Halte au déchainement de la repression policière, halte à la violence forcenée de Macron

146 lycéens arrêtes à Mantes, plusieurs jeunes blessés gravement
halte aux tirs tendus, partout agressions, nassage, gazage,
matraquages violents, passages a tabac,
halte au flash ball, halte aux grenades offensives, halte aux passages a tabac,
halte aux jugements expéditifs,
Libération :
GILETS JAUNES

«On n’a rien fait monsieur» : à l’intérieur du Burger King investi par les CRS

Par Robin Andraca — 6 décembre 2018 à 13:07
Manon et son compagnon, à la sortie du Burger King de l'avenue Wagram.Manon et son compagnon, à la sortie du Burger King de l’avenue Wagram. 

Une manifestante de 28 ans a transmis à «Libé» une nouvelle vidéo, filmée depuis l’intérieur du fast-food, où des gilets jaunes ont été matraqués par des CRS samedi 1er décembre à Paris.

  • «On n’a rien fait monsieur» : à l’intérieur du Burger King investi par les CRS

Lors de la journée d’action des gilets jaunes, samedi à Paris, des manifestants se sont réfugiés dans un fast-food, avenue Wagram, pour échapper aux gaz lacrymogènes. Le restaurant a ensuite été investi par les forces de l’ordre, qui ont matraqué les occupants avant de les évacuer. Libération a recueilli un nouveau témoignage, celui d’une femme présente aux moments des faits, qui a filmé toute la scène. Retour sur une intervention des forces de l’ordre qui a provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux.

Sur la photo ci-dessus, prise par un photographe de Libération samedi soir, avenue Wagram, en marge des manifestations sur les Champs-Elysées, on voit la femme, avec son gilet jaune, sortir d’un Burger King dans les bras de son mari au visage ensanglanté.

Elle, c’est Manon, 28 ans, mère au foyer. Après la publication d’un article sur CheckNews, où l’on expliquait dans quel contexte des CRS avaient matraqué des manifestants réfugiés dans un Burger King samedi 1er décembre à Paris, elle a contacté Libération par mail.

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Avec son téléphone portable, elle avait filmé la scène et l’avait diffusée en live sur son compte Facebook.

«C’est des malades»

Dans cette vidéo de huit minutes, que nous publions ci-dessous, on la voit d’abord elle et son mari, ainsi que plusieurs manifestants, s’éloigner de l’Arc de triomphe, que les CRS tentaient de faire évacuer à grands coups de gaz lacrymogènes. Ce qui explique le refrain de Manon, «c’est des malades», qu’on entend plusieurs fois au début de la vidéo.

 

Au bout d’une minute et quarante secondes, on entend un manifestant hurler : «Allez, venez par là, rentrez !» L’image vire alors au noir, on entend des bris de glace, puis l’image réapparaît. On est maintenant à l’intérieur du Burger King, dont l’entrée vient d’être forcée par des manifestants.

On voit alors les manifestants, une grosse dizaine – au vu des images et des témoignages recueillis depuis – tenter de reprendre leur souffle, étouffés par les gaz lacrymogènes, souvent à deux doigts de vomir. L’un des manifestants demande au gérant du magasin d’allumer la ventilation pour tenter de dissiper le gaz, qui avait suivi les gilets jaunes à l’intérieur du fast-food.

On entend ensuite plusieurs personnes demander à Manon si elle va bien, son mari l’appeler «mon cœur». «Je sais pas si vous êtes en live, mais c’est chaud», commente-t-elle face caméra. Manon assure qu’elle était la seule femme présente à l’intérieur du Burger King. Dans la vidéo, elle ajoute : «C’est des malades, y nous ont gazés de fou.» Un homme lui prête son masque à gaz, plusieurs manifestants lui tendent des bouteilles d’eau.

Les CRS commencent alors à encercler le Burger King (à partir de cinq minutes). On entend plusieurs manifestants dire : «Ils vont nous arrêter.» Le mari de Manon déclare alors : «De toute façon, faut lever les mains, on a fait quoi nous ?»

Au moment de la charge des CRS, on entend un manifestant dire «Non, non, non». Puis l’image redevient noire. Ne reste que le son. Celui de Manon qui hurle, puis crie, à destination peut-être de ses amis Facebook : «Ils sont en train de nous taper.» Au-dessus d’elle à ce moment-là pour la protéger, on entend son mari lui dire : «Je suis là, je ne te lâcherai pas.»

Lorsque les CRS la relèvent, elle et son mari, ce dernier répète aux policiers à plusieurs reprises : «On n’a rien fait.»

A la fin de la vidéo, des petites fleurs apparaissent à l’écran avec en fond sonore les cris de Manon. Un filtre Facebook déclenché sans le vouloir par la manifestante, qui assure qu’elle ne pensait plus filmer à ce moment-là.

«La démission de Macron, c’est ce que tout le monde veut»

Contactée par Libération, Manon raconte la suite : «Mon conjoint était sonné, touché à la tête, on est partis dans une autre rue. Là, deux dames nous ont orientés vers une clinique, qu’on n’a jamais trouvée. On a repris le métro, et on est rentrés à Compiègne.»

Pourquoi étaient-ils venus manifester à Paris, ce jour-là ? «On avait fait quelques manifs chez nous à Compiègne [dans l’Oise], mais là on avait envie de venir défendre notre cause à Paris. Mon mari travaille dans le bâtiment depuis quinze ans, il est grutier. Moi, j’ai tenté en 2016 de fonder une petite société de livraison d’apéritif à domicile la nuit, qui nous a foutus dans une belle merde. Y avait trop de charges, j’ai dû mettre la clé sous la porte après treize mois. Depuis, on cherche des solutions. J’ai appelé notre banquier pour essayer d’en trouver, il nous a dit que la seule, c’était de vendre notre maison. Et ça, c’est hors de question.»

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Elle assure qu’elle et son mari ont manifesté pacifiquement tout l’après-midi de samedi, et que les violences policières dans le Burger King étaient absolument injustifiées : «On a marché sur les Champs, c’est tout. Nos déplacements dépendaient des gaz des CRS. On n’est pas du tout venus pour casser». Et ajoute : «On est très classique, on défend juste nos droits, on est neutres, pas extrémistes, on est juste des bons Français classiques.»

Ils reviendront samedi sur Paris, pour manifester à nouveau, et ce malgré les annonces du gouvernement cette semaine, qu’elle juge largement insuffisantes. «Nous, on veut la démission de Macron, c’est que tout le monde veut.»

Robin Andraca

 

Ignominie et duplicité de la novlangue macroniste

La macronie et ses médias aux ordres montrent depuis trois semaines toute l’étendue de leur ignominie et leur duplicité à l’occasion du mouvement des gilets jaunes. Pour démasquer ces tartuffes, voici quelques éléments de langage, accompagnés de leur signification sous-entendue et en regard la réalité qu’il s’agit de nier.

 

novlangue macroniste : « les gilets jaunes ont un sentiment de malaise »

signification sous-entendue : c’est que du ressenti (comme les températures), en clair une fausse perception.

réalité niée : la vraie vie avec des salaires, des pensions de misère, des logements qui sont des taudis pour beaucoup de foyers.

 

novlangue macroniste : « le gouvernement et ses députés doivent faire de la pédagogie »

signification sous-entendue : mais que les gens sont cons (surtout les pauvres), ils ne comprennent rien à rien.

réalité niée : le pouvoir macroniste n’a rien à dire ni à proposer, il ne veut rien entendre et n’aspire qu’à imposer sa politique.

 

novlangue macroniste : « le pouvoir a fait un geste »

signification sous-entendue : vous ne mesurez tout ce que le gouvernement vient de vous donner, c’est énorme.

réalité niée : le pouvoir ne fait que promettre (même pas donner) des miettes, en vérité son geste est un doigt d’honneur au peuple.

 

novlangue macroniste : « les gilets jaunes veulent l’impossible »

signification sous-entendue : il est impossible d’augmenter les salaires, de revaloriser les pensions et de mettre un peu plus de démocratie dans la société avec par exemple la mise en place de la proportionnelle et du référendum populaire.

réalité niée : beaucoup de familles n’ont plus de quoi vivre, payer leurs courses, leurs loyers, leurs factures, le pouvoir refuse de les aider ; quant à la demande démocratique, c’est un non définitif que le pouvoir apporte car il refuse de donner la parole au peuple.

 

novlangue macroniste : « seulement 40 % des ménages paient l’impôt sur le revenu »

signification sous-entendue : mais de quoi les gens se plaignent, pourquoi veulent-ils des baisses d’impôt alors qu’ils ne le paient pas.

réalité niée : 100 % des ménages paient des taxes injustes (le taux est le même quel que soit leur revenu), par ailleurs les grosses sociétés et les riches contribuables pratiquent à fond la fraude et l’évasion fiscale (au moins 80 milliards de pertes de recettes annuelles pour l’État).

 

novlangue macroniste : « il faut augmenter les taxes sur le carburant, tout le monde doit lutter contre la pollution » (on parle ici de « cette France qui roule au diesel et fume des clopes » au cas où on n’aurait pas compris)

signification sous-entendue : les pauvres sont coupables de polluer, ils doivent payer.

réalité niée : ce sont les riches qui polluent le plus, en France, chaque foyer des 10 % des plus riches pollue (émission d’empreinte carbone) vingt fois plus qu’un foyer appartenant aux 50 % les plus pauvres, et ce sont les riches qui paient le moins d’impôt et de taxes en proportion de leurs revenus.

 

novlangue macroniste : « est-ce que vous condamnez les violences des manifestants ? »

signification sous-entendue : en répondant oui à cette question fermée, votre oui sera utilisé pour vous faire dire que vous condamnez le mouvement social, toujours excessif par définition.

réalité niée : la violence du pouvoir, pas seulement celle de Benalla ou celle infligée à la dame de Marseille âgée de quatre-vingt ans tuée par un tir de grenade lacrymogène, mais la violence sociale vécue au quotidien par beaucoup de familles dans des logements insalubres, des quartiers ou des campagnes désertés par les services publics et avec des revenus dérisoires. La violence populaire avant d’être de la violence est de la légitime défense. Pourquoi les médias ne posent-ils pas la question aux représentants du pouvoir : « Est-ce que vous condamnez la violence sociale dont vous êtes à l’origine ? »

 

novlangue macroniste : « on n’a pas de représentants en face pour négocier »

signification sous-entendue : ces cons de gilets jaunes sont même pas foutus de trouver des représentants.

réalité niée : le pouvoir et les médias font semblant de ne pas voir que les gilets jaunes font preuve de vigilance, ils ne veulent pas être représentés par des illuminé(e)s ou des gourous à la recherche de leur minute de célébrité. La démocratie nécessite beaucoup de temps pour se mettre en place, surtout si on ne s’en est pas servi depuis longtemps. Le pouvoir, bien installé lui, a mis trois semaines pour que ses représentants commencent à réagir, alors les gilets jaunes ont droit eux aussi à un peu de temps. Par ailleurs, tout le monde connaît l’essentiel des revendications sur lesquelles s’accordent les gilets jaunes : baisse des taxes injustes, remise à plat du système fiscal pour plus de justice (avec notamment le retour de l’ISF et la mise en place d’un impôt pour les GAFA), revalorisation des salaires, des pensions et des allocations, retour des services publics là où ils ont été supprimés, etc.

 

Voici, un état des lieux synthétique de la communication (la poudre de perlimpinpin) macroniste. Il y aurait bien d’autres « éléments de langage » à ajouter. On remarquera, « dans le même temps » ( !), que le pouvoir et ses médias se montrent plus que discrets sur des aspects très positifs du mouvement populaire en cours : la fraternité, la solidarité, la réflexion, la formation, les échanges, la construction de cahiers revendicatifs argumentés, le souci démocratique, tout un ferment très encourageant pour l’avenir. Alors, toutes et tous ensemble, continuons le combat pour faire triompher nos revendications légitimes de justice sociale et de solidarité.

 

 

 

Trop peu, trop tard, un gouvernement à côté de la plaque ! Agissons pour les salaires, les pensions et la protection sociale

PUBLIÉ LE 4 DÉC 2018
TEMPS DE LECTURE : 3 MIN.
Le Premier Ministre, après 3 semaines de colère sociale que le gouvernement n’a voulu ni voir, ni entendre et après des mois de mépris envers les avertissements lancés par la CGT, vient d’annoncer des mesures pour sortir du conflit et tenter d’apaiser la situation. Si elles montrent les difficultés du gouvernement, ces « mesurettes » ne sont pas de nature à permettre à une majorité de la population de boucler des fins de mois de plus en plus difficiles…

Le Premier Ministre, après 3 semaines de colère sociale que le gouvernement n’a voulu ni voir, ni entendre et après des mois de mépris envers les avertissements lancés par la CGT, vient d’annoncer des mesures pour sortir du conflit et tenter d’apaiser la situation.
Si elles montrent les difficultés du gouvernement, ces « mesurettes » ne sont pas de nature à permettre à une majorité de la population de boucler des fins de mois de plus en plus difficiles.
-    Rien sur la revalorisation des salaires. Pas de coup de pouce sur le Smic : une augmentation de 3% constitue un maintien en euros constants en compensant juste l’inflation.
-    Rien sur la revalorisation des pensions de retraite mais, au contraire, maintien de la non-indexation sur l’augmentation du « coût de la vie ».
-    Rien sur la revalorisation des prestations sociales, si ce n’est un mode de calcul de l’APL qui pourrait sortir de son attribution nombre de bénéficiaires actuels.
-    Rien pour les jeunes, rien sur la garantie d’accès à toutes et tous aux études, quel que soit son milieu, et la répression à la place !
-    Une aggravation des attaques contre les services publics lorsque le gouvernement prévoit de compenser ces mesures par une baisse des dépenses publiques.
Pour la CGT, il y a plus que jamais urgence sociale ! Le gouvernement et le patronat n’y répondent pas.
Jamais la CGT n’agira en commun avec l’extrême droite et condamne ses actes et propos xénophobes, islamophobes ou sexistes.
Mais, lorsque les gilets jaunes dénoncent la précarité, le chômage, l’impossibilité de finir le mois, leurs propos convergent avec les revendications CGT :
-    augmentation du Smic pour le porter à 1800 euros ;
-    augmentation des salaires ;
-    augmentation du nombre d’allocataires de l’assurance chômage et du montant des indemnités ;
-    amélioration de la protection sociale pour atteindre le 100% sécu et la disparition du « reste à charge » ;
-    une politique de relance pour l’embauche plutôt que l’austérité encore et encore ;
-    augmentation des pensions de retraite et retrait des ponctions de CSG ;
-    débat sur la protection sociale et réforme fiscale pour un impôt juste ;
-    rétablissement de l’ISF immédiatement ;
-    amélioration des services publics, notamment dans l’éducation, la santé, les transports, etc. ;
-    amélioration de la démocratie sociale.
L’heure est à la tenue d’assemblées générales dans les entreprises et les administrations pour élaborer des cahiers revendicatifs.
La CGT invite l’ensemble des salariés du privé et du public, des privés d’emploi, des retraités et des jeunes à participer à cette mobilisation.
Le 14 décembre, jour de la tenue de l’instance chargée de revaloriser (ou pas) le Smic, doit être une grande journée de grève, d’arrêts de la production et d’interpellation sous diverses formes des pouvoirs publics.
Toutes et tous ensemble, ayons comme exigence un autre avenir, un avenir de progrès et de justice sociale !

Montreuil, le 4 décembre 2018

 

Déclaration des organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, et FSU
Les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, et FSU se sont retrouvées ce jeudi 6 Décembre pour échanger sur l’actualité sociale. Elles rappellent que, depuis des mois, face aux inégalités sociales et territoriales, elles ont réclamé des politiques publiques permettant de la justice sociale. Elles rappellent aussi que, depuis des mois, elles ont appelé le gouvernement à les écouter à travers un véritable dialogue social. Aujourd’hui, dans un climat très dégradé, la mobilisation des gilets jaunes a permis l’expression d’une colère légitime. Le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue. Nos organisations s’y engageront, chacune avec ses propres revendications et propositions, en commun chaque fois que cela sera possible. Les sujets du pouvoir d’achat, des salaires, du logement, des transports, de la présence et de l’accessibilité des services publics, de la fiscalité doivent trouver enfin des débouchés concrets, créant les conditions sociales d’une transition écologique efficace parce que juste. Le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place dans notre pays. C’est pourquoi nos organisations dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications. La CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA, la FSU appellent le gouvernement à garantir enfin de réelles négociations. Cela suppose qu’elles soient larges, ouvertes et transparentes, au niveau national comme dans les territoires.
Paris, le 6 décembre 2018

 

 

 

Du 1er janvier au 31/12/2018 Smic mensuel 35 h (151,67 H)

SMIC Net   1148,47

SMIC Brut  1498,47

Smic horaire 2018 net  7, 58 euros

Smic horaire 2018 brut 9,88

seuil de pauvreté pour une personne seule = 1 026 €

Penicaut propose le 1er janvier 2019 une hausse de 62 centimes, passage de 1148 a 1210 nets

 

 

 

 

 

Marchons aussi le 8 décembre pour la solidarité climatique et le 14 décembre pour les salaires

Nous reproduisons ici une tribune d’une dizaine de formations politiques de gauche, dont la Gauche démocratique et sociale (GDS), appelant aux marches pour le climat. Cette tribune est à retrouver dans le journal Libération.

 

En décembre 2015, lors de la 21ème Conférence mondiale sur le climat, nous célébrions la signature de l’Accord de Paris, qui entendait limiter le réchauffement mondial à 2 °C et si possible viser 1,5 ° C. Trois ans après, le compte n’y est pas. La France pays hôte ne tient pas ses propres engagements, il en est de même de la très grande majorité des pays, certains pays se sont même retirés de l’accord. Par voie de conséquence le climat se réchauffe bien au-delà des objectifs de la COP21.

 

La démission de Nicolas Hulot fin août et la nouvelle publication du GIEC début octobre ont contribué à enclencher un réveil citoyen autour des enjeux écologiques qui deviennent prioritaires. Il s’est exprimé notamment par les deux marches pour le climat le 8 septembre et 13 octobre derniers qui ont réuni des dizaines de milliers de citoyens dans différentes villes françaises.

 

Plus récemment, la problématique de la justice sociale surgit avec force avec le mouvement des « gilets jaunes », né en réaction à la hausse des taxes sur les carburants, perçue comme socialement discriminante. Nous partageons le constat d’injustice sociale de cette mesure. En effet, en France, les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les pauvres, mais les pauvres paient 4 fois plus de taxe carbone en pourcentage de leur revenu.

 

Nous pensons qu’en l’absence de solutions alternatives, cette seule hausse des taxes sera insuffisante pour conduire à des économies d’énergie et la réduction de pollutions, d’autant plus qu’elle ne concerne qu’une petite partie des produits pétroliers et que seule une partie minoritaire des recettes de cette taxe est réellement affectée à la transition écologique.

 

Cela dit, nous sommes tou.te. s convaincu. e. s que l’évolution du climat exige une réduction rapide de nos consommations et pollutions. Face à ces enjeux qui engagent l’avenir de l’Humanité, notre génération va devoir réinventer notre mode de vie et nos mobilités pour mieux articuler justice climatique, sociale et territoriale. C’est un défi sans précédent qui exige de l’intelligence et de l’unité.

 

C’est pourquoi nous nous sommes accordés, sur l’initiative du collectif #Unispourleclimat, sur les revendications suivantes pour lesquelles nous nous engageons :

 

1. Articuler justice climatique, sociale, fiscale et territoriale : la réduction des inégalités économiques et territoriales est nécessaire à la réduction des prédations et pollutions. Il faut compenser la mobilité contrainte des plus pauvres, renforcer les chèques énergie, rétablir la progressivité de l’impôt. Mettre fin à l’évasion fiscale des multinationales et des 1 % les plus fortunés, instaurer une taxation sur les transactions financières,et redistribuer les richesses. Pour faciliter une transition écologique socialement juste, il faut augmenter les salaires, les pensions, les retraites, les indemnités de chômage et les minimas sociaux, plafonner les revenus, rétablir l’ISF.

 

2. Réduire les mobilités contraintes : mettre en place des politiques d’aménagement du territoire qui diminuent les déplacements imposés aux personnes et les transports des marchandises, des circuits courts, des emplois et des services publics plus proches des domiciles, des services mobiles dans les zones rurales. Partager le travail en réduisant le temps de travail. Limiter l’étalement urbain. Abandonner les projets de nouvelles autoroutes qui favorisent l’usage de la voiture, contribuent à l’étalement urbain et à l’artificialisation des sols. Retourner à une gestion publique du réseau autoroutier en affectant les revenus des péages à la transition écologique.

 

3. Appliquer le principe pollueurs-payeurs : mettre fin à toutes les subventions aux énergies fossiles et aux taxes sur les transports en commun peu polluants, mais taxer les transports les plus polluants : avions (kérosène), camions, bateaux (fioul lourd). Nous demandons que l’ensemble de ces recettes soient réinvesties dans la transition écologique des mobilités, pour développer les transports en commun et de nouvelles lignes ferroviaires, le maintien des petites lignes ferroviaires, le covoiturage, le vélo, le fret ferroviaire. Il faut réorienter l’épargne sur les livrets de développement durable vers des activités 100 % durables et solidaires au lieu de l’investir dans les énergies fossiles. Interdire à terme la production et l’importation des véhicules essence et diesel. Par ailleurs, il faut engager une mutation de notre modèle agroalimentaire vers une alimentation biologique, relocalisée et moins carnée.

 

4. Mettre fin à la précarité énergétique : Il faudra investir d’une manière massive dans la rénovation des logements pour une économie de l’énergie et des coûts engendrés. Pour permettre à chacun l’accès à un logement économe en énergie, divers outils sont à mettre en place ou à renforcer : le recours à un système de tiers payant, la prise en charge du coût de l’audit énergétique, le doublement du fonds chaleur pour favoriser une baisse de la consommation dans les habitats collectifs, des prêts à taux réduit ou à taux zéro pour des investissements économiseurs d’énergie à destination des plus précaires, doublement du chèque énergie. Nous demandons que soient développés et améliorés les réseaux de chauffage public.

 

5. Créer des millions d’emplois pour le climat : développer les filières d’avenir (énergies renouvelables, rénovation des bâtiments, réseau de chaleur, économie circulaire, véhicules propres) et accompagner socialement ces mutations.

 

6. Organiser des états généraux décentralisés de la solidarité climatique : ouvrir à tous les échelons territoriaux, des lieux d’échange multi-acteurs autour de cahiers de doléance, pour décider ensemble des politiques de la transition écologique et solidaire à mettre en oeuvre en matière de fiscalité d’urbanisme, de transport, d’énergie, et d’agriculture. Une simple concertation ne suffit pas. Durant ces états généraux, mettre en place un moratoire sur la hausse des taxes pétrolières. Il y a urgence.

 

7. Mettre en place des normes écologiques sous contrôle syndical et citoyen dans les conseils d’administration des entreprises. Le renforcement du poids des salariés et des associations de consommateurs sur la production est la garantie du respect des engagements de l’accord de Paris et plus globalement d’une production compatible avec l’urgence sociale et climatique.

 

8. Exiger que la France tienne les engagements qu’elle a pris lors de la COP 21 en matière de réduction des GES, c’est-à-dire une baisse mesurable dès 2019 dans le cadre d’une stratégie zéro carbone pour 2050 qui nécessite que soit engagée une véritable politique de réduction de la consommation énergétique et de développement des énergies renouvelables. Dans le cadre de la COP 24, nous demandons que la France soit exemplaire et présente une feuille de route nationale bien plus ambitieuse que les dernières annonces de la PPE et défende un accord sur le climat contraignant qui intègre des mesures de solidarité climatique.

 

Sur ces bases, nous appelons à participer aux marches citoyennes pour le climat du 8 décembre organisées par des collectifs citoyens et des ONG #ClimateAlarm.

 

Les signataires : Diem 25, Écologie sociale, Ensemble !, Europe écologie les verts, Réseau coopératif EELV , Gauche démocratique & sociale, Génération·s, Nouvelle donne, Parti communiste français, Parti de gauche, Rassemblement des écologistes pour le vivant

 

« j’ai fait mai 68 je fais novembre 2018″

 

 

Mai 68 histoire sans fin

J’ai toujours expliqué, au travers de nombreux livres et articles, que mai 68 était « une histoire sans fin ». Il existe des cycles du mouvement des masses comme il existe des cycles économiques.

Depuis 50 ans, la profondeur de la grande grève générale a nourri des répliques sismiques régulières de génération en génération.  Certaines ont permis de grandes victoires à la jeunesse massivement mobilisée : loi Debré en 1973, loi Devaquet en 1986, CIP en avril 1994, CPE en avril 2006. D’autres ont exprimé la puissance croissante de la classe des salariés : les grèves de Renault, la Poste, les Banques, le Joint Français, Lip, la sidérurgie.

Même quand ces grèves ne gagnaient pas, elles laissaient des empreintes politiques profondes. La victoire électorale de mai 1981 est un effet différé de mai 68. Lorsque des conquêtes étaient obtenues (hausse du Smic, 33 % en 68, 13 % en 81, 40 h, 39 h, 35 h, droits du travail, 4° et 5° semaine de congés payés, retraite à 60 ans) elles imprégnaient la vie sociale quotidienne.

En août 1995, Madelin, ministre clamait qu’il fallait « un autre mai 68 et qu’on le gagne ». Le contredisant, en novembre-décembre 95, l’inacceptable « plan Juppé » dut reculer devant une autre grande grève quasi généralisée. « La France est un volcan et la lave, pour sortir, choisit Paris » explique La Repubblica. La victoire de la gauche plurielle de Lionel Jospin en juin 1997 est aussi un effet différé de novembre-décembre 95.

En 2008, Sarkozy clamait encore qu’il « fallait liquider mai 68 » : 40 ans après ça l’effrayait toujours. Le pouvoir passa en force contre les retraites à 60 ans malgré les grands mouvements de 2003 et 2010 : mais en 2004, 20 régions sur  22 passèrent soudainement à gauche, et en 2010, l’entêtement de Sarkozy à poursuivre la même offensive libérale anti retraites le fit battre en 2012.

Jusque-là les vagues de mai 68 venaient battre les falaises de la droite et recevaient certains échos positifs de la gauche. C’est alors que le trio Hollande-Valls-Macron a pris la suite en trahissant tous les espoirs de 2012,  et ils se sont exercés à ne rien céder quelques que soient les mobilisations : y compris contre la scélérate loi El Khomri, lorsqu’il y eut 14 manifestations, avec sans doute 3,5 millions de participants au moins une fois.

Sorti putschiste en tête de ce trio, Macron s’imposa « par effraction » et, de façon forcenée, entreprit de bloquer et baisser le coût du travail pour hausser le coût du capital, contre tous les droits sociaux, afin d’ubériser la société « sans statuts, » « France start up », « post salariale ». Macron a certes gagné sur les ordonnances anti code du travail, puis contre le service public de transport collectif de la SNCF : il s’apprêtait à une écologie punitive, à clore les cotisations chômage, maladie et la Sécurité sociale, à fermer les derniers services publics, HLM ou RATP, à en finir avec les retraites par répartition…  C’est alors, logiquement, de cette intransigeance folle du trio Hollande Valls et Macron que sont sorties, en tâtonnant, les « nuit debout », puis aujourd’hui les « gilets jaunes ».

Puisque même les dirigeants de la gauche officielle trahissaient, puisque les organisations défendant historiquement les droits n’étaient plus entendues, leur  « base » s’est insurgée d’elle-même. Après les « places » occupées des villes, ce sont les « rond points » et les Champs Elysées qui sont occupés, avant que ce ne soit les entreprises et la grève généralisée.

Les 50 % des salariés qui gagnent moins de 1700 euros, les 9 millions de pauvres et chômeurs en dessous de 900 euros, les 7 millions de retraités en dessous de 1000 euros, les millions de jeunes sans ressources ou en CDD bidons, se sont donc soulevés et on comprend tout à fait que leur colère soit plus grande, plus radicale et plus violente encore.

Car ça suffit ! La France n’a jamais  été aussi riche de son histoire et les richesses aussi mal partagées. En 50 ans, la part du travail et son salaire ont reculé par rapport au capital. Ca se cristallise donc contre la dictature anonyme de la finance, sur le partage des immenses richesses disponibles : les 1 % d’en haut doivent rendre l’ISF et davantage aux 99%, les taxes injustes sur le carburant doivent être supprimées, la fiscalité doit redevenir directe et progressive, les salaires, et le Smic, à nouveau et en premier, doivent augmenter massivement, tandis que les dividendes doivent diminuer.

Comme toujours, les grandes explosions commencent de façon fortuite sur un objectif précis, et si le pouvoir  est sourd, le mouvement se généralise.

Gérard Filoche, Gauche démocratique et sociale

 

 

 

 

 

Non a l’augmentation de la taxe carburant au 1er janvier

Bonsoir,

Je viens d’écouter l’intégralité de l’interview de Benoît Hamon. Merci  d’avoir envoyer le lien.

Hamon dit plein de choses intéressantes avec lesquelles je suis tout à fait d’accord mais, quand il s’agit de passer aux choses concrètes, il n’ya plus personne : Hamon accepte l’augmentation de la taxe sur les carburants au 1er janvier.

Pourquoi ?

Si c’est pour contribuer à la transition énergétique l’article joint de Michel Husson me paraît analyser avec beaucoup de pertinence l’idéologie économique qui sous-tend un tel raisonnement.On pourrait le résumer assez facilement : quand une dépense est contrainte (ce qui est le cas de l’utilisation d’une voiture afin d’aller au travail, pour des millions de personnes), on peut toujours augmenter les taxes, les gens n’ont pas le choix et continueront à effectuer cette dépense. C’est donc une fiscalité punitive.

Dans le cas de Macron on comprend pourquoi il agit ainsi : il cherche à financer une partie des cadeaux faits aux entreprises. Mais dans le cas de Hamon, soit c’est du dogmatisme, soit c’est de l’électoralisme. Dans les deux cas, c’est regrettable. Il n’aide à dépasser leurs aberrations personnelles, ni ceux des gilets jaunes qui rejettent la transition énergétique, ni ceux des habitants des grandes villes qui sont incapables de comprendre les problèmes des habitants des zone rurales et périphériques. C’était pourtant le moment idéal pour le faire.

La belle leçon d’économie que fait Michel Husson aux dépens de la théorie néo-classique (celle qui est le fondement de la politique de Macron) me paraît, en tous les cas, aussi utile que savoureuse.

Cordialement
JJC

Les fondements microéconomiques de la connerie

Michel Husson – Alencontre – le 30 novembre 2018
Grâce à David Graeber, on sait dorénavant qu’il existe des «jobs à la con» (bullshit jobs). Mais ne pourrait-on pas étendre ce concept aux «théories économiques à la con» comme celle qui a inspiré en France l’augmentation de la taxe diesel et déclenché le mouvement des gilets jaunes? Un va-et-vient entre ces théories et la réalité permet d’en mieux mesurer les effets délétères.

La théorie du choix du consommateur

La «théorie», la voici: pour un revenu donné, le consommateur lambda va choisir de le dépenser en fonction des prix relatifs: si le prix du produit x augmente, il va en consommer moins pour se reporter sur le produit y. Donc, si on augmente le prix du diesel, sa consommation devrait baisser. Cette idée simple est transfigurée par la théorie, qui l’orne de notions ésotériques: courbes d’indifférence, taux marginal de substitution, etc. et lui donne un look scientifique.

Pour Gregory Mankiw, l’auteur de ce manuel (n° 1 au box-office aux Etats-Unis), la théorie peut expliquer bien des choses et notamment répondre à cette question essentielle: «pourquoi le consommateur choisit une pizza plutôt qu’une bouteille de Pepsi?». Le graphique scientifique établit de manière rigoureuse qu’une baisse du prix du Pepsi conduit à une consommation accrue, au détriment des pizzas.

Pourtant, même cet exemple simple fait d’emblée apparaître les limites de la théorie: que se passe-t-il si j’ai l’habitude de consommer une pizza accompagnée d’un Pepsi? Si le prix du Pepsi augmente, vais-je passer commander dorénavant 1,1 pizza et 0,9 Pepsi? Dans le monde imaginaire de la théorie, c’est possible parce que la fonction d’utilité doit être «continue et différenciable» sinon la théorie ne peut fonctionner.

(…)

Substituer tout à n’importe quoi?

Certes, objectera-t-on, les comportements des consommateurs ne sont pas insensibles aux variations de prix. Ainsi l’augmentation du prix des cigarettes fait baisser (en général) la consommation de tabac et le nombre de fumeurs; la hausse des contraventions fait baisser la vitesse moyenne; la chute des salaires en Grèce attire les touristes; une taxe kilométrique pourrait conduire à une relocalisation des productions, etc.

C’est vrai, mais le point commun de ces exemples est la possibilité d’arbitrer entre plusieurs affectations du revenu ou entre plusieurs méthodes de production. En revanche, chaque fois que cette possibilité n’existe pas, la théorie n’est plus valide et devient même un obstacle à la compréhension des mécanismes réellement existants. Le cas limite est sans doute celui de l’arbitrage entre travail et loisir donné en exemple par Mankiw: il n’existe que très marginalement sur les marchés du travail réellement existants. Mankiw a-t-il déjà vu un·e salarié.e en position de choisir librement son temps de travail? Ce dernier est déterminé, dans des limites étroites, par le pouvoir des employeurs qui s’exerce dans un cadre législatif donné. Or, d’un point de vue théorique, cette fiction de l’arbitrage entre travail et loisir est nécessaire à la cohérence de toute la théorie néo-classique, même si elle est introduite subrepticement en raison de son ineptie manifeste.

La théorie à la con appliquée au diesel

La taxe sur le diesel est l’exemple le plus récent qui illustre l’absurdité de la théorie. Remplaçons dans le graphique de Mankiw «Pepsi» et «pizza» par «voitures diesel» et «transports moins polluants» et nous tenons l’essence (!) du raisonnement. En augmentant le coût du diesel, on fait «pivoter la contrainte budgétaire» (comme dirait Mankiw) et les consommateurs vont substituer les transports moins polluants à leurs vieilles voitures diesel.

Mais comme la possibilité de cette substitution n’existe que dans le monde imaginaire de la «théorie», que va-t-il se passer? Il y aura bien substitution, mais ce sera une autre: la part du diesel dans la consommation va augmenter au détriment d’autres postes du budget. Les ressources de l’Etat vont augmenter, et les émissions de CO2 seront inchangées. Si l’Etat compense par des aides, la consommation de la population en bénéficiant restera elle aussi inchangée. Rappelons quand même que l’objectif d’une politique écologiste est de faire baisser les émissions, pas de prélever des taxes.

(…).
Les dures contraintes de la vie réelle

Si l’on quitte l’éther axiomatisé pour redescendre sur terre, on rencontre très vite une catégorie incompatible avec la théorie, celle de dépenses contraintes. Dans la définition officielle de l’Insee, elle recouvre les loyers, les contrats et abonnements, et les remboursements de prêts. La part de ces dépenses dans la consommation des ménages a augmenté au fil du temps, et elle est surtout très différenciée socialement. Le graphique ci-dessous, tirée d’une étude du Ministère français des Solidarités et de la Santé [4], montre que les dépenses contraintes ainsi définies représentent plus de 60% des dépenses des ménages pauvres, contre 24% pour les ménages aisés.

Les dépenses liées aux transports sont elles aussi en grande partie contraintes, comme de nombreux gilets jaunes l’ont expliqué, et c’est pourquoi on retrouve ici un cas évident de non-substituabilité. Patrick Artus a récemment proposé un calcul de coin de table dont il a le secret. En comparant la consommation d’énergies fossiles et le prix relatif de l’énergie, il identifie un impact des prix sur la consommation mais «avec une élasticité-prix de long terme assez faible, de l’ordre de 0,5.» Autrement dit une augmentation de 1% du coût de l’énergie fait baisser sa consommation de 0,5%.

Il oublie évidemment que c’est une moyenne: pour les travailleurs contraints d’utiliser leur voiture, cette élasticité tombe à zéro. C’est ce que montre une étude d’Audrey Berry [6], chercheure au Cired (Centre international de la recherche sur l’environnement et le développement): elle calcule des élasticités en distinguant la consommation d’énergie pour le foyer et pour les déplacements, et cela selon les tranches de revenus. Ses résultat sont très tranchés.

On constate que l’élasticité au prix des carburants est nulle pour le premier décile (D1: les 10% les plus pauvres); autrement dit, la dépense en carburant est pour eux strictement contrainte. L’élasticité augmente ensuite mais baisse à nouveau pour les plus riches: elle est à peu près nulle aussi pour les 10% les plus riches (décile D10). Pour eux, le prix du carburant est sans effet sur leur consommation, mais évidemment pour de tout autres raisons: leur revenu est suffisant pour absorber la hausse. En moyenne l’élasticité est faible: 0,18%.

Le profil est en revanche complètement différent pour l’énergie domestique qui correspond principalement au chauffage des logements. Les plus pauvres réagissent le plus nettement, puis cette réaction décroît très régulièrement avec le niveau de revenu pour devenir très faible pour les plus hauts revenus. L’élasticité moyenne est de 0,35%, là encore très faible. Et on pourrait résumer ainsi ce bilan: quand le prix de l’énergie augmente, les plus pauvres consomment autant pour leur voiture, et se chauffent moins: «15% des Français déclarent avoir souffert du froid au cours de l’hiver 2017.»

Les limites de l’éco-taxe

(…)
On a vu que le comportement des consommateurs est faiblement élastique aux effets prix en raisin des contraintes qui pèsent sur ce «libre choix». A priori, on pourrait penser que l’impact des éco-taxes pourrait être plus important sur les entreprises. En rendant plus chères les sources d’énergie, une taxation bien ciblée pourrait inciter les entreprises à investir de manière à passer à des procédés de production plus économes en émissions. Cette méthode a une relative efficacité mais admet aussi des limites, à savoir la recherche de la profitabilité. Comment expliquer autrement que, comme le montre un récent rapport d’Oxfam : «sur 10 euros de financements accordés par les banques [françaises] aux énergies, 7 euros vont aux énergies fossiles, contre 2 euros seulement aux renouvelables.»

Une autre variable de fuite est la délocalisation des productions les plus polluantes dans les pays aux législations moins contraignantes (…) Les pays avancés sont les plus exigeants (à l’exception du Canada et de la France, juste dans la moyenne) et que les pays dits émergents ou en développement sont les plus «laxistes.»

Plusieurs mesures, dont l’efficacité est avérée, sont pourtant immédiatement applicables. On pourrait par exemple mettre en œuvre un programme d’isolation thermique des logements, financé comme un investissement public et gratuit ou quasi gratuit pour les personnes les plus démunies, alors que les incitations actuelles profitent d’abord aux plus aisés (quand on ne les réduit pas, par exemple pour les fenêtres à double vitrage).

A plus long terme, un programme d’investissement est nécessaire pour développer les énergies renouvelables et les modes de transports alternatifs. Mais ce projet se heurte à une autre «théorie à la con», celle du ruissellement, qui conduit à privilégier les privilégiés. Combien de logements aurait-on pu isoler avec les milliards accordés aux plus riches ? Et combien d’emplois créés à cette occasion ? Plus fondamentalement, il ne peut y avoir de transition écologique sans investissement public: mais celui-ci est contraint par les règles budgétaires. Là est sans doute le fond du problème. (29 novembre 2018)

 

Je déduis de l’article de Michel Husson joint par Jean-Jacques, pour ce qui est du diesel, qu’il faut diminuer les taxes ou les maintenir à leur niveau d’avant hausses, tout en divisant par exemple par deux (avec une aide massive de l’Etat) le prix des voitures électriques ou à autres énergies (H2), afin de relancer la demande en ce sens, ce qui serait également bon pour l’emploi et la transition écologique en relançant une production automobile moins polluante. J’espère avoir bien compris la démonstration…

Jacky PARIS

Bonjour Jacky,

J’ai une interprétation un peu différente de l’article de Michel Husson.

La voiture électrique ou à l’hydrogène pourrait être une option. Mais même si la prime passait à 8 000 euros, comme le disent beaucoup de gilets jaunes, « il nous manquerait le reste » (environ 12 000 euros avec la reprise de l’ancienne voiture). La voiture à essence ou diesel resterait encore une dépense contrainte pour beaucoup de gens.
Il faudrait que le prix de la voiture électrique baisse très fortement ou que la prime soit plus élevée que 8 000 euros pour que les gens habitants la périphérie ou les zones rurales aient réellement le choix. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux peinent à faire réparer leur vieille voiture ou même à payer le contrôle technique. Certes, recharger une batterie reviendrait beaucoup moins cher que faire le plein d’essence ou de gasoil mais il faudrait un système de crédit à prix zéro et à différé d’amortissement pour que l’investissement dans une voiture électrique puisse être envisagé. Encore faudrait-il que les bornes de recharge soient suffisamment nombreuses, que le prix des batteries (autour de 70 € par mois en location) diminue et que leur autonomie augmente pour permettre une utilisation allant au-delà du simple aller-retour au travail. Ce serait le rôle de l’État d’investir dans ces recherches si son objectif était vraiment la transition énergétique.
Dans ce cas, il serait alors possible d’augmenter les taxes sur le carburant pour faciliter la transition énergétique. Ce serait possible parce que le choix existerait, alors, d’utiliser ou non une voiture à essence ou à moteur diesel. La fiscalité deviendrait incitative et non plus punitive.

L’autre option, sans doute la plus facile à mettre en œuvre, serait d’augmenter les transports collectifs non polluants, souples (s’arrêtant près du domicile), confortables et peu onéreux (gratuits si possible). Cela nécessiterait un virage à 180 ° de la politique actuelle mais, là encore, il serait possible d’augmenter la taxe sur les carburants car les gens auraient vraiment le choix et que cela aurait un sens.

Ce qui est terrible dans le système actuel c’est que l’on taxe des gens qui n’ont pas le choix et que cette taxe s’ajoute à des salaires et des retraites qui stagnent, à des prix qui augmentent, à des boulots de plus en plus précaires, à la disparitions continue des services publics, alors que l’ISF disparaît et que 30 milliards d’exonérations fiscales et sociales (38 milliards en 2019) sont accordées, sans aucune effet sur les créations d’emplois, aux entreprises. A l’injustice s’ajoute le mépris de « ceux qui savent » mais qui, en fait, (comme le montre bien l’article de Husson), ne savent rien.

Il n’aurait pas été difficile pour Hamon de s’exprimer dans ce sens et il aurait pu être compris aussi bien des gilets jaunes que des intégristes de la taxe sur les carburants des grands centres urbains. Mais cela aurait, sans doute, été prendre un risque électoral, d’autant que Jadot s’accroche à la hausse des taxes…. Tant pis pour la justice sociale et pour la transition énergétique : l’important n’est pas de participer, mais de gagner.

Cordialement,
JJ

 

A lire l’enquête électorale Cevipof sur qui a voté qui en 17 Hamon Mélenchon Macron

lire le Rapport : « Les Gilets Jaunes, des cadrages médiatiques aux paroles citoyennes »

731 articles de presse écrite, 29 188 posts et commentaires Facebook, 56 673 commentaires issus de la pétition initiale des Gilets jaunes, plus de deux millions de tweets : analysant cette énorme masse de données en un temps record, quatre chercheurs du Laboratoire d’Études et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales (LERASS) de l’université de Toulouse (Brigitte Sebbah, Natacha Souillard, Laurent Thiong-Kay, Nikos Smyrnaios) dégagent une image du mouvement singulièrement différente de celle des médias « classiques » (voir ici comment un manifestant des Champs-Elysées, par exemple, a été coupé par CNews dès qu’il a prononcé le mot « capitalisme ») .

Nom du rapport : « Les Gilets Jaunes, des cadrages médiatiques aux paroles citoyennes »

 

 

Fin ou baisse brutale des pensions de réversion ?

 

Pour M Delevoye, chargé de la question, circulez, il n’y a rien à voir : « Nous ne supprimerons pas les pensions de réversion ». « a ceux qui en perçoivent »… mais aux autres ?

 

S’il était honnête il dirait « nous ne supprimerons pas toutes les pensions de réversion et nous baisserons brutalement celles qui ne sont pas supprimées »

 

Car ils mentent  encore bien sur : il veulent remplacer le droità une pension par une vague notion de maintien de revenu. A quel taux ?

 

Exemple :

Soit M qui a 1800 € de retraite brute et Mme 1200 €. Total ménage 3000 €.

Si M meurt le 1er(90 % des cas). Dans le système actuel Mme aura 1200 € + 50 % (*) de 1800 € = 900 €.   Pension totale 2100 €

Dans le nouveau système ce sera 1800 + 1200 = 3000 divisé par 2 = 1500 €. Pension totale 1500 € au lieu de 2100 €.  Baisse de la pension de 600 € par mois par rapport au système actuel !

 

Si Mme meurt la 1ère, M  touchera 0 en réversion car il a déjà plus que la moyenne des 2 qui est de 1500 €. Il perdra 50 % (*) de 1200 €, soit 600 €

 

Dans les 2 cas il y a évidemment non pas « maintien du niveau de vie », mais baisse brutale.

 

Pour le privé, soit 80 % des retraité-e-s, l’écart est encore plus important car la réversion de l’Agirc et l’Arrco c’est 60 % et non 50 %

Rappelons que le budget total de la réversion est de 36 Md d’euros. On comprend que ce gouvernement Macron- Thatcher  veuille faire main basse dessus.

Ils démentent parfois et disent « la baisse sera de 25 % » et pas de 50 %. Mais justement, on voit clairement où ils vont !

Avoir travaillé toute sa vie, perdre son conjoint et se voir brutalement plongé dans la misère, y’a de quoi sortir les gilets gris, après les gilets jaunes.  C’est une autre question de vie ou de mort sociale pour des millions de gens que d’empêcher ça.

Gérard Filoche

 

oeuvrer à préparer la grève générale et l’occupation des entreprises

nous sommes dans une situation pré révolutionnaire, tous les ingrédients sont là, ça ne veut pas dire révolution, ça veut dire que c’est possible, ça ne se fera peut être pas, mais pour ma modeste part je le dis, il faut travailler beaucoup et maintenant à préparer la grevé générale et l’occupation des entreprises tous ensemble, et réaliser au plus vite l’unité de la gauche pour l’issue politique, il n’est pas certain que Macron finisse son mandat, le vide de son discours hier, le ton borné de Phillipe ce matin l’indiquent