5 décembre, contre offensive généralisée

 

Quel que soit le point du globe où notre regard se pose, le constat est clair : la contestation se généralise.

En Amérique latine, avec le Chili, l’Équateur et main- tenant au Brésil où le peuple va peut-être relever l’espoir brisé, maintenant que Lula est libre ; au Maghreb, avec l’Algérie ; au Moyen-Orient, avec le Liban et l’Irak ; en Asie, avec Hong-Kong. Mais aussi en Europe, avec la crise en Catalogne, avec le mouvement des Gilets jaunes en France, et maintenant le mouvement qui monte sur les retraites…

L’édifice se lézarde

Les raisons de ces explosions diffèrent. Ici, c’est l’augmentation du ticket de métro. Là, celle de l’essence. Ailleurs, c’est une taxe qui fait basculer la situation ou encore l’emprisonnement de dirigeants politiques… Ce cycle de mobilisations

est le reflet d’un mouvement profond. Celui d’un rejet d’un système en crise qui creuse les inégalités dans la distribution des richesses.
Des intellectuels reprennent la critique d’un capitalisme vorace et financiari-

sé, que formulent depuis des années – de façon sans doute moins « savan- te » – les mouvements sociaux et altermondialistes aux quatre coins du monde. Le mouvement est loin de se généraliser, mais il prend conscience

un peu partout de sa force et se politise.
Les mobilisations pour le climat font par exemple entrer, partout dans le monde, les jeunes générations dans un combat, si ce n’est contre le systè-

me capitaliste, au moins contre l’idéologie néo-libérale. C’est un des gains décisifs des derniers mois au niveau international.
Les processus électoraux commencent à refléter cette polarisation sociale

en cours. Après une série de scrutins aux résultats inquiétants, l’effet Trump-Bolsonaro semble avoir fait long feu. Les élections en Argentine marquent une poussée vers la gauche, les bons résultats de Bernie Sanders dans le Nevada témoignent de la même logique, tout comme la

perte de popularité de Macron dans l’Hexagone. La dynamique est inégale, bien sûr, mais ces éléments se combinent pour poser la question d’une alternative à la mondialisation libérale.
C’est ce qui explique la crise de leur fameuse « gouvernance », celle de l’Union européenne en particulier. C’est ce qui explique les politiques régressives des dirigeants des principaux pays capitalistes.

Budget de guerre sociale

En France vient d’être adopté un budget de classe avec des réductions d’emplois dans l’Éducation nationale, des coupes drastiques pour les fonds de solidarité et de vils expédients pour un hôpital déjà moribond, ainsi que l’écologie pourtant élevée au rang de cause nationale par Macron-Janus… Alors que les urgences demandent des moyens, que les dérèglements climatiques se succèdent, que les agents publics sont à bout !

Non sans difficultés, une majorité s’est par ailleurs dégagée à l’Assemblée natio- nale pour accepter la non-compensation pour les caisses de Sécurité sociale des allègements de cotisations sociales accordées aux employeurs. Un moyen sup- plémentaire pour tuer notre protection sociale.

C’est le moment !

C’est dans ce contexte que se profile la contre-réforme des retraites, conçue pour piller davantage encore la Sécu, alors que les moyens devraient être développés pour faire face au chômage, à la dépendance et à l’augmentation prévisible du nombre de retraités.

Macron hésite face à la montée des réactions. Il semble craindre l’affrontement qui vient et alterne déclarations bravaches et propos conciliants. Et, grand clas- sique, ressort de la boîte de Pandore le débat éculé sur le voile et l’immigration. Diversion certes, mais énorme danger face au risque de montée du racisme sous toutes ses formes, en particulier dans les classes populaires.

La responsabilité de la gauche n’en est que plus grande. Elle doit mettre un terme à son émiettement, dégager une alternative pour faire perdre la REM et le RN, tant aux municipales qu’au plan national.
Raison de plus pour tout faire pour que la mobilisation du 5 décembre soit exceptionnelle. Elle peut constituer un tournant de la situation française. Les appels se multiplient. Il faut amplifier le mouvement, préparer les suites sur le plan social comme sur le plan politique.

Un an après l’explosion du mouvement des Gilets jaunes – sur lequel nous reve- nons dans ce numéro –, il est temps de passer à la contre-offensive.

 

edito de D&S n°269  27 ° année

 

Trois questions à Sylvie Durand, secrétaire nationale de l’UGICT-CGT

 

Sylvie Durand, secrétaire nationale de l’UGICT-CGT, est une des spécialistes confédérales de la question des retraites.

 

D&S : Le 29 octobre, vous avez communiqué des chiffres tellement alarmants sur les effets du projet de loi Delevoye que les médias n’osent pas encore les diffuser. Quels sont ces chiffres ?

Sylvie Durand : Le gouvernement prévoit de plafonner les ressources affectées aux retraites à 14 % du PIB, donc mécaniquement avec un nombre de retraités qui va croître, on ne peut avoir qu’un décrochage continu du niveau des pensions.

En outre, dans un système par points, le droit à retraite est proportionnel à la durée de cotisation, c’est-à-dire aux périodes travaillées. On abandonne la référence aux 25 meilleures années du système actuel. Les périodes d’étude ne sont pas cotisées…, sauf pour l’ENA, Polytechnique et une poignée d’autres grandes écoles ! Donc, pour compenser les années de formation initiale, les salariés devront travailler au-delà de 70 ans.

Si l’on fait des simulations en se basant sur le salarié dont le salaire évolue comme le salaire moyen par tête, la durée de cotisation nécessaire pour obtenir 75 %, voire 66 % ou ne serait-ce que 60 % de son dernier salaire est aberrante. Pour avoir 75 % de son salaire de fin de carrière, un salarié devra cotiser 54 ans…, soit avoir un début de carrière à 10 ans ! Un salarié diplômé d’un bac +5 à 23 ans devra travailler, s’il le peut, jusqu’à 77 ans. !

 

D&S : C’est « gros », en effet… Mais y aurait-il des gagnants dans le nouveau « système » ?

S. D. : Tous les salariés seraient perdants, y compris ceux qui ont déjà pris leur retraite, puisque les pensions liquidées seraient amenées à diminuer si le montant total versé aux ayant-droits représentait un pourcentage de PIB supérieur à 14 %. Ce qui ne manquerait pas d’arriver en cas de récession. Notre système de retraite a joué un rôle important, comme filet de sécurité, lors de la crise de 2008. Le gouvernement, s’il parvient à mettre en œuvre son projet, priverait le pays de cette protection.

Le rapport Delevoye a indiqué que les « solidarités » seraient maintenues, mais « financées par l’impôt », ce qui en change la nature. Les dispositifs actuels de solidarité seraient transformés en aides sociales, lesquelles seraient, comme l’allocation de solidarité aux personnes âgées, délivrées sous conditions de ressources et probablement récupérables sur succession.

Pour l’instant, seules les banques et les assurances sortent gagnantes de ce projet de réforme. Elles peinent à faire prospérer en France le business de l’épargne retraite, qui est au passage un vrai danger. Ces dispositifs ne s’engagent même pas à restituer le capital en euros courants et s’évanouissent en cas de crise financière systémique !

 

D&S : Quelles sont vos propositions ?

S. D. : La CGT propose les axes suivants : l’augmentation des cotisations vieillesse, la retraite à 60 ans (âge d’ouverture des droits) , une pension correspondant à 75 % du salaire de fin de carrière et pas de pension inférieure au Smic net. En ce qui concerne la durée de cotisation, on peut proposer de parler de « carrière complète » pour prendre en compte les années d’études qui doivent intégrer le calcul, si l’on ne veut pas voir décrocher cette partie importante du salariat que représentent ceux qui sont qualifiés.

 

Propos recueillis par Anne de Haro.

 

Pour consulter la version intégrale de cet entretien,

une seule adresse : http://www.gds-ds.org/XXXXXXXXXXXXXXXXXX

 

Rapport Insee sur la pauvreté : chiffres accablants pour Macron-Philippe

 

 

Le 16 octobre, Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, a été publiée une note d’analyse de l’Insee sur la pauvreté et sur les inégalités en France. Les résultats auxquels ont abouti les statisticiens de l’institut n’ont pas dû plaire à Macron qui s’échine à soigner son image de « petits père des pauvres ». Non seulement la pauvreté a augmenté dans notre pays en 2018, mais cette hausse est marquée du sceau d’une politique fondamentalement favorable aux plus riches.

 

Selon les estimations de l’Insee, 14,7 % de la population hexagonale aurait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018, soit une hausse du taux de pauvreté de 0,6 point sur un an. Selon les Économistes atterrés, « après trois ans de stagnation à 14,1 %, ce taux est reparti à la hausse ». Ils seraient ainsi désormais 9,3 millions, nos concitoyens, à déclarer un revenu disponible inférieur à 60 % du niveau médian.

 

Les inégalités à la fête

En politique, une mauvaise nouvelle peut bien souvent en cacher une autre. La note de l’Insee est en effet on ne peut plus claire sur la hausse des inégalités dans l’Hexagone. Selon l’institut public, « le ratio entre la masse des niveaux de vie détenue par les 20 % de personnes les plus aisées et celle détenue par les 20 % les plus modestes augmenterait de 0,1 pour s’établir à 4,4 ». Pas étonnant, donc, que le coefficient de Gini ait connu l’an dernier sa plus forte hausse depuis 2010. Cet indicateur, développé par le statisticien italien Corrado Gini, mesure le degré dʼinégalité de la distribution des revenus dans une population donnée ; il varie entre 0 et 1 – 0 correspondant à l’égalité parfaite, tandis que 1 signifierait une forme dʼinégalité absolue.

Piètre consolation pour l’exécutif, la hausse de la pauvreté est certainement surévaluée, comme le reconnaissent explicitement les statisticiens de l’Insee. Selon eux, elle s’expliquerait en grande partie par la baisse des APL pour les locataires de logements HLM. Mais pour que cette mesure d’économie budgétaire soit indolore pour les plus fragiles, le gouvernement Philippe a contraint les offices HLM à baisser d’autant les loyers demandés. Or, si les calculs de l’Insee tiennent compte de la baisse des APL, la réduction des loyers, elle, « n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie ». Selon l’organisme public, « sans prendre en compte cette baisse des allocations logement, la hausse du taux de pauvreté au seuil de 60 % serait plus modérée (+ 0,2 point en 2018) » et « seules » 9,1 millions de personnes seraient concernées.

 

Le sens d’une politique

Montée des inégalités et hausse de la pauvreté sont indissociables, puisque le calcul de cette dernière se fait à l’aune du revenu médian. Ainsi, toute augmentation de ce revenu de référence qui ne serait pas le fait d’un rattrapage des petits salaires sur la grille générale et/ou d’une hausse généralisée des prestations sociales ne peut que faire augmenter le nombre de personnes situées sous la barre des 60 % de ce revenu.

Or, sous Macron, l’augmentation de revenu médian est principalement due à la forte hausse des dividendes (environ 60 %) qui a naturellement profité aux ménages les plus aisés. La disparition de l’ISF honni et l’instauration de la flat-tax par Macron-Philippe, qui « sécurisent » les riches contribuables en matière de fiscalité sur ce type de revenus, leur permettent de gagner sur les deux tableaux : plus de dividendes empochés et moins d’impôts à payer. L’Insee précise que « ces hausses de revenus des capitaux mobiliers contribueraient pour trois quarts à la hausse de l’indice » des inégalités.

L’étude indique également que des mesures comme « la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités, bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté ». Mises bout à bout, les mesures de classe en faveur des plus riches et celles conçues pour alléger le fardeau fiscal des prétendues « classes moyennes » contribuent tout naturellement « à la hausse du seuil et du taux de pauvreté ». La hausse des revenus des plus riches gonfle artificiellement le revenu médian et les prétendues mesures « sociales » du gouvernement, servant surtout à éviter le déclassement d’une partie des couches sociales intermédiaires qui ont encore la mauvaise habitude de se rendre aux urnes, renforce cette logique de marginalisation des (encore) plus fragiles. Le nombre de personnes placées sous le seuil fatidique des 60 % du revenu médian ne peut dès lors qu’augmenter, quand bien même leur situation individuelle n’empirerait pas.

Macron est décidément un Robin des Bois à l’envers pour le moins pragmatique. Il ne perd pas son temps à faire individuellement les poches des miséreux pour engraisser les riches. Ce serait une telle perte de temps ! Il préfère s’en prendre directement au véritable magot, c’est-à-dire aux services publics et à la dépense publique, autant dire au patrimoine commun de celles et ceux qui n’ont rien. C’est tellement plus efficace… et indolore.

 

JFC

 

quels 42 « régimes spéciaux » (en fait, pas des régimes spéciaux, mais des conventions collectives et statuts ) ?

Quels sont les différents régimes de retraite ?

Ces régimes représentent le quatrième bloc des régimes de la Sécurité sociale aux côtés du régime général, de la Mutualité sociale agricole (MSA) et de la Sécurité sociale pour les indépendants (ex-RSI).  Se distinguent trois familles :

  • Le régime de la fonction publique (fonctionnaires civils et militaires)
  • Le régime des entreprises et établissements publics
  • Les autres régimes réunis autour d’une profession ou d’une entreprise

Tous ne sont pas indépendants en ce qui concerne le risque vieillesse. Certains régimes ne couvrent que le risque maladie et/ou le risque AT/MP, tandis que le risque vieillesse est géré par le régime général ou le régime de la fonction publique. Les régimes qui couvrent le risque vieillesse sont :

  • Le régime des fonctionnaires 4 400 000
  • Le régime de la SNCF avec la caisse de prévoyance et de retraite de la SNCF (CPRPSNCF) 142 943
  • Le régime des Clercs et employés de Notaire avec la caisse de Retraite et de Prévoyance des Clercs et Employés de Notaires (CRPCEN) 47 618
  • Le régime de la RATP avec la caisse de Retraite du Personnel de la RATP (CRP RATP) 42483
  • Le régime des Marins avec l’Établissement National des Invalides de la Marine (ENIM) 20045
  • Le régime EDF-GDF des Industries Electriques et Gazières avec la caisse Nationale des Industries Electriques et Gazières (CNIEG) 146 103
  • Le régime des Cultes avec la caisse d’Assurance Vieillesse et Maladie des Cultes (CAVIMAC)
  • Le régime parlementaire du Sénat avec la caisse autonome de Sécurité sociale du Sénat (CASS SENAT) qui n’a pas été aligné sur celui de la Fonction publique
  • Le régime parlementaire de l’Assemblée Nationale avec le Fonds de sécurité sociale de l’Assemblée Nationale (FSS Assemblée nationale), aligné depuis le 1er janvier 2018 sur celui de la Fonction publique
  • Le régime des ouvriers des établissements industriels de l’Etat avec la caisse des Dépôts et Consignations (CDC)
  • Le régime des agents des collectivités locales avec la caisse des Dépôts et Consignations (CDC)
  • Le régime des personnels de l’Opéra National de Paris avec la caisse de Retraites des Personnels de l’Opéra de Paris 1825
  • Le régime du Port autonome de Bordeaux
  • l’Établissement de retraite additionnelle de la Fonction publique.
  • la Caisse de retraite du personnel navigant professionnel de l’aéronautique civile,

Restent :

la Caisse autonome nationale de sécurité sociale des mines, 3401

la Caisse de retraite des salariés de la Caisse des dépôts et consignations,

la Caisse de retraite et de prévoyance des clercs et employés de notaire, l’Établissement national des invalides de la marine,

l’Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP),

la caisse de retraite des salariés de la Banque de France, 12029

la Caisse de retraites du personnel de la Comédie Française,  305

la Caisse de retraite et de prévoyance des vétérinaires,

la Caisse d’allocation vieillesse des agents généraux et des mandataires non salariés de l’assurance et de la capitalisation,

la Caisse d’allocation vieillesse des experts comptables et des commissaires aux comptes,

la Caisse nationale des barreaux français,

l’Institution de retraite complémentaire de l’enseignement et de la création,

la Caisse de retraite des salariés du port autonome de Strasbourg,

la Caisse d’assurance vieillesse invalidité et maladie des cultes,

la Caisse de prévoyance et de retraite des notaires,

la Caisse d’assurance vieillesse des officier ministériels, officiers publics et des compagnies judiciaires ?

Les bénéficiaires des régimes particuliers de retraite sont les affilés et leurs ayants-droit.

Aujourd’hui ces régimes représentent environ :

  • 4,5 millions de pensionnés
  • 4,7 millions de cotisants
  • 3,4 % de la population active

 

bizi : Jeudi 5 décembre : toutes et tous dans la rue ! Une mobilisation sociale mais aussi écologique

Jeudi 5 décembre : toutes et tous dans la rue !

Une mobilisation sociale mais aussi écologique

Le jeudi 5 décembre s’annonce d’ores et déjà comme un moment clef pour faire barrage à l’offensive du gouvernement contre le modèle social en vigueur depuis 1945. Une mobilisation d’ampleur se prépare à l’occasion de cette grève inter-pro contre la réforme des retraites. Bizi appelle ses militant.e.s et sympathisant.e.s à y participer pleinement, pour défendre notre modèle de protection sociale et de solidarité, mais également pour ne pas laisser cette réforme aggraver les crises climatique et écologique.

Rendez-vous à 10H30 jeudi 5 décembre entre la gare et la bourse du travail de Bayonne (Pour nous aider à amener le matériel, les drapeaux, etc, rendez vous à 10H00 au local).

Pourquoi Bizi appelle à participer à cette manifestation : https://bizimugi.eu/le-5-decembre-une-mobilisation-sociale-mais-aussi-ecologique

Comment dans une telle situation accepter des logiques et des prétendues solutions ne pouvant qu’aggraver et accélérer la catastrophe en cours ? Comment accepter de scier plus longtemps et plus vite la branche sur laquelle l’humanité est assise ?

Une autre voie est possible…et gagnable !

Bien d’autres logiques et solutions existent. Partage du travail et des richesses, développement des liens, de la culture et du soin plus que des biens et de la consommation ostentatoire, lutte contre l’obsolescence programmée, démarchandisation de nombreuses activités, renforcement des systèmes de solidarité et gestion collective des biens communs etc. C’est sur ces rails là qu’il faut guider les évolutions de notre système de santé, d’assurance chômage et de retraite, pas sur ceux nous menant tout droit vers un monde à la Mad Max !

Il nous faut réagir aujourd’hui, cette bataille est gagnable ! De plus en plus de monde se mobilise pour défendre la solidarité et la justice sociale ou pour réagir à l’urgence écologique et climatique. Ensemble, nous pouvons stopper cette nouvelle offensive anti-sociale et anti-écologique du gouvernement. C’est le moment !

Bizi!


Ostegunean, abenduaren 5ean: denak karrikara!

Mobilizazio soziala, bai eta ere ekologikoa!

Osteguna, abenduaren 5a jada aitzin ikusten da momento erabakigarri bat bezala 1945etik geroz plantan den eredu sozialaren kontra gobernuak daraman erasoaldia geldiarazteko. Mobilizazio zabal bat antolatua izaiten ari da erretreten erreformaren kontrako greba interprofesional honen karietara. Bizik bere militante eta laguntzaileak deitzen ditu bertan osoki parte hartzerat gure babes eta elkartasun eredu sozialaren defendatzeko, baina ber maneran ere ez uzteko erreforma hau krisi klimatiko eta ekologikoaren gaizkontzen.

Hitzordua finkatua da ostegunean, abenduaren 5ean, goizeko 10:30etan, Baionako tren geltokia eta Lan Boltsaren artean (Materialaren, ikurriñen, etab.-en eramaiten laguntzeko, hitzordua, Biziren egoitzan 10:00etan).

Zergatik Bizik manifestaldi horretan parte hartzeko deia luzatzen du: https://bizimugi.eu/eu/abenduaren-5an-mobilizazio-soziala-bai-eta-ere-ekologikoa

Horrelako egoera batean, martxan den hondamendia txartzeko eta bizkortzeko on diren logika eta aipatu aterabideak nola onartu? Nola onartu, jendartea jarria den abarraren segatzen jarraitzea oraino denbora gehiagoz eta eta abiadura handiagoan?

Beste bide bat posible da… eta hartzen ahal da!

Beste ainitz logika eta aterabide badira. Lanaren eta aberastasunen banatzea, harremanen, kulturaren eta arten garatzea, ez eta ontasunen eta harrokeriazko kontsumoarena, zaharkitze programatuaren kontrako borroka, hainbat aktibitateren sal-eroste arlotik ateratzea, elkartasun sistemen indartzea eta komunalen kudeaketa kolektiboa, etab. Gure osasun sistemaren, langabezi asurantzaren eta erretreten sistemaren aldaketak bide horietara behar dira bultzatu eta ez zuzen zuzen Mad Max-en moduko mundurat garamatzatenetara!

Gaur behar dugu ihardetsi, borroka hori irabazten ahal da! Gero eta gehiago jende mobilizatzen da elkartasuna eta justizia sozialaren defendatzeko edo larrialdi klimatiko eta ekologikoari aurre egiteko. Elkarrekin, gobernuaren erasoaldi anti-sozial eta anti-ekologiko berri hau gelditzen ahal dugu. Orain da mementoa!

Bizi!

 

Retraites : contre l’individualisme, nous choisissons la solidarité

Une manifestante lors de la mobilisation nationale du 20 novembre 2007, à  Lyon.Une manifestante lors de la mobilisation nationale du 20 novembre 2007, à Lyon.Photo Jean-Philippe Ksiazek. AFP

Plusieurs partis de gauche, Europe Ecologie-les Verts, NPA, La France insoumise, Génération·s… soutiennent les mobilisations syndicales et appels à la grève annoncés pour le 5 décembre.

  • Retraites : contre l’individualisme, nous choisissons la solidarité

Tribune. Les forces politiques et les personnes soussignées s’opposent totalement au projet de retraites d’Emmanuel Macron et soutiennent les mobilisations syndicales annoncées pour le mettre en échec le 5 décembre, ainsi que les appels à la grève reconductible.

E. Macron parle de droits «universels» ? Ils seraient en réalité «individualisés» et réduits.

C’est au Parlement de Versailles en juillet 2018 que E. Macron a proclamé son projet. Il veut «un Etat providence du XXIe siècle, émancipateur, universel…» et «protéger nos concitoyens non selon leur statut et leur secteur d’activité, mais de manière plus juste».

Plus «juste» ? Pour l’assurance-chômage, le Président avait déjà promis «l’universalité». Or avec sa «réforme», plus d’un million de personnes verront leurs droits amputés et paieront de leurs poches les 3,8 milliards d’économies imposées par l’Etat jupitérien. Très belle «émancipation» !

Dans le monde selon E. Macron, les statuts collectifs disparaissent. Il ne reste que l’individu face à son destin, évoluant sur le marché, traversant la rue pour obtenir un emploi, surveillant son compte de retraite à points pour arbitrer entre la prolongation de son travail et son niveau de pension. A condition bien sûr de ne pas être au chômage, en maladie, ou en invalidité, comme beaucoup de salarié·es après 60 ans.

E. Macron oublie que le projet du Conseil national de la résistance (CNR) visait une Sécurité sociale universelle, mais avec des droits en progrès. Il veut qu’on oublie que ces conquêtes résultent d’une mobilisation populaire obtenant qu’une part plus élevée de la richesse soit attribuée aux retraites et à la santé, donc au bien vivre. Il a fallu pour cela augmenter la part du PIB accordée aux retraites, de 4% jusqu’à 14% d’aujourd’hui, pour améliorer le taux de remplacement entre la pension versée et les meilleurs salaires. Ce taux atteignait 75%, avant les contre-réformes accumulées depuis 1993. Ainsi la retraite a représenté une prolongation de son revenu pour des activités nouvelles et libres. Cette répartition de la richesse a permis d’universaliser des droits pour des retraités plus nombreux et un progrès de l’espérance de vie.

Cependant, une forte injustice persiste en raison de la scandaleuse inégalité salariale entre femmes et hommes, réduisant en moyenne leurs pensions de 40% sur celles des hommes. Or l’application effective de l’égalité salariale permettrait un afflux de ressources : 6 milliards d’euros au moins. Il est donc tout à fait possible d’améliorer ce qui existe. Et aussi de réduire les inégalités inacceptables dues à la pénibilité du travail. Même Edouard Phillipe a reconnu qu’il n’y a pas vraiment de «déficit» et que le système actuel est «encore bon».

Alors pourquoi s’acharner à le démanteler ? Parce que ce gouvernement veut à tout prix obliger les travailleurs, femmes et hommes, y compris les indépendants, à s’adapter aux règles du libéralisme : les droits coûteraient trop chers parce qu’ils sont socialisés et incluent une solidarité collective (carrières incomplètes, années de chômage, enfants). Au lieu d’une retraite où la prestation est d’avance garantie, ce pouvoir cherche à imposer un système où seule la cotisation est définie. Chacun sait ce qu’il cotise pour acquérir des points, mais personne ne sait quelles prestations seront versées. La conversion des points en pension pourra évoluer en fonction de la marche générale de l’économie. Le gouvernement aura la haute main sur ce choix à chaque budget annuel de la Sécurité sociale. La «caisse des retraites» où siègeront les syndicats ne pourra donner qu’un avis.

La propagande du gouvernement sonne bien, mais elle est une tromperie.

«Un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous» ? Peut-être, mais appauvris. En effet le calcul des droits à pension s’effectuerait sur toute la carrière, alors qu’aujourd’hui il se fait sur les 25 meilleurs salaires dans le privé, et les derniers mois dans le public. Conséquence : la moyenne des salaires baissera en incluant les mauvaises années. La pension baissera en proportion. Le recul de l’âge de la retraite est aberrant alors qu’à 62 ans, 40% des seniors sont inscrits à Pôle Emploi.

Un «Etat providence du XXIe siècle» ? Appauvri encore ! La part des retraites dans la richesse nationale serait plafonnée (14% du PIB), alors que depuis 1945 elle a progressé. Les cotisations ont augmenté : les actifs et les retraités sont solidaires pour déterminer la part de valeur qui va au bien commun. Ce n’est pas aux propriétaires financiers et de dividendes de décider. Alors qu’ils s’approprient toujours plus de richesses sans aucun effet sur le chômage.

Des droits «dès le premier euro» ? On promet que les jeunes auraient des droits au premier euro cotisé. Mais si la part totale des retraites est gelée, toute avancée des uns sera prise sur les autres. On aura une division accrue au lieu de droits égaux ! Ainsi, les pensions de réversion vont diminuer, ce qui pénalisera encore les femmes. Macron veut en réalité rendre «naturelle» la précarité des temps partiels et des CDD au lieu de les combattre.

«Un système plus juste» ? Faux ! E. Macron veut rayer le mot «pénibilité du travail» du vocabulaire alors même que celle-ci participe largement à réduire l’espérance de vie en bonne santé. Que de retraites volées à celles et ceux qui en auraient le plus besoin !

La retraite par points ? Le secteur privé la connaît déjà, avec les «complémentaires» par points qui ne cessent de se dégrader. Les «complémentaires» sont le cheval de Troie introduit pour habituer à un système individualiste. Comme c’est le cas aussi en Suède souvent portée en exemple. En France, sous la pression du Medef, les pensions «complémentaires» ont été gelées de 2016 à 2018, et une baisse de 10% est prévue à partir de 2019. Ni Macron ni les patrons ne veulent plus parler de hausse de cotisations.

Etat «providence» ? Plutôt un tremplin vers la capitalisation pour les plus riches ! En effet, la baisse programmée du montant des retraites incitera ceux qui en ont les moyens à se tourner vers les fonds de pension. Les salaires au-dessus de 120 000 euros annuels ne cotiseraient plus au régime à points mais pourraient souscrire une épargne privée. Le ver serait dans le fruit.

Au total, la contre-réforme des retraites participe d’un plan de destruction des systèmes de solidarité : suppression des services publics, réforme punitive de l’assurance chômage, privatisations (ADP), attaques contre tous les statuts salariés.

Contre ce bouleversement de société, notre alternative repose sur un socle de droits universels : une retraite à 60 ans avec un taux de remplacement à 75% indexé sur les meilleurs salaires, garanti pour tous et toutes. Mais aussi un droit collectif à un départ anticipé en fonction de la pénibilité du travail, pour une retraite en bonne santé. Cela exige une augmentation des cotisations socialisées incluant les profits financiers. Et une baisse du chômage par la réduction du temps de travail apporterait aussi des ressources.

Les mobilisations syndicales unitaires seront décisives à partir du 5 décembre ! Nous appelons la population à leur apporter un soutien massif !

Signatures :

Europe Ecologie-les Verts (EELV) : Sandra Regol, porte-parole ; Alain Coulombel, secrétaire national adjoint

Ensemble ! : Clémentine Autain, députée de La France insoumise (FI), Myriam Martin, porte-parole, conseillère régionale LFI Occitanie; Jean-François Pellissier, porte-parole

Gauche démocratique et sociale (GDS) : Gérard Filoche, porte-parole ; Anne de Haro, GDS Ile de France

Génération·s : Guillaume Balas et Claire Monod, coordinateurs nationaux

Mouvement pour la démocratie en Europe (Diem 25) : Emma Justum, coordination nationale

Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) : Olivier Besancenot, Christine Poupin, Philippe Poutou, porte-parole

Nouvelle Donne (ND) : Aline Mouquet, co-présidente, Gilles Pontlevoy : co-président

Parti communiste français (PCF) : Cathy Apourceau-Poly, membre de la direction du PCF, sénatrice du Pas-de-Calais ; Pierre Dharreville, membre de la direction du PCF, député des Bouches-du-Rhône

Parti communiste des ouvriers de France (PCOF) : Véronique Lamy et Christian Pierrel, coporte-parole

Parti de Gauche (PG) : Eric Coquerel, député FI, co-coordinateur du PG; Danielle Simonnet, conseillère de Paris, co-coordinatrice du PG

Pour une écologie populaire et sociale (PEPS) : Sergio Coronado, Jean Lafont, Elise Lowy, Bénédicte Monville

République et socialisme (RS) : Marinette Bache, conseillère de Paris ; Lucien Jallamion, secrétaire national ; Mariane Journiac, secrétaire nationale

François Ruffin, député La France insoumise de la Somme.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (La France insoumise) et co-directrice de «Regards»Olivier Besancenot Membre de la direction du NPAEric Coquerel rapporteur du texte à l’Assemblée nationaleGérard Filoche inspecteur du travailFrançois Ruffin député (LFI) de la SommePhilippe Poutou Membre de la direction du NPADanielle Simonnet conseillère de Paris, élue du XXe arrondissement de Paris, oratrice nationale de La France insoumise, coordinatrice du Parti de gauche…

 

en quoi Macron a t il menti au pays tout entier et aux salariés de Whirlpool ?

a la CCC changer le système pas le climat

Stopper le réchauffement et le dérèglement climatiques

 

Le réchauffement climatique est une réalité confirmée. Depuis 1880, l’augmentation de la température moyenne de la surface terrestre est supérieure à 1°C. Si cette augmentation se limite à 1,5°C, le risque d’emballement pourra être contenu. Mais l’insuffisance des moyens mis en œuvre pour stopper ce réchauffement nous conduit vers le dépassement de cette limite.

 

L’activité humaine est la cause essentielle du réchauffement

 

L’origine certaine de ce phénomène est l’effet de serre causé par la diffusion de certains gaz (les GES) dans l’atmosphère. Notamment : CO2, CH4, H2O (en vapeur). La surproduction de GES est émise par les activités humaines. L’humanité doit donc  modifier ses activités. En voulant diviser par 2 les émissions de GES (–50 %) durant la décennie 2020-2030, nous tentons de limiter le réchauffement à +1,5°C, sinon à +2°C.

L’objectif d’atteindre la « neutralité » carbone en 2050, est raisonnable. Il s’agit de réduire les émissions de GES de façon à piéger tout le carbone émis dans des puits que sont, par exemple, les réservoirs constitués dans les roches souterraines qui contenaient du gaz naturel ou du pétrole et que sont aussi, plus naturellement, les forêts.

 

Le retard pris dans la lutte contre le réchauffement provient essentiellement de l’échec de la lutte pour l’abolition du mode de production capitaliste et son remplacement par un mode de production démocratique. Les responsables sont les capitalistes puisqu’ils sont les bénéficiaires du mode de production actuel, et les dirigeants politiques qui les servent.

Par exemple, grâce à l’intervention de l’Etat pour réguler l’économie capitaliste, durant les 30 glorieuses (1944-1974) la politique keynésienne fit disparaître les crises décennales de surproduction et assura une croissance économique quasiment continue. Mais ce fut en pillant sans retenue les ressources naturelles et en abandonnant comme pollution et déchets les résidus de la production.

Le néolibéralisme qui lui succède et triomphe depuis 40 ans, se révèle incapable d’assurer la même croissance en raison de la réduction des salaires, et donc de la demande solvable, sous la pression du chômage. Mais le pillage des ressources naturelles se maintient au niveau élevé qu’il avait atteint. Durant les trois derniers quarts de siècle, la croissance des émissions de gaz à effet de serre  fut sans précédent.

 

Cinquante années ont été nécessaires pour que le rôle déterminant de l’activité humaine dans ce réchauffement, soit reconnu par la quasi unanimité des scientifiques.

La lenteur de cette prise de conscience illustre sans doute le syndrome de Planck : devant les réticences de ses collègues physiciens à accepter les innovations théoriques du jeune Albert Einstein, Max Planck constatait : « Une nouvelle théorie ne triomphe pas parce que ses arguments convainquent les partisans de l’ancienne théorie, mais elle arrive à s’imposer parce que ceux-ci finissent par mourir ».

Néanmoins, cette prudence des scientifiques du GIEC (Groupe intergouvernemental d’étude du climat), est plutôt une garantie du sérieux de la thèse ainsi affirmée.

 

Un danger mortel pour l’humanité

 

Le réchauffement climatique menace la survie de l’humanité à moyen terme. C’est donc rapidement qu’il faut agir pour le stopper.

En ayant bouclé les 42,195 km d’un marathon en moins de 2 heures, Eliud Kipchoge ne s’est pas effondré. Pourtant, dans l’Antiquité, le coureur de Marathon est mort en annonçant aux Athéniens la victoire des Grecs sur les Perses. En effet celui-ci, en ne courant plus, a arrêté l’évaporation de la sueur qui rafraichissait son crâne. En atteignant la température fatidique de 42°C, son cerveau est mort.

Les températures supérieures à 50°C à l’ombre risquent de devenir fréquentes. Elles peuvent être supportables dans une atmosphère sèche. Mais aucun être humain ne peut survivre à une telle température dans un air saturé en humidité qui interdit toute évaporation rafraichissante de la sueur. La canicule saturée en humidité est mortelle.

Si nous ne rattrapons pas le retard pris, beaucoup de régions du globe deviendront inhabitables. C’est le cas de la Chine du nord à cause de la chaleur.

C’est le cas du Bangladesh à cause de la montée des eaux : 3 mm par an. Elle provient de la fonte de la banquise, notamment de l’Antarctique et du Groenland, et de la dilatation des eaux qui suit l’élévation de leur température au dessus de 4°C.

 

Emissions de CO2en 2017, exprimées en Gt = Gigatonnes = milliards de tonnes

 

Emissions mondiales totales :   41,0 Gt

Chine :    10,2 Gt

USA :       5,3 Gt

Union Européenne :       3,5 Gt

Inde :       2,4 Gt

Russie :       1,6 Gt

Japon :       1,2 Gt

Allemagne :       0,8 Gt

France :       0,6 Gt

 

Toute production d’un bien matériel ou énergétique laisse un résidu

 

Le bien produit fait l’objet d’une anticipation, il est d’abord imaginé parce qu’il est inventé pour remplir une fonction. Un bien est consommé pour assurer une fonction vitale. À son tour, sa production fait appel à des moyens qu’il faut produire. Mais, produire ces moyens demande aussi des médiations qu’il faut imaginer avant de les produire.

Ainsi la production est un enchaînement de moyens et de produits. Chaque chaînon donne un produit dont la valeur d’usage est celle d’être un moyen pour le chaînon suivant. Mais, à côté du produit surgit un résidu qui, s’il n’a pas été anticipé, s’il n’a pas de valeur d’usage, devient un déchet.

S’il a été anticipé,  s’il a une valeur d’usage, le résidu devient un moyen qui donnera un produit avec lequel il formera le premier chaînon d’une nouvelle chaîne. Celle-ci sera peut-être celle d’une nouvelle production. Ou bien elle s’accrochera à une autre chaîne, devenant un moyen dans une autre production, une production circulaire.

Un résidu peut ainsi être déchet et pollution encombrante ou bien être un produit et un nouveau moyen.

 

Toute activité, notamment humaine, est une transformation d’énergie : énergie mécanique, cinétique ou potentielle, énergie électrique, magnétique ou chimique… Un barrage hydro-électrique transforme de l’énergie potentielle en énergie électrique. Une diode électro-luminescente transforme de l’énergie électrique en énergie lumineuse, etc.

Or, toute transformation énergétique s’accompagne de l’émission d’un résidu d’énergie sous forme de chaleur. Une LED a un rendement très supérieur à celui d’une ampoule à incandescence, mais elle laisse, elle aussi, un résidu énergétique thermique qui se dissipe dans l’atmosphère et participe un peu au réchauffement climatique.

Toute activité humaine s’accompagne d’une émission de chaleur qui se perd dans l’atmosphère, mais dont l’importance peut être fortement réduite. Stopper le réchauffement climatique, c’est réduire la production de chaleur par les humains, c’est aussi réduire la perte de chaleur que provoquent les activités humaines, et c’est réduire l’émission de gaz à effet de serre.

Le réchauffement climatique est aussi un dérèglement du climat dont il faut se protéger : ouragans, inondations, incendies, canicules…

 

Une transition économique et écologique pour être sociale

 

La prise de conscience n’est pas encore suffisante :

• Introduire la défense de l’environnement et la lutte contre le réchauffement dans les programmes scolaires.

 

La réglementation pour les bâtiments et les véhicules doit être améliorée :

• Améliorer les normes pour l’isolation (hiver et été) des bâtiments anciens et neufs,

• Améliorer les normes pour les véhicules neufs et fixer des normes transitoires pour les véhicules anciens (vitesse et consommation),

• Développer l’utilisation de matériaux d’origine végétale ou renouvelable.

 

Pour limiter le transport de marchandises par camion :

• Créer des plateformes multimodales pour généraliser le ferroutage,

• Limiter progressivement le transport de marchandises par camions à 200 km par jour.

 

Le dérèglement climatique crée de nouveaux risques :

• Créer une sécurité environnementale qui couvrira les dégâts dus aux intempéries et les frais de mise aux normes des bâtiments (isolation) et des véhicules (vitesse et consommation), qui soit un service public de droit privé (comme l’assurance maladie), dont le financement sera assuré par :

– des cotisations proportionnelles à la valeur foncière diminuée de 100 000 € par propriétaire,

– le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF),

– l’instauration d’une taxe Tobin sur les transactions financières,

– taxation du kérosène.

 

Une étude du CIRAD chiffre les besoins d’investissements, à l’échelle mondiale, pour rester en dessous des 2°C d’augmentation de la température moyenne, à plus de 6 000 milliards d’euros par an de 2018 à 2035, soit plus de 5 % du produit mondial global projeté, soit près de 1 000 € par an et par habitant de notre planète. Cette estimation est corroborée par d’autres études portant sur l’Europe ou sur la France.

 

Pierre Ruscassie

 

La « Convention citoyenne pour le climat »

 

La CCC est composée de 150 citoyennes et citoyens tiré.e.s au sort. Ces personnes sont issues des 30% de détenteurs de téléphone portable qui n’ont pas refusé de participer à cette procédure. La CCC doit répondre à la question  « comment réduire les émissions de GES d’au moins 40% d’ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale ? ». Ses propositions seront soumises au referendum ou au parlement ou reprises par voie réglementaire.

 

Six sessions de deux jours et demi sont organisées jusqu’à la fin janvier.

 

La CCC est dirigée par un comité de gouvernance de 15 membres (6 femmes et 9 hommes) dont une coprésidence assurée par Thierry Pech (DG de Terra Nova) et Laurence Tubiana (présidente et directrice générale exécutive de la Fondation européenne pour le Climat).

 

La commande d’organiser cette convention a été passée au CESE par le gouvernement avec pour objectif la légitimation de la taxe carbone (petit rappel, elle avait due être retirée devant la mobilisation des gilets jaunes).

 

Cet objectif est devenu patent en début de la seconde session du 25 octobre lorsque pas moins de quatre experts ont été mandatés pour la défendre en l’absence de présentation opposée (la réaction des 150 membres a été véhémente).

PR

 

 

 

de Lubrizol à Cruas

Au boulot n° 468

Lubrizol ce n’est pas fini

 

La réouverture de l’usine #Lubrizol à #Rouen « n’est pas envisageable en l’état » pour le ⁦@Prefet76⁩ via ⁦@76actu⁩ ⁦ Ah ? il parait qu’il n’y avait aucun problème, aucun danger ?

 

A la suite de la catastrophe d’AZF, une commission d’enquête parlementaire, dans un rapport de 2002, voté à l’unanimité avait fait 90 propositions intéressantes qui mises en œuvre, auraient fort probablement évité l’accident. Où sont-elles mises en oeuvre ?  Les gros industriels le savent mais ne sont guidés que par des appétits financiers.

En matière de déréglementation du travail, on peut dire qu’en 2019, la situation est pire qu’à l époque d’AZF du point de vue de la sous-traitance et de la précarité, des effectifs, du rôle et des moyens des autorités de tutelle, ainsi que du contenu des codes du travail et de l’environnement.

 

Dans le seul département de Lubrizol, la Seine-Maritime :

-  à Saipol, Dieppe, il y a eu 2 morts mais l’usine ce samedi là n’a pas son effectif de semaine, sinon le bilan aurait été pire. Rien n’a été respecté en matière de prévention contre les explosions.

- Raffinerie Total de Gonfreville en 2015, il y a une fuite d’éthylène de plus de 10.000 m3 d’éthylène, la direction ne déclenche pas les sirènes et fait tout pour cacher l’importance de l’évènement.

- Lubrizol, c’est encore plus simple, il n’y a jamais eu de pompiers professionnels d’entreprise.

Le constat est général : les effectifs d’exploitation de surveillance et  de sécurité (grève en août à Gonfreville sur ce sujet) sont insuffisants.

 

Transparence ? Le gouvernement se plaint de ne pas être entendu : mais c’est forcé, il ment tout le temps, donc l’état d’esprit réflexe et majoritaire c’est de ne pas le croire.

Il choisit ses interlocuteurs syndicaux, fait rentrer les fonctionnaires dans la « grande muette » et accuse même un agent  expérimenté de l’inspection du travail, (dirigeant syndical Gilles Le Corre s’exprime pourtant en dehors de l’exercice de son métier) d’être «  anti républicain. »

Le gouvernement et Lubrizol ont entretenu la stratégie du mystère sur l’importance de la présence d’amiante, sur l’absence de blessés et les risques de cancer,  en ne parlant que d’absence de toxicité « aigue »

 

Moyens ? Les inspecteurs de l’équipement n’ont aucun statut garantissant leur indépendance et pour les inspecteurs du travail, la ministre Pénicaud a décidé de museler les inspecteurs du travail. Le ministère de l’environnement supprime 17% de ses effectifs et l’inspection du travail subit une coupe sombre de 15 %. Les services de prévention et de contrôle des Caisses de Sécu sont menacés (rapport Lecoq).

 

Au contraire, il faut réguler la sous-traitance et toutes les formes de précarité avec l’embauche et la formation des salariés, assurer l’indépendance de la police de l’environnement et de l’inspection du travail, avec des moyens renforcés, réhabiliter des articles disparus des codes de l’environnement et du travail. Recréer des CHSCT. Des pompiers professionnels d’entreprise.

 

Puis on est dans un pays où une centrale nucléaire prévue pour résister a un séisme de 5,2 est frappé par un séisme de 5,4 et, au gouvernement, ça ne crée pas plus d’émotion que ça.

 

Gérard Filoche

 

 

 

retour à 2003 avec le réactionnaire Mesa : « La Bolivie change de président »

C’était le titre le plus neutre en « une » que le Monde avait trouve en fin octobre 2003 ! Ce jour-là, en 2003, l’armée bolivienne avait tiré à la mitrailleuse lourde contre une manifestation de paysans – faisant autour de cent morts…

Ce fut la cause de la chute précipitée du président de grande coalition libérale droite-gauche, le « socialiste » De Lozada obligé de partir se réfugier avec toute sa famille à Miami… laissant son second, Carlos Mesa essayer de privatiser à son tour, entre 2004-2005, les immenses ressources de gaz naturel récemment découvertes.

Résistant victorieusement en dépit de toutes les pressions, de tous les pièges, en trois ans de lutte sociale, le peuple bolivien a repris son avenir en main contre les multinationales Bechtel, Trade Development Agency, Repsol-YPF, British Gas, BP Amoco, Exxon, transnationales qui forment le groupe « Pacific LNG » mais aussi contre Suez, la Lyonnaise des eaux, Vivendi.

C’est un des rares triomphes dans le combat anti mondialisation.

Carlos Mesa soutenu par le monde libéral entier, a perdu à son tour le 6 juin 2005.

C’est le 18 décembre 2005 que la gauche, le « Mas », l’indien aymara Evo Morales, fait sans précédent, l’emporte nettement aux élections présidentielles… C’est  une révolution plus grande et plus forte que toutes les anciennes tentatives guérilleristes (cf. tome 1) qui ont si longtemps ruiné l’avant-garde sociale de ce petit pays de 9 millions d’habitants.

Cela tranche, pour moi, des années de débat théorique, avec des vies en jeu, sur la lutte armée en Amérique latine. Finie la théorie du « foco », de la guerre révolutionnaire sans parti ni syndicat, de la « collecte pour des armes en Bolivie en 1971 », du « texte 30 » de Daniel Bensaïd, oui, il était possible de gagner comme les indiens en Bolivie viennent de le prouver, bien sur, ce n’est pas le socialisme, mais des pas concrets en avant, oui.

Mais il y a peu de chances qu’on nous permette de comprendre, en France, ce qui se passe là-bas : aucun média ne semble prendre la voie de la réflexion sur ce qui avance en commun au Venezuela, en Equateur, en Argentine, au Chili, en Uruguay,  et en Bolivie…

Le «  Monde » du 25 décembre 2005, recommence 2003 et présente en 2005, les choses ainsi : « En Bolivie, le pouvoir sera bientôt entre les mains des cocaleros (cultivateurs de la feuille de coca) ». Calomnie, mépris de classe.

Pourquoi occulter, dénaturer ce qui se passe ainsi en Bolivie depuis des années ? C’est parce chaque bataille sociale de ce petit pays pauvre nous concerne : elle concerne la lutte contre la mondialisation libérale, pour des services publics, pour les retraites, l’eau, le gaz…

gerard filoche en 2003 (repris dans mon tome 2, a paraitre en mars 2020)

 

 

In Le Monde,

2003 : «La Bolivie change de président»

2005 : « Les cocaleros au pouvoir… »

 

Mais en fait, le mouvement social antilibéral bolivien est fantastique ! Il combat la mondialisation libérale. C’est un exemple et un espoir pour nous aussi en Europe.

 

 

« La Bolivie change de président » c’était le titre neutre en « une » du Monde fin octobre 2003 !   (« plus inodore, tu meurs… » nous l’avions dénoncé dans D&S n°109 octobre 2003 ) Ce jour-là, en 2003, l’armée bolivienne avait tiré à la mitrailleuse lourde contre une manifestation de paysans-  faisant autour de cent morts… Ce fut la cause  de la chute précipitée du président de grande coalition libérale droite-gauche, De Lozada obligé de partir se réfugier avec toute sa famille à Miami… laissant son second, Carlos Mesa essayer de privatiser à son tour, entre 2004-2005, les immenses ressources de gaz naturel récemment découvertes.

Résistant victorieusement en dépit de toutes les pressions, de tous les piéges, en trois ans de lutte sociale, le peuple bolivien a pris son avenir en main contre les multinationales Bechtel, Trade Development Agency, Repsol-YPF, British Gas, BP Amoco, Exxon, transnationales qui forment le groupe « Pacific LNG » mais aussi contre Suez, la Lyonnaise des eaux, Vivendi.

C’est un des rares triomphes dans le combat anti mondialisation libérale.

Carlos Mesa soutenu par le monde libéral entier, a perdu à son tour le 6 juin 2005.

Le 18 décembre 2005 la gauche, le « Mas », l’indien aymara Evo Morales, fait sans précédent, viennent de l’emporter nettement aux élections présidentielles… C’est  une révolution plus grande et plus forte que toutes les anciennes tentatives guérilleristes qui ont si longtemps ruiné l’avant-garde sociale de ce petit pays de 9 millions d’habitants.

Mais il y a peu de chances qu’on nous permette de comprendre, en France, ce qui se passe là-bas : aucun média ne semble prendre la voie de la réflexion sur ce qui se passe de commun au Vénézuela, en Equateur, en Argentine, au Chili, en Uruguay,  et en Bolivie…

Le «  Monde » du 25 décembre 2005, recommence 2003 et présente en 2005, les choses ainsi :

« En Bolivie, le pouvoir sera bientôt entre les mains des cocaleros

(cultivateurs de la feuille de coca) »

 

 

Pourquoi occulter, dénaturer ce qui se passe ainsi en Bolivie depuis des années ? On va le voir, ci-dessous, c’est parce chaque bataille sociale de ce petit pays pauvre nous concerne : elle concerne la lutte contre la mondialisation libérale, pour des services publics, pour les retraites, l’eau, le gaz…

 

Bolivie :

Superficie : 1 099 milliers de km2

Population : 8,5 millions (2001)

PNB : 8,1 mds de dollars (2001)

PNB/hab : 950 dollars (2001)

Croissance : 1,2 % (2001)

Budget. Education : 4,9 % du PNB

Service de la dette :  31,1 % des exportations

Mortalité  infantile : 60 pour mille naissances

Espérance de vie : 63,1 ans

Indice de Développement Humain : 114e rang mondial sur 173 pays

IPF : 55e rang mondial sur 173 pays

Budget Défense :  300 millions de dollars (2001)

Armée : 31 500 actifs

 

 

Encart  :

Le gaz vient d’être partiellement privatisé en France.  Ses prix ont augmenté de 4 % et il est envisagé jusqu’à 13 % de hausse et 6 000 emplois en moins pour complaire aux nouveaux actionnaires. Le coût du gaz et l’électricité augmenteront davantage au détriment des usagers français comme cela a été le cas, avec fraude spectaculaire aux fameux principes de la « concurrence » pour le téléphone. Les salariés d’Edf-Gdf se verront reprendre leurs acquis, leurs retraites, leur compagnie se lancera dans des spéculations, le service public régressera. Tout le monde le sait : mais les libéraux n’ont que faire de l’intérêt général, et ne sont guidés que par le profit maximum immédiat, sans plan, ni vision à long terme.

Voilà ce que les boliviens espèrent s’épargner, en contrôlant leurs ressources hydrocarbures, leur exploitation, en empêchant le pillage pour le compte des multinationales.

Ce combat là-bas est le notre !

 

 

Le trésor du gaz : privé ou public ?

 

La Bolivie, deux fois grande comme la France, était dirigée depuis toujours par une infime minorité blanche, secouée de coups d’état permanents, malmenée par vingt ans de dictatures brutales et  corrompues, et  autant de réformes néolibérales qui ont fermé les mines d’étain, ruiné les paysans, détruit retraites et systèmes sociaux, accru les inégalités. Deux tiers des Boliviens vivent sous le seuil de pauvreté, plus de la moitié des habitants n’ont pas accès à l’électricité, ni à l’eau.

Mais une découverte fabuleuse a tout changé depuis 1997 : d’immenses gisements de gaz naturel (deuxième en Amérique latine) ont été identifiés et peuvent faire sortir ce pays de l’ornière, à condition, bien sûr, d’être exploités dans l’intérêt collectif des boliviens. Les multinationales américaines, britanniques et françaises se sont ruées sur ces nouvelles ressources et ont entrepris de s’en emparer, déclenchant en retour un soulèvement populaire, profond, répété, conscient de l’importance de les conserver au service de tout le peuple…

C’est cette volonté populaire qui vient, en trois ans,  de gagner dans les rues puis dans les urnes, c’est un mouvement profond et mûr qui vient de loin (cf. chronologie ci-jointe)  : il a conduit de multiples combats pour défendre les mines d’étain, les retraites, l’économie mixte, les « guerres de l’eau », et maintenant les hydrocarbures, les deux « guerres du gaz »…

Il a résisté en 2003 à une sanglante répression, et depuis, il a chassé deux « présidents », gagné un référendum, et enfin la présidentielle. Ils savent dire « non » quand il faut, cela devrait plaire aux français !

La prochaine conquête – une vraie assemblée constituante – pourrait être décisive.

D’autant qu’une Bolivie rompant avec le modèle néolibéral disposerait d’atouts non négligeables en Amérique latine actuelle. Lula et Chávez ne cachent pas leur sympathie pour le Mas. Le Brésil – qui importe bonne part du gaz bolivien – et le Venezuela seraient des partenaires de choix pour développer ce secteur. Evo Morales, se rend vendredi 30 décembre 2005 à Cuba pour son premier voyage à l`étranger. De chez Fidel Castro, le futur président Morales se rendra ensuite dans plusieurs pays européens, notamment la France et l`Espagne.  Il ira ensuite en Afrique du Sud, où il rencontrera l`ancien président et prix Nobel de la paix Nelson Mandela.  A compter du 13 janvier, il se rendra aussi au Brésil, avant d’entrer en fonction le 22 janvier 2006.

La soif d’hydrocarbures des économies capitalistes peut les amener à composer avec le nouveau pouvoir d’Evo Morales dans le but de l’affaiblir, de le diviser, de la corrompre. Déjà les multinationales pilleuses annoncent plaintes et procès, sabotages aussi. Un boycott du type de celui subi par Cuba peut-il se produire ? L’exemple vénézuélien témoigne que ce n’est pas si facile : l’’or noir fait sert de boussole idéologique à la politique Bush. Mais de Quito à Santiago, Buenos Aires, Caracas, une ère nouvelle s’ouvre, menaçante pour les chefs Etats-uniens, et l’histoire a démontré qu’ils étaient capables de tout depuis très longtemps pour maintenir leur « ordre » en Amérique latine, coups d’état, assassinats, blocus, sabotages…

 

Evo Morales et Alvaro Garcia Linera, Felipe Quispe, le Mas et le Mip, Jaime Solares et la Cob  :

 

« Evo » Moralés est un Aymara des haut-plateaux andins, il a grandi parmi les indigènes quechuas et les petits Blancs du Chapare tropical, il est né à la lutte sociale parmi les paysans, déjà député. Il était déjà arrivé deuxième de la présidentielle de 2002 avec 21 % des voix. Il symbolise l’espoir de tous les laissés-pour-compte du pays. L’immense majorité est d’origine amérindienne et habite la campagne où les immenses banlieues des grandes villes, principalement dans l’ouest du pays. Ce sont eux qui ont chassé les présidents Gonzalo Sanchez de Lozada en octobre 2003 et Carlos Mesa en juin 2005. Au grand dam des 20 % de Boliviens qui se partagent la moitié du revenu national, regroupés, eux, au coeur de La Paz et dans les provinces de l’est (qui menacent artificiellement de sécession). Evo Morales, cultive les valeurs amérindiennes, tout en portant ses vieux t’-shirts du « Che » : on le dit radical, pragmatique, têtu, à l’écoute des masses, hostile à l’ingérence étasunienne et avec le Mas, il a bénéficié, du discrédit des partis traditionnels dont certains sont liés aux nôtres, en France.

Majoritaire au Parlement arbitre du deuxième tour, la droite est divisée. Déjà la coalition qui avait fait tirer à la mitrailleuse lourde sur les manifestations d’octobre 2003 rassemblait tout ce qui était haï et vient d’être chassé. Au point que l’ex-président « Tuto » Quiroga, battu le 18 décembre avait dû s’inventer un nouveau parti « Podemos » (« Nous pouvons ») pour faire oublier son appartenance à l’Action démocratique de… l’ex-dictateur Hugo Banzer. Troisième avec moins de 10 %, l’entrepreneur « centriste » Samuel Doria Medina a déjà assuré Evo Morales de son soutien (à double tranchant),au  vu de son avance en voix.

Même le commandant en chef de l’armée appelle les futurs députés à élire le vainqueur du premier tour ! L’amiral Marco Antonio Justiniano sait trop bien qu’un résultat contraire pourrait déboucher sur une grave crise sociale.  Face à un Parlement présumé hostile et aux velléités sécessionnistes des riches provinces de Santa Cruz et de Tarijá, la tâche d’un éventuel gouvernement du MAS ne sera donc pas aisée. Le Parlement  étant acquis à ses adversaires, Evo Morales ne peut, dans un premier temps, compter que sur la pression populaire. Morales dispose du soutien des organisations de base, syndicats et associations boliviens même si la direction de la Centrale ouvrière (COB), (mineurs), et le Mouvement indigène Pachakuti, dirigé par Felipe Quispe, sont des partenaires conflictifs face à l’hégémonie du MAS.

La COB, dirigée par Jaime Solares, est la plus radicalement engagée dans ce combat pour la nationalisation du gaz. C’est une réapparition de la COB au premier plan de la vie politique bolivienne dans les deux dernières années celle-ci semblant s’être remise de l’affaiblissement numérique qu’ont entraîné les réformes brutales de 1985. Un des éléments permettant d’analyser ce phénomène réside sans doute dans la nouveauté que constitue l’arrivée à la tête de la centrale d’une direction combative, d’autant plus émancipée des enjeux d’appareils politiques que la gauche « politique » n’a plus qu’une existence embryonnaire

En soutien aussi : la centrale syndicale de travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB), le Conseil national des ayllus et Margas (CONAMAQ), les centrales syndicales des peuples indigènes de l’est de la Bolivie, le Mouvement des sans-terre, l‘Assemblée du peuple Guarani, la Fédération des Juntas Vecinales de El Alto (FEJUVE), et des centaines de syndicats paysans de toute la Bolivie La fameuse Coordinadora del Agua de Cochabamba de la « guerre de l’eau », se dit prête,à faire bloc derrière un gouvernement du MAS. Le sociologue et ex-guérillero Alvaro García Linera qui figure sur le ticket présidentiel d’Evo Morales incarne un rapprochement avec les cercles progressistes urbains.

En fait, comme au Vénézuela, le « ménage » peut être fait : proposant de créer une nouvelle démocratie, par  la convocation d’une  Assemblée constituante, Evo Moralès et le Mas, et le « Mouvement indigène Pachacuti » (Mip) de Felipe Quispe peuvent rénover toute la vie politique bolivienne, redonner la place majoritaire qu’ils méritent aux amérindiens.  L’idée de la future assemblée constituante a été largement accepté lors de la crise de juin 2005. A l’instar d’Hugo Chávez lors de son premier mandat à la tête du Venezuela, Evo Morales espère y puiser la légitimité pour transformer en profondeur les institutions. Une « Révolution politique » ou une « décolonisation de l’Etat », selon les termes de l’intellectuel sociologue García Linera, vice-président d’Evo Morales.

 

Un programme pragmatique :

 

Théoricien du Mas, Garcia Linera se veut pragmatique : nationaliser les hydrocarbures comme l’ont exigé les citoyens l’an dernier par référendum. Avec les immenses profits escomptés – les exportations de gaz représentent 10 % du produit intérieur brut (PIB) bolivien – l’Etat renforcé devrait « articuler » les trois types de production coexistant en Bolivie, à savoir les économies communautaire, familiale et industrielle. Un équilibre en mouvement, que le sociologue appelle « capitalisme andin-amazonique ». Parmi les projets concrets, il est question de la création d’une banque des technologies, du développement du micro crédit, une loi de promotion des petites et moyennes entreprises (PME) et des coopératives, un plan de lutte contre la spéculation foncière et la titularisation des terres communautaires. Le ticket Morales-Linera propose aussi un système de sécurité sociale de santé, la légalisation et l’assainissement des quartiers périurbains (bidonvilles) et une réforme scolaire garantissant la gratuité, l’égalité de genre et la pluriculturalité.

Pour tout cela, le MAS mise sur les revenus des hydrocarbures et une fiscalité progressive, mais également sur un Etat frugal dans son fonctionnement. Déjà lourdement endettée, la Bolivie perdra les millions versés chaque année par Washington ainsi que les appuis du Fmi, de la Banque mondiale. Le système est tellement « pourri » internationalement (genre projet de constitution Giscard pour l’Europe) qu’il permet de multiplier les procès au nom de la « protection internationale des investissements ». C’est ainsi que les multinationales ont fait procès pour l’eau à Cochabamba et à El Alto. Il faudra aussi que l’Etat trouve les fonds pour développer les infrastructures gazières

Comme au Venezuela, la gauche pourrait aussi être victime de la fronde sans foi ni loi des élites économiques et technocratiques, promptes à saboter un gouvernement défavorable à leurs intérêts. A contrario, le mouvement social possède trop peu de cadres…

Enfin, la droite agité récemment l’hypothèque du séparatisme des riches provinces orientales. Après avoir profité durant des décennies des bénéfices miniers pour développer leur région, les élites de Santa Cruz et Tarija ne veulent plus entendre parler de solidarité nationale. Malgré l’appui croissant des indigènes guaranis à Evo Morales, les plaines de l’Est font figure de refuge pour les clans bourgeois hostiles.

Malgré ces périls, un changement en profondeur de la Bolivie est désormais possible. Le courant progressiste incarné par Evo Morales est fortement structuré, pacifique malgré la répression, s’appuyant sur une base aussi lucide politiquement que parfois incontrôlable, le mouvement social bolivien n’a pas jeté les transnationales Bechtel de Cochabamba et Suez d’El Alto ainsi que deux présidents en moins de cinq ans par hasard ! Ce n’est pas la vieille théorie finalement exangue, de la « lutte armée », ni celle du « foco » guevariste qui comptera mais la prochaine conquête – une vraie assemblée constituante – pourrait être décisive.

 

Gérard Filoche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre article :

 

(reprise actualisée de D&S n° 108 d’octobre 2003, vous savez la revue mensuelle, 14° année, qui ne parle pas que du droit social français)

 

Chronologie d’une longue lutte sociale :

 

De la destruction des mines d’étain aux champs de « coca » :

 

Le peuple bolivien sait depuis plus de vingt ans de quoi les libéraux sont capables.

Les entreprises publiques boliviennes ont été démantelées à partir de 1985, par le gouvernement de M. Victor Paz Estenssoro qui a promulgué le décret n° 21060, par lequel la Bolivie passait « d’une économie mixte de régime étatique à un néolibéralisme dur et orthodoxe ».  A la Corporation minière de Bolivie (Comibol), plus de 20 000 mineurs de l’étain ont été licenciés. Ils n’ont eu d’autre choix que de migrer vers le Chapare et opter pour la seule voie possible : la culture de la feuille de coca.

Les Usa ont alors entrepris d’interdire ces « cultures illicites » dans le Chapare vers la fin des années 1980.  Après avoir chassé les ouvriers de leur travail, ils traquaient les paysans qu’ils étaient devenus par la force des choses. Le président de cette époque, Jaime Paz Zamora (1989-1993) refusa de pénaliser la fameuse « coca ». Revendiquant une compréhension historique et souveraine du problème, il organisa la « diplomatie de la coca », sous le slogan « la coca n’est pas la cocaïne ». Cela lui valut d’être durement attaqué par l’ambassade Us. Plusieurs des dirigeants de son parti, le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), furent traînés en justice. L’un d’eux, M. Oscar Eid, passa quatre ans en prison pour des liens supposés avec le « narco-trafic », et Paz Zamora lui-même se vit retirer son visa pour les Etats-Unis.

 

Privatisation des retraites :

 

Pendant toutes les années 1990, l’ambassade Us organisa des plans divers et variés d’éradication de la coca, auxquels seuls les paysans résistèrent. Le plan  » Dignité  » dicté par les États-Unis, en 1997, réduisit les plantations de coca de 48 000 à 14 000 hectares, soit un manque à gagner pour le pays de 500 millions de dollars au détriment des «cocaleros», qui sont pour la majorité des anciens mineurs reconvertis par nécessité.

Rien n’a remplacé leur unique source de revenu, dans une campagne où 80 % de la population est sous le seuil de pauvreté.

Le déficit budgétaire, qui était cantonné à 1,9 % du Pib en 1996, devrait atteindre 9,5 % en 2003. Le ralentissement économique qui a frappé toute l’Amérique latine a alors été fatal : les exportations boliviennes, constituées exclusivement de matières premières (soja, zinc, or, plomb, bois et sucre) dépendent des cours mondiaux. Les dévaluations du peso argentin et du réal Brésilien ont ré apprécié artificiellement le boliviano, et diminué d’autant les exportations.

Comme en Argentine, et comme les libéraux l’exigent partout, les retraites ont alors été privatisées. Le basculement d’un système de retraites par répartition à la capitalisation a été catastrophique : le Trésor public n’a plus perçu les cotisations des salariés, reversées brutalement à des fonds privés, mais il a été obligé de continuer à payer les pensions issues du régime antérieur. Résultat: le poids des retraites dans le produit intérieur brut est passé de 3,4 % à 5,1 % en 2003 ! Échec là aussi des fonds de pension !

À la différence des années 1990, le gouvernement ne peut plus compter sur les recettes des privatisations – tout a été vendu – pour se financer. Cette asphyxie financière a poussé l’État, au mépris des résistances populaires, à accélérer le projet d’exportation des nouvelles nappes de gaz naturel qui venait d’être découvertes via le Chili plutôt que par le Pérou sous contrôle de la multinationale Bechtel (liée au vice président états-uniens Dick Cheney)

Le libéralisme n’a fait que ruiner la Bolivie, paysans, employés et ouvriers l’ont appris à leurs dépens et y résistèrent… C’est au travers de cette résistance émergea la figure de M. Evo Morales, dirigeant du Mas (Mouvement vers le socialisme).

 

La « guerre de l’eau » :


Un important épisode de la résistance antilibérale a été la « guerre de l’eau » comme l’ont appelé les médias, et à laquelle ont participé les  habitants de La Paz et de Cochabamba. En avril 2000, les habitants de Cochabamba, regroupés dans la Coordination de l’eau, s’étaient soulevés contre l’entreprise Aguas del Tunari (filiale de la transnationale Betchel), qui gérait depuis 1999 l’eau potable de Cochabamba et y appliquait un tarif usuraire. Dans une ville où le salaire minimum est moins de 100 $ par mois, la facture d’eau mensuelle s’élevait à 20 $ ! Il y eut de violentes manifestations dans les rues. Le gouvernement envoya les troupes et fit un mort, mais le peuple de Cochabamba finit par imposer sa volonté et gagna la reprise en main de la compagnie d’eau (dettes comprises).

Mais après la rupture du contrat le 10 avril 2000, Bechtel a demandé au CIRDI, une des annexes de la Banque Mondiale, de lui accorder un dédommagement de 25 millions de dollars pour son manque à gagner potentiel. Ce que seule une mobilisation internationale a permis de justesse d’éviter.

A La Paz, l’eau est alors passée dans les mains de la Lyonnaise des Eaux et il en était résulté une nouvelle flambée des prix de 2 à 12 bolivianos le mètre cube, une détérioration du service, les règles minimales d’hygiène ont encore moins été respectées : réduction de personnels, maintenance limitée, le quartier populaire d’Alto Lima n’était presque plus desservi. C’était devenu un luxe, vu le coût de l’installation (augmenté de 50 %) d’avoir de l’eau à El Alto. Le Pdg français, Arnaud Bazire osait se plaindre des « mauvais consommateurs » qui ne payaient pas ! « Ils nous parlaient de nouveaux équipements, ils ont juste repeint les tuyaux en blanc » disait un des ouvriers d’entretien de l’époque. A Tucuman en Argentine, c’était Vivendi qui avait augmenté les tarifs de 104 %, avant d’être contraint de quitter la province par la population. (d’après Le Monde diplomatique, Franck Poupeau, mai 2002)

 

Naissance d’une nouvelle gauche :

 

Des organisations composées principalement de syndicats paysans, de la Coordination de l’eau, d’organisations non gouvernementales et de « sans-terre » ont réussi à faire reculer, à plus d’une occasion, les mesures du néolibéralisme orthodoxe.

Un leader aymara Felipe Quispe, au début des années1990, avait pris la tête de l’Armée de guerilla Tupac Katari (EGTK), dans l’Altiplano : en 1992, ses principaux dirigeants furent jetés en prison. Félipe Quispe a lui-même passé cinq années dans un centre de haute sécurité, mais, peu après sa sortie, il fut élu secrétaire exécutif de la Confédération syndicale unique des travailleurs de la terre de Bolivie (CSUTB). Il fonda, en 2001, le Mouvement indigène Pachacuti (MIP), à la tête duquel il a participé aux élections de juin 2002 avec le Mas d’Evo Morales (Le Monde diplomatique, Walter Chavez, mai 2003)

C’est cela, la nouvelle gauche bolivienne : ce ne sont plus des intellectuels des classes moyennes ou supérieures érigés en « guides » ou « guérillas » mais des chefs paysans et indigènes qui défendent eux-mêmes leur territoire et leurs cultures ancestrales. À la différence des mouvements de guérilla « intellectuels » et « extérieurs » des années 1960 et 1970, ils revendiquent de participer activement à la vie démocratique : ils ont une plus grande capacité de rassemblement, formulent des revendications pour la société tout entière : baisse des prix, préservation des ressources naturelles, inversion des processus de privatisation.

Aux élections du 30 juin 2002, un avertissement sévère fut lancé aux politiciens corrompus : Gonzalo Sanchez de Lozada n’avait été élu qu’avec 22 % des voix. Le « Mouvement vers le socialisme » (Mas) d’Evo Morales, et le « Mouvement indigène Pachacuti » (Mip) de Felipe Quispe avaient respectivement obtenu 20, 9 % et 6 % (en fait la majorité relative) des voix faisant entrer, pour la première fois, 41 députés indiens et paysans, au Parlement où il a fallu – enfin – reconnaître les langues indiennes – l’aymara (2,5 millions d’indiens le parlent), le quechua et le guarani.

Tous les frères ennemis de la classe politique traditionnelle n’avaient pas hésité à constituer un seul bloc composé du MNR, du MIR, (la « gauche » ! Les socialistes… ) de l’Union civique solidarité (UCS) et du Mouvement Bolivie libre (MBL) soumis aux diktats du Fonds monétaire international pour barrer la route à cette nouvelle gauche du Mas et du Mip. Evo Morales (Mas) aurait pu être élu sans cette coalition menée par un parti membre de l’Internationale Socialiste corrompu jusqu’à la moelle (tout comme son jumeau vénézuélien).

C’est ce « bloc » qui avait mis en place le futur assassin Gonzalez Sanchez de Lozada lequel devait gouverner jusqu’en 2007 s’il n’avait pas mitraillé son peuple avant de s’enfuir vivre mieux en Floride…

 

Les libéraux et sociaux-libéraux à la mitrailleuse lourde :

 

Le dimanche 12 octobre 2003, l’armée a tué les gens descendus des hauts de La Paz, comme des chiens… Toute la journée, le « blco » autour de Lozada a fait tirer sans sommation sur tout ce qui bougeait, sur des jeunes jouant au foot comme sur ceux qui manifestaient. Avec des chars et des mitrailleuses lourdes.

65 ou 94 morts selon les sources, des centaines de blessés qui valurent 20 secondes au JT en France. Personne ne s’indigna dans le Monde, ni aux Usa, ni en Europe.

Au nom de l’Union européenne le jeudi 16 octobre, le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini s’était contenté d’appeler « toutes les parties à arrêter la violence » renvoyant dos-à-dos massacreurs et victimes.

Le Quai d’Orsay déclarait encore le 17 octobre, alors que les fusillades étaient quotidiennes : « La France, avec l’ensemble de ses partenaires européens, réaffirme son soutien au gouvernement bolivien, démocratiquement désigné, dans ses efforts pour trouver une solution pacifique et constitutionnelle à la crise actuelle. »

Pourquoi ce gouvernement « pacifique et constitutionnel » massacrait-il ?

Il fallait lire entre les lignes ds rares articles internationaux pour le savoir : parce que les libéraux boliviens voulaient privatiser le gaz.

La Bolivie, 114 ° rang mondial dans l’indice de développement humain, 8,7 millions d’habitants, s’étant soudainement révélée la 2° réserve de gaz en Amérique latine, après le Venezuela, les dirigeants voulaient passer par le Chili (ce qui semblait plus coûteux que par le Pérou) pour écouler leur larcin vers les Usa.

La majorité des Boliviens refusaient que les recettes du gaz aillent aux groupes pétroliers sans bénéficier à la population déshéritée touchée à 12 % par le chômage. Des manoeuvres douteuses avaient été démasquées, en cette période, quand le gouvernement avait demandé à l’entreprise Intec de procéder à une étude « impartiale » sur les conditions permettant à la Bolivie d’exporter ce gaz en Californie. Des chercheurs indépendants avaient découvert qu’Intec, financée à hauteur de 386 000 dollars par l’agence américaine Trade Development Agency était non seulement associée à la multinationale Bechtel, mais avait également des liens avec Repsol-YPF, British Gas et BP Amoco, transnationales du groupe « Pacific LNG ». (D’après Walter Chavez, Le Monde diplomatique)

Bechtel était la même compagnie choisie pour la privatisation catastrophique de l’eau de la province de Cochabamba en 1999. Son chiffre d’affaire d’environ 13 milliards de dollars dépasse le PIB de la Bolivie (8 milliards de dollars). Cette même compagnie, en cour à Washington, au sein de laquelle on retrouve Georges Schultz, l’ancien secrétaire d’état de Ronald Reagan, a bénéficié du premier contrat de 680 millions de dollars pour la reconstruction de l’Irak.

Son économie étant pillée par ce genre de multinationale, la croissance bolivienne entre 1995 et 2003 avait été ramenée d’un taux de 5 % à 1 %.

75 % des 8,7 millions de Boliviens vivaient dans une très grande pauvreté. Les 20 % les plus riches -essentiellement les Blancs et les métis – accaparaient 54 % de la richesse nationale tandis que les 20 % les plus pauvres n’avaient que 4 % de cette richesse à se partager. Le peuple, dés 2003, a donc manifesté à La Paz, Cochabamba, Santa Cruz, Patacamaya. « Le gaz nous appartient de droit, le récupérer et l’industrialiser est un devoir », scandaient les manifestants…

Washington a alors déclaré que « les Usa ne reconnaîtraient pas un gouvernement issu de la rue ».

On a déjà entendu cela. C’est toujours le même refrain.

 

Les deux  « guerres du gaz » :

 

Alors, le peuple est entré en révolution. Oui, ça arrive encore. Il y a des fois où le peuple fait des révolutions, ce n’est pas un gros mot. Le président Sanchez de Lozada a donc fait tirer de sang froid à la mitrailleuse lourde du 12 au 15 octobre.

Mardi 14 octobre 2003, la grève s’est généralisée à d’autres villes que La Paz, notamment Oruro, Potosi et Cochabamba. Le lendemain, elle s’étendait au reste du pays. Deux colonnes d’environ 10 000 ouvriers et paysans, à l’appel de la COB (centrale ouvrière bolivienne), s’étaient mises en marche en direction de La Paz. Plus de 50 000 personnes sont descendues dans les rues pour réclamer la démission du fusilleur Sanchez de Losada. Des barricades ont été dressées. Cinq wagons ont été renversés. Les transports ont été paralysés par des barrages routiers.

De Lozada a réprimé encore et encore : il a même accusé sur Cnn, les manifestants d’être des « terroristes » qui voulaient installer une « narco-dictature ». Les Usa ont osé saluer son « attachement à la démocratie ». Jusqu’au bout l’ambassade Us et l’Europe ont soutenu le fusilleur.

Puis De Lozada a pris peur, s’est enfui lâchement en hélicoptère avec sa famille à Miami, laissant une lettre de démission. Le vice-président Carlos Mesa lui a succèdé.

Mais après Lozada, ce vice-président Carlos Mesa, qui a pris la place le 17 octobre 2003, et devait gouverner jusqu’au 6 aout 2007, n’a eu de cesse de continuer à forcer la main au peuple pour privatiser le gaz. Il a annoncé un referendum mais en essayant de « pipoter » la question pour que les multinationales gardent le contrôle du gaz quel qu’en soit le résultat. Il a également promis une assemblée constituante et annoncé des élections rapprochées, mais tout fait pour en différer la date… De début 2004 à juin 2005, intrigues et coups fourrés n’y purent rien…

 

 

Le 18 juillet 2004, le référendum fut organisé dans lequel plus de 70 % de Boliviens se prononcèrent en faveur de la récupération de la propriété des hydrocarbures. Au cours de l’élaboration de la nouvelle loi des hydrocarbures, qui fut approuvée finalement en mai 2005, les partis traditionnels (MNR, MIR, ADN) qui administraient le pays à l’époque de l’imposition du modèle néo-libéral et qui représentaient la majorité au Congrès, imposèrent une norme trahissant l’esprit du referendum, et qui, si elle augmentait les impôts et les royalties jusqu’à 50 %, ne récupérait pas substantiellement la propriété des hydrocarbures.

Le MAS et la CSUTCB-Loayza décident d’appeler à une marche contre la loi. Partie le 16 mai de Caracollo, et arrivée à La Paz le 27, cette initiative va en fait symboliser la radicalisation de la mobilisation en faveur de la nationalisation.

Plus de 40 000 paysans et indigènes répondent à l’appel de ces organisations. Ce succès prouvant la capacité du MAS à rassembler est pourtant mis en cause par certains syndicats de mineurs qui entreprennent de bloquer cette marche, reprochant aux fidèles de Morales de ne pas soutenir la nationalisation. Parallèlement, la situation se radicalise dans l’ensemble du pays, principalement dans l’Ouest andin, puisque dans la plupart des grandes villes telles que La Paz, Oruro, Potosi, Cochabamba et Sucre, ont lieu des grèves générales illimitées à l’appel des Centrales ouvrières départementales (CODs), se joignant ainsi aux militants d’El Alto.

Cette vague de radicalisation n’est pas sans effet sur les militants du MAS, qui, lors de l’assemblée générale tenue dans le centre de La Paz, à la fin de la marche, finissent par exiger eux-mêmes de leur direction la nationalisation des hydrocarbures, obligeant celle-ci à une unité de fait avec le reste de la gauche bolivienne. Dès lors, avec le basculement du MAS, la pression monte d’un cran, et le 31 mai, les mouvements sociaux de La Paz et El Alto encerclent la place Murillo, qui abrite les principales institutions de la République bolivienne, en dénonçant l’illégitimité du Congrès. Celui-ci ne fonctionne plus. Les parlementaires, effrayés par les mobilisations, ne veulent plus siéger à La Paz.

Divisé par la loi sur les hydrocarbures, et alors même que la tension sociale est à son comble à ce sujet, le parlement devait également trancher une autre question sur laquelle tout consensus paraît impossible : l’accord sur les dates de convocation de l’Assemblée constituante et du référendum sur les autonomies. Voulant faire preuve d’efficacité alors que le Congrès est en sommeil, Mesa prend l’initiative, le 2 juin, de promulguer un décret arrêtant au 16 octobre 2005 la date des deux.

La gauche dans son ensemble considère que les autonomies doivent être discutées au sein de la future constituante, sans quoi celle-ci n’a que peu de raisons d’être. Pour la droite de Santa Cruz, les craintes d’une mise à mal de ses intérêts liés au gaz sont confirmées, ce qui scelle sa rupture avec le président. Gauche comme droite exigent la démission de Carlos Mesa, qui finit par mettre un terme à son mandat le 6 juin.

Après un an et sept mois passés au gouvernement, de nombreuses manœuvres et faux départ, Carlos Mesa démissionna définitivement de la présidence de la Bolivie. « Je demande pardon à la patrie, de ne pas l’avoir gouvernée comme il fallait », a-t-il déclaré dans la nuit du lundi 6 juin 2005.

Des élections s’imposaient, elles viennent de donner la majorité attendue par et pour le peuple.

Pour la presse française, il s’agit deux fois d’un simple « changement de président », une histoire lointaine dans un pays pauvre. Où pousse de la « coca ».

 

Gérard Filoche

 

 

 

 

Projet Encart D&S 131:

 

Ca bouge beaucoup en Amérique latine

 

C’est le quatrième président latino-américain poussé dehors sous la pression de la rue depuis 1997. Les effets de la mondialisation libérale n’ont pas l’air de plaire aux peuples d’Amérique du Sud qui viennent d’élire « Lula » au Brésil et défendent Hugo Chavez au Venezuela.

L’Argentin Fernando de la Rua en 2001, le Péruvien Alberto Fujimori en 2000 et l’Equatorien Abdala Bucaram en 1997 sont ses trois prédécesseurs, écartés de leurs fauteuils par des crises économiques et sociales.

En Argentine, le président de la Rua avait présenté sa démission le 20 décembre 2001 après une semaine d’agitation sociale sévèrement réprimée avec un bilan de 27 morts, de centaines de blessés et milliers de personnes emprisonnées.

Des journées d’extrême violence avaient précédé son départ avec des pillages de supermarchés des banlieues pauvres et d’impressionnantes manifestations au son de casseroles pour protester contre la récession qui durait depuis 43 mois plaçant le pays au bord de la cessation de paiements.

La crise politique qui précipita la chute du président péruvien Fujimori le 19 novembre 2000 avait démarré trois mois plus tôt avec la révélation de cassettes vidéo montrant son bras droit le chef des services secrets Vladimiro Montesinos, en train de corrompre un député.

M. Fujimori quitta le Pérou pour participer officiellement au Forum de coopération économique Asie Pacifique (APEC) au Brunei et devait se rendre au Panama au dixième sommet ibéro-américain. Mais le président élu seulement depuis un an pour un troisième mandat préféra se réfugier au Japon, pays d’origine de ses parents, d’où il annonça sa démission par fax avant d’obtenir la nationalité nippone.

Abdala Bucaram, qui avait accédé au pouvoir en Equateur le 10 août 1996, a été destitué en février suivant par le congrès après avoir été déclaré dans l’incapacité mentale de gouverner. Il était très impopulaire pour avoir mis en place des impôts très élevés sur des services et biens essentiels.

Enfin, au Chili, le monstrueux Pinochet est promis, pour ses nombreux crimes, à un procès tardif et sans cesse remis, tandis qu’une candidate socialiste est en passe de l’emporter…