toutes les chances aux primaires citoyennes ouvertes des 22 et 29 janvier

Retour en arrière : le 6 mai 2012, la majorité du salariat derrière Hollande : au 2° tour, 60 % du salariat, 70 % des ouvriers, 57 % des employés, 60 % des jeunes,

« Désintoxiqué » à tort par Libération, je re-publie l’article que j’ai fait paraitre sur ce blog en mai 2012, il s’appuyait sur les chiffres parus dans la presse, en ce temps là !

On ne le dira jamais assez, mais une victoire de la gauche a un scrutin présidentiel, c’est forcément exceptionnel. Car tout est fait dans ce genre d’élection personnalisée, pour que ce soit la droite, son argent et ses médias qui gagnent.

Le présidentialisme est archaïque

Il faudra qu’un jour, notre peuple se réveille et découvre la honte de procéder ainsi au nom d’une prétendue démocratie : comment, peut-on imaginer un vrai débat d’idées en élisant une sorte de roi sélectionné sur sa bonne mine ?  Un « choix » schématisé à l’absurde.

La propagande « économique » basée sur des mensonges installés de longue date, joue en faveur du système en place : « un état c’est comme un ménage, ça ne doit pas dépenser plus que ce que ça gagne », « il faut dépenser moins »,  « Il faut payer la dette pour ne pas la laisser à nos petits-enfants », « on est en faillite », « il n’y a plus d’argent dans les caisses », etc.  Les petites gens, ainsi matraqués, finissent par croire que leur sort est irréversible.

Dans ces conditions, l’individualisation de la vie politique, exprimée par un vote de caractère « totémique », 40 millions d’électeurs désignant un seul homme, relève d’un archaïsme simplificateur, déformant, dépolitisant.

Sarkozy a essayé d’en jouer à plein. Pour détourner l’attention des responsables de la crise, banquiers, rentiers, actionnaires, spéculateurs, patrons de combat, il n’a pas hésité à appeler aux sentiments les plus frustres « contre l’autre » : contre l’immigré, contre l’étranger, contre le chômeur, contre l’assisté, contre le petit délinquant, contre le musulman, contre le faux travail, contre le dépensier, contre le gaspilleur, etc. Bien que n’ayant hésité à utiliser aucun de ces clichés réactionnaires, il a été chassé, rejeté.

La France est de gauche

Notre peuple est de gauche, la majorité sociologique est de gauche, en 2002 et 2007, déjà nous avions tout pour gagner. Ce sont les accidents de la personnalisation du scrutin qui ont fait défaut : en 2002, Chirac avait limité les candidats de droite alors qu’il y avait pléthore de candidats de gauche. En chiffres absolus, la gauche était majoritaire, mais 192 000 voix ont manqué pour que Lionel Jospin accède au 2e tour.  En 2007, la gauche n’avait cessé de monter, mais sur le fil, au forcing, face à une candidate qui ne mettait pas suffisamment le social au cœur, Sarkozy réussit à emballer avec un million de voix de plus l’illusion de « travailler plus pour gagner plus ».

C’est vraiment parce que Sarkozy, pendant cinq ans, s’est fait détester sans nuance, par sa politique antisociale, thatchérienne, néolibérale intégriste, qu’il a été battu le 6 mai 2012. François Hollande a dû habilement se présenter comme un « candidat normal » pour passer la ligne de crête qui lui a permis d’atteindre 51,63 % des voix. Il lui a fallu gérer un discours passant entre les gouttes, insensibilisant les médias, renvoyant Sarkozy à ses frasques, ses mensonges et volte-face, son cynisme, sa corruption. Hollande a réussi à présenter une personnalité positive, lisse, pour rassembler la gauche en s’appuyant sur la solide implantation du PS.

Tout cela n’aurait pas été possible si le PS ne dirigeait pas 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, 20 régions sur 22, le Sénat et 200 députés sur 577. Sa force est venue de là pour capter en premier les aspirations du salariat, principale force sociale active de ce pays. Depuis 1981 « la majorité sociologique et la majorité politique se recoupent »… même si la gauche ne l’emporte que dans les circonstances exceptionnelles où elle sait se montrer à la hauteur.

Pas d’insurrection civique

Il ne peut pas y avoir « d’insurrection civique » : cette théorie inventée par Jean Luc Mélenchon a un côté sympathique et séduisant, mais elle ne peut exister. L’organisation sociale en place ne peut être remise en cause que par une insurrection sociale, pas par une « insurrection » électorale. Il faut pour transformer en profondeur une société, à la fois un soulèvement social collectif et des élections victorieuses lui correspondant – avec un scrutin sincère et démocratique. Sinon, la pesanteur de l’organisation sociale l’emporte : c’est pourquoi, nous savions d’avance que le PS n’avait pas de concurrent sérieux à gauche en 2012. Ce n’étaient pas les sondages qui nous donnaient cette certitude mais l’analyse des rapports de force politiques et sociaux.

Le salariat majoritaire à gauche

De même nous savions et cela a été vérifié que la force de la gauche, c’était sa majorité sociologique, le salariat, c’est-à-dire 93 % des actifs de ce pays. Tout le talent de François Hollande pour apprivoiser les difficultés du scrutin n’auraient pas suffi s’il n’avait pas rencontré les aspirations de ceux qui produisent les richesses de ce pays et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. 60 % du salariat a voté pour lui, c’est une majorité sans appel. C’est même 70 % des ouvriers et 57 % des employés. Parmi les jeunes, Hollande a obtenu aussi 60 % des voix. Mais il reste des réserves car 32 % des ouvriers et  34 % des 18-24 ans se sont abstenus. Les scores dans les grandes villes (55 % à Paris) et les banlieues ont atteint aussi des sommets jusqu’à 90 % à St Denis.
On peut dire sans effet de manche que le vote Hollande c’est l’expression de la majorité écrasante du peuple. Même si on doit tempérer en précisant que l’importance de l’abstention et des votes nuls démontre qu’il y a encore beaucoup à faire pour le mobiliser entièrement.

À l’exception des artisans, commerçants et chefs d’entreprise, où il obtient néanmoins 21 % des intentions de vote (39 % pour Nicolas Sarkozy, nettement en tête dans cette catégorie), François Hollande est entre 27% et 34 % dans toutes les catégories professionnelles.
Le candidat PS est aussi premier chez les chômeurs (28 %, contre 21 % à Nicolas Sarkozy et 20% à Marine Le Pen). Il rencontre le succès chez ceux qui n’ont aucun diplôme (39 %), tout en obtenant 32 % chez les bacs+2 et bacs+3 où plus.
Il obtient des scores très voisins selon les tranches de revenus, culminant à 30 % chez ceux qui gagnent moins de 1.200 euros.  Par niveau de revenu, Nicolas Sarkozy fait son meilleur score (28 %) chez ceux qui gagnent au moins 3000 euros.
Hollande séduit davantage les femmes (30 %) que les hommes (27 %), contrairement à Nicolas Sarkozy (27 % et 24 % respectivement).
Il a les faveurs surtout de ceux qui vivent dans des villes petites et moyennes (entre 20.000 et 100.000 habitants, où il obtient 33 %), et obtient 24 %, son score le plus bas, en milieu rural. Le même d’ailleurs que N. Sarkozy dans les campagnes.
Si l’on regarde les préférences politiques, 34 % des sondés se situant « très à gauche » déclaraient vouloir faire confiance au candidat PS, huit points de moins seulement que Jean-Luc Mélenchon.

Le vote chez les retraités des catégories populaires est plus équilibré puisque François Hollande ne dépasse Nicolas Sarkozy que d’une courte tête.

Les catégories qui avaient voté Marine Le Pen le 22 avril ont d’abord choisi (à 38 %) l’abstention ou le vote blanc ou nul, conformément au choix de la candidate FN, 35 % votant Sarkozy et 27 % Hollande.
L’électorat de Jean-Luc Mélenchon a largement apporté ses voix à François Hollande (71 %) contre 2 % à Nicolas Sarkozy, avec une forte proportion (27 %) ne choisissant ni l’un ni l’autre.
Enfin, les ouvriers et employés actifs ou retraités qui ont apporté leurs suffrages à François Bayrou ont d’abord choisi l’abstention, Le vote blanc ou nul (46 %), un tiers (33 %) se reportant sur Nicolas Sarkozy et 21 % sur François Hollande.

Hollande, Mélenchon, même électorat :

Au plan politique, heureusement qu’un socle de 44 % s’était consolidé à gauche dès le premier tour. Les 28,63 % de Hollande sont une prouesse qui a assuré l’élan pour le 2e tour : sans l’avance prise, sans la dynamique du 22 avril, qui sait ce qu’il serait advenu ?  C’est ce que voulait Sarkozy à tout prix, pour « emballer » les médias en sa faveur. Le réflexe « de classe » de masse et matérialiste, c’était de voter Hollande, pour tous ceux qui avaient priorité de battre Sarkozy. Le vote pour Mélenchon était un choix plus idéologique et plus risqué.

C’est pourquoi des millions d’électeurs qui auraient aussi bien pu voter Mélenchon ont voté Hollande. Pas par « modération », ni par ignorance, ni par aveuglement, ni par suivisme. Ce réflexe n’a rien eu d’un banal « vote utile » sans âme ni sens, comme certains le disent à tort au Parti de gauche. Au contraire c’est un vote de classe mesuré et réfléchi. « Maudire » les votes utiles qui auraient « privé » le FdG de 30 % de ses électeurs, c’est insulter l’intelligence de ceux qui ont choisi cette stratégie. Ils ont appuyé celui qui était le mieux placé, c’était prévisible, sain et logique.

Mélenchon s’est abusé lorsque, en fin de campagne, exalté par le succès de ses grands meetings de Paris, de Marseille, de Toulouse, il fit croire lui-même à ses sympathisants qu’il pourrait être au 2etour.

Ce triomphalisme n’avait aucune chance, aucune base sérieuse, et il a d’ailleurs provoqué une grosse déception le soir du 22 avril sur les militants qui en ont rêvé. En vérité, le FdG a bénéficié, lui aussi, d’un concours de circonstances exceptionnel : il n’y avait ni Arlette Laguillier, ni Olivier Besancenot, et pour la première fois, la plus grande partie de la gauche hors Parti socialiste, présentait un front partiel uni. Avec le talent de Jean-Luc Mélenchon, ils ont obtenu un résultat à deux chiffres ce qui est un magnifique score pour ce type de scrutin binaire, biaisé. On peut, certes, comparer avec les 19 % de voix de gauche non socialistes de 2002 (les trois groupes trotskistes LCR, LO, POI avaient obtenu 11,5%). On peut aussi comparer avec le même type de voix de 2007, qui était de l’ordre de 12 %. Mais JL Mélenchon a su fédérer sur un seul nom ce qui était auparavant éparpillé et cela a créé une dynamique dont le PCF a pleinement raison de se féliciter.

Hollande Mélenchon programmes compatibles

Et cela n’enlève rien à ce qu’ils pensaient, car ces millions d’électeurs de Hollande du 22 avril sont politiquement tout à fait pour « 35 h, 1700 euros, 60 ans et pas de salaire > à 20 Smic ». Dire que c’est un vote sur le seul fond des idées, ce serait aussi réduire aux 11 % obtenus par Mélenchon, la gauche de ce pays. Ce qui, non seulement n’est pas vrai, mais aboutit à minoriser de façon stupide les aspirations essentielles du peuple de gauche.

Car il y a largement 80 % de la gauche et des syndiqués qui sont favorables à 35 60 1700 et 20, pas 11%.  Hollande s’est d’ailleurs déclaré le 19 avril sur RMC et BFM « d’accord avec Mélenchon sur le refus du traité Européen sur les disciplines budgétaires, il a proposé « un gouvernement de gauche avec participation du FdG et d’EELV » affirmant qu’il n’y « aurait pas d’ouverture ». Il a été on ne peut plus clair :  « je suis socialiste, je suis de gauche et je gouvernerai avec la gauche, il n’y aura pas d’ouverture ».

Il suffit d’étudier les cartes des votes en France le 22 avril : les votes du PS et du FdG se superposent totalement. C’est spectaculaire, là où Hollande est fort, Mélenchon est fort, là où  Hollande est faible, Mélenchon est faible. La poussée des deux partis est concomitante et non pas opposée : le PS pousse vers 29 % le FdG pousse vers 11%.  C’est le même électorat. La  même dynamique. Il reste 4 % pour les Verts, le NPA, LO. Le total de 44 % est un des plus élevés de l’histoire de ce genre de scrutin. On le comprend encore mieux si on le met en relation avec la force institutionnelle du PS et son puissant réseau d’élus des villes, départements, régions.

Pour comprendre comment les électorats du PS et du FdG sont mélangés, sans rivages de l’un à l’autre, on tiendra que seulement 20 %  des votants du « non » au TCE ont voté Mélenchon. Or le non de gauche était largement majoritaire par mi les 55 % d’électeurs du 29 mai 2005. 59 % des électeurs socialistes avaient voté « non ». Accordons 10 %, voire peut-être 15 % aux « non » de droite de cette époque, il restait au moins 40 % au « non » de gauche. Seulement la moitié, à la louche a été re captée par le FdG en 2012. Une majorité de « non » socialistes sont allés sur Hollande. Ce qui témoigne encore de la proximité non seulement sociologique mais idéologique des électorats. Lorsque Eric Cocquerel affirme « les programmes du PS et du FdG sont incompatibles »,   il prononce à la fois une bourde sectaire au plan politique et à la fois au plan sociologique. Il est impossible de séparer « deux gauches », deux orientations incompatibles. Et les millions d’électeurs qui se sont partagés entre Hollande et Mélenchon ne l’ont pas vécu ni voulu ainsi. Cela relève d’un petit discours d’appareil que de tenter d’installer un pareil clivage artificiel.

Si l’on a encore un doute sur les connections entre les deux électorats, il suffit de regarder les études traditionnelles sur les votes sortis des urnes auprès des syndiqués : 40 % des inscrits ayant exprimé un choix et syndiqués sont proches de Hollande, 18 % de Mélenchon, 17 % de Sarkozy et 12 % de Le Pen. (Cf. tableau ci-joint).

61 % de la FSU, 56 % de la CGT, 49 % de l’UNSA,  44 % de la CFDT, 28 % de FO,  35 % de SUD votent Hollande dés le 22 avril.

39 % de la CGT, 39 % de SUD, 31 % de la FSU, 14 % de l’UNSA, 13 % de FO, 6 % de la CFDT votent Mélenchon au premier tour.

Il n’y a pas plus « deux syndicalismes » qu’il n’y a « deux gauches ». De même qu’il fallut un accord des 8 syndicats en 2010 pour mobiliser 8 millions de manifestants de façon unitaire en défense de la retraite à 60 ans, chaque syndicat ayant ses débats internes.

 

relire l’intégralité de l’article sur ce blog en mai 2012

 

Non, la courbe du chômage ne s’est toujours pas inversée !

 

François Hollande et sa ministre du travail, Myriam El Khomri affichent leur intense satisfaction : le nombre de chômeurs auraient diminué de 67 100 (1,9 %) en septembre 2016, ce qui serait la baisse la plus importante depuis 2000.

Le plus important est ce qui n’est pas dit

Myriam El Khomri exulte : « Il s’agit du 3ème trimestre consécutif de baisse, ce qui ne s’était pas observé depuis 2008 ».

La ministre du Travail a pesé ses mots mais sa déclaration ne signifie pas que le nombre de chômeurs (de la seule catégorie A) a  diminué, chaque mois, pendant 9 mois consécutifs. Lors du dernier trimestre, par exemple, le nombre de demandeurs d’emploi (toujours de la seule catégorie A) avait diminué de 0,5 % en juillet et de 1,9 % en septembre mais il avait augmenté de 1,4 % en août.

Surtout, ce qui n’est pas dit, c’est que François Hollande est au pouvoir depuis 14 trimestres et que durant 11 trimestres, le chômage, même si l’on ne prend en compte que la catégorie A, n’a cessé d’augmenter.

Quel bilan !

Le nombre de demandeurs d’emplois pour la France entière et pour toutes les catégories de chômeurs confondus (A, B, C, D et E), selon les chiffres de la DARES (la direction des études et statistiques du ministère du Travail…) a augmenté de 1,3 millions entre juin 2012 et août 2016.

Pour les catégories A, B et C l’augmentation est de 1 160 300 : de 4 621 000 en mai 2012 à 5 781 300 en septembre 2016.

Pour la seule catégorie A, dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 584 600 : de 3 163 900 en mai 2012 à 3 748 500 en septembre 2016.

Quel succès !

L’irrésistible montée de la précarité

Le nombre des demandeurs des seules catégories A, B et C a augmenté 0,8 % au cours du dernier trimestre et de 0,9 % au cours de la dernière année. Nous sommes donc très loin d’un recul du nombre de demandeurs d’emplois, même au dernier trimestre.

La catégorie A de Pôle emploi ne comptabilise que les personnes qui n’ont pas travaillé, ne serait-ce qu’une seule heure, le mois précédent. Se contenter des chômeurs de cette catégorie revient à considérer que les chômeurs de la catégorie B (ceux qui ont une activité courte : 1 ou 2 heures de travail le mois précédent, par exemple) et ceux de la catégorie C (les salariés à temps partiel qui souhaitent travailler à temps plein) ne sont pas des demandeurs d’emploi !

Qui François Hollande, Manuel Valls et Myriam El Khomri espèrent-ils tromper avec ces  écrans de fumée ? Pensent-ils sérieusement que les demandeurs d’emploi qui ont travaillé une semaine le mois précédent ne se considèrent pas comme des demandeurs d’emploi ? C’est sur leur vécu (et celui de leurs proches) que les électeurs se décideront et, de ce point de vue, le seul qui vaille, François Hollande et Manuel Valls se sont déconsidérés.

Le changement des règles d’actualisation de Pôle emploi

L’économiste de l’OFCE, Bruno Ducoudré considère que les chiffres de septembre sont à prendre « avec des pincettes » et que « le changement des règles d’actualisation introduit beaucoup de volatilité ».

Depuis le début de l’année, le nombre de jours ouvrés pendant lesquels les demandeurs d’emploi sont tenus d’actualiser leur situation, sous peine de désinscription d’office, varie fortement d’un mois à l’autre. En septembre, 238 900 personnes n’ont plus figuré sur les listes de Pôle emploi : 66 500 de plus qu’en août. Voilà qui pourrait, peut-être, expliquer une partie de la baisse du nombre des demandeurs d’emploi de la catégorie A, en septembre 2016.

La courbe du chômage ne s’est pas inversée et ne pourra pas l’être

Si la courbe du chômage s’inversait, cela ne signifierait en rien que le nombre de chômeurs serait inférieur à celui qui existait lors de l’arrivé de François Hollande à l’Élysée en mai 2012. Il pourrait même avoir augmenté de plus d’un million. C’est donc déjà un subterfuge destiné à camoufler l’ampleur de l’augmentation du nombre de chômeurs depuis mai 2012.

Cela signifierait simplement que le nombre de chômeurs aurait commencé à diminuer. Mais pour que cette inversion ait un sens, il faudrait deux conditions.

La 1ère condition serait que toutes les catégories de chômeurs soient concernées. Or, nous venons de le voir, le nombre de chômeurs des seules catégories A, B et C a augmenté de 0,8 % au cours du dernier trimestre et de 0,9 % sur un an.

La seconde condition serait que la baisse du chômage (toutes catégories confondues) soit enregistrée pendant au moins 6 mois. Or, pour la seule catégorie A, le nombre de demandeurs d’emploi avait augmenté de 52 400 (1,4 %) en août 2016. Pour les catégories A, B et C, le nombre des demandeurs d’emploi avait, le même mois, augmenté de 1,4 % également et celui des catégories A, B, C, D et E de 1,5 %.²

Même si une baisse du nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B, C, D et E était enregistrée en octobre 2016, le compte serait donc très loin d’y être : cela ne ferait qu’un seul mois et non six. C’est pourtant la dernière limite pour François Hollande puisqu’il doit rendre publique sa volonté de participer (ou non) à l’élection présidentielle début décembre, avant que les chiffres du chômage de novembre soient connus.

Ces précautions sont d’autant plus indispensables que l’INSEE a revu à la baisse ses prévisions de croissances pour 2016 : 1,3 % alors qu’il faut au moins une croissance (sans même discuter de son contenu) de 1,6 à 1,7 % pour que le nombre d’emplois supplémentaires créés puissent compenser l’évolution démographique. Pôle emploi, quant à lui, estime que le nombre de demandeurs d’emplois de la seule catégorie A devrait augmenter de 79 000 en 2017.

François Hollande doit avoir l’honnêteté d’en faire le constat : la courbe du chômage ne peut plus être inversée avant décembre 2016. Il soit en tirer toutes les conclusions et (une fois n’est pas coutume) tenir son engagement de ne pas participer à la course à l’élection présidentielle, en l’absence d’inversion de cette courbe.

Quel meilleur service pourrait-il rendre à la gauche ?

 

sur France info lundi 30 octobre 2016 et sur RMC mardi 1er novembre : un seul langage contre les trois Hollande

Chimulus, dans Siné mensuel

Hollande : du candidat naturel au naturellement pas candidat – Qui à la place ? Naturellement dans la tradition de Jaurès, pas dans les pas de Valls-Macron

 

En janvier 2016, au Bureau national, je m’étais exprimé, suite à une déclaration de Jean-Jacques Urvoas, pour dire que « non, François Hollande n’était pas le candidat naturel » et qu’il serait judicieux que le Parti socialiste par la bouche de son Premier secrétaire le lui dise à temps.

C’est un euphémisme de dire que ma déclaration n’avait pas été reçue favorablement.  Trop avisée.

Le premier secrétaire se voyait mal  lui dire cela. Et même au Bureau national, ses opposants, mes amis, trouvaient mes propos trop hardis.

Mais pourtant nous étions à l’orée de la dernière ligne droite et le président venait de ne rien dire après les régionales. Pour moi ce fut le signe de la fin : on venait de perdre cinq élections municipales, européennes, sénatoriales, territoriales, régionales, et, pour la dernière année de son quinquennat, il ne changeait rien, il gardait Valls, il poursuivait la déchéance de la nationalité et il engageait la loi pour casser le code du travail. C’était fini.

Pourtant il restait encore 6 millions de voix socialistes soit 66 % des voix de gauche exprimées. Pour la 5° fois, l’électorat de gauche n’était pas allé vers d’autres horizons, il s’abstenait massivement. La droite gagnait en pourcentage et non en voix, et sans  susciter d’appétence.

Pourtant même le 1er secrétaire du PS, J-C Cambadélis, le soir du scrutin, avait déclaré « ça ne pouvait plus durer » et exigé qu’au moins, il y ait un « combat contre la précarité ». Non seulement il ne fut pas écouté, mais il fut rabroué et obligé de revenir sur cette tentative de hardiesse. François Hollande ne voulait pas gouverner, même la dernière année de son mandat,  pour son électorat mais pour la finance : il a poursuivi jusqu’au bout, marabouté par les discours de Jouyet, Macron, des banques et du Medef, quoiqu’il lui en coutât.

Nous voilà avec seulement 4 % des Français satisfaits de l’action de Hollande, c’est le plus faible taux jamais enregistré.

On passe du « candidat naturel » au « naturellement pas candidat ».

De partout les « proches », comme on dit, s’inquiètent, critiquent et se distancient. Son ami, Jean-Pierre Mignard le déclare dans Marianne : « François Hollande doit s’éviter une humiliation ». « Je ne voudrais pas que, dans son entourage, certains le poussent à être candidat à tout prix pour s’immoler sur l’autel de la préservation de l’unité », poursuit encore Jean-Pierre Mignard, soulignant que le débat sur la ligne politique peut très bien être réglé lors de la primaire, et bien sûr sans François Hollande.

Le plus surprenant pour des responsables politiques et hommes d’état, comme ils se disent, c’est qu’ils ont pris prétexte de la sortie d’un livre (il est vrai indécent par la bouillie intellectuelle, théorique, politique pratique, qu’il révèle) : « Un président ne devrait pas dire ça.. » interroge il est vrai, sur le degré d’incohérence, de confusion, d’hypocrisie du Président. On dit que Claude Bartolone président de l’Assemblée nationale, est offusqué parce que François Hollande y déclare qu’il « manque d’envergure ».  Mais Claude Bartolone, comme d’autres, auraient du avoir l’envergure de s’opposer plus tôt quand il était question de la déchéance de nationalité et de la scélérate loi El Khomri.

Car les français se moquent du livre publié, de ses errements et de ses piques, mais pas du fait qu’il y ait 1,3 million de chômeurs de plus depuis juin 2012. Pas du fait que 41 milliards de niches fiscales sont allés sans conditions,  ni contreparties, au patronat et au détriment de nos emplois publics, de nos besoins sociaux. La dette présumée du pays est passée de 86 % du à 98 % du Pib et seul le budget social a été soumis l’odieuse et absurde « règle d’or » d’Angela Merkel. C’est parce qu’il a fait, avec son ministre Valls, une politique de droite, que François Hollande n’est pas le candidat naturel de la gauche.

Alors redisons-le, il ne faut pas que François Hollande se représente.  Après tant de mauvais choix, ce serait le bon choix. Il s’en expliquera comme il veut avec l’histoire, en tête à tête avec d’autres journalistes qui le blanchiront dans d’autres livres, d’avoir trahi le salariat et si bien servi – en vain, ils sont ingrats – patrons et rentiers, financiers et spéculateurs.

Il ne faut pas non plus, que Manuel Valls, complice, co-équipier, co-auteur associé de ce désastre pendant quasiment cinq ans, prenne la place toute chaude pour continuer la même politique. C’est la politique suivie qui est en cause ! Quand on la regarde sur cinq longues années, on est ébahis : en cent ans, en comparaison avec d’autres gouvernements de gauche, jamais il n’y a eu pareils reculs, et aussi brutaux, pour finir,  que la loi El Khomri, imposée par coup de force, 49 3 contre une majorité écrasante de l’opinion et des syndicats, des salariés et des jeunes.

On va aux primaires les 22 et 29 janvier : le sénateur pro Valls, Luc Carvounas, vient de s’indigner à l’idée que « François Hollande soit obligé de débattre avec Gérard Filoche ». Cette petite arrogance est surprenante : car justement, à l’heure des bilans, c’est bien avec un représentant des salariés qu’il faut débattre et rendre des comptes. Qui risque de n’être pas à la hauteur ?  Qui risque de ne pas tenir le coup dans le débat ? Face à un président multi-langage qui a tant trompé, qui a tant menti, ce sera difficile de faire face à quelqu’un qui n’a tenu qu’un seul langage, et constamment de gauche, depuis cinq ans.

Les voilà qui veulent moi, m’empêcher de parler ! Ils tentent même d’empêcher que nous ayons les signatures exigées, bien que Cambadélis ait affirmé que tous les points de vue de gauche seraient représentés à la primaire citoyenne ouverte.

Mais je suis candidat naturellement, parmi les socialistes, porte-parole adapté de tous ceux qui ont lutté contre l’ANI, la loi Sapin, Cahuzac, les lois Macron, la loi El Khomri et contre les budgets pro Medef.

Evidemment si vous voulez un candidat mean stream, ce n’est pas moi. Si vous voulez un ancien ministre ce n’est pas moi. Si vous voulez un énarque mouillé  avec la promotion Voltaire ce n’est pas moi. Si vous voulez un « communicant », un frimeur conformiste déjà moulé dans la peau d’un président made in V° République, ce n’est pas moi. Si vous voulez un homme d’appareil ce n’est pas moi. Si vous voulez quelqu’un aux ambitions personnelles qui rayent le parquet, ce n’est pas moi. Si vous voulez un homme de la finance ce n’est pas moi. Si vous voulez un « candidat perdant pour préserver l’avenir » ce n’est pas moi.

Moi, je suis un candidat pour gagner en 2017, pas pour faire perdre.

Il faut une rupture pour revenir à gauche : je  le ferais en mobilisant les voix des abstentionnistes, des salariés, des jeunes, des retraités, des femmes, des écologistes, des laïques, des républicains sociaux et démocrates. Je le ferais dans la tradition de Jaurès et en rupture politique avec  les Valls et Macron. Je suis inspecteur du travail pas des finances. Je suis fils d’ouvrier, et j’ai été ouvrier, j’ai fais tous les métiers et vécu comme des dizaines de millions des nôtres. Je suis des vôtres. J’ai publié 33 livres et je peux être fier de leur contenu à travers la durée. Je milite depuis plus de 50 ans de façon constante et je n’ai jamais eu de double langage.  Je ne méprise pas les syndicats et je veux leur unité : ma première carte remonte à 1963. Je ne divise pas la gauche, elle est réconciliable. Sans unité de toute la gauche rien de grand ne s’est fait et ne se fera dans notre pays.

Ce sera une campagne « le social au cœur »  on y parlera d’abord salaires minima et maxima, redistribution des richesses, 32 h, retraite à 60 ans, droit du travail, contre le chômage de masse et la précarité. Puis d’écologie. Puis de VI° République : j’y tiens, ce n’est pas un gadget, il faut la fin du pouvoir personnel, du présidentialisme, je suis contre – depuis 1962. Il y aura une vraie réforme fiscale et bancaire. On va prendre aux dividendes géants qui se sont amoncelés.

On va réveiller, reforger, reconstruire la gauche majoritaire de notre pays,  redonner l’espoir, et construire les garanties du succès, des paroles tenues, du « changement maintenant ». C’est ce programme là, cette orientation là qui seuls, sont capables de soulever des montagnes, de faire le tonnerre et la dynamique, de réconcilier tous les secteurs de la gauche autour d’une plateforme commune et d’un candidat commun.

 

Projet France et France insoumise ?

C’est curieux, je ne mettrais pas « France » dans le titre de mon projet. Sans doute parce que je me sens d’abord citoyen du monde et internationaliste.  Sans doute, parce que je vois trop dans mon pays, les classes sociales opposées, les intérêts antagoniques, les inégalités accrues, la si grande disparité entre la violence des riches et la misère des pauvres.

Non pas que je n’aime pas ma Normandie…

Mais j’y mettrais « redistribuer les richesses d’abord ». L’heure est à répondre aux 50 % de salariés qui gagnent moins de 1700 euros et ne peuvent vivre décemment.

L’heure n’est pas à la collaboration de classes, au nationalisme, ni au questionnement de notre identité, et pour commencer par là, les horribles attentats que notre sol a connu ne sont pas « contre la France » mais contre l’Humanité. L’heure est à répondre aux petits salaires et aux petites retraites.

Le terrorisme ne concerne pas tant la question nationale que  la question de l’humanité, il s’agit d’universel.

Le terrible soir du Bataclan, le 13 novembre 2015, il y a eu 129 morts et 350 blessés, de 21 nationalités différentes.  A Nice sur 86 morts, il y avait 30 % de musulmans et 29 nationalités.  Ce n’est pas notre nation ni notre patriotisme qui sont en cause, c’est notre internationalisme. Les victimes des intégristes religieux, barbares étaient, toutes mélangées, car c’est ça notre République, elle n’est pas que tricolore, notre pays est ouvert, accueillant, pluriel, multiculturel. Ce n’était pas la race blanche, ni le cocorico chauvin, ni la décadence des riches, ni une quelconque « identité nationale » qui étaient visés, c’était nous tous, notre société si féconde, si joyeuse et si diverse. Le match de foot était international, un des restaurants s’appelait « le petit Cambodge », le rock était « hard » : ceux qui ont expliqué que « Charlie » était allé trop loin, que disent-ils ?  Que la musique était trop forte au Bataclan ? Toutes les victimes avaient le même sang et la même joie de vivre. Ce n’est pas seulement une « nation » qui a été visée, c’est l’humanité entière qui est touchée. Et évidemment l’idée même de répondre aux attentats par une « déchéance de nationalité » était une vaste  absurdité aux relents malsains.

Les assassins tuent sans distinction des athées comme des musulmans, des catholiques ou des protestants, des arabes et des blancs, des noirs et des jaunes. Déjà dans de précédents attentats, les bombes étaient placées dans le métro ou devant chez Tati. Ils ne cherchent pas à frapper ceux qui commandent les Rafales qui les bombardent, ils nous tuent, nous, les gens en mobylette. Ils n’ont aucun autre message : ils ne cherchent pas à aller frapper des dirigeants et élites, des cibles militaires ou des quartiers riches. Ils sont bien les pires ennemis de tous les humains, les tueurs de nos libertés comme de nos amours, de nos fêtes comme de nos droits du travail. On comprend les hommes et les femmes qui veulent échapper à leur emprise et se réfugient chez nous. Chacun de leurs attentats nourrit l’obscurantisme, les fanatismes, les racismes, les extrémismes de droite et leurs crimes sont pain béni pour tout ce qui sert la réaction de chez nous, ils nous empêchent, en premier, de nous défendre nous, les salariés licenciés d’Air France, les hospitaliers surmenés, les chômeurs humiliés, les bas salaires et les retraités pauvres, les postiers et tous les anti el khomri.

Et je ne mettrais pas non plus le mot « France » en premier, car quand je pense à la France je pense en premier à ceux qui travaillent, produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. Je ne les mets pas sur le même plan que l’oligarchie richissime  qui pille et possède la moitié du pays à elle toute seule.  Cette même oligarchie qui nous rappelle à l’ordre et à la discipline, nous, chaque fois qu’il y a un attentat. Cette oligarchie qui bombarde là-bas au lieu de recruter ici des enquêteurs et des éducateurs. Cette oligarchie qui établit « l’état d’urgence », le renouvelle et nous empêche de manifester, nous, pour nos droits.

Le mot France est pour moi tourmenté par les images opposées de ceux qui exploitent et de ceux qui sont exploités, des dominants et des dominés. Nous sommes d’abord un pays secoué par une vaste lutte sociale profonde qui produit 6 millions de chômeurs et 6 millions de salariés qui sont contraints a œuvrer 50 ou 60 heures par semaine : les sans travail, les surtravail, les sous travail. Rien ne sert d’invoquer « la France » comme ça abstraitement, en tout cas aujourd’hui nous sommes trop divisés pour ça. Nous ne sommes pas occupés, ni menacés de l’extérieur mais de l’intérieur.

Le chômage de masse n’est pas imposé par la mondialisation, ni l’Union Européenne, il est le produit de choix financiers, économiques, sociaux, du patronat français, et des gouvernements français. Ce n’est pas la France contre le monde. Ce n’est pas la France contre l’Europe. Les « travailleurs détachés » ne viennent pas prendre le pain des français mais viennent subir une féroce surexploitation imposée par les patrons français. C’est l’exploitation de l’oligarchie française contre le salariat français. C’est la finance française contre les travailleurs en France. C’est la puissante secte du Medef contre nos syndicats de masse. Ce sont les opposants  à la loi scélérate El Khomri contre ceux qui veulent casser un siècle de nos droits du travail.

Ce sont les 1 % contre nous, les 99 %. Ce sont deux milliardaires français qui possèdent plus que 20 millions de français. Il n’y a pas de projet commun Français avec 6,6 millions de chômeurs. Il ne s’agit pas de France insoumise (qu’est ce que ça veut bien dire ?) contre une France soumise, mais il s’agit simplement et classiquement de lutte entre classes. Il y a deux classes fondamentales, patronat et salariat. Elles ont une traduction politique organisée qui divise la France  : droite contre gauche, salariés contre rentiers. C’est aussi pour cela que le mot « peuple » ne peut pas se substituer à « gauche » il ne reflète pas bien pourquoi il faut combattre, un secteur bien particulier du peuple, celui de Gattaz, de la classe dominante, et de la droite. Il faut que le camp de la gauche soit fort et uni pour l’emporter sur un programme qui mobilise le cœur de celle-ci.

Et pour sortir de la crise actuelle, il ne faut pas un « accord productif patron-salariés » car ce serait un nouveau marché de dupes à la façon du Pacte de responsabilité et du CICE. Notre ennemi est la finance, pas la peine de faire croire que parce qu’il y aurait des français en son sein elle serait notre alliée.

Il faut un choix clair et le dire dans la campagne électorale  celui de s’appuyer sur la mobilisation majoritaire et la conscience de ceux qui produisent les richesses, pas sur ceux qui les accaparent. Il faut faire du « bien aux gens »  et redistribuer les immenses richesses du pays pour effectuer une relance économique dynamique. Il faut hausser les salaires, pas la « participation ». Il faut de quoi dans les assiettes, et donc il faut baisser le coût du capital et augmenter celui du travail.  Il faut prendre les dividendes d’en haut pour nourrir les salariés du bas. Et ça, ça peut se décider en France ! Commencer en France, Et puis s’étendre ! On peut défendre l’économie française, le plein emploi en France, l’industrie en France, MAIS au service du plus grand nombre, avec la force sociale clef, le salariat.

La France n’a jamais été aussi riche et les richesses aussi mal redistribuées, on ne le redira jamais assez. 60 milliards de fraude fiscale, 600 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, 460 milliards dans les poches de 500 familles, 100 milliards détournés au Luxembourg par 58 multinationales… Il y a tout ce qu’il faut pour relever les défis,  mais il faut que les français d’en-haut paient désormais le tribut qu’ils doivent à la reconstruction de ce qu’ils ont pillé et détruit depuis tant d’années. On ne peut pas maquiller cela sous la tromperie d’une unité nationale. L’unité nationale n’est pas la vérité de notre projet social, de notre projet économique, de notre projet politique : ne mentons pas, nous ne ferons pas cela avec LR, le FN et leurs consorts.

 

 

 

De Michel Noblecourt et des apparatchiks

 

Qui est Michel Noblecourt ? Depuis qu’il écrit dans le Monde, on me l’a toujours présenté comme un libéral s’occupant de la rubrique sociale. Et la rubrique sociale du Monde n’est ni la principale ni la meilleure.

Est-ce pour cela qu’il a été chargé de faire un portrait de moi dans Le Monde du 19 septembre 2016 ? Certains s’en sont réjouis, tellement ils étaient peu habitués à ce que Le Monde parle de moi ou me donne la parole. Mais pas moi : chaque ligne est tracée au verre pilé pour blesser et faire mal. Chaque tournure est ciselée pour détruire : il y coule une sorte de fiel malsain mais savamment distillé.

 

Cet homme, que je ne connais pas particulièrement, sauf l’avoir croisé de loin en loin, doit avoir, pour une raison inconnue, une solide dent contre moi – parce qu’il fait ça pour la deuxième fois en 25 ans. Lorsque j’avais publié chez Flammarion, un livre de mémoires militantes et qui fut apprécié par les militants, en 1998,  intitulé « Mai 68 histoire sans fin » il m’avait déjà traité « d’apparatchik ». Le mot doit lui plaire puisque 18 ans plus tard il me le ressert.

Un apparatchik est un homme d’appareil qui s’appuie sur l’appareil et s’en sert pour exercer son pouvoir, c’est le sens commun du mot, semble t il.

Sans doute est-il difficile de me l’appliquer puisque Noblecourt me qualifie aussitôt « d’apparatchik en guerre permanente contre les appareils » (sic). Les apparatchiks essaient généralement de se fondre dans la grisaille bureaucratique : Noblecourt précise « il siège au bureau national de son parti où il fait entendre chaque semaine sa singularité ». Un apparatchik est conformiste, Noblecourt me qualifie « d’atypique ». Un apparatchik est un opportuniste dans l’appareil : pour Noblecourt cependant « Gérard Filoche a une culture minoritaire ».

Quand il mentionne que je suis « candidat à la primaire »  il mentionne « petit »… « que l’on néglige au point de croire qu’il ne l’est plus » (sic). Que voulez vous, pour être candidat il faut être un notable, « main stream », pas fils d’ouvrier, ni ouvrier soi même, il faut être inspecteur des finances, pas du travail.

Quand il parle de primaire, il dit  « primaire du Parti socialiste » alors que celle ci s’appelle « Primaire citoyenne »  – ne pouvant ignorer qu’elle résulte d’un compromis suite à la longue bataille menée pour qu’elle soit justement une grande primaire de toute la gauche.

Quand il parle de « candidature commune de toute la gauche », il utilise le mot « rêve ».

Quand il me compare aux autres candidats de l’aile gauche du PS c’est tout en négatif, « ni ministre, ni député, ni maire ». Ce n’est pas lui qui soulignera que ça peut être un avantage, par les temps qui courent,  de n’être pas mouillé dans le quinquennat : il vaut mieux ressembler aux citoyens si on veut les rassembler, que de les avoir trahi.

« Je veux battre Hollande par tous les moyens » :  cette phrase est tirée du titre article du Progrès de Saint-Etienne, déformation de mon propos puisqu’il s’agissait soit d’écarter Hollande en le convaincant de ne pas se présenter, soit en le battant démocratiquement à la primaire. Mais il fallait une note agressive, Noblecourt l’a trouvée.

 

Quand il me dit « incollable sur le droit du travail », « sujet dominant de ses 33 livres », c’est « quitte à prendre des libertés avec son interprétation ». En quoi ? Sur quoi ? Le lecteur ne le saura pas. Noblecourt le sait il ? Parce que si c’est le cas, dans 33 livres, il doit y avoir moyen de le prouver, citation à l’appui.

Il me qualifie de « bête noire des patrons » et aussi « d’impitoyable sur l’application du droit du travail ». Et il rajoute « à sa sauce »…  Comment peut-on appliquer le droit du travail « à sa sauce » ? Qu’est ce que ça veut dire ? C’est le droit ou non ? Un inspecteur n’a que le pouvoir administratif de dresser procès-verbal, ensuite ce sont les juges… qui jugent, et généralement ils ne le font pas de façon impitoyable. Noblecourt ne sait sans doute pas combien, il faut de doigté, de sens du compromis, de patience et pas seulement d’autorité, pour faire respecter, toujours insuffisamment hélas, l’ordre public social dans les entreprises.

Il trouve le moyen de préciser que l’exercice des missions d’inspection du travail « à sa sauce » (sic) lui « vaudra des démêlés avec la justice, dont il sortira à chaque fois blanchi » (sic). Lourd, non ? Ce n’étaient justement pas des « démêlés avec la justice » mais avec des démêlés avec un patron voyou, un seul, (sur 10 000 entreprises visitées en 30 ans) qui a tenté d’esquiver ses actes délinquants en tentant de poursuivre l’inspecteur, mais qui en 8 ans a perdu 14 procès et a été condamné autant de fois. Et ce patron là n’a pas été « blanchi », les juges l’ont condamné « à leur sauce ». Et il y avait de quoi en mettre !

 

Quand Noblecourt dit que je suis entré en politique au Parti communiste, c’est pour dire que j’ai été « exclu sans ménagement ». Vous ne saurez pas pourquoi, sauf à en lire le récit détaillé dans  « Mai 68 histoire sans fin ».

Quand Noblecourt me mentionne parmi les fondateurs de la LCR, ce n’est pas pour décrire mes actions militantes, ni les idées que j’y ai défendu, (il l’a pourtant lu, décidément « Mai 68 histoire sans fin » nous le savons) mais pour donner mon pseudonyme, révélation décisive auprès de ses lecteurs. Matti ça vient de Brecht, bien sur, j’avais choisi le valet, pas le maître, pas l’apparatchik.

Quand il mentionne que j’ai été déclaré « hors normes » au congrès de juin 1994, par Daniel Bensaid, il ne mentionne que moi, alors qu’il s’agissait de la tendance à laquelle j’appartenais, et du coup, tous mes camarades avec moi, alors que nous faisions 20 % de la LCR et nous avions alors décidé au cours d’un stage en juillet 1994 d’aller au Parti socialiste.

Quand il annonce que j’ai « rejoint le PS » c’est pour dire que je « navigue dans différents courants, toujours minoritaires, sans se convertir au réformisme ». Tant de mensonges en un seul membre de phrase !

1°) Nous adhérons collectivement, c’est pas « je ». Avec tous mes amis, nombreux, toujours socialistes, de la revue « Démocratie & socialisme »

2°) Nous sommes tout de suite majoritaires avec le texte « Tourner la page de Maastricht » (que Melenchon est obligé de soutenir malgré son vote de l’époque) adopté à 52 % en février-mars 1996 lors de la grande Convention nationale Europe.

3°) Nous ne « naviguons » pas, nous sommes et restons dans la gauche socialiste en permanence, première et deuxième et troisième version, nous incarnons sa continuité, et l’excellente revue mensuelle « D&S », notre « fil à plomb »,  publiée opiniâtrement durant 23 ans en atteste (Mais Noblecourt ne mentionne pas D&S naturellement).

4°) Pas besoin de se « convertir au réformisme », selon notre théorie, nous sommes réformistes, car, nous l’avons défendu avec constance, et nous croyons ferme en cette théorie, le réformisme ne s’oppose pas à la révolution, il n’y pas de coupure entre les deux, l’un nourrit l’autre.

Quand il écrit que « je campe à l’extrême gauche du PS » c’est pour me qualifier « d’incurable trotskiste » « adepte de la stratégie du coucou qui fait son nid dans celui des autres ». (sic) Qu’il aille dire cela à Weber, Dray, Cambadelis s’il le veut.  Mais moi je ne « campe » pas, je suis socialiste, il est vrai façon Jaurès, pas façon Hollande ni Valls, ni Macron. Je ne fais pas mon nid dans celui des autres, je bâtis la maison commune, en collectif, avec mes camarades, plus que d’autres, je la construis jour après jour, avec mon énergie, mes idées, mon temps, mes livres, mes articles, mes milliers de réunions, mes cotisations. Je me situe au cœur de la gauche, pas à ses marges. J’ai toujours assumé comme Lionel Jospin ma culture trotskiste, « une grande et exceptionnelle culture » dont il faut souhaiter qu’elle soit vraiment incurable, car elle est faite d’une grande tradition de lutte contre les apparatchiks !

Quand Noblecourt me qualifie de « bon orateur à la verve gouailleuse » c’est pour ajouter aussitôt que je « franchis souvent la ligne jaune » comme quand je qualifie le patron de Total de « suceur de sang » le 20 octobre 2014 (pas dans un discours « gouailleur » mais par tweet) . Mais c’est pourtant vrai que le nom de cet homme-là, De Margerie, patron du principal trust du pays, 185 milliards de chiffre d’affaires, principale figure de l’oligarchie française, est définitivement associé à Erika, AZF, à la France-à-fric, il a aussi été poursuivi à titre posthume pour corruption d’agents publics dans la filière iranienne. Seul le regretté Bernard Maris m’avait défendu en se félicitant qu’au moins un socialiste n’ait pas participé au concert de louanges envers le disparu.

4 lignes sur 42 sont consacrées aux idées que je défend, résumées on ne peut plus succinctement, et, disons-le, avec morgue et mépris, comme tout le reste, Noblecourt revient sur mon espoir de « réussir à être la cheville ouvrière de l’unité de la gauche » pour dire « mission impossible ».

La fin est apothéose.

Noblecourt cite Le Point « même une chèvre gagnerait contre Hollande » assure Filoche. « De quoi lui donner beaucoup d’espoir. » De quoi bêler en effet. Là, il a raison, c’est le coup de pied de la chèvre.

Noblecourt, ne peut pas le savoir, mais c’est vrai, j’avais exactement dit à Ugo Domenach au Point : « Il ne faut surtout pas le dire qu’une chèvre pourrait battre Hollande ». J’aurais pas dû. Mais on peut faire confiance à ceux qui vous mènent la guerre, non seulement pour déformer vos propos mais pour les répéter en boucle. Et puis, ce n’est pas gentil pour ces gentilles chèvres avec lesquelles j’aimais jouer dans mon enfance.

Tout ça, de la part cet homme, c’est du verre filé pour blesser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vive l’inspection

vive l’entreprise !