Inspection du travail : 1000 à Annecy pour défendre Laura Pfeiffer dans le procès qui l’oppose à Téfal

Annecy : 5.000 euros d’amende requis contre l’inspectrice du travail  -   ceux qui l’accusent, patron de Tefal, directeur du travail et procureur devraient être sur le banc des accusés à sa place

16 oct 2015   Mise à jour 16.10.2015 à 22:30

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http://information.tv5monde.com/en-continu/annecy-5000-euros-d-amende-requis-contre-une-inspectrice-du-travail-60607

Le procureur d’Annecy a requis le 16 octobre 5.000 euros d’amende à l’encontre de Laura Pfeiffer, inspectrice du travail poursuivie pour violation du secret professionnel et recel de courriels de l’entreprise Tefal (groupe Seb).

« Mon objectif n’est pas de clouer Mme Pfeiffer au pilori (…) mais de rappeler que la loi lui impose une énorme responsabilité de loyauté et de rigueur morale », a déclaré le procureur Éric Maillaud.

Il a par ailleurs réclamé une amende « symbolique » intégralement assortie du sursis à l’encontre de Christophe M., ancien informaticien de Tefal, lui aussi poursuivi pour détournement de courriels et accès frauduleux à un système informatique.

Il leur est reproché d’avoir rendu publics des mails internes à l’entreprise montrant que la direction avait cherché à entraver le travail de l’inspectrice.

Tout commence en octobre 2013, quand Christophe M. trouve un document dans une photocopieuse de Tefal indiquant que sa société avait l’intention de le licencier sans motif sérieux. « Lui fixer des objectifs inatteignables? », est-il écrit sur ce papier.

L’informaticien, qui demandait le paiement d’heures supplémentaires, voit « le ciel (lui) tomber sur la tête », a-t-il déclaré à la barre. « Tefal, c’est une société que j’adore, qui m’a tout donné. Cette façon de faire, je ne la reconnaissais pas », a-t-il ajouté la voix tremblante.

L’informaticien cherche alors d’autres documents pour « se défendre » et tombe sur des mails concernant le travail de Laura Pfeiffer.

Dans un de ces messages, une cadre de Tefal, basée à Rumilly (Haute-Savoie), remarque ainsi que le directeur départemental du travail (DDT), Philippe Dumont a « le pouvoir » de changer Laura Pfeiffer « de section administrative pour que Tefal ne soit plus dans son périmètre ». « Intéressant, non? », souligne-t-elle.

S’ensuivent plusieurs échanges troublants, M. Dumont remerciant par exemple Tefal d’avoir pris un membre de sa famille en stage.

Sachant que ses « jours sont comptés chez Tefal », l’informaticien décide de les transmettre anonymement à Mme Pfeiffer, à l’époque arrêtée suite à un conflit avec M. Dumont.

« Ça a été un choc. Je ne savais pas qu’il y avait tant de manœuvre derrière mon histoire. Tout s’expliquait, je comprenais l’agressivité de M. Dumont à mon égard », a-t-elle dit à la barre.

le vendredi 16 octobre au procés inique à front renversé

Mobilisation syndicale pour soutenir l’inspectrice du travail scandaleusement accusée par Tefal,

Une inspectrice du travail Laura Pfeiffer comparaît vendredi devant le tribunal correctionnel d’Annecy pour une prétendue « violation du secret professionnel et recel de courriels de l’entreprise Tefal », à Rumilly:  des poursuites scandaleuses pour les syndicats qui organisent une manifestation de soutien.

  • France 3 Alpes et AFP
  • Publié le 14/10/2015 | 11:25, mis à jour le 14/10/2015 | 11:54
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Un informaticien de Tefal, aujourd’hui licencié, est lui aussi poursuivi pour détournement de courriels et accès frauduleux à un système informatique. Il leur est reproché d’avoir rendu public des mails internes à l’entreprise montrant que la direction avait cherché à entraver le travail de l’inspectrice. 

Dans un de ces messages, une cadre de Tefal, basée à Rumilly en Haute-Savoie, remarque ainsi que le directeur départemental du travail (DDT), Philippe Dumont, a « le pouvoir » de changer Laura Pfeiffer, l’inspectrice mise en cause, « de section administrative pour que Tefal ne soit plus dans son périmètre ». « Intéressant, non ? », souligne-t-elle.
S’ensuivent plusieurs échanges troublants entre M. Dumont et la direction de Tefal.

Saisi, le conseil national de l’inspection du travail (CNIT) a estimé en juillet 2014 que l’entreprise avait « porté atteinte » à l’indépendance de l’inspection « en tentant d’obtenir de l’administration (préfet) et du responsable hiérarchique le changement d’affectation de l’inspectrice ». « Ces pressions n’ont pas été suivies d’effet », souligne cependant le CNIT.
Par la suite, Laura Pfeiffer a établi un procès-verbal d’entrave à sa mission d’inspectrice, mettant notamment en cause sa hiérarchie. Elle a aussi porté plainte pour harcèlement moral contre M. Dumont. Ces faits font l’objet de deux enquêtes ouvertes par le parquet d’Annecy et confiées à la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry
Mais ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la décision du parquet, saisi d’une plainte de Tefal, de poursuivre l’inspectrice du travail pour violation du secret professionnel après la diffusion des courriels litigieux dans la presse.
Le 5 juin dernier, entre 350 et 500 personnes avaient manifesté devant le Palais de justice d’Annecy. L’audience initialement prévue ce jour-là avait été finalement reportée au 16 octobre à la demande des parties.

Les syndicats CGT, Sud, CNT, FSU et FO appellent à une nouvelle manifestation vendredi 16 octobre à 13H00. Et les intermittents du collectif 3A de Lyon reproduiront le procès au cours d’une pièce de théâtre devant le palais de justice.
« Quand on touche à l’inspection du travail, on touche aux droits des salariés », a mis en garde Fanette Freydier, inspectrice du travail syndiquée chez Sud. « On a le sentiment que la justice penche davantage d’un côté que de l’autre au détriment des salariés », a-t-elle ajouté.

Des inspecteurs du travail sont venus de toute la France. Leur ancien collègue Gérard Filoche, figure de la gauche du Parti socialiste, a fait  le déplacement
En juin, c’est l’ancien secrétaire général de la CGT Bernard Thibault qui était venu à Annecy et avait promis de porter plainte auprès de l’Organisation internationale du Travail (OIT) si l’inspectrice était condamnée.

Le procureur d’Annecy, Eric Maillaud, a pour sa part contesté « formellement » avoir voulu, par ces poursuites, faire le « ménage » dans l’inspection du travail, des propos qui lui sont prêtés dans la presse.

Une  pièce de théâtre a été montée et donnée par le LACSE (Laboratoire d’Artistes Créateurs Sympathiques et Engagés) présentant « l’autre procès » –   Les témoins au procès :

● Gerard Filoche sur sa mise en examen et  l’affaire Guinot et afin de dénoncer les  collusions du ministère dans ce type de situation.

● Trois ou quatre  salariés de TEFAL (Joel Bassin, Pascal Rysacoff, Thierry Jeager + Un FO).
●Trois ou quatre agents de contrôle afin de témoigner des obstacles, et des classements sans suites, ou des peines ridicules.

° Transports :  7 cars de Rhône Alpes auxquels on ajoute 3 cars pour 74. + 1 wagon TGV venu de Paris

-            Déroulement de la journée :

● Début 13h

● Intervention 13H / 14H :
-          InterOS TEFAL,
-          Intervention des Confédérations syndicales
-          L’observatoire des Discriminations qui va lire une communication du SM et du SAF,
-          InterOS IT

● L’autre procès 14H00 / 15H30 (avec un battement de 15 mn au départ ou à la fin)

● Après l’autre procès :
Une intervention sur les infos qui ont pu arriver par texto ou twitter du procès de Laura.
Une annonce sur les personnalités politiques, syndicales présentes (il faut faire un recensement dans la journée).
Intervention libre avec la priorité donnée aux salariés de TEFAL et agents de l’inspection qui sont en grève.

 

déjà le  5 juin :

le premier et scandaleux procès à front renversé des patrons de Tefal contre l’inspection du travail avait été reporté au 16 octobre

L’ensemble des organisations syndicales du ministère du travail CGT, CNT, SUD, SNU, CFDT, UNSA appellent à un rassemblement a Annecy ce 5 juin à 13 h 30 devant le palais de Justice pour protester contre la citation à comparaitre au tribunal correctionnel d’Annecy de notre collègue inspectrice du travail pour recel (passible de 5 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende !) et violation du secret professionnel (un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende !)

De quoi s’agit-il exactement :

L’Inspectrice du travail ayant  engagé des contrôles et actions contre les infractions délictueuses de Tefal, a obtenu la preuve par  des documents internes à l’entreprise, que TEFAL agissait auprès de la Préfecture et de la hiérarchie de l’Inspectrice pour obtenir sa mutation. Ces documents ont servi de base à la rédaction d’un procès-verbal d’obstacle aux fonctions de l’Inspectrice. Or Le procureur d’Annecy a choisi de poursuivre l’inspectrice du travail sur plainte de TEFAL plutôt que d’engager des poursuites à l’encontre de l’entreprise qui commettait de ce fait un délit d’obstacle. Ce même procureur a déclaré dans la presse qu’il fallait « faire le ménage » dans le corps de l’inspection et que les inspecteurs du travail ne devraient pas pouvoir se syndiquer.

C’est le monde du droit à l’envers :

Cela me rappelle tout à fait le procès que j’ai subi durant 8 ans de 2004 à 2012 à Paris par la Société Guinot qui faisait entrave à sa déléguée syndicale, aux droits des femmes de retour de congé maternité, et qui me poursuivit sous le ridicule prétexte que j’aurais, moi, en tant qu’inspecteur du travail, entravé le 27 juillet 2004 son « comité d’entreprise » lequel était « bidon ». Le procureur donna suite à cette plainte ridicule, le directeur du travail avait refusé de m’accorder la protection du ministère, le juge d’instruction donna un réquisitoire supplétif pour m’accuser d’avoir fait « obstacle » au CE Guinot, et il a fallu 14 procès étalés sur 8 ans pour faire éclater la vérité. In fine, la salariée a été ré intégrée et dédommagée, les patrons de l’entreprise ont été condamnés pour entrave au syndicat, j’ai été blanchi à 100 %, la plainte de Guinot et de son CE a été rejetée, Guinot a perdu 14 procès. Et au bout du compte le ministère avait reconnu son erreur et accordé la protection fonctionnelle le 23 juillet 2012.

Les patrons se sentent enhardis dans la période actuelle :

Pour tuer le droit du travail, ils n’hésitent plus à mettre en cause l’inspection du travail et pas seulement les prud’hommes et la médecine du travail.

En Haute-Savoie précisément,  comme à Paris lors de l’affaire Guinot, la délinquance patronale a de beaux jours devant elle. Le parquet classe avec diligence les procès-verbaux de l’inspection du travail lorsque celle-ci remonte des pratiques illégales, comme dans le dossier NTN-SNR, champion du roulement automobile et de l’abus d’intérim. Ou alors il poursuit les agents de contrôle, lorsqu’ils s’efforcent de faire respecter le droit du travail comme dans l’affaire Tefal qui revient en premiere ligne depuis 2 ans avec ce procès du 5 juin.

Laura Pfeiffer, inspectrice du travail, a découvert et dénoncé des irrégularités dans l’accord sur les 35 h en vigueur dans l’entreprise Tefal, accord dont elle a demandé la renégociation, ce qui n’est pas sans conséquences financières pour l’entreprise. Elle a alors reçu plusieurs « mises en garde » avant d’être mise « hors jeu » par sa propre hiérarchie sous la pression de l’entreprise. C’est alors que le procureur d’Annecy a décidé de la poursuivre pour « recel et violation du secret professionnel » suite à la plainte déposée par l’entreprise Tefal et ce malgré l’avis du Conseil national de l’Inspection du Travail dénonçant, lui, les pressions exercées par l’entreprise Tefal.

On en est encore une fois dans un genre de procès artificiel, choquant, a front renversé pour paralyser les inspecteurs et inspectrices.

Tefal l’a engagé, et le Procureur d’Annecy Éric Maillaud l’a relayé : il justifie carrément de violer le droit du travail par la situation économique : « Qu’une grande entreprise vienne dire au directeur du travail qu’une inspectrice – Laura Pfeiffer – du travail lui casse les pieds, je ne suis pas juridiquement d’accord mais en même temps, c’est la vie réelle, on vit dans un monde d’influence et de communication, ce n’est pas le monde des Bisounours », ajoutant « avoir beaucoup hésité à poursuivre une inspectrice du travail », mais « on n’en est qu’au stade des poursuites, mais ce peut être un rappel à l’ordre pour un corps qui se doit d’être éthiquement au-dessus de la moyenne, une occasion de faire le ménage. »

Yves Struillou, directeur général du travail, (DGT) autorité centrale du système d’inspection du travail a été obligé de répondre à ce procureur le 26 mai 2015 :

« Vos propos ont suscité un émoi légitime… compte tenu de leur contenu, de leur portée, – eu égard a vos hautes fonctions – et de leur large publicité. » Le caractère familier et la généralité de vos propos est choquante… jette la suspicion sur l’ensemble des agents de l’inspection,  portant ainsi atteinte à son crédit alors même que les membres de ses corps exercent des prérogatives de puissance publique dans des conditions qui peuvent s’avérer dans certains cas difficiles, et c’est de nature a favoriser des pressions sur ses agents au motif tiré de la nécessité de « faire le ménage ». C’est tout à fait contraire aux dispositions combinées de l’article 4 de la convention 81 de l’OIT du 11 juillet 1947 et de l’article R.8121-13 du code du travail et de l’article 6 de la dite convention :

« Le personnel de l’inspection sera composé de fonctionnaires publics dont le statut et les conditions de service leur assurent la stabilité dans leur emploi et les rendent indépendants de tout changement de gouvernement et de toute influence extérieure indue ».

Ces stipulations font obligation à la France et par suite à toutes ses autorités publiques de protéger les agents des corps de contrôle de l’inspection du travail à l’égard de « toute influence extérieure indue », l’OIT étant particulièrement vigilante sur ce point. »

Voilà ou on en est arrivés : un procureur se livre à une violation des engagements de la France en droit international et soutient les patrons de Tefal contre l’inspection du travail ! Même le directeur général du travail doit s’y opposer !

Ayant connu cela pendant 8 ans, je comprends la souffrance de ma collègue de l’inspection et je la soutiens à 10 000 %. C’est scandaleux, c’est un déni de droit, à front renversé, et c’est vrai, « on vit dans un monde d’influence et de communication, ce n’est pas le monde des Bisounours”, c’est celui de l’arrogance et de la délinquance patronale, de l’arbitraire, de la soumission de certaines parties de l’administration :  la mobilisation de tous est fondamentale pour stopper un procureur en pleine illégalité qui se rend ainsi servile pour des motifs idéologiques affichés au patronat proche de lui. Et aux Direcctes qui ne respectent pas le code du travail et l’inspection.

Je ne peux pour des raisons militantes impératives être présent à Annecy ce 5 juin, mais de tout coeur, je suis avec vous, avec Laura Pfeiffer, avec tous les syndicats de l’inspection, avec ceux des salaries du département, avec ceux de Téfal, avec toutes celles et ceux qui ont conscience de la gravite d’un tel procès. Un non-lieu immédiat doit être rendu et plus jamais une telle inversion de nos valeurs républicaines, du droit du travail ne doit donner matière à une tentative aussi inique de procès à front renversé. C’est le Direccte local qui n’a pas soutenu la collègue, Téfal qui doivent être poursuivis et le Procureur rappelé à l’ordre par son Ministre.

 

Gérard Filoche

 

Mon intervention au Bn du PS le lundi 12 octobre : droits collectifs du travail et « Compte personnel d’activités »

Au BN du 12 octobre, un rapport très fouillé sur « le compte personnel d’activité » a été défendu par Pascale Gérard. Une synthèse avait été envoyé  tous les membres du Bn quelques jours auparavant en même temps que la convocation. Cette synthèse et le document de travail sont d’ailleurs annoncés sur son compte face book par la camarade rapporteuse. Il a bien été répété, comme ne cesse de le dire le Premier ministre, qu’il s’agit du « projet phare du gouvernement pour la dernière année du quinquennat ». Ce point a été discuté au Bn  en deuxième partie d’ordre du jour. Je suis intervenu alors qu’il ne restait plus que 15 à 20 % du BN et celui-ci s’est terminé exceptionnellement à 21h 15.  Si je suis resté jusqu’au bout et ait fait une intervention longue c’est parce que ce sujet est en effet décisif. Voilà, reconstituée et complétée, mon intervention (pour la mieux comprendre il est utile aussi de lire ce blog en amont l’analyse détaillée des 44 mesures Jean-Denis Combrexelle, des 36 « préconisations » de Bruno Mettling, et de revenir sur la critique détaillée de la loi Macron du 8 août en 308 articles et ce, depuis début décembre 2014 – avec Richard Abauzit).

 

Chers camarades,

 

J’ai bien écouté et bien lu le « document de synthèse » que vous nous présentez en faveur d’un « compte personnel d’activité » et j’ai encore bien du mal à comprendre ou alors ce que je comprends m’effraie.

Vous reprenez au départ une idée qui me semble fausse : « les droits et protections jusqu’alors attachés au travail s’affaiblissent aujourd’hui en raison des nouvelles formes d’emploi et de la montée des précarités. »

NON, le CDI s’allonge au contraire, il est passé de 9 ans et demi a 11 ans et demi ces vingt dernières années car les entreprises les plus qualifiées et novatrices, comme les salariés, ont besoin de travail stable, durable et qualifié ! Vous écrivez qu’il y a 85 % d’embauches en CDD : mais en flux pas en stocks ! Il existe 85 % de CDI au contraire, et encore plus entre 29 ans et 54 ans.  L’économie n’exige pas de CDD, mais des CDI. Le patronat voudrait faire croire le contraire, et n’aime pas cette vérité car il lutte pour baisser le coût du travail et pour augmenter ses profits, mais ça n’est pas moins une évidence : ce ne sont pas les flexibles qui produisent le plus mais les salariés bien formés, bien traités, et bien payés. Si on veut plus de compétitivité, il faut plus de statuts, de droits, de garanties, de bons salaires, pas l’inverse.

Vous écrivez aussi , comme le patronat voudrait le faire croire : « l’insécurité sociale est la conséquence de la reconfiguration profonde du monde du travail et des évolutions technologiques (notamment révolution numérique)… «

NON ! la révolution numérique devrait pouvoir permettre de mieux imposer et contrôler des droits du travail renforcés. Il devient beaucoup plus facile de contrôler les horaires, les missions exactes et donc les salaires correspondants.

Le patronat veut adapter les humains qui travaillent à la machinerie numérique, nous voulons l’inverse ! Nous voulons soumettre la machinerie numérique aux besoins et droits des humains. C’est une bataille collective pas une adaptation « personnelle ».

 

Le « Compte personnel d’activité » ça sonne drôlement.

 

En vérité notre grande tradition en France, depuis un siècle, c’est plutôt « droits collectifs du travail », « conventions collectives » et code du travail. Pendant un siècle depuis 1906 et 1910 nous avons, à travers les luttes et les lois bâti un ordre public social basé sur des droits collectifs visant à garantir la protection des salariés dans le cadre de ce contrat déséquilibré caractérisé par la subordination, l’inégalité des deux parties contractantes qu’est le contrat de travail.

C’est aussi dans ce cadre que nous avons développé la belle idée de la « sécurité sociale professionnelle » afin de garantir les salariés contre les licenciements abusifs ou sans cause réelle et sérieuse, les pertes d’avantages salariaux, de stabilité et de déroulement de carrières, les périodes de chômages prolongées avec retour obligé à l’emploi dans des conditions dégradées.

Ces mots sont beaux « sécurité sociale professionnelle » Sécurité c’est une protection collective. Sociale c’est le rejet de l’insécurité dans la vie. « Professionnelle » c’est la garantie des qualifications.

Et puis il ne peut pas y avoir de « sécurité sociale professionnelle » en facilitant les licenciements comme cela vient d’être fait. Ni même en permettant 3 CDD de suite à la place d’un CDI pour les jeunes. Annulons nous ça ?

 

Je préfère nettement « sécurité sociale professionnelle » : on sait mieux où l’on va.

Alors votre proposition de « compte d’activité personnel »

1°) – me semble confuse théoriquement et pratiquement

2°) – m’inquiète terriblement (carte ad vitae) car elle serait très dangereuse si elle existait

3°) -  remet en cause le CDI pour un « CDI de transition et d’évolution professionnelle ». (sic)

4°) – me rend dubitatif car je ne pense une seule seconde que ça fonctionnera

 

1°) Dans « compte personnel d’activité »

…. chaque mot sonne le doute : « compte » ça sent les aléas, pas le droit, « personnel » sent l’individualisation  pas le collectif, « activité » ne sonne ni comme emploi, ni comme qualification.

Le document de synthèse qui nous est soumis ne fait pas une seule fois référence aux conventions collectives ni au code du travail, mais il développe quand même 14 à 18 « comptes » et « droits », 12 censés exister déjà et 5 droits « nouveaux » dans le cadre d’un nouveau « CDI de transition et d’évolution professionnelle ».

Je crains tout de suite que l’énumération de ces droits incertains dont vous ne dites jamais comment ils seront financés, jamais comment ils seront contrôlés, jamais comment ils seront sanctionnés, ne soit la « précarité généralisée sur toute la vie » en lieu de place de la sécurité sociale et de la formation professionnelle.

 

Les 10 droits, selon vous, seraient :

-       1°) le droit à l’assurance chômage pour les actifs salariés qui ont cotisé (heureusement ça existe, mais les fameux droits « rechargeables » ne se sont ils pas, au fil de l’eau, avec des ajustements comptables « ex post » transformés en « droits déchargeables » au détriment des chômeurs eux mêmes ?

-       2°) le compte personnel de formation dont les heures acquises sont financées par les partenaires sociaux (contribution de 0,2% de la masse salariale brute à la charge des entreprises). Mais la part patronale n’a t elle pas été abaissée lors de l’ANI et de la loi Sapin (14 juin 2013) selon les tailles des entreprises ? Le passage d’un plafond de 20 h par an pendant 6 ans, a 150 h étalées sur la vie  et du DIF (droit) au CPF (compte) s’est il si heureusement passé ? Les bilans sont très controversés. Les 32 milliards de la formation professionnelle permettraient pourtant d’avoir un grand service public national, doté d’un ministère qui garantirait les statuts des stagiaires de la formation professionnelle, leurs droits, leurs revenus, leurs reclassements avec validation de leur diplômes, leur reconnaissance automatique, légale, dans les grilles conventionnelles des métiers, qualifications, niveaux et coefficients.

-       3°) Le droit de retour en formation en initiale différée pour les moins de 26 ans n’ayant pas obtenu un premier niveau de certification professionnelle.  C’est typiquement quelque chose qui n’est pas un compte « personnel »  mais dépend de subventions, d’indemnités, de salaires, d’établissements, qui n’existent pas en nombre et en qualité suffisantes.

-       4°) Le droit d’accès à un premier niveau de qualification via le service public régional de la formation. C’est confusément redondant avec le point précédent.

-       5°) Le droit au conseil en évolution professionnelle (CEP) pour tous les actifs : on a du mal à dégager cette notion du contrôle par Pole emploi et de l’orientation forcée en cas de refus d’emploi a plus bas niveau. Y compris l’idée d’un contrôle examen vers 50 ans, ressemble à une étrange étape quand on sait que le patronat licencie ou rompt massivement les contrats vers 50 et 55 ans pour des motifs peu avouables.

-       6°) Le droit au conseil régional en évolution professionnel (même redondance comme vu ci-dessus : pourquoi doubler ? pourquoi pas un grand service national de la FP Et ‘ailleurs en quoi est ce lié a un « compte personnel d’activités puisque ça dépend d‘institutions différentes pas du salarié, en fait on le voit, le « compte » n’est pas personnel » sauf lorsqu’il s’agira de « compter et de contrôler…le salarié).

-       7°) Le droit à l’orientation gratuit ( c’est pas les CSP, les « bilans » multiples existants, ou Pôle emploi ? mais avec des « portefeuilles » de 120 demandeurs d’emploi, les personnels de Pôle emploi ne peuvent pas)

-       8°) Les droits à formation découlant du C3P (compte pénibilité). La retraite par points de pénibilité ? Le « compte » pénibilité individualisé ?  Quelle rotule, quel coude, quel poignet, quel TMS ? Quel degré de surdité ? Quel début de cancer ? C’est déjà choquant en soi depuis le début. Payer l’individu pour ce qu’il souffre au lieu de lutter contre la souffrance pose question. Mais même ça le patronat ne veut pas. Alors au début il était prévu « 12 causes de pénibilités » , c’est tombé à 8 causes, puis à 4 causes, et maintenant à 3 causes reconnues, les autres ont été écartées ! Mais pour faire bref : chez les éboueurs, l’espérance de vie moyenne est de 58 ans tellement il y a de cancers.  Leur droit COLLECTIF à retraite était à 50 ans. Ce n’était pas un « régime spécial » c’était un DROIT COLLECTIF pour celui qui mourait à 55 ans ou à 95 ans. Là, il faut trier chaque humain individuellement selon le degré avancé de la mauvaise santé ?

-       La retraite ne doit pas dépendre d’un état de santé individuel de chacun dans chaque métier mais bel et bien de conventions collectives liées à la pénibilité COLLECTIVE. Oui il doit y avoir des régimes plus favorables selon les métiers, ce ne sont pas des privilèges mais des droits collectifs, pas « personnels ». Le salariat a pour point commun de vendre sa force de travail et un ordre public social le protège, on n’en est pas encore, et ca n’arrivera pas, à son « ubérisation » avec le paiement individuel de ses « assurances »…

-       9°) Le droit à l’information sur la formation (sic, un bon site de pole emploi, non ? pourquoi mettre cela sur le « compte personnel »… et sur la « carte à puce ad vitae » dont on va parler ensuite ?)

-       10°) Le compte épargne temps (je suis contre :les congés payés doivent être pris de façon OBLIGATOIRE chaque année, ne pas pouvoir être payés, ne pas pouvoir être « échangés » contre des « jours de  formation » ou autres. Les congés payés, c’est pour le repos annuel comme il y a un repos quotidien obligatoire.  Vous vous rendez compte qu’on a dû déjà faire une loi pour que les héritiers  puissent toucher les reliquats des CEP ?  Si, si !)

 

Vous évoquez même

-       les comptes enfants malades

-       les comptes congés parentaux

-       les comptes « portages » de complémentaires santé ou de mutuelles (étranges choses créées en 2011 et jamais vérifiés, pas de bilan)

Vous envisagez un « principe de fongibilité » de ces droits

-       genre : les « jours » de congé épargne temps deviendraient des jours de formation… (sic)

et de « nouveaux droits »  très incertains :

-       1°) un « droit à l’accompagnement »

-       2°) droit au bilan professionnel

-       3°) droit à l’obtention de « briques de compétence » (VAE ?)

-       4°) droit à un » bouquet de services » autour du sur mesure et d’individualisation

-       5°) droit à une « deuxième chance »

Est ce un hasard si vous avez oublié :

-       le compte « heures supplémentaires »  qui est sans aucun doute le plus important

-       les comptes de niveau, de coefficient et d’échelons dans les progressions de carrières et les indices de salaires liés ?

-       le compte points d’ancienneté et gains de salaires liés ?

 

Et vous envisagez de classer en droits individuels sur le « compte personnel d’activité » je cite « les droits a la retraite, le CET, la mutuelle complémentaire »…

Tous ces droits « mixés » de « sources de financement composés de droits capitalisables et de droits mutualisés » (quid des cotisations ? est ce pour cela qu’on veut simplifier les bulletins de paie, en précisant les cotisations par « risques » et non plus « caisses » ?)

Vous parlez d’ «  hybridation adaptée à la mixité des situations et à l’itération croissante entre emploi, activité non salariée, et non emploi rencontrée par une part croissante des actifs » ?

Tout cela devient une usine à gaz extrêmement complexe… et vaine… elle ne marchera pas,

… pas plus que le compte de pénibilité aujourd’hui, alors qu’encore une fois ce sont tous des droits COLLECTIFS. Même des secteurs du patronat se diront que c’est imbécile et qu’il vaut mieux en revenir à des corps intermédiaires, (syndicats, IRP) des conventions collectives, des négociations, et des contrôles ( médecine du travail inspection du travail, prudhommes) que la division des droits individuels à l’infini.

Et s’il faut simplifier certaines choses, je vous donne une piste : stopper le « millefeuille » des assurances, complémentaires, prévoyance, mutuelles, etc.… « Une seule cotisation pour une seule caisse, la sécurité sociale », ca sera encore mieux géré, plus clair, cela fera ces économies, et vous n’aurez pas besoin d’une usine à gaz avec une carte personnelle d’activités…

 

2°) Car c’est là que tout devient inquiétant :

 

Vous proposez une « carte ad vitae qui retracerait toutes les étapes du parcours professionnel de chaque actif et ses droits à formation ». Cette carte, dites vous  « sera l’équivalent inversé de la carte vitale car, à la différence de la carte vitale qui s’affiche pour le professionnel de santé, les informations et non pour l’usager, il s’agit ici de rendre lisibles pour l’usager les informations capitalisées sur son parcours ses formations ses expériences, ses compétences et ses qualifications ». (La loi Macron prévoit aussi comme par hasard une « carte professionnelle » selon une autre directive européenne, pour « lutter contre le travail dissimulé dans le bâtiment » mais qui va la contrôler, pas l’inspection vu ses faibles moyens et pas la gendarmerie, seul le patron.. Sera-ce la carte du chemineau européen détaché ? … !)

Mais n’est-ce pas une nouvelle variante du « livret ouvrier » qui a existé jusqu’à ce que les luttes ouvrières finissent par imposer à Napoléon III de le supprimer (1856) ? « carte à puce = livret ouvrier » ?  ça vous fait soulever les épaules ? Mais est-ce si éloigné que ça ?

Car a QUI va servir cette carte à puces ad vitae ?  Vous voila obligés de préciser (c’est déjà en pointillé dans le code, lois Sapin et  Macron) que l’employeur ne pourra exiger d’y avoir accès, (sic) puis que l’usager pourra la montrer à « qui il veut », il choisira, à qui ? QUI va se servir de cette carte ad vitae alors ? QUI y aura intérêt ? QUI aura assez de forces pour obtenir de la consulter ? Je ne parle même pas de la CNIL, des libertés, mais d’une carte concentrée ou toute la carrière comme vous dites sera lisible, c’est le « compte personnel d’activité » devenu grand projet de la fin du quinquennat, grand projet annoncé de façon médiatique a tout bout de champ en ce moment, par le Premier ministre pour le 1er janvier 17 ?

QUI donne, derrière, une cohérence à tout cela, sinon le Medef,  depuis la loi Fillon du 4 mai 2004, renversement de la hiérarchie des sources de droit, la « recodification » de 2004-2008, les lois Bertrand (rupture conventionnelle individuelle… sans motif) l’ANI Medef du 11 janvier 2013, la facilitation des licenciements, la diminution des informations des IRP, (tiens on a diminué drastiquement les informations des IRP sous prétexte que c’était « trop compliqué » pour les patrons, mais on invente une carte à puce pour les informations « personnelles » ? inouï non ? ), la suprématie du contrat sur la loi, du contrat d’entreprise sur le contrat de branche, jusqu’à la « personnalisation » du contrat de gré à gré, son individualisation, la remise en cause de l’article 2064 du code civil et du 8 février 1995 dans la loi Macron ouvrant à des « contrats civils  ? La bataille idéologique concomitante de la droite et de Gattaz contre le code du travail liée à l’encouragement à des « auto entrepreneurs » sous traitants bidons ? Le rapport Bruno Mettling commandé et vanté par Manuel Valls prévoit des entreprises « étendues » avec peu de salariés et une nébuleuse d’indépendants autour. Attali le mentor de Macron prévoit « une société ubérisée ». il explique que « seule l’élite sera salariée ». Macron prévoit une « société sans statuts, société non statutaire ».

Quand on écoute ce matin Nathalie Kosciusko Morizet déclarer chez Bourdin en une seule phrase :  « Le débat sur les 39h est un débat de 2002, le sujet aujourd’hui c’est le travail indépendant » elle vous dit tout. Ils font campagne non plus seulement contre les droits du salariat, mais  contre le salariat lui même dans les Echos, le Figaro, l’Opinion.

Ne peut-on mettre tout cela bout à bout pour mieux comprendre ?

Dans un film, Queimada (de Gilles Pontecorvo), une révolte d’esclaves menace les grands propriétaires terriens. Ceux ci les massacrent à coups de fusils. Mais un propriétaire avisé, Marlon Brandon, leur suggère « Libérez vos esclaves ! ils vous coutent cher, vous êtes obligés de les entretenir, eux leurs familles, leurs vieillards, de la naissance à la mort, ils sont à votre charge, libérez les, faites-en des salariés, vous ne les paierez que lorsque vous aurez besoin d’eux, ça vous coutera moins cher, vous n’aurez plus de charges ». L’immédiat après esclavage pour le salariat fut terrible, droits collectifs interdits et réprimés, des journées de 17 h, et pas droits, de protection pour la vie hors travail – hormis la compassion des hospices ou on leur « comptait » les plats.

Il a fallu un siècle et demi de combats pour obtenir un code d’un travail, des conventions collectives, des cotisations sociales, un salaire net pour le travail productif et un salaire brut pour reproduire la force de travail.

Maintenant et depuis longtemps le Medef ne veut plus du salaire brut Il attaque chaque cotisation, les gèle (retraites, maladie, logement), les fait supprimer (allocations familiales) les rognent (handicapés, formation) les manipulent (accident du travail) les conteste ( cotisations chômage).  Ils veulent revenir aux débuts du salariat : et certains oeuvrent à détacher les cotisations sociales du travail pour leur complaire. Ils ne veulent plus de code du travail Gattaz a déclaré « qu’il était l’ennemi n°1 des patrons » ! Il tentent d’organiser le retour au XIX° siècle sous prétexte de modernité : avec des loueurs de bras, des journaliers sans droit ni loi ni horaires ni salaires. Des VTC partout : les pilotes de Ryan air sont auto-entrepreneurs et c’est un rêve de De Jugniac!

Ne met-on pas le doigt dans ce bel engrenage avec cette usine à gaz de « compte personnel d’activités » ?

Toute cette histoire de « compte personnel » semble d’autant plus confuse  qu’il n’y a pas de crédits, pas de contrôle, pas de sanction.  La carte ad vitae semble un grand danger pour les droits et libertés, le patronat ne rêvant pas seulement de faciliter les licenciements mais aussi de trier les embauches !

Vous dites que ce serait un long et beau projet, votre « compte personnel d’activités »  bien au delà de 2017 et qu’il faudra des années pour le mettre en pratique. (Si c’est la droite qui le met en pratique, elle ira plus loin, c’est sur…)

 

3°) Tout cela est chapoté dans le texte par une « CDI de transition et d’évolution professionnelle » (sic)

Là, c’est le pompon à mes yeux, car au lieu d’instaurer une « sécurité sociale professionnelle » vous tombez dans l’insécurité professionnelle, le patronat paiera chichement le travail et se débarrassera des obligations de reproduction de la force de travail, son rêve.

Là voilà  bien la remise en cause du CDI explicite au coeur de votre projet : un « CDI de transition et d’évolution professionnelle » Plus rien à voir avec le prétexte de « la sécurité sociale professionnelle » avancée au début. C’est la flexibilité maxima, quand le patronat besoin de vous, puis il vous jette, (le droit du licenciement a été fortement attaqué par les lois Sapin et Macron) vous êtes « indépendants », prenez « vos charges » avec votre solde de tout compte, et il vous remet à la compassion de l’Etat…  si celui a les moyens de prendre « en charge » ce qui restera sur votre carte à puces… et il ne les aura pas..

Il n’existe pas de demandes dans le pays, aujourd’hui,  pour un projet pareil parmi les salariés :  personne ne revendique une carte à puce personnelle pour sa carrière, mais au contraire la demande est de plus de droits sociaux, de salaires garantis, d’emplois solides. On rêve de mieux faire payer au patronat ce qu’il nous doit pour notre force de travail et pour la reconstituer. Pas d’être dans une nébuleuse de faux sous-traitants « ubérisés ».

Derrière la dite carte à puces ad vitae (on va la regarder pour soi seul dans son miroir ou sont IPhone ?… ) vous engouffrez le nouveau « CDI de transition et d’évolution professionnelle » rêvé par le Medef…

Celui de l’insécurité de l’emploi où il  veut virer les salariés sans motif et sans frais, et où l’Etat est poussé à jouer un rôle compassionnel de substitution pour prendre en charge les salariés « en transition » selon ses ressources (impôts et non plus cotisations) du moment et selon la mesure de leur « compte personnel ».

Le Medef rêve d’une contre-révolution d’un siècle, et en revenir à l’immédiat après-esclavage selon Marlon Brando : « libérez vous, prenez vos cotisations, on n’en veut pas, que les salariés se débrouillent tous seuls ! » m’avait crié une fois, il y a huit ans, dans un débat devant 500 personnes, Gautier Sauvagnac (sans savoir quel acteur il imitait).  Et il ne restera à l’état qu’à éponger les besoins des cartes à puces !

4°) Mais en conclusion je vais vous dire : cela ne se fera pas. Si le patronat rêve de remplacer le salariat par des auto-entrepreneurs, ca ne marchera pas.

Même en Californie Uber a perdu, et Mac Donald se voit obliger de traiter ses franchisés comme dans la maison mère. Ce qui va triompher ce sera de reconnaître les sous-traitants dans les mêmes conventions collectives que leurs donneurs d’ordre. Les chauffeurs de chez Uber se battent occupent Uber et se syndiquent, ils cherchent même a prendre en main leurs applications.  Je propose trois lois pour ça, réguler la sous-traitance.. depuis des années (et elles avaient été adoptées par notre parti en 1996). Ce qui va triompher, ce qui est moderne, ça va être de renforcer les droits collectifs pas de les individualiser. Les VTC seront reconnus salariés contre Uber. Les pilotes de Ryan air ne seront plus forcés de s’humilier à se déclarer auto-entrepreneurs. Le donneur d’ordre sera responsable de ce qui se passe sous ses ordres. Les sous-traitants seront alignés sur la convention collective du donneur d’ordre. Les « franchisés » seront intégrés dans l’ »unité économique et sociale ». De Jugniac ne réussira pas à imposer une carte à puce individuels aux pilotes d’Air France, ils garderont des horaires collectifs.

Le salariat est trop puissant. Il fait 93 % des actifs. Les « indépendants » rêvés par Kosciusko Morizet ne sont pas l’avenir, ils sont le passé. Le capitalisme développe le salariat. Les « offensives » idéologiques actuelles sur la destruction de celui-ci ne sont pas étayées.

De 1945 à aujourd’hui les « indépendants » sont passés de 45 % à 7 %, leur RSI ne fonctionne plus et devrait rentrer dans la Sécu, pas l’inverse ! Le salariat est passé de 45 % a 93 % et c’est une tendance mondiale ! L’OIT dit qu’il y a un milliard de salariés de plus dans les derniers décennies : le travail informel recule partout.  Des petits malins Uber ou Blablacar essaient quand même au passage, in extremis, de piquer des milliards sur ce qui existe encore de travail humain non marchand, d’échanges, de partages traditionnels, auto stop, covoiturage, échanges d’appartements, ou repas cuisinés, profitant  de la générosité humaine pour la taxer de façon privatisée. Mais ce n’est pas l’avenir non plus.

Le numérique devra et sera mis au service des droits et protections collectives pas de leur morcellement individualisé.

 

 

 

il etait deux fois par philippe lewandovsky

Il était deux fois …

Par Philippe Lewandowski

Il était une fois un peuple européen qui décida qu’il en avait assez de subir une oppression de par trop pesante, et entreprit de changer le cours des évènements.

Impétueux, l’espoir surgit, et ses effluves atteignirent même les peuples d’au-delà des frontières.

Cela se passait en Tchécoslovaquie, en 1968.

L’homme alors à la tête du pays jouissait d’une immense popularité. Il s’appelait Alexander Dubček, et était une figure de proue du Printemps de Prague.

 

Son objectif affiché était de rendre plus supportable et plus humaine la société dont il était membre.

Après des débuts des plus prometteurs, il rencontra cependant des difficultés croissantes, dues à des pressions extérieures à la fois hargneuses et inexorables.

D’autres trouvaient en effet insupportable l’idée même d’un peuple heureux, débarrassé des pesanteurs de la bureaucratie.

Ils intervinrent avec brutalité, regroupant autour d’eux d’autres partisans de leur système de référence : le soi-disant socialisme réellement existant.

Cela se traduit par une intervention militaire des pays frères, qui recouvrit le pays dissident d’une chape de fer.

Les prétendus sauveurs s’avérèrent de sinistres oppresseurs.

Et ceux qui incarnaient l’espoir devinrent des figures tragiques.

Ce n’est pas nous qui leur jetteront la pierre.

L’histoire est terminée, et bien des choses ont changé.

Il était une fois un peuple européen qui décida qu’il en avait assez de subir une oppression de par trop pesante, et entreprit de changer le cours des évènements.

Impétueux, l’espoir surgit, et ses effluves atteignirent même les peuples d’au-delà des frontières.

Cela se passait en Grèce, en 2015.

L’homme alors à la tête du pays jouissait d’une immense popularité. Il s’appelait Aléxis Tsípras, et était une figure de proue d’une coalition transformée en parti, Syriza.

 

 

Son objectif affiché était de rendre plus supportable et plus humaine la société dont il était membre.

Après des débuts des plus prometteurs, il rencontra cependant des difficultés croissantes, dues à des pressions extérieures à la fois hargneuses et inexorables.

D’autres trouvaient en effet insupportable l’idée même d’un peuple heureux, débarrassé des pesanteurs d’une dette indigne.

Ils intervinrent avec brutalité, regroupant autour d’eux d’autres partisans de leur système de référence : la soi-disant démocratie des marchés financiers.

Cela se traduit par un mémorandum implacable, qui recouvrit le pays d’une misère accrue.

Les prétendus sauveurs s’avérèrent de sinistres prédateurs.

Et ceux qui incarnaient l’espoir devinrent des figures tragiques.

Ce n’est pas nous qui leur jetterons la pierre.

L’histoire n’est pas terminée, et bien des choses restent à changer.

 

www.macron-demission.fr 15 000

 

Merci à vous toutes et tous, qui avez signé l’appel macron-demission.fr

Vous êtes, nous sommes près de 15 000 et nous avons commencé à appuyer là où ça fait mal.

Nous mettons en cause le ministre de l’Economie, car il est le plus favorable à la finance et le plus hostile à la gauche, à nos salaires, aux 35 h, aux droits du travail, aux droits de la fonction publique.

Macron, au delà de sa personne, est symbole de ce qu’on n’attendait surtout pas quand on a gagné en mai-juin 2012.

Nous voulions une politique dans la tradition de Jaurès, nous en avons une au service de la finance avec Macron !

Nous avons la ferme conviction que l’union de la gauche est possible, nécessaire, indispensable et que sans unité et sans lutte on n’y arrivera pas… mais ça ne peut pas se faire sur l’orientation néolibérale telle qu’elle est défendue par Macron.

15 000 signatures c’est un premier élan spontané, elles viennent de 101 départements et de tous les secteurs de la gauche et des syndicats,

Elles sont tellement pluralistes et représentatives que ça donne du courage, alors on se dit qu’on peut faire beaucoup plus, si on s’y met.

« Pour l’union, sans Macron », c’est concentré, ça rassemble, c’est clair et ça dit tout.

Si chacun de nous fait signer autour de lui, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes, on dépassera les 50 000 et pourquoi pas les 100 000, et alors ils vont en entendre parler de notre appel !

En avant alors !

 

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« Compte personnel d’activite » = nouveau « livret ouvrier »

Le « compte personnel d’activité » big-brother-Medef est annoncé par le gouvernement en janvier 17


il s’agit d’un danger redoutable contre les droits des salariés,  de la naissance d’un nouveau « livret ouvrier », où tout sera « personnel » rien ne sera plus collectif :

 

comme ils le disent : ce sera « Une carte vitae qui retracerait et consoliderait toutes les étapes du parcours professionnel de chaque actif »

- compte pénibilité individuelle, C3P

- compte formation professionnelle CFP ,

- compte épargne-congés individuel, CET

- compte personnel jours enfants malades,

- compte congés parentaux

- compte personnel forfaits jours et RTT

- compte personnel déchargeable chômage

compte complementaires secu

- compte « travailleurs détachés » cotisations sociales individuelles

- compte bilan professionnel

-compte CDI de transition et evolution professionnelle (sic)

tout ça dans une carte à puce « embauche parcours professionnel et carrière » qui sera contrôlée….  par les patrons

et servira naturellement au tri à l’embauche, le comble de la soumission « consentie » de gré a gré à l’employeur

(cf tous les articles analytiques précédents sur ce blog  :  critique des lois Macron Rebsamen, Combrexelle, de Mettling, tout ça repris par Valls)

Amnistie sociale, pas de fausse symetrie

Amnistie sociale

C’est incroyable, les grands médias s’émeuvent de l’amnistie de syndicalistes mais pas des délits patronaux : le Medef qui s’indigne contre quelques militants qui ont forcé des portes pour se faire entendre, lui, il détournait 600 millions d’euros dans une caisse noire, révélée en 2007 ! C’était des détournements en bande organisée de biens sociaux, une double comptabilité dans les entreprises, un trafic d’influence et de salaires en liquide (versés par le Président de l’UNEDIC d’alors qui était pourtant chargé de veiller aux rentrées de cotisations sociales ! C’était un Cahuzac avant l’heure). Cet argent servait à casser les grèves. De « l’argent sale » avait dit Laurence Parisot, avouant « beaucoup savaient inconsciemment ». Mais eux ils ne risquent pas de demander l’amnistie, car 6 ans après ils ne sont toujours pas jugés ! Pourtant n’importe quelle bande organisée de voleurs de mobylettes en banlieue, pour beaucoup moins que ça, aurait été placée sous les verrous.

Si nous avons des congés payés, c’est parce qu’il y a eu des occupations d’entreprise et des séquestrations de patrons ! L’histoire du syndicalisme, ça a été d’abord la lutte pour exister lorsqu’il y avait des massacres contre les ouvriers, depuis le 1er mai 1891 à Fourmies. Si on a une retraite et une Sécu, c’est qu’il en a fallu, des piquets de grève, des échauffourées et les militants ont été plus souvent humiliés, matraqués, licenciés que violents eux mêmes  !

L’UMP réclamait il y a quelques semaines l’amnistie pour les fraudeurs fiscaux ! Il y a 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, 60 à 80 milliards de fraude fiscale, mais là ils demandent l’amnistie, ils n’arrêtent pas les gens, ils ne les condamnent pas, ils ne reprennent pas l’argent fraudé.

On nous dit : « - On n’amnistie pas les syndicalistes aujourd’hui pour que demain les fraudeurs fiscaux ne soit pas non plus amnistiés ». Il n’y a pas symétrie entre ceux qui défendent notre pain et ceux qui volent notre pain. Pas davantage entre ceux qui défendent nos droits et ceux qui les piétinent.

Il n’y a pas d’égalité dans les entreprises, un contrat de travail c’est un lien de subordination juridique permanent, c’est terrible, c’est difficile de défendre ses droits du travail, son salaire, sa promotion, sa carrière, sa dignité, sa santé, c’est pour ça qu’il y a si peu de syndicalistes, ils sont courageux, ce sont des héros ! Qu’on se souvienne de ceux à Peugeot Sochaux dont il a fallu redresser la carrière parce que pendant 25 ans ils avaient suivi préjudice, ils étaient moins payés, moins bien traités alors qu’ils défendaient les droits républicains dans l’usine. Les patrons, eux, se sont se goinfrés sans être jamais poursuivis.

Il y a des centaines de milliers de syndicalistes, qui se lèvent tous les matins, sans avoir l’intention de séquestrer leur patron, et puis un beau jour devant l’inhumanité de l’exploitation, la souffrance au travail, le fait d’être virés sans contrôle sans recours, ils « craquent » ! Hé bien ce sont des soulèvements nobles, et quelques temps plus tard, on leur rend hommage parce que c’est ainsi que l’histoire sociale avance !

Gérard Filoche

 

Pour une amnistie asymétrique

On nous dit, « pas d’amnistie pour les syndicalistes, car c’est plus juste pour établir une « symétrie » avec les patrons et fraudeurs fiscaux ».

Mais non, il n’y a pas symétrie, il n’y a pas égalité entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités. Entre les malheureux qui se soulèvent un jour et ceux qui se goinfrent tous les jours. Entre ceux qui défendent notre pain et ceux qui nous l’ôtent de la bouche. Entre ceux qui réclament leurs salaires et ceux qui les pillent sans rien faire. Entre celui qui perd sa vie à la gagner et celui qui la gagne sans la perdre. Entre l’argent de la sueur et l’argent reçu en dormant.

Sous René Coty, il n’y avait pas d’amnistie en droit du travail. Sous De Gaulle non plus. Cela a commencé après mai 68, en 1974 avec Giscard d’Estaing. Cela a été renforcé sous François Mitterrand en 1981 avec un “équilibre” entre l’amnistie des employeurs et celle des « 10 de Renault ». Pareillement en 1988. Enfin le niveau de l’amnistie a été encore plus élevé en 1995 avec Jacques Chirac 1er.  Puis, d’un seul coup, une nouvelle théorie est apparue, il ne fallait plus amnistier… les syndicalistes !  « Chaque délit chaque infraction doivent être sanctionnées, c’est ce qu’on appelle « tolérance zéro » se met à raconter Jacques Chirac le 14 juillet 2001.

Ainsi le premier pas du combat contre “l’insécurité ” a été de s’en prendre aux acteurs des luttes sociales. Comme par hasard, c’est le salarié qui a tout pris sur la tête.  En 2002, en 2007 et en 2012, plus d’amnistie !

Pourtant l’injustice est creusée ispso facto, et jusque là, précisément l’amnistie des syndicalistes servait à corriger une asymétrie. Tous les patrons qui ont volé leurs salariés, par exemple, en ne leur payant pas leurs heures supplémentaires sont, eux amnistiés de facto, parce que pas poursuivis, ni condamnés. Faute d’inspection du travail, faute de juges et de tribunaux. Ne pas payer correctement le salarié au taux prévu par la loi, vu qu’il est “subordonné” c’est un abus contre une personne en position de faiblesse… abus d’autant plus intolérable que chacun des 18 millions de salariés du privé est soumis au chantage à l’emploi et au chômage. Or plus d’un employeur sur deux ne paie pas correctement les heures supplémentaires, ce qui est un délit grave de travail dissimulé.

Si on parle de « tolérance zéro », on doit commencer par le haut ! Le droit du travail, la loi de la République face au marché, est le moins sanctionné, il ne représente que 2,5 % de l’activité des tribunaux répressifs. Trois procès-verbaux de l’inspection du travail sur cinq sont classés sans suite. L’amnistie est donc refusée à ceux d’en bas qui se révoltent contre cette inéquité sociale, mais en haut ceux qui en sont la cause, ne sont ni poursuivis ni jugés. C’est ce qu’il faut compenser, en accordant une amnistie asymétrique aux syndicalistes et pas aux patrons.

Gérard Filoche

 

chronique humanite dimanche 27 avril et 11 mai 2013

 

 

 

 

 

Ne pas mettre sur le même plan les violences spontanées de l’exploité et celles, calculées, de l’exploiteur

Les  lois humiliées ( Par Pierre Hamp, inspecteur du travail, sa chronique en 1906 – 1912 dans l’Humanité)

« Un bon moyen que trouve un patron d’enfreindre les lois sur la durée du travail ou sur l’âge d’admission des enfants le rend content. Reprendre une parcelle de la liberté égale pour soustraire un pruneau à la devanture de l’épicier : « - Me prenez vous, dirait-il pour un voleur ? » Il choisit pour manquer aux lois entre celles où l’infraction est déshonorante et celle où elle est, dans son esprit de l’ordre héroïque. Sa fille va voir à Guignol rosser le commissaire. Lui, patron, veut rosser l’inspecteur du travail. Il établit, contre la loi, sa coutume qui est qu’il n’y a pas de loi respectable que celle qui lui profite.
Contre ce qui attente à la propriété son indignation est prête, son chien, son fusil. Il faudrait voir que les juges ne soient pas prêts. Ils le sont. Ses habitudes civiques ne portent point que par manquer à la loi soit indigne, d’une même qualité d’indignité quelque loi que ce soit. Il n’admettra pas être citoyen indigne pour avoir violé les lois sur le travail. Il est braconnier. S’il gagne, il rit et il s’en vante.  Dans son esprit tient un énorme respect pour les lois heureuses à son bénéfice et un égal dédain de celles qui le limitent. Surtout il a l’horreur de l’illégalité. Un des signes d’infériorité de ses ouvriers est pour lui leur promptitude à sortir de la légalité, des convenances, du respect de sa propriété. Que M. le Préfet de son département tarde à lui envoyer en temps de grève, beaucoup de gendarmes résolus et de soldats résignés, au premier caillou dans ses carreaux, il dira : « - Beau pays ! Elle y est propre l’application de la loi (…) ». Dans ce cas-là, il exige « le maintien de la légalité ». Il ne consent pas à « entrer en pourparlers avec les grévistes tant qu’ils ne seront pas venus au respect de la légalité ».
« Il faudrait souhaiter de la part de M. le Préfet, cette expérience et ce discours : « M. le patron, vos ouvriers sont en grève parce que vous avez enfreint les lois ouvrières. Ils brisent vos vitres ce qui est un attentat aux lois propriétaires. Eux et vous paraissez avoir, le gendarme ôté, une même promptitude à vous passer des lois. Vous choisissez lesquelles passer dessous.
Je me rends à vos goûts. Je vais mettre mes utiles soldats et mes précieux gendarmes, non pas entre vos deux ordres d’illégalité, mais autour de votre illégalité et je vous regarderais faire. Quand vous en aurez assez, vous le direz, la loi viendra. ». « M. le patron peut-être alors deviendrait citoyen, s’étant aperçu qu’en violant les lois, les lois sur le travail, mais lois, il est un bandit ».
Voilà : c’était un extrait d’un des nombreux articles d’un inspecteur du travail, Pierre Hamp, qui, entre 1906 et 1912, écrivait dans « L’Humanité » de Jean Jaurès, les réflexions que lui inspiraient ses contrôles dans les entreprises.

Gérard Filoche (dans l’Humanite dimanche 2 aout 2011, chronique hebdomadaire au boulot n°57)

« Regards » a fait un boulot plus exhaustif que le notre sur les « macronneries »

Le ministre de l’Économie étant une véritable machine à débiter des provocations plus ou moins volontaires, il devenait urgent de les compiler pour les historiens du futur. Best of, à date.

SCIENCES POLITIQUES

« Il y aura des moments difficiles avec l’histoire de la gauche parce que cela supposera de revenir sur des certitudes passées, qui sont, à mes yeux, des étoiles mortes. » (Mediapart, octobre 2013)

« Ce « socialisme de l’offre » suppose de revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l’entreprise est le lieu de la lutte des classes. » (Mediapart, octobre 2013)

« On ne peut plus présenter la gauche comme l’extension infinie des droits. » (Mediapart, octobre 2013)

« Le travail du dimanche c’est plus de liberté et la liberté c’est une valeur de gauche. » (RTL, 11/12/2014)

« Le FN est un Syriza à la française, c’est le repli sur soi. » (La Provence, 06/07/2015)

« Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. » (Le Point, 08/07/2015)

« On va progressivement entrer dans une zone – on y est déjà d’ailleurs – où la justification d’avoir un emploi à vie garanti sur des missions qui ne le justifient plus sera de moins en moins défendable. » (19/09)

« Si on ne s’émancipe pas par le travail, je ne sais pas par quoi on s’émancipe. » (27/09/2015)

PHILOSOPHIE

« Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. » (Les Échos, 07/01/2015)

« Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. » (BFMTV, 18/01/2015)

« Je suis libre et volontaire, je n’ai pas de plan de carrière. » (BFMTV, 18/02/2015)

« On ne commence jamais un match de football en pensant que l’on va perdre. » (BBC, 16/03/2015)

« Les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires. » (24/09/2015)

« ÊTRE DE GAUCHE »

« Quand on est de gauche, on est contre l’expulsion des étrangers et pour le pouvoir d’achat des Français. Les yeux fermés, j’aurais pu dire la même chose il y a 5, 10 ou 15 ans – ce n’est pas un truc moderne et il n’y a pas d’approche d’ensemble. » (Mediapart, octobre 2013)

« Être de gauche aujourd’hui, c’est donner à chaque moment de la vie la possibilité d’avancer, de réussir. » (Twitter, 18/02/2015)

« Je dis qu’il faut que notre jeunesse ait envie de réussir. Être de gauche c’est combattre la rente et permettre à chacun d’aller plus haut. » (BFMTV, 18/01/2015)

« Être de gauche aujourd’hui, c’est partir du réel, et tout faire pour mettre nos concitoyens en capacité de travailler. » (JDD, 22/02/2015)

« Le travail c’est une valeur de la gauche, pas le conservatisme. » (JDD, 22/02/2015)

« Pour moi être de gauche c’est rendre l’homme capable. » (France 2, 12/03/2015)

« Les Français se moquent de savoir si je suis socialiste de gauche, de droite ou social-libéral. » (iTélé, 26/06/2015)

« J’assume qu’il y ait un libéralisme. Le libéralisme est une valeur de gauche. » (Le Monde, 27/09/2015)

HUMOUR

« Il y a dans cette société [Gad] une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. » (Europe 1, 17/09/2014)

« Il y a beaucoup de Français et de Français qui aimeraient travailler le dimanche pour précisément pouvoir se payer le cinéma. » (RTL, 11/12/2014)

« Un groupe de travail planchera pour rendre la pénibilité supportable pour les entreprises. » (Radio Classique, 02/12/2014)

« Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs. » (Université d’été du Medef, 79/08/2015)

Chemises et vies déchirées

http://www.europe1.fr/emissions/le-club-de-la-presse/europe-soir-le-club-de-la-presse-gerard-filoche-071015-2526101

 

 

Puisque on ne cesse de me le demander pour instrumentaliser ma réponse, je le répète, je  ne condamnerais ni n’approuverais les violences qui ont eu lieu hier, à Air France, spontanément, d’autant que tous les syndicats ont essayé de les encadrer de les limiter, de les éviter. Ce n’est pas mon rôle d’en être juge. Mais d’expliquer, de comprendre, oui.

Je ne vais surement pas participer à la curée pour condamner ces violences spontanées imprévisibles, explicables, de salariés qui ont été poussés à bout, qui sont menacés de 2900 licenciements, qui ont été trop pressurés déjà, et que les médias déchainés (ces médias dorénavant possédés à 95 % par 7 milliardaires) insultent de façon éhontée. Cette chienlit médiatique dépasse toutes les bornes (lire la recension d’Acrimed). Ni au déchainement haineux de Manuel Valls, qui n’a jamais eu des mots pareils quand des gens de sa caste comme Jérôme Cahuzac commettaient mille fois pire : pour un Premier ministre, se lâcher, traiter les victimes, les travailleurs, de « voyous », n’avoir pas un mot pour les salariés alors que c’est lui-même qui est le licencieur (l’état détient 17 % d’air France et a voté le sinistre plan de Juniac, et Valls nomme son directeur de cabinet DRH d’Air France…) tout cela est effrayant.

Je ne vais surement pas approuver non plus, car malheureusement ces actions explicables des salariés sont tellement improvisées qu’elles desservent leur cause et que c’est leurs ennemis de classe qui en profitent. L’exploitation de chemises déchirées est repris partout, avec des commentaires odieux, elle sert a faire oublier les sales projets de la direction qui veut liquider Air France pour la « ryanniser », l’uberiser ! Les syndicats de l’intersyndicale, sur place, ont essayé, avec sagesse, et sang froid,  de limiter les dégâts, de protéger « les chemises » et les DRH. Ce qui n’empêche pas les hyènes médiatiques de les mettre en cause. La violence n’a pas la même portée, ni le même sens, du coté des exploités et du coté des exploiteurs, Jaurès distinguait bien cela.

Ils disent, Francois Hollande inclus, que « cela abîme l’image de l’entreprise ». C’est du baratin, quelle image ? qui regarde l’image et pourquoi ? Celle de la suppression de 15 000 + 290 postes ? Il est probable que des millions de passagers, dans leur âme, doivent largement préférer eux aussi les licenciés aux licencieurs. Et que des milliers de salariés de toutes les compagnies doivent avoir envie de faire comme leurs collègues d’Air France. De ce fait l’image risque surtout d’être contagieuse plutôt que négative.

regardez une vidéo de 20′ enregistrée sur place au début de la séance du CCE Air France KLM elle vous tire les larmes des yeux (partagée sur mes pages face book)  http://urlz.fr/2v1m

Allez dire à des salariés, par exemple qui ont 35 ans, qui sont endettés pour 30 ans pour leur maison, qui ont trois enfants, à qui il a été demandé déjà il y a 2 ans, de se sacrifier, à qui on a bloqué les salaires depuis 3 ans, qui ont dû travailler plus, et malgré, cela, et sans négociation, par coup de force, pour des raisons douteuses, avec un PDG qui s’augmente de 70 % et provisionne 150 millions d’euros de retraite chapeau, qui est en train de couler le fleuron de notre flotte aérienne, ils apprennent qu’ils vont être licenciés brutalement : étonnez vous surtout qu’ils n’explosent pas davantage.

Ce qui est étonnant devant la violence impitoyable de la finance, c’est qu’il n’y ait pas plus de violence de ses victimes. Si ceux qui veulent couler Air France et ses personnels pour les basses oeuvres de low cost, continuent, ils généreront bien pire.

Ils répètent à satiété  que les  violences de quelques membres des personnels ont desservi la cause, ce n’est que trop vrai, puisqu’elles sont mises en avant de façon forcenée dans une curée extraordinaire des médias ( les indignations sont sélectives, comparez les réactions de Valls lors de la MORT de Rémi Fraysse et celles là). Moi je suis toujours du coté des personnels, les patrons ont plus de responsabilités que les autres, parlons de Michel Combes (Alcatel) qui se goinfre de 14 + 14 millions ou qui sont des escrocs comme Martin Winterkorn (de Volkswagen, 28 millions ), du PDG Lafarge qui vient de se prendre 8,5 millions,  et pas seulement de ceux qui bradent nos joyaux comme Juniac (voire aussi son inquiétante vidéo de 20′ contre le droit du travail, les grèves et les salariés, le travail des enfants). Je soutiens ceux, beaucoup plus respectables, qui travaillent et défendent leur pain.

Depuis 170 ans, les violences ont bien plus souvent frappé les personnels que les patrons à ce qu’on sache :

Voila ce qu’en disait Jean Jaurès :

« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906

 

 

 

Air France : la salariée qui a interpellé ses dirigeants se dit « chamboulée »

    Erika, 33 ans, a été filmée, lundi, en train d’apostropher des responsables de la compagnie aérienne. Les images ont été visionnées plus d’un million de fois.

    Erika, le 7 octobre 2015, près du siège d'Air France, à Roissy.Erika, le 7 octobre 2015, près du siège d’Air France, à Roissy. (YANN THOMPSON / FRANCETV INFO) Propos recueillis par Yann Thompson

    Mis à jour le 08/10/2015 | 15:30 , publié le 08/10/2015 | 08:17

    « C’est sorti comme ça. » Deux jours après avoir pris à partie, les larmes aux yeux, des dirigeants d’Air France, la salariée devenue icône de la contestation du personnel de la compagnie aérienne a accepté, mercredi 7 octobre, de revenir pour francetv info sur son cri de colère et sur le succès de son intervention, visionnée plus d’un million de fois sur Facebook et YouTube.

    Erika, mère de famille de 33 ans, est agent au sol à Air France depuis 2007. Cette ancienne chargée de communication événementielle travaille dans les salons réservés aux clients VIP. Elle est syndiquée à la CGT, mais n’y exerce aucune fonction.

    Francetv info : Comment vous êtes-vous retrouvée face à ces dirigeants ?

    Erika : Je participais à la manifestation organisée en marge du comité central d’entreprise. Certains manifestants ont réussi à entrer dans le bâtiment, un mouvement s’est alors formé et j’ai suivi le troupeau, par curiosité. Lorsque j’ai fini par pouvoir entrer dans la salle de réunion, les scènes de violences avaient déjà eu lieu et il n’y avait plus grand monde. Des cadres ont quitté la salle en nous regardant comme des gueux, en secouant la tête.

    Je me suis retrouvée face à ces dirigeants, qui me sont apparus totalement détachés et pas du tout concernés. J’ai essayé de m’adresser à eux, je n’ai eu pour seule réponse que leur silence. Cela m’a chamboulée. J’ai trouvé inacceptable que ces personnes, qui décident de nos vies, soient si légères et méprisantes. Nous nous présentions face à eux désespérés, et eux étaient presque amusés. C’est là que ma collègue a commencé à filmer, et le reste est sorti comme ça, rien n’était préparé.

    Au début de la vidéo, vous parlez des « efforts » réalisés par le personnel ces dernières années. Quels sont-ils ?

    J’ai perdu 21 jours annuels de congés cumulés. J’ai donc moins de temps à consacrer à ma famille, d’autant que je travaille en décalé avec des journées qui commencent à 5 heures. Mon pouvoir d’achat stagne depuis quatre ans, ma qualité de vie a baissé, et, comme beaucoup de Français, je vis à découvert.

    Par ailleurs, les moyens ont diminué dans les entités. Nous nous retrouvons donc avec des charges de travail plus importantes. Par exemple, il nous arrive désormais, en cas de tension avec un client, de faire appel à un collègue en lui demandant de jouer au responsable clientèle, parce qu’il n’y a pas de vrai responsable clientèle ce jour-là. Si la machine Air France fonctionne toujours, c’est parce que nous sommes attachés à l’uniforme et que nous nous accrochons.

    Que s’est-il passé après l’enregistrement de la vidéo ?

    Le face-à-face s’est poursuivi pendant quinze ou vingt minutes. J’ai continué à m’adresser aux dirigeants. Ma collègue, en pleurs, les suppliait de bien vouloir répondre. Encore une fois, on ne parlait pas de choses légères, il ne s’agissait pas de décider si on remplaçait le cake au chocolat du salon VIP par un far breton, mais si on allait pouvoir payer le crédit de notre maison l’année prochaine. Ces gens ont l’avenir de nos vies de famille entre leurs mains, et ils restaient là, les bras croisés, le sourire narquois.

    Finalement, Pierre Mie, le directeur des affaires sociales d’Air France, s’est décidé à échanger avec nous. Cela a duré une trentaine de minutes, durant lesquelles il nous a abreuvés de chiffres et d’arguments stratégiques. On lui posait des questions sur nos emplois, et, lui, d’un tour de magie, nous faisait oublier notre question et nous embrouillait. Il a ensuite proposé un « café de la paix » à ceux qui étaient là, mais je n’ai pas suivi les collègues et je suis restée en retrait. C’était pour lui une porte de sortie pour quitter la salle.

    Que retenez-vous de cette journée de manifestation ?

    Il y a cette vidéo, qui m’émeut, me chamboule encore. Je n’ai pas l’impression d’avoir dit des choses très pertinentes, mais les copains se sont retrouvés en moi. Notre mal-être est simple à comprendre, et pourtant la direction n’y arrive pas.

    Il y a aussi notre unité lors de la manifestation, j’ai trouvé cela beau. Nous étions tous ensemble, du manutentionnaire au pilote, pour dire non à ces suppressions de postes. Nous ne sommes pas tombés dans le piège qu’essaye de nous tendre la direction, qui cherche à diviser les hôtesses, les pilotes, le personnel au sol, en nous montant les uns contre les autres. Selon moi, la direction a fait de mauvais choix, qui sont à l’origine de nos difficultés et qu’elle n’assume pas. Alors elle tente de faire croire que c’est de la faute des uns ou des autres, ici en disant que ce plan social est dû au manque d’efforts de la part des pilotes.

    Quant aux violences, je ne les cautionne pas, d’autant que j’ai montré qu’on peut se faire entendre sans être violent. Mais il faut analyser d’où viennent ces violences. C’est insupportable, par exemple, qu’un patron promette d’annoncer son plan aux salariés, puis, le lendemain, qu’on découvre les chiffres dans la presse alors que la réunion ne doit avoir lieu que deux jours plus tard. Nous voulons juste un peu de considération.

    Intervention au Bn du PS lundi 5 octobre : Air France, le « referendum » sur l’unité de la gauche et la victoire électorale au Portugal

     

    D’abord, je voudrais évoquer le conflit d’Air France

    … que personne n’a mentionné, alors qu’il est très grave et aura des conséquences lourdes. Le comportement de la direction De Juniac pose de gros problèmes à l’ensemble des personnels inquiets à juste titre de la survie de l’entreprise. De Juniac, c’est celui de la bande vidéo qui circule sur internet où pendant 20’ il tient des propos délirants contre les salariés, le droit du travail , le travail des enfants, contre la durée légale du travail et contre les grévistes que son « collègue du Qatar aurait vite fait de mettre en prison ». ( lien vers la vidéo de de Juniac : https://vimeo.com/116748738) Rien que ces propos auraient mérité qu’il soit démis, d’autres l’ont été pour moins que ça. Les personnels et syndicats, qui ont vu  cette vidéo, disent que le PDG s’est augmenté de 70 %, et provisionne une cagnotte de 150 millions pour les retraites chapeaux des dirigeants. Encore un patron qui partira avec 20 millions,  façon Combes (patron d’Alcatel 14 + 14 millions) ou Winterkorn (patron de Volkswagen escroc à 28 millions) Comment dans ces conditions avoir confiance en de tels patrons pour diriger, comment croire au « dialogue social» (voir la vidéo du désarroi d’une salariée d’Air France dans la salle des négociations).

    Air France pourrait bien se porter  avec un prix de l’essence qui n’a jamais été aussi bas, 88 % de taux de remplissage, 85 millions de touristes ;  mais il semble que le fanatisme financier l’emporte aux dépens de la conservation et du développement de l’outil industriel. Les personnels ont payé un prix lourd pour ces choix, 15 000 suppressions de postes, salaire bloqués, déclassification pour les low cost, durées du travail allongées. S’il y a des sacrifices à faire, c’est aux actionnaires qui ne travaillent pas de les faire, pas aux pilotes qui bossent.

    De toute façon si les pilotes cédaient, ça ne servirait à rien, les autres personnels à leur tour seraient attaqués. Vouloir aligner les salaires sur les salaires plus bas ailleurs, le « benchmarking », c’est pur scandale : à la fin, il n’y aura plus de pilotes ni d’avions français. La marine marchande française a été détruite comme ça. Les financiers veulent faire connaitre le même sort aux cheminots et remplacer 40 % des TER par des autocars, sous traitants avec des intérimaires  sous payés. ET là ils ne veulent plus d’Air France sauf pour les trés riches, ils renvoient les pauvres sur Transavia en brisant les atouts et qualites des pilotes et personnels qui seront « ryanisés » comme d’autre sont « uberisés ». Ces logiques de casse industrielle pour plaire aux marges financières,  aux gourous des banques, coulent les fleurons de notre pays. Ils viennent d’un fanatisme des actionnaires et dirigeants qui veulent ça partout.

    Aujourd’hui les manifestations ont été celles de deux tiers des personnels syndiqués, une intersyndicale. Les personnels navigants ce sont 14 000 personnes, leur convention collective a été dénoncée, ils sont pris en otage par la direction et les négociations sont piétinées : alors ils sont indignés et la lutte se tend forcément. Il n’y a pas eu de dialogue social, il n’y a même pas de diagnostic commun sur la situation de l’entreprise, tout ça pour masquer la question : faut-il faire un forcing pour rembourser la dette ou bien l’étaler ?

    En trois ans, la direction propose de rembourser 900 millions contre 40 millions d’innovation : c’est tuer l’entreprise. Il faut bien davantage un plan de développement qu’un plan de remboursement de la dette. Rembourser massivement la dette, c’est fermer l’activité et augmenter la dette.  Au conseil d’administration, les 3 représentants de l’Etat qui a encore 17 % d’air France, ont voté 2900 licenciements bruts. Valls et Macron ont licencié avant de discuter, on a 6 millions de chômeurs et voilà comment ils traitent les personnels d’Air France. Après ça, étonnez-vous des violences, de la colère des personnels et des suites probables du mouvement.

    Notre parti devrait donner conseil au gouvernement de mettre la pédale douce, tout de suite, de nommer une commission d’enquête pour faire vraiment le point sur l’état réel contesté d’Air France, pour établir un diagnostic commun et reprendre des négociations loyales.

    Ensuite le referendum.

    Bien sûr qu’il faut l’unité de la gauche : sans ça on perd tout. Il faut un gouvernement rose –rouge-vert, ça aiderait à coup sûr ! Cela fait plus de deux ans que nous le réclamons. Mais cette histoire de « referendum »  du 16 octobre a été décidée hors de nos instances et a été imposée à tous. Je suis contre tout cela, et à vrai dire, je ne la comprends pas. Ni la technique, ni le but politique.

    Referendum pour qui ? Referendum pour quoi ?  C’est une façon de brusquer, de mettre au pied du mur nos partenaires ? Si c’est ça, ça ne va pas aider à faire l’unité ; ça risque même d’avoir l’effet inverse.  Quand on veut l’unité, on ouvre la discussion, on propose des rapprochements de points de vue. On sait ce qui ne va pas en ce moment  les attaques contre le code du travail, contre la fonction publique. Macron propose de supprimer 100 000 emplois dans la territoriale, 12 700 dans la fonction publique d’Etat et 22 000 dans les services hospitaliers. Les syndicats qui représentent 51% des fonctionnaires s’opposent au projet d’accord « Parcours professionnels Carrières Rémunérations » PPCR et Valls-Macron passent en force. Comment faire l’unité de la gauche en défendant cela ?

    Disons au moins sur quels points on propose d’ouvrir et de discuter. Ce referendum, c’est une sorte de fermeture, avec nous ou contre nous. Comment faire cela sur un marché ? On va recevoir des bulletins de vote ou des pavés dans nos urnes ? C’est contrôlable par personne, donc soupçonnable par tous. On pourra toujours dire qu’il y a eu des centaines de milliers qui ont « voté » par internet. Pas sûr que ce soit cru ni que ça convainque.

    Mais bon, puisque le coup est lancé, au moins un conseil : que la direction annonce une « conférence ouverte », une vrai discussion de programme pour un accord négocié entre tous les partis, qu’on dise qu’on ne demande pas un « ralliement » mais une dynamique de rapprochement sur des questions politiques de fond. Avançons au moins des propositions politiques claires sur trois ou quatre points importants en ce sens. Ça évite l’échec, la non unité et la chronique annoncée d’une défaite.

    Encore un mot, sur le Portugal.

    La gauche l’avait déjà emporté en Allemagne le 22 septembre 2013, Angela Merkel avait été battue en voix et en sièges… et la gauche (SPD, Grünen, Die Linke) avaient renoncé à gouverner ensemble, ce qui explique tout le pouvoir de Merkel-Schaüble depuis. Là, au Portugal, premier scandale, les médias français présentent les résultats de la législative du 4 octobre, comme une victoire de la droite alors que c’est carrément le contraire :  la droite a 104 sièges, la gauche en a 121 ( PSP 85, PCP, 17, Bloc de gauche 19). C’est mieux qu’un  »referendum » étrange dans des urnes aléatoires. Le peuple donne la majorité nette à la gauche… et la gauche ne gouverne pas ? La gauche pourrait absolument gouverner comme Syriza en Grèce (que François Hollande va aller voir….) il suffit de s’entendre. Il faut le vouloir. Il faut se battre pour l’unité de la gauche partout. Vous dites qu’elle ne se fera pas à Lisbonne, que c’est quasi fatal, et puis… c’est tout. Qui peut entendre cette résignation et voter ici le 16 octobre pour l’unité ? Comment défendre l’unité de la gauche en France, si on se résigne à ce que, ailleurs, là où elle gagne, la gauche ne gouverne même pas et laisse la droite le faire ?

     

    On peut me dire que des violences ont desservi la cause, c’est vrai, puisqu’elles peuvent être mises en avant de façon forcenée dans une curée extraordinaire des médias, moi je suis toujours du coté des personnels, les patrons ont plus de responsabilités que les autres

    voila ce qu’en disait Jean Jaurès :

    « Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

    Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906