C’est lui qui préférait la Ve internationale à la IVe, qui nous fit scissionner l’Unef, qui déclara que la social démocratie était définitivement morte en 1969, qui poussa aux syndicats rouges, qui refusa le front unique, qui se planta à 100 % pendant 2 ans sur la révolution portugaise, qui défendit même la préparation pratique de la lutte armée en France, qui refusait les « syndicats de soldats », qui commit l’énorme erreur politique et humaine de défendre une ligne de guérilla en Amérique latine, (notamment contre Jean-Pierre Beauvais qui nous a quitté aussi le 15 décembre dernier). C’est aussi Bensaid qui s’écria « Alka-seltzer » lorsque le Mur de Berlin est tombé, qui osa dire « on construira d’autres murs », c’est lui qui m’interdisait de publier des livres, m’empêchait d’écrire dans Rouge ou Inprécor, qui a retiré toutes responsabilités à notre minorité, un sectaire manichéen qui nous a poussé dehors en faisant voter par le congrès LCR de juin 1994 que notre minorité était désormais placée « hors norme »…
Mais malgré toutes ces erreurs théoriques, historiques, politiques, en dépit de tout cela, justement à cause de tout cela, respect, respect, même une certaine empathie, j’ai souvenir de l’orateur à la voix du midi qui nous disait « l’histoire nous mord la nuque », je me souviens de la création, ensemble, de la JCR, puis de la LCR, puis des réunions du SU, et de toutes les batailles d’idées qu’on parvenait à lui imposer en bulletin intérieur, des nuits enfumées, des conférences interminables, des grands meetings des 100 ans de la Commune, du lancement du quotidien Rouge… Honneur à la bataille des idées. Ce n’est pas un « grand vide qui tombe sur notre époque », non, mais intimement, en nous, c’est un grand manque, un froid, presque un désespoir, oui…
Gérard Filoche