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Comment résister aux lois Macron, El Khomri et Cie ?
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« Vive l’entreprise ? » LE CODE DU TRAVAIL EN DANGER
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Comment résister à la démolition du Code du travail

Comment résister à la démolition du Code du travail
(G. Filoche, en collaboration avec Richard Abauzit.)
Préface de Thierry Le Paon
Aux Éditions Le Vent se lève, collection Ô Rages ! Nouveauté 116 p. 10 euros -
Une vraie retraite à 60 ans

Une vraie retraite à 60 ans c‘est possible
(G. Filoche, J.J. Chavigné)
Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche ont publié en 2010 « Une vraie retraite à 60 ans c’est possible » (éditions Jean Claude Gawsewitch). Ils publient courant septembre un nouveau livre intégrant la réforme des retraites de 2010, la crise économique et celle de l’Union européenne, l’arrivée au pouvoir d’un Président et d’un gouvernement de gauche…
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Le choc

Le choc, après Cahuzac
128 p, 9,90 € Éd. Gawsewitch – en librairie le 13 juin (G. Filoche, C. Gispert, JF Claudon)
Le « choc Cahuzac » du 2 avril 2013 a ébranlé toute la France. Ce jour-là, des millions de citoyens ont découvert, abasourdis, une insupportable vérité.
Le chef du Budget fraudait le Budget.
Le ministre chargé de lutter contre la fraude fiscale trichait.
Le ministre de la rigueur l’appliquait aux autres mais pas à lui. Le défenseur intransigeant de la « règle d’or » planquait son or. L’homme qui jouait le « père la morale » n’avait aucune morale.
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« La dette indigne »

La dette indigne
10 questions, 10 réponses
Par Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche.Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 240 p., 14,90 euros
En 10 questions, 10 réponses, les deux auteurs avancent leurs propositions après un passage en revue détaillé de toutes les solutions présentées : de la restructuration des dettes publiques aux plans d’austérité en passant par la « règle d’or », la sortie de la zone euro, les euro-obligations ou la monétisation des dettes publiques.
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Méta
D&S n° 234 235 avril mai est paru, 36 pages 6 euros
17 mai 2015 – 17:43
Une croissance de 0,6 % du PIB au 1er trimestre 2015… grâce à l’augmentation de la consommation !
17 mai 2015 – 17:16
L’INSEE vient de réviser la croissance de l’année 2014. Elle ne s’est pas élevée à 0,4 % du PIB, comme il l’avait précédemment annoncé, mais seulement à 0,2 %.
Surtout, la note de conjoncture de l’INSEE du 13 mai 2015 constate une augmentation de 0,6 % du PIB au 1er trimestre 2015.
Alors que notre gouvernement affirmait que la croissance serait le fruit de sa politique en faveur du patronat, c’est, au contraire, l’augmentation de la consommation des ménages qui est à l’origine de cette croissance de 0,6 %.
Malgré les exonérations fiscales et sociales des pactes de compétitivité et de responsabilité, l’investissement productif des entreprises à continué de stagner : + 0,2 % au 1er trimestre 2015, après une baisse de 0,1 % au dernier trimestre 2014.
La croissance du PIB au 1er trimestre est essentiellement due à « la consommation des ménages » qui « accélère fortement » : + 0,8 % au 1er trimestre 2015, après une hausse de 0,1 % au dernier trimestre 2014.
Cette augmentation de la consommation ne tient pas à une augmentation du pouvoir d’achat (qui reste très légère) mais à une mobilisation d’une partie de l’épargne des ménages. Les achats d’automobiles, notamment, progressent : les ménages avaient différé ces achats mais il arrive un moment où il devient difficile (pour ceux qui avaient constitué une épargne) de persévérer.
L’augmentation du PIB au 1er trimestre 2015, souligne à quel point les propositions de la motion B collent à la réalité :
- Diminuer les subventions aux entreprises et les conditionner à des investissements productifs réels et à des créations d’emploi effectives.
- Utiliser la différence à augmenter le pouvoir d’achat (« coup de pouce au Smic », arrêt du gel de la valeur du point dans la Fonction publique, arrêt du gel des retraites…) et à accroître l’investissement et l’emploi publics pour répondre aux besoins sociaux des quartiers populaires, des zone périurbaines et rurales.
Les entreprises privées commenceraient, alors, à comprendre que l’augmentation de leur production pourrait trouver un débouché, et se mettraient à investir.
En l’absence d’un important infléchissement de la politique gouvernementale dans cette direction, le risque serait grand que cette croissance de 0,6 % au 1er trimestre 2015 ne soit qu’un feu de paille.
Cela avait été le cas en 2013, année qui avait vu le PIB augmenter de 0,7 point au 1er trimestre, puis s’effondrer de 0,9 points au second.
Cela avait également été le cas en 2011 : le PIB avait augmenté de 1,1 point puis s’était effondré de 1,2 point au trimestre suivant.
Le « vrai » travail ?
16 mai 2015 – 11:20
Le “vrai” travail ? Celui des 600 accidents mortels, des 700 suicides, des 4500 mutilés au travail par an ? Celui des droits violés, des licenciements sans motif et des heures supp’ impayées ?
Le « vrai » travail ? Celui des maladies professionnelles, des 100 000 morts de l’amiante, TMS, surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées.
Le « vrai » travail ? Celui dont Sarkozy a diminué le niveau des indemnités journalières en cas d’arrêt forcé pour accident du travail ?
Le “vrai” travail ? 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents vasculaires par an dont entre 1/3 et 50 % liés au travail…
Le “vrai” travail ? Ce jeune ascensoriste de 26 ans écrasé par l’engin qu’il réparait, à cause de la compétition sauvage « libre et non faussée » entre Otis, Koné, Schindler et Thyssen
Le “vrai” travail ? Et les milliers d’ouvriers désamianteurs que Sarkozy laisse en ce moment mourir sans protection par refus d’un moratoire alors que de récentes études scientifiques ont découvert des nouvelles fibres cancérogénes ?
Le « vrai » travail ? Celui de l’ouvrier de 55 ans devant son marteau piqueur ? De l’instituteur de 62 ans pour sa 41e rentrée devant sa classe d’enfants ? De l’infirmière qui soigne encore à 65 ans ? De ceux pour lesquels le travail est devenu si pénible physiquement et mentalement depuis le report de l’âge de la retraite ?
Le “vrai” travail ? Celui des mini-jobs, des stages, des 800 000 emplois saisonniers, des millions d’intérims et de CDD à répétition ? Celui des millions de précaires ? « La vie, la santé, l’amour sont précaires… pourquoi le travail ne le serait-il pas? » (Parisot)
Le « vrai » travail ? Celui des millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à se loger et à vivre décemment avec leurs salaires, ceux qui dorment dans mobiles homes, qui mangent des pâtes à partir du 10 du mois, et n’ont de la viande que 3 fois par mois, que les « franchises » empêchent d’aller chez le toubib, et qui ne peuvent se payer ni le dentiste ni des lunettes ?
Le “vrai” travail ? Celui des travailleurs handicapés exclus du dispositif retraite anticipée et pour lesquels les patrons paient une faible taxe plutôt que de les embaucher
Le « vrai » travail ? Celui du milliard d’heures supplémentaires non déclarées, non majorées, non payées attribuées à ceux qui ont un boulot au détriment de ceux qui n’en ont pas ?
Le « vrai » travail ? Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ? 85 % des temps partiels sont des femmes non qualifiées, ont elles un « vrai » travail ?
Le « vrai » travail ? Celui des jeunes à 25 % au chômage et à 80 % en CDD ?
Le « vrai » travail ? Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits et sans papiers par des esclavagistes et marchands de sommeil bien franchouillards ?
Le « vrai » travail ? Celui des seniors licenciés, 2 sur 3 à partir de 55 ans et qui ne peuvent cotiser que 35 annuités alors que 42 sont exigés dorénavant pour une retraite décente ?
Le « vrai » travail ? Celui du partage féroce et forcé du temps de travail entre sur-travail sous-travail et sans-travail, avec des centaines de millions d’heures supplémentaires, trois millions de temps partiels à 60 % subi, cinq millions de chômeurs ?
Le « vrai » travail ? Celui des 1 à 4 millions de travailleurs du dimanche (essentiellement des femmes pauvres et précaires), des 4,3 millions qui travaillent de nuit, de ceux qui subissent des horaires postés, 3X8, 4X8, modulés, annualisés, flexibilisés au détriment de leur vie de famille ?
Le « vrai » travail ? Celui des restaurateurs dont 1 sur 4 utilisent des clandestins, non déclarés dans le fond de leur cuisine ?
Le “vrai” travail ? Celui d’exploitants agricoles qui tuent des inspecteurs du travail pour pouvoir abuser d’immigrés clandestins ? Tandis que des petits agriculteurs et ouvriers agricoles exploités par les intermédiaires et grands commerces survivent dans la misère.
Le “vrai” travail ? Celui des manœuvres, la « viande » que méprisent les contremaîtres dans les grosses entreprises de BTP ?
Le “vrai” travail contre le droit du travail ? Celui qui ne fait jamais grève, qu’on ne voit jamais manifester, qui n’est pas syndiqué, qui piétine son collègue ? Le pauvre exploité apeuré qui souffre, se tait, et approuve son patron comme une dinde qui vote pour Noël ?
Le “vrai” travail « sans statut » ? « La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail » selon Mme Parisot. Et la mise à mort du statut de la Fonction publique par une « RGPP » indigne ?
Le « vrai » travail ? Pas celui des fonctionnaires, car naturellement ces gens-là ne travaillent pas… ce sont des boulets improductifs selon Sarkozy.
Le « vrai » travail… sans loi ? Celui sans état de droit dans les entreprises, sans protection des contrats, sans promotion dans les carrières, sans garantie de l’emploi ?
Le « vrai » travail sans protection sociale ? Sans salaire brut, sans cotisations, ce que Sarkozy rebaptise « charges sociales » et qu’il veut abaisser, le Medef réclamant leur suppression?
Le « vrai » travail ? Celui des conventions collectives, vieillies, foulées aux pieds par un patronat qui ne les négocient plus ?
Le “vrai” travail sans syndicat ? Mais sans syndicat, il n’y aurait rien, pas de Smic, pas de durée légale, pas de congés payés, pas de sécurité sociale, pas de code du travail
Le « vrai » travail ? Sans CHSCT, sans hygiène sécurité, sans médecine du travail renforcée et indépendante, sans inspection du travail, alors que Sarkozy a affaibli toutes ces institutions ?
Le « vrai » travail ? Celui sans délégué du personnel, sans comité d’entreprise, sans CHSCT, sans institution représentative du personnel ?
Le “vrai” travail ? à France Télécoms, des dizaines de suicides, faute inexcusable du patron de combat qui licencie, stresse, harcèle, casse.
Le “vrai” travail ? Parlons en ! Stress, risques psychosociaux, harcèlement, souffrances, suicides, chantage à l’emploi, management de combat ?
Le « vrai » travail ? Celui sans justice qui remet en cause les élections prud’hommes et taxe de 35 euros ceux qui sont obligés de les saisir pour faire valoir leurs droits
Le “vrai” travail ? Les travaux les plus durs sont les plus mal payés, restauration, nettoyage, transports, entretien, industrie. Dans le bâtiment, 1,1 million bossent surexploités, maltraités, mal payés, accidentés, et meurent sans retraite.
Le « vrai » travail ? Celui des 900 000 foutus dehors par « rupture conventionnelle » de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ?
Le « vrai » travail ? Celui soumis au chantage à l’emploi, aux licenciements sans cause réelle et sérieuse, abusifs, boursiers et incontrôlés ?
Le « vrai » travail ? Celui soumis à la spéculation de la finance, des fonds de pension cyniques et rapaces, celui des Molex, de Sea France, de Gandrange et Florange, de Continental, Freescale, de Lejaby, de Pétroplus, ou des Fonderies du Poitou, de toutes celles et ceux qui ont du se battre pour le garder ?
Le « vrai » travail ? Celui des auto-entrepreneurs, un million en théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme faux salariés, à bas prix et sans protection sociale ?
Le « vrai » travail ? Celui des fausses externalisations, de la fausse sous-traitance, du marchandage, du prêt illicite de main d’oeuvre, des marchés truqués ?
Le “vrai” travail ? Celui qui bosse dur pour survivre misérablement ou celui qui exploite dur les autres pour vivre dans des villas dorées, avec des millions d’euros cachés aux Iles Caïman ?
Le “vrai” travail ? Celui des actionnaires, des rentiers, des riches, des spéculateurs, traders ou autres banksters du Fouquet’s qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ?
Le travail n’a jamais enrichi personne, ce qui enrichit c’est d’exploiter le « vrai » travail des autres.
Le « vrai » travail ? Celui de Maurice Lévy patron qui se ramasse 16 millions d’euros d’argent de stocks option de poche pillés sur les richesses produites par les salariés et des patrons qui s’augmentent de 30 % par an.
Le “vrai” travail ? Qu’est ce qu’il y connaît ce cul doré de Sarkozy ?
anaphore publiée le 24 avril 2012 Gérard Filoche
D’ailleurs, quelques jours plus tard, Sarkozy nie avoir parlé de « vrai » travail puis se repent : l’expression « vrai travail » n’était « pas une expression heureuse » sur France le jeudi 26 avril. Et d’appeler à un rassemblement des travailleurs « sans statut » le 1er mai au Trocadéro. Une de ses calembredaines qui se rajoutent aux autres, à comparer avec un autre de ses discours méconnu tenu devant l’OIT le 15 juin 2009.
Cet article a été écrit par Gérard Filoche, publié le 24 avril 2012 à 9:19, classé sous Politiqueet tagué« vrai » travail. Bookmarkez le permalien. Suivez les commentaires grâce au flux RSS de cet article. Déposez un commentaire ou un trackback : Adresse du trackback. Éditer
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A ceux qui s’interrogent encore sur les possibilités qu’aurait la motion A d’infléchir la politique gouvernementale…
14 mai 2015 – 17:45
La motion Valls-Cambadélis pratique le grand écart entre le « dire » et le « faire », entre ce qu’elle dit et la politique menée les ministres et secrétaires d’Etat socialistes qui, pourtant, l’ont tous signée.
L’objectif de ce grand écart est de laisser espérer que voter pour la motion A pourrait permettre d’obtenir, en douceur, un changement d’orientation de la politique gouvernementale.
Martine Aubry et un certain nombre d’ « aubrystes » ont signé la motion Valls en affirmant vouloir peser « de l’intérieur » sur l’orientation du parti socialiste et du gouvernement.
Le vote des sénateurs socialistes sur un projet de loi Macron, amendé, et adopté, le 12 mai 2015, par le Sénat permet de mesurer à quel point tout cela n’est qu’illusion !
44 sénateurs, du PCF, d’EELV et les sénateurs socialistes qui soutiennent la motion B (telle Marie Noëlle Lienemann) ont voté CONTRE le projet de loi, aggravé par la droite.
A l’exception, notamment, du sénateur de la Loire, Maurice Vincent, qui a voté contre le projet du Sénat en affirmant « On nous demandait de voter une loi Macron de droite. Inacceptable. », la quasi totalité des sénateurs socialistes signataires dans de la motion A, se sont contentés de S’ABSTENIR !
Les amendements introduits par la droite vont pourtant plus loin dans le libéralisme que le projet de loi Macron. Ils sont aux antipodes de ce que la motion A et, notamment, les « aubrystes » signataires de cette motion, affirment vouloir défendre.
- Les stages d’étudiants en entreprises avaient été limités à 6 mois par une loi de 2014 afin d’éviter que ces stages puissent se substituer à des postes permanents et fournir une main-d’œuvre très bon marché aux entreprises. Les amendements adoptés par le Sénat portent leur durée à 12 mois.
- Le projet de loi Macron avait repris la législation antérieure qui obligeait les entreprises à accorder des contreparties (salariales, notamment) aux salariés travaillant le dimanche. La loi votée par le Sénat supprime ces obligations pour les entreprises de moins de 11 salariés.
- Les commerces situés dans les zones touristiques internationales, les zones commerciales et les zones touristiques pourront ouvrir le dimanche sans que soit signé d’accord collectif, comme le prévoyait le projet de loi Macron, adopté par l’Assemblée nationale.
- Le projet de loi Macron, modifié par le Sénat entérine la possibilité de faire passer le nombre de dimanches travaillés de 5 à 12, dès 2015.
La motion A s’oppose, pourtant, à « une nouvelle extension du travail du dimanche » (Page 24). Le projet de loi Macron n’a pas force de loi et le nombre de dimanches travaillés est donc toujours limité à 5 par an. Le vote de la grande majorité des sénateurs socialistes est un bon indicateur de ce que pèsent, pour eux, les mots de la motion A, dont ils sont signataires.
- L’élection de délégués du personnel ne sera obligatoire qu’à partir de 21 salariés (au lieu de 11 aujourd’hui). L’élection d’un Comité d’entreprise ne deviendra obligatoire qu’à partir de 101 salariés au lieu de 51 aujourd’hui.
- Le droit d’information des salariés en cas de cession de l’entreprise dans laquelle ils travaillent sera encore limité et ne pourra être exercé qu’en cas de cessation sans repreneur.
- La loi Sapin de 2013 permettait de déroger au temps de travail légal, dans le cadre d’ « accords de maintien de l’emploi ». Le projet de loi Macron réécrit par l’UMP-UDI permet d’imposer ces dérogations, même lorsque les emplois ne sont pas menacés.
- Le « compte pénibilité » mis en place, pour tenter de faire passer la pilule de l’allongement de 6 trimestres de cotisation pour la retraites en 2014, devait, au départ, être alimenté par l’exposition d’un(e) salarié(e) à 10 facteurs de pénibilité. Le Medef avait déjà amené le gouvernement à réduire à 4 le nombre de ces facteurs. Avec l’amendement adopté au Sénat, ils ne seront plus que trois.
Voilà qui ramène à sa véritable place le « compte personnel d’activité personnel » dont le « compte pénibilité » est l’un des plus beaux fleurons. Pourtant, la motion A prétend faire de ce « compte d’activité personnel », le marqueur social du quinquennat, l’équivalent des 40 heures et des congés payés en 1936, de la Sécurité sociale en 1945, des 35 heures et de la CMU en 2000 !
Tous les syndicats s’insurgent contre ces amendements !
La très grande majorité des sénateurs socialistes, signataires de la motion A, n’a pas voté CONTRE le projet de loi Macron réécrit par la droite mais s’est contenté de s’abstenir. Comment indiquer plus clairement qu’espérer une réorientation de la politique gouvernementale par la magie du verbe de la motion A n’est qu’une chimère ?
La suppression du « Rapport de situation comparée sur la situation des hommes et des femmes en entreprises », dans le projet de loi Rebsamen relatif « au dialogue social et à l’emploi », allait dans le même sens que l’abstention de ces sénateurs socialistes. Elle indiquait, elle aussi, que l’orientation gouvernementale n’avait pas changée.
C’est uniquement devant le tollé provoqué par cette suppression, la mobilisation immédiate des mouvements de défenses des droits des femmes et la perspective du vote du 21 mai qui décidera de l’issue du congrès de Poitiers, que François Rebsamen a fini par reculer.
Seul, un vote massif pour la motion B peut obliger François Hollande à écouter notre parti, à infléchir profondément sa politique et sauver, ainsi, le quinquennat.
Le risque de continuer à perdre c’est la motion A – Une chance d’inverser et gagner à gauche, c’est la motion B
13 mai 2015 – 12:02
Proposée au vote des militants socialistes au congrès de Poitiers, la Motion A signée de Jean-Christophe Cambadelis, Manuel Valls, Michel Sapin et de tous les ministres socialistes, est en grande difficulté politique : ce qu’elle propose, Bercy a d’ores et déjà publiquement déclaré que c’était hors de question. Le paradoxe est ainsi à son comble : la Motion A soutient le gouvernement, et le gouvernement ne la soutient pas, le grand écart est réalisé, elle ne sera donc pas entendue. Tout continuera comme avant.
Non seulement le projet de loi Macron, reporté après congrès (pour ne pas user d’un nouveau « 49-3 » à la veille du vote des militants) passera, mais de mauvaises nouvelles s’annoncent pour… septembre et le budget 2016. Le gouvernement déclare continuer à faire prévaloir les accords d’entreprise et les contrats de gré à gré contre les lois du travail, et remettre en cause les CDI en plus du travail le dimanche et de nuit… En guise de « dialogue social » le projet de loi Rebsamen réduit les CHSCT et supprime les obligations des entreprises de comparer les salaires femmes-hommes.
Il vise à supprimer 22 000 postes et 3 milliards dans les hôpitaux. A la SNCF, ca serait 17 000 postes en moins et la diminution du nombre de trains en circulation sur certaines lignes. Après Mittal, et Petroplus…Vallourec et d’autres industries de pointe, se ferment à cause du laisser-faire libéral qui règne au ministère de l’économie.
Emmanuel Macron se félicite au nom du gouvernement de la « retraite chapeau » de 300 000 euros du PDG de PSA Philippe Varin, tandis que les petites retraites, sont gelées. Michel Sapin appelle au blocage des salaires « trop élevés » selon lui et propose de prendre l’argent nécessaire aux armées sur les hôpitaux et les logements, resserre toujours plus les boulons budgétaires.
Pourtant on le vérifie chaque jour : quand le déficit baisse de 5,3 à 4 %, la dette augmente de 86 à 97 % du Pib. L’austérité étouffe l’économie et aboutit au résultat inverse à celui qui est visé.
Si vous votez Motion A cela n’aura qu’un sens, vous donnerez un blanc-seing au gouvernement actuel. Sans aucune chance de l’infléchir ! La seule interprétation sera que la ligne Valls-Macron a gagné et non pas que les « aubrystes » l’ont infléchi !
D’ailleurs qui lit la Motion A ne peut que rester incrédule : comment des ministres qui font noir, ont-ils signé quelque chose qui tire plus ou moins vers le blanc ? En quoi la « belle alliance » , l’ « alliance populaire » de la motion Valls-Cambadélis est-elle crédible ? Qui peut croire qu’il puisse y avoir unité de la gauche sur une ligne libérale ? Ce n’est pas seulement le grand écart masqué c’est une forme d’entourloupe en plein jour ! Les adhérents de notre parti doivent être respectés !
Et si tout continue avec la motion A, il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner la suite : austérité aggravée pour atteindre 3,8 % de déficit, puis 3,5 %. Et l’austérité c’est le chômage. On a 577 000 chômeurs de plus en catégorie A et 1 300 000 de plus pour les catégories A, B et C, depuis juin 2012. Complaire aux critères des libéraux de Bruxelles, c’est contraire à « sortir de la crise » , c’est courir à l’échec total. Avec 5,9 millions de chômeurs toutes catégories confondues, outre-mer inclus, comment un candidat socialiste, quel qu’il soit, pourra-t-il avoir du crédit pour se présenter en 2017 et empêcher un duel UMP-FN au second tour ?
On a perdu 4 élections, municipales, européennes, sénatoriales, départementales non pas parce que la France se « droitise » mais parce que notre électorat, déçu, s’abstient massivement. Avec la même orientation politique, nous risquons de perdre une majorité de régions en décembre. Et quand on aura perdu les villes, les départements, les régions, comment gagner la présidentielle, et les législatives ? Comment gagner en bloquant les salaires ? En enlevant 50 + 17 milliards aux besoins sociaux et services publics, hôpitaux, collectivités, en donnant 41 milliards aux multinationales lesquelles suppriment des emplois tout simplement parce que spéculer avec l’argent qu’on leur donne rapporte davantage que d’embaucher ?
Il n’y a qu’une seule chance d’infléchir la fin du quinquennat et de le sauver, d’éviter un 21 avril en pire, c’est de voter pour la seule motion qui propose une alternative, avant que tout soit foutu, c’est la motion B.
Voter B c’est envoyer le message décisif : non seulement nos électeurs de gauche ne sont pas d’accord avec ce qui s’est fait et continue de se faire, mais les membres du parti majoritaire, du grand parti de gauche qu’est le parti socialiste ne sont pas d’accord non plus.
C’est confier les rênes à une équipe socialiste alternative sérieuse et connue qui va d’Arnaud Montebourg, Aurélie Filipetti, Benoit Hamon, Guillaume Balas, Pouria Amirsahi, Laurent Baumel, Daniel Goldberg François Kalfon, Christian Paul à Marie-Noëlle Lienemann, Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Gérard Filoche, Fréderic Lutaud. 60 députés ont refusé le toxique projet de loi Macron et sont déjà engagés pour un nouveau gouvernement majoritaire au Parlement, unitaire avec toute la gauche, rose rouge vert.
Les autres partis de la gauche se disent prêts à renouer sur nos propositions. La Motion B est la seule chance que cela se fasse.
En cas de majorité pour la motion B, ça change : le président entendra ( il a su recevoir les députés dits « frondeurs » ) . Un autre gouvernement sera mis en place et un collectif budgétaire dès juillet 2015. Hausse des salaires, réforme fiscale, réforme bancaire, contrôle des licenciements, ce sera une réorientation immédiate, nous avons fait un agenda précis des réformes car il faudra aller vite en 2016.
Le Budget 2016 est celui de la dernière chance. On peut mettre en œuvre une vigoureuse politique de récupération de la fraude fiscale ; on peut redonner une priorité immédiate à l’emploi public. C’est le dernier message pour redistribuer les richesses et permettre la relance : en augmentant les salaires pour remplir les carnets de commande. Ré engager la réduction de la durée du travail pour faire reculer le chômage de masse.
L’électorat de gauche qui, depuis 18 mois, déçu, en colère, s’abstient massivement, attend des signes sérieux à gauche pour se remobiliser : nous les lui donnerons car ces signes sont dans la motion B. La remobilisation de nos électeurs se fera à cette condition.
Le vote de la Motion B créerait évènement, ce serait ré ouvrir la porte, et on sait tous en notre for intérieur que le vote de la Motion A la fermerait.
La Motion A c’est le risque de tout perdre. La Motion B c’est une chance de faire bouger les lignes.
La Motion A c’est continuer, seuls, dans la voie libérale. La motion B, c’est renouer avec toute la gauche.
La Motion A risque de faire « mourir la gauche » comme l’annonce Valls, partisan de faire du Parti socialiste une UDI bis. La Motion B peut la sauver et inverser le cours des choses.
Notre avenir ce n’est pas d’être livrés au libéralisme sans rivage façon Valls-Macron. Notre avenir c’est la gauche, c’est le socialisme dans la grande tradition de Jaurès Blum Mitterrand Jospin.
Votez A, vous votez Macron libéral façon 19° siècle. Votez B, vous votez Jaurès moderne façon 21° siècle.
Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste et de l’équipe d’animation de la motion B.
+ 100 de tous départements : Yvon BACHELET (Ain) – Franck PARRA (Alpes-de-Haute-Provence) – Christine MIEGGE, Raymond DECLERCQ (Hautes-Alpes) – Michèle MURATORE, Roy CUSACK (Alpes-Maritimes) – Romain NOUAR (Ardennes) – Géraldine GAY (Aude) – Lionel BOSC (Aveyron) – Jean-Paul NAIL (Bouche du Rhône) – Marie-Dominique FRIGOUT (Calvados) – Jean-Luc CLEMENT (Charente) – Btissam MNANI (Cher) – Hervé GROULT (Doubs) – Michel DESCORMES (Drôme) – Pierre CHEVALIER (Eure) – Paul KERSALE (Finistère) – Christophe GENEIX (Gard) – Virginie HOUADEC, Claude TOUCHEFEU, Jacques GIRMA (Haute Garonne) – Antoine ROCHER (Gironde) – Jean MEDAN, Laurent BEAUD, Alain MANTHEGUETTI, Olivier DEDIEU (Hérault) – Jean-Paul TOUZET (Ille et Vilaine) – Jacky PARIS (Indre et Loire) – Alain CHABERT (Isère) – Jean-Marc GARDERE (Jura) – Marie-Claude EXPELOSIN, Jérôme DENJEAN (Landes) – Bernard MOTTO-ROS, Marie MOTTO-ROS, Johan CESA (Loire) – Raymond VACHERON, Arlette ARNAUD LANDAU, Laurent JOHANNY (Haute Loire) – Vincent GRENIER, Catherine TOUCHEFEU, Eric THOUZEAU (Loire Atlantique) – Michel REYDON (Lozere) – Didier LASSAUZAY, Musthapha BEN AMAR, Maurice MATHET, Marise LADIESSE, Gérard BERTHIOT (Marne) – Martine LEGAY, Patrick LEFEVRE (Haute-Marne) – Véronique CHASSATTE (Meurthe-et-Moselle) – Gérard MACHLINE (Meuse) – Kevin LE BEUVANT (Morbihan) – Jean-Baptiste STEPHANE (Nièvre) – Bruno GOSSELIN, Brice MANKOU (Pas-de-Calais) – Bernard GRANGEON (Puy de Dome) – Jean-Yves LALANNE, Thomas CHAVIGNE, Pierre RUSCASSIE (Pyrénées Atlantiques) – Michele SUZANNE, Jean-Pierre ROLAND, Gerard SUZANNE, Ludovic CHARPENTIER (Pyrénées Orientales) – Thomas RISSER (Bas-Rhin) – Patrice SCHURCH (Haut-Rhin) – Lucien ORANGE, Emilie MARCOVICI (Rhône) – Guy BEAUNE (Sarthe) – Noël PONTHUS (Haute-Savoie) – Frédéric LUTAUD, Pierre KERDRAON, Henry CHAZELLE, Julien TAMPE, Sybille FASSO, Françoise FILOCHE (Paris) – François PANEL, Olivier MOURET, Valérie AUVREY, Josepha CUVIER, Jean Claude BRANCHEREAU (Seine Maritime) – Séraphin OGOUMAH, Marie-Claude LEMOINE (Seine-et-Marne) – Philippe GROS, Afzal CHAUDRY (Yvelines) – Idriss EL MESNAOUI, Patrice MOREAU, Jacques KALBACH (Deux-Sèvres) – Jean-Jacques CHAVIGNE (Somme) – Michel ESCUDERO (Var) – Florence CAPRON, Dominique BATOUX, Philippe BATOUX (Vaucluse) – Léopold BRUGEROLE (Vienne) – Jean-Pierre COTE (Vosges) – Hubert BELZ (Territoire de Belfort) – Charles CALA (Essonne) – Béatrice MAUBRAS (Hauts-de-Seine) – Manuel GOUTHIERE (Seine Saint Denis) – Anne-Marie MARTY (Val de Marne) – Chistian GOURDET (Val d’Oise)
Notre Motion B est rassembleuse, et toutes ses composantes ont besoin de soutien pas seulement politique évidemment mais matériel.
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Réponses à l’argumentaire économique de la motion Valls-Cambadélis
11 mai 2015 – 8:39
L’argumentaire économique de la motion Valls-Cambadélis accentue le sentiment d’un grand écart entre le contenu de la motion A et la politique du gouvernement, entre le « dire » et le « faire ».
La motion A, signée par tous les membres socialistes du gouvernement de Manuel Valls, pratique le grand écart en proposant une politique en complète contradiction avec la politique menée par ce même gouvernement aussi bien qu’avec les déclarations de Manuel Valls juste après la déroute des départementales, affirmant qu’il ne changerait pas de politique.
L’argumentaire économique de la motion A, en parfaite symbiose avec la déclaration de Valls, mais en opposition avec une partie de ce qu’écrit la motion A, explique qu’il faut continuer exactement comme avant, car il n’y a rien d’autre à faire.
Les différences entre la motion A et cet argumentaire sont donc assez sensibles.
Un seul exemple, significatif.
La motion A insiste sur les concessions qui auraient été faites à Martine Aubry à propos du CICE : « Un rapport sera là aussi réalisé avant l’été. Les engagements ne semblent pas, à ce stade et par toutes les branches professionnelles, respectés. Si cette situation est confirmée par l’évaluation nationale, nous estimons que les 15 milliards du Pacte qui restent à utiliser devraient dorénavant l’être plus directement pour favoriser l’emploi, l’investissement privé productif et les investissements publics. » (p.11).
Les rédacteurs de l’argumentaire économique de la motion A ont un tout autre point de vue puisqu’ils écrivent : « Selon le rapport de la mission d’information et de suivi du CICE, ce qui a permis un 1er bilan d’étape, les entreprises utilisent les allègements pour investir (50 % des entreprises), créer des emplois (43 % des entreprises de services, 31 % des entreprises industrielles) et augmenter les salaires (38 % des entreprises de services, 20 % des entreprises industrielles) »..
Il est évident que le jugement a déjà été rendu et que, contrairement aux promesses faites à Martine Aubry, les 15 milliards continueront à être versés sans la moindre contrepartie aux entreprises.
Les rédacteurs de l’argumentaire économique de la motion A ne semblent même pas, d’ailleurs, s’être rendu compte que leur analyse constituait un aveu de la complète inutilité, sur le terrain de l’emploi, de l’investissement productif ou des salaires, des milliards versés aux entreprises. Car personne, à part eux, n’a pu distinguer un moindre progrès dans ces domaines.
Il n’est pas, cependant, inutile de répondre aux points les plus importants de ce petit édicule néolibéral.
1- Défendre la stratégie économique du gouvernement
Les rédacteurs de l’argumentaire économique de la motion A ne sont, visiblement, pas informés du fait que la motion A, propose une autre stratégie économique, prétendant rompre avec le « social-libéralisme »
A- L’opposition entre « politique de l’offre » et « politique de la demande ».
En réalité, ces politiques ne s’opposent pas, si l’on considère qu’il peut, aussi, exister une politique de l’offre publique. Il est vrai que l’idée d’une « offre publique » ne pouvait effleurer l’esprit des néolibéraux qui ont rédigé l’argumentaire économique de la motion A.
Ce que ne comprennent pas les rédacteurs de l’argumentaire économique de la motion A, c’est la contradiction de la situation actuelle que l’on peu résumer ainsi : Les entreprises ne veulent pas ; les Etats ne peuvent pas !
Les entreprises ne veulent pas car elles n’ont aucun intérêt à investir tant qu’elles ne savent pas si une production supplémentaire trouverait un débouché. C’est ce qu’exprimait clairement le président de la CGPME quand il répondait à la question de savoir si le CICE serait efficace « Il faudrait pour cela que les carnets de commande se remplissent ».
Les Etats ne peuvent pas parce que les « règles » absurdes fixées par la Commission européenne et le TSCG leur lient les mains en les obligeant à, avant tout, réduire les déficits publics.
L’investissement public, l’offre publique est pourtant, la seule méthode pour dépasser la contradiction devant laquelle se trouve chaque entreprises qui attend, avant d’investir et d’embaucher, que les autres entreprises aient d’abord investi, embauché pour assurer un débouché à leur production. Toutes, en réalité, se contentent donc d’attendre et investissent leurs profits dans la spéculation car c’est le plus rentable, en l’absence de débouchés pour une production supplémentaire.
Le développement d’une offre publique permet de dépasser cette contradiction. L’Etat investit massivement, crée des emplois publics (dans la transition énergétique ou les services publics dans les quartiers populaires, les zones rurales ou périurbaines, par exemple) et, donc, une demande et un débouché pour la production des entreprises privées. Ces entreprises se mettent alors à investir, à embaucher. Un cercle vertueux est ainsi initié, remplaçant le cercle vicieux actuel de l’austérité qui étouffe la croissance, augmente la dette publique et entraîne de nouvelles politiques d’austérité…
Il s’agit bien d’une « politique de l’offre » mais de l’offre publique.
Il faut, vraiment, ne plus voir la réalité qu’à travers les lunettes néolibérales pour ne pas comprendre cette contradiction et ne pas vouloir la dépasser au moyen d’un accroissement massif de l’offre publique. Pourtant, notre gouvernement affirme, avec constance, que l’important ce n’est pas de savoir si une mesure est de gauche ou pas mais de savoir si elle est efficace. Il n’est pas difficile d’être grand clerc pour constater que la politique actuelle est inefficace. La réduction, à marche forcée, des déficits publics diminue les investissements de l’Etat et des collectivités territoriales ce qui empêche les entreprises privées de sortir de cette impasse.
Les rédacteurs de l’argumentaire bottent en touche en affirmant que c’est à l’UE de « mener une politique de relance plus prononcée ». Le terme « plus prononcée » ne manque pas de sel quand on constate les dégâts produits par le TSCG dont l’argumentaire oublie, opportunément, de préciser que l’un des engagements essentiels de François Hollande était la renégociation du traité européen de 2011. Ce traité, rédigé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, a été adopté par l’Assemblée nationale, sans qu’un seul mot en ait été modifié.
B- « La politique économique du gouvernement ne fonctionne pas » dit la motion B…
« Faux ! » répond l’argumentaire de la motion A !
Eh bien, si elle fonctionnait, mieux vaudrait en changer car ses résultats sont aux antipodes de ce que l’on peut attendre d’une politique de gauche.
Comment ne pas constater que notre pays compte 577 000 demandeurs d’emplois (catégorie A) supplémentaires depuis notre arrivée au pouvoir et 1,3 million de demandeurs d’emploi supplémentaires pour les catégories A, B et C ?
Comment ne pas constater qu’une prévision de croissance de 1 ou 1,1 % en 2015 est annoncée comme un miracle alors qu’il faut, dans l’état actuel de l’économie, une croissance de 1,7 ou 1,8 % pour commencer à faire reculer le chômage ?
La motion A reconnaît le véritable résultat de la politique gouvernementale en se félicitant du fait que les « marges » (les bénéfices) des entreprises augmentent !
C’est une nouvelle édition du théorème d’Helmut Schmidt qui affirmait « Les profits d’aujourd’hui seront les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». les politiques néolibérales qui furent imposées aux salariés européens à partir de la fin des années 1970 ou du début des années 1980 a bien permis de rétablir le taux de profit mais le taux d’investissement n’a pas suivi et le chômage a, depuis, été multiplié par trois dans notre pays.
C’est au nom de la modernité (!), que ce théorème de 1974 nous est ressorti alors qu’il a déjà tant fait la preuve de sa nocivité : l’augmentation des profits des entreprises ne se traduit pas mécaniquement par une augmentation des investissements et un recul du chômage. Bien au contraire, depuis 40 ans, elle se traduit par une augmentation des dividendes et des placements spéculatifs et une augmentation continue du chômage.
C’est la même logique qu’en 1974, il faudrait faire confiance au patronat. Il ne faudrait surtout pas « mettre en place une machine à gaz invraisemblable » pour conditionner les exonérations fiscales et sociales qui lui sont accordées à des mesures sur l’emploi et l’investissement.
Il faudrait continuer à appliquer un théorème qui n’a jamais fonctionné !
C- Le choix du réformisme
« Etre réformiste, c’est vouloir changer de modèle », nous dit l’argumentaire économique de la motion A.
C’est une définition assez étonnante, du réformisme. Jusque là, être réformiste signifiait vouloir arriver progressivement au socialisme (à l’égalité des droits) en accumulant petit à petit les progrès sociaux.
Dans l’argumentaire économique de la motion A, le « modèle » ressemble étrangement au projet néolibéral et le terme « réforme » a complètement changé de sens.
Pour Manuel Valls et son gouvernement, le « réformisme » consiste à accumuler les « réformes » au profit du patronat, en espérant sa bonne volonté, en retour.
Il ne s’agit plus, pour le gouvernement de Manuel Valls, d’accumuler de nouveaux droits pour les salariés mais de continuer la politique de la droite et de détricoter, petit à petit, les acquis sociaux de accumulés depuis plus de 70 ans : Sécurité sociale de plus en plus livrée aux assurances privées ; retraites de plus en plus remises aux mains des fonds de pension au moyen de l’allongement du nombre de trimestres de cotisation ; licenciements facilités grâce à la loi Sapin de juin 2013 et au projet de loi Macron ; remises en cause des CHSCT par le projet de loi Rebsamen ; évolution des salaires inférieure à celle de la productivité …
Notre « modèle social » disparaît peu à peu, victime des remèdes qui prétendent le sauver.
Quel Etat européen surendetté a-t-il « retrouvé sa souveraineté », comme l’affirme l’argumentaire ? Aucun ! La réduction des déficits à marche forcée à, au contraire, étouffé la croissance et augmenté la dette publique française de 86 % à 95 % du PIB, entre fin 2011 et fin 2014. Que peut bien valoir une politique menée au nom de la diminution de la dette publique qui ne fait qu’accroître celle-ci ?
« Derrière les mots, il s’agit d’un retour à un conception étatisée et centralisée de l’économie » affirme l’argumentaire en critique de la motion B.
Rassurons les signataires de la motion A, le « modèle » de la motion B n’est pas l’URSS. Conformément au discours du Bourget, la motion B a simplement la volonté de doter notre pays d’un « Etat stratège » qui ne reste pas les deux pieds dans le même sabot, en croisant les doigts pour qu’arrive une « reprise » économique, et qui ne se contente pas de faire confiance au patronat, alors que la situation économique et sociale est aussi grave qu’elle l’est aujourd’hui.
La « flexisécurité » a toujours et partout été un marché de dupes. En fin de compte, c’est comme pour le « social-libéralisme » dont la motion A n’hésite pas à affirmer, qu’à la fin, il ne reste plus que le libéralisme. Avec la « flexisécurité » il ne reste plus, très rapidement, que la flexibilité du travail. Il suffit d’observer comment le « compte pénibilité » a été progressivement vidé de son contenu et comment les « 24 heures minimum » de travail à temps partiel par semaine ont disparu de tous les radars.
D- La politique de notre gouvernement est néolibérale
« Faux ! » affirme l’argumentaire de la motion A car « le néolibéralisme correspond à un effacement de l’Etat qui se concentrerait sur ses fonctions régaliennes ».
N’est-ce pas pourtant, exactement, ce qu’il advient ? Déjà sous le gouvernement de Lionel Jospin (pourtant, par ailleurs, l’un des gouvernements des plus à gauche en Europe), l’Etat avait massivement bradé ses participations dans les entreprises publiques. Il continue avec le gouvernement Valls-Macron.
En « donnant les clés du camion au Medef » comme l’affirmait un dirigeant syndical, l’Etat abandonne toute possibilité d’être un Etat stratège et laisse l’économie aux mains des capitaux privés.
Pour préserver notre système de protection sociale, il faudrait, affirme l’argumentaire économique de la motion A, engager une réforme de ce système avec notamment l’instauration d’un système de retraites par points, un rêve patronal mais le système le plus injuste pour les salariés. Pourtant, ni la motion A, ni Manuel Valls, ni même Emmanuel Macron n’ont jamais évoqué l’idée d’une retraite par points. Faut-il prendre cette affirmation de l’argumentaire de la motion A comme une annonce d’un nouveau recul de nos retraites ?
II – Les grandes mesures économiques du gouvernement
Pacte de responsabilité et de solidarité, CICE et Compétitivité
A- « Une trahison des engagements de campagne et de l’esprit du Bourget » ?
« Faux ! » Répond l’argumentaire.
« Ces engagements étaient inscrits dans la campagne du candidat Hollande. La recherche de la compétitivité était la principale priorité avec la réduction de la dette publique. »
Le mot « compétitivité » figure une seule fois dans le « 60 engagements » de François Hollande. Il ne s’agit même pas d’un titre mais d’un terme utilisé dans le cadre de son 1er engagement « Je créerai une Banque publique d’investissement ». Le terme « compétitivité » n’arrive qu’au détour d’une phrase qui affirme « je permettrai aux régions (…) de prendre des participations dans les entreprises stratégiques pour le développement local et la compétitivité de la France ».
Les rédacteurs de l’argumentaire économique de la motion A ont une mentalité d’assureur : les plus important pour eux, c’est ce qui est écrit en petite lettres.
Les pactes de compétitivité et de responsabilité seraient « au fondement même du socialisme, car il s’agit de considérer l’emploi comme la première des solidarités ».
C’est toujours le « théorème » de Schmidt qui nous est resservi. La compétitivité, les profits entraînent automatiquement l’emploi. Le chômage ne fait qu’augmenter dans notre pays mais les rédacteurs de l’argumentaire ne semblent pas vraiment voir ce qu’ils ont sous le nez !
B- « Des politiques néolibérales et “austéritaire” » ?
« Faux !» répond l’argumentaire en affirmant aussitôt le contraire puisque ces pactes auraient 3 axes principaux : « La baisse du coût du travail, la réduction de la fiscalité des entreprises, la simplification de la vie des entreprises (dont une fiche de paye rendue plus opaque pour les salariés…)»
« Des cadeaux pour les entreprises » ?
« Faux ! » répond l’argumentaire.
« Plus de la moitié du CICE bénéficie aux micro-entreprises, aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire ». affirme-t-il.
Les rédacteurs auraient dû se renseigner auprès de Fleur Pèlerin et du médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet. Ils avaient dû intervenir en juillet 2013, tant la captation du CICE par les grosses entreprises aux dépens des PME était insolente ! Des grands groupes imposaient à leurs fournisseurs des baisses de prix correspondant au CICE qu’ils percevaient : le CICE du fournisseur est accaparé par le grand groupe. Qui peut croire que ces pratiques ont cessé ?
Ils auraient dû également, lire l’étude de l’INSEE du 3 mars 2012 « Un tissu productif plus concentré qu’il ne semblait » qui indique clairement que les PME indépendantes d’un grand groupe n’emploient que 2 millions de salariés et que les Entreprises de tailles intermédiaire (ETI) indépendantes d’un grand groupe, n’emploient que 166 000 salariés, alors que les ETI sous contrôle d’un groupe (français ou étranger) en emploient 2,8 millions !
Cela signifie qu’à chaque fois que l’on accorde un CICE à une PME ou à une ETI sous la dépendance d’un grand groupe, c’est le tiroir-caisse de ce grand groupe qui fonctionne.
« Des cadeaux pour les actionnaires » ?
« Faux ! » répond l’argumentaire.
Tout (ou presque) irait à l’investissement et à la création d’emplois. Comment se fait-il, dans ce cas, que le montant des dividendes versés aux actionnaires augmente régulièrement, même en période de crise quand on impose aux salariés de se serrer la ceinture ?
« Une erreur économique dans la situation actuelle » ?
« Faux ! », répond l’argumentaire.
Pourquoi ?
Parce que « le coût du travail » a baissé. Comme si le « coût du travail » était le seul élément de la compétitivité et que le « coût du capital » ne pesait rien…
Parce que le déficit commercial s’est réduit. Cette réduction n’aurait-elle rien à voir avec un prix du baril de pétrole deux fois moins élevé, alors que le pétrole est un poste déterminant des importations de notre pays ? N’aurait-elle rien à voir, non plus, avec la baisse de l’euro par rapport au dollar ? Vouloir faire un lien entre le CICE et la diminution du déficit commercial de la France est pour le moins osé.
III- Une politique européenne ambitieuse et réaliste
Appuyer le changement des politiques européennes
A- Une inflexion des politiques européennes déjà en cours
Le plan Draghi permet, en fait, aux banques de se débarrasser des titres de leur bilan qui leur posent problème. L’espoir, serait, qu’en contrepartie des 1 140 milliards d’euros qui leur seraient ainsi accordés (à un taux de 0,05 % !), elles prêteront aux entreprises et aux ménages. Pourquoi le feraient-elles alors qu’elles ne sont pas sûres que ces entreprises ne feront pas faillite et que ces ménages garderont leurs emplois ? Dans le climat de morosité et de stagnation économique actuel dû, en très grande partie, au TSCG et aux politiques d’austérité qu’il provoque simultanément dans tous les Etats de l’UE, le plus vraisemblable est que les banques, seront leur louable habitude, ne feront qu’augmenter leurs opérations spéculatives.
Le plan Juncker affiche un montant de 315 milliards d’euros. Mais, seuls 21 milliards d’euros proviennent de fonds publics et seulement 5 milliards sont des fonds nouveaux, non encore budgétés. Les 294 milliards qui manquent devraient provenir du secteur privé. Là encore, comment croire que les entreprises privées prendront le risque d’investir 294 milliards dans des investissements à long terme particulièrement risqués, dans une économie en pleine stagnation, avec, en tout et pour tout, une garantie publique de 21 milliards d’euros ?
Ce plan est bâti du même type d’ingrédients que le « pacte de croissance » de 120 milliards d’euros François Hollande. Il avait occupé une grande place dans les débats du congrès de Toulouse mais qui avait, ensuite, totalement disparu dans le « triangle des Bermudes ». Le « plan Juncker » est, très certainement, appelé à un aussi brillant avenir.
L’Union bancaire européenne est une coquille vide (patiemment vidée de son peu de contenu par le gouvernement français sous la pression du lobby bancaire) qui laisse de côté un très grand nombre de banques allemandes, qui ne garantit pas les dépôts et ne sépare pas les activités spéculatives des banques de leurs activités de crédit aux entreprises et aux ménages.
8 ans après la crise bancaire de 2007-2008 qui avait mis l’économie mondiale au bord du gouffre, l’UE n’a strictement rien fait pour éviter le retour d’une telle tragédie. Une nouvelle crise bancaire serait, d’ailleurs, beaucoup plus dangereuse, car les Etat sont maintenant endettés jusqu’au cou pour avoir pris à leurs charges non seulement une bonne partie des pertes des banques mais aussi, le coût économique de la récession que cette crise avait provoquée.
L’harmonisation progressive de la fiscalité fait un pas en avant grâce à l’échange automatique d’informations bancaires. Le problème est que, dans tous les pays de l’UE, sous le coup des politiques d’austérité, les administrations fiscales ont vu leurs effectifs fondre et qu’il n’y aura pas assez de personnes qualifiées pour examiner ces informations.
Rappelons, enfin, que le Parti socialiste européen a refusé de proposer une motion de censure contre Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, alors que le « Luxleaks » avait mis en lumière le fait que le Luxembourg (que Juncker avait dirigé pendant près de 20 ans) était une pièce maîtresse d’un système d’optimisation fiscale qui fait perdre plus de 1 000 milliards d’euros par an aux budgets des Etats européens.
B- « Le gouvernement a plié devant l’Allemagne et les néolibéraux de l’Europe »
« Faux ! » répond l’argumentaire de la motion A.
Le TSCG ne fixe plus une règle aveugle de 3 % maximum de déficit public, affirme l’argumentaire. C’est vrai mais c’est encore pire, puisque le TSCG impose maintenant une « règle d’or » (en réalité une règle de plomb) : un déficit public qui ne pourra pas dépasser 0,5 % du PIB. Les 3 % fixés par le calendrier de la Commission européenne (d’abord pour 2014 puis pour 2017) ne sont qu’une étape vers ces 0,5 %. Le TSCG, c’est l’austérité à perpétuité.
« Selon les frondeurs, il faudrait créer un rapport de force avec Angela Merkel »
L’argumentaire de la motion A qui exprimait, quelques pages auparavant, avant la nécessité pour « nos » entreprises de devenir plus compétitives que leurs homologues européennes, s’indigne maintenant des « accents nationalistes et belliqueux » des « frondeurs ».
Il n’y a pourtant rien de « nationaliste » à vouloir imposer un rapport de forces à la droite européenne, dans le cadre de l’opposition entre la gauche et la droite qui devait, affirmions nous lors des élections européennes, structurer notre politique européenne. Une promesse oubliée le soir même de l’élection puisque François Hollande annonçait que le PPE (la droite) avait gagné, alors que le total des députés de gauche (Gauche unitaire européennes, Verts et PSE) l’emportait sur le total des voix de droite (PPE et libéraux).
Daniel Cohn-Bendit déclarait, il y a trois ans, que François Hollande pouvait constater les rapports de forces mais qu’il ne savait pas les créer. C’est malheureusement, une parfaite description de sa politique européenne.
Il suffit, pourtant, d’observer comment, avec une économie qui ne représente même pas 3 % de celle de la zone euro, la Grèce est parvenue à tenir tête à tous les autres pays européens. Alors que Jean-Christophe Cambédalis annonçait, le lendemain de la victoire de Syriza que cette victoire renforçait le « front anti-austérité » en Europe, Manuel Valls s’est délibérément situé du côté de l’austérité. Depuis Lisbonne, le 10 avril, il exigeait de la Grèce des « réformes plus profondes » (baisse des salaires, des pensions, des prestations sociales, nouvelle augmentation de la TVA…) alors que ces réformes imposées par la Troïka ont déjà provoqué un recul de 26 % de son PIB entre 2009 et 2014, un taux de chômage de 27 %, un recul de 25 % du pouvoir d’achat et une augmentation de la dette de 113 % à 187 % du PIB !
Avec son poids économique (plus de 20 % du PIB de la zone euro) et son poids politique (il n’y aurait pas d’UE sans la France) notre pays, avec à sa tête un président et un gouvernement de gauche, aurait de tous autres moyens pour trouver des alliés et imposer un véritable « front anti-austérité » contre la droite européenne. Encore faudrait-il en avoir la volonté politique !
Quant au traité transatlantique, le TAFTA, qui remettrait profondément en question nos normes sanitaires, juridiques, environnementales, sociales… il continue à être négocié dans la plus grande opacité, avec la complicité de notre gouvernement et la motion A ne propose surtout pas d’exiger de la Commission européenne qui négocie au nom de l’Union européenne de quitter immédiatement la table de négociations.
IV- « De nombreuses mesures en faveur du pouvoir d’achat des ménages et de l’égalité »
A- L’argumentaire e la motion A vante les avancées fiscales de nos gouvernements
La grande réforme fiscale à laquelle s’était engagée François Hollande n’a, pourtant, toujours pas eu lieu, au contraire.
La TVA a été augmentée alors que nous condamnions, sous Nicolas Sarkozy, l’augmentation de cet impôt, le plus injuste puisqu’il frappe du même taux d’imposition le PDG et celui ou celle qui dispose du RSA.
Les niches fiscales des grands groupes n’ont pas été touchées (à l’exception partielle de la « niche Copé ») Les grands groupes continuent de bénéficier de dizaines de milliards d’euros annuels par les mêmes niches fiscales. A ces niches fiscales se sont ajoutées les 41 milliards d’euros de niches fiscales et sociales des pactes de compétitivité et de responsabilité.
L’impôt sur le revenu n’est pas plus progressif qu’avant notre arrivée au pouvoir. Il ne comporte, après la fin de la tranche d’imposition à 75 %, que 5 tranches d’imposition, comme sous Sarkozy au lieu des 13 tranches du milieu des années 1986, qui faisaient de l’impôt sur le revenu un impôt réellement progressif, un impôt républicain.
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a continué la politique de Nicolas Sarkozy en ne revalorisant pas les seuils des tranches d’imposition en fonction de l’inflation. En 2010, 17 millions de contribuables étaient imposés sur le revenu, en 2013, ils étaient 20 millions.
En septembre 2014, au lendemain de la majorité relative qu’il avait obtenue à l’Assemblée Nationale, Manuel Valls annonçait la suppression, en 2015, de la première tranche de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, la tranche à 5,5 %. Cette suppression sera, en fait, partielle puisque cette tranche d’imposition allait jusqu’à 11 991 euros en 2014 et que, en 2015, elle s’arrêtera à 9 690 euros.
Cette suppression partielle de la première tranche d’imposition profitera à 6 millions de contribuables. Le renforcement de la « décote » pour les contribuables dont le montant d’imposition est inférieur à 1 016 euros, bénéficiera à 3 millions de foyers. 9 millions de foyers bénéficieront donc de ces deux mesures.
Il faut, cependant, prendre conscience des limites de cette mesure. Elle diminuera les recettes fiscales de 3,3 milliards. Il suffit de comparer ce chiffre à celui des 41 milliards d’euros accordés au patronat pour constater que les deux plateaux de la balance ne sont pas vraiment équilibrés.
B- Les retraites
Le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues est, certes, une avancée conforme à l’un des engagements pris par François Hollande.
Mais cette avancée relative se situe dans le cadre d’un recul beaucoup plus profond de la retraite par répartition, complètement occulté par l’argumentaire de la motion Valls-Cambadélis.
Alors qu’en 2010, notre parti avait manifesté aux côtés des millions de salariés qui refusaient le report de l’âge de la retraite à 62 ans et de l’âge butoir à 67 ans, nous avons entériné ces deux mesures.
En 2003, nous étions, déjà, aux côtés des salariés qui refusaient l’allongement de 6 trimestres de leur durée de cotisation mais, 10 ans plus tard, notre gouvernement imposait une nouvelle augmentation de 6 trimestres de la durée de cotisation ! Comment une telle mesure a-t-elle pu être adoptée alors que 60 % des salariés du secteur privé ne sont plus au travail lorsqu’ils prennent leur retraite puisqu’ils sont soit au chômage, soit en maladie, soit en invalidité ? Comment peut-on se prétendre « réalistes » et ignorer une réalité aussi flagrante ?
C- Le pouvoir d’achat
L’argumentaire de la motion A fait état de revalorisations du SMIC. A l’exception de l’augmentation de 6,45 euros du Smic mensuel en 2012 (le prix d’une baguette et demie par semaine), l’augmentation du Smic n’a bénéficié d’aucun coup de pouce. Comme Nicolas Sarkozy, nos gouvernements successifs n’ont fait qu’appliquer le minimum prévu par la loi.
D- Les inégalités entre les hommes et les femmes auraient régressé.
Les inégalités salariales n’ont pas évoluées : près de 20 % de différence entre un homme et une femme, à poste équivalent.
Le passage de 21 heures à 24 heures, de l’entrée dans le travail de nuit ainsi que l’extension du travail dominical, prévus par le projet de loi Macron, impacterait essentiellement les femmes qui représentent 80 % des salariés des commerces de proximité.
L’allongement de 6 trimestres de la durée de cotisation pour la retraite pénalise, en premier lieu, les femmes qui ont le plus de mal à atteindre le nombre de trimestres nécessaires à une retraite à taux plein. Le refus de revenir sur la fixation de l’âge butoir de la retraite à 67 ans, imposée par la droite en 2010, impacte, elle-aussi, avant tout, les femmes.
Le travail à temps partiel imposé frappe en premier les femmes. Un minimum hebdomadaire de 24 heures de travail à temps partiel avait été prévu pour faire passer la pilule des multiples régressions de la loi Sapin de juin 2013. Le Medef ne voulait à aucun prix de cette mesure : elle a disparu.
Le compte de formation tant vanté par l’argumentaire de la motion A ne prend même pas en compte le fait que ce compte ne peut être utilisé qu’avec l’accord de l’employeur.
Les mesures en faveur du logement des plus modestes ne tiennent aucun compte de la suppression, par Manuel Valls, de l’encadrement des loyers prévus par la loi Duflot.
Conclusion : « Garder le Cap »
Cette conclusion de son argumentaire économique indique clairement que les ministres signataires de la motion A, contrairement à ce qu’affirme cette motion, à longueur de pages, ne comptent pas changer de politique.
C’est d’ailleurs conforme à toutes les déclarations de Manuel Valls et de Michel Sapin. Le congrès n’est pour eux qu’une parenthèse. Ils espèrent être majoritaires pour continuer et, sans doute, accentuer la politique qui nous a, pourtant, mené quatre fois dans le mur : aux municipales, aux européennes, aux sénatoriales, aux départementales.
L’argumentaire de la motion A n’hésite pas devant le ridicule de faire porter aux « frondeurs » et aux dirigeant socialistes qui s’opposent à la politique du gouvernement le poids des défaites électorales. Sans eux, affirme cet argumentaire, « il est fort à parier que le doute et le scepticisme ne se seraient pas emparés d’une partie de l’électorat, tout au moins de façon aussi marquée ».
Ce ne serait donc pas parce que François Hollande et les deux gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls ne respectent pas le pacte électoral passé avec nos électeurs qu’une bonne partie de ces derniers s’abstient.
Ce ne serait pas, non plus, parce que presque chaque famille est touchée par l’augmentation de 1,3 million, depuis juin 2012, du nombre des chômeurs (catégorie A, B et C), que nos électeurs s’abstiennent.
Non, ce serait uniquement parce que les « frondeurs », des responsables de notre parti n’ont pas accepté que notre parti soit un « parti godillot » et estimé qu’ils devaient, avant tout, être fidèles à leurs électeurs !
Difficile de manifester un plus profond mépris pour tous les électeurs de gauche qui avait permis l’élection de François Hollande en 2012 et qui, aujourd’hui, ont décidé de s’abstenir. Ils n’avaient nul besoin qu’on leur dise que le « roi était nu », ils s’en étaient aperçus tout seuls…
La motion A propose de remédier à ce problème d’abstention en rendant le vote obligatoire !
Là encore, la motion Valls-Cambadélis nage en pleine confusion entre « politique de l’offre » et « politique de la demande ». Elle ne comprend pas qu’il ne s’agit pas d’un problème de demande mais d’offre électorale. La politique que mène notre gouvernement ne correspond pas aux aspirations de nos électeurs à qui nous avions annoncé en 2012 « Le changement, c’est maintenant ! ».
Les électeurs de gauche ont, également conscience, que rien n’est possible sans unité de la gauche et ils ne vont pas voter pour une « autre gauche » qui, sous l’égide de Jean-Luc Mélenchon ne sait que dénoncer notre parti et notre gouvernement, sans faire la moindre proposition concrète d’unité.
Au vu de la réalité, une toute autre conclusion s’impose !
Si notre parti ne change pas de majorité et de premier secrétaire, afin de pouvoir infléchir en profondeur la politique de François Hollande, nous irons droit dans trois nouveaux murs : les régionales de 2016, l’élection présidentielle de 2017 (avec le risque d’un nouveau 21 avril) et les législatives qui suivront.
Seul le vote pour la motion B peut obliger François Hollande à écouter notre parti et empêcher que nous nous fracassions sur ces trois murs.
Jean-Jacques Chavigné
Réponse point à point à l’argumentaire de la Motion Valls-Cambadélis contre la motion B
11 mai 2015 – 8:22
Les phrases soulignées et en rouge sont issues de l’argumentaire de la motion A
La motion B reconnaît certaines avancées réalisées par les gouvernements de gauche depuis 3 ans.
La motion B, en effet, analyse la réalité et constate qu’un certain nombre d’avancées ont été réalisées par les deux gouvernements de gauche.
Il faut aussi, malheureusement, constater que bien des engagements importants pris par François Hollande n’ont pas été tenus et, pire, que toute une série de mesures aux antipodes de l’orientation du discours du Bourget ont été mises en œuvre
Cf. Argumentaire : « 60 engagements – An III » (déjà publié)
Elle formule beaucoup de propositions similaires aux nôtres pour réussir la deuxième partie du quinquennat.
La motion A pratique l’art du grand écart. Bien des mesures qu’elle propose sont en contradiction complète avec la politique de nos deux gouvernements socialistes successifs.
Ce n’est pas la 1ère fois. La « Charte des socialistes pour le progrès humain » avait déjà mis en évidence la facilité avec laquelle Jean-Christophe Cambadélis pratiquait la politique du grand écart en faisant adopter une charte dont les principes étaient en parfaite opposition à la politique du gouvernement Valls. Il est vrai que le succès n’avait pas été au rendez-vous, et que seulement 25,5 % des adhérents socialistes avaient approuvé cette « charte ».
Qui peut accorder la moindre confiance aux ministres et secrétaires d’Etat, signataires de la motion Valls-Cambadélis, pour faire, dans la 2ème partie du quinquennat, l’inverse de ce qu’ils ont pratiqué jusque-là ? Manuel Valls ou Michel Sapin, avaient, d’ailleurs, déjà annoncé, après le nouvel échec des départementales, qu’ils continueraient la même politique.
Prudemment, le vote du projet de la Macron a été repoussé à la fin du mois de juin pour tenter d’éviter une nouvelle utilisation de l’article 49-3. D’autres mesures, allant dans le même sens, tel le projet de loi Rebsamen, seront infligées aux habitants de notre pays, si la motion B n’est pas majoritaire au congrès de Poitiers et si notre parti n’oblige pas François Hollande à l’écouter.
I- La motion B sous-estime gravement l’affaissement de l’industrie française durant la décennie UMP
La France occupe la 15ème place des pays de la zone euro derrière l’Allemagne (29,6 %), la Suède, l’Italie (18 %), l’Espagne et la GB
La présentation est biaisée, même si l’on veut bien oublier que la Grande-Bretagne ne fait pas partie de la zone euro. La France est à la 15ème place en fonction de la place qu’occupe l’industrie dans son PIB. Mais sa production industrielle est bien évidemment supérieure (en valeur absolue) à celle de la Suède…
De toute façon, cette « fixation » de la motion A sur l’industrie est surprenante.
D’abord parce que nos deux gouvernements socialistes n’ont rien fait pour empêcher les délocalisations et les plans sociaux qui continuent à se multiplier dans ce secteur. Il faut reconnaître à Emmanuel Macron d’avoir assumé tout le cynisme de cette politique en déclarant à « La Tribune » : « Mon job n’est pas de préserver les emplois existants ».
Ensuite parce que la diminution de la part de l’industrie est commune à tous les pays développés. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont dans une situation analogue à celle de notre pays. Même en Allemagne, la part de l’industrie a nettement diminué depuis le début des années 1980. Ce changement de la structure économique correspond à un changement dans la structure de la demande : éducation, santé, culture, plutôt que machines à laver et automobiles qui sont devenus des biens de consommation « courants ». Il est étonnant que la motion A, aussi éprise de « modernité », ne soit pas aperçue que les « 30 glorieuses » étaient terminées.
Ce n’est pas la diminution de la part de l’industrie qui est problématique mais, avant tout, l’incapacité de l’économie française à créer des emplois dans tous les secteurs d’activité !
La balance commerciale qui était excédentaire après 5 ans de gouvernement Jospin (3 milliards d’euros en 2002) est déficitaire après 10 ans de gouvernements de droite (-75 milliards d’euros en 2012)
Cela prouve bien qu’il est possible (merci aux rédacteurs de cet argumentaire de la motion A de la rappeler) d’avoir une balance commerciale excédentaire, en diminuant le temps de travail et en donnant plusieurs « coups de pouce » importants au Smic.
Les causes de cet effondrement sont multiples :
Piètre qualité de notre démocratie sociale
La motion A prend l’exemple sur l’Allemagne uniquement quand ça l’arrange. En termes de démocratie sociale, notre gouvernement aurait pourtant beaucoup à apprendre d’elle : 50 % des membres des Conseils d’administration sont des salariés, une instance représentative des salariés est mise en place dès qu’une entreprise atteint 5 salariés…
La suppression programmée des CHSCT et la réduction des instances représentatives du personnel (projet de loi Rebsamen) comme des informations que les entreprises doivent leur fournir (loi Sapin de juin 2013) ne facilitent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, cette « démocratie sociale » que la motion A affirme, pourtant, appeler de ses vœux.
Faiblesse de notre tissu de grosses PME et d’ETI
Ce tissu est, en effet, beaucoup moins serré qu’en Allemagne et en Italie, où existent de très nombreuses PME et ETI (entreprises de taille intermédiaires) indépendantes des grands groupes. En France, la situation est tout à fait différente. La part des PME et ETI indépendantes des grands groupes est, selon l’Insee[1], plutôt modeste : 2 millions de salariés employés par les PME (grosses et petites) et 166 000 par les ETI indépendantes des grands groupes. Le secteur marchand compte 16,2 millions de salariés.
A chaque fois que des exonérations fiscales et sociales sont accordées aux PME ou aux ETI, ce sont les grands groupes qui en profitent. Notre gouvernement n’y a rien changé mais s’étonne de la faiblesse des PME et des ETI.
Spécialisation de notre économie dans le milieu de gamme et insuffisance de la recherche
Les deux phénomènes sont étroitement liés. Les grandes sociétés françaises ont fait le choix d’augmenter la distribution de dividendes plutôt que d’augmenter l’investissement productif et la recherche-développement. Cette dernière s’élevait à 42 % des dividendes versés en 1992 et seulement à 25 % en 2012. Les entreprises allemandes consacrent (au total) deux fois plus à la recherche-développement que les entreprises françaises. Les brevets déposés sont trois fois plus nombreux en Allemagne qu’en France.
Comment s’étonner, dans ces conditions que l’industrie française n’ait pas pu se spécialiser dans le « haut de gamme » comme l’Allemagne ? Ce manque de compétitivité n’a pas grand-chose à voir avec le « coût du travail » qui, dans l’industrie, est à peu-près le même en France qu’en Allemagne. Il tient, avant tout, à la préférence des détenteurs de capitaux, en France, pour les dividendes ; à une préférence aussi pour la rentabilité à court terme plutôt que pour les investissements à long terme.
Le taux de marge[2] d’exploitation des entreprises à un plus bas historique, après la crise de 2008, a également pesé
Le taux de marge des entreprises françaises a baissé de 31,5 % en 2008 à 28,4 % en 2012.
Cette baisse est la conséquence directe de la crise financière de 2007-2008.
Si la marge n’est que de 20 % pour les PME-ETI cela tient, essentiellement, à l’absence d’indépendance de ces entreprises à l’égard des grands groupes qui captent une bonne partie de leur valeur ajoutée.
Si le taux de marge est plus important en Allemagne, c’est parce que les investisseurs allemands ont une vision à plus long terme de leurs investissements et ont su investir dans le « haut de gamme ». C’est aussi parce que les industriels allemands ont profité à plein de l’élargissement de l’UE au pays d’Europe centrale et Orientale (PECO). Une bonne partie de leur production industrielle n’est qu’assemblée en Allemagne, après que les éléments ont été produits dans les PECO. Ce qui, en fonction du rapport de force entre donneur d’ordres et sous-traitants, profite, évidemment, au taux de marge des entreprises allemandes… C’est, enfin, parce que le gouvernement Schröder (un « social-démocrate » dont se réclame la motion A) a imposé un double marché du travail avec la « création » de plusieurs millions de « mini jobs » payés 400 euros par mois !
Les capacités des entreprises pour investir et embaucher se sont réduites
Le soi-disant « théorème d’Helmut Schmidt » de 1974 (« Les profits d’aujourd’hui, seront les investissements de demain et les emplois d’après-demain ») nous est de nouveau servi par la motion A.
Ce « théorème » a pourtant fait toute la preuve de son inanité : après le virage néolibéral de l’économie, au début des années 1980, les profits ont retrouvé leur niveau d’avant la crise de 1973-1974, mais le taux d’investissement a stagné et le chômage a été multiplié par trois, dans notre pays.
Les « capacités » des entreprises pour investir et embaucher », comme l’écrit la motion A, avaient augmenté mais elles n’ont pas servi à investir et surtout à créer des emplois. Ces capacités ont été utilisées à spéculer, à gonfler les bulles financières dont l’éclatement avait mené à la chute du marché des actions des « nouvelles technologies » en 2000, et surtout à la crise financière de 2007-2008.
Il n’existe, aujourd’hui, pas la moindre garantie que l’augmentation du taux de marge des entreprises n’ira (ne va pas déjà) pas gonfler de nouveau des bulles financières et préparer la prochaine crise financière. Notre gouvernement se refuse, cependant, à tirer la moindre leçon de l’échec du « théorème d’Helmut Schmidt » : il fait une confiance aveugle au patronat en lui distribuant les exonérations fiscales et sociales, sans exercer le moindre contrôle sur leur utilisation.
Pour contribuer à rétablir la compétitivité les gouvernements de gauche ont :
Créé la Banque Public d’Investissement.
Cette banque n’a que des moyens dérisoires. Le total de son bilan représente 2,7 % du PIB alors que celui de la BNP-Paribas atteint 100 % de ce PIB.
Soutenu la démocratie sociale
En guise de soutien à la démocratie sociale, nos gouvernements n’ont cessé de la faire reculer : loi Sapin, projet de loi Macron, projet de loi Rebsamen…
Réorienté l’UE :
Nouvelle politique de la BCE pour un euro moins cher
La BCE est « indépendante ». La France n’a donc rien à voir dans sa « réorientation ». C’est l’échec de sa politique habituelle de baisse des taux (ils étaient proches de zéro et rien ne changeait) qui a amené la BCE à se lancer dans une politique de « Quantitative Easing ». Cette politique consiste, selon la même logique que celle des « pactes » de compétitivité et de responsabilité en France, à distribuer 1 140 milliards d’euros aux banques sans exiger d’elles la moindre contrepartie en termes de crédits aux entreprises et aux ménages. Rien n’empêchera donc les banques de spéculer de plus belle avec ces 1 140 milliards d’euros et, de nous rapprocher de la prochaine crise financière.
Cf. argumentaire sur « Le plan Draghi ».
Plans d’investissement de 315 milliards d’euros
Ce plan dispose en tout et pour tout de 21 milliards d’argent public (dont 6 seulement n’étaient pas déjà programmés). Les 294 milliards d’euros supplémentaires devraient provenir du secteur privé qui n’investira jamais de telles sommes avec seulement 21 milliards de fonds publics en garantie.
Ce plan est bâti avec les mêmes ingrédients que le « Pacte de croissance » de 120 milliards d’euros de François Hollande, en 2012. Il avait occupé une grande place lors des débats du congrès de Toulouse mais plus personne, ensuite, n’en a entendu parler.
Cf. argumentaire sur « Le plan Juncker ». (déjà paru)
Garanties jeunes
Un sommet « sur l’emploi » s’est tenu à Rome, annoncé à coups de trompettes par Matteo Renzi, en septembre dernier. Son objectif était de s’attaquer au chômage des jeunes. Il n’en est rien sorti et rares sont ceux qui, aujourd’hui, se souviennent même que ce « sommet » ait eut lieu. Exactement comme avaient été, aussitôt, oubliées les mesures « contre le chômage des jeunes », baptisées « garanties jeunes » annoncées, le 28 mai 2013, par François Hollande et Angela Merkel. Ces mesures consistaient à débloquer une somme de 6 milliards d’euros entre 2014 et 2020. Une somme dérisoire au regard des 50 % de jeunes au chômage en Grèce, aux 40 % de l’Espagne et du Portugal, et qui n’a, évidemment, pas eu le moindre effet…
Union bancaire
Angela Merkel a obtenu ce qu’elle voulait. La supervision des banques ne concernera que 200 grosses banques dont le bilan dépasse 30 milliards d’euros. Il y a pourtant 6 000 banques dans la zone euro, et la crise bancaire espagnole a trouvé son origine dans des Caisses d’épargne qui n’auraient pas été concernées par la supervision mise en place par les ministres des finances de l’UE. Seules une caisse d’épargne et une banque mutualiste allemandes sur 1500 seront concernées. Les autres continueront à n’être supervisées que par des institutions allemandes. Ces deux secteurs représentent pourtant les 2/3 du marché de la banque de détail en Allemagne.
La séparation des activités spéculatives des banques de leurs activités de crédit aux entreprises et au ménage ressemble étrangement aux lois bancaires françaises, belges et allemandes, adoptées en 2013 et 2014. Or, ces lois ne séparent rien du tout, si ce n’est de façon infinitésimale.
L’Union bancaire a pour perspective d’instaurer un fonds de garantie européen des dépôts bancaires. Mais la Commission européenne le reconnaît, cela ne sera pas possible avant 10 ans et ce fonds ne s’élèverait qu’à 1,5 % du montant des dépôts. Ce fonds ne serait d’ailleurs en rien européen dans un premier temps puisque le financement de ce fonds serait du ressort de chaque Etat et que les banques d’autres Etats ne pourraient pas y faire appel. La « mutualisation » européenne des dettes bancaires n’est prévue que dans un second temps, mais l’Allemagne a déjà prévenu qu’elle refusait de s’engager dans cette voie.
La création d’un fonds de renflouement des banques. Il n’aurait pas pour fonction, comme le précédent, d’éviter une panique bancaire qui survient lorsque les déposants se précipitent aux guichets des banques pour retirer leurs fonds, mais de fournir des fonds propres aux banques sur le point de faire faillite. La création de ce mécanisme est renvoyée à 2018. La crise chypriote vient, pourtant, de démontrer l’urgence de la question.
(Pour la réforme bancaire française cf. argumentaire « Loi bancaire ») (déjà paru)
Lutte contre l’évasion fiscale
L’harmonisation progressive de la fiscalité fait un pas en avant grâce à l’échange automatique d’informations bancaires. Le problème est que, dans tous les pays de l’UE, sous le coup des politiques d’austérité, les administrations fiscales ont vu leurs effectifs diminuer et qu’il n’y aura pas assez de personnes qualifiées pour examiner ces informations.
Rappelons, enfin, que le Parti socialiste européen s’est bien gardé de proposer une motion de censure contre Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Pourtant, le scandale « Luxleaks » avait mis en lumière le fait que le Luxembourg (que Juncker a dirigé pendant près de 20 ans) était une pièce maîtresse d’un système d’optimisation fiscale qui fait perdre plus de 1 000 milliards d’euros, chaque année, aux budgets des Etats européens.
2400 milliards blanchis en 30 ans avec 340 multinationales dont 58 multinationales françaises (Total en 1er) qui nous détournent 100 milliards/an
Rien de tout cela n’existait avant 2012 et l’élection de F. Hollande
C’est vrai mais, au total, cela ne fait surtout pas grand-chose !
Comme la motion B nous voulons corriger les inévitables effets d’aubaine du CICE :
Une taxe spéciale sur la grande distribution
C’est un pas en avant, mais un tout petit pas : 200 millions d’euros comparés au 41 milliards des deux « pactes ».
Pour que les fonds servent à l’investissement productif, à la formation et à l’emploi et non à la distribution de dividendes.
Les ministres et secrétaires d’Etat socialistes sont tous signataires de la motion A. Ils ont toujours refusé, et Manuel Valls le premier, que soit imposée la moindre contrepartie au patronat en retour des 41 milliards d’euros annuels qui lui sont progressivement versés (sous forme d’exonération fiscale et sociale) à partir de 2014.
Quelle peut être leur crédibilité, comparée à celle de la motion B dont les signataires se sont toujours vu opposer le même refus lorsqu’ils proposaient ces contreparties, notamment sous le forme d’amendements parlementaires ?
II- Ne pas confondre austérité et sérieux budgétaire
Nous nous sommes efforcés de réduire progressivement nos déficits publics et de réduire progressivement la dette publique (elle atteignait 95 % du PIB en 2012, elle n’était que de 900 milliards d’euros en 2002, elle dépasse aujourd’hui les 2 000 milliards d’euros) et le service de ses intérêts (50 milliards d’euros par an)
Il s’agit sans doute d’une erreur dans l’écriture de l’argumentaire de la motion A : la dette publique atteignait 86 % du PIB fin 2011 et 95 % fin 2014. Une augmentation de 9 points du PIB ! La politique d’austérité qui avait pour fonction de réduire la dette publique n’a donc fait que l’accroître. Pourquoi notre gouvernement n’en tire-t-il pas la conclusion que cette politique est néfaste sur le plan économique, sur le plan social, mais aussi sur le plan financier qui est pourtant son premier objectif ?
Parler d’austérité, c’est vider les mots de leur sens
Licenciement de 500 000 fonctionnaires comme en GB.
Réduction des salaires et des pensions de 10 à 20 % comme en Espagne, en Italie et au Portugal ; pour ne rien dire de la Grèce.
Nous n’avons pas instauré la retraite à 67 ans et réduit la durée de l’allocation chômage de 32 à 12 mois, comme en Allemagne.
Nos dépenses publiques ont continué de croître, à un rythme déclinant
Le pouvoir d’achat des Français a été affecté par la montée du chômage (plus de 600 000 demandeurs d’emplois) et les augmentations d’impôts qui n’ont pas épargné les bas revenus. Mais nous allons commencer à baisser les impôts des ménages modestes…
La politique d’austérité est prônée par la droite : 130 milliards de réduction de la dépense publique, abolition des 35 heures, du CDI, dénonciation de l’ « assistanat »…
Merci, donc, à nos deux gouvernements de gauche de n’avoir pas licencié 500 000 fonctionnaires même si la Révision générale des politiques publiques (RGPP) continue sous le nom de la Modernisation de l’action publique (MAP) !
Merci de n’avoir fait que geler le montant des retraites :
Merci de ne pas avoir porté l’âge de la retraite à 67 ans et de n’avoir allongé que de 6 mois la durée de cotisation !
Merci pour le simple déclin du rythme de croissance de nos dépenses publiques, alors qu’il y a tant de besoins sociaux insatisfaits !
Merci pour la stagnation du salaire médian !
Merci de ne supprimer que progressivement les acquis sociaux accumulés depuis 70 ans !
Merci de n’avoir pas agi comme la droite affirme qu’elle le fera, en oubliant au passage que notre politique risque fort de lui avoir servi de marchepied pour gagner en 2017 et lui servir de levier, ensuite, pour aller encore plus loin dans l’austérité et les « réformes structurelles » !
Merci de ne vous être assis que sur la plus grande partie des engagements de François Hollande !
La distinction sémantique que veut imposer la motion A est dérisoire. Une politique
- qui diminue la dépense publique : Etat, Sécurité sociale, collectivités territoriales,
-qui gèle la valeur du point dans la fonction publique,
-qui ne donne qu’un seul coup de pouce au Smic en 3 ans,
-qui allonge de 6 mois la durée de cotisation pour la retraite,
-qui provoque une augmentation du nombre de demandeurs d’emplois de 600 000 (pour la seule catégorie A) et de 1,3 million (pour les catégories A, B et C, qui facilite les licenciements,
-qui impose aux salariés des commerces de proximité (à 80 % des femmes) l’extension du travail dominical… est bien une politique d’austérité, à l’exact opposé du discours prononcé au Bourget, en janvier 21012, par François Hollande.
Il est, cependant, possible de concéder à la motion A que notre pays n’a pas subi les plans de destruction sociale qui ont été imposés à la Grèce (dont il est facile de comprendre pourquoi la motion A n’a rien à dire tant la politique que le gouvernement Valls mène à son égard est indigne), à l’Irlande, au Portugal, à l’Italie, à Chypre… Mais peut-être est-ce tout simplement, parce qu’il n’a pas été possible à la Commission européenne de traiter notre pays qui représente plus de 20 % du PIB de la zone euro et sans lequel l’Union européenne ne pourrait exister, comme des pays dont le poids économique et politique est moins important ?
Nous pratiquons le sérieux budgétaire
Ce « sérieux budgétaire » aboutit à de bien étranges résultats : une augmentation de 180 milliards de la dette publique en 3 ans et une diminution à pas de tortue du déficit public (les 3 % étaient programmés pour fin 2013 et ne seraient, dans le meilleur des cas, atteints qu’en 2017!), tout simplement parce que vouloir réduire ces déficits à marche forcée ne pouvait qu’aboutir à l’inverse du but poursuivi.
III- Il faut agir conjointement sur l’offre et la demande et non opposer l’une à l’autre
L’expérience de 1982 indique que la relance profite aux exportateurs étrangers et creuse notre déficit commercial
La relance de 1982 n’a pas seulement « profité » aux exportateurs étrangers, mais aussi aux entreprises françaises qui ont disposé d’un supplément de demande et donc de débouchés pour leur production.
Le creusement d’un déficit commercial dépend, aussi, de l’absence de politique d’investissement public.
La compétitivité « hors coût » est, elle aussi, très importante. Cette compétitivité passe par les infrastructures, les transports, l’enseignement, les services publics et donc par l’augmentation massive des investissements publics de l’Etat ou des collectivités territoriales (70 % de l’investissement public dans notre pays), plutôt que par la diminution continuelle de ses investissements.
L’Allemagne commence à payer le prix de l’insuffisance de ces investissements publics : les routes, ponts, voies ferrées sont de plus en plus vétuste et nuisent à sa compétitivité.
Une bonne santé publique, par exemple, est non seulement un objectif social des plus importants mais aussi un moyen déterminant d’être compétitive pour une économie. Il n’est pas sûr que le plan d’économie de 3 milliards d’euros, programmé par le gouvernement de Manuel Valls, qui se traduira par une diminution de 22 000 emplois dans les hôpitaux publics aille dans ce sens.
Quant à la compétitivité « coût », elle doit tenir compte non seulement du « coût du travail » mais de celui du capital qui ne cesse d’augmenter.
La « politique de l’offre », ramenée à une politique de l’offre privé et à une baisse du « coût du travail », sous la forme de la réduction des cotisations sociale patronales, a été appliquée par la droite avec constance depuis 10 ans. Elle n’a jamais créé un seul emploi ; au contraire, le nombre des demandeurs d’emplois, entre 2002 et 2012, a augmenté de 1 million en France. Pourquoi les « pactes » de compétitivité et de responsabilité, qui accentuent encore la « politique de l’offre » de la droite, auraient-ils des effets différents ?
Il faut être « réalistes », affirme notre gouvernement : dans le cadre de la mondialisation, il n’est pas possible pour un pays de développer seul une politique de relance. Mais si la « mondialisation » est aussi achevée qu’il le prétend, pourquoi faudrait-il négocier un traité de libre-échange transatlantique ? Comment notre gouvernement peut-il accepter de cautionner la négociation secrète de ce traité (pour les citoyens, pas pour les firmes transnationales) ? Ce traité n’a qu’un seul objectif : accroître la mondialisation libérale, en nivelant par le bas les normes sociales, sanitaires, financières, environnementales… Tout cela, au nom de la réalité indépassable que serait la « mondialisation ». Elle serait, pourtant, beaucoup plus « indépassable » demain, si le traité transatlantique finissait par être signé.
La meilleure façon de mettre fin à ce déni de démocratie serait que notre gouvernement exige publiquement que les représentants de l’Union européenne quittent immédiatement la table de négociation, et non pas d’attendre, comme le propose la motion A, que tout ait été négocié et qu’il soit beaucoup plus difficile de faire machine arrière.
La relance par la demande, nous la pratiquons depuis 30 ans, notre dépense publique a dépassé les 57 % du PIB (record européen) et notre dette s’achemine vers les 10 % du PIB en 2017.
Les dépenses publiques avaient atteint un point culminant (54,5 % du PIB) (addition de l’impôt et des cotisations sociales….) en 1996. Entre 1996 et 2007, elles resteront toujours inférieures à ce chiffre. Ce qui explique l’augmentation des dépenses publiques après 2007, c’est la récession provoquée par la crise financière de 2007-2008. Sans cette augmentation de la dépense publique, notre économie serait toujours en plein récession. Ce sont pourtant ces « amortisseurs » de crise que l’UE veut mettre à mal !
La « politique de l’offre », au sens où l’entendent la motion A et notre gouvernement, ne peut être, comme pour la droite, qu’une politique de l’ « offre privée » réduite à la baisse du « coût du travail ». Ils ne semblent même pas soupçonner que puisse exister un « politique de l’offre publique ».
La dette publique s’achemine vers les 100 % du PIB en 2017, écrit l’argumentaire de la motion A, indiquant ainsi, sans équivoque, son peu de confiance dans la politique menée par notre gouvernement. Mais si la dette publique a augmenté, depuis 30 ans, c’est essentiellement parce que les recettes publiques ont diminué. Du fait des récessions (1993-1994 ; 2009-2012…) de plus en plus fréquentes dans une économie financiarisée, mais surtout à cause de la diminution continue des impôts payés par les grandes entreprises et les particuliers les plus fortunés. A cela, nos deux gouvernements n’ont rien changé : les niches fiscales des grandes entreprises ont encore augmenté de 41 milliards d’euros par an, et l’impôt sur le revenu est toujours aussi peu progressif que sous Sarkozy ou Chirac : 5 tranches d’imposition au lieu de 13 en 1986.
Il faut agir conjointement sur les deux leviers :
Renforcer la demande des ménages en augmentant le pouvoir d’achat : prime d’activité ou baisse engagée de la fiscalité qu’il faut rendre plus progressive
Les impôts des grandes entreprises ont, certes, été considérablement diminués. Il n’en est pas allé de même pour l’impôt sur les revenus les plus modestes. Il a d’abord été accru du fait du gel des tranches d’imposition. Ils ont légèrement diminué en 2014. Mais il s’agit d’une baisse de 3,3 milliards d’euros, au total, sans commune mesure avec les 41 milliards accordés aux entreprises.
Le pouvoir d’achat a subi de plein fouet l’absence de coup de pouce au Smic, le gel de la valeur du point dans la Fonction publique, le gel des retraites (complémentaires et de base), la stagnation des salaires sous l’impact de la montée du chômage et de la précarité, dus à la politique d’austérité et de « réformes structurelles » (dont le but est de facilité les licenciements et de rendre les salariés « taillables et corvéables à merci »…) imposée par nos deux gouvernements successifs pour répondre aux exigences de la Commission européenne et du Medef.
L’argumentaire de la motion A et du gouvernement de Manuel Valls fait comme si la diminution des dépenses de l’Etat et des collectivités territoriales n’accentuait pas encore la baisse du pouvoir d’achat de ceux qui sont obligés (lorsqu’ils en ont encore les moyens) de faire appel à des services privés pour palier la dégradation des services publics.
L’argumentaire de la motion A oublie, également, que la diminution des dépenses de la Sécurité sociale contribue, elle-aussi, à réduire le pouvoir d’achat de ceux qui peuvent encore payer l’augmentation de leurs assurances complémentaires (mutuelles ou compagnies d’assurance) pour garder les mêmes possibilités d’accès aux soins. Les autres, comme 1/3 des habitants de notre pays, ont renoncé à des soins en 2014.
Cela passe aussi par des améliorations possibles, concernant l’investissement productif public (collectivités locales) comme privés (entreprises)
Le terme « possible » concernant l’investissement productif public indique les limites de l’engagement proposé par la motion A.
Ce que ne comprennent pas les rédacteurs de la motion A, c’est la contradiction de la situation actuelle que l’on peut résumer ainsi : les entreprises ne veulent pas ; les Etats ne peuvent pas !
Les entreprises ne veulent pas, car elles n’ont aucun intérêt à investir tant qu’elles ne savent pas si leur production supplémentaire pourrait trouver un débouché. C’est ce qu’exprimait clairement le président de la CGPME quand il répondait à la question de savoir si le CICE serait efficace et permettrait d’investir et de créer des emplois « Il faudrait pour cela que les carnets de commande se remplissent ».
Les Etats ne peuvent pas parce que les « règles » absurdes fixées par la Commission européenne et le TSCG leur lient les mains en les obligeant, avant tout, à réduire les déficits publics.
L’investissement public, l’offre publique, c’est pourtant, la seule méthode pour dépasser la contradiction devant laquelle se trouve chaque entreprise qui attend, avant d’investir et d’embaucher, que les autres entreprises aient d’abord investi, embauché pour assurer un débouché à leur production. Toutes, en réalité, se contentent donc d’attendre et investissent leurs profits dans la spéculation car c’est le plus rentable, en l’absence de débouchés pour une production supplémentaire.
Le développement d’une offre publique permette de dépasser cette contradiction. L’Etat investit massivement, crée des emplois publics (dans la transition énergétique ou les services publics dans les quartiers populaires, les zones rurales ou périurbaines, par exemple) et crée, ainsi, une demande et un débouché pour la production des entreprises privées. Ces entreprises se mettent alors à investir, à embaucher. Les nouveaux salariés du secteur privé se mettent à consommer. Un cercle vertueux est ainsi initié, remplaçant le cercle vicieux actuel de l’austérité qui étouffe la croissance, augmente la dette publique et provoque de nouvelles politiques d’austérité…
IV- Réorienter l’Europe : stratégie d’assaut ou stratégie de mouvement ?
La motion B accuse F. Hollande d’avoir capitulé devant A. Merkel et J-M Baroso au sommet européen de juin 2012, en ne rejetant pas le traité de stabilité ratifié par son prédécesseur dès lors qu’il était compété par une clause de croissance assez symbolique.
François Hollande a, effectivement, capitulé devant la droite européenne en renonçant à son 11ème engagement : « Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi… » Il a, au contraire, accepté de faire adopter le traité rédigé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le TSCG, sans en changer un seul mot, une seule virgule.
Le « pacte de croissance » qui devait compenser ce traité a complètement disparu, sans laisser la moindre trace. Il était, en effet, comme le dit l’argumentaire de la motion A, « assez symbolique ».
C’est ne pas tenir compte de la conjoncture d’alors et de la réalité des rapports de force.
Au printemps 2012, la spéculation internationale contre les dettes souveraines européennes battait son plein, l’implosion de l’euro et de la zone euro était un scénario vraisemblable.
La crise de l’euro n’avait pas éclaté au printemps 2012. Lors de l’arrivée de François Hollande au pouvoir, l’euro avait déjà été « sauvé » 8 fois au cours, à chaque fois d’un « sommet de la dernière chance » : multiples crises de la dette publique grecque, crise irlandaise, crise portugaise, crise espagnole… En s’engageant à renégocier le traité Merkel-Sarkozy dans ses « 60 engagements », François Hollande savait donc parfaitement ce qu’il faisait.
L’implosion de l’euro est toujours un scénario vraisemblable. Encore plus vraisemblable qu’en 2012 avec la politique menée par la Commission européenne et les 27 Etats européens (dont la France) qui poussent la Grèce hors de la zone euro, sans bien mesurer les conséquences de leur politique.
Avec l’arrivée au pouvoir, en Grèce, d’Alexis Tsipras, l’UE se retrouve face à un dilemme.
Soit accepter de reconnaître que ce sont les politiques d’austérité et de « réformes structurelles » imposées par la Troïka à la Grèce qui ont produit le recul de 26 % de son PIB, ont plongé 27 % de sa population active au chômage et entraîné l’augmentation de sa dette publique de 113 %, fin 2009 à 187 %, fin 2014.
Soit ne pas reconnaître cette évidence et continuer à vouloir imposer des mesures encore plus dures à la Grèce, en la poussant hors de la zone euro.
Notre parti, lui aussi, est face à ce dilemme, parfaitement exprimé dans les déclarations contradictoire de Jean-Christophe Cambadélis et de Manuel Valls. Alors que Jean-Christophe Cambadélis annonçait, le lendemain de la victoire de Syriza que cette victoire renforçait le « front anti-austérité » en Europe, Manuel Valls, montrant le peu de cas qu’il fait de la parole de notre actuel premier secrétaire, s’est délibérément situé du côté de l’austérité. Depuis Lisbonne, le 10 avril, il exigeait de la Grèce des « réformes plus profondes », ce qui signifie, comme le demandait la Commission européenne, de nouvelles baisses des salaires, des pensions, des prestations sociales, une nouvelle augmentation de la TVA…
Si l’Union européenne continue à exiger de la Grèce qu’elle rembourse une dette impossible à rembourser, et si la BCE coupe l’approvisionnement en euros des banques grecques, la Grèce ne pourra pas faire autrement que faire défaut de sa dette. Or, la dette publique grecque est détenue en grande partie (223 milliards d’euros) par les institutions et les Etats européens. Il ne restera plus qu’à accentuer les politiques d’austérité pour renforcer le capital social de la BCE et écraser, ainsi, dans l’œuf toute possibilité de « reprise ».
En cas de « Grexit », le mythe de l’irréversibilité de l’euro prendra fin.
L’euro ne sera plus une véritable « monnaie unique », comme le dollar, défendue par la banque centrale, au Texas comme dans le Massachussetts. Les marchés financiers tenteront donc, selon leur louable habitude, de « tester » la capacité de la zone euro à défendre son unité en attaquant ses points faibles : le Portugal, l’Espagne, la Slovénie, Chypre, dans un 1er temps. Les taux d’intérêt des pays périphérique de la zone euro se mettront, de nouveau, à augmenter et à diverger fortement de ceux des Etats du nord de l’Union européenne. Ils ont, d’ailleurs, déjà commencé.
La crise de l’euro qui avait simplement été dissimulée sous le tapis, pendant près de 3 ans, ressurgira de plus belle.
La victoire de David Cameron aux dernières législatives britanniques accroit encore le danger. Il avait promis, en cas de victoire, d’organiser un référendum sur l’appartenance ou non du Royaume-Uni à l’Union européenne. En cas de sortie de la Grèce de la zone euro et, du même coup de l’UE, le risque d’un éclatement de l’Union européenne, elle-même, s’accentuera.
Si le gouvernement français avait engagé une épreuve de force avec ses partenaires, il l’aurait perdue et aurait aggravé considérablement la crise européenne, à un moment de grande fragilité de l’Union.
Il est, certes, difficile d’engager une bataille quand on l’estime perdue d’avance. L’Union européenne est, cependant, encore plus fragile aujourd’hui car, en trois ans, les politiques d’austérité imposées (de façon simultanée, qui plus est) aux Etats de l’UE n’ont fait que renforcer les trois crises que subit l’Europe : économique, sociale et financière.
C’est une illusion de penser qu’il serait possible de résoudre ces trois crises autrement que sur le terrain politique, sans engager la bataille contre la droite européenne pour sortir des politiques d’austérité et de « réformes structurelles » qui sont les sources de la triple crise que connaît l’UE.
Le moment était particulièrement propice, lors de l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Beaucoup de gouvernements européens, même de droite, attendaient qu’il desserre l’étau de la politique mortifère de la Commission européenne.
La crise grecque nous offre une nouvelle « fenêtre de tir » pour changer la donne en Europe. La Grèce tient tête à l’UE avec un PIB qui pèse moins de 3 % de celui de la zone euro. Si la France se rangeait à ses côtés, avec son poids économique (plus de 20 % du PIB de la zone euro) et politique (il n’y aurait pas d’UE sans la France), elle permettrait que le dilemme de l’UE soit tranché en faveur des peuples européens, étranglés par des politiques d’austérité et de « réformes structurelles » qui ne profitent qu’aux banques et aux grandes entreprises.
F. Hollande a mis en œuvre une stratégie de mouvement pour réorienter l’UE, en s’alliant avec l’Italie et l’Espagne et en relançant le couple franco-allemande.
Cette « stratégie de mouvement » signifiait, en réalité, l’immobilisme le plus complet.
François Hollande a renoncé à renégocier le traité Merkel-Sarkozy.
Il n’a rien fait pour que son « pacte de croissance » de 120 milliards d’euros ne disparaisse corps et biens.
Il a accepté le calendrier de réduction du déficit public de notre pays, fixé, arbitrairement, par la Commission européenne.
Il a entériné, sans coup férir, le recul du budget européen, en complète contradiction avec son 12ème engagement.
Lors de la crise bancaire chypriote, il a souscrit, avec son ministre des Finances, Pierre Moscovici, à toutes les préconisations de la Commission européenne et de l’Eurogroupe. Il a accepté, dans un 1er temps, la mise à contribution de l’ensemble des déposants des quatre banques grecques proches de la faillite ; puis, dans un 2ème temps la confiscation des seuls dépôts supérieurs à 100 000. De quoi provoquer une solide panique bancaire dès le prochain accident financier.
Il a entériné les 1 140 milliards d’euros accordées aux banques sans contrepartie par le plan Draghi, la chimère du plan Juncker, la mystification d’une Union bancaire sans la moindre consistance, une taxe sur les transactions financières vidée de son contenu (57 milliards de recettes étaient annoncés en 2012 contre 4,7 milliards aujourd’hui)…
Il a entériné les politiques d’austérité et de « réformes structurelles » qui ont considérablement augmenté les dettes publiques de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et bien sûr de la France, tout en étouffant leur croissance et en provoquant un chômage dont les chiffres atteignaient ceux des années 1930 : 27 % en Grèce, 26 % en Espagne, 17 % au Portugal…
Les pays excédentaires d’Europe du Nord ont relancé leur consommation populaire, puis leurs investissements pour servir de locomotive à l’Europe. L’Allemagne s’est dotée d’un Smic à 8,50 euros de l’heure, les salaires y augmentent de 3 % par an, tandis que le chômage est tombé à 4,7 %.
L’Allemagne n’a rien relancé du tout.
Ses investissements publics sont notoirement insuffisants et nombre de ses infrastructures sont aujourd’hui en piteux état.
Les salaires ont augmenté en Allemagne parce que les salariés et leurs syndicats se sont battus pour y parvenir.
Le salaire minimum allemand n’a pas grand-chose d’un Smic : il ne concerne ni les « seniors » ni les jeunes de moins de 25 ans et de nombreux secteurs ne sont pas concernés.
Quant au 4,7 % de chômage ils tiennent à trois raisons essentielles. D’abord à la baisse brutale des salaires avec les réformes Schröder qui a permis à l’Allemagne d’imposer un véritable dumping social aux autres pays européens. Ensuite à la comptabilisation des « mini-jobs » à 400 euros par mois comme de véritables emplois. Enfin, à la baisse dramatique du nombre de jeunes (le taux de fécondité s’élève à 1,4 % en Allemagne contre 2,1 % en France). Il n’y a pas de chômage des jeunes en Allemagne tout simplement parce qu’il y a très peu de jeunes, ce qui, à terme, est un drame pour ce pays.
La Commission a assoupli les délais nécessaires pour le retour des pays en déficits excessifs sous la barre des 3 % de déficit public.
La Commission européenne a été obligée de faire de nécessité vertu. Elle a constaté que les rythmes de réduction des déficits qu’elle avait imposés à la France étaient intenables car ils auraient mené à une récession beaucoup plus profonde la 2ème économie de la zone euro. Elle a donc troqué un allongement du calendrier contre des « réformes structurelles » qui, les unes après les autres, rognent tous les acquis sociaux accumulés depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
La relance par l’investissement a été mise en place (à l’initiative du PSE) et un programme de 315 milliards d’euros pour financer des projets d’intérêt européen a été adopté.
Le plan Juncker a autant de consistance que le « pacte de croissance » de 120 milliards d’euros de François Hollande. Il a, très certainement, le même avenir.
(Cf. l’argumentaire sur « Le plan Juncker ») (dejà publié précédemment)
La BCE a élargi ses missions et conduit désormais une politique monétaire expansionniste.
La BCE est « indépendante », affirme le traité de Lisbonne. La France n’a donc rien à voir avec le changement de politique de Mario Draghi, et Manuel Valls se pare des plumes du paon. Ces plumes sont d’ailleurs plutôt celles d’un poulet car le « plan Draghi » consiste à accorder 1 140 milliards aux banques européennes, sans exiger la moindre contrepartie en termes de crédit aux entreprises ou au ménage.
(Cf. l’argumentaire sur « Le plan Draghi ») (déjà envoyé)
Les taux d’intérêt sont en conséquence tombés au plus bas dans la quasi-totalité des Etats-membres et la parité euro-dollar est redevenue favorable à nos exportations.
Les taux d’intérêts ne sont pas tombés très bas pour tous les pays de l’UE, loin de là. Et si la crise grecque se dénoue par un « Grexit », les taux d’intérêt des Etats périphériques augmenteront à grande vitesse, car le lâchage de la Grèce aura livré leurs dettes publiques à la spéculation des marchés financiers.
Ceux qui, hier, se vantaient d’un euro cher qu’ils baptisaient « euro fort » applaudissent aujourd’hui la baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar. C’est un progrès mais il ne faut pas oublier deux choses. La première est qu’à la différence de la Réserve fédérale américaine, la BCE n’a toujours pas pour mission d’assurer la croissance économique. Mario Draghi a été très clair à ce sujet : son seul objectif reste une inflation inférieure à 2 %. La deuxième est que la baisse de l’euro dépend tout autant de la politique de la Réserve fédérale des Etats-Unis.
De nouveau, en Europe, la croissance, l’emploi, l’investissement sont à l’ordre du jour des sommets européens.
La motion Valls-Cambadélis a raison de préciser que ce retour n’est à l’ordre du jour que « dans les sommets européens ».
Dans la réalité, l’ordre du jour est très différent : la croissance est toujours atone, une prévision de croissance de 1 % en France est reçue comme un miracle ; 1,3 millions de personnes supplémentaires sont au chômage (catégorie A, B et C) en France, depuis mai 2012 ; les prévisions d’augmentation de l’investissement sont le fruit d’études basées sur des déclarations d’intention de chefs d’entreprises, à chaque fois démenties par les faits depuis 2011.
Rien de tout cela n’aurait été obtenu par une épreuve de force, à laquelle la zone euro n’aurait sans doute pas survécu.
Certes, il n’y a pas eu d’épreuve de force mais, rien, non plus n’a été obtenu.
La zone euro n’est pas du tout certaine de survivre à la crise grecque. Les échéances n’ont été que repoussées et la chute risque d’être encore plus dure.
Les prochaines étapes sont :
La mise en œuvre à grande échelle et le renforcement du plan Junker, le parachèvement de l’Union bancaire
Une chimère + une coquille vide = pas grand chose (voir plus haut).
L’élaboration d’un traité social européen
Le traité de Lisbonne a été adopté (malgré les 55 % de « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel européen en 2005) grâce à la révision constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en Congrès à Versailles en février 2008. La majorité des 2/3 nécessaire à Nicolas Sarkozy a été obtenue grâce au vote de la majorité des parlementaires socialiste (dont François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis…)
Le traité de Lisbonne interdit toute harmonisation fiscale et sociale puisqu’il faut l’unanimité des Etats-membres pour y parvenir. Un traité social européen est donc impossible dans le cadre de ce traité. Mais sans doute Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis, tous signataires de la motion A, l’ignoraient-ils…
On peut, au demeurant, présenter un bon bilan économique et social – comme ce fut le cas de Lionel Jospin en 2002 – et perdre les élections.
Il est possible, en effet, de perdre avec un bon bilan économique et social. Mais cela ne prouve surtout pas qu’il serait possible de gagner avec un bilan économique et social exécrable ! Nos électeurs ne nous l’ont pas envoyé dire aux municipales, aux européennes, aux sénatoriales et aux départementales.
Si nous ne changeons pas de politique, il en ira de même aux européennes de 2016, à la présidentielle et aux législatives de 2017. Nous avons deux ans pour changer de cap et répondre aux aspirations de notre électorat, comme le propose la motion B.
Le socialisme c’est d’abord un projet de civilisation.
Le projet de civilisation que nous propose le gouvernement de Manuel Valls (dont tous les membres sont signataires de la motion A) a-t-il quelque chose à voir avec le projet de loi Macron qui organise la marchandisation du sang alors que notre pays se singularise, avec fierté, par le don du sang et l’impossibilité d’en faire commerce ?
Ce projet de civilisation a-t-il quelque chose à voir avec l’extension du travail du dimanche (le seul jour où une vie familiale et sociale un peu apaisée reste encore possible) et le recul du travail de nuit de 21 heures à 24 heures, pour les salariés du secteur du commerce de proximité, un salariat particulièrement exploité, composé à 80 % de femmes ?
(Cf. argumentaire Projet de loi Macron) (paru ici plusieurs fois)
Jean Jacques Chavigné
La Grèce, une chance pour l’Europe !
5 mai 2015 – 13:35
05 mai 2015 | Par ATTAC FRANCE
Le collectif pour un audit citoyen lance un appel «La Grèce, une chance pour l’Europe», signé par de nombreuses personnalités et soutenu par des responsables politiques issus de toute la gauche. Il demande instamment à François Hollande de s’opposer à l’étranglement financier de la Grèce et de la démocratie en Europe, et conclut sur un appel à mobilisation pour la semaine d’action européenne contre l’austérité et en soutien au peuple grec du 20 au 26 juin dans toute l’Europe.
(vous pouvez signer et diffuser l’appel sur le site du collectif audit citoyen)
Le 25 janvier 2015, le peuple grec a pris son destin en main. Il a décidé d’en finir avec les politiques d’austérité qui l’ont humilié et plongé dans la misère. Dans les pays victimes de la Troïka et dans bien d’autres pays européens, la victoire de Syriza a été perçue comme un espoir d’en finir avec ces politiques profitables aux puissances financières, désastreuses pour le monde du travail et la société dans son ensemble.
Mais les institutions et les dirigeants européens refusent que le nouveau gouvernement applique ses engagements électoraux, comme le rétablissement du salaire minimum et des conventions collectives. Ils menacent d’interrompre le refinancement de la dette grecque, ce qui impliquerait le défaut de la Grèce et sa possible expulsion de l’euro. La Banque centrale européenne, outrepassant son mandat, a déjà coupé sa principale ligne de financement aux banques grecques. À l’évidence, il s’agit de faire un exemple pour montrer qu’il n’y a pas d’alternative possible.
Les grands médias ont relayé un discours de discorde entre peuples européens : les Grecs irresponsables voudraient continuer leurs excès et les faire payer aux contribuables des autres pays.
La réalité est bien différente. Comme le montrent les études et les audits citoyens de la dette qui se multiplient en Europe, partout l’explosion des dettes publiques est pour l’essentiel le résultat non d’une hausse des dépenses sociales mais de taux d’intérêts excessifs, du coût du sauvetage des banques sur fonds publics après 2008, et de la chute des recettes publiques. Celle-ci a elle-même résulté des cadeaux fiscaux au patronat et de l’évasion fiscale des riches, puis de la crise financière, et enfin de l’austérité qui détruit la société et bloque la transition écologique. En Grèce, une commission d’audit a été mise en place afin de faire la vérité sur la dette grecque.
Parlant de son élection en 2012, François Hollande disait qu’elle serait en Europe « un soulagement, un espoir, l’idée qu’enfin l’austérité ne pouvait plus être une fatalité». Aujourd’hui les dirigeants de l’Eurogroupe œuvrent à humilier la Grèce qui refuse cette fatalité. Face au chantage, le gouvernement grec a signé le 20 février un accord temporaire qui limite fortement ses marges de manœuvre. A l’expiration de cet accord en juin, de nouvelles négociations vont décider du sort de la Grèce et de l’Europe.
Nous demandons instamment à François Hollande de s’opposer à l’étranglement financier de la Grèce, ce double déni de démocratie par lequel il renie ses engagements devant les Français et nie le droit des Grecs à décider de leur destin. Nous appelons nos députés, élus de juin 2012, à se rappeler pourquoi et pour quoi ils ont été élus. Nous participerons aux actions conjointes organisées à la mi-juin à l’initiative des mouvements sociaux européens, à partir de nos villages et quartiers, de nos lieux de travail et d’étude, pour dire ensemble: nous sommes avec les Grecs pour la dignité et la justice, pour une autre Europe.
Premiers signataires:
Jean-Claude Chailley (Résistance Sociale), Thomas Coutrot (Attac), Jean-Baptiste Eyraud (DAL), Pascal Franchet (CADTM), Cécile Gondard-Lalanne (Solidaires), Elisabeth Gauthier (Transform), Bernadette Groison (FSU), Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Bruno Lamour (Collectif Roosevelt), Philippe Martinez (CGT), Joëlle Moreau (AC!), Jean Rousseau (Emmaus International), Patrick Saurin (Sud-BPCE), Henri Sterdyniak (Économistes atterrés), Maya Surduts (Collectif pour les droits des femmes) ;
Etienne Balibar (philosophe), Michel Broué (mathématicien), Alain Caillé (sociologue), Carmen Castillo (cinéaste), Patrick Chamoiseau (écrivain), Eve Chiapello (professeure en gestion), Benjamin Coriat (économiste), Philippe Corcuff (sociologue), Alexis Cukier (philosophe), Frédéric Boccara (économiste), Jean Gadrey (économiste), Susan George (auteure), Alain Grandjean (économiste), Vincent Glenn (cinéaste, Coopérative DHR), Jean-Marie Harribey (économiste), Frédéric Lordon (économiste), Dominique Méda (sociologue), Edgar Morin (philosophe), Dominique Plihon (économiste), Yves Sintomer (sociologue), Patrick Viveret (philosophe), Sophie Wahnich (historienne, collectif Interdemos) ;
Avec le soutien de responsables politiques de gauche : Clémentine Autain (Ensemble), Olivier Besancenot (NPA), Eric Coquerel (PG), Emmanuelle Cosse (EELV), Gérard Filoche (PS), Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Pierre Laurent (PCF), Christian Piquet (GU), Laura Slimani (Jeunes Socialistes).
Bilan détaillé des « 60 engagements » de François Hollande : An III
3 mai 2015 – 22:48
Deux ans après l’élection de François Hollande, le gouvernement de Manuel Valls publiait, le 6 mai 2014, un document intitulé « 60 engagements pour la France – Deux ans plus tard[1] ».
La lecture de ce document de 15 pages est surprenante : presque tous les engagements de François Hollande auraient d’ores et déjà été tenus ou seraient en très bonne voie de l’être. Comment, dans ces conditions, expliquer que le Parti Socialiste ait perdu 155 villes de plus de 9 000 habitants lors des dernières élections municipales et que ses candidats soient arrivés, avec seulement 13,98 % des suffrages, loin derrière le Front National (24,85 %) et l’UMP (20,80 %), lors des élections européennes ?
Les électeurs de notre pays seraient-ils, à ce point, incohérents qu’ils aient apporté 10,3 millions de voix à François Hollande et à ses engagements au 1er tour de l’élection présidentielle en 2012 et seulement 2,2 millions de voix au Parti socialiste aux européennes de 2014 alors que les 60 engagements du Président de la République auraient déjà été presque tous mis en œuvre ?
Il n’est pas possible de faire l’économie d’un examen plus réaliste du sort réservé aux « 60 engagements de François Hollande », au moins aux plus marquants. Il n’est pas possible, non plus, de faire comme si toute une série de mesures qui n’étaient pas prévues au programme n’étaient pas tombées sur la tête des habitants de notre pays, au cours des trois années de gouvernement socialiste.
La situation ne s’est, malheureusement, pas améliorée au cours de la 3ème année avec, notamment, l’adoption, au moyen de l’article 49.3, du projet de loi Macron par l’Assemblée Nationale et par la perte de 31 départements le 29 mars. .
1- Les engagements qui ont été tenus ou qui sont en voie de l’être
- Engagement 7 : les frais bancaires
Les frais bancaires ont été plafonnés pour les clients des banques en situation de découvert régulier. Les plafonds ont été fixés à 8 euros par opération et à 80 euros par mois pour l’ensemble des clients, à 4 euros et 20 euros pour les clients les plus fragiles.
- Engagement 15 : les contributions des plus fortunés
Une tranche supplémentaire de 45 % pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par an a été créée. Les diminutions de l’impôt sur le revenu ont été plafonnées à 10 000 euros par an.
- Engagement 16 : l’allocation de rentrée scolaire devait augmenter de 25 %
Cette augmentation a effectivement eu lieu et 3 millions de familles en ont bénéficié dès la rentrée de septembre 2012.
- Engagement 17 : le retour sur les allégements de l’impôt sur la fortune
La 2ème loi de finances rectificative pour 2012 est revenue sur ces allégements décidés en 2011. La loi de finances pour 2013 a instauré un nouvel impôt sur la fortune relevant le taux d’imposition des plus gros patrimoines.
- Engagement 18 : la retraite à 60 ans pour ceux ayant cotisé la totalité de leurs annuités
Le décret de juillet 2012 permet à ceux qui ont commencé à travailler tôt de prendre leur retraite à 60 ans. 150 000 personnes ont profité de cette disposition en 2013.
- Engagement 20 : la sécurisation de l’accès aux soins
La généralisation du tiers payant, votée début 2015, constitue une importante avancée.
De même, la loi de finances rectificative de 2012 a, heureusement, supprimé les 30 euros imposés aux étrangers sans papier bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat.
L’accès à la CMU et à l’aide à la complémentaire santé (ACS) a été élargi à 750 000 personnes supplémentaires en 2013, grâce à une hausse du plafond de ressources permettant d’en bénéficier.
- Engagement 22 : l’accès au logement
La loi relative à la Solidarité et aux Renouvellements Urbains a été renforcée en janvier 2013 en multipliant par cinq les sanctions qui pèsent sur les communes refusant d’accueillir les ménages modestes. Elle augmente de 20 à 25 % la part des logements sociaux nécessaires dans les communes « en tension ».
La loi Alur de février 2014 met en place des dispositions permettant une plus grande transparence dans le processus d’attribution des logements sociaux.
Le gouvernement a annoncé, le 8 septembre 2014, la généralisation de la caution locative étudiante (CLE) à tous les étudiants de moins de 28 ans, boursiers ou non, qui disposent de revenus mais qui ne peuvent présenter de caution. Le montant des loyers couverts par l’Etat sera plafonné : 500 euros pour une personne seule en province, 600 euros en Ile-de-France et 700 euros à Paris. Pour les couples, ce plafond sera majoré de 60 %. Le fonds de garanti sera, au final, financé par les locataires eux-mêmes : ils devront verser un pourcentage de leur loyer à ce fonds.
- Engagement 31 : le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels
Le mardi 23 avril 2013, l’Assemblée nationale votait solennellement la loi autorisant le mariage des couples homosexuels et leur ouvrant le droit à l’adoption. La France est devenue le 14ème pays du monde à réaliser cette grande avancée démocratique.
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait, cependant, dû s’arrêter en chemin et renoncer à faire voter une loi sur la Procréation médicalement assistée (PMA), tant la politique sociale qu’il menait, l’avait coupée de sa base sociale, et l’empêchait d’aller plus avant sur le terrain sociétal. L’UMP l’avait parfaitement compris : le 13 avril 2013, à Lille, Jean-François Copé avait exigé « de suspendre la discussion de ce texte sur le mariage pour tous et de ne s’occuper que d’une seule chose, la lutte contre le chômage… »[2]
Un an et demi plus tard, alors que la politique sociale qu’il poursuit l’éloigne toujours plus du salariat, Manuel Valls a reculé, une nouvelle fois, devant une nouvelle mobilisation de la « Manif pour tous en affirmant dans un entretien accordé au journal « La Croix », le 3 octobre, que « la GPA restera interdite en France » et que l’autorisation de reconnaître la naissance d’un enfant né d’une mère porteuse dans un pays qui autorise la GPA ne serait pas automatique. La Cour européenne des droits de l’homme(CEDH) avait, pourtant, condamné la France en juin dernier pour « négation de la filiation entre des enfants nés d’une GPA à l’étranger et son père biologique ». Pour la CEDH, nier la filiation porte atteinte « à l’identité » d’enfants placés « dans une situation d’incertitude juridique ». Il est extrêmement rare de voir Manuel Valls s’opposer à une décision de l’Union européenne. Il est dommage qu’il fasse preuve d’un tel courage politique uniquement lorsqu’il s’agit de donner des gages aux réactionnaires de la « Manif pour tous ».
Quant à la PMA pour les couples de femmes, Valls botte en touche, exactement comme l’avait fait Jean-Marc Ayrault en 2013, en se retranchant derrière l’avis du Comité consultatif d’éthique. Un Comité qui ne paraît guère pressé et qui, en 2005, s’était prononcé contre la PMA pour les femmes homosexuelles.
- Engagement 35 : la possibilité de saisir le tribunal de grande instance dans les cas manifestement contraires à l’intérêt de l’entreprise
La « loi Florange » a été votée le 29 mars 2014. Elle oblige les groupes de plus de 1 000 salariés, qui veulent fermer un site, à « rechercher » obligatoirement un repreneur en associant le Comité d’Entreprise.
Cette loi est un petit pas en avant mais ne permet pas de lutter efficacement contre les licenciements boursiers dont sont victimes des dizaines de millier d’ouvriers et d’employés. Le groupe n’a que l’obligation de « rechercher » un repreneur, pas d’en trouver un ni d’avoir à payer des indemnités de licenciement réellement dissuasives.
- Engagement 36 : les 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation
24 600 postes ont été créés en 2013 et 2014. La moitié des postes créés ont été affectés à la formation des enseignants (le retour à l’année de stage).
D’autres pas en avant ont été réalisés pour l’éducation prioritaire dans les collèges, pour la formation des enseignants avec la création des ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation)…
Il est, cependant, très difficile de réformer l’Ecole en diminuant les budgets des collectivités territoriales et sans transformer la société, sans redistribuer les richesses pour faire reculer le chômage de masse, la précarité et la pauvreté alors que l’Ecole réfracte toutes les contradictions de cette société en crise. Les difficultés rencontrées par la réforme des rythmes scolaires (une réforme juste) mettent en évidence ce phénomène.
- Engagement 41, 42 et 43 : « Je veux faire de la France la nation de l’excellence environnementale ».
Le projet de loi « sur la transition énergétique » adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le 14 octobre, apporte sept avancées dans ce domaine :
- L’obligation d’améliorer la performance énergétique des logements en cas de ravalement, aménagements de nouvelles pièces ou de travaux de toiture.
- La possibilité pour les Régions d’avancer aux particuliers le coût de leurs travaux de rénovation thermique et de se rembourser, au fur et à mesure, sur les économies d’énergies effectuées.
- L’obligation pour les employeurs de fournir des moyens de transports (covoiturage, cars, prêts de voitures électriques…) dans les entreprises de plus de 100 salariés.
- La simplification des mesures administratives pour l’installation de projets éoliens terrestres.
- La création d’un « chèque-énergie » pour les ménages modestes.
- L’interdiction des sacs et couverts en plastique non recyclable.
- L’impossibilité, pour les fournisseurs d’électricité et de gaz, d’exiger le rattrapage de leurs factures, au-delà d’un an.
L’appellation de ce projet de loi est, cependant, très largement exagérée. Cette loi n’est pas, loin de là, à la hauteur de la menace climatique (voir la 2ème partie du bilan des « 60 engagements » de François Hollande).
- Engagement 59 : le retrait immédiat de nos troupes d’Afghanistan
Les dernières troupes combattantes françaises ont quitté Kaboul le 15 décembre 2012.
- Engagement 59 : le soutien à la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien
Le 29 novembre 2012, la Palestine a obtenu le statut d’observateur non membre de l’Onu. C’est un pas important dans la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien. La France y a apporté sa contribution en votant pour ce statut, aux côtés de 137 autres Etats.
Depuis l’agression israélienne contre la bande de Gaza durant l’été 2014, la Suède a reconnu l’Etat palestinien. En grande Bretagne, la Chambre des communes a approuvé par 274 contre 12, un texte affirmant que le gouvernement britannique « devrait reconnaître l’Etat palestinien aux cotés de l’Etat d’Israël au titre de contribution à l’établissement d’une solution négociée à deux Etats. La France n’est pas, encore, allée au-delà de la déclaration de Laurent Fabius selon laquelle « il faudrait bien, à un moment, reconnaître l’Etat palestinien ».
2- Les engagements qui n’ont pas été tenus ou ne l’ont été que très partiellement
- Engagement 1 : la Banque publique d’investissement
BPIfrance, la Banque publique d’investissement a, certes, été créée par la loi du 31 décembre 2012 et le document du Premier ministre se félicite du fait que le total de son bilan atteigne un total de « près de 54 milliards d’euros ». Tout est dit, pourtant, avec ce chiffre. Les bilans additionnés des banques françaises dépassent 8 000 milliards d’euros (400 % du PIB français). Le total du bilan de la 1ère banque française (BNP-Parisbas) atteint 2 000 milliards d’euros (100 % du PIB de notre pays).
Avec une banque publique dont le bilan ne représente que 2,7 % du PIB, la puissance publique s’est dotée d’un outil qui ne lui permet pas de jouer efficacement son rôle.
- Engagement 2 : Faire des PME une priorité
Des mesures ont été prises pour aider au financement des PME et des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) : création d’un PEA destiné à les financer, création de nouveaux produits d’assurance-vie, doublement du plafond du livret de développement durable…
Mais nos gouvernements ne se sont pas préoccupés de faire la distinction entre les entreprises qui sont juridiquement des PME ou des ETI et celles qui sont économiquement indépendantes des grands groupes.
La lecture de l’étude de l’Insee de mars 2012[3] aurait pourtant dû éclairer les gouvernements de gauche : avec seulement 2 millions de salariés du secteur marchand pour un total de 16 millions de salariés, les PME indépendants n’emploient que 12,5 % des salariés de ce secteur. Quant aux ETI indépendants, elles n’emploient que 116 000 salariés alors que celles sous contrôle d’un groupe français ou étranger emploient 2,8 millions de salariés.
La conséquence de cette situation est qu’à chaque fois que des aides publiques sont versées aux milliers de PME et d’ETI dépendantes des grands groupes, c’est le tiroir-caisse de ces grands groupes que l’on remplit. L’exemple le plus visible de cette mécanique est le chantage éhonté exercé par les grands groupes sur les PME sous leurs dépendances économiques, en exigeant que ces dernières leur reversent tout ou partie du Crédit d’impôt compétitivité emploi qu’elles percevaient. Le médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet, avait tiré la sonnette d’alarme[4] tant le procédé était grossier et Fleur Pèlerin a fini par intervenir. Mais ce phénomène n’est que la pointe émergée de l’iceberg.
- Engagement 5 : le statut public des entreprises détenues majoritairement par l’Etat
Malgré les protestations de toute la gauche contre la privatisation de GDF en 2008, la transformation de la Poste en Société anonyme en 2010, la situation de ces entreprises est restée inchangée. Pire, le démantèlement de la SNCF pour faciliter sa privatisation, sous la pression de la Commission européenne, continue.
Le gouvernement veut, maintenant, mettre la SNCF en ordre de bataille pour affronter l’ouverture à la concurrence prévue pour 2022, par le « quatrième paquet ferroviaire » européen. Cette ouverture à la concurrence risque fort, d’être suivie, comme à chaque fois, par la privatisation de l’entreprise publique. Les prix des billets augmenteront, l’équipement des trains et surtout leur sécurité seront tirés vers le bas, tout comme le statut et les salaires des salariés de la SNCF ; seules les lignes rentables seront conservées. Mais ce sont cheminots qui ont dû faire grève pour défendre le service public et le 5ème engagement de François Hollande. Ils ont, malgré cela, été dénoncés comme « preneurs d’otages » par un gouvernement de gauche, censé mettre en application cet engagement.
Le projet de loi sur la « transition énergétique » prévoit l’ouverture de la propriété des barrages hydrauliques aux capitaux privés. Comme si la privatisation des autoroutes n’avait pas suffi !
- Engagement 7 : séparer les activités spéculatives des banques de celles qui sont utiles à l’investissement
C’est sans doute l’une des décisions les plus graves prises par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et la majorité parlementaire. Aucune leçon de la crise bancaire de 2007-2008 n’a été tirée. Les activités spéculatives des banques avaient, pourtant, amené l’économie mondiale au bord du gouffre. Les banques n’ont rien changé (dans le meilleur des cas) à leurs comportements et font toujours courir un risque aussi énorme à l’économie et à la société.
La loi du 26 juillet 2013 ne sépare que symboliquement les activités spéculatives des autres activités bancaires. Cette loi a été écrite sous la dictée du lobby bancaire. Moins de 1,5 % de l’activité totale des banques sera cantonné dans des filiales spécifiques[5]. Gaël Giraud, chercheur au CNRS et à l’Ecole d’Economie de Paris, avait pourtant précisé ce qu’il en était des activités des banques utiles à l’économie » : « Aujourd’hui, sur 8 000 milliards de total de bilan bancaire français, seuls 10 % servent au financement des entreprises. Et 12 % au financement des ménages. Le reste ce sont des opérations de marché ».
Cela n’empêcha pas Michel Sapin, ministre des Finances de Manuel Valls, de déclarer, le dimanche 6 juillet « : Notre amie, c’est la finance, la bonne finance » Une « bonne » finance qui ne pèse que 22 % du total de la Finance en France et qui, lors de la crise de 2007-2008 avait été chassée par la mauvaise : les banques avaient coupé les robinets du crédit et ne se faisaient même plus crédit entre elle.
- Engagement 7 : la création d’une taxe sur les transactions financières
Le 6 mai 2014, François s’est félicité de la mise en place d’une taxe européenne sur les transactions financières : « elle est là ! »
Mais cette taxe n’est pas vraiment là puisqu’elle ne sera mise en œuvre que le 1er janvier 2016 et ne concernera que les actions et un certain nombre de produits dérivés. La définition d’une assiette plus large a été reportée à plus tard.
En 2011, le produit de cette taxe devait s’élever à 57 milliards d’euros et concerner tous les pays de l’Union Européenne. En 2013, elle ne concernait plus que 11 pays de l’Union (sous la forme d’une coopération renforcée) et ne devait plus rapporter que 30 à 35 milliards d’euros. Aujourd’hui, la Commission européenne estime que cette taxe devrait rapporter 4,6 milliards d’euros par an.
La Finance n’a donc vraiment pas de quoi s’inquiéter : aucun « grain de sable » ne viendra gripper les rouages de la spéculation. Elle pourra continuer son activité avec toute la fluidité nécessaire… jusqu’à la prochaine crise.
– Engagement 9 : la réduction du déficit public à 3 % du PIB en 2013 et l’équilibre budgétaire en 2017
Le déficit public atteignait 4 % du PIB en 2014 alors que la Commission européenne avait, comme le lui permettait le TSCG, fixé un calendrier exigeant un déficit de 3 % maximum à cette date. Ce calendrier ne pouvait être respecté et, faisant de nécessité vertu, la Commission a fini par « autoriser » la France à attendre la fin 2015 pour arriver à un déficit public égal à 3 % de son PIB.
La Commission ne s’arrêtera cependant pas en si bon chemin car la « règle d’or » fixée par le TSCG de 2012 impose l’équilibre budgétaire, c’est-à-dire un déficit qui ne soit pas supérieur à 0,5 % du PIB. Si notre gouvernement, comme François Hollande s’y est engagé, continue à suivre les préconisations de la Commission européenne, les politiques d’austérité ne sont donc pas près d’arrêter de produire leurs néfastes effets.
Pourtant, ces politiques d’austérité produisent exactement l’inverse de ce à quoi elles prétendent. En cherchant à diminuer le déficit public avant d’avoir relancé la croissance, ces politiques étouffent la croissance et l’économie va de récession en stagnation. Les derniers chiffres de l’INSEE annoncent une croissance d’au mieux 0,5 % en 2014. Au total, les recettes fiscales diminuent : en 2013, selon la Cour des comptes, les impôts avaient rapporté 14,6 milliards d’euros de moins que prévu. Michel Sapin reconnaît que la croissance ne dépassera pas 0,4 % en 2014 (au lieu des 1 % prévus) et 1 % en 2015 (au lieu des 1,7 % prévus). Or, les créations nettes d’emplois ne commencent qu’avec une croissance de 1,5 %.
Les plans d’austérité produisent, comme partout en Europe, un triple désastre : économique, social et financier. Car le désastre est également financier puisque la dette publique de notre pays, au lieu de diminuer, n’a cessé d’augmenter : de 85,8 % du PIB fin 2011 à 96,6 % au 1er trimestre 2014, selon l’Insee. Soit une augmentation de 215 milliards d’euros ! A ce rythme les 100% seront bientôt atteint. L’échec est patent, également, pour la réduction du déficit public. Ce déficit devait être limité à 3 % du PIB, fin 2014. La Commission européenne, prenant acte de la réalité et faisant de nécessité vertu, avait décidé d’accorder un délai à la France. Son déficit public devait s’élever à 3,8 % fin 2014 et à 3 % fin 2015. Michel Sapin vient d’annoncer que le déficit atteindrait 4 % du PIB, fin 2014 au lieu de 4,4 % en 2013. Il ajoutait que les 3 % qui devaient initialement être atteints fin 2014 ne le serait pas avant, au mieux, 2017.
- Engagements 9 : revenir sur les cadeaux fiscaux et les niches fiscales accordées aux grandes entreprises
La « niche Copé » a été quelque peu réduite mais cette « niche » ne représente (au total) qu’un manque à gagner de moins de 4 milliards pour l’Etat.
D’autres niches fiscales des grandes sociétés n’ont pas été remises en question. Elles représentent pourtant des manques à gagner d’une toute autre ampleur pour les finances publiques[6] : 34 milliards d’euros (en 2009) pour le « régime des sociétés mères-filiales » ; 18 milliards d’euros pour le « régime d’intégration fiscale »…
Pire, le « pacte de compétitivité » de Jean-Marc Ayrault a ajouté une niche fiscale de 20 milliards d’euros au bénéfice du patronat et le « pacte de responsabilité » de Manuel Valls crée une autre niche de 21 milliards d’euros supplémentaires. Au total, une nouvelle niche fiscale de 41 milliards d’euros a été mise en place, en totale contradiction avec le 9ème engagement de François Hollande.
- Engagement 10 : le coup d’arrêt à la RGPP et perspectives salariales des fonctionnaires
Les perspectives salariales des fonctionnaires sont aussi gelées que la valeur du point de la Fonction publique. La valeur du point devrait être bloquée jusqu’en 2017, soit un blocage de plus de 7 ans, puisque les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont continué, dans ce domaine comme dans tant d’autres, malheureusement, la politique initiée par Nicolas Sarkozy.
La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), mise en place par Nicolas Sarkozy, n’a fait que changer de nom. Elle s’appelle maintenant la Modernisation de l’Action Publique (MAP) mais poursuit les mêmes objectifs : 60 milliards d’euros d’économie pour le quinquennat.
Pour que le nombre d’agents de l’Etat n’augmente pas, comme le prévoit la MAP, il faudra supprimer 60 000 postes dans les autres administrations afin de compenser les 60 000 emplois supplémentaires dans l’Education nationale.
- Engagement 11 : la renégociation du traité européen de 2011
« Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre en privilégiant la croissance et l’emploi » écrivait François Hollande.
François Hollande a pourtant fait ratifier par le Parlement le TSCG rédigé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, sans qu’une virgule en ait été changée.
Quant à la croissance, elle devait résulter du « Pacte de croissance » que François Hollande avait fait adopter par les chefs d’Etat et de gouvernement européens, en juin 2012. Le prix Nobel d’économie, Paul Krugman, dans son éditorial du New York Times, le 5 juillet 2012 écrivait que ce pacte était « un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge ». Le montant de ce pacte (120 milliards sur 3 ans pour les 27 pays qui composaient alors l’Union européenne) était dérisoire. Pour sauver les banques, c’est 1 616 milliards d’euros que les Etats-membres de l’Union européenne avaient su débloquer entre 2008 et 2011[7]. Ce pacte, dès le départ, était voué à l’échec. Il a d’ailleurs disparu dans le « triangle des Bermudes » et, aujourd’hui, François Hollande, lui-même, n’ose plus évoquer cette tentative de combler avec une petite cuillère le trou que les politiques d’austérité, programmées par le TSCG, continuent de creuser avec une pelleteuse.
- Engagement 12 : la défense d’un budget européen (2014-2020) au service de grands projets d’avenir
Pourtant, malgré cet engagement, pour la 1ère fois dans l’histoire de l’Union européenne, le budget pluriannuel (2014-2020) a diminué et François Hollande l’a approuvé. Les chefs d’Etat et de gouvernement avaient adopté (à l’unanimité) un budget européen en baisse de 3,5 % par rapport au précédent (2007-2013). Le 19 novembre 2013, le Parlement européen, à une large majorité de 537 députés sur 682, rassemblant la droite mais aussi l’essentiel des députés du Parti socialiste européen (PSE) a donné le feu vert à cette diminution et les « grands projets d’avenir » du 12ème engagement de François Hollande sont passés à la trappe.
- Engagement 13 : la proposition d’une nouvelle politique commerciale pour l’Union européenne
Cette nouvelle politique commerciale prend, malheureusement, tout son sens avec la négociation du traité transatlantique (TAFTA). Ce traité a pour objectif de niveler par le bas les normes sanitaires, financières, juridiques et sociales et d’imposer une concurrence exacerbée entre les salariés des deux continents. Le gouvernement de notre pays, comme ceux de tous les pays de l’Union ont donné mandat à la Commission européenne pour négocier ce traité, dans le plus grand secret.
Un accord de libre échange entre l’Union européenne et le Canada, a été, lui-aussi, négocié dans le plus grand secret. Il a été signé en octobre 2013 et doit être maintenant soumis à ratification. Il constitue un avant-goût du TAFTA.
Sans les révélations de WikiLeaks, au cours de l’été, les citoyens n’auraient pas, non plus, eu connaissance d’une autre négociation secrète pour la rédaction d’un autre traité international. Un traité sur « le commerce des services » (TISA). Nos services publics sont en ligne de mire. Les négociateurs sont les Etats-Unis, l’Union européenne et 22 autres Etats.
- Engagement 13 : agir pour une parité plus équilibrée de l’euro
La politique déflationniste, menée à coup de politiques d’austérité dans tous les pays de l’Union européenne, était le facteur déterminant de l’augmentation de la valeur de l’euro par rapport au dollar.
La baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar, début 2015 provient de facteurs qui ne sont pas contrôlables par les gouvernements européens : le « quantitative easing » de la BCE (une institution « indépendante » nous assure-t-on) et la politique de la réserve fédérale des Etats-Unis.
- Engagement 14 : une grande réforme fiscale
L’instauration d’une tranche d’imposition de 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros par an était une mesure transitoire (deux ans) et symbolique (320 millions d’euros par an). Elle avait été censurée par le Conseil constitutionnel et mise à la charge des entreprises qui verseraient des salaires (pas des dividendes) supérieurs à un million d’euros par an, permettant aux indépendants (artistes, avocats…) de passer au travers des mailles du filet. Devant un parterre de financiers londoniens, Manuel Valls, a annoncé, le 6 octobre 2014, que cet artifice prendrait bien fin au 1er janvier 2015.
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a continué la politique de Nicolas Sarkozy en ne revalorisant pas les seuils des tranches d’imposition en fonction de l’inflation. En 2010, 17 millions de contribuables étaient imposés sur le revenu, en 2013, ils étaient 20 millions.
Le 17 septembre 2014, au lendemain de la majorité relative qu’il avait obtenue à l’Assemblée Nationale, Manuel Valls annonçait la suppression, en 2015, de la première tranche de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, la tranche à 5,5 %. Cette suppression sera, en fait, partielle puisque cette tranche d’imposition allait jusqu’à 11 991 euros en 2014 et que, en 2015, elle s’arrêtera à 9 690 euros.
Les contribuables dont les revenus (par part d’imposition) sont inférieurs à 9 690 euros seront exonérés d’impôt alors qu’il fallait avoir un revenu imposable de moins de 6 011 euros en 2014 pour pouvoir être exonéré du paiement de l’impôt sur le revenu. Le barème de l’impôt sur les revenus sera « reprofilé » pour que les contribuables imposés aux taux de 30 %, 41 % et 45 %, ne bénéficient pas de baisse d’impôt et que l’effet de la suppression partielle de la 1ère tranche à 5,5 % soit, dans leur cas, neutralisé.
Cette suppression partielle de la première tranche d’imposition profitera à 6 millions de contribuables. Le renforcement de la « décote » pour les contribuables dont le montant d’imposition est inférieur à 1 016 euro, bénéficiera à 3 millions de foyers. 9 millions de foyers bénéficieront donc de ces deux mesures. Cette mesure a, cependant, plusieurs limites.
Elle diminuera les recettes fiscales de 3,3 milliards. Le gouvernement a neutralisé les effets de cette mesure pour les plus hauts revenus dont les impôts ne diminueront pas mais n’augmenteront pas non plus. Il faudra donc compenser autrement ce manque à gagner de 3,3 milliards d’euros. Comment ? Cela ne peut pas être l’augmentation de l’impôt des entreprises puisque le fondement de la politique de François Hollande et de diminuer les cotisations sociales comme les impôts des entreprises. Le risque est donc important que ces 3,3 milliards d’euros de diminution des recettes fiscales soient compensés par une diminution des dépenses publiques qui se traduirait, comme à chaque fois, par une diminution des prestations sociales ou des moyens des services publics. Ce serait les plus fragiles qui en pâtiraient.
3,3 milliards d’euros représentent une somme importante. Il suffit, cependant, de comparer ce chiffre à celui des 41 milliards d’euros accordés au patronat pour constater que les deux plateaux de la balance ne sont pas vraiment équilibrés.
Enfin, l’Impôt sur le revenu représente (selon les chiffres de la CGT Finances) 15 % des impôts payés par un salarié gagnant 1 700 euros par mois, soit le salaire médian. Les 85 % restants sont des impôts indirects (essence et surtout TVA). Pendant des années, le Parti Socialiste, a répété que l’impôt sur le revenu était le seul impôt juste parce qu’il est progressif et que la TVA était l’impôt le plus injuste puisqu’il frappe du même taux d’imposition le PDG et celui ou celle qui vit sous le seuil de pauvreté. François Hollande devrait en tirer les conclusions et baisser, en priorité, les taux de la TVA.
- Engagement 17 : renforcer les moyens de la lutte contre la fraude fiscale
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n’avait pas fait grand-chose en ce sens avant que n’éclate la sinistre affaire Cahuzac.
Désormais, les banques françaises devraient être obligées de rendre publiques toutes leurs activités dans tous les pays du monde et donc dans les paradis fiscaux. Il resterait, toutefois, à mesurer l’utilité pratique d’une telle mesure. A la question posée par Médiapart[8] de savoir s’il irait jusqu’à menacer les banques qui continueraient à avoir des filiales dans les paradis fiscaux de leur retirer leur licence bancaire, Pierre Moscovici s’était contenté de répondre « Je ne veux pas faire de politique fiction ». Les banques n’ont donc guère de souci à se faire.
Il serait nécessaire, également, que la liste des paradis fiscaux de Bercy s’étoffe quelque peu car elle est bien mince. C’est, malheureusement, l’inverse qui se produit puisqu’en janvier 2014, Jersey et les Bermudes étaient retirés de la liste des « Etats non-coopératifs » du Ministère de l’Economie et des Finances.
- Engagement 19 : la tarification des soins dans les hôpitaux publics
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les conditions de contrôle de la tarification à l’activité (T2A) mais cette T2A est restée en place. La T2A, pourtant, « ne prend en compte ni la complexité, ni la gravité, ni l’innovation[9] » et rembourse de façon standardisée des actes de natures très différentes : des actes chirurgicaux bien précis et des maladies chroniques dont le traitement repose sur des actes médicaux mais surtout sur un accompagnement interdisciplinaire, thérapeutique et social.
« La T2A a créé des bonnes et des mauvaises maladies : celles qui rapportent et celles qui coûtent[10] ». Les établissements privés se spécialisent de plus en plus dans les secteurs rentables, comme la chirurgie orthopédique, le service public récupérant les secteurs les plus coûteux : médecine interne, gériatrie, urgences… Cette tarification met en concurrence (déloyale) le secteur public (dont le déficit atteint 400 millions d’euros en 2013) et le secteur privé. Elle permet, ainsi, la réorganisation du secteur hospitalier au profit des cliniques privées, sous l’égide des Agences régionales de santé (ARS)
- Engagement 20 : la sécurisation de l’accès aux soins
L’accès à la CMU et à l’aide à la complémentaire santé (ACS) a été élargi mais les contrats souscrits restent, cependant, pour l’essentiel, des contrats « bas de gamme » qui ne permettent pas d’accéder à des soins de qualité. En 2013, 20 % des habitants de notre pays ont renoncé à des soins pour des raisons financières.
Les fermetures de lits et de services dans les hôpitaux publics n’ont guère ralenti. « Mourir à Paris en 2013 faute de place à l’Hôpital ? » titrait une tribune du Monde du 5 février 2013, signée par Gérard Kierzek, urgentiste à l’hôpital-Dieu et Christophe Girard, maire (PS) du IVème arrondissement de Paris.
En 2003, dans le cadre du « Plan Hôpital 2007″, l’ordonnance du 4 septembre supprimait la carte sanitaire nationale. Elle était remplacée par des Schémas régionaux d’organisation sanitaire (SROS), sous l’égide, là encore, des Agences régionales de santé. Les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls n’ont toujours pas rétabli cette carte sanitaire nationale, sans laquelle il paraît pourtant des plus aléatoires de vouloir planifier et sécuriser l’accès aux soins pour tous, sur l’ensemble du territoire français.
Le « numerus clausus » qui limite l’accès aux études médicales et paramédicales n’a pas été revu. C’est, pourtant, la pénurie de médecins qui est à l’origine des déserts médicaux dans de nombreuses régions, comme du rapport de forces favorable aux médecins libéraux, leur permettant d’obtenir, par exemple, le remboursement de dépassements d’honoraires par la Sécurité sociale.
Mis en place en 2007 « M’T Dents » permet de sensibiliser et éduquer les enfants de 6 et 12 ans aux questions de santé, et de bénéficier d’une visite médicale gratuite. La visite gratuite sera maintenue, mais ce programme est victime de budgétaires. 800 000 enfants étaient concernés lors de sa mise en place, ils étaient 250 000 en 2014 et ne devraient plus être que 20 000 l’an prochain.
Les économies de 10 milliards d’euros imposées à la Sécurité sociale ne feront qu’accroître le problème de l’accès aux soins.
- Engagement 22 : l’accès au logement
Dès l’été 2012, un plafonnement de la hausse des loyers lors du renouvellement du bail ou de la relocation a été instauré dans les 38 agglomérations françaises (près de 1 290 communes concernées) où ils sont les plus élevés.
La loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (loi Alur) du 24 mars 2014, crée un mécanisme stable d’encadrement des loyers régulant directement le niveau des loyers, complémentaire du décret de juillet 2012. Elle instaure, enfin, à partir du 1er janvier 2016, une garantie universelle des risques locatifs (GUL).
Malheureusement, Manuel Valls, cédant à la pression des lobbies des constructeurs, a annoncé, le 29 août, que la loi Alur serait amendée. Alors que l’encadrement des loyers avait été voté à l’unanimité par la majorité, le Premier ministre annonce que des décrets d’application en modifieront substantiellement le contenu ! L’encadrement des loyers sera abandonné ou plutôt, ce qui revient au même, sera maintenu, à titre simplement expérimental, à Paris. Martine Aubry s’indigne et exige que toutes les villes qui, comme Lille, veulent encadrer les loyers, puissent le faire.
Cet encadrement des loyers n’étaient pourtant que la mise en œuvre du 22ème engagement de François Hollande. Les millions de personnes qui souffrent de la crise du logement n’auront qu’à consacrer un peu plus d’argent à leurs loyers ! Tant pis pour eux s’ils n’en ont pas les moyens.
Le 22ème engagement de François Hollande prévoyait également la construction de 500 000 logements supplémentaires chaque année pendant 5 ans. Nous sommes bien loin du compte puisque 313 000 logements seulement ont été construits en 2013.
Compter sur le secteur privé pour construire des logements à prix abordables est une impasse qui finit toujours par gonfler des bulles immobilières qui finissent un jour par éclater, mettant en péril les banques et l’économie. Dans ce domaine, seule une politique de l’ « offre publique » pourrait palier les carences structurelles du secteur privé, relançant par la même occasion le bâtiment, les embauches dans ce secteur et l’augmentation de la demande qui en résulterait.
- Engagement 24 : la lutte contre la précarité
Visiblement, la politique menée ne marche pas. Le nombre d’embauches en CDD (souvent de très courte durée) ne cesse d’augmenter et atteint maintenant 83,7 % du total des embauches Les femmes sont les plus touchées (85,5 %) avec les salariés de plus de 50 ans (84,6 %). Les demandeurs de catégorie B et C (les salariés précaires dont certains ne travaillent que quelques jours par mois) ne cesse d’augmenter. Se limiter à vouloir « inverser la courbe du chômage » des demandeurs d’emplois de la seule catégorie A n’a plus de sens aujourd’hui.
La loi Sapin du 14 juin 2013 prévoyait une très légère sur-cotisation pour les contrats courts. Mais cela n’a rien change à la précarité que subissent les salariés : l’intérim n’est pas concerné et son coût devient même inférieur à celui des CDD courts ; les CDD dits « d’usage » dans les secteurs qui emploient le plus de CDD ne sont pas concernés ; les CDD de plus de trois mois ne sont pas concernés : sans doute un salarié bénéficiaire d’un CDD de quatre mois n’est-il plus un salarié précaire !
Ce sont les intermittents du spectacle qui ont été le fer de lance de la lutte contre la précarité et qui ont essayé d’amener François Hollande à respecter son 24ème engagement.
- Engagement 30 : la lutte contre le « délit de faciès »
François Hollande s’était engagé à mettre en œuvre « une procédure respectueuse des citoyens ».
Jean-Marc Ayrault avait précisé que cette procédure prendrait la forme de la délivrance d’un récépissé remis aux personnes subissant un contrôle d’identité. Manuels Valls, alors Ministre de l’intérieur, avait réussi à faire repousser cette proposition.
- Engagement 33 et 34 : combattre le chômage
C’est un échec complet. François Rebsamen vient d’ailleurs de le reconnaître. La « courbe du chômage » ne s’est pas inversée. Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A) a augmenté de près de 600 000 depuis que la gauche est au pouvoir. L’Unedic ne voit pas le chômage baisser d’ici 2017[11].
Les demandeurs d’emploi de la catégorie A (demandeurs d’emploi sans aucun travail) ne sont pas les seuls demandeurs d’emploi. Un salarié qui recherche un emploi à temps plein mais qui n’a travaillé, par exemple, que quatre jours au cours du dernier mois, appartient à la catégorie B. Il se considère lui-aussi, comme un demandeur d’emploi. Il en va de même pour une caissière de supermarché qui travaille à mi-temps et voudrait travailler à plein temps. Elle appartient à la catégorie C mais elle fait, elle-aussi, partie des demandeurs d’emplois.
Fétichiser la catégorie A, comme le fait notre gouvernement n’a donc guère de sens. Si le nombre de demandeurs d’emplois de la catégorie diminuait (l’inversion de la courbe du chômage !) mais que le nombre de ceux de la catégorie B et C continuait à augmenter, cela ne changerait rien à la vie concrète des gens. Entre mai 2012 et mars 2015, le nombre des demandeurs d’emploi des catégories A, B et C a augmenté de 1,3 million !
Les trois seuls moyens efficaces d’agir contre le chômage sont : à court terme, la croissance, à moyen terme et long terme, la réduction du temps de travail et la création d’emplois publics. Trois solutions que François Hollande se refuse à appliquer.
Les politiques d’austérité menées par les gouvernements de gauche successifs en,travent la croissance (dont il faudrait discuter du contenu) et enfoncent l’économie de notre pays dans la récession ou la stagnation. Il n’est pourtant possible de commencer à créer des emplois en France que lorsque la croissance atteint 1,5 %. Mais c’est une croissance de 0,5 % qui est maintenant prévue en 2014 et, au mieux, de 1 % en 2015 ! Un plan de relance, permettant une véritable transition énergétique, serait donc nécessaire, à la fois pour l’emploi et pour répondre à la menace de réchauffement climatique.
A moyen et à long terme, seuls la création d’emplois publics et la réduction du temps de travail permettent de faire reculer le chômage de masse car, à chaque récession, les emplois créés lors des périodes de croissance ont tendance à disparaître.
A la fin du XIXème siècle (il y a un peu plus d’un siècle) le temps de travail était de l’ordre de 70 heures par semaine : imaginons ce que serait le chômage aujourd’hui si ce temps de travail n’avait pas diminué de moitié ! C’est dans cette voie qu’il faut continuer et renouer avec la politique de réduction du temps de travail de Lionel Jospin qui avait permis de créer 400 000 emplois. C’est pourtant le chemin opposé qu’a emprunté le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en augmentant, avec l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite et donc de la durée de travail sur toute la vie.
Un million d’emplois publics payés au salaire moyen coûteraient 16 à 20 milliards d’euros net, par an, à l’Etat. Pourquoi, dans ces conditions, accepter de faire cadeau de 41 milliards d’euros au patronat sans aucune garantie de la moindre création d’emplois ? Parce que les seuls « vrais » emplois, seraient, comme veut le faire croire le Medef, les emplois privés ? Pour répondre aux besoins sociaux énormes de notre population, ne s’agit-il pas, pourtant, de créer des dizaines de milliers d’emplois d’infirmières, d’infirmiers, d’aides-soins, de personnel qualifié pour les maisons de retraites ou les crèches, d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, de cheminots, d’assistantes sociales…
Pire, en commentant les chiffres (mauvais) du chômage, début septembre, le Ministre du Travail et de l’Emploi, François Rebsamen demandé plus de contrôle à Pôle Emploi en évoquant le chiffre de « 350 000 emplois non pourvus ». Tous les syndicats, atterrés, ont réagi à ces propos : CGT, CFDT, FO. ..
En 2012, lorsque Nicolas Sarkozy avait voulu durcir les conditions d’indemnisation du chômage, François Hollande l’avait accusé de « s’en prendre aux plus fragiles ». Il avait raison car ce chiffre de « 350 000 emplois non pourvus » ne repose sur rien. Personne ne sait quelle est la nature des emplois proposés : s’agit-il d’emplois d’une journée, d’une semaine, d’un mois, d’un CDI ? Comme le rappelle le Collectif national des chômeurs et précaires : « Deux heures de ménage par semaine, c’est une offre d’emploi« ! Bien souvent, ce sont les employeurs eux-mêmes qui renoncent à l’offre qu’ils avaient faite, pour des raisons d’économie ou de changement d’organisation, sans prévenir Pôle emploi pour autant. D’autres employeurs utilisent les offres d’emplois uniquement pour se faire de la publicité ou se constituer une base de CV…
Manuel Valls a repris les mêmes propos que François Rebsamen, le 6 octobre, à la City de Londres, promettant une remise en cause d’un système « trop généreux ». Incapable de lutter contre le chômage, Manuel Valls veut maintenant s’en prendre aux chômeurs.
- Engagement 41, 42 et 43 : « Je veux faire de la France la nation de l’excellence environnementale ».
Le projet de loi sur « la transition énergétique » adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale, le 14octobre 2014, comporte, nous l’avons vu, un certain nombre d’avancées. Ces avancées ne permettent pas, cependant, de répondre, loin de là, au défi climatique qui nous est lancé.
. La fin de l’écotaxe. L’abandon de cette mesure, sous la pression des patrons du transport-routier, réduit à néant toute possibilité de transférer le transport de marchandises vers le ferroutage et le transport fluvial.
. Le projet de loi ne prend aucune décision concrète de fermeture des réacteurs nucléaires. Le risque existe donc que l’objectif de 50 % de nucléaire en 2025 ne soit qu’un simple effet d’annonce. Ségolène Royal, la Ministre de l’Ecologie de Manuel Valls avait déjà tourné le dos au 41ème engagement de François Hollande « Je fermerai la centrale de Fessenheim » en déclarant « Fermer un réacteur nucléaire, ce n’est pas juste tourner un bouton[12] ». Peut-être François Hollande ne le savait-il pas en prenant cet engagement ? Elle précise « le nom de Fessenheim n’a pas à être indiqué dans une loi. C’est un engagement présidentiel, juridiquement, c’est à l’entreprise de prendre ses responsabilités ». « Fessenheim » ne figure donc pas dans le projet de loi. Mais cela n’explique toujours pas pourquoi Ségolène Royal ne prend pas ses responsabilités : l’Etat est actionnaire à 85 % d’EDF…
. La possibilité de forer des gaz de schiste n’est pas interdite. Seule la fracturation hydraulique est proscrite par le projet de loi.
. La fiscalité du gasoil n’est pas (malgré une augmentation symbolique de 0,04 euros), alignée sur celle de l’essence.
. Beaucoup de mesures prévues dans ce projet de loi sont floues : montant, critères d’attribution des chèques énergies ; place accordé à l’électricité particulièrement énergivore ; aucun engagement chiffré sur la rénovation prioritaire des logements des ménages en situation de précarité. D’autres sont renvoyés au-delà du quinquennat, ce qui n’engage donc pas à grand-chose : division par deux de la consommation d’énergie d’ici 2050, avec une étape intermédiaire en 2030 ; recyclage de 60 % des déchets en 2025.
. Enfin, le projet de loi, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, ne traite pas du cas de tous les grands projets aujourd’hui contestés : Notre-Dame des Landes, barrage de Sivens…. Qui décide : l’Etat, les Régions, les Conseils généraux ? Quelles négociations avec la société civile ? Il aurait été important de se poser cette dernière question avant qu’un jeune homme de 21 ans, étudiant en BTS de botanique, opposant au barrage de Sivens, ne se fasse tuer, vraisemblablement, selon le procureur d’Albi, par l’explosion d’une grenade offensive dont le ministre de l’Intérieur a aussitôt interdit l’utilisation par la gendarmerie.
- Engagement 48 : l’augmentation des pouvoirs d’initiative et de contrôle du Parlement
Le « président normal » n’a rien changé au rôle du Parlement. Le pouvoir, comme le veulent les institutions de la Vème République si souvent condamnées par le Parti socialiste, reste toujours aussi concentré aux mains d’un seul homme. Les sénateurs et les députés subissent toujours les mêmes pressions de la part de l’« exécutif ».
Cette subordination du Parlement est de plus en plus mal ressentie par les députés de la majorité de gauche. Les députés FDG et une grande partie des députés EELV ont voté contre l’investiture de Manuels Valls. 41 députés socialistes se sont abstenus et les résultats calamiteux des élections européennes poussent d’autres parlementaires dans la même direction. 35 députés socialistes se sont abstenus, en juillet, de voter la loi rectificative de financement de la Sécurité sociale.
Pour faire adopter le projet de loi Macron par l’Assemblée nationale, le gouvernement a dû avoir recours à l’article 49.3 que toute la gauche condamnait quand de Villepin y avait eu recours pour imposer le CPE en 2006. C’était un énorme aveu de faiblesse : la reconnaissance qu’il n’y avait pas à gauche de majorité pour soutenir la politique néolibérale du gouvernement Valls.
Il est temps que le pouvoir législatif revienne aux députés et que ces derniers se rappellent qu’ils ont reçu leurs mandats, non du Président de la République, mais de leurs électeurs et que c’est à ses derniers qu’ils doivent être loyaux, non à un Président qui tourne le dos à ses engagements de 2012.
- Engagement 50 : le droit de vote des étrangers aux élections locales
Ce droit de vote devait être accordé aux étrangers résidant légalement en France depuis 5 ans.
Le Ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, avait enterré cette promesse, le 28 mai 2014, sur LCP : « Il n’y a pas de majorité constitutionnelle pour faire cela (…). Ce n’est pas la peine de poser des questions dont on sait qu’on n’a pas les moyens de les résoudre… » François Hollande a, cependant, annoncé depuis que cet engagement serait tenu.
- Engagement 55 : la démocratie sociale
« Tout texte de loi concernant les partenaires sociaux devra être précédé d’une concertation avec eux » précise ce 55ème engagement.
Mais la représentativité des syndicats de salariés ne découle pas d’une élection organisée le même jour pour tous les salariés en dehors des entreprises. Elle découle d’élections professionnelles, organisées dans chaque entreprise, laissant ainsi le terrain libre aux directions d’entreprises pour promouvoir des « syndicats maisons ».
Le Medef, quant à lui, a toujours refusé de se soumettre à une élection qui déciderait de sa représentativité au sein du patronat. Il veut que lui soit appliqué, non le principe déjà pas très démocratique d’ « une entreprise, une voix » mais le principe oligarchique d’« un million d’euros de capital social, une voix ».
Mais cette « démocratie sociale » est à géométrie variable. Le gouvernement s’en réclame quand trois syndicats « représentatifs » sur cinq signent l’Accord National Interprofessionnel. Mais quand seulement deux syndicats « représentatifs » acceptent de signer le « Pacte de responsabilité », il ne s’agit plus que d’un simple « relevé de conclusions ».
La « Grande conférence sociale » qui s’est tenue les 7 et 8 juillet a vu quatre syndicats refuser de venir siéger ou quitter cette conférence : la CGT, FO, la FSU et Solidaires, le gouvernement ayant, avant même l’ouverture de la Conférence, annoncé qu’il acceptait de donner satisfaction aux exigences du Medef. Comment peut-on, dans ces conditions, parler de « démocratie sociale » ?
Quelle urgence peut-il bien y avoir à faire travailler les gens le dimanche ? Tout euro qui sera dépensé le dimanche ne sera pas dépensé le lundi ou dans la semaine qui suit.
- Engagement 58 : la rupture avec la « Françafrique »
L’intervention militaire de la France, l’ancienne puissance coloniale, au Mali rend difficile de ne pas s’interroger sur la réalité de cette rupture, surtout lorsque l’on examine les quatre objectifs mis en avant par François Hollande pour justifier cette intervention.
1er objectif : rétablir la démocratie au Mali. Mais comment est-il possible de défendre la démocratie en s’alliant à des dictatures, même dans le cadre d’un mandat de l’Onu ? La France est intervenue à la demande d’un « Président malien par intérim », réfugié en France, dont la légitimité était problématique puisque le Président élu avait été chassé par un coup d’Etat militaire. Les alliés de la France, à l’exception notoire du Ghana et de la Côte d’Ivoire, sont le plus souvent des dictatures militaires, issues de putschs militaires, telles le Tchad d’Idriss Déby ou le Burkina Fasso de Blaise Compaoré.
2ème objectif : empêcher que le Mali ne devienne un Etat islamique. Mais comment la France peut-elle atteindre ce but alors qu’elle prend l’initiative pour organiser la riposte aux Islamistes d’une conférence aux Emirats-Unis qui est non seulement une dictature mais aussi un Etat qui applique la charia ? Comment lutter contre l’instauration d’un Etat islamique en demandant à la Mauritanie d’assurer la logistique de l’opération et au Nigeria de participer à l’intervention militaire alors que la Mauritanie est un Etat islamique et que, dans le Nord du Niger, c’est la charia qui est appliquée par les tribunaux ?
3ème objectif : assurer la sécurité des habitants du Mali. Mais les exactions ne viennent pas seulement des Islamistes. Elles sont également le fait de l’armée malienne. Amnesty international dans son rapport de 2012 détaille « cinq mois de terreur » et dénonce « une série de violations des droits humains (…) de tortures » perpétrées par cette armée malienne qui combat aux côtés des militaires français de l’« opération Serval ».
4ème objectif : assurer, l’intégrité territoriale du Mali. Mais il suffit de regarder une carte du Mali pour constater l’étrangeté de cet objectif. La carte du Mali, comme celle de la plupart des Etats africains, a été découpée au cordeau, sans aucun respect pour les populations, par les puissances coloniales à la fin du XIXème. Au nom de quoi les frontières imposées par la colonisation seraient-elle intangibles ?
Toute réflexion sur la dépendance économique du Mali, sur le poids de sa dette publique, la corruption de ses dirigeants et la responsabilité de la France dans cette situation a été évacuée. La « solution » militaire, a été retenue sans que le Parlement ait eu un mot à dire dans cette décision, sans prendre en considération que cette « solution militaire », a mené à l’impasse : en Afghanistan, en Irak, en Palestine…
Engagement 59 : le retrait immédiat de nos troupes d’Afghanistan
Cet engagement a été tenu. Mais la France s’est engagée dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient contre l’ « Etat islamique », sans qu’aucun vote du Parlement n’ait eu lieu et sans qu’aucune réflexion politique n’ait été menée sur trois points déterminants.
D’abord sur la question de savoir pourquoi la Lybie se retrouve dans un tel chaos, après l’intervention militaire de 2011 et quelles ont été les conséquences de ces interventions sur l’armement des « jihadistes » au Moyen-Orient en Afrique.
Ensuite sur le fait que l’« Etat islamique » (EIL) est un pur produit de la politique des Etats-Unis en Irak et qu’il vaudrait peut-être mieux réfléchir à deux fois avant de s’engager aux côtés des USA. Pourquoi les interventions militaires américaines se terminent-elles, comme en Afghanistan ou en Irak, par la mise en place de régimes corrompus qui permettent aux Talibans ou à l’ « Etat islamiste » de revenir ou de d’arriver au centre du jeu politique et militaire ?
Enfin, sur la nature de la « coalition » hétéroclite réunie contre l’EIL : les Etats occidentaux en bonne partie responsable du désastre, une Turquie plus que réticente, les Kurdes hier qualifiés de « terroristes » par ceux qui les couvrent d’éloges aujourd’hui, d’anciens bailleurs de fonds saoudiens ou qataris de l’EIL ; le tout sous l’œil hilare du dictateur syrien, Bachar el-Assad et d’un Iran, d’un seul coup, dédiabolisé.
Engagement 59 : favoriser la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine
L’Etat d’Israël, en dépit des condamnations de l’ONU, continue sa politique de colonisation et de construction d’un « Mur » dont l’objectif est d’annexer plus de 20 % des terres de la Cisjordanie. La Cour Internationale de Justice de la Haye, en 2004, avait pourtant déclaré « illégale » la construction de ce mur et, pour Israël, « l’obligation de détruire cet ouvrage ». L’Union européenne et la France, cependant, n’ont rien fait pour obliger Israël à respecter ce jugement. Au contraire, les relations commerciales entre l’Union européenne et Israël ont été « rehaussées ».
Pire, les circulaires Alliot-Marie et Mercier de 2010, qui assimilent à une incitation à la haine antisémite l’appel au « boycott » des produits israéliens, visant à dénoncer la politique de colonisation pratiquée par l’Etat d’Israël et condamnée par l’ONU, n’ont toujours pas été abrogées.
Dans le communiqué de l’Élysée du 9 juillet, François Hollande affirmait qu’il appartenait « au gouvernement israélien de prendre toutes les mesure pour protéger sa population face aux menaces ». Mais qui protégeait le peuple palestinien pour lequel François Hollande n’avait pas eu un seul mot dans ce communiqué ?
Comment était-il possible de présenter les habitants de la bande de Gaza, soumis à un blocus complet, aérien, maritime et terrestre comme étant l’agresseur ?
L’historien israélien, Shlomo Sand soulignait avec ironie la paradoxe de cette présentation mystificatrice d’Israël comme un Etat qui cherchait uniquement à protéger sa population tout en épargnant les civils palestiniens : « le résultat, étrange et terrible de cette guerre cruelle, est que le Hamas a tiré indistinctement sur des civils et n’a tué quasiment que des militaires, alors qu’Israël, qui disait vouloir frapper des combattants, a tué massivement des civils[13] ».
Après 50 jours d’agression israélienne, le bilan est éloquent : 2 143 morts palestiniens dont 70,3 % de civils parmi lesquels 250 femmes et 480 enfants et adolescents de 10 jours à 17 ans du côté palestinien (selon l’ONU). 64 soldats israéliens et 4 civils, dont un enfant de 4 ans, tués du côté israélien.
375 civils palestiniens tués pour un civil israélien : mais les Palestiniens étaient les agresseurs !
François Hollande a, par la suite, sous la pression de l’opinion publique, en France et à l’étranger, pris un peu plus en compte le sort du peuple palestinien. Mais le mal était, malheureusement fait et le communiqué du 9 juillet avait é »té utilisé par Benjamin Netanyahou pour légitimer l’agression israélienne contre la bande de Gaza.
Les 11 régressions qui n’étaient pas prévues dans les « 60 engagements »
Le pacte de compétitivité
Ce « pacte » entre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et un patronat qui ne s’engage à strictement aucune contrepartie n’est pas un « pacte » mais un pari sur la bonne volonté du Medef d’investir et de créer des emplois plutôt que de spéculer ou de distribuer des dividendes.
Il prend la forme d’une distribution de 20 milliards d’euros par an au patronat, sous forme de crédit d’impôt. Le salariat paiera l’addition tout d’abord, au moyen d’une augmentation de la TVA (7 milliards d’euros). Au moyen, ensuite, de plus de 10 milliards de réduction des dépenses publiques qui touchera surtout les plus démunis, ceux qui ne peuvent pas payer des services privés, que ce soit les transports, les assurances santé complémentaires, les activités récréatives, sportives, culturelles de leurs enfants…
La loi Sapin du 14 juin 2013
La loi dite de « Sécurisation de l’emploi » est la traduction législative (presqu’intégrale) de l’Accord national interprofessionnel (ANI) signé par le patronat (Medef, CGPME, UPA) et trois syndicats de salariés « représentatifs », la CFDT, la CFTC et la CGC, le 11 janvier 2013.
Loin de sécuriser les emplois, cette lois sécurise les licenciements en « libérant » le patronat de nombreuses obligations légales et rend possible une flexibilité du travail que le code du travail refusait avant le vote de cette loi.
Les entreprises peuvent imposer, légalement, une flexibilité interne à leurs salariés : création de CDI « intermittents » qui n’ont plus rien de CDI, à « titre d’essai » dans plusieurs secteurs d’activité ; mobilité géographique ou professionnelle obligatoire sous peine de licenciement ; baisse des salaires ou variation du temps de travail lorsque l’entreprise « connaît des difficultés conjoncturelles ».
Les entreprises peuvent, tout aussi légalement, imposer une flexibilité externe : procédures de licenciements simplifiés, réduction à deux ans (contre cinq auparavant) de la période pendant laquelle un salarié peut saisir le tribunal des prud’hommes ; limitation de l’intervention du juge en cas de licenciements. Avec une telle loi, les « Goodyears » à Amiens n’auraient jamais pu garder leurs emplois pendant 7 ans après la décision de l’entreprise de les licencier ; il n’aurait pas fallu plus de 3 mois pour que leur sort soit réglé.
La contrepartie pour les salariés est, pour l’essentiel, une sécurisation individuelle constituée par des droits aux allocations chômage « rechargeables » et la création d’un compte personnel de formation qui ne pourra être utilisé sans l’accord de l’employeur. Les complémentaires-santé deviennent obligatoire dans toutes les entreprises mais les primes acquittées par les employeurs doivent maintenant être ajoutées aux revenus déclarés par le salarié. L’entrée de deux représentants des salariés au Conseil d’administration des entreprises de plus de 5 000 salariés ne concerne que 200 entreprises…Quant aux 24 heures minimum de travail hebdomadaire pour les temps partiels (essentiellement des femmes) le patronat ne veut plus en entendre parler.
La loi de juin 2013 est une fidèle application de la célèbre recette du pâté d’alouette : une alouette de sécurisation, un cheval de flexibilité.
La contre-réforme des retraites
Le 18ème engagement de François Hollande prévoyait l’ouverture d’ « une négociation globale dès l’été 2012 avec les partenaires sociaux ». Qui, cependant, pouvait penser que le Premier ministre, membre d’un parti dont les militants s’étaient retrouvés au coude-à-coude avec les millions de salariés qui manifestaient contre les projets de contre-réforme de nos retraites par la droite en 2003 et 2010, ferait voter une loi entérinant tous les reculs de la droite et les amplifierait ?
C’est pourtant ce qui s’est produit. Après que les socialistes aient protesté et manifesté contre l’augmentation du nombre de trimestres de cotisation en 2003, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault imposait une nouvelle augmentation de 6 trimestres. Qu’importe si, avant même cette augmentation du nombre de trimestres, 60 % des salariés du privé ne sont plus en activité mais en maladie, en invalidité ou au chômage quand ils prennent leur retraite !
La loi du 21 janvier 2014 entérinait les mesures prise par Sarkozy : le report de l’âge légal de la retraite à 62 ans ; le recul à 67 ans de l’âge butoir pour les personnes (essentiellement des femmes) n’ayant pas tous les trimestres de cotisation nécessaires avant cet âge.
François Hollande nous promettait le 28 août 2013 une « réforme juste et équilibrée ». Pour en juger, il suffit d’aller sur le site du Premier ministre : en 2040, le prélèvement cumulé serait de 16 milliards d’euros sur les revenus des retraités et des salariés en activité mais n’atteindrait que 0,8 milliards pour le patronat (les cotisations « pénibilité »).
Toutes les mesures présentées comme des « avancées sociales » n’étaient, en réalité que des limitations, réservées à certaines catégories de salariés, des reculs orchestrés par la contre-réforme, que ce soit pour les femmes travaillant à temps partiels, les apprentis, les étudiants pouvant racheter 4 trimestres (à quel prix ?) ou les salariés soumis à un travail pénible. Le Medef traînait des pieds pour mettre en œuvre cette dernière mesure, sous prétexte qu’elle était trop compliquée. Le gouvernement de Manuel Valls accepta l’ultimatum du Medef qui menaçait de ne pas participer à la « Conférence sociale » et, non seulement diffèra l’application de cette mesure mais la vida d’une partie de son contenu en ne retenant plus que 4 « facteurs de pénibilité » au lieu de 10. Le Medef exige maintenant l’annulation pure et simple du compte « pénibilité » !
Loin d’assurer la « pérennité de notre système de retraites solidaire » comme l’affirmait le 18ème engagement de notre Président de la République, cette réforme l’affaiblit considérablement. Quel jeune, aujourd’hui, pourrait avoir confiance en un système qui allonge continuellement la durée de cotisation alors que l’âge d’un premier travail stable recule toujours plus ?
Le Medef peut se frotter les mains : les profits et les dividendes ne seront pas mis à contribution et la place au soleil des retraites supplémentaires (les fonds de pension) s’est encore agrandie.
Le « Pacte de responsabilité »
Le pacte de responsabilité accorde, chaque année, 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux et sociaux supplémentaires au patronat sans qu’il s’engage, là encore, à la moindre contrepartie en termes d’emplois ou de salaires. Comment espérer d’ailleurs que les entreprises investissent (autrement qu’en spéculant) alors, que selon l’INSEE, au 1er trimestre 2015, ce près de 20 % des capacités productives des entreprises ne sont pas utilisées ? Comment un Président de gauche, un Premier ministre de gauche, un Parlement de gauche ont-t-ils pu remettre « les clés du camion » au Medef et remettre, ainsi, leur sort entre ses mains ?
Le Medef soutire le maximum de ce qu’il est possible de soutirer à la majorité de gauche sans rien accorder en contrepartie. Il prépare, du même coup, en coupant le PS de sa base sociale, le retour de la droite qui lui a promis plus du double (130 milliards d’euros !) que ce que les gouvernements socialistes lui ont déjà accordé.
A ce cadeau au patronat, Manuel Valls a ajouté un plan d’austérité de 50 milliards de restriction budgétaire (en trois ans) pour satisfaire aux exigences de la Commission européenne. Ces restrictions se feront uniquement au détriment des salariés, des chômeurs, de ceux qui perçoivent des prestations sociales.
Qui va payer les 19 milliards de réduction des dépenses de l’Etat ? Qui, si ce n’est les fonctionnaires dont le pouvoir d’achat va continuer à diminuer puisque la valeur du point de la fonction publique est gelée ? Qui, si ce n’est tous ceux qui ne peuvent pas se payer le luxe d’utiliser des services privés et qui dépendent des services publics pour tenter de mener une vie normale ?
Qui va payer les 21 milliards de restrictions budgétaires de la Sécurité sociale ? Les usagers d’un Hôpital public de plus en plus incapable de faire face aux besoins de la population ? Ceux qui verront les tarifs de leur mutuelle augmenter ? Ceux qui devront renoncer à des soins ?
Qui va payer les frais de la diminution de 10 milliards des dépenses des collectivités territoriales alors que ces dernières sont à l’origine de 70 % de l’investissement public ?
Quant au patronat, loin d’investir pour créer des emplois, il diminue ses investissements : de 0,7 % et de 0,8 % au 1er et 2ème trimestre 2014. Les dividendes versés aux actionnaires ont, pour leur part, augmenté de 30 % ! Qui peut ne pas voir que le patronat ne se sent en aucune façon engagé par le « pacte » de responsabilité et que, comme toujours, il ne défend que ses propres intérêts ? Le 27 août, le patron des patrons, Pierre Gattaz n’a d’ailleurs pas caché la couleur en appelant à cesser de raisonner « en termes de donnant-donnant » !
La stigmatisation des Roms
Les pratiques discriminatoires des autorités françaises contre les Roms s’étaient généralisées et intensifiées sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Elles n’ont pas cessé sous la présidence de François Hollande et un jeune Rom a été lynché à Pierrefitte-sur-Seine.
Manuel Valls, devenu Ministre de l’intérieur, a continué la même politique de démantèlement des camps que Brice Hortefeux ou Claude Guéant. Il n’a pas hésité à reprendre à son compte des idées proches de celles de l’extrême-droite en affirmant que l’insertion des Roms était impossible, pour la majorité d’entre eux, en raison « de leurs modes de vie extrêmement différents des nôtres » et que «les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie.»
Cette stigmatisation des Roms par un ministre socialiste est intolérable.
L’insertion des Roms pose problème, avant tout, parce que notre pays applique toujours un régime transitoire aux ressortissants roumains et bulgares, que rien n’est prévu pour leur relogement décent lorsque les camps dans lesquels ils sont forcés de vivre sont démantelés, que le marché du travail ne leur est que partiellement ouvert et que très peu de progrès ont été réalisés en terme de scolarisation de leurs enfants.
Si notre gouvernement voulait vraiment s’en donner les moyens, l’insertion de 15 000 ou 20 000 Roms, qui ont fui la Roumanie ou la Bulgarie parce qu’ils y étaient persécutés, ne devrait pas être un problème insurmontable.
Il faudrait pour cela que Manuel Valls accepte de quitter la posture qui consiste à se poser en champion de la lutte contre l’insécurité en pointant du doigt une minorité déjà fragilisée. Cette posture a, pourtant, fait long feu puisque, aux élections européennes, les électeurs du Front National ont, comme à chaque fois, préféré l’original à la copie. Plus de 50 % dans un sondage d’opinion, cela ne fait pas forcément 14 % dans une élection.
La stagnation, le recul du pouvoir d’achat
A l’exception, en 2012, du dérisoire « coup de pouce » de 6,45 euros par mois pour un salarié payé au Smic, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a suivi la même politique que Nicolas Sarkozy en n’accordant plus le moindre « coup de pouce » à l’augmentation du Smic.
La valeur du point a été « gelée » dans la Fonction publique ce qui signifie que le point n’ayant pas augmenté alors que les prix augmentaient, le pouvoir d’achat du point diminuait.
Les « assouplissements » apportés par Manuels Valls à la désindexation des retraites sur les retraites inférieures à 1 200 euros par mois ne signifient pas que le montant de ces retraites sera augmenté mais simplement une stabilisation de leur pouvoir d’achat. Manuels Valls avait d’abord annoncé son intention de réduire ce pouvoir d’achat, il a fini par renoncer et présente ce recul comme une avancée majeure.
Le pouvoir d’achat des salariés payés au Smic n’augmenterait pas de 500 euros par an comme l’a annoncé notre gouvernement, dans son « pacte de solidarité ». Ce que Manuels Valls accordait de la main gauche, il le retirait de la main droite en fragilisant, au passage, la Sécurité sociale. Il s’agissait d’un simple tour de passe-passe. Le patronat n’aurait pas à financer quoi que ce soit, ce sont les salariés qui financeraient l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire indirect, les cotisations sociales.
Le Conseil constitutionnel a refusé cette baisse des cotisations sociale, sans se soucier pour autant, de la baisse constante de la part patronale des cotisations sociales à laquelle il n’a rien trouvé à redire.
La « nouvelle étape de la décentralisation »
Certes, le 54ème engagement de François Hollande affirmait « J’engagerai une nouvelle étape de la décentralisation » mais ce qu’a annoncé Manuel Valls, le 8 avril 2014, allait à l’encontre de toutes les déclarations et de tous les combats du Parti socialiste depuis la décentralisation mise en place par Gaston Deferre en mars 1982.
Le nouveau Premier ministre, le 8 avril 2013, annonçait que le nombre de régions serait diminué de moitié et que si les régions refusaient de fusionner, le gouvernement imposerait pour le 1er janvier 2017 une nouvelle carte des régions. François Hollande, le 2 juin 2014, optait pour 14 régions.
Toujours dans le but de satisfaire aux impératifs de réduction des déficits publics dans les délais imposés par la Commission européenne, notre Premier Ministre a, dans la foulée, annoncé que les conseils départementaux seraient supprimés à l’horizon 2021. Il annonçait, également, la suppression de la clause de compétence générale qui permet à une collectivité d’intervenir dans un domaine de compétences dès lors que l’intérêt de son territoire peut être invoqué. La majorité de gauche l’avait pourtant réintroduite en 2013, après sa suppression par la droite en 2010.
Martine Aubry, a eu raison de dénoncer le « jeu de Monopoly » qui se déroulait sous les yeux des habitants de notre pays, quelque peu interloqués, alors qu’aucun principe de base de la réforme territoriale n’avait été défini.
Les attaques incessantes contre le droit du travail
Le Medef ne veut plus entendre parler du droit du travail qu’il considère comme une contrainte nuisible à ses profits et qu’il faut réduire au minimum. Le gouvernement de Manuel Valls, comme celui de Jean-Marc Ayrault, obtempère.
L’amnistie de syndicalistes a été repoussée
La mesure, pourtant votée en première lecture, a été suspendue et des élus syndicaux sont poursuivis pour avoir refusé un prélèvement d’ADN.
L’indépendance de l’Inspection du travail est remise en cause
Alors qu’il faudrait doubler les effectifs de l’inspection du travail car il y a aujourd’hui 2 250 agents de contrôle pour 1,8 millions d’entreprises en France, le projet en préparation, refusée par la majorité écrasante des inspecteurs et contrôleurs du travail, remet en cause son indépendance. Cette indépendance est pourtant garantie par la convention n° 81 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). La droite n’a pas osé s’attaquer à l’inspection du travail, ce n’est pas à la gauche de le faire.
Les élections prud’homales en danger ?
Pourtant, elles restent la seule grande élection nationale démocratique pour les salariés du secteur privé. Cette suppression faciliterait la remise en cause des tribunaux prud’homaux dont les jugements sont estimés beaucoup trop onéreux par le Medef.
Les seuils sociaux des entreprises gelés pendant 3 ans ?
C’est l’argumentation du patronat qui est reprise, celle de l’ « effet de seuil » qui affirme qu’une entreprise de 9 salariés ne veut pas embaucher un 10ème de peur de devoir procéder à l’élection de délégués du personnel et que le patron d’une entreprise de 49 salariés n’embauchera jamais un 50ème salarié, de peur de se retrouver avec un Comité d’entreprise sur les bras.
Tous les syndicats de salariés refusent cette perspective qui fait du syndicalisme l’ennemi de l’emploi. En 2008, le Parti Socialiste, par la voix d’Alain Vidalies, s’était élevé contre un amendement de l’UMP qui réclamait un gel des seuils sociaux pendant 3 ans : en 2008, 2009 et 2010. En Allemagne, les représentants du personnel sont obligatoires dès qu’une entreprise atteint 5 salariés.
Pourquoi ne pas mettre en place une représentation syndicale dès le premier salarié d’une entreprise, avec l’élection de délégués du personnel pour une zone de Très Petites Entreprises (TPE) ? Cela éviterait les «effets de seuil » et permettrait aux salariés de défendre leurs droits.
En Allemagne, le modèle tant vanté, les instances représentatives du personnel sont élues dès que l’entreprise atteint 5 salarié.
La généralisation du « portage salarial »
Manuel Valls l’a annoncé, lors de l’Université du Medef, le 27 août, dans sa brûlante déclaration d’amour au patronat : le “portage salarial” pourra être étendu à l’ensemble des salariés. Des salariés vont pouvoir être “loués” aux conditions du client !
Le prêteur de salarié ne sera plus forcément une entreprise d’intérim. Il ne risquera plus d’être accusé de “prêt de main d’œuvre illicite” ni de “marchandage”” ni de “fausse sous-traitance”. Jusque là cette pratique était très limitée, réservée aux cadres gagnant plus de 2 900 € par mois, employé en CDI dans une entreprise de portage salarial.
Alors Valls a annoncé, lors de l’Université de rentrée du Medef, en 2014, qu’il allait faire sauter les dispositions qui encadrent le portage salarial. Le patronat s’est aussitôt réjoui de tout ce que cela allait lui permettre d’imposer sans contrôle comme dérogations et souplesses de contrats, de salaires, de durée du travail… Voila un nouveau contrat de travail dérégulé : encore ça de pris pour le Medef !
Sous la pression du Medef, c’est maintenant le Smic, le CDI, les représentants du personnel dans les entreprises de moins de 50 salariés (8 millions de salariés !) qui sont en remis en cause.
Le Medef part, également, en guerre contre l’assujettissement des dividendes versés par les sociétés anonymes à des cotisations sociales.
Plus on en donne au Medef, plus il en exige !
Jamais, pourtant, il ne veut s’engager à accorde la moindre contrepartie en termes d’investissements productifs et d’emplois. Cela n’a rien de surprenant, depuis des dizaines d’années, le patronat affirme que l’entreprise a un seul objectif : réaliser des profits. Qui peut s’étonner de leur politique du « toujours plus » ?
Le projet de loi Macron
La loi Macron a été adoptée en 1ère lecture à l’Assemblée nationale. Elle n’est donc toujours pas adoptée et, le congrès du Parti socialiste induisant la prudence, elle ne sera pas présentée au vote de l’AN avant juin 2015.
Cette loi est une loi hétéroclite qui se fixe comme objectif de mettre fin aux « blocages » qui entraveraient la croissance économique. Elle touche à tous les domaines : professions juridiques, péages d’autoroute, taxis, publicité dans les stades, droit du travail, santé, transports…
Selon la même recette du pâté d’alouette employée par la loi Sapin de juin 2013, elle comporte une alouette de mesures favorables aux salariés et un cheval de mesures favorables aux employeurs.
Ce projet de loi obéit aux dogmes libéraux qui n’ont fait leurs preuves, nulle part, bien au contraire. Le chômage diminue soi-disant au Royaume-Uni mais la méthode de calcul du taux de chômage a changé 27 fois sous Margaret Thatcher et John Major. Un salarié qui « bénéficie » d’un « contrat zéro heures » et qui attend un appel téléphonique lui permettant de travailler quelques heures par mois n’est plus considéré comme un demandeur d’emploi.
Le projet de loi Macron étend le travail dominical et recule l’heure du travail de nuit de 21 heures à 24 heures ; il veut imposer que la sanction d’un licenciement abusif dépende d’un barème destiné à « rassurer les employeurs » plutôt que d’un juge ; l’inspection du travail serait privée de son droit de poursuivre pénalement les employeurs en cas de délit d’entrave ; les plans sociaux seraient appréciés non en regard des moyens du groupe mais au regard des seuls moyens dont dispose l’entreprise ; les travailleurs handicapés auraient encore moins la possibilité de s’insérer dans le monde du travail, le marché du sang serait ouvert aux capitaux privés…
La seule fonction de cette loi qui, de l’avis de la plupart des économistes, n’aura aucun effet sur la croissance et de satisfaire les exigences du Medef et de la Commission européenne, aux dépens des droits de salariés de vivre dignement.
Le projet de loi Rebsamen
Les CHSCT seraient inclus dans les « délégations uniques du personnels » (DUP) et perdraient leur spécificité au moment où la course à la compétitivité met de plus en plus en danger la santé des salariés (troubles musculo squelettiques, AVC, burn out…).
Ce projet de loi cherche à généraliser les référendums d’entreprises qui se résument le plus souvent à un chantage patronal (c’est la diminution des salaires ou la clé sous la porte !) plutôt qu’à une négociation.
La représentation des salariés au Conseil d’administration resterait aussi infinitésimale qu’avec la loi Sapin. Sur les entreprises du CAC40, par exemple, 10 se considèrent comme non concernées par la loi de juin 2013, leurs holdings employant… moins de 50 salariés !
Là encore pourquoi ne pas imiter le « modèle allemand », tant vanté quand il s’agit de diminuer les salaires, et de composer les Conseils d’administration de 50 % de salariés ?
Les banquiers et des politiciens de droite à l’Elysée, au ministère de l’économie et à la « défense des droits »
Les banquiers ont toute leur place à l’Elysée. Emmanuel Macron, venu de la Banque Rothschild a été secrétaire général adjoint de l’Elysée de mai 2012 à juin 2014. Il fût à l’origine du « pacte de compétitivité » comme du « pacte de responsabilité ». Il a été remplacé en juin 2014 par Laurence Boonne, ancienne responsable chez Bank of America, connue pour son opposition à la loi (pourtant dérisoire) de régulation bancaire.
Jacques Toubon, lui, est un homme politique de droite. Ancien Ministre de la culture d’Edouard Balladur et ex-garde des sceaux d’Alain Juppé. Il est devenu « Défenseurs des droits ». Comment François Hollande a-t-il nommer à ce poste, une personnalité qui s’est illustrée en votant contre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, en proposant, alors qu’il était ministre de la justice en 1995, l’amnistie des infractions commises par les commandos anti-IVG et, toujours sous la casquette de ministre de la justice, en faisant affréter un hélicoptère à la recherche du procureur d’Evry jusque dans l’Himalaya dans l’espoir qu’il reviendrait sur la décision d’ouvrir une information judiciaire contre Xavière Tibéri ?
Quant à Jean-Pierre Jouyet, le nouveau Secrétaire général de l’Elysée, il vient à la fois du gouvernement Sarkozy et de la Finance. Il a été Secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy, chargé des affaires européennes, de mai à décembre 2007. Il dirigea Barclays France en 2005 et présida l’Autorité des marchés financiers de 2008 à 2012.
Couronnement de tout cela : Emmanuel Macron, l’ex-banquier d’affaires dont la vision du monde reste celle d’un banquier d’affaires, vient d’être nommé ministre des finances du 2ème gouvernement Valls !
Conclusion : le 61ème engagement de François Hollande
Le 61ème engagement de François Hollande figurait, avec sa photo, sur la première page du petit opuscule distribué à des millions d’exemplaires lors de l’élection présidentielle de 2012 : « Le changement c’est maintenant ».
Il serait temps de mettre ce 61ème engagement en pratique et de revenir à l’orientation du discours du Bourget, le tournant de la campagne présidentielle qui avait permis la victoire de François Hollande, lorsqu’il avait affirmé « Mon adversaire, c’est le monde de la finance ! »
Mais comment pourrait-il mettre ce 61ème engagement en pratique si lui-même ou l’Assemblée Nationale ne mettait pas fin aux fonctions de l’actuel Premier ministre, Manuel Valls, qui déclarait, le 6 octobre 2014, au cœur de la City de Londres, devant un parterre de financiers, que son gouvernement était « pro-business » ? Une affirmation sans équivoque : son gouvernement est pro-affaires, pro-finance, pro-profits, pro-pognon ! Qu’il veuille que le Parti socialiste supprime le terme « socialiste » n’a donc pas vraiment de quoi surprendre.
3 mais 2015
[1] Portail du gouvernement (République française – Premier ministre – 06/05/2014)
[2] AFP 13/04/2013.
[3] Insee Première n° 1399 – Mars 2012 « Un tissu productif plus concentré qu’il ne semblait ».
[4] Challenges – 18/07/2013 « Comment les grands groupes rackettent les PME grâce au Cice ».
[5] Voir, par exemple, les déclarations de Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, devant la Commission des finances de l’Assemblée Nationale – Séance du 30 janvier 2013 – Compte-rendu n° 60.
[6] Assemblée nationale – Rapport d’information déposé par la Commission des Finances, présenté par M. Gilles Carrez, rapporteur général, député, 30 juin 2010.
[7] Commission européenne « Rapport sur les aides d’Etat accordées par des Etats-membres de l’Union européenne » – 21/12/2012.
[8] Entretien accordé à Martine Orange et Laurent Mauduit le 14/04/2013.
[9] André Grimaldi, professeur de diabétologie à la Pitié- Salpêtrière (Paris) – Les dossier de Viva « Les effets pervers de la tarification à l’activité » Anne-Marie Thomazeau – 29/04/2014.
[11] Les Echos – 22/05/2014 « L’Unedic ne voit pas le chômage baisser d’ici 2017 »
[12] Le Monde – 18/06/2014
[13] « Les muses et la mort » – Mediapart – 20 août 2014.





