Hollande, Valls, ça suffit ! occupez vous de vos hooligans et casseurs, respectez et entendez la belle mobilisation populaire majoritaire

 

Le 14 juin, la plus grande manifestation intersyndicale du quinquennat a eu lieu. Un énorme succès pour une très belle et très puissante mobilisation populaire. Malheureusement la réponse du gouvernement est la menace et le refus.

 

Menace d’interdire les manifestations syndicales, refus de toute discussion sur la loi travail qu’il veut faire passer de toute force en juillet à l’Assemblée … une nouvelle fois, Valls tourne le dos à la gauche. Il est des moments historiques où des dirigeants issus de la gauche tournent le dos à son histoire. C’est manifestement le cas de Manuel Valls aujourd’hui.

Comme Clémenceau !

Manuel Valls cherche à diviser le mouvement syndical en tapant sur la CGT alors que depuis plus de 3 mois c’est une intersyndicale unie qui appelle aux manifestations et aux grèves. Depuis des années il ne fait aucun mystère de ses orientations. Il les impose  malgré ses tout petits scores au sein du Parti socialiste à la primaire de 2011.

Fermer les yeux, accepter la remise en cause de la stratégie d’Union de la gauche au nom de la loyauté ou du fait d’une sidération à ne garder qu’entre soi … c’est contribuer à l’échec en 2017. Et au-delà à la disparition de la gauche pour plusieurs années.

Croire qu’après une défaite, il sera temps de reconstruire est un aveuglement coupable. Que le PS soit obligé, après l’échec annoncé de 2017, de changer ses dirigeants et de se réinterroger sur sa stratégie est une évidence. Mais ce sera un enjeu interne d’appareil avec le risque de disparaître

Croire, que dans les mêmes conditions, l’autre gauche ou l’écologie militante – ensemble ou séparément – pourraient construire une alternative majoritaire est tout aussi illusoire. Reconstruire sur des ruines, ce serait engager un cycle très long pendant lequel les conditions de vie de millions de famille, de jeunes, de salariés seraient dégradées.

Rassembler à gauche

On ne peut accepter ces impasses !

Que Hollande et Valls s’occupent de leur hooligans et de leurs casseurs qu’ils respectent et entendent la belle mobilisation populaire majoritaire.

C’est une autre voie qu’il faut prendre. Assumer l’opposition à Valls ! Appeler au rassemblement de toute la gauche et des écologistes. Les socialistes ont toute leur place dans cette bataille décisive.

Cinq défaites électorales, 50 % d’abstentionnistes d’un côte ! Près de 80 % contre la loi travail et sa logique de l’autre. Tel est le constat et le point de départ de construction d’un projet alternatif majoritaire à gauche. Nous appelons au rassemblement et au sursaut à gauche contre Valls et la politique néolibérale et répressive qu’il mène. C’est sur le social, l’avenir de la planète, le partage des richesses que nous appelons à nous rassembler.

 

C’est le sens de l’appel des 100 que nous appelons à signer sur le site  www.appeldes100.org en organisant partout des réunions larges, des forums, des tables rondes pour discuter du plan de mesures d’urgence sur lequel nous rassembler

Rassembler le mouvement syndical ! Rassembler la gauche associative, citoyenne, militante, rose, rouge, verte et aller chercher les 50 % d’électeurs qui s’abstiennent, une plateforme commune, des primaires, un candidat unique, c’est la clé du changement, c’est la clé du sursaut et de la victoire.

 

SUR L’INSTRUMENTALISATION DES VITRES DE L’HÔPITAL NECKER – TÉMOIGNAGE D’UN PARENT

« Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? »

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ce témoignage à vif.

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voit un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, qu’elles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établi un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : le lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.

 


 

Communiqué de la CGT - 15 06 2016.pdf


Communiqué de la CGT - 15 06 2016.pdf

Vive l’OIT – Pour un « travail décent » – Mais comment Sarkozy a t il pu se permettre à Genéve le 15 juin 2009 un tel double langage ?

« Pour que l’OIT et l’OMC soient deux organismes qui travaillent à parité de façon à rendre le droit du travail constitutif du droit de la concurrence ».Je n’ai pas souvent eu l’occasion de faire des amendements majoritairement adoptés dans une assemblée de type parlementaire, mais ce fut le cas, en novembre 1999, au Conseil économique et social, à la première réunion à laquelle je participais comme « personnalité qualifiée », dans la section « travail ».

C’était dans le cadre d’une demande d’avis de la part du gouvernement Jospin, à l’occasion du sommet de l’OMC à Seattle – lequel fut l’objet ensuite de manifestations de masse qui l’empêchèrent quasiment de se tenir. L’idée était de donner à l’OIT ( un « G183 »)  les mêmes droits de contrôle, de sanction, d’intervention que l’OMC, et de rendre ses conventions aussi incontournables que l’OMC prétendait le faire avec les siennes.

L’OIT est en effet, un organisme essentiel, sous estimé, sous employé,  pour tous ceux qui veulent une autre gouvernance mondiale que celle du prétendu et féroce « libre-échange » ou les diktats du FMI et de la Banque mondiale. Avec l’ONU, l’OMS, une OME, l’OIT devrait avoir des pouvoirs d’action capables d’imposer des droits sociaux mondiaux pour les travailleurs, un « travail décent » pour toutes et tous sur cette planète.

Mais une prestation comme celle de Nicolas Sarkozy, lundi 15 juin 2009, venu pérorer à Genève est faite pour brouiller toute piste réelle en ce sens, tout espoir…

Car l’homme y a prôné, en tant que « Président de la république », devant le monde entier le contraire de ce qu’il fait  en France : alors, évidemment quel crédit donner à une « gouvernance mondiale », quelle autorité à une OIT dont les membres dirigeants se comportent ainsi ? Ca discrédite tout, les mots, les analyses, les programmes, les promesses, le droit, la droiture, la République, tout.

Surtout quand Sarkozy prétend que  » Quand on veut que les autres fassent la même chose que soi, mieux vaut faire soi-même ce qu’on doit faire en temps et heure » ! On est au comble de la schizophrénie !

Car contre toute vraisemblance, Sarkozy a osé défendre lundi 15 juin à Genève un renforcement du rôle de l’Organisation internationale du travail (OIT) avec « pouvoir de sanction » face aux grandes institutions financières telles le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) alors qu’en France il laisse faire 2000 chômeurs par jour en refusant de contrôler les licenciements abusifs.

Dés lors comment considérer :

-    que Sarkozy ait défendu à Genève  des normes de droit du travail comme devant être obligatoire, « sinon c’est comme une feuille qui s’envole au vent »,  alors qu’ à Paris, il défend le libre échange, et passe le Code du travail recodifié à l’acide ?

-    que Sarkozy ait condamné le « dumping social », alors que même en Europe où il existe pourtant 19 Smic dans 27 Etats, il est opposé  à l’alignement par le haut vers un Smic unique, arme essentielle s’il en est, contre le « dumping social » ? Et alors qu’il a défendu le TCE et imposé sans référendum le traité de Lisbonne qui interdisent toute harmonisation sociale et fiscale ?

-    que Sarkozy qui défendait dans sa campagne électorale les subprimes, les prêts hypothécaires, la déréglementation boursière, les nouvelles règles comptables américaines, les stock options, prétende à l’OIT qu’il veut « revoir la surveillance prudentielle des banques, réglementer les hege funds, les règles comptables, les modes de rémunération… »

-    que Sarkozy y dénonce la marchandisation « des activités humaines comme la santé l’éducation, la culture, la bio diversité, le travail » alors qu’il privatise en France les hôpitaux, les écoles, la sécurité sociale, les transports, l’énergie, les communications, la SNCF, la Poste..

-    Que Sarkozy  dénonce la « soumission au droit des affaires des normes sociales et environnementales », alors qu’en France, il œuvre à dépénaliser le droit des affaires, les abus de biens sociaux, le droit du travail…

-    Que Sarkozy condamne le «  tout pour le capital et rien pour le travail », appelle à une forte régulation financière internationale notamment par la taxe Tobin, dénonce de la cohabitation de l’abondance et de la misère, alors qu’il a instauré un bouclier fiscal pour les plus riches des capitalistesqu’il a facilité les heures supplémentaires pour ceux qui ont un travail au détriment des victimes du chômage de masse, et refusé toute taxe de type Tobin, alors qu’il organise le « travailler moins pour gagner moins« , c’est à dire le travail partiel forcé ?

-    Que Sarkozy demande des droits pour un travail décent alors que c’est sous sa présidence à la tête de l’Europe qu’il a défendu une semaine de 65 h maxima à la place d’une semaine de 48 h maxima et si cela a été repoussé, c’est par le Parlement européen le 17 décembre 2008 !

-    Que Sarkozy n’a jamais lorsqu’il était président de l’Europe, mis aucune des questions sociales pour lesquelles il plaidait lundi 15 juin  à l’OIT à l’ordre du jour, au contraire toutes ses lois vont dans le sens de déréguler le marché du travail pour faire baisser les salaires et assouplir les horaires, heures supplémentaires, faciliter la précarité, les CDD, les prêts de main d’oeuvre, fragiliser les chômeurs, etc.

-    Que Sarkozy dénonce et critique les pays comme les USA, le Japon, l’Inde ou la Chine, qui ne ratifient pas suffisamment les conventions de l’OIT, mais qu’il ne les fasse pas respecter en France (comme la convention 81 sur l’inspection du travail, ou celle sur le travail de nuit des femmes…)

-    Que Sarkozy défende devant l’OIT des salaires décents alors qu’il bloque le Smic et les minima sociaux en France depuis trois ans, que le salaire médian est bloqué à 1450 euros, que, de ce fait les caisses de protection sociale n’ont plus de recettes suffisantes pour faire face à la dégradation des conditions de travail, de vie, de logement ?

-    Que Sarkozy ait imposé 41 annuités de cotisations pour le droit à la retraite et qu’il propose même, le 14 juin, de repousser à 67 ans … sans doute pour « ré équilibrer le partage entre capital et travail » ainsi qu’il prétend dans son discours à Genève du 15 juin.

-    Que Sarkozy ait développé une politique anti immigration honteuse, qu’il laisse perdurer massivement dans le bâtiment, la restauration, la confection, l’agriculture, le travail illégal, qu’il dénonce le « travail forcé » à Genève alors qu’il signe des traités pour de grands travaux (Louvre, base militaire…) avec Abu Dhabi et les Emirats qui usent et abusent du travail forcé !

-    Que Sarkozy juge à Genève « chimérique et irresponsable de croire que les peuples subiront sans rien dire les conséquences de la crise« . Alors que l’OIT prévoit une hausse de 50 millions des chômeurs tandis que 200 millions de travailleurs vont basculer en 2009 dans la pauvreté extrême, Sarkozy ignore t il qu’en France la pauvreté et les inégalités s’accroissent en même temps ?

-    Que Sarkozy prône une « révolution dans la gouvernance mondiale pour que les normes qui sont inscrites dans les accords internationaux soient effectivement appliquées » mais elles ne le sont pas en France où un milliard d’heures supplémentaires sont faites par les salariés sans être payées ?   Alors que tous les services de contrôle en France, douane, inspection du travail, concurrence, consommation, santé au travail, sont systématiquement affaiblis et ce, au détriment de la lutte contre les contrefaçons,  pour l’hygiène et la qualité alimentaire, pour combattre les produits fabriqués par les enfants ou des travailleurs sans droits syndicaux dans le monde…

-    Que Sarkozy s’écrie : « « Ou nous aurons la justice ou nous aurons la violence ! » alors qu’il criminalise les actions syndicales, limite les droits syndicaux élémentaires dont le droit de grève par la loi et en pratique, supprime des prud’hommes, les Tass, des tribunaux de proximité, multipliue les bavures policiéres.

-     Que Sarkozy défende l’idée que, lorsqu’ils « viennent au secours d’un pays », le FMI et la Banque mondiale doivent « lui demander de respecter des règles élémentaires en matière… de droit du travail » n’est-il pas strictement contradictoire avec la pratique du FMI dirigé par M Strauss-Kahn nommé par Nicolas Sarkozy ?

-    Que Sarkozy prévoit la continuation de la crise financière et économique, et réclame de « reconstruire le système financier » n’est-il pas contradictoire avec le G20 qui n’a rien décidé mais dont Sarkozy a dit monts et merveilles à Londres dés sa sortie ?

Comment est ce possible d’atteindre un tel niveau de double langage ?

Que fait l’opposition ? Que dit le Parti Socialiste ? Ou est la presse ?  Que ne s’indigne t elle pas de pareil procédé, inouï quand même  ?

Pourquoi ne dénonce t on pas, en cette occasion criante, le projet global antisocial sarkozyste réel, le pire qui ait jamais été mis en oeuvre en France depuis 60 ans ?

Car c’est bel et bien Sarkozy qui s’attaque systématiquement à tout ce qui reste du programme du Conseil national de résistance, à tout ce qui est social et socialisé dans notre pays,  y compris aux « amortisseurs sociaux » (selon l’expression de François Fillon) qui protégent encore un peu la France de toutes els catastrophes de la crise du capitalisme ?

Sarkozy a défendu à Genève le contraire de tout ce qui est mis en œuvre dans une France où il dirige pour le seul confort des 2 % les plus privilégiés de la population, théorisant même que l’enrichissement des riches tire tout le monde vers le haut, alors que chaque jour c’est la rapacité des actionnaires, comme il le reconnaît à Genève, qui plonge le monde – et notre pays – dans le désordre ?

 

LISTE DES RECULS de la dernière mouture de la LOI UBER/EL KHOMRI (Après le 49-3 et la commission Sénat)

 

  1. A. Les reculs directs de la loi
  2. La durée légale du travail, 35h par semaine, avait été de fait supprimée par les deux premières moutures de la loi dans le préambule du futur code du travail issu de la commission Badinter. Mise à l’écart devant la mobilisation naissante contre la loi, cette suppression a été rétablie par la commission du Sénat (majoration d’heures supplémentaires à partir de 39h) (article 2)
  3. Le décompte des heures supplémentaires sur une période supérieure à la semaine est possible sur décision unilatérale de l’employeur (9 semaines dans les entreprises de moins de 50 salariés, 4 semaines dans celles de plus de 50 salariés) (article 2)
  4. La mise en place d’horaires individualisés dans les entreprises dépourvues de représentants du personnel peut être autorisée par l’inspecteur du travail sans qu’il ait, comme aujourd’hui, à constater auparavant l’accord du personnel. Et dans les entreprises qui ont des représentants du personnel, l’employeur n’aura plus, comme aujourd’hui, à informer l’inspecteur du travail de la mise en place de ces horaires  (article 2)
  5. La mise en place de forfaits en jours ou en heures peut être faite par accord avec un simple salarié mandaté par une organisation syndicale (article 8) ; la commission du Sénat a ajouté la mise en place par décision unilatérale de l’employeur
  6. Le fractionnement du repos quotidien et hebdomadaire (soumis à négociation avant le 1er octobre 2016 – article 26)
  7. Modification de la définition du travail de nuit (article 2)
  8. Alignement sur le régime concordataire d’Alsace-Moselle pour le choix de la journée de solidarité (article 2)
  9. Suppression de la consultation des délégués du personnel pour la fixation de la période de prise de congés payés (article 2)
  10. Suppression de l’accord des délégués du personnel et de l’accord du salarié salariés pour le fractionnement des congés payés opéré par l’employeur à l’occasion de la fermeture de l’établissement (article 2) +  Suppression des jours de congés supplémentaires pour fractionnement (article 2)

11.  Disparition du congé de formation économique sociale et syndicale (renvoyé à un décret ?)

12. Temps de travail du personnel navigant (article 6)

13. Quels qu’en soit le domaine, tous les accords d’entreprise pourront être négociés avec un simple salarié mandaté par une organisation syndicale (article 8)

14. Licenciements facilités : prud’hommes (plafond transformé en « barème indicatif » imposé par décret puis à nouveau un plafond par la commission du Sénat) ; accords de « développement de l’emploi » (article 11) ; définition licenciements économiques (article 30) ; licenciement avant transfert d’activités (article 41) ; flou congé maternité article 3 bis) ; baisse d’impôts pour provision anticipant une condamnation pour licenciement abusif (article 29)

15. Accords collectifs : loyauté (article 7) ; durée des accords (article 7) ; périodicité des négociations obligatoires (article 7) ; révision des accords (article 8) ; avantages acquis (article 8) ; signature des accords collectifs et referendum (article 10) ; accords de groupe, accords interentreprises (article 12) ; commission paritaire de branche (article 13) ; diminution du nombre de branches (article 14)

16. Activité syndicale : Bourse du travail (article 15) ; diffusion information syndicales (article 27)

17. Représentants du personnel : Elections professionnelles (articles 9 et 27 – vote électronique-) ; établissement distinct (article 9)  ; visioconférence (article 9) ; seuil 300 et délai un an (article 9); consultation CCE et instance de coordination CHSCT (article 9) ; définition établissement distinct (article 9) ;  CHSCT : expertise (article 17) ; formation représentants du personnel (article 18) ; seuils pour les délégués du personnel et le comité d’entreprise relevés par la commission du Sénat

18. Compte Personnel d’Activité : fichage et mise en concurrence de tous les actifs et retraités, du berceau au tombeau (article 21) ; extension du nombre de « comptes » dans le CPA (article 21 bis) ; extension aux agents publics aux agents publics (article 22) ; fichage des stagiaires (article 36)

19. Bulletin de paie électronique (article 24)

20. Légalisation de faux « indépendants », retour au début de XIXème siècle (UBER et Cie) (article 27 bis)

21. « Appui » aux entreprises : service réservé à l’inspection du travail (article 28) ; cadeaux sociaux et fiscaux (articles 28 bis et 29bis) ; protection contre non respect obligation d’emploi de travailleurs handicapés et obligation égalité hommes/femmes (article 31) ; favorisation des CFA au détriment de l’enseignement professionnel public (article 32) et mise en concurrence (article 36) ; contrat de professionnalisation au rabais (article 33)

22. Précarisation : fonction publique contractuels enseignement supérieur et recherche (article 37) ; légalisation du portage salarial (article 38) ; extension de la définition de « saisonnier » (article 39)

23. Médecine du travail : visites médicales, rôle du médecin du travail, déclaration d’inaptitude, reclassement, recours  (article 44)

24. Chômeurs : récupération des « indus » (article 52)

 

B. Les reculs relatifs à l’inversion de la hiérarchie des normes

Tout d’abord, il est des domaines où la loi s’effacera devant l’accord collectif.

Cela concerne :

25. Les équivalences dans certaines professions qui ne seront plus déterminées par décret (pris après accord de branche) mais par accord de branche. Avec, au passage, la suppression de la prise en compte des usages pour la rémunération. (article 2)

26. L’augmentation de la durée maximale quotidienne est désormais possible sans décret par accord collectif et ce avec un motif passepartout (« motifs liés à l’organisation de l’entreprise ») contrairement aux motifs actuels (surcroît temporaire d’activité, urgence). (article 2)

27. L’augmentation de la durée maximale hebdomadaire moyenne est désormais possible sans décret par accord collectif (article 2)

28. Les reports d’heures d’une semaine à l’autre en cas d’horaires individualisés sont désormais possibles sans décret par accord collectif. (article 2)

29. Les modalités de récupérations des heures perdues (article 2) peuvent être fixées sans décret par accord collectif (article 2)

30.  Suppression de la fixation par la loi du nombre de jours de congés et de ses modalités pour : le congé de solidarité familiale, le congé de proche aidant, le congé mutualiste de formation, le congé de participation aux instances d’emploi et de formation professionnelle ou à un jury d’examen, le congé pour catastrophe naturelle, les congés de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse, le congé de représentation, le congé de solidarité internationale, le congé pour acquisition de la nationalité, le congé ou période de travail à temps partiel pour la création ou la reprise d’entreprise, le congé sabbatique (article 2)

Ensuite la loi permettra à un accord d’entreprise d’adopter des dispositions moins favorables pour les salariés que celles de la convention collective de branche, et surtout, fait inédit, sans que cette convention collective puisse s’y opposer.

Cela concerne :

31. la rémunération des heures supplémentaires (limite : 10% au lieu des 25% prévus dans le code du travail et de nombreuses conventions collectives). (article 2)

32. la rémunération et l’organisation des astreintes (article 2)

33. les contreparties des temps de pause, de restauration (article 2)

34. les contreparties des temps d’habillage/déshabillage (avec, en passant,  suppression de la prise en compte des usages) (article 2)

35. les contreparties des dépassements de  » temps de trajet habituel «  (article 2)

36. l’augmentation de la durée quotidienne du travail à 12 h maxi (article 2)

37. l’augmentation de la durée du travail maximale hebdomadaire à 46h en moyenne sur 12 semaines (ou sur 16 semaines après le passage en commission du Sénat) (article 2)

38. le différé de paiement des heures supplémentaires sur 3 ans (si accord de branche) (article 2)

39. le travail de nuit : durée maximale quotidienne, cas de recours, définition de la période de travail de nuit, contreparties, temps de pause, égalité hommes-femmes, conditions de travail, articulation vie personnelle/vie familiale, durée hebdomadaire maximale du travail sur 12 semaines (article 2)

40. le nombre et la durée des coupures dans la journée de travail des salariés à temps partiel (article 2)

41. le délai de prévenance des modifications de planning des salariés à temps partiel (article 2)

42. le temps de repos quotidien entre deux journées de travail : fractionnement du repos quotidien ou hebdomadaire (article 26 renvoyant à des négociations avant le 1er octobre 2016)

43. la conclusion de contrats de travail intermittent (article 2)

44. la dérogation à la durée minimale de repos quotidien (article 2)

45. le nombre de jours fériés chômés (article 2)

46. la majoration des congés payés en raison de l’âge ou de l’ancienneté (article 2)

47. le délai de réponse de l’employeur en matière de prise de congés payés (date et ordre) (article 2)

48. les conditions de rémunération des jours de congés payés reportés à l’année suivante (article 2)

 

 

 

 

 

 

A quel point le Sénat a-t-il modifié la loi travail ?

LE MONDE | 07.06.2016 à 15h32 • Mis à jour le 07.06.2016 à 15h43 | Par Salomé VincendonPartager (46)

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Le 1er juin, la commission des affaires sociales du Sénat a reçu le fameux projet de loi travail et ses modifications post-49.3. La commission est chargée d’amender le texte en fonction de ses propres réflexions ou de celles de sénateurs extérieurs, première étape pour une loi avant de passer en séance publique. Sur la loi travail, 411 amendements ont été déposés, 201 adoptés par la commission sénatoriale.

De quoi modifier le texte de base, lui-même longuement revu auparavant par le gouvernement, et sachant que l’Assemblée aura de toute façon le dernier mot. A quel point le Sénat a réellement changé le texte de la loi El Khomri ?

Lire aussi : Temps de travail, licenciement, prud’hommes : ce que contient le projet de loi d’El Khomri

Le Sénat a retiré les mesures établies par le gouvernement

VRAI ET FAUX

Supprimé :

La commission chargée de relire le texte a supprimé douze articles, notamment des promesses de longue date du gouvernement, comme la généralisation de la garantie jeune. Imaginé pour les jeunes de 16 à 25 ans en grande vulnérabilité, il s’agit d’un revenu régulier, mais dégressif dans le temps, qui permet aux jeunes en difficulté d’avoir une source de revenus en attendant un emploi. L’article supprimé par le Sénat promettait sa généralisation, alors que la garantie s’étend déjà à 20 000 jeunes aujourd’hui.

La commission a également supprimé le mandatement syndical pour les TPE et les PME, qui prévoyait l’obligation d’un représentant syndical pour signer un accord d’entreprise, même dans les entreprises où il n’y avait pas de syndicat.

Validé :

A côté de cela, le Sénat a tout de même validé certaines mesures du gouvernement, comme la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche. Ce sera l’entreprise en interne qui aura la primauté sur les décisions la concernant, non plus le secteur d’entreprises auquel elle est reliée. La Haute Assemblée conserve la majoration des heures supplémentaires à 25 %, même s’il est précisé qu’un « accord collectif pourra le fixer entre 10 % et 25 % ».

Lire aussi : « La contestation de la loi El Khomri permet aux salariés de redécouvrir le code du travail »

Réintroduit :

Surtout, le Sénat a réintroduit dans la loi des mesures prévues par le texte initial du ministère du travail, mais retirées par l’Assemblée lors de l’examen de la loi et sous la pression des mouvements anti-réforme.

C’est le cas de du plafonnement des indemnités de licenciement au conseil de prud’hommes, que la commission sénatoriale a rétabli (ils seraient limités à quinze mois de salaire) ; mais aussi, de la possibilité pour une entreprise internationale d’opérer des licenciements économiques au niveau national. Les députés PS avaient mis en avant le risque qu’une multinationale fasse exprès de se mettre en faillite dans un pays pour pouvoir licencier plus facilement, et obtenu gain de cause. Les sénateurs, majoritairement de droite, ne sont pas de leur avis, et sont revenus à la première version.

Le Sénat est allé plus loin que le gouvernement

VRAI

La loi El Khomri prévoyait la possibilité pour un syndicat minoritaire (30 %) de provoquer un référendum d’entreprise pour faire valider un accord auquel un syndicat majoritaire se serait opposé. Une disposition contestée par les syndicats. Mais le Sénat a décidé d’aller plus loin encore : en l’absence d’accord au sein d’une entreprise, ce n’est plus vers les syndicats mais vers les salariés que l’employeur se tournerait directement. Le texte serait alors validé si au moins deux tiers des salariés sont d’accord.

Le Sénat a également ajouté à la loi travail une augmentation du seuil social dans les entreprises. Une idée à laquelle François Rebsamen avait un temps réfléchi, avant de l’abandonner. Auparavant, pour élire des délégués du personnel, donc avoir une représentation claire pour l’employeur, l’entreprise devait au moins être constituée de onze salariés.

Les sénateurs proposent de porter ce chiffre à vingt. Rebelote pour élire un comité d’entreprise, il ne faudrait plus avoir cinquante mais cent salariés. Comme précisé plus haut, il faut rappeler que le texte d’origine voulait, au contraire, élargir le nombre d’entreprises pouvant avoir recours à des représentants, par l’entremise du mandatement syndical.

Le Sénat a définitivement mis fin aux 35 heures

PAS VRAIMENT

La mesure proposée la plus décriée concerne le temps de travail. La base de référence de 35 heures par semaine a, en effet, été supprimée par les amendements du Sénat. Le nombre d’heures travaillées sera décidé par accord d’entreprise : « A défaut d’accord, la durée de référence (…) est fixée à trente-neuf heures par semaine », peut-on lire dans le texte de la commission.

Les 39 heures hebdomadaires seraient donc un nouveau socle horaire, qui efface les 35 heures, mais cet amendement propose que ce socle soit ensuite réévalué par chaque entreprise au cas par cas. Encore une fois, et comme pour toutes les modifications en commission, pour que ces changements s’appliquent, il faut que le Sénat, puis l’Assemblée les votent, ce qui est loin d’être le cas.

Et maintenant ?

LE SÉNAT N’A PAS LE DERNIER MOT

Ce texte n’est qu’une première révision au Sénat, par la commission des affaires sociales. Le texte de la commission adopté est ensuite discuté et voté par les sénateurs, lors d’une longue séance publique à laquelle participeront le représentant du gouvernement à l’origine de la loi, le rapporteur de la commission, les sénateurs souhaitant s’exprimer et le président de la séance. Même après les décisions, positives ou négatives, qui suivent cette séance, le texte est encore loin de la promulgation.

Pour être définitivement adopté, il doit être voté dans des termes rigoureusement identiques au Sénat et à l’Assemblée nationale. Le premier ayant une majorité de droite, la seconde de gauche, il y a fort à parier que les députés refusent la mouture des sénateurs. Or, c’est bien l’Assemblée qui a le dernier mot.

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/07/a-quel-point-le-senat-a-t-il-modifie-la-loi-travail_4941114_4355770.html#2KOxphSxwb6zejKm.99

 

 

LISTE DES RECULS de la dernière mouture de la LOI UBER/EL KHOMRI (Après le 49-3 et avant le Sénat )

 

  1. A. Les reculs directs de la loi
  2. La durée légale du travail, 35h par semaine, avait été de fait supprimée par les deux premières moutures de la loi dans le préambule du futur code du travail issu de la commission Badinter. Mise à l’écart devant la mobilisation naissante contre la loi, cette suppression formelle n’empêche pas le laminage considérable de la durée légale par la disparition totale ou partielle des heures supplémentaires (extension du forfait jours, triannualisation, paiement des majorations à 10%, accords de « développement de l’emploi », légalisation des faux indépendants) (articles 2, 8, 11, 27 bis)
  3. Le décompte des heures supplémentaires sur une période supérieure à la semaine est possible sur décision unilatérale de l’employeur (9 semaines dans les entreprises de moins de 50 salariés, 4 semaines dans celles de plus de 50 salariés) (article 2)
  4. La mise en place d’horaires individualisés dans les entreprises dépourvues de représentants du personnel peut être autorisée par l’inspecteur du travail sans qu’il ait, comme aujourd’hui, à constater auparavant l’accord du personnel. Et dans les entreprises qui ont des représentants du personnel, l’employeur n’aura plus, comme aujourd’hui, à informer l’inspecteur du travail de la mise en place de ces horaires  (article 2)
  5. La mise en place de forfaits en jours ou en heures peut être faite par accord avec un simple salarié mandaté par une organisation syndicale (article 8)
  6. Le fractionnement du repos quotidien et hebdomadaire (soumis à négociation avant le 1er octobre 2016 – article 26)
  7. Modification de la définition du travail de nuit (article 2)
  8. Alignement sur le régime concordataire d’Alsace-Moselle pour le choix de la journée de solidarité (article 2)
  9. Suppression de la consultation des délégués du personnel pour la fixation de la période de prise de congés payés (article 2)
  10. Suppression de l’accord des délégués du personnel et de l’accord du salarié salariés pour le fractionnement des congés payés opéré par l’employeur à l’occasion de la fermeture de l’établissement (article 2)

10. Suppression des jours de congés supplémentaires pour fractionnement (article 2)

11.  Disparition du congé de formation économique sociale et syndicale (renvoyé à un décret ?)

12. Temps de travail du personnel navigant (article 6)

13. Quels qu’en soit le domaine, tous les accords d’entreprise pourront être négociés avec un simple salarié mandaté par une organisation syndicale (article 8)

14. Licenciements facilités : prud’hommes (plafond transformé en « barème indicatif » imposé par décret puis à nouveau un plafond par la commission du Sénat) ; accords de « développement de l’emploi » (article 11) ; définition licenciements économiques (article 30) ; licenciement avant transfert d’activités (article 41) ; flou congé maternité article 3 bis) ; baisse d’impôts pour provision anticipant une condamnation pour licenciement abusif (article 29)

15. Accords collectifs : loyauté (article 7) ; durée des accords (article 7) ; périodicité des négociations obligatoires (article 7) ; révision des accords (article 8) ; avantages acquis (article 8) ; signature des accords collectifs et referendum (article 10) ; accords de groupe, accords interentreprises (article 12) ; commission paritaire de branche (article 13) ; diminution du nombre de branches (article 14)

16. Activité syndicale : Bourse du travail (article 15) ; diffusion information syndicales (article 27)

17. Représentants du personnel : Elections professionnelles (articles 9 et 27 – vote électronique-) ; établissement distinct (article 9)  ; visioconférence (article 9) ; seuil 300 et délai un an (article 9); consultation CCE et instance de coordination CHSCT (article 9) ; définition établissement distinct (article 9) ;  CHSCT : expertise (article 17) ; formation représentants du personnel (article 18)

18. Compte Personnel d’Activité : fichage et mise en concurrence de tous les actifs et retraités, du berceau au tombeau (article 21) ; extension du nombre de « comptes » dans le CPA (article 21 bis) ; extension aux agents publics aux agents publics (article 22) ; fichage des stagiaires (article 36)

19. Bulletin de paie électronique (article 24)

20. Légalisation de faux « indépendants », retour au début de XIXème siècle (UBER et Cie) (article 27 bis)

21. « Appui » aux entreprises : service réservé à l’inspection du travail (article 28) ; cadeaux sociaux et fiscaux (articles 28 bis et 29bis) ; protection contre non respect obligation d’emploi de travailleurs handicapés et obligation égalité hommes/femmes (article 31) ; favorisation des CFA au détriment de l’enseignement professionnel public (article 32) et mise en concurrence (article 36) ; contrat de professionnalisation au rabais (article 33)

22. Précarisation : fonction publique contractuels enseignement supérieur et recherche (article 37) ; légalisation du portage salarial (article 38) ; extension de la définition de « saisonnier » (article 39)

23. Médecine du travail : visites médicales, rôle du médecin du travail, déclaration d’inaptitude, reclassement, recours  (article 44)

24. Chômeurs : récupération des « indus » (article 52)

 

B. Les reculs relatifs à l’inversion de la hiérarchie des normes

Tout d’abord, il est des domaines où la loi s’effacera devant l’accord collectif.

Cela concerne :

25. Les équivalences dans certaines professions qui ne seront plus déterminées par décret (pris après accord de branche) mais par accord de branche. Avec, au passage, la suppression de la prise en compte des usages pour la rémunération. (article 2)

26. L’augmentation de la durée maximale quotidienne est désormais possible sans décret par accord collectif et ce avec un motif passepartout (« motifs liés à l’organisation de l’entreprise ») contrairement aux motifs actuels (surcroît temporaire d’activité, urgence). (article 2)

27. L’augmentation de la durée maximale hebdomadaire moyenne est désormais possible sans décret par accord collectif (article 2)

28. Les reports d’heures d’une semaine à l’autre en cas d’horaires individualisés sont désormais possibles sans décret par accord collectif. (article 2)

29. Les modalités de récupérations des heures perdues (article 2) peuvent être fixées sans décret par accord collectif (article 2)

30.  Suppression de la fixation par la loi du nombre de jours de congés et de ses modalités pour : le congé de solidarité familiale, le congé de proche aidant, le congé mutualiste de formation, le congé de participation aux instances d’emploi et de formation professionnelle ou à un jury d’examen, le congé pour catastrophe naturelle, les congés de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse, le congé de représentation, le congé de solidarité internationale, le congé pour acquisition de la nationalité, le congé ou période de travail à temps partiel pour la création ou la reprise d’entreprise, le congé sabbatique (article 2)

Ensuite la loi permettra à un accord d’entreprise d’adopter des dispositions moins favorables pour les salariés que celles de la convention collective de branche, et surtout, fait inédit, sans que cette convention collective puisse s’y opposer.

Cela concerne :

31. la rémunération des heures supplémentaires (limite : 10% au lieu des 25% prévus dans le code du travail et de nombreuses conventions collectives). (article 2)

32. la rémunération et l’organisation des astreintes (article 2)

33. les contreparties des temps de pause, de restauration (article 2)

34. les contreparties des temps d’habillage/déshabillage (avec, en passant,  suppression de la prise en compte des usages) (article 2)

35. les contreparties des dépassements de  » temps de trajet habituel «  (article 2)

36. l’augmentation de la durée quotidienne du travail à 12 h maxi (article 2)

37. l’augmentation de la durée du travail maximale hebdomadaire à 46h en moyenne sur 12 semaines (ou sur 16 semaines après le passage en commission du Sénat) (article 2)

38. le différé de paiement des heures supplémentaires sur 3 ans (si accord de branche) (article 2)

39. le travail de nuit : durée maximale quotidienne, cas de recours, définition de la période de travail de nuit, contreparties, temps de pause, égalité hommes-femmes, conditions de travail, articulation vie personnelle/vie familiale, durée hebdomadaire maximale du travail sur 12 semaines (article 2)

40. le nombre et la durée des coupures dans la journée de travail des salariés à temps partiel (article 2)

41. le délai de prévenance des modifications de planning des salariés à temps partiel (article 2)

42. le temps de repos quotidien entre deux journées de travail : fractionnement du repos quotidien ou hebdomadaire (article 26 renvoyant à des négociations avant le 1er octobre 2016)

43. la conclusion de contrats de travail intermittent (article 2)

44. la dérogation à la durée minimale de repos quotidien (article 2)

45. le nombre de jours fériés chômés (article 2)

46. la majoration des congés payés en raison de l’âge ou de l’ancienneté (article 2)

47. le délai de réponse de l’employeur en matière de prise de congés payés (date et ordre) (article 2)

48. les conditions de rémunération des jours de congés payés reportés à l’année suivante (article 2)

 

 

95 % du « film d’horreur de la droite » sur le droit du travail sont déjà dans le projet de loi El Khomri !

 

Lors du « grand » meeting parisien du 8 juin 2016, Jean-Christophe Cambadélis, prononçait un discours qui ne fera pas forcément date mais qui n’en est pas moins un lourd symptôme de l’impasse dans laquelle se retrouve François Hollande.

Un « grand » meeting

En qualifiant le meeting du 8 juin de « grand », le premier secrétaire du Parti socialiste faisait un aveu. Considérer comme une prouesse de réunir 400 personnes à Paris, pour un parti qui revendique plus de 100 000 adhérents et qui annonçait lors de son congrès de 2015 qu’ils seraient bientôt 500 000, en dit long sur le degré d’isolement atteint par le Président de la République et le Premier ministre.

Les « effets spéciaux » de la droite

En considérant que la droite est en train d’écrire, au Sénat, une partie du « mauvais film d’horreur de la droite », Jean-Christophe Cambadélis semble oublier que le droite conserve 95 % du contenu du projet de loi El Khomri. Elle ajoute, certes, quelques « effets spéciaux » et réussit à rendre le film réalisé par le gouvernement de Manuel Valls encore plus « gore ». Elle conserve, cependant, la presque totalité du projet de loi travail et notamment ce qui le structure de bout en bout : l’inversion de la hiérarchie des normes. Dans le projet de loi El Khomri, comme dans celui de la droite sénatoriale, l’entreprise devient le lieu ou s’écrit le droit du travail parce que c’est là que les salariés sont les plus fragiles, les plus vulnérables au chantage à l’emploi.

La droite conserve précieusement, aussi, toutes les autres régressions sociales du projet de loi travail : mise en place des forfaits jours par un simple accord avec un salarié ; fractionnement du repos quotidien et hebdomadaire ; définition du travail de nuit ; négociation des accords d’entreprise avec un simple salarié mandaté ; référendum d’entreprise ; vote électronique pour les élections professionnelles ; légalisation des faux « indépendants » ; légalisation d’une forme de éhontée de précarité avec le portage salariale ; réduction du rôle de la médecine du travail ; suppression de la fixation par la loi du nombre de jours de congés ; rémunération et organisation des astreintes ; délai de prévenance pour l’organisation du temps partiel ; négociations annuelles reportées à trois ans, par accord d’entreprise…

Les étranges accusations de Jean-Christophe Cambadélis

Le premier secrétaire du Parti socialiste accuse la droite d’en finir avec les 35 heures. Mais elle ne fait qu’aller au bout de ce que propose le projet de loi El Khomri. 35 heures c’est le seuil hebdomadaire de déclenchement des heures supplémentaires et le projet de loi travail le contourne allègrement en permettant de réduire le coût des heures supplémentaires de 25 % à 10 % par un simple accord d’entreprise et en autorisant à ne payer les heures supplémentaires qu’à partir de la 4 822ème heure de travail, par accord de branche.

Il reproche à la droite d’en finir avec les 24 heures minimum de travail partiel. Mais il n’y a strictement rien sur les 24 heures minimum dans le projet de loi El Khomri !

 

Il reproche à la droite de simplifier les licenciements économiques alors que c’est exactement ce qu’organise, dans le détail, l’article 30 du projet de loi El Khomri.

Il reproche à la droite  de plafonner les indemnités accordées par le juge prud’homal alors que ce plafonnement figurait dans le projet de loi travail initial et que c’est la mobilisation sociale qui a obligé Manuel Valls à reculer. Un recul tout symbolique puisque le Premier ministre a annoncé que ce barème deviendrait « indicatif » et ferait l’objet d’un décret afin qu’il puisse fonder une nouvelle jurisprudence.

Pas d’hésitation, conclut pourtant Jean-Christophe Cambadélis : au nom du progrès social, défendons le projet de loi El Khomri contre le projet de la droite !

Voyage au cœur des ténèbres

Puisque « film d’horreur » il y a, allons jusqu’au cœur des ténèbres et imaginons un scénario, certes différent, mais écrit avec une logique aussi grossière, aussi cousue de fil blanc, que celui que nous propose Jean-Christophe Cambadélis.

Un gouvernement rétablit la peine de mort au moyen de la guillotine. Certaines directions syndicales, fidèles à elles-mêmes, se précipitent pour négocier l’épaisseur de la lame. L’opposition exige que la mort soit infligée par pendaison. Le gouvernement appelle alors à défendre le progrès social et sociétal : la guillotine.

Qui pourrait se mobiliser, qui pourrait voter, pour défendre un tel « progrès » ? La seule solution serait de se mobiliser contre la peine de mort, qu’elle soit infligée par la guillotine ou par la pendaison.

Il en va de même pour la défense du Code du travail. La seule réponse est de nous mobiliser aussi bien contre le projet de loi El Khomri que contre le projet de la droite sénatoriale, tous les deux porteurs de redoutables régressions sociales.  Obtenir le retrait du projet de loi El Khomri serait, d’ailleurs, la meilleure garantie contre le projet de la droite. La droite, si elle l’emportait en 2017, serait alors obligée d’y regarder à deux fois avant de s’en prendre de nouveau au Code du travail.

 

jean jacques chavigné

 

Intervention au BN du PS lundi 6 juin ou comment empêcher deux gauches irréconciliables ?

 

 

Comment faire pour rassembler la gauche, quand le Premier ministre a déclaré qu’il existait « deux gauches irréconciliables » ? Et on ne peut pas dire que ses actes nuancent ses propos : car en actes, tous les jours, par la brutalité de ses comportements,  par sa volonté d’imposer par 49 3 une loi minoritaire,  Manuel Valls creuse le fossé entre les deux gauches telles qu’il les décrit, les sculpte et les pratique.

On peut penser que c’est clairement sa stratégie : plutôt rechercher une alliance avec la droite, une variante d’unité nationale qu’une unité de la gauche. Ce qui va à l’encontre de ce fameux referendum lancé par notre parti et le premier secrétaire en octobre dernier : comment réclamer l’unité de la gauche, en faisant passer une loi de droite ?

Car le projet El Khomri a été aggravé jusqu’au bout et non pas atténué, jusque dans ses articles 27 ou 52, il s’agit bien de soumettre « les droits du travail aux besoins des entreprises » et de rompre ainsi avec un siècle d’histoire de France, de la gauche et du socialisme où nous luttions pour que le bon fonctionnement des entreprises soit soumis aux droits du travail. C’est une coupure épistémologique, une rupture historique, théorique, juridique et pratique avec le combat de toujours de notre parti. Il s’agit bien de casser la durée légale du travail telle que nous l’avons promue avec Léon Blum, les 40 h, il y a 80 ans jour pour jour, et avec François Mitterrand et les 39 h sans perte de salaires, et de rompre avec la bataille centrale de Lionel Jospin, les 35 h sans perte de salaire. Puisque la durée légale se caractérise par le seuil de déclenchement des heures supplémentaires et que dorénavant le taux de ces heures supplémentaires ne sera plus d’ordre public social et pourra être baissé de 25 % à 10 %, (ou pire « compensé ») entreprise par entreprise, boutique par boutique. Ce n’est plus le droit du travail universel, celui des droits de la femme et de l’homme au travail, celui de l’OIT, c’est celui de la priorité à la boutique, de l’asservissement à l’employeur au cas par cas selon les rapports de force et non plus selon la loi protectrice de la République. Et il ne s’agit pas du seul article 2 qui ouvre la voie à l’inversion de la hiérarchie des normes, puisque 50 autres articles imposent déjà un contenu de défaveur, sur les durées maxima du travail à 12 h, à 60 h, sur le fractionnement du repos quotidien, sur la forfaitisation des horaires, sur le forfait journalier et même sur l’abominable calcul des heures supplémentaires sur 3 ans !

En refusant, alors qu’il est hyper minoritaire, de revenir en arrière, de retirer ce projet maudit, que cherche le gouvernement ?

Il faut renforcer le code du travail et non pas l’affaiblir comme nous le disions dans notre « projet socialiste » ! Il faut renforcer la hiérarchie des normes (comme le disait la motion majoritaire du congrès de Poitiers en juin 2015) et non pas y mettre fin. Il faut s’appuyer sur le salariat pour sortir de la crise et non pas sur le patronat qui la nourrit, exprès.

Le gouvernement est totalement isolé et dans l’impasse.

Cet isolement est nuisible pour notre parti, pour la gauche comme pour le pays, pour le présent comme pour les élections futures.  Les conflits se prolongent et s’étendent, le 14 juin sera gros ! Je reviens du Havre ou la mobilisation est incroyable et la ville entière génère et soutient 30 000 manifestants ! Même Jérémy Corbyn a envoyé un message de soutien aux salariés français en lutte contre la loi de casse du code du travail !

Mais il n’y a pas que Le Havre, il y a aussi les ports et docks de Lorient à St-Nazaire, ou Fos, les raffineries, la chimie, les déchetteries, les transports, sans compter des centaines de conflits dans des centaines d’entreprises, de XPO à Amazon ou Peugeot. Nous ferions bien de ne pas nous laisser tromper par les 95 % des médias des 7 milliardaires qui n’aiment pas les mouvements sociaux d’une telle ampleur et les minorent devant les effets des crues ou les promesses de buts.

Les sondages sont constants et donnent 75 % d’opposants à cette loi, 78 % chez les jeunes, et on a 85 % de syndiques et de syndicats opposés : la CGC a confirme son hostilité dans son congrès, des fédérations de la CFDT (métallurgie et culture) et de l’UNSA aussi. Comment imposer une loi sur le dialogue avec les syndicats contre une majorité de syndicats hostiles ?

Je ne comprends pas que François Hollande se fasse plus dur que Balladur en 1994 ou Chirac en 2006.  Balladur avait fini par retirer le CIP, et Chirac l’avait fait même après un 49 3. Que veulent prouver François Hollande et Manuel Valls ? Qu’ils sont plus durs et déterminés contre les salariés, que la droite ne le fut ? Quel intérêt a pareil bras de fer, alors que le texte est isolé, rejeté, critiqué de toutes parts et que pour la première fois, il a même suscité une cassure dans notre propre parti et la recherche d’une motion de censure par 28 de nos députés ? Il faut se rendre à l’évidence, et ne pas bloquer le pays, ne pas accumuler les rancoeurs, ne pas aggraver l’isolement de l’Elysée avec le refus d’un retrait qui paraît si logique et si nécessaire !

Quand la CFDT a essayé de faire soutenir sa ligne le 12 mars, même sa base ne s’est pas déplacée, il y a eu 500 personnes à Paris et 200 à Marseille. Il n’y a pas de « bloc « réformiste » contre un « bloc radical » ! Une seule gauche !

Et je ne crois pas judicieux de faire meeting, contre le Sénat qui plus est, dans des salons du 12°, sur invitations contrôlées et fermées, le 8 juin, avec le gouvernement et le parti. Ca ne ressemble à rien ni ne rassemble ; il ne manquerait plus que Macron et son costard !Vous avez une idée de comment cela est perçu a une échelle de masse ?

Tout cela mène dans le mur, et puisque tu as parlé, Jean-Christophe,  du congrès du PCF et des primaires, j’en profite pour redire qu’elles sont plus que jamais nécessaires. Il faut sauver la gauche de la catastrophe annoncée et obtenir un candidat unique, sinon comme tu l’avais dit ici, le désastre des cinq dernières élections se répétera, et il restera en juin 2017 « 25 députés socialistes et zéro FdG zéro EELV ».

J’ai été invité au Congrès du PCF, et j’y suis allé pour la première fois de ma vie, 50 ans après en avoir été exclu (c’était en 1966). J’ai assisté au vote de l’amendement en faveur des primaires, à 62,5 % des voix. La porte est restée ouverte, et c’est pour ca que j’ai mal apprécié le tweet de JCC qui disait qu’elle était « fermée » : non ! La direction du PCF a laissé tout possible, une plateforme commune de référence, un dialogue avec toute la gauche, et des candidatures pour une candidature unique. Il faut maintenir les primaires les 4 et 11 décembre et maintenir l’accord qui existe pour les modalités des débats, des candidatures, et chacun concédera que le candidat arrivé en tête au bout de 2 tours sera soutenu par tous les autres…

Je rajoute et je suis clair depuis janvier, il n’y a pas de « candidat naturel » et il faut le dire lucidement,  François Hollande est mal placé pour jouer ce rôle, il est, du fait de sa politique (chômage, 41 milliards de CICE gâchés, déchéance de la nationalité, loi El Khomri) à contre courant de la majorité de la gauche, il est perdu et perdant. Et même il pourra être derrière Mélenchon (comme le PSOE en Espagne) mais à quoi bon, tout cela ne servira à rien, car quelques soient leurs scores respectifs, cette concurrence divisera la gauche en deux gauches battues, éliminées, elle assurera le désastre et tuera toute la gauche !

Je n’ose imaginer que Manuel Valls compte sur ce genre d’issue pour prouver ses « deux gauches irréconciliables » ! Il faudrait dire à Francois Hollande au nom du parti, de ne pas se présenter, ni aux primaires, ni hors primaires,  ce serait un service à toute la gauche et il nous faut, nous, trouver un ou une candidate rassembleuse sur une réorientation à gauche unie.

 

Le FN passé à l’acide du mouvement social

par Jean-Jacques Chavigné

 

 

 

Le mouvement social contre le projet de loi El Khomri passe à l’acide les contradictions du Front national. Le parti d’extrême droite affirme s’opposer au projet de loi, mais en même temps, il n’a pas de mots assez durs pour qualifier la CGT, l’un des syndicats les plus en pointe, en actes et pas seulement en paroles, contre le projet de loi El Khomri.

Florian Philippot, le 30 mai, ne savait pas quoi répondre à Jean-Jacques Bourdin quand ce dernier lui demandait si, à la place d’un salarié d’une raffinerie, il ferait grève. Le vice-président du FN bafouillait « Je ne sais pas ».

 

Le FN utilise à l’égard de la CGT le même registre de vocabulaire que le Medef et que Manuel Valls

Le Medef et le gouvernement soutiennent le projet de loi du gouvernement de Manuel Valls et son fondement, l’inversion de la hiérarchie des normes.  Le FN prétend combattre ce projet de loi. Tous, cependant, sont d’accord pour crier « haro » sur la CGT.

Pierre Gattaz est celui qui va le plus loin en déclarant : « faire respecter l’État de droit, c’était faire en sorte que les minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes, ne bloquent pas tout le pays ». Manuel Valls proteste en affirmant : « La CGT est une grande organisation que nous respectons (…), tous ces mots sont à proscrire ». Mais quelques jours auparavant, le 24 mai, le même Manuel Valls avait accusé la CGT de « prendre en otage » les Français et l’économie. « Terroristes », « Prise d’otages » : le registre de Manuel Valls n’est guère différent de celui de Pierre Gattaz. Marine Le Pen se situe dans le même répertoire : « Bien sûr, certains syndicalistes, qui ne représentent qu’eux-mêmes, (…) portent une lourde responsabilité dans le chaos que connaît aujourd’hui le pays ».

Le FN affirme s’opposer au projet de loi travail

Marine Le Pen déclarait dans un communiqué du 25 mai : « La loi El Khomri n’est pas la feuille de route du gouvernement, c’est la feuille de route de Bruxelles ». Elle ajoutait que Bruxelles « exige la précarisation, la dérégulation du travail » et terminait en affirmant : « Je demande au gouvernement de retirer immédiatement la loi travail… »

Le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, assurait sur le site du Front national, le 27 mai, que les blocages étaient « une conséquence de l’obstination anti-démocratique du gouvernement à travers l’utilisation, désormais à répétition, du 49-3. En pleine dérive autoritaire, François Hollande et Manuel Valls portent une écrasante responsabilité dans le désordre actuel ».  Entendre ce dirigeant du Front National condamner la « dérive autoritaire » du gouvernement actuel ne manquait pas de sel : les 21 premières pages du programme de Marine Le Pen en 2012 étaient placées sous le signe de l’« autorité de l’État » et de l’« État fort ». Il ajoutait que « cette loi fragilise les salariés » et qu’il s’agissait d’« une loi dont personne ne veut et dont le retrait s’impose ».

Quant au député Gilbert Collard, il affirmait, à la tribune de l’Assemblée nationale, que la loi travail ferait de l’entreprise « une communauté inhumaine » et soulignait que c’était « la loi qui libère, la liberté qui opprime ».

Le FN Jeunesse, de son côté, demande le retrait du projet de loi qui « promeut des employés jetables ».

Pourquoi le FN s’oppose-t-il au projet de loi El Khomri ?

Le Front national est effrayé à l’idée de se couper de son électorat qui, à 78 %, estime que les manifestations et les grèves sont justifiées. Il sait également, que 79 % des ouvriers et 78 % des employés sont contre ce projet de loi et comme le FN se prétend « le premier parti ouvrier de France », que peut-il faire d’autre ? Il essaie donc de trouver un équilibre, instable, en condamnant le projet de loi et en s’attaquant, comme Pierre Gattaz et Manuel Valls, à la CGT.

Il ne faut pas chercher, cependant, dans les déclarations des dirigeants du FN, une analyse du contenu du projet de loi El Khomri. Jamais ils n’expliquent le contenu des articles du projet de loi qui fragilisent les salariés ou comment le travail est dérégulé, selon les termes employés par Marine Le Pen. C’est un terrain sur lequel le FN refuse absolument de s’aventurer : cela pourrait donner des idées à ses électeurs.

 

Les attaques contre la CGT

Marine Le Pen et Nicolas Bay s’attaquent à la CGT « minoritaire », qui ne représenterait que « 2,6 % des salariés ». Avec le même type de critère (le nombre d’adhérents en pourcentage du corps électoral), le FN ne représenterait, au mieux, que 0,2 % du corps électoral de notre pays. Aux élections professionnelles, la CGT atteint un score de 23,1 % des suffrages, ce qui en fait la 1ère organisation syndicale française.

Là encore, le FN est fidèle à ce que la classe dominante a toujours exigé de l’extrême droite : s’attaquer aux organisations du salariat indépendantes du patronat et, en premier lieu, aux syndicats.

La réforme de la représentativité syndicale a, aujourd’hui, cette fonction pour le FN. Sous prétexte de « liberté syndicale », il veut empêcher que le premier tour des organisations professionnelles soit réservé, comme aujourd’hui, à des syndicats indépendants de l’employeur. Le but du FN est de promouvoir des syndicats jaunes, dépendants du patronat. Un rêve pour le Medef  et un retour au vieux rêve corporatiste de toute organisation d’extrême droite.

Pour le FN, le Medef est intouchable

Jamais, dans leurs déclarations, toutes plus martiales les unes que les autres, les dirigeants du FN ne s’en prennent au Medef. Ils ne peuvent pourtant ignorer que c’est cette organisation patronale qui a tenu la plume du gouvernement Valls pour écrire le projet de loi. Les dirigeants du Front national condamnent la Commission de Bruxelles, mais se gardent bien d’égratigner le Medef. Pourquoi font-ils semblant de ne pas comprendre que la Commission européenne est une institution dont la fonction est de défendre, bec et ongles, les intérêts du Medef et des autres patronats des Etats de l’Union européenne ?

Nicolas Bay affirme dans son communiqué que le projet de loi « réussit l’exploit de voir communier dans son refus la CGT et le Medef ». Mais il réserve ses attaques à la seule CGT, et ne s’interroge pas sur le jeu de rôle joué par Pierre Gattaz et Manuel Valls pour faire accepter une loi dictée par le Medef. Fidèle en cela à la tradition de l’extrême droite qui, au pouvoir, a toujours été la fidèle exécutrice des exigences du grand patronat, le FN se garde bien de la moindre critique envers le Medef.

Le Front national met en avant les intérêts des PME-TPE. On retrouve là toute la nostalgie du FN pour la petite bourgeoisie qui, dans les années 1930, était la base sociale des ligues fascistes ou, dans les années 1950, celle du mouvement de Pierre Poujade

Le FN fait mine d’ignorer que les TPE-PME ont toujours été le bouclier derrière lequel se camoufle le Medef pour perpétrer ses mauvais coups contre le salariat. Il suffit de lire les articles 29 bis et 30 du projet de loi El Khomri pour s’en convaincre. Sous prétexte de « Faciliter la vie des TPE et PME… » (C’est le titre du chapitre 1er du titre IV du projet de loi El Khomri), ce sont les salariés de ces entreprises qui pourraient être jetés dehors, si l’entreprise affiche un seul trimestre de recul de son chiffre d’affaires ou de son carnet de commandes. Les PME de moins de 50 salariés pourraient programmer les licenciements qu’elles projettent de réaliser en passant des provisions annuelles qui viendraient en déduction de leur bénéfice imposable.

Le FN « oublie » également que 42 % des salariés des PME sont employés par des PME dépendantes des grands groupes[1]. Dans ce cas, toutes les baisses de cotisations sociales ou d’impôts de ces PME, réclamées par le Front national, finiront dans les caisses des grands groupes. Le FN se garde bien d’évoquer cette réalité pour, surtout, ne pas s’opposer aux intérêts du Medef.

 

Confrontées au mouvement social, les contradictions du FN s’aiguisent

Marine Le Pen, Florian Philippot, Nicolas Bay affirment s’opposer au projet de loi El Khomri pour tenter de coller à ce que souhaite leur électorat. Marion Maréchal Le Pen affirme, au contraire, que « la réforme du droit du travail est une partie de la solution » et précise : « Je trouverais dommage de passer à côté de l’opportunité de prendre des mesures qui puissent aller dans le sens des aspirations des entreprises ».

Le FN prétend défendre des intérêts qui sont complètement contradictoires. D’un côté, il défend ceux des TPE et des PME, en prônant la baisse des cotisations sociales et de la fiscalité de ces entreprises. De l’autre, il prétend défendre les salariés qui feraient les frais de ces baisses puisqu’ils seraient obligés de souscrire des contrats d’assurance privée pour pouvoir se soigner ou espérer une retraite décente et subiraient ainsi une baisse brutale de leur pouvoir d’achat.

D’un côté, il prétend protéger les  intérêts des salariés. De l’autre, il cherche à supprimer les syndicats indépendants du patronat, les seuls à pouvoir assurer leur défense.

 

Marine Le Pen essaie de recoller les morceaux en utilisant la potion magique du FN : l’islamophobie. Le 13 mars sur RTL, la présidente du FN condamnait avant tout le projet de loi El Khomri parce qu’il ouvrait « la porte au communautarisme ». Certes, elle n’allait pas aussi loin que Riposte Laïque qui écrivait le 8 mars : « La loi de la musulmane El Khomri instaure le communautarisme dans l’entreprise… », mais on sentait bien que le cœur y était. Marine Le Pen s’en prenait, alors, à l’article 6 des principes énoncés par la commission Badinter. Sans même discuter le fond de son argumentation et de la laïcité identitaire qu’elle prétend promouvoir, il suffit de savoir que les 61 principes qui devaient être inscrits dans le préambule du projet de loi El Khomri, ont été supprimés par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Il faudra donc que Marine Le Pen trouve autre chose pour tenter de rabibocher les partisans et les adversaires du projet de loi El Khomri au sein du Front national.

L’approfondissement du mouvement social obligerait le FN à choisir son camp ou à perdre une partie de sa base sociale : les salariés ou les patrons des TPE-PME.

Une politique de gauche menée par François Hollande aurait eu le même effet et aurait permis à la gauche de regagner une partie importante de l’électorat salarié du FN. Mais le président de la République a préféré tourner le dos à ses 60 engagements, accepté de répondre aux exigences de la Finance, du Medef et de la Commission européenne, et ouvrir, ainsi, un boulevard à l’extrême-droite.


[1] INSEE Première n° 1399 – Mars 2012 « Un tissu productif plus concentré qu’il semblait – Nouvelles définitions et nouvelles catégories d’entreprises ».

 

Un gouvernement brutal, minoritaire et responsable des blocages

 

Un gouvernement brutal

C’est François Hollande, lui-même, qui portait ce jugement en 2006, lorsque le gouvernement Fillon essayait d’imposer le Contrat Première Embauche (CPE), malgré la mobilisation de la jeunesse et des salariés. Il déclarait devant l’Assemblée nationale : « Le 49-3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie, le 49.3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire. » On ne saurait mieux dire.

Un gouvernement minoritaire

Le gouvernement est minoritaire dans le pays

Selon le dernier sondage IFOP (réalisé entre le 22 et le 25 mai, c’est-à-dire après le début des blocages) 62 % des Français trouvent justifiés les manifestations, les grèves, les blocages contre le projet de loi El Khomri. Cela, malgré l’unanimité des médias dominants à ne jamais parler des raisons de ces manifestations, grèves, blocages mais à tout centrer sur les « violences ».

Si le gouvernement est aussi sûr qu’il le prétend d’être majoritaire dans l’opinion, pourquoi n’organise-t-il pas un référendum sur la loi Travail comme le préconise Jean-Claude Mailly, le secrétaire générale de FO ?

Il vient de perdre le soutien de la CFE-CGC ce qui confirme que 5 syndicats sur 8 et environ 80 à 85 % de mouvement syndical est opposé a cette loi. Et voila même que le Medef qui prétendait qu’il n’y avait « plus rien » dans cette loi, exige que le gouvernement ne recule pas, ce qui est bien paradoxal. Le Medef perd son sang froid, Pierre Gattaz traitant les syndicalistes de « terroristes » et de « voyous »…

Le gouvernement est minoritaire au Parlement

Il est incapable de trouver une majorité à l’Assemblée nationale pour faire voter le projet de loi travail et utilise le 49.3. Comme le souligne le constitutionnaliste Dominique Rousseau « Le 49.3 n’a pas été inventé pour contrer l’opposition, mais bien pour contraindre la majorité à se mettre au service du gouvernement. C’est une forme d’écharnement thérapeutique de vouloir maintenir une majorité qui n’existe plus ».

C’était d’ailleurs la position de Manuel Valls, lors de la réforme constitutionnelle de 2008 puisqu’il avait signé un amendement affirmant : « Seuls des textes très particuliers, tels le projet de loi de finances ou le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, doivent pouvoir être adopté par la voie de l’article 49, alinéa 3. » Si l’amendement soutenu par le député Manuel Valls avait été adopté en 2008, le Premier ministre Manuel Valls n’aurait pas pu utiliser le 49.3 en 2016.

Un gouvernement responsable des blocages

C’est ce qu’affirmait, en 2010, à iTélé, le député Manuel Valls, lors de la mobilisation contre la retraite à 62 ans, alors que les mouvements sociaux dans les raffineries de pétrole et les blocages de dépôts de carburant se multipliaient : « Aujourd’hui, la situation de blocage est la démonstration que tout passage en force, l’absence de dialogue social dans une démocratie moderne, conduit à des situation comme celle que nous connaissons ». Il soulignait les mérites des centrales syndicales qu’il jugeait « extrêmement responsables ». Il ajoutait avec un sens de la prospective qui semble, aujourd’hui, lui faire complètement défaut, que cette absence de concertation se paierait dans les urnes en 2012. Là encore, on ne saurait dire mieux.

Le mouvement social perdure, se renforce

C’est la première fois qu’un mouvement social dure aussi longtemps et recueille un tel soutien, sans se traduire, pour l’instant du moins, par une grève générale ou qui se généralisait rapidement comme en 1936, 1968, 1995 ou 2006. Ceux qui font grève ou manifestent dans la durée, le font, comme le souligne la sociologue Danièle Linhart, parce qu’ils ne supportent plus « l’intensification du travail », « la fixation d’objectifs individuels de plus en plus élevés » …

79 % des ouvriers et des employés soutiennent la mobilisation sociale. Ils ont compris quel serait le recul inouï de leurs droits sociaux si le projet de loi El Khomri était adopté.

76 % des salariés du public soutiennent cette mobilisation. Ils ont des enfants, des parents, des proches qui travaillent dans les entreprises privées ou qui recherche un emploi. Ils savent très bien, aussi, qu’après le secteur privé, c’est le statut de la Fonction publique qui sera remis en cause. Ils ont très bien compris la fonction du rapport commandé par Valls qui affirme que les salariés du public travailleraient 15 jours de moins par an que ceux du privé.

Si tous ces salariés ne sont pas en grève et ne manifestent pas (même si, au total, 2 millions de personnes ont déjà participé aux différentes mobilisations), ce n’est pas parce qu’ils sont persuadés par les arguments du gouvernement et le matraquage des médias dominants. Lorsque la CFDT, la CFTC et le CE-CGC ont voulu manifester pour soutenir le cœur du projet de loi, l’inversion de la hiérarchie des normes, ils ont réuni quelques centaines de manifestants dans toute la France (1 000 fois moins que la CGT, FO, la FSU, Sud, l’UNEF, la FIDL et l’UNL, trois jours plus tard) et ils n’ont plus jamais récidivé, tant le désaveu de leurs propres adhérents avaient été retentissant.

Les salariés du privé et du public qui ne font pas grève agissent ainsi parce que faire grève coûte cher et que leur pouvoir d’achat, dans le meilleur des cas, stagne depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Ils ne font pas grève parce qu’ils ne sont pas sûrs que la grève peut l’emporter mais, si un jour ils finissent par s’en persuader, c’est à un véritable raz-de-marée que le gouvernement aura à faire face.

En sortir par le haut

Il ne faut pas s’y tromper, c’est le peuple de gauche qui manifestent ou qui soutient les mobilisations et les blocages. Le sondage IFOP indique que 88 % des sympathisants du Front de gauche soutiennent les mobilisations, 77 % des sympathisants d’EELV et 54 % de ceux du Parti socialiste, malgré la réduction accélérée du nombre des adhérents comme des sympathisants socialistes. 63 % de ceux qui avaient voté François Hollande au 1er tour de la présidentielle de 2012 soutiennent la mobilisation sociale.

A moins de vouloir à tout prix scier la branche sur laquelle ils sont assis, François Hollande et Manuel Valls doivent accepter de tout remettre à plat, en commençant par l’article 10 qui cherche à contourner les syndicats majoritaire au moyen de référendums d’entreprise, l’article 30 qui rend qui transforme les licenciements économiques en une simple formalité et l’article 2 qui inverse la « hiérarchie des normes » pour faire des accords d’entreprise (le lieu où les salariés sont les plus fragiles, les plus vulnérables au chantage à l’emploi), le centre du droit du travail.

 

JJ Chavigné

 

Au Havre, le 2 juin, au coeur de la mobilisation pour le retrait de la loi Uber El Khomri

Nous allons au Havre jeudi 2 juin, au coeur de la mobilisation du pays depuis des semaines avec nos amis de Nuit debout et de Fakir

Mais nous interroge t on, qu’avons-nous à faire avec « Nuit debout » avec Fakir alors que ceux-ci attaquent notre parti ?  Tout !

Car si nous ne nous tournions que vers ceux qui n’attaquent pas notre parti, nous ne parlerions à personne. Rarement un parti de gauche a été aussi haï à gauche, et ce malgré lui, puisqu’il n’a rien décidé de tout ce qui arrive, tout ce qui est catastrophique vient d’en haut, du « pouvoir personnel ». Jamais le PS n’a ni débattu ni voté la loi Uber El Khomri.

Normalement notre parti devrait être en sympathie et bien admis par ceux qui font « Nuit debout » dans toute la France.

Ce mouvement qui s’est développé dans pas loin de cent villes de France est très inégal, très tâtonnant, très divers, mais il repose sur une aspiration profonde à la démocratie, au renouveau, à « un autre monde possible » qui va dans notre sens.

C’est un mouvement antifasciste, antiraciste, anti oligarchie, sa banderole fétiche place de la République à Paris est : « - Vous avez les milliards, nous  sommes des millions ».

 

 

Les dizaines de milliers d’animateurs et participants, sont majoritairement en dehors des partis et syndicats mais sont de gauche, instinctivement, même si une bonne partie se dit malheureusement repoussée par la gauche : ils s’en prennent à la politique actuelle, « à la loi El Khomri et son monde », au gouvernement de Hollande et Valls, et ils ont pleinement raison. Ils ont accueilli des personnalités syndicales parmi lesquelles Philippe Martinez qui a eu la grande intelligence d’y aller, mais aussi des personnalités intellectuelles comme Edgar Morin, Dominique Meda, Bernard Friot,  et des orateurs politiques de gauche qui y ont été acclamés, j’en suis et j’en suis fier (je suis allé à «Nuit debout », à Manosque, Marseille, Clermont, Nantes, Paris, et chaque fois que possible j’irais).

Des milliers de participants de « Nuit debout », tout comme des milliers d’adhérents d’Attac, de la fondation Copernic, tout comme des dizaines de milliers de membres de la CGT devraient être membres du Parti socialiste et non pas repoussés par lui, sa politique et ses pratiques. Ils sont souvent le cœur électoral de la gauche, et ils nous manquent profondément puisque nous venons de perdre cinq élections de suite depuis 2013, et que notre gouvernement attaque tout ce qu’il y a de meilleur dans les traditions et les aspirations de la gauche, au travers de l’actuelle loi de casse de 100 ans de code du travail.

Le fait qu’un journal comme Fakir (qui a fortement contribué à « Nuit debout » depuis son AG du 23 février) soit arrivé à titrer « Nous ne voterons plus socialiste » est déplorable pour nous, et pour toute la gauche, pour ses chances de victoire. Pourtant lorsque notre vieil ami François Ruffin animateur principal de Fakir m’a appelé pour que je participe à une réunion avec ses amis afin de discuter en assemblée générale avec eux, des éventuelles suites à proposer au mouvement, j’ai évidemment accepté : « - Je ne te prends pas en traitre, nous menons une campagne contre le vote PS » m’a t il dit. « - et tu m’invites sachant que je suis socialiste, mais tu sais que je veux que mon parti change de cours, et que la gauche socialiste en prenne la tête, tout comme Jérémy Corbyn, j’y travaille » «  – T’inquiètes, si tu réussis, je saurais changer d’orientation » m’a t il répondu.  Et cet échange téléphonique, je l’ai repris en assemblée générale devant les 400 militants appelés par Fakir à la Bourse du travail à Paris le mardi 1er juin, afin que tout soit clair, au moment où François Ruffin m’y donnait la parole pour conclure la réunion. Comme j’étais applaudi, il  y a fait cette boutade publique fraternelle : « - On est terribles, on fait campagne contre le PS et on finit une fois de plus en donnant la parole à un socialiste, Gérard Filoche ». Comme quoi, ça sert de maintenir des liens et de ne pas insulter l’avenir.

 

Il est vrai que ce n’est pas la première fois que nous participons a des réunions de Fakir depuis 10 ans, à Amiens ou à Paris. J’avais une fois, à Trégunc, en Bretagne, devant plus de 500 personnes, mené un débat de deux heures, avec François Ruffin, sur « pourquoi être au Parti socialiste et qu’y faire ? » le débat avait été illustré en direct par des dessins de Faujour, et avait passionné et fait vibrer la salle qui était bien à gauche et déjà déçue par les lois anti-travail comme la loi Sapin du 14 juin 20123 issue de l’ANI du 13 janvier 2013. Nous avions aussi invité à Bellerive-sur-Allier, en juin 2014, a une assemblée très large, (elle a contribué à la naissance de la « grande » motion B) de 300 militants socialistes, notre ami Ruffin, qui était venu participer et animer les débats.

Ces liens fraternels ce n’est pas le moment de les rompre mais de les intensifier. Le slogan  « nous ne voterons plus socialiste » est évidemment inapproprié à nos yeux : non pas parce que nous défendons la « boutique » socialiste, il est clair que nous ne votons nulle part pour la ligne anti socialiste du  gouvernement actuel et que nous comprenons pourquoi tant et tant s’y refusent actuellement. Notamment, hélas, Gerard Mordillat, Frédéric Lordon et maintenant Emmanuel Todd. Ces oppositions sont dommageables, mais tellement explicables. Mais à leur place nous aurions dit : « nous ne voterons pas Hollande » ou « la prochaine fois nous voterons à gauche » puisque nous, nous cherchons à trouver une voie gagnante à gauche, à travers une plateforme commune, des primaires, et un candidat unique, seule issue victorieuse envisageable pour 2017.

Je vais avec eux, à leur initiative, au Havre, jeudi 2 juin, invité par les organisations syndicales, lesquelles sont, là-bas, en pointe du mouvement social depuis des semaines, et qui ont réussi des mobilisations extraordinaires de 30 000 manifestants, qui bloquent 80 % de l’activité économique de la ville historique de Jules Durand. Je l’ai dit et redit à chaque fois, je condamne sévèrement les agressions contre les locaux du Parti socialiste, qui ne sont ni démocratiques, ni compréhensibles, mais je suis fier en tant que socialiste, d’être invité par les syndicats havrais « - Après tout, tu es chez toi ici » c’est le SMS que m’a envoyé le responsable de la CGT à l’appel duquel j’avais déjà répondu en mars dernier pour un beau meeting salle Franklin.

C’est ainsi que nous maintenons et traçons la voie pour la gauche unie à laquelle nous aspirons. Hollande fait présenter sa loi anti travailleurs, anti salariés, maintenant, comme un « moindre mal » par rapport à ce que la droite prépare, à travers les amendements encore plus réactionnaires du Sénat. Mais ce n’est pas un « moindre mal » c’est « un mal qui appelle le mal » : quand la gauche va à droite, la droite va encore plus à droite voilà la vérité !

Hollande a perdu et est perdant, par sa seule faute, par son choix politique de casser 100 ans de nos droits, pour sauver la gauche, il faut un renouveau, et celui-ci ne viendra, vu les délais, que de ces 80  ou 90 % de toute la gauche, partis, syndicats, associations et hors partis, qui est vent debout contre la loi Uber El Khomri… et son monde.

Il n’y a de victoire possible que dans le rassemblement de la majorité de la gauche fidèle à ses racines, à Jaurès, et opposée de toutes ses sources, de toutes ses énergies, de toutes ses forces à Valls, Macron et Cie. Nous travaillons à une plateforme commune, nous voulons des primaires, larges et ouvertes, nous voulons un candidat unique : celui-ci pour gagner, pour être au second tour,  aura besoin de toutes les énergies militantes.