Air France : halte à la casse sociale, lettre pétition au gouvernement, à Macron et Valls

Lettre au gouvernement

MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE,

NOUS VOUS DEMANDONS DE STOPPER LE DÉMANTÈLEMENT D’AIR FRANCE

Alors qu’Air France  vient de fêter son 82ème anniversaire, cette compagnie emblématique qui a toujours su porter fièrement le drapeau français à travers le monde  est en train de se faire discrètement dépecer. C’est le symbole même de la France qui est menacé ainsi que les 450 000 employés  que cette compagnie génère. Selon une étude réalisée au sein du laboratoire Humanis de l’EM Strasbourg, 1, 4% du PIB français serait lié à l’activité d’Air France qui entretient toute une vie économique ayant  une incidence jusque dans les régions qui ne sont pas desservies par la compagnie en raison de la forte interpénétration des économies régionales. Air France aurait plus de 2 milliards d’euros d’impact dans les sept régions sans aéroport, soit environ 32 609 emplois.

 

En qualité de salariés dépendant directement ou indirectement de l’activité d’Air France ou en qualité de membres de la famille de ces salariés, ou encore amoureux de ce pavillon français, nous demandons solennellement au Président de la République Française, Monsieur François Hollande, d’arrêter ce processus de destruction de notre compagnie nationale. Depuis 10 ans, ce sont déjà près de 9000 emplois propres à Air France (ce qui n’inclut pas les emplois des sous-traitants) qui ont été détruits par le biais de plans de départs volontaires. Ces 9000 personnes sont pour la plupart allées grossir les rangs des demandeurs d’emplois… Est-ce là le résultat de  la politique volontariste de sauvegarde de l’emploi  tant  promise  par notre Gouvernement ?

 

Aujourd’hui, la Direction Générale d’Air France annonce plus de 3000 licenciements secs si les salariés n’acceptent pas la disparition de certains métiers chez les personnels sol, ou encore un nombre conséquent d’heures de travail supplémentaires non payées pour les navigants ainsi que la suppression de jours de repos et de congés…

C’est une véritable casse sociale qui est en train d’être orchestrée  alors que la compagnie est en voie de retrouver un équilibre budgétaire avec un niveau record de passagers transportés cet été. Une embellie  qui arrive enfin et qui est en grande partie due aux efforts importants que les personnels d’Air France ont accompli ces 3 dernières années.  Et pourtant, aujourd’hui, les salariés d’Air France vivent dans un climat de  peur et de chantage permanent  sous la bienveillance de son actionnaire principal : l’ETAT !

 

La Direction d’Air France fait le choix de l’attrition en supprimant une dizaine de lignes Long Courrier dans un premier temps, ce qui entraînerait, et cela n’a pas de précédent dans l’histoire d’Air France, un recours à un plan de licenciements secs. Puisque l’Etat est le seul et véritable arbitre, c’est donc  à Messieurs HOLLANDE et VALLS  qu’incombera directement la responsabilité d’un tel désastre. Ce ne sont pas les salariés d’Air France et les sous-traitants qui doivent payer pour que la compagnie reste compétitive, alors qu’elle est asphyxiée par des taxes, une pression fiscale insupportable et des choix politiques qui lui sont préjudiciables.

Car c’est bien  l’Etat Français qui est directement responsable de la situation d’Air France de par ses arbitrages pénalisants pour les compagnies françaises comme Air France. En conséquence, nous vous adressons officiellement, Monsieur le Président de la République et Monsieur le Premier Ministre, plusieurs requêtes :

 

Nous demandons la suspension de la taxe Chirac qui génère environ 90 millions d’euros de surcoût aux compagnies françaises, ce qui affecte directement la compétitivité face à la concurrence des compagnies étrangères.

Nous demandons la diminution des taxes aéroportuaires pratiquées par Aéroports de Paris, voire leur disparition  pure et simple comme cela s’est fait dans d’autres pays. L’Etat Français ne peut se servir d’ADP pour collecter indirectement des impôts et ainsi grever encore un peu plus la compétitivité des compagnies aériennes françaises.

Nous demandons la restitution des 13 millions d’euros de dividendes que l’Etat, en tant qu’actionnaire principal,  a ponctionnés à Air France entre 2013 et 2014 alors que les comptes de la compagnie étaient dans le rouge (rapport de la Cour des Comptes).

 

Nous dénonçons les concurrences déloyales qu’Air France rencontre sur son propre territoire national : celle du TGV  qui se développe avec l’argent public  et qui affaiblit de facto les compagnies aériennes françaises et les aéroports de province et celle des compagnies lowcost, tel que Ryanair, qui touchent des subventions locales conséquentes.

Nous dénonçons l’ouverture de créneaux dans l’espace aérien français que le Gouvernement a promis au Qatar en échange de la vente de ses rafales. Une étude américaine a démontré que pour chaque ligne accordée aux compagnies du Golfe ce sont entre 400 et 600 emplois directs qui ont été détruits sur le sol américain. Peut-on tolérer que notre Président de la République se serve de    nos emplois comme d’une  monnaie d’échange ???

Nous dénonçons la volonté de la Direction Générale d’Air France qui n’attend que le feu vert du Gouvernement pour  créer une branche TRANSAVIA EUROPE  qui emploierait du personnel  étranger avec un contrat social et des salaires moins disants. Le Conseil  Economique Social et Environnemental, dans son rapport adopté le 22 septembre 2015, a d’ailleurs dénoncé  ce dumping social intra-européen de nos emplois qui menace l’aérien français et qui nous renvoie aux heures les plus sombres de la marine marchande française.

Nous rappelons, par ailleurs, que le CICE a rapporté au groupe Air France 66 millions d’euros, sans que notre entreprise ne s’acquitte de sa dette morale envers l’Etat Français, en s’inscrivant dans une démarche d’investissements qui conforte nos emplois. Notre actionnaire principal se doit d’être vigilant sur ce point. Les représentants de l’Etat au Conseil d’Administration ont pour obligation d’être plus réactifs sur la bonne utilisation de cet argent public.

Nous vous rappelons que sous l’égide de  Monsieur Laurent FABIUS le tourisme a été érigé comme cause nationale pour renforcer l’économie de notre pays. Or, quel est le meilleur vecteur de développement du tourisme qu’une compagnie aérienne nationale, plutôt que de favoriser l’ouverture de notre espace aérien aux compagnies du Golfe ? Nous ne pouvons accepter cette décision politique qui, à terme,  détruira l’emploi français.

 

L’avenir  des compagnies aériennes en général et d’Air France en particulier dépend donc de vous, Messieurs le Président de la République et le Premier Ministre. Vos arbitrages, votre politique de taxation inique, vos choix stratégiques mènent droit notre Pavillon Français  vers une véritable catastrophe économique et sociale. Vous seuls avez le pouvoir de sauver nos emplois, de sauver des emplois français, comme vous vous y  êtes si souvent engagés. Nous attendons de votre part des actions et des prises de décision fortes pour stopper la casse d’Air France qui aura des conséquences sociales et politiques cataclysmiques.

 

Le collectif Sauvons Air France.

Dans l’Humanité : travailler mieux, moins, tous pour gagner plus

 

Le Figaro titre « Les Républicains face au casse-tête de la sortie des 35 heures » et « Nicolas Sarkozy renvoie la durée du travail à des accords d’entreprise, en promettant que chaque heure travaillée sera rémunérée » A t il conscience quand il concède : « Chaque heure travaillée sera rémunérée » ?

Encore heureux n’est-ce pas ? La première vérité, c’est qu’il s’agit pour Sarkozy ou son émule Macron, de baisser le salaire puisque les heures supplémentaires ne seront plus majorées à partir de la 36° heure.

La seconde vérité c’est qu’il s’agit de tenter de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers. Car l’histoire du droit du travail depuis 175 ans, c’est celle de la réduction du temps de travail. Il a fallu 80 ans pour passer de la journée de 17 h à celle de 10 h entre 1840 et 1920. Il a fallu 70 ans pour passer de la semaine de 40 h à celle de 35 h entre 1936 et 2002.

Et pendant tout ce temps, on a fait quatre choses en même temps :

1°) entre 1936 et 2002, on a produit énormément plus, personne ne le nie

2°) entre 1936 et 2002, on a doublé le nombre de salariés puisqu’on est passés de 9 5 millions environ à 18 millions.

3°) entre 1936 et 2002, on a gagné plus, personne ne le nie non plus

4°) et on a fait cela en diminuant la durée du travail de 40 à 35 h. Et on a rajouté 5 semaines de congés payés !

Il a donc été prouvé, dans les faits, pendant 70 ans, (en dépit d’une guerre mondiale et deux guerres coloniales destructrices) qu’on pouvait « travailler mieux, moins, tous, en gagnant plus ».

Pourquoi inverserait on cette tendance aujourd’hui ?

Si on avait encore une durée du travail de 40 h, on aurait 10 millions de chômeurs.

Et on est certains que les 35 h en 2002, même réalisées dans des conditions très flexibles, ont, de l’avis unanime, créée 400 000 emplois de plus que les autres pays à croissance égale.

Si on a 6 millions de chômeurs aujourd’hui, c’est parce qu’on est désormais et à nouveau en retard dans la réduction du temps de travail.

Ceux qui nient qu’on puisse « partager le travail » mentent : car le travail est partagé, toujours partagé, forcément partagé ! Soit sauvagement avec des combinaisons de temps plein excessifs, de temps partiels subis et de chômage de masse, soit par la régulation autour d’une durée légale adaptée, contrôlée et sanctionnée par la loi.

Il n’y aura jamais de réduction de l’actuel chômage de masse sans passer aux 32 h ou aux 30 h. Cela implique à la fois de partager le travail et les richesses qu’il produit. D’autant que nous sommes en plein boom démographique depuis l’an 2000 avec 850 000 naissances par an : ces bébés vont commencer à arriver sur le marché » du travail en 2018 et chaque année, nous aurons 400 000 demandeurs d’emploi supplémentaires. Comme les progrès technologiques s’accélèrent, la mutation numérique imposera la semaine de 4 jours, de 32 h et bien davantage ensuite, sauf à créer les conditions d’une explosion sociale géante.

Evidemment c’est le moment que choisissent des « gourous » libéraux pour vanter une catastrophique « ubérisation » de la société, c’est à dire très peu de salariés (« seule l’élite sera salariée » dit Attali) et des nébuleuses de serfs tout autour, « indépendants » ou pseudos « auto-entrepreneurs » sans horaire, ni salaire, sans droit ni loi. Tous VTC en quelque sorte ?

Mais personne ne saurait se rabaisser à cette société à la Mad Max, au retour à la jungle féroce du salariat sans droits, des loueurs de bras à bas salaire aléatoire, des journaliers flottants autour d’un chœur de riches privilégiés.

C’est pourquoi il y va de la survie sociale collective de défendre le mouvement historique de la baisse programmée, progressive de la durée du travail. Non seulement c’est la seule solution pour l’emploi, mais c’est aussi la seule pour la santé physique et morale des salariés. Car le stress, le harcèlement, de multiples risques sociaux, le burn out accompagnent l’actuelle élévation des durées du travail, lesquelles sont déjà, hélas plus proches, dans les faits, de 41 h que de 35 h. Ce ne sont plus les coups de grisou comme du temps de Zola, qui tuent mais c’est pire, ce sont les AVC : il y a 250 000 accidents cardiaques et vasculaires par an dont la moitié sont liés au travail. C’est aussi pourquoi en plus de la durée légale, il faut baisser les durées maxima du travail de 48 h vers 40 h. Redonner du travail à tous, de la santé, du temps pour vivre va de pair avec la redistribution des richesses. La France n’a jamais été aussi riche de son histoire, c’est le moment pour le faire.

 

Gérard Filoche (dans l’Humanité, le 1 er octobre 2015)

 

 

info Agenda Gérard Filoche 2° semestre 2015

Agenda Gérard Filoche 2° semestre 2015

Tous les lundis 18 h : BN du PS

Lundi 17 août : les Grandes Gueules sur RMC 12 h 12 h 40

Jeudi 20 août : Sud radio : les Sms de pole emploi 13 h 30 14 h

Samedi 22 août 9 h : Europe1 à 9 h : 10’ sur la rentrée

Mardi 25 aout : Sud radio le CICE  de 10 à 11 h

Mardi 25 aout : France info sur Valls et la rentrée

Jeudi 27 août : Marennes (480) 16  jeudi 13 h 30 14 h sud radio

Vendredi 28 et 29 août : La Rochelle 17 samedi 10 h atelier GF vendredi matin 10 h 11 h sud radio vendredi soir 23 h BFM

Lundi 31 août 10 h 10 h 45    12 h LCP  Europe 1 code du travail – 18 h 18 h 30 LCI : la rentrée politique + Russia today.

Mardi 1er septembre : Itélé décryptage 23 h

Mercredi 2 septembre : Sud radio  13 h 35 – 14 h ITV Grazia

Jeudi 3 septembre : foire de Chalons sur Marne 10 h 30 à 16 h

Dimanche 6 septembre, fête de la rose à Saint-Didier Dole 12 h 20 h (39) 250

Lundi 7 septembre : Skype direct avec Berlin

Mardi 8 sept 13 h 10  France inter

Mercredi 9 sept  I télé  12 h 30 et 13 h 05 pour deux fois 6 minutes

Jeudi 10 septembre  France culture 8 h 15 – 8 h 40

Jeudi 16 h 30 : LCP enregistrement : émission 45’ diffusée le samedi 12 septembre à 22h en première diffusion, le dimanche 13 septembre à 18h, le lundi 13 septembre à 17h15, le samedi 19 septembre à 15h15 et le dimanche 20 septembre à 10h. L’émission sera aussi sur le site internet publicsenat.fr

Arte jeudi 17 h 45 passage à 20 h 10 dans « 28″

Vendredi 11 septembre : France bleu  12 h 05  12 h 20  + sud radio 13 h 50 a 14 h

Samedi dimanche 12 et 13 septembre : Fête de l’Huma + là-bas si j’y suis samedi 14 h

Mardi 15 septembre, 19 h tournage documentaire sur droit du travail

Jeudi 17 septembre : Fédération santé CGT, LDJA Montreuil 93 (10) – a m à Tours

Samedi 19 septembre : Fête PS à Billère 64 + CN du PS (150)

Mardi 22 septembre 2015 : Amd de Lyon 69 (110)

Mercredi 23 septembre : BFM 18 h 30

Jeudi 24 septembre 14 h 30 : BdT de Paris, Groupama (70)

Vendredi 25 septembre : France info à 6 h 45

Samedi 26 septembre : Fête de l’UD-CGT de Strasbourg 67 (200) + séminaire MLG (50)

Lundi 28 septembre : UD CGT Toulouse code du travail 300) (Flashtalk France O)

Mardi 29 septembre : congres EDF RTE Dives-sur-mer  (50)

Mercredi 30 septembre : Vermus VSD et LGJ

1er octobre : SLT Ardisson

mardi 6 octobre : RTL 8 h 20 8 h 30   + RMC + BFMTV

Mercredi 8 octobre : club de la presse d’Europe1  18 h 45 – 20 h

Mercredi 14 octobre au soir : CGT Malakoff

Jeudi 15 octobre : le matin Dunkerque CGT interim + le soir 20 h 30 Yvelines

Vendredi 16 octobre : procès de Laura Pfeiffer à Annecy 73

Mardi 20 octobre : Verrières Attac 78

Mardi 21 octobre : CFDT Wittenheim 68

Jeudi 22 octobre : Angoulème Champniers 16 UD CGT 17 h 30 21h

Jeudi 29 octobre : 18 h 30 université citoyenne de la Courneuve 93

Du 2 novembre au 12 novembre : réunions droit du travail avec syndicats en Martinique

Vendredi 13 novembre : Florange

Mardi 24 novembre : Montreuil : EDF CGT Emergences CHSCT+ Groupama

Mercredi 25 novembre : Rouen : université souvenir 68

Vendredi 27 novembre : cercle à St-Chamond 42

Mardi 1er décembre, : UD CGT Vaucluse Sorgues

Mercredi 2 décembre : Eaubonne 95  Attac code du travail

Vendredi 4 décembre : Réunion Attac Val d’Orge (91)

Mercredi 9 décembre : « Repère » à Abbeville 80

21 janvier : Metz formation CHSCT

23 Janvier 2016 : Louviers  76

Elections au Portugal le 4 octobre : ITV de Fernando Rosas par Philippe Marliére – Regards

http://www.regards.fr/des-verites-desagreables-par/article/fernando-rosas-la-gauche-radicale

Dirigeant national du Bloc de gauche, Fernando Rosas analyse la situation politique du Portugal et expose les positions de son parti sur les alliances électorales, la lutte contre l’austérité et la sortie de l’euro.

Le 4 octobre prochain, les Portugais éliront leurs députés. Le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho (PSD et CDS-PP), au pouvoir depuis 2011, est en passe d’être reconduit. Il devance aujourd’hui dans les sondages le PS qui, en charge entre 2009 et 2011, avait demandé en 2010 l’assistance financière de la Troïka. Partout où elle est intervenue, celle-cia imposé des politiques d’austérité extrêmement sévères : hausse des impôts (notamment de la TVA), baisse des salaires et des retraites, privatisations et précarisation sur le marché du travail.
Cette situation pose un défi à une gauche radicale portugaise, forte mais éclatée. J’ai interrogé cet été Fernando Rosas, l’une des grandes figures du Bloc de gauche (Bloco de Esquerda), dont il a été l’un des cofondateurs en 1999. Né en 1946, il a milité dans sa jeunesse au PC portugais – qu’il a quitté en 1968 au moment de l’intervention de l’URSS en Tchécoslovaquie. Militant antifasciste, il a été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises sous le régime de Salazar. Il a été candidat à l’élection présidentielle de 2001 pour le Bloc, et est devenu député entre 1999 et 2002 et entre 2005 et 2009. Historien, il enseigne à l’Université nouvelle de Lisbonne.

Philippe Marlière. Pourrais-tu commencer par décrire la situation sociale et politique au Portugal ?
Fernando Rosas. Nous avons eu quatre années d’austérité violente. Le PIB a baissé de 6% et nous avons 300.000 chômeurs supplémentaires, même si les chiffres du chômage sont manipulés par le gouvernement qui ne compte pas, par exemple, les demandeurs d’emploi qui effectuent des stages. Depuis le début de la crise, 500.000 Portugais ont émigré à l’étranger – c’est un retour aux chiffres de l’émigration des années 70. C’est presque 100.000 personnes qui quittent le pays chaque année. C’est une immigration qualifiée, de jeunes diplômés sans emploi. Le chômage touche environ 40% de la jeunesse. C’est une situation sociale marquée par la baisse réelle des salaires et des retraites. L’austérité a permis au capital de transférer le paiement de la dette des entreprises vers les salariés. Nous avons une dette publique de 130% du PIB, équivalente au budget national de la santé. En plus de l’austérité qui a diminué les salaires, les retraites et l’aide sociale, nous sommes contraints de ne pas dépasser la barre des 3% de dépenses publiques imposée par l’Union européenne. Nous avons des contraintes financières qui vont nous empêcher de retrouver la croissance dans les vingt années à venir.

La situation portugaise n’est pourtant pas celle de la Grèce…
La Commission européenne surveille nos finances, mais il est vrai que la Troïka n’est plus présente au Portugal [NDLR : depuis 2014]. Les budgets du gouvernement portugais sont entérinés par l’Union européenne, avant d’être présentés au parlement portugais. Nous avons des obligations de la dette qui sont très pesantes. Le gouvernement actuel prétend d’être débarrassé de la Troïka. Mais l’ironie est que c’est ce même gouvernement qui, de manière zélée, a surpassé les exigences de la Troïka. Ce sont eux les responsables de la terrible situation économique et sociale que vit notre pays. La droite au gouvernement dit qu’on ne peut pas arrêter les politiques d’austérité, car le pays se retrouverait dans une situation identique à celle de la Grèce. Les socialistes ont le même programme, mais proposent une austérité plus soft. Le Parti socialiste (PS) ne parle pas de restructuration de la dette et il envisage de la rembourser intégralement. Il n’y a aucune volonté chez les socialistes de s’opposer au plan de remboursement prévu par l’Union européenne. Le PS opère dans le même cadre austéritaire que la droite, ce qui va avoir des conséquences désastreuses pour lui.
« La gauche radicale représente entre 15% et 20% des voix au Portugal. Nous avons l’une des gauches radicales les plus fortes en Europe »

Comment les Portugais réagissent-ils à cette situation ?
Les sondages le soulignent : les électeurs pensent que les différences politiques entre le PS et la droite sont très minces. Les gens ne comprennent pas ce qui différencie les deux camps. Le PS ne se risque pas à adopter un discours un tant soit peu de gauche. On pouvait croire qu’António Costa, son nouveau secrétaire général, se positionnerait plus à gauche. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Le programme du PS va plus loin que la droite dans le domaine de la libéralisation du marché du travail qui facilite davantage les licenciements. Les économistes du PS insistent encore plus que la droite sur la nécessité d’individualiser le contrat de travail entre patrons et employés ; contre le principe du contrat collectif.

En France le gouvernement Valls et son ministre des Finances Emmanuel Macron mènent la même politique… Puisque le PS n’apparaît pas comme un rempart contre l’austérité, quelles perspectives cette situation ouvre-t-elle pour le Bloc de gauche ?
À gauche, l’alternative repose sur deux forces : le Parti communiste portugais (PCP) qui a une base solide de 9-10% et le Bloc de gauche qui a déjà eu environ 8%. Nous espérons avoir 5% des voix [NDLR : les derniers sondages le placent à 7-8%]. Avec d’autres petits partis, la gauche radicale représente entre 15% et 20% des voix au Portugal. Nous avons l’une des gauches radicales les plus fortes en Europe.

Quand le Bloc de gauche s’est constitué en 1999, on le désignait souvent comme le parti des « causes fracturantes », c’est-à-dire qu’il insistait sur les questions sociétales, post-matérielles qui « fracturent » ou divisent la société portugaise, comme l’avortement…
C’était une image donnée par la presse de droite, plutôt que la réalité. Ceci dit, il est vrai qu’avec un PCP traditionnel sur les questions de mœurs et sociétales, c’est le Bloc qui a traité en premier de questions de société qui sont devenues aujourd’hui consensuelles : la criminalisation du harcèlement sexuel ou de la violence domestique contre les femmes ; le mariage homosexuel ; le droit d’adoption d’enfants pour les couples gays ; la légalisation des drogues douces, etc. Dans la vie parlementaire portugaise, aucun parti ne s’occupait de ces thèmes avant l’apparition du Bloc. Aujourd’hui, le PS et le PCP reprennent ces propositions et ces politiques. Il est donc vrai que cela a contribué à donner au Bloc un profil « sociétal ». Mais ce n’est pas en soi l’objectif du Bloc de n’être seulement que le parti des « causes fracturantes ». Certains prédisaient que le Bloc disparaîtrait une fois que ces questions auraient été traitées sur le plan légal. Quand Francisco Louçã a été remplacé à la tête du Bloc [NDLR : Louçã fut le porte-parole du Bloc de gauche entre 1999 et 2012], il nous a en effet fallu un peu de temps pour trouver une formule de remplacement stable. Nous l’avons trouvée : c’est une jeune femme, Catarina Martins, qui est la nouvelle porte-parole de notre parti. Nous avons une autre jeune femme brillante, Mariana Mortágua à Lisbonne, qui s’est distinguée en menant une enquête parlementaire sur une affaire de corruption impliquant la banque Espirito Santo. L’unité est donc retrouvée dans le Bloc.
« Nous sommes favorables à des alliances électorales avec le PCP. Je pense qu’un tel front électoral va se réaliser »

À la différence du Front de gauche, qui est un cartel de partis, le Bloc de gauche est un parti auquel on adhère directement…
Oui. Il existe des courants organisés, mais l’affiliation au Bloc est individuelle. Les partis fondateurs du Bloc de gauche sont le Parti socialiste révolutionnaire (PSR – trotskyste), l’Union démocratique populaire (UDP – maoïste), Politica XXI (d’ex-membres du Parti communiste portugais) et Ruptura / FER (trotskyste).

Tu es issu de quel parti ?
Aucun. Je suis indépendant ! (rires)

Sous le régime de Salazar, à quel parti appartenais-tu ?
Le Mouvement pour la réorganisation du parti du prolétariat (MRPP – maoïste) qui existe toujours.

En France, le PCF est membre du Front de gauche. Mais au Portugal, le PCP n’est pas dans une alliance avec vous. Il est d’ailleurs associé au parti Vert ; les deux forment la Coalition démocratique unitaire (CDU). Qu’est-ce qui empêche une telle alliance, et est-elle envisageable un jour ?
Le PCP a voulu freiner le développement du parti Vert. Ils ont donc fait alliance avec lui. Mais le problème est surtout la culture du PCP. Nous sommes en contact avec les communistes ; nous collaborons avec eux au parlement. Nous organisons de fréquentes réunions de direction. Mais il y a une culture sectaire très forte au sein du PCP. Il a peur de la montée du Bloc, qui a dépassé le PCP en 2009. Il craint que son association avec le Bloc n’incite des jeunes militants communistes à nous rejoindre. Le PCP, surtout, continue de se penser comme le parti de l’avant-garde des travailleurs et de la gauche portugaise. Le PCP a pour habitude d’essayer de contrôler toutes les initiatives unitaires à gauche. Ce n’est donc pas facile de travailler avec eux, mais nous sommes favorables à des alliances électorales avec le PCP. Je pense qu’un tel front électoral va se réaliser un jour.

Mais il n’y aura pas de fusion organique…
Non. Ça, c’est compliqué. Il faut se souvenir que le PCP continue à considérer que les PC nord-coréen et chinois appartiennent au camp socialiste. Ça veut dire que nous avons des conceptions très différentes de ce que constitue l’idée même du socialisme. Le PCP n’a jamais fait une critique de l’expérience soviétique. Les plus anciens dirigeants de ce parti soutiennent tout ce qui s’est passé en URSS. Nous avons une conception différente du socialisme, mais nous sommes proches sur le plan de la tactique.

Quelle est la position que vous adoptez vis-à-vis du PS ? En Grèce, Syriza a remplacé le PASOK qui a presque disparu. En France, le dépassement de la social-démocratie par la gauche radicale ne s’est pas réalisé jusqu’à présent. Est-ce que cela serait envisageable au Portugal ? Penses-tu que le Bloc doive, dans tous les cas de figure, refuser toute alliance électorale avec le PS ?
On pourrait imaginer des accords avec le PS à une double condition : qu’il revoie sa position sur la dette et sur le respect du pacte de stabilité européen. Si le PS accepte de revoir sa position sur ces deux points, le Bloc est prêt à des accords avec le PS. Ça, c’est absolument clair.
« On ne peut pas mener de politique anti-austérité dans le cadre de l’euro »

Un accord avec le PS, y compris au gouvernement ?
Nous n’excluons rien, à condition, je l’ai dit, que le PS accepte de revoir sa position sur la dette. Mais nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Ce qui divise aujourd’hui, c’est la question de la renégociation de la dette. Les socialistes sont contre, y compris après ce qui s’est passé entre la Grèce et l’Eurogroupe. Nous avons publiquement tiré les conclusions de cet épisode : premièrement, on ne peut pas mener de politique anti-austérité dans le cadre de l’euro. Deuxièmement, l’eurozone est une sorte de dictature qui n’admet pas les choix démocratiques des pays européens. Nous voulons donc renégocier la dette et, le cas échéant, nous serions prêts à sortir de l’euro. On ne fera pas l’erreur d’Alexis Tsipras qui est allé aux négociations sans plan B. Mais nous ne voulons pas critiquer publiquement Syriza. Notre position officielle est que nous devons être prêts à sortir de l’euro si les négociations sur la dette n’aboutissent pas. Il faut présenter cet argument de manière très pédagogique car les Portugais sont très attachés à l’Europe et à l’euro. Ainsi, on ne dit pas : « Notre programme est la sortie de l’euro » ; on dit plutôt : « Notre programme est de renégocier la dette ». Si ça ne marche pas, on doit se préparer à la sortie. Francisco Louçã, qui est un économiste, travaille sur ce scénario ; nous sommes en train de faire des études sur la question.

Le PCP a-t-il la même position que vous sur cette question ?
Oui, même s’il ne défend pas ouvertement la sortie de l’euro. Dans le peuple portugais, il y a cette représentation un peu mythologique selon laquelle l’euro et la prospérité sont liés. Ceci dit, des camarades dans le Bloc hésitent. La direction de notre parti est unanimement favorable à ce nouveau scénario.

Le Bloc vient de proposer un référendum sur la Pacte de stabilité…
Oui. Nous avons proposé des référendums sur tous les grands traités, parce que le peuple portugais n’a été consulté sur aucun traité important de l’Union européenne : ni sur Maastricht, ni sur Lisbonne.
En dépit du mémorandum, de la Troïka et de l’austérité, dirais-tu que les Portugais restent attachés à l’intégration européenne ?

Oui. Tu vois, le salazarisme a signifié la misère et l’oppression pour le peuple portugais. L’Europe est ici très associée à la démocratie. Cette association entre Europe et démocratie nous oblige à être prudents.

Au sein du Bloc, existe-t-il un courant eurosceptique ?
La ligne du Bloc a été la défense d’un européisme de gauche. Il y a encore un courant européiste très fort dans le Bloc. Ça a été notre ligne officielle jusqu’à la crise grecque. Depuis, nous pensons que cette position n’est plus tenable, tant sur l’euro que sur la question même de l’appartenance à l’Union européenne. La crise grecque nous a aidés à comprendre qu’il y avait des impossibilités à mener des politiques alternatives à l’austérité dans le cadre de l’euro, et même l’impossibilité de la démocratie…
« Tsipras n’a jamais accepté l’idée qu’il ne parviendrait pas à un accord »

Ce qu’a fait Tsipras est décevant…
Oui, c’est très décevant, mais nous ne voulons pas l’accabler publiquement. Nous préférons parler du chantage et de l’attaque de l’Eurogroupe. Le Bloc ne critique pas publiquement Tsipras. Dans nos discussions avec Syriza, nous leur avons demandé : « Êtes-vous préparés, avez-vous un plan B pour vous sortir de là ? » Mais Tsipras n’a jamais accepté l’idée qu’il ne parviendrait pas à un accord. Syriza aurait dû se préparer, anticiper une sortie.

Qu’est-ce que Livre ["libre"], ce nouveau parti dirigé par Rui Tavares [NDLR : eurodéputé du Bloc de gauche entre 2009 et 2011 jusqu’à sa défection au parti Vert], qui met en avant l’appartenance à l’Union européenne et promeut des thèmes post-matériels ?
Certains de ses dirigeants viennent du Bloc. Ils pensent que le PS va repartir un peu à gauche. Ils se font des illusions. Ils pensent pouvoir être une force d’appoint du PS au gouvernement. Ils sont dans une situation difficile selon les sondages. Ils auront du mal à faire élire un député car les électeurs modérés vont préférer le PS à un petit parti qui lui ressemble. Au Portugal, il n’y a pas de vraie tradition socialiste, issue du mouvement ouvrier. Le PS est issu du radicalisme républicain.

Tu es un universitaire, un intellectuel, mais aussi un des membres fondateurs et dirigeants du Bloc de gauche. À ce titre, tu as été candidat à l’élection présidentielle pour le Bloc en 2001. Ça a dû être une expérience intéressante. Quels souvenirs en gardes-tu ?
Oui, j’ai été un militant toute ma vie. Sous la dictature de Salazar, j’ai été dans la clandestinité, puis en prison pendant quatre ans, avant le 25 avril [1974]. Après, j’ai continué de militer. Je viens d’une famille de militants. Il fallait un candidat en 2001, et j’ai donc accepté de remplir ce rôle.

En tant qu’historien, tu es un spécialiste du salazarisme ; sujet sur lequel tu as publié plusieurs ouvrages. Quel est ton thème de recherche actuel ?
Je travaille en ce moment sur deux choses : une recherche comparative entre le salazarisme et les fascismes européens. Je prépare un livre sur ce thème. Je dirige également un projet de recherche sur les Portugais morts dans les camps de concentration allemands pendant la guerre, ainsi que sur ceux qui furent mobilisés dans le Service du travail obligatoire dans l’Allemagne nazie.
Entretien réalisé à Lisbonne le 30 juillet 2015.

Signez sur le site « www.macron-demission.fr » !

Des citoyens de gauche,
issus de toute la France
Désireux de battre la droite
et l’extrême droite
S’engagent pour l’union de la Gauche

appel

Macron démission !

Trop c‘est trop ! Ras le bol !

De déclarations en déclarations, Emmanuel Macron est devenu un obstacle criant à la défense élémentaire d’une politique de gauche.

Il s’en est pris en quelques semaines aux 35 h de tous les salariés, a permis la multiplication des CDD pour les jeunes, et le voilà qui propose de mettre fin aux statuts des salariés du privé comme du public.

Il trace, en fait, la voie d’une « société sans statut » : alignement vers le bas pour tous, flexibilité généralisée. Faut-il énumérer, outre les 308 articles de sa loi de déréglementation libérale tout azimut, les plus notables de ses provocations contre la gauche :

  • appelant les « jeunes à avoir envie de devenir milliardaires »
  • expliquant que « son job n’est pas de défendre les emplois existants »
  • affirmant que « les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher »
  • « le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés » dit-il en Allemagne en vantant les lois Schröder-Hartz (ex PDG de Volskwagen)
  • « la France est en manque d’un roi », écrit-il en philosophant dans la revue des « Deux Mondes »
  • il qualifie ceux qui s’opposent à sa loi au sein du PS de « foyer infectieux »
  • ses sorties contre le CDI, contre le droit protecteur des licenciements…
  • enfin sa dernière sortie brutale contre le statut de la Fonction publique.

Stop, Stop, Stop ! Des ministres ont été écartés pour bien moins que cela ! Ce n’est pas supportable d’avoir des mises au point modérées, ou pire, des « je le soutiendrai jusqu’au bout ».

Si l’on veut sauver la gauche du désastre, il faut la sauver de Macron.

Si l’on veut l’unité de la gauche, ça ne peut être que sans Macron.

Nous appelons à ce qu’il parte, qu’il soit démissionné ou qu’il démissionne. Ce serait LE signal positif, indispensable, pour « changer de cap », revenir à des positions saines et unitaires pour toute la gauche.

Pour l’union, sans Macron !

 

 

Je signe !





(parti, syndicat, asso, mandat)

Vers la société du travail sans statut, le rapport Bruno Mettling soutenu par Valls, Macron et cie

Macron vient de s’en prendre spectaculairement au statut des fonctionnaires. Il s’en était déjà, pris au statut des salariés du privé. Valls a épousé sa cause en présentant le rapport Combrexelle et le rapport Mettling. Tout cela est tellement extraordinaire et violent comme attaque contre les droits élémentaires de 24 millions de salariés, publics et privés, que bien des commentateurs le mesurent et le croient. Mais ceux qui étudient, voient parfaitement la logique délibérée, destructrice de tous nos droits telle qu’elle est à l’oeuvre.

On peut l’empêcher, mais pour l’empêcher il faut la comprendre dans toute sa dimension

 

Après COMBREXELLE * (44) et METTLING (36) : comment faire le (con)tour des droits des travailleurs en 80 « bonnes pratiques » patronales

* rapport déjà analysé cf ci dessus

* Bruno Mettling est DRH d’orange, Valls l’a chargé à la suite de Jean-Denis Combrexelle d’un rapport sur le travail à l’ère du numérique.

 

Ils ont fait vite, mais leur mérite est mince. On aurait pu les écrire, ces rapports, ils sont déjà écrits depuis plusieurs dizaines d’années. Juste, ils attendaient le moment où l’affaiblissement des forces du camp d’en face en permettrait la parution au grand jour sans risques. Il est cependant utile au vu du grand brouillard organisé autour de leur contenu réel de nommer clairement l’arnaque dont ils vont, si nous ne les arrêtons pas, permettre la mise en œuvre en matière de législation du travail. L’unique objectif de ces deux rapports et de leurs 80 « propositions » pour l’un, « préconisations » pour l’autre est le suivant : en finir avec les contraintes légales et règlementaires sur la durée du travail, ainsi qu’avec le SMIC horaire et les salaires minima conventionnels.

Ils « uberisent » comme le dit Attali, mentor de Macron, qui décrit un monde où « le salariat sera réservé à l’élite ». Ils organisent le retour au XIXème siècle avec des loueurs de bras, des journaliers, sans droit, sans loi, sans horaires, sans salaires. Comme l’a dit Macron, l’avenir est à une société non statutaire, une société sans statuts. Ni droit du travail, ni statut de la fonction publique, l’avenir est aux indépendants, aux prétendus « autoentrepreneurs »,  à « l’entreprise étendue », un noyau avec une nébuleuse d’intérimaires et précaires gravitant autour, payés de gré a gré, pour des  « tâches », des « missions » des « chantiers » et ce, sans convention ni code.

Evidemment, vu que le salariat représente 93 % des actifs ce n’est pas demain qu’ils vont y arriver, mais ils s’y acharnent déjà systématiquement !

Depuis la « recodification » du code du travail et les coups de griffes aux garanties de l’emploi des fonctionnaires, l’embauche accélérée de « contractuels », ils n’ont de cesse de batailler opiniâtrement pour changer les principes fondamentaux du droit en faveur de leur projet. C’est la caractéristique dominante de tout ce qui a été introduit par l’A.N.I du 11 janvier 2013 puis la loi Sapin du 14 juin 2013, puis la loi Macron du 8 août 2015. Et qui poursuit et aggrave la loi Fillon du 4 mai 2004, la « recodification », les lois Bertrand de 2008 : ils sont obstinés, opiniâtres, férocement pervers, ils avancent pas à pas, mais savamment selon la même méthode et vers le même objectif.

Cet objectif est celui du Medef : remplacer « le lien de subordination juridique permanent » du contrat de travail avec contrepartie, par une « soumission librement consentie » sans droit ni loi.

A la fin ce sera clair : plus de code du travail, plus de statut de fonctionnaire, tout au contrat individuel selon l’objectif central affiché de Valls « le compte personnel  d’activité » (prévu le 1er janvier 2017… avec sa carte à puce ou toute votre carrière individuelle figurera).

Pour apporter sa pierre à cet objectif, le D.R.H d’Orange, Mettling, a donc mené à bien la mission qui lui avait été confiée par le Ministre du travail, (« examiner la question de l’effet de la transformation numérique sur le travail »). Son rapport peut être simplement résumé : adapter l’homme à la machinerie numérique, dont il est indispensable et bon de développer le marché, et non l’inverse.

La lecture des 69 pages et 36 « préconisations » du rapport, empreint d’un catéchisme managérial anglo-saxon, peut nécessiter la consultation du glossaire annexé à l’analyse qui suit.

———————

Les processus ininterrompus d’innovation, d’utilisation et d’amélioration des outils numériques sont présentés par Bruno Mettling comme naturels et sources énormes de « création de valeur ».

Mais pour cela plusieurs conditions doivent être remplies :

-   Former élèves, étudiants, « managés » et « managers » tout au long de la hiérarchie à l’utilisation et à l’amélioration des outils numériques (« préconisations » 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 34, 35

-   Obtenir l’adhésion de tous (« préconisations » 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9,10, 21, 22, 25, 27, 29, 30, 33, 34, 35

-    Adapter le droit pour optimiser l’usage du travail :

  • « sécuriser » le forfait-jours (« préconisation » 11) ;
  • Développer la « porosité » entre salariat et non salariat (notamment l’UBERISATION), y compris en s’appuyant sur des dispositifs fiscaux et sur le concours des collectivités territoriales (« préconisations » 12, 13, 17, 18, 27) ;
  • Supprimer de fait les contraintes en matière de durée du travail et en matière de rémunération (« préconisations » 11, 14, 22, 23, 29 ;
  • Compléter les moyens déjà existants d’assurer la traçabilité totale de chaque travailleur (étudiant, salarié, chômeur, indépendant…) (« préconisations » 15, 16, 30) ;
  • Développer le « partenariat » numérique avec les syndicats (« préconisations » 31, 32, 33, 36) ;

-  Mais sans conduire à la disparition de tout système d’assurances sociales, en organisant le marché des assurances sociales privées (« préconisations » 15, 16, 18)

 

-    Et, pour tenir compte des risques de destruction de la ressource humaine, recourir à la formation individuelle, à la signature de « chartes », au développement de « bonnes pratiques » d’entreprise et de recommandations issues d’ « indicateurs » chiffrés (« préconisations » 19, 20, 24, 26, 28).

 

Seules les « préconisations » directement ou indirectement liées à l’objectif de dissolution des droits essentiels (durée du travail et rémunération) sont analysées plus précisément :

Préconisation 11 : « Adapter, pour les travailleurs du numérique concernés, le droit français pour sécuriser le forfait-jours »

Quand les choses deviennent concrètes, le rapport laisse filtrer quelque lumière dans le brouillard, et la logorrhée du « new management » devient traduisible. Quand les rapporteurs entendent « sécuriser » par exemple, il serait salutaire d’entendre le contraire de ce qui est suggéré. L’A.N.I du 11 janvier 2013 et la loi qui l’a photocopié parlaient de « sécuriser les emplois » quand il fallait traduire « sécuriser les licenciements » ;  ici « sécuriser le forfait-jours » consiste à « sécuriser » le vol des heures de travail non payés.

[ La loi Bertrand de 2008 avait ouvert des brèches contre la durée maxima du travail, mais des saisines de la C.J.C.E par les syndicats l’avaient contredite. La directive 93-104 limitait en effet  dans l’U.E 15, les durées maxima du travail à 10 h et 48 h sauf l’article 18 qui en exemptait la Grande Bretagne. Elle prévoyait une clause de « revoyure » en 2004, mais l’élargissement de l’Europe à 27, 28 puis 29  a reporté et empêché tout cela (notamment en décembre 2008 quand le Parlement européen avait battu la proposition de Sarkozy (il était président de l’Europe) d’étendre la durée maxima à 65 h et 72 h). . Au vu de ces obstacles, pour Combrexelle, Mettling et leurs commanditaires, il s’agit donc d’aller plus loin.]

Après avoir fait la chattemite en faisant comme s’il s’inquiétait des excès possibles dans l’usage des forfait-jours, le rapporteur entre donc dans le détail.

L’article L.3121-39 du Code du travail (qui prévoit la nécessité d’un accord collectif préalable pour les conventions de forfait-jours) est trop vague, il faudrait y faire entrer des précisions « pour satisfaire aux exigences du respect de la santé » ; et l’article L.3121-46 (relatif à l’entretien annuel individuel avec l’employeur censé porter sur la « charge de travail » liée à la convention de forfait-jours) devrait dire « ce qu’il faut entendre par charge de travail ».

Honnête, Mettling en arrive alors à son vrai souci, celui des employeurs : la Cour de cassation a sanctionné à plusieurs reprises des conventions de forfait-jours (pour 10 conventions collectives de branche sur 12), alors les employeurs hésitent à y recourir. Il faut donc les « sécuriser ». Et comme la Cour de cassation n’a pas été trop dure (elle demande juste de « garantir que l’amplitude et la charge de travail restent raisonnables », i.e les durées journalières et hebdomadaires), Mettling donne la solution : changer la loi française pour que le « raisonnable » européen soit mieux appliqué.

Il rappelle que la directive européenne n°2003/88/CE, pour le coup déraisonnable, avait institué un repos obligatoire journalier de 11h (source de difficultés dans le cas du forfait-jours nous dit Mettling en citant un cas poignant de salarié obligé de se reposer jusqu’à 9h30 le matin parce que ses obligations familiales l’ont conduit à reprendre son travail le soir de 21h 22h30), mais que cette même directive européenne prévoit la possibilité de dérogations aux temps de repos.

Alors la solution est simple, le législateur français qui  « n’a toutefois pas permis ces dérogations au temps de repos » doit prendre « en compte dans ses futurs travaux la réalité vécue par les salariés du numérique concernés, en définissant un cadre équilibré, c’est-à-dire sécurisant la situation juridique dans laquelle ils se trouvent tout en satisfaisant aux exigences en matière de santé au travail ».

En clair, adopter les dérogations européennes sur le temps de repos (on pourra donc avoir moins de 11 h de repos journalier) mais bien sûr, dans l’autre sens, faire un geste pour « supprimer les déséquilibres observés au sein de la communauté des travailleurs du numérique, notamment en ce qui concerne les temps de repos ».

 

On peut sans grand effort compléter le rapport de Mettling sur ce point. Parions que, comme pour toutes les dégradations des droits des travailleurs, cela passera par une loi qui prévoira qu’un accord collectif devra définir une nouvelle limite au-delà de la limite actuelle à laquelle on pourra déroger et des mesures « compensatoires » permettant à la fois de sauver l’objectif proclamé de santé publique et de réduire la Cour de cassation au silence.

Notons que Mettling reste discret sur le reste du déraisonnable (les durées maximales hebdomadaires de 48 h sur une semaine et 44 h sur 12 semaines consécutives) pour lesquelles la loi française n’impose dans le cas du forfait-jours… aucune limite si ce n’est la limite journalière indirecte (24h – 11 = 13 h, moins deux pauses de 20 minutes) et la limite hebdomadaire indirecte qui découle de la précédente (6 x 12,33.. = 74 heures).

Incidemment, on apprend dans ce rapport que 47 % des cadres sont aux forfait-jours et, selon une étude de la DARES publiée en juillet 2015, que leur temps de travail moyen serait de 46,4 heures par semaine. Un temps sans doute sous-estimé (les chefs de rayon au forfait-jours par exemple tournent plutôt autour de 60 heures par semaine, il y a probablement à l’heure actuelle, 1 milliard d’heures supplémentaires impayées, non déclarées, dissimulées, l’équivalent de 600 000 emplois), mais qui en dit déjà long sur l’ampleur des heures non payées ; on est déjà sur un nombre d’heures supérieur sur l’année au nombre d’heures maximal (44 h) sur 12 semaines prévu par la législation.

Il est utile de rappeler que le forfait-jours est censé correspondre, par le biais de jours de congés supplémentaires, à une durée moyenne de 35 heures et que la rémunération correspondante est basée sur 35h.

On mesure ici que la conséquence, en ne comptant plus les heures, est que les minima conventionnels de salaire voire le SMIC horaire lui-même peuvent ne pas être respectés, même pour des cadres.

Préconisation 12 : « Créer des dispositifs fiscaux incitatifs pour promouvoir l’essaimage digital des salariés »

« Essaimage digital », Mettling est un poète : évoquer les jeunes abeilles quittant la ruche dans le soleil levant pour décrire des salariés jetés par les employeurs et leurs propagandistes dans les griffes du travail prétendument indépendant (les risques et les cotisations sociales pour vous, les profits pour nous)…

Alors il y a le rêve (« De nombreux salariés sont tentés par l’aventure de l’entrepreneuriat, notamment dans le secteur numérique,…) et la dure réalité du carcan des droits acquis par les travailleurs (« …mais peuvent rester freinés dans leur élan compte tenu du caractère protecteur du CDI »).

Que faire ? Comme pour la mobilité externe « volontaire » inventée par l’A.N.I du 11 janvier 2013 et la loi qui l’a photocopié, changement « volontaire » d’entreprise et ici changement concomitant de statut (salarié →non salarié).

Avec une prétendue garantie de retour (« Ainsi, les salariés seraient-ils incités à créer leur propre entreprise tout en ayant un « filet de sécurité » pour réintégrer leur entreprise d’origine »). Cela revient à développer les sauts à l’élastique en faisant confiance au patron qui a fabriqué l’élastique.

Préconisation 13 : « Développer les investissements des entreprises dans l’accompagnement des start-ups »

Même idée que la préconisation 12, avec l’honnêteté de préciser que pour les entreprises, ces start-ups ne sont qu’un moyen de « travailler pour elles » avec des « modes de travail plus agiles ». Là aussi, on reste confondu devant l’inventivité anglo-saxonne : la liberté de courir enchaîné devient « agilité » et quand la réalité socio-biologique refait violemment surface en dépression sévère, le rapport nous apprend qu’il s’agit là du « FOMO » (Fear Of Missing Out »), une forme désarmante d’ « anxiété sociale » que l’on peut traduire par « Angoisse de manquer quelque chose »…

Préconisation 14 : « Supprimer la référence aux avantages en nature pour les outils numériques »

Rémunérations déguisées, les fournitures gratuites, les prêts ou les remises accordées aux salariés sur les outils de travail (smartphones, tablettes) ainsi que pour la prise en charge de « certains frais liés au nomadisme » font aujourd’hui l’objet d’une règlementation pour les intégrer dans la rémunération brute et donc fait payer dessus des cotisations sociales.

Le rapport propose donc tout simplement de supprimer peu ou prou cette règlementation (« redéfinie et élargie ») qui « freine les entreprises » en veillant à ne plus « impacter l’entreprise tant au niveau de l’IS (Impôts sur les Sociétés) et de la TVA que de la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises)  ».

Préconisation 15 : « Réinscrire les nouvelles formes de travail dans notre système de protection sociale »

Il s’agit de dire tout va si vite que ceux qui travaillent devront inéluctablement s’adapter et passer par des périodes de chômage.

Faisons donc en sorte de les « sécuriser » en créant un « socle de droits attachés à la personne et transférables d’une entreprise à l’autre et/ou d’un statut à l’autre, afin de lever les freins à la mobilité intra et inter entreprise ». C’est, dit autrement, faciliter l’éviction des salariés en leur disant que l’élastique fourni pour le grand saut est bien solide.

Le problème est d’abord que la seule chose sûre, c’est le saut.

Ensuite, c’est qu’en attachant les « droits » à la personne, on casse les actions collectives et on rabote les droits antérieurement acquis. Expérience faite, par exemple avec les droits « transférables » pour les chômeurs, où l’élastique avait été soigneusement sectionné avant.

De la même façon, le moyen mis en avant dans le rapport, le « prolongement du compte personnel d’activité » (prolongement du prolongement, sa mise en place étant prévue le 1er janvier 2017) est non seulement une entreprise totalitaire (Big Brother is quantifying you) de mise en guerre de tous contre tous, mais également le moyen de diminuer les droits qu’il est censé garantir.

Car, là aussi, l’expérience devrait inviter à réfléchir avant de sauter sur ce qui brille : le futur compte personnel d’activité, outre le fichage gigantesque de toute la population dans la suite des fichiers déjà existants (les divers « livrets personnels de compétences » pour les élèves étudiants et apprentis, et autres « passeports », C.V électroniques, pour les salariés, est censé agréger des comptes existants ou en cours de création : compte épargne temps, droits au chômage rechargeables, mutuelle, compte personnel de formation, compte pénibilité.

Le compte épargne temps a été créé pour différer, écorner voire ne pas donner aux salariés les congés (jusque là « obligatoires » à dates fixes) auxquels ils avaient droit (les personnels des hôpitaux et les policiers par exemple ne l’oublient pas).

Le compte droits au chômage rechargeables, à coût constant pour le patronat, a été tellement régressif qu’il a fallu le rectifier dès la mise en œuvre.

Le compte « mutuelle », dans le prolongement de l’A.N.I du 11 janvier 2013 sur les complémentaires santé, se caractérise surtout par l’abandon du principe de solidarité de la sécurité sociale, l’accroissement du marché assurantiel et, peu ou prou, un financement accru de la part des salariés pour des paniers de soins plus réduits.

Le compte personnel de formation, institué par l’A.N.I du 11 janvier 2013, consiste également, comme pour le compte épargne temps à engranger le droit d’avoir un compte qui dit à combien d’heures de formation on aura éventuellement droit, mais au final moins qu’avant en quantité, le financement n’étant pas garanti, et moins en qualité car les formations sont désormais strictement limitées aux besoins des employeurs (mis en place au 1er janvier 2015, puis retardé au 1er janvier 2016, il consiste en un traitement automatisé de données personnelles comprenant au moins 83 champs, dont l’identifiant le plus liberticide, celui de la sécurité sociale, le handicap éventuel, l’adresse éventuelle à l’étranger, les numéros de téléphone et l’adresse électronique, les périodes d’inactivité avec les dates et les causes, la durée du travail, la rémunération, l’effectif de l’entreprise, la date éventuelle de décès…) ;

Le dernier compte individuel, sur la pénibilité, signe le renoncement définitif à faire reconnaître un droit collectif de départ plus précoce à la retraite pour ceux qui ont travaillé dans les métiers qui, d’évidence, sont plus destructeurs pour la santé que d’autres. Les salariés concernés devront ainsi accumuler et faire comptabiliser des points de souffrance individualisés pour pouvoir éventuellement un jour les faire valoir au prix décidé par ceux qui mettent en place le compte. On ne peut faire pire, sur le fond et sur la forme.

Pour être complet, le rapport souligne que son souci est également « le financement de notre système de protection sociale » à travers le lien fait entre « niveau de protection sociale » et « niveau d’activité » (l’exact contraire du principe de solidarité de l’actuelle sécurité sociale).

Mais laisse entrevoir le but réel de l’opération : « Les avantages d’une telle évolution seraient pour les employeurs d’éviter la notion de délit de marchandage et de palier les problèmes liés aux écarts existants entre les conventions collectives ».

Ce qui traduction faite dit : exploiter des non salariés a deux avantages, en plus d’échapper aux cotisations sociales, on peut les payer moins que les minima prévus par les conventions collectives et on échappe aux sanctions prévues par la loi en ce cas.

Préconisation 16 : « Devoir d’information des plateformes de service pour l’établissement des droits et cotisations »

En onze lignes le mode d’emploi pour légaliser UBER en France (ici Mettling montre une fois encore une meilleure « agilité » dans l’entourloupe que son alter ego Combrexelle).

« L’économie numérique a vu naître des plateformes (UBER) dans lesquelles une partie du travail (conduire) et parfois du capital (véhicule) nécessaires à la réalisation du service (taxi) est réalisée, non par l’entreprise (UBER) à l’origine de la plateforme, mais par une partie de ses utilisateurs (les UBERISES). Dans cette économie, dite collaborative, ou de pair à pair (l’employeur n’est plus employeur, le salarié n’est plus salarié), il convient de distinguer les utilisateurs pour lesquels cette activité amateur est marginale (argent de poche ?) des utilisateurs qui en ont fait une source de revenus significative. Dans le second cas, il convient de s’assurer que cette activité ne constitue pas une sorte de travail informel (ipso facto, dans le premier cas, le travail clandestin serait donc légal, juste une question de seuil non fixé et dont on imagine bien qu’il sera aussi incontrôlable qu’incontrôlé ; et pour le deuxième cas, parler de travail informel laisse le choix entre économie familiale, économie conviviale et travail au noir) et qu’elle soit soumise à des obligations similaires, en termes de cotisations et de taxes, que les activités du secteur formel. C’est pourquoi il est important de prévoir une obligation de transmettre toutes les informations nécessaires à l’établissement des droits et des cotisations, pour les plateformes de services qui mobilisent le travail d’une partie de leurs utilisateurs (juste, on se garde de dire le statut des UBERISES, on ne parle pas de bulletins de paie par exemple, on laisse à UBER dont rien ne dit s’il sera employeur ou prestataire de services le soin de transmettre les informations qu’il voudra bien transmettre, et on ne dit rien des dispositions règlementaires liées à la profession de taxis).

MACRON, qui en a déjà annoncé l’intention, a dans cette « préconisation » la base de la loi « agile » qui lui permettra de légaliser ce que la justice vient de déclarer illégal.

Préconisation 17 : « Clarifier les situations respectives de salarié et de travailleur indépendant »

Fondamental : les « indépendants » qui travaillent pour eux constituent pour les donneurs d’ordres un des deux moyens principaux pour ne pas compter (et payer) les heures de travail.

Ici aussi, on n’est pas déçu. Il faut innover et établir de « nouveaux indices, lesquels seraient issus d’une appréciation plus économique que juridique ».

Plus précis, le rapport propose un « faisceau de critères élargi (degré d’autonomie du travail, décisionnaire de la rémunération, exclusivité des services du travailleur, etc…) ». Pour les deux premiers critères, on voit bien que toutes les interprétations sont possibles, mais pour le troisième, le plus « objectif », on voit aussi que son utilisation, à l’heure du partage de salariés multicartes, s’avèrera aisée pour écarter la présomption de salariat et les quelques droits qui vont avec.

Préconisation 18 : « Créer une plateforme publique permettant de consulter ses droits »

Les droits ne seraient plus dans le Code du travail mais sur un site unique « pour les travailleurs opérant dans et hors salariat » qui « tout au long de (leur) vie professionnelle »  mélangerait statut de salarié et de non salarié. Une idée qui concrétise les préconisations 15, 16 et 17 ayant pour but de faire travailler le maximum de personnes comme faux indépendants et vrais sans droits.

Préconisation 19 : « Compléter le droit à la déconnexion par un devoir de déconnexion »

Rendre les salariés responsables des souffrances qu’on leur inflige.

Mettling, le D.R.H d’Orange, imagine donc des formations pour que le salarié sache qu’il serait bon pour lui de se déconnecter de temps en temps (« pour le salarié et pour le manager : se sensibiliser sur leur usage des outils numériques ;  pour l’entreprise : de mettre à leur disposition des formations en ce sens » ; « savoir se déconnecter est une compétence qui se construit également à un niveau individuel mais qui a besoin d’être soutenue par l’entreprise »).

En effet, le salarié qui n’a pas été assez formé à se méfier de lui-même risque de crouler sous le travail (se retrouver en « surcharge cognitive et émotionnelle ») puis de s’écrouler (« Se pose en creux la question des risques psycho-sociaux ») victime d’un accident déclaré…en arrêt maladie.

Le rapport pointe les solutions : la première, que le salarié puisse être entouré de collègues qui souffrent autant que lui (« mise en place d’une régulation collective de la surcharge informationnelle »). La deuxième, se garder de mettre en place des obligations légales en faisant confiance à l’entreprise et à ses « bonnes pratiques » (« Au sein de l’entreprise, différentes démarches, pas forcément juridiques mais tout aussi efficaces, doivent encourager la déconnexion : chartes, configuration par défaut des outils, actions de sensibilisation »).

Comme au milieu du XIXème siècle, l’on sent poindre ici le souci comptable de certains employeurs de ne pas outrepasser les limites des ressources humaines (« Se pose …l’enjeu de concurrence du temps d’attention disponible »)

Préconisation 20 : « Mettre en place au sein de l’entreprise une politique de régulation de l’usage des outils numériques »

Même idée que la « préconisation » précédente.

Préconisation 23 : « Compléter la mesure du temps de travail par la mesure de la charge de travail pour les secteurs dans lesquels celle-ci est pertinente »

Il faut arriver à cette 23ème préconisation pour qu’enfin, noir sur blanc, et en dix petites lignes seulement, arrive une des raisons d’être de la mission Mettling : ne plus compter le temps de travail (la formule « Compléter la mesure du temps de travail » est clairement publicitaire pour qui lit au-delà du titre).

Donc, assure le rapporteur, il y a des cas où, en raison de la charge de travail, on ne peut pas mesurer le temps de travail et il faut charger les « partenaires sociaux » (une loi viendra ensuite qui dira que les partenaires sociaux sont en droit de le faire par accord collectif) de réaliser la quête du Saint Graal : mesurer la charge de travail il convient d’intégrer par le dialogue social une mesure de la charge de travail plus adaptée que celle du temps de travail »).

L’intérêt de ce tour de passe-passe, étendre plus encore le nombre de salariés dont on ne comptera plus le temps de travail est peu caché par le rapport : « Cette mesure de la charge de travail est en effet un préalable indispensable pour pouvoir étendre les cas d’usage du forfait jours de façon raisonnable ».

Comment expliquer que ceux qui peuvent tout mesurer, qui se font fort de mesurer l’incommensurable (la « charge de travail ») ne soient plus capables, comme avant, de mesurer le temps de travail ?

Préconisation 24 : « Intégrer le paramètre numérique dans la mesure et la prévention des risques professionnels »

Une autre question essentielle pour les employeurs : comment faire en sorte que les « risques psycho-sociaux » ne dégénèrent pas en accidents reconnus comme liés au travail, voire en maladies professionnelles ?

D’abord, rappeler que les conséquences négatives de l’introduction des nouvelles technologies sont profondément liées au comportement des salariés : « il s’agit d’une modification des comportements et non d’une simple modification de processus, l’appropriation en est plus longue et plus variable d’un individu à l’autre »).

Compléter par la responsabilité indirecte des petits chefs (« Le rôle du manager de proximité est ici aussi déterminant dans la gestion de la santé de ses salariés ») qui sont parfois malades du rôle qu’on leur fait jouer.

Glisser que les « nouveaux risques psycho-sociaux » sont « issus des nouvelles technologies » permet par défaut d’insinuer que les employeurs sont exempts de responsabilité et que s’il faut en chercher, il faut en chercher du côté des salariés, car le terme « psycho-social » laisse supposer que le problème ne serait pas ce qu’il est, purement social et qu’y interviendrait la psychologie…des salariés.

Proposer que les services de santé au travail, les DIRECCTE et la CARSAT mettent en place « à titre expérimental… un travail d’observation visant à mieux cerner l’adaptation des salariés aux transformations numériques…avec une étude de l’impact de ces dernières sur le stress, la qualité de vie au travail et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ».

Il s’agit donc d’adapter les salariés à la machine qui serait cause du stress et non l’inverse comme exigé par le Code du travail.

Etablir un « diagnostic partagé » par les mêmes (SST, DIRECCTE, CARSAT) qui devront mettre en place des « indicateurs de prévention des RPS » (on dirait une maladie sexuellement transmissible).

Ils méritent d’être cités : des « indicateurs de perception des salariés » (sans doute le nombre de suicides, de dépressions, d’inaptitudes au travail ne sont-ils pas de bons indicateurs ; les indicateurs de la « perception » des salariés permettront eux de trier le bon grain – ceux qui, par « nature » ou par formation, savent « gérer » le stress -,  de l’ivraie – les autres) ; des « indicateurs de fonctionnement » (procédures et autres « chartes ») ; les « indicateurs portant sur la santé en tant que telle » (on allait l’oublier) et là, on retourne à la case départ : comment décider qu’une dépression ou des accès d’humeur, des manques de sommeil ou de concentration sont ou non liés au travail si les médecins du travail, les médecins de la sécurité sociale et les enquêteurs sont comme aujourd’hui, bon gré ou mauvais gré, dépendants des employeurs ?

Pour finir, ce sont ces indicateurs qui décideront périodiquement s’il faut ou non faire quelque chose pour changer : « fixation d’une périodicité de ces évaluations afin que l’évolution de ces indicateurs puisse infléchir la stratégie de prévention ».

Les employeurs, comme aujourd’hui avec les études et autres plans de « prévention des risques psycho-sociaux », pourront continuer à être blanchis par le simple respect de procédures « partagées ».

Préconisation 26 : « Diffuser les bonnes pratiques d’organisation du travail à distance »

Affirmation : le travail à distance, c’est super : « Le travail à distance…permet une réelle amélioration de la qualité de vie ».

A deux conditions : être honnête (« 95 % estiment que leur qualité de vie est meilleure, mais 61% ressentent une augmentation du temps de travail », le ressenti peut assombrir les plus belles choses…) et respecter les « bonnes pratiques ».

Les aspirants au télétravail devront donc le mériter et les employeurs sont invités à mettre en place des mesures calquées sur le contrat de travail :

1/ une période d’essai : « instaurer une première phase de travail en présentiel, avant de basculer en travail à distance… » avec un premier lavage de cerveau (« … afin de construire une relation de confiance et de créer le sentiment d’appartenance ») et une première manipulation (« prendre en compte pour le manager la perception ressentie par le managé sur le contrôle de son engagement ») ;

2/ des horaires de travail sans horaires mais avec horaires « choisis » par le salarié pour être contrôlé [« définir les modalités de coordination (canal, créneaux horaires, etc.), ainsi que des outils d’interaction à distance, en laissant le collaborateur exprimer ses préférences » et « prévoir une ou des plages de disponibilités à distance du manager pour que le managé ne se sente pas isolé en cas de difficulté »] et appeler au secours ;

3/ tout en disant le contraire :« renoncer à une partie du contrôle, en insistant sur la nécessaire proactivité (capacité à prendre tout sur soi) du managé s’il ressent une perte de confiance de la part de son manager », contrôler (« contrôle directement issu de l’exploitation des données de connexion du salarié »), contrôlercontrôle déclaratif : limiter le reporting à l’initiative du télétravailleur, en échange de l’engagement du managé de fournir un feedback régulier à son manager ») et contrôlercontrôle des résultats : nécessité d’un encadrement qualitatif en amont et en aval des résultats fournis »).

Tempérons : par accord collectif ou par décision unilatérale de l’employeur comme à GDF Suez, il serait possible de « limiter les heures de disponibilité du managé à distance ». Mais ces éventuelles dispositions seront de nul effet tant que le travail demandé sera déterminé par les résultats ; et que la désapprobation, les mauvaises évaluations ou/et les sanctions ne viendront pas briser le moral et la carrière de ceux qui ne sauront pas se rendre « disponibles ». D’autant que rien n’est prévu pour sanctionner le non respect par l’employeur d’un accord collectif ou d’une décision unilatérale de sa part.

Préconisation 28 : « Clarifier, par un accord d’entreprise, la question de l’imputabilité en cas d’accident du travailleur à distance »

C’est l’entreprise qui, par accord, va décider, à la place de la loi et de la sécurité sociale, si l’accident est ou non un accident du travail !

La solidité d’une telle « garantie » peut être appréciée par le critère d’imputabilité évoqué par le rapport (« que, par accord d’entreprise, soit levée toute ambiguïté en cas d’accident survenant pendant les plages horaires travaillées ») quand on le rapporte aux affirmations précédentes sur l’impossibilité de mesurer le temps de travail et sur l’addiction coupable des salariés qui ne peuvent s’empêcher de travailler en dehors des plages.

Préconisation 29 : « Inviter les entreprises à intégrer à leur politiques de rémunération la notion de reconnaissance des efforts d’adaptation des compétences et des qualifications au numérique »

Encore un peu plus de rémunération au « mérite ».

Le mérite de cette préconisation est l’exposé que fait le rapport des « composantes » de la rémunération : 1/ « nature de l’emploi détenu » : cela ne dit rien de la qualification du salarié ; 2/ « objectifs de performance » : cela ne dit rien de la qualification du salarié ; 3/ la « composante » supplémentaire souhaitée par le rapport (« efforts d’adaptation des compétences et des qualifications au numérique ») : cela ne dit rien de la qualification du salarié.

Après avoir évoqué les seuls dispositifs VAE, le rapport envisage de reconnaître les qualifications en proposant que ces dispositifs soient adaptés : « développement des tests ouverts en ligne délivrant des attestations de compétences etc... ». On a là le retour à la décision de la Commission européenne (JO des Communautés européennes du 29 février 1996) qui ne s’est pas entièrement concrétisée et qui visait, ni plus ni moins qu’à mettre au point une carte d’accréditation des compétences (skill accreditation card) : « l’accréditation et la validation des compétences » devant utiliser « un système de logiciels interactifs relié par un réseau (Internet) qui délivrera des tests interactifs sur demande, évaluera les résultats et validera le niveau testé. Ce niveau sera enregistré sur une carte personnelle et ces cartes personnelles deviendront le véritable passeport pour l’emploi.”. Rien à voir avec des qualifications collectives, tout à voir avec la mise en concurrence des « compétences » individuelles propice à la réduction des rémunérations.

Préconisation 30 : « Encadrer strictement l’usage des données relatives aux salariés »

Le rapport sur ce point commence par fournir un état des lieux instructif.

On y lit notamment que « Les entreprises disposent de plus en plus d’informations sur leurs salariés (courriels, messageries instantanées, appels téléphoniques, pages visitées…) comme sur les candidats à l’embauche. De plus, certaines entreprises mettent en place des capteurs susceptibles de leur apporter des informations sur les comportements de leurs salariés ».

On apprend avec intérêt l’usage qui est fait de ces « masses d’informations » grâce aux « HR analytics » : « recruter en analysant des millions de profils de demandeurs d’emplois et d’employés comme le proposent la société Kenexa, rachetée par IBM, ou encore LinkedIn » ; « modifier les critères de recrutement en intégrant des informations inédites (ex : l’évaluation par les pairs des développeurs), au-delà des diplômes et des parcours professionnels, comme le propose Gild » ; « analyser les comportements des salariés à travers leurs usages numériques afin d’améliorer l’efficacité de l’entreprise ».

Les questions qu’en tire le rapporteur valent réponses.

Passons sur l’audacieuse : «  cette collecte de données ne porte-t-elle pas en elle le risque de surveillance des salariés ? ».

Sur les pratiques de fichage de salariés en « score d’employabilité » : « le salarié peut-il avoir accès à ses données de « travailleur » tout au long de sa vie professionnelle pour connaître son score d’employabilité…», et, le cas échéant, pouvoir mieux se valoriser ? »

Le rapporteur, semblant ignorer le droit d’accès de salariés aux données nominatives les concernant, se pose ensuite la question de l’intérêt de cet accès pour « son profil sur les réseaux de type LinkedIn (nombre de consultations de son profil, par qui…) ? ».

La question de l’interdiction du fichage semble ne pas se poser, seul celle des limites du fichage et de la mise en compétition : « jusqu’où ces plateformes d’HR analytics peuvent-elles collecter, stocker et croiser des données ? ».

Enfin, après nous avoir informé qu’il existe déjà à côté d’auto-mesures personnelles hors travail [« quantified self mobilisé sur une base individuelle et dans une perspective de réflexivité personnelle (sur ses performances sportives, sur son sommeil…)»]  un « quantified self au travail (mesure de l’humeur par exemple) », le rapporteur, loin de succomber à la nausée, est d’avis que cela « soulève des questions sur le droit des salariés à obtempérer (une coquille…) à ce genre de mesure et à avoir accès aux résultats de ces mesures » avant d’en appeler à des « expérimentations ».

Retour à l’objet de la préconisation 30 : il faut quand même des « mesures de régulation ». Et de recommander une « disposition législative clarifiant l’usage des données concernant ou provenant des salariés, rendant notamment obligatoire la publication d’une charte des données salariés opposable dans chaque branche/entreprise ». En clair une loi qui dise que la loi sera faite par des « chartes » de branche et/ou d’entreprise, lesquelles chartes diront les limites souhaitables à l’usage qu’on pourra faire de toutes les données personnelles des salariés (tant sur eux-mêmes que sur leur activité).

Enfin, il apparaît au rapporteur que l’audace pourrait aller jusqu’à une « gouvernance avec des organisations syndicales » pour la « définition » et le « contrôle » de l’usage de ces données…

Préconisation 31 : « Intégrer les outils numériques dans le dialogue social »

La modernité va pouvoir « contribuer à l’allègement d’un certain formalisme dont est parfois emprunt (une coquille financière…) le fonctionnement des IRP ».

En effet, à l’inverse de la « négociation sociale » qui doit continuer à fonctionner avec les personnes en vrai («  privilégier la forme présentielle »), informer et consulter les représentants du personnel sans les avoir en face est un grand progrès si l’on y réfléchit bien : on pourra ouvrir « des espaces d’échanges entre salariés, leurs représentants et l’entreprise sur les différents grands sujets d’évolution de l’organisation du travail » (cause toujours) et se saisir de cette grande transformation numérique « comme une opportunité pour co-construire les enquêtes et permettre aux IRP de se consacrer pleinement à leur rôle d’analyse et de co-construction des réponses sociales au sein de l’entreprise ». Le rêve : des représentants du personnel amis, qui consacrent toute leur énergie à partager avec nous de doux moments de symbiose intellectuelle.

Préconisation 32 : « Favoriser l’accès aux outils numériques des partenaires sociaux »

Un complément de la préconisation 31.

La loi a prévu qu’un accord d’entreprise peut autoriser les organisations syndicales à diffuser publications et tracts par l’intranet ou par la messagerie électronique de l’entreprise.

Sous couvert de favoriser l’accès des « partenaires sociaux » à ces moyens numériques de diffusion, le rapport énonce plusieurs propositions tendant à le limiter : « La mise en œuvre de ces moyens de communications devra être clairement encadrée par un accord négocié avec la direction qui permettra notamment de définir les conditions de bon usage de ces outils (encadrement de la fréquence et de la taille des supports de communication)» ; « Les organisations syndicales devront aussi clairement identifier un ou plusieurs responsables de ces moyens de communication » (savoir qui incriminer) ; « ces outils pourront par exemple prendre la forme : d’un espace dédié sur l’intranet de l’entreprise avec possibilité d’abonnement des collaborateurs au(x) site(s) dédié(s) aux organisations syndicales (on saura qui s’abonne et les syndicats ne pourront plus contacter ceux qui ne seront pas abonnés) ; d’autres outils collaboratifs à définir (plateformes collaboratives d’échange etc…) ».

Préconisation 33 : « Développer au sein de l’entreprise une logique de co-construction et de co-innovation »

« La mission a constaté que les entreprises ayant adopté cet état d’esprit ont vu une meilleure adhésion à la transition numérique et ont gagné en agilité et en innovation, facteurs de performance économique et de qualité de vie au travail ».

Dites-nous comment faire pour mieux exploiter votre temps de travail, votre énergie et vos idées et vous gagnerez notre reconnaissance.

Préconisation 36 : « Mettre à l’agenda de la prochaine conférence sociale l’impact de la transformation numérique sur la vie au travail »

Le menu de l’agenda est aussi un bon résumé du rapport : « le partage desdits enjeux avec les partenaires sociaux ».

 

 

GLOSSAIRE (French translation of the managerial catechism’s language)

 

Big data : gros tas de données numériques gonfleur de PIB

Business model : ne pas confondre avec Business plan ; littéralt. Modèle d’affaires ; représentation synthétique des techniques d’extraction de profit (exemple : modèle dit de l’appât et de l’hameçon)

Business units : ne pas confondre avec Business areas ; littéralt. Unités d’affaires ; division formelle de l’entreprise en unités de Business model

Capteurs locaux : Managers planqués sous les ramures

Coach agile : manager subtil (je ne suis pas là mais je sais tout, voir définition précédente)

Co-construction : un synonyme de fayotage

Communauty buildings : lieux de travail pour plusieurs personnes

Convention collective (grille salariale) : mot grossier

Co-working : travail à plusieurs

Crowd-sourcing : mot valise ; littéralt. approvisionnement par la foule ; traduction moderne de sous-traitance, sans délimitation juridique (exemple : fonctionnement de Wikipédia et Google)

Crowd workers : travailleurs pauvres mais modernes

Déconnection : le cauchemar du salarié insouciant (« savoir se déconnecter est une compétence »)

Digital natives : Obélix du numérique ; se dit des personnes potentiellement unidimensionnelles car tombées à la naissance dans la marmite électronique

Digital pattern : taches graisseuses laissées sur le net par les télétravailleurs et analysées par le manager de proximité

Durées légale et maximales du travail : mots souvent grossiers, à manier avec dextérité

Empowerment : à l’origine, moyen de libération collective des dominés, désigne aujourd’hui l’effort de conviction et le sentiment qu’on est plus grand en levant le front ou, plus fréquemment la satisfaction souvent illusoire d’ « avoir eu son mot à dire » ; terme polysémique très en vogue dans la littérature managériale (en 1997 est paru un livre sur le self-empowerment des chiens)

Emprunt : mot dont la proximité avec « empreint » rend l’utilisation délicate

Ergostressie : concept flou (fatigues physiques et mentale + stress + plaisir) bien commode

Essaimage digital : se dit de l’envol de salariés, à la faveur de « dispositifs fiscaux incitatifs », vers une indépendance de statut suivi de leur atterrissage au sol

Feedback : Reporting régulier ; fait Larsen en cas d’excès

FOMO (Fear og Missing Out) : littéralement, “angoisse de manquer quelque chose” ; phénomène psychologique de rejet périodique et violent de la laisse numérique incorporée

Forfait jours : aux salariés le temps sans montre, aux chefs le chronomètre sans aiguilles

Freelance : Crowd workers en devenir

Front-end : désigne la partie émergée de l’iceberg informatique, ce qui est présentable et présenté au client

Groupement d’employeurs : regroupement d’employeurs pour éparpiller leurs salariés

HR : RH en anglais

Incubateurs : sorte d’œufs qui, lorsqu’ils sont « au sein des murs » de l’entreprise, peuvent donner quelque omelette

IM : Instant Messaging ; bavardage numérisé

Infobésité : version moderne du travail à la chaîne numérique

Manager de proximité : emmerdeur le moins éloigné

Lien de subordination : notion en cours de réécriture

Littératie numérique : concept sans définition consensuelle

Multitude : source de profits captée en dehors de l’entreprise

Nétiquette : normes de politesse sur Internet

Nodal (échelon) : lieu précis où se situe l’emmerdeur susévoqué ; point délicat à situation réversible (« le management de proximité étant l’échelon nodal des tensions dans l’entreprise…)

Nouvelles formes d’emploi : anciennes formes de précarité

Obergo : Observatoire du télétravail et de l’Ergostressie

Open spaces : espaces de travail ouverts aux regards managériaux mutualisés

Partage de salariés : voir groupement d’employeurs

Quantified self (au travail) : désigne en hommage à Sisyphe le travail de mesure permanente opéré par le subordonné qui se rachète après s’être vendu

Raisonnable : notion juridique prisée en Allemagne et reprise par la Cour de cassation ; désigne la mesure précise et idoine des dérogations à la loi qui peuvent être admises

Reconnaissance professionnelle : gage d’une augmentation de la productivité du travail (« une reconnaissance professionnelle forte peut contribuer à accepter une intensité de travail importante »)

Reporting : littéralt. action de rendre le rapport attendu à son chef ; profonde addiction managériale sans traitement curatif connu

Ressenti : fausse appréciation (« 95 % estiment que leur qualité de vie est meilleure, mais 61% ressentent une augmentation du temps de travail » ;

Risques psycho-sociaux : maladies socialement transmissibles par contact trop étroit avec le management

R.T.T (jours de) : littéralement Réduction du Temps de Travail, mais simple mode de répartition du temps de travail ; notion archaïque peu cohérente dès l’origine ; entendue aujourd’hui communément comme repos des privilégiés

Score d’employabilité : mode de quantification des salariés utilisée en toute discrétion dans des jeux pervers réservés à l’élite managériale

Self-employment : chômeur aventureux

Sentiment : fausse appréciation (« La transformation numérique peut être un facteur de stress au travail… en créant chez le salarié un sentiment de sollicitation permanente »; « plage de disponibilités » (sous la tablette, la plage)

Sérendipité : mot utile pour ne pas passer pour un plouc aux « Diners du Siècle » ; désigne une qualité des plus rares, à valoriser ; la développer permet de prévoir l’imprévisible et de programmer le hasard

Smart data: Big data orienté(e)s commerce

Squad : équipe de travailleurs libres sous coach agile

Télé-local : se dit d’un travail effectué dans un lieu plus ou moins proche du domicile

Télé management : contresens facile ; déplacement des managés, pas du manager

Télétravail : travail à domicile mais sans la télé.

Top management : le dernier échelon nodal

Travail nomade : notion trompeuse (mobilité externe fortement encadrée)

Vagues : phénomène naturel inéluctable ; « des vagues de risques psycho-sociaux » (sous la vague, le manager)

Vocation (à) : Désigne de plus en plus fréquemment une chose ou une personne destinée à disparaître de la vue ou de la circulation (« les personnes occupant des postes ayant vocation à disparaître »

Richard Abauzit  Gérard Filoche

 

Adresse de la gauche du PS motion B pour le CN du PS du 19 septembre

 

A GAUCHE POUR GAGNER /  Note d’analyse et de débat

Le 17 septembre 2015

Les conditions politiques du rassemblement

La récente lettre de Jean-Christophe Cambadélis « à la gauche et aux écologistes » a un mérite : elle interpelle l’ensemble de la gauche sur un processus d’émiettement lourd de conséquences. Elle décrit l’orage qui arrive.

On pourrait y voir une figure imposée du discours politique. Les défaites se sont accumulées, d’autres s’annoncent. L’injonction à resserrer les rangs vient naturellement… Nous prenons le sujet comme il doit l’être : au sérieux, pas simplement comme une tentative désespérée à la veille des élections régionales.

Il n’y a pour aucun parti à gauche de salut solitaire. Il n’y a pas non plus vers le centre de majorité de rechange. Enfin il (re)devient clair que le rassemblement de la gauche est indispensable pour retrouver les chemins de la confiance et de la victoire. Débattre de ses conditions est autrement plus urgent que de décider, seul, prématurément, de l’abandon de la stratégie de « front républicain », face au risque de voir le Front National s’emparer de plusieurs régions.

Mais si la dispersion peut en effet conduire à la disparition, la dispersion a aussi ses raisons que le Parti socialiste ne peut plus feindre d’ignorer ou de minimiser. La déception crée la dispersion.

On doit bien sûr regretter que des élus qui ont travaillé ensemble à la tête de collectivités locales ne fassent pas le choix de défendre ensemble devant les électeurs leurs bilans honorables, ou s’enferment dans un sectarisme dangereux pour la gauche toute entière. Plus grave, les dernières élections locales l’ont démontré sans fard : la déception nationale balaie les beaux bilans de proximité. On ne peut plus nier que le basculement opéré pendant ce quinquennat vers une politique d’inspiration sociale-libérale, tournant le dos aux engagements de la campagne de 2012, aggravent les fractures profondes qui se sont creusées au sein de la gauche française, et entre la gauche de gouvernement et son électorat.

Réduire ces débats sur la politique gouvernementale à des désaccords techniques et secondaires, ou les subordonner au combat commun sur les « valeurs » que la gauche doit mener face à la droite et l’extrême-droite, c’est passer à côté des conditions essentielles du rassemblement. Et probablement, se condamner à perdre aussi la bataille culturelle, car si le parti au pouvoir doit mener la bataille des idées, il est aussi jugé sur ses actes.

Personne ne nie aujourd’hui l’ampleur historique des problèmes posés par la réémergence du fondamentalisme religieux, par les désordres géopolitiques, par les grandes migrations et les nationalismes xénophobes. Mais ces enjeux sont inséparables de l’aggravation des inégalités, et d’abord des inégalités sociales. Au nom du présent, comme de l’histoire politique et intellectuelle de la gauche, il n’est pas concevable de renoncer à faire de la justice sociale le fondement principal de notre engagement. L’idée selon laquelle la question des valeurs constitue le clivage central de la vie politique française ne résiste d’ailleurs pas à l’analyse : la majorité des couches populaires et moyennes partage cette conviction que la politique de la gauche au pouvoir ne contribue pas à améliorer leurs conditions de vie et à résoudre leurs problèmes essentiels. C’est la raison principale des défaites récurrentes subies depuis mars 2014.

Ajoutons qu’une offre de dialogue ne saurait être un ultimatum entre soumission ou marginalisation. Ceci vaut pour les partenaires du parti socialiste comme en son sein.

Disons-le sans détour : la confiance – gravement sapée aujourd’hui par l’exercice du pouvoir sur le mode autoritaire et par la discipline imposée sans débat à la majorité- ne pourra être véritablement rétablie sans que s’opère en préalable, à l’occasion du budget 2016, une réelle inflexion de la politique économique et sociale du gouvernement. Les propositions adoptées presqu’unanimement par le Bureau national du PS en juillet dernier constitue la base de travail opératoire d’une négociation utile avec le gouvernement et nos partenaires de gauche : redonner du pouvoir d’achat aux classes populaires en amorçant une vraie réforme de justice fiscale, relancer l’investissement des collectivités publiques, soutenir mieux les entreprises qui investissent et qui embauchent.

Si cette étape était franchie, il deviendrait possible, à nouveau possible, de reprendre le chemin du rassemblement des forces de gauche pour reconstruire un projet politique commun à vocation majoritaire, offrant aux Français une réponse crédible aux grands défis économiques, sociaux, écologiques, et européens de la période. Il deviendrait même à nouveau possible, pour incarner ce mouvement, de discuter d’un processus de primaires de tous les progressistes pour la présidentielle.

Il n’y a pas de raccourci : tout autre chemin faisant diversion, toute tentation d’acheter « à la découpe » telle ou telle formation de la gauche seront – à juste titre – perçus comme des leurres et n’engendreront pas la dynamique attendue, face au « bloc réactionnaire » qui se consolide. Le pire est sûr : la crainte du Front national ne suffit plus à rassembler la gauche.

Oui, le PS doit se dépasser. Oui, il peut contribuer de façon majeure à la refonte d’un projet progressiste et majoritaire. Mais il doit pour cela sortir de sa torpeur et de sa passivité, retrouver son indépendance, renouer avec ses fondamentaux, rompre avec le conformisme libéral pour prendre à bras le corps les nouveaux défis. Il doit aussi se redonner une exigence démocratique, pas pour lui seul, pas dans le huis-clos dans lequel il s’est à nouveau enfermé. Mais pour rendre possible l’engagement du peuple de gauche, de syndicalistes, de militants associatifs, d’intellectuels ou d’artistes, et d’abord la participation de citoyens motivés, qui ne viendront pas au secours d’un appareil muré dans ses certitudes. Cette « grande gauche » n’a pas disparu, elle attend une offre crédible.

Notre première tâche sera donc de défendre sans relâche au cours des semaines qui viennent les orientations de politiques économiques et budgétaires qui nous ont réunis au cours des derniers mois. C’est un nouveau test en grandeur réelle du respect des engagements pris, et de l’utilité de notre parti quand le suffrage des citoyens lui confie l’exercice du pouvoir.

(Texte  de la motion B en contribution au débat du conseil national du PS du 19 septembre 2015)

 

D & S N°227 vendredi 23h

 

edito de D&S n° 237 sept 2015

La désunion de la gauche fera perdre ! Pourtant l’unité reste possible !

C’est une chute en cascade : la politique droitière du gouvernement entraine une division de la gauche, qui entraine une abstention massive des électeurs de gauche. La déception crée la dispersion, la dispersion amène à la disparition. Ce qui suffit à faire le jeu d’une droite qui gagne en pourcentage, sans gagner de voix en chiffre absolus. Alors que le pays est majoritairement de gauche, c’est le FN qui arrive en tête… par défaut.

Il suffirait de ne pas se contenter de la lettre « à la gauche et aux écologistes » de J.C. Cambadélis qui appelle au secours, fait la morale, insiste sur « les valeurs », décrit la catastrophe imminente… mais ne donne aucun moyen de la conjurer.

Oui il faut accueillir les refugiés. Mais il faut remplir l’assiette de nos concitoyens. Il faut reprendre à la finance les centaines de milliards qu’elle détourne et redistribuer les richesses.

Il suffirait de prendre acte de la situation : le rassemblement de la gauche est fondamental pour sauver la fin du quinquennat et l’élection qui le termine. Pour cela, il faut en appeler à une conférence ouverte et non pas à un discours fermé. Invoquer les valeurs et la République ne suffit évidemment pas : c’est la question économique et sociale qui est décisive. Il faut dire qu’on « ouvre le débat ».

La victoire de Jeremy Corbyn témoigne que l’attente est à gauche en Grande Bretagne. Mais en France aussi !

Depuis 2012, il y a 1,3 million de chômeurs de plus, les inégalités se sont aggravées, la misère s’est accrue, les richesses se sont concentrées, il reste 18 mois pour changer la donne, ensemble.

Le Bureau national du PS le 27 juillet a ouvert la voie d’un autre budget 2016, cela pourrait être une base pour aborder la discussion avec toute la gauche, à condi- tion, bien sur, d’écouter nos partenaires et de prendre en compte équitablement, raisonnablement, démocratiquement leurs programmes.

Là où il y a une volonté d’accord, il y a un chemin. Ouvrir des réunions non stop avec la volonté d’aboutir et on aboutit. Et ca change tout. Une majorité rose rouge verte, créerait une dynamique nouvelle. Et ça remobiliserait nos électorats massi- vement dés les régionales, stoppant ce désastre des listes multiples, dispersées, rejetées. Il est encore temps !

Il deviendrait même possible, pour incarner ce mouvement, de discuter d’un processus de primaires de toute la gauche pour la présidentielle. Avec une plateforme de gouvernement commune, on stoppe la course aux candidatures : les électeurs départageront le ou la meilleure candidate pour défendre précisément cette plate forme – démocratiquement.

L’unité de la gauche est une volonté, elle n’impose rien à personne, ce n’est pas un alignement, ni un ralliement, mais la recherche et la construction d’un accord sur un programme qui ne saurait être libéral, ni marginal mais bâti au cœur de la gauche.

Pour que vive la gauche unie ! Pour une république sociale !


 

La gauche grecque désunie va t elle perdre ou gagner dimanche ? suspense ce soir

Une gauche grecque désunie

Stéphane Aubouard
Jeudi, 17 Septembre, 2015
L’Humanité
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AFP
Représentant à eux tous environ 10 % de l’électorat, les partis de la gauche grecque autres que Syriza partent dispersés, favorisant le brouillage politique malgré des analyses et des objectifs souvent communs.

Athènes (Grèce), envoyé spécial.

Alors que les parcs et ruelles proches de la place Omonia recueillent dans l’ombre quelques centaines de réfugiés afghans et syriens, la campagne des législatives débarque à son tour dans ce quartier populaire du centre d’Athènes. Ici, la gauche a souvent l’habitude de faire entendre sa voix. Il y a neuf mois, Alexis Tsipras, alors candidat de Syriza, y enflammait une dizaine de milliers de partisans venus entendre son dernier discours avant d’être élu premier ministre.

Mardi soir, c’est un de ses lieutenants de l’époque, Zoé Konstantopoulou, elle aussi présente le 23 janvier à Omonia, qui s’est exprimée devant une foule fervente quoique clairsemée. Celle qui fut entre-temps présidente du Parlement n’a perdu ni de sa voix ni son verbe : « Voulez-vous une politique d’austérité ? » crie-t-elle à la foule. « Oxi » (non), répond celle-ci, « Voulez-vous d’un nouveau mémorandum ? » « Oxi », clame encore le public. « Voulez-vous une politique qui ne respecte ni les droits de l’homme, ni ceux des réfugiés, ni la démocratie ? » « Oxi, Oxi, Oxi ! » L’impression de déjà-vu est patente à une différence notable près : les drapeaux rouges, verts et violets de Syriza qui flottaient l’hiver dernier dans la nuit athénienne, ont été remplacés par ceux, jaunes et rouges, d’Unité populaire, le nouveau parti créé dès juillet par l’ex-ministre de la Production et de la Reconstruction d’Alexis Tsipras, Panagiotis Lafazanis.

 

« Nous nous sommes sentis profondément trahis »

Au lendemain de l’accord extirpé de force par Bruxelles au gouvernement grec. Parmi les militants présents mardi soir, Myrto Abecassis, designer au chômage, défile une pancarte à la main sur laquelle deux phrases sont inscrites. « Il faut annuler la dette et arrêter de payer pour rien ! voilà la première idée », explique la jeune femme d’une trentaine d’années. « En dessous, il est écrit que nous ne sommes pas les membres de cette Europe qui ne veut pas des réfugiés », reprend-elle, désignant au loin, derrière la foule les quelques tentes de fortune installées sur les trottoirs. À ses côtés, Theodoris Patastzis, rédacteur pour le journal les Travailleurs de gauche, lié à Unité populaire, veut garder le moral. « C’est très dur de recommencer de zéro, mais nous nous sommes sentis profondément trahis », justifie ce quinquagénaire. « Je suis sûr qu’on fera quand même plus de 3 % et qu’on rentrera au Parlement », espère-t-il.

 

Nationaliser et renforcer 
les secteurs stratégiques

Nasos Papastanis, éducateur dans une banlieue d’Athènes, le rejoint un programme à la main. « J’étais moi-même militant de Syriza pendant des années », commence celui-ci. « Mais la signature de ce troisième mémorandum m’a montré le vrai visage de cette équipe dirigeante qui a effacé notre programme pour y inscrire celui du Pasok ! s’indigne l’homme d’une trentaine d’années. Du coup, nous le reprenons à notre compte en l’améliorant : d’abord sortir de la prison de la zone euro ; ensuite annuler les mémorandums ; nationaliser des secteurs stratégiques ; renforcer le secteur public et enfin porter une vraie politique humaniste d’accueil des réfugiés ».

Un programme relativement proche d’autres partis de la gauche grecque qui, en dehors, de Syriza pèsent à eux tous (Unité populaire compris), environ 10 % de l’électorat. Parmi eux, Antarsya (Coopération anticapitaliste de gauche pour le renversement), dont la moitié des membres auraient déjà rejoint Unité populaire, et qui peuvent prétendre atteindre les 1 %, d’autres petits partis d’extrême gauche, mais aussi et surtout le KKE (Parti communiste de Grèce), formation historique de la gauche anticapitaliste hellénique. « Le problème est que le KKE ne veut pas de nous », reprend Nasos Papastanis. « Comme Tsipras, j’ai été membre de ce parti dans ma jeunesse, mais leur seul horizon politique se fait à l’intérieur du parti, comme l’Alpha et l’Omega de toute révolution socialiste. Lafazanis a bien tenté une alliance dès le départ. » Sans y parvenir.

Lire aussi :

Elias Nikolakopoulos « Les indécis qui ont voté Syriza en janvier ont la clé du scrutin »

 

 

Commentaire : à l’opinion de D&S et a la mienne, il ne fallait pas signer le  nouveau memorandum de schauble le 13 juillet, c’était impossible et intolérable vu le vote du peuple grec du 5 juillet. Mais Tsipras en a jugé autrement. Le pire ensuite sst la division qui en résulte, car elle réjouit les droites européennes. Donc, après, il fallait gérer autrement les conséquences de la signature dictée brutalement par Schauble et cie. Il eut été possible de rester dans un même parti avec droit de tendance, car s’il y avait désaccord sur la signature du 13 juillet, les analyses de fond en général et celle du memorandum étaient les mêmes. Sans la scission Syriza gagnait à coup sur, là c’est douteux à I/2 point près. Avec une majorité de gauche le rebondissement était possible, la bataille de l’application du memorandum continuait, mais avec ND, la droite, on sait comment elle se jouera. Des électeurs massivement en accord avec Unité populaire vont voter Syriza pour que ND ne revienne pas, ce qui ne rendra pas le mandat clair pour autant. GF

Projet d’appel pour la jeunesse : refus de la précarité des 3 CDD introduite dans la loi Macron

 

Y aurait il cent jeunes des 100 départements du pays pour lancer un appel de ce type ?

unité

y aurait il des organisations, associations, syndicats de jeunesse pour s’unir et engager ce combat ?

il s’agit d’un nouveau CPE comme celui qui a été battu en 2006, il est resservi par un article de la loi Macron contre la jeunesse en 2015,

ne pas le laisser passer (si accord sur texte répondre à gerard.filoche@gmail.com )

 

 

3 CDD =18 mois = 545 jours

la précarité des jeunes,

dictée par la loi Macron

Il y a deux ans seulement (lors de l’accord national interprofessionnel du 11 janvier et la loi du 14 juin 2013), il était encore question de lutter contre la précarité des jeunes au travail.

L’idée était même de taxer les CDD (contrats à durée déterminée) pour dissuader les patrons d’en user.

La dernière loi Macron fait le contraire : elle fait un tournant à 180°, elle organise la précarité des jeunes au travail. Au lieu d’un CDI, elle prévoit trois CDD.

C’est comme le CPE de 2006 (contrat première embauche que Chirac a dû abroger devant les manifestations de centaines de milliers de jeunes), mais c’est sur 18 mois.

Trois CDD consécutifs sont maintenant possibles pour les jeunes. Ça n’a pas de sens, ça ne fera pas davantage de boulot. C’est une brimade anti-jeunes, qui précède son extension à tous les âges.

Le CPE de 2006 c’était la menace d’être viré sans motif pendant 24 mois. Avec la loi Macron on peut désormais être viré trois fois en 18 mois, sans motif, ou bien pris trois fois selon le bon vouloir du patron, à la tête du jeune, sans justification.

80 % des jeunes sont embauchés en CDD, 20 % en CDI (durée indéterminée), en flux, alors que 85 % des contrats en stock sont des CDI : c’est une discrimination par l’âge, pas une contrainte économique.

STOP !

Je ne veux pas apprendre après 545 jours que je ne fais pas l’affaire

545 jours à être moins payé

545 jours à taire les problèmes rencontrés

545 jours à espérer en vain

545 jours pour apprendre que je ne suis plus rien

Alors, je dis STOP à ce mauvais coup de la loi Macron, qui en cache tant d’autres.

Abrogez les trois CDD consécutifs !

Abrogez la précarité spécialement organisée pour les jeunes !

Nous appelons à la mobilisation pour imposer le retrait des 3 CDD

introduits par la loi Macron !

La CGT fait campagne : en route vers les 32 heures

UL CGT Dieppe 32 heures, Temps de travail & RTT Aucun commentaire

11 sept. 2015

En route vers les 32 heures

La CGT lance une campagne ne faveur de la réduction du temps de travail. La revendication des 32 heures de travail hebdomadaire correspond plus que jamais aux besoins de notre temps.

Lu dans « Ensemble« , le mensuel des adhérents de la CGT, reçu gratuitement par eux.

L’idée peut paraitre incongrue au moment où les 35 heures sont remis en cause, à l’Hôpital par exemple. Pourtant malgré les difficultés réelles rencontrées par les entreprises et les services, au moment du passage de la durée légale à 35 heures, dans le domaine de l’organisation du travail, la réduction du temps de travail répond à une aspiration des salariés et constitue une solution de sortie de la crise, essentielle dans la période que nous vison. L’idée est juste socialement et efficace économiquement.

Juste socialement parce qu’elle permet aux salariés de profiter des gains de productivité engendrés par leur travail. Puisqu’on produit plus et mieux en moins de temps, pourquoi ne pas travailler moins, en effet.

Dans ces conditions, l’application des 32 heures s’entend évidemment sans perte de salaire, sinon il s’agit du travail à temps partiel revendiqué par Pierre Gattaz, le patron du Medef (32 heures payées 32).

Contrairement à une idée trop souvent répandue, les Français ne travaillent aujourd’hui pas moins que leurs collègues européens. Si l’on prend en compte le travail des salariés exerçant à temps plein et à temps partiel, les Français travaillent 35,6 heures par semaine, soit davantage que leurs collègues allemands (34,3 heures), suédois (35,1 heures), danois (34,3 heures), ou néerlandais (31,7 heures).

Efficace économiquement, ensuite, quand certains se tuent au boulot , alors que d’autres en manquent cruellement. Le bilan d’application des 35 heures rappelle que la France a créé 2 millions d’emplois: la Dares et l’Insee en attribuent 350 000 à l’effet 35 heures. Contrairement encore aux affirmations de certains, la mise en oeuvre des 35 heures n’a pas dégradé la productivité des entreprises. Les gains de productivité engendrés par la réduction du temps de travail ont été évalués entre 4% et 5% par l’Insee. Si l’on y ajoute le gain des allégements de cotisations sociales pour les entreprises, la hausse du coût salarial engendré par la réduction du temps de travail a été également compensée.

Ce bilan plaide pour que notre pays franchisse, quinze ans après l’application des lois Aubry sur les 35 heures, une nouvelle étape de la réduction du temps de travail.