La faillite des cars Macron

 

Faillite Mégabus
- Mégabus est une filiale de l’anglais stage coach, elle était sous-traitant de l’entreprise Flixbus qui a décidé du jour au lendemain de mettre un terme à son contrat de sous-traitance pour faire appel à d’autres sous-traitants (moins cher ?). C’est une des particularités (et des désastres !) que l’on voit dans ce secteur : le développement de la sous-traitance alors même que le secteur n’est pas rentable !! Les opérateurs tournent aujourd’hui à 4 centimes du kilomètre, moitié moins que le tarif du co-voiturage !!

 

Pour rappel : la SNCF a pour le moment investi 250 millions d’euros à perte sur le secteur, Transdev l’autre grand groupe de transport a perdu 20 millions d’euros l’année dernière, tout ça d’ailleurs avec l’argent public ! On peut parler de désastre économique (sans oublier la concurrence avec le rail sur les grandes lignes Paris-Marseille, Paris-Lille,…)
-première faillite d’une entreprise de « cars Macron » laissant 174 salariés sur le carreau ! L’actionnaire anglais pour le moment se lave les mains de sa responsabilité sociale et ne négocie rien sur les reclassements.
- le gouvernement avoue lui-même son impuissance puisqu’il n’arrive pas à mettre une quelconque pression sur l’actionnaire pour lui rappeler ses obligations.
-les salariés n’ont d’autres choix que de mener des actions dans les prochains jours/prochaines semaine.

 

avec JV

le rassemblement et la négociation ce matin vendredi 18 novembre  : les financiers écossais se moquent des salariés… et du gouvernement français. comme quoi il fallait se donner les moyens de controler les licenciements pas les faciliter

 

 

Affaire Tefal. Condamnation scandaleuse en appel de l’inspectrice du travail Laura Pfeiffer

Mercredi, 16 Novembre, 2016

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copie d’écran
Nous sommes consternés par ce jugement à l’encontre d’une inspectrice du travail qui est condamnée pour avoir fait son travail et dénoncé les pratiques de la multinationale visant à l’écarter de son poste avec le relais de sa hiérarchie. Nous nous insurgeons contre cette nouvelle condamnation d’un salarié lanceur d’alerte et ne pouvons que constater que la justice française, au-delà des discours convenus, ne protège pas ceux et celles qui risquent leur emploi pour dénoncer les pratiques délictueuses des entreprises.
Le délibéré du procès en appel de l’« Affaire TEFAL » est tombé ce mercredi 16 novembre 2016. L’inspectrice du travail Laura Pfeiffer et le salarié lanceur d’alerte ont vus leur condamnation de première instance confirmées en tous points par la Cour d’appel de Chambéry. Ils avaient été condamnés en première instance à 3500 euros d’amende avec sursis, notamment pour violation du secret professionnel et recel de documents volés. Le procès en appel s’était déroulé le 14 septembre 2016 à Chambéry.
Nous sommes consternés par ce jugement à l’encontre d’une inspectrice du travail qui est condamnée pour avoir fait son travail et dénoncé les pratiques de la multinationale visant à l’écarter de son poste avec le relais de sa hiérarchie. Nous nous insurgeons contre cette nouvelle condamnation d’un salarié lanceur d’alerte et ne pouvons que constater que la justice française, au-delà des discours convenus, ne protège pas ceux et celles qui risquent leur emploi pour dénoncer les pratiques délictueuses des entreprises.
La confirmation de la condamnation de Laura Pfeiffer et du salarié lanceur d’alerte ne peut que provoquer un sentiment d’indignation. Il est inacceptable de nous empêcher d’alerter les syndicats chargés de défendre nos missions lorsque l’on fait obstacle à celles-ci.
Cette indignation est renforcée par la décision récente du parquet d’Annecy de classer sans suite les plaintes de notre collègue contre sa hiérarchie et contre l’entreprise TEFAL pour obstacle à ses fonctions. Il y a bien deux poids et deux mesures et la justice se rend complice des stratégies des entreprises pour échapper à leurs obligations. Désormais, des milliers de patrons pourront s’appuyer sur ce jugement pour licencier des salariés et pour porter plainte contre ceux et celles dont la fonction est de faire respecter les droits des salariés. Certains n’ont d’ailleurs pas tardé à le comprendre : des plaintes contre des agents de contrôles se sont multipliées, en particulier dans le département de la Haute-Savoie.
Cette situation a été largement favorisée par l’absence de condamnation publique des agissements de TEFAL et l’absence de soutien à Laura par la hiérarchie du ministère du travail (à tous les échelons, jusqu’à la Ministre) Les agents de l’inspection du travail réalisent à travers cette affaire TEFAL et la condamnation de Laura Pfeiffer qu’ils ne peuvent pas compter sur le soutien de leur hiérarchie en cas de mise en cause pénale, même lorsqu’ils sont victimes de pressions extérieures indues et d’obstacle à leur fonction. Le silence de la hiérarchie locale et régionale ainsi que du ministère du travail, qui dure depuis presque trois ans, est révoltant car il met les agents en situation d’insécurité dès lors qu’ils vont faire un contrôle.
La Ministre du travail elle-même se fait le relais des exigences du patronat de museler notre corps de contrôle. La loi El Khomri a introduit un « amendement TEFAL » prévoyant un code de déontologie de l’inspection du travail qui fixera « les règles » que doivent respecter les agents de l’inspection. Loin d’être protecteur des agents et des usagers il a tout d’un arsenal disciplinaire destiné à museler encore plus l’inspection du travail.
Cette condamnation s’inscrit dans un contexte plus large de criminalisation des mouvements sociaux (GOODYEAR, CONTINENTAL, AIR FRANCE, …) et de répression des mobilisations (loi travail). Elle vient ainsi s’ajouter à la liste déjà longue des injustices sociales et des attaques contre les droits des salariés.
Aujourd’hui comme hier, les organisations syndicales réaffirment avec force :
  • Il n’est pas possible de condamner une inspectrice du travail, qui dans le cadre de son travail, a dénoncé auprès de nos organisations syndicales les pressions visant à faire obstacle à ses missions,
  • Il n’est pas possible de condamner un lanceur d’alerte pour avoir joué ce rôle essentiel de dénonciation des délits d’une entreprise,
  • Il n’est pas acceptable d’être condamné pour recel de documents confidentiels alors que les documents qui nous ont été transmis démontrent les pressions indues exercées par l’entreprise pour écarter l’inspectrice du travail gênante ainsi que le relais de sa hiérarchie.
Nous n’acceptons pas ce jugement et poursuivrons avec toutes les voies judiciaires offertes le combat pour leur relaxe pure et simple, comme nous poursuivrons nos combats aux côtés des agents et des salariés.
Nous étions en colère le 4 décembre 2015, et croyez bien que nous le sommes encore aujourd’hui car le mépris décomplexé des différents protagonistes pour l’inspection du travail et la condition des travailleurs nous est insupportable.
Nous exigeons de la Ministre du travail, Myriam El Khomri :
  • La reconnaissance des accidents de service de notre collègue,
  • Qu’elle fasse appel du classement des procédures à l’encontre de TEFAL par le Parquet d’Annecy,
  • Qu’elle condamne les agissements de TEFAL,
  • Qu’elle réaffirme publiquement les prérogatives des agents de l’inspection du travail et la légitimité de nos contrôles dans les entreprises.
Les agents de l’inspection du travail et les lanceurs d’alerte ne sont pas des délinquants !
Communiqué de l’intersyndicale CGT-SUD-SNU-FO-CNT, le 16 novembre 2016.

toute ma solidarité entière, personnelle, fraternelle et courage à Laura, tiens bon, Gérard Filoche

 

Eléments de biographie Gérard Filoche

Gérard Filoche, né le 22-12-1945 à Rouen
Père René Filoche, 1911-1978, cheminot, menuisier SNCF
Mère Antoinette Filoche, 1913-2000, aide-soignante
Licence et certificat de maîtrise de philosophie, à Rouen, 1968

Concours contrôleur  du travail 1982, inspection du travail 1985 : Institut national du travail 1985-86 : DEA

Activités professionnelles multiples :

  • 1962 – 1982 : moniteur colonie, coursier de banque, conducteur de train, manutentionnaire docks, chauffeur-livreur, facteur, maître-auxiliaire, enseignant de philosophie, journaliste et l’un des dirigeants du quotidien « Rouge » du 15-3-1975 au 29-1-79, ouvrier du livre 1978-1979, puis
  • contrôleur du travail à la formation professionnelle de 1982 à 1985
  • inspecteur du travail de 1985 à aujourd’hui, d’abord en agriculture en Champagne Ardennes de 1987 à 1989, ensuite à Paris 3° arrondissement à partir de mars 1989 puis dans le 2° arrondissement d’avril 2003 à décembre 2010

Militant politique et syndical

  • à la CGT depuis 1963
  • membre de l’UEC et du PCF de 1964 à 1966
  • dirigeant de l’UNEF, à Rouen, de 1964 à 1969
  • co-dirigeant du CVN, Comité Vietnam National
  • co-dirigeant du comité de grève des étudiants de Rouen en mai 68
  • co-fondateur et dirigeant des JCR à partir de 1965,
  • président de l’AGER-UNEF à Rouen, 1968-1969
  • co-fondateur et membre du Bureau politique de la LCR de 1969 à 1994
  • co-fondateur des Comités Chili 1973-1975
  • membre du secrétariat unifié de la Quatrième internationale de 1979 à 1994
  • co-fondateur de SOS Racisme 1984
  • membre du Parti socialiste et de son Conseil national depuis 1994
  • secrétaire de section à Combs-la-Ville, en Seine et Marne, 1997-2001
  • co-fondateur de Copernic en 1998
  • membre de la section travail du Conseil économique et social, sept 1999-août 2001
  • membre du Bureau national du Parti socialiste novembre 2000 – novembre 2005
  • membre du Conseil scientifique d’Attac
  • membre du Conseil national du Parti socialiste novembre 2008- novembre 2012
  • membre du Bureau national du Parti socialiste novembre 2012 – novembre 2016

 

Auteur ou co-auteur de

  • Printemps portugais Ed. Actéon 1984
  • Le socialisme est une idée neuve (collectif) Ed. D&R, 1991
  • Les clairons de Maastricht avec Julien Dray, Ed. Ramsay, 1992
  • Édouard Balladur et les 5 millions de chômeurs, Ed. L’Harmattan, 1993
  • Pour en finir avec le chômage de masse, Ed. La Découverte, 1995
  • Le travail jetable, Ed. Ramsay, 1997
  • 68-98, une histoire sans fin, Ed. Flammarion, 1998
  • Le travail jetable, non, les 35 h, oui, Ed. Ramsay 1999
  • La République sociale, textes de référence de la Gauche socialiste, Ed. l’Harmattan, collectif 1999
  • Collaboration à un documentaire 52’ de Richard Bois Inspection du travail : la dernière digueKuiv’Production, 1999 diffusé sur France 2 le 2 avril 1999
  • Les 7 jours d’Attika, Ed. Ramsay, avec Harlem Désir, Julien Dray, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, septembre 2000
  • Bien négocier les 35 h, guide pratique (et critique) à l’usage exclusif des salariés, Ed. La Découverte, avec Sylvian Chicote 2001
  • Retraites : réponse au Medef, Ed. Ramsay, avec Jean-Jacques Chavigné 2001
  • Ces années-là… quand Lionel…, Ed. Ramsay, 2001
  • 20 ans de Chsct, étude pour le Conseil économique et social », Ed. Journal officiel, 2001
  • Postface aux textes de Marx-Engels sur l’Afghanistan, Ed. des mille et une nuits, 2001
  • Simon le juste Idée et collaboration à ce téléfilm avec Dan Frank et Gérard Mordillat, Kuiv’Production, 1997-2001, diffusion France 2 le mercredi 29 janvier 2003
  • Carnets d’un inspecteur du travail, Ed. Ramsay, novembre 2004, réédition en poche diffusion Vilo 2005
  • SOS Sécu !, Ed. Au bord de l’eau, avec Gérard Berthiot et Jean-Jacques Chavigné, 2004
  • On achève bien les inspecteurs du travail… Jean-Claude Gawsewitch éditeur, février 2005
  • À celle ou celui qui portera les couleurs de la gauche en 2007, Ed. Ramsay, juin 2005
  • Louise, son père, ses mères, ses sœurs, son frère, participation à ce documentaire produit par Iskra diffusé sur Arte et à deux reprises sur France 3 en fév. 2005 et août 2006
  • Participation à Dans le secret de l’assassinat de deux inspecteurs du travail, film de Jacques Cotta, diffusé par France 2 le 16 septembre 2005
  • Co-rédacteur Pour une VI° République sociale avec, entre autres, Marc Dolez, JJ Chavigné, Eric Thouzeau, Pierre Ruscassie, avril 2006  Ed. D&S
  • Contribution à Travail flexible et salariés jetables avec Michel Husson Ed. La Découverte août 2006
  • La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi pas le travail ? Ed. JC Gawsewitch Octobre 2006
  • Mai 68, histoire sans fin (1964-1994) réédition Ed. JC Gawsewitch 2008
  • Salariés, si vous saviez… Dix idées reçues sur le travail en France Ed. La Découverte mars 2008
  • Les caisses noires du patronat Ed. JC Gawsewitch mars 2008
  • Nouveaux carnets d’un inspecteur du travail Ed. JC Gawsewitch  avril 2009
  • Préface à Le droit à la paresse de Paul Lafargue Ed. Le Passager clandestin novembre 2009
  • Une vraie retraite à 60 ans, c’est possible, Ed. JC Gawsewitch mars 2010
  • Dette indigne Ed. JC Gawsewitch avec Jean-Jacques Chavigné novembre 2011
  • Rédacteur en chef de Démocratie & socialisme, mensuel de la gauche du Parti socialiste 23e année
  • Vive l’entreprise ? Ed. Hugo et cie,  2014
  • Comment résister à la démolition du Code du travail ? Ed Le vent se lève 2014
  • Comment résister aux lois Macron, El Khomri, et cie ? Ed. Le vent se lève 2016

À paraître :

  • Cérium roman policier tome 1 (trilogie : Samarium – Lanthiane) Ed du Cherche mid, 2016
  • « La révolution russe racontée aux enfants » –  Ed. JC Gawsewitch
  • Mai 68 histoire sans fin (1994-2012) tome 2 (La gauche socialiste)

Média

Passage émissions télévisées : « La marche du siècle » en 1995 et 1999, CQFD en 1999 et 2000, Zone interdite et Capital M6, Polémiques, Le vrai faux journal, Forum, Canal + journal télévisé en direct France 2 et 3, LCI, I télévision, Canal +, Bloomberg TV, Direct 8, au Canada, en Belgique, « Sans aucun doute », Ciel mon mardi, sur TF1, différents débats sur la V, « Ripostes », « Les infiltrés », « Arrêts sur image »
Passages radios : France Culture, « Le téléphone sonne », « Matinale » de France inter, « Humeurs vagabondes », « Panique à Mangin palace » ou « Charivari » à France inter, (et 4 émissions de Daniel Mermet) France info, France bleu, RFI, RTL, Sud radio, RMC, BFM, Europe n° 1, TSF, Radio Canada
Articles dans la presse étrangère et nationale (Le Monde, Libération, La Tribune, Le Nouvel Observateur, l’Express, le Point, Marianne, l’Evénement du jeudi, Le Figaro, le Nouvel économiste, L’Humanité, Hebdo des socialistes, Rouge, Le Monde diplomatique, Alternatives économiques, Politis, Paris Match, VSD, Toc, Numéro 1, Santé & travail, Liaisons sociales) et locale (à l’occasion de ses déplacements en province et de la publication de ses livres).
Chroniques dans 86 n° de « Siné hebdo » puis dans « Siné mensuel ». Chroniques hebdomadaires dans l’Humanité-Dimanche (316…) et dans Nouvel Obs, Marianne2.fr. Huffington post

Questions sur le parcours militant de Gérard Filoche

Pouvez-vous nous parler de votre enfance ? Vous êtes né juste à la fin de la guerre…

Oui, je suis né à Rouen le 22 décembre 1945, quelques mois après le retour de mon père, René, rentré en France en mars 1945 après cinq ans de captivité en Allemagne. Antoinette m’a donné naissance dans ce contexte de la fin de la guerre et du retour, parfois difficile, des prisonniers. Mes parents n’ont pas eu d’autre enfant.

Quel était le métier de votre père ?

Il était cheminot menuisier-chaudronnier. Au dépôt de Rouen-Orléans.

Il y avait donc des menuisiers à la SNCF ?

Oui bien sûr, c’était du temps où on n’avait pas encore externalisé les services maintenance ! (il milita contre l’externalisation de la Sernam en 1953) Il y avait les cheminots qui travaillaient dans les trains et les cheminots sédentaires, comme on disait. Mon père savait compter, toujours avec un crayon à bois sur l’oreille, pour prendre les mesures des meubles qu’il fabriquait. Il y travaillait de l’aube à la nuit tombée.  Mais il savait à peine écrire et il ne pouvait lire que les gros titres du journal.

Et votre mère ?

Mon grand père a été tué à Verdun.  Née en 1913, ma mère  était pupille de la nation. Elle était aide-soignante dans une clinique privée de Rouen ; elle, elle savait lire et écrire, c’était elle qui gérait la maison.

Vos études ont-elles été décisives dans votre parcours de militant ?

J’ai eu du mal. Ah, tiens oui, j’ai été marqué par le fait que l’on m’a viré du lycée Fontenelle de Rouen, à six mois du bac ! En fait, avec des copains, en première on avait créé un club Paul Déroulède… et c’est ça qui m’a valu d’être renvoyé pour mauvais esprit.

Paul Déroulède, le porte-flambeau de la droite la plus nationaliste à la fin du XIXe ?

Oui, c’est lui, ce réactionnaire, anti-communard en 1871, catholique intégriste, papiste, ascète hystérique, sexiste, raciste, xénophobe, qui tenta en 1889 un coup d’État avec le général Roger, militariste, revanchard anti-boche pour « l’Alsace-Lorraine » !

Vous n’allez pas me dire que c’était votre héros ?

Non, bien sûr, tout le contraire ! Avec mes camarades, on l’avait pris comme symbole de tout ce que nous rejetions au lycée : on dessinait des Déroulède sur les tableaux noirs, et on se moquait comme ça de tout ce qui nous semblait réactionnaire dans les cours !

Déroulède vous servait d’exutoire !

On l’avait bien choisi, Déroulède ! Il est l’auteur des Chants du soldat et des Nouveaux Chants du soldat ou de Du Guesclin ! Un vrai poète de garnison ! Et les paroles de La Tour, prends garde, valent leur pesant d’or : « Tant pis pour celui qui tombe, vive la tombe, vive la tombe si le pays en sort vivant ! »  Elles sont gravées dans le marbre, sur le socle de sa statue, à côté de la gare Saint-Lazare. Donc, à cause de Déroulède, et sans doute de mes turbulences, je suis passé en conseil de discipline et j’ai été viré pour « mauvais esprit ». C’était au mois de janvier, alors que je devais passer la première partie du bac en juin ! Pas sympathique, ce genre d’exclusion contre un fils d’ouvrier à six mois de l’examen. J’ai demandé six mois à ma mère, j’ai bossé seul, à la maison, et j’ai passé le bac en candidat libre, j’ai été reçu.

Donc vous avez pu réintégrer votre lycée pour la terminale ?

Eh non, ils n’ont pas voulu me reprendre ! Alors j’ai fait ma terminale dans un lycée de filles, le lycée des Bruyères à Sotteville-lès-Rouen. C’était la dernière année de la non-mixité. J’étais le seul garçon au milieu de 500 filles, elles portaient une semaine des blouses roses et la suivante des blouses bises… Et moi, j’étais le seul dispensé de blouse ! Le lycée est devenu mixte l’année suivante, mais je garde de très bons souvenirs de cette année-là.

Avez-vous été un bon élève ?

En philo, on peut dire oui ; pour ma première copie, j’ai eu 18, alors que la note suivante des filles de ma classe était à 12 ! Et j’ai eu le bac philo, grâce aux encouragements de ma prof, Jeannine Laéri ; pour moi, ça a été comme une revanche, parce qu’ils m’avaient viré pour mon « mauvais esprit »… J’avais aussi la satisfaction d’être invité aux réunions du club de philo que les profs de Rouen avaient créé : c’était un tout autre monde que le mien. J’étais ébloui, naïvement. On y parlait à la fois de philo et de politique, une première initiation intellectuelle. Après mon bac, alors que j’étais en première année de fac, on me proposa de remplacer une des profs de philo du lycée des Bruyères, Marie-Claire Lascault, pendant les six mois de son congé de maternité. Sacré défi pour moi, tenir une classe de philo de quarante élèves ! J’ai rencontré il y a peu de temps, à Paris, son fils Michel Lascault qui est artiste : c’est le bébé qui est né pendant que je remplaçais sa mère !

Après le bac, cela vous a-t-il été facile de faire des études universitaires ?

C’est vrai que ce n’était pas évident. Quand j’avais été viré du lycée en première, ma mère, furieuse, déçue, m’avait dit : « Si tu ne peux pas avoir le bac, tu travailles ! » En fait, j’ai pu aller à l’université parce que j’étais fils unique ; mes cousins et cousines n’ont pas tous eu cette possibilité, parce qu’ils étaient dans des familles nombreuses.

Pendant ces années de votre adolescence à Rouen, qu’est-ce qui vous a poussé vers le militantisme ? Vos parents, peut-être ?

C’est vrai que mon père était à la CGT et votait communiste, mais il n’était pas militant, ma mère non plus. Oh, comme disait René, Antoinette avait « levé le poing » au temps du Front populaire… Non, la rencontre décisive a été celle avec Françoise, qui est devenue ma femme.

C’était au lycée des Bruyères, le lycée de filles où vous étiez le seul garçon ?

Non, pas du tout ! C’était bien avant : je l’ai rencontrée à 15 ans, et elle en avait 18. Dans un club de natation,  le « Stade sottevillais cheminot club » À l’époque, notre différence d’âge était nette. De plus, elle faisait de la politique, la culture politique lui avait été transmise par son père, Marcel Le Toullec, qui avait été soldat à Verdun en 14, puis résistant dès 1940 ; il était militant au PC. Il était cheminot aussi : « bête humaine », il conduisait les machines à vapeur. Il a pris sa retraite à 50 ans et il est décédé à 96 ans, c’est rare « plus de retraite que d’active » ! Françoise a été militante très jeune, elle était à la cellule du PC à l’hôpital psychiatrique de Rouen.[1]

Vous avez donc fait un apprentissage en politique, avec elle, dès le lycée ! Et ensuite, à la fac ?

J’ai pris ma première carte au PC et à la CGT en 1963, à 18 ans… Et à la fac à Rouen, j’ai été responsable à l’UNEF[2] et à l’UEC[3]. En 1966, on était tout un groupe, une soixantaine, on s’est fait exclure de l’UEC.

Comme au lycée ! Pourquoi donc, cette fois ? Encore pour « mauvais esprit »?

Oui, c’est un peu ça… En fait j’avais rencontré les quatre frères Marx ! Denis, Jean-Pierre, Laurent et Francis… A la suite d’une manifestation bien agitée contre le « plan Fouchet », on s’est fait traiter de « trotskistes », alors que je n’avais même pas lu Trotski. Et en 1966, Yvon Bourges, à l’époque secrétaire d’État à l’Information de De Gaulle, a décidé d’interdire le film de Jacques Rivette, La Religieuse, une interprétation du roman de Diderot[4]. Pour protester contre cette censure, j’ai rédigé un tract très anticlérical que j’ai présenté à une A.G. de l’UEC : grand succès et applaudissements ! Mais le responsable de l’UEC a dit que c’était impossible que ce tract sorte, car le PC était en train de tendre la main aux catholiques.

Vous êtes majoritaire à l’UEC pour diffuser ce tract, mais c’est le Parti qui décide!

Oui, c’est ça ! Mais on a quand même sorti le tract signé UEC… On s’est fait virer de cette façon de l’UEC ; puis j’ai été exclu du PCF, la décision a été prise le 16 novembre 1966, au cours de deux réunions de cellule. La première fois, j’ai gagné le vote « normal », à la seconde, la salle était bourrée et prévenue contre moi, ça a été chaud, ça a duré quatre heures, j’ai résisté et j’ai été « suspendu ». Ça revenait à me virer pour cause de trotskisme, de maoïsme, de gauchisme, ils ne savaient d’ailleurs pas trop, tout y est passé. J’ai raconté cela dans Mai 68 histoire sans fin. Tout ça pour un tract contre la censure…

Et pour indiscipline caractérisée sans doute ! Vers où vous êtes-vous dirigé alors, politiquement parlant ?

Eh bien, vers les trotskistes ! J’ai eu le contact avec Alain Krivine, qui était dans la même situation à Paris, exclu de l’UEC et qui était venu me voir à Rouen. Alors en 1966, on a fondé ensemble la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). (Plus tard, en 1969, ce sera la Ligue communiste). Le moteur de ce nouveau parti, c’était la critique du stalinisme, car le PC soutenait l’URSS à 300 %, alors qu’elle avait envahi la Hongrie…

C’était un des pics de la Guerre froide. Mais à Rouen, vous l’aviez ressentie ?

Ah oui, mais bien avant, en 1957, au travers du foot notamment : les Hongrois étaient venus jouer au foot à Rouen, au stade Robert Diochon, ils étaient en tournée politico-sportive. C’était une équipe mémorable ; d’ailleurs, j’ai rencontré l’an passé, au Grand Journal de Canal Plus, Guy Roux, l’entraîneur, et il a été capable de me citer tous les noms des joueurs hongrois. Mais quand ils sont venus à Rouen, on était en pleine Guerre froide et il venait d’y avoir, en 1956,  l’insurrection de Budapest réprimée par les Soviétiques.

Revenons en 1966 : vous créez la JCR avec Alain Krivine.

Oui, je suis alors étudiant en philosophie à la fac de Mont-Saint-Aignan et je crée et milite dans les Comités Vietnam en 66/67 ; ça nous occupe beaucoup, on a fait deux manifestations, Six heures pour le Vietnam, qui ont été un grand succès, avec d’excellents orateurs nationaux et internationaux, des spectacles, des artistes, et on a fait venir Mouloudji, Colette Magny… qui a d’ailleurs failli enfoncer ma deux-chevaux ! Et un leader vietnamien, Le Dinh Nanh. Avec l’Ager-Unef on combat le plan Fouchet, et les ordonnances de De Gaulle contre la Sécurité sociale… Je commence à venir à Paris, soit pour les réunions de l’UNEF, soit pour celles du Comité Vietnam national (CVN, avec Laurent Schwartz), soit pour celles des JCR…

Après, je suis acteur au premier plan de mai 68 à Rouen. On lance la grève générale dès le premier jour – comme à Paris. On a un gros poids auprès des étudiants, des lycéens et puis des travailleurs… Ceux de Renault-Cléon, René Cotrez et Bernard Dehors, viendront me dire dans la nuit, après le 13 mai, qu’ils viennent d’occuper l’entreprise. On « règne » sur la ville. Ça démarre comme une traînée de poudre dans toute la vallée de la Seine… C’est là que je comprends ce qu’est une grande crise de type révolutionnaire et je m’y sens bien, j’y apprends à parler devant des milliers de gens…

Gérard Filoche, Rue Jeanne d’Arc à Rouen, le 11 mai 1968 (de retour de Paris, ou il était à la nuit des barricades),


La prise de parole, c’est toujours un apprentissage important dans un parcours militant ?

Ce n’est naturellement pas inné : je faisais de courtes interventions au début, je rougissais, je bafouillais, j’étais embarrassé avant de commencer. Mais après, ça venait facilement. C’est l’apprentissage du militantisme…

Cela vous a conduit à devenir le tribun que vous êtes aujourd’hui…

Merci, si vous le dites, oui, mais un meeting devant 150, ou 5 000 ou 20 000 personnes, ce n’est plus pareil, ça se construit : j’ai dû beaucoup apprendre à changer de ton en permanence, user d’anecdotes, illustrer le sujet, pour obtenir l’attention. J’ai toujours un fil conducteur, mais ce que j’ai à dire, j’essaie de le dire avec des digressions concrètes, de la façon la plus vivante possible. Il faut parler avec son esprit, son corps et son cœur.

Vous avez été obligé de travailler pour vivre et faire vos études ?

Oui, et c’est pour ça que j’ai fait tant de boulots, j’avais pas un rond : j’ai été moniteur, puis pion, mais comme j’étais contractuel et militant, j’ai été viré ! Après, j’ai même été conducteur de train de marchandises ; on était deux dans la locomotive diesel, à l’époque. J’ai compris combien la vie des « roulants » était dure à cause des horaires en boucle, hachés sur trois semaines ; je l’ai fait huit mois, eh bien, même à 20 ans, ça épuise, et je vous le dis, je sais pourquoi je défends le régime de retraite spécial des cheminots. Ensuite j’ai été manutentionnaire, je déchargeais les trains sur le port pour remplir les camions, puis chauffeur livreur, un peu de travail de bâtiment, tout ce qu’il faut pour survivre. Jusqu’à ce que je devienne permanent de la Ligue, journaliste à Rouge[5].

C’était en quelle année ?

En 1970. J’anime le « secteur jeune » étudiant et lycéen. Dans les grèves des années 1970 à 1974. Des mobilisations, l’affaire Guiot, la circulaire Guichard, puis Richard Lahaye, jusqu’à la loi Debré. Et en 1971, 1973, surviennent le congrès d’Épinay, puis la signature du Programme commun. La LC[6] ne comprend rien à cette résurgence des organisations traditionnelles du salariat. On croit que la période est ouverte à un nouveau parti révolutionnaire de la gauche et que nous allons vite le construire. On a, et j’ai, des positions erronées sur la nature du PS, celle du PCF, et on ne perçoit pas que leur accord offre une issue politique qui va forcément l’emporter.

À peine devenu permanent de la LCR, vous semblez déjà très critique ?

Oui, j’y défends le syndicalisme de masse, dans l’UNEF. Et dans la CGT. Je suis pour l’unité syndicale. Je suis pour un syndicat de collégiens, de lycéens, d’étudiants, de soldats… J’étais – et je suis toujours – pour ce qu’on appelle « le Front unique », c’est-à-dire l’unité « de classe » de toutes les organisations de la gauche dans un même front commun. Comme Trotski qui, en 1936, appelait dans Où va la France ? à un gouvernement PS-PCF, Blum-Cachin, mais sans les radicaux.

Quelle différence faites-vous entre les deux ?

Le Front populaire en 1936 incluait les Radicaux, qui étaient en fait un parti bourgeois. Pour moi, le front unique c’était un front élargi de la gauche PS et PCF, un front unique majoritaire contre la droite. Mais à la LC, devenue LCR, après la dissolution de juin 1973, j’étais en minorité pour défendre ce principe : ils me traitaient – à tort – de lambertiste[7]… C’étaient des batailles sans fin de tendances et de fractions ; les trots, à force de combattre les stals étaient marqués, ils n’étaient pas si démocratiques qu’ils auraient dû…

Alors vous quittez la Ligue ?

Non : en fait je suis militant dévoué pendant 30 ans, de 1966 à 1994, même si je suis en minorité à la LCR. Mais je reste permanent minoritaire, journaliste au quotidien Rouge, et j’écris mon premier livre, en 1984,  Révolution portugaise, que la Ligue ne voudra pas éditer, parce qu’il n’est pas dans la ligne. La Révolution portugaise de 1974-75 est une excellente école pour comprendre ce qu’étaient les rapports du PSP[8] et du PCP avec les mobilisations de masse.

Dans la LCR des années soixante-dix, il y aura beaucoup de conflits, sur le stalinisme, sur la lutte armée en Amérique latine, sur le Nicaragua, l’Iran, puis sur la Pologne… Mais à la fin, avec mes amis, nous ne pourrons plus nous faire entendre, ni nous exprimer. Ce fut dur, notamment pendant l’existence du quotidien Rouge, de mars 1975 à janvier 1979. Ma tendance obtient de 15 à 35 % des voix selon les congrès, de 1974 à 1979, mais influe peu. À un moment ils me sanctionnent et me licencient ; je deviens ouvrier du livre, à Paris. Ça va durer presque deux ans, 1978 à 1979, années de la naissance de mes deux premières filles. Je serai à nouveau majoritaire en 1979, puis en 1981, mais à nouveau la pente naturelle de la majorité, c’est le gauchisme, pas le front unique…

Comment avez-vous obtenu ce travail d’ouvrier du livre ?

C’est la CGT qui avait le monopole de l’embauche des ouvriers du livre. Un de mes copains, Jean-Michel Vallantin, m’y avait fait rentrer. Je travaillais à la sortie des journaux, je faisais les paquets à la sortie des rotatives pour l’expédition de chacun des grands quotidiens.

C’était une bonne époque, sans doute ?

Oh oui, c’était en 1978/1979. Le salaire des ouvriers du livre était versé sur quatorze mois, avec huit semaines de congés payés, on gagnait bien à l’époque… même davantage que ce que j’aurai plus tard comme contrôleur du travail débutant. Le syndicat me donnait le planning, on disait d’ailleurs : « Tu appelles Blanqui pour savoir où tu vas bosser. » Boulevard Blanqui, c’est le siège du Syndicat CGT du livre… J’étais « ficeleur ». Je faisais les paquets, avec ma « serpette », j’allais à l’Huma, à France soir, au Figaro, au Monde, au JDD, à Investir, et longtemps de nuit aux NMMP, boulevard Mac-Donald.

Quand arrive votre rupture définitive avec la LCR ?

Nous regagnons une majorité à la Ligue en 1979. Je redeviens permanent quelque temps. Le Matin titre : « Les amis de M. Krivine sont en minorité. » En 1981, Mitterrand gagne les élections et on rediscute sur l’attitude à avoir vis-à-vis du pouvoir, en 1981, en 1983, en 1988… jusqu’à la déroute de mars 1993. Je suis à nouveau « dépermanentisé ». C’est à ce moment que je rentre au Ministère du travail. Avec mes amis, nous restons membres de la LCR jusqu’en 1994.

Il y aura un grand désaccord sur la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Je crie « Champagne », Daniel Bensaïd crie « Alka-Seltzer ». Je me réjouis de la chute du Mur ; il affirme que nous en construirons d’autres. L’effondrement du stalinisme est pour moi une victoire, les évènements sont perçus comme une défaite par la majorité de la LCR. Là, il surgit un désaccord théorique profond sur la place de la démocratie historique et pratique dans la construction du socialisme.

On va faire un premier bulletin en 1989 qui va s’appeler Vent d’est, puis en 1992, Démocratie et Révolution, puis Démocratie et Socialisme (D&S). Daniel Bensaïd va nous faire sanctionner par le congrès de juin 1994, qui va voter que nous sommes « hors normes ». Ce vote nous pousse dehors. On est 150, regroupés autour de D&S, quand on va ensemble décider collectivement de rejoindre le Parti socialiste. Si notre tendance part en été 1994, c’est finalement parce que nous rejetons la politique de dénonciation systématique de ce que fait la gauche et le refus de la majorité de la LCR de voter PS pour battre la droite en mars 1993. Et surtout l’incompréhension du rôle fondamental de la démocratie dans le socialisme. Avec mes amis, j’ai finalement toujours été pour une politique de front unique, c’est-à-dire qu’on a une attitude de proposition et de construction envers toute la gauche, on suscite le débat, pas la polémique, on cherche l’unité pas le clivage, on choisit les thèmes unificateurs, on avance dans l’action vers un seul objectif à la fois, on influence, on cherche à gagner une large majorité, pas à agiter l’exemple d’une minorité agissante. On ne cultive pas les noyaux d’avant-garde donneurs de leçons, éternels et vains, on s’éduque, on éduque, on fait faire aux autres le chemin qu’on a soi-même parcouru. L’action démocratique, collective, pour cela est une méthode, un moyen, un chemin et un but. Sans démocratie pas de socialisme.

Actuellement, c’est votre position au Bureau national du PS : vous êtes à l’intérieur, vous critiquez fort et à voix haute, vous proposez des alternatives… et vous êtes rarement entendu. Ce n’est pas confortable…

C’est un beau et bon choix. Pas de regrets. Mieux vaut défendre ses idées au cœur de la gauche, que dans les marges de la gauche. On me dit souvent : « Tu as le goût d’être minoritaire. » Et je réponds : «  Je n’ai pas de remords quand  je vois ce que font les majoritaires ! »

Comment peut-on convaincre les socialistes de changer quand on n’est pas dans le Parti ? Les gens ont l’impression qu’un parti doit être monolithique, mais non, au contraire ! Le PS choisit sa direction à la proportionnelle, ce qui lui permet d’exister de façon pluraliste et c’est comme cela que je suis au Bureau national ; et avec mes amis je défends librement, loyalement, publiquement, les positions que la gauche socialiste défend.Si on veut me reprocher quelque chose, il faut me reprocher ce qui est écrit dans D&S, là est notre fil à plomb, notre ligne.

Êtes-vous toujours partisan d’un front uni de la gauche ?

L’histoire nous rappelle la nécessité du front uni : quand Hitler menaçait en Allemagne, en 1930, il était minoritaire, alors que le PS et le PC, les deux grands partis ouvriers allemands, étaient majoritaires. Trotski appelait alors leurs militants à faire front ensemble, car l’unité était fondamentale pour empêcher le nazisme d’écraser la classe ouvrière. Mais au lieu de s’unir, socialistes et communistes se combattaient. Les staliniens de l’époque donnaient la priorité au combat contre le « social-fascisme ». Et les socialistes combattaient les staliniens. Alors Hitler est arrivé au pouvoir dans une « triangulaire ». Cette ligne de « front unique » de Léon Trotski, c’est la plus importante de l’histoire du mouvement social. Sans unité, rien de grand ne s’est jamais fait en France. Aujourd’hui, on a les congés payés, les 40 heures passées à 39, puis à 35, la Sécu, les retraites, le droit du travail, grâce à l’unité. Dans le PS, par exemple, Jean Poperen défendait « le front de classe ». Mitterrand a gagné grâce à l’unité. Lionel Jospin aussi avec la gauche plurielle. Hollande aussi, d’ailleurs, car sans les voix de toute la gauche, il ne passait pas en mai 2012.

La gauche, aujourd’hui, c’est 17 partis, 30 orientations, 8 syndicats. Le salariat organisé, c’est tout ça. Sans l’unifier dans la lutte comme dans les élections, pas de victoire. Dans le seul Parti communiste, il y a eu au dernier congrès quatre plateformes différentes. Dans le Parti de gauche de Mélenchon, il y avait quatre textes différents, mais Mélenchon empêche les tendances, ça le rassure peut-être mais il a perdu cinq à six dirigeants en agissant ainsi. Dans le NPA, il y a trois ou quatre plateformes, etc. Je suis pour un grand parti pluraliste de toute la gauche, à condition qu’il soit scrupuleusement démocratique.

Sans unifier toute la gauche, ce sont les sociaux-libéraux qui l’emportent et imposent à la gauche une politique droitière.

Vous n’êtes pas seul à la défendre au sein du Parti socialiste ?

Non, Jean-Christophe Cambadélis lui-même a défendu le « front unique » dans le passé, c’est la culture qu’il a tétée au biberon au PCI [9]! Et il est aujourd’hui premier secrétaire du PS. De même que d’autres anciens trotskistes comme Julien Dray, Marie-Noëlle Lienemann, qui sont au Bureau national. Lionel Jospin, comme chacun sait, avait aussi cette culture. La gauche socialiste, depuis plus de 20 ans, a été matricée sur cette ligne unitaire « rose rouge verte ».

Revenons à votre parcours professionnel. Comment êtes-vous devenu inspecteur du travail ?

J’ai passé plusieurs concours en 1982 dont celui de contrôleur du travail et j’ai été reçu premier : au tirage au sort, ils m’avaient interrogé sur le Front populaire ! Puis j’ai passé le concours interne d’inspecteur du travail en 1985, et j’ai été reçu troisième. (C’est un concours dur du niveau ENA, il y a 1500 candidats, ils en prennent 25, on a 18 mois de formation et un nouveau concours, équivalence niveau DEA)).  J’ai commencé en Champagne-Ardenne, dans l’agriculture. Je me souviens du premier accident du travail  rencontré : doigts gelés… Le salarié travaillait par moins 20 degrés dans une scierie agricole à Givet. C’était un souvenir pour moi, mon père avait eu les tendons des doigts coupés par un ciseau retourné sur sa meule. Puis j’ai exercé dans le 3e arrondissement de Paris à partir de 1989, pendant dix ans. Enfin, dans le 2e arrondissement autour de la Bourse.

Comment vous êtes-vous fait remarquer comme inspecteur du travail ?

Je ne me suis pas faire « remarquer », j’ai fait mon boulot. Notamment contre les ouvertures illégales du dimanche dans le IIIe arrondissement : 42 dimanches de contrôle, 420 procès-verbaux. Martine Aubry à la Rochelle, en août 1997, avait dit publiquement que « j’étais le meilleur inspecteur du travail de France ». J’ai commencé par écrire des articles sur les conditions de travail des salariés, un peu comme un inspecteur du début du siècle dernier dont le nom était Pierre Hamp. Puis j’ai écrit des bouquins comme Balladur et le chômage de masse ou Carnets d’un inspecteur du travail, puis sur les 35 heures[10]. J’ai fait des centaines de réunions comme militant politique et syndical à partir de chacun de ces livres.

Des journalistes m’ont repéré sur le droit du travail. Oh, j’avais déjà fait des émissions de télévision ou de radio, les premières en 1971, elles sont dans les archives de l’Ina. Mais autour des années quatre-vingt-dix, à partir notamment de l’émission La Marche du siècle, avec Jean-Marie Cavada (1995), puis avec Michel Field, on m’invite comme inspecteur du travail : je m’aperçois que je défends ainsi mieux le Code du travail, en le vulgarisant. Je ne fais pas de théorie, je parle de cas exemplaires, c’est du concret et c’est écouté, entendu. Il s’agit de la vie intime de millions de salariés. J’ai continué d’écrire des « Carnets d’un inspecteur du travail », j’aurais pu en faire un tous les six mois. Puis j’ai écrit des articles, des chroniques, dans Siné Hebdo en 2008, puis avec plaisir dans L’Humanité Dimanche… Le droit du travail, c’est un combat essentiel, vital, public ; il ne se mène pas « discrètement », mais au contraire avec tambour et trompette. Il faut faire du tam-tam en permanence pour défendre nos droits dans les entreprises.

 

 

Mais vous avez été sanctionné comme inspecteur. Qu’est-ce qui vous a été reproché ?

Sous le motif écrit et répété chaque année dans mon dossier (« continue de s’exprimer dans les médias »), l’administration me supprime quand même toutes mes primes pendant dix ans, à partir des années 2000. Je vais avoir une menace de « blâme » en 1999, mais elle va être heureusement écartée. En fait chaque fois que je vais être attaqué, je vais gagner. Un procès sera suscité par un patron (celui de la société Guinot) contre moi, et l’administration (le directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle) refusera de me défendre ; l’affaire durera 8 ans de 2004 à 2012, mais je gagnerai.

En fait je n’ai cessé de m’exprimer, et j’ai eu raison : le droit du travail, ce n’est pas seulement des contrôles, des visites, des observations, des mises en demeure et des procès-verbaux, c’est aussi une mission définie par l’OIT. La convention 82 de l’OIT confie aux inspections « la mission d’alerter les gouvernements en place sur le sort qui est fait aux salariés ». J’ai alerté ! J’ai accompli cette mission publique sans céder. Un inspecteur doit être indépendant mais pas neutre. Il doit imposer aux patrons le respect du Code républicain, et pour ça, il faut un climat d’éducation, de compréhension, d’approbation, et non pas une période de dénigrement, de recul des droits des salariés comme le Medef veut l’imposer.

Deux de nos collègues Sylvie Tremouille et Daniel Buffiéres ont été assassinés le 2 septembre 2004 à Saussignac en Dordogne, par un propriétaire terrien, ancien militaire, ancien patron d’une boite d’assurances, qui exploitait illégalement des immigrés dans ses 35 hectares de vignes et de pruniers. La réaction des pouvoirs publics, à l’époque Chirac, Raffarin, Gaymard, Sarkozy, Borloo, a été en dessous de tout. C’était un fait de société et non pas un « fait divers ». (Cf. « On assassine bien les inspecteurs du travail »). Il a fallu batailler durement et mobiliser tout le corps de l’inspection pour que la presse en parle à la hauteur des aspects politiques du crime commis contre des agents en mission pour défendre le droit du travail[11].

Revenons à votre arrivée au PS et à votre fonction d’inspecteur du travail. Martine Aubry devient ministre et c’est le temps des 35 heures : comment cela se passe-t-il ?

En 1994, Henri Emmanuelli est premier secrétaire du PS et signe l’appel pour une loi pour les « 35 heures hebdomadaires sans perte de salaire », lancé par des syndicalistes, et que Démocratie et Socialisme propage. Juste au moment où nous faisons la jonction avec le PS, cela ne peut tomber mieux. Lorsque nous aurons fusionné avec la gauche socialiste de Dray, Mélenchon, Lienemann, Désir, Rossignol, lors des grandes conventions du PS de 1996, en mars, juin et décembre, on bataillera à fond pour faire avancer des propositions en droit du travail (droit d’avis conforme des comités d’entreprise, régulation de la sous traitance, contrôle des licenciements…). On y défendra surtout les 35 heures mais on ne dépassera pas 33 % des voix… C’est Lionel Jospin, tout seul, qui va nous donner raison, le 17 avril 1997 à l’émission « 7 sur 7 », lorsque Chirac dissout l’Assemblée nationale : il propose, en direct,  « 35 heures hebdomadaires sans perte de salaire ». C’est parti… Il gagnera grâce à ce mot d’ordre !

Il fera voter la loi en deux parties, en juin 1998 et en décembre 2000. Ce sera une rude bataille pour que ça aille jusqu’au bout. Mais ce sera le seul moment, en 30 ans, où le chômage de masse reculera : à croissance égale, il y aura 400 000 emplois de plus, créés à cette période, en 2000, que dans tous les autres pays comparables. Dans les annales sociales l’année 2000 est la meilleure du siècle).

J’ai écrit de nombreux livres, seul ou avec des camarades de D&S, de la gauche socialiste, sur cette bataille des 35 heures. Elle a duré 5 ans.

Et depuis plus de 10 ans, la droite et le Medef veulent les défaire. La tragédie c’est que c’est Hollande qui a porté le pire coup contre les 35 h avec la loi El Khomri : il a défait les principes de 100 ans de code du travail, remis en cause ce qu’ont fait les gouvernements Blum, Mitterrand, Jospin.

Mais ce qui est à l’ordre du jour maintenant, ce sont les 32 heures et les 30 heures. On a 6 millions de chômeurs ! Et la poussée démographique depuis l’an 2000 va nous amener 850 000 jeunes par an sur le marché du travail à partir de 2018. Il n’y aura pas de réduction du chômage de masse sans réduction de la durée du travail. Hélas, François Hollande ne soutient pas cette idée.

Mais vous avez été aussi l’objet de procès dans l’exercice de votre métier d’inspecteur du travail ?

Ah, le procès Guinot ! C’est une histoire que je n’ai pas vue venir. On est en juillet 2004, je vais à une réunion banale d’un comité d’entreprise de mon secteur, c’est la deuxième plus grosse entreprise d’esthétique, dont les locaux sont rue de la Paix, dans le 2e arrondissement de Paris. La femme que je suis venu assister – nous l’appellerons Nassera – revient de congé de maternité, elle est depuis six ans cadre commercial, d’origine arabe, très efficace pour les ventes dans tout le secteur du Moyen-Orient. Quand elle veut reprendre son poste, ils l’affectent à la zone Pacifique/Amérique latine, ce n’est pas sa zone, pas sa langue ; le Code du travail dit que la femme doit avoir à son retour de congé de maternité un « poste identique ou similaire », donc pas forcément le même poste qu’avant son congé… Tout le conflit commence.

Quels sont les motifs de sa mise au placard ?

Les patrons sont toujours durs avec les femmes de retour de couches. Nassera vient à ma permanence de l’inspection pour m’expliquer sa situation, mais aussi les conditions de travail des 250 cadres au siège : 41 heures payées 35… Les heures sup non rémunérées, la direction les appelait « les heures philanthropiques » ! Et pas de comité d’entreprise, alors qu’ils dépassaient largement les seuils prévus par la loi. Quand cette femme cadre se plaint à l’Inspection, on lui explique : «  On va faire respecter le droit, mais si vous voulez vous défendre, il faut aller voir les syndicats. »  C’est ce qu’elle va faire… Elle sera très courageuse. On ne le sait pas alors, mais cela lui vaudra et me vaudra quatorze procès en huit ans.

S’est-elle syndiquée, quand elle a été confrontée à cette situation ?

Oui, à la CGT, et elle est même devenue déléguée syndicale. En conjuguant les efforts, avec son syndicat et avec mes interventions d’inspecteur, on finit par réussir à imposer la création d’un comité d’entreprise. Mais le patron le rend vain : il n’y aura qu’un collègue cadre dans ce C.E. et les élus seront ceux que la direction aura poussé à se présenter.

Et il y a donc eu quatorze procès ? Aux prud’hommes ?

Oui, le premier recours qu’ils ont intenté, c’était déjà pour la licencier. Mais comme elle était salariée « protégée », en tant que déléguée syndicale, il fallait demander l’avis du C.E., qui est purement consultatif, mais aussi l’autorisation de l’inspecteur du travail. J’ai refusé de la donner au motif que cela revenait à la discriminer à son retour de congé de maternité. Mon directeur me dit : « Ce n’est pas prouvé. » Et il casse ma décision sur le fond, mais la maintient sur la forme, car « ils n’ont pas consulté le C.E. »…

En fait, ce directeur confirme qu’elle n’est pas licenciée, mais sans se prononcer sur le fond.

C’est exactement ça. Évidemment ses employeurs ne sont pas d’accord pour la garder. Alors, ils vont convoquer pour de bon le C.E. pour respecter la forme, en le « consultant ». Avis favorable dudit C.E., bien sûr, puisque l’élu était pro-direction. Mais moi, je maintiens mon refus d’autoriser le licenciement pour le même motif : discrimination au retour de congé de maternité !

La direction s’énerve et demande une troisième fois l’autorisation de licenciement avec un autre argument : Nassera avait une semaine de congés payés à prendre en juin 2004, elle en fait la demande dès le mois de mars, par mail, à son chef hiérarchique, donc en respectant les délais de prévenance. Et elle part en congés. Mais pendant ses vacances, le patron l’appelle en disant qu’elle n’a pas eu d’autorisation signée ; comme elle lui rétorque qu’elle en a une, il envoie chez elle un huissier pour récupérer le papier. À son retour, faute lourde ! « Faux en écriture, signature imitée sur le formulaire d’autorisation de congés », disent-ils. Ils iront jusqu’à faire intervenir un graphologue pour tenter de le prouver.

Et alors ? Ce sera la dernière tentative des patrons ?

Non, on ne baisse pas les bras ! La direction fait une nouvelle demande de licenciement, le C.E. est (re)convoqué pour donner son avis. Mais cette fois-ci, Nassera n’a plus de salaire car elle a été mise à pied pour faute. On est fin juillet, elle risque de passer deux mois sans salaires, je décide alors de me présenter dans l’entreprise le jour de la convocation du C.E., qui est bidon. Je fais mon enquête de façon sereine, j’interroge des salariés sur place ; ils n’ont pas eu besoin de bulletin signé pour formaliser leur départ en congés, c’est donc de la discrimination d’en avoir exigé un pour Nassera. Celui qu’elle a présenté est-il un « faux » ? Son chef de service est embarrassé : «  Je ne me souviens plus, je peux l’avoir signé comme je peux ne pas l’avoir signé. Ça peut être ma signature comme ça peut ne pas l’être. » Trois ans plus tard, ce chef de service sera lui-même viré et il dira qu’il avait bien signé le formulaire ! Mais entretemps le C.E. a donné de nouveau un avis favorable à son licenciement, et je dois, pour l’éviter, donner de nouveau un avis négatif. Invraisemblable, cet acharnement. Car ce n’est pas fini.

Que se passe-t-il ? Vous êtes de nouveau désavoué en partie par votre hiérarchie, comme pour le premier refus d’autoriser le licenciement ?

Pas en partie, totalement. Et cette fois-ci, c’est le Directeur général du travail en personne, Jean-Denis Combrexelle, qui casse ma décision… Je soupçonne plein de mauvaises raisons à cela. Dans une lettre datée du 10 décembre 2007, il répond au juge qui lui demande si un inspecteur peut assister à une réunion de C.E. : « Je considère que la participation de l’inspecteur à la réunion, et sa prise de parole avant le vote, sont de nature à troubler les opérations de vote et vicier la procédure. Le délit d’entrave au fonctionnement du comité d’établissement pourrait être évoqué en fonction des circonstances. » Sauf que le vote est « fait » d’avance, et que le CE est totalement bidon, son avis indicatif : je n’avais donc ni sens, ni besoin, ni intérêt à « troubler les opérations de vote ».

Pourtant les inspecteurs du travail peuvent participer à des C.E. !

Effectivement, rien dans le Code du travail n’interdit à un inspecteur de se rendre à un C.E. Il peut même convoquer une réunion de C.E. et la présider, s’il juge que ce C.E. ne fonctionne pas correctement. Il peut y être invité, soit par le C.E., soit par l’employeur, ce qui arrive. Les comptes rendus de C.E. doivent être envoyés à l’inspecteur à sa demande. Si bien que, dans les états de visite mensuels des inspecteurs, il existe une croix à cocher, en face de la question suivante : « À combien de C.E. ou C.C.E. vous êtes-vous rendu ce mois-ci ? »

Et l’entreprise porte plainte contre moi pour « chantage » et intimidation du C.E. ! Je suis mis en examen le 21 novembre 2008 et renvoyé en audience correctionnelle le 21 novembre 2010 pour «entrave au C.E. ». La requalification en délit a été effectuée par le Parquet lui-même dans un réquisitoire supplétif. J’encours un emprisonnement d’un an et une amende de 3750 euros en vertu de l’article L.2328-1 du Code du travail.

Alors que vous ne faisiez que votre travail d’inspecteur du travail !

Oui ! J’estime avoir fait ce matin-là le travail d’un inspecteur chargé de faire respecter l’état de droit dans cette entreprise, en opportunité et en urgence, dans une situation critique où l’ordre public social était en cause. Et pourtant, je ne gagnerai cette évidence que le 6 juillet 2012 devant le Tribunal pénal : le Tribunal dit qu’il n’y a pas matière, que le C.E. ne fonctionnait pas.

Et la salariée ?

Nassera va gagner tous ses procès, pour ses droits de déléguée syndicale, pour ses droits de femme de retour de congé maternité, pour discrimination. Le Tribunal administratif désavoue Jean-Denis Combrexelle, et elle est réintégrée dans l’entreprise ! Mais à ce stade, la direction finit par lui proposer une transaction amiable avec une forte indemnisation à la clé. Elle a une grande compétence et a retrouvé du travail, elle a un deuxième enfant et une belle carrière. Elle a eu du « cran », et elle exprime bien la souffrance qui a été si longuement la sienne pour faire valoir ses droits élémentaires contre un vrai complot manichéen, d’un patron sans scrupule. En fait, si l’inspecteur du travail que j’étais n’avait pas agi comme je l’ai fait, et si elle n’avait pas eu le courage de se battre avec une telle ténacité, elle aurait été sanctionnée par une direction toute-puissante de « droit divin » qui ne tolère ni syndicat, ni contestation dans son entreprise.

Donc victoire sur toute la ligne, mais au bout de quatorze ans de procédures ! Et vous, avez-vous laissé des plumes dans cette bataille pour la reconnaissance du droit ?

Plutôt, oui… Car Jean-Denis Combrexelle m’avait à un moment convoqué pour me menacer en direct. « Des millions de Français voient l’Inspection du travail à travers vous, hélas ! », m’avait-il dit en exigeant que je me taise et que je travaille selon ses normes. Aucune aide, aucun entretien à propos de ce procès Guinot (dont je pense qu’il se réjouissait, et peut-être l’attisait), et il ne m’avait pas accordé la protection fonctionnelle (c’est une aide financière dont peut bénéficier tout fonctionnaire attaqué en justice, alors qu’il est dans l’exercice de ses fonctions). Les frais de justice ont coûté cher, mais une bonne partie a été couverte par une généreuse souscription, suite à une pétition qui a recueilli 42 000 signatures – dont celle de François Hollande -, et grâce à un site (www.solidarité-filoche) où tout cela fut rendu public et expliqué au fur et à mesure. Il y eut deux « mini-manifs » devant le palais de justice de Paris en 2010 et 2012, où plusieurs centaines de proches et de nombreuses personnalités de toute la gauche sont venus me soutenir. J’ai été touché par l’immense affection qui m’a été donnée par des dizaines de milliers de gens en cette circonstance, et je n’ai de cesse de les remercier.

Et le patron de cette entreprise a tout perdu dans cette procédure longue de quatorze ans.

Tout perdu ? Non, pas vraiment. Il a économisé sur cette période des millions d’euros d’heures supplémentaires que je ne pouvais plus contrôler, car il ne m’était plus vraiment possible de mettre les pieds dans la boîte. Il faut dire aussi qu’il avait choisi Maître Varaut, qui fut l’avocat de Maurice Papon, lors de son procès en crime contre l’humanité. C’est un des avocats de l’UIMM[12].

Je crois que vous avez eu aussi des démêlés juridiques avec l’UIMM ?

C’est le moins que l’on puisse dire : l’UIMM m’aura ainsi intenté trois procès ! Le premier en 1999, j’étais sur la liste du Parti socialiste pour les élections européennes. Et pendant la campagne, j’ai dit sur Radio France-Melun : « Les patrons trichent contre les 35 heures ». Le patron du Medef de Seine-et-Marne, m’a poursuivi devant les tribunaux pour « diffamation et atteinte au moral des entreprises ». Mais c’est lui qui a été condamné pour abus du droit d’ester en justice, à 10 000 francs !

Autre procès en 2001 : dans l a revue mensuelle Démocratie et Socialisme, j’avais mis la photo de Denis Kessler, alors numéro deux du Medef, avec une cible indiquant « ennemi public numéro 1 ». Quand le procès a débuté, pour me défendre, j’ai rappelé que c’était Jean Gandois[13] lui-même qui avait dit : « Il faut des tueurs à la tête du Medef ». Deux ministres en exercice étaient dans la salle pour me défendre, Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann. Le président du tribunal a condamné Denis Kessler à 40 000 francs de dommages et intérêts pour abus du droit d’ester en justice. Et de deux !

Vous avez donc payé de votre personne pour la défense du droit du travail.

Ainsi, jamais aucun procès intenté contre moi n’a été gagné par la partie adverse, bien au contraire. Pourtant j’ai été pénalisé : j’aurais pu accéder à la fin de ma carrière à l’échelon le plus élevé, Directeur du travail. Je n’ai pas eu droit à cette promotion, j’ai perdu mes primes et ma retraite n’est pas ce qu’elle aurait pu être. Je pourrais faire plus de voyages avec mes enfants et petits-enfants !

J’ai quand même eu une forme courte de compensation, ou de reconnaissance, comme vous voudrez : Lionel Jospin m’a nommé « personnalité qualifiée » pendant deux ans, de 1999 à 2001, au Conseil économique et social (CES). J’allais une journée par semaine au palais d’Iéna et j’ai même eu le temps et l’énergie d’y rédiger un rapport publié au Journal officiel, adopté par le CES, sur les « 20 ans des CHSCT ». Malheureusement, c’est François Fillon qui est venu plancher sur ce rapport devant le CES en 2002, mais en ignorant son contenu et en faisant quelque chose qui ne se fait, paraît-il, jamais : à aucun moment il n’a cité le nom de l’auteur du rapport, alors que j’étais assis au premier rang, là, sous ses yeux. Dix ans après, je lui ai dit ma rancune en le croisant sur un quai de gare à Arras.

Je vous sens très amer. Mais au travers de tous ces combats, vous avez gagné l’estime de ces dizaines de milliers de personnes qui vous ont suivi et soutenu. Et vous avez toujours une forte légitimité auprès de vos pairs, les contrôleurs et les inspecteurs du travail.

Oui et non ! En 2003, le nouveau directeur de l’Institut du travail a accueilli la promotion en leur disant : « On va vous former comme de vrais inspecteurs du travail, pas des Gérard Filoche. » Mais la promotion a été unanime pour clore son cycle de formation… en m’invitant ! Soixante nouveaux inspecteurs m’ont demandé d’intervenir et sont venus m’écouter, et je considère que c’est un échec dans la tentative de normaliser l’Inspection du travail. L’un d’eux m’a même dit : « Si j’ai passé le concours, c’est à cause de toi ! » J’en ai été très ému.

En quoi consiste cette menace de canalisation de l’Inspection du travail que vous évoquez ?

Le projet de loi Sapin-Rebsamen-Robillard, qui vise à casser l’Inspection du travail, est un cadeau au Medef, en « dessous de table » du pseudo « Pacte de responsabilité ». Il remet en cause trois principes fondamentaux du métier : la territorialité, le caractère généraliste et l’indépendance des inspecteurs du travail.

 

En clair, quels sont les risques ?

Les inspecteurs du travail ne seront plus attachés à un territoire, ils pourront être mutés au bon vouloir de leur hiérarchie. Certains seront intégrés dans des « brigades de spécialité » et ne pourront alors plus intervenir sur l’ensemble du droit du travail, mais sur des « compartiments » de celui-ci. Enfin, c’est l’administration – et non plus les IT – qui va décider des sanctions envers les entreprises, par observation, mise en demeure ou procès-verbal. Mais aussi par des sanctions administratives… négociables en « plaider-coupable ». Finalement c’est le droit pénal du travail qui va être gravement affaibli. Autrement dit, la DIRECCTE prend le pouvoir et va être en position de négocier politiquement les pénalités avec les patrons lorsqu’ils ne respectent pas le Code du travail.

Vous craignez donc une fragilisation irréversible des inspecteurs du travail dans leurs missions ?

Oui, précisément, et c’est un comble car le projet de loi s’intitule Pour un ministère  du Travail fort, alors qu’il va à l’encontre d’une Inspection du travail forte. Il faut que les députés de gauche rejettent cette loi qui fait l’objet de 100 % d’opposition parmi les syndicats dans l’Inspection du travail.

Au final, tout au long de votre vie, vous êtes parti en guerre contre l’entreprise de démolition du Code du travail que fomentent les organisations patronales. Êtes-vous toujours optimiste quant à l’issue ?

Si je n’avais pas été militant, ce métier d’inspecteur du travail me l’aurait fait devenir. J’aime à dire que : « Tout corps plongé dans l’entreprise reçoit une poussée égale à l’exploitation qu’il subit. » Ma colère vient de la ruine des légitimes espoirs de reconstruction du Code du travail, alors que la gauche est arrivée au pouvoir grâce aux 70 % des salariés qui ont voté pour elle. Au lieu d’effacer les reculades de la droite, le gouvernement de gauche pour lequel nous avons voté et que nous soutenons les entérine et en rajoute.

Est-ce un aveu de désespoir ?

En aucune façon ! Je suis un optimiste viscéral. Ça fait 51 ans que je milite, comme syndicaliste et à gauche. La démocratie vaincra. Et le socialisme s’imposera comme une idée neuve. Il y a 24 millions de salariés et 1,2 million de patrons. Les salariés sont plus nombreux, c’est nous qui aurons force de loi et tôt ou tard la révolte, la lutte, le droit l’emporteront, lorsqu’une occasion propice surgira. Comme je l’ai dit dans un de mes livres, un autre Mai 68 est possible, Mai 68, c’est une histoire sans fin.

Le droit du travail, je le répète en conclusion, c’est fondamental dans une civilisation : ce sont les salariés, 93 % des actifs, qui produisent les richesses et n’en ont pas la part qu’ils méritent. Un bon Code du travail, ça garantit un bon salaire. Un bon Code du travail, ça garantit l’emploi. Un bon Code du travail est nécessaire à la dignité des humains dans toute entreprise.

Les idées selon lesquelles il faudrait abaisser les droits du travail pour « produire plus » et « être plus compétitifs » ont quelque chose d’obscurantiste et de barbare. Ce sont les salariés bien formés, bien traités, bien payés, qui produisent le plus et le mieux.

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« Eloge des militants » par Gérard Filoche

Rien de grand ne s’est jamais fait dans le monde sans militant. A l’origine de tous les progrès sociaux, il y a un geste engagé. Ceux qui vont courageusement à contre courant arrivent souvent avant les autres, pourvu qu’ils aient une ambition sociale universelle. Non pas au nom d’une vocation avant-gardiste, mais du simple fait qu’ils expriment de façon vivante les aspirations de millions d’humains semblables à eux.

Le monde entier se souvient de Spartakus mais pas du nom du gouverneur qui l’a supplicié.  La Commune de Paris est célèbre dans le monde entier, Thiers est révélé traître à son pays.  Trotski fut paria et assassiné mais c’est Staline qui est banni par l’histoire. Le nom de Jean Jaurès est couvert de gloire, son assassin Vilain a mal fini. Guevara est célébré,  son assassin, couvert de lie. Le nom de Mandela l’a emporté sur celui du fondateur de l’apartheid.

La force des militants c’est de renverser les exploitations et les oppressions, en partant de peu. Le courage et l’opiniâtreté sont leur lot. Humbles ou célèbres, ils comptent finalement toujours plus dans l’histoire des sociétés humaines que les César, les Empereurs, les Caudillo. Il y a toujours eu des Jacquou le croquant, des sans-culottes, des communards, des résistants, des syndicalistes, des indignés. Toutes celles et ceux qui luttent contre l’exploitation des humains par d’autres humains.

Y aurait il de la démocratie sans résistants aux tyrannies ? Y aurait il des congés payés, des retraites, une sécurité sociale, des droits du travail sans syndicalistes ? Y aurait il des progrès de l’égalité entre sexes sans féministes ? Pour sauver la banquise il faut s’en prendre aux banquiers : mais pas sans écologistes convaincus. La paix n’est pas naturelle aux sociétés humaines sans action des antimilitaristes.

Les gestes des militants sont simples mais ambitieux. Souvent, trop souvent ils apparaissent inefficaces, vains, répétitifs : et puis la parole est entendue, le tract est lu, le film est vu et compris, internet s’embrase, l’explosion sociale est là – comme en mai 68. Alors les militants font faire aux autres le chemin qu’ils ont eux mêmes parcouru : de l’éveil de quelques consciences à la conscience de masse : là où il y a une volonté collective il y a un avenir collectif progressiste.

 

Eloge de l’égalité par Gérard Filoche

L’histoire de l’humanité est l’histoire de la conquête de l’égalité entre les peuples, entre les classes sociales, entre les individus. Egalité des droits, égalité des chances, égalité réelle.
Au début, il y a deux humains et un morceau de viande. L’un des deux humains tue l’autre pour avoir le morceau de viande. C’est la « concurrence libre ». Ensuite, il y a partage du morceau de viande sans que l’un tue l’autre : mais c’est le plus fort qui prend le plus gros morceau. C’est la concurrence pas faussée. Après, c’est le partage du morceau de viande à égalité. C’est le début de la fin de la concurrence sauvage. Enfin, le principal du morceau de viande pourra être donné à celui des deux qui en a le plus besoin : c’est la sécurité sociale. C’est l’histoire résumée du progrès des civilisations, l’humanité passe ainsi de la concurrence primate à l’intelligence collective sociale.
Une société rongée par les cancers des inégalités ne peut être digne et durable. 500 familles richissimes d’un côté et 10 millions de pauvres de l’autre, c’est intolérable. Trois hommes sur la planète possèdent plus que les 48 pays les plus pauvres. 87 hommes possèdent autant que la moitie de l’humanité. 1% possède 50 % des richesses de la planète. 2 français possèdent plus que 20 millions de français. Certains gagnent 300 ou 600 smic en suçant le sang du labeur des autres. Comment être riche dans un océan de misère ? Comment être pauvre sans se révolter contre le pillage des riches ?
Pas de liberté sans égalité, car sinon c’est la liberté du renard dans le poulailler. Pas de fraternité sans égalité car sinon, les individualismes les plus féroces l’emportent. Pas de socialisme sans égalité dans l’éducation, la création, la production, l’échange, la communication, l’information, l’expression, la décision, l’action collective – sans démocratie.
La marche à l’égalité implique de passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Elle implique abondance et répartition des richesses. De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins. L’égalité réelle libère autant les oppresseurs que les opprimés : contre toutes les haines, les racismes, les préjugés, les tabous. Elle apaise, sans les supprimer, et, au contraire, en les valorisant, les milliards de milliards de différences entre les milliards d’humains. L’égalité est le contraire de l’égalitarisme, elle ne nivelle pas, elle épanouit, elle ne réduit pas, elle exalte. Elle est la condition de l’émancipation humaine.

 

 

 

 

 

 


[1] Françoise Filoche est l’une des premières féministes de la LCR, organisant un courant révolutionnaire au début des années soixante-dix au sein du MLF.

[2] UNEF : Union nationale des étudiants de France.

[3] UEC : Union des étudiants communistes.

[4] L’annonce du tournage [de Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot] entraîne la protestation d’associations catholiques qui jugent le film anticlérical [...]. Même si La Religieuse de Rivette met en lumière la pratique des vocations forcées et des fausses vocations, et la décadence des mœurs dans certains couvents au XVIIIe siècle, c’est surtout l’évocation de l’homosexualité féminine qui fait scandale. (Source : dossier de la Bibliothèque Centre Pompidou 22 janvier 2014). La décision d’annuler la censure du film ne sera définitivement confirmée par le Conseil d’État qu’en 1975.

[5] Rouge : journal hebdomadaire de la LCR.

[6] LC : ligue communiste

[7] Le courant dit « lambertiste » est un courant trotskiste impulsé par Pierre Boussel, alias Pierre Lambert, représenté par le Comité pour la reconstruction de la Quatrième Internationale (lambertiste), présent dans plusieurs pays du monde.

[8] PSP : Parti socialiste portugais. PCP : Parti communiste portugais.

[10] Cf. bibliographie de Gérard Filoche à la fin du livre.

[11] Cf. On achève bien les inspecteurs du travail. Gérard Filoche – Ed. Gawsewitch, 2005

[12] UIMM : Union des industries et des métiers de la métallurgie. Organisation professionnelle des entreprises de ce secteur.

[13] Jean Gandois, alors président du CNPF (Conseil national du patronat français), démissionne de ses fonctions en 1997 en affirmant qu’il faut « un profil de tueur » pour tenir ce poste. C’est « le baron » Ernest-Antoine Seillière qui lui succède à la tête du syndicat du patronat, rebaptisé Medef (Mouvement des entreprises de France) en 1998.

 

extraits de « comment résister à la démolition du code du travail » ?  Ed. Le vent se lève

 

JLM, la victoire de Trump, Sanders, et la primaire de la gauche en France

La leçon que tire Jean-Luc Mélenchon de la terrible victoire de Trump manque pour le moins de cohérence.  Il affirme que Bernie Sanders aurait pu l’emporter, ce qui est vrai. Mais il en tire la conclusion que « Les primaires ont fonctionné comme une machine à museler l’énergie populaire ».

C’est inexact :  sans les primaires démocrates, le mouvement de fond du salariat et de la jeunesse vers Bernie Sanders n’aurait pas pu avoir lieu. S’il n’avait pas concouru sous les projecteurs face à la fondée de pouvoir des grands groupes, le sénateur du Vermont n’aurait pas rassemblé au delà des cercles d’activistes d’« Occupy Wall Street ».

C’est aussi la primaire du Parti Républicain qui a permis à Donald Trump, malgré l’opposition de tout l’appareil de ce parti, de devenir le 45ème Président des États-Unis. Le peuple qui a voté pour Trump n’est certainement pas le peuple tel que nous souhaitons mais ce n’est pas pour autant qu’il est possible de considérer que les 59,5 millions d’électeurs qui ont voté Trump ne faisaient pas partie du peuple des États-Unis et que la primaire du Parti Républicain n’a pas permis au vainqueur de l’élection présidentielle de mobiliser leur énergie. C’est exactement le contraire de ce que dit JLM qui s’est passé.

Et Bernie Sanders a choisi d’adhérer au parti démocrate justement pour y mener campagne à travers  la primaire. Sans passer par la primaire, il serait resté extérieur et inconnu, à 1% comme d’autres. C’est la primaire qui lui a permis de prendre la lumière même s’il ne l’a pas gagnée ! Il a réussi à exploser  la primaire, et porté plus loin que jamais la parole socialiste.

Il faut donc tirer un bilan positif de sa bataille : jusque là un socialiste qui se disait socialiste aux USA était balayé, lui, il a réussi à imposer le mot « socialiste » et toutes ses revendications élémentaires, essentielles, actuelles. Il a même gagné en partie sur la question des salaires, puisqu’au moins 6 états à notre connaissance ( pas des moindres, New York, Californie, Michigan, Wisconsin…) ont voté pour un smic à 15 dollars de l’heure : il a donné ainsi un écho victorieux encourageant à la bataille des jeunes salariés de Mac Donald « fight for fifteen » !  (Regardez en France il nait un mouvement chez Mac Do pour 12 euros de l’heure).

A se tromper ainsi du tout au tout sur la réalité de ce qui s’est passé aux primaires états-uniennes avec Bernie Sanders,  JLM, comme Alexis Corbière dans son opuscule « Le piège des primaires » essayent de noyer le poisson en parlant des « primaires » en général pour, surtout, ne pas avoir à examiner d’un peu plus près l’intérêt décisif d’une primaire citoyenne de toute la gauche en France les 22 et 29 janvier prochains. JLM et ses amis ont torpillé de toutes leurs forces, depuis le 21 janvier, la mise en place d’une grande primaire de toute la gauche à laquelle ils étaient conviés des 4 et 11 décembre ! Voila qu’ils se lancent pour torpiller la primaire citoyenne ouverte à toute la gauche et aux écologistes, des 22 et 29 janvier : ils parient même sur la victoire de la droite socialiste  Hollande ou Valls contre la gauche socialiste. Ils dénoncent même par avance l’éventuel candidat de la gauche socialiste, quelqu’il soit, qui pourrait gagner et font tout pour lui savonner la planche.

« Les Clinton mènent toujours à Trump » affirme JLM

Sur ce point JLM a raison, dans la mesure où les politiques néolibérales, en France comme aux États-Unis, sèment à la fois le désordre (social), le besoin d’ordre et le repli identitaire. Mais cela n’épuise pas le problème qui consiste justement à ne pas passer par les « Clinton français », sans pour autant permettre à la droite et au FN ne se retrouver seuls au second tour de la présidentielle de 2017.

Nous, D&S (lisez la revue qui dit la vérité chaque mois depuis 23 ans)  on essaie, à travers les primaires, justement,  de débarrasser la gauche d’une candidature de type Clinton, Hollande, Valls, pour pouvoir gagner  ensuite en avril mai juin 2017. Mélenchon et Corbiere, eux,  tracent la voie du fatalisme : pas de primaire !  Va dire que ce doit être Hollande ou Valls, et donc il y aura deux, trois quatre candidats et on perdra tous, toute la gauche sera éliminée au premier tour !

D’ailleurs s’il n’y avait pas de primaire, l’appareil du PS aurait déjà désigné Hollande ou Valls, ce serait déjà plié. Quelles que soient les limites démocratiques des primaires, quand il n’y en a pas de primaires, il y a pire : car c’est un BN bureaucratique, une poignée de dirigeants, un appareillon, ou une auto-proclamation solitaire  prennent la place de la mobilisation de 1 ou 2 ou 3 millions ou plus d’électeurs de gauche.

Il est tout à fait vrai que Bernie Sanders aurait pu battre Donald Trump.

Pour cela il aurait fallu d’abord non pas que bernie Sanders évite la primaire, mais qu’il la gagne !  Il s’en est fallu de peu en fait ! Clinton a  été plus que menacée par Sanders.

Celles qui ont vu la victoire de Clinton nʼont de « démocrates » que le nom. Au sein de la Convention qui a investi la concurrente malheureuse de Trump, on dénombrait en effet pas moins de 712 superdélégués non élus, soit 15 % du corps électoral. Membres de droit ou désignés par lʼappareil du parti, ils se sont prononcés à 90 % pour Clinton… Bernie Sanders ne pouvait donc pas gagner les primaires démocrates et il le savait pertinemment. Mais il lʼaurait certainement emporté si le mouvement suscité par sa campagne avait imposé au Parti démocrate les mêmes règles que celles qui prévaudront en France fin janvier. Nʼen déplaise à JLM !

Une bonne partie de l’électorat démocrate, la plus jeune, la plus populaire, la plus dynamique ne s’est pas mobilisée comme elle l’aurait fait si Bernie Sanders avait gagné la primaire démocrate. Jusqu’au bout, et là aussi, contre tous les pronostics des Médias, ces militant(e)s sont resté(e)s fidèles à Bernie Sanders et n’acceptaient pas d’avoir pour candidate Hillary Clinton qui incarnait la fusion de la Finance, de la politique et de la dynastie Clinton.

Donald Trump l’a emporté dans les États (décisifs) de l’ancienne ceinture industrielle des États-Unis. Or, lors des primaires démocrates, Bernie Sanders l’avait emporté dans le Michigan et le Wisconsin. Lui seul aurait pu tenir tête à Donald Trump et le prendre au piège de ses contradictions de ce milliardaire faisant feu sur la Finance et l’ « establishment ».

Mais affirmer que Bernie Sanders aurait pu gagner sans gagner la primaire démocrate est un leurre dont la seule fonction est de justifier la politique solitaire de JLM en France.

Il est incontestable que l’appareil du Parti Démocrate (un parti que l’on peut d’ailleurs difficilement classer à gauche) a tout fait pour que Bernie Sanders ne soit pas le candidat de leur parti et nous savons que lors de certains débats publics avec Sanders, Hillary Clinton était prévenue des questions qui seraient posées…

Est-il possible, pour autant, d’en tirer la conclusion que Bernie Sanders aurait-il dû se lancer dans une campagne indépendante, du type de celle que prépare JLM ? Si Sanders lui-même a décidé de ne pas le faire c’est sans doute parce qu’il était le mieux placé pour savoir que ce n’était pas la meilleure solution. Il a choisi de risquer le tout pour le tout, en sachant qu’il aurait tout l’appareil démocrate contre lui, plutôt que de risquer de se retrouver marginalisé comme la candidate écologiste indépendante, Jill Stein, qui vient d’obtenir 1 % des suffrages.

Si Sanders a pu conquérir une telle audience c’est précisément parce qu’il participé à la primaire démocrate et que c’est alors que beaucoup d’Américains ont alors vu en lui le  candidat qui pouvait gagner l’élection présidentielle.

Bernie Sanders a échoué mais, au moins, il aura essayé de gagner et pas seulement de témoigner.

Il y a « primaires » et primaires ! En France c’est une primaire citoyenne ouverte à toute la gauche et aux écologistes

Si deux candidats de gauche sont présents au 1er tour de l’élection présidentielle le 23 avril 2017, en France, le second tour verra inéluctablement s’opposer la droite et l’extrême-droite.

Sans unité, sur un programme de transformation sociale, un candidat de gauche ne pourra pas gagner. La réalité, très loin du miracle auquel JLM semble croire, en a apporté la démonstration : dans la quasi-totalité des élections depuis 2012 -  municipales, européennes, régionales, départementales, législatives partielles – les candidatures « indépendantes » du Parti de Gauche ou du Front de Gauche n’ont obtenu que des résultats marginaux.

Il ne peut exister aucune ambigüité sur ce qui, avant tout, a ouvert un boulevard à la droite et à l’extrême droite : la politique de François Hollande et Manuel Valls dictée par la Finance, le Medef et la Commission européenne. Mais il n’est pas possible d’en rester là. Il faut aussitôt mesurer quelles seraient les conséquences d’une victoire de la droite ou de l’extrême droite à la présidentielle de 2017.

On n’en est plus seulement a tirer le bilan désastreux de 2012 2017, on en est à choisir la voie pour un quinquennat de gauche de 2017 à 2022.

Aux législatives qui suivraient immédiatement, le prix à payer de l’émiettement de la gauche serait très lourd. Le nombre de députés PS aurait du mal à dépasser 30 élus et le risque serait grand qu’il n’y ait pas un seul élu du PCF et du PG. Ce n’est pas en présentant 577 députes PG, 577 députés EELV, 577 députés PCF, 577 députés PS, etc.. qu’on va gagner les législatives. Le mécanisme du 2° tour LR FN de la présidentielle sera impitoyable. Il pourra même s’appliquer  défavorablement à la gauche en cas de triangulaire. En fait il faudrait aussi des « primaires » dans chaque circonscription, ou sinon un cadre de partage, local et national pour n’avoir le plus possible partout qu’un candidat unique de la gauche dés le premier tour.

Les conséquences, terribles, pendant les 4 années qui suivraient seraient avant tout  celles qu’auraient à subir les jeunes, les salariés du privé comme du public, les retraités… Il suffit de lire les programmes des candidats à la primaire de la droite ou celui du FN pour s’en convaincre.

Oser prendre des risques calculés

En ne participant pas à la primaire de la gauche, JLM fait prendre des risques énormes au « peuple » qu’il entend, pourtant, faire accéder au pouvoir.

Il faut comparer ces risques à ceux qu’impliquerait une participation à une primaire de toute la gauche.  La seule qui permettrait à un candidat de gauche, grâce à l’unité et à la dynamique enclenchée, de figurer au second tour de la présidentielle en ralliant tous les électeurs de gauche qui s’abstiennent depuis 2012.

Le risque serait-il de participer à une primaire aussi peu démocratique que celle du Parti Républicain aux États-Unis ? L’appareil démocrate, en effet, est un appareil puissant, il organisait seul la primaire démocrate et était entièrement acquis à Hillary Clinton. La situation n’est pas du tout la même en France. Le poids de l’appareil du PS n’a plus rien à voir avec ce qu’il était en 2012. Les sections, les conseils fédéraux se réunissent très rarement et sont devenus fantomatiques. La primaire (les débats, les votes) seront co-organisées avec toutes les organisations qui décideront d’y participer : c’est ce qu’affirme la dernière résolution du Conseil National du PS et c’est la gauche du PS qui a gagné sur ce point décisif.

Le risque est donc extrêmement minime. Les sondages indiquent, (et analyse politique aussi, d’ailleurs), que JLM l’emporterait facilement face à François Hollande (ou Manuel Valls). (Il est donné devant eux dehors pourquoi ne le serait il pas dedans ?). La gauche socialiste et toute la gauche peuvent évidemment gagner ensemble contre Hollande ou Valls. N’étions nous pas 80% de la gauche contre la loi El Khomri, n’avions nous pas 80 % des syndicats contre ? N’est ce pas l’occasion de transformer la force du mouvement social 2016 en force électorale contre ceux qui ont imposé le 49 3, un coup de force contre notre code du travail ?

Pourquoi refuser de prendre un risque aussi minime en laissant le salariat prendre des risques aussi énormes que ceux que lui ferait courir la victoire de Sarkozy, Juppé ou Marine Le Pen ?

Comment, après avoir refusé de mener cette bataille pour gagner en 2017, ouvrir le désastre le 23 avril à 20 h, et prétendre aider à reconstruire ensuite une gauche digne de ce nom ?

Jean-Jacques Chavigné, Gérard Filoche,  JM

 

 

 

 

Quatre questions au candidat Filoche sur la politique de santé

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? (Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable pas l’assurance maladie ? Faut-il augmenter les remboursements de la Sécurité sociale ? L’optique et le dentaire devraient-ils basculer intégralement vers les complémentaires ? Les complémentaires se plaignent de ne pas pouvoir co-piloter le système avec l’assurance-maladie, qu’en pensez-vous ?)

J’ai une position tout à fait tranchée et révolutionnaire : je suis opposé à tout le système de complémentaires, d’assurance prévoyance, et de mutuelles multiples. Je suis contre ce millefeuille absurde, couteux, et injuste. Absurde parce qu’il est complexe, lourd, bureaucratique. Couteux parce que les frais de gestion sont augmentés de façon scandaleuse : alors que la gestion de la « Sécu » coute environ 4,5 % de frais, celle des autres systèmes coûte autour de 25 %. Il existe maintenant 1100 mutuelles, ça n’a aucun sens, plus aucun rapport avec le mutualisme des origines. La seule vraie grande mutuelle doit redevenir la sécurité sociale, avec des cotisations uniques et proportionnées pour toutes et tous. Ceux qui cherchent toujours des simplifications devraient s’en réjouir non ? Des économies seront réalisées et on pourra enfin rembourser la lunetterie et la dentisterie, entre autres. Et ce sera plus juste pour tout le monde, ce sera le retour à l’égalité équilibrée de tous devant l’accès aux soins. Je le dis aussi pour toutes les cotisations des « indépendants » type RSI : elles doivent toutes revenir à la Sécu, aux caisses de protection sociale.

Ensuite comment cela doit il être « piloté » ? Démocratiquement ! La LFSS de Juppé 1995 est un échec : Bercy fait tout bureaucratiquement et quelques députés se relaient dans l’Assemblée nationale pour valider… Non, il faut en revenir à une gestion par les représentants des salariés et assurés eux mêmes, avec des élections à toutes les caisses sociales. Puisqu’il s’agit du principal des trois budgets de la nation, celui qui génère le moins de dette et de déficit, il doit être contrôle géré par ceux qui sont concernés : cela donnerait naissance a un « parlement social ». Les syndicats pourraient faire campagne tous les cinq ans, défendre leurs programmes sociaux et ça leur donnerait un rôle constructif réel et définirait leur représentativité.

Que les salariés des Mutuelles se rassurent à propos de l’emploi, ils seront ré embauchés à la Sécurité sociale !  Que nul ne s‘inquiète, cela dégagera d’énormes économies de frais de gestion pour le bien de tous, salariés et usagers !

J’ajoute qu’il y aura vraiment une nouvelle  branche jeunesse pour les jeunes en formation de 18 à 25 ans, et une branche dépendance pour le quatrième âge.

-   L’ANI, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : CMU, ACS, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? Comment voyez-vous les choses à ce sujet ?

Je me suis opposé à l’ANI du 11 janvier 2013 sur presque tous les points mais particulièrement celui-là. J’ai défendu les fondements de la Sécurité sociale tels qu’ils étaient posés dans  Les Jours heureux, le programme du Conseil national de la Résistance : « Chacun contribue selon ses revenus, chacun reçoit selon ses besoins. » Les mutuelles ont imposé leur maintien à côté de la sécurité sociale, sur la base d’une contribution volontaire et d’un « retour » plus ou moins inégal. Plus on avait les moyens de « se payer » une bonne mutuelle, plus on pouvait escompter recevoir.

Cela a ouvert une brèche qui n’a cessé de s’agrandir : les assurances privées fonctionnent avec le même principe, mais avec la rétribution des actionnaires en plus… enfin, en moins pour les salariés.

L’ANI, a rendu obligatoire l’adhésion des salariés à une complémentaire santé, qui peut être une mutuelle (56 % du marché actuel de 25 milliards d’euros), ou une institution « paritaire » de prévoyance (17 % du marché) ou encore une assurance privée (27 % du marché), ce qui a effacé le principe de base de la sécurité sociale.

Cela a aggravé le « millefeuille » diversifié et inégal de cotisations et assurances privées « complémentaires » au détriment des principes fondamentaux de la sécurité sociale : des cotisations proportionnelles de toutes et tous, collectées par les mêmes caisses et redistribuées à chacun selon ses besoins.

Le système du « millefeuille » cotisations, mutuelles, complémentaires, prévoyance et assurances, contribue aussi à dissimuler l’origine de la richesse liée au travail et à détourner ce salaire socialisé que sont les cotisations sociales vers la poche des dirigeants des organismes  «complémentaires ». Et les sommes en jeu, autour de 4 milliards d’euros, ne sont pas négligeables.

Mais pour ceux qui n’avaient pas de « complémentaire santé », est-ce que ce n’est quand même pas mieux que rien…

Chaque recul est justifié par ce type d’arguments : « mieux que rien ». Le recul de tous contre le « bénéfice » de quelques-uns. Il faut d’abord signaler que la complémentaire santé n’est pas acquise pour tous : les jeunes non-salariés, les retraités et les chômeurs ne sont pas concernés. Pour les salariés, il reste environ 400 000 personnes qui n’ont pas de complémentaire santé.

Le nombre de 4 millions de personnes, parfois avancé, correspond au nombre de salariés qui n’ont pas de couverture par leur entreprise et qui, depuis le 1er janvier 2016, sont censés l’avoir par contrat d’entreprise. Mais ces personnes cotisent plus que les autres salariés, l’ANI ayant fixé à 50/50 le partage de la cotisation entre le salarié et l’employeur, alors que la moyenne de la répartition était de 47/53. À noter aussi que le Medef, au sein duquel les sociétés d’assurances tiennent une bonne place, a combattu pour que ce soit les chefs d’entreprise qui décident en dernier ressort de l’affectation de ces prélèvements. Le Conseil constitutionnel, « au nom de la liberté d’entreprendre », a donné raison au Medef et ce sont donc les grands groupes d’assurances qui en bénéficient.

Pour autant, la concurrence a été féroce pour s’accaparer le marché, car tous les contrats actuels, qu’ils soient d’entreprise ou de branche, sont revus au moment de leur renouvellement. Le mode de désignation de l’organisme complémentaire est le seul point qui ait fait l’objet de débats acharnés, entre la négociation de l’ANI et l’adoption de la loi Sapin du 14 juin 2013 et même au-delà, avec un recours en Conseil d’État pour faire respecter la « saine » concurrence.

Et quel bénéfice pour le salarié ? Un « panier de soins » plus réduit que tous les autres … Les « avantages » prévus pour la dentisterie et la lunetterie sont inférieurs à ceux de la « complémentaire santé » liée à la C.M.U ! Pour ces nouvelles complémentaires, l’ANI précise aussi que les contrats donnent lieu à exonération de cotisations sociales pour les patrons, mais que le tout pour le salarié, est soumis à fiscalité !

-   Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Plus brièvement : le tiers payant doit être systématique, et les moyens doivent être donnés à tous les médecins et maisons de santé pour ce soit pris en charge de façon simple et efficace. Les progrès de la numérisation vont permettre cela et enlever toutes les lourdeurs de gestion et de paiement.

L’accès aux soins ? Mais il faut supprimer immédiatement le numerus clausus, et former un nombre important de médecins compétents non seulement pour nos besoins nationaux dans tout le pays mais pour les exporter dans les pays en développement qui en ont tant besoin et avec lesquels nous coopérons.

Il n’est pas difficile, à l’image de ce qui se fait dans l’installation et les mouvements de la fonction publique, avec des aides et subventions de faciliter des parcours assistés de médecins jeunes et en cours de carrière afin d’empêcher tout désert médical. Ne serait ce que par le développement aidé de maisons de santé généralistes ou spécialisées (PMI).

-   Quelle est la mesure phare que vous souhaitez mettre en avant sur ces questions de financement et d’organisation de la protection sociale santé ?

La fin du « millefeuille » !  Le retour à une grande Sécurité sociale appuyée sur les fruits du travail, gérée démocratiquement par le Parlement social des organisations syndicales des salariés, jeunes en formation, chômeurs et retraités, ce sera économie et démocratie, justice et égalité.

(Rappelons à tous qu’il y a trois budgets séparés en France.

-             Le budget de l’état qui pèse environ 300 milliards, génère 78,5 % de la dette présumée du pays : non pas parce que l’état dépense trop, mais parce qu’il n’a pas assez de recettes ! (si le taux d’imposition de Lionel Jospin avait été maintenu de 1999 jusqu’à aujourd’hui, il n’y aurait de dette !)

-                 Le budget des collectivités territoriales environ 200 milliards ne génère, lui, que 11,5 % de la dette présumée du pays. Le réduire c’est nuire a toute l’économie, aux investissements de toutes sortes et à la protection sociale.

-                 Le budget de la protection sociale pèse environ 450 milliards, c’est le plus important mais il est presque équilibré et n’a généré que 10 % de la dette présumée du pays (soit 210 milliards sur 2100 milliards environ).

Notons que ce dernier est le seul auquel a été appliquée la brutale « règle d’or » de Mme Merkel : il ne connaît presque plus de déficit… ce qui est un scandale, car, avec 6,625 millions de chômeurs, il devrait être en grand déficit ! Si ce n’est pas le cas, c’est que la vis a été serrée partout : soins dé-remboursés, hôpitaux traités honteusement comme des entreprises, renvoi au financement par « millefeuilles » privé couteux… et au détriment des malades les plus démunis et des personnels de santé gravement surexploités et maltraités – comme on le voit encore avec les infirmières en lutte.)


 

Trump élu : un jour triste pour l’humanité. Alerte ! Sonnez le tocsin !

Un milliardaire dangereux a réussi à se faire élire comme un clown à la tête du plus puissant pays de la planète : il l’a fait à force de démagogie et de propos vulgaires, racistes, sexistes, homophobes, nationalistes, xénophobes,  bellicistes… libertariens et créationnistes !  Une campagne dégradante pour l’intelligence, la culture, l’espoir, l’émancipation, la civilisation. C’est une tragédie pour l’humanité. Et un tocsin qui sonne.

 


On sait pourtant bien la cause de tout ça… c’est le fruit de l’horreur économique, de la terrible dictature de la finance, et du désespoir grandissant des peuples y compris américain. Mais comme elle parait masquée, insaisissable, inattaquable, des millions d’électeurs déboussolés croient se rebeller à bon compte contre le système en votant pour le grotesque candidat… produit par le système. Le milliardaire Trump se fait lui même élire pour éviter sa faillite et ses turpitudes parmi ses pairs…

« L’élection a pesé 7 milliards », comme le titre Libé, il faut bien ça pour matraquer les consciences, déformer les lignes, faire peur, brouiller les cartes.

Des millions de gens déboussolés par ledit système s’abstiennent et ceux qui viennent quand même voter dans des conditions difficiles,  choisissent de repousser l’establishment d’Hillary Clinton et tout les pousse à tomber sur un  clown dangereux comme Trump. Sans doute un Bernie Sanders aurait pu affronter Donald Trump avec son programme socialiste, mais il a été écarté et celle qui restait, la chef du parti Démocrate était impopulaire parce qu’elle sentait Wall Street de trop prés. C’est vrai que la toute puissance de la finance, et l’indécente politique de l’oligarchie indignent les peuples mais sans parti, sans véritable gauche socialiste consciente et unie ils se font manipuler. Ca fait enrager, mais c’est triste et dangereux.

Le paradoxe est là : pour s’éviter d’être battus par les peuples, les financiers promeuvent des leurres, et nourrissent des clowns de ce type, cela leur évite d’être sanctionnés.

Il y a 83 ans, comme ça, les grands capitalistes et financiers à la Krupp ont porté au pouvoir un « clown » qui s’appelait Hitler.

Lors des élections, les systèmes institutionnalisés n’offrent pas des vrais débats ni des vrais choix, mais des caricatures, basées sur le mensonge le plus odieux, manipulés par les médias et  l’argent des tout-puissants. D’où, ce 8 novembre 2016,  un taux de participation de 52,4 % seulement sur 200 millions d’électeurs potentiels. Il se dit que moins de 26 % des inscrits au total ont voté Trump : Clinton, aurait même en chiffre absolu davantage de voix (200 000, comme ce fut le cas de Gore contre Bush) mais même de justesse, Trump passe  ! Il se dit que les Républicains ont perdu 3 millions de voix par rapport au scrutin face à Obama en 2012 mais les Démocrates encore plus, donc. (Comme en France où la droite gagne les cinq dernières élections en pourcentage, tout en perdant des voix en chiffres absolus : ce qui, à la fois circonscrit et éclaire le désarroi du salariat ).

 

C’est la dictature de la finance qui a fabriqué ce clown. Elle fait ainsi diversion contre les légitimes revendications des peuples. C’est elle qui pille le monde entier, assèche les vies humaines, oppose les sexes, écrase les minorités, nourrit la misère et les rancoeurs, alimente les frustrations et les intégrismes, divise les peuples et leur classe dominée, c’elle qui est à l’origine de ce triste spectacle.

737 maîtres du monde, 147 multinationales, 50 super entités

87 hommes possèdent plus que 3,5 milliards d’humains.

Et un milliardaire clown dangereux dans tout ça, s’érige et est poussé au dessus de la chaine de commandement, trompant des millions de gens, en menaçant des centaines de millions d’autres.

Les promoteurs de ce clown sont connus.  Ils ne sont pas anonymes, au point qu’on ne puisse rien contre eux ! Il  y a des responsables. Ils sont identifiables car le pouvoir capitaliste est extrêmement concentré aux Us comme dans le monde entier. Les « puissances de l’argent » et des marchés, comme on dit. Pas seulement aux états-unis d’Amérique, mais en Europe aussi ou on a eu des Berlusconi et on a des Orban, et où ils sont déjà au pouvoir ou en passe de le prendre.

Les multinationales forment une structure de nœud papillon géante et une grande part du contrôle est drainée par un cœur tissé serré d’institutions financières ». Il y a 43 060 firmes transnationales (Trans National corps ou TNCs), selon la définition de l’OFCE, et « à eux seuls, les 737 détenteurs prépondérants cumulent 80 % du contrôle sur la valeur de toutes les TNCs ». Le degré de contrôle de ce réseau est bien plus inégalement distribué que la fortune :  les acteurs du haut de la liste détiennent un contrôle 10 fois plus que ce qu’on attendrait sur la base de leur fortune.   147 TNCs via un réseau complexe de relations de propriété possèdent 40 % de la valeur économique et financière des 43 060 TNCs.  Au sein de ce conglomérat de 147 multinationales, 50 « super entités » concentrent l’essentiel du pouvoir. Parmi ces « super entités » : Goldman Sachs, Barclays PLC, JP Morgan Chase & Co, Merrill Lynch, Bank of America corporation, mais aussi (en Europe), UBS AG, Deutsche Bank AG, et (en France) AXA en 4ème position, Natixis, Société générale, BNP Paribas. C’est au final un nombre extrêmement restreint de fonds d’investissements et d’actionnaires, au cœur de ces interconnexions, qui décident de restructurer les grands groupes industriels et de spéculer sur l’immobilier, le pétrole ou les dettes des pays du sud, ou contre la zone euro…

Et ce sont eux qui versent des centaines de millions et qui décident de l’élection d’un Donald Trump. Impossible de se faire élire sans leur argent, sans leur complicité.

On a les mêmes chez nous, 7 milliardaires en France possèdent 95 % des médias. 1 % de l’oligarchie française possèdent la moitié du pays. Et regardez à quelle vitesse, ils font la pub de la milliardaire Le Pen seule invitée à France 2 le 9 novembre pour commenter la victoire de Trump.

Par contre on peut agir pour les empêcher de nuire.  Rien n’est fatal. On peut sauver le monde de cet abime. C’est Bernie Sanders qui était le bon candidat contre l’establishment.

On ne peut pas les combattre en s’adaptant à eux comme l’ont fait Hollande et ses épigones depuis cinq ans : au contraire, ça les nourrit.

La finance est notre ennemi, nous devons la combattre – vraiment. Car ils n’écoutent pas les faibles, ils mènent la guerre sans pitié, sans compassion contre les peuples.  Etudiez les programmes de la droite lors des primaires LR : ils veulent piller les pauvres pour abreuver encore plus les riches. Regardez le bilan du quinquennat d’Hollande : à force de flatter ces forces-là, de se soumettre à elles, il a désespéré la gauche et le salariat et ouvert la porte au pire – si nous ne nous unissons pas derrière un candidat unique en 2017.

A ne pas combattre la finance, à ne pas être clairs sur l’alternative au capitalisme financier, nous aurons nous aussi « notre » clown à la fin.

C’est socialisme ou barbarie.

Ou la gauche offre une alternative sociale et unitaire contre la politique du gouvernement actuel et de la droite LR ou les mêmes causes en France produiront les mêmes effets qu’aux USA

 

 

Pour mémoire, et avec respect, reproduction de l’excellente lettre de Michael Moore publiée dans Huffington Post et qui prévoyait le 26 juin dernier cette tragédie

Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner

Michaël Moore – Le Huffington Post -  26/07/2016 actualisé le  05/10/2016.

Chers amis, chères amies,

Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre.

Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. Le président Trump. Allez, dites-le tous en chœur, car il faudra bien vous y habituer au cours des quatre prochaines années: « PRÉSIDENT TRUMP! »

Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper.

Je vous observe attentivement en ce moment. Vous agitez la tête en disant: « Non Mike, ça n’arrivera pas! ». Malheureusement, vous vivez dans une bulle. Ou plutôt dans une grande caisse de résonance capable de vous convaincre, vous et vos amis, que les Américains n’éliront pas cet idiot de Trump. Vous alternez entre la consternation et la tentation de tourner au ridicule son plus récent commentaire, lorsque ce n’est pas son attitude narcissique.

Par la suite, vous écoutez Hillary et envisagez la possibilité que nous ayons pour la première fois une femme à la présidence. Une personne respectée à travers le monde, qui aime les enfants et poursuivra les politiques entreprises par Obama. Après tout, n’est-ce pas ce que nous voulons? La même chose pour quatre ans de plus?

Il est temps de sortir de votre bulle pour faire face à la réalité. Vous aurez beau vous consoler avec des statistiques (77 % de l’électorat est composé de femmes, de personnes de couleur et d’adultes de moins de 35 ans, et Trump ne remportera la majorité d’aucun de ces groupes), ou faire appel à la logique (les gens ne peuvent en aucun cas voter pour un bouffon qui va à l’encontre de leurs propres intérêts), ça ne restera qu’un moyen de vous protéger d’un traumatisme. C’est comme lorsque vous entendez un bruit d’arme à feu et pensez qu’un pneu a éclaté ou que quelqu’un joue avec des pétards. Ce comportement me rappelle aussi les premières manchettes publiées le 11 septembre, annonçant qu’un petit avion a heurté accidentellement le World Trade Center.

« Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera. »

Nous avons besoin de nouvelles encourageantes parce que le monde actuel est un tas de merde, parce qu’il est pénible de survivre d’un chèque de paie à l’autre, et parce que notre quota de mauvaises nouvelles est atteint. C’est la raison pour laquelle notre état mental passe au neutre lorsqu’une nouvelle menace fait son apparition.

C’est la raison pour laquelle les personnes renversées par un camion à Nice ont passé les dernières secondes de leur vie à tenter d’alerter son conducteur: « Attention, il y a des gens sur le trottoir! »

Eh bien, mes amis, la situation n’a rien d’un accident. Si vous croyez encore qu’Hillary Clinton va vaincre Trump avec des faits et des arguments logiques, c’est que vous avez complètement manqué la dernière année, durant laquelle 16 candidats républicains ont utilisé cette méthode (et plusieurs autres méthodes moins civilisées) dans 56 élections primaires sans réussir à arrêter le mastodonte. Le même scénario est en voie de se répéter l’automne prochain. La seule manière de trouver une solution à ce problème est d’admettre qu’il existe en premier lieu.

Comprenez-moi bien, j’entretiens de grands espoirs pour ce pays. Des choses ont changé pour le mieux. La gauche a remporté les grandes batailles culturelles. Les gais et lesbiennes peuvent se marier. La majorité des Américains expriment un point de vue libéral dans presque tous les sondages. Les femmes méritent l’égalité salariale? Positif. L’avortement doit être permis? Positif. Il faut des lois environnementales plus sévères? Positif. Un meilleur contrôle des armes à feu? Positif. Légaliser la marijuana? Positif. Le socialiste qui a remporté l’investiture démocrate dans 22 États cette année est une autre preuve que notre société s’est profondément transformée. À mon avis, il n’y a aucun doute qu’Hillary remporterait l’élection haut la main si les jeunes pouvaient voter avec leur console X-box ou Playstation.

Hélas, ce n’est pas comme ça que notre système fonctionne. Les gens doivent quitter leur domicile et faire la file pour voter. S’ils habitent dans un quartier pauvre à dominante noire ou hispanique, la file sera plus longue et tout sera fait pour les empêcher de déposer leur bulletin dans l’urne. Avec pour résultat que le taux de participation dépasse rarement 50 % dans la plupart des élections. Tout le problème est là. Au mois de novembre, qui pourra compter sur les électeurs les plus motivés et inspirés? Qui pourra compter sur des sympathisants en liesse, capables de se lever à 5 heures du matin pour s’assurer que tous les Tom, Dick et Harry (et Bob, et Joe, et Billy Bob et Billy Joe) ont bel et bien voté? Vous connaissez déjà la réponse. Ne vous méprenez pas: aucune campagne publicitaire en faveur d’Hillary, aucune phrase-choc dans un débat télévisé et aucune défection des électeurs libertariens ne pourra arrêter le train en marche.

Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner :

1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille

Je crois que Trump va porter une attention particulière aux États « bleus » de la région des Grands Lacs, c’est-à-dire le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ces quatre États traditionnellement démocrates ont chacun élu un gouverneur républicain depuis 2010, et seule la Pennsylvanie a opté pour un démocrate depuis ce temps. Lors de l’élection primaire du mois de mars, plus de résidents du Michigan se sont déplacés pour choisir un candidat républicain (1,32 million) qu’un candidat démocrate (1,19 million).

Dans les plus récents sondages, Trump devance Clinton en Pennsylvanie. Et comment se fait-il qu’il soit à égalité avec Clinton en Ohio, après tant d’extravagances et de déclarations à l’emporte-pièce? C’est sans doute parce qu’il a affirmé (avec raison) qu’Hillary a contribué à détruire la base industrielle de la région en appuyant l’ALÉNA. Trump ne manquera pas d’exploiter ce filon, puisque Clinton appuie également le PTP et de nombreuses autres mesures qui ont provoqué la ruine de ces quatre États.

Durant la primaire du Michigan, Trump a posé devant une usine de Ford et menacé d’imposer un tarif douanier de 35 % sur toutes les voitures fabriquées au Mexique dans le cas où Ford y déménagerait ses activités. Ce discours a plu aux électeurs de la classe ouvrière. Et lorsque Trump a menacé de contraindre Apple à fabriquer ses iPhone aux États-Unis plutôt qu’en Chine, leur cœur a basculé et Trump a remporté une victoire qui aurait dû échoir au gouverneur de l’Ohio John Kasich.

L’arc qui va de Green Bay à Pittsburgh est l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur écrire un beau gros chèque.

Voilà donc comment le scénario du Brexit est en train de se reproduire. Le charlatan Elmer Gantry se pose en Boris Johnson, faisant tout pour convaincre les masses que l’heure de la revanche a sonné. L’outsider va faire un grand ménage! Vous n’avez pas besoin de l’aimer ni d’être d’accord avec lui, car il sera le cocktail molotov que vous tirerez au beau milieu de tous ces bâtards qui vous ont escroqué! Vous devez envoyer un message clair, et Trump sera votre messager!

Passons maintenant aux calculs mathématiques. En 2012, Mitt Romney a perdu l’élection présidentielle par une marge de 64 voix du Collège électoral. Or, la personne qui remportera le scrutin populaire au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie et au Wisconsin récoltera exactement 64 voix. Outre les États traditionnellement républicains, qui s’étendent de l’Idaho à la Géorgie, tout ce dont Trump aura besoin pour se hisser au sommet ce sont les quatre États du Rust Belt. Oubliez la Floride, le Colorado ou la Virginie. Il n’en a même pas besoin.

« Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la considèrent comme malhonnête ou peu fiable. »

2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère

Nos 240 ans de domination masculine risquent de se terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir! Comment en est-on arrivés là, sous notre propre règne? Nous avons ignoré de trop nombreux avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports. Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare, Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin de décréter la fin de notre règne!

Cette incursion dans l’esprit des mâles blancs en danger évoque leur crainte du changement. Ce monstre, cette « féminazie » qui – comme le disait si bien Trump – « saigne des yeux et de partout où elle peut saigner » a réussi à s’imposer. Après avoir passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez? Et après? Il y aura un couple gai à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes? Des transgenres? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est assez!

3. Hillary est un problème en elle-même

Pouvons-nous parler en toute franchise? En premier lieu, je dois avouer que j’aime bien Hillary Clinton. Je crois qu’elle est la cible de critiques non méritées. Mais après son vote en faveur de la guerre en Irak, j’ai promis de ne plus jamais voter pour elle. Je suis contraint de briser cette promesse aujourd’hui pour éviter qu’un proto-fasciste ne devienne notre commandant en chef. Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un « faucon » perché à droite d’Obama. Mais peut-on confier le bouton de nos bombes nucléaires à Trump le psychopathe? Poser la question, c’est y répondre.

Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la considèrent comme malhonnête ou peu fiable. Elle représente la vieille manière de faire de la politique, c’est-à-dire l’art de raconter n’importe quoi pour se faire élire, sans égard à quelque principe que ce soit. Elle a lutté contre le mariage gay à une certaine époque, pour maintenant célébrer elle-même de tels mariages. Ses plus farouches détractrices sont les jeunes femmes. C’est injuste, dans la mesure où Hillary et d’autres politiciennes de sa génération ont dû lutter pour que les filles d’aujourd’hui ne soient plus encouragées à se taire et rester à la maison par les Barbara Bush de ce monde. Mais que voulez-vous, les jeunes n’aiment pas Hillary.

Pas une journée ne passe sans que des milléniaux me disent qu’ils ne l’appuieront pas. Je conviens qu’aucun démocrate ou indépendant ne sera enthousiaste à l’idée de voter pour elle le 8 novembre. La vague suscitée par l’élection d’Obama et la candidature de Sanders ne reviendra pas. Mais au final, l’élection repose sur les gens qui sortent de chez eux pour aller voter, et Trump dispose d’un net avantage à cet effet.

« Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme le bras. »

4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders

Ne vous inquiétez pas des partisans de Sanders qui ne voteront pas pour Hillary Clinton. Le fait est que nous serons nombreux à voter pour elle! Les sondages indiquent que les partisans de Sanders qui prévoient de voter pour Hillary sont déjà plus nombreux que les partisans d’Hillary ayant reporté leur vote sur Obama en 2008. Le problème n’est pas là. Si une alarme doit sonner, c’est à cause du « vote déprimé ». En d’autres termes, le partisan moyen de Sanders qui fait l’effort d’aller voter ne fera pas l’effort de convaincre cinq autres personnes d’en faire de même. Il ne fera pas 10 heures de bénévolat chaque mois, et n’expliquera pas sur un ton enjoué pourquoi il votera pour Hillary.

Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme le bras.

Les jeunes ne voteront pas davantage pour Trump. Certains voteront pour un candidat indépendant, mais la plupart choisiront tout simplement de rester à la maison. Hillary doit leur donner une bonne raison de bouger. Malheureusement, je ne crois pas que son choix de colistier soit de nature à convaincre les milléniaux. Un ticket de deux femmes aurait été beaucoup plus audacieux qu’un gars blanc, âgé, centriste et sans saveur. Mais Hillary a misé sur la prudence, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de sa capacité à s’aliéner les jeunes.

5. L’effet Jesse Ventura

Pour conclure, ne sous-estimez pas la capacité des gens à se conduire comme des anarchistes malicieux lorsqu’ils se retrouvent seuls dans l’isoloir. Dans notre société, l’isoloir est l’un des derniers endroits dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et de policiers! Vous pouvez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, et personne ne peut vous obliger à y faire quoi que ce soit.

Vous pouvez choisir un parti politique, ou écrire Mickey Mouse et Donald Duck sur votre bulletin de vote. C’est pour cette raison que des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées, mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

Vous souvenez-vous de 1998, année où un lutteur professionnel est devenu gouverneur du Minnesota? Le Minnesota est l’un des États les plus intelligents du pays, et ses citoyens ont un sens de l’humour assez particulier. Ils n’ont pas élu Jesse Ventura parce qu’ils étaient stupides et croyaient que cet homme était un intellectuel destiné aux plus hautes fonctions politiques. Ils l’ont fait parce qu’ils le pouvaient. Élire Ventura a été leur manière de se moquer d’un système malade. La même chose risque de se produire avec Trump.

Un homme m’a interpellé la semaine dernière, lorsque je rentrais à l’hôtel après avoir participé à une émission spéciale de Bill Maher diffusée sur HBO à l’occasion de la convention républicaine: « Mike, nous devons voter pour Trump. Nous DEVONS faire bouger les choses! » C’était là l’essentiel de sa réflexion.

Faire bouger les choses. Le président Trump sera l’homme de la situation, et une grande partie de l’électorat souhaite être aux premières loges pour assister au spectacle.

La semaine prochaine, je vous parlerai du talon d’Achille de Donald Trump et des stratégies que nous pouvons employer pour lui faire perdre l’élection.

Cordialement,

Michael Moore

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 9 nov chaîne Paris Première à 23 h – jeudi 10 nov. à 20 h 40 Espace st Michel à Paris 5° « La sociale » – samedi 12 à partir de 9 h 30 Convention « Appel des cent »

 

 

 

RV à partir de 9h30 samedi 12 nov salle des fêtes de Mairie de Montreuil « Appel des 100″ « 50 mesures »

appel 12 novembre et ordre du jour

Le choix de la convention du PCF n’est pas le choix d’une candidature PCF, c’est le refus d’une candidature sectaire

 

Pierre Laurent a raison mille fois, « une candidature commune de toute la gauche » ça se construit.

Ca ne se proclame pas. Il n’y a pas de raccourci. Ce n’est pas en suivant de près ou de loin l’auto-proclamation de Mélenchon que ça peut se faire.

 

En ce moment des millions d’électeurs de gauche assistent au déroulement des évènements qui vont aboutir soit à l’unité de toute la gauche soit au désastre de toute la gauche. Ils « assistent », ils ne participent pas. Car des millions, 86 % étaient pour des grandes primaires en décembre selon les sondages : cela leur aurait permis de se mobiliser et de choisir un candidat unique. (76 % étaient pour un candidat nouveau à gauche)

 

Mais il n’y a que des primaires citoyennes non unitaires non « co-organisées » même si elles restent ouvertes à toute la gauche et aux écologistes, et si elles n’ont lieu qu’en fin janvier. Parions qu’elles seront une ultime chance de battre les « hollandais », de les écarter et de placer en tête un candidat plus à gauche : alors il restera trois candidats au moins, dont Mélenchon et un écologiste. Tout n’est pas foutu, jusque-là on peut encore parvenir à l’objectif de construire un accord.

 

Mais ce n’était surement pas en donnant un blanc-seing à Mélenchon le 5 novembre lors de la convention nationale du PCF, qu’il y aurait eu davantage de chances de parvenir à une plateforme-commune et à l’unité entre les trois hypothétiques candidats qui resteront en lice le 30 janvier.

 

Donner un blanc seing anticipé à Mélenchon c’est donner  une prime au coup de force et à une division accrue ensuite. (Le problème n’est pas Mélenchon mais la stratégie unitaire gagnante ou le coup de force diviseur perdant). Sans unité pas de dynamique et pas de victoire possible. (Le bluff selon lequel Mélenchon 3° homme grenouille serait boeuf au deuxième tour est une fable pour abuser les gogos).

 

Mélenchon, jusque là, a refusé toute plateforme commune, et ce, clairement, frontalement, depuis le 21 janvier. Il refuse toute forme d’unité, toute coalition démocratique et dynamique. Il glisse vers une forme de relation aux traditions de la gauche entre « peuple » (sic) et candidat. Il glisse vers une forme de « France ? » souveraine où le combat central entre les classes sociales s’estompe. Il glisse vers une forme de dépolitisation contre les partis, syndicats, associations, et mouvements traditionnels, historiques, de structuration de nos combats en tentant d’instrumentaliser cette curieuse notion élitiste et confuse de « France insoumise » derrière lui.

 

 

Comment la négation de l’organisation démocratique en partis, en syndicats, peut elle faire partie d’un combat progressiste ? Comment peut on rassembler en repoussant ? Comment construire en piétinant ? Croit il gagner contre le PS (et en l’occurrence contre sa gauche socialiste mobilisée, qui incarne son avenir et son dépassement) ?  Croit il gagner à la fois contre le PS (et des millions d’électeurs qui restent encore de gauche et de tradition socialiste) donc, et contre le PCF et contre les Verts-EELV, et aussi, au passage, contre le NPA, LO, le MRC ou le MRG ?

Croit-il faire fi de 600 000 élus, des institutions de ce pays ?  C’est folie de repousser au lieu d’assembler : le résultat sera la défaite car des millions d’électeurs le verront et ne se mobiliseront pas ! Les sondages enregistrent déjà cette stagnation autour de 11 à 13 %, ce qui est peu en comparaison avec d’autres scrutins (y compris celui d’avril 2002, en fait l’étiage de la gauche non-PS, depuis 40 ans, est resté autour de 15 à 17 % bon an mal an).

Mais il a inventé pour cela, une théorie très fausse : « l’insurrection civique ».  Un matérialiste sait que ca n’existera jamais, une insurrection sociale suivie de conséquences civiques, oui, mais pas la révolution par les urnes qui est une vieille lune. Il aurait du s’en rendre compte lors de son échec à Hénin-Beaumont en juin 2012.

Il mène une politique de la table rase, il fait combattre par ses supporters la primaire citoyenne de janvier, il dénonce d’avance les candidats de gauche qui pourraient y gagner, il laisse ainsi à Hollande ou Valls l’espoir de passer « à travers les gouttes » (quand il ne les appelle pas à être candidats !). Tout cela organise une destruction de la gauche avec le projet insensé de la « reconstruire » (sic) sur ses propres ruines du 23 avril prochain. Mais nul ne reconstruit sur un désastre, (surtout pas celui qui l’a provoqué) il faut de longues années pour que les bilans soient tirés.

Hollande explique qu’il ne se présentera que s’il entrevoit un « espace ». Mais en fait il est déjà battu, il n’y a que 4 % des français qui le soutiennent. 80 à 90 % de la gauche est contre lui mais, c’est son seul espoir, de façon terriblement divisée, (abstention, vote blanc, et dispersion) : seule la stratégie actuelle de Mélenchon laisse une étroite chance à Hollande d’y aller… pour être battu sans trop d’humiliation. Et Valls ne peut se présenter qu’à la condition de faire faussement « neuf » face Mélenchon ce qui nous renvoie à la même division et donc aux deux gauches irréconciliables défaites… enlacées ou en vis-à-vis mais ensemble.

 

Si par malheur, il y a Hollande et Mélenchon candidats, quelque soit celui qui est devant, la gauche est cruellement assurée de perdre le 23 avril, et elle sera condamnée à choisir entre LR et FN et de connaître un suprême désastre aux législatives de juin  Les 577 candidats de Mélenchon ( et les 577 candidats prétendus d’EELV) auront entre 1 et 3 % et ils connaîtront à ce moment-là un échec national de masse, apprenant trop tard aux dépens de tous que France insoumise est une nébuleuse sans forces réelles. (Ceci dit, il restera entre 25 et 125 députés de gauche – plutôt 25 que 125 – dont la majorité du PS, zéro PCF, zéro EERLV, zéro PG… et on aura une Assemblée ressemblant au Conseil régional du Nord ou de Paca).

 

Perdre en 17 après cinq ans de trahison d’Hollande sera terriblement désastreux : il suffit de voir le programme de la droite, les plus démunis et tout le salariat le paieront très cher. Et ça contribuera à affaiblir la gauche, pas la renforcer, ni en conscience ni en organisation. C’est la droite de la gauche (et pas son aile gauche) qui se renforcera a nouveau sous la pression de la droite. Il faudra du temps pour reconstruire un rapport de force suffisamment pour une nouvelle explosion sociale.

 

Donc tenons bon, nous voulons nous pouvons gagner  :

 

1°) Faisons tout pour écarter et battre les hollandais a ce stade ! Mobilisons des millions de voix pour les 22 et 29 janvier choisir le meilleur candidat de la gauche socialiste possible. Utilisons cette primaire citoyenne ouverte au mieux !

2°) Faisons tout pour une plateforme commune avec l’appel des cent, les 50 mesures, le contenu d’une candidature commune est possible à construire avant le choix final du candidat

3°) Le 30 janvier (et quelque soit le victorieux contre lui) la défaite des Hollandais sera un choc, un éclairage nouveau, une page tournée, un rebondissement décisif pour le scrutin final. Prévoyons alors d’organiser une grande rencontre publique, table ronde, débat, états généraux, ce qu’on voudra et là, entre toute la gauche, les Ecolos et Melenchon, les responsabilités seront prises devant des millions d’électeurs : candidat commun ou désastre. Là parions que ceux qui « assistent » actuellement voudront alors dire activement leur mot.

 

D’ici là, il serait préférable, mais c’est leur liberté souveraine, que les militants du PCF confirment le choix « ouvert » de leur convention du 5 novembre.