Agenda Gérard Filoche 2° semestre 2015

Tous les lundis 18 h : BN du PS

Lundi 17 août : les Grandes Gueules sur RMC 12 h 12 h 40 Jeudi 20 août : Sud radio : les Sms de pôle emploi 13 h 30 14 h Samedi 22 août 9 h : Europe1 à 9 h : 10’ sur la rentrée Mardi 25 aout : Sud radio le CICE  de 10 à 11 h Mardi 25 aout : France info sur Valls et la rentrée Jeudi 27 août : Marennes (480) 16  jeudi 13 h 30 14 h sud radio Vendredi 28 et 29 août : La Rochelle 17 samedi 10 h atelier GF vendredi matin 10 h 11 h sud radio vendredi soir 23 h BFM Lundi 31 août 10 h 10 h 45    12 h LCP  Europe 1 code du travail – 18 h 18 h 30 LCI : la rentrée politique + Russia today. Mardi 1er septembre : Itélé décryptage 23 h Mercredi 2 septembre : Sud radio  13 h 35 – 14 h ITV Grazia Jeudi 3 septembre : foire de Chalons sur Marne 10 h 30 à 16 h Dimanche 6 septembre, fête de la rose à Saint-Didier Dole 12 h 20 h (39) 250 Lundi 7 septembre : Skype direct avec Berlin Mardi 8 sept 13 h 10  France inter Mercredi 9 sept  I télé  12 h 30 et 13 h 05 pour deux fois 6 minutes Jeudi 10 septembre  France culture 8 h 15 – 8 h 40 Jeudi 16 h 30 : LCP enregistrement : émission 45’ diffusée le samedi 12 septembre à 22h en première diffusion, le dimanche 13 septembre à 18h, le lundi 13 septembre à 17h15, le samedi 19 septembre à 15h15 et le dimanche 20 septembre à 10h. L’émission sera aussi sur le site internet publicsenat.fr Arte jeudi 17 h 45 passage à 20 h 10 dans « 28″ Vendredi 11 septembre : France bleu  12 h 05  12 h 20  + sud radio 13 h 50 a 14 h Samedi dimanche 12 et 13 septembre : Fête de l’Huma + là-bas si j’y suis samedi 14 h Mardi 15 septembre, 19 h tournage documentaire sur droit du travail Jeudi 17 septembre : Fédération santé CGT, LDJA Montreuil 93 (10) – a m à Tours Samedi 19 septembre : Fête PS à Billère 64 + CN du PS (150) Mardi 22 septembre 2015 : Amd de Lyon 69 (110) Mercredi 23 septembre : BFM 18 h 30 Jeudi 24 septembre 14 h 30 : BdT de Paris, Groupama (70) Vendredi 25 septembre : France info à 6 h 45 Samedi 26 septembre : Fête de l’UD-CGT de Strasbourg 67 (200) + séminaire MLG (50) Lundi 28 septembre : UD CGT Toulouse code du travail 300) (Flashtalk France O) Mardi 29 septembre : congres EDF RTE Dives-sur-mer  (50) Mercredi 30 septembre : Vermus VSD et LGJ 1er octobre : SLT Ardisson mardi 6 octobre : RTL 8 h 20 8 h 30   + RMC + BFMTV Mercredi 8 octobre : club de la presse d’Europe1  18 h 45 – 20 h Dimanche 11 octobre sur France 0 et 31 octobre diffusion de flash talk sur LCP Mercredi 14 octobre au soir : CGT Malakoff (80) Jeudi 15 octobre : le matin Dunkerque CGT interim (30) + BFMTV 22h Vendredi 16 octobre : procès de Laura Pfeiffer à Annecy 73 (1000) Mardi 20 octobre : Verrières Attac 78  (100) Mardi 21 octobre : 9 h 30 CFDT Wittenheim 68 (120) + PS 19 h 30 Mulhouse (80) Jeudi 22 octobre : Angouléme Champniers 16 UD CGT 17 h 30 21h (110) Dimanche 24 octobre à 13 h sur LCP Jeudi 29 octobre : 18 h 30 université citoyenne de la Courneuve 93 (60) Samedi 30 octobre 16 h maison des potes FIAC 14° Paris Du 2 novembre au 12 novembre : cinq réunions droit du travail avec syndicats en Martinique Vendredi 13 novembre : 20 h 30  Florange 57   (75) Mardi 17 novembre : Angers attac (report le 17 décembre) Mercredi 18 novembre : Polonium enregistrement 15 h45 16 h 15 + soir association Bezons (report le 15 décembre +  annulés Lundi 24 novembre : Paris première annulation Mardi 24 novembre : Montreuil : EDF CGT Emergences CHSCT+ Groupama  (annulations) Mercredi 25 novembre : Rouen 76 : université masters souvenirs vivants mai 68  (35) Vendredi 27 novembre : Cercle à St-Chamond 42 (50) Mardi 1er décembre : UD-CGT Vaucluse Sorgues 84  de 9 h -16 h (85)  + soir association Sorgues (50) Jeudi 3 décembre : Eaubonne 95  Attac code du travail (45) Vendredi 4 décembre : Réunion Attac Val d’Orge Juvisy (91) (30) Mardi 8 décembre : de 11 h 30 à 12 h 30 LCI + Association Sciences po 18 h 30 Mercredi 9 décembre : « Repère » à Abbeville 80 Vendredi 11 décembre : Orléans (45) formation FSU de 9 h à 16 h Mardi 15 décembre : Bezons 95  association Mercredi 16 décembre : Paris 13° Maison des associations Attac 18 h 30 Jeudi 17 décembre à Angers 47 : Attac 18 h 30

Agenda Gérard Filoche 1er semestre 2016 Tous les lundis 18 h : BN du PS Vendredi 11 janvier : Toulouse 31 Samedi 12 janvier : Tarbes 65 Mardi 19 janvier : Gard 30 Repère Jeudi 21 janvier : Metz 57 formation CHSCT Samedi 23 Janvier 2016 : Louviers 27 Mercredi 27 janvier : Menton 06 Mardi 2 février Agen ; Jeudi 4 Février : Moulins ; UD CGT Allier Mardi 8 février : Repères CGT à Vauvert (30) Mardi 29 mars : Orléans UEC 45 Jeudi 16 juin : Nice 06

 

CQFD ce code qu’il faut defendre : débat avec Gérard Filoche, merc 16 déc 2015 à 19 h 30 Maison des associations, 11 rue Caillaux, 75013 Paris, M° Maison Blanche

Paris 13 Attac Paris 13
Association pour une taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne

Maison des associations, boite n° 43, 11 rue Caillaux, 75013 Paris
Courriel : paris13@attac.org
Site : www.local.attac.org/paris13

Invitation à une soirée-débat Métro : L7 : Maison Blanche, Tram T3 : Porte d’Italie, Bus : 47 & 62

 

Le 9 septembre 2015, Jean Denis Combrexelle, Président de la section sociale du Conseil d’État, remet, un rapport au premier ministre Manuel Valls sur la réforme du code du travail.

Dans son rapport, il suggère de réduire la place de la loi dans notre édifice juridique social et de modifier en ce sens la Constitution « en inscrivant dans son préambule les principes de la négociation collective ». Il plaide pour un « assouplissement » du code du travail, jugé trop lourd, trop complexe, trop illisible…

Pour Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, le rapport Combrexelle « est le virus Ebola du code du travail » car il serait selon lui anti-Code. Gérard Filoche rappelle que c’est un vœu du patronat depuis trente ans et non pas une nécessité qui s’impose avec la crise ou l’emploi.

La soirée permettra d’éclairer le débat sur l’avenir du droit du travail en France.

 

Les vraies fausses « intox »-diversion du « Monde »

Manifestations qui dégénèrent : Gérard Filoche relaie des intox photographiques
Après les débordements en marge du rassemblement pour le climat, l’élu PS a diffusé des photos d’exactions de policiers en civil. Problème : elles ne datent pas de dimanche.
| 01.12.2015 à 10:34  Droit de reproduction et de diffusion réservé © Le Monde.fr 2015

https://www.youtube.com/watch?v=0jYA1uATTEg …

 

Halte à l’état d’urgence et à ses abus manifestes !

Droit inaliénable de manifester sans provocations policières !


De nombreux films et des dizaines de photos, vues d’en haut, vues d’en bas, de près et de loin, par des sources multiples et concordantes, illustrent les exactions commises de façon scandaleuse par la police sur la Place de la République dimanche 29 novembre.

Oui, la police a provoqué. Oui, s’il n’y avait pas eu une stupide interdiction de manifester, tout ce serait bien passé… comme en province. Le droit de manifester est inaliénable et il n’existait aucune raison de l’interdire à Paris, pas plus que dans toutes les autres villes de France.

Oui, les chefs de la police ont abimé les lieux de l’hommage aux victimes. Oui, il y avait des « autonomes » appelés « black-blocks » ( sic) provocateurs stupides…  mais pas plus et plutôt moins que dans toutes les manifestations depuis 50 ans. Oui, la police a attisé et organisé les quelques heurts – absurdes et répréhensibles – qui ont eu lieu.

Oui des policiers « habillés » en « autonomes » se sont mêlés à ces provocateurs, technique policière haïssable, et il existe des dizaines de photos, de films, de témoignages sur tout cela. Oui des centaines de gens bien ont été coincés, encerclés, puis arrêtés indument et  « gardés à vue » indument, et pendant la nuit et des heures… technique aussi détestable depuis… le ministre Marcellin.

Oui, Manuel Valls a dénoncé les actes indignes, la destruction des lieux de mémoire autour de la statue de la République, il l’a fait avec cette violence et cet excès dont il usait déjà depuis l’Arabie saoudite contre les salariés d’Air France : mais il ment, ce sont ses ordres, et les choix des chefs de la police qui ont abouti à ce que fleurs et bougies soient piétinés puis matraqués, à ce qu’il y ait des violences – bien davantage que les stupides et minoritaires « Blacks Blocks ».

Oui, des jeunes sans aucune mauvaise intention ni aucune raison ont été matraqués brutalement, on a le film quasiment tourné sous les coups de matraques. Les récits sont là (lisez « Regards » notamment, mais des dizaines d’autres) ils sont de bonne foi et incontestables, les preuves sont multiples, j’en ai reproduite seulement une partie sur FB ou sur tweeter. Ce n’est pas « relayer des intox photographiques » (sic)

Le Monde de cet ultra-libéral débridé Arnaud Leparmentier partage t il cette indignation légitime, reconnait-il les faits, les chronologies, les choix de la police qui ont provoqué et abouti à tous ces incidents  ?  NON !

Son « enquête » prétendument « anti « intox » porte sur le fait que parmi les photos,  parmi celles qui circulent et que j’ai reproduites, 3 d’entre elles auraient été glissées, qui pourraient très bien avoir été prises dimanche, mais qui ont été prises, avant, ailleurs, semble t il, et, nous dit on, en 2008. Il était impossible de distinguer ces 3 photos « anormales » de toutes les autres… parce qu’elles y ressemblaient trop !

QUI a mis, mêlées, ces photos parmi les autres ?

QUI a eu intérêt à opérer cet amalgame ?

QUI a voulu aussi petitement piéger les témoins ?

QUI au Monde, a choisi de faire un article là-dessus ?

(J’attends toujours l’article du Monde reprenant mes posts sur FB et tweeter, sur les intérimaires morts par chute dans la fonte liquide à 1400 ° chez Arcelor… ) ( Le Monde qui n’est plus ce qu’il était, est bien incapable d’entendre et d’écouter des arguments essentiels sur le droit du travail et les droits sociaux et économiques, c’est trop dur pour lui, mais le voila qui fait le « fouille-m…  » comme un torchon de droite, comme le « Lab » d’Europe1 l’autre jour, d’où viennent les ordres pour tout ça, hein ? Lequel des 7 milliardaires qui possèdent 95 % de la presse s’adonne à ce jeu de fléchettes ? pas l’intention de laisser faire ! ).

N’est-ce pas des gens qui avaient intérêt à ça justement pour faire diversion et tenter d’affaiblir la colère de toutes celles et ceux, nombreux, qui dénoncent ce qui s’est passé à République ? Ca ne ressemble pas à un « désintox » mais à une « manip » ! Parce qu’en fait, ça ne change évidemment rien aux FAITS, aux autres films, clairs, indiscutables, aux autres photos, multiples  ? Ca permet juste de tenter de manipuler et de faire faiblement diversion !

Alors, je confirme avec force : défense du droit inaliénable de manifester, condamnation des provocations et violences policières sur la place de la République, dimanche 29 novembre, les chefs de la police doivent des excuses auprès des centaines de manifestants indument encerclés, arrêtés et séquestrés pendant des heures !

GF, le mercredi 2 décembre 2015

PS : détail, pour les « désintoxicateurs » si soucieux de véracité, ils  devraient savoir que je ne suis pas « un élu PS »…

 

 

« Y a plus de caméras, ferme ta gueule sinon je vais te saigner comme un cochon »

par Sarah B. 2 décembre 2015

Plusieurs centaines de personnes ont bravé l’interdiction de manifester pour le climat le 29 novembre à Paris. Rapidement, des affrontements éclatent entre forces de l’ordre et quelques jeunes « en mode black block ». « De nombreux manifestants, clowns, jeunes, vieux, hommes, femmes, leur crient d’arrêter en allant jusqu’à s’interposer entre eux et les flics, mais ils se font gazer au spray à poivre, matraquer et embarquer », témoigne Sarah*, qui avait choisi de manifester pacifiquement. Elle fait partie des 317 personnes placées en garde à vue ce jour là. Récit.

Je suis arrivée place de la République vers 14h30 au moment où les premiers tirs de gaz lacrymogènes ont commencé à être tirés par les nombreux CRS et gardes mobiles présents sur la place. Après quelques minutes de déambulations sur la place, je me rends compte qu’ils sont déterminés à bloquer les manifestants sur la place. De nombreuses personnes étaient présentes, de passage, traînaient dans le coin comme un dimanche normal place de la République, d’autant que les stations de métro étaient ouvertes. Un seul cortège (NPA, Alternative libertaire…) faisait le tour du terre-plein.

Je me rapproche des lieux d’où sont tirés les lacrymos et quelques jeunes en mode « black block » commencent à jeter des projectiles sur les CRS. Je confirme donc, les CRS n’ont pas « répliqué », ils ont « commencé » ! Chaque jet de nouvelles lacrymo et bombes assourdissantes achève de déchaîner quelques personnes qui portent masques ou cagoules.

De nombreux manifestants, clowns, jeunes, vieux, hommes, femmes, leur crient d’arrêter en allant jusqu’à s’interposer entre eux et les flics, mais ils se font gazer au spray à poivre, matraquer et embarquer. De nombreuses personnes, journalistes compris, sont touchés par les munitions des policiers qui commencent à se détacher en petits groupes pour aller rafler quelques manifestants au milieu du chaos. Les fronts se multiplient et petit à petit, les jets de projectiles cessent. Un vieux monsieur se retrouve couché par terre, une jeune fille a est touchée par la police et crie « j’ai mal ! Pourquoi vous faites ça ?! On vous a rien fait ! ». Plus les gens sont agressés par les tortues-ninjas, plus raisonne le slogan : « État d’urgence, État policier, on nous enlèvera pas le droit de manifester ! ». Le vaste cortège principal se dissout doucement et plusieurs centaines de personnes se massent au centre de la place.

« Mais vous ne respectez rien, même pas les morts ?! »

Un cercle de manifestants est formé pour protéger la statue de la République et les objets déposés pour les morts du 13 novembre pour éviter qu’ils ne soient utilisés comme projectiles. Le cercle se défait sous l’avancée des gardes mobiles. Les lignes de CRS et gardes mobiles commencent à se resserrer et à enfermer les manifestants sur le terre-plein central. Les CRS avancent se frayant un chemin à coup de matraque, broient les bougies, photos, fleurs disposés pour les morts du 13 novembre. Les manifestants leur crient : « Mais vous ne respectez rien, même pas les morts ?! ». Rapidement, les personnes masquées brûlent leurs vêtements et disparaissent. Ce ne sont pas eux qui seront arrêtés.

De nombreux manifestants lèvent les bras ou s’assoient en signe de non-violence, d’autres sèment des fleurs aux pieds des CRS, les clowns tombent par-terre les uns sur les autres en mimant des exécutions, d’autres dansent devant les robocops en surnombre. L’ambiance est très joviale entre les manifestants qui savent déjà qu’il leur sera difficile de sortir de là malgré les négociations avec les gendarmes et CRS. Personne ne sort. On est enfermés et livrés à la violence arbitraire des CRS qui ont l’air aussi déchaînés que terrifiés… par nous !

Il y a des manifestants de part et d’autre de la ligne de CRS et des dizaines de camions de police avancent sur la place, on commence le jeu du « C’est à babord qu’on gueule, qu’on gueule… », on se répond pendant plusieurs minutes, puis c’est au son de « c’est tous ensemble qu’on gueule, qu’on gueule, c’est tous ensemble qu’on gueule le plus fort ! ». Rapidement, nos copains de l’autre côté, devant la rue du faubourg du Temple se font charger violemment et plusieurs sont arrêtés. Nous, on crie « tapez pas nos copains ! » en boucle.

On est encore en train de chanter lorsqu’on entend des gens crier dans notre dos, les gardes mobiles procèdent à des interpellations d’une violence inouïe en traînant les gens par terre, les tirant par les cheveux, sans distinction de sexe ou d’âge, ils attrapent les premiers qui passent, les plus faciles. Pour se protéger, on s’attache les uns aux autres en se tenant les bras, ils chargent par petits groupes et refusent de nous laisser sortir de la place.

« J’ai rarement vu autant de haine dans le regard »

Je me retrouve en première ligne avec deux copains, les gendarmes nous chargent, on recule, ils essayent de nous détacher les uns des autres, on crie, on se débat, on se resserre, mais rien n’y fait. Ils me soulèvent par les jambes, attrapent mon copain de droite par les cheveux, on se lâche et on se fait prendre. Ils me portent jusqu’au
panier à salade et dès qu’ils s’éloignent des caméras et photographes, celui qui me tient les jambes me dit « y a plus de caméras, ferme ta gueule parce que sinon moi je vais te saigner comme un cochon ». J’ai rarement vu autant de haine dans le regard d’un étranger.

Pendant les quelques secondes que durent ma traversée entre de brutales mains, je me dis que je vais me faire péter la gueule à l’abri des regards. Je pense que ma couleur et mon keffieh ne sont pas étrangers à cette charmante menace… Arrivés devant le camion, une policière en civile veut fouiller mon sac avant de me faire monter et me rappelle qu’elle n’est pas « ma copine », je lui réponds que « justement moi non plus » et finis par le lui donner.

Dans le bus, je reconnais des têtes familières, personne ne sait ce qu’il va se passer. On discute, fait connaissance, se met aux fenêtres et les copains restés dehors nous font des signes de soutien. Je fais semblant de boire à la paille tendue de l’autre côté de la vitre. On reste encore sur la place un moment et au moment de démarrer, c’est
tout le bus qui tambourine aux fenêtres pendant presque tout le trajet. Le bruit attire les passants qui nous font des signes bienveillants ou ne comprennent pas ce qui se passe.

On arrive devant le commissariat du 18ème et on attend… longtemps… on ne sait pas ce qu’ils vont faire de nous. Nous sommes trop nombreux, ça va plus emmerder les flics que nous de devoir faire autant de paperasse ! La rue Clignancourt est fermée pour l’occasion, les flics menacent les gens qui nous filment dans le tabac d’en face. Dedans, on chante, on tape, on fait des blagues… bref, on s’amuse et on se fait de nouveaux potes. Un copain nous explique à tous nos droits et nous donne les noms d’avocats à donner aux flics. Deux heures plus tard, on nous descend par petit groupe de 3 à 5. Le flic me tient par mon sweat, je lui dit que je peux marcher sans ça et il me répond : « C’est mieux qu’une clé de bras ». S’ensuit un débat sur la définition du terme « menace ».

Avec ma « colloc » de cellule, on se partage un drap

On sait que s’ils ne nous signifient pas notre garde à vue dans les deux heures qui suivent, ils doivent nous relâcher. Tout se fait à la chaîne, ils nous enlèvent nos chaussures, bijoux, mon sweat (parce qu’il y a des cordons). On nous notifie nos garde à vue, les OPJ nous donnent des informations contradictoires à chacun. On me met en cellule avec les autres filles. « Son » OPJ a dit à l’une d’elle qu’elle sortirait au bout d’une heure donc elle n’a pas donné de numéro pour ses proches, certaines croyaient qu’elle étaient obligées de signer, personne ne sait quand on va être relâchés. Je passe devant deux autres cellules où il y a des garçons, on fait « coucou » et se lance des bisous.

La manifestation se poursuit dans les cellules, tout le monde chante, rigole, on fait des percussions avec les bancs, on joue, certaines dorment, d’autres sont assises entre les barreaux. Lorsqu’ils refusent de nous emmener aux toilettes, on remanifeste «  Pipi ! Pipi ! ». Ça nous amuse et certains flics aussi. On est vraisemblablement d’accord sur le fait qu’on n’est pas « des vrais méchants » et qu’on a tous autre chose à faire.

Ils viennent nous chercher individuellement pour nous transférer dans d’autres commissariats parce qu’on est trop nombreux. Je pars avec un mec qui était dans mon bus et qui demande son insuline depuis plus de 4h maintenant. Il est environ 1h du matin, difficile de savoir sans montre ni portable. On est transférés au commissariat du 2ème arrondissement, nous seront 10 dans ce cas. Nous sommes deux dans ma
cellule, on comprend qu’on ne sera pas auditionnés avant le lendemain.

Dans la cellule, les précédents occupants avaient écrit « 93 » avec du vomi sur le mur. On discute de temps en temps avec les copains. Les policiers de garde sont plutôt sympathiques, l’un d’eux me ramène des ciseaux pour couper le cordon de mon sweat parce que j’ai froid. Avec ma « colloc » on se partage un drap, elle dort, moi non, j’ai froid, soif et mal partout… sans doute les restes de ma délicate interpellation.

Ils viennent nous chercher un par un à partir de 9h environ pour nous auditionner. On peut enfin voir un avocat et un médecin pour ceux qui l’ont demandé. Le copain diabétique a enfin accès à son insuline (20h après son interpellation !). L’avocat me dit que les vices de procédures sont nombreux puisque je le vois 20h après le début de ma garde à vue. Idem pour le médecin, affligé d’être là et qui se demande ce qu’il fout là en songeant à changer de métier.

Un policier : « On est d’accord avec vous, on est de votre côté »

Comme tout le monde, je suis accusée de « maintien d’un attroupement malgré les sommations de se disperser » ou un truc dans le genre. Pas de mention de manifestation interdite, violence, outrage ou rébellion. Donc comme tout le monde, honnêtement, je dis qu’on n’a entendu aucune sommation et qu’on nous interdisait de nous disperser de toutes façons. Je refuse de donner mes empreintes et de me faire prendre en photo donc je suis auditionnée en plus pour ça. Plusieurs de policiers sont assez gentils avec nous, viennent nous parler, s’assurent qu’on n’a ni faim ni froid. L’un d’eux me dit même : « on est d’accord avec vous, nous on est de votre côté », même s’il ajoute « après sur la méthode, peut-être pas ». Je ne sais toujours pas sur quoi on était d’accord exactement….

On nous ramène en cellule et au bout d’encore plusieurs heures, on est relâchées avant les huit garçons. Les flics qui nous font sortir s’emploient à être aussi désagréables que possible, pour eux nous sommes de petits inconscients qui « ne vivent pas sur la même planète ». On leur répond que justement si, et que c’est pour ça qu’on était là dimanche. L’ambiance craint. On leur dit qu’ils foutent en l’air le capital sympathie de leurs collègues et on s’en va !

Bref, on est loin d’avoir perdu la guerre psychologique, on a eu le temps de se faire plein de nouveaux potes, on a appris plein de nouvelles choses, on a aiguisé nos arguments sur différents publics. Au jeu de la répression, François et Manuel ont puni les flics plus que nous.

Un bisou à tous-tes les camarades qui nous faisaient des signes dans la rue, à tous-tes celles et ceux qui étaient avec moi dans les cellules, à tous ceux dont les GAV ont été renouvelées, à tous-tes les copains et copines d’ailleurs qui sont venus se joindre à nous et qu’on a foutu en rétention. Et aux autres aussi.

On lâche rien !

Sarah B.*, le 30 novembre, à sa sortie de garde à vue

 

Que s’est-il passé place de la République ? Informations désinformées des journaux télévisés

par Frédéric Lemaire, Julien Salingue, mercredi 2 décembre 2015

Que s’est-il exactement passé le dimanche 29 novembre 2015 sur la place de la République à Paris ? Pour que l’on puisse se fier aux médias, encore faudrait-il qu’ils disposent des moyens d’observer, d’enquêter de recouper des témoignages, au lieu de s’en remettre à une vision étrangement conforme à la version de la Police. Nous publions ici un bref article traitant des JT de 20h de TF1 et de France 2 le soir du 29 novembre, avant de revenir, dans les prochains jours, sur le traitement médiatique plus global des manifestations, notamment à République.

Dans le cadre de l’état d’urgence, la Préfecture de police avait interdit la manifestation prévue dimanche 29 novembre à Paris, à l’occasion de la journée mondiale de mobilisation pour le climat. Des mobilisations se sont tenues malgré tout ce dimanche, veille de l’ouverture du sommet de l’ONU sur le changement climatique (COP21), dans plusieurs villes de France. À Paris, une chaîne humaine était prévue sur le parcours de la manifestation interdite, ainsi qu’une action symbolique et un rassemblement à République.

Ce dernier, sous haute surveillance, s’est conclu par des heurts entre les manifestants et la police qui ont, sans surprise, focalisé l’attention des médias. Et force est de constater que le traitement de ces violences, par la plupart des grands médias, s’est avéré largement biaisé ou incomplet. Les journaux télévisés de 20h du dimanche soir de TF1 et France 2 en donnent une illustration exemplaire.

 

« Les violences » : vedettes des JT

C’est un théorème bien connu du traitement médiatique des mobilisations sociales : si violences il y a, il convient qu’elles occupent l’essentiel de l’attention des médias – au détriment de l’explication des enjeux ou des revendications des mobilisations…

Ce théorème s’applique tout à fait au journal de 20h de France 2 du 29 novembre : trente secondes seulement y sont dédiées à la journée de mobilisation mondiale à la veille de la COP21 et aux initiatives dans toute la France. À comparer avec le temps dévolu aux « violences » (1 min 42). Le journal de TF1 y consacre un temps équivalent, à la suite d’un sujet néanmoins plus complet sur les mobilisations de la journée.

Les affrontements de la place de la République – bien réels mais très minoritaires au regard du nombre de manifestants et du déroulé des événements de la journée – ont occupé une place importante dans les deux journaux télévisés, et figurent parmi les premiers titres. Le récit qui en a été fait est relativement similaire, et on y apprend notamment que :

- se tenait un rassemblement composé « d’une centaine de manifestants, souvent cagoulés, avec des pancartes anticapitalistes et libertaires » et qui était interdit « conformément à l’état d’urgence » – d’après France 2. Le journaliste de TF1 présente quant à lui un rassemblement « anti COP21 et anticapitaliste […] infiltré par des individus radicalisés ».

- les CRS ont fait l’objet de tirs de projectiles et qu’ils ont « riposté » par des tirs de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes ;

- des « casseurs » ont « en partie détruit le mémorial dédié aux victimes des attentats en jetant des bougies, des pots de fleur » sur les CRS d’après France 2. Pour TF1, « le mausolée en hommage aux victimes des attentats est saccagé ; pots de fleur et bougies servent de projectiles ».

C’est tout ? Presque.

 

La version policière, seulement la version policière

Les deux JT se contentent en réalité de relater une version des « événements » de l’après-midi conforme à celle de la Police. France 2 : « les CRS […] ont essuyé de très nombreux tirs de projectiles et […] ont riposté aux quatre coins de cette place de la République par de très nombreux tirs de gaz lacrymogène ». TF1 : « les militants les plus radicaux ont provoqué les premières échauffourées avec les policiers ».

En d’autres termes :

Des commentaires qui concordent avec les déclarations du Préfet (reprises sur la plupart des sites d’information) : les manifestants « ont attaqué la police avec des gaz lacrymogènes, des boules de pétanques, des chaussures… »

Les policiers et les CRS ont-ils fait preuve de « violence » ? Nous ne le saurons pas. Ont-ils « provoqué » les manifestants ? Nous ne le saurons pas. Parce que le Préfet n’en a pas parlé ?

Mais ce que nous aurons, en revanche, c’est ceci :

TF1 : « Ce soir plus de deux cents personnes ont été interpellées, 174 placés en garde à vue » ; France 2 : « Au total, il y a eu 208 interpellations parmi les manifestants, et 174 personnes sont encore ce soir en garde à vue. »

Soit, une fois de plus, les informations communiquées par la Préfecture. Sans aucun commentaire de la part des journalistes, alors même que le nombre important d’interpellations correspond, voire est supérieur au nombre de manifestants annoncé par les JT… Dans quelles conditions les manifestants ont-ils été interpellés ? Nous ne le saurons pas. Qui sont les interpellés ? Nous ne le saurons pas. Pour quel motif ? Nous ne le saurons pas. Parce que la Préfecture n’en a pas parlé ?

 

Absence de pluralisme dans les réactions politiques et les commentaires

Au-delà de la reprise (sans vérification ni commentaire) de la version policière des incidents, on ne peut en outre s’empêcher de relever l’infinie variété des réactions que nous ont offertes les deux principaux JT de France.

Les deux chaînes ont ainsi relayé les déclarations du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et de François Hollande. France 2 : « Il y a une heure le président de la République a souhaité s’exprimer sur ces incidents qu’il a qualifiés de scandaleux » ; TF1 : « des actions qualifiées de scandaleuses par François Hollande » ; TF1 toujours (images de Bernard Cazeneuve qui s’exprime) : « Ces actes doivent être qualifiés avec la plus grande fermeté par respect pour les victimes de ces attentats ».

Du côté des responsables politiques, c’est tout.

Elles se sont en outre fait l’écho de réactions de passants constatant les dégâts après la manifestation, notamment autour du mémorial de République : « révoltant », « indécent », « inadmissible ». Des dégâts injustifiables, mais uniquement attribués à certains manifestants, conformément à la version de la Préfecture… laquelle était en contradiction avec de nombreux témoignages déjà disponibles.

La parole a-t-elle été donnée à des manifestants ? Non. À des témoins ayant une autre version que la version policière, ou d’autres commentaires à faire que ceux, à l’unisson, de la présidence de la République, du ministère de l’Intérieur et de la Préfecture ? Non.

Il y avait pourtant encore, en début de soirée, des centaines de personnes à République, qui avaient peut-être autre chose à dire, comme le démontraient déjà les multiples photos, vidéos et commentaires qui circulaient sur les réseaux sociaux. Mais de toute évidence, ces « autres voix » n’intéressaient pas les JT, trop occupés à assurer, aux côtés du gouvernement et des forces de police, le maintien de l’ordre.

***

Que s’est-il exactement passé le dimanche 29 novembre 2015 sur la place de la République à Paris ? Ce n’est pas grâce aux JT de TF1 et de France 2 qu’on le saura. À moins de considérer que la vérité sorte tout droit de la bouche du gouvernement et de la Préfecture, ce qui ne manque pas d’interroger sur l’utilité des journalistes… Pourquoi, en effet, se compliquer la tâche à fabriquer des reportages alors qu’il suffirait de copier-coller les images fournies par les autorités et les commentaires qui les accompagnent ?

Voilà qui serait plus commode et plus honnête vis-à-vis des téléspectateurs. Et voilà qui permettrait en outre de se dédouaner des éventuels impairs, informations partielles ou partiales, voire contre-vérités relayées à l’antenne.

Il n’aura en effet pas fallu attendre plus de quelques heures pour se rendre compte que la version policière reprise sans aucune distance par les « grands médias » était loin de faire l’unanimité parmi les témoins des scènes de violence, y compris certains journalistes. Des contestations de la version policière des événements qui concernent notamment les destructions occasionnées sur le mémorial de la place de la République, sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article.

Un prochain article ? Oui. Car contrairement à certains « grands médias », nous pensons que l’information nécessite vérifications, recoupements, et esprit critique vis-à-vis de la parole officielle. À moins de considérer que, état d’urgence oblige, les journalistes se doivent d’être de simples auxiliaires de police.

Frédéric Lemaire et Julien Salingue

 


Annexes : déroulé des JT de TF1 et France 2 (29 novembre, 20h)

Annexe 1 : JT de TF1

Après 6 min 32 sur l’ouverture de la COP21 :

- Un sujet de 2 min 04 sur « des mobilisations remarquées malgré l’interdiction de manifester » (les mobilisations internationales, la chaîne humaine à Paris, les marches en province, etc.) ;

- Un sujet de 1 min 39 titré « Plus de 200 personnes interpellées après des échauffourées à Paris ».

Verbatim :

« En marge de ces opérations pacifistes les militants les plus radicaux ont provoqué les premières échauffourées avec les policiers, des actions qualifiées de scandaleuses par François Hollande, 208 manifestants ont été interpellés. Plus de 200 personnes interpellées, 174 placées en garde à vue. »

« Peu avant 15h place de la République, un déluge de pavé, de chaussures, de bouteilles de verre. Plusieurs dizaines d’individus vêtus de noir, visages masqués, projettent tout ce qui leur passe sous la main en direction des CRS (apparaît l’image envoyée par la Préfecture des objets jetés sur la police). Les forces de l’ordre répliquent à coup de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes ».

« C’est l’escalade, une barrière en métal est lancée par la police. Inquiets, des commerçants ferment leurs rideaux, au pied de la statue, le mausolée en hommage aux victimes des attentats est saccagé ».

Policier : « Eh vous descendez, vous descendez de la statue ».

« Pots de fleur et bougies servent de projectiles devant des badauds médusés. »

S’ensuivent les propos d’un passant qui qualifie cela d’« indécent ».

« Un peu plus tôt les CRS s’étaient déployés en nombre autour de la place pour en filtrer les accès, et encadrer une action anti COP21 et anticapitaliste. Un rassemblement interdit comme tous les autres depuis la proclamation de l’état d’urgence et infiltré par des individus radicalisés. »

Bernard Cazeneuve : « Ces actes doivent être qualifiés avec la plus grande fermeté par respect pour les victimes de ces attentats ».

« Ce soir plus de deux cents personnes ont été interpellées, 174 placés en garde à vue. »

Annexe 2 : JT de France 2

Après 5 min 23 sur l’ouverture de la COP21, un sujet de plus de deux minutes sur les mobilisations de dimanche :

Verbatim :

« Malgré les interdictions liées à l’état d’urgence, plusieurs rassemblements ont eu lieu aujourd’hui, rassemblements en faveur d’un accord sur le climat d’abord un peu partout en France, à Toulouse, Marseille ou encore à Bordeaux ; rassemblement symbolique également à Paris avec des milliers de chaussures disposées place de la République, rappelant les marcheurs pour la planète avec quelques paires étonnantes, celles du pape François, ou encore les baskets du secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki Moon. »

« Mais quelques heures plus tard l’atmosphère s’est tendue, avec l’arrivée de plusieurs centaines d’activistes cagoulés, en direct sur place on va retrouver Laurent Desbonnets, Laurent d’abord est-ce que ces incidents sont terminés, il y a eu en tout cas de nombreuses interpellations et cela à quelques mètres du lieu d’hommage aux victimes des attentats. »

« Oui le calme est revenu mais la situation est toujours assez tendue, avec une présence policière toujours massive pour contenir des manifestants toujours présents dans les rues adjacentes ; après un après-midi d’affrontements, ces images de violences ; les CRS qui ont essuyé de très nombreux tirs de projectiles et qui ont riposté aux quatre coins de cette place de la République par de très nombreux tirs de gaz lacrymogène. Tout a dégénéré en début d’après-midi avec l’arrivée d’une centaine de manifestants, souvent cagoulés, avec des pancartes anticapitalistes et libertaires, ils se sont retrouvés face à de solides cordons de CRS qui les ont empêché de manifester conformément à l’état d’urgence ; des casseurs sont alors entrés en action et ce qui a beaucoup choqué ici c’est qu’ils ont en partie détruit le mémorial dédié aux victimes des attentats en jetant des bougies, des pots de fleur, ou encore toute sorte d’objets en verre présents sur ce mémorial en les jetant sur les CRS. C’est révoltant, inadmissible me disait à l’instant une personne venue se recueillir après ces violences. Au total, il y a eu 208 interpellations parmi les manifestants, et 174 personnes sont encore ce soir en garde à vue. »

« Merci beaucoup Laurent, et il y a une heure le président de la République a souhaité s’exprimer sur ces incidents qu’il a qualifiés de scandaleux, eu égard à ce lieu de mémoire, et je cite aux enjeux de la conférence sur le climat qui doit permettre au monde de décider de l’avenir de la planète ».

« Revenons sur les rassemblements pacifiques qui ont eu lieu un peu partout dans le monde… »

Ne vous abstenez pas, allez voter les 6 et 13 décembre ! Faire barrage à la droite et au FN est fondamental,

Empêcher Estrosi, Bertrand et deux ou trois le Pen de diriger des régions, ce n’est pas cautionner Valls, Macron et Cie, c’est nous protéger, nous, ce n’est pas approuver Hollande, c’est sauver nos droits dans les régions et pour plus tard, l’avenir du pays.

On doit, on peut battre la droite et changer la gauche !

Nous sommes de ceux, rédacteurs cette lettre de D&S,  et militants de la gauche socialiste, qui combattons chaque jour la politique droitière du gouvernement Valls, Macron et cie. Nous sommes de gauche et militons de toutes nos forces pour que soit mis fin à la politique d’austérité, au blocage des salaires, aux attaques contre le droit du travail, et au chômage de masse qui en découle, 14 500 chômeurs de plus encore le mois dernier. Nous avons combattu pied à pied l’ANI, les lois Sapin, Macron, Rebsamen, les reculs du droit des retraites à 63 ans, l’autorisation aux patrons de faire faire 3 CDD de suite aux jeunes, la remise en cause des protections des salariés. Nous voulons toujours défendre les aspirations de mai juin 2012 et combattre la finance, pas nous y soumettre !

Et pourtant nous vous disons, écoutez-nous : votez les 6 et 13 décembre, allez voter contre la droite, contre l’extrême droite, parce que sinon ce sera mille fois pire. Déplacez-vous, ne vous laissez pas désarmer, ne vous abstenez pas, prenez sur vous et aller faire barrage au pire.

Oui : barrage au pire !

N’en doutez pas, avec la droite vous perdrez votre 5° semaine de congés payés, les 35 h, encore plus de droits du travail, l’école publique, la sécu. Là, ou hélas, Hollande a donné 41 milliards au Medef, LR donnera 120 milliards, pareil dans les régions sans contrepartie. Pecresse, Estrosi, Bertrand casseront mille fois vos droits sociaux, votre école, vos transports publics, vos associations et allocations, dans les cantines et dans les théâtres. Ce n’est pas pour vous faire peur ni pour exagérer : lisez donc attentivement leurs programmes ! La droite réclame ce que veut le Medef, « l’ubérisation », la fin du salariat, tous auto-entrepreneurs, sans droit ni loi, ni horaires ni salaires, fin des 35 h et de toute durée légale du travail. Pareillement, le FN veut supprimer les retraites, les droits démocratiques en même temps que, dans les détails, il veut supprimer toute aide au planning familial, et aux associations à but social. Et les régions ce n’est pas l’état, mais le FN peut y nuire de façon mortifère, culturellement, économiquement, socialement.

Oui, rien ne serait pire dans l’histoire de notre pays depuis 70 ans que le FN parvienne au pouvoir, même local. Ce ne serait pas secondaire, ni anecdotique, ni éphémère, ce serait aussi terrible comme menace ensuite, pour 2017 toutes proportions gardées que l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Vous y perdrez tellement de droits, d’éléments de votre vie actuelle, la guerre civile sera à votre porte, menaçant vos enfants, et vous vous direz trop tard : comment ai-je pu laisser faire cela ? Mais il sera trop tard !

Il ne suffit pas de dire « c’est la faute à Hollande, Valls, et Cie », oui, ce sera vrai, ce sera à cause d’eux, à cause du fait qu’ils n’ont pas fait une politique de gauche, pas fait reculer le chômage, pas redistribué les richesses, mais ce n’est pas à cause de leurs erreurs que nous devons NOUS punir, NOUS, en subissant la droite et le FN ! Comprenons tous cela et répétons-le bien : avec la droite et le FN ce n’est pas Hollande et Valls qui subiront, c’est nous, ce sera une auto punition !

Les sondages nationaux indiquent que le total des voix de gauche est supérieur à celui des voix de droite. Seule l’unité à gauche – comme au Portugal par exemple ou toutes les composantes de gauche, aussi diverses qu’ici, ont fait un compromis acceptable – peut permettre de garder les régions contre droite et extrême droite. La France est de gauche, toujours de gauche, à la base. Droite et extrême droite progressent hélas en pourcentage, mais pas en voix. L’abstention est de gauche et massive, tous les sondages le disent. Il n’y a absolument pas « d’envie » de LR et du FN, pourtant ils risquent d’arriver, ce qui serait d’autant plus terrible,  par défaut, par dépit, par désespoir, et ce, contre toutes nos aspirations sociales, fraternelles, à la liberté, à l’égalité.

Alors oui, empêcher Estrosi, Bertrand et deux ou trois le Pen de diriger, ce n’est pas cautionner Hollande, Valls, Macron et Cie, c’est nous protéger, nous tous.

Nous ne pouvons nous résigner à cette catastrophe anormale et résistible, il ne faut pas s’abstenir : il faut prendre sur soi et aller voter quand même en dépit de toutes nos amertumes. Battre LR et FN nous donnera encore un répit d’ici 2017 pour travailler à changer et unifier la gauche, à imposer une plateforme commune DE GAUCHE, et sur cette base, organiser des primaires pour désigner ensemble un candidat commun unique de toute la gauche. Rien n’est jamais perdu, rien n’est impossible !

Unité de la gauche portugaise, espoir populaire par Philipe Marlière

Nous reproduisons ici la chronique « Internationales » de notre ami Philippe Marlière, professeur de sciences politiques à l’University College de Londres. Vous retrouverez cet article dans la revue Démocratie&Socialisme n°229.


Pour la première fois depuis la révolution des Oeillets en 1974, la gauche portugaise (Parti socialiste, Bloco de Esquerda et CDU, qui regroupe le Parti communiste et les Verts) est unie. Elle vient de sceller un accord de gouvernement sans participation ministérielle de BE, du PCP et du PVE, qui pose les bases d’une politique anti-austéritaire engageant l’ensemble de la gauche.

Les résultats de l’élection législative du 4 octobre ont été interprétés de manière tendancieuse par la plupart des commentateurs, qui ont déclaré la droite victorieuse. La coalition des deux partis de droite (PSD et CDS-PP) a recueilli 38,3 % et 107 des 230 sièges. La gauche PS-BE-PCP est, pour sa part, nettement majoritaire au Parlement : elle a obtenu 50,8 % des voix et dispose de 121 sièges.
Les médias ont joué un rôle quasi-séditieux, mettant en garde contre le « péril communiste » dans le pays. Le 22 octobre, le président Aníbal Cavaco Silva a chargé Pedro Passos Coelho, le premier ministre sortant, de former un gouvernement. Mais il a outrepassé ses prérogatives constitutionnelles en demandant aux députés socialistes de « se rebeller contre leur dirigeant », António Costa. Il a déclaré « qu’il ne laisserait pas des forces eurosceptiques [la gauche radicale] accéder au pouvoir ». Il s’est donc comporté en gardien zélé de l’orthodoxie austéritaire en Europe. Les Grecs avaient pu élire un gouvernement opposé à l’austérité. Au Portugal, la population ne devrait même pas avoir cette liberté !

Vers le rassemblement de toute la gauche

 

Sous le gouvernement de José Sócrates, le PS a signé avec la troïka un mémorandum d’une nature austéritaire sévère. Le PS a durement payé cette décision en perdant largement les élections de 2011. Pour António Costa, il s’agissait d’éviter la « pasokisation » de son parti : sous son leadership, le PS a donné un coup de barre (rhétorique) à gauche, et affiché sa volonté de dialoguer avec la gauche radicale.
Le Bloco et le PCP auraient pu arguer que le PS ne faisait que des promesses qu’il ne tiendrait pas.  A l’inverse, la gauche radicale a pris le PS au mot et a accepté de négocier avec lui. Pris à son propre piège, Costa a dû répondre à l’offre de la gauche radicale. Les négociations furent difficiles et parsemées de compromis de part et d’autre. Elles ont cependant abouti à la signature d’un accord comportant 70 mesures, dont la tonalité générale va à l’encontre des politiques d’austérité antérieures.

Habileté des alliés du PS


Sous la pression du Bloco et du PCP, le PS a abandonné les plans de privatisation exigés par la Commission européenne. Entre autres mesures, l’accord prévoit de restaurer les salaires et les retraites au niveau pré-mémorandum. Le salaire minimum sera augmenté en 2016 et en 2017, et les travailleurs dont les salaires perçus sont inférieurs au seuil de pauvreté recevront un complément financier. L’aide sociale pour les enfants et les personnes âgées sera également revalorisée. Les étudiants post-doc bénéficieront d’un contrat de travail ouvrant droit à une couverture sociale. Des divergences subsistent quant à la gestion de la dette publique et extérieure, et le texte ne prévoit aucun audit de la dette.
Sous l’impulsion de Catarina Martins, la porte-parole nationale du Bloc de gauche, les électeurs découvrent une gauche radicale qui se bat avec pragmatisme pour la défense des salaires, des retraites et des services publics. Cette audace est en train de payer : des sondages récents indiquent que le soutien au Bloco s’est renforcé depuis l’élection.
Les Portugais sont en majorité opposés à la sortie de la zone euro. Le Bloco a géré cette question avec adresse : il est passé d’une position pro-euro à une critique radicale de la politique de l’Eurogroup. Le Bloco a déclaré en juillet qu’un gouvernement de gauche radicale serait prêt à rompre avec l’euro s’il ne pouvait renégocier la dette. Autrement dit, le Bloco a tiré les leçons de la défaite de Syriza.

Les leçons de l’union


1) Le Bloco et le PCP ont pris acte que la « pasokisation » du PS n’aura pas lieu ;
2) La stratégie qui consiste à attaquer le PS plutôt que la droite est politiquement contre-productive et électoralement néfaste pour la gauche radicale ;
3) L’accord de gouvernement avec le PS a amené ce dernier à rompre de manière significative avec ses politiques d’austérité ;
4) Cet accord prive le PS de l’argument selon lequel il doit gouverner au centre pour compenser la désunion à gauche ;
5)  Le Bloco sort légitimé et renforcé de ces négociations.

 

Cette coalition ne sera pas un long fleuve tranquille. Il faut même s’attendre à des tensions et à des désaccords importants entre les divers partis de gauche. Le Bloco pourra, le cas échéant, dénoncer le non-respect des accords et retirer son soutien. Une chose est sûre, l’unité a redonné espoir au peuple, et le premier qui la remettra en cause perdra gros.

La génération de la crise ne sera pas celle de la guerre !

Le 29 novembre 2015

Appel signé par l’UNEF, les Jeunes Communistes, les Jeunes CGT, la JOC, le MRJC, l’UNL, la maison des potes, les jeunes écolos, DIDF-jeunes, le Parti de Gauche, Ensemble et les JRG

 

Les terribles attentats du 13 novembre à Saint Denis et Paris ont plongé le pays dans le choc et l’effroi. Nous tenons à rendre hommage aux victimes et à apporter notre soutien à leurs proches. Nous saluons également l’action des agents du service public et l’élan de solidarité qui a eu lieu de la population.

Ces attentats touchent profondément les jeunes de notre pays. Les lieux qui ont été visés – festifs, culturel, sportifs – sont ceux que beaucoup d’entre nous fréquentent. Les jeunes sont nombreux parmi les victimes mais aussi parmi les auteurs des attentats. Dans le monde entier, au Liban, en Tunisie, au Kenya, en Turquie, notre génération est touchée par la guerre, l’obscurantisme, le fanatisme qui cherche à anéantir les espoirs de paix et de vivre ensemble par une violence aveugle.

Nous avons une responsabilité particulière, pour dépasser nos peurs et refuser cette violence. Les réponses qui seront apportés à ces attentats détermineront, pour beaucoup, le monde dans lequel nous allons vivre. Deux logiques s’affrontent. D’un côté, celle d’une dérive guerrière et sécuritaire, qui traduit la montée de la violence et la recherche d’un ennemi intérieur. De l’autre, celle de la construction de la paix, en faisant le choix de renforcer la démocratie. C’est avec la conviction que céder à la peur reviendrait à tomber dans le piège tendu par les terroristes que nous défendons la seconde option. Nous reje-tons la modification de la constitution, la déchéance de nationalité ou encore l’escalade militaire en Syrie. Nous refusons un état d’urgence permanent.

L’Etat de droit n’est pas désarmé face au terrorisme. Il est indispensable de revoir les moyens humains et les missions des services de renseignement, de police et de justice. Mais ces mesures ne nécessitent en aucune façon de remettre en cause les libertés individuelles et collectives. Elles doivent s’accompagner, au contraire, de plus de libertés, de démocratie et de solidarité. Pour lutter contre le terrorisme, la responsabilité de notre génération est de construire la Paix et la Justice en France et partout dans le monde.

 

Partout dans le pays, Faisons entendre notre voix !

La période pose plus que jamais la question de la politique internationale. La France ne doit pas reproduire les interventions militaires américaines désastreuses de l’après 11 septembre. Nous refusons les ventes d’armes et les coopérations économiques avec les pays qui financent les groupes terroristes. Notre diplomatie doit être au service de la paix, dans le cadre du droit international. Au Moyen-Orient nous devons soutenir les Kurdes et tous les défenseurs de la démocratie qui luttent contre Daesh. A l’échelle du monde, nous devons soutenir toutes les forces qui agissent dans le sens d’une paix juste et durable, notamment en Palestine. L’heure est plus que jamais à favoriser un accueil digne et massif pour les réfugiés qui fuient les guerres de par le monde entier.

La paix et la justice doivent également être les boussoles des politiques à l’intérieur du pays. Après le choc des assassinats, comme après les attentats de janvier, beaucoup de voix s’unissent pour citer la devise de la république : « Liberté, Egalité, Fraternité ». L’urgence est de la rendre réelle pour l’ensemble des jeunes. L’éducation doit être une priorité politique. Il est grand temps d’agir pour la sécurisation de nos parcours professionnels et de vies. De l’école à l’insertion en passant par la culture : plus aucun jeune ne doit être plongé dans l’incertitude et la perte de repère dont se nourrissent les terroristes. S’il y a bien une situation qui mérite l’Etat d’urgence, c’est celle des jeunes en France victimes de discriminations.

Nous pensons à tous les jeunes victimes de racisme au quotidien, de contrôles au faciès, de discriminations à l’embauche. La jeunesse risque de souffrir de la récupération poli-tique des forces réactionnaires et de l’extrême droite à la suite de ces attentats. Mais aussi les jeunes de quartiers populaires ou de territoires ruraux délaissés, victimes de discriminations territoriales, les femmes victimes du sexisme, les jeunes discriminés pour leur identité sexuelle…

L’urgence est de mettre un terme aux divisions et aux inégalités. Nous avons des solutions et plus que jamais, la génération de la crise refuse d’être celle de la guerre ! Nous appelons à la constitution d’espaces d’échange, de débat et d’engagements ouverts à l’ensemble des jeunes pour que la société de demain ne se construise pas sans nous.

Il y a 20 ans : la grande gréve de novembre-décembre 1995 contre le plan Juppé

Extraits de « Mai 68 histoire sans fin » e Ed Flammarion en 1998 puis Ed Gawsewitch en 2008. Un numéro spécial de la revue D&S de 48 p avait été publie en décembre-janvier 1995-1996 sur le grand mouvement de gréve d’il y a 20 ans.

 

ici : rue Montorgueil en 1878 fin de l’exposition universelle, par Claude Monet


Le cycle social initié par Air France en novembre 1993, puis la grande manifestation pour l’école publique du 16 janvier 1994, l’explosion de mars contre le CIP de Balladur, la première grève européenne des cheminots en juin, les mouvements de fonctionnaires en début d’automne avaient forcé Jacques Chirac à en rajouter sur ses promesses de lutte contre la « fracture sociale ».

 

Cela avait joué pour placer Lionel Jospin en tête au premier tour de la présidentielle. Et, du coup, pour offrir une perspective politique. La gauche, donnée en perdition deux ans plus tôt, est revenue en force. La France des années 1990 n’est pas rentrée dans le rang. Le poids lourd du chômage ne suffit pas à décourager les luttes. Au printemps 1995, les observateurs attentifs notaient qu’il y avait plusieurs centaines de milliers de grévistes. Pour les salaires et pour l’emploi. La droite, même victorieuse à la présidentielle de 1995, est confrontée à un problème récurrent : le mouvement social lui résiste. Depuis dix ans, depuis la loi Devaquet et la mort de Malik Oussekine, le camp d’en face est traversé par le même débat. Devra-t-elle aller plus vite, plus fort dans la remise en cause des acquis sociaux ? Ou avancer lentement, mais sûrement ?

 

La « fracture sociale » et les marchés

Alain Madelin, devenu le conseiller de Chirac, fait le pendant ultralibéral du pseudo-social Philippe Séguin. Il est nommé ministre des Finances et se sent des ailes pour effectuer un forcing pendant l’été 1995. « Il nous faut un Mai 68 et qu’on le gagne », affirme-t-il, persuadé que la réaction à laquelle il aspire de tous ses vœux ne l’emportera que dans un affrontement capable de « liquider » la menace toujours présente de la grande grève générale. Il a juste douze ans d’avance sur Nicolas Sarkozy. Alain Madelin ne tient que quatre mois dans le gouvernement d’Alain Juppé. Ce dernier, agacé par ses discours trop francs, préfère se débarrasser de lui… avant  d’appliquer sa politique.

Alain Juppé commence par une hausse de la TVA, impôt injuste s’il en est. Juppé surtaxe le tabac et les carburants, puis supprime le forfait de 42 francs qui protégeait jusqu’alors les bas salaires des effets négatifs de la CSG. Il accorde 9 milliards aux employeurs sous forme d’aides à des contrats initiative-emploi, gèle les salaires des fonctionnaires tout en annonçant des « dégraissages » d’effectifs. On peut entendre, dans un des flashs de France Inter : « Le gouvernement supprime 6 000 postes de fonctionnaires pour créer de l’emploi » !

Les fonctionnaires lancent une première grève intersyndicale bien suivie le 10 octobre 1995. Les syndicats se mettent alors tous d’accord (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, CGT-FO, FEN, FSU, Unsa), après sept heures de négociation, le 30 octobre, autour d’un texte de défense de la Sécurité sociale qui rejette la fiscalisation, écarte tout rationnement des soins, refuse l’imposition des allocations familiales, toute atteinte aux retraites, revendique la gestion paritaire de la Sécu et appelle à la mobilisation au cas où Alain Juppé s’attaquerait au plus bel acquis social de la France. Ce « bloc » des syndicats est prometteur. Si ce front tient, le gouvernement sera vaincu. Alain Juppé hésite encore.

Les marchés financiers manifestent leur méfiance, le franc bat de l’aile, le directeur de la Banque de France augmente les taux d’intérêt. Les financiers ne sont en rien des « despotes éclairés », ni des philanthropes. Le « troisième tour antisocial » est imposé par les marchés : Jacques Chirac opère, à la mi-octobre, un tournant radical par rapport à sa campagne électorale et prononce un discours dans lequel il fixe « la réduction des déficits comme LA priorité ».

 

Le plan Juppé

Alain Juppé remanie aussitôt son gouvernement, écarte les « jupettes » qui devaient selon lui manquer de cette virilité nécessaire pour vaincre le mouvement social. Rarement un gouvernement et un président nouvellement élus auront si vite chuté dans l’opinion publique. Il faut dire qu’ils y sont parvenus sur une maldonne fantastique : ils ont promis de réduire la fracture sociale tout en engageant une politique qui a vocation à l’aggraver.

Le gouvernement annonce la hausse du forfait hospitalier, qui passe de 55 francs la journée à 70 francs: pour les plus pauvres, cela revient à payer l’hôpital comme un hôtel, et de retour chez eux, ils auront le loyer… Alain Juppé dit qu’il va « réformer » la Sécurité sociale en guise de premier pas vers la « réduction des déficits », nouvel axe central de la politique chiraquienne.

Il décide de s’en prendre frontalement à toutes les catégories de la population en les opposant les unes aux autres et de  remettre en cause les fondements mêmes de la Sécurité sociale. Il s’attaque aux allocations familiales contre l’avis de la CFTC, à l’autonomie des caisses d’assurance maladie en dépit du veto de FO, aux retraites des fonctionnaires malgré le refus de la fédération de la CFDT concernée, aux statuts des cheminots, des policiers, des personnels pénitentiaires, des mineurs, des instituteurs, etc. Il crée un impôt nouveau, le RDS, opère un rapt des 1 600 milliards de francs de la protection sociale, qu’il propose de faire gérer désormais directement par le Parlement sous forme de LFSS (loi de financement de la Sécurité sociale). Toute cette opération est organisée avec le concours d’un arsenal médiatique sans précédent, qui fait jouer la « pensée unique », néolibérale à fond, s’efforçant de créer un effet de surprise et de « courage », de nécessité et d’urgence. En l’espace d’un mois, le déficit de la Sécu est annoncé comme étant de 60 milliards, puis de 120 milliards, finalement de 250 milliards « en cumulé » !

Juppé se jette à l’eau le 15 novembre en lançant son fameux « plan ». « Juppé l’audace », titre aussitôt  Libération dans une de ses envolées croupionnes les plus célèbres. L’Assemblée nationale lui fait une ovation. Le Sénat est ravi. Le CNPF aussi. Juppé se lâche involontairement et avoue que sa réforme, « c’est ce qu’il aurait fallu faire depuis trente ans ». Ainsi, il reconnaît que ce n’est pas l’urgence prétendue du « trou » de la Sécurité sociale qui motive son plan. Ce n’est pas non plus la réduction des déficits : non, il veut poursuivre un vieux plan, celui de la mise à mort des principes de la Sécu, commencée par les ordonnances gaullistes de 1966-1967.

Le plan Juppé apparaît peu à peu dans toute sa brutalité. Il élargit l’assiette de la CSG, propose d’aligner le droit à la retraite des fonctionnaires sur celui du privé, soit 40 annuités au lieu de 37,5, la retraite étant calculée sur vingt-cinq années et non plus d’après les six derniers mois. Il propose une « maîtrise des dépenses de santé » par le Parlement et des restrictions de soins qui frapperont surtout ceux qui n’auront pas les moyens.

Le raisonnement du gouvernement est aussi ouvertement faux que les précédents discours libéraux : si les taux d’intérêt baissent, la croissance reprendra, mais pour que la croissance reprenne, il faut d’abord resserrer les déficits. C’est donc aux salariés de se serrer la ceinture une fois de plus, pas aux riches ni aux grandes entreprises et multinationales.

 

Que faire ?

Les sept fédérations de fonctionnaires avaient prévu une autre journée de grève unitaire le 24 novembre. L’unité syndicale existe encore le 14 novembre sur la base de la déclaration du 30 octobre signée par Nicole Notat. Le soir du 15, la CFDT se replie et n’appelle plus à réagir que sur le seul sujet des retraites : elle est « travaillée » ???par sa fédération de fonctionnaires et par la FGTE, sans même évoquer tous ses opposants de base qui, en fait, se sentent majoritaires depuis le congrès de Montpellier. FO rompt à son tour le front syndical et choisit plutôt d’appeler seule à une grève intersyndicale le 28 novembre, alors que les sept organisations de fonctionnaires en sont encore à appeler à une grève unitaire le 24 pour défendre les retraites. La CGT, habilement, avance le 24, puis le 28.

Dans le PS se retrouve le même clivage fondamental. Un clivage qui durera encore dix ans et qui, tant qu’il ne sera pas tranché, renverra la gauche à ses déboires de Mai 68, insurmontés, entre  Charléty et le Programme commun. Des voix s’élèvent pour soutenir carrément Juppé, c’est le cas de Claude Évin et d’Élisabeth Guigou. Même au PCF, Alain Bocquet déclare qu’il y a de « bonnes idées » dans le plan gouvernemental. Où va la gauche ? Il faut qu’elle tranche. C’est fort heureusement Lionel Jospin qui s’y colle en déclarant le plan Juppé « inacceptable ».

 

Inacceptable !

Lionel Jospin en rejetant le plan Juppé, « inacceptable », a fait l’essentiel du travail. Son poids est décisif, il est LE leader de toute la gauche. L’affaire est pliée. Le PS ne penche pas du côté de la direction de la CFDT, il ne partage pas les exigences du patronat. Juppé va donc perdre ! C’est quand la gauche est unie, quand les droitiers de la gauche sont minorisés, que de grandes choses se font dans notre pays. Depuis toujours.

Ce choix de Lionel Jospin est le bon : il neutralise l’aile droitière du PS, celle qui l’avait soutenu en croyant se débarrasser du spectre d’un tournant à gauche incarné alors par Henri Emmanuelli. Les rocardiens et deloriens sont désarmés, tandis que leurs amis de la direction de la CFDT sont à nu, pris dans la nasse, isolés. Ils vont faire le gros dos en attendant leur heure, c’est-à-dire en espérant que le gouvernement de droite ne soit pas battu à plate couture. Les militants socialistes descendent massivement dans la rue, de cortège en cortège, enhardis.

Une lame de fond se déclenche : les cheminots et la RATP entrent dans une grève illimitée totale.  « C’est le retour des syndicats », titre D&S, qui colle aux événements. Les étudiants organisent une première grande manifestation le 21 novembre. Des milliers de lycéens se joignent à eux, témoins de la disponibilité toujours grande de la jeunesse scolarisée, depuis presque trente ans, aux côtés des salariés. « Il y a trois choses auxquelles il ne faut pas toucher dans ce pays, déclare Marc Blondel, l’école publique, le smic et la Sécu ». En trois ans, la droite s’est attaquée aux trois. Elle a perdu sur les deux premières. Elle va perdre sur la troisième.

Alain Juppé commet à ce moment-là une grande maladresse : il déclare qu’il ne cédera pas à moins qu’il n’y ait 2 millions de manifestants. Ils sont tellement sûrs de diviser le mouvement syndical, de jouer l’épuisement, de passer en force…

 

Le Juppéthon

Le 24 novembre est plus massif que le 10 octobre. On compte 50 000 manifestants à Marseille, 20 000 à Nice, 10 000 à Grenoble, 4 500 à Chalon-sur-Saône, 2 500 à Strasbourg, 7 000 à Metz, 2 000 à Châlons-en-Champagne, 10 000 à Nancy, Lille et Rouen, 8 000 à Amiens, 12 000 au Havre, 18 000 à Caen, 20 000 à Rennes et à Nantes, 5 000 à Brest, 15 000 à Tours et à Dijon, 3 000 à Nevers et à Montluçon, 20 000 à Clermont, 8 000 au Puy, 25 000 à Bordeaux, 15 000 à Limoges, 35 000 à Toulouse, 8 000 à Pau, 10 000 à Montpellier, 9 000 à Perpignan…

Une controverse publique naît sur le chiffre des manifestants à Paris : 100 000 ou 150 000 ? Y a-t-il eu un million de manifestants dans toute la France ? La police annonce 490 000 (il y en avait, selon elle, 382 000, le 10 octobre précédent).

La question est posée de continuer jusqu’au bout : les grévistes inventent le « Juppéthon » et se proposent d’atteindre les 2 millions dans la rue. Une course qui va durer un mois ! Et qui, de temps fort en temps fort, va gagner les 5 et 12 décembre.

D’une certaine manière, novembre-décembre 1995 est une grève extraordinaire et, en un certain sens, improbable. Elle n’aurait jamais dû exister, tout était contre elle : un chômage de masse, une droite arrogante et revancharde, une résistance au libéralisme à contre-courant dans le monde… Et pourtant ! Un des airs de ce mois de mai en automne en dit davantage que de longs discours : « Juppé, ton plan sur la Sécu / On n’en veut pas, on n’en veut plus / Les petits budgets sont ponctionnés / Le capital est épargné / Juppé, ton plan sur les retraites / On n’en veut plus, on n’en veut pas / On veut partager le travail / et faire payer le capital » (sur l’air du Chat noir.).

Les événements ont par ailleurs démontré que le Parti socialiste était bien poreux au mouvement social. Il en subit les influences de façon patente, même si cela paraît insuffisant aux yeux des puristes. D’ailleurs, si le PS n’agissait pas ainsi, il perdrait toute chance de gagner aux élections. Comme se plaisait à dire Jean-Luc Mélenchon dans les réunions de la Gauche socialiste : « Le PS a une qualité et un défaut : il est électoraliste et il est électoraliste ».

Il faut les gagner, les voix de ces salariés sans lesquels il ne serait jamais au pouvoir, et pour les gagner, il faut être avec eux dans les moments décisifs, sinon ils le gardent en mémoire et ils ne votent pas le jour venu. Certes, ça ne vient pas toujours tout seul dans ce parti. Il est décisif qu’il y ait une forte Gauche socialiste qui pèse, qui appuie dans le bon sens.

À la lumière de la mobilisation de 1995, nous comprenons mieux notre utilité dans le PS. Aujourd’hui comme hier, nous militons pour la construction d’une forte Gauche socialiste et pour l’explosion d’un puissant mouvement social. Telle est l’alchimie que nous recherchons ardemment dans l’espoir que s’ouvre un débouché politique permettant de faire avancer notre pays vers le socialisme.

 

 

l’excellente revue D&S n°229-230 nov-déc 2015 23° année vient de paraitre, 36 p sur abonnement

DECHEANCE DE NATIONALITE : inutile, raciste, délétère 23 nov 2015 / par Jean-Louis Sagot-Duvauroux

La déchéance de nationalité, rarissime, n’était jusque là possible que pour les binationaux naturalisés depuis moins de 10 ans, 15 ans « pour les crimes et délits constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Même approuvée par une majorité de sondés, dont le souci de sécurité est compréhensible, l’élargissement à tous les bi-nationaux de cette disposition est une mesure raciste, sans utilité dans la lutte contre le terrorisme, une mesure délétère pour l’unité nationale si souhaitable dans ces circonstances.

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Cette proposition gouvernementale est bordée par des dispositions du droit international – la Déclaration universelle des droits de l’homme notamment –, qui interdisent de transformer quelqu’un en apatride. Elle ne s’appliquera donc qu’aux Français qui disposent d’une autre nationalité, situation que la mondialisation des relations humaines et les hasards de l’amour a rendue fréquente. Cette discrimination qui stigmatisera des centaines de milliers de citoyens nés Français rencontre l’imaginaire apeuré de ceux qui, comme le prêchent Nadine Morano ou Marion Maréchal-Le Pen, peinent à reconnaître comme de vrais Français ceux dont la couleur ou le patronyme signalent qu’ils ont des ascendances familiales au Sud de la Méditerranée. En clair, les Arabes et les Noirs. Ce sont eux qui sont visés, chacun le sait.

Durant l’occupation nazie, des hommes et des femmes, des Français, ont collaboré avec l’envahisseur et se sont fait complices de crimes quantitativement beaucoup plus meurtriers que les horreurs dont les suppôts de Daech ont récemment accablé Paris. Des dizaines de milliers de juifs, de résistants, d’hommes et de femmes libres ont été victimes de cette alliance entre les bourreaux étrangers et leurs séides français. La Libération venue, ils n’ont pas été déchus de leur nationalité. Ils étaient Français. Ils avaient trahi leur patrie et leurs compatriotes. Ils ont été condamnés pour trahison, sévèrement châtiés et mis hors d’état de nuire.

Philippe Pétain, maréchal de France, a été condamné pour trahison et c’était justice. Il s’était fait complice et organisateur d’indicibles crimes contre l’humanité. Mais nul n’aurait eu l’idée saugrenue de lui retirer la nationalité française. On peut être mauvais français, même ignoble et français, la nationalité n’est pas une décoration qu’on délivre et qu’on retire en fonction des circonstances. Elle sanctionne une réalité de fait. Même si celui qui la porte la dénie, la maudit, la trahit, c’est en Français qu’il le fait, c’est parce qu’il est Français qu’il peut le faire et qu’on peut, le cas échéant, qualifier son crime de trahison.

La racialisation issue du colonialisme, qui s’est construit sur l’idée de la supériorité de la race blanche (la « race pure », la « race » de ceux qui ne se sont mélangés à aucune autre), occupe toujours inconsciemment les esprits. L’empire est tombé et ne reviendra plus, mais son fantôme hante l’attachement à la patrie et le salit. Pour beaucoup, souvent inconsciemment, un Noir ou un arabe n’ont pas la même légitimité qu’un Blanc, un « de souche », à participer au peuple souverain. Pour la satisfaction momentanée de cet imaginaire périmé dont nos compatriotes et notre nation ont tout intérêt à se débarrasser, une loi va consacrer ces distinctions racistes.

La République, si obsessionnellement invoquée, envisage donc de tracer une frontière entre ceux dont la francité est indéracinable et ceux qu’on peut en dévêtir par décision de justice.

Selon la loi même, des centaines de milliers d’entre nous ne seront plus Français comme les autres. Français de circonstance. Français cosmétiques. Demi-Français. Comment peut-on ne pas voir le gouffre vertigineux qu’ouvrirait ce reniement de l’égalité républicaine ? Quoi de plus délétère que de dire à des millions des nôtres, les jeunes surtout, qu’ils sont inférieurs en droit à certains de leurs compatriotes ? Comment certains n’en déduiraient-ils pas que leur appartenance à la patrie n’étant pas reconnue comme égale, ils n’ont pas les mêmes obligations vis-à-vis d’elle ? Et que feront de ce débat artificiellement activé les milliers d’enseignants, de parents, de médiateurs sociaux de toute sorte qui s’évertuent à rassurer ces gens, ces jeunes surtout, sur leur légitimité civique ? La répression est un anti-inflammatoire : indispensable pour éteindre le feu du symptôme. Mais avec cette mesure inutile, raciste, délétère, c’est la fabrique des antibiotiques qu’on bombarde.

Les Français qui, comme certains des terroristes du 13 novembre, se mettent au service des ennemis du pays et massacrent leurs compatriotes méritent qu’on les pourchasse, s’ils en réchappent qu’on les prenne, qu’on les juge et qu’on les punisse au niveau de leur forfait. Qu’ils ne somment Hauchard[1] ou Coulibaly[2]. Ceux qui vivent paisiblement et font tout naturellement société avec leurs compatriotes méritent d’être protégé par une République qui ne fait pas acception des confessions religieuses, des couleurs de peau ou des étymologies patronymiques. Qu’ils se nomment Hauchard ou Coulibaly.

Je ne dispose que de la nationalité française. Du fait de sa mère qui n’est pas née Française, mon fils né Français a deux passeports. On prévoit donc de tracer une frontière entre lui et moi, entre nos droits, entre nos obligations vis-à-vis de cette patrie que je lui ai donnée en héritage. Ça me fait vomir.

 

JL S-D

 

[1] Maxime Hauchard, membre de Daech né à Bosc-Roger-en-Roumois (Eure), s’est fait filmer en train de décapiter un otage de l’organisation terroriste (novembre 2014).

[2] Amedy Coulibaly, membre de Daech né à Juvisy-sur-Orge (Essonne), est l’auteur de la prise d’otage de la superette casher de la Porte de Vincennes (9 janvier 2015).

Plus que jamais, les fonctionnaires indispensables ! (David Cayla)

 

Les attentats de Paris ont montré les capacités de la France et des Français à faire face à l’horreur. Les personnels hospitaliers, les pompiers, la police ont réussi, par leur professionnalisme,  à gérer un évènement dramatique exceptionnel. Dans les prochains mois, on peut s’attendre à ce que tous les services publics : la justice, l’armée, mais aussi (et surtout) les services sociaux, les personnels éducatifs, les fonctionnaires territoriaux, les agents qui gèrent les services indispensables à nos concitoyens, soient mis à contribution pour réparer un pays meurtri et une société fragilisée par la violence.

Les fonctionnaires rempliront leur fonction, sans prime au mérite, en semaine et les week-ends, sans compter leurs heures, comme ils le font la plupart du temps, comme le font les enseignants, les personnels hospitaliers, les agents de police.

Pourtant, avant les attentats, on expliquait partout, jusqu’aux membres éminents de notre gouvernement, que la fonction publique était inefficace, que ses agents étaient privilégiés, qu’elle était trop nombreuse et coûtait cher. D’ailleurs, depuis 2010, les salaires de la fonction publique sont gelés et il n’est pas question de hausse avant 2017. Le gouvernement, qui se targue pourtant de démocratie sociale, n’a jamais cherché à négocier sérieusement avec les syndicats de la fonction publique. L’État est un employeur irresponsable qui refuse de s’appliquer les règles qu’il impose aux employeurs privés. Tout juste a-t-il admis la nécessité de revoir les grilles indiciaires qui sont devenues absurdes : le SMIC finit par se généraliser dans la fonction publique à force de rattraper les premiers échelons des carrières les moins rémunérées.

Du côté des collectivités territoriales, des hôpitaux, des opérateurs publics, l’austérité imposée par Bruxelles et avalisée par le gouvernement conduit à dégrader jusqu’à l’absurde les conditions de travail. Dans telle école maternelle on supprime des postes d’assistant d’éducation, dans tel hôpital des aides-soignants, au CNRS les secrétaires sont moins nombreux à traiter toujours davantage de dossiers. Les emplois  disparaissent et ne sont pas remplacés. Ce sont le plus souvent des catégories C, les fonctionnaires les plus fragiles, les moins rémunérés, les emplois les plus féminisés aussi, qui font les frais de ces économies.

Il faut le répéter : les emplois publics sont utiles, nécessaires à l’économie. Dans l’imaginaire des libéraux, la fonction publique est perçue comme un coût pour la société financé par les travailleurs du privé. Rien n’est plus éloigné de la réalité. Les fonctionnaires produisent de la richesse, une richesse non marchande, essentielle et complémentaire de la production marchande. Pour 2014, l’INSEE a calculé que les administrations publiques ont produit 360 milliards d’euros de valeur ajoutée, soit 17% du PIB, et financé au total 516 milliards d’euros de dépenses de consommation collective. Un tiers de cette dépense a été consacrée aux services publics non individualisables (entretien de la voirie, fonctions régaliennes…). Le reste, soit 334 milliards d’euros, est allé aux services dont bénéficient directement les ménages, principalement sous forme de services de santé et d’éducation.

Ces prestations ne sont pas payées par les usagers, ou alors à un tarif très inférieur à son coût de production. Elles sont financées essentiellement par l’impôt. Mais elles contribuent incontestablement au bien-être. Il suffit de comparer ce que dépense un ménage américain qui n’en profite pas pour comprendre à quel point les services publics sont utiles aux Français. Ainsi, aux États-Unis, l’assurance santé pour une famille de quatre personnes coûte plus de 15 000 dollars par an. Pour un an à l’université, il faut compter entre 20 000 et 50 000 dollars. Toutes ces dépenses contribuent à accentuer les inégalités et poussent de nombreuses familles dans le surendettement, notamment les étudiants. En France, au contraire, les services publics réduisent les inégalités. Dans une étude de 2009, l’INSEE évaluait que les services publics contribuaient à près de la moitié (43%) de la consommation effective des catégories les plus pauvres (1er quintile)[1]. Cette même étude montrait que les services publics sont plus progressifs que les impôts et les prestations monétaires.

Il est plus que temps  de réaffirmer l’importance des services publics. Face aux discours libéraux ou démagogiques, l’efficacité économique et le souci de la cohésion sociale convergent. Les services publics doivent être renforcés pour être efficaces. Les fonctionnaires doivent enfin être considérés à la mesure des services qu’ils rendent à la population. Ce ne sont ni des privilégiés ni des parasites. Ils sont les garants des droits sociaux et économiques essentiels de la population. Leur statut protège leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et leur capacité à remplir ces missions.

Aujourd’hui plus que jamais, la France a besoin de ses fonctionnaires.

David Cayla

David Cayla, économiste, membre du CA des Économistes atterrés, enseignant-chercheur à l’université d’Angers, fonctionnaire.

 

 


[1] « Les transferts en nature atténuent les inégalités de revenus », INSEE Première (2009).

Contre la barbarie, République exemplaire, République sociale

Paris attaqué, Paris assassiné lâchement un vendredi soir… Paris, c’est la ville des Lumières, Paris, c’est la fraternité. Paris, ce sont les salariés, jeunes et vieux, femmes et hommes, ceux qui défendent leurs droits de vivre libres et égaux, qui créent et produisent dignement, ces humains qui font la fête, en fin de semaine et avant le repos du dimanche, grâce à ce qu’ils gagnent en travaillant dans une des plus belles villes du monde.

1) Humanité

 

Après les 17 victimes des 7 et 8 janvier 2015, nous étions des millions au-delà des dessinateurs et artistes talentueux à dire ensemble « je suis Charlie » !
Ce vendredi 13 novembre, nous étions encore des millions à être visés : professeur, graphiste, informaticien, chercheur, serveur, restaurateur, juriste, éditeur, artiste, maquilleuse, étudiant, musicien, commercial, employé de banque, chauffeur, livreur, charpentier, communicant, administrateur, contrôleur des impôts, technicien, apprenti architecte, rugbyman, journaliste, avocat, douanier , programmateur, chanteur, sportive, rédacteur, brigadier…
Nos noms sont : Hyacinthe, Fabien, Lucie, Domi, Valeria, Matthieu, Victor, Cécile, Manu, Maud, Germain, Ludovic, Amine, Djamila, Yannick, Asta, Milko, Elif, Nohémie, Francois-Xavier, Gregory, Patricia, Elsa, Luis Felipe, Juan Alberto, Nick, Lola, Guillaume, Elodie, Mayeul, Ariane, Alban, Manuel, Ciprian, Fabrice, Thierry, Baptiste, Quentin, Hugo…
129 morts, 350 blessés, ils venaient de Venise, de Suresnes, de Berlin, du Burkina Faso, de Neuilly, de Montpellier, de Normandie, du Congo, de Tarbes, de Marne-la-Vallée, d’Asnières, de Cherbourg, de Ceyrat, d’Epervans, du Maroc, de Belgique, de Biarritz, de Californie, de Lambersart, de Madagascar, du Chili, d’Espagne, d’Amiens, de Colchester, d’Algérie, de Bobigny, de Saint-Tropez, de Tonnerre, d’Alsace, de Gondecourt, de Nancy, de Sancerre, de Bagnolet, de Tunisie, du Brésil, de Suède, du Portugal, de Roumanie… renoi ou rebeu..  21 nationalités, loin par-delà les frontières et le périphérique. (1)
Ils étaient, nous étions, tous mélangés, car c’est ça notre République, elle n’est pas que tricolore, c’est ça notre pays, il est ouvert, accueillant, pluriel, multiculturel. Ce n’était pas la race blanche, ni le cocorico chauvin, ni la décadence des riches, ni une quelconque « identité nationale » qui étaient visés, c’était notre peuple si fécond, si joyeux et si divers. Le match de foot était international, un des restaurants s’appelait « le petit Cambodge », le rock était « hard » : ceux qui ont expliqué que « Charlie » était allé trop loin, que disent-ils ?  Que la musique était trop forte au Bataclan ? Toutes les victimes avaient le même sang et la même joie de vivre. Ce n’est pas seulement une « nation » qui a été visée, c’est l’humanité entière qui est touchée.
Les assassins tuent sans distinction des athées comme des musulmans, des arabes et des blancs, des noirs et des jaunes. Déjà dans de précédents attentats, les bombes étaient placées dans le métro ou devant chez Tati. Ils ne cherchent pas à frapper ceux qui commandent les Rafales qui les bombardent, ils nous tuent, nous, les gens en mobylette. Ils n’ont aucun autre message : ils ne cherchent pas à aller frapper des dirigeants et élites, des cibles militaires ou des quartiers riches. Ils sont bien les pires ennemis du peuple, les tueurs de nos libertés comme de nos amours, de nos fêtes comme de nos droits du travail. On comprend les hommes et les femmes qui veulent échapper à leur emprise et se réfugient chez nous. Chacun de leurs attentats nourrit l’obscurantisme, les fanatismes, les racismes, les extrémismes de droite et leurs crimes sont pain béni pour tous ce qui sert la réaction, ils nous empêchent, en premier, de nous défendre nous, les salariés licenciés d’Air France, les hospitaliers surmenés, les chômeurs humiliés, les bas salaires et les retraités pauvres.

 

 

François Hollande a raison de dire que « ce n’est pas une guerre de civilisation car ces assassins n’en représentent aucune».
Il faut aller jusqu’au bout : ce n’est pas non plus une guerre « entre nations ».
Ce n’est pas non plus une « guerre de religions ».
Ce n’est pas non plus « une guerre ».

 

 

Evidemment que ce n’est pas une « guerre entre nations » : les charognards, ignares assassins étaient de nationalité française et belge. Les autres, de même origine, qui commandent chez Daech se sont mis en marge de l’humanité entière. Ces crevures croyaient-elles tuer leur propre pays ? Elles avaient le même âge et parfois le même visage que leurs victimes ! La réponse n’est pas de s’enfermer dans le tricolore, dans les chants patriotiques, dans les identités culturelles, dans la fermeture des frontières, dans la traque de l’étranger, de l’immigré, du réfugié, pour lutter contre eux. Les morts de vendredi ne sont ni blancs ni tricolores.  « L’union nationale » n’est pas une réponse. Comme le dit Noël Mamère, « l’union sacrée est une défaite de la pensée ». Philippe Martinez le dit aussi : « l’unité nationale n’est pas bonne pour les salariés et nos revendications ». L’étranger est bienvenu chez nous. L’immigré veut travailler comme nous. Le réfugié veut justement échapper à l’enfer pour survivre avec nous. Il ne s’agit pas d’un combat entre nations.

 

Evidemment qu’il ne s’agit pas d’une « guerre de religion » : les abrutis tueurs croyaient-ils faire justice pour leur « dieu » et frapper les mécréants, les apostats et les « croisés » ? Ce qu’ils retiennent de leurs bibles est la lecture la plus primate, 90 % des motifs des assassins ne proviennent absolument pas de préceptes religieux – qu’ils ignorent -  mais d’abord de leurs frustrations, de leurs échecs, de leur marginalisation, de leurs trafics impuissants et des haines antisociales qu’ils ont cultivées dans leur cerveau malade. « Plus de 80 % des victimes du prétendu djihadisme sont des musulmans », selon Le Monde. La réponse n’est pas de se claquemurer dans les églises et de fermer les mosquées pour opposer Dieu à Dieu.

 

Ce n’est pas une « guerre », ni nationale ni religieuse : il n’y a ni Etat ni armée de Daech, aucune légitimité à ce groupe, aucun projet humain universel à cette secte, c’est un terrorisme de déchet, une sous-production résiduelle catastrophique des terribles destructions commises par les interventions, les « ingérences » criminelles des grandes puissances pendant des décennies au Moyen-Orient. Ces déchets des guerres impériales ont encore une fonction : aggraver les résultats tragiques de celles-ci

 

Là-bas, c’est comme « après l’humanité », c’est comme l’allégorie des méchants de Mad Max 2.

Des fous dégénérés se sont rassemblés avec assez de force pour faire un pseudo-Etat, un pseudo-califat, des sectes, des armées de mercenaires, mafieux et criminels, trafiquants et illuminés, sous-produits dérivés du pétrole, des armes et de la finance qui règnent « en Occident » et des dictatures barbares locales. On sait d’où ils viennent : ils sont le produit local de la fin de l’espoir et veulent donc tuer l’espoir. Pas seulement en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Tunisie, au Mali, puisqu’ils viennent de faire 147 morts et 79 blessés dans l’université de Garissa, au Kenya, à 150 km de la Somalie. Puisque la secte Boko Aram est responsable de la mort de 150 personnes au nord-est du Nigeria.  Et encore : 23 morts et 100 blessés au Tchad, et 1100 écoles détruites au Cameroun, Tchad, Niger, et Nigeria. De telles barbaries n’étaient pas une fatalité locale, elles ont été engendrées par les guerres impérialistes depuis plus d’un siècle : les frontières découpées, imposées, les richesses pillées, les peuples occupés, bombardés, assassinés, torturés, affamés, sous des dictatures féroces façon Shah d’Iran, baasistes, talibans, ou saoudiennes. Une peste s’est implantée et déborde, menaçante, vengeresse, haineuse, générant des criminels obscurantistes sous de vieux prétextes religieux, travestis en bannière dite « islamique ».
Redisons-le, face à ce terrorisme de déchet, il n’y pas de réponse symétriquement barbare comme ces autres abrutis identitaires et d’extrême droite qui font des « ratonnades », détruisent des cimetières ou des mosquées, et veulent enfermer 4000 « suspects », déchoir des Français de leur identité, expulser des millions d’étrangers, refuser des milliers de réfugiés, instaurer des dictatures policières répressives, bombarder des populations civiles. Cette extrême droite identitaire est aussi un déchet d’humanité. Ne pas se laisser contaminer.

 

2°) Paix !

 

 

 

Car répondre en tant que nation, en tant qu’armée, en tant que puissance à laquelle un défi est lancé, c’est accréditer l’importance de l’ennemi, renforcer ses délires, valoriser leurs sectes, abaisser nos valeurs, tomber dans leurs pièges, donner sujet aux escalades des logiques folles de crimes

 

Il ne faut pas parler « guerre », il faut parler « paix ».

 

Il faut parler de vie contre la mort. Pour les éradiquer, il faut parler de démocratie, de République, de liberté, égalité, fraternité, plus que de représailles.
Le langage martial est impuissant et fascinant face à des fous de guerre. Il faut défendre l’universel, pas la revanche. Il faut en appeler davantage à la beauté et la bonté du monde qu’à la patrie. Il faut défendre les valeurs universelles : égalité des droits entre les peuples, respect de la démocratie, défense des droits des humains, coopération économique, désarmement, retraits des troupes étrangères, autodéterminations.
Pour la vaincre, il ne faut pas agir seuls dans un tête à tête, il faut mobiliser l’humanité entière puisque c’est elle qui est attaquée.

 

Convoquer le conseil de Sécurité, négocier avec Obama et Poutine, impliquer l’Europe entière, multiplier les conférences de paix internationales et régionales, telle est l’urgence !

C’est mieux que l’escalade de l’état d’urgence, policier, militaire, autoritaire, nationaliste.
Il ne faut pas croire que des représailles nationales suffiront : elle ne sont pas efficaces pour faire disparaître l’origine commune à ces déchets terroristes, il faut permettre la pacification et que puissent se reconstruire la région, l’Irak, la Syrie, avant que la Jordanie, la Turquie, les émirats ne s’effondrent.  Car tout concentrer pour écraser Daech…  en s’alliant comme cela semble paradoxalement se faire avec les successeurs d’Al Qaida, Al Nosra, ou en nourrissant d’autres sectes ou avec les émirats, n’est pas une solution durable.
L’affichage politique doit être de défendre et restaurer les droits et la souveraineté des peuples. De tous les peuples.  Pour cela, oui, il faut organiser toutes les saisines possibles des institutions internationales pour tenter toutes les négociations possibles. Et sans préalable : car parler avec des dictateurs, tôt ou tard isole ces dictateurs et, dans cette région du fait de son histoire tragique, il y en a dans tous les camps. On ne peut pas faire autrement que discuter avec TOUS les belligérants sans exclusive.
Mais il faut avoir comme axe durable de soutenir partout les forces vives démocratiques, pas les dictatures ni les dictateurs. Donner les moyens aux peuples de la région (Kurdes, Syriens) d’imposer la paix et la démocratie.

 

La première chose est d’obtenir des accords internationaux pour contrôler pétrole et finances de Daech, empêcher qu’ils bénéficient d’un trésor de guerre pour alimenter leurs crimes.
Stop à tout achat de pétrole en provenance de leurs actuels domaines.
Stop à toute activité bancaire et financière émanant de Daech.
Comment prétendre battre leurs terroristes sans accords internationaux pour couper le robinet du pétrole et des finances qui les alimentent partout dans le monde ?
La meilleure façon de battre Daech, c’est idéologiquement (la culture : bibliothèque contre kalachnikov),  économiquement (le pétrole étranglé), financièrement (les banques : bloquer leurs milliards), diplomatiquement et militairement (ONU)

 

Impossible « d’oublier » les mauvais bilans de l’ONU : les résolutions inappliquées concernant Israël. Car, quel crédit peuvent avoir des résolutions appliquées dans un sens et pas dans l’autre ?
Il faut la fin des pillages impérialistes du pétrole, les coups d’État, les invasions, les manipulations. Et si cette reconnaissance des crimes impérialistes des dernières décennies ne peut pas être un préalable, il importe, pour reconstruire politiquement la région, de les afficher : car toute continuation de la brutale politique militaire ne fera que perpétuer indéfiniment la barbarie de tous côtés.
Les puissances américaines et anglaises avec les deux guerres du Golfe, les crimes de Bush et de Blair, chacun le sait, ont enfanté Ben Laden, Al Qaïda et Daech. Les puissances françaises et anglaises ont aussi la responsabilité majeure de la décomposition de la Libye.
Des deux grandes révolutions populaires, tunisienne et égyptienne, une seule a survécu, à Tunis, mais bien menacée et isolée. Aidons–la.
Mais par contre, les grandes puissances internationales ont été bien complices de la contre-révolution au Caire ainsi que de l’abominable régime qui y règne. Et c’est une immense honte d’alimenter les dictatures du Golfe en armement et de se taire, pour de l’argent, sur la barbarie de ces régimes. Car comment vanter l’Arabie Saoudite et les émirats face à Daech ?
Paix, démocratie et diplomatie doivent désormais l’emporter sur l’impérialisme, la fuite en avant, la corruption et les va-t-en guerre – symétriques des terroristes. Retirer le PKK de la liste des organisations terroristes, et aider le combat armée du peuple kurde contre Daesh.

 

 

3) République exemplaire : sociale !

 

Pour  notre pays : isoler et liquider les assassins de Daech, redresser notre politique et notre diplomatie envers le Moyen-Orient et les pays arabes, c’est vital.


C’est indispensable aussi pour stopper l’hémorragie d’une partie petite mais significative de notre jeunesse. Car, comment expliquer qu’un grand pays comme le nôtre soit victime du départ, de l’endoctrinement, puis de l’assaut contre lui-même de plusieurs milliers de ses enfants ?  De 1200 à 4000 dit-on ? Comment les déchets du terrorisme Daech peuvent-ils se nourrir d’une part de nous-mêmes ? Les criminels étaient français !
Là encore, les cris guerriers, moralistes, religieux, les appels ouverts ou masqués au raidissement national et nationaliste, les concessions aux identitaires, n’auront aucun effet.

 

Les surveillances, les contrôles, l’état d’urgence, les pratiques policières, la répression n’auront que des efficacités très relatives, à court terme, et un pays qui s’enfonce dans l’état d’urgence policier au détriment de l’état de droit cède à ses ennemis, et affaiblit sa propre cause. « Le problème, c’est qu’on a trop de libertés », ose déjà déclarer un général français, car  il y a toujours des imbéciles pour rêver « d’hommes forts ». Ce n’est pas une modification de la constitution, ni un état d’urgence prolongé qui permettront de tarir les sources de financement et d’armement des terroristes d’autant que l’Etat français est le 2ème pays vendeur d’armes au monde, devant la Russie et la Chine. Tout l’arsenal des lois nécessaires existe, ce n’est pas d’un « Patriot act » ni d’un état d’urgence prolongé de 3 mois dont nous avons besoin, non, mais par contre il manque des effectifs pour agir, à commencer par les 12 000 agents de police supprimés par Sarkozy et que la politique de restriction des fonctionnaires n’a pas permis de rétablir.
Non, on n’en a pas assez de libertés citoyennes, il faudrait au contraire une 6° République plus démocratique, car les salariés se sentent méprisés et non pas associés, et le fait que la gauche n’ait pas tenu ses promesses creuse le terreau des abstentions, désillusions, déceptions, amertumes, rages et cynismes.
La solution n’est surtout pas au tout militaire et policier, aux états d’exception, mais elle est à la politique et à la démocratie : liberté, égalité, fraternité !
La République exemplaire doit séduire et rapprocher les jeunes et pour cela, il faut qu’elle soit sociale et non qu’elle creuse les différences et les inégalités.


Impossible de défendre « les valeurs » de notre pays sans éradiquer la « crise », les 6 millions de chômeurs, les 9 millions de pauvres, les fantastiques inégalités : la République sans social ne vaut rien. Jaurés l’a crié : sans social la République reste un mot creux. « Liberté » avec un « état d’urgence », « égalité » avec 1% de super riches, « fraternité » avec une extrême droite en expansion, ça ne peut pas marcher. S’il est un « état d’urgence » à imaginer, c’est contre la « fraude fiscale », il ferait rentrer de 60 à 80 milliards et changerait illico la situation du pays. Plutôt que des idées creuses, il faut du pain dans toutes les assiettes.

Et des services publics ! Cette tragédie a aussi montré combien nous avions besoin de fonctionnaires, pompiers, policiers, infirmiers, médecins et agents hospitaliers, services sociaux, personnels éducatifs, fonctionnaires territoriaux, militaires…

 

Il faut travailler mieux, moins, tous et gagner plus : partager les richesses et les fêtes au Bataclan.


Dans les quartiers où il ne reste que le chômage, le bas salaire, et aucune perspective d’intégration, la réponse n’est sûrement pas de dire aux jeunes « Ayez envie de devenir milliardaires. » Pareille phrase, nous l’avions écrit, nourrit le désert des idéaux et encourage les désespoirs et les aventuriers.
Il faut un projet de société, il faut le socialisme, il faut le changement maintenant. Il faut une République sociale. Il faut la priorité pour la jeunesse. Il faut l’égalité, la redistribution des immenses richesses de notre pays.
« Avant la fin de la 2ème guerre mondiale, lors de la déclaration de l’OIT en 1944, l’ensemble des pays de la planète avait affirmé que seule la justice sociale serait facteur de paix. » rappelle opportunément la CGT.

Sinon, on en revient à l’Europe libérale et austère qui creuse nos tombes, qui nourrit ses extrêmes, qui menace nos fêtes du vendredi soir et nos repos du dimanche – pour la seule rapacité de ses banksters.

 

Il est étonnant d’entendre François Hollande déclarer : « Dans ces circonstances, je considère que le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». Ainsi, rien ne l’aura fait renoncer aux 41 milliards donnés aux patrons, aux 40 milliards dépensés en moins pour notre sécu, nos collectivités, nos équipements, nos salaires, rien. Il aura tenu bon sur la « politique de l’offre », sur la réduction des déficits, il n’aura concédé aucune conquête sociale à la gauche, il faut l’horreur de vendredi dernier pour qu’il dise aux libéraux européens : « Je ne vais pas me conformer tout à fait à la feuille de route que vous exigez et que j’ai acceptée depuis 2012. » Il ne le fait pas pour nourrir les besoins sociaux de notre peuple mais pour imposer l’état d’urgence. A méditer.
Concluons avec les syndicats : « La CGT note que le pacte de stabilité n’est pas un horizon indépassable et elle exige un pacte de progrès, de démocratie sociale, d’éducation, de sécurité et de paix pour toutes les populations. » « Pas plus qu’il n’y a de trêve dans les attaques contre le monde du travail, il n’y aura de trêve dans l’action syndicale pour le progrès social ».

Nos revendications, celles de tous les salariés, ne passeront pas sous la table : stop au licenciement des salariés d’Air France, renforcement des droits du travail, hausse des salaires, non à l’accord forcé et antidémocratique dans les hôpitaux, recrutement partout des fonctionnaires si utiles en temps de crise, renforcement des services publics, et repos dominical pour tous ceux pour lesquels il n’est pas nécessaire de travailler, qu’ils puissent faire la fête et écouter de la musique.

Gérard Filoche, le 17 novembre.

 

 

(1) : mentionnons parmi les victimes : Patricia San Martín et Elsa Delplace San Martín- Patricia San Martín travaillait comme fonctionnaire à la mairie de Sevran, en Seine-Saint-Denis. Elle a été tuée en même temps que sa fille Elsa Delplace San Martín. Les deux femmes étaient originaires du Chili. D’après la télévision chilienne T13, Patricia San Martín avait pour oncle l’ambassadeur du Chili au Mexique, Ricardo Nuñez Muñoz. Elle s’était exilée en France avec ses parents, avant de retourner vivre au Chili, mais sa fille résidait à Paris. La nouvelle de sa mort a été annoncée sur Twitter par Isabel Allende, la fille de l’ancien président Salvador Allende. Selon le site 24 Horas, Patricia et Elsa Martín avaient respectivement 61 et 34 ans.