Ainsi c’est la « direction collégiale provisoire » (« DCP » sic) du PS (non statutaire, non proportionnelle), qui a annoncé les résultats du 18 janvier probablement aussi « bidonnés » que ceux du 28 septembre dernier.
Elle annonce 20 896 votants sur 89 527 inscrits. personne ne croit qu’il y a 89 000 inscrits. La DCP a parlé de « 40 000″ ce qui est aussi surévalué. On peut légitimement mettre en cause les chiffres, penser qu’ils sont « doublés » probablement reste t il moins de 10 000 adhérents ayant payé une cotisation pour voter et se mettre à jour.
Notons au passage que les 23,34 % officiels affichés le 18 janvier 2018 sont moins que les 24,87 % de votants affichés le 28 septembre 2017.
Car, en fait dans la fédération de Paris, la plus grosse du pays, on avait décompté en septembre 908 votants sur 6578, dont 10 % de « non » et autant de « nuls » et il est peu probable que le score ait été supérieur dans les autres fédérations. Et s’il a diminué ce coupe ci…
D’ailleurs un jugement du tribunal saisi par un militant a interdit à la DCP de se réclamer de ce votre anti-statutaire et minoritaire du 28 septembre.
(Pour comparer il y avait eu 87 898 votants officiels déclarés au congrès de Toulouse en octobre 2012 et 71 140 votants au congrès de Poitiers en juin 2015 (congrès qu’il avait fallu leur imposer au tribunal).
À Paris encore, le 7 décembre 2017, point culminant des travaux dits de « refondation », il y eut un maximum de 416 votants, dont 221 «oui» et 121 «non» et 32 abstentions (toujours sur 6578 adhérents théoriques) pour consacrer l’enterrement de toute démocratie par la « suppression intégrale des motions, remplacées par un court texte d’orientation générale présenté par la direction ».
Le Conseil national déserté du 9 décembre n’est pas allé jusque-là, mais il a arrêté des dispositions tout aussi anti statutaires, puisque seul un congrès peut disposer du pouvoir de changer les statuts. Ce sont ces dispositions anti-statuaires qui viennent officiellement d’être « validées » (sic)… par 23,34 % de votants (présumés) dont il faut souligner que 35 % (!) ont quand même dit : « non » (alors que les propositions de modification de statuts étaient UNANIMES à la DCP : il y a donc au moins 35 % de membres sur 20 000, dans ces circonstances difficiles et troubles, qui ne se reconnaissent le 18 janvier dans aucun secteur de la direction, dans aucun candidat !!! ).
Ces dernières semaines ce sont des milliers de militants qui partent avant même le congrès, ce qui atteste du degré de dislocation statutaire et politique.
Le vote du 18 janvier est donc, de tous points de vue, illégal et chiffre en mains, anti-statutaire, Delphine Batho a raison de le dire : c’est un « coup d’état anti-statutaire« , puisqu’il est interdit par les statuts de changer les statuts en dehors d’un congrès. Il y faut 2/3 des voix. Et un changement de statuts ne peut s’appliquer que pour le congrès suivant.
Et changer les statuts en restreignant la démocratie pour empêcher le débat à la veille d’un congrès, c’est sans doute le plus haut degré de manipulation et de cynisme de la part d’un appareil bureaucratique et Marie-Noëlle Lienemann n’a pas raison de condamner brutalement comme elle l’a fait Delphine Batho, ni Emmanuel Maurel et quelques autres d’approuver et de servir de ce coup d’état.
La démocratie n’est pas une technique, ni une affaire d’opportunité, elle n’est pas une méthode subordonnée ni aléatoire, la démocratie est une affaire de principes. Ceux qui, comme Lienemann, et Maurel, cautionnent des malhonnêtetés et malfaisances de ce type, en seront victimes un autre jour. Et en plus ils nuisent à la sincérité de leur projet politique affiché. Ils font eux mêmes mourir statutairement Epinay. Qui va croire à l’honnêteté des positions politiques prises avec cette pratique là ?
La démocratie est et sera un élément constitutif décisif de toute société réellement socialiste, et le parti qui prétend combattre pour le socialisme doit la respecter de la façon la plus scrupuleuse. si vous jouez à violer vos statuts vous violerez les lois. Si vous utilisez des méthodes bureaucratiques, vous finirez corrompus. La démocratie est garante de l’éducation, de la pédagogie, de l’émancipation, elle est le levain de toute mobilisation de masse, elle doit être exemplaire. La démocratie est la soeur jumelle de la liberté, de la dignité, de la loyauté. Le respect des statuts dans un parti, c’est le Ba Ba de l’existence de tout parti, de sa capacité à attirer, à rassembler, à agir.
Le PS avait cette spécificité d’organiser le débat en organisant un échange de contributions qui permettaient à tout militant de s’exprimer et d’échanger, puis en permettant que ces contributions générales se regroupent, déposent des motions soumises au vote, les militants pouvaient choisir sur ces textes de fond, indiquer les lignes de forces de l’orientation et designer les directions à partir de là. Le débat politique sur des textes écrits prédominait ainsi sur les personnes.
En supprimant les contributions générales, puis en exigeant qu’il y ait d’abord un groupe de dirigeants qui s’assemble avant tout débat, exigeant 40 puis 16 signatures préalables avant d’ouvrir la discussion, les coups d’état du 28 septembre, 9 décembre et 18 janvier, ont figé à l’avance tout choix, toute initiative militante, seuls des morceaux de la direction ont accès au dépôt de motion et ainsi à leur propre ré élection, comme si par exemple le quinquennat Hollande n’avait pas eu lieu entre temps.
D’où l’obligation assez affreuse et magouilleuse pour les uns et les autres de procéder depuis des semaines, par regroupement soit sur Carvounas, soit sur Faure, soit sur le Foll, soit un autre nom, avant de parler de fond politique. Car c’est le premier nom du dépositaire du texte « collectif » cosigné qui sera le premier secrétaire. Le coup d’état statutaire change tout, toute la règle de débat, du congrès, de la proportionnelle est dénaturée.
Cette restriction de la démocratie, ce coup d’état anti-statutaire, aide à placer encore davantage le PS sous la coupe des Macroniens. Macron s’était plaint en 2016 d’un « foyer infectieux » contre la loi El Khomri au sein du PS ( c’était nous, bien sur). Pour subordonner le PS à Macron, il leur fallait exclure, sectariser, mentir, manipuler violemment sans foi ni loi. Peu leur importe le triste spectacle révulsant que donne le PS, ils en ont choisi d’en payer le prix. Ils font mine de croire imperturbablement qu’ils vont remonter la pente.
Or ils réduisent le PS en fait, pour Macron, à un garde-flanc sans prestige, seulement capable de diviser la gauche, et de protéger la mise en oeuvre de sa politique anti sociale. Olivier Faure qui semble tenir la corde depuis son soutien (hélas) par Martine Aubry, s’est abstenu sur la confiance à Macron et explique qu’il n’est pas contre toutes les ordonnances anti travail mais seulement « contre quelques lignes rouges » de celles-ci (lesquelles ??) : on devine toute la politique ultérieure, qui en découlera. Ce sera au mieux la défense des « modérations » de Hollande contre les « excès » de Macron. Il n’y a pas de chance de redressement ni d’unité de la gauche, avec cela. C’est Max Lejeune qui gagne contre Epinay.
En concret Emmanuel Maurel a accepté ce processus depuis le 8 juillet (en s’en faisant le promoteur puisqu’il répétait, à l’envie, avec l’appui de JC Cambadelis, que ce serait un « congrès avec 6 motions et 25 000 votants », une façon de ridiculiser par avance la méthode et de contribuer à la faire changer) – malgré mes objections. Dés le 8 juillet je voulais avec mes amis forcer au débat ouvert, franc, loyal. Ils n’en voulaient à aucun prix. Depuis le 8 juillet 2017, ils voulaient tous empêcher que je dépose une motion et soit candidat, comme je le proclamais, à la « Jeremy Corbyn », et, par peur, ils ont tous appuyé Témal en ce sens, et ils ont aussi voté, pour la même raison, la seule vraie, ma « suspension provisoire » du BN (elle même aussi anti-statutaire, mais ils s’en moquaient ; on a hésité à aller en justice, mais on n’avait pas de sous et plus de motivation suffisante pour continuer dans ce cadre pourri bureaucratiquement).
C’était la façon pour E. Maurel de s’assurer de l’éventuel « contrôle » (car c’est le premier signataire des motions qui décide de tout pour la motion) de ce qui restait à gauche au parti. Le prix à payer de cette complicité dans la manœuvre est élevée puisque des milliers de militants l’ont compris et s’en vont depuis… même des proches de MLG qui lui reprochent d’être allé jusque là. Et si tout cela est, comme le dit Luc Carvounas, dans le but caché de rejoindre ensuite FI en vue des européennes, la démarche n’est pas la nôtre, nous ne sommes pas en quête de cette manière de sauvegarde de poste. Nous y opposons une démarche unitaire constructive honnête et dynamique de toute la gauche comme nous l’avons toujours fait, et c’est ainsi que nous travaillons à l’illustrer par le lancement de GDS.
Nous nous sommes posés la question de la dénonciation nous-mêmes des coups de forces antistatutaires devant la justice, c’était parfaitement justifié et gagnable, comme Delphine Batho se propose de le faire pour son propre compte.
Mais pour cela, il fallait beaucoup d’argent et nous n’en avons pas les moyens, et nous avons choisi en cours de route, pressionnés par les nombreux militants qui ne voulaient plus batailler dans ce cadre, de dire que ce n’était plus notre priorité (d’où l’ITV du JDD et ses suites). Nous restons orientés en priorité dans les luttes sociales contre Macron, contre l’application des ordonnances anti travail, contre les ruptures conventionnelles collectives à PSA, contre la fraude fiscale, contre la politique anti-migrant (laquelle fait plus de ravages encore que la « déchéance de nationalité »). Voyez donc les documents de notre réunion de travail fondatrice issus de ce week-end des 20 et 21 janvier, l’avenir, la suite, l’action à gauche se poursuit – sainement.