est normal, après 5 ans de division et seulement 5 mois d’unité. Le nouveau « ton » combatif de la direction du PS lui vaut la grâce des militants de toute la gauche, certains étant parfois étonnés et éberlués de ce renouveau : c’est que la nature de classe du PS est inchangée, et qu’il peut donc renouer avec les meilleurs moments de sa longue histoire. Le camp de la gauche toute entière s’en trouve conforté et cela permet d’affronter dans de bonnes conditions la rentrée des luttes sociales, les journées d’action des 22 et 29 septembre, la construction d’une montée nationale à Paris réunissant partis, syndicats, associations pour la hausse massive des salaires face à une inflation menaçante à 8%.

Dans la Drôme, AMFIS mobilisés :

Est-ce le Parti de gauche, est-ce la France insoumise, est-ce l’Union populaire,  est-ce la Nouvelle union populaire écologique et sociale ?  Ça semble le tout en « un ». 5000 mille personnes sont passées à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme aux Amfis dans la semaine du 21 au 28 août. En pleine nature et sous des cieux cléments, conférences, débats, ateliers, aux « Amphis » c’est une formation de  qualité qui est diffusée à toutes celles et ceux qui y viennent avec enthousiasme. On mesure l’immense chemin parcouru : en 2021, il n’y avait pas d’esprit unitaire, et cette année, il domine.

Ce tournant est visiblement bien pris par tous les militants : les sceptiques, les ronchons n’ont aucune expression.  Le bilan est indiscutable : oui, on défend le « programme partagé », oui, on se bat pour une unité durable. Manuel Bompard le dit « on se bat pour des liste communes aux européennes, mais aussi aux municipales, aux départementales, aux régionales ». Et s’il n’est pas question d’ouvrir LFI à des débats de courants internes, il est accepté d’expliquer pourquoi.  Oui à un débat organisé entre LFI et GDS à propos de la démocratie dans les partis et dans la gauche : il se déroulera vers le début d’octobre 2022.

La combativité des Amfis est grande et une grande fraternité y règne à la base : militants jeunes, militants syndicaux, nouveaux élus, invités se mêlent  et sympathisent avec l’assurance que le combat de la NUPES ne peut plus être arrêté. Si un des groupes veut « sortir » il perdra. Pas de son de cloche dissonant, tous félicitent « les unitaires »

Des nouvelles viennent de partout : de Blois mais aussi de Grenoble et de Strasbourg.

Cela semble plus compliqué à Grenoble, où les Verts sont à nouveau partagés, mais si Jadot tirent dans un sens, Bayou, Piolle, Rousseau tirent en faveur de l’unité réalisée. Si les Verts en reviennent à un « superbe triomphalisme cert » à leur congrès de fin d’année, et s’il refusent  le projet de liste commune en 2024, ils en paieront le prix électoral à nouveau.

Quand aux nouvelles de Strasbourg, où se réunit le PCF, imagine-t-on les raisons et les moyens d’une rupture ave la NUPES, alors que toutes leurs forces y ont été engagées ce qui leur a redonné un groupe parlementaire ?  De ci de là, les petites différenciations de Fabien Roussel ne suffisent pas à contrarier les votes communs à l’Assemblée et bientôt les luttes sociales dans la rue et dans les entreprises.

La grande presse est aux taquets : elle cherche les moindres points de clivage, elle souffle inlassablement l’air pollué de la division. En vain. Le « programme partagé » en 650 mesures est un ciment solide. C’est sur lui qu’il faut s’appuyer. Les escarmouches échouent. Dans les syndicats, c’est la recherche d’une unité équivalente à celle de la NUPES pour les luttes de septembre et octobre.

Face à la menace d’alliance LREM LR RN, chacun sait qu’il n’y a pas d’autre alternative que la NUPES.

Au point qu’à la base les assemblées locales vont au-delà de ce qui est prévu par les directions, les assemblées de circonscriptions s’auto-dépassent en assemblées départementales, l’idée de collectifs de base NUPES se répand. Chaque fois qu’on construit et développe la NUPES on fait mal à Macron. Et cette fraternisation à la base au-delà des appareils, est possible et nécessaire pour gagner en dynamique la prochaine fois.

Une université commune de la NUPES en automne ?