Mon intervention au BN du PS lundi 4 septembre

 

Bonsoir,

 

Ces « ordonnances anti travail », sont pires que tout ce qui était prévu. Les « Macron » se lâchent. Ils mentent. Ils liquident.

 

Il n’y a que des « lignes rouges ». Il n’y a pas de lignes dedans qui ne soit pas « rouges ». Ce sont les ordonnances en bloc qu’il faut rejeter, et y opposer une reconstruction du droit du travail. On doit expliquer, mobiliser, pour les combattre.

 

Aucune force sociale dans le pays ne demandait cela, à part le Medef. Même les recommandations de l’Union Européenne concernant la France du 27 mai 2017 n’allaient pas aussi loin, n’en demandaient pas tant. Ca se passe comme s’ils voulaient faire mieux que Schröder et Thatcher et pousser jusqu’au bout la logique de la loi El Khomri. Et cela met en cause des principes fondamentaux, des droits constitutionnels, et quantité de droits élémentaires démocratiques, syndicaux, salariaux, et vitaux pour des millions de salariés.

D’abord les principes fondateurs du droit du travail sont détruits. Le droit du travail n’est pas un droit des entreprises. Ils en font un droit des entreprises. Le droit du travail est né, conçu développé pour permettre aux humains qui travaillent de résister aux exigences des entreprises, pas de leur faciliter l’exploitation des femmes et des hommes.   Le droit du travail est un droit universel, attaché aux humains quelque soit la taille de l’entreprise, des métiers, des branches, des secteurs. L’OIT est là pour un droit universel par dessus les frontières, les industries, les services. Il s’agit même de faire du droit du travail une composante fondamentale et imprescriptible du droit de la concurrence. Ce n’est pas un droit boutique par boutique ni entreprise par entreprise. Il protège les humains des exigences de la compétitivité, de la productivité, de la souffrance au travail. Il organise la santé, la sécurité, l’hygiène, et les conditions de travail de façon protectrice et digne. Voilà ce qu’ils cassent.

Les entreprises doivent être soumises aux humains et non pas les humains aux entreprises.

Là ils font fort : ils suppriment tout droit représentatif (DP, DS, CHSCT, mandatés) dans les entreprises de moins de 50 salariés ! Or cela représente 50 % des salariés, 8,5 millions, et 97 % des entreprises existantes. C’est contraire à la constitution française qui dit que « les salariés s’expriment par l’intermédiaire de leurs délégués et participent ainsi à la gestion des entreprises ». Rien à voir avec le dialogue social seulement avec le renforcement du pouvoir patronal. Rien à voir avec l’intérêt des dites entreprises, car cela les place encore plus sous l’autorité et exigences de leurs donneurs d’ordre.

 

Ils suppriment les CHSCT  pire que la loi Rebsamen : c’est criminel au moment ou les accidents mortels du travail augmentent, et ou il y a 4500 handicapés du travail par an. Pas une seule fois, il ne parlent de santé, sécurité, hygiène et condition de travail ni de maladies professionnelles et de leurs préventions et réparations, alors qu’elles sont en plein accroissement.

La fusion des CE-DP-CHSCT va nuire au fonctionnement de chaque droit, des personnels, des collectivités économiques, des réunions de prévention avec médecin du travail et inspection.

 

De la même façon qu’ils suppriment les juges pour les remplacer par un barème-plafond, ce qui devrait être aussi anticonstitutionnel. Ne pas croire a la hausse des indemnités de licenciement : c’est + 5 % et entre 2 et 10 ans. Ca fait bien peu en proportion pour un salarié qui a 25c ou 35 ans d’ancienneté.

 

Les branches perdent le pouvoir essentiel de lutter contre le dumping social : les éléments de rémunération seront fixés au niveau des entreprises : primes diverses, primes de nuit et de dimanche, 13 ° ou 14° mois, primes d’ancienneté, heures supplémentaires et il en reste encore, donc le dumping social est devenu roi.

 

Les branches auront le sale boulot de faire les CDI de chantier, de mission, de projet. C’est à la fois la mort du CDI et du CDD ! Un CDD sans durée déterminée, au bon vouloir du patron, les loueurs de bras, journaliers tacherons, reviennent d’actualité.  Tout le monde VTC ou Deliveroo… le CD… sans D de tâcheron s’arrête quand veut le patron, pas d’IPE, pas de licenciement.

 

Les multinationales vont s’en donner à cœur joie, elles n’ont plus de comptes à rendre pour licencier des lorsqu’elles estiment que leur activité en France n’est pas assez rentable. La loi est faite pour le patron de Whirpool.

 

Les informations données aux CE sont ramenées à zéro pire que l’ANI et la loi Sapin. Ils inventent, ce qui est inouï, la « rupture conventionnelle collective », c’est la fin de tout plan social, de toute obligation de reclassement, de toute cause au licenciement collectif,  tout est négociable hors la loi en échange d’argent et dés lors que le chantage est assez fort pour contraindre les salariés à l’accepter collectivement.

 

Le « droit à l’erreur » est accordé aux patrons y compris dans la lettre de licenciement. Il suffira de dire « je me suis trompé » devant le juge, et la cause du licenciement sera modifiée, tandis que le salarié, lui, sera soumis des constitution de son dossier, a viser les motifs « mouvants » de l’employeur. C’en est fini de la convention 158 de l’OIT que nous avons signé et qui instaure 5 droits du licenciement : 1) être informé par écrit 2) qu’il soit motivé 3) qu’on puisse s’en défendre 4 ) qu’on puisse faire recours  5) qu’on puisse être « réparé ». On va vers le licenciement sans motif rêvé par le Medef. Cela devrait être anticonstitutionnel. Tout comme cet article de la loi Macron du 8 aout 2015 qui protégeait les résidences principales des patrons en cas de faillite (pas celle des salariés en cas de licenciement).

 

On peut prendre le barème des prud’hommes, les conditions de contournement des syndicats, la suppression de l’état de droit dans les entreprises, tout cela est à rejeter en bloc. Nous sommes les défenseurs des salariés contre l’exploitation que cela va signifier. Cela va aggraver les licenciements sans motif réel et sérieux, donc le chômage. L’Insee l’avait bien dit,  en juin 2017, sur une vaste enquête, 10 000 employeurs interrogés, 82 % disent qu’il n’y a pas de rapport entre le code du travail et l’embauche.

 

De toute façon Macron l’avait bien dit « - Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants ». Maintenant ils osent parler de « destruction créatrice », ils vont liquider les emplois, affaiblir nos industries, nos services,  pour courir vers leurs chimères de faire vivre la France entière comme une start up.

 

Nous socialistes, sommes dans le camp des salariés, 90 % des actifs et c’est le moment de le dire en dénonçant et en combattant de toutes nos forces ces ordonnances.  Nous voulons reconstruire un droit du travail. Nous sommes partie prenante des mobilisations et des luttes qui visent à mettre en échec ces ordonnances. Donc nous appelons, pour commencer, à la première occasion, à la manifestation syndicale du 12 septembre. Elle est unitaire, car il y a la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNEF. Et depuis quelques minutes, il y a sans doute à nouveau Force ouvrière qui a voté par 28 voix contre 5 semble t il la non-approbation des conclusions de Jean-Claude Mailly. (Il y avait déjà 25 UD de FO qui appelaient déjà à manifester le 12). Donc JC Cambadelis avait raison à l’instant quand il prônait avec insistance l’unité ; l’unité se fait et en appelant le 12 septembre, notre parti y contribue donc.  Il faut le faire, il faut appeler, il faut soutenir, il faut l’unité pour repousser tous ensemble les ordonnances Macron.

 

 

le BN du PS  commencé à 18 h et il a terminé à 21 h 30. Il a penché majoritairement pour soutenir, appeler a toutes les manifestations syndicales unitaires et initiatives contre les ordonnances Macron. Il publiera un tract national pour dénoncer ces ordonnances

 

dans cette décoration de la salle du Bn, ils ont mis tout… sauf « code du travail »

 

 

ITV CCAS : Gérard Filoche : « Ne me parlez pas de loi travail, c’est une loi dividendes »

Gérard Filoche © Joseph Marando / CCAS 

Inversion des normes, négociations d’entreprise, fin du CDI, régimes spéciaux, financement de la protection sociale… L’ancien inspecteur du travail décrypte la « réforme » du droit du travail.

 

Quel est selon vous l’esprit de la nouvelle loi travail que souhaite imposer le gouvernement ?

Ces ordonnances concernant le droit du travail visent à faire travailler plus les salariés, pour moins cher, à augmenter les marges des entreprises et à faciliter les licenciements. Elles vont affaiblir l’état de droit au sein des entreprises, ce que l’on appelle l’ordre public social, et à soumettre les salariés aux desiderata de leurs employeurs dans les entreprises quelles que soient leurs tailles, et ce au détriment de la branche et de la loi.

Il faut rappeler que le contrat de travail implique un rapport de subordination juridique permanent entre le salarié et celui qui l’emploie. Le code du travail est la contrepartie de cette subordination, il relève des droits de l’homme et de la femme au travail. Il s’agit d’un droit universel qui ne peut être morcelé « boutique par boutique ». À l’origine, le droit du travail a pour vocation de s’opposer aux appétits démesurés des patrons d’entreprise. En 1906, lors de la catastrophe de Courrières, quand un coup de grisou a fait 1 099 morts dans une mine de charbon, le patron a refusé de faire rechercher les survivants et a ordonné la reprise du travail dès le lendemain. Or quelques jours plus tard, une dizaine de rescapés seront retrouvés. À ce moment, l’indignation est telle que le ministère du Travail est créé, séparé du ministère de l’Économie, afin de résister à des patrons de ce type. Le code du travail naît en 1910, il est donc une résistance légale, morale, juridique, politique, humaine à ce qu’exigent les entreprises.

Quand François Hollande a déclaré : « Nous allons adapter le droit du travail aux besoins des entreprises », il a lancé une contre-révolution, puisque que cela faisait plus d’un siècle que l’on adaptait les droits des entreprises aux droits des humains.

Quid de l’inversion de la hiérarchie des normes ?

Le mieux est de vous donner un exemple. Quand j’étais inspecteur du travail, j’ai eu l’occasion de côtoyer trois entreprises de la branche de l’habillement, dans mon secteur du 3e arrondissement parisien. La première, située rue Saint-Martin, employait 40 salariés, essentiellement des femmes, qui travaillaient en batterie, dix par rangée avec une contremaître sur une estrade pour les surveiller, elles n’avaient pas le droit de parler, pour faire pipi il leur fallait lever le doigt, et il n’y avait ni syndicat ni délégué du personnel. Quand, après le passage de la loi El Khomri, la négociation a remplacé la loi pour la fixation du taux de majoration des heures supplémentaires, le patron est monté sur l’estrade et a annoncé aux ouvrières : « Le taux de majoration des heures supplémentaires va passer de + 25 % à + 10 %. Y a-t-il quelqu’un qui est contre ? » Toutes les filles ont baissé la tête et aucune n’a moufté. Dans leur tête, elles faisaient le calcul : combien allaient-elles perdre ou plutôt combien d’heures en plus allaient-elles devoir faire pour garder le même salaire ? Le patron n’a plus alors eu qu’à rédiger un papier pour la Direccte sur lequel il indiquait qu’après négociation la majoration des heures supplémentaires dans son entreprise passait de 25 % à 10 %. Voici ce que signifie concrètement le renversement de la hiérarchie des normes.

Dans la deuxième entreprise, rue Meslay, le patron était beaucoup plus sympa, il décide de maintenir la majoration des heures supplémentaires à 25 % même s’il pouvait la baisser. Hélas, son banquier n’était pas d’accord, il lui a dit que son taux de marge était trop faible et que son voisin faisait une meilleure marge que lui, et qu’il ne pourra lui fournir de la trésorerie que s’il s’aide lui-même, c’est-à-dire s’il baisse la rémunération des heures supplémentaires… Avant la loi El Khomri, le patron pouvait répondre au banquier : « Je ne peux pas, la loi me l’interdit. » Maintenant ce n’est plus le cas, donc le patron est obligé d’expliquer à ses salariés que s’il ne baisse pas leur rémunération, l’entreprise va fermer car le banquier ne l’aidera pas à franchir un cap difficile.

Gérard Filoche © Joseph Marando / CCAS 

Reste la troisième entreprise, située rue Notre-Dame-de-Nazareth. Dans ce cas, c’est simple, il y a 15 salariés et le patron est un voyou, il prend des gens qu’il paie très mal, et ne s’intéresse même pas à la loi, comme beaucoup de dirigeants d’entreprises de cette taille et de ce secteur. Là c’est le comptable qui va venir voir le patron en lui signalant que les nouvelles dispositions prévoient que les heures supplémentaires peuvent être majorées ou compensées. Ils discutent tous les deux et conviennent qu’en compensation des heures supplémentaires les ouvriers recevront deux blousons (fabriqués par l’entreprise) à la fin du mois. Cet exemple montre comment l’absence de loi permet le dumping social entre entreprises voisines !

Les syndicats ne peuvent-ils pas contrer cet écueil ?

Seulement 3 % des entreprises en France ont plus de 50 salariés. Donc, ce que je viens de décrire s’appliquera dans 97 % des entreprises. Pour les 3 % d’entreprises ayant plus de 50 salariés et donc la possibilité d’avoir un délégué syndical, voire un CE et un CHSCT (une instance menacée de disparition par les ordonnances Macron), eh bien, il y a plus de la moitié qui n’ont pas de délégués syndicaux. Donc il ne reste que 1 à 1,5 % d’entreprises concernées par votre question.

Dans ces grandes entreprises, il y a en général plusieurs syndicats, donc le patron peut encourager la division syndicale et puisqu’il n’est plus encadré par la loi, il peut tenter de convaincre l’un des syndicats dont il est proche, même s’il n’est pas majoritaire, et tenter de faire valider ensuite l’ »accord » par un référendum d’entreprise. Et même si théoriquement cet accord ne devrait pas obtenir de majorité, eh bien, dans la réalité, c’est plus compliqué : contrairement aux élections syndicales qui se déroulent en deux tours et nécessitent un quorum de 50 %, il n’en est rien pour le référendum. Il suffit d’organiser ce dernier à un moment où les salariés sont peu enclins à se déplacer et le résultat de la consultation sera validé, même si seulement 10 % des salariés ont voté !

Gérard Filoche © Joseph Marando / CCAS 

La suppression des cotisations sociales va faire apparaître une augmentation du salaire net

C’est une véritable contre-révolution sociale par rapport au système né du Conseil national de la Résistance. Il s’agit du plus grand hold-up de ce siècle visant la protection sociale qui, en France, est liée au contrat de travail et donc au salaire. Dans notre pays comme en Allemagne nous sommes régis par ce système bismarckien, qui s’oppose à celui de Beveridge, en vigueur dans les pays anglo-saxons, qui fait porter le financement de la protection sociale uniquement sur l’impôt et offre une couverture beaucoup plus faible.

Quand on a voulu abolir l’esclavage, l’argument qui a convaincu les propriétaires terriens a été le suivant : « Les esclaves coûtent cher : vous devez les nourrir et les loger quand ils sont bébé et qu’ils ne travaillent pas encore, quand ils sont malades, quand ils sont vieux…  alors que si vous en faites des salariés, vous les payerez à la tâche et ils se débrouilleront avec l’argent que vous leur donnerez ! »

Aujourd’hui, les nouveaux « tâcherons » sont ceux qui travaillent pour Uber, les auto-entrepreneurs qui travaillent pour les plateformes, etc. Le but de ce qui se prépare pour janvier 2018, c’est de supprimer le salaire brut, c’est-à-dire toute la protection sociale qui sert à combler les aléas de la vie et qui a été conquise par les salariés depuis l’abolition de l’esclavage. Les gens ne se rendent pas compte de ce qu’ils sont en train de perdre. Ils ne voient que les quelques dizaines d’euros supplémentaires qui vont s’afficher au bas de leur fiche de paie alors que d’un autre côté on leur supprime des centaines d’euros de salaire différé. De plus, avec le financement par l’impôt (CSG), le patronat, les rentiers, la banque, les actionnaires ne paieront plus la protection sociale en même temps que le salaire comme c’était le cas en France depuis 1945… Et ce qu’il est important de souligner, c’est que pour l’instant les cotisations sociales sont préaffectées : sur la feuille de paye, il y a une ligne et un pourcentage correspondant à la maladie, au chômage, à la retraite, etc. Dans le nouveau système, financé par la CSG, l’argent sera affecté à la discrétion des pouvoirs publics. Ce sont 450 milliards d’euros qui sont en jeu.

Les régimes spéciaux sont-ils eux aussi menacés ?

Il faut lier cette question à celle de la pénibilité. Désormais le port de charge, le bruit et les postures dans le travail sont exclus des critères de pénibilité, il s’agit d’un recul considérable mais qui était prévisible. Personnellement, j’étais opposé à l’instauration de ces critères de pénibilité car je pensais qu’il fallait non pas les individualiser mais conserver les accords par branche, c’est-à-dire des conventions collectives particulières qui permettaient par exemple de partir à la retraite plus tôt pour des salariés qui exerçaient un métier pénible. Ainsi l’on n’avait pas à « trier » et à faire un relevé pour chaque salarié, ce qui est complexe et relève d’une véritable usine à gaz.

Les régimes spéciaux concernent des branches où la pénibilité affecte la majorité des salariés… Je déteste cette expression. Ce n’est pas un « régime spécial », c’est une convention collective, négociée. C’était normal par exemple que les instituteurs partent à la retraite 55 ans, que les éboueurs, dont l’espérance de vie moyenne est de 58 ans, puissent partir à 50 ans…

Gérard Filoche © Joseph Marando / CCAS 

La nouvelle loi qui sera présentée par le gouvernement en septembre pourrait modifier la nature même des contrats de travail. On parle de la disparition du CDI.

Plus exactement, avec le contrat de projet, le nouveau gouvernement est en train de réinventer ce qui existait déjà sous le nom de CDI de mission, de chantier ou de tâche. Ces contrats ne sont pas vraiment des CDI… Ils sont encore moins protecteurs qu’un CDD, encadré par la loi, doté d’une prime de fin de contrat, limité par la loi à trois successifs sur une durée maximum de 18 mois. Au moins, avec un CDD, le salarié était assuré d’avoir un travail pour une période fixée à l’avance. Dans le cas du contrat de projet, c’est le patron qui décide, plus ou moins arbitrairement, de la fin du contrat. Et il n’y a ni prime de précarité, ni obligation de reclassement. Plus rien n’oblige l’employeur à donner un motif au licenciement puisque c’est lui qui décide de la fin de la mission. Il peut même employer un autre salarié pour l’achever si le premier ne le satisfait pas totalement…

Avec un tel affaiblissement du droit, il n’y a plus besoin de prud’hommes ?

Cette instance est déjà affaiblie par le fait que ses membres ne seront plus élus par les salariés, ce qui ouvre la voie à une « bureaucratisation ». De plus, les prud’hommes sont rendus moins accessibles aux salariés du fait d’une série de réglementations nouvelles. Arrive maintenant cette affaire de barème. Il faut savoir que dans toutes les procédures de justice il existe déjà des barèmes indicatifs, mais c’est à l’appréciation du juge, qui les ajuste au mieux en fonction du préjudice de la victime. La nouvelle loi permet des « peines plafond » pour les patrons délinquants.

Gérard Filoche © Joseph Marando / CCAS 

Est-ce que cette « réforme » du code du travail peut réduire le chômage ?

En aucun cas ! Pour réduire le chômage, il faut plus de droit du travail, plus de contrôles et plus de règles. Par exemple en France, on estime à un milliard le nombre d’heures supplémentaires, soit l’équivalent de 600 000 emplois, qui ne sont pas payées. J’ai vu le cas d’une entreprise de nettoyage qui avait une double comptabilité des horaires de ses salariés. Suite à la découverte de cette fraude, outre l’amende, le patron a dû embaucher 45 personnes, rien que pour maintenir ses chantiers et se conformer à la loi ! Pour réduire le chômage, il faudrait donc doubler le corps de l’inspection du travail.

Quelles marges de manœuvre les citoyens ont-ils pour se mobiliser contre ces reculs sociaux ?

Le gouvernement essaye d’aller vite pour prendre de court la mobilisation sociale en usant des méthodes institutionnelles les plus brutales et les plus rapides pour arriver à ses fins. Cela dit, tout ne sera pas terminé le 20 septembre avec l’adoption des ordonnances. Nous avons encore six mois pour agir avant que celles-ci soient ratifiées.

Pour ce qui est de la mobilisation, en 2016 il y a eu 14 manifestations contre la loi El Khomri. Avec trois millions et demi de personnes dans la rue, et 80 % de l’opinion publique contre elle, la loi est passée quand même… C’est vrai que tant que les gens sont dans les rues ou sur les places publiques, les entreprises continuent à tourner et les patrons à faire du chiffre. Ce qui les embêterait vraiment ce serait que les usines soient bloquées. C’est donc peut être vers la grève qu’il faudrait s’orienter. Historiquement c’est toujours cela qui a porté ses fruits.

 

Leurs mensonges sont énormes, Ils font le pire, ils ont passé le code du travail à l’acide

La mort de l’état de droit dans l’entreprise

 

Ils vous disent que c’est « équilibré » bien sûr que non, il n’y a aucun élément pour les  salariés, tout est pour les patrons à 100 %. Un rêve de Medef. Ce sont des ordonnances méchantes, destructrices, agressives, elles visent à humilier les salariés dans leur dignité, leurs droits élémentaires.

 

Les salariés avaient besoin que soient limités et contrôlés l’intérim et les CDD, ils avaient besoin de protection contre les accidents du travail qui augmentent, ils avaient besoin d’égalité salariale entre femmes et hommes, de moins de « petits jobs » en dessous de 24 h… il y a déjà un milliard d’heures supplémentaires impayées non majorées dissimulées soit  l’équivalent de 600 000 emplois… les contrôler ? renforcer l’inspection du travail ??  rien de tout cela n’a envisagé  bien sur.

Même les indemnités de licenciement majorées de 25 % le seul point apparent de hausse, c’est en dessous de 10 ans, quand elles étaient à 20 % cela signifie une progressivité très relative avec l’ancienneté et non pas celle « affichée » :  15 ans, avant 7333  après 8833  soit 1500 (20,4%)  % en plus –   20 ans, avant   10666  après 12666   soit   2000 (18,7 %) en plus –  25 ans, avant 14000  après 16500   soit 2500  (17,8 %) en plus. Plus on va dans l’ancienneté, moins l’augmentation est importante, de plus en plus éloignée de 25 %.

Ces ordonnances sont entièrement faites pour les grosses entreprises, alors ils mentent frontalement, en affirmant le contraire, que c’est pour les TPE et les PME : pas du tout, il ne va rien se passer dans le million de moins de 10, aucun dialogue sinon que le patron pourra faire varier les horaires, baisser les salaires, les heurs supp’, supprimer les primes d’ancienneté…

En fait 80 % des PME PMI ETI sont des sous-traitantes des mille entreprises de plus de 1000 salariés, ce sont celles ci qui vont empocher, ce sont les grosses qui vont pomper, siphonner les profits dégagés et imposer des marchés a des tarifs toujours plus bas ce qui poussera les patrons « intermédiaires » a toujours baisser le « coût du travail ».

 

La seule chose c’est qu’il n’y a plus de délégués du personnel à partir de 11.  Mais peut être un délégué « élu » non syndical,  à partir de 20 jusqu’à 50.  Champ libre en dessous de 50 salariés, soit dans 97 % des entreprises et 50 % du salariat ! Plus d’élections obligatoires, plus de syndicat, champ vide, plus aucune protection dans l’immense majorité de ces entreprises ou c’était déjà, hélas, le moyen âge en droit du travail.

 

Les salariés avaient besoin que soient limités et contrôlés l’intérim et les CDD, ils avaient besoin de protection contre les accidents du travail qui augmentent, ils avaient besoin d’égalité salariale entre femmes et hommes, de moins de « petits jobs » en dessous de 24 h… rien de tout cela n’a envisagé  bien sur.

 

Ils suppriment les CHSCT, il n’y en avait hélas, que 22 000, c’est criminel, il en fallait plus, alors qu’on a 600 accidents mortels par an, 4500 handicapés du travail, des dizaines de milliers de maladies professionnelles… Ils disent que les mêmes fonctions seront concentrées dans le nouveau « comité social d’entreprise », mais ce sera impossible d’y traiter tous les sujets, individuels, collectifs, économique, santé, sécurité, hygiène, conditions de travail…

 

Ils mentent quand ils disent que les branches ont gardé du pouvoir, non c’est le contraire elles perdent l’essentiel puisque les éléments de rémunération seront fixées dans l’entreprise, primes, ancienneté, salaires, heurs supp’…donc le dumping social va être généralisé à tous les étages…

 

Et les branches pourront surtout régler les CDD, il y en aura 7 rendus possibles de suite, et surtout les contrats de projet, de mission, à la tâche, ce qui est la mort du CDI. Ca s’ajoute à la scélérate loi EL Khomri, n’y aura plus d’état de droit dans les entreprises, tout sera négocié, la nature du contrat, la durée du travail , les éléments de salaire et comme ca échappera à la loi ce sera sous la seule tutelle du patron.

 

Le referendum est une foutaise quand il n’y a ni syndicat ni protection comment voulez vous que les salariés s’expriment sans risques ? La « négociation » dans une entreprise du bâtiment, ce sera « - Fais ça, c’est comme ca et fermes la ». La dictature patronale pourra s’exercer sans contrepartie contre les salariés plus subordonnés que jamais.

 

Moins réparés, facilités dans les périmètres des grands groupes, les licenciements pourront aussi n’être plus motivés. Car un artifice juridique va désormais permettre le « droit à l’erreur ». La motivation dudit licenciement pourra donc désormais être rectifiée et formulée tardivement jusque devant le juge. Sachant que la procédure prévoit désormais que les pièces du demandeur (le salarié contestant son licenciement) doivent être fournies avec la saisine (au moment où il va déposer sa demande aux prud’hommes), comment il va t il pouvoir prouver que les assertions de l’employeur sont fausses puisse qu’il ne les connaîtra pas !

 

Et elle le fera, car les rapports de concurrence entre les entreprises vont s’exacerber au détriment des salariés, mêmes les patrons « sympas » n’auront pas le choix s’ils veulent résister au mouvement de surexploitation qui va être engendré. Tout cela se concentrera en une baisse des salaires et une augmentation des dividendes.

Et les facilités nouvelles de licenciement et la limitation des sanctions contre les patrons délinquants qui licencient sans cause réelle et sérieuse, va permettre n’importe quoi aux patrons voyous, aux aventuriers qui préfèrent la spéculation à l’emploi. Retour ultra libéral au XIX° siècle. Le code est passé à l’acide. Cette dérégulation va augmenter le chômage de masse et la précarité. Rien n’est bon dans le Macron

 

Retrait de ces textes scélérats ! Tous ensemble le 12 septembre

Gauche démocratique et sociale : soutenez, adhérez en ligne

 

La Gauche démocratique et sociale (GDS : http://www.gds-ds.org/) est un réseau de militant.e.s constitué autour de la revue Démocratie& Socialisme, dans la foulée de la campagne Filoche2017 pour les primaires.

GDS regroupe des militants venant de plusieurs horizons. Certains sont à la gauche socialiste, d’autres en viennent, d’autres sont membres d’autres organisations.

Ce réseau est ouvert à toutes celles et à tous ceux qui,  se reconnaissant dans la gauche et membres ou non d’un parti, veulent mettre « le social au cœur » (*) d’un nécessaire rassemblement de la gauche.

GDS propose la mise en place unitaire de comités de liaison de la gauche au plan local comme au plan national pour rassembler, débattre et lutter contre la politique anti-sociale de Macron. Rien n’est possible sans unité !

GDS est favorable à la construction d’une force nouvelle, et met en débat la proposition d’un rassemblement de la gauche et des écologistes avec l’objectif de construire ensemble une fédération rose-rouge-verte.

Pour rejoindre et soutenir la Gauche démocratique et sociale, il suffit de cliquer sur le site de GDS : http://www.gds-ds.org/adherer/

(*) Au cours de la campagne Filoche2017, nous avons condensé cette exigence du « social au cœur » par le combat pour : 1800 (le Smic à 1800 euros), 32 (32h par semaine), 60 (la retraite à 60 ans), 20 (rémunérations maxima à 20 fois le Smic), 5 (5% maximum de CDD dans les entreprises), 30 (30% d’ énergies renouvelables en 2022), 6 (6e République).

 

projet  appel a la gauche

Il y a 4 mois, l’impensable est arrivé ! En dépit de nombreux points d’accord, la gauche de transformation sociale et écologiste n’a pas su unifier ses forces pour gagner. Elle a été éliminée du second tour de la Présidentielle.

Les propositions d’alternative qui l’animent sont pourtant puissamment présentes dans la société.

Le rejet massif de la loi El Khomri en 2016 de casse du Code du travail reste prégnant. Il conduit au rejet des ordonnances anti sociales qui vont l’aggraver. Le social reste au cœur des préoccupations d’une majorité de jeunes, de salariés, de retraités.

La mise en cause des APL, l’augmentation de la CSG ont été rejetées dès cet été. La baisse de popularité d’un Président élu par défaut s’explique d’abord par cette réalité.

Quant aux attentes en terme de transition écologiste, de démocratie, de solidarité avec les migrants … elles seront tout autant balayées.

Ce qui manque pour défaire ce gouvernement c’est la perspective d’une alternative majoritaire.
À partir de forces dispersées, elle existe pourtant ! L’urgence c’est de l’unifier, la construire.
Rien ne se fera en attendant des initiatives d’en haut, pas plus qu’en espérant la spontanéité d’en bas. Nous appelons chacune et chacun à prendre l’initiative, à agir et débattre.

Nous sommes une force ! Rassemblons-nous partout dans des collectifs unitaires de la gauche sociale, écologiste, intellectuelle ou culturelle. Toutes les forces peuvent y contribuer : socialistes, communistes, écologistes, insoumis … syndicalistes, associatifs, féministes, membres des organisations de jeunes mais aussi chacune et chacun sans attache partisane.
Le ciment de notre force c’est la volonté de vivre mieux, de transformer ensemble notre société.

Sans attendre, nous constituons un comité de liaison ouvert, pluraliste. Nous publierons un bulletin de liaison reprenant initiatives locales, nationales, débats contradictoires … Il sera enrichi au fur et à mesure.

Sans attendre, nous appelons à la mobilisation sociale avec les syndicats, avec les jeunes, avec les organisations de retraités. Nous appelons à rejoindre toutes les initiatives unitaires.

Ensemble, nous pouvons et nous devons construire la gauche de demain.

 

 

Contre les ordonnances, toutes et tous dans la rue le 12 septembre

Depuis plus de 30 ans, les néo-libéraux remettent en cause les droits acquis par les salariés lors de nombreux combats syndicaux. Macron franchit une nouvelle étape avec ses ordonnances. Elle est pire encore que les précédentes. Il faut mobiliser pour faire reculer le pouvoir.

« Négociations » sans syndicat pour les entreprises de moins de 50 salariés, référendum possible sur tous les sujets pour les moins de 20, élargissement des sujets négociés directement en entreprise, périmètre nationale d’une multinationale seul pris en compte pour la justification des licenciements collectifs, nouveaux accords de compétitivité « simplifiés », plafonnement des indemnités Prud’homales… Et au cœur de ce nouvel affaiblissement du droit social, la fusion forcée des instances représentatives du personnel et la disparition des CHSCT si nécessaires pour la santé et les conditions de travail des salariés.

Toujours plus de libertés pour les employeurs et toujours moins de droits pour les salariés ! « Pouvoir licencier plus facilement pour pouvoir mieux embaucher  » : quelle sinistre blague de la part de Medef et des ses amis du gouvernement Macron-Philippe ! Au final, ce sera beaucoup plus de précarité, et donc encore plus de travailleurs pauvres.

Le pire est dans la grossièreté des mensonges proférés par Edouard Philippe et Muriel Pénicaud qui prétendent que les ordonnances sont faites pour les petites entreprises alors qu’elles sont d’abord faites pour les grosses entreprises qui, en tant que donneurs d’ordre, font les poches des TPE, PME, TPI sous traitantes.

De même ils expliquent de façon éhontée que les branches seraient renforcées, alors qu’elles perdent des prérogatives puisque les rémunérations et les primes, par exemple, vont être du niveau des entreprises, facilitant ainsi le dumping social.  Tout ce que les branches « gagnent », c’est de décider des contrats de chantier, de mission, de taches, soit la fin des CDI et CDD réunis.

La Gauche démocratique et sociale (réseau de militant.e.s de gauche, membres ou non d’un parti, qui veulent mettre « le social au cœur ») appelle à participer massivement aux manifestations du 12 septembre. Elles seront une première étape dans la bataille sociale indispensable contre ce gouvernement très clairement au service du monde de la finance et des nantis.

 

 

 

 

3° intervention au séminaire du PS de dimanche 27 août, 11 h 30, « sur la rentrée »

 

 

 

Bon, puisque le temps est limité je prendrais 3 points, directs, concrets des enjeux de la rentrée :

Au moment ou Macron gesticule et s’effondre, ceux des ex socialistes qui ont été complaisants avec lui, vont le regretter

Mais nous qui devinions fort bien que Macron c’était la droite, la finance, et qu’il était  férocement anti social, c’est le moment de contre attaquer et de marquer des points :

-       contre les ordonnances anti travail d’abord. Et là bravo !  le groupe parlementaire a voté à 100 % contre. Et on a fait une saisine commune avec FI et le PCF auprès du conseil constitutionnel. Ca, c’est très bon, c’est la voie.

Mais alors il ne faut pas être ambigu, quand Olivier Faure publiquement  ensuite dit qu’on n’est pas pour le retrait des ordonnances, qu’il faut seulement s’opposer à des fils « rouges ». Mais quels fils ne sont pas rouges ? Qu’il y a t il de non attaquable, de « pas fil rouge », dans ces ordonnances ?

Chacun des points, depuis la facilitation des licenciements jusqu’à la suppression des CHSCT, en passant par le plafond des prud’hommes doit être combattu… évidemment  cela prolonge notre campagne présidentielle où nous avions dit que nous abrogerions la loi El Khomri, mais il faut être clairs, il faut que les gens sachent ce que nous pensons à ce sujet. Car les ordonnances Macron sont une loi El Khomri « XXXL »

-       y compris nous devons être être contre la 9° ordonnance qui va supprimer le salaire brut, c’est à dire le paiement de la protection sociale à la source par les patrons, actionnaires, celui-là on doit en parler, car c’est une contre-révolution de 70 ans d’histoire de passer dans notre pays d’un système Bismarckien à un système Beveridge,  car les cotisations sociales ce n’est pas de l’impôt, c ‘est du salaire, ce n’est pas des prélèvements obligatoires, mais volontaires, ce n’est pas des prélèvements au public mais des cotisations à des  caisses de droit privé, ce n’est pas un impôt car elles sont pré affectées, et leur remplacement par l’impôt est donc dangereux pour l’équilibre de tout nos systèmes sociaux.

Ils remplacent la protection sociale payée par les patrons à la source aux caisses de sécu sur notre bulletin de salaire, par le prélèvement à la source de nos impôts aux caisse de l’état. Voila des libéraux bien hypocrites qui étatisent la Sécurité sociale pour faire que les patrons ne la paient plus. Plus d’état pour libérer les… actionnaires !

On devrait non seulement nous opposer, mais proposer,

- proposer de contrôler les licenciements afin de les interdire quand ils sont boursiers, je vous rappelle que c’était l’ancienne proposition de notre parti, il faudrait y revenir.

- Proposer de faire des CHSCT a partir de 20,  comme en Allemagne, de les faire élire,  de leur attribuer davantage de  moyens, un budget et plus d’une personnalité juridique…

-       Faut pas seulement être dans le « contre » il faut être dans le « pour » !

-     Par exemple pour la hausse du Smic et la taxation des dividendes ! Il est temps de redonner ces signaux, car le Smic français est déjà au 7° rang en Europe, tellement on l’a bloqué pendant 5 ans. Macron vient de nommer Gilbert Cette a la commission des experts du Smic qui propose de faire un « Smic régional » et non plus national, il faut s’opposer à cela aussi.

-       Enfin c’est le moment d’appeler à dénoncer la « directive travailleurs détachés » (même Manuel Valls avait proposé de la dénoncer unilatéralement en septembre dernier). Macron frime la dessus,  mais il va y perdre, car cette directive est une aubaine pour les patrons français, il y a entre 350 000 et 450 000 travailleurs détachés,  et c’est un vrai déni de droit, scandaleux, ils sont, sur notre sol,  moins payés que les travailleurs de notre pays,  puisque les patrons leur paient des cotisations sociales au tarif du pays d’origine qui est plus bas. C’est une discrimination. Il faut imposer sur notre sol « a travail égal salaire égal » et être intransigeants. Macron plaide dans le vide, a dire qu’ils doivent être limités à 12 mois sur une période de 2 ans, mais c’est déjà le cas, ce sont des CDD de trois, six mois, renouvelés, et c’est totalement incontrôlable entre les pays, si la cotisation est payée et au bon taux, ou si elle n’est pas payée du tout ! Aucun corps de contrôle n’a les moyens de contrôler et de sanctionner ça.

-       Macron veut baisser les cotisations sociales ici en janvier… qui le croît sincère quand il veut relever les cotisations des travailleurs détachés ? Personne !

Enfin, puisqu’il faut être bref ce matin, je souhaite qu’on appelle à la manifestation unitaire syndicale du 12 septembre  pour le retrait de ces ordonnances, et qu’on y soit présents !

Ce sera un bon signe de refondation, de reconstruction, de ré orientation. Je suis pour le front unique avec FI et Mélenchon. Mais je ne comprends pas du tout qu’un groupe politique appelle par dessus les syndicats avant que se soit tenu le 12 septembre à une autre initiative pour le 23…     sur le marché on n’a qu’une main pour distribuer un tract et si on distribue pour le 23 avant le 12 ça affaiblit la mobilisation unitaire (et le 23 il y a les manifestations du Mouvement de la paix)…

Ce que nous voulons ainsi et maintenant c’est marcher vers une gauche unitaire dans l’action et sur les grandes questions politiques du moment dans le combat contre Macron et sa politique.

 

 

2° intervention au séminaire du PS samedi 26 août sur le point intitulé « feuille de route »

 

La méthode dite de « feuille de route » proposée par la direction provisoire me surprend : il n’y est question que de structures, de séminaires, de conseils, de statuts, d’assises, de processus constituant, de convention statutaire, tout cela étalé jusqu’en février… et il est proposé un vote le 28 septembre aux militants sans aucun contenu politique et encore un autre encore statutaire en décembre.

Vous voulez posez 10 questions aux militants qui sont toutes « techniques » auxquelles je me demande si nos militants répondront tellement elle sont vagues, parfois dupliques  et au fond inintéressantes.

A moins que le mandat pour un « congrès statutaire » avant un congrès politique ne soit un moyen de supprimer le débat de motions et l’élection de notre direction à la proportionnelle, ce qui serait un recul mortifère probablement définitif pour notre parti.

Mais au contraire, c’est de politique dont il faut urgemment parler,

On n’a pas de problème de statuts, on s’en fou, on les a modifiés déjà dix fois en vingt ans,  notre problème c’est l’échec tragique du quinquennat,

Les gens, la presse, les militants, la gauche toute entière avec votre texte, vont se demander si on s’enferme dans notre coquille, entre nous, entre soi, et si on refuse de réfléchir politiquement, en tissant de curieux tricots de structures internes

Notre problème il faut  « de l’air » des idées, des perspectives, des combats POLITIQUES

Notre problème c’est de parler à nouveau SUR LE FOND en public.

Notre problème c’est le rapport aux électeurs,

Notre problème, c’est la perte de 7 élections consécutives et un désastre politique sans précédent.

Entre 2012 et 2017 ce ne sont pas nos statuts ni le fonctionnement du parti qui ont été le problème, le parti, il a été squeezé, son « projet « de 2011 a été ignoré, c’est la ligne du président et du gouvernement qui a été le problème.

Entre 2012 et 2017 ce n’est le peuple qui a changé c’est la politique de François Hollande qui n’a pas répondu à ses attentes.

Et le problème c’est que le parti n’a pas su, pas pu s’y opposer, l’infléchir, la corriger, en imposer une autre SUR LE FOND conforme aux attentes populaires.

 

Notre problème c’est que je croyais que la direction « provisoire » proposerait un appel à toute la gauche pour agir en commun contre la politique de Macron.

Qu’on appellerait à manifester tous ensemble le 12 septembre dans l’unité, qu’on ferait des propositions pour reconstruire le code du travail, parce que c’est de cela dont nos électeurs ont le plus besoin.

 

Notre problème n’est absolument pas de reformer nos statuts mais de réformer notre politique.

 

L’urgence c’est la ré orientation politique, c’est la ré orientation programmatique, c’est de reparler aux salariés de leurs attentes, de leurs revendications, de la transformation sociale, de la redistribution des richesses.

L’urgence c’est de rejeter les ordonnances anti travail, c’est de reconstruire le code du travail,  c’est de contrôler les licenciements pas de les faciliter

En faisant le jeu de la finance et des riches, Macron échoue, tout comme nous. En imposant des réformes libérales, il échoue tout comme nous. Parce que c’est de politique de gauche dont nos électeurs ont besoin.

Faisons une feuille de route politique, de sujets politiques d’enjeux d’actualité, où l’on rediscute thème par thème  de ce qui a échoué pendant 5 ans :

S’il faut poser 10 questions aux militants, les voilà :

-       est ce que la  politique de l’offre doit être remplacée par une politique de la demande ? une relance plutôt qu’une réduction des déficits, une redistribution des richesses car les inégalités aggravent la crise

-       quelle  augmentation des salaires plutôt que des marges des entreprises ? une hausse du smic plutôt qu’une hausse des dividendes,

-      quelle  fiscalité directe et progressiste plutôt que la TVA ? une fiscalité sur les grandes entreprises plutôt que contre les petites et moyennes, la traque a la fraude et à l’optimisation fiscale

-       quelle réforme bancaire poussée jusqu’au bout ? la reprise en main de la monnaie sous contrôle politique et collectif, séparation des banques d’affaires et de dépôts

-       quelle reconstruction d’un droit du travail fort et favorable aux droits des femmes et des hommes contre les exigences des entreprises, contrôle des licenciements, limitation de toutes les formes de précarités, réduction du temps de travail, renforcement de la santé au travail de l’inspection du travail, de la justice au travail

-       quelle poursuite de la priorité à l’école et à la formation professionnelle, recrutement de maitres, réduction des classes, rattrapage des « décrocheurs  »

-       quel redressement, renforcement élargissement des services publics dans tous les domaines essentiels de la vie nationale : hôpitaux, transports, énergie, communication, administration, environnement,

-       quelle  politique volontariste de construction et de rénovation de logements de qualité à loyer bas, contrôlés.

-       quelle politique de transition énergétique ambitieuse,  une ré orientation écologique de l’économie « verte », de la défense de la qualité de la vie dans tous les domaines

-       quelle marche vers une VI° République parlementaire, démocratique, sociale, laïque, écologique, féministe, européenne, internationaliste, pacifique.

 

Organisons toutes les réunions ouvertes qu’on veut, toutes les assises nécessaires, de section, de fédérations, des états généraux nationaux de la redistribution des richesses pour une nouvelle politique économique et sociale. Puis d’autres avant 2019 pour une autre Europe sociale et démocratique.

Ouvrons nos portes, nos débats, associons toutes les organisations de gauche !  Mais pour de la politique surtout pas pour parler appareil !

 

 

1iere de mes 3 interventions au séminaire du Parti socialiste le samedi 26 août


Premier débat : il s’agissait d’analyser les résultats électoraux, a parti de deux introductions, celle d’une « sondologue » et celle, plus sérieuse, d’Herve le Bras.

 

Ce que j’ai dit : (premiere intervention)

 

« entre 2012 et 2017, ce n’est pas le peuple qui a changé, c’est le gouvernement qui n’a pas répondu à ses attentes »

 

« C’est bien d’étudier les dernières élections et de chercher à comprendre les cartes électorales, en coupe. Que s’est-il passé ? Quelle sociologie des électeurs, des abstentionnistes, etc. ? On voit bien d’ailleurs l’abstention massive majoritairement de gauche.

Mais a mon avis on ne peut comprendre seulement « en coupe » il faut étudier en « longueur », en tendance, remonter dans le temps et rendre compte des évolutions… En fait la France est de gauche, elle se dresse chaque fois que la droite lui impose une politique libérale, elle s’abstient chaque fois que la gauche la déçoit et fait à son tour une politique libérale. Elle va sanctionner Macron de la même façon. Le point commun permanent de tous les votes c’est le rejet du libéralisme.

Regardons en remontant au 21 avril 2002 quand Lionel Jospin est éliminé au premier tour. A ce moment là, il lui manque très peu pour franchir la marche du 2° tour, 192 000 voix. Et la France est majoritairement à gauche, il y a une majorité de voix à gauche totale le 21 avril, même ce jour là, quand Le Pen arrive pour la première fois au 2° tour.  On peut dire à coup sur que si Jospin avait franchi la barre, il gagnait, il était élu au second tour. (Herve Le Bras approuve de la tête)

D’ailleurs ensuite, face aux politiques libérales de Chirac, Fillon, Raffarin, Sarkozy, la gauche ne fait que remonter. En 2003, il y a la première grande bataille en défense des retraites à 60 ans, on ne gagne pas mais en mars 2004, ca se traduit par 20 régions sur 22 à gauche. Un raz de marée politique bien significatif.  Ce n’était surement pas du au seul talent de nos listes de candidats, c’était du à une poussée profonde de la gauche. Et puis ca va être pareil à chaque élection,  jusqu’en 2012 et en 2012 et pour la première fois de l’histoire de France, on a tout : 2 villes sur 3, 20 régions sur 22, 61 départements sur 101, la Présidence, l’Assemblée nationale et le Sénat pour la 1° fois depuis 200 ans. Là, c’est limpide, le peuple, le salariat sont de gauche, et de façon confirmée, assurée, répétitive, complète. C’est le résultat d’une tendance profonde sur une période de 10 ans contre la politique agressive de la droite.

Et j’ai remarqué alors que les cartes électorales dont vous parlez mieux que moi étaient éclairantes, car les votes Hollande et Melenchon s’y superposaient déjà. Là où Hollande était fort Mélenchon était fort, là où Mélenchon était fort Hollande était fort, c’était le même électorat, la gauche, et il s’est retrouvé de façon victorieuse au 2° tour. ((Herve le bras opine)

(Ce sont les mêmes caractéristiques en 2017, rien n’est changé sauf, que la politique suivie pendant 5 ans par Hollande a repoussé les votes PS, et que Mélenchon a pris des millions de voix socialistes qui en ont fait « le vote utile » et sauf que les millions d’abstentions étaient cette fois de gauche et non plus de droite).

Pour comprendre les élections 2017, il faut donc expliquer les raisons politiques du renversement de cette tendance profonde : elles ne sont pas à chercher dans la sociologie, la mondialisation, on ne sait quelle fatalité et autres raisons extérieures, elles sont politiques et liées à ce qui se passe avec le gouvernement Hollande. Nos électeurs ont des convictions et font de la politique. Car c’est la seule raison qui fait que la gauche perd 5 élections de suite ! Puis qu’elle perd en 2017.

Au bout de deux ans, la première défaite est celle des municipales, elle est cinglante parce que 2 villes sur 3 étaient notre assise essentielle, locale, de terrain, et on a eu un raz de marée balayant ce que nous avions depuis 1977. Ce n’était pas du à des défauts de nos listes et candidats qui n’avaient pas démérité, mais bel et bien à déception provoquée par la politique du gouvernement Hollande. Ce n’était pas du comme j’entends parfois dire, à la division des socialistes, parce qu’il n’y avait pas de « frondeurs », ils sont apparus chronologiquement après. Et comme la réponse à cette déroute des municipales a été de nommer Manuel Valls et de continuer en l’aggravant la politique qui avait déçue, nous avons perdu les européennes, les sénatoriales, les territoriales, les régionales. Dans ce contexte, les « frondeurs » je déteste ce mot depuis le début, ont tenté d’être des « sauveteurs », mais ils n’ont pas du agir assez vite et assez fort puisque, les lois Macron, le CICE, la déchéance de nationalité, la loi El Khomri ont continué de nous faire perdre et de nous enfoncer.

« entre 2012 et 2017, ce n’est pas le peuple qui a changé, c’est le gouvernement qui n’a pas répondu à ses attentes »

C’est confirmé avec les primaires des 22 et 29 janvier, car les 2,1 millions d’électeurs qui se mobilisent ne sont pas pour Hollande ni Valls. Hollande a eu raison de se retirer, il aurait fait moins que Benoit Hamon. Valls n’avait aucune chance, il avait déjà été rejeté dans toutes les élections précédentes. Par contre on soulignera que dés le 30 janvier, Hamon est donné à 17 % et Mélenchon tombe à 9 % : remarquons encore que les deux électorat sont les mêmes ils font même « vases communicants », leur total est quand même de 26 % ce qui donnerait en cas d’unité la victoire, à nouveau à la gauche, mais sur des bases de gauche, pas sur les bases des 5 ans de gouvernement. Des sondages ont alors précisé qu’en cas d’union le candidat unique aurait entre 29,5 et 31,5 % des voix. (Herve le Bras et la sondologue approuvent) C’était gagnable.

Lorsque la campagne Benoit Hamon a été, moi je dis sabotée, et que des centaines puis des milliers de responsables et élus socialistes, hélas, se sont détournés vers Macron, il y a eu renversement entre les deux principaux candidats de gauche, Hamon est tombé a 9 % tandis que Mélenchon remontait à 17 %. Ce sont bien les mêmes électeurs. Des millions de nos voix socialistes sont allées vers la candidature Mélenchon à ce moment-là pour tenter de franchir la barre du 1er tour. (La sondologue approuve)

C’est faute d’accord politique entre nous et lui, si Mélenchon ne l’a pas emporté. C’était impossible pour lui de drainer les 2,4 millions de voix qui sont restées accrochées à notre candidat sans « accord politique » public et explicite. Mélenchon ne l’a pas voulu, et s’est même vanté d’avoir « sur résister à l’unité ». Résister à l’unité c’est perdre. Les électeurs sont unitaires, 93 % des électeurs d’Hamon voulaient l’unité, 78 % des électeurs de Mélenchon voulaient l’unité. L’unité aurait été dynamique, aurait freiné le vote par défaut pour Macron, et nous aurait assurée d’être en tête et ensuite de battre Le Pen. On comprend donc que la gauche est dans le fond de notre pays majoritaire, elle aurait pu gagner, c’est l’offre politique de ses partis qui l’en a empêchée, ce n’est pas la sociologie, ni des éléments externes, ni d’autres tendances mondialisées, etc.… il y a un profond besoin de gauche et c’est majoritaire, possible, disponible, d’ailleurs on le retrouve avec Bernie Sanders, et avec Jeremy Corbyn et même avec Podemos et le PSOE des qu’il y a unité, ou autrement avec Syriza, ou encore au Portugal (ou ça marche) et ce serait le cas en Allemagne si le SPD ne cédait pas à Merkel !

Gérard Filoche (samedi 16 h)

 

 

PS : mais il est vrai que pour l’aile droite du PS, le peuple n’a pas changé, mais c’est lui qui a eu tort, elle pense qu’il fallait lui administrer des réformes salutaires et nécessaires, exactement comme Macron qui explique que « les Français n’aiment pas les réformes (libérales) » mais qu’il faut les leur imposer

 

Deuxième intervention sur « la feuille de route » à transcrire… elle arrive

 

Frime totale de Macron sur les « travailleurs détachés »

Macron fait semblant, il ne fera rien sur la question des travailleurs détachés. Pourquoi ? Parce qu’ici il s’applique à baisser le salaire brut, les cotisations sociales, Qui va croire qu’il se bat pour les rétablir aux travailleurs européens venus de là-bas ?

Il existe en France, entre 350 000 et 450 000 « travailleurs détachés » surtout dans le bâtiment, l’agriculture, la restauration et le tourisme sans omettre les routiers. Ils sont des aubaines pour les patrons français, qui ne leur paient que des cotisations sociales abaissées (puisque alignées sur celles de leurs pays d’origine). C’est dans le bâtiment que les grand « majors » Bouygues, Vinci, Eiffage, se régalent : ils se font des milliards en exploitant au maximum ces salariés sans défense à prix plus bas que les travailleurs français qui les côtoient et qu’ils remplacent sur les mêmes postes de travail !

En novembre dernier, des travailleurs français ont du se mettre en grève dans la région de Bordeaux contre la direction d’Eiffage qui voulait les aligner sur le prix des travailleurs détachés, 45 h payées 37 h… Toujours en Gironde, on a trouvé des « travailleurs détachés » hongrois, envoyés par une entreprise allemande, qui travaillaient dans les panneaux solaires 7 jours sur 7 pour 2,2 euros de l’heure… C’est du dumping social violent, scandaleux, l’acceptation du viol du smic brut français.

D’ailleurs personne ne fait vraiment attention au fond de ce que Macron semble défendre. Dans ses voyages à  Salzbourg et à Bucarest, auprès des ministres Kern, Sobotka et Fico, ce qu’il demande ne vaut rien  : limiter à 12 mois sur une période de 2 ans le « détachement », c’est à dire « CDDiser » le détachement. Mais la plupart sont de trois mois, renouvelés, et puis encore et encore…

Macron demande que « la rémunération soit équitable » : ça ne veut rien dire car il n’y a qu’une seule façon qu’elle le soit, c’est appliquer le principe « à travail égal salaire égal » donc payer le même salaire net et brut que les salariés français.

Or la directive de détachement incarne en elle-même un principe de baisse du coût du travail, puisqu’il y a non-paiement des cotisations sociales au taux d’ici. C’est donc toute la directive qu’il faut dénoncer et pas faire mine indéfiniment de la «renégocier ».

Et puis ça ne se fera pas, ça n’aura pas lieu : tout cela est reporté à une réunion de l’UE du 23 octobre et sera sans effet. Ca fait plus de 6 ans que ça dure.

Macron propose des contrôles et des sanctions : mais il affaiblit l’inspection du travail chargée de cela, ici. Donc on sait d’avance que ce n’est pas contrôlable et ce ne sera pas sanctionné : l’inspecteur du travail peut toujours écrire à Sofia ou Varsovie pour demander si les fameuses cotisations à prix bas sont payées par le patron français, il n’aura jamais de réponse ni de moyens d’imposer quoi que ce soit.

C’est toute la directive qui doit être dénoncée, le reste de l’agitation de Macron est hypocrite, c’est du vent !

Gérard Filoche

 

lire la chronique « au boulot » chaque semaine dans l’Humanité dimanche

 

Trafic de travailleurs détachés en UE

 

Donc la cour de justice européenne, jeudi 27 avril, a choisi d’interdire a la France de suspendre unilatéralement, les certificats de détachements des travailleurs en cas de constatation de fraude.  Ces certificats sont censés attester  de l’affiliation du travailleur détaché  à la « sécurité sociale » de son pays d’origine.

Ce qui permet aux patrons français, ici, de payer ledit travailleur non pas comme un travailleur français, mais au « prix de là-bas ». Et comme là-bas, le prix de la Sécu est moins cher, vous voyez l’immense avantage des Bouygues, Vinci, Eiffage d’avoir des travailleurs « détachés » afin d’accroitre leur exploitation et leurs marges. La rapacité des patrons français est telle qu’il y a maintenant prés de 450 000 travailleurs détachés, vous imaginez la marge colossale de dividendes directs que cela procure aux majors du bâtiment ?

Comprenez en plus que les contrôles sont lourds et difficiles, quasi impossible de savoir quel est le niveau de la cotisation du pays d’origine et si elle est bien payée comme il faut. Le champ de la fraude est immense.

Un croisiériste allemand – A‑Rosa Flussschiff – a été mis en cause pour avoir fait travailler, dans ses navires postés sur le Rhône et la Saône, 91 employés sous contrat suisse. A la suite d’un contrôle de l’Urssaf en 2007 il avait été établi que les deux bateaux avaient une activité « permanente et exclusive » en France et, à ce titre, l’URSAAF les avait affilié de force les salariés à la Sécurité sociale française, sanctionnant d’un redressement de 2 millions d’euros la compagnie allemande et suspendant les certificats travailleurs détachés. En expliquant devant la Cour que cette procédure était « inefficace » et avait justifié son action unilatérale contre « la concurrence déloyale ainsi que le dumping social ».

A-Rosa a contesté en justice et perdu en première instance et en appel. Saisie, la Cour de cassation a adressé une question préjudicielle à la CJUE pour demander son avis sur la conformité de cette pratique avec le droit européen. Or la CJUE estime qu’il existait des moyens légaux pour discuter avec la Suisse de la validité des détachements avant de suspendre les détachements. En fait la CJUE joue sur la difficulté et la lourdeur des procédures pour valider un viol net de l’égalité des droits entre salariés sur notre sol.

Ryan air déjà condamnée pour ce même motif, « salue l’arrêt » de la Cour et annonce, qu’elle va demander 15 millions de remboursement à l’état français.

Cet arrêt va donc imposer aux inspecteurs français de systématiquement consulter les autorités des pays d’origine, même lorsqu’ils se montrent peu coopératifs. En cas de conflit, il faudra lancer une procédure complexe au niveau européen. Un processus forcément long et incertain.

La seule solution est donc bel et bien de dénoncer unilatéralement et vite, la directive scélérate de l’UE et imposer l’égalité des droits à tous les travailleurs qui sont sur notre sol.


 

La gauche, le grand chantier de l’unité en urgence

 

L’année 2017 est l’année de la débâcle pour la gauche. Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti Socialiste, syndicaliste et inspecteur du travail de profession, s’est confié à nous. Au programme : bilan du quinquennat sortant, remise en question du Parti Socialiste et reconstruction de la gauche.

Lucas Sarafian - M. Filoche bonjour. Lors des dernières élections, on a assisté à la défaite du plus grand parti de gauche historiquement (et largement derrière 2002, car la gauche a constitué, après les présidentielles, la plus grande opposition avec près de 170 députés). En dehors de cela, le parti connaît une grande division. De nombreux membres quittent même le parti pour rejoindre d’autres mouvances. On est en fin de cycle pour le parti. Est-ce que, telle qu’elle se trouve maintenant, la gauche survivra-t-elle ? Et est-ce que ce renouveau passera par le PS ?

Gérard Filoche – Écoutez, il y a au moins 8 questions dans votre question. Mais je vais vous répondre. En fin de cycle pour le Parti Socialiste ? Peut-être, peut-être pas… Finalement le Parti Socialiste portugais en 2010 a été battu dans les mêmes conditions et puis il est revenu au pouvoir en 2015 avec la gauche unie, le Parti communiste et le Bloc des gauches. Donc c’est arrivé au Portugal que le Parti Socialiste soit largement écrasé, et puis il est ressorti de cet écrasement. C’est arrivé aussi en Grande-Bretagne parce que le Parti Socialiste avait perdu toutes les élections à cause de la politique de Tony Blair, de Gordon Brown, Ted Miliband et il était au fond du trou. Et puis finalement là, il va peut-être revenir au pouvoir dans quelques semaines parce qu’il a obtenu une majorité relative derrière une véritable ligne de gauche de Jérémy Corbyn.

Et puis le Parti socialiste français, cela lui est arrivé plein de fois en 100 ans d’histoire. Il était tombé très au fond du puits dans les années 20, et il était au pouvoir dans les années 30. Il était totalement disparu pendant la Seconde Guerre Mondiale, et il est au pouvoir à la Libération. Il était totalement disparu après la guerre d’Algérie, et même en mai 68, et il est revenu au pouvoir en 81. Il s’est effondré en 1993 et il n’y avait même que 52 députés de gauche alors qu’aujourd’hui il y en a 75 et puis 2 ans et demi plus tard, en 1997, il est revenu au pouvoir. Donc tout est toujours relatif, les grands partis traditionnels ne disparaissent pas tant qu’ils ne sont pas remplacés.

Or, pour l’instant, il n’y a pas de remplacement : on a 3 petites forces parlementaires (une de 17 députés avec La France Insoumise, une de 20 députés avec le Parti Communiste et une de 31 députés avec le Parti Socialiste). Cela fait 3 forces parlementaires et le Parti Socialiste dispose d’environ 1 000 maires de villes de plus de 10 000 habitants, et il dispose de 10 000 élus encore, de 3 départements sur 10 et de 2 régions sur 13. C’est-à-dire qu’il n’est pas encore « enterrable ». Maintenant il va très mal, le pronostic vital est engagé, et si il ne se ressaisit pas, si la gauche du parti ne parvient pas à reprendre l’influence dominante dans le parti et à le réorienter, il peut effectivement disparaître.

L.S. – On a vu cet été que de nombreux socialistes ou ex-membres du parti ont créé leurs propres mouvements. Je pense à M. Hamon qui crée le « Mouvement du 1er Juillet », ou encore Mme Hidalgo, Mme Taubira et Mme Aubry avec leur mouvement « Dès Demain ». Que pensez-vous de ces mouvements qui ont pour but initial de reconstruire une gauche ? Est-ce une solution, est-ce vraiment durable ?

G.F. – Vous savez aujourd’hui dans la gauche, il y a peut-être 19, 20 ou 21 partis différents. Et dans chacun des partis, il y a 3 ou 4 positions différentes. Vous avez des sensibilités absolument partout. Nous-même, la Gauche Socialiste*, nous avons fait une « Gauche démocratique et sociale » (revue D&S)  parce qu’on a besoin de développer un réseau au cas où justement le PS ne se réorienterait pas. Donc en vérité, la gauche n’a jamais été autant divisée. Il y a des fragments partout. La question est de son unité. Et pour l’unité, il ne faut pas demander à tout le monde de se mettre d’accord à 100 %, il faut demander à tout le monde de chercher quels sont les points communs qui peuvent permettre d’agir. Là, j’en vois 2 : la bataille, le 12 septembre, contre les ordonnances anti-travail, où tout le monde doit se rassembler et lutter, et j’en vois un deuxième, c’est que l’on a saisit (j’entends par « on » le Parti Socialiste, la France Insoumise et le Parti Communiste) le Conseil constitutionnel contre les ordonnances. C’est un très bon signe, un très bon pas en avant que d’avoir fait une démarche commune de LFI, du PS et du PC à l’Assemblée nationale contre les ordonnances Macron.

*la Gauche Socialiste est un courant situé à l’aile gauche du Parti Socialiste.

L.S. – Donc, pour vous l’unité est LA solution pour former déjà une opposition commune, mais une opposition surtout viable avec les accords que vous venez de dire, entre les 3 groupes parlementaires ?

G.F. – Écoutez, rien de grand dans l’Histoire de France – regardez depuis un siècle – ne s’est fait sans unité. Le Front populaire, ou la Libération ou 1981 ou même 1997. Nous sommes passés des 40 heures aux 39 heures et aux 35 heures dans l’unité. Nous sommes passés des 15 jours de congés payés à la 3ème semaine, 4ème et 5ème semaine dans l’unité. Tout ce que nous avons gagné dans le code du travail a été fait dans l’unité. Je ne connais pas l’exemple contraire. Je ne connais aucun exemple en 100 ans où on ait gagné sans avoir l’unité. J’ai tendance à penser que c’est donc toujours valable.

L.S. – En ce qui concerne le PS, vous avez dénoncé de nombreuses fois la direction de ce parti, M. Cambadélis (déjà sur la façon dont il est arrivé à la tête de ce parti, sur ses nombreuses prises de position, et puis surtout sur cette histoire de parrainages lors de la Primaire Citoyenne ouverte). Est-ce que le problème ne vient pas aussi d’en haut ?

G.F. – Ah il vient tout à fait d’en haut ! Je veux dire que la direction du PS ne s’est pas battue pour corriger les choix de François Hollande et de Manuel Valls. Manuel Valls ne faisait que 5 % du PS. François Hollande a trahi le programme qu’avait adopté le PS et ni Harlem Désir, ni Jean-Christophe Cambadélis, en tant que Premier secrétaire, n’ont cherché faire prévaloir le point de vue du parti contre les choix faits à l’Élysée. On a été dans « un vote Vème République » où tout s’est décidé institutionnellement par en haut et le parti a été ravalé à une situation de godillot. Même quand il critiquait la Loi El Khomri, elle était imposée. Donc en vérité évidemment tout vient d’en haut. Les militants socialistes n’ont jamais voté la loi El Khomri, ils n’ont jamais voté les 41 milliards aux patrons, ils n’ont jamais voté la déchéance de nationalité. Tout leur a été imposé d’en haut. Le problème est qu’ils arrivent à se ressaisir et à pouvoir manifester un choix qui permet de reconstruire le parti contre ceux d’en haut. Je le dis « ceux d’en haut » actuellement encore : ce sont des gens à 10 000 euros, donc ce n’est pas représentatif de la société. Il faut mettre des salariés, des ouvriers, des employés, des syndicalistes, des cadres à la tête du parti qui soient réellement plongés dans la société et non pas qui aient la tête tournée vers l’énarchie ou l’oligarchie.

L.S. – Et même je prend l’exemple de la direction collégiale d’aujourd’hui, qui est juste temporaire, même cela ne marchera pas ?

G.F. – Je ne sais même pas ce que c’est, elle n’a rien de collégiale. Il y a 28 personnes, elles ne représentent aucun signe politique sinon que même la Gauche Socialiste y a été minorisée, il n’y en n’a plus que 3 sur 28 alors que la Gauche socialiste au dernier congrès faisait 30 %.

Sur le plan du fonctionnement, je ne vois pas comment cela peut fonctionner à 28. Sur le plan des porte-paroles non plus. Il n’y a aucune indication qu’il doit y avoir un bilan critique du quinquennat sortant. Or ce quinquennat sortant, il faut en tirer le bilan. Il nous a fait perdre 7 élections quand même. On avait tout en 2012, et tout a été perdu à cause de la ligne politique de François Hollande. Donc il faut que cela soit accepté et connu, et que les enseignements soient tirés collectivement par le Parti Socialiste. Et ce n’est pas cette direction collégiale qui semble s’orienter vers cela.

L.S. – Et puis dans la gouvernance, il y a ceux qui dirigent et puis il y a aussi l’élu qui va candidater à une élection. Sur la primaire citoyenne, il faudrait plutôt une primaire citoyenne déjà plus ouverte, plus équilibrée mais plus juste, sans que des candidats puissent se présenter sans avoir à rechercher des parrainages comme M. de Rugy ou M. Bennhamias ?

G.F. – Oui, bien sur. Là c’est une caricature. Je veux dire que moi, on m’a interdit de me présenter alors que j’étais légitime et on a donné la parole à des gens comme de Rugy. De Rugy qui jurait qu’il allait respecter la primaire et, finalement, il est Président de l’Assemblée nationale pour Macron. On peut rarement faire une pire traîtrise. Donc il faut que ce soit une « primaire ouverte de toute la gauche » pour avoir un candidat commun démocratiquement choisi par toute la gauche sur une plateforme commune.

L.S. – Vous êtes plutôt Corbyn avec une dynamique portée par un seul homme, qui a éliminé lors des primaires « les blairistes » - vous l’avez dit -, ou plutôt Jaurès, qui a joué sur l’unité de tous les partis de gauche et qui a lancé un élan de masse ?

G.F. – (Rire). Et je suis pour les deux parce que malheureusement, en France, à l’heure actuelle, on est dans un système qui est présidentialiste. Et je suis totalement hostile à ce système. Et il faut faire tomber cela, mais le problème c’est que pour détruire une citadelle, il faut d’abord la prendre. Donc en vérité, on est encore obligé de fonctionner comme cela pour dépasser cela. Alors par exemple dans le Parti Socialiste, il y a des statuts que je n’ai pas approuvés en leur temps, mais qui disent que le secrétaire doit être élu par les militants. Moi, écoutez, je préfère un secrétaire élu par les militants qu’un secrétaire désigné par l’Élysée ou désigné par l’oligarchie. Par conséquent je suis plutôt pour une élection. Election à laquelle je suis candidat d’ailleurs, pour essayer de dire que, moi, qui suis un militant et pas du tout un « godillot porte-parole chef bonapartiste » (je déteste tout cela). Mais je suis un militant et il faut bien qu’un militant se présente pour dire que les choses vont changer : pour aller vers une VIème République, pour réduire la durée du travail à 32 heures, pour revenir enfin à la retraite à 60 ans, pour prendre des mesures contre le chômage avec une augmentation du SMIC à 1800 euros, pour qu’il n’y ait pas plus de 5 % de précaires dans les entreprises, pour qu’on reconstruise un code du travail, pour qu’on fasse une réforme bancaire, une réforme fiscale, qu’on augmente les petits salaires, les petites retraites. C’est le programme de base que la gauche doit avoir et c’est vers cela qu’il faut qu’on se réorganise tous et c’est pour cela que je suis candidat, c’est pour essayer de faire prévaloir cette orientation.

L.S. – D’accord, merci beaucoup pour ces réponses. Bonne continuation.

G.F. – Je vous en prie. Merci à vous aussi, au revoir.

L.S. – Au revoir.

 

 

 

Il y a 77 ans, Léon Trotsky était assassiné par un agent de Staline.

Staline a réussi à tuer Trotsky mais pas ses idées.

TESTAMENT
Ma haute (et sans cesse montante) pression sanguine trompe mon entourage sur mon réel état de santé. Je suis actif et capable de travailler, mais l’issue est manifestement proche. Ces lignes seront rendues publiques après ma mort.
Je n’ai pas besoin de réfuter une fois de plus ici les stupides et viles calomnies de Staline et de ses agents : il n’y a pas une seule tache sur mon honneur révolutionnaire. Je ne suis jamais entré, que ce soit directement ou indirectement, dans aucun accord en coulisse, ou même négociation, avec les ennemis de la classe ouvrière. Des milliers d’opposants à Staline sont tombés victimes de semblables fausses accusations. Les nouvelles générations révolutionnaires réhabiliteront leur honneur politique, et agiront avec les bourreaux du Kremlin selon leurs mérites.
Je remercie chaleureusement les amis qui me sont restés loyaux à travers les heures les plus pénibles de ma vie. Je n’en nommerai aucun en particulier faute de pouvoir les nommer tous.
Cependant, je me crois justifié à faire une exception pour ma compagne, Natalia Ivanovna Sèdova. En plus du bonheur d’être un combattant pour la cause du socialisme, le destin m’a donné le bonheur d’être son époux. Durant les presque quarante ans de notre vie commune elle est restée une source inépuisable d’amour, de grandeur d’âme et de tendresse. Elle a subi de grandes souffrances, surtout dans la dernière période de notre vie. Mais je trouve quelque réconfort dans le fait qu’elle a connu aussi des jours de bonheur.
Pendant quarante-trois années de ma vie consciente je suis resté un révolutionnaire; pendant quarante-deux de ces années j’ai lutté sous la bannière du marxisme. Si j’avais à tout recommencer, j’essaierais certes d’éviter telle ou telle erreur, mais le cours général de ma vie resterait inchangé. Je mourrai révolutionnaire prolétarien, marxiste, matérialiste dialectique, et par conséquent intraitable athéiste. Ma foi dans l’avenir communiste de l’humanité n’est pas moins ardente, bien au contraire elle est plus ferme aujourd’hui qu’elle n’était au temps de ma jeunesse.
Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et de l’ouvrir plus largement pour que l’air puisse entrer plus librement dans ma chambre. Je peux voir la large bande d’herbe verte le long du mur, et le ciel bleu clair au-dessus du mur, et la lumière du soleil sur le tout. La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence, et en jouissent pleinement.
27 février 1940.
L. TROTSKY.
Coyoacan