Dette publique, taux d’intérêt négatifs (et retraites)

Dette publique, taux d’intérêt négatifs (et retraites)

L’injonction de résorber la dette publique, régulièrement relayée par le service public audiovisuel[1], dissimule leprojet idéologique de désengager socialement l’Etatet, avec les politiques monéraires anti-inflationnistes, conduit à des politiques économiques favorables aux ultra-richeset défavorables au reste des citoyens (actifs et retraités).

1. La dette publique est particulièrement suivie par l’exécutif et les médias

Et pour cause : elle relève des très télégéniques« critères de Maastricht » qui fixent un seuil de 60% du PIB. Ce seuil n’a pas le moindre sens économique ou financier(il a d’ailleurs été allègrement franchipar la plupart des pays de l’U.E. suite à la crise de 2008), ne serait-ce que dans son rapport au pourcentage du PIB – comme le montre bien Jacques RIGAUDIAT[2], si j’ai 1700€ de salaires et achète une voiture à 20 000 €, je vais emprunter sur 20 ans ; comparer ces 20 000 € à mon salaire annuel n’a aucun sens ; dans le cas de la dette publique, il faudrait diviser celle-ci par par huit avant de la rapporter au PIB, la durée moyenne des emprunts des administrations publiques est de huit ans.

Pourtant, ces critères ont été intégrés avecle TSCG. de 2012[3]à notre Constitution[4].

La place prise par la dette dans le débat public ainsi que son instrumentalisation récente en Grèce – les politiques d’austérité imposées par la Commission et ses alliés de la finance, loin de se justifier économiquement (elles ont accru la dette) visaient à empêcher de montrer qu’une politique alternative pouvait être menée en Europe – illustre le caractère débile de notre sytème démocratique représentatif, amputé de sa souveraineté sur la sphère économique publique.

2. Pourtant, la dette publique en France aujourd’hui n’est pas un problème

- la dette publiquefrançaise dans son ensemble est aujourd’hui de l’ordre de 2300 Md€, soit environ 100 % du PIB et 30 000 € env. par habitant. Cependant, l’Insee (données 2016) nous rappelle que les actifs détenus par les administrations publiques, eux, sont de 3220 Md€ […], donc supérieurs au passif. Contrairement à ce que l’on veut nous faire accroire, l’endettement ne sert pas à jeter de l’argent par les fenêtres : « au total, nous ne laissons pas à nos enfants une dette mais un patrimoine précieux : des hôpitaux pour être soignés, des crèches, des maternelles, des lycées et des universités pour se former, des bibliothèques et des musées pour se cultiver ! »[5]

- Jacques RIGAUDIAT notamment montre bien par ailleurs :

* que la crise des subprimesen 2008 aux Etats-Unis était une crise de la dette privée ;

* que l’Espagne ou l’Islande par exemple, bien que vertueuses budgétairement, ont été frappées par la crise bancaire ;

* que la France est loin d’avoir atteint un « plafond » : le Japon actuel a une dette publique qui frise les 250 % du PIB ;

* des secteurs présentés par la doxapolitico-médiatique comme « contribuant » à la dette publique, en particulier la Sécurité sociale, sont au contraire des « vaches à lait » pour la collectivité – l’équilibre devrait être atteint dès 2024, horizon auquel les fonds consacrés au désendettement pourraient utilement être ré-employés, par exemple pour accompagner la dépendance[6].

* du fait de la crédibilité (notamment fiscale) de notre pays et de la stratégie de taux négatifs (cf. infra-, 3-), la charge de la dette ne cesse de diminuer : en 2008, lorsque l’endettement de la France était de 65 % du PIB, la charge de la dette était de 57 Md€aujourd’hui, alors que la dette représente 100 % du PIB, la charge de la dette rapproche 40 Md€.

3. En revanche, les taux d’intérêts négatifs actuels et leur traitement par le Trésor public sont un problème

Du fait du déversement de masses de liquidités sur les acteurs et les marchés financiers par les banques centrales suite à la crise de 2008, le taux des obligations (à dix ans) est devenu négatif en France[7] : avec un taux à – 0,4 % comme en juillet dernier, le pays ne rembourse pour un emprunt de 100 000 € que 96 000 €. Cependant :

3.1. La gestion des conséquences de ces taux négatifs par le Trésor constitue un scandale démocratique :

- alors que la charge de la dette (intérêts d’emprunt) devrait être encore allégée de 2 Md€ par rapport aux prévisions de la loi de finances 2019 (annonce du ministre de l’Action et des Comptes publics cet l’été), voire de 22 Md€ d’ici à 2021 (si la tendance était durable, selon le rapporteur du budget à l’Assemblée nationale), aucun redéploiementd’ampleur de cette manne budgétaire n’est prévu ;

- Par ailleurs, l’activité (normale) de réémission de l’agence France Trésor a permis dans ce contexte de bénéficier d’une manne de plusieurs dizaines de milliards d’euros qui a échappé aux circuits budgétaires traditionnels : « Depuis 2009, l’utilisation d’au total près de quatre points de PIB n’a donc relevé que de la seule décision du Gouvernement […]. Depuis 2014, ce sont ainsi chaque année un peu plus 20 Md€, – soient les budgets réunis des ministères du travail, de la justice, de la culture, de la santé et de la jeunesse et des sports – dont l’usage a échappé à toute discussion préalable du Parlement …. Pas franchement démocratique !»[8]

3.2. Les politiques monétaires « non conventionnelles » sont favorables au capital et défavorables citoyens :

- comme le note Patrick ARTUS [9],« la classe moyenne occidentale, et surtout les épargnants, sont les grands perdants de cette politique [qui ont] de plus en plus de mal à se constituer un […] capital pour [l]a retraite et [l]es enfants. Or, les taux négatifs vont peu à peu rogner ce capital. » ;

- si dans la zone euro, les prêts aux entreprises sont devenus moins coûteux :

* Les capitaux de plus en plus abondants n’ont pas conduit à une relance de l’investissement de long terme (ou au recrutement, l’augmentation des salaires, etc.) mais pour une grande part été investis en Bourse, dans des opérations de LBO, des montages financiers rémunérateurs – programmes de rachats d’actions pour faire monter les cours, versements à des fonds de private equity,acquisition d’obligations plus risquées (assorties de taux positifs) –, entraînant les marchés vers des niveaux de valorisation époustouflants et partant… ouvrant la voie à un krach ;

* certains (dont l’OFCE [10])  relèvent que les taux d’intérêt négatifs peuvent réduire l’investissement car ils réduisent les profits bancaires et donc l’incitation pour celles-ci de répercuter la baisse des coûts sur les taux emprunteurs ».

la rentabilité des activités de crédit étant érodée, les banques sont enclines à augmenter les frais bancaires, réduire la rémunération des dépôts et développer leurs activités de marché, les plus périlleuses.

- Les taux négatifs peuvent aggraver le chômage keynésien (cf. notamment les travaux de PALLEY[11]) ;

* en  stimulant (paradoxalement) l’épargne les ménages pouvant réagir à la baisse du taux d’intérêt en épargnant davantage pour maintenir leurs flux d’intérêts ;

- des taux négatifs sur les dépôts peuvent être perçus comme une forme de taxe sur ces derniers ; comme les ménages se sentent alors moins riches, cela peut générer un effet Pilou négatif sur la consommation.

 

arno

 


[1]Cf. encore récemment : mardi 10 décembre dernier, 20h50, France: Dans le piège de la dette (https://www.france.tv/france-5/c-dans-l-air/1117811-dans-le-piege-de-la-dette.html)

[2]Conseiller-maître honoraire à la cour des comptes, il fut inter aliadirecteur de cabinet du Ministre de la fonction publique, J. Le Garrec (1986) Directeur des études et de la statistique de l’ANPE (1986-1988) et Conseiller social des Premiers ministre M. Rocard et L. Jospin. Il a publié en 2018 aux éditions du Croquant La dette, arme de dissuasion massive.

[3]Traité sur la stabilité, la coordination, et la gouvernance de l’Union économique et monétaire (T.S.C.G.), notamment son article 4 qui prévoit que le gouvernement doit s’engager à réduire sa dette publique au rythme d’un vingtième par an du montant excédent 60 % du PIB, soit pour la France : 100% - 60%= 40% à rembourser sur vingt ans, soit 2% du PIB par an, soit 50 Md€, auxquels il faut ajouter environ 40 Md€ d’intérêts, soit plus que le total réuni des budgets de l’Education nationale, de l’égalité du territoire et du logement, de la justice, de la santé, du travail, de la culture et de la jeunesse et des sports…

[4] loi organique relative à la programmation et à la gouvernance des finances publiques du 17 décembre 2012 qui modifie les procédures budgétaires conformément aux principes du TSCG.

[7]Ainsi qu’en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Finlande, aux Pays-Bas, etc.

[8]In « Dette publique : la manne secrète des primes d’émission », Mediapart, 31 juillet 2018 (https://blogs.mediapart.fr/jacques-rigaudiat/blog/310718/dette-publique-la-manne-secrete-des-primes-demission-0).

[11]Cités par Martin ANOTA in Alternatives écnomiques, 27/5/18 (https://blogs.alternatives-economiques.fr/anota/2018/05/27/les-taux-d-interet-negatifs-peuvent-aggraver-le-chomage-keynesien) – PALLEY, Thomas I. (2018), « Negative interest rate policy (NIRP) and the fallacy of the natural rate of interest: Why NIRP may worsen Keynesian unemployment », PERI, political economy research institute, working paper, n°463).

 

Retrait du projet infâme de casse des retraites et de la Sécu de Macron

 

La petite histoire de la Macronie nous dira pourquoi Edouard Philippe a été aussi brutal et cynique dans sa présentation mercredi 11 décembre de la casse du système de retraite français. Quelle est la part du fanatisme et des rapports de forces au sommet de l’oligarchie dominante ?

Il a enfoncé la porte de dix attaques/ impasses successives :

1°) Une retraite à mille euros ? Pour une carrière pleine ! Qui ose proposer de « vivre » à mille euros ? c’est déjà le cas de la moitié des retraités ! Que vaudront ces mille euros dans 2 ans, 5 ans, 10 ans ? Carrières hachées, précaires, femmes surtout seront victimes sans compensation (pension de réversion supprimée en cas de divorce).

2°) Mille euros cela a déjà été voté dans une loi d’août 2003, elle prévoyait 85 % du smic en 2008, soit 1021 euros,  pourquoi ca n’a pas été mis en application ? Pourquoi ne pas le faire tout simplement maintenant ?

3°) Scier la France en deux, ceux d’avant 1975 ceux d’après 1975 ?  Ils demandent aux parents de se désolidariser de leurs enfants. Pourquoi ? La « réforme » est donc si mauvaise ?

4°) Il casse tous les régimes dits « spéciaux », régimes « normaux » en fait, ils étaient là, négociés dans les branches pour compenser des nuisances et souffrances au travail, corriger des inégalités et voilà que tout ce dispositif bienfaisant dans l’intérêt de toutes et tous est annulé.

5°) Au nom de la prétendue « universalité », ceux des régimes spéciaux qui ne sont pas supprimés, sont ceux des policiers, gendarmes, des militaires, des gardiens de prison, elle est si dure que ça la casse des retraites qu’il faille en préserver ces personnels privilégiés ? Les « réserves » privées des caisses des autres régimes, elles aussi, sont préservées.

6°) Aider les enseignants en haussant les primes et pas les salaires dans les 10 ou 12 ans à venir ? Qui y croit ? mais c’est une hausse de salaire net et brut de 300 euros tout de suite qu’il faut, un rattrapage, pas des primes pas échelonnées puis vidées par des basses retraites calculées sur 40 ans

7°) Tenir compte de la pénibilité parmi les hospitaliers ? « 2 ans » en échange ?  Ils ne peuvent déjà plus tenir le coup à partir de 55 ans et partent bien les 64 ans imposés ! Et ils ne sont pas seuls. Un salarié sur deux  arrive à 62 ans au chômage, en maladie, en inaptitude. L’espérance de vie en bonne santé diminue déjà entre 64 et 62 ans. Et sur quels critères puisque Macron « n’adore pas » qu’on lie pénibilité et travail, le Medef a toujours fait échouer ça en pratique.

8°) Prendre en compte tous les jours travaillés et pas seulement les trimestres complets,  ca va de soi, ca devrait être fait depuis longtemps, pas besoin de casser la retraite de tous pour améliorer cela, d’autant que ça ne servira à rien aux salariés concernés, puisque cela leur sera repris d’une autre main avec le calcul sur 40 annuités au lieu de 25 annuités. Tous les salariés seront victimes de ce nouveau mode de calcul sur une carrière complète. Pour respecter les prétendus 13,8 % de PIB consacrées aux retraites ? « Règle d’or » absurde.

9°) Faire gérer le taux des points par des commissions paritaires, ce n’est en rien une garantie, il n’y a qu’à voir comment Macron a cassé, début novembre, l’ex-système d’assurance chômage, comment les lois antérieures sont piétinées. Aucune confiance ni en eux, ni en une commission d’experts qui bloqueront ou feront régresser le point comme ils voudront quand ils coudront.

10°) Que l’âge reste formellement à 62 ans n’a pas de sens si nul ne peut vire de sa retraite tout le monde continuera et c’est bien à 64 ans en 2027 qu’il y aura l’âge pivot avec bonus et malus. C’est 64 ans, la nouvelle ligne rouge pour, avec une carrière à taux plein calculée sur 40 ans avoir… 1000 euros ?

C’est une attaque généralisée contre 30 millions des salariés pour contenir les retraites sous l’absurde barre des 14 % du PIB au détriment  des générations à venir. Personne ne sera épargné, c’est plus que jamais maintenant et tous ensemble qu’il faut se battre, et gagner.

Droit à retraite à 60 ans à taux plein, calculée à 75 % sur les 10 meilleures années indexée sur les prix et salaires  et pas de retraite inférieure au smic.

En lutte,  en grève généralisée !  Tous ensemble ! Vers le 17 décembre et après, unis jusqu’au retrait de ce projet infâme.

En mai 36, deux entreprises, Breguet et Latécoère ont emporté le mouvement de grève générale. En mai 68 deux entreprises Sud -Aviation et Cléon Renault ont emporte la généralisation. Quelles seront les deux entreprises en 2019 ? La première entreprise occupée appelle les autres !

 

 

 

Macron et Philippe doivent cesser de bloquer le pays. Tous ensemble pour le retrait !

 

Philippe a annoncé le maintien de sa réforme telle que proposée dans le rapport Delevoye, y compris avec le départ à taux plein à 64 ans. Il accélère le calendrier pour que la loi soit examinée dès février et appliquée avant la fin du quinquennat. Il veut la rendre irréversible et casser notre modèle social. Nous serions toutes et tous perdants !

 

Pas un an de plus ! Pas un euro de moins !

 

Le retrait de ce projet de loi, c’est le premier enjeu de la grève. Il faut arracher aussi des améliorations de notre système actuel de retraites : pour les femmes pénalisées par des salaires moins élevés, pour les jeunes précarisés ou en formation … L’argent existe ! C’est le « régime spécial » des actionnaires qu’il faut mettre en cause avec les 100 milliards pris chaque année sur notre travail.

 

Droit à la retraite à 60 ans avec un minimum au Smic et un minimum de 75% du dernier salaire

 

On peut gagner, mais cela nécessite de mettre en débat la reconduction partout (privé-public) jusqu’au retrait du projet, et donc de généraliser la grève. Débattons occupation des entreprises et blocage de la production. En 36 et 68, tout est parti de 2 entreprises ! Et le 17, soyons encore plus nombreux dans la rue que le 5 ! Il faut les faire plier !

 

Proposer un autre projet et une alternative à gauche !

 

Un comité de liaison de toute la gauche est proposé dès le 18 décembre. Il peut et doit travailler un projet alternatif.

 

Au-delà des retraites l’objectif c’est un projet de société. Nos services publics doivent être au centre d’un projet politique commun et solidaire. À commencer par l’école, la santé, la prise en charge des aînés, le social, la transition écologique.

 

Cela suppose de rompre avec les politiques néo libérales suivies ces dernières années.

 

C’est l’heure de la construction à gauche d’une alternative majoritaire !

 

Dans l’action comme dans les élections pour en finir avec le duo Macron-Le Pen !

 

Les « règles d’or » d’E Philippe pour tuer nos retraites

Le discours d’Edouard Philippe, le 11 décembre 2019

 

Le discours d’Edouard Philippe devait dévoiler « l’architecture » de la réforme des retraites. En réalité ce discours à repris la quasi-totalité du rapport Delevoye et s’est contenté d’apporter quelques précisions.

 

Les dates de mise en place du système à points ont été clarifiées

La réforme s’appliquerait aux personnes nées en 1975 et après.

Les personnes nées avant 1975 ne seraient pas concernées, le montant de leur retraite resterait calculé à partir du nombre de trimestres acquis. Ce n’est plus la « clause du grand père » mais celle du « grand frère » qui serait appliquée. Le grand frère serait épargné mais pas le petit frère.

Les personnes nées entre 1975 et 2004, fonctionnaires, salariés des régimes spéciaux, salariés des régimes de base du secteur privé se verraient appliqué deux systèmes de retraites. Jusqu’en 2025 leurs droits à la retraite resteraient calculés en trimestres et, à partir de 2025, leurs droits seraient calculés en points.

Les personnes nées en 2004 et après verraient l’intégralité de leurs droits calculée en points dès 2022 (l’âge de leur 18 ans).

Pour les salariés des régimes spéciaux (SNCF, RATP, Industries électriques et gazières…), seuls les salariés nés à partir de 1980 (pour ceux qui liquident leurs droits à 57 ans) et 1985 (pour ceux qui partent à 52 ans) seront concernés. C’est la clause du « tout petit-frère » !

 

Les dates de présentation de la réforme au Parlement ont été précisées et avancées

La réforme devrait être présentée au Conseil des Ministres le 22 janvier 2020 puis au Parlement fin février 2020.

 

Quelques modifications sur le fond ont été apportées

 

L’âge pivot en-dessous duquel le montant de la retraite subirait des pénalités de 5 % par an resterait fixé à 64 ans mais ne serait appliqué qu’en 2027 au lieu de 20025. L’âge de départ en retraite ne serait plus, de fait, 62 ans mais 64 ans.

 

Le niveau de retraites de enseignants serait « sanctuarisé » mais la définition de ce terme (« comparable au niveau des retraites des fonctions ou des métiers équivalents dans la Fonction publique ») est imprécis et les moyens d’y parvenir ne sont pas définis.

 

Le montant des retraites serait augmenté de 2 % pour les familles de  trois enfants et plus. Elles ne représentent, selon l’Institut national de la démographie que 16,4 % des familles en France, alors que les femmes ayant eu un, deux ou trois enfants seront lourdement pénalisées par le système à points.

 

L’entourloupe d’Edouard Philippe concernant l’indexation des points acquis

Edouard Philippe a tout fait, par le flou de son discours sur cette question, pour laisser croire qu’une « règle d’or » garantirait que la valeur de service du point, à partir de laquelle serait calculé le montant de la retraites, ne baisserait pas.

 

La « règle d’or » ne concernerait, en fait que l’indexation sur l’évolution des salaires des points acquis par le futur retraité. Ainsi, un salarié qui aurait accumulé 1000 points au cours de l’année 2025 verrait la valeur de ce point indexée sur l’augmentation des salaires. Cela signifie que s’il prenait sa retraite cinq ans plus tard, en 2030, le nombre de points acquis au cours de l’année 2025 pourrait (par exemple) être revalorisé à 1100 points.  Mais cela ne absolument rien de la valeur du point de service en 2030 : cette valeur restera fixée, comme le précisait le rapport Delevoye, en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie, de l’état de l’économie et de l’équilibre du système.

 

Edouard Philippe n’a apporté aucune garantie concernant la valeur de service du point, déterminante pour calculer le montant de la retraite. Pire, si la revalorisation du nombre de points acquis en fonction de l’augmentation des salaires, déséquilibrait l’équilibre financier du système à points, il faudrait baisser d’autant la valeur de service du point pour assurer l’équilibre du système. Ce qui aurait été donné d’une main serait repris de l’autre. Tout cela n’est que poudre aux yeux.

 

 

Solidarité de GDS avec les responsables LFI condamnés

Solidarité de GDS avec les responsables LFI condamnés

 

Il y a un an, le domicile personnel de Jean-Luc Mélenchon était perquisitionné pendant plusieurs heures, ainsi que les locaux du Parti de gauche (PG) et de La France Insoumise (LFI). Ces méthodes honteuses constituent une grave atteinte aux libertés démocratiques.

Aujourd’hui Jean-Luc  Mélenchon, Bastien Lachaud et Manuel Bompard, élus et responsables nationaux de La France insoumise (LFI) viennent d’être condamnés, ce qui illustre un « deux poids, deux mesures » alors que les riches et les puissants bénéficient le plus souvent d’une impunité.

Le réseau de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS) tient à leur exprimer sa solidarité.

Les forces de gauche et le mouvement social ne se laisseront pas intimider ! Au contraire, cela doit renforcer notre détermination à construire un front populaire écologique et social, comme débouché politique aux luttes des salariés (actifs, privés d’emploi ou à la retraite) et  de la jeunesse pour le retrait du rapport Macron-Delevoye.

Pour la Gauche démocratique et sociale (GDS)

Gérard Filoche

 

Macron pour « l’universalité » de la retraite ? Se moque de qui ?

 

 

Pendant 2 ans de 2015 à 2017, Macron n’a eu qu’un credo : la hiérarchie des normes en droit du travail doit être renversée,  le principe de faveur doit être supprimé, la loi doit s’effacer devant le contrat, il ne faut plus de droit universel mais un droit du travail souple, flexible, entreprise par entreprise, au cas par cas. D’où des carrières disloquées, disparates, hachées, où les salariés sans protection juridique, sont tirés inégalement vers le bas.

Et voilà que maintenant Macron veut des retraites universelles, « un euro pour un euro », un « système de points unique » pour 30 millions de salariés, tous « traités pareil » en faisant croire que ça ne fera pas baisser les retraites, qui seront pourtant toutes désormais calculées  « également » sur 40 annuités.

De qui se moque t il ?  Comment avoir avec une retraite universelle pareille pour toutes et tous quand on a des carrières disparates et inégales ?

Macron a bataillé pour donner la priorité aux contrats des entreprises afin qu’ils l’emportent sur la loi commune : le voilà qui s’acharne à supprimer tous les contrats ! Après avoir cassé les lois au nom des conventions collectives, il casse les conventions collectives au nom de la loi.

Ce n’est pas pour des raisons financières, puisqu’il l’a écrit dans on livre « Révolution » (sic) :  « Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier ».

Donc il s’embarque dans une bataille selon lui, décisive, au prix de la paralysie du pays tout entier, pour que tout le monde soit traité pareil, il veut supprimer le régime des 3401 mineurs de fond survivants, celui de 250 égoutiers à Paris, 305 salariés de la Comédie Française, de 1850 salariés de l’Opéra de Paris, de 200 salariés des Ports autonome de Bordeaux et de Strasbourg, de 20 050 marins,  de 47 618 Clercs et employés de notaires, de 12 029 retraités de la banque de France… soit un total de 420 000 retraités sur 17 millions.

Pour ça, Edouard Philippe t’annonce qu’il va te piquer de l’argent toute ta retraite jusqu’à ta mort et qu’il « ne veut pas de confrontation ». Provocation, incompétence ? Ils communiquent « Le gouvernement peaufine sa réforme ».

Castaner lâche : la retraite des policiers sera préservée (de ce malheur ?). On lit : « Dans Les Echos » : EXCLUSIF Réforme des retraites : vers une transition sur mesure pour les cadres à hauts salaires – Le gouvernement fait des ouvertures en direction de la CGC en proposant de ne pas supprimer immédiatement les cotisations créatrices de droits au-delà de 10. 000 euros de revenus mensuels. La baisse pourrait s’étaler sur quinze ans. L’obligation de garder six mois de réserves dans le futur régime rassurerait également les partenaires sociaux ».

Ah, en fait c’est un transfert de bas en haut au sein des inégalités existantes ?

 

Gérard Filoche

 

Au boulot n°471  chronique a lire chaque semaine dans l’Humanité Dimanche

 

retraites PRIVÉ-PUBLIC: TOUTES ET TOUS CONCERNÉ·ES!

 

 

Gérard Filoche, Anne de Haro et Éric Thouzeau

Responsables de la Gauche démocratique et sociale (GDS)

 

 

Édouard Philippe et Agnès Buzyn dénoncent les grèves « corporatistes » des salariés de la SNCF et de la RATP. Emmanuel Macron s’en prend à « ceux qui défendent le maintien des régimes spéciaux ». Tout d’abord, les régimes spéciaux, ça n’existe pas, ce sont des accords d’entreprise, des éléments du contrat de travail collectif, des conventions collectives !

Loin d’être « corporatistes », les grévistes de la SNCF et de la RATP sont les premiers de cordée d’une grève, à laquelle tous les salarié·es sont appelé·es à partir du 5 décembre, contre le système de retraites à points qui ne ferait que des perdants parmi les salariés, qu’ils soient du privé ou du public. La « justice » dont se réclame ce projet consisterait à niveler vers le bas tous les régimes de retraite en calculant les retraites sur la base du salaire moyen de toute la carrière et non plus sur le salaire moyen des 25 meilleures années ou des six derniers mois. L’« équité » dont se réclame ce projet consisterait à instaurer un« âge pivot », fixé à 64 ans dès 2025. Partir avant cet âge serait puni par une diminution du montant de la retraite.

L’« âge pivot » ne pourrait qu’augmenter rapidement car le système de retraite à points serait pris en étau. La première mâchoire de cet étau serait un double plafonnement, celui du taux des cotisations sociales à 28,12 % et celui de la part du PIB destinée à financer les retraites à 14 %. L’autre mâchoire serait l’augmentation d’environ 6 millions du nombre de personnes de plus de 65 ans en 2040. Le nombre de convives augmentera mais pas la taille du gâteau. Résultat, la part du gâteau pour chacun·e diminuera. Ce sera une baisse généralisée des pensions !

La « transparence » dont se réclame ce projet consisterait à fixer une valeur du point servant de base au calcul du montant de la retraite qui varierait chaque année en fonction de l’évolution de l’espérance de vie, de l’état de santé de l’économie, de l’équilibre financier du système à points. Personne ne pourrait donc prévoir le montant de sa retraite. Les « premiers de cordée » d’Em- manuel Macron n’ont rien de sympathiques alpinistes. Ils utilisent ceux d’en bas pour parvenir au sommet et n’hésitent pas à couper la corde, en licenciant à tour de bras, pour pouvoir y rester.

Les seuls véritables corporatistes, les seuls défenseurs de privilèges exorbitants, sont les actionnaires des grands groupes. Leurs fondés de pouvoir à l’Élysée et à Matignon n’hésitent pas à « prendre toute la France en otage » pour tenter de mettre en place un système de retraite qui accroîtrait ces privilèges. Le système à points aurait le grand mérite pour la corporation des actionnaires de ne pas augmenter la part patronale des cotisations retraite et ferait une place au soleil, de plus en plus grande, aux fonds de pension, à la finance, aux banques et aux assurances.

C’est tout l’inverse qu’il faut imposer ! Augmenter la part consacrée aux retraites, comme à la santé. Avec quelques dixièmes d’augmentation des cotisations, la

« bosse » démographique serait absorbée. D’autant que cette « bosse » sera de courte durée avec le boom des naissances des 20 dernières années. Gardons une retraite solidaire et améliorons-la ! Refusons le transfert des budgets de la retraite à celui de l’État ! Car c’est le hold-up qu’ils préparent.

 

 

 

Régimes normaux

 

Il n’y a pas de « régimes spéciaux », ca n’existe pas, menez la guerre à ces mots là ! Ne les laissez pas prononcer sans réagir.  C’est comme les « charges sociales », ça n’existe pas,  ce sont des « cotisations sociales », « salaire brut ». C’est comme la « réforme » des retraites », c’est la « casse » des retraites. La bataille des mots a une énorme importance.

Ces « régimes » (420 700 personnes sur 17 millions de retraités) sont tous différents puisqu’on a tous des métiers et branches, des qualifications et salaires différents.  « L’universalité » égalitaire soudaine de Macron est un attrape-nigaud : il y a 18 mois il cassait le droit du travail universel et maintenant il prétend imposer des retraites universelles ?

Chaque branche, chaque statut a lutté et négocié des conventions collectives, avec des compensations,  adaptations en fonction des nuisances,  souffrances au travail. Ce sont des régimes adaptés, ça n’a rien de « spécial », c’est normal, c’est justice. Ca concerne 1,7% des actuels retraités. En supprimant ces régimes compensés, Macron ré introduit les inégalités qu’ils effaçaient

250 égoutiers de Paris n’ont pas un régime « sp….. » mais un régime adapté, normal car respirer des eaux usées, du monoxyde de carbone, de l’hydrogène sulfurée, ça tue. Salaires 1300 nets quand tu commences, 2300 nets quand tu finis. En plus de leurs combinaisons, bottes, gants, il ont deux masques, l’un ordinaire, ventilé, filtrant c’est déjà étouffant dans les égouts amiantés, et un autre à la ceinture en cas d’alerte qui sonne ou vibre, détecteur de gaz meurtriers. Ce deuxième masque « auto-sauveteur » a une durée d’un quart d’heure, tu le serres avec les dents, et tu fuis le H2S. L’espérance de vie est 17 ans de moins qu’un cadre, 10 ans de moins qu’un ouvrier : autour de 58 ans. Cancers de la peau, des voies respiratoires. Leur régime de retraite leur permettait de partir à 50 ans. Il a été attaqué par tous ces salauds qui ne veulent pas de « régime sp…. »  maintenant ils partent à 52 ans.

Et il y en a encore qui veulent supprimer ces 52 ans ! Au nom du régime « universel » de Macron ! Le gouvernement prétend soudain nous traiter : « tous pareils » ! Enlever le pain qu’il y a dans l’assiette de 1,7 % d’entre nous, ne donne pas du beurre dans l’assiette des autres.

« Tous pareils » à 62, 65 ou 70 ans, ça veut dire la mort au boulot pour les égoutiers ! Par contre il y a 1000 autres salariés de droit privé qui descendent dans les bassins d’épuration, un réseau gravitaire à Paris collecteur des sables pollués, eaux acides, et qui courent les mêmes risques mortels, ceux là, leur retraite est actuellement à 62 ans, ça c’est intolérablement « spécial » :  ils devraient pouvoir partir « pareil », adaptés comme les égoutiers. « Normal » : retour à 50 ans à taux plein,  75 % calculée sur 10 meilleures années, indexée sur les salaires et prix.

Gérard Filoche (merci a Emmanuel)

 

5 decembre tous ensemble Retrait du projet Delevoye-Macron

En France, les mouvements sociaux (révolte des Gilets jaunes, conflit des hospitaliers…) secouent Macron et son projet d’adaptation accélérée de la France au néo-libéralisme, au profit des plus riches. A partir du 5 décembre, c’est TOUS ENSEMBLE qu’il est possible de faire reculer Macron !

 

La retraite par points a pour objectif de réduire les pensions et d’individualiser les droits à la retraite. La totalité des salarié.e.s seraient perdants ! Ceux qui en auront les moyens seront incités à privilégier les solutions individuelles (fonds de pension). L’objectif poursuivi est de nous faire travailler plus longtemps. Stupidité, puisque  60% des salariés du privé ne sont plus en activité au moment de liquider leur retraite.

 

Défendre une retraite solidaire

 

 

Face à la contre-réforme Delevoye-Macron,opposons une alternative avec un socle de droits pour toutes et tous. Une retraite à 60 ans avec des pensions à 75% des meilleurs salaires et un minimum au niveau du Smic revendiqué. Un droit collectif à un départ anticipé en fonction de la pénibilité du travail, pour une retraite en bonne santé. Une petite augmentation des cotisations socialisées pour faire face à la bosse démographique à venir. L’égalité salariale femmes-hommes, la réduction du temps de travail et le retour aux 60 ans, apporteraient une baisse du chômage ainsi que de nouvelles ressources. C’est un choix de société.

 

Deux impératifs : l’unité syndicale, le rassemblement à gauche

 

De la base au sommet, de l’intérieur des entreprises au niveau national, consolider l’unité est une nécessité. Ce qui vrai pour le 5 décembre, l’est aussi pour le 6 et les jours qui suivent. La reconduction de la grève est en débat dans de nombreuses entreprises. Avec l’unité syndicale et des assemblées générales de salarié.e.s, elle peut s’imposer comme une perspective dès le 6 décembre.

 

Plus que jamais le besoin d’une alternative politique de gauche au couple mortifère Macron-Le Pen se fait ressentir. Le rassemblement des forces de gauche sociales et écologistes serait un encouragement à l’action. On connaît les dégâts sociaux mais aussi écologiques engendrés par la domination de la finance (les quatre principales banques continuent, par exemple, de soutenir activement les investissements dans les énergies fossiles).

 

Contre Macron et son monde, il faut opposer une gauche unitaire alternative au capitalisme, une gauche sociale et écologique, un front populaire social et écologiste !

 

 

 

Construire un autre monde …

 

Partout, des révoltes populaires, des mobilisations ont lieu contre l’ordre néo-libéral qui s’est imposé. Depuis la crise financière, les classes dominantes veulent baisser toujours plus les dépenses publiques notamment sociales. Elles se moquent des enjeux climatiques et écologistes qui frappent d’abord les plus faibles.

 

Cette diminution du rôle de l’Etat dans le domaine social  et économique (destruction des services publics, privatisations…) s’accompagne d’un renforcement du rôle répressif de l’Etat.

 

Le néo-libéralisme blesse, mutile et tue.

 

Mettre un coup d’arrêt en France à cette politique renforcera le mouvement qui monte partout dans le monde. Le 5 décembre peut être un tournant. Cela dépend de nous !

 

 


Toutes et tous ensemble le 5 décembre !

Nous mettons en ligne nos tracts à diffuser largement durant les manifestations du 5. Téléchargez la version couleurs Téléchargez la version noir et blanc   Lire la suite…

Le « projet de société » de Delevoye-Macron

Lors du lancement de la réforme au Sénat en avril 2018, Agnès Buzyn a déclaré : « Ce n’est pas un problème technique, c’est un projet de société ». Et, pour une fois, on ne peut pas lui donner tort. Le projet Delevoye, c’est effectivement… Lire la suite…

 

« Réforme » des retraites Le sale « projet de société » de Delevoye-Macron

« Réforme » des retraites

 

Le « projet de société » de Delevoye-Macron

 

Lors du lancement de la réforme au Sénat en avril 2018, Agnès Buzyn a déclaré : « Ce n’est pas un problème technique, c’est un projet de société ». Et, pour une fois, on ne peut pas lui donner tort. Le projet Delevoye, c’est effectivement l’application du néolibéralisme le plus dur. Il s’inscrit dans la logique de concurrence à la baisse du « coût du travail » au niveau européen (achèvement du marché intérieur) et mondial (accords de libre-échange).

 

La flexibilité et l’ubérisation à vie sont incompatibles avec l’existence des régimes de retraite existants – régime général, régime des fonctionnaires et régimes spéciaux. Pour nos gouvernants, l’avenir du salariat, c’est la précarité. Il est dès lors crucial, à leurs yeux, de faire disparaître la notion de carrière ; toute la vie, on passera d’une « activité » à une autre. Pour Delevoye, « les différences de règles entre régimes [...] peuvent freiner les mobilités professionnelles ». Et le Haut-commissaire d’ajouter que « toutes les activités seront donc prises en compte, quelle que soit la rémunération, même faible, qu’elles procurent ».

Dans le cadre de la généralisation de la flexibilité, il n’est plus possible de prendre en compte les six derniers mois dans le public, ni les 25 meilleures années dans le privé. Il est nécessaire de passer aux points, chaque « activité » en apportant – souvent fort modestement – son lot.

 

En finir avec la Sécu

Lutter contre la retraite par points, c’est lutter pour le maintien et la reconquête des statuts, du Code du travail et des conventions collectives. C’est aussi combattre la baisse des « dépenses publiques » et le développement de la capitalisation.

Les retraites – plus de 300 milliards d’euros – font partie des dépenses publiques, jugées trop élevées par les néolibéraux qui nous gouvernent. Selon Catherine Perret, membre du bureau confédéral de la CGT, « c’est un big-bang. L’objectif, c’est une chute sans fin des pensions qui représentent 14 points de PIB en France, les exigences de l’Union européenne étant de 11 % ».

Baisser les retraites, c’est coup double pour le Medef et pour les actionnaires du monde entier. Cela permet de baisser les cotisations sociales, partie socialisée du salaire, fondatrices de la Sécurité sociale, donc d’augmenter les profits et les dividendes (171 milliards en 2018). Cela entraîne du même coup l’augmentation des dépenses privées, la capitalisation (appelée « épargne retraite » en vocabulaire « politiquement correct »). Ce hold-up est préparé minutieusement. L’Union européenne crée en effet les fonds de pension à l’échelon continental. Quant à la loi Pacte, elle encourage la capitalisation au détriment des cotisations à la Sécurité sociale.

Dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020, la déclaration de Darmanin selon laquelle les cotisations et la fiscalité, ce serait « la même poche » est pour le moins explicite. Il s’agit rien de moins que d’en finir avec les deux budgets distincts (celui de l’État et celui de la Sécu). C’est du Kessler dans le texte : ils ont bel et bien décidé d’en finir avec la Sécurité sociale issue des combats de la Libération.

 

Régime par points

Le principe « un euro cotisé donne les mêmes droits », c’est l’individualisme généralisé, la consécration du chacun pour soi, l’opposé de la Sécurité sociale d’Ambroise Croizat qui a la solidarité dans son ADN et qui réduit considérablement les inégalités, notamment en ce qui concerne les femmes.

Si ce principe était suivi scrupuleusement, lorsqu’on ne travaille pas (maladie, accident, chômage, grossesse, handicap…), on ne devrait pas avoir de points. Encore moins pour la pénibilité… Il ne devrait pas y avoir non plus de pension de réversion. C’est impensable politiquement. Il y aurait donc des points comptabilisés à part et financés à part par l’impôt, et non par la cotisation. On passe du droit lié à la cotisation à l’assistance, qui coûte toujours trop cher aux possédants. Ne coûte-t-elle pas déjà un « pognon de dingue », selon leur premier commis ?

 

Un outil idéal

Le système par point, que cherche à imposer Macron, constitue à ses yeux l’outil rêvé pour imposer une érosion sans fin du montant des pensions.

Pour un salaire de 1 500 euros, si la valeur d’achat du point est de 10 euros, on obtiendra 150 points par mois. Ces points se cumuleront sur toute la vie active. Si, à l’issue de ses « activités » (puisqu’on ne pourra plus parler de « carrière » !), un salarié dispose de 200 000 points au moment de liquider sa retraite, et que la valeur de service du point fixée à 0,05 euros, il recevra une pension de 200 000 x 0,05, soit 1 000 euros.

Les gouvernants auront donc deux moyens pour assurer l’érosion permanente des pensions : l’augmentation de la valeur d’achat du point et la diminution de sa valeur de service. À cela s’ajoute que la pension sera calculée sur l’ensemble de la vie professionnelle, dont les périodes de petits salaires, de chômage, de congés maternité et/ou parentaux, etc., qui seront particulièrement pénalisantes pour les salariés – et surtout pour les salariées ! – concernés.

  • Leur stade suprême ?
  • Pour Macron et Cie, le projet Delevoye constitue la réforme « ultime », car elle est censée, à leurs yeux, entamer de façon décisive la capacité de mobilisation du corps social. Il est vrai que la disparition du marqueur collectif par excellence que constitue l’âge légal de départ à la retraite concourra de façon décisive à une individualisation du rapport des salariés à « leur » pension.
  • Le pouvoir mise par ailleurs sur le fait qu’une érosion lente et continue mobilise beaucoup moins qu’une réforme brutale telle que celles de 1995, de 2003 ou encore de 2010…

Double peine ?

Elle s’appliquerait indistinctement à tous les salariés. La disparition de l’âge légal imposerait au plus grand nombre un départ vers 70 ans. Quant au montant de la pension, s’il serait par définition inconnu de l’ayant-droit jusqu’à la liquidation de ses droits, il sera assurément en baisse pour toutes et tous. On sait en effet combien on verse en cotisations, mais sans avoir aucune idée du moment où l’on aura assez de points pour prendre sa retraite (voire cumuler une pension et un emploi).

  • Contrairement aux affirmations de Delevoye, les 17 millions de retraités sont eux aussi directement concernés. Avant même la mise en place de la réforme, 8 à 15 milliards d’euros d’économies ont été réalisés sur leur dos. Quant à la baisse de la valeur du point, elle les impactera inévitablement. Enfin, les pensions de réversion (dont la valeur est estimée actuellement à 36 milliards d’euros) baisseront considérablement. En Suède, où un système de comptes par points a été mis en place à partir de 1994, elles ont pour ainsi dire pratiquement disparu…
  • La « gouvernance innovante »
  • Véritable cœur de la réforme, cette gouvernance donnerait tous les pouvoirs aux gouvernements dans le cadre des « semestres » européens et autre « règle d’or ».
  • Les concertations ont pour but de diviser, la réforme étant « non négociable ». Pendant les concertations, le gouvernement commence la mise en œuvre de la réforme dans le cadre du PLFSS 2020 par le prélèvement des cotisations de TOUS les régimes par l’URSSAF.
  • En outre, avec la « gouvernance innovante » et le « pilotage » (à vue ?) qu’elle permet, ils pourront revenir sur toutes leurs promesses : âge légal, dispositifs de départs anticipés, dispositifs de solidarité (périodes assimilées, droits familiaux, minimum retraite, etc). Si le projet Delevoye devenait réalité, les gouvernants successifs pourraient TOUT remettre en cause à tout moment. Il faut en prendre conscience collectivement.

 

Lutter pour gagner

La seule question qui vaille réellement est la suivante : comment lutter victorieusement ? Deux objectifs complémentaires doivent être à notre sens poursuivis. Il convient tout d’abord de converger pour obtenir le retrait pur et simple de la réforme. C’est binaire : soit on accepte la retraite par points, soit on la refuse. Il sera ensuite temps de négocier sur des propositions de reconquête.

Dans ce cadre revendicatif, la mobilisation du 5 décembre prend tout son sens. Nous devons toutes et tous être mobilisés pour le retrait de la « réforme » Delevoye. Les appels à la grève de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires, de l’UNEF, de l’UNL et de la FIDL, mais aussi de certains secteurs de la CGC et de l’UNSA, se multiplient, dont les appels à une grève illimitée à la RATP et à la SNCF.

Il s’agit bien de lutter de façon unitaire contre un « projet de société » mortifère. Ce combat ne doit pas donner lieu à un simple soutien passif des secteurs en pointe. Il nous concerne toutes et tous, que nous soyons jeunes, actifs, retraités, chômeurs, salariés du public ou du privé, cotisants à un régime spécial, et encore davantage si l’on est une femme.

 

Jean-Claude Chailley