Intervention BN lundi 14 septembre 15 : Blair, l’austérité, Corbyn et l’avenir

 

Cher Henri,  tu viens de nous dire en substance que ce qui vient d’arriver au Labour party ne peut arriver ici en France, parce qu’à la différence de la politique suivie par Tony Blair, le gouvernement français actuel ne conduit pas une politique d’austérité.

Si Jérémy Corbyn a gagné, « en dépit de son absence de charisme et alors qu’il est mauvais orateur », tu dis que c’est parce que le retour de balancier est d’autant plus profond que la politique droitière de Blair l’a été. Et tu ajoutes, selon la comparaison du Dr Philippe Marliére, depuis Londres,  dans le Monde de ce soir, soulignant que la victoire de Corbyn, c’est la même chose que si, soutenu par D&S, je devenais le premier secrétaire du PS français, ça n’arrivera pas selon toi, à cause de cela : parce qu’il n’y aurait pas d’austérité en France et qu’à cause de cela je perdrais (bien que me faisant l’honneur de préciser, que moi je suis bon orateur et que j’ai du charisme… ).

Mais Henri, 1,3 million de chômeurs de plus depuis juin 2012, c’est la plus terrible des austérités ! C’est la souffrance pour 3 à 4 millions de membres de leurs familles. C’est rien dans les assiettes, rien dans leur vie. Depuis que nous sommes au pouvoir, les inégalités se sont terriblement creusées et des millions de nos électeurs le ressentent cruellement. La moitié des 14 millions de retraités a moins de 1000 euros. Ils regardent à la fois les riches et Pujadas à la télé, et ils savent que c’est un monde fermé pour eux. On n’a fait aucune loi pour empêcher ce voleur de Michel Combes, qui encaisse 14 millions d’euros de primes, et qui va en recevoir autant, 14 autres millions de golden hello dans la nouvelle boite où il entre, Numéricable. 14 millions ! Tout le monde l’entend, et on laisse faire ! Pire la loi Macron a défiscalisé en partie cette opération et a allégé l’entreprise de ses cotisations patronales sur cette prime. On n’a même pas essayé de faire le début d’une loi pourtant souvent évoquée sur le salaire et revenu maxima. Qui croit une seconde que ces gens là qu’ils vont se réguler eux mêmes ?  La misère s’est accrue dans tous les domaines avec ce chômage. :9 millions de pauvres, et 6,1 millions de chômeurs au total ! Y’a pas d’austérité ?

Et les restrictions budgétaires ferment les espoirs de changement, il en est question, 3,3 % de déficit, 0,5 % de « dépenses publiques » en moins, encore pour 2016 : quand Manuel Valls enlève 9 à 11 milliards aux collectivité territoriales, ca fait des ravages, moins d’investissement, moins de travail, moins de protection, tout se resserre, il suffit d’aller dans le Jura, j’en reviens, pour entendre parler des conséquences lourdes et concrètes dans la bouche de tous les élus, les maires, les conseillers, les associations étranglées partout, toutes leurs activités diminuées…Même notre candidate, désormais Franche-Comté, Bourgogne, a du mal a faire campagne, comment convaincre et gagner avec moins de moyens, en justifiant les budgets abaissés, sauf pour les aides inconditionnelles aux entreprises  ? Quand le gouvernement enlève 9 milliards au budget de la Sécurité  sociale, les conséquences dans les hôpitaux, les soins sont énormes aussi, suppression de postes, fermetures, alors qu’il faudrait embaucher partout. Quand il est enlevé 8 à 9 milliards au fonctionnement et aux fonctionnaires, alors qu’il faudrait faire de l’emploi public, ça se ressent dans tous les services. Les salaires sont gelés, le point d’indice l’est depuis 6 ans. L’activité tourne à 70 % des capacités productives parce que l’argent va aux banques et à l’économie casino au lieu d’aller à l’investissement. Les carnets de commande sont vides tandis que la politique de l’offre nous met dans la main des patrons qui encaissent puis licencient. C’est ça l’austérité et elle est terrible. On fait comme ce qu’a fait Blair ! Il vaudrait mieux faire du Jérémy Corbyn que de le dénigrer.

Alors on défend l’accueil des réfugiés, parfait, bravo, on mène une campagne idéologique nécessaire et courageuse, et on explique pourquoi cet accueil doit être fait. Bravo encore ! j’ai vu de bonnes émissions de télé sur l’histoire, depuis les réfugiés espagnols jusqu’à nos jours. Mais pendant qu’on attire l’attention de nos concitoyens sur ceux qui sont plus pauvres qu’eux…  on casse leur code du travail. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit avec les rapports Combrexelle et Mettling. De même on trouve 77 000 logements pour « accueillir », bien, mais ils étaient où, avant ces logements ?

Jean Christophe appelle à l’unité et tactiquement affirme qu’on ne fera pas de front républicain aux régionales avec l’UMPIR « à cause des valeurs ». C’est un changement de pied, car ça va mal dans les sondages.

J’entends, Henri, que tu dis que c’est le combat central sur « les valeurs » parce que « sur les questions économiques et sociales il ne peut pas y avoir d’accord avec nos partenaires de gauche ».

Mais ça, c’est incroyable, car sans satisfaire les questions sociales, il n’y a pas de victoire possible. Ni aux régionales, ni en 2017. On ne remplacera pas le pain par des idées. C’est le pain, c’est ce qu’il y a dans les assiettes qui compte ! Nos électeurs veulent du bien être concret, du boulot, du salaire, pas seulement de beaux discours sur la République et la morale. Ils se méfient des phrases. Surtout des notres. Elles sonnent creux pour eux. Ca ne sert à rien d‘appeler à « l’unité » sans changer la politique du gouvernement parce que ça ne peut tout simplement pas se faire.

Henri, même si tu avais raison contre moi sur l’austérité, qui serait prétendument plus modérée qu’en Grèce ou en Espagne ou du temps de Blair, peu importe après tout car ce qui compte c’est le ressenti, la « preuve du pudding » c’est comment il est mangé, nos électeurs ne votent plus pour nous parce qu’ils ne reçoivent rien de nous, sauf des coups comme les reculs des services publics, sur l’emploi, les retraites, les pensions, les salaires et maintenant, encore, le code du travail. Si nos partenaires s’assemblent contre nous et hors de nous, c’est pour cela : le fossé se creuse, avec la base sociale de la gauche et la notre aussi !

Parce que ce n’est pas vrai que la France se droitise ! La droite gagne en perdant des voix ! Elle gagne en pourcentage mais pas en voix ! Nos électeurs ne vont pas du tout vers elle, ils s’abstiennent.

Nous avions tout, PR, AN, Sénat, villes, départements, régions, c’était une formidable poussée et demande à gauche, il y a 3 ans a peine. Il n’y a pas eu renversement d’opinion, ce qu’il y a eu c’est un renversement de notre politique. Tu dis Henri, « on ne va pas  faire l’unité en abandonnant notre programme pour nous rallier à celui du front de gauche, d’ailleurs les électeurs ne plébiscitent pas le front de gauche ».

C’est sur, jusque là, le FDG ne gagne pas de voix, mais ne fais pas, Henri, comme si c’était rassurant, car NOS électeurs socialistes, ceux qui votent pour nous depuis des décennies, en effet, ne vont pas ailleurs, ils nous sont fidèles, ils ne vont pas à droite, ils ne vont pas au FDG surtout quand Mélenchon polémique contre nous, il ne les attire pas, mais ils s’abstiennent massivement et c’est ce qui nous fait battre depuis quatre élections. Et la prochaine…

Et puis quel notre programme ? Ce choix soudain urgent de casser le code du travail ? Le contrat qui l’emporte que la loi ? Le corporatisme contre la République ? C’est pas du tout une bonne « valeur « ça : affaiblir le code du travail, c’est affaiblir la République. Le rapport Combrexelle ? Bien sur que non, notre programme, on l’a tous voté en 2011 c’était de « reconstruire le code du travail « pas de l’affaiblir ! D’où ça vient cette lubie anti code du travail ? Rien ne la justifie, rien ! C’est ubuesque.

Ca sert à permettre à la riche Daimler, Smart, de surfer sur la dernière idée du gouvernement pour s’aligner sur le Medef en cassant les 35 h, en terrorisant les salariés sur leur emploi, pour leur faire accepter de renoncer à l’ordre public social, en faisant 39 h payées 37. Et les salariés résistent, 61 % des ouvriers ont voté contre même si les cadres ont voté pour ! Et Valls fait une conférence de presse pour abonder sur le fait qu’il faut assouplir le code pour le compte de ce genre de patrons cyniques et rapaces. Il défend « l’entreprise étendue » « ubérisée » « macronisée » du DRH d’Orange, Mettling, le réseau informel de prétendus indépendants non salariés, sans horaire ni salaire ni droits du travail. L’usine à gaz Combrexelle, anti 35 h, est illisible, mille fois plus que le Code du travail ! Le rapport Mettling repris par Valls, c’est l’offensive pas seulement contre les salaires mais contre le salariat ! Pour plaire a un Medef obtus. Ca va même a contrario de ce qui vient de se passer en Californie et a Washington sur la régulation de la sous-traitance ! Et tout cela pour nous c’est du suicide !

L’idée d’adapter le code du travail aux entreprises, c’est le contraire de ce qu’on a fait depuis 1906 et 1910 : car le progrès depuis un siècle c’est de forcer les entreprises à s’adapter au code du travail, aux droits de humains qui produisent.

Il faudra analyser, expliquer comment et pourquoi un grand parti comme le notre se suicide.

Comment et pourquoi à deux mois des élections, il annonce le chantier de casse du code du travail ? Ce n’est pas « notre » programme ça ! Jamais ça ne l’a été ! Il y a peu on défendait le contrôle des licenciements pas leur facilitation ! Il y a peu on combattait la précarité on n’autorisait pas 3 CDD de suite pour les jeunes !

Alors au nom de la morale républicaine, en appeler aux Verts au FDG, etc, pour l’unité, en les mettant au pied du mur, ça ne fera surement l’unité, l’unité rose rouge verte tant nécessaire de la gauche ! Les militants de gauche ne le veulent pas, ils nous tapent dessus, j’ai été immergé deux jours à la Fête de l’Humanité, et je ne parle pas là des dirigeants, j’ai parlé à plus de mille personnes, désespoir division, haine, tout va mal.

Il la faut pourtant, cette unité sinon on perd tout, mais c’est comme si on faisait tout pour qu’elle ne se fasse pas ! Pour la faire, il faut ouvrir, il faut accepter de discuter justement notre programme, ne pas s’enfermer dans la ligne anti sociale actuelle ! Disons le : qu’on « ouvre » enfin, qu’on se met autour d’une table et qu’on va trouver une plate-forme, quatre ou cinq points communs, reforme fiscale,  reforme bancaire, salaires, durée du travail, redistribution des richesses et alors ça se présentera mieux. Ca sera un grand espoir, une dynamique ! Mais doublement mettre au pied du mur, nos partenaires, ne pas discuter, leur faire la leçon, et aggraver un cours anti social, c’est du suicide !

C’est bel et bien l’austérité qui nous met mal, Henri, et qui empêche l’unité demandée par la lettre de Jean Christophe, et cela  quelque soit ta perception du sens de la victoire de Jeremy Corbyn, victoire dont je me réjouis !

 

Agenda GF en cours, réalisé et à venir fin 2015

Agenda Gérard Filoche 2° semestre 2015

Tous les lundis 18 h : BN du PS

Lundi 17 août : les Grandes Gueules sur RMC 12 h 12 h 40

Jeudi 20 août : Sud radio : les Sms de pole emploi 13 h 30 14 h

Samedi 22 août 9 h : Europe1 à 9 h : 10’ sur la rentrée

Mardi 25 aout : Sud radio le CICE  de 10 à 11 h

Mardi 25 aout : France info sur Valls et la rentrée

Jeudi 27 août : Marennes 16  jeudi 13 h 30 14 h sud radio

Vendredi 28 et 29 août : La Rochelle 17 samedi 10 h atelier GF vendredi matin 10 h 11 h sud radio vendredi soir 23 h BFM

Lundi 31 août 10 h 10 h 45    12 h LCP  Europe 1 code du travail – 18 h 18 h 30 LCI : la rentrée politique + Russia today.

Mardi 1er septembre : Itélé décryptage 23 h

Mercredi 2 septembre : Sud radio  13 h 35 – 14 h ITV Grazia

Jeudi 3 septembre : foire de Chalons sur Marne 10 h 30 à 16 h

Dimanche 6 septembre, fête de la rose à Saint-Didier Dole 12 h 20 h (39)

Lundi 7 septembre : Skype direct avec Berlin

Mardi 8 sept 13 h 10  France inter

Mercredi 9 sept  I télé  12 h 30 et 13 h 05 pour deux fois 6 minutes

Jeudi 10 septembre  France culture 8 h 15 – 8 h 40

Jeudi 16 h 30 : LCP enregistrement : émission 45’ diffusée le samedi 12 septembre à 22h en première diffusion, le dimanche 13 septembre à 18h, le lundi 13 septembre à 17h15, le samedi 19 septembre à 15h15 et le dimanche 20 septembre à 10h. L’émission sera aussi sur le site internet publicsenat.fr

Arte jeudi 17 h 45 passage à 20 h 10 dans « 28″

Vendredi 11 septembre : France bleu  12 h 05  12 h 20  + sud radio 13 h 50 a 14 h

Samedi dimanche 12 et 13 septembre : Fête de l’Huma + là-bas si j’y suis samedi 14 h

Mardi 15 septembre, 19 h tournage documentaire sur droit du travail

Jeudi 17 septembre : Fédération santé CGT, LDJA Montreuil 93 – a m à Tours

Samedi 19 septembre : Fête PS à Billère 64 + CN du PS

Mardi 22 septembre 2015 : Amd de Lyon 69 (110)

Jeudi 24 septembre 14 h 30 : BdT de Paris, Groupama (70)

Samedi 26 septembre : séminaire MLG + Fête de l’UD-CGT de Strasbourg 67

lundi 28 septembre : 20 h 30, UD CGT 31 Toulouse Bourse du travail, code du travail

Mardi 29 septembre : EDF RTE Dives-sur-mer

Du 1er octobre au 14 octobre, en voyage

Mercredi 14 octobre au soir : CGT Malakoff

Jeudi 15 octobre : 20 h 30 Yvelines

Vendredi 16 octobre : procès de Laura Pfeiffer à Annecy 73

Mardi 20 octobre : Verrières Attac 78

Mardi 21 octobre : CFDT Wittenheim 68

Jeudi 22 octobre : 17 h 21 h CGT Angoulème 86

Vendredi 23 octobre : CGT Marseille

Jeudi 29 octobre : 18 h 30 université citoyenne de la Courneuve 93

Mardi 3 novembre : UD CGT Vaucluse : Sorgues, formation code du travail

du 2 au 12 novembre : Martinique

Vendredi 13 novembre : Florange

Mardi 24 novembre : Montreuil : EDF CGT Emergences CHSCT

Mercredi 25 novembre : Rouen : université souvenir 68

Vendredi 27 novembre : cercle à St-Chamond 42

Var UD CGT : date a fixer

Abbeville ?en fevrier

Bernay ?en janvier

La triomphale victoire de Jeremy Corbyn nouveau leader du Labour party

« Jeremy Corbyn, nouveau leader du Labour, va perturber la gauche européenne »

LE MONDE | 13.09.2015 à 18h11 • Mis à jour le 14.09.2015 à 14h17

Le nouveau président du parti travailliste, au lendemain de son élection, dimanche 13 septembre.

Nouveau leader du Labour

Jeremy Corbyn va perturber la gauche européenne

Par Philippe Marlière

Nous reproduisons un article paru dans Le Monde avec l’autorisation de son auteur Philippe Marlière (professeur de sciences politiques à University College London).

Quelle sera la portée de l’élection de Jeremy Corbyn à la tête d’un des plus grands partis sociaux-démocrates européens ? Nul ne sait dans quelle mesure le nouveau leader travailliste parviendra à mettre en œuvre son programme qui comporte deux axes principaux : d’une part, redonner la parole aux militants ; de l’autre, rompre avec les politiques de démantèlement de l’Etat social. Corbyn n’aura pas la tâche facile : il devra faire face à l’hostilité affichée d’une large majorité de députés travaillistes, aux tentatives de déstabilisation de la bureaucratie partisane et aux attaques virulentes de la presse tabloïd, qui fustigera le retour d’un « dinosaure » du socialisme des années 1970.

Il serait hasardeux d’en conclure que la victoire de Corbyn va déboucher sur une crise profonde et son éviction rapide du poste de leader. Le député d’Islington n’est pas un candidat banal. Il est issu de l’aile gauche travailliste regroupée dans le Socialist Campaign Group qui compte actuellement neuf députés. Ce groupe entretient d’étroites relations de travail avec Unite et Unison, les deux principaux syndicats britanniques qui ont soutenu la candidature de Jeremy Corbyn. Pour bien comprendre le déroulé de cette campagne étonnante, il faut imaginer ce que serait en France le pendant de la situation britannique : Gérard Filoche recevrait l’investiture de son courant, Démocratie & Socialisme ; soutenu par la CGT et FO, il serait ensuite élu premier secrétaire du Parti socialiste par les députés, adhérents et sympathisants socialistes.

Un discours apaisant

Corbyn détonne dans le monde de la gauche européenne dans un autre registre : il s’est présenté à cette élection parce que ses camarades le lui avaient demandé, car « c’était son tour ». Il ne s’y est pas « préparé » en publiant des livres ou en faisant le tour des plateaux de télévision pour faire son autopromotion. Non, il y est allé, par sens du devoir, presque malgré lui. Et c’est là que réside la clé du « miracle Corbyn ». Le travailliste n’est pas un candidat, mais il est un mouvement. C’est le porte-parole « des gens ». Ni tribun ni démagogue, il fait mentir l’idée selon laquelle s’opposer, c’est « cliver » ou élever le ton de la voix. Corbyn s’oppose fermement, mais avec clarté et calme, et cela plaît au public.

Devant les journalistes, il déclare qu’il s’adresse à la Grande-Bretagne multiculturelle et multiethnique ; aux jeunes et aux vieux. Ce discours apaisant mobilise : un nombre impressionnant de jeunes, d’ex-militants, d’individus issus des minorités ethniques et des milieux populaires vient d’adhérer au Parti travailliste. Ce sont ces catégories mêmes qui, en général, désertent les partis de la gauche radicale ou sociale-démocrate.

Que Jeremy Corbyn ait voté un nombre record de fois contre les gouvernements Blair et Brown n’est pas considéré comme un comportement déloyal, mais comme la marque de son intégrité politique. A la Chambre, en juillet dernier, il fut le seul des candidats travaillistes à voter contre de nouvelles mesures d’austérité conservatrices. A cette occasion, il a de nouveau pris à contre-pied ses concurrents travaillistes en donnant une interprétation différente de la défaite d’Ed Miliband. Corbyn a expliqué que son prédécesseur n’avait pas été trop à gauche mais indécis, c’est-à-dire qu’il avait envoyé des signaux contradictoires à son électorat qui ne s’est donc pas mobilisé.

Tendre la main à toute la gauche

Avec Jeremy Corbyn, le Parti travailliste va tendre la main à l’ensemble de la gauche : sociale-démocrate, verte, nationaliste (SNP et Plaid Cymru) et radicale. En Europe, il s’adressera aussi aux dirigeants du Front de gauche, de Podemos ou de Syriza. Il ambitionne de construire un front anti-austérité avec tout le monde. On n’entendra pas Corbyn pérorer sur les notions de « souveraineté nationale-populaire », mais il tentera d’œuvrer concrètement à la construction d’un mouvement contre l’hégémonie néolibérale au sein des institutions communautaires. En socialiste conséquent, il sait que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne ferait pas disparaître par enchantement au niveau national les structures de domination capitaliste.

En réalité, ce sexagénaire sans charisme est le grand perturbateur des gauches sociales-démocrates et radicales, engoncées dans leurs certitudes droitières et gauchistes. Il vient en effet de donner un coup de vieux aux néolibéraux qui dirigent les partis sociaux-démocrates. Il a montré qu’on pouvait être populaire auprès de l’électorat en faisant des propositions anti-austérité : renationalisation des chemins de fer, augmentation de la masse monétaire (quantitative easing) pour investir dans les services publics et opposition aux partenariats privés-publics, contrôle des prix du loyer, non-intervention armée en Syrie et abandon de la force de frappe nucléaire ; autant de propositions qui sont plébiscitées par une large majorité de Britanniques. Voici un leader de parti social-démocrate qui n’essayera pas de gagner une élection au centre en singeant les politiques de la droite. On n’avait pas vu cela depuis plus de trente ans en Europe !

Le succès de Jeremy Corbyn devrait également amener la gauche radicale à repenser sa propre stratégie qui, trop souvent, entremêle langue de bois eschatologique et sectarisme auto-défaitiste. Avec Corbyn aux commandes, certains dirigeants « radicaux » pourraient enfin comprendre qu’insulter à répétition les chefs sociaux-démocrates ne fait qu’incommoder le public. Jeremy Corbyn pourrait aussi leur montrer qu’un mouvement majoritaire de gauche ne se construit pas en cultivant le soutien de fidèles radicalisés, mais en s’adressant à tous.

 

 

 

La victoire de Jeremy Corbyn est sans appel.

 

Dans les trois dernières semaines, toutes les tentatives de calomnies et les manœuvres bureaucratiques d’interdiction de vote, parfois à l’encontre de vieux militants travaillistes soudain traités d’infiltrés, se retournant en leur contraire et renforçant le mouvement pour Corbyn, sa victoire semblait acquise et les bookmakers l’avait intégrée. Les résultats sont :

 

Rés.1er tour Membres Supporteurs  Affiliés Total %

BURNHAM, Andy 55,698 6,160 18,604 80,462 19.0%

COOPER, Yvette 54,470 8,415 9,043 71,928 17.0%

CORBYN, Jeremy 121,751 88,449 41,217 251,417 59.5%

KENDALL, Liz 13,601 2,574 2,682 18,857 4.5%

TOTAL 245,520 105,598 71,546 422,664

 

On remarquera l’écrasement de la candidature ouvertement blairiste de Liz Kendall. Sur les réseaux sociaux les militants britanniques exultaient et faisaient circuler la photographie de l’évacuation de Saigon en 1975 en annonçant : les blairistes évacuent !

Les actes politiques et symboliques immédiats après la victoire de Corbyn vont dans le bon sens : reprise du Red Flag, le vieil hymne du parti mis au rebut depuis le début des années 1990, et participation de J. Corbyn à la manifestation exigeant l’accueil des réfugiés.

Au-delà, il faut bien mesurer et les spécificités et la portée de ce grand évènement pour la lutte des classes dans le vieux continent.

J. Corbyn n’est ni un trotsk, ni un « chantre de la gauche radicale » ainsi qu’on peut le lire chez nos commentateurs en panne d’imagination, surtout quand il s’agit de franchir le Pas-de-Calais. C’est un réformiste honnête et assumé, fidèle à son électorat de la banlieue londonienne d’Islington qui l’élit largement depuis 1983. Son programme se résume dans : arrêter l’austérité, renationaliser le rail, respecter les libertés civiques. Son ancrage dans les positions anti-OTAN et pro-palestiniennes du Labour des années 1970, par rapport auxquelles il n’a pas varié, l’a fait accuser d’être pro-iranien, pro-Hezbollah, et suscite une inquiétude légitime parmi les militants d’Europe orientale qui savent, eux, ce qu’est l’impérialisme poutinien. Mais ses positions, sur ce sujet comme en général sur la question européenne, ne sont pas figées.

Les prises de positions de ses supporters politiques les plus notoires, ces dernières semaines, pour la libération de Sentsov et Koltchenko, sont un indice important de la brèche que peut devenir, en Europe, la gauche britannique ouvrière, par rapport au « campisme » et à l’ignorance affligeante des luttes sociales et nationales à l’Est : son porte-parole et directeur de campagne John Mac-Donnel, le leader du Labour gallois Mick Antoniw, l’animateur du magazine de la gauche syndicale Michael Calterbank, le cinéaste Ken Loach qu’il n’ y a pas à présenter, qui n’a pas pu voter pour Corbyn mais qui a fait campagne.

Pour bien se faire comprendre des Français, disons-le : Corbyn n’est pas Mélenchon et la principale différence est à l’avantage du premier, à savoir qu’il ne pensait pas du tout gagner, fut le premier surpris et ne veut rien avoir d’un « chef suprême ». Nos amis les pro-Filoche ne manquent d’ailleurs pas de dire que son élection, c’est un peu comme Gérard Filoche premier secrétaire du PS. Sans doute, un peu. Mais le PS n’est justement pas le Labour : Thatcher puis Blair n’étaient pas parvenus à casser le caractère de parti-société, expression des syndicats, qui restait malgré tout celui du Labour. La limite était d’ailleurs atteinte, on était au bord de la fin, quand le basculement s’est produit.

Ce basculement vient des profondeurs de la société britannique. Les vieux travailleurs syndiqués comme la nouvelle jeunesse précarisée et cosmopolite s’y sont joints, avec une force décuplée. Il est entièrement venu d’en bas. Le rapport entre « la base » et les vieilles organisations est des plus volatils. Loin de se résumer à un « retour vers la vieille maison », la victoire de Corbyn exprime cette volatilité. Laquelle s’est aussi manifestée dans le déplacement de la base écossaise du Labour vers les indépendantistes, premier choc majeur.

La première question à laquelle la classe ouvrière britannique est confrontée, c’est de bloquer les lois austéritaires et anti-grèves de Cameron, ce qui conduit à un affrontement avec une grande partie du groupe parlementaire travailliste qui ne veut pas de cette bataille.

La victoire de Corbyn intervient en outre au moment précis ou le premier ministre unioniste d’Irlande du Nord, Peter Robinson, démissionne au motif que l’IRA serait « de retour », en fait pour appeler à la répression contre Sinn Fein et contre le Social Democratic and Labour Party qui ont été conduits à s’opposer à la transposition des mêmes mesures d’austérité.

A l’échelle de l’Europe, cette percée britannique signifie que ce n’est pas « la gauche » au sens idéologique du terme, dont la dernière mouture s’appelle Syriza et Podemos, mais bien le prolétariat s’organisant, qui porte l’avenir comme les combats immédiats.

Leçon essentielle particulièrement pour la France. A nous de faire maintenant de la France, par l’affrontement social, le second levier du renouveau !

 

Vincent Presumey

 

Corbyn élu ! La gauche ne peut PAS mourir !

 

La victoire de Jeremy Corbyn lors de la primaire du Parti travailliste constitue bien sûr un événement qui réjouit les sociaux-démocrates de gauche et les militants syndicaux de l’Europe entière. Mais c’est avant tout un séisme politique d’une amplitude au moins aussi importante que la victoire de Syriza en janvier dernier.

 

Des centaines de milliers de personnes savaient que c’était possible, mais ne voulaient pas trop y croire, histoire de ne pas se réveiller le 13 septembre avec la gueule de bois. Pourtant, les bookmakers – souvent plus sûrs que les sondages outre-Manche, comme Ed Miliband l’a appris à ses dépens – le pronostiquaient depuis des semaines. La vague d’enthousiasme montait indubitablement, mais c’est surtout la campagne odieuse de la presse aux ordres qui a définitivement mis la puce à l’oreille des observateurs attentifs. Il était le fossoyeur du Labour, l’homme qui allait faire gagner le parti tory ad vitam aeternam, un dinosaure gauchiste, un « archéo », un sympathique baba-cool incapable de diriger un parti, alors imaginez un pays….

Et pourtant. Malgré le fiel des éditocrates – et peut-être un peu grâce à lui –, Corbyn l’a emporté ! Il l’a fait ! Il a ravi aux apparatchiks blairistes le Parti travailliste ! Le plus vieux parti ouvrier du monde ! La gauche européenne salue unanimement le retour au bercail du parti qui était sans aucun doute allé le plus loin dans l’adaptation néolibérale. Mais, malgré leurs rodomontades, ceux qui rabâchaient de ce côté-ci de la Manche qu’il fallait quitter ces « astres morts » qu’étaient devenus les partis sociaux-démocrates doivent être légèrement gênés aux entournures…

 

Une victoire écrasante

Aux dernières nouvelles, le député d’Islington a remporté la victoire avec 59,5 % des voix, loin devant ses concurrents les plus « dangereux » (19 et 17 % respectivement pour Andy Burnham et Yvette Cooper). Le triomphe n’aurait pas été total si la candidate propulsée par Blair et ses amis, Liz Kendall, n’avait pas fini bonne dernière avec un score dérisoire – et à bien réfléchir éminemment « vallsien » – de … 4,5 % ! Outre l’ampleur de la victoire de Corbyn, l’effondrement électoral de l’aile blairiste du Labour est incontestablement la seconde leçon du scrutin

Pour bien comprendre le déroulé de cette campagne étonnante, il faut imaginer ce que serait en France le pendant de la situation britannique : Gérard Filoche recevrait l’investiture de son courant, Démocratie & Socialisme ; soutenu par la CGT et le FO, il serait ensuite élu premier secrétaire du Parti socialiste par les députés, adhérents et sympathisants socialistes“ (in Le Monde)

 

Le plus dur commence…

Les premières initiatives du nouveau leader travailliste ont tout d’une franche rupture avec le New Labour honni : retour en grâce du Red Flag, l’ancien hymne du parti que Blair avait mis au placard, et participation es-qualités de Corbyn à la manifestation de soutien aux réfugiés. Mais, en politique, les symboles doivent rapidement laisser place aux actes. Or, les embûches s’accumulent déjà sur la route du  camarade Jeremy.

Le premier défi auquel il devra faire face concerne le groupe parlementaire. Corbyn a en effet construit sa victoire sur un net refus des politiques d’austérité de Cameron. Or, il n’est pas certain que les députés travaillistes aux Communes soient réellement prêts à lutter pied-à-pied contre le nouveau train de mesures scélérates annoncées par le Prime Minister. La déferlante Corbyn contribue à changer la donne, mais l’impulsion décisive ne pourra venir que du réveil des salariés derrière leurs syndicats, qui ont massivement fait campagne pour l’élu de la banlieue londonienne.

 

Leçon électorale à usage hexagonal

Par ailleurs, quelle leçon pour les camarades-à-qui-on-ne-la-fait-pas et qui avaient depuis des années jetés le Labour dans les poubelles de l’histoire telle qu’ils aimeraient qu’elle soit ! Il est indéniable que le Parti travailliste était l’organisation socialiste européenne qui, depuis 25 ans, avait le plus versé dans le prétendu modernisme néolibéral et dans les vieilles lunes de la mondialisation heureuse. Mais les partis sont des institutions vivantes. Et donc changeantes !

Il fallait tenir bon au sein du Parti. Faire le dos rond et surtout être avec les salariés, à leurs côtés dans les bons comme dans les mauvais moments. Jamais un ancien « sortiste » n’aurait pu gagner comme vient de le faire Corbyn. Ce socialiste honnête qui a non seulement attendu le basculement, mais qui l’a rendu possible de l’intérieur ! Comme l’a écrit justement Vincent Présumey, « ce basculement vient des profondeurs de la société britannique. Les vieux travailleurs syndiqués comme la nouvelle jeunesse précarisée et cosmopolite s’y sont joints, avec une force décuplée. Il est entièrement venu d’en bas ». Aux militants, aux syndicalistes et aux sympathisants qui ont fait patiemment la victoire de la gauche travailliste de relever l’espoir pour que leur succès soit durable… et contagieux !

JF Claudon D&S

 

 

 

Intervention à Marennes Appel : la motion B « vive la gauche » doit agir collectivement, vite et fort

 

 

A Marennes, les 27 et 28 août, nous étions 480. Ce faut un beau succès numérique. Nous y avons entendu de nombreux orateurs de qualité dont des représentants de Podemos, de Syriza, et Pierre Joxe qui défendit brillamment le code du travail. Mais D&S le dit, il y manquait des propositions de combat : c’est sur ce thème que jeudi soir Gérard Filoche est donc intervenu depuis la salle. Nous reproduisons ici le texte pour ceux qui n’ont pas pu assister ou pu entendre :

« Chers camarades de la motion B, nous devions avoir le temps d’en débattre ici, mais l’heure ne le permet plus, je le dis cependant, ne pas profiter de notre réunion très large pour nous organiser et prendre des décisions est une grande perte de temps, d’énergie et de moyens.

 

Je le dis aux camarades de la motion B réunis ici,  chaque jour compte désormais. Dans un an si nous nous retrouvons tout sera plié pour les élections présidentielles de 2017. Jusque là, moi même je ne voulais pas en parler, espérant que des évènements politiques et sociaux changent la donne. Inflexion de la politique de François Hollande ou mouvement social profond. Mais rien n’est venu… Et le temps passe… et Valls choisit de creuser le fossé qui sépare son gouvernement de la gauche toute entière.  Alors que nous avons réussi au BN du 27 juillet à faire voter un embryon de budget alternatif pour l’an 2016, Valls nous fait un grand bras d’honneur, il méprise la majorité du PS et s’apprête à user du coup de force du 49 3, il s’entête à ce que 10 à 12 milliards soient encore donnés au patronat sans contreparties. Or c’est le dernier budget utile du quinquennat, et il signe l’absence de toute politique sociale depuis 2012. Les exigences de la finance et du Medef l’auront emporté de bout en bout s’il passe : c’est pourquoi nous le devons pas le voter ! (Applaudissements).

Il faut le dire, le vouloir, le tenir avec nos députés : mais nos députés y parviendront s’il y a un soutien, s’il y a un courant actif et mobilisé qui refuse avec eux d’accepter le budget Valls 2016

 

Cela signifie qu’il faut nous affirmer et nous construire.

 

Nous pesons 30 % des voix, et plus de 22 000 voix. C’est une force à gauche !

Mais encore faut-il que nous ayons la volonté d’user de cette force pour jouer tout notre rôle dans une gauche qui est tristement divisée. Nous sommes 30 %, nous existons parce que nous sommes socialistes, mais nous n’existerons plus dans un an si nous ne sommes que socialistes. L’heure est venue de jouer notre rôle dans la gauche. Il est central. Il dépend de notre cohésion et de notre volonté.

 

Créons comme nous l’avons dit, avant l’été, l’association « vive la gauche » ou « à gauche pour gagner », structurons là, organisons-là. Et faisons les signes nécessaires au Parti socialiste et au reste de toute la gauche : oui, nous avons les moyens de réaliser en pratique des pas géants dans l’unité de la gauche. Oui nous pouvons mener campagne, oui nous pouvons peser dans les primaires à venir. Nous avons neuf mois devant nous, à peine. Il faut commencer maintenant, sans délai. Il faut AGIR !

D’abord en refusant de voter le budget !

Car si nous avons voté les 5 budgets anti sociaux de 2012 à 2016  sans nous distinguer quelle autorité aurons nous avis à vis des salariés, de la gauche, de nos électeurs avant et après 2017. Ils nous mènent dans le mur, ce sera un candidat UMP FN au deuxième tour comme en 2002 et si nous n’avons pas tout faire pour l’empêcher qu’en sera t il de nos idées et de nos actions, qu’en sera t il des 30 % de socialistes qui sont avec nous ? Nous aurions dû faire ici, à Marennes,  de cette question un point central.

 

Pour nous faire comprendre dans et hors du parti, il faut nous affirmer, et préparer la résistance de refus du vote du budget, en nous organisant, en nous construisant avec des campagnes déterminées :

 

1°) Par exemple, nous devrions engager avec les jeunes une lutte contre la précarité accrue par un article de la récente loi Macron. En rendant possible trois CDD de suite, ce sont les jeunes qui sont frappés, c’est une sorte de CPE ou pendant 18 mois, ils pourront être soumis aux patrons et virés deux fois sans motif. C’est le contraire cruel de ce que le gouvernement prétendait il y a deux ans lorsqu’il annonçait faire reculer les CDD en les taxant (ANI 11 janvier et loi Sapin 14 juin). Là, il les généralise sans motif, et en fait cadeau au patronat. Il est possible de lancer un « appel » avec nos jeunes, l’UNEF, le MJS, de réaliser une unité, un collectif, qui, j’en suis sur, pourrait entrainer un mouvement de masse en cet automne.

 

2°) Une initiative est en train de se structurer en Europe contre la dette indigne et l’austérité qu’elle impose artificiellement. Podemos, Syriza, des forces de gauche et peut être le Labour de Jeremy Corbyn, les fronts et blocs de gauche, mais aussi des socialistes de tous les pays européens pourraient être rassemblés dans une telle initiative, à Paris début 2016 et pourquoi n’en serions nous pas le fer de lance ? Beaucoup à gauche espèrent et nous demandent de prendre des initiatives ! Prenons les contacts unitaires, fixons un calendrier, prévoyons une grande conférence et pourquoi pas une manifestation autour ? Ce serait une bonne façon de défendre l’Europe que nous voulons concrètement pas seulement par des colloques en salle.

 

3°) Le code du travail est attaqué, c’est une provocation de Valls et de Macron. C’est pour cela que Gattaz qui en est rendu plus exigeant vient de dire que « le code du travail est l’ennemi n°1 des patrons ». Là, il faut former des dizaines de milliers de militants là dessus, nous lier pour cela aux syndicalistes. Il faut mener une campagne, organiser cent ou deux cent meetings, expliquer aux militants du parti et en dehors dans l’unité de toute la gauche, pourquoi il faut défendre le code du travail et le reconstruire. Nous ne manquons pas de savoir, d’idées, de connaissance, de propositions. Ne laissons pas démolir le Code, renforçons le !

 

4°) Nous avons tous réclamé des primaires. Mais encore faut il que ce ne soit pas un discours en l’air. Ca se prépare maintenant, pas seulement avec des candidats ou candidates, nous avons déjà trois ou quatre potentiels, alors il faut une démarche collective, raisonnée, solide, d’ensemble. Notre parti va squeezer ces primaires du mieux que la direction pourra, soit en les refusant soit en imposant François Hollande au forcing. Pour empêcher cela, il faut dès maintenant justifier un débat ouvert, des candidatures plurielles. Et il faut des primaires de toute la gauche ! Il faut pour cela un programme commun, une « base » politique commune de toute la gauche concernée. Et sur la base d’un tel programme, il faut choisir entre tous les candidats qui se présenteront. L’idée d’un candidat unique de toute la gauche, comme candidat de la victoire peut prendre une grande place déferlante. Et il restera à discuter des nôtres par rapport aux autres composantes. Cela implique un travail, une préparation collective que nous aurions du commencer ici, à Marennes et il faut prévoir une autre réunion entre nous à Paris, vite, rien que sur ce sujet.

 

Voilà un plan de travail, un embryon d’agenda que je voulais mettre sur la table ici à Marennes. Je m’adresse à tous les militants, tous les socialistes de la motion B pour qu’on travaille vite ensemble sur un plan d’action de ce type. Action, action ! Action ! Sauvons ce qu’on peut sauver du quinquennat, essayons d’éviter la pente fatale de la défaite. C’est possible, car la France est de gauche ! La défaite en 2017 n’est pas inéluctable, mais ça dépend de nous ! De nous et des luttes sociales et politiques, de l’unité de la gauche rose rouge verte »

 

Gerard Filoche

 

 

Hambach, chez Smart : fin des 35 h, baisse des salaires, sous chantage à l’emploi, demonstration de ce que Valls Gattaz et Combrexelle proposent

Chez Smart, on vient d’avoir la leçon de choses, la riche Daimler fait son chantage, elle fait peur à 56% de salariés et Combrexelle est exaucé, amen

Daimler Smart est largement bénéficiaire mais  profite du climat, des mots de Valls, de l’usine à gaz de Combrexelle, supprime les 35 h légales, et impose 39 h payées 37…

Le patron contourne les syndicats pourtant opposés, il fait voter 56 % de salariés sous la peur, sous chantage à l’emploi dans l’entreprise, bafouant l’ordre public social,

(mais quand même 75 % des ouvriers ont voté « contre » le patron et c’est la majorité des cadres à 75 % qui a fait la décision favorable, mais quand même le vote est encore illégal et sans portée juridique si ces les syndicats refusent…)

Mais le patron enhardi, a fait le coup de force imposé le referendum, voila ce que veut Valls contre le code du travail, le « contrat » manipulé par les patrons… test de Smart utile puisque sur 1,2 million d’entreprises seulement 22 000 auraient signé, une fois un « accord », les syndicats n’existant pas ailleurs…)

Hambach, Moselle, chez Smart, c’est l’exemple anticipé réalisé du projet pourri de Combrexelle

c’est bien le virus Ebola du code du travail, voyez in situ comment il va se développer

MOBILISATION UNITÉ SINON ILS CASSERONT, avec Gattaz et Valls, main dans la main,  LES DROITS ET SALAIRES DE MILLIONS DE SALARIÉS

le gouvernement Valls qui veut généraliser ça est une honte pour la gauche,

qu’il s’en aille, qu’on le batte, que sa loi contre le travail soit mise en échec

unité de toute la gauche et de tous les syndicats, mobilisation ! dans la rue, dans les entreprises,

Barbara Romagnan : Code du travail : ce sont les dérogations qui le complexifient, pas les règles elles-mêmes

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Une règle simple consistant à proscrire le travail dominical devient une règle éminemment compliquée lorsqu’elle souffre de nombreuses exceptions. ©HAMILTON/REA

De plus en plus, on reproche au code du travail sa complexité, ses longueurs, et cette complexité et ces longueurs sont elles-mêmes accusées d’être des freins à l’emploi.

Il existe sans doute dans le code du travail des dispositions peu claires, ou qui mériteraient d’être actualisées, et l’idée d’une réforme n’est bien sûr pas une mauvaise chose en soi. Toutefois, laisser entendre comme c’est le cas aujourd’hui que l’essentiel des articles qui allongent ou complexifient le code proviennent de protections trop rigides des salariés est une idée inexacte. Bien souvent, lorsqu’un article édicte une règle de droit, d’autres viennent la compléter afin de normer les situations d’exceptions : ce sont les dispositifs dérogatoires.

Travail dominical

Prenons l’exemple du travail dominical. Quatre articles d’une ligne chacun suffisent à en définir le principe général. En revanche les dérogations, elles, mobilisent 30 articles, répartis en deux sous-sections qui comptent chacun de trois à huit paragraphes distincts. Or ces dérogations sont autant de moyens pour l’employeur pour déroger à la règle générale de droit instituant un repos hebdomadaire le dimanche.

S’il existe des règles de droit à supprimer, peut-être devrions-nous regarder du côté des exceptions plutôt que du côté de la règle initiale

Autrement dit, une règle simple consistant à proscrire le travail dominical devient une règle éminemment compliquée lorsqu’elle souffre des exceptions de temps (activités saisonnières), de type d’activité économique (fonctionnement en continu), de lieu (zones touristiques, etc.), d’instance pouvant délivrer la dérogation (le préfet, le maire, etc.). Autant de particularités qui n’ont rien à voir avec la règle d’origine.

A force de confier à un même code la double charge d’édicter une règle de droit et celle de l’assouplir considérablement, il n’est pas étonnant que certaines sections en soient illisibles. A terme, certains croient manifestement bien faire en proposant de supprimer la règle elle-même. Dans la mesure où ces propositions de simplification ont pour enjeu la compétitivité économique, on pourrait faire observer qu’en l’occurrence, il n’a pas été démontré que le travail dominical bénéficiait à l’emploi ou à la consommation. S’il existe des règles de droit à supprimer, peut-être devrions-nous regarder du côté des exceptions plutôt que du côté de la règle initiale.

Le cas du travail dominical n’épuise naturellement pas l’ensemble du code du travail, mais il est symptomatique des reproches infondés qu’on lui adresse. Par conséquent, accuser le droit du travail de lourdeur et de complexité et sous-entendre de fait que les protections des salariés empêchent de créer des emplois, c’est ne pas voir que beaucoup de cette complexité provient des dérogations consenties depuis une trentaine d’années aux employeurs dans l’espoir de stimuler l’emploi, avec le succès qu’on sait.

Barbara Romagnan est députée PS du Doubs.

Barbara Romagnan

11 sept 73 Chili : Victor Jara : pour l’empêcher de chanter ils lui coupèrent les doigts

11 septembre 1973 : Allende et… VICTOR JARA :

les assassins étaient Pinochet et Kissinger : quand ce dernier passera t il devant un tribunal pénal international ?

voyez « Missing » film américain de Costa Gavras de 1982

Tout d’un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l’on entendit sa voix qui nous interpellait :

 » On va faire plaisir au commandant.  » Levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en choeur.

C’en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant.

Chili, 42 ans. Anniversaire du coup d’Etat de Pinochet (11 septembre 1973, 11 septembre 2015)

« Savez-vous pourquoi il n’y a jamais eu de coup d’Etat aux Etats-Unis ? Parce qu’il n’y a pas d’ambassade des Etats-Unis aux Etats-Unis… » Michelle Bachelet, ancienne Présidente du Chili (fille d’un général assassiné avec la complicité des Etats Unis).

VICTOR JARA

Les mots ne sont pas innocents. On ne défie pas impunément le pouvoir, surtout s’il est entre les mains de dictateurs sanguinaires. Victor Jara en fit l’amère constat, payant de sa vie son engagement militant auprès de Salvador Allende au Chili.

Chantre de la révolution communiste, Victor Jara chantait le partage des terres, critiquait le conformisme bourgeois, dénonçait la répression militaire, condamnait la guerre du Vietnam…

Après le coup d’état du Général Pinochet, Victor Jara fut arrêté et emprisonné dans le stade de Santiago, lieu de triste mémoire. Il fut torturé et exécuté.

Pinochet a échappé à ses juges. Le monde de justice rêvé par Jara n’est pas pour demain.

 » On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur la table. Dans celles de l’officier, une hache apparut.

D’un coup sec il coupa les doigts de la main gauche, puis d’un autre coup, ceux de la main droite.

On entendit les doigts tomber sur le sol en bois. Le corps de Victor s’écroula lourdement. On entendit le hurlement collectif de 6 000 détenus.

L’officier se précipita sur le corps du chanteur-guitariste en criant :  » Chante maintenant pour ta putain de mère « , et il continua à le rouer de coups.

Tout d’un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l’on entendit sa voix qui nous interpellait :

 » On va faire plaisir au commandant.  » Levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en choeur.

C’en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant.

D’autres rafales se firent entendre, destinées celles-là à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés de balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait pas. Il était mort.  »

Miguel Cabezas (extrait d’un article paru dans l’Humanité du 13 janvier 2000).

Le stade porte aujourd’hui son nom.

 

Ci joint le texte de la chanson  « Lettre à Kissinger  » de Julos Beaucarne

Lettre à Kissinger
{Parlé:}
Il y a des centaines de silences qui assassinent
Pendant des siècles et des siècles

Nos oreilles sont là pour nous tenir éveillés
Il y a des réveille-matin qui sonnent comme des clairons
Il y en a peu qui chantent des berceuses

Je veux te raconter, Kissinger,
L’histoire d’un de mes amis
Son nom ne te dira rien
Il était chanteur au Chili

Ça se passait dans un grand stade
On avait amené une table
Mon ami qui s’appelait Jara
Fut amené tout près de là

On lui fit mettre la main gauche
Sur la table, et un officier
D’un seul coup avec une hache
Les doigts de la gauche a tranchés

D’un autre coup, il sectionna
Les doigts de la dextre et Jara
Tomba, tout son sang giclait
Six mille prisonniers criaient

L’officier déposa la hache
Il s’appelait p’t-être Kissinger
Il piétina Victor Jara
« Chante ! » dit-il « Tu es moins fier »

Levant les mains vides des doigts
Qui pinçaient hier la guitare
Jara se releva doucement
« Faisons plaisir au commandant »

Il entonna l’hymne de l’U
De l’Unité Populaire
Repris par les six mille voix
Des prisonniers de cet enfer

Une rafale de mitraillette
Abattit alors mon ami
Celui qui a pointé son arme
S’appelait peut-être Kissinger

Cette histoire que j’ai racontée,
Kissinger, ne se passait pas
En quarante-deux mais hier
En septembre septante-trois

Analyse une par une des 44 propositions du « rapport Combrexelle » :

L’arnaque : ou la diffusion du virus Ebola anti code du travail par Combrexelle

Plus de plancher pour les salaires, plus de plafond pour la durée du travail, plus de règles contraignantes en hygiène et en sécurité, plus de sanctions pour les patrons délinquants, tels sont les objectifs du rapport commandé par Valls à Combrexelle, aggravé par le rapport du DRH d’Orange Bruno Mettling.

Valls a osé présenter cela à la France ! Hollande et Valls ont osé vanter une réforme en ce sens. C’est une attaque contre un siècle de construction du droit du travail.

Ils le disent “adapter le droit du travail aux entreprises” : c’est une contre révolution juridique depuis 1906 et 1910 nous faisions le contraire : nous adaptions les entreprises au respect du droit du travail des humains !

Le rapport Combrexelle est illisible, mille fois plus que le code du travail qu’il prétend simplifier. C’est une usine a gaz abracadabrantesque. Mais son but est clair : faire cesser l’état de droit dans l’entreprise, pour le remplacé par la puissance aléatoire des contrats d’entreprise, dictés par les patrons et les actionnaires.  Combrexelle répand le virus Ebola pour empoisonner et faire disparaitre nos lois du travail. A l’exemple de Daimler ; chez Smart à Hambach, en Moselle, qui, en pleine santé financière et entrepreneuriale, demande à ses salaries de renoncer aux 35 h , d’accepter 39 h payées 37 : c’est du Combrexelle anticipé !

 

 

Ils veulent renverser la hiérarchie des sources de droit, des normes : la loi était un plancher, le même pour tous, au-dessus l’accord collectif ne pouvait logiquement n’être que plus favorable aux salariés, et encore au-dessus le contrat de individuel ne pouvait être, suivant la même logique d’égalité des droits, que plus favorable que l’accord ; Fillon avait déjà entamé cela par la loi du 4 mai 2004, mais avec Combrexelle, c’est l’ordre est inverse : l’accord collectif plus défavorable que la loi s’appliquera et pourra également s’imposer au contrat de travail individuel.

Pour faire passer cela, un seul slogan : on ne peut être plus syndicalistes que les syndicalistes, s’ils signent c’est que c’est « protecteur » pour les salariés. Mais chez Smart, pour faire plier els syndicats opposés à l’accord, ils organisent un pseudo referendum et mettent un canon sur la tempe de chacun des salariés individuellement : c’est ça ou la porte !

Alors, avec cette méthode éhontée de chantage à l’emploi, tous les droits, salaires, durées du travail peuvent reculer. Puisqu’il est devient possible de déroger à la loi par contrat, on peut être sûrs qu’en dehors des accords arrachés par d’immenses mouvements de grève (1936, 1968), il n’y a aucun accord à froid qui ne soit, en tout ou en majeure partie, régressif pour les salariés.

Plus de trente années d’expérience confirment cette évidence : pourquoi un patron signerait-il un accord qui lui est défavorable de sa propre initiative (on peut à cet égard noter que toutes les grandes « négociations » se font sur exigence des dirigeants du Medef et sur des textes écrits par eux ! les organisations syndicales de salariés ne peuvent plus que s’efforcer de déplacer des virgules sans réussir à changer l’essentiel pro patronal.

Donc le fait syndical « majoritaire » peut être contourné aisément. Sur 1,2 million d’entreprises, moins de 30 000 ont signé un « accord » : et des syndicats complaisants, au lieu de résister au chantage à l’emploi, au lieu de lutter pour unifier les salariés, les ont divisé, lâché, et se sont fait le relai, même avec de faibles majorités, acceptant des reculs bien en deçà des lois

Dans la majorité des entreprises, hélas, il n’y a pas de syndicats : là, 1,18 million d’établissements pourront être soumis à pression par tous moyens et sans défense. Le patron usera de tous les procédés, chantage, faux votes,  assemblées bidon… Rappelons qu’après la loi Rebsamen, désormais, les employeurs peuvent toujours trouver des personnes habilitées par mandatement à signer, même sans délégués syndicaux, même sans représentants du personnel élus, et même sans eux s’ils refusent dans le délai d’un mois de négocier (les reculs demandés) avec l’employeur qui le souhaite.

 

Le projet Combrexelle (et celui de Bruno Mettling qui envisage des « entreprises étendues » aux auto-entrepreneurs, c’est à dire une « ubérisation » du travail, sans horaire, ni salaire…)  est ubuesque : il prêterait même parfois à rire dans son absurdité raffinée et vulgaire, grossière et manoeuvrière. Il repose sur l’ignorance entretenue, sur le fait que peu de journalistes sont capables de chiffrer les énormes arnaques qui courent d’un article à l’autre.

 

 

Le détail des 44 « arnaques »

Proposition 1 :

L’ABC de la propagande. « Vous devez accepter de négocier » nous dit Combrexelle, car on est dans un monde de « concurrence » ; en clair, il faut baisser le « coût du travail ».

Proposition 2 :

Propagande encore : comment faire adhérer les organisations syndicales à notre « stratégie ». Plutôt que négociation, il faut entendre reddition.

Proposition 3 :

Choisir les D.R.H compétents pour les arnaques.

Proposition 4 :

Former les futurs responsables de ces arnaques dès les grandes écoles.

Proposition 5 :

Former, sur finances de l’Etat, les conseillers des employeurs pour un meilleur suivi des arnaques.

Proposition 6 :

Trier le bon grain de l’ivraie dans les cadres de la Fonction publique à l’aune de leur goût pour l’arnaque ; ils mériteront alors d’être dénommés « dirigeants ».

Proposition 7 :

Inscrire dans le Code du travail l’ABC de l’arnaque : des « accords de méthode » systématiques avant l’arnaque pour qu’elle se déroule de façon « souple » et sans possibilité de « contentieux » ultérieur. Les patrons, contrairement au discours officiel, sont « risquophobes ».

Proposition 8 :

Justement, pour garantir l’efficacité de l’arnaque, on a ici une superbe circonvolution dont la traduction est : pour dire que, comme cela a été fait (avec l’ANI du 11 janvier 2013 et la loi du 14 juin 2013 qui l’a recopié) pour les consultations des représentants du personnel, il faudra faire vite et en temps compté pour conclure les arnaques.

Proposition 9 :

Au cas où les accords ne seraient pas assez juteux pour les employeurs, prévoir dans la loi une limite à leur durée d’application. Accord bien acquis (du point de vue des travailleurs) ne devra jamais profiter. Mais, plus vraisemblablement, cette limite est pensée pour pouvoir à intervalles réguliers conclure de meilleures arnaques (en invoquant la concurrence qui s’est aggravée – l’exemple des producteurs de porc auxquels on a expliqué un mois après que l’accord sur le prix de 1,40 euro au Kg était dépassé l’illustre bien). Enfin, cette limite permet d’entrer dans les têtes des « négociateurs » qu’il n’y a rien d’acquis et qu’ils doivent se préparer à un rôle dont la permanence les coupera à coup sûr de leurs mandants.

Proposition 10 :

Un renforcement de la proposition 9. En plus des limites de temps, il faut pouvoir dénoncer plus facilement les accords, avant la limite.

Proposition 11 :

1/ Faire un groupe de travail qui va réfléchir à la façon (on devine, par accord collectif !) d’échapper à la loi et à la jurisprudence actuelles sur les transferts de salariés d’une entreprise -et d’une convention collective- à une autre. En clair, comment supprimer les quelques garanties (« avantages individuels acquis », par convention collective et/ou grâce au contrat de travail).

2/ Faire un groupe de travail réfléchissant à « l’application du principe d’égalité aux accords collectifs pour permettre leur évolution dans le temps ». Là, même avec quelque expérience, on a du mal à comprendre le sens de la proposition. Il faut dire que la signification est à l’inverse de l’affirmation d’un principe d’égalité.

Il s’agit de la mise en œuvre du revirement opportun de la Cour de cassation (27/1/2015), salué par Combrexelle dans son rapport, et qui désormais exonère l’employeur de la charge de la preuve du motif professionnel justifiant les différences de traitement introduites par un accord collectif entre différents catégories de salariés (cadres notamment par rapport aux non-cadres). L’argument de la Cour de cassation est essentiel : les organisations syndicales qui signent le font par utilisation du pouvoir que leur donne la loi de défendre les intérêts professionnels des salariés et, si elles signent, c’est a priori pour de bonnes raisons. Autrement dit, on ne peut pas être plus syndicalistes que les syndicalistes. Tout est là.

Alors cette partie de la proposition 11 doit s’entendre comme : on peut justifier plus encore et sans risque les inégalités entre catégories professionnelles.

Proposition 12 :

Faire financer par les employeurs une formation commune à l’arnaque, pour les employeurs et les organisations syndicales. Déjà avancée pour les conseillers salariés prud’hommes salariés dans la loi Macron, cette idée de faire se former ensemble les futurs « négociateurs » est une trouvaille : on se forme ensemble, on parle la même langue, on ne  se quitte plus, on peut commencer à s’estimer et à penser de la même manière.

Proposition 13 :

Dans le même ordre d’idées, transformer les Instituts Régionaux et Supérieurs du Travail pour qu’ils forment les représentants du personnel et les conseillers prud’homaux selon les « bons principes » et les « bonnes pratiques » évoqués aux propositions 1 et 2.

Proposition 14 :

Rendre obligatoire la signature par les organisations syndicales d’un texte expliquant aux « tiers » le contenu de l’arnaque à laquelle ils ont participé et définissant à l’avance la façon dont elle devra éventuellement être interprétée. Cochon qui s’en dédit.

Proposition 15 :

Même chose que la proposition 15, pour contrôler la façon dont les organisations syndicales devront assurer la diffusion de l’arnaque auprès des « salariés concernés ».

Proposition 16 :

1/ Vérifier si la mise en place de toutes ces arnaques s’avère juteuse par les travaux que devront réaliser la Dares et France-Stratégie sur « l’étude économique de la négociation collective ». En clair le rapport coût/bénéfices. Il n’y a jamais rien dans les « négociations » comme dans les « accords » ou lois dictées par le Medef, qui ne se traduise par « combien d’euros on y gagne ».

2/ Mettre en place la surveillance par le Ministère du travail de la bonne mise en route des arnaques au niveau de l’entreprise. Une proposition en apparence contradictoire avec la ritournelle du rapport Combrexelle sur l’autonomie de la négociation collective.

Proposition 17 :

Un site national supplémentaire pour concentrer et diffuser la propagande autour des arnaques réussies..

Proposition 18 :

Maintien de l’extension des accords de branche par le Ministère du travail. On peut être étonné que la question se soit posée. Car, s’agissant d’arnaques, il est bon pour les arnaqueurs que les « accords » régressifs puissent être imposés aux employeurs qui ne sont pas signataires et à leurs salariés qui n’ont rien demandé.

Mais, à la lecture du passage du rapport sur ce point, on comprend mieux que l’extension est d’abord un moyen de légitimer des « accords » régressifs et d’en diminuer ainsi la contestation devant les tribunaux, et ensuite un moyen pour les grandes entreprises d’éliminer la concurrence et d’aller vers une diminution drastique du nombre de branches. Combrexelle conclut en disant que « Lorsque il n’y aura plus qu’une centaine de branches… les modes d’intervention de l’État pourront être modifiés et allégés en s’inspirant du dispositif qui sera applicable aux accords d’entreprise. ».

Et l’autonomie des « accords » finira alors par s’imposer…

Proposition 19 :

Assurance définitive que le gouvernement ne sanctionnera pas les « accords » d’entreprise illégaux. L’administration nous dit-il est « obligée de délivrer le récépissé même si elle a le sentiment que, sur le fond,  l’accord d’entreprise est en tout ou partie contraire au code du travail ».

Alors, maintenant que vont fleurir des « accords » qui vont remplacer la loi, il serait logique qu’à minima, le Ministre du travail homologue l’ « accord », un peu comme dans la procédure d’extension pour les accords de branche.

Pas question répond Combrexelle, cela « alourdirait considérablement les tâches des services déconcentrés sans qu’ils aient les moyens d’assurer la sécurité juridique qu’exigent de telles fonctions » ; et puis cela ruinerait « l’effort commun » qui doit « tendre à renforcer la confiance dans la négociation collective ».

Et Combrexelle de balancer l’écran de fumée : dans les deux mois du dépôt de l’ « accord », « le Direccte, aurait la faculté, en cas de violation manifeste de la loi, de demander l’annulation de tout ou partie de l’accord devant le tribunal de grande instance compétent ». En lisant cette proposition, on peut, pour en saisir l’inanité s’arrêter au mot « Direccte », tant ces personnages, de par leur statut, leur tri et leurs fonctions n’ont ni le temps ni l’envie de contrôler quoi que ce soit quand il s’agit des employeurs. Mais on peut aussi s’interroger sur le sens du mot « loi » quand on explique que désormais ce sont les « accords » qui  la feront !  Pour être clément avec Combrexelle, on peut penser qu’il fait référence à ce qui va rester de la loi dans la réécriture du code qu’il appelle de ses vœux après avoir fait le greffier du MEDEF pour la précédente (2004-2008) : quelques grands « principes » (déjà écrits par le tandem Lyon-Caen Badinter) qui ne sont que la reprise des principes existants sur lesquels aucun contrôle et aucune sanction n’est possible. C’est le but de toutes ces manœuvres.

Un rappel cependant pour les adhérents du MEDEF qui n’auraient pas bien suivi la co-élaboration du rapport Combrexelle, celui-ci précise que, bien entendu il n’est pas question pour le Direccte d’aller contester les plans de licenciements (« Plans de Sauvegarde de l’Emploi »).

Proposition 20 :

Ne plus sanctionner les violations par les employeurs de l’obligation de négocier. Combrexelle ne parle même pas des sanctions pénales, il doit penser qu’elles n’existent même plus, depuis le temps qu’il s’active à les faire disparaître, à travers la recodification de 2007 et à travers les lois qui tombent en rafales (14 juin 2013, lois MACRON, REBSAMEN et les ordonnances qui vont avec). Non, il évoque juste les « sanctions financières », qu’il trouve inefficaces quant à la qualité de la négociation. Alors tant qu’à faire, pas de sanction du tout, juste « l’Etat devrait essayer de promouvoir les bonnes pratiques de négociation dans le cadre de dispositifs de droit souple (label…) contribuant à la bonne image des entreprises qui sont volontaires en la matière ». Du sucre à la place des sanctions, il fallait y penser.

Là aussi, Combrexelle n’oublie pas de rassurer. Il y aura toujours des sanctions financières pour les cas de « très fortes contraintes d’intérêt général ». Tant que c’est trop voyant, on y sera encore un peu obligé…ou presque car, pour ceux qui ont prêté quelque attention à la loi Rebsamen, celle-ci prévoit l’auto-blanchiment des employeurs délinquants par exemple sur l’égalité professionnelle hommes/femmes qu’évoque Combrexelle dans son rapport : l’employeur qui aura réussi à faire passer à trois ans par accord la périodicité des négociations sur l’égalité professionnelle hommes/femmes est « regardé » comme remplissant ses obligations en la matière pendant toute cette durée, en clair sera blanchi pour ce temps quelle que soit la situation des salariées de l’entreprise.

Proposition 21 :

Empêcher, en instaurant des délais, les recours contre les « accords » collectifs régressifs. Une mesure très efficace pour garantir la pérennité des arnaques.

Proposition 22 :

Assurer une formation aux arnaques des juges « judiciaires » et administratifs.

Une incertitude sur les juges concernés par le qualificatif de « judiciaire ». La réécriture de la partie législative du code du travail en 2007 a anticipé la suppression des prud’hommes souhaitée par le Medef en rebaptisant indistinctement « juge judiciaire » tant les juges du tribunal d’instance ou du T.G.I (ce qui est l’appellation commune) que les prud’hommes. Aussi revient-il non plus au législateur mais au gouvernement par décret de décider de quel juge il s’agit dans tel ou tel domaine. Jusqu’à présent, les décrets intervenus n’ont jamais attribué aux prud’hommes la qualité de « juge judiciaire » qui figure dans les dispositions législatives ; on peut penser que le Medef, qui donne comme consigne à ses conseillers prud’homaux de ne pas intervenir dans les accords collectifs au prétexte de complexité, ne tiendra pas à les inclure dans ces formations.

Proposition 23 :

Instaurer des moments de commémoration (« Mise en valeur des bonnes pratiques »)  à l’occasion d’ «  d’événements importants concernant l’entreprise et ses salariés ».

Proposition 24 :

Limiter le nombre de réformes législatives sur le droit du travail. Venant de la part de ceux, Combrexelle en tête, qui les multiplient ne manque pas de piquant. Mais l’idée, c’est que les arnaques devant prendre le dessus sur la loi, autant qu’il y en ait le moins possible. Et limitée aux grands principes.

Proposition 25 :

Une idée pour détendre un peu les lecteurs : si on créé une loi en droit du travail, on en supprime une autre. Ubu ministre du travail.

Proposition 26 :

Sans doute la plus importante, et peut-être aussi  celle où les enjeux sont les plus perceptibles.

Il s’agit de refaire le coup de la recodification de 2007, mais cette fois sans prétendre réécrire « à droit constant ».

Combrexelle propose donc de réécrire une nouvelle fois le code en trois parties :

1/ une qui relèvera de « dispositions impératives », une formulation vague pour ne pas dire loi (logique quand on veut en faire disparaître la portée en la réduisant à des « principes » sans contrôle ni sanction possible).

2/ la deuxième, les « accords » collectifs qui vont concrètement dire le droit, ou plutôt les droits, potentiellement autant que d’entreprises.

3/ la troisième ne s’appliquera qu’en l’absence d’accord ! Il s’agit dit Combrexelle de « dispositions supplétives » (là aussi, Combrexelle n’arrive pas à écrire « décrets » et on le comprend, c’est là le plus souvent et notamment en hygiène et en sécurité que l’on trouve les règles « impératives », concrètes et chiffrées, qui permettent potentiellement l’application de réels droits pour les salariés ou la sanction pénale de leur inobservation.

Abracadabra, les « accords » remplacent la loi et les décrets, et aucune sanction pénale n’est plus possible.

Proposition 27 :

En contradiction avec les propositions 24 et 25, Combrexelle propose une loi dès 2016 pour modifier le code du travail sur les conditions de travail (comprendre tout ce qui concerne la santé des travailleurs), le temps de travail, l’emploi et les salaires. Derrière l’acronyme créé « ACTES » («  Accords sur les Conditions de Travail, l’Emploi et les Salaires », Combrexelle est joueur) se cache donc tout ce qui est essentiel pour les droits et la vie des travailleurs dans l’entreprise et l’on peut sans grand effort imaginer que cette loi sera le premier pas dans l’architecture décrite à la proposition 26.

Proposition 28 :

Complémentaire de la précédente, Combrexelle n’ignore pas que depuis 2004 (loi Fillon) et depuis 2007 (loi Bertrand) a été déjà inscrit dans la loi et dans le code du travail l’obligation avant toute loi sur le droit du travail d’une « négociation » sur le sujet entre « partenaires sociaux ». Combrexelle sachant qu’il lui est difficile de penser qu’il pourra si vite obtenir un nouvel Accord National Interprofessionnel disant que oui, les majorations pour heures supplémentaires, les durées maximales du travail, les salaires conventionnels peuvent être négociés et dans les branches et dans les entreprises, il propose que cette « négociation » puisse être remplacée par une « Position commune qui se borne à la définition des principes essentiels ».

Cette proposition de Combrexelle a l’avantage pédagogique de la répétition ; on comprend de mieux en mieux les mécanismes de l’arnaque. En on peut déjà rédiger la « position commune » avec les « principes essentiels », ceux que les grands médias ont déjà repris en boucle : « on est pour le dialogue social sans tabou, à tous les niveaux, et dans tous les domaines ; on demande juste l’engagement qu’on ne touche pas au SMIC et à la durée légale de travail ».

Proposition 29 :

Complémentaire de la précédente : Hollande l’avait déjà promis au Medef, la grande arnaque (l’ « accord », fut-il défavorable, remplace la loi) doit être inscrite dans la Constitution (comme pour le traité constitutionnel européen dont on a bien mesuré avec la Grèce ce que son adoption signifiait : il n’y aura plus qu’une seule politique possible, celle du laisser faire, laisser passer). Combrexelle propose de l’inscrire dans le préambule de la Constitution.

Proposition 30 :

Encore une nouvelle loi ou est-ce la même que celle de la proposition 27 ? Combrexelle propose une loi pour une « modification du code du travail » avec « rationalisation et extension du champ de la négociation dans les champs prioritaires des accords ACTES ». La lecture du rapport est nécessaire pour comprendre ce qui est derrière le jargon, c’est d’ailleurs le seul point du rapport où tout le monde peut toucher du doigt le massacre en préparation.

Combrexelle commence par dire, et il a raison que l’essentiel des relations de travail sont derrière l’acronyme ACTES pour déplorer la « très forte imbrication de la norme unilatérale (loi et règlement) » dans ces domaines et il propose en conséquence de déterminer ce qui pourrait dorénavant relever de la « négociation ».

1/ Le temps de travail.

C’est l’essentiel

Après avoir affirmé de façon erronée qu’on ne peut toucher aux normes européennes telles le maximum de 48 h par semaine (sans parler de l’Angleterre et de son opt-out, l’article L.3121-35 du Code du travail permet au Direccte, encore lui, d’accorder des dérogations, de même que pour la durée maximale moyenne de 46 heures par semaine et les dispositions par « convention » individuelle de forfait sur l’année permettent d’effectuer 78 heures par semaine, payées 35, en respectant le repos journalier « européen » de 11 h par jour), Combrexelle délivre enfin la proposition que le Medef attend depuis 1936 (après avoir obtenu l’annualisation du temps de travail en 1982) : la fin de la durée légale de travail.

 


Le contraire de ce qui est bruyamment garanti par les annonces officielles. Comment décrire mieux la proposition de Combrexelle : laissons les entreprises, par « accord » décider à partir de quand on compte les heures supplémentaires  (et donc on paye les éventuelles majorations). Depuis que le temps partiel est autorisé (1973), il n’y a pas définition plus concrète de la durée légale de travail.

Alors, comme c’est « gros » Valls affirme que ce point ne sera pas retenue dans la loi du début 20016 : mais chez Smart et Daimler, ils savent comment faire des accords dérogatoires qui changent la durée et le taux des heures supp’ sous chantage à l’emploi et en se moquant bien de l’ordre public social.

 

Soit comme chez Amazon, les patrons créent des syndicats bidon à eux ( la « CAT ») soit comme chez Smart ils font voter par chantage les salariés pour faire pression sur les syndicats qui résistent, soit il n’y a pas du tout de syndicats, et les « consultations » deviennent n’importe quoi pour arriver à imposer le diktat patronal, sans tenir compte d’un quelconque ordre public social.

 

2/ Les salaires

c’est le but ultime recherché, les baisser.

Combrexelle le sait, il ne peut dire qu’on va toucher au SMIC. De même, formellement, il ne peut dire qu’on va toucher aux salaires minima des conventions collectives (lesquels sont en dessous du smic !) . Mais Combrexelle est sans doute la personne la mieux placée en France pour savoir comment toucher au SMIC par « accord » collectif. Cela fait plus de 20 ans que les distributeurs de gratuits dans les boîtes aux lettres sont payées à environ la moitié du SMIC par la grâce tout d’abord d’un décret modifiant les mentions obligatoires sur les bulletins de paie sur les heures de travail effectuées. Comme les juges ont continué à estimer que ces entreprises, comme les autres, devaient justifier des heures réellement effectuées, Combrexelle, comme Directeur Général du Travail, a œuvré à la conclusion d’un « accord » collectif qu’il a ensuite traduit en décret (décret n° 2010-778 du 8 juillet 2010, article R.3171-9-1 du code du travail). Deux fois annulé par le conseil d’Etat, cet article qui n’a pas été supprimé, dit que l’employeur peut ne pas inscrire les heures de travail réelles du moment qu’il a passé un « accord » collectif étendu (par Combrexelle titulaire de la décision au Conseil d’état)!) qui indique les modalités de la « quantification préalable » du travail en fonction « du secteur géographique sur lequel s’effectue le travail, de la part relative dans ce secteur de l’habitat collectif et de l’habitat individuel, du nombre de documents à distribuer et du poids total à emporter ».

Voilà à quoi va ressembler la « simplification » qu’on nous promet, l’allègement du code du travail qui va surtout alléger les salaires. Bruno Meetling et son « entreprise étendue » va … étendre tout ça.

D’autant que Combrexelle a d’autres idées. Pour rappel, les salariés au forfait, surtout les cadres mais pas que (aujourd’hui plus de 10 % des salariés), c’est quoi leur salaire horaire quand on fait la division par le nombre d’heures ? Plus que le Smic ?

Pour les cadres justement mais pas que, Combrexelle évoque tout ce qui est rémunérations variables, en dehors des minima, ce qui relève des contrats de travail individuels ou des « accords » par exemple et qui, selon Combrexelle, pourraient être développés. De même pour les rémunérations qui ne sont pas considérées comme des salaires (intéressement, participation, épargne, actions gratuites) ; échappant aux cotisations sociales et permettant précisément à certains employeurs d’éviter des augmentations de salaire.

 

3/ Les conditions de travail

La santé l’hygiène la sécurité, comment démembrer tout ça quand on a déjà cassé la médecine du travail et diminué les CHSCT ?

Premier mensonge, Combrexelle affirme qu’on est là dans le domaine des normes communautaires (« un corpus communautaire très imposant ») dont l’application certes nécessaire, est « très contraignante pour les entreprises ». C’est le contraire et Combrexelle, qui a supervisé la réécriture du code en 2007 le sait bien. Ce qui est contraignant pour les entreprises ce sont les limites chiffrées (exemple : la manutention des charges, le temps de travail limité par le thermomètre en cas de canicule.. ) fixées par décret. Le non respect des « normes » européennes, élaborées par les employeurs pour les employeurs, d’une part ne peut être sanctionné et elles s’avèrent peu protectrices dès qu’un intérêt patronal les détermine. Exemple : en 2007 a été supprimé le règlement qui, pour les femmes, fixait à 60 kg véhicule compris la charge maximale pour pousser ou traîner des véhicules à quatre roues. En 2011, la France (l’INRS) a adopté la norme européenne unisexe qui fixe cette limite de charge à 400 kg sans préciser si elle s’applique aussi en cas de sol non lisse et/ou de pente. Les 400 kg n’ont pas été choisis au hasard, ils correspondent exactement au poids maximal en charge des containers poubelles standard de 600 L qui fleurissent le continent européen depuis que l’on a inventé une mécanisation pour les éboueurs. Les employeurs et la sécurité sociale, appelés au tribunal des affaires de sécurité sociale saisi par les femmes des entreprises de nettoyage dont le dos et la vie sont brisées, arrivent en disant : on a droit à 400 kg ! et 600 L, à la densité moyenne des déchets (entre 0,1 et 0,4) avec une poubelle à vide de 45 kg, ça ne dépasse pas 300 kg…alors peu importe la pente, les obstacles des trottoirs.

Voilà le monde merveilleux des normes. Pour être complet sur cet exemple, il faut ajouter qu’on peut se dispenser des normes quand elles ne conviennent pas aux employeurs. La même norme unisexe fixe à 25 kg le maximum pour le port de charges…mais la France n’a pas supprimé pour les hommes la limite, règlementaire cette fois, de 55 kg (et 105 kg avec avis médical). Ne doutons pas que les normes non chiffrées, et l’alignement par le bas des autres, sera aggravé par le TAFTA.

Deuxième mensonge, Combrexelle dit qu’il est possible d’ouvrir de fructueuses discussions (« Il conviendrait  en conséquence d’être plus précis sur la place de la négociation collective sur la question des modes d’organisation du travail ») sur des domaines échappant à l’Union européenne, et de citer les « troubles musculo-squelettiques » et les très mal nommés « risques psychosociaux ».

L’expérience de tous les représentants du personnel, notamment sur les « risques psychosociaux », c’est que pour eux la santé est une exigence et pour l’employeur un coût (pas seulement financier pour les « risques psycho-sociaux ») et que toutes les discussions et autres plans de prévention et formation à la résistance au stress n’ont pour seul effet que de faire perdre leur temps aux salariés et de dégager la responsabilité des employeurs quand il ne s’agit pas de la faire retomber sur les salariés eux-mêmes.

Proposition 31 :

1/ Transformer les discussions de la proposition 30 en négociation sur la « responsabilité sociale des entreprises ». Bonne idée : les labels existent déjà, on va à pas cher pouvoir vite transformer les « négociateurs » en publicitaires. Les assurances sont prêtes, comme pour les complémentaires.

2/  Entamer « avec un mandat de la loi » des négociations sur l’ « économie digitale ». Le rapport, sans parler le moins du monde de cette mystérieuse « économie digitale » propose dans cette partie que la négociation permette « d’avoir recours à de nouvelles formes de contrats de travail ou d’instituer des dispositifs nouveaux de transition professionnelle conciliant les exigences de sécurité des salariés et d’adaptation des entreprises, ceci dans un cadre prédéfini par la loi. ».

On comprend qu’il s’agit très certainement des emplois UBER (Macron ayant fait savoir qu’il ferait des propositions pour que cette nouvelle forme « innovante » trouve sa place légale – déjà facilitée par la modification de l’article 2064 du code civil) et plus généralement du travail sans contrôle de la durée du travail (travail à domicile, salariés en « portage » salarial), le lien entre ces contrats étant l’informatique qui a bon dos pour exonérer l’employeur du respect des règles élémentaires du droit du travail.

Proposition 32 :

Ouverture des discussions pour la répartition des arnaques entre les branches et les entreprises, « dans un premier temps dans les champs prioritaires des accord ACTES », qui sont, on l’a vu les plus importants dans les relations de travail… et dans les économies que les employeurs peuvent faire sur le dos des travailleurs.

Proposition 33 :

« Mécanisme de fusion des branches qui représentent moins de 5000 salariés à une convention collective d’accueil» : des dizaines, voire des centaines  d’arnaques potentielles en un seul coup.

Proposition 34 :

« Faculté, par accord majoritaire, de regrouper en deux catégories de thèmes la négociation des accords d’entreprise et de leur fixer une périodicité quadriennale avec clause annuelle de revoyure ».

En clair, « négocier » pour faciliter les futures arnaques et renvoyer à quatre ans les négociations annuelles obligatoires notamment celle qui dérange vraiment les entreprises, celle sur les salaires.

Proposition 35 :

Présentée sous forme d’expérimentation avec bilan dans quatre ans (une technique éventée pour pérenniser en douceur les arnaques), la presque claire affirmation de la supériorité de l’accord d’entreprise, même défavorable, sur l’accord de branche. Et ce dans les jolis « champs prioritaires des « accords ACTES », soit tout ce qui intéresse les salariés et relativise la restriction énoncée par Combrexelle pour l’application de ce nouveau principe destructeur (« Sous réserve de l’ordre public défini par le code du travail et l’accord de branche »).

Propositions 36 et 37, énoncées ainsi :

36.  « Assimilation législative de l’accord de groupe aux accords d’entreprise. »

37.  « Prévoir que les accords de groupe organisent l’articulation accords de groupe/entreprises/établissements. »

La première proposition (dire dans la loi que l’accord de groupe équivaut à un accord d’entreprise)  ne règle pas la définition du « groupe » qui selon Combrexelle posait problème. La conséquence dommageable est que le groupe, qui peut être étranger avec des règles différentes, va, à travers la proposition 37, pouvoir manœuvrer pour  fixer les différents niveaux de négociation (groupe, entreprises, établissements) en fonction des sujets traités. A l’inverse de ce que dit vouloir éviter Combrexelle, à savoir la fixation de ces niveaux de façon unilatérale par l’employeur. En effet, comment croire qu’il en ira différemment quand on s’en remet, comme le propose Combrexelle à un « accord de méthode au niveau du groupe» pour les fixer. Le groupe pourra aussi s’assurer que les arnaques sont bien équivalentes à l’intérieur du groupe.

Proposition 38 :

Multiplication et diffusion d’arnaques-type auprès des T.P.E.

Proposition 39 :

Des « dispositifs territoriaux négociés ».

Un gadget pour dire que l’on peut parler de tout dans les « territoires » ou « sites » ou autres « bassins d’emploi », sans que cela n’engage à rien : « Le principe devrait être posé que ces dispositifs s’appliqueraient au territoire concerné sans s’immiscer dans les relations entre entreprise et salariés » « Les dispositions de nature normative que, le cas échéant, ces « dispositifs territoriaux négociés » contiendraient n’auraient d’effet juridique que dans la mesure où elles seraient explicitement reprises dans les accords d’entreprise conclus à l’intérieur du territoire concerné ou dans une décision unilatérale de l’employeur pour les TPE ».

Le seul intérêt est pour les employeurs qui pourront, à travers ce « dispositif » souple donner à leur décision unilatérale la force d’un accord sans qu’un seul représentant du personnel représentatif du « territoire » ait eu un mot à dire.

Proposition 40 :

Encore un gadget pour faire semblant de prendre en compte les intérêts des salariés des multinationales (« filières internationalisées ») tout en ne générant aucune contrainte pour celles-ci : « Le législateur pourrait prévoir le cadre juridique de ces expérimentations, dans le cadre de ce que les spécialistes dénomment parfois « l’entreprise étendue ». « Plaquer ces accords dans un paysage dont les piliers essentiels sont l’accord de branche et l’accord d’entreprise peut être source de grande insécurité en l’absence de toute articulation entre les différents accords ».

Il s’agit de faire comme pour les « comités d’entreprise européen » des grandes entreprises implantées dans plusieurs pays : une coquille vide, sans pouvoirs.

Pour garantir la sécurité des multinationales, Combrexelle prévoit que le ministre de l’économie soit en charge de l’expérimentation au même titre que le ministre du travail.

Proposition 41 :

Propagande pour les délicieuses « bonnes pratiques » des accords transnationaux à mieux intégrer dans les arnaques nationales.

Proposition 42 :

Une proposition limpide pour une fois : l’accord collectif « préservant l’emploi » dissout le contrat de travail individuel. En clair, baisse de salaire et augmentation de la durée du travail « légalisées » si l’employeur met avant la « préservation de l’emploi » ce qui peut toujours être invoqué. Comme chez Smart et Daimler…

En cas de refus le salarié qui ne veut pas renoncer à son contrat de travail est licencié et ce qu’il advient de lui est si incroyable (enfin pas pour Terra nova qui avait claironné cette solution deux jours avant Combrexelle) qu’il suffit de citer Combrexelle pour voir la dissolution des règles élémentaires du droit et saisir la cruauté de la proposition : « S’il refuse cette situation, ce salarié doit pouvoir être licencié pour un motif économique tenant à la situation de l’entreprise, la cause réelle et sérieuse étant présumée. Le régime indemnitaire serait spécifique à cette situation et devrait être moins attractif que celui prévu par le droit commun en cas de licenciement pour motif économique.

Le refus volontaire du salarié de se plier à la règle négociée commune qui a pour seul objet de préserver l’emploi de la communauté de travail  devrait avoir, pour ce salarié, un coût par rapport à l’indemnisation de droit commun dont bénéficie le salarié qui fait l’objet d’un licenciement pour motif économique ». Géant !

Proposition 43 :

Généralisation à partir de 2017 du principe selon lequel l’arnaque sera légitimée par des « accords » « majoritaires ».

Proposition 44 :

Une dernière mascarade pour la fin : Combrexelle propose une « large concertation » avec les « partenaires sociaux » sur la « base de ses propositions ».

Une illustration du constat fait plus haut : on ne discute jamais que des exigences du MEDEF.

Une illustration du mensonge à répétition : il n’y a jamais eu pour le droit du travail la moindre concertation réelle, mais des courses (procédures accélérées, ordonnances, 49-3) pour éviter ne serait-ce qu’une discussion qui mettrait en lumière ce dont il est question.

De ce point de vue, la composition de la commission Combrexelle est une caricature de ce que l’on fait quand on veut éviter d’avoir en face des personnes qui connaissent la pratique du droit du travail et peuvent se représenter et décrire les conséquences pour les travailleurs des changements d’ « architecture » et autres euphorisants.

Richard Abauzit – Gérard Filoche

 

 

Reconstruire le Code du travail en 10 points prioritaires pour « travailler mieux, moins, tous et gagner plus »

Le code du travail n’est pas trop gros (675 p de lois) et il est lisible, s’il doit être amélioré c’est dans le sens suivant :

 

1°) Réduire la durée légale et maximum du travail :

 

35 heures légales, 44 heures maxima, 5 jours de travail et 2 jours de repos consécutifs par semaine. Quand on a 6 millions de chômeurs il faut aller vers 32 h et 30 h pour la durée légale et vers 40 h pour la durée maxima, la semaine de quatre jours.

La première préoccupation est de réduire la durée réelle (on fait 41h en moyenne en 2015 et il existe un milliard d’heures supplémentaire dissimulées, c’est à dire non payées, non majorées soit l’équivalent de 600 000 emplois) de la semaine de travail au plus près de la durée légale de 35 heures et de la poursuivre en lien avec la santé des salariés et avec l’emploi de tous.

Le « temps de travail effectif » sera défini comme le « temps où le salarié est subordonné à l’employeur ». Il intégrera ainsi les pauses forcées, le temps des trajets imposés, d’habillage obligatoire et de casse-croûte indispensables sur le lieu de travail en journée continue. Les heures supplémentaires doivent redevenir « ponctuelles et imprévisibles », donc exceptionnelles (selon un accord signé par le patronat le 31 octobre 1995). Elles doivent être majorées de 50 % pour les 5 premières heures et de 100 % pour les suivantes afin de les rendre plus coûteuses que l’embauche.

Le contingent annuel d’heures supplémentaires doit, dans un premier temps, revenir à 130 heures et, par la suite, être réduit à 100 heures. La durée du travail légale annuelle sera rétablie à 1 600 heures annuelles, le « forfait jour » sera abrogé, le temps de repos quotidien porté à 13 heures, tout sera mis en œuvre pour que la totalité des heures de travail effectif soient comptabilisées de façon fiable et transparente, contrôlables par les salariés eux-mêmes, les syndicats et l’inspection du travail.

Les sanctions aux délits de « travail dissimulé » seront majorées et appliquées. Nous rétablirons, sauf cas de force majeur, les deux jours de repos consécutifs hebdomadaires et le principe du repos dominical sera renforcé. En cas de dérogation exceptionnelle et impérative, il sera attribué une majoration de 100 % ainsi que pour le travail de nuit, afin d’en rendre l’usage dissuasif pour les femmes et les hommes. De manière générale, les travaux du dimanche et de nuit seront soumis à dérogation et à contrôle : l’interdiction aux mineurs sera rétablie.

Les aides publiques pour les 35 heures puis 32 h ou 30 h seront réservées aux petites et moyennes entreprises (moins de 50 salariés) et seront versées en proportion du nombre d’embauches réalisées et maintenues, suite à la réduction réelle du temps de travail. Ces aides seront distinctes selon les seuils sociaux (moins de 10 salariés, moins de 20 salariés et moins de 50). Elles feront l’objet d’une « convention » avec la puissance publique, elles seront liées au respect du Code du travail, blocables avec effet immédiat, et restituables comme toute aide en cas d’infraction aux accords passés.

 

2°) Empêcher la précarité

 

En instaurant un plafond de précaires par entreprise : la loi fixera un quota maximal d’intérimaires et de contrats à durée déterminée égal à 5 % maximum des effectifs dans les entreprises de plus de 20 salariés, sauf dérogation exceptionnelle préalable. (Cela vient d’être fait avec la loi Chaynesse Khirouni a 15 % pour les stagiaires). La loi augmentera l’indemnité de précarité d’emploi pour la rendre dissuasive : dans un premier temps à 25 %, pour les CDD comme pour l’intérim. L’usage de contrats précaires sur des postes permanents sera plus durement sanctionné. La requalification en CDI de CDD successifs sera facilitée, autant dans le secteur public que dans le privé. La durée d’un CDD sera au maximum d’un an. Tout allègement des cotisations sociales encourageant les emplois à temps partiel et précaires sera supprimé. La loi établira une complète égalité des droits entre salariés à temps plein et salariés à temps partiel, organisant la priorité pour revenir à temps plein. Elle limitera à 1 heure au maximum l’interruption entre deux plages de travail au cours d’une même journée, pour tout temps partiel, avec pénalité forte en cas d’infraction. Elle encadrera le temps partiel, freinera les abus, empêchera qu’il soit un ghetto subi pour les femmes et non qualifiés, le valorisera de façon à ce qu’il ne soit pas le lot des « travailleurs pauvres ».

 

3°) Établir un nouveau contrôle administratif de l’inspection du travail sur les licenciements :

 

En 1986, la droite avait supprimé le précédent contrôle de l’administration sur les licenciements qu’elle avait elle-même instauré en 1975 et dont les prémices existaient depuis 1945. L’inspection du travail, saisie par un syndicat, pourra suspendre la procédure dès lors qu’il y a « un doute manifeste » sur le bien-fondé du licenciement. Le salarié restera dans l’entreprise et si l’employeur veut poursuivre la procédure, ce sera à lui d’apporter la preuve de son bien-fondé devant le juge concerné. Pour les licenciements collectifs, les lois Sapin 2013 et Macron 2015 seront abrogées et la « loi de modernisation sociale » (janvier 2002) sera rétablie et améliorée de façon à donner à la puissance publique les moyens d’interdire effectivement, les délocalisations et licenciements boursiers, spéculatifs, ne reposant pas sur des difficultés économiques réelles et sérieuses. Le contrôle et la taxation massive des délocalisations boursières et des externalisations artificielles est l’arme par excellence contre l’avidité du capital financier. Si l’existence de réelles difficultés économiques est reconnue, l’inspection du travail pourra rendre la procédure «nulle et de nul effet » en dressant un « constat de carence » dans un délai de huit jours après la fin de toutes les procédures, lorsque « les mesures visant au reclassement sont insuffisantes », sauf si le comité d’entreprise ou les délégués du personnel, à la majorité, constatent que l’employeur a fait les efforts nécessaires en matière de reclassement et d’indemnisation des salariés concernés et qu’il a mené une politique active de ré-industrialisation du bassin d’emplois touché par la fermeture éventuelle du site.

 

4°) Réguler la sous-traitance :

 

Contre les « externalisations » artificielles, les cascades de sous-traitance organisées par des grands groupes pour contourner les seuils et droits sociaux. Conduire une politique nouvelle de régulation et de protection pour 97 % des entreprises avec trois mesures essentielles :

– Rendre pénalement, civilement et économiquement responsable de façon incontournable le donneur d’ordre afin qu’il ne puisse passer des marchés à des conditions avilissantes et se dégager des conséquences qui en résultent.

– Aligner les conventions collectives des sous-traitants sur celle du donneur d’ordre le temps de l’exécution des marchés, selon le principe existant déjà dans le Code du travail pour les CDD et les intérimaires. (cf. décisions du Labour National Board sept 2015 aux USA)

– Faciliter la reconnaissance des unités économiques et sociales (UES) et la lutte contre les fausses franchises, l’éclatement artificiel des établissements, le faux travail indépendant, le marchandage et le prêt illicite de main- d’œuvre.

Cela revient à abroger les lois Madelin, Fillon, Dutreil, Larcher, Sapin, Macron qui ont encouragé les « découpes » d’entreprise, la dé-responsabilisation des groupes et UES, et toutes les formes de recours à la sous-traitance dérégulée permettant à des donneurs d’ordre de surexploiter les petites entreprises, privées de réelle autonomie et de droits pour leurs salariés, poussées notamment à recourir au travail illégal dissimulé. Ainsi que les formes atypiques anti-salariées : auto entrepreneurs, faux indépendants, SSII, CDII, etc.…

 

5°) Redévelopper la démocratie syndicale et sociale.

 

Il dépend d’une volonté républicaine de redonner toute leur place dans notre pays aux syndicats. Les syndicats, indispensables à la vie démocratique et sociale, ont été atteints et diminués par la montée du chômage, par une très vive répression patronale, par la déréglementation des droits du travail. C’est au législateur de corriger ce déséquilibre nuisible à toutes les relations sociales. Il faut leur redonner les moyens juridiques, moraux et matériels de jouer un rôle de premier plan. Pour donner une légitimité démocratique à la représentation syndicale, les élections prud’homales et les élections, qui seront rétablies et étendues à la gestion de toutes les caisses de protection sociale (Sécu, chômage, retraites, accidents du travail et maladie professionnelle, allocations familiales), devront se tenir le même jour, une fois tous les 5 ans. Ce jour sera chômé afin que chacun puisse voter librement. Les syndicats seront aidés financièrement par la puissance publique pour pouvoir défendre leurs points de vue et solutions dans de vraies campagnes électorales, citoyennes, éducatives. Ce financement public ne saurait se substituer aux cotisations ni mettre en cause l’indépendance syndicale, il viendra en complément et en proportion des adhérents réels et du nombre de voix obtenues aux différentes élections par les structures concernées.

Les élections professionnelles IRP et celles des comités paritaires de la Fonction publique seront organisées à dates fixes le même jour, tous les deux ans au plus, dans chaque branche, de façon à permettre popularisation et intérêt pour celles-ci.

 

6°) Accroître les moyens et pouvoirs des instances représentatives du personnel.

 

Le redéploiement de la démocratie sociale nécessite une extension des missions des comités d’entreprise et, à défaut, une extension des missions et moyens des délégués du personnel (DP : entreprises de plus de 10 employés – passage à 5 comme en Allemagne) et surtout extension des rôles, droits et moyens des conseillers du salarié (entreprises au sein desquelles il n’y a pas de DP). Les comités d’entreprises, élus tous les deux ans au plus, ne seront plus seulement consultés, mais ils pourront sur certaines questions donner un « avis conforme » sans lequel l’employeur ne pourra imposer sa décision. Cela rétablira une obligation de négocier, avec des résultats. Cela portera sur des questions clés et délimitées : horaires, application des conventions collectives, pour lesquelles l’employeur ne pourra pas imposer ses décisions sans avoir obtenu l’avis préalable et conforme de ces instances, comme c’est déjà le cas pour les comités d’entreprise (à propos des modifications d’horaires individualisés et de changement de centre de médecine du travail). La transparence des comptes et les obligations d’information complète et permanente des IRP seront rétablies sur tout ce qui concerne l’entreprise et le groupe, la moitié des conseils d’administration sera composée d’élus syndiqués des salariés, protégés et formés.

Dans les TPE, PM, PMI, ETI, partout ou il n’y aura pas d’IRP, les conseillers du salarié se verront augmenter en nombre, en moyens, crédit d’heures, avec la possibilité d’être saisis par les salariés et d’intervenir légalement comme interlocuteurs des employeurs sur les questions ayant trait à l’application du droit et des contrats et conventions collectives.

 

7°) Protéger, assurer, renforcer l’hygiène et la sécurité au travail.

Protéger la santé au travail en lien avec la réduction du temps de travail et le recul de la précarité est un aspect décisif de l’ordre public social.

Nous prendrons toutes les mesures pour réparer complètement, ce qui est loin d’être le cas, les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Nous redévelopperons la prévention maxima, et donnerons toute son indépendance à la médecine du travail. Le taux d’exposition aux risques étant plus élevé dans les petites entreprises, il faut abaisser les seuils à 20 salariés, initier des CHSCT de site et de branche, départementaux, donner davantage d’heures de délégation, une meilleure formation de qualité, et un budget. Les CHSCT, c’est la prise en main par les travailleurs concernés de leur propre sécurité, la meilleure prévention pourvu qu’ils aient les moyens humains et matériels de faire face à toutes leurs obligations. Ils seront élus et non plus désignés, auront un budget et un statut propre, dans toutes les entreprises de plus de 20 salariés, leurs membres seront formés et disposeront de crédits d’heures suffisants pour exercer leur mission assurant tous les domaines de la sécurité au travail prévus dans leurs fonctions. Une « obligation de faire » sera instaurée en matière d’hygiène sécurité sur injonction de l’inspection du travail, avec arrêts de travaux et majoration des cotisations afférentes.

 

8°) Combattre toute forme de discrimination.

 

Donner les moyens aux salariés, institutions, syndicats, IRP, inspecteurs du travail, prud’hommes, tribunal pénal, d’agir contre et de sanctionner toutes les formes de discrimination et de harcèlement au travail et dans l’entreprise.

Cela concernera les discriminations syndicales en premier chef mais aussi contre celles à l’égard des immigrés et minorités, de l’âge, des handicaps et des orientations sexuelles, philosophiques, politiques ou religieuses.

À commencer par les discriminations à l’égard des femmes, en matière de salaires, de promotions et de congés maternité. L’égalité salariale à travail égal devra être établie par la loi partout en un délai d’un an sous peine d’astreintes et de lourdes sanctions financières. Les conventions collectives devront comporter des chapitres obligatoires sur l’évolution des carrières, des qualifications, des niveaux, échelons et coefficients salariaux, pour tous et toutes explicitement selon les grilles de métiers et les expériences acquises.

Les femmes de retour de congés maternité devront retrouver un poste identique et seront protégées pendant 18 mois après leur retour.

Le « millefeuille » de cotisations mutuelles, prévoyances, complémentaires, assurances et aussi le RSI sera aboli et il y aura des cotisations uniques universelles pour toutes et tous, progressives et plafonnées, versées aux seules caisses de Sécurité sociale pour salariés (93 % des actifs) et ce qui reste de non salariés (7%). Sauf, selon la clause de faveur pour les régimes réputés plus avantageux pour les salariés.

 

9°) Instaurer une véritable Sécurité sociale professionnelle,

 

Quatre droits fondamentaux constitutifs seront mis en œuvre : – Le droit au reclassement.
– Le droit au revenu.
– Le droit à la protection sociale.
– Le droit à la formation continue.

La formation des salariés tout au long de la vie ne doit pas être un prétexte du patronat pour licencier. Il ne s’agit pas d’échanger une sécurité de l’emploi pour l’ombre d’un reclassement aléatoire. Ni de permettre au patronat de rejeter la formation hors du temps de travail et de ne pas en payer le coût. Les formations des demandeurs d’emploi doivent être rétribuées dans les mêmes conditions que le chômage : 75 % des derniers salaires. Ce droit sera financé dans le cadre du droit au revenu de la Sécurité sociale professionnelle, de l’assurance maladie et de la retraite.

Cela impose la création d’un grand service public de la formation professionnelle doté des moyens nécessaires, tant humains que financiers permettant de délivrer des certifications reconnues par l’État et intégrées dans les conventions collectives.

Ce droit à la formation ne doit pas permettre de légitimer l’abaissement du niveau du socle minimum de connaissances que l’école doit permettre à chacun d’acquérir, sous prétexte que la formation continue serait d’autant plus développée que la formation initiale aurait été courte. Il faut rappeler à ce sujet, pour éviter tout dérapage, que rien ne vaut une formation initiale de qualité.

L’apprentissage ne pourra commencer en entreprise qu’à partir de 16 ans, interdit le dimanche, de nuit et en situation dangereuse,  il sera rémunéré au Smic pour la partie travaillée, mieux encadré, le jeune encore scolarisé reste sous le contrôle permanent de son maitre de stage.

Pour une bonne Sécurité sociale professionnelle, il est nécessaire d’écarter deux illusions. La première illusion : considérer que la mobilité de l’emploi est une conséquence inéluctable des mutations technologiques. La deuxième illusion : croire que la Sécurité sociale professionnelle puisse se substituer à la lutte contre les licenciements abusifs et pour le CDI de plein emploi.

Une véritable Sécurité sociale professionnelle devra s’accompagner de toutes les mesures destinées à sécuriser l’emploi. Il s’agit d’un droit lié à la personne qui n’est pas contradictoire ni substituable mais complémentaire aux droits collectifs liés au contrat de travail. On tend vers des droits et conventions, contrats collectifs négociés avec les syndicats majoritaires et sous contrôle des IRP, et non pas vers un « compte personnel d’activité » où le salarié est seul à seul face à l’employeur. Le code du travail et les contrats collectifs, selon la « clause de faveur », sont la contrepartie à la « subordination juridique permanente » qui caractérise le contrat de travail.

 

10°) Démultiplier les moyens de l’inspection du travail.

 

L’établissement d’un réel contrôle par la République sur le pouvoir des employeurs et des actionnaires demande un accroissement substantiel des effectifs et des moyens de l’inspection du travail. Le nombre de sections d’inspection sera au moins doublé pour permettre le respect des droits des 18 millions de salariés actifs dans le secteur privé. Il s’agit d’un choix de société : les lois de la République doivent l’emporter sur le marché, l’état de droit doit régner dans les entreprises comme ailleurs. Il faut remplacer la fumeuse « main invisible du marché », à terme par les coopératives et l’autogestion mais dans l’immédiat par la citoyenne « main visible de la démocratie ».

Le bon combat, c’est celui pour que l’économie soit subordonnée aux besoins des humains, et non l’inverse. Les entreprises qui fonctionnent avec des salariés respectés, bien formés, bien traités, bien payés, fonctionnent mieux que toutes les autres.

Toute cette bataille pour un état de droit dans l’entreprise,  pour un nouvel ordre public social devra être accompagnée d’un renforcement du droit pénal du travail : sanctions effectives plus fortes, directives aux Parquets plus strictes contre la délinquance patronale. Il est insupportable pour une société équilibrée que « ceux d’en haut » et, parmi eux, les chefs d’entreprise, ne montrent pas l’exemple, alors que ce sont eux qui ont la responsabilité supérieure d’embauche et de débauche, de vie ou de mort sur le contrat de travail.

 

COMBREXELLE N° 2 : REECRITURE DU CODE DU TRAVAIL : UN CRIME EN SERIE ET EN BANDE ORGANISEE

Ils sont venus, ils sont tous là ; ils ne quittent à vrai dire jamais la scène : le MEDEF, ses greffiers (JD. Combrexelle, C.Radé) et ses propagandistes.

A l’heure où la meute communie sans vergogne, psalmodiant une même ode à un code du travail enfin sorti de son « obésité » pour être « simplifié », « lisible », « efficace », « juste » et « protecteur », il est de première nécessité pour éviter les constats « partagés » pavloviens de faire retour sur ce qu’ils ont fait et continuent de faire du Code du travail depuis une douzaine d’années.

 

Car c’est Combrexelle 2. C’est la deuxième fois que le même homme passe le code du travail à l’acide des exigences du Medef

 

On y verra sans nulle exception avec quel acharnement et quelle impressionnante constance est poursuivi un objectif limpide : détruire les droits des travailleurs en revenant à leur situation du début du XIXème siècle, sans autres droits que ceux tirés du Code civil, où le patron et son salarié sont censés être à égalité.

Pour cela, ils n’ont eu de cesse de chercher à renverser la hiérarchie des normes arrachée au prix de milliers de morts et de fantastiques mouvements collectifs, une hiérarchie qui devrait aujourd’hui relever d’un simple bons sens démocratique : une loi (et des décrets d’application) la même pour tous les travailleurs et citoyens, des accords collectifs qui ne peuvent être que plus favorables que la loi, et un contrat de travail individuel qui ne peut être que plus favorable que ces accords collectifs.

Le rapport Combrexelle et la loi qui doit en sortir, c’est l’aboutissement de ce processus :

1/ faire que dans tous les domaines du droit du travail (dans certains domaines cela est déjà possible) l’« accord » collectif prime sur la loi. De fait, autant de « lois » que d’entreprises.

2/ faire que dans tous les domaines du droit du travail, l’accord collectif prévalant sur le contrat de travail, soit plus défavorable et que soit licencié le salarié qui refuserait de renoncer aux droits inscrits sur le contrat qu’il a signé ; avec, cruauté gratuite, une indemnité de licenciement inférieure à la loi, celle que l’accord collectif aura décidé !

Sur ce dernier point, le sale travail a déjà été largement déblayé par la loi MACRON qui a explicitement inscrit dans la loi la possibilité de jeter le Code du travail si patron et salarié se mettent d’accord, sur la base du Code civil, pour régler entre eux leurs « différends ».

Le but pratique de toutes ces manœuvres est accessible à l’entendement, pour peu qu’on dresse une oreille qui sache percevoir au-delà du bruit de la propagande la petite musique qui s’étalait sans fard il y a bientôt deux siècles :

1/ ce qui est recherché, c’est la possibilité, par « accord » collectif ou individuel, de faire sauter les limites de durées maximales du travail sur la journée et la semaine et de moins ou pas du tout payer les majorations pour heures supplémentaires. (La lecture comparée de  la loi de 1936 sur les 40 heures et celle de l’article L.3122-4 du code du travail illustre bien ce point).

2/ ce qui est recherché, c’est de faire sauter, par « accord » collectif ou individuel, les salaires minima des grilles des conventions collectives et/ou les salaires consentis dans les contrats de travail individuels, et ce sans plus avoir à invoquer des difficultés économiques (comme la possibilité en est déjà donnée aux employeurs par l’A.N.I du 11 janvier 2013, la loi du 14 juin 2013 et la sinistre loi MACRON annoncée sur ce point par un premier ministre parlant de « Small Business Act »).

Pour atteindre ce travail de destruction des droits des travailleurs, est mené de façon concomitante et avec le même acharnement, l’affaiblissement et la destruction des moyens de défense des salariés : représentants du personnel, syndicalistes, médecine du travail, inspection du travail, droit de grève, conseil de prud’hommes. Là aussi, lois, décrets, ordonnances, « accords » collectifs se succèdent à un rythme accéléré pour raboter, saper, escamoter, détruire. Le tout dans l’ignorance maintenue du plus grand nombre.

Si on veut une preuve de la malhonnêteté de tous ceux qui parlent de garde-fous en expliquant que des « accords » collectifs « majoritaires » vont protéger les travailleurs, il suffit de remarquer que sur ce point – et malgré l’expérience qui peut « garantir » que ces « accords », passés chantage à l’emploi à la clef, seront régressifs – aucun contrôle et aucune sanction n’est prévue en cas de non respect de ces « accords » ! (alors qu’étant censés faire la loi, il conviendrait de prévoir les moyens de la faire respecter. En 1982, la possibilité de sanctionner pénalement les infractions aux dispositions des accords collectifs a certes été inscrite dans la loi, mais jamais n’a été pris le décret qui aurait permis de l’appliquer…)

La suite combinée de la première « recodification » par ordonnance de 2004 à 2008 par le même Combrexelle

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Retour sur la première et toute dernière réécriture complète du code du travail, annoncée en 2004 et achevée par l’ordonnance n° 2007-329 du 12 mars 2007 pour la partie législative, ratifiée par la loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008.

Pour mémoire, à l’initiative de Gérard Filoche, une conférence de presse s’était tenue à l’assemblée nationale avec syndicalistes et députés de l’opposition de gauche de l’époque pour s’y opposer en expliquant le mensonge d’une réécriture prétendument « à droit constant ». Quelques 150 amendements pour revenir à l’ancien code avaient été, pour l’essentiel en vain, défendus à l’assemblée nationale.

 

1/ UN CRIME PREMEDITE

L’exigence des organisations patronales d’en finir avec le droit du travail est intemporelle. On peut cependant dater de la fin des années 1970 la période où l’ancêtre du MEDEF, le CNPF, a commencé à la proclamer bien fort. Et de 2002 précisément la mise noir sur blanc de la « feuille de route » comme ils aiment dire, c’est-à-dire du détail de la réécriture du Code du travail à même de satisfaire cette exigence. (voir Annexe I, le rapport De Virville).

De 2002 à 2007, le gouvernement de droite a consciencieusement suivi cette feuille de route (voir Annexe II, mise en œuvre de la feuille de route 2002-2005). En 2004, notamment, inscription partielle du renversement de la hiérarchie des normes dans le code du travail et en 2007, sous couvert de « dialogue social », inscription dans le code du travail d’un principe qu’Hollande voulait constitutionnaliser ( contre l’article 34 actuel de la consitution!) : aucune loi en matière de droit du travail sans qu’elle n’ait fait auparavant l’objet d’une « négociation » entre « partenaires sociaux ».

2/ DES AVEUX INVOLONTAIRES

Un des greffiers, Christophe Radé, qui faisait partie du « comité d’experts » chargé de la réécriture du code du travail, s’est épanché dans l’avant-propos de l’édition Dalloz 2007 de ce nouveau code. Jugeant, sans craindre la contradiction avec la meilleure « lisibilité » affichée pour ce nouveau code, que les usagers devraient faire un effort « à la hauteur de l’œuvre réalisée : colossal », il avait ajouté à cette démonstration de modestie une incise qui certifiait l’arnaque : « Plusieurs mois, voire plusieurs années seront sans doute nécessaires pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets ».

Même s’il y avait là cynisme et forfanterie (à la main et sans tableau de correspondance au moment de la sortie de l’ordonnance, la connaissance de ces « secrets » étaient à portée de volonté), il reste que pour l’immense majorité des citoyens, ce nouveau code du travail est resté inconnu et c’était un des objectifs de la manœuvre sous le refrain « non il n’a pas changé ».

D’ailleurs, en 2011, Christophe Radé, dans l’avant-propos de l’édition Dalloz 2011, après avoir évoqué de « vives critiques pendant et à l’issue de la période de recodification », pensait pouvoir écrire que « la réussite de l’entreprise » avait été « très largement reconnue », que les « passions » étaient retombées et que les « usagers » s’appropriaient leur nouvel outil.

Décrire les réelles modifications du nouveau code de 2007 permet de comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui et même pourquoi ceux-là même qui l’ont écrit font aujourd’hui semblant de s’en écarter, Christophe Radé par exemple venant de commettre dans la revue Lexbase un article le 3 septembre 2015 intitulé « Simplifier le droit du travail – ou comment vider le tonneau des Danaïdes »…

Là encore, en choisissant une image inadéquate, Christophe Radé nous donne involontairement la clef de l’objectif visé derrière une prétendue « simplification » : non pas remplir le tonneau percé des Danaïdes avec un code du travail débarrassé des lourdeurs inhérentes au trou du tonneau qu’il dénonce, mais bien le vider.

3/ LES PRINCIPES de la réécriture du code en 2007

31/ Les mots de la guerre de classes

Aux 9 parties dites « Livres » qui composaient une architecture logique

[1/ Les droits fondamentaux du salarié à travers le contrat de travail (embauche, licenciement, salaire), en commençant logiquement par le contrat d’apprentissage, et les accords collectifs de travail, non opposés au contrat de travail ;

2/ Les droits correspondant aux conditions du travail (âge, durée, repos, hygiène et sécurité, médecine du travail)  ;

3/ Les droits relatifs à la perte d’emploi ;

4/ Les droits syndicaux et celui des représentants du personnel ;

5/ les « conflits du travail » et leur règlement au conseil de prud’hommes ;

6/ le contrôle de l’application de « la législation et de la règlementation du travail » soit l’inspection du travail ;

7/ les droits particuliers à certaines professions ;

8/Les droits particuliers dans les DOM-TOM ;

9/ Les droits à la formation professionnelle continue ] se substituent 8 grandes « Parties »et 45 « Livres ».

La première et la deuxième grande partie recouvrent les relations de travail, la première pour celles considérées comme « individuelles », la deuxième pour les « collectives ».

Ainsi le contrat de travail est-il isolé des relations collectives et le salarié est comme le veut l’employeur : seul avec comme unique recours les prud’hommes désormais insérés dans une partie « résolution des litiges » au lieu de « conflits du travail ».

De même les délégués du personnel sont inclus dans cette deuxième partie alors qu’ils ont comme attributions la défense des réclamations tant individuelles que collectives.

Les représentants du personnel ont droit à un « Livre » dénommé « Salariés protégés », une façon habile de transformer ces salariés qui prennent les plus gros coups (quand ils défendent les salariés) en potentiels privilégiés.

La troisième partie intitulée « Durée du travail, salaire, intéressement, participation et épargne salariale » est celle qui réalise l’exploit de mettre un signe égal entre salaire et durée du travail (avec comme corollaire l’acceptation du non paiement ou du sous-paiement des heures supplémentaires (repos « compensateur «  de remplacement, compte-épargne temps…) et de faire progresser l’idée que les conditions de travail les plus dégradées peuvent se monnayer.

Enfin mêler salaire et intéressement, c’est accepter l’idée que les sommes versées au titre de l’intéressement seraient un cadeau de l’employeur pris sur les profits et non ce qu’elles sont en réalité (des salaires dus) : elles peuvent donc échapper aux cotisations sociales.

La quatrième partie « Santé et sécurité au travail » voit les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail regroupés dans le Livre « Institutions et organisme de prévention », occultant ainsi son rôle d’expression collective des intérêts des salariés et la personnalité morale dont il est doté.

Le titre de la cinquième partie (« Emploi ») ne reprend pas le « placement » qui le complétait, un signe du démantèlement de l’ancien service public de l’emploi. Les « travailleurs privés d’emploi » y deviennent «  demandeurs d’emploi » et la « garantie de ressources des travailleurs privés d’emploi » s’est transformée en  « indemnisation des travailleurs involontairement privés d’emploi » pour bien signifier qu’il y aurait des travailleurs volontairement mis à la porte et des chercheurs d’emploi infoutus de trouver l’emploi inexistant. Et afin que nul ne l’ignore, un titre est consacré aux « droits et obligations du demandeur d’emploi ». Enfin, dans un même « Livre » ont été regroupés les « travailleurs handicapés » et les « travailleurs étrangers », un rapprochement nouveau dont on pressent qu’il affecte les deux catégories de travailleurs.

La sixième partie « La formation professionnelle tout au long de la vie » consacre le passage d’un droit – à la formation – à une obligation sans fin.

Signe d’une volonté manifeste, le contrat d’apprentissage y est logé, alors qu’il ouvrait auparavant le « livre » sur les contrats de travail. Le voilà symboliquement réduit à une simple formation. Le titre « Droits individuels et collectifs des salariés en matière de formation » a disparu, transformé en « Dispositifs de formation professionnelle continue »

La huitième partie enfin (« Contrôle de l’application de la législation du travail ») révèle en son titre un des enjeux essentiels de la recodification. En remplaçant le contrôle par l’inspection du travail de la « législation et de la règlementation du travail » par celui de la seule « législation », on permet progressivement de légitimer le double mouvement constant de transfert de la loi sur des règlements et de fermeture des yeux sur les infractions aux dispositions de ceux-ci.

Très symbolique de ce mouvement, l’ancien chapitre «  Obligations des employeurs » a été supprimé dans le nouveau code.

Enfin – en mettant sur le même plan dans cette partie l’inspection du travail (Livre 1er) et la « lutte contre le travail illégal » (Livre 2), ce qui, dans beaucoup de têtes, est synonyme de l’ancienne appellation travail « clandestin », elle-même peu différenciée du travail des « clandestins » – on suggère que l’activité de l’inspection du travail se limite ou tout au moins devrait se limiter à traquer les travailleurs étrangers sans papiers.

 

à venir :

32/ Les dix codes

33/ Du L au R et du R au D

34/ La casse de l’inspection du travail

35/ L’affaiblissement et/ou la suppression des obligations des employeurs ; la dépénalisation des obligations restantes

4/ ANALYSE QUANTITATIVE de LA RECODIFICATION

Méthode suivie

5/ ANALYSE QUALITATIVE

Méthode suivie

en suivant l’architecture de l’ancien code

 

 

Extrait de l’analyse de la recodification 2007-2011

 

28/ D.212-21 / D.3171-8, 9 :

Contrôle de la durée du travail en l’absence d’horaire collectif

Par décret n° 2010-778 du 8 juillet 2010, il a été ajouté un article R.3171-9-1, grâce à la complicité très active de Jean-Denis Combrexelle, alors directeur général du travail, qui dispense du contrôle de la durée du travail les entreprises de distribution de prospectus publicitaires (Adrexo, Mediapost…), par la grâce d’une « quantification préalable » établie par accord collectif étendu (par le même Combrexelle…) sur la base de nombreux critères (« secteur géographique », « part relative dans ce secteur de l’habitat collectif et de l’habitat individuel », « nombre de documents à distribuer », « poids total à emporter » auxquels l’accord collectif peut, last but not least, ajouter des « critères complémentaires »). Par deux fois, le Conseil d’Etat a annulé les deux décrets pris par Combrexelle. Il faut dire que la réalité, depuis plus de vingt ans que dure cette farce, c’est que la durée réelle de travail des distributeurs tourne autour du double de cette « quantification »…

 

La suite risque d’être triste : d’une part Combrexelle, qui a été de tous les mauvais coups contre le droit du travail, a été nommé président de la section sociale du Conseil d’Etat en novembre 2014 (d’où il pourra modifier les décisions antérieures) et responsable de la mission confiée par le gouvernement pour, précisément, faire passer les accords collectifs au dessus de la loi.

 

Richard Abauzit