Alain Supiot : ma rage et ma co­lère de­vant le drame que nous vi­vons

nous l’avons dit mille fois depuis plus de trente ans mais c’est alain supiot :

 

Lettre ouverte aux forces de gauche et progressistes

« Seul le choc avec le réel peut ré­veiller d’un som­meil dog­ma­tique »,a ré­cem­ment dé­claré Alain Su­piot, pro­fes­seur au Col­lège de France, dans un en­tre­tien ac­cordé au jour­na­lAl­ter­na­tives éco­no­miques.

Ce som­meil dog­ma­tique, nous le su­bis­sons de­puis plus de qua­rante ans. C’est celui qu’on nomme le néo­li­bé­ra­lisme. Il do­mine l’en­semble de la pen­sée des gou­ver­nants et, mal­heu­reu­se­ment, d’une ma­jo­rité des gou­ver­nés (sinon nous n’en se­rions pas là). Il peut se dé­fi­nir par une foi en un ordre spon­tané du mar­ché qui doit tout régir à l’échelle du globe, le droit et l’État étant eux-mêmes sous l’em­prise de cette loi du mar­ché et de ses cal­culs d’uti­lité éco­no­mique, dé­ter­mi­nant ce que doit être la vie des po­pu­la­tions.

C’est la dé­fi­ni­tion éla­bo­rée par son pen­seur Frie­drich Hayek (la Route de la ser­vi­tude,1944) et qui a com­mencé à se mettre en œuvre po­li­ti­que­ment avec Rea­gan et That­cher à par­tir des an­nées 1980 jus­qu’à nos jours. Contrai­re­ment à ce qu’avait pré­dit ce théo­ri­cien éco­no­miste, les in­éga­li­tés et in­jus­tices so­ciales ne cessent de gran­dir, en­traî­nant leur cor­tège de vio­lences, ter­ro­rismes et guerres.

Cette crise sa­ni­taire mon­diale, comme au­rait dû l’être celle fi­nan­cière de 2008, doit être une op­por­tu­nité pour sor­tir de ce som­meil dog­ma­tique. Bien sûr, nous pou­vons en­core rire jaune du dis­cours du pré­sident dé­cou­vrant l’im­por­tance de l’État, des ser­vices pu­blics et de la Sé­cu­rité so­ciale. En 2008, Ni­co­las Sar­kozy avait éga­le­ment dé­claré qu’on ne pou­vait pas conti­nuer à avoir des ac­tion­naires qui touchent 15 % de di­vi­dendes sup­plé­men­taires par an quand dans le même temps le PIB ne pro­gres­sait que de 1 %.

Pour l’un comme pour l’autre, les actes contre­disent et contre­di­ront leurs dis­cours. Les or­don­nances que le gou­ver­ne­ment vient de prendre contre le droit du tra­vail en sont la pre­mière illus­tra­tion.

Ma rage et ma co­lère de­vant le drame que nous vi­vons et qui touche bien sûr en pre­mier les plus fra­giles m’amènent à me poser la seule ques­tion qui compte, celle que pose Tho­mas Pi­ketty dans son der­nier livre : il ne suf­fit pas de cri­ti­quer le néo­li­bé­ra­lisme, il faut pou­voir pro­po­ser autre chose. Sans cet élan in­tel­lec­tuel et po­li­tique afin de pen­ser et d’agir pour la construc­tion d’un autre monde, les re­plis iden­ti­taires et autres po­pu­lismes que je nomme fas­cismes ont de beaux jours de­vant eux.

Il est urgent, au sor­tir de cette crise, que les forces de gauche et pro­gres­sistes, les pen­seurs et les in­tel­lec­tuels se ras­semblent, pas seule­ment en France mais aussi in­ter­na­tio­na­le­ment pour dé­fi­nir des axes de ré­flexion et d’ac­tion pour la construc­tion d’une mon­dia­li­sa­tion autre que la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale.

Pour le simple ci­toyen du monde que je suis, cette construc­tion doit pou­voir se faire au­tour du texte que viennent de si­gner 18 as­so­cia­tions et syn­di­cats.

Je me per­mets d’y ad­joindre des ré­flexions com­plé­men­taires ou si­mi­laires :

- Une autre concep­tion de la pro­priété des en­tre­prises per­met­tant un par­tage des pou­voirs et des biens avec les sa­la­riés, en fonc­tion des an­nées tra­vaillées, comme le sug­gère Em­ma­nuel Do­ckès dans­Voyage en Mi­sar­chie.

- La trans­for­ma­tion du tra­vail (et pas de l’em­ploi) en lui don­nant un nou­veau sta­tut, car la lutte éco­lo­gique ne peut se conten­ter d’une consom­ma­tion dif­fé­rente, il faut aussi une pro­duc­tion de biens et de ser­vices dif­fé­rente. De même, le dé­ve­lop­pe­ment du nu­mé­rique doit li­bé­rer le tra­vail pour le rendre épa­nouis­sant, au lieu de pro­gram­mer l’Homme tel un or­di­na­teur comme cela se fait au­jour­d’hui. Cela im­plique de ga­gner pour tous la ci­toyen­neté au tra­vail comme dans la cité.

Il s’agit aussi de ne plus pen­ser l’Homme et la na­ture comme des res­sources à ex­ploi­ter in­dé­fi­ni­ment par une mise en concur­rence pla­né­taire mor­ti­fère. Pour cela, il faut des ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales dignes de cette construc­tion ; pour­quoi, par exemple, ne pas agir pour que l’OIT (Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du tra­vail) ait plus de pou­voir que l’OMC (l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce), que le FMI (Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal), ou que les banques cen­trales ?

Enfin, don­ner la prio­rité par­tout à la santé, l’édu­ca­tion, et re­va­lo­ri­ser les mé­tiers es­sen­tiels à une vie en­semble. Je conti­nue à pen­ser qu’une aide-soi­gnante, une in­fir­mière ou une ins­ti­tu­trice (comme par ha­sard ce sont ma­jo­ri­tai­re­ment des mé­tiers fé­mi­nins) doivent être mieux payées qu’un tra­der.

Au sor­tir de cette grave crise mon­diale (le virus n’a pas plus de fron­tières que le nuage de Tcher­no­byl), il faut re­don­ner es­poir en un monde nou­veau à construire, ce qui im­plique de ne plus pen­ser et agir, et s’or­ga­ni­ser comme avant.

Chaque ci­toyen du monde a un rôle dé­ter­mi­nant à jouer, mais les forces pro­gres­sistes, les pen­seurs et in­tel­lec­tuels doivent se ras­sem­bler pour l’im­pul­ser en France et dans le monde. C’est l’ob­jet de cette lettre ou­verte afin que ma rage et ma co­lère se trans­forment en ac­tion et en es­pé­rance.

Comme dans les ma­ni­fes­ta­tions uni­taires de 2008, re­pre­nons le slo­gan : « Ne lais­sons pas les af­faires du monde aux seules mains du monde des af­faires. »

    alain supiot

 

Contrôler

Au boulot n° 492

Des contrôles zélés     lire l’humanité dimanche chaque semaine

 

La politique économique de Macron a paralysé l’économie du pays face au Covid19. La « France start up » était sans masques, sans blouses, sans gants, sans lits, sans respirateurs, sans tests, sans seringues, sans matériel médical, sans médicaments, sans soignants. Sa « société sans statut » sans code du travail, c’était sans les caissières, les éboueurs, les livreurs qui font l’essentiel alors qu’il sont les plus mal payés. Sa « fin des cotisations sociales » pour 30 millions de salariés, c’était la mort du pays. Ses mensonges sur les masques et les tests, coutent un confinement lourd, coûteux et prolongé. Faute d’avoir choisi d’investir dans les services publics, les hôpitaux notamment, le recul du PIB sera de 10 à 12 % de celui-ci.

Macron a voulu « économiser », il a coulé l’économie.

Certes, ce n’est pas comme après une guerre, l’appareil de production est intact et peut repartir, mais pour cela, il faut tordre le cou aux richissimes banques et faire payer les puissantes multinationales, partager le temps de travail, contrôler les licenciements. Et ça, Macron veut le contraire.

Jamais il n’y a eu autant besoin de droit du travail

Si « reprise » il y a le 11 mai c’est comme après une grève, aux conditions des salariés qui ont sauvé le pays, pas aux conditions des actionnaires qui n’ont servi à rien.

C’est la France du Smic qui a fonctionné, la France du fric doit payer.

Elle ne le fera pas spontanément sans y être obligée par l’état.

Sans obligation de maintien de l’emploi en CDI, sans respect des exigences salariales et écologiques, à quoi servent les 4 à 500 milliards mis sur la table par le gouvernement ? Sans contrôle, ni sanction ?

Nous voilà, en plus des 6,6 millions de chômeurs officiels Pôle Emploi, à 10 millions de chômeurs partiels, un salarié sur deux.

L’état paie.

Plus de 8 millions de salariés vont rester confinés en télétravail. Le gouvernement veut que ça continue après le 11 mai : or le chômage partieldes salariés est incompatible avec le télétravail. Lorsqu’un employeur demande à un salarié de télé-travailler alors que ce dernier est placé en activité partielle, c’est une fraude et du travail illégal. Pourtant cela se produit en masse. Et Mme Pénicaud freine l’action de l’inspection du travail, reprochant leur zèle à ses agents comme Anthony Smith.

Des salariés sont attirés par l’apparent mirage du télétravail. Ils y gagnent du temps de transport et une apparente liberté. Mais, sans contrôle zélé, attention : l’auto-exploitation à domicile peut devenir un enfer. Si le matériel n’est pas financé par le patron, s’il n’y a pas de définition précise du poste, s’il n’y a pas de fiches de travaux en équivalents horaires, on revient de façon «moderne» derrière l’ordinateur, au sort des dentellières à domicile ou des Canuts du 19° siècle.

Et ça, sans rupture avec Macron, c’est couru d’avance.

 

Gérard Filoche

 

 

 

 

 

 

 

Le 25 avril 1974, révolution des « oeillets » au Portugal, 25 avril 1975 : majorité PS-PCF à l’assemblée constituante

 

 

 

 

Il y a 46 ans… la grande révolution portugaise

Le 25 avril 1974, un empire colonial s’effondra, une révolution populaire abattit un des plus vieilles dictatures d’Europe, elle allait durer deux ans et transformer le Portugal.

Tout commença par une montée des luttes sociales, une déroute militaire et un éclatement de l’armée, une chanson « Grandola Vila Morena », des manifestations de masse extraordinaires, et il y eut six gouvernements provisoires entre le 25 avril 1974, le 25 avril 1975 (élection de l’assemblée constituante) et le 25 avril 1976 (élections législatives). Ce fut une période révolutionnaire intense, ou des courants radicaux s’affrontèrent dans toute le pays, et qui donna finalement le pouvoir aux organisations traditionnelles de la gauche, le PSP et le PCP.

Voici un extrait de « Mai 68 histoire sans fin » (Ed Gawsewitch, 600 p, 2008, G Filoche, 23 euros) qui raconte en partie ces grands évènements. Il s’agit d’une « mémoire » militants vue de France. Dans un autre livre malheureusement épuisé
« Printemps Portugais » (Ed. Actéon, 1984, G. Filoche 600 p) un récit et un bilan détaillé de cette révolution et de ses enseignements est tiré.

Vous trouverez ci après, un billet militant sur la célèbre chanson du 25 avril qu’on a ré entendue l’an passé, à Lisbonne.

Nous vous renvoyons au N° 212 de D&S de février pour une position de Mario Soarés (88 ans en 2014) qui a reconstitué le 31 mai 2013 à Lisbonne l’unité de la gauche (PSP, PCP, Bloc de gauche) contre l’austérité de l’actuel gouvernement de droite Passos Coelho. Il dénonce l’Europe de l’austérité et prône une révolution (pacifique) en Europe.

La révolution des œillets :
du MFA à l’Assemblée constituante

« Les vingt mois de révolution portugaise auraient dû nous immuniser contre la division PS et PC et nous apprendre concrètement l’impérieuse nécessité, dans l’intérêt des travailleurs, d’une ligne unitaire…

Après la “ révolution des Œillets ” du 25 avril 1974, les grèves se multiplièrent, le soulèvement des colonies força la main à l’armée. Le vieil empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais vacillait.

D’avril 1974 à mars 1975 ce fut une vieille baderne, le général Spinola qui tente de s’imposer ; Il se prenait pour De Gaulle à la Libération. Mais la force des luttes sociales pendant 10 mois le déstabilisa totalement. Spinola, qui cherchait à tout prix à freiner cette révolution que chacun pressentait, en Afrique comme au Portugal, tenta une manifestation de la “ majorité silencieuse ” a la façon de fin mai 68. Mais la manœuvre échoua, seule une “ minorité ténébreuse ” bougea, Spinola isolé dut remanier le gouvernement et le confier à des officiers confus, mais plus radicaux. Ce qui relança les manifestations, l’ébullition sociale, l’occupation des entreprises, la naissance de comités de quartier (moradores), les adhésions au syndicat…

Les militaires du MFA (Mouvement des forces armées composé de colonels, qui avait fait chuter la dictature de Marcelo Caetano le successeur du Dr Salazar) tentèrent en vain de canaliser ce déferlement. Ils voulurent imposer un syndicat unique par le haut. Évidemment, l’“ unicité ” syndicale, le syndicat unique obligé, n’était pas la même chose qu’une unification syndicale indépendante, venue d’en bas, souhaitée par les masses. Surtout dans un pays qui sortait de quarante ans de dicta- ture avec un syndicat unique vertical, étatique.

Des réactions se firent jour, qui opposèrent frontalement le PS et le PCP.
Mario Soares dénonça l’“ hégémonisme ” d’Alvaro Cunhal, ses pratiques totalitaires alignées sur Moscou et le stalinisme. Cunhal riposta : Soares était un diviseur, un contre-révolutionnaire, un social-démocrate de toujours, agent de Bonn et de Washington, en accord, même s’il le déguisait, avec Spinola. Les insultes fusèrent : “agents du KGB”, “agents de la CIA ”, “ totalitaires ”, “ impérialistes ”. Les maos, nombreux, prirent position pour le PS contre les “ nouveaux tsars ” agents de l’impérialisme moscovite. Les trotskistes et les guévaristes accusèrent la social-démocratie d’être contre-révolutionnaire et apportèrent peu à peu un soutien critique

au MFA et au PCP. “PCP! PCP! Assim se ver a força do PC, URSS, URSS, URSS ”, criait-t-on dans les meetings du PCP. “ Construire um pais livre ! Defénde alibertade ”, criait-on dans les meetings du PS.
En fin mars 1975, Spinola tenta un nouveau coup d’État, prétendument pour éviter une Saint-Barthélemy de ses partisans. Ce golpe échoua, Spinola dut s’enfuir. Le MFA, sous la pression de la rue, essaya d’éviter les élections, puis les organisa pour le 25 avril.
Les gauchistes – membres d’une dizaine de groupes différents, et ils étaient nombreux puisqu’ils rassemblaient, à ce moment-là, des centaines de milliers de manifestants à Lisbonne et à Porto – soit ne recherchaient pas ces élections, soit s’y ralliaient à contrecœur.
En France, chacun suivait la crise révolutionnaire portugaise avec des yeux de Mai 68. Serge July déplorait, dans Libération, l’organisation d’élections à une Assemblée constituante. Il aurait préféré que le MFA continue de gouverner : “ Ces élections vont principalement servir à légaliser et à remettre en selle la vieille droite salazariste. Autrement dit ces élections vont servir à tout le monde sauf au peuple portugais [...]. Jamais l’électoralisme et sa vanité ne sont apparus avec une telle lumière. ” Nous nous disputions aussi là-dessus dans la LCR. La majorité varia beaucoup. D’abord, elle nia qu’il y ait une révolution, affirmant que les lambertistes, qui le pré- tendaient dès avril 1974, exagéraient le mouvement des masses. Puis elle affirma qu’en mars 1975 il y avait eu une radicalisation et qu’en conséquence il ne fallait pas d’élection. Dès lors, elle mit (ce fut sur- tout le cas de Michel Lequenne, mais aussi d’Alain Krivine, de Daniel Bensaïd, de Robert March) tous ses espoirs dans le MFA, ce qui était étrange pour des antimilitaristes.

Mais fort heureusement ces élections eurent lieu et elles donnèrent, contraire- ment aux craintes de Serge July, une majorité absolue non aux salazaristes, mais à la gauche : 27,87 % des voix revenaient au PS, 12,53 % au PCP, et environ 8 % des voix se partageaient entre sept groupes d’extrême gauche. Soit 48,50 % des voix et 151 députés à la gauche, contre 34,50 % et 96 députés à la droite.

“ Ce peuple prétendument analphabète et incapable de bien voter fait mieux, à ce moment-là, que la classe ouvrière française, la majorité politique s’identifie à la majorité sociale, les voix du PS comme du PCP sont majoritairement ouvrières. À Portalegre, le PS gagne avec 52,40 % des voix contre 17,53 % au PCP. À Setubal la rouge, l’ouvrière, le PS dépasse le PCP : 38,15 % contre 37,82 %. À Beja, le PS réussit 34,49 % des voix alors que le PCP n’en fait que 3,5 %. À Evora, le PS l’emporte par 37,76 % contre 37,14 % pour le PCP. Cela démontre sans le moindre doute le partage qui s’opère au sein de la classe ouvrière. ”

Pourtant, le BP de la Ligue ne voyait pas du tout cela comme une victoire de la gauche. J’allai au Portugal, à mes propres frais, où je participai aux meetings, aux défilés et pus constater les ravages de la division. Tout le monde s’y rendait, d’ailleurs : “ C’est Cuba au bout de l’autoroute du Sud ”, écrivait Le Monde. J’ai encore l’image de Simone de Beauvoir, toute frêle, traversant la place du Rossio. Moi, je voyais mon ami Dominique Pouchin, assigné à résidence comme correspondant là-bas, je rencontrais aussi nos camarades de la Ligue portugaise et me lamentais de les voir faire les mêmes erreurs de positionnement que la Ligue en France.

Nous rediscutions même de la question du choix entre la construction d’un syndicat de soldats ou celle d’un Fsmar (Front des soldats, marins et aviateurs révolutionnaires) au sein de l’armée portugaise en crise. Nos débats avaient, au moins partiellement, des conséquences pratiques. Il y avait d’ailleurs des permanents de la Ligue sur place, Charles Michaloux, Olivier Martin, qui aidaient, conseillaient (fort mal) notre jeune groupe de camarades, quand ce n’étaient pas des dirigeants de

l’Internationale elle-même, Ernest Mandel ou Gerry Foley (un petit homme extraordinaire, Juif irlandais pour tout dire, qui par- lait vingt-trois langues et qui était spécialisé dans les questions des minorités nationales ; il fut exclu plus tard du SWP américain au milieu des années 1980 et fonda Socialist Action).

Bientôt, la division entre PS et PCP allait être telle à Lisbonne que le 1er mai 1975 deux cortèges s’affrontèrent physique- ment. Le PCP occupa le siège d’un des journaux favorables au PS, Républica. Le PS quitta ensuite le cinquième gouvernement provisoire de Vasco Gonçalves, déchaînant des manifestations de rue contre celui-ci, alors qu’il n’était plus composé que du MFA, du PCP et, bientôt, du FUR (Front uni- taire des révolutionnaires).

Le Portugal devenait un enjeu international entre l’URSS, les États-Unis et la Chine. Tous concouraient, pour des raisons différentes, à attiser les divisions et à stopper la montée, pourtant profonde, de la révolution.

La question portugaise dominait le monde… et Le Monde. Toute la gauche prenait parti. Tous les intellectuels allaient à Lisbonne. Les syndicalistes, les étudiants allaient voir la révolte des casernes, l’occupation des usines. François Mitterrand lui- même, dans un salon, mais à voix haute, déplora que “ les Français voient le Portugal à travers les yeux d’un trotskiste ”, accusant Dominique Pouchin, le correspondant du Monde, d’être ce qu’il n’était plus, d’ailleurs.

On aurait dit qu’à distance et au fur et à mesure des événements une sorte d’intériorisation s’opérait dans la Ligue, en France même, sur les choix à faire face à cette révolution. Pas seulement en France, mais dans tout le mouvement trotskiste international : des centaines sinon des milliers de pages furent écrites au jour le jour pour commenter, participer, suivre, aider, conseiller, influencer les militants qui agissaient là-bas.

Je prônai, en plein été 1975, une orientation de méfiance à l’égard du MFA auto- proclamé qui prétendait gouverner seul malgré le résultat des élections. Les militaires avaient appelé à voter blanc et se constituaient en élite supérieure à la majorité PS-PCP. D’où le risque d’un autre coup d’État.

Je prônai une ligne réclamant la fin de la division, l’unité PS-PCP, un gouvernement PS-PCP, l’unité de toute la gauche pour faire avancer les revendications populaires. Je fus interdit d’écrit dans Rouge, interdit d’expression publique sur ce sujet, malgré mon appartenance au Bureau politique. Il y avait toujours eu, dans la Ligue, des tentatives pour limiter la démocratie, elles resurgissaient de façon récurrente.

Michel Lequenne voyait dans le MFA le “ Parlement révolutionnaire ” qui devait conduire les masses portugaises à la victoire des soviets, lesquels se généralisaient, comme il le voulut le démontrer dans un film, Sétubal Rouge.

Pierre Frank, dans un Comité central réuni au local du ClAJ (Comité de liaison des Auberges de jeunesse) sur l’île de Migneaux, à Poissy, piqua, tout rouge, s’étranglant presque, une colère contre moi, expliquant que, sur le Portugal, il y avait, “ comme dans la révolution russe, un fossé entre bolcheviques et mencheviques ”, que je basculais “ irrémédiablement vers le menchevisme ”, que nul ne me laisserait “ plus jamais combler ce fossé ”, car il fallait “ lucidement choisir son camp en ce moment décisif ”. Indigné, je quittai immédiatement la TMI (tendance majoritaire internationale), après avoir proposé qu’elle se dissolve. Ce jour-là, fin août, j’osai quitter le Comité central, suivi seulement, car la terreur régnait, par deux des membres de ma propre tendance… Les événements allaient me donner raison, (et c’est pourquoi j’eus ce grand débat à cœur et j’écrivis avec ténacité, dix ans plus tard, un livre mémoire – laborieusement exhaustif – sur ce sujet).

Il n’y eut pas, ni à l’été ni l’automne 1975, une montée impétueuse des soviets portugais, comme la majorité de la Ligue croyait le voir. Ce ne fut pas l’heure du dépasse- ment des vieilles organisations traditionnelles, ni celle du passage définitif du PS de l’autre côté de la barrière de classe.

Nous avions commis une erreur en nous arc-boutant aux côtés du PCP et en voulant réaliser, comme en France, le Front unitaire des révolutionnaires (FUR), pour tirer le PCP vers la gauche de la gauche. Ernest Mandel eut tort de dénoncer publique- ment, au nom de la IVe Internationale, la “ contre-révolution démocratique ” conduite par le PS. D’abord parce qu’une contre-révolution ne saurait être démocratique, et ensuite parce que la révolution conduite par le MFA et le PCP n’avait aucune chance, elle, d’être démocratique.

Je protestai pour la première fois, dure- ment, sur une question théorique de fond ayant trait à la démocratie : la démocratie ne pouvait être qu’une arme de la révolution et non pas s’opposer à elle.

La ligne d’ “ hégémonie sur l’avant-garde large ” avait échoué, in vivo, et pourtant, en apparence, l’extrême gauche portugaise avait été, pendant quelques mois, la plus puissante d’Europe.

Non seulement il était à nouveau prouvé que le PS n’était pas bourgeois, mais on ne pouvait décidément pas faire avancer la révolution contre ou sans la grande masse des travailleurs qu’il influençait. L’usure du front constitué par l’extrême gauche et le PCP contre le PS se fit sentir dans tout le pays. Des barricades séparèrent même les deux camps de la classe ouvrière.

Cela conduisit tragiquement à un dernier coup d’État, le 25 novembre, qui, cette fois, eut raison du MFA, domestiqua l’armée, tout en permettant au PS de revenir au pouvoir, avant que de nouvelles élections législatives ne confirment, le 25 avril 1976, une deuxième fois, la volonté du peuple : une majorité de députés du PS et du PCP fut reconduite.

Nos camarades de la Ligue portugaise furent marginalisés, car ils n’avaient pas été au cœur des luttes politiques qui s’étaient déroulées au cours de cette longue crise révolutionnaire.

Ils avaient mal appréciés les rôles du PS et du PCP qui s’imposèrent ensuite. Quelle leçon !

(extrait de « mai 68 histoire sans fin ») repris dans « D&S » d’avril 2014

 

Lire « Printemps portugais » Gérard Filoche paru en 1984  éditions Actéon

 

Le 25 avril, ma journée des oeillets (Grândola vila morena)

Le 25 avril 1974 à 00h20, est diffusée sur les ondes radio portugaises, la chanson de Zeca Afonso, « Grândola, vila morena ». Cette chanson est le signal. Ce signal est une aurore. Les jeunes « capitaines d’avril » à la tête du Mouvement des Forces Armées lancent alors leurs chars sur Lisbonne afin de mettre un terme à l’une des plus longues dictatures d’extrême droite qu’ait subit un pays.

Aussi, chaque 25 avril, je m’écoute cette magnifique chanson, dans la version interprétée par la grande Amalia Rodrigues, avec des frissons … Vous trouverez ci-dessous les paroles de cette chanson, en portugais puis leur adaptation, la mienne, en français.

« 1- Grândola, vila morena… Terra da fraternidade… O povo é quem mais ordena… Dentro de ti, ó cidade.

2- Dentro de ti, ó cidade… O povo é quem mais ordena… Terra da fraternidade… Grândola, vila morena.

3- Em cada esquina um amigo… Em cada rosto igualdade… Grândola, vila morena… Terra da fraternidade.

4- Terra da fraternidade… Grândola, vila morena… Em cada rosto igualdade… O povo é quem mais ordena.

5- À sombra duma azinheira… Que já não sabia a idade… Jurei ter por companheira… Grândola a tua vontade.

6- Grândola a tua vontade… Jureiter por com- panheira… À sombra duma azinheira… Que já não sabia a idade. »


« 1- Grândola ville ensoleillée… Terre de la fraternité… Le peuple est celui qui gou- verne… A l’intérieur de ta cité.

2- A l’intérieur de ta cité… Le peuple est celui qui gouverne… Terre de la fraternité… Grândola ma ville ensoleillée.

3- A chaque carrefour une amitié… Sur chaque visage l’égalité… Grândola la ville ensoleillée… Terre de la fraternité.

4- Terre de la fraternité… Grândola ma ville ensoleillée… Sur chaque visage l’égalité… Le peuple y est celui qui gouverne.

5- A l’ombre d’un grand chêne… Dont je ne savais plus l’âge… J’ai juré d’avoir pour seule compagne… Grândola, ta volonté.

6- Grândola, ta volonté… J’ai juré d’avoir pour seule compagne… A l’ombre d’un très grand chêne… Dont je ne savais plus l’âge. »

Silgueiro Maia

couv printemps portugais

 

Depuis 2013 un nouveau « printemps portugais » : que la troïka aille se faire voir.

En mars 2013, ont été 1,5 million (l’équivalent de 11 millions de manifestants en France) dans les rues contre l’austérité, contre la troïka UE/BCE/FMI, contre Merkel et tous ceux qui donnent la priorité au remboursement de la dette aux banquiers. Ils ont chanté à nouveau Grandola Vila Morena, la chanson de la révolution portugaise, la « révolution des Œillets », celle qui donna le signe de la révolution portugaise le 25 avril 1974. (1)

En 1974-1975, la révolution contre la guerre coloniale que les armées portugaises menaient en Afrique. Ce fut aussi une révolution contre la « règle d’or » qu’impo- sait la dictature Caetano qui venait de succéder depuis 1969 à la dictature du « Doutor » Salazar, laquelle avait débuté en 1934. A l’époque, la dictature imposait « l’équilibre budgétaire » et le faisait payer au peuple : Salazar ne voulait pas qu’il manque un « escudo » dans les caisses de l’état à la fin de l’année, par rapport à ceux qui y étaient entrés. Il professait cette bêtise immense que « un état c’est comme un ménage, ça ne doit pas dépenser plus que ce que ça gagne ». Ce faisant, pendant 40 ans, Salazar avait fait du Portugal le pays le plus pauvre d’Europe, poussant plus d’un million de Portugais (sur 9 millions à fuir le pays). La « règle d’or » vue du Portugal est une sorte de crime économique prolongé sur 4 décen- nies terribles. Un monstre qui resurgit.

Et voilà que la troïka UE/BCE/FMI recommence Salazar et Caetano. Elle veut imposer la même sorte d’austérité permanente, le même genre de crime économique qui ne sert qu’aux banquiers et aux actionnaires. Donc le peuple chante l’hymne de la révolution, du printemps portugais, à nouveau.

Déjà en le 15 septembre 2012, le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho, obéissant au chantage de Merkel, Barroso, de l’UE, avait voulu abaisser les cotisations sociales des patrons de 22,5 % à 18,5 % et augmenter celles des salariés de 11,5 % à 18,5% : il y avait eu un tel raz de marée dans les rues des grandes villes portugaises qu’il avait du y renoncer. C’est la seule victoire des peuples d’Europe depuis l’ouverture officielle du chantage à la crise bancaire depuis 2009.

Et là, la troïka qui n’en a jamais assez, dont le but est de profiter de la crise pour imposer des régressions sociales à tous les peuples d’Europe, a encore exigé que Pedro Passos Coelho compense 78 milliards de crédit de la BCE par des baisses des salaires et des retraite, des hausses généralisées d’impôts, et des « économies » antisociales à travers d’une « reforme de l’état ».

Mais le pays a été submergé par une mobilisation sans précédent de Porto à Faro, dans toutes les grandes villes du pays. 400 000 à Porto, 800 000 à Lisbonne… (plus d’1,5 million d’habitants sur 9 millions, cela ferait l’équivalent de 9 millions de manifestants en France °). A l’appel d’un mouvement appelé « que la troïka aille se faire voir » mais aussi de la CGTP, c’est une marée humaine qui s’est mobilisée : « La troïka et le gouvernement dehors », « le Portugal aux urnes », « élec- tions maintenant », « démocratie participative ». « Qui s’endort dans la démocratie, se réveille dans la dictature », « Bandits, rendez-nous notre argent ». « C’est le peuple qui est souverain », une phrase correspondant à un des vers du chanteur engagé José Afonso, créateur de la chanson « Grândola Vila Morena », étaient le principal mot d’ordre des rassemblements.

Cela ressemble à du Hollande-Valls : : « les créanciers de la troïka pourraient consentir à un nouvel allégement des objectifs budgétaires du gouvernement, de plus en plus difficiles à respecter, alors que l’économie devrait cette année reculer de 2 %, soit deux fois plus qu’envisagé précédemment, et que le chômage a atteint le taux record de 16,9 %. »

Mais comme entre 10 à 15 % du peuple était dans la rue, ils ont gagné, le gou- vernement a du renoncer a exaucer toutes les volontés austéritaires voulues par l’Union européenne.

Lire « Printemps portugais » Ed. Actéon, 1984, Gérard Filoche

1) (Angra do Heroismo 50 | Barcelona 30 | Beja 1000 | Braga 7000 | Caldas da Rainha 3000 | Castelo Branco 1000 | Chaves 200 | Coimbra 20000 | Entroncamento 300 | Estocolmo 15 | Guarda 500 | Horta 160 | Lisboa 800000 | Londres 100 | Marinha Grande 3000 | Paris 100 | Portimão 5000 | Porto 400000 | Santarém 500 | Setúbal 7000 | Sines 120 | Tomar 200 | Torres Novas 250 | Viana do Castelo 1000 | Vila Real 1800)

 

L’effet différé de ce grand mouvement est l’actuel gouvernement d’union de la gauche, Costa, au Portugal, qui est, en 2020, le plus à gauche d’Europe.

 

M. le Président…. par Jean-Yves Lalanne maire de Billère Pyrénées-Atlantiques

Monsieur le Président, vous avez décidé l’ouverture des écoles, des cantines et des crèches à partir du 11 mai.

Comme des milliers de maires, d’élus, de fonctionnaires et de parents, je dis que ce n’est ni acceptable, ni raisonnable, ni gérable sans toutes les garanties sanitaires.

Il faut effectivement des masques, mais aussi des tests en masse pour le personnel enseignants, le personnel municipal et aussi les enfants. Ce matériel n’est pas garanti ! Ce sont les communes, les collectivités qui en sont réduites à commander, à faire fabriquer des masques dits alternatifs, des visières.

Mais nous parlons de quoi ? De diverses activités d’enseignement à destination de jeunes enfants concentrés dans des salles de classes, des salles de jeux, des cantines, qui ne respecteront pas les fameuses distances sociales à la base de toute la doctrine sanitaire.

Pour tous ces jeunes, ces situations mal maitrisées seront plus stressantes, plus traumatisantes que le confinement.

Mais justement, savez-vous, Monsieur le Président ce que les métiers de puéricultrice, d’enseignant, d’ATSEM, d’agent de restauration scolaire ou d’animateur de temps périscolaire impliquent de promiscuité avec les enfants dans les cantines, les dortoirs, les classes ? Comment penser que les gestes barrières pourront être respectés dans des dortoirs où les lits sont séparés de 30 cm ou dans une cantine qui doit déjà organiser 2 services de restauration pour gérer le flux des enfants en temps normal ?

Le ministre Jean-Michel Blanquer a fait évoluer sa position sur la « rentrée scolaire » avec une progressivité d’ouverture, mais très limitée dans le temps. Seulement quelques jours. De fait l’enseignement ne sera pas réellement assuré et nous aurons donc un « service minimum d’accueil généralisé » pour permettre aux parents salariés d’aller travailler. C’est la principale motivation puisque, ni les garanties sanitaires, ni les programmes ne seront assurés. La preuve en est le maintien de la fermeture des universités. Les étudiants, eux, ils se gardent tout seul.

Le danger est de créer de fait, des foyers de contamination, de propagation du virus et de créer une nouvelle vague tant redoutée qui submergerait les hôpitaux.

Tout cela pour ça ? Pour une période scolaire qui va aller du 11 mai au 15 juin, 1 mois voire 1 mois et demi d’activité scolaire et après qui gardera les enfants ?Le problème sera de nouveau posé. Il vaudrait mieux s’occuper de la fracture sociale et numérique et doter certaines familles de tablettes ou d’ordinateurs portables plutôt que d’improviser une aventure.

La jeunesse quand elle est scolarisée dans des salles de classes, à cause des phénomènes de concentration, devrait être considérée comme une population spécifique à risques comme d’autres population à risques.  Elle doit être préservée en l’attente du reflux du virus. Particulièrement si les protocoles sanitaires ne sont pas garantis.

Je préfèrerais savoir combien de centaines de millions de masques, de centaines de milliers de test PCR et sérologiques seront disponibles.

Je préfèrerais savoir où en est-on de la production de matériel médical, de respirateurs.

Je préférerais savoir où ont été prises les décisions de requérir les labo publics et privés pour produire suffisamment de tests.

Il vaut mieux le dire clairement Monsieur le Président : pas de rentrée sans garanties sanitaires

 

La #reprise ? C’est comme après une grève, elle doit se faire aux conditions des salariés pas à celles des patrons !

 

Le 11 mai, pas de reprise sans protection !

La stratégie du confinement a été adoptée parce que la France n’avait pas les moyens pour une autre stratégie. Nous n’oublierons pas ! Ce confinement douloureux n’est que la conséquence des politiques d’austérité envers les services publics. Macron avait tout misé sur les lacrymos pas sur les masques ni les hostos. Il avait un pognon de dingue mais pas de seringues ! Il payait cher la répression policière mais pas les infirmières !

Alors maintenant ça suffit : pas de déconfinement ni de reprise du travail ni d’ouverture des écoles le 11 Mai sans protection des salariés, des seniors et des enfants

Macron parle mais ne prend pas les moyens réels et suffisants pour un déconfinement le 11 Mai !

Tout le monde s’accorde pour dire qu’un déconfinement sans protections verrait la pandémie s’embraser et une deuxième vague submerger l’hôpital : le risque est considérable. Pour l’éviter, il faut disposer massivement immédiatement de masques, de blouses, de gants, de tests et des moyens pour isoler les porteurs du virus et aussi de lits de réanimation, de respirateurs, de matériel médical, de médicaments .

Tout le monde voit bien qu’on en est loin aujourd’hui. En France 30 000 tests sont faits chaque jour alors que l’Allemagne procède à 600 000 tests par jour. Il est question de fabriquer 17 millions de masques par semaine en mai, alors qu’il en faudrait 51 millions par jour. Même les annonces gouvernementales, apres tant et tant de mensonges,  reconnaissent maintenant cette pénurie dramatique.

Le décrochage scolaire est une réalité et révèle la fracture numérique. Il faut dès maintenant fournir une tablette à chaque enfant scolarisé. Et des moyens spécifiques pour des « décrocheurs ». Et plus de moyens et d’effectifs pour les écoles, collèges, lycées, universités.

Répondre aux inquiétudes dès maintenant

* contre la spéculation  financière, des milliards pour les hôpitaux publics, les ehpad publics, la recherche publique, l’école publique, les transports publics   !

Avant la pandémie, les minimas sociaux étant trop bas, beaucoup de bénéficiaires s’en sortaient en s’appuyant sur des aides secondaires (tarifs sociaux dans les cantines, distribution alimentaire, petits boulots non déclarés)

Pour faire face le gouvernement propose une aide exceptionnelle le 15 mai, alors qu’il faudrait revaloriser les minimas sociaux pour qu’aucun revenu ne soit inférieur au seuil de pauvreté (1026 euros)

* pour un chômage technique payé à 100 % : avec 84 % du salaire on ne fait pas face aux factures

Pour faire face aux dépenses courantes, il faut garantir 100% du salaire net.

Si cela ne suffit pas, les loyers, les factures d’eau et électricité, le remboursement des prêts devraient être différés (voire annulées pour les plus démunis). Suppression des frais bancaires

Le gouvernement suggère de verser des primes, il faut une augmentation de salaires de 300 euros pour tous les salariés de première ligne qui font tourner le pays. En majorité ce sont des femmes : égalité salariale femmes hommes.

Il faut imposer des règles strictes et contrôlables pour le télé-travail.

* la peur de perdre son travail  se rajoute à la peur de la maladie. Il faut une loi qui interdise les licenciements ainsi que le versement des dividendes et un salaire maxima.

Les « recommandations » aux entreprises ça suffit ! abrogation des ordonnances  du 23 mars 2020 : Non a la semaine de 60 h et a la journée de 15 h ! repos dominical et pas touche a nos congés payés !

Et les patrons, c’est contre les banques qu’il faut qu’ils se battent, pas contre les salariés !

Le gouvernement a su trouver les mesures contraignantes (13,5 millions de contrôles, mais pas de « tests ») envers les citoyens et prendre des mesures anti sociales. Pour ce qui est des entreprises il en reste aux » recommandations ».

Il faut des mesures contraignantes ! Hausse de l’impôt sur les grandes sociétés,  pas de dividendes en 2019 ni 2020.

Pourquoi ne pas faire comme au Danemark où les entreprises enregistrées dans les paradis fiscaux ou celles qui pratiquent le rachat d’actions ne recevront pas l’aide de l’Etat ? La priorité des aides doit aller aux petites et moyennes entreprises pour éviter la faillite. Il faut imposer aux assurances qui font des milliards de bénéfices de venir au secours.

Pour préparer le déconfinement, il faut prendre le taureau par les cornes ! Réquisitionner certaines usines pour fabriquer des masques, des respirateurs, des bouteilles d’oxygène (1) et les entreprises pharmaceutiques pour empêcher la pénurie de certains médicaments. Contraindre les industries du luxe de réorganiser leurs productions.

Rétablir un grand service 100 % public dans les Ehpad avec un financement par une cotisation spécifique de la Sécurité sociale, et une cotisation salariale et patronale sur tous les bulletins de paie.

Ces mesures se retrouvent dans les différents plans de mesures proposés par les partis de gauche et écologiques.

GDS a fait ses propositions détaillées, progressives, dans l’immédiat, pour le jour d’après et pour les lendemains, depuis le 7 avril : www.gds-ds.org   »Pandémie : urgence et jours d’après »

Il est grand temps d’agir ensemble, de constituer un comité de liaison permanent offrant ainsi une issue progressiste à cette crise : un gouvernement commun de la gauche pour supplanter Macron et son monde.

 

Coronavirus: Ken Loach dénonce la gestion au Royaume-Uni, « un chaos absolu »

sur huffington post

 

 

Pour le réalisateur Ken Loach, la crise du nouveau coronavirus au Royaume-Uni révèle d’énormes failles en matière de protection des travailleurs, entre autres.

Ken Loach estime que la gestion du coronavirus au Royaume-Uni est

ARTHUR MOLA/INVISION/APKen Loach estime que la gestion du coronavirus au Royaume-Uni est « un énorme scandale »

ROYAUME-UNI – Derrière la caméra, comme confiné dans sa maison, Ken Loach a la justice sociale chevillée au corps. Depuis sa résidence britannique, le réalisateur primé à Cannes ne décolère pas face à la gestion de la crise du nouveau coronavirus au Royaume-Uni.

Alors que Boris Johnson est de plus en plus critiqué, le cinéaste,“consterné” par l’impréparation du gouvernement n’hésite pas à parler sur France Inter, d’un ”énorme scandale”. “Des infirmières meurent, des médecins meurent, parce que le gouvernement, qui savait depuis la fin janvier que la crise arrivait, n’a pas pu leur fournir de protections. Et ça, c’est un énorme scandale.”, tonne Ken Loach, qui pointe également du doigt le drame qui se joue dans les maisons de retraites, autant au niveau des résidents que du personnel.

Pas d’équipement, pas de protection sociale

“Les maisons de retraite sont détenues par des sociétés privées. Et les aidants sont employés par des sociétés privées. Ils y travaillent au jour le jour, sans contrat sur la durée, parfois via des boîtes d’intérim. Ils touchent le salaire minimum (…) n’ont aucune garantie horaire (…) Et pourtant, on leur demande de mettre leur vie en danger, sans équipement de protection”, déclare le cinéaste qui estime que cette crise révèle le “chaos absolu” de ces services. Lesquels doivent selon lui retrouver le giron des services publics.

Ken Loach ne mise pas vraiment sur “l’après”, et apparaît peu confiant tant qu’un virage politique n’aura pas été entamé à partir des “leçons de cette crise”, ajoute-t-il, pointant du doigt une classe politique qui selon lui se base “sur la division des classes, le travail pas cher, le profit, les inégalités…”.

Pour autant, ajoute le réalisateur qui respecte le confinement à la lettre, cette crise à le mérite de rapprocher les gens entre eux. “Les gens sont devenus de bons voisins. Ils se préoccupent de la personne qui habite à côté, du vieillard au coin de la rue, ils prennent soin des enfants. L’air est plus pur. C’est comme si on était responsables les uns des autres”, détaille le cinéaste dont les voisins lui font par ailleurs régulièrement des courses.

 

Marne. La suspension de l’inspecteur du travail Anthony Smith passe mal

Mis en ligne le 17/04/2020 à 22:57Gilles Grandpierre

La direction du travail a suspendu l’un de ses inspecteurs pour manquements « graves et répétés ».

Anthony Smith est le représentant national de la CGT au conseil national des inspecteurs du travail.

Anthony Smith est le représentant national de la CGT au conseil national des inspecteurs du travail.

Gérard Filoche, Philippe Poutou, Adrien Quatennens… Quelques fortes voix de la gauche radicale se sont employées, hier, à faire monter la mayonnaise sur Facebook autour de la « suspension à titre conservatoire » d’un inspecteur du travail marnais, Anthony Smith. Prise « dans l’intérêt du service », la décision a été communiquée mardi à l’intéressé lors d’un entretien avec la direction départementale du travail. Son salaire est maintenu et une enquête administrative est en cours.

Militant CGT, représentant de son syndicat au conseil national des inspecteurs du travail, par ailleurs engagé dans la vie politique châlonnaise sous les couleurs de la Gauche démocratique et sociale (GDS), M. Smith est l’un des 20 inspecteurs du travail de la Marne.

Un référé contre une association d’aide à domicile

Selon la version présentée par la CGT, il avait envoyé à plusieurs reprises à des entreprises de son secteur des courriers leur rappelant leurs obligations sanitaires. « Depuis le début de la crise, nous avons été beaucoup saisis par des salariés inquiets », explique un de ses collègues. M. Smith était allé jusqu’à engager une procédure de référé visant une association d’aide à domicile, l’Aradopa, dont il estimait qu’elle n’avait pas pris les mesures suffisantes pour protéger ses salariés.

Devant son insistance, l’association aurait alerté la direction du travail, assure la version syndicale. « Il y a eu des échanges de mails dans lesquels la directrice du travail conseillait à l’Aradopa de ne pas répondre aux courriers de M. Smith, et l’association demandait en retour où en était le projet de suspension de l’inspecteur », affirme Sabine Duménil, la secrétaire départementale de la CGT.

“Depuis plusieurs semaines, M. Smith

a outrepassé ses pouvoirs”

 

La directrice du travail de la Marne conteste fermement cette interprétation : « L’association en question n’est pas le sujet et M. Smith le sait très bien. Depuis plusieurs semaines, il a outrepassé ses pouvoirs », explique Mme Zdenka Avril, qui s’en remet aux termes de la Direction générale du travail pour qui l’inspecteur a « enjoint aux employeurs des conditions de maintien d’activité non conformes aux prescriptions des autorités sanitaires ».

Autrement dit, il leur aurait imposé des obligations non prévues ou excessives. Autant de fautes commises, selon l’autorité centrale de l’inspection du travail de manière « délibérée, grave et répétée ». « Laisser croire que la suspension de M. Smith s’accompagnera d’une levée des contrôles des entreprises de son secteur est inexact. Les inspections se poursuivront », ajoute Zdenka Avril.

Outre la CGT, l’inspecteur suspendu a trouvé d’autres défenseurs dans les quatre partis composant la liste « Ensemble à gauche » (Ensemble !, PCF, PCF et GDS) aux dernières élections municipales châlonnaises. Ces formations s’étonnent notamment qu’il soit reproché à l’inspecteur d’avoir demandé à l’Aradopa de mettre des masques à disposition de ses aides à domicile, « alors que des salariés de cette association ont été hospitalisés et plusieurs autres en arrêt pour suspicion de covid-19 ». Pour ces partis et la CGT, la mise à pied de l’inspecteur est inséparable de la volonté gouvernementale de voir l’économie repartir « coûte que coûte ».

 

Gilles Grandpierre

 

Pénicaud met à pied un inspecteur du travail qui tente de faire appliquer le droit, la politique de mise en danger des salarié-es doit cesser !

Publié le 16 avril 2020 par CGT

Communiqué commun de la confédération CGT, de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat, du SNTEFP-CG et la CGT de la Marne


Anthony Smith, inspecteur du travail du département de la Marne, ancien secrétaire général de la CGT TEFP, membre de son bureau national et représentant des inspecteur-trices du travail au Conseil national de l’inspection du travail, vient de se voir notifier la suspension immédiate de ses fonctions « dans l’intérêt du service », à titre conservatoire, dans l’attente de la mise en œuvre d’une possible sanction disciplinaire.

Le motif de cette procédure d’une extrême violence ? Notre collègue et camarade a voulu continuer à exercer ses missions de contrôle du respect du droit du travail dans cette période où les salarié-es qui continuent de travailler sont encore davantage exposé-es qu’en temps normal. Il lui est ainsi notamment reproché d’avoir adressé des lettres de rappel de la réglementation aux entreprises de son secteur, et surtout d’avoir engagé « hors du cadre collectif de l’unité de contrôle » une procédure de référé visant une structure d’aide à domicile n’ayant pas pris de mesures suffisantes pour préserver la santé et la sécurité des travailleur-euses qu’elle emploie. Il lui est également expressément reproché d’avoir demandé à l’employeur de cette structure de mettre des masques de protection et d’autres équipements de protection individuelle à disposition des aides à domicile alors même que des salarié-es de l’association ont été hospitalisé-es et plusieurs autres  en arrêt pour suspicion de COVID 19.

Depuis le début de la crise sanitaire que nous traversons, l’orientation du ministère du travail est la poursuite de l’activité économique à tout prix, et quel qu’en soit le coût pour les salariés. La suspension de notre collègue et camarade s’inscrit dans la droite ligne de cette doctrine. Muriel Pénicaud veut faire régner la terreur dans les rangs de l’inspection du travail, perçue comme un obstacle à cette orientation, afin de dissuader les agents de contrôle de faire usage des pouvoirs que leur confère le code du travail. L’objectif est notamment d’éviter que les procédures en référé, comme celles qui ont été couronnées de succès dans le département du Nord, ne se généralisent sur le territoire.

A cette fin, comme le dénonce depuis maintenant plusieurs semaines l’intersyndicale CGT-SUD-FSU-CNT du ministère du travail qui vont saisir l’OIT, le ministère du travail est prêt à toutes les dérives et n’hésite pas à violer allégrement les textes nationaux et internationaux, notamment l’article 6 de la convention n°81 de l’OIT qui rend les agent-es de l’inspection du travail indépendant-es « de toute influence extérieure indue ».

Car cette procédure infâme est engagée sur fond de complète collusion entre la hiérarchie locale et l’employeur visé par l’assignation en référé, important pourvoyeur d’emplois à Reims. Relayant les pressions du pouvoir politique et du patronat, la responsable départementale de la DIRECCTE de la Marne a ainsi ouvertement invité par écrit l’employeur à faire obstacle au contrôle engagé en lui conseillant de ne plus répondre aux sollicitations de l’inspecteur du travail et de « mettre cette correspondance de côté ». L’employeur s’est même enquis par courriel du 11 avril 2020, soit avant que notre collègue ne soit informé de son existence, de l’avancement de la procédure disciplinaire en ces termes éloquents : « où en êtes-vous de la procédure le concernant ? ».

Les responsables nationaux du ministère du travail qui ont choisi de relayer et d’amplifier ces manigances se couvrent de honte et devront en répondre. Car en empêchant sciemment une procédure de référé, pouvoir propre de l’inspecteur-trice du travail, d’aller à son terme, l’administration engage aussi sa responsabilité quant aux conséquences possibles et prévisibles pour les salarié-es concerné-es dont l’exposition au risque perdure aujourd’hui.

La CGT invite l’ensemble du monde du travail à dénoncer cette mesure grave qui participe d’une offensive généralisée contre les droits des salarié-es au prétexte de l’urgence sanitaire. Elle exige le retrait immédiat de la mise à pied d’Anthony Smith et l’abandon de toute procédure disciplinaire.

Elle demande l’arrêt de toutes les pressions et représailles à l’encontre des agent-es du ministère du travail qui tentent de mener à bien leurs missions dans ces circonstances exceptionnelles.

AccueilInspection du travailLibertés et droits d’expression, non à la répression !

 

« Les quatre partis politiques composant la liste « les Châlonnais-es ENSEMBLE À GAUCHE » (Ensemble!, LFI, PCF ET GDS) ainsi que l’ensemble des colistiers s’unissent en une seule voix pour dénoncer avec force l’attaque inique contre notre colistier et camarade Anthony Smith!

Anthony Smith, inspecteur du travail du département de la Marne, responsable syndical au Ministère du travail et représentant des inspecteur-trices du travail au Conseil national de l’Inspection du Travail, vient de se voir notifier la suspension immédiate de ses fonctions « dans l’intérêt du service », à titre conservatoire, dans l’attente de la mise en œuvre d’une possible sanction disciplinaire.
Notre colistier et camarade a voulu continuer à exercer ses missions de contrôle du respect du droit du travail dans cette période où les salarié-es qui continuent de travailler sont encore davantage exposé-es qu’en temps normal.

Il lui est ainsi notamment reproché d’avoir adressé des lettres de rappel de la réglementation aux entreprises de son secteur, et d’avoir engagé une procédure de référé visant une structure d’aide à domicile n’ayant pas pris de mesures suffisantes pour préserver la santé et la sécurité des tavailleur-euses qu’elle emploie. Il lui est également expressément reproché d’avoir demandé à l’employeur de cette structure de mettre des masques de protection et d’autres équipements de protection individuelle à disposition des aides à domicile alors même que des salarié-es de l’association ont été hospitalisé-es et plusieurs autres en arrêt pour suspicion de Covid-19.

Nous dénonçons cette mesure grave qui participe d’une offensive généralisée contre les droits des salarié-es au prétexte de l’urgence sanitaire.
Nous exigeons le retrait immédiat de la mise à pied d’Anthony Smith et l’abandon de toute procédure disciplinaire.
Nous demandons l’arrêt de toutes les pressions et représailles à l’encontre des agent-es du ministère du travail qui tentent de mener à bien leurs missions dans ces circonstances exceptionnelles »

Pour « Ensemble !, La France Insoumise, Parti communiste Français et La Gauche Démocratique et Sociale »

Gérard BERTHIOT

 

 

stock de vieux

 

Stock de vieux

Pour Macron les vieux c’est trop coûteux. Alors Macron a voulu casser les retraites parce que le «stock de vieux» comme il dit, est trop grand : 14 millions actuel et demain 17 millions. Ca fout en l’air sa « règle d’or » : pas plus de 14% du PIB pour les vieux ! (si le PIB se contracte de – 6 % les pensions aussi) Augmenter la CSG, désindexer les retraites des prix, inventer un système de «points» sur 43 annuités de cotisations, Macron a tout fait pour imposer ça contre des milliers de manifestations, grèves et contre 70 % de l’opinion.

Et puis est arrivée la pandémie du covid19 : le monde de Macron n’y était pas du tout préparé.

Macron avait un pognon de dingue mais pas de seringues, des lacrymos mais pas d’hostos, des boucliers mais pas de masques, ni lits ni respirateurs. Il a voulu pister mais pas tester. Il payait cher ses flics mais pas nos soignants. Il flattait les premiers de cordée du CAC 40, mais ce sont les derniers de corvée, la France du Smic qui s’est mise à faire tourner le pays. « Ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Mais les smicards sont volontiers gilets jaunes et syndiqués, Macron se fait siffler partout. Fébrile, il a suspendu sa casse des retraites. Il a dit : «c’est pour apaiser ».

Macron a calculé que ça serait compensé si le «stock» de vieux baissait. On pouvait y parvenir dans les 7500 Ephad,  Karine Lacombe, l’a dit le 29 mars : « On ne met pas les personnes âgées en réanimation car ce serait inconfortable pour elles ». Ne pas les sauver à tout prix. Avec le Ritrovil, c’est une « mort douce » sans masques et sans lits d’hôpital, sans respirateurs, sans soignants, ça tombe bien. Pas pour les «vieux» en général, ils seront triés, mais pour les vieux pauvres…

Un sénateur US : “La vraie question est la suivante : allons-nous couler toute l’économie pour sauver 2,5 % de la population qui, en règle générale, 1) coûtent cher à la société et 2) ne sont pas productifs ?” L’animateur radio US, Glenn Beck évoque “la possibilité de sacrifier des vies pendant l’épidémie de coronavirus pour sauver les États-Unis et leur économie”. En France un journaliste, Jean Quatremer a dit à peu près pareil. Sur France 2, Elise Lucet rapporte qu’un médecin dénonce le fait «qu’on veut éliminer les personnes de 70 à 90 ans».

C’est une autre façon de baisser les retraites.

On ne laissera pas faire : nationalisation de tous les EPHAD, y injecter des tout de suite « quoiqu’il en coûte, »  un grand service public de la dépendance, financé par une branche spéciale de cotisations salariales et patronales de la Sécurité sociale ! Et tant pis pour le groupe « Korian » machine à cash leader du marché des Ehpad, mouroirs sans assez de personnel, sans amour, sans soin : ses actionnaires seront expropriés, ça sera compensé par des applaudissements publics le soir à 20 h.

Gérard Filoche

 

lire l’humanité dimanche chaque semaine, chronique « au boulot »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PS : Jacques Brel

 

Les vieux ne parlent plus
Ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres
Ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre
La lavande et le verbe d’antan
Que l’on vive à Paris, on vit tous en province
Quand on vit trop longtemps
Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde
Quand ils parlent d’hier
Et d’avoir trop pleuré que des larmes encore
Leur perlent aux paupières
Et s’ils tremblent un peu
Est-ce de voir vieillir la pendule d’argent
Qui ronronne au salon
Qui dit oui qui dit non, qui dit « je vous attends »

Les vieux ne rêvent plus
Leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort
Le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus
Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore
Bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil
L’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus
laide
Et le temps d’un sanglot
Oublier toute une heure la pendule d’argent
Qui ronronne au salon
Qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas
Ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main
Ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là
Le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n’importe pas
Celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être
Vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent
En s’excusant déjà de n’être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d’argent

 

 

au boulot n°489 Ma vie de non confinée

 

« Je ne suis pas confinée mais je peux arriver à 5 h 45 au lieu de 5 h 20. J’ouvre la lourde grille, la repousse et remonte le rail que j’enfourne dans l’encoignure en faisant attention à ne pas me coincer le doigt. J’enclenche l’Olophane et vais à ma recette. Je fais des essais de Tétra pour signaler ma présence au Pôle. Je fais un tour et vérifie toutes les installations, appareils de vente, de contrôle, escaliers mécaniques, extincteurs, éclairages de sécurité. Je vérifie qu’il n’y a pas de PSIE (« personnes séjournant indument dans l’espace »).

 

Puis je reste 8 h (au lieu de 7 h) dans ma recette (5 m2) une lumière qui fait mal aux yeux et deux écrans. Tous les jours je dois m’occuper des appareils de vente, les recharger avec les pièces qui sont dans l’armoire forte. Et sur l’un des écrans je dois renseigner tout ce qui se passe sur la main courante informatique, même quand je fais pipi et que je tourne l’ardoise qui précise « je reviens dans quelques instants ». Pas le droit de téléphoner, de manger, de boire, pas de musique, ni lecture. Rester assise, visible par les clients (on ne dit plus « voyageurs »). Une pause de 20’ sans sortir. Surveillée par des « clients mystères » qui passent vérifier.

 

50 stations sur 302 sont fermées. Pas de proximité entre agents, s’il y a du surplus, les agents sont d’astreinte, chez eux. Soixante cas de Covid19 déclarés parmi les agents dont une dizaine critiques et deux morts : un cadre aux BUS et un autre aux GPSR (département sécurité de la Ratp) : 10 lingettes désinfectantes et 1 tube de gel hydro-alcoolique à disposition pour chaque agent par semaine. Des agents propreté supplémentaires (Chalencin, Onet) recrutés pour désinfecter les surfaces de «contact» équipés de chiffons (des taies d’oreiller d’hôtel reconverties) et d’un spray rempli d’un liquide violet et marqué d’un X au marqueur noir. Ils nettoient toutes les surfaces avec les mêmes chiffons, nous laissant tous sceptiques sur l’efficacité du geste.

 

Couloirs vides, personne ne nous sollicite, sauf sur la ligne 13, qui vient de Saint-Denis, Gennevilliers et Asnières : ses rames chargées déversent à Paris des travailleurs pauvres et contraints. Les pickpockets errent, plus maigres et sales que d’habitude, il n’y a plus de souris ni de rat.

Cerise sur le gâteau, la prime sur l’intéressement : « AMUNDI » nous promet des intérêts conséquents en cas de placements de nos primes chez eux, si elles y sont bloquées pendant 5 ans. Une minorité d’agents qui leur avaient déjà confié leurs primes ont perdu tous ces intérêts plus une partie de leur argent initial. Cette année pas un seul ne va risquer d’y mettre le montant de sa prime déjà amputée de 5€ par jour d’absence, grève comprise. »

 

Gérard Filoche

 

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