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De semaine en semaine les appels pour l’unité en 2022 fleurissent. C’est le signe d’attentes fortes du peuple de gauche, de tous les réseaux militants. C’est aussi la marque d’une résistance bienvenue dans ces temps de division. Se féliciter de ces initiatives suppose aussi beaucoup de lucidité sur le chemin qui reste à parcourir pour unifier et pour dessiner une alternative majoritaire.
La première question saute aux yeux. C’est le maintien d’une situation de division à gauche entretenue par les états-majors des partis et des mouvements politiques. Il ne suffit plus d’afficher un visage unitaire de façade. Il est impératif que les partis s’engagent réellement et acceptent de mettre sur la table et en débat les sujets de fond. Ceux qui rassemblent déjà, et ceux qui appellent clarifications et discussions.
Pour y parvenir, il n’y a pas de raccourci. Il faut que le mouvement social et les citoyens s’en mêlent.
Des rencontres entre formations politiques et un mouvement citoyen qui fait connaître ses réactions, ses attentes ou demandes, c’est la double condition à réunir pour créer une dynamique sans laquelle aucune victoire n’est possible.
Le développement de comités citoyens pour 2022, d’assemblées citoyennes pour débattre des attentes, des priorités et même du calendrier parlementaire à compter de juin 2022 est un impératif.
La seconde question essentielle, c’est celle du socle commun. Le risque d’un socle c’est qu’il soit vague, qu’il en reste aux intentions sur la base du plus petit dénominateur commun. Ce qui est nécessaire c’est un contrat de législature ! Un contrat qui soit précis, un contrat qui reprenne notamment les revendications des mouvements syndicaux, des mouvements sociaux, un contrat qui anticipe les lois que l’Assemblée Nationale devra voter.
Qui peut croire à la remobilisation de l’électorat de gauche abstentionniste sans mesures fortes sur le plan social ? C’est pourquoi nous proposons comme engagement suivant les élections de 2022 l’adoption dans le premier mois d’une ordonnance « salaire – emploi – droit du travail – précarité sous-traitance – retraites – Sécu – logement ».
Cela doit constituer un des points de la plateforme commune pour 2022.
Il s’agit de pouvoir mettre en œuvre en urgence une hausse des salaires avec un Smic à 1800 euros et un revenu de base dès 18 ans à 1250 euros. C’est aussi un engagement d’égalité salariale réelle entre les femmes et les hommes, la baisse de la durée légale du travail à 32 h pour créer des emplois et le retour de la retraite à 60 ans à taux plein. Enfin c’est un signal clair pour la reconstruction du code du travail, la régulation de la sous-traitance, le développement des services publics.
On peut discuter du calendrier, des objectifs chiffrés, des moyens mais il faut être précis sur ce qui sera fait les formules vagues sont démobilisatrices. Si basculement il doit y avoir alors il faut être précis. Dire lequel, quand et comment.
Nous devons pouvoir faire ainsi de tous les sujets : la sécurité sociale, la santé, le logement, l’éducation, la réforme fiscale, la transition écologique, l’eau et l’énergie…
Toutes nos propositions sont soumises au débat (1).
Primaire populaire ou pas ?
La troisième question – posée dans les dernières tribunes ou appels – est celle d’une primaire. L’idée peut séduire. Mais elle ne peut constituer une bonne réponse sans avoir au préalable discuté du contenu du socle commun appuyé sur un mouvement citoyen et populaire.
Le chemin pour une candidature commune ne peut être celui de l’élimination mais bien celui d’un rassemblement.
Une « primaire » doit donc inclure contrat de législature et pourquoi pas de gouvernement.
C’est l’objectif nécessaire pour obtenir l’assentiment de tous les courants de la gauche et de l’écologie et des candidats ou candidates déclaré.e.s ou à venir sans lequel une primaire n’aurait pas de sens.
Le programme qui serait plébiscité par les élections de 2022 doit pouvoir se réaliser quels que soient les oukases de la commission européenne car il s’agit aussi de changer la trajectoire de la construction de l’Union européenne et se donner le moyen de peser pour renégocier les traités.
Pour que la perspective d’une primaire soit mobilisatrice, il ne faut pas éluder les étapes à franchir :
-Préciser le socle commun, la plateforme commune
-Mettre le socle commun en débat dans tout le pays avec des comités locaux, des assemblées locales pour en discuter, le nourrir des attentes et propositions du terrain sous la forme d’un grand débat national,
-Élaborer un Pacte d’engagement de toutes les formations de la gauche et de l’écologie et de tous les candidat.e.s qui se présenteraient à la Primaire
(1) http://www.gds-ds.org/contribution-gds-a-une-plateforme-commune/
Au boulot n° 540 chronique hebdo dans l’humanité dimanche n°540, 11° année
Malgré la demande de 16 organisations de jeunesse, Macron refuse d’accorder le RSA , ne serait-ce que pendant un an, à titre provisoire, aux jeunes, actuellement plongés dans la misère. Macron dit craindre « un système de désincitation au retour à l’emploi » (sic). « Je préfère qu’on fasse … de l’accompagnement… garantie jeunes, service civique, parcours emploi compétences, c’est-à-dire des [dispositifs] avec, dès le début, un contrat de responsabilité ». Il n’a pas confiance dans la jeunesse, tout juste s’il veut accorder, triée au cas par cas une « garantie jeune » de 500 euros… mais avec des contrôles, des contreparties en échange.
Exactement le contraire avec les employeurs auxquels Macron donne des aides sans contrôle ni contreparties. Alors que ce sont les patrons voyous qui sont le mauvais exemple pour la jeunesse : un réseau a été identifié proposant à des entrepreneurs, via Snapchat, Instagram, Telegram, WhatsApp…) de leur obtenir 1 500€ puis 10 000€ au titre du fonds de solidarité- en contrepartie d’une commission. A ses 100 « meilleurs » clients il proposait des fonds au titre du chômage partiel, se vantant de pouvoir faire obtenir 160 000€ en 27 jours. Il se chargeait de tout, demandant aux patrons de lui communiquer leur identifiant fiscal et leurs mots de passe pour accéder à leur dossier fiscal sécurisé sur le portail impôts.gouv.fr ; il remplissait les imprimés et permettait à ces entreprises d’obtenir plusieurs milliers d’euros au titre du FDS. Dans ses vidéos il expliquait : « c’est illégal mais tout le monde le fait ». L’enquête fiscale a permis d’identifier 650 patrons voyous ayant fait appel à ses services.
Ce réseau-là a été démasqué.
Mais les moyens donnés aux contrôles sont si faibles que des milliers en ce moment pillent les aides publiques. Pour un qui a été pris la main dans le sac, à combien de malversations l’assistanat envers les employeurs a t il donné naissance ?
Mieux vaut faire confiance à la jeunesse ! Donnez le RSA aux jeunes sans contrepartie, rien que pour vivre, pour vivre décemment.
Gérard Filoche
par Samuel Jequier, agrégé de Sciences sociales
publié le 6 mai 2021 à 7h30
Ils se complaisent dans leurs égos et leurs querelles picrocholines. Ils surjouent leurs divisions pour ne surtout pas s’unir. Ils ne sont à la hauteur ni du moment, ni de leurs électeurs. Ils nous conduisent fatalement à la défaite. Ils sont la gauche la plus conne du monde.
Ils ont organisé une réunion pour faire croire qu’ils se souciaient d’unité, mais surtout pour ne pas avancer. Ils en sont ressortis pour nous expliquer benoîtement qu’il fallait s’accorder sur un programme, avant la candidature. On peut certes déplorer la présidentialisation de la Ve République mais, enfin, les institutions ne vont pas changer à un an du scrutin. Ce qui signifie que la candidature unique est le seul enjeu qui vaille aujourd’hui. L’alpha et l’oméga. Le seuil de la qualification pour le second tour se jouera autour de 25 %. La gauche pèse entre 25 % et 30 %. En conséquence, une candidature unique a une chance (non une certitude) de parvenir au second tour ; deux, trois ou quatre seront en revanche mathématiquement éliminées. Simple. Basique. Dès lors, toute gauche mue par la rationalité et l’intelligence collective devrait tout faire pour n’avoir qu’un candidat. Et ne débattre que des modalités d’y parvenir : primaires ouvertes, tirage au sort, ticket président-Premier ministre, conclave jusqu’à la fumée blanche, que sais-je encore. En discutent-ils ? Non. Tout est fait pour évacuer le sujet et le délégitimer. L’un théorise que lorsque la gauche a gagné, elle s’était toujours présentée avec plusieurs candidats au premier tour. C’est vrai mais c’est oublié qu’en ces temps là, elle obtenait plus de 40 % des voix au premier tour, pas 25. L’autre se dit «défavorable»aux primaires sans que l’on sache pourquoi et privilégie son calendrier individuel. Le troisième refuse une «union au rabais», la disqualifiant avant même de l’envisager. Arguties, enfumage, jugements péremptoires sont convoqués pour ne pas aborder l’essentiel : comment aboutir à une candidature unique dans une élection qui n’autorise pas autre chose ?
Gauche futile, donc inutile
Ceux-là seraient trop sociaux-libéraux, ceux-ci trop radicaux, ceux-là trop laïcards, ceux-ci trop islamogauchistes… Ils nourrissent la théorie des gauches irréconciliables pour mieux empêcher l’union. Oubliant leur propre histoire, celle d’une gauche qui a toujours été plurielle. Franchement, y avait-il moins de différences en 36 entre Thorez, Blum et Daladier qu’entre eux aujourd’hui ? Evidemment non. Leur est-il seulement venu à l’idée que n’importe lequel de leurs électeurs, d’où qu’ils viennent, se mettraient, eux, d’accord en 5 minutes sur les grands axes structurants d’un programme présidentiel, autour du réarmement de l’Etat et des services publics, hôpital, éducation, police, d’une politique de relance volontariste, de l’augmentation des salaires, de la taxation des riches, de la lutte contre l’évasion fiscale des multinationales, de la réindustrialisation du pays, de l’accélération de la transition écologique, d’une nouvelle régulation du libre-échange après 30 ans de mondialisation débridée… la liste est loin d’être exhaustive. Il y a une gauche réconciliable sur la question sociale. Après que les gilets jaunes ont mis en lumière les difficultés pour une partie de la population de vivre décemment de son travail, après que la pandémie a révélé l’importance des premiers de corvée, les a-t-on entendus tonner pour une augmentation des salaires et une amélioration des conditions de travail et de vie ? Non, ou si peu. C’est Guillaume Peltier qui propose aujourd’hui une augmentation de 20 % des bas salaires financée par une taxe sur les transactions financières et électroniques. Pas eux. Eux, ils préfèrent nous parler pistes cyclables, repas végétariens, et s’écharper sur l’islamogauchisme. La gauche futile, donc inutile.
Tristement absente
En méprisant la question sociale, en se perdant dans ses querelles internes sur les minorités, la gauche a perdu le vote populaire et ouvert un espace politique à l’extrême droite. C’est particulièrement rageant. Car nous changeons d’époque. La prise de conscience de l’urgence climatique, la pandémie font évoluer les consciences. L’opinion se désaffilie de façon grandissante du libéralisme, de la mondialisation et du capitalisme financier. Elle est en demande de nouvelles politiques pour protéger la planète et lutter contre les inégalités. Jamais la société n’aurait eu aussi besoin de la gauche, jamais la gauche n’en a été aussi tristement absente. Perdue dans ses futilités, percluse par des divisions entretenues, pervertie par les stratégies narcissiques. Le monde libéral brûle, et ils regardent leur nombril. Ils pourraient avoir un boulevard, ils nous emmènent dans l’impasse.
Il y a un chemin (il y a même un exemple désormais avec Joe Biden) mais il n’y a pas de volonté. Ils préfèrent leurs intérêts personnels et boutiquiers à l’intérêt général. Ils préfèrent laisser passer Macron ou pire Le Pen plutôt que de s’effacer pour l’un d’entre eux. La gauche n’est pas irréconciliable, non, elle est irresponsable. Il faudra s’en souvenir au soir du premier tour lorsqu’ils viendront verser des larmes de crocodile sur un second tour dont ils ne seront pas et qui enfermera leurs électeurs dans un dilemme cornélien. Il faudra se souvenir qu’ils n’auront ni essayé, ni voulu, offrir l’espoir d’une alternative. Le moment politique est singulier, avec le RN aux portes du pouvoir. Le moment est historique, avec la fin du cycle des décennies néolibérales. Et ils sont en dessous de tout. Il ne leur importe ni de changer le monde, ni d’améliorer la vie des gens. Il ne leur importe pas de faire gagner la gauche mais juste d’en être le meilleur des perdants. Ils sont en en train de commettre un forfait. Contre l’Histoire. Contre la société. Contre leurs électeurs. S’ils ne voulaient pas le commettre, ils s’uniraient.
Samuel Jequier est consultant spécialisé en analyse de l’opinion publique. Il est ancien membre des cabinets de Martine Aubry (1997-200) et Bertrand Delanoë (2001-2005), et a participé à la campagne Hamon en 2017.
debat organisé par Jérôme Skalski
Rappel des faits
Une épidémie d’un genre tout à fait spécial frappe le monde depuis plusieurs décennies. Entre fraude massive, optimisation, paradis fiscaux et exemptions d’impôts, ce sont des milliards d’euros qui, chaque année, échappent à l’investissement public.
ÉRIC BOCQUET Sénateur PCF du Nord, groupe CRCE
GÉRARD FILOCHE Fondateur et porte-parole de la Gauche démocratique et sociale
HENRI STERDYNIAK Économiste atterré, chercheur affilié à l’Observatoire français des conjonctures économiques
La lutte contre la fraude fiscale semble être « sortie des radars » du débat public et médiatique. Pourquoi ?
Éric Bocquet Le président de la République actuel et son gouvernement n’ont jamais fait de la lutte contre l’évasion fiscale un enjeu fort. Ce n’est pas la loi Darmanin anti-fraude qui infirme ce constat. On a fait beaucoup de mousse autour de la création de la police fiscale et de l’exploitation des données numériques, mais dans le même temps, les suppressions de postes se poursuivent au sein de l’administration fiscale. Mais cette loi, par exemple, institue le principe du « plaider- coupable ». C’est grâce à cette doctrine qu’une multinationale, Google, qui aurait dû payer 7 milliards d’euros au fisc français, s’en sort, après négociations et procédures judiciaires, avec un chèque de 800 millions d’euros, une procédure qui lui permet d’échapper à un procès.
Il n’y a pas de réelle pénalisation de la fraude fiscale : Patrick Balkany s’en sort aujourd’hui avec un bracelet électronique, « assigné à résidence » dans sa belle propriété de Giverny. Comment comprendre cet incroyable silence du gouvernement et des médias au moment des révélations OpenLux menées par la presse ? Nous apprenions que le Luxembourg hébergeait 55 000 sociétés offshore, totalisant 6 500 milliards d’actifs ! Aucun commentaire de la Commission de Bruxelles, ni de Bercy à ce propos au moment même où le gouvernement et Bruxelles s’apprêtent à présenter la future dette Covid aux peuples ! Il n’y a pas de véritable volonté politique de s’attaquer au problème.
Gérard Filoche Qui y a intérêt ? Pas les riches, qui sont de plus en plus riches d’année en année et qui ne ruissellent jamais. Seul le travail crée de la valeur. Les patrons ne « donnent » rien à leurs salariés, ils achètent leur force de travail pour faire avec le maximum de profits. Le travail n’enrichit personne. Ce qui enrichit, c’est l’exploitation du travail des autres. Ce sont les salariés qui font vivre leurs patrons, pas l’inverse. L’accaparement des richesses est cause de la pauvreté. Les riches ne sont pas seulement indifférents à la pauvreté, ils la créent et la maintiennent. Tout ça, ils le cachent. Environ 1 000 entreprises de plus de 1 000 salariés font presque 50 % du PIB, elles décident de tout et se masquent derrière le « secret des affaires ». Spéculer dans les paradis fiscaux leur rapporte plus que d’embaucher.
Les enquêtes Offshore Leaks, SwissLeaks, Panama Papers, OpenLux ont démasqué tout ça : par exemple, 15 000 Français cachent 100 milliards au Luxembourg. Le CAC 40 a 15 % de ses filiales dans les paradis fiscaux. 70 % du plan de relance du gouvernement Macron-Castex va vers les riches, pas aux salariés, ni aux 10 millions de pauvres plongés dans le besoin. Le CAC 40 a affiché son plus beau mois de bénéfices, depuis trente ans, en novembre 2020, en pleine pandémie. La fortune des 500 plus riches familles françaises a été multipliée par 7 en vingt ans, de 80 à 571 milliards : elles ont accaparé 82 % des richesses créées l’an dernier pendant le Covid-19. La France est en tête devant toute l’Europe pour son nombre de milliardaires (90) et de millionnaires
(600 000). Pourquoi voulez-vous que tout ce beau monde, qui contrôle 95 % des médias, laisse le débat public se développer à ce propos ? Ils ne laissent évoquer la question qu’au compte-gouttes, mais ils s’arrangent pour dire que c’est normal et surtout qu’on n’y peut rien. Parfois même, ils vont jusqu’à masquer que ce sont eux les principaux assistés et osent mettre en cause la « fraude sociale » de ceux auxquels ils ne concèdent que des miettes.
Henri Sterdyniak Les gouvernements d’inspiration néolibérale ont toujours l’objectif de réduire les impôts ; aussi tolèrent-ils l’optimisation et l’évasion fiscales et se lancent-ils dans la concurrence fiscale. La fraude fiscale leur semble la réaction naturelle des riches contribuables et des entreprises soumis à des impôts trop élevés ; le contrôle fiscal, une intrusion inacceptable. Au contraire, pour la gauche, les impôts doivent être élevés pour financer les nécessaires dépenses publiques et sociales ; ils doivent être équitables pour être bien acceptés ; la lutte contre la fraude fiscale est donc indispensable.
Des mesures importantes ont déjà été prises, comme l’échange obligatoire d’informations et l’extension de la déclaration des revenus par un tiers. Mais, depuis 2018, le gouvernement a capitulé en supprimant l’ISF (impôt sur la fortune), en introduisant le PFU (prélèvement forfaitaire unique), en s’engageant dans la baisse du taux de l’IS (impôt sur les sociétés). Alors qu’on estime que l’évasion fiscale coûte à la France environ 80 milliards par an, les effectifs du contrôle fiscal ont été réduits de plus de 10 % en cinq ans.
Quelles mesures engager pour mener une véritable action dans le domaine de la justice fiscale, plus généralement ?
Henri Sterdyniak Du côté des ménages, il faut restaurer le principe « chacun doit contribuer aux dépenses publiques selon ses capacités contributives » : l’impôt doit frapper tous les revenus de manière progressive, donc tous les revenus des ménages (en particulier les revenus du capital) doivent être soumis à l’impôt sur le revenu (IR), dont le poids dans les recettes fiscales doit être augmenté. Les privilèges de l’assurance-vie doivent être supprimés. Toutes les plus-values doivent être taxées. L’impôt sur les successions et les donations doit être augmenté pour financer l’aide aux jeunes des classes populaires. Les conventions fiscales internationales qui permettent l’évasion fiscale doivent être dénoncées.
Les grandes entreprises multinationales sont devenues très riches, elles échappent souvent à l’impôt ; il faut leur imposer d’avoir un établissement stable en France, de façon à y payer un montant d’IS correspondant à leurs activités, au lieu de transférer leurs profits dans des paradis fiscaux. N’oublions pas, cependant, que la fiscalité ne joue qu’en dernier recours ; l’important est de rectifier la distribution des revenus au niveau des entreprises : réduire la ponction de la finance et les salaires exorbitants, augmenter les salaires des travailleurs productifs, des « premiers de corvée ».
Gérard Filoche Il faut un gouvernement « non mixte » à l’égard des riches, assez motivé pour traquer la fraude fiscale et mettre fin aux passe-droits de l’infâme « optimisation fiscale ». Il faut embaucher 2 000 inspecteurs des impôts et 200 hackers chargés de traquer la délinquance financière des Français partout dans le monde (ils rapporteront cent mille fois leurs salaires). Sanctionner aussi : tout citoyen français, où qu’il soit sur la planète, doit avoir obligation de rendre des comptes au fisc, sous peine de lourdes amendes.
Réhabiliter l’impôt sera très vite populaire, dès lors que chacun pourra constater son caractère progressif, direct et transparent. Rendre populaires les idées : 1°) de la baisse des taxes de toutes sortes, TVA incluse, et de la suppression des niches fiscales ; 2°) des impôts directs et progressifs (20 tranches fines) pour les particuliers et les sociétés, avec des salaires et revenus maximums à 20
fois le Smic (tranche à 90 % au-dessus) ; 3°) qu’aucune société agissant sur le sol national (plateformes incluses…) ne puisse échapper à l’impôt ; 4°) populariser l’idée de prélèvements progressifs et de redistribution égalitaire ; 5°) lever le secret bancaire, séparer les banques de spéculation et de dépôt, et rendre transparent le « droit des affaires ».
Éric Bocquet Il n’y a aucune fatalité à cette situation. Ce sont les marchés financiers et ses acteurs qui imposent leurs règles fiscales. Le politique, au nom de l’intérêt général, doit reprendre les affaires en main. La France devrait d’abord porter, au sein de l’Union européenne, ce combat : l’évasion fiscale coûte chaque année 1 000 milliards d’euros aux États. Il faut mettre fin à cette règle sclérosante de l’unanimité au sein de l’UE sur les sujets fiscaux. Il faut établir une liste crédible des paradis fiscaux mondiaux, y compris ceux qui se trouvent au sein de l’Union européenne.
Comment tolérer plus longtemps les pratiques des Pays-Bas, du Luxembourg ou de Malte ? Il y a quelques jours, la France travaillait à atténuer la portée d’une directive visant à imposer la transparence financière aux multinationales, il y a là véritablement double langage de la part du gouvernement. Au niveau européen, il est urgent d’ouvrir le chantier de l’harmonisation fiscale, il faut mettre fin au concept de concurrence libre et non faussée inscrite au cœur des traités européens. Enfin, notre pays effectuerait un grand pas en instaurant le prélèvement à la source pour les grands groupes, à l’instar de ce qui s’est fait pour les particuliers. Cette proposition fut portée par le groupe communiste à l’Assemblée nationale, il y a quelques mois. Elle est toujours d’actualité.
Les initiatives de la nouvelle administration états-unienne, à ce propos, marquent-elles un tournant, dont la France et l’Europe pourraient s’inspirer ?
Gérard Filoche Les États-Unis se disent prêts à mettre en œuvre un mécanisme obligeant une multinationale à payer un minimum de 21 % d’impôts sur ses bénéfices, quels que soient sa nationalité et l’endroit où elle les réalise. Ça et une taxe internationale sur toutes les transactions financières peuvent renverser l’actuelle course folle au moins-disant fiscal. Encore faut-il que l’UE s’engage dans cette voie et que la France, au sein de l’Europe, mène avec conviction la bataille pour y parvenir… Comme on ne peut attendre ça de Macron, il faut le vaincre socialement, politiquement et électoralement par le seul moyen qui le permette, l’unité de la gauche, sans exclusive, ni préalable, sur une plateforme qui inclue la justice fiscale.
Henri Sterdyniak Les mesures annoncées par Joe Biden semblent marquer la fin de la domination du néolibéralisme sur la politique économique américaine. Des dépenses publiques importantes, consacrées à la relance économique, aux infrastructures, à la lutte contre le changement climatique, aux familles pauvres, seraient financées par la hausse des impôts sur les plus riches et sur les entreprises. Les États-Unis rejoignent le combat impulsé par l’OCDE pour la taxation des firmes multinationales, en proposant un taux minimal de 21 %. L’UE devrait en tirer deux leçons. Comme aux États-Unis, des dépenses publiques importantes sont nécessaires pour la relance et pour la transition écologique et sociale : instaurer de nouvelles règles budgétaires qui imposeraient aux pays européens de réduire, année après année, leurs dépenses publiques, sous prétexte d’abaisser la dette publique jusqu’à un niveau arbitraire, serait catastrophique.
La fiscalité sur les grandes entreprises et les plus riches doit être augmentée pour financer le tournant écologique et social, pour orienter différemment les investissements, pour réduire les inégalités sociales. Cela nécessite que l’UE et les pays membres mettent fin à tous les mécanismes qui permettent l’optimisation fiscale des grandes entreprises et des plus riches (en particulier en Irlande et aux Pays-Bas), qu’ils imposent des taux minimaux de l’IS et de l’IR, dans l’idéal qu’ils instaurent un impôt sur la fortune des plus riches, au minimum qu’ils permettent aux pays de mettre en place une Exit Tax sur les contribuables s’exilant pour échapper à l’impôt.
Éric Bocquet À l’évidence, les récentes annonces de l’administration Biden peuvent constituer un point d’appui très intéressant pour mener ces combats à l’échelon international. Sans être le « grand soir fiscal », elles marquent un tournant clair par rapport à la doctrine en vigueur, ces quarante dernières années, au pays de l’Oncle Sam. Imposer une taxation minimale de 21 % aux multinationales, quel que soit leur lieu d’implantation, est un pas significatif. Les grands groupes du numérique, grands gagnants de la pandémie, sont dans le viseur du fisc américain. Le poids de l’économie américaine peut être un atout.
Ces mesures ont d’abord une portée nationale aux États-Unis, mais pour autant, l’Europe et la France en tête devraient s’en saisir. La pandémie en cours a tout bousculé, même les certitudes du libéralisme. L’heure est véritablement à la construction d’une société alternative assise sur la justice fiscale. Un conseil de défense citoyen pourrait y contribuer ! Le PCF devrait enfin porter cette idée de tenir une COP de la fiscalité pour la justice sociale. Une idée reprise par l’Assemblée nationale, le Conseil économique, social et environnemental, ainsi que par plusieurs ONG. Sa feuille de route serait une remise à plat complète de la finance mondiale au profit de l’économie réelle. C’est l’affaire de toutes et de tous.
C’était un plaisir de le retrouver à chaque manifestation depuis 50 ans, souriant, sympa, convaincu, mobilisé.
Je l’aimais car il était toujours doux, et sérieux, apaisant et fraternel
Je l’avais vu la première fois dans le congrès de fondation de la Ligue communiste à Mannheim en 1969, nous y étions 400, transportés là bas, car interdis et dissous en France par le ministre Marcellin, un ancien genre Darmanin, et nos débats étaient très animés pendant trois jours. Chaque jour, quand il intervenait à la tribune Gérard Chaouat (Vingtras) portait un t’ shirt moulant et à col roulé, avec des couleurs vives différentes, rouge, jaune, blanc, noir. Le congrès amusé sifflait amicalement son admiration à chaque apparition colorée.
Gérard Chaouat, qui nous a quittés le 23 avril 2021 à Paris, était d’une trempe exceptionnelle malgré sa grande modestie.
La FSU souligne qu’il était un des pionniers de l’immunologie de la reproduction dont il a souvent bousculé les dogmes. Il a consacré sa carrière à la compréhension des raisons immunologiques des échecs d’implantation d’embryons et des avortements à répétition. Il s’est intéressé aux mécanismes impliqués dans la tolérance de l’allogreffe fœtale et dans la pré-éclampsie. Membre des sociétés européenne et internationale d’immunologie de la reproduction, il en a été Président (2006-2009), puis Président d’Honneur. A la fin des années 80, il comptait parmi les premiers en France à s’intéresser aux mécanismes de la transmission materno-fœtale du VIH-1, en collaboration avec l’équipe de Françoise Barré-Sinoussi à l’Institut Pasteur. Il a coordonné un réseau européen sur la transmission mère-enfant du VIH-1 et a participé au développement de projets sur le sujet au Cameroun et en Inde, soutenus par l’ANRS. Son engagement scientifique dans des collaborations avec les pays à ressources limitées s’inscrivait tout naturellement dans son immense respect pour les droits de l’homme et dans sa lutte contre les inégalités.
Trotskiste, il était un militant infatigable, toujours été fidèle à ses engagements scientifiques mais aussi politiques et syndicaux. Des 1962, militant de l’UEC et du PC, du FUA et de la JCR, de l’International Marxist Group 1974, de la LC/LCR jusqu’en 1980 ; pendant ses études de médecine, militant syndical à l’AGEMP-UNEF, un des dirigeants de la « Mino Médecine » ; chercheur au CNRS, militant du SNCS-FSU, du SNESUP, de la FSU et de l’École Émancipée ; militant du NPA à sa création en 2009, puis Gauche anticapitaliste, Ensemble.
Il est resté membre de la IVe Internationale. Toujours concerné par les problèmes du Moyen-Orient et de la Palestine, avec d’autres militants ou anciens militants de la LCR d’origine juive, il signa un Appel intitulé « En tant que Juif », paru dans Le Monde du 18 octobre 2002, contre la politique d’Israël envers les Palestiniens. Membre de la sous-commission Palestine-Proche-Orient de la Commission internationale d’Ensemble, il fut très actif dans les groupes Palestine-Proche-Orient de Paris, voyageant en Israël et en Algérie pour apporter sa solidarité militante. Il resta également investi dans le collectif IVG de l’hôpital Tenon (XXe arr.).
Gérard Chaouat fut jusqu’au bout un des animateurs actif de la lutte contre la Covid 19 , notamment à travers le collectif « Brevets sur les vaccins anti-Covid, stop. Réquisition ».
Et le voilà qui nous quitte soudainement victime d’un arrêt cardiaque suite a un choc septique a l’hôpital Tenon. Nous sommes tous orphelins d’un si grand exemple de militantisme, d’un ami si fraternel, et bien sur que son amitié, sa gentillesse, on va y penser à chaque manif : « – Tiens où est Gérard ? »
Gérard Filoche
Bon, il y en a qui célèbrent les 200 ans de la mort du tyran putschiste et esclavagiste, autoproclamé empereur Napoléon.
Macron joue même son sous-Badinguet en cette occasion.
D’autres célèbrent et c’est bien mieux, les 200 ans de la naissance de Karl Marx mais faut pas attendre de Macron et des gros médias qu’ils le fassent.
Et moi je célèbre les cinq ans de la disparition de mon vieux copain Siné, descendu le jour de l’Ascension, un 5 mai 2016, parce que sinon ils vont tous faire exprès de l’oublier alors qu’il est dans son caveau, au cimetière de Montmartre, à Paris, surmonté d’une sculpture en forme de cactus faisant un doigt d’honneur. Sur le socle est gravé : «Mourir? Plutôt crever!».
Siné aimait la vie, anticlérical viscéral, anarchiste pour l’éternité, amoureux du jazz, des femmes et du Morgon qu’on a bu à ses obsèques comme il le souhaitait. Tiens, on va en reboire un coup en son honneur !
Au boulot n°539 chronique hebdo de l’humanite dimanche 11° année
Une entreprise de 20 salariés à Paris en pleine pandémie : pas de télétravail (alors qu’il est facile de l’organiser) parce que le patron a décidé que non. Survient le Covid : trois cas contacts, le patron dit : « - y a trop de boulot, on peut pas arrêter ». Des salariés cherchent à joindre l’inspection du travail : personne ne répond. Ils cherchent à joindre le médecin du travail : personne ne répond. Puis le patron lui même est testé « positif », il s’en va en province et sa seule consigne pour les 20 salariés reste : « travaillez ». Ils tentent à nouveau de joindre l’inspection du travail : ça sonne dans le vide. Le médecin ? Pas joignable. Ils n’ont pas l’habitude de défendre leurs droits, pas de délégué, pas de syndicat, un certain malaise s’installe. Il faudra 20 jours pour que l’inspectrice du travail (elle reçoit 400 appels et mels par demie journée) leur dise leurs droits et qu’ils rentrent chez eux s’isoler.
Voilà le prix à payer pour avoir démantelé les CHSCT, délégués du personnel, quasi supprimé les médecins du travail et affaibli gravement les effectifs de inspection.
Le bilan ? « Depuis le début de l’année, les agents de l’inspection ont mené près de 24.000 contrôles en lien avec l’application des mesures sanitaires pour lutter contre l’épidémie et adressé 34 mises en demeure ». Mais il y a des centaines de milliers de cas !
S’ajoute le vide juridique.
Pour Simon Picou (CGT ministère du Travail) : « Le gouvernement annonce l’augmentation des contrôles. Du coup, de nombreux salariés nous contactent. On doit alors leur expliquer que l’inspecteur n’a pas de pouvoir de sanction directe en cas de non-respect du télétravail ». Cela passe par une mise en demeure et une tardive et faible contravention de 3.750 euros. Pas très dissuasif. Et pas immédiat. Donc inefficace.
Tout ça parce que, dans leurs multiples lois d’urgence sanitaire, Macron, Castex, Bornes refusent dogmatiquement de contraindre les employeurs.
Gérard Filoche
Chronique au boulot n° 538 Humanité Dimanche
Quelques astuces pour ne pas se faire broyer par la machine :
1°) ne pas considérer votre emploi comme une chance ou une aumône. Vous vendez votre force de travail, ce n’est pas Amazon qui vous fait un cadeau en embauchant.
2°) le service RH est un service de gestion des ressources humaines, pas un service pour vous aider.
3°) les assistantes de production ne sont pas là pour gérer vos problèmes, elles sont un relais entre vos problèmes et la personne qui ne les résoudra pas.
4°) le travail chez Amazon use les corps. Ne faites pas les fifous, dans le cas contraire, dans trois ans, vous aurez des problèmes articulaires.
5°) le manager n’est pas là pour vous faire plaisir. Il est là pour obtenir une promotion, des actions Amazon, ou pour apprendre son métier. N’attendez rien de lui.
6°) vous filer une crêpe ou une banane voire un pins, n’est pas une récompense. Il s’agit juste de vous infantiliser.
7°) les NAO n’ont pas pour objet de récompenser votre investissement ; il s’agit de faire en sorte que tout le monde continue de bosser sans faire de vague. Vous aurez donc des propositions suffisamment basses pour être rentables et suffisamment hautes pour que chacun se taise et bosse.
8°) « associate » est un mot qui n’a pas de sens. Si vous étiez associés, vous seriez respectés et rémunérés en conséquence. Préférez le mot salarié ou employé qui correspond plus à votre statut réel.
9°) Ne faites jamais confiance à Amazon lorsque vous êtes malades ou accidentés. L’intérêt de l’entreprise est que vous ne perceviez pas votre argent.
10°) si une entreprise fait des publicité TV pour recruter cela signifie nécessairement que les boulots sont un peu moisis (exemple Mac do, Auchan, Carrefour, armée…) les bons emplois ne nécessitent pas de pubs TV.
11°) ne faites jamais rien oralement. Les paroles s’envolent, les écrits restent (et sont utiles en cas de problèmes..) Gardez une trace de tout ce que vous faite avec Amazon.
Une fois n’est pas coutume, je cite un texte de la section CFDT d’Amazon logistique.
Gérard Filoche
Au boulot n° 537 chronique humanite dimanche
Beaucoup se souviennent de cette aberration qui avait conduit la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le 15 avril 2020 à sanctionner par une « mise à pied » un inspecteur du travail de la Marne, Anthony Smith parce que celui ci avait « trop bien fait son travail » en exigeant d’un employeur qu’il procure des masques à ses salariés, aides à domicile.
A l’époque le ministre de la santé, Olivier Véran, jugeait les masques inutiles.
Il avait fallu presque six mois d’une incroyable lutte syndicale de l’inspection du travail et de tous les salariés concernés pour réhabiliter Anthony Smith dans ses fonctions.
150 000 personnes l’avaient soutenu en ligne dont des centaines de personnalités syndicales, politiques, associatives.
Le directeur général du travail, Yves Strouillou, avait été obligé de démissionner pour cette scandaleuse bourde. Désavouée par la nouvelle ministre Elisabeth Bornes, la directrice du travail départementale, Mme Zdenka Avril, à l’origine de l’aberrante sanction initiale, avait été obligée de réintégrer Anthony Smith dans ses prérogatives : mais un an après elle ne désarme pas et ose se relancer dans une nouvelle opération antisyndicale.
Trois dirigeants de la CGT, la secrétaire Générale de l’UD 51, Sabine Dumenil, le secrétaire de l’UL de Reims, Benoît Augé et le secrétaire de l’Union des retraités de Châlons, Vivian Tallone, ont été convoqués le 6 avril 2021 devant une juge d’instruction, accusés et mis en examen sur plainte de Mme Avril pour « injure publique et diffamation » envers elle à l’occasion de la mobilisation de l’an passé en défense d’Anthony Smith.
Ça s’appelle du réchauffé et de la hargne.
Depuis le début de l’affaire Anthony Smith, la ministre a changé, le DGT a démissionné, la directrice régionale a été déplacée, mais voilà que la directrice départementale veut se venger. Le bon sens voudrait plutôt que ce soit elle qui soit sanctionnée.
Gérard Filoche