par Btissam
Lorsque j’avais 25 ans, j’ai vécu une année dans un foyer de bonne soeur et je mangeais grace à la croix rouge à qui je donnais 1 euro par semaine pour avoir un petit colis chaque jeudi soir, comme mes voisines de chambre.
A l’époque je n’étais pas encore juriste (jai eu plusieurs vies dans ma vie..) Je sortais de licence marketing et fière de mon diplome en poche à l’époque, croyant conquérir le monde (Naive je me voyais devenir comme ces jolies femme cadres des séries télé américaines à qui tout réussirait en travaillant dur, haut perchés sur talons et évoluant dans des sociétés de renom.)
J’avais trouvé le job à la ally mac beal (un joli cdi de chargée de communication dans une agence de com), mais je n’avais pas le salaire à la ally mac beal…j’étais au smic et je devais rembourser 611 euros de mensualité de ce crédit étudiant qui m’avait servi à financer mon bts, ma spécialisation commerce international à l’inseec (cette superbe école de commerce censé vous donner un réseau incroyable derriere) et mon bachelor marketing.
Chaque 30 du mois quand je recevais ma paie en temps et en heure…il fallait enlever 611 euros de mensualité de ce crédit étudiant (la BNP ne voulait ni le différer ni en diminuer les mensualités) et 350 euros du loyer de la chambre chez les soeurs, plus mon forfait téléphone de 30 euros à l’époque. Mon quotidien était boulot-foyer, foyer-boulot. Je n’avais pas les moyens d’un resto avec les collègues.
Alors chaque jeudi soir je sortais plus tôt de l’agence de publicité où tout le monde semblait riche et beau (« semblait »), je montais vite dans ma chambre enlever mes talons aiguilles et mon tailleur d’apparat de chez jennyfer…qui semblait provenir de chez Channel tant l’illusion était parfaite…
Et je retombais dans le milieu de mes semblables, ce milieu où curieusement je me sentais mieux. et chez moi, à ma place, en sécurité, moi-même. Nous étions majoritairement des jeunes sur le carreau, issus de milieu modeste, avec de beaux diplomes mais sans réseau, ni assez d’argent pour louer un vrai logement.
Chaque fois que l’une d’entre nous trouvait un vrai appartement (c’était un foyer forcément que de jeunes femmes..) les autres l’enviaient. Je me souviens de l’une de mes amies proches lorsquelle nous a annoncé : ça y est je pars ! les hlm m’ont donné un logement !
La vraie vie commençait pour elle.
Dans ce petit colis nous avions la plupart du temps des légumes (je crois que j’ai vraiment appris à cuisiner à ce moment là).
Ils n’étaient pas toujours frais mais ça allait et de toute façon nous n’avions pas le choix.
je me souviens de leurs pommes de terres qui salissaient le sol de ma chambre car la terre les immaculait encore comme si elles venaient juste d’être cueillies. (les caissettes de la croix rouge avaient des trous et etaient faites de bandes d’un léger bois clair comme les caissettes des étales de marché. Chaque jeudi soir j’enlevais les quelques pommes de terre de la caissette et je les mettais dans un sac lidl.
Nous avions l’essentiel, des légumes des fruits pas de plaisir annexe. Pas de nutella, pas de confiture, pas de sauce mais de quoi préparer la sauce : oignon tomate etc.
Chaque jeudi, c’était le meme rituel. Je quittais l’agence assez tot pour ne pas manquer le passage de la croix rouge au foyer et j’avais mon colis pour la semaine.
Un jeudi soir mon patron me retint à l’agence. je lui avais bien dis que je devais partir mais je ne pouvais lui dire que c etait pour pouvoir manger car il ne me payait pas assez. Il nous payait d’ailleurs rarement les heures supplémentaires. Il fallait les réclamer.
Voilà la jeunesse d’hier et celle d’aujourd’hui. la vraie. l’enragée. celle qui a galéré pendant ces études, et qui galère encore en travaillant.
Vous avez tous très certainement vu la scène de cette foule se ruant sur les pots de nutella vendus avec une réduction de 70%.
« ils n’ont pas d’amour propre » disait un facebookien sur le mur d’un ami..
« c’est effarant » disait Nicole Belloubet sur LCI hier soir d’un air suffisant et ahuri, comme si elle n’avait jamais connue de difficultés.
Chacun y va de son petit commentaire et cela m’écoeure.
Chacun y va de son petit commentaire de personne loin des difficultés ou peut etre ne les ayant jamais connu meme ces difficultés et cela m’écoeure.
« effarant » ? » amour propre ? » Là où vous voyez cela moi je vois simplement de personnes en difficultés pour la plupart qui pensent pouvoir faire plaisir à leurs enfants à moindre prix et pour longtemps en achetant plusieurs de ces pots de nutella à moindre prix.
Et là j’entends les pro « manger sain manger bio manger bien tralala » s’offusquer.
Quoi ? « faire plaisir à leurs enfants » ? mais c est bourré d’huile de palme ! »
Certes il y a de l huile de palme et plein de sucre et les enquetes alimentaires disent que cela est mauvais pour la santé.
Et ?
Un pauvre peut il manger bien ? Non. Un pauvre n a pas les moyens de manger de la viande du boucher et se tape la merde industrielle. #Entre2mondes ..
Une « connaissance » l’autre fois que je pensais être une « amie » ..disait » Ceux qui touchent le RSA s’achetent 80 kebabs par mois » (je passe ses autres inepties). Je ne lui parle plus.
Que nos gouvernants soient déconnectés est une chose, mais qu’entre nous ici bas..nous le soyons est une honte.
Nous devrions être unis car la division les sert et creuse les inégalités.
Me concernant, aujourd’hui j’ai la chance d’avoir une meilleure situation. Je vis dans un foyer (ce n est plus les bonnes soeurs encore que j’ai de bons souvenirs avec elles)pour pouvoir payer mon entrée à l’école d’avocat dont j’espere réussir le concours cette année ou celle d apres.
Mais je n’oublie pas cette période, elle a fait mon engagement politique.
Btissam













