« - C’est une alerte ». Ce n’est pas une alerte, il y a le feu ! »

Au soir des élections européennes, le porte-parole du gouvernement de gauche dit « - C’est une alerte ». Ce n’est pas une alerte, il y a le feu !

Ce n’est pas un langage mondain qu’il faut tenir. Il ne faut pas diminuer l’impact de l’évènement il faut en prendre la mesure.

Inutile de se rassurer en constatant qu’il y a 60 % d’abstentions, et que le FN n’obtient que 10 % des inscrits : le parti néo-fascisant est affiché en tête !

Quelle image cela donne au pays ? Comment pareille catastrophe est elle arrivée ? Sous la gauche !

Le FN fait presque le double du PS en voix exprimées. Le total droite fait 45 %. Et la gauche toute confondue, fait 33 % seulement, tellement la politique du PS entraine toute la gauche vers le fond. Aucune partie de la gauche ne peut gagner contre l’autre, sans l’autre.

En fait le pays et son salariat majoritaire sont toujours à gauche, mais plus de 25 % des voix manquent à l’appel, c’est la gauche déçue et en colère, qui s’est abstenue –faisant mécaniquement monter la droite, en pourcentage.

Le Premier ministre clame que c’est la deuxième fois en huit semaines, après les municipales, que ce type de vote se produit. Et il ajoute « il n’y a pas une minute à perdre »… pour continuer, accélérer et amplifier la politique… que les électeurs rejettent. Sourd et aveugle. Mais justement en huit semaines seulement, il a perdu crédit pour le faire.

Le Président dit la même chose « On ne doit pas changer de ligne selon les circonstances… ». Mais comment pareille affirmation est-elle possible ? Bien sur que l’action politique c’est « changer de ligne selon les circonstances » et selon les exigences populaires. Un Président qui n’écoute pas ses électeurs, les défie, méprise, piétine la démocratie, conduit le pays à une crise majeure.

Ce n’est pas l’adhésion des électeurs à l’obscur et menaçant programme de Le Pen qui explique ça, mais c’est le sentiment puissant, massif, de dégoût, de colère, ressenti par des millions et millions de nos concitoyens vis à vis de la trahison du choix qu’ils ont fait en mai juin 2012.

Chacun en ouvrant son poste de radio ou de télévision, voit que la France est immensément riche, et ressent avec amertume les appels à se serrer la ceinture, à une austérité qui engendre la récession, le chômage, la misère, et d’intolérables inégalités. On a 5 millions de chômeurs, 10 millions de pauvres, et on choisit de donner 35 milliards aux patrons, à la finance, alors que 1 % possède 25 % des richesses, 10 % en possèdent 60 %. De ce point de vue l’Europe n’empêche rien et n’impose rien : si on veut, on peut, et donc on doit redistribuer les richesses, maintenant, vite.

On nous demande ce qu’il faut faire en urgence : augmenter le Smic et les salaires, faire une réforme fiscale avec un impôt direct progressif et une reprise exceptionnelle, immédiate et forte sur les dividendes, sur les fortunes abusives, sur la rente. Pas de revenu supérieur à 20 fois le Smic. Contre le chômage de masse, il faut baisser la durée du travail, sur la semaine, sur l’année, sur la vie, et reconstruire un droit du travail digne de ce nom, contre la précarité.

Tournons le dos au dogmatisme, aux 3 %, pire, aux 0,5 % imposés par des gourous technocratiques et irresponsables, ce n’est pas l’austérité mais la redistribution des richesses, qui nous sortira de la crise et qui assurera des rentrées fiscales et des équilibres budgétaires.

Pour cela il faut restaurer la démocratie parlementaire, écouter le peuple et non pas le mépriser, il existe une majorité rouge rose verte à l’Assemblée nationale, c’est elle qui doit gouverner – pas un homme seul. La gauche EELV, PS, FDG, toute la gauche, doit se rencontrer, débattre, s’unir sur un programme d’action commun et immédiat : il peut être mis en œuvre aussitôt car le pouvoir est actuellement entre ses mains. L’espoir est là pour peu qu’il s’appuie et se nourrisse aussi de grandes luttes sociales.

C’est la seule façon d’empêcher la déroute qui s’annonce impitoyablement – comme le 30 mars et le 25 mai. C’est une question de survie pour toute la gauche. Sinon elle perdra le Sénat, toutes les régions, et il restera un groupe de 50 députés, le président sera balayé. Droite et extrême droite reviendront et ravageront le pays encore plus pour le seul compte de l‘oligarchie.

C’est aussi la seule façon d’empêcher des reculs de civilisation, des services publics, de la santé, de la citoyenneté, de la solidarité. Cap à gauche ou cap suicide, cap UMP FN…

 

 

Le crépuscule du droit pénal du travail par CGT SAF SM

Syndicat de la Magistrature

12-14 rue Charles Fourier, 75013 PARIS

Tel 01 48 05 47 88 – Fax 01 47 00 16 05

Mail : contact@syndicat-magistrature.org

site : www.syndicat-magistrature.org

Syndicat des Avocats de France

34, rue St- Lazare, 75009 Paris

Tél : 01 42 82 01 26

Syndicat National CGT Travail, Emploi, Formation Professionnelle

50 ter rue de Malte 75011 Paris

Tel : 01 53 36 33 08

Mail : syndicat.cgt@cgt.travail.gouv.fr

Paris le 21 mai 2014

Communiqué de presse

Le crépuscule du droit pénal du travail

Le 27 février 2014, le Sénat rejetait la réforme de l’inspection du travail – curieusement incluse dans le projet de loi sur la formation professionnelle – contraignant le ministre du travail à retirer son texte. Pour autant, le gouvernement n’a pas renoncé : malgré l’opposition des parlementaires et la mobilisation des organisations syndicales, dénonçant l’atteinte portée à l’indépendance de l’inspection du travail, il a commencé par recourir à un décret pour imposer aux 2230 inspecteurs et contrôleurs le volet de la réforme consacré à la réorganisation du corps d’inspection.

 

Restait le volet de la réforme relatif à leurs pouvoirs : il revient plus discrètement sous la forme d’une proposition de loi, actuellement en cours d’examen à l’Assemblée Nationale, évidemment selon la procédure d’urgence.

L’objectif est vertueux – « renforcer l’efficacité des contrôles » – et le postulat commode : la justice pénale est notoirement inefficace pour sanctionner les infractions au code du travail. Les dispositions de la proposition de loi pourraient donc sembler de bon sens puisqu’il s’agit d’abord de court-circuiter, en pratique, le procureur de la République en créant des amendes administratives pour sanctionner les infractions au « socle de base en matière de respect des droits des salariés ». Mais que l’on se rassure : les apparences seront sauves puisque les incriminations pénales existantes resteront virtuellement dans le code. Il s’agit ensuite de mettre en place un mécanisme de transaction pénale pour l’essentiel des infractions au code du travail.

En dépit de bien maigres avancées, comme l’extension de la possibilité de faire cesser des travaux en cas d’atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs, cette proposition organise donc la dépénalisation rampante du droit du travail : la justice sera exclue, en droit ou de fait selon les cas, des mécanismes de sanction, lesquels relèveront du directeur régional du travail (DIRRECTE) alors même que son statut ne lui confère aucune garantie d’indépendance.

 

Au mépris du principe fondamental d’égalité devant la loi pénale, ce transfert de compétence offrira aux employeurs une alternative commode pour échapper au risque des poursuites pénales qui nuisent tant à leur image. Ils pourront ainsi négocier avec l’administration, à l’abri des regards, les conséquences de leurs choix dans des domaines aussi importants pour les droits des travailleurs que les règles régissant le contrat de travail, le recours à l’intérim, le droit disciplinaire, la durée du travail, la rémunération. Et, mis à l’écart de ces procédures, ni les travailleurs ni les organisations syndicales qui défendent leurs intérêts ne pourront faire entendre leur parole et faire valoir les droits des victimes de ces infractions.

Ainsi les graves carences de la justice dans la mise en œuvre du droit pénal du travail – toujours sacrifié au profit de la sacro-sainte comparution immédiate des auteurs d’infractions de droit commun – servent de prétexte à sa démission. Renonçant à une réflexion ambitieuse pour restaurer le respect de l’ordre public social dans l’intérêt de la société, le gouvernement préfère transférer à l’administration la répression de ces infractions.

Alors que les impératifs de protection sociale sont de plus en plus forts, le Syndicat de la Magistrature, le Syndicat des Avocats de France, et le Syndicat Nationale CGT Travail Emploi Formation Professionnelle dénoncent les choix du gouvernement et la banalisation des violations du droit du travail qu’ils entérinent. Il appelle les parlementaires à résister à ces projets qui, après la loi dite « de sécurisation de l’emploi », relèguent au second plan les missions de contrôle et de sanction incombant au juge judiciaire en même temps qu’ils dévaluent le droit du travail au détriment de la protection des salariés.

 

Députés de gauche, ne votez pas la casse de l’inspection du travail

Le projet de loi Sapin-Rebsamen-Robillard qui vise à casser l’inspection du travail est un cadeau au Medef en « dessous de table » du « pacte de responsabilité ». Dés juin 2012 la droite autour de JD Combrexelle à la Direction générale du travail (DGT) a été maintenue en place par le ministre de gauche avec un double projet déclaré :  mater l’inspection du travail et truquer la représentativité syndicale. Elle a atteint son but le 31 mars en réussissant à proclamer que le bloc CFDT CFTC CGC était majoritaire aux termes de scrutins douteux collationnés par des DRH.

Elle est en passe de l’atteindre contre l’indépendance de l’inspection. Il s’agit d’empêcher que les inspecteurs du travail soient nommés par arrêtés sur leur poste, sur leur territoire, afin qu’ils puissent être mutés facilement au gré de leur hiérarchie. Il s’agit d’imposer que les propositions de sanction par observations, mise en demeure ou procès verbal ne relèvent plus de l’inspecteur mais soient désormais sous contrôle de la hiérarchie.

Ainsi y aura t il dépénalisation du droit du travail, les patrons échapperont au juge correctionnel et pourront négocier, « plaider coupable », arranger le coup, avec des chefs des nouvelles « Direccte » (lesquels sont nommés par le haut et ne sont pas passés par l’inspection).

Des tractations politiques remplaceront la défense de l’état de droit dans les entreprises ! Les missions des agents de contrôle sur le terrain pourront librement être détournées par la hiérarchie politisée sur ordre des préfets.

La loi s’intitule « pour un ministère  du travail fort » et va à l’encontre d’une « inspection du travail forte ».

Lors de mon audition par le député rapporteur mercredi 7 mai,  celui-ci était déjà tout acquis à ce sabotage de l’inspection telle qu’elle existe depuis 1945. Il refusait les trois amendements minima que je proposais :

1°) réaffirmer en préambule l’indépendance des missions des inspecteurs du travail conformément à la convention OIT n°81 qui indique qu’ils ont pour « mission d’alerter LES gouvernements en place sur le sort qui est fait aux salariés ». Le rapporteur fut hypocrite en prétendant que cela y était déjà et que la convention « existait ». Mais non, l’indépendance des missions, de la fonction, du rôle, ne supportent pas une phrase vague sans référence ! Elle exige d’être réaffirmée.

2°) de préciser qu’à l’intérieur de chaque unité de contrôle, chaque inspecteur serait affecté par arrêté sur son territoire de compétence et ne saurait donc être soumis aux caprices de son hiérarque. Le rapporteur a répondu que c’était du domaine réglementaire et pas législatif : il se moquait car la loi peut évidemment (et doit) préciser quels genres de règlements doivent s’appliquer.

3°) de préciser que les sanctions, qu’elles soient pénales ou administratives relevaient de la compétence souveraine des agents de contrôle. Là, le rapporteur n’a même pas fait semblant, il s’agit bien de déposséder les inspecteurs des suites de leurs contrôles, ce qui revient à vider la fonction de contrôle de son pouvoir.

Le rejet des ces trois amendements est décapant. Il met le doigt sur le sens profond de l’opération. Le Medef fait semblant de se plaindre des « sanctions administratives » qui arrivent, mais en fait il en est profondément réjoui, c’en est fini du juge, il ne restera plus aux patrons qu’à bien se faire comprendre des hiérarchies du ministère sélectionnées non pas sur leurs capacités de contrôle le nez sur le terrain, mais sur leur yeux fermés et leurs connivences politiques.

Manuel Valls l’a proclamé et sa phrase était un « collector » passé inaperçu :  « il est difficile de faire quelque chose pour les salariés ». Là il s’agit de porter un coup terrible CONTRE les droits des salariés. Après l’ANI, après le refus d’amnistier les syndicalistes, après le travail le dimanche, ce sont autant de cadeaux au Medef, en espérant que celui ci renvoie l’ascenseur en « emplois ». Ce qui n’arrivera naturellement jamais.

Il faut que les députés de gauche rejettent cette loi qui fait l’objet de 100 % d’opposition parmi les syndicats dans l’inspection du travail. C’est aussi grave que tout le reste du « pacte de responsabilité », il ne s’agit pas de milliards distribuées en vain, mais de droits et de dignité perdus.

Gérard Filoche  (gerard.filoche@gmail.com) (in l’Humanité de mardi 20 mai)

 

Pour un smic européen et non aux abus contre les travailleurs « détachés »

Il existe 22 Smic en Europe dans les 28 états de l’Union. La première bataille est de faire établir un Smic dans les 28 pays. Il n’en reste que 6 à convaincre.

Il est possible ensuite de proposer et défendre un Smic européen progressivement aligné sur le plus élevé selon un calendrier et une méthode réalistes.

Constatons d’abord qu’il existe un Smic mondial : pour les marins et depuis 1994. Ce Smic négocié entre la FIT (Fédération internationale des transports) syndicats de marins et FAP (fédération patronale des armateurs)  est réexaminé et ré évaluée entre pays signataires tous les deux ans en tenant compte de la parité des pouvoirs d’achat. Ce Smic mondial a été signé par plus de 48 pays et notamment par 18 pays européens. C’est précurseur : on peut envisager des Smic de branche ainsi : par exemple dans le transport routier en Europe ( ce serait plus facile à contrôler et ça éviterait les « go-fast » Varsovie Lisbonne avec des conducteurs routiers bulgares payés à prix bulgare traversant dangereusement le continent…)

Ensuite on peut établir des groupes régionaux de Smic selon leur niveau actuels : le plus élevé est le Luxembourg, le plus bas sont roumains et bulgares, mais Malte est plus élevé que le Portugal. Pour chacun de ces groupes de pays, on peut fixer, à économies comparables des progressions parallèles et concertées des niveaux de Smic. C’est un peu comme ça que, ce qu’on appelait les « abattements de zone » de nos SMIG, dans les régions françaises après guerre, ont évolué et ont été transformés peu à peu en Smic national unique en France après 1968.

Ensuite on peut établir une grille des Smic existants en « parité de pouvoir d’achat » : car ce qu’on achète avec 300 euros en Pologne ce n’est pas la même chose qu’avec 300 euros à Luxembourg. A partir de ces grilles comparées, on peut fixer des objectifs de rapprochements sérieux à moyen terme. Les écarts étaient grands (de 1 à 5) entre les salaires moyens de l’UE des quinze et ceux des dix nouveaux entrants en 2006, c’est-à-dire avant l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie, (à l’exception de Malte, Chypre et de la Slovénie), ils diminuent de moitié si l’on raisonne en « parité de pouvoir d’achat » !

Observons que ces écarts se réduisent encore si l’on rapporte les coûts salariaux à la valeur ajoutée produite pour obtenir « une mesure de la productivité de travail ». Ainsi le salaire moyen polonais qui était 6,6 fois inférieur au salaire moyen britannique exprimé en euros n’est plus “que” 3,3 fois inférieur à ce même salaire exprimé en « unités de standard de pouvoir d’achat. ».

Enfin, s’agissant des États membres les plus « compétitifs », « si l’on introduit une dimension temporelle, on constate qu’une dynamique de rattrapage est DEJA à l’œuvre.

Alors il suffit de proposer une date : par exemple 2020. Il faut négocier branche par branche, par paliers, par zone géographique, par groupes de pays, dans la perspective affichée d’un salaire minimum européen.

Et les effets bénéfiques d’un projet de Smic européen progressivement unifié contre le dumping social commenceront aussitôt de façon réaliste à se faire sentir :  si, après négociations par branches et par pays, la décision politique est prise dans l’Europe des vingt-huit d’aligner progressivement d’ici à 2020 les salaires minima au niveau le plus élevé, d’abord en parité de pouvoir d’achat, en « unités standard de production »,  puis en euros, les délocalisations et le « principe du pays d’origine » perdent presqu’immédiatement leur raison d’être. Le salarié a moins tendance à envisager de s’exiler, l’employeur a moins tendance à prévoir de délocaliser ses machines.

Voila la méthode réaliste pragmatique avec laquelle le parti socialiste propose de lutter contre le dumping social en Europe et de construire un Smic. On rappellera que c’est dans le véritable esprit du traité de Rome qui prévoyait aux débuts, au passage de la CECA à la CEE, que si, du fait de la suppression des barrières douanières, des différentiels de salaires venaient à se manifester, ils seraient compensés et rattrapés vers les plus élevés.

2°) En prévision de ce projet il reste à lutter contre l’existence actuelle des travailleurs détachés qui sont au nombre de 350 000 en France. Il s’agit d’un contournement des Smic actuels, puisque seul le Smic net est payé, mais le Smic brut ne l’est pas sous prétexte que la part cotisations sociales est fixée selon le pays d’origine et versée (en théorie) aux caisses d’assurances sociales des pays d’origine.

C’est grave car entre 2000 et 2011 le nombre de travailleurs détachés a été multiplié par 20. Il y aurait (dans la partie recensée) 27 728 polonais, 16453 portugais, 13159 roumains, 11 395 allemands, 9009 espagnols, 6642 italiens, 5744 bulgares… Ils seraient à 44 % dans le BTP, 22,7 % dans l’intérim, 17,3 % dans l’industrie, 5,3 % dans l’agriculture. Certains chiffres affirment qu’en 2012, 170 00 seraient déclarés, et même 220 000 en 2013 (+ 23% en un an). Et toujours un sur deux ne le seraient pas.

Un sur deux relève donc du régime d’exception avec non paiement des cotisations sociales au taux légal d’ici. Et un sur deux relève de la fraude totale. « Evidemment cela permet à des entreprises sous-traitantes d’emporter des marchés à des conditions scandaleuses » gronde le Ministre du travail contre un « système quasi mafieux ». Ajoutant qu’il n’y a pas que dans le bâtiment, il y a aussi des « travailleurs détachés » dans l’agro-alimentaire, l’agriculture, les transports…

Gilles Savary, juge  « normal que les salariés soient rattachés à la sécurité sociale de leur pays d’origine » dans le cadre d’un détachement de courte durée ! Mais la loi européenne l’autorise tout de même jusqu’à deux ans ! La France envoie elle même 144 000 salariés détachés dans les autres pays… Gilles Savary estime que « le détachement ne devrait jamais devenir une activité en soi, un business à cause du différentiel social ». Mais c’est le cas et ce trafic de main d’œuvre à bas prix fait florès de façon accélérée dans toute l’Europe alors que la Commission européenne refus de stopper. (« It’s a free world » comme le film de Ken Loach).

Ce trafic a mis le feu aux poudres, en Bretagne, quand il est apparu que des travailleurs roumains étaient embauchés avec des moitiés de salaires dans les abattoirs chez Gad ou Doux…alors même que les gros groupes alimentaires supprimaient des emplois… Les patrons de ces gros groupes se sont défilés de leur responsabilité en coiffant des bonnets de couleur pour cacher leur propre cupidité et accuser « l’Europe, les taxes, le gouvernement ». Ce qui sert au Front national aussi à « attaquer l’Europe » plutôt que le patron libéral qui fraude.

Car ce n’est pas « l’Europe » qui fait ce trafic, ce sont bel et bien les patrons libéraux qui se sont rués dessus, hélas, sans limite, ni contrôle, ni sanction. Notre parti propose donc, car c’est possible, de faire appliquer la loi, l’Europe ne nous en empêche en rien : aucune transposition d’aucune directive n’abroge l’ordre public social en vigueur en ce qui concerne le respect du smic brut et net. Il existe des pénalités dans le Code du travail pour non respect du paiement du Smic, et elles s’entendent en Smic brut, en salaire brut !  Il suffit de faire des contrôles et de prendre des sanctions dissuasives. En faisant jouer ce droit inaliéné de faire respecter le code du travail français sur le territoire français, nous freinons cet aspect du dumping social tout en préparant la contre offensive, le Smic partout dans l’union européenne.

 

note :

« Info-plus » Le versement du SMIC une obligation patronale

Depuis le 1er janvier 2014, le Smic horaire s’élève à un montant de 9, 53 euros brut ce qui correspond à un montant mensuel de 1.445, 38 euros brut pour une durée du travail de 35 heures hebdomadaires.

Le seul fait pour un employeur de verser une rémunération inférieure au Smic suffit à ce qu’il soit condamné à verser aux salariés concernés un rappel de salaire correspondant et les congés payés afférents, et à les indemniser pour le préjudice subi (Cass. Soc. 29 juin 2011, n°10-12884).

Le respect du Smic doit être apprécié sur chaque période de paie. Cette appréciation n’est pas annuelle (Cass. Soc. 29 janvier 2002, n°99-44842).

Rassemblement national des « socialistes contre l’austérité » les 20 21 22 juin à Bellerive sur Allier prés Vichy

D & S N°215 page 24

 

 

 

Cinq questions sur un surprenant jeu de lego institutionnel

Diviser les régions, supprimer les départements, quel « sens » ça a ?

1°) En opportunité est-ce le genre d’opération qu’il faut mener quand on est dans la situation du gouvernement issue de la déroute municipale des 23 et 30 mars ? Est-ce bien nécessaire de redécouper les régions, supprimer les départements, changer la date des élections, se lancer dans un bric-à-brac qui va modifier tout l’organigramme des institutions territoriales, y a t il un besoin impératif, urgent, une nécessité vitale ?

QUI a demande, pensé et mis ça à l’ordre du jour soudainement ?

Des millions de nos électeurs sont exaspérés que le chômage ne recule pas, va t on les contenter avec ce micmac ? QUI a intérêt à ça ? QUI est passionné par ça ?

L’opération, division des régions, suppressions des départements, implique de changer des fonctionnements institutionnalisés pour des millions d’ayants droits, pour des milliers de décisions administratives, économiques, et sociales. Combien de difficultés, de rouages cassés, grippés, changés, incertains, de gâchis, de ratés, vont parsemer pareilles transformations ? Est-ce le moment de discutailler des heures, de disperser des énergies alors que tous nos efforts doivent tendre à faire reculer le chômage de masse, à défendre les industries, à favoriser la relance ? Est-ce que ça va avoir un effet immédiat, est-ce que ca ne va pas trainer, paralyser, perturber, pendant des années pour aboutir – à quoi d’ailleurs ? – en 2020, bien au delà de toutes les urgences sociales qui sont les nôtres ?

2°) Quelle est motivation politique à ce micmac, quel est le sens ? Parce que personne ne semble capable de l’expliquer ?

Des régions « plus grosses » ? Pourquoi soudain ? Plus grosses par rapport à quoi ? A L’état ? C’est-à-dire pour se substituer à l’état, peser par rapport à lui ? Parce que la notion de grosseur a peu à voir avec la démocratie et davantage avec la force, le poids, non ? Peu à voir avec la décentralisation, mais davantage avec une certaine re-concentration, non ? Mais tous les problèmes économiques viennent des grosses entreprises, des 1000 de plus de 1000 salariés qui produisent 50 % du Pib, aucune région ne sera assez forte pour tenir tête aux multinationales, et seul l’état le peut…  s’il le veut. Et le problème actuel c’est qu’il ne le veut pas, c’est qu’Alstom fait ce qu’elle veut, brade, vend, licencie, même quand l’état lui donne des milliards. Que fera de plus la région France Comté et Bourgogne fusionnée face à Alstom, pour l’emploi ?

Des « économies » contre « un mille feuille » ? Mais qu’est ce que ça veut dire soudain ? Nous avons combattu l’idée sarkozyste absurde de « millefeuille« , nous avons eu raison de nier qu’il existe, en fait il ne coûte pas cher, il n’y a pas gâchis mais complémentarité, fonctions différentes des administrations, tout au plus peut-on mieux ajuster des compétences et des subsidiarités, mais le millefeuille ne coûte pas, ne gêne pas ! QUI soudainement a changé d’opinion là-dessus et a décrété ça ? Des » économies », ça veut dire, des dépenses en moins, des agents en moins, des lourdeurs de fonctionnement et des impasses en plus, non ?

Est ce bien le moment de casser, restructurer une partie de la fonction publique, la partie territoriale, la plus pauvre, la moins dotée ?

3°) Est-ce le moment face au chômage de masse de se lancer dans un des plus vastes plans sociaux de l’histoire de la fonction publique ? Il y a un million de salariés concernés, et 300 000 agents relevant des départements ! Que va t on gagner à les insécuriser, à les déstabiliser, à les muter, à les remanier, à les supprimer ? En pleine crise sociale, en pleine crise économique, en plein chômage de masse, quel signe va t on lancer auprès de ces centaines de milliers de fonctionnaires, de leurs familles, et des millions de gens dont ils traitent les dossiers ? Car il s’agit bien sur, derrière le terme « économies », de restreindre des postes, des emplois, des missions, des fonctions, donc bel et bien d’accroitre le chômage ? Alors que déjà bien des missions de toutes sortes, d’entretien, d’accueil, de suivi social, d’aides, d’encadrement, de fonctionnement, ne sont déjà pas remplies fautes d’effectifs ? Tout ça pour que Strasbourg dirige Mulhouse ? Alors que le peuple a refusé par referendum la fusion des régions et département  en Alsace ? Tout ça pour changer la Corse ou un referendum similaire a été repoussé ? Tout ça pour qu’un ayant droit du Gers soit obligé d’aller à Carcassonne pour régler son problème, et, s’il ne le peut, que soit ouverte une « antenne » du service de Carcassonne dans le Gers ? La vérité est que tout cela coûtera davantage à mettre en place, les hôtels des ex-petites régions seront à peine fermés que de grands hôtels de grandes régions seront coûteusement bâtis pour prendre leur place ! On ne bouscule pas des traditions, des territoires comme ça en les mettant brutalement en grand danger pour une reforme d’inspiration technocratique, et qui n’apparaît pas avec un sens évident. Vous verrez que résistances et oppositions sourdes pourront même aller jusqu’à des jacqueries locales et régionales !

Des services seront coûteusement déplacés, décentrés, recentrés, rajustés, corrigés, ça marchera plus mal pendant des années ne serait-ce qu’à cause des tâtonnements du changement… et croit-on que c’est l’urgence de souffrir de ce genre de maux dans la crise actuelle ? Le chômage de masse va s’accroitre.

4°) Il y a beaucoup à changer dans les institutions de la Ve République, mais si elles ne fonctionnent pas ce n’est pas tant à cause de la base que du sommet. Tout le monde sait que l’originalité, l’exceptionnalité de l’élection d’un président au suffrage universel fait le malheur du pays. La personnalisation de la politique dépolitise les personnes. Nous sommes contre le pouvoir personnel.  Contre le fait qu’un homme décide seul. Même un président qui veut être « normal » ne peut pas l’être : la concentration des pouvoirs est elle qu’elle rend tout ce qui en dessous… fantoche. Ainsi un président se substitue au gouvernement qui se substitue au Parlement, qui se substitue au reste des institutions.

Va t on avoir maintenant aussi des mini féodaux, présidents de régions « landers » faussement tout puissants, qui se concurrencent et se font des guerres de prestige au détriment de l’aménagement concerté, et péréquationné du territoire ? Certes sur 36 000 communes, il y a en des centaines qui sont mortes de leur belle mort et des intercommunalités ont toute leur place, mais est-ce une raison pour priver le pays d’une des plus belles traditions de décision, de gouvernement de proximité, la commune là où elle vite encore, c’est à dire dans la majorité écrasante des cas  ? La Commune, c’est une belle institution, proche, vivante, démocratique si les pouvoirs citoyens lui sont laissés, et pas supprimés. « Small is beautiful » en démocratie, un réseau maillé de citoyens en charge des questions quotidiennes, c’est bien plus sûr que des potentats régionaux qui vont technocratiquement tout décider, s’emparer peu à peu des pouvoirs, au nom d’une expertise et d’une « hauteur de vues » qui piétinera les villages. Vous verrez que les gares, les arrêts de train, les hôpitaux, les écoles et tous les services publics en pâtiront encore plus que dans le système actuel. En guise de changement vous aurez moins de démocratie locale, moins de proximité de décisions, plus de technocratisme, moins de décentralisation.

5°) Enfin va t on jouer la fin du quinquennat là-dessus ? Parce que là le temps passe. Il y aurait un point commun étonnant avec le mariage pour tous : cette loi si simple, et si évidente, sur le mariage pour tous, aurait pu, aurait du être votée en deux mois, en juillet 2012 par ordonnances avec d’autres questions sociétales, elle a traîné huit mois, agaçante simplement parce qu’elle obscurcissait les priorité sociales et économiques. Là, en fin de quinquennat, cette histoire de « millefeuille » va jouer le même rôle de diversion, et ça va être une catastrophe, non ? Le but est il de repousser des élections perdues d’avance aux régions ? De ne pas faire voir qu’on va perdre 20 régions sur 22 à gauche ? Si c’est ce but-là c’est mesquin, ça se verra et ça échouera, on va s’enliser et ça commence : élections en 2016 ? élections en fin 2015 ? Un redécoupage opportuniste précipité en 10 régions ? Une fermeture rapide des conseils généraux en exercice ? Rien de tout cela ne fait fantasmer notre peuple, encore moins notre électorat, et répétons-le, il en sortira plus de désordre, d’amertume, d’inquiétudes que d’enthousiasme…

De moins en moins de nos électeurs ont confiance, le fossé se creuse chaque jour avec l’entêtement du choix de Valls, et on est des millions à mesurer qu’à poursuivre l’orientation politique engagée il y a 20 mois on va tous brutalement dans le mur. La gauche va perdre dramatiquement. Ce sentiment semble compris à l’Elysée, mais ce n’est pas une fuite en avant, surtout pas avec cette nouvelle aventure à côté de la plaque qu’on va éviter de terminer le quinquennat en bouillie. Les réticences sont énormes encore une fois à gauche, dans le parti, dans le pays, et à droite… Il n’y a ni consensus ni espace, ce jeu de lego est une dissonance incongrue. Arrêtons le tant qu’il est temps, il est possible de prendre acte de l’impasse avant de s »’y engager totalement. Revenons à la lutte contre le chômage de masse, aux salaires, à la gauche quoi…

Marronnier de mai : dialogue pas imaginaire sur « les ponts » du mois de mai…

Chaque année il y a un gars du Medef qui sort pour culpabiliser les travailleurs français sur le fait qu’ils ont « trop » de jours de congés en mai (cf ce soir vendredi à 23 h sur BFMTV)

Cette fois même Giscard est venu dire qu’il fallait travailler le 8 mai,

Les rédactions poussent leurs journalistes à enquêter sur ces fameux « ponts » du mois de mai, qui « paralyseraient » l’économie française.

C’est un sujet récurent, ce qu’on appelle familièrement un « marronnier » en langage journalistique. Tous les ans ça revient, et les journaux économiques, surtout, s’en emparent, et sur tous les tons le Medef gémit.
Une journaliste d’une grande radio, ne faisant que son devoir de salariée, m’a donc interroge donc, sur demande de sa rédaction, en tant qu’ inspecteur du travail, il y a déjà 20 ans. Et chaque année, comme les mêmes betises ressortent, je peux republier le dialogue que j’avais eu avec elle

 

Question : – Vous ne croyez pas que cette abondance de « ponts », ce ne sont plus des « ponts » mais des « viaducs », c’est exagéré ?
Réponse : – Ah, non, quand on voit le nombre écrasant d’heures supplémentaires faites par les salariés, ce n’est pas de trop qu’ils puissent profiter un peu du printemps et des beaux jours. (il existe 1 milliards d’heures supplémentaires dissimulées par des patrons voyous, soit l’équivalent de 600 000 emplois)
- Mais n’y a t il pas d’abus avec ces ponts de mai ?
- Oh, non s’il y a des abus c’est que trop peu de salariés ont réellement ces ponts, surtout dans les petites entreprises, dans les bas salaires et les métiers pénibles : dans la majorité des cas, dans le privé, les salariés ont perdu depuis plus de quinze ans leurs « deux jours de repos consécutifs », notamment dans le commerce, mais dans beaucoup de professions de services, et parfois d’industrie.
- Oui, mais, ce mois de mai, cette année, il a trois ponts, parfois de trois ou quatre jours ?
- Il y a des années comme cela ! Et des années ou les jours fériés tombent un samedi. Mais vous savez, seul le 1e 1er mai est un jour férié et chômé (et ce jour-là, il y a des infractions quand même ! Comme si des employeurs méprisaient à ce point le droit du travail qu’ils imposent à des salariés de travailler aussi ce jour-là. Combien payent réellement les majorations prévues ? Ils profitent de leur position dominante et du chantage à l’emploi pour imposer des violations de droit). Les autres jours sont hélas, de moins en moins respectés. C’est quand il y a de bons accords « RTT » grâce à des 35 h bien appliquées, que certaines catégories de salariés profitent de quelques jours de repos groupés. Ils ne s’agit pas de « cadeaux » mais de droits acquis, de congés en retard, parfois même de tardives compensation ou des simples rattrapages !  Parfois même, les fameux « ponts » sont récupérés à des jours qui intéressent davantage l’employeur ! Dans le privé, les « ponts » sont très loin d’être la majorité des cas. Et dans le public, c’est souvent parce que les salariés n’ont pas pu prendre leur congé quand ils le souhaitaient, et les voilà obligés de les prendre avant la fin du mois de mai sous menace de les perdre… Dans les hôpitaux, avec le manque d’effectifs, qui peut croire qu’il y a des « ponts » en plus ?
- Mais ça désorganise les activités économiques, même le service public ?
- Ça désorganise… quand ce n’est pas organisé et quand les directions, faute d’effectifs suffisants, sont incapables à la fois de respecter les droits à congé et la continuité du service public. De façon générale, les gains de productivité en France sont parmi les plus élevés au monde, même avec ces fameux « ponts » de mai. Des salariés qui se sentent bien et qui ont des bons congés, c’est bon pour l’économie, pas l’inverse.
- Vous ne croyez vraiment pas que le nombre de jours fériés concentrés en mai est abusif ?
- Écoutez, le 1er mai a été déclaré férié par… Pétain, qui redoutait le sens historique de cette journée de manifestations sociales, mondialisées depuis 1886. L’Ascension et le lundi de Pentecôte sont des fêtes religieuses. Le 8 mai, ce n’est pas le jour « revanchard » de la « victoire contre l’Allemagne » mais celui de la victoire contre le nazisme… Est-ce ce genre de manifestation et de tradition que l’on veut supprimer ?
- Mais n’y a t il pas trop de jours fériés en France par rapport à l’Europe ?
- Non, pas du tout, nous sommes dans une honnête moyenne par rapport aux grands pays qui ont entre 7 et 13 jours fériés. Nous avons onze jours fériés dans l’année, mais cela varie selon qu’ils tombent en semaine ou un week-end. En fait la moyenne réelle est de 9,33.  (Elle est de 11 en Allemagne et de 13 aux USA). Cela fait des décennies qu’il en est ainsi, et cela n’a pas empêché, au contraire, la France d’être quatre fois plus riche qu’en 1945 et d’être la quatrième puissance industrielle du monde. Ils n’ont donc pas assez de profits, les actionnaires, qu’ils veuillent aussi rogner les jours fériés du printemps ?
- Mais en Italie, ils sont revenus sur leur nombre de jours de congés… (maintenant on nous cite le Portugal…)
- C’est bien ce que je disais, Berlusconi, comme l’UMP, le Medef n’en ont jamais assez, ils veulent revenir sur tout, supprimer le lundi de Pentecôte, allonger la durée du travail sur la semaine, casser les 35 h, allonger la durée du travail sur la vie, la retraite a été porté » de facto à 66 ans,  nous refaire travailler tous 45 h sans gain de salaire jusqu’à 65 ans…
- Je n’arriverais pas à vous faire dire qu’il y a un problème avec ces « ponts » ?
- Non, le vrai problème, c’est qu’il y ait une délinquance patronale et que dans trop de secteurs, les horaires légaux et conventionnels, les durées maxima « d’ordre public social » ne soient pas respectées. Le vrai problème c’est que les effectifs des services publics et hospitaliers, transports, équipements, par exemple, ne soient pas suffisants. Et puis, je vais vous dire, quelques jours de gagnés sur l’exploitation quotidienne, comme disait Prévert, c’est toujours une belle journée ensoleillée qu’on ne perdra pas à cause du stress et des « flux tendus ».
- C’est votre dernier mot ?
- En mai, ce qui va « désorganiser » l’économie, ce ne sera pas les ponts, mais la politique d’allongement de la durée du travail, sur la semaine et sur la vie, car il y a 5,9 millions de chômeurs toutes catégories confondues, et c’est intolérable. il faut partager le travail, pas en faire davantage a ceux qui en ont. Il faut aller vers 32 h et 30 h. C’est un moyen, en même temps que le travail, de redistribuer les richesses, de les arracher a la finance.  Car le chômage ne va cesser de croitre avec l’arrivée chaque année à partir de 2018 de 850 000 jeunes de plus sur le marché du travail.

écoutez samedi 10 mai, au milieu du « pont » le soir sur « on n’est pas couché » l’émission de Laurent Ruquier

Mon intervention au BN du mardi 6 mai

1°) Sur les thèmes de campagne pour les élections européennes

Oui il faut agir pour limiter les craintes qui se manifestent à propos du résultat possible des élections européennes. Parce que ce que ce résultat est déterminé avec les mêmes paramètres qui l’ont emporte les 23 et 30 mars derniers. On peut même dire que c’est pire parce que depuis le message des électeurs socialistes qui se sont abstenus n’a pas été entendu. Et même les mesures du nouveau gouvernement aggravent les raisons qui ont poussé à l’abstention une grande partie de notre électorat. La droite ne s’est imposée que par la démobilisation massive à gauche, et cela est du fait de la politique d’austérité et de cadeaux aux patrons du gouvernement. On a beau nier qu’il s’agisse « d’austérité » et de « cadeaux », nos électeurs ne sont pas tout a fait sans lucidité.

Alors oui, ce qui vient d’être proposé, par exemple, peut être repris dans la dernière semaine ou se cristallisent les votes. En pleine actualité des gros salaires que se versent les patrons et qui font scandale alors qu’on leur donne des milliards (et qu’ils s’en moquent en bradant sans consulter le gouvernement Alstom à General Electric, avec tout ce que cela signifie en perte d’industrie et d’emploi… ) Si on reprenait la revendication de la CES ( Confédération européenne des syndicats) d’un salaire maxima limité à 20 Smic, si on annonçait qu’on allait l’appliquer en France où nous en avons le pouvoir et qu’on se battre au Parlement européen pour le faire reprendre si la majorité bascule à gauche, cela aurait le mérité de concrétiser ce possible changement de majorité auprès des électeurs qui s’interrogent et qui ont du mal à percevoir l’avantage d’avoir Martin Schultz par rapport à Jean-Claude Juncker.

Salaire maxima, et salaire minima : car il y a toujours la question pendante des travailleurs dits « détachés », contre lesquels, en pratique rien n’a été fait. Ils sont 350 000 à subir ici, sur notre territoire, du dumping social, 200 000 identifiés, et 150 000 qui ne le sont pas, souvenez vous des chiffres de Michel Sapin, ici même. Or l’Europe ne nous empêche pas d’appliquer nos lois, le Smic se contrôle sur le Smic brut et net, aucune directive n’a traduit le renoncement à appliquer le droit pénal du travail contenu dans notre Code du travail. Ce sont nos lois, celles de la République, je l’avais déjà dit il y a quatre mois qui s’appliquent, et le non respect du Smic est sanctionné lourdement, tout au moins il peut l’être si on pousse, si on veut. Qu’il y ait des contrôles et sanctions contre les patrons voyous qui introduisent ici des travailleurs européens dont ils ne paient pas les cotisations sociales serait très enrichissant, exemplaire.

2°) Sur le Marché transatlantique :

Ensuite, mon cher Henri, tu as toute mon amitié, mais ta présentation des négociations du traité transatlantique me semble relever d’une Alice au pays des merveilles idyllique. Comme si l’Europe était en position de force pour ces négociations ? En fait ce qui va se passer, ce sera pire que l’élargissement de 15 à 28 commencé en 2004 et que tout le monde critique maintenant. Cela s’est fait au détriment de toute cohésion européenne. Là il s’agit d’élargir à 50 états de plus, cela fera 78 états. Et nul n’ignore la puissance des USA face à une Europe éclatée à 28. C’est une négociation entre un porte-avion et un chalutier. C’est Laurent Fabius ici qui a dit que l’Europe était un « nain politique ». oui, mais les USA sont un géant politique. Nos négociateurs auront tous les handicaps, y compris celui d’être écoutés par la NSA, avant même d’arriver en séance. Au lieu d’être pugnaces et de protéger nos droits, ils seront soigneusement divisés et dominés. Tu parles de 12 conditions, 12 lignes rouges, mais la dernière fois, dans cette salle, c’était quatre conditions…  et puis, il y en a de bien plus nombreuses. Ce n’est pas parce que l’exception culturelle serait (temporairement ?) épargnée, qu’elle ne sera pas « encerclée »  et que les autres n’auraient pas d’aussi lourdes conséquences. Les droits de douane protègent encore nos produits industriels et agricoles, mais aussi nos services. Nous avons travaillé aussi cette question !

(OFF : pour la France, cet « équivalent droits de douanes » se lève à 37,6 % pour les communications ; 36,4 % pour la construction ; 61,7 % pour les assurances ; 50,7 % pour la finance ; 39,8 % pour les « autres services ». Pour les Etats-Unis, ces équivalents droits de douanes atteignent 36,9 % pour les communications ; 95,5 % pour la construction ; 43,7 % pour les assurances ; 42,3 % pour les autres services. L’enjeu des négociations sur les services serait donc très important. Le plus important resterait, cependant, à venir : les « protections après la frontière », c’est-à-dire les normes. Ces normes sont juridiques, culturelles, financières, environnementales, sanitaires… Il n’y a aucune possibilité de créer un « grand marché intérieur » entre les Etats-Unis et l’UE sans que ces normes soient standardisées. )

Je n’ai pas le temps pour développer, mais on pourrait on devrait avoir la discussion sur le fond, ici, un jour, à ce BN…

(OFF : Pascal Lamy, alors commissaire européen au Commerce extérieur, déclarait en 2004, que ces normes faisait l’objet d’une préférence collective et constituait « L’ensemble des choix opérés par les collectivités humaines en tant que collectivités ». Pascal Lamy semblait ignorer l’activité intense des lobbies d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique pour édicter ces « préférences collectives ». Ces « préférences collectives », ces normes, concernent tout notre mode de vie.

Le rapport de Claude Revel, Conseillère du commerce extérieur de la France, à notre ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq, affirmait : « L’accord UE Etats-Unis à venir sera un accord fondamental par sa portée juridique ; les enjeux en termes de régulation à venir sont énormes Le rapport de forces est favorable aux Etats-Unis ».  Ce rapport n’hésite pas à préciser que tous les secteurs sont concernés « Les industries, l’agriculture et l’agroalimentaire mais aussi de plus en plus de services, y compris traditionnellement publics en France ». Le « traditionnellement » a le mérite d’indiquer clairement que les négociations pourraient parfaitement remettre en cause ce caractère public.)

Cet accord va s’imposer au reste du monde. Tu dis habilement, Henri que tu préfères que ces normes se négocient entre « pays démocratiques » plutôt que d’être imposées par la Chine plus tard. Outre que je ne comprends pas bien à quel sorte de monde dangereux du futur tu fais référence, cela ravalerait au rang de simulacres les autres négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : ce seront aux Etats-Unis et à l’Union européenne d’imposer leurs normes, donc…  aux Etats-Unis. Pareil diktat générera des tensions fatales avec d’autres « blocs » économiques, très dangereux dans le cas, par exemple, d’une bipolarisation avec la Chine. Au lieu d’un monde multipolaire, la toute puissance d’un pole, constitué sauvagement de cette façon, menacera le reste de la planète et suscitera inéluctablement les cassures et les résistances. « Le capitalisme porte la guerre en son sein comme la nuée porte l’orage ».

(Rajoutons : Les Etats-Unis ont une politique industrielle. Leur industrie est réglementée par le « Buy american Act » pour la sidérurgie. Dans l’UE, c’est… Arcelormittal qui décide. Les Etats-Unis n’hésitent pas à verser toutes les aides publiques nécessaires au soutien de leurs « champions industriels ». Les articles 107 à 109 du traité de Lisbonne interdisent aux Etats-Membres de l’UE de verser des aides publiques aux entreprises. La concurrence prétendue « libre et non faussée » doit s’imposer partout. Elle ne sera pas libre. Elle sera faussée. Les marchés publics des Etats-Unis sont réservés à 25 % à leurs PME. Un accord de libre-échange avec l’UE n’engagerait que l’Etat fédéral, pas les marchés publics des 50 Etats américains. Les Etats-Unis ont une politique internationale redoutablement efficace
L’UE ne peut pas en avoir car l’article 28 A du traité de Lisbonne oblige à prendre à l’Unanimité du Conseil les décisions en matière de politique internationale.  Les Etats-Unis ont une politique de change
Grâce à cette politique, la valeur du dollar par rapport à l’euro, au yen, au yuan, augmente ou diminue en fonction des intérêts des Etats-Unis. Dès 1971, le secrétaire d’Etat au Trésor, John Connolly affirmait : « Le dollar est notre monnaie et votre problème ». La création de l’euro n’a rien changé, le dollar est toujours notre problème car la politique de change de l’euro est laissée à la BCE qui n’a qu’une seule mission : garder la valeur de l’euro. Le résultat est un euro cher (sa valeur par rapport au dollar a augmenté de 70 % entre 2002 et 2010) qui pénalise, de façon inouïe, les exportations de la zone euro. Le nivellement par le bas assuré pour les salariés. La perspective d’aligner « les standards de vie » vers le haut n’est qu’un miroir aux alouettes. Les salariés des Etats-Unis ont subi les effets de l’Alena, l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Ce ne sont pas les salaires et les conditions de vie des salariés mexicains qui ont été tirées vers le haut mais ceux des salariés des Etats-Unis et du Canada qui ont été tirés vers le bas. Les salariés de l’Europe des 15 n’ont pas vu leurs salaires et leurs conditions de travail tirés vers le haut lorsque l’Union européenne a ouvert grand ses portes aux pays de l’Europe centrale et orientale (les PECO) sans approfondissement démocratique et social préalable. Au contraire. Combien de salariés de l’industrie, en France, ont-ils entendu répondre à leurs revendications salariales : allez donc voir en Pologne ou en Roumanie ? L’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE soumettrait les salaires et les conditions de travail des salariés européens et américains à une double pression vers le bas : celle du Mexique d’un côté, celle des PECO de l’autre.)

Les seules gagnantes seraient les firmes transnationales. Dans tous les cas de figure, quelles que soient les firmes transnationales qui l’emporteraient dans tel ou tel secteur, l’accord se ferait sur le dos de ces salariés qui verraient leurs salaires et leurs conditions de travail nivelés par le bas. D’ailleurs nous avons tout sous les yeux de façon expérimentale et spectaculaire : regardons Alstom et General Electric. Regardons les effets sur notre industrie et sur l’emploi.

(Rajout en off : Que les négociations soient publiques, que les peuples soient consultés ! En 1997, les Etats-Unis, le Canada, l’UE et d’autres pays  avaient secrètement négocié l’Ami (Accord multilatéral d’investissement). Ce n’est que lorsque les conséquences de cet accord avaient été mises en lumière (l’« effet Dracula ») que les négociateurs avaient été obligés d’y renoncer. En 2012, c’est l’Acta (Accord commercial anti contrefaçon) que le Parlement avait refusé de ratifier. Pourtant les Etats-Unis et 22 Etats de l’UE (dont la France) l’avaient signé. Cet accord sous prétexte de lutter contre les « contrefaçons » organisait la fin de la neutralité d’Internet en obligeant les fournisseurs d’accès à coopérer à une sorte d’Hadopi mondial. Pire, cet accord considérait comme des « contrefaçons » la fabrication de médicaments génériques par des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud. L’Acta défendait le droit de la « propriété intellectuelle » des firmes multinationales pharmaceutiques contre le droit des peuples à se soigner. La Commission européenne avait refusé, jusqu’à l’été 2010, de divulguer quoi que ce soit des négociations en cours. Wikileaks l’avait fait et les médias s’étaient emparés du dossier. L’Acta n’avait pas survécu à ces révélations. Là encore l’« effet Dracula » avait joué à plein. Instruits par des échecs, le gouvernement des Etats-Unis et la Commission européenne prendront toutes les précautions pour parvenir à leurs fins. C’est dans notre dos, dans le secret, contre les parlements, les républiques, les peuples que va se négocier à haute dose et a haut niveau, l’ensemble de ces tractations pour mieux nous « plumer ». Il n’y a rien de bon à attendre de ce processus sinon la fin d’un projet européen, déjà mis à mal quand nous sommes passés de 15 à 28 états. Passer à 78 états dans ces conditions c’est la fin de tout projet de construction d’une Union européenne politique, économique et sociale.).

3°) Du devenir des institutions territoriales :

Reste une troisième idée, qui me revient et que j’esquisse : je ne comprends pas ce séisme que le gouvernement provoque dans nos institutions territoriales. Je suis pour la défense des communes, des départements et des régions telles qu’elles sont avec déconcentration des décisions, et un état national stratège, et volontaire. Pas pour affaiblir l’état devant les multinationales qui l’emporteraient sur nos régions faussement fortifiées. Comme le dit Claudie Lebreton, et je l’avais entendu dans cette salle, rien ne prouve que le fameux « millefeuille » administratif coute cher, et que celui qui sera a sa place coutera moins cher. S’embarquer dans ce jeu de lego risque au contraire de casser ce qui fonctionne bien et de générer des vraies fausses féodalités qui fonctionnent beaucoup moins bien. Avec des pertes considérables de temps et de démocratie en ligne… car les décisions s’éloigneront des citoyens sans atteindre des niveaux où elles soient pertinentes. Et surtout je doute que nos électeurs soient intéressés par cette complexe vraie fausse recentralisation. Bousculer la fin du quinquennat avec cela va faire mauvaise diversion aux gros problèmes économiques et sociaux qui dominent tous les esprits. J’ai peur qu’on se fourvoie et qu’on se morde les doigts en se lançant dans cette opération. Pas sur du tout que ce soit bien pris ni compris au moment ou l’on diminue de 11 milliards les transferts aux collectivités territoriales. Et cela que les élections soient en 2015 (il vaudrait mieux) qu’en 2016 à un an de la fin du quinquennat (quel risque !).

« Le gouvernement Valls repose sur une tête d’épingle » (Entretien avec Philippe Marlière)

La gauche française va mal. En ces temps troubles et incertains, il m’a semblé intéressant de donner à la parole à Gérard Filoche, membre du Bureau national du PS qu’il a rejoint en 1994 avec des camarades de la LCR. Gérard anime depuis Démocratie et socialisme [1], le dernier courant digne de ce nom au sein du PS.Il travaille inlassablement à l’unité de toute la gauche, pour la formation d’une coalition gauche rouge-rose-verte qui, à ses yeux, permettra de donner la majorité sociale et politique dont le pays a besoin. Filoche s’oppose catégoriquement à la politique d’austérité de Hollande et de Valls qu’il compare à un « suicide politique ». Il considère que seul le rassemblement de toutes composantes de la gauche permettra d’affaiblir et d’arrêter le gouvernement Valls, dont la légitimité « repose sur une tête d’épingle ».

Je l’ai rencontré à Paris le 26 avril 2014, et lui ai posé des questions sans concession auxquelles il a repondu avec une franchise rare à ce niveau politique. Qu’on soit convaincu ou pas par la démarche de Gérard Filoche au sein du PS, certains de ses commentaires méritent d’êtres lus et entendus à gauche.

********

Philippe Marlière : Excepté le Mariage pour tous, le hollandisme s’inscrit dans la continuité du sarkozysme. C’est très clair en ce qui concerne l’orientation économique : pas de renégociation du pacte de stabilité européen, Accord national interprofessionnel (ANI) qui détricote le Code du travail, pacte de responsabilité qui consiste à faire 30 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux entreprises pendant qu’une austérité draconienne est imposée aux moyens et petits salaires. En outre, le chômage explose et le pouvoir d’achat des salariés ne cesse de baisser. Comment le Parti socialiste a pu en arriver là deux ans après l’élection de François Hollande ?

Gérard Filoche :Il y a une différence entre la gauche et la droite. Hollande parle de donner 30 milliards au patronat et Copé, qui dirige l’UMP, parle de 130 milliards. Il y a une différence de 100 milliards. Ce n’est pas rien pour la souffrance des peuples. D’ailleurs on l’a vu aussi en Espagne, au Portugal et en Italie. Quand c’était des gens de gauche, ils cédaient à la pression austéritaire mais en freinant. Quand ce sont des gens de droite, ils se lâchent, ils ne freinent plus. Ils se sentent parfaitement autorisés à faire pire. C’est une vraie différence, 130 milliards. Copé dit : « Je veux supprimer le Code du travail », et il le fait voter par son parti. L’ANI, que je condamne, rabote, passe à l’acide de façon torturée le Code du travail. C’est une vraie différence. C’est aussi une vraie différence pour la Sécurité sociale, puisque la droite annonce la baisse de l’ensemble des cotisations sociales. Hollande rabote la branche famille, enlève un peu sur la branche sécurité sociale. Les autres veulent tout enlever. Si la droite revient, elle enlèvera toute protection sociale, elle prendra bien 130 milliards pour le donner au patronat, elle cassera le Code du travail. Evidemment, c’est une différence quantitative, ce n’est pas une différence qualitative. En faisant ce qu’il fait, Hollande ouvre la voie à la droite pour qu’elle fasse plus de dégâts demain. Il ne retirera aucun avantage de ce qu’il est en train de faire. Il mécontente la gauche et l’électorat qui l’a porté au pouvoir. Il ne gagne pas l’électorat de droite qui soutiendra la droite dans ses travaux futurs. Il ne va rien gagner, il va tout perdre. On vient de perdre entre un tiers et la moitié des communes que nous avions – ça ramène le PS avant 1977 sur le plan de son implantation locale. Les effets de ce vote seront confirmés en 2015 : on perdra 19 régions sur 20, on perdra plus de 30 départements sur 60, et on aura un groupe de députés plus petit qu’en 1993, puisque le vote de mars dernier indique qu’on aurait un groupe de 50 députés au lieu des 300 actuellement. Après cela, Hollande sera battu en 2017, et peut-être même pas présent au deuxième tour. Donc on peut se demander quel est l’intérêt politique de se suicider, sans aboutir à rien.

PM : Tu as dit qu’entre le gouvernement socialiste et la droite, il n’y avait qu’une différence « quantitative », et tu as insisté sur le fait que l’orientation actuelle de ce gouvernement était totalement erronée. Pour résumer tes propos, je dirais : d’un côté, la droite promet une mort violente et subite aux salariés, tandis que le PS, après avoir fait souffrir à petit feu le peuple, parviendra en fin de compte au même résultat. En outre, la politique extrêmement droitière du gouvernement encourage la droite à se droitiser encore davantage. Dans ces conditions, et après la déroute des élections municipales, comment interprètes-tu la nomination de Manuel Valls à Matignon ?

GF : C’est une fuite en avant de la part de Hollande qui pense que l’austerité d’aujourd’hui permettra de redistribuer demain. Dans sa conférence de presse de janvier 2014, il a dit : « Il y aura redistribution après ». Le mythe perdure, il n’y renonce pas. D’ailleurs la droite le pousse à reconnaitre que cette austérité doit être permanente. Hollande s’y refuse. Il dit que ce n’est que temporaire car il entend garder une influence – certes restreinte – à gauche. Même la CFDT ne peut pas suivre, s’il ne tient pas ce langage-là. Sinon, il ne serait pas à 18% d’audience, mais à moins de 10%… L’halalli sonnerait. Il est donc obligé de faire cette fuite en avant pour confirmer un cours erroné dans lequel il s’est engagé. Sinon, il faudrait changer de direction et faire une politique de gauche. Mais il faudrait alors abandonner un cap – erroné – alors même qu’il n’a pas, à ses yeux, atteint les paramètres qu’il s’était fixés et qui, selon lui, doivent précéder la mise en place d’une politique de gauche. On en est à ce moment charnière. Les conseillers de Hollande m’avaient dit au début : « Tu n’y comprends rien, Gérard, nous fabriquons les bonbons que nous redistribuerons plus tard ».

PM : Assainir les comptes, produire et seulement après redistribuer. Mais il n’y a rien de nouveau ici : cela fait trente ans que le PS au gouvernement nous dit cela, depuis 1983 précisément et l’ouverture d’une parenthèse jamais refermée depuis. Il ne faut donc pas s’étonner de ce que le peuple ne croit pas aux promesses de Hollande. C’est donc mal parti pour Valls et son gouvernement qui est, en quelque sorte, mort-né…

GF : Evidemment. Valls est le premier ministre de gauche le plus à droite que la gauche ait eu depuis… Alors doit-on remonter jusque Guy Mollet, ou jusqu’au deuxième gouvernement issu du Front populaire ? Il y a déjà eu des gouvernements sociaux-démocrates de cette nature en Allemagne, en Espagne, au Portugal et en Grèce. Il y a déjà eu des gouvernements de gauche qui font des politiques très à droite. Ce n’est malheureusement pas la première fois. C’est le cas du gouvernement Valls. Il est certain que ce gouvernement va tomber immédiatement dans l’acide. Sa politique est minoritaire dans le PS, dans la gauche et dans l’électorat de gauche. Elle est minoritaire dans le pays, car les 52% qui ont voté pour Hollande votaient pour un changement, une rupture avec Sarkozy. Personne ne met en doute cette thèse. « Le changement c’est maintenant ! » Ne pas le faire, c’est ça qui a creusé en 20 mois un fossé entre l’électorat de gauche et le PS, et a mis Hollande presque au tapis. Pour ce qui est de la gauche: les Verts sont entrés au gouvernement, et le Front de gauche (FDG) s’était abstenu pour le premier collectif budgétaire. Mais il a très vite confié à Louis Gallois un rapport sur la compétitivité en 2012, qui est devenu ensuite le pacte de responsabilité; le choix étant de faire de la collaboration de classe avec le MEDEF et le patronat, en lui donnant de l’argent pour que celui-ci fasse de l’emploi. Mais cette politique ne marche pas. Aujourd’hui les Verts ont quitté le gouvernement, le FDG est en complète opposition et le vote des élections municipales est interprété de manière erronée par la droite du PS. Les électeurs de gauche se sont abstenus, ils n’ont pas rejoint le Front de gauche. Je crois que les responsables du Front de gauche sont responsables de cela. Les électeurs pensent comme le FDG mais ne votent pas pour lui à cause du ton non-unitaire des dirigeants du FDG. Les électeurs socialistes n’ont pas voté car ils ne sont pas d’accord avec ce qui se fait. Ce gouvernement n’est pas majoritaire dans le PS non plus. Le gouvernement Valls repose sur une tête d’épingle. Il n’a même pas la majorité de la motion 1 du congrès de Toulouse. Tous les aubrystes sont contre et il y a des affaissements dans la majorité. La motion Un Monde d’Avance [UMA, dirigée par Benoît Hamon], de l’ex-gauche socialiste qui était rentrée dans la majorité – a rompu. Quand on est minoritaire dans le pays, dans la gauche et dans son parti, on ne peut pas réussir.

PM : Pourquoi Hollande persévère-t-il dans cette voie ? Est-ce de l’ordre de la croyance idéologique, de l’opportunisme ou un signe d’impréparation et de naïveté politique ?

GF : Il y a un mélange de tout ça. Il y a un aveuglement idéologique. Il pense qu’il va redresser avant de redistribuer. Ensuite, la 5e république donne des pouvoirs absolus, et même un président qui veut être « normal » ne peut pas l’être car tout remontre à lui. Il est traqué pour décider jusque dans les moindres détails. A partir de là, son système de conseillers l’emporte sur le gouvernement qui est fantoche. L’acceptation formelle de la « pression européenne » le pousse dans cette direction. Ensuite, il y a peut-être un aspect magique, irrationnel : Hollande pense que le vent va tourner, que les choses vont aller mieux et qu’il pourra se représenter en 2017. Et après, il y a les « visiteurs du soir » à l’Elysée, c’est-à-dire les banquiers, les grands patrons qui le confortent dans ses choix actuels. Ça débouche sur les 30 milliards donnés au patronat et les 50 milliards d’austérité. Les hollandais considèrent que, dans un contexte de crise grave et à contre-courant, le gouvernement socialiste fait moins mal qu’ailleurs. C’est sur cette base-là qu’il reste un noyau de 15 à 20% d’approbation de cette politique.

PM : Tu as dit que deux ans après l’élection de Hollande et quelques jours après la nomination de Valls à Matignon, le gouvernement repose sur la tête d’une épingle. La question que l’on peut dorénavant se poser est : Hollande va-t-il pouvoir achever son mandat ?

GF : Je souhaite qu’il ne tienne pas le coup sur la ligne actuelle, et je pense qu’il ne tiendra pas le coup. Tout va se dénouer sous la pression de crises sociales, ou sous la pression interne au PS. Depuis cinq mois, Hollande n’a plus de majorité au parlement. Il avait une majorité au Sénat, il l’a perdue. Il n’a plus le vote du FDG, il n’a plus le vote des Verts, la plupart du temps. Il a été obligé de faire des votes bloqués sur les retraites pour violer sa propre majorité. Dès novembre dernier, j’avais dit lors d’un entretien à Sciences Po que François Hollande n’avait pas de majorité. Le professeur avait dit à ses étudiants : « Gérard Filoche vous dit quelque chose d’énorme et vous ne le relancez pas ! » J’ai précisé qu’il n’avait plus de majorité à gauche pour faire ce qu’il est en train de faire. Ceci s’est dégradé d’ailleurs, car quand il a annoncé le pacte de responsabilité, il a été obligé d’avoir recours à des ordonnances, c’est-à-dire un procédé qui permet de passer en force. Les députés socialistes résistent comme en Grèce. Dans le PASOK, il y a eu 60 députés qui se sont opposés à Papandréou pendant deux ans. Là, on est à 88 députés et, lors de certaines réunions, on est monté jusque 99 signatures. La majorité à l’Assemblée nationale est à 289 et qu’il ne reste plus que 290 députés socialistes, c’est-à-dire qu’on en a perdu 8 dans les élections partielles et un a démissionné pour rejoindre le PRG. On rentre dans une nouvelle phase où un tiers du groupe parlementaire dit : « Non, ce n’est pas notre ligne ». Les textes ne peuvent pas passer sans le soutien d’un bout de l’UMP et de l’UDI. [NDLR : Après notre entretien, Manuel Valls a fait voter le 29 avril 2014 à l'Assemblée nationale un plan d'austérité de 50 milliards d'euros en dépit de l'abstention de 41 députés socialistes]. Certains demandent une dissolution pour sortir de ce bourbier. Mais il n’y a pas besoin de dissolution : il existe une majorité rouge-rose-verte au parlement! Il n’y a pas besoin d’un autre parlement pour avoir une alternative politique.

picture_2013_04_14_15_12_15.jpeg

PM : Certes, mais tu sais bien que ce n’est pas dans les intentions de Hollande de construire cette majorité de gauche. Ne revient-on pas à la situation mitterrandienne de l’ouverture de 1988 ou encore à la tentative avortée de Ségolène Royal de se rapprocher de François Bayrou et du centre en 2007 ? Si ce rapprochement se concrétisait, est-ce que cela pourrait provoquer l’éclatement du PS ?

GF : Je le dis avec gravité : oui, cela peut arriver. Rien n’est joué – rien n’est jamais écrit politiquement – des renversements peuvent survenir. S’il y avait un mouvement social important, nous ne serions sans doute pas dans cette situation. Imaginons qu’un mouvement de grève et d’occupation d’entreprises commence : du jour au lendemain tout change. Pour qu’il y ait un mouvement social, il faut qu’il y ait un débouché politique. Je dis que cette majorité rouge-rose-verte est le débouché politique du mouvement social. Quand la droite réclame la dissolution, évidemment ça fait peur à un mouvement social. Parce qu’avec la dissolution, on passe de 30 milliards donnés au patronat à 130 milliards. Instinctivement, les gens savent qu’il n’y a pas de débouché politique dans cette affaire. Tandis que si on dit qu’il y a un débouché politique dans le parlement actuel [NDLR : GF détache ces paroles en haussant le ton], cela offre une autre perspective. Hollande contourne, divise et minorise cette majorité rouge-rose-verte ; pourtant elle existe. Ce n’est pas un artifice ou une question secondaire d’un point de vue politique. Dire cela dans les médias, c’est donner confiance aux gens pour qu’ils se battent. Si vous dites dissolution, les gens ne vont pas se battre.

PM : Mais crois-tu vraiment que les travailleurs se disent : « Si le gouvernement tombe, ce n’est pas 30 milliards de plan d’austérité pour nous, mais 130 milliards ». Penses-tu vraiment que cela explique l’absence de mouvement social en ce moment ?

GF : Les gens ont peur. Ils sont conservateurs. Ils ne voient pas où ils peuvent aller. En vérité, ils sont furieux et dans une position d’opposant, mais ils ne savent pas quoi faire, sinon le mouvement social aurait déjà démarré. C’est pour cela que la tâche de la gauche socialiste est tellement irremplaçable.

PM : Tu décris le vote socialiste comme un vote de classe, un vote de gauche, pour « la gauche », c’est-à-dire en faveur du parti le « plus fort » à gauche, donc le mieux placé pour défendre les intérêts de classe des travailleurs.[1] Aujourd’hui, le PS est, à tous les niveaux de sa direction politique, aux mains d’une oligarchie politique professionnelle, qui est acquise aux idées d’un ordolibéralisme de plus en plus assumé et agressif. N’est-ce pas là la fin du PS comme parti de classe, parti de gauche ?

GF : Non. Tu m’aurais dit il y a 4 ou 5 mois qu’on aurait 88 députés contre le pacte d’austérité ; tu m’aurais dit que Jean-Marc Germain, rapporteur du projet de loi ANI, s’opposerait à la politique du gouvernement, je n’y aurais pas cru. 40% du Bureau national s’oppose à l’austérité. Depuis que je suis membre du parti [NDLR : depuis 1994], quand une dizaine de membres au BN s’oppose à la droite du parti, on est content ! On en a 29, c’est-à-dire 40%. Si le PS était un parti bourgeois de type UMP, cela n’existerait pas.

PM : Mais tu connais les tendances oligarchiques dans les entreprises partisanes. Au PS, aujourd’hui, l’oligarchie dirige l’Élysée, Matignon et Solférino. Le fossé ne cesse de s’agrandir entre cette oligarchie et l’aile gauche du PS, minoritaire, et un nombre croissant d’adhérents. Cette l’oligarchie souhaite tourner le dos à l’histoire et à l’actualité du socialisme français. C’est donc un combat perdu d’avance de continuer à s’investir dans le PS.

GF : Mais tu me parles de la tête d’épingle de l’oligarchie, et moi je suis en train de te montrer que l’opposition grandit dans le parti ! La tête d’épingle de Solférino, ce n’est pas tout le parti. C’est pour cela que je ne veux pas l’appeler « parti solférinien ». C’est comme les maoïstes dans le temps qui parlaient de « parti fabien ». Ce n’est pas un truc théorique qui rend compte de la réalité. L’autre jour Emmanuelli a dit que le PS est mort et que c’est un parc à moutons. Il a voté l’ANI et la réforme des retraites. Maintenant, il se réveille, car il a perdu de nombreuses villes dans les Landes. Si tu dis que le PS est mort, tu insultes les militants. C’est le contraire de ce que je fais. Je dis que le PS est un parti « sain ». On m’en fait le reproche dans les réseaux sociaux. Mais je ne vais pas essayer de gagner une majorité dans le PS en disant que c’est un parti pourri ou un parc à moutons. J’essaye de respecter les gens dans le PS qui sont en train de basculer ou de s’ouvrir à nous.

PM : Tu parles beaucoup de militants, mais le PS est avant tout un parti d’élus…

GF : Mais dans chaque fédération, plus de la moitié des adhérents ne sont pas des élu(e)s. Ceux qui vivent de la politique, c’est encore moins : c’est un tiers. J’ai rencontré récemment à une réunion du Bureau national Alfredo Pérez Rubalcaba, le nouveau dirigeant du PSOE. Harlem Désir l’y avait invité. Je lui ai dit : « Vous avez perdu les élections car vous avez fait de l’austérité ». Il m’a répondu : « Non, on a perdu les élections car on n’en a pas fait assez. La question est : quelle est la part qu’on fait payer à chaque classe sociale. C’est tout le problème. Nous avons eu cette discussion dans le parti et nous avons décidé que nous rétablierons le Code du travail que la droite a détruit quand nous reviendrons au pouvoir. Nous nous y sommes engagés ».

PM : Pour la première fois dans l’histoire du socialisme français, la « Deuxième gauche » – CFDTiste et acquise à l’économie capitaliste, est au pouvoir. Jospin, malgré son recentrage dans les années 90, était issu de la « Première gauche », marxiste et anticapitaliste. C’est donc une évolution historique.

GF : Oui. D’ailleurs, on peut regretter Jospin aujourd’hui. Ceux qui disent que le PS est de « droite » depuis 1983, je leur dis: « Expliquez-moi Jospin ! »

PM : Au PS, c’est donc la chute continue ; une orientation toujours plus à droite…

GF : Oui, tout cela peut très mal se terminer. Ça peut se terminer comme le PASOK. Je pensais à l’origine que le rapport de force social en France ne permettrait pas à Hollande de faire ce qu’il fait depuis vingt mois. Or le rapport de force social le permet pour l’instant. Donc, il le fait et on descend, on est en train de chuter, comme le PASOK. Les deux premières années en Grèce ont été des années de division terrible. La défaite en Grèce a été acquise entre 2009 et 2011. L’année dernière, il y a eu deux occasions d’avoir un mouvement social. La première occasion, c’était contre l’ANI. La deuxième occasion, c’était contre la réforme des retaites. A chaque fois, le Parti de gauche (PG), en la personne de Mélenchon, a appelé à une diversion. En mars et avril 2013, quand il y avait une montée possible contre l’ANI, il a appelé à cette manif « Coup de balai » en faveur de la 6e république, le 6 mai. Il a dit que les retraites étaient foutues dès le début du mouvement. Il n’a même pas signé le texte ; il n’a fait aucun des meetings et il a appelé à une manif le 1er décembre avant le vote définitif des retraites contre la TVA. C’était des appels de manifs très « politiques », puisque ce n’était pas à l’initiative des syndicats. C’était fait par les partis, et les syndicats ont été obligés de dire qu’ils n’en étaient pas à l’origine. En même temps, ces manifs prenaient le pas sur l’infrastructure qui était capable de mobiliser sur l’ANI ou sur les retraites. Ces deux manifs sont, pour moi, des manifs de diversion. Je me fais engueuler à gauche quand je dis ça.

PM : Comment expliques-tu que le Front de gauche ne profite pas électoralement de la très grande impopularité de Hollande et du gouvernement ?

GF : Si j’étais à la tête du FDG – ça aurait pu arriver – je dirais : « Camarade président, tu n’as pas été élu pour ça. Nous te proposons, nous te proposons, nous te proposons, nous te proposons »… [NDLR : phrase répétée quatre fois]. Je ne passerais pas mon temps à dire : « C’était courru d’avance, je l’avais bien dit, ce salopard allair trahir ». Parce que, ça, ce sont des positions qui font mal. La première position construit, la deuxième détruit. Elle déchire les gens dans leur chair. Dire : « Il faut d’abord tuer Hollande » est une erreur. La bonne stratégie est de dire : « Rassemblons toute la gauche contre l’austérité ». Ce n’est pas contre Hollande, c’est contre l’austérité. Ce n’est pas la même chose de rédiger un tract sur lequel on écrit : « Tous ensemble contre l’austérité » et un autre où on trouve : « Tous ensemble contre Hollande ». Ceux qui ne comprennent pas ça n’ont jamais fait de politique. Du coup, la CFDT n’est pas dans le coup, ceux qui hésitent ne le sont pas non plus, ni ceux qui sont intoxiqués par les idées des sociaux-libéraux. Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. C’est comme si les 80 députés [qui s'opposent à l'austérité du gouvernement] disaient : « Ciao, on s’en va », avant même d’avoir livré combat. Ceux qui font cela ne voient pas la nature du mouvement social. Ils n’ont pas la conception du front unique [2]. Au lieu de construire un front unique qui englobe le maximum de socialistes, ils font une bataille politique pour détruire les socialistes. Ils font de la division un préalable au mouvement. Il faut que les gens aient d’abord compris qu’il fallait rompre avec le PS. Ça ressemble à la LCR dans les années 70 qui disait qu’il faut rompre avec le réformisme. C’est un prélable. Les gens s’en foutent de rompre avec le réformisme ou pas. Par contre, tu peux les mobiliser contre l’ANI ou pour défendre les retraites. En Grèce, avant que Syriza ne perce, le PC avait cette position. Il ne voulait pas manifester avec ceux qui n’étaient pas favorables à la sortie de l’euro. Regarde la situation au Portugal, c’est très intéressant. Sócrates – le Hollande portugais – a perdu les élections en 2011 et la droite est revenue au pouvoir pour faire encore plus d’austérité que Sócrates. La gauche s’est reconstituée de manière unitaire. Le Bloc de gauche qui dénonçait dans un premier temps le PS, s’est raproché de lui récemment. Même le vieux Mário Soares les a rejoints. A 88 ans, il dit : « Il faut une révolution en Europe ». Il rajoute quand même « pacifique ». Il déclare : « L’austérité conduit l’Europe à la destruction ». Il pousse ses camarades à faire un front populaire. Le Bloc de gauche portugais est dans une démarche unitaire avec le PS. Imaginons qu’Hollande soit battu en 2017. Pour gagner en 2022, il se constituerait un front avec le PS, le PC et le PG, vers l’an 2019-20. Mélenchon dirait : « Oui, il faut s’unir pour battre la droite en 2022 ». Ceux qui disent aujourd’hui qu’il faut d’abord abattre le PS avant d’agir se retrouveront demain dans la salle à la Mutualité avec le PS en 2020 pour gagner en 2022. Je parle des dirigeants, ceux qui sont conscients, qui ont de la théorie dans la tête. Quand ils auront Copé ou Le Pen au pouvoir, il faudra bien qu’ils fassent cela. Il faut construire l’unité. Les gens se moquent de moi quand je dis « unité ». Ils me disent : « On ne va quand même pas faire l’unité derrière Valls ». Ce n’est évidemment pas ce que je leur dis ! Je leur dis que l’unité à gauche affaiblit Valls, tandis que la politique de dénonciation quotidienne permet à Valls de survivre sur sa tête d’épingle politique.

PM : Tu es donc bien d’accord que le Front de gauche ne peut pas soutenir la politique du gouvernement ?

GF: Evidemment ! Mais je ne la soutiens pas non plus ! La majorité du parti ne la soutient pas ! Il y a un an, j’ai averti : « On est dans un TGV qui roule à 300 kilomètres/heure, et nous allons dans le mur. On est assis sur notre siège, l’ordinateur est allumé, on regarde le paysage, sauf qu’on ne va pas à Marseille Saint-Charles, on va dans le mur ; on va s’ecraser ». Je leur ai dit : « Vous allez voir ce que vont être les élections municipales ». Hollande annonce ensuite qu’il va enlever 11 milliards aux collectivités territoriales. Il annonce qu’il va diviser les régions en deux, et supprimer les conseils departmenentaux. Il va donc essayer de faire élire des candidats en annonçant à des élus que l’institution dans laquelle ils ont été élus va être supprimée. Ils vont partir en éteignant la lumière en cours de mandat. On ne peut pas faire imaginer un scénario plus catastrophique !

Notes

[1] Voir le site de Démocratie et Socialisme ici : http://www.democratie-socialisme.org/

[2] Gérard Filoche, « Encore une tentative pour convainvre, à partir des faits, sur la nature réelle du PS », Le Blog de Gérard Filoche, 22 mars 2010, http://www.filoche.net/2010/03/22/encore-une-tentative-pour-convaincre-a-partir-des-faits-sur-la-nature-reelle-du-ps/

[3] Léon Trotsky, « Le Front unique et le communisme en France », Le Bulletin communiste, 2 mars 1922, https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/03/lt19220302a.htm

Twitter : @PhMarliere

 

Mon intervention au BN du lundi 28 avril : pourquoi ne pas voter ce plan d’austérité

 

Ne pas voter ce plan d’austérité, un honneur pour la gauche

 

Sur le marché de notre arrondissement, la distribution d’un tract de notre parti pour les élections européennes du 25 mai est un exercice assez riche d’enseignements : rien que le titre « l’austérité est une erreur en Europe » par Martin Schultz attire les plus vives réactions. Car nos concitoyens ne sont pas mal informés, ni sourds ni aveugles, ils ont un degré de culture politique élevé, et ont tendance à prendre pour une provocation que nous fassions, ici, voter une austérité extrême, 35 milliards pour le Medef et 50 milliards de restrictions sur la sécu, les collectivités, et le fonctionnement des services publics. Il faut faire l’exercice de distribuer ce tract, comment prétendre lutter contre l’austérité en faisant l’austérité ? On ne peut mentir à notre peuple, on ne peut le tromper à ce point là, il faut voir les effets que cela a sur le discrédit de la politique, sur le sens des mots, de la parole de la gauche.

 

Qu’est-ce qui nous oblige à rechercher 3 % de déficit maxima de budget ? Olli Rehn, cet intégriste finlandais non élu, qui n’a de comptes à rendre à personne mais qui contrôle nos budgets, notre vie, notre santé, nos retraites, jusque dans nos foyers ? Pourquoi 3 % et pas 4 % ? D’ où vient cette règle irrationnelle, absurde et arbitraire inventée au doigt mouillé par des gourous libéraux ? Même les libéraux à Londres ont un déficit de 5,6 et à Washington un déficit de 6,3 ? Et nous, il faut retirer 12 ou 13 milliards de notre santé alors que déjà 30 % de nos concitoyens hésitent à se soigner et que cela va aboutir a des reculs massifs, généralisés de la santé publique ? Dans six mois, il n’y aura pas de PQ dans les hôpitaux, les gens attendront des heures de plus et mourront dans les urgences ! Sans compter que la santé ce n’est pas seulement un prix, c’est une activité économique qui va reculer comme toute le reste.

 

Depuis 20 mois qu’aveuglément, on fait reculer avec acharnement les déficits, la dette augmente, les déficits sont passés de 5,3 à 4,3 et la dette est passée de 85,9 à 94,5 presque 95 nous dit-on… Parce qu’il n’y a pas assez de recettes fiscales, parce que l’activité s’étouffe sous l’austérité, comme cela s’est passé partout, partout, partout en Europe ? Même le FMI en convient maintenant. Alors pourquoi s’obstine t on dans cette impasse ? Ca ne marche nulle part ! En Grèce, il y a eu 12 plans d’austérité et la dette est passée de 100 à 170. C’est un crime contre l’économie, la vie du peuple grec qui a eu lieu au nom de la stupide orthodoxie budgétaire qui règne par le fait de la troïka ? Pareil en Espagne, au Portugal ou maintenant nos amis socialistes appellent à une nouvelle union PCP-PSP-Bloc de gauche de toute la gauche contre austérité et où Mario Soares lui même appelle à une « révolution en Europe ».

 

On va donner 35 milliards au Medef en sacrifiant la branche famille. Pour qui ? Pour quoi ? Ils refusent toute contrepartie précise. Or avec 35 milliards on peut financer au moins, 1,5 million de très bons emplois publics. Le patronat n’accepte que d’en envisager à peine 150 000 dans le privé, dans ses meilleurs moments d’euphorie crispée. Le chômage augmente chaque jour, encore 11 700 en mars. On bat tous les records parce qu’on ne prend pas les mesures de salut public qui s’imposent : réduction du temps de travail, contrôle des licenciements. On s’est même fait retoquer par le Conseil constitutionnel, comme je l’avais prédis, mis en garde ici et auprès des ministres concernés, sur la loi de reprise, cession des entreprises.

Le patronat qui réclame 100 milliards, va encaisser ces 35 milliards et ne se prive pas pour narguer notre gouvernement en bradant Alsthom, ce fleuron de notre industrie. Il nous fait un bras d’honneur, de façon typique ils ont pillé 5 milliards de dividendes, et ils vendent. Ils jouent défaitisme contre nos industries, va t on laisser faire ces liquidateurs délibérés ? On ferait mieux d’utiliser les milliards pour prendre des parts comme à Peugeot, ou pour nationaliser comme on aurait du le faire à Mittal et Petrolus. Il y va de l’indépendance énergétique et aussi de dizaines de milliers d’emplois ! Il faut combattre ce patronat-là qui n’est ni patriote, ni soucieux de l’intérêt général, mais soumis aux diktats de la finance : on l’abreuve en vain, on sait que ces milliards ne donneront rien, ils n’embaucheront pas car ça leur rapporte plus de spéculer dans l’économie casino que de produire dans l’industrie. Ca fait des décennies que ce genre de cadeaux aux entreprises où l’état paie les salaires à la place des actionnaires, ne sert à rien, la preuve c’est qu’on a 5,9 millions de chômeurs.

 

Comment va t on enlever 11 milliards aux collectivités territoriales 10 mois… avant les élections puis les fermer, les diviser, les dépecer, nos candidats étant obligés d’annoncer qu’ils partiraient en cours de mandat en fermant la lumière ? Ce n’est pas seulement une aventure indéfendable mais une maladresse insigne, quasi provocatrice. On veut se suicider ?

 

Qu’on ne dise pas qu’on fait des « gestes » pour les petites retraites ? Pourquoi ? Parce qu’on les épargne légèrement temporairement en gelant… le gel de leur hausse et en le repoussant d’un an ? S’il s’agit d’un geste de quelques centaines de millions pour faire passer la pilule amère de 35 + 50 milliards, cela n’a aucun sens. Ce qu’il faut c’est hausser les retraites qui ont tellement baissé depuis qu’on a allongé les annuités de cotisations obligatoires pour les obtenir à 63 et en fait à 66 ans – les gens ne peuvent d’ailleurs les atteindre et trainent au chômage, celui des seniors ne cessant d’augmenter !

 

Je ne défends pas le culte des déficits mais celui des investissements, de la relance, de la hausse des salaires, de la stimulation de toute l’économie, de la santé, des services publics… Il ne faut pas voter ce « pacte de responsabilité qui n’est d’ailleurs en aucune façon « un pacte ». Deux syndicats l’ont signé sur 8 et le texte est totalement factice, creux. Le tête-à-tête du Président et du Medef n’est pas sain. C’est le Parlement qui doit débattre, décider, diriger : il y existe une large majorité de gauche, rouge rose verte, c’est sur elle qu’il faut s’appuyer, pas sur une minorité qui elle même a besoin de la droite. L’austérité est rejetée, elle est minoritaire dans notre électorat, dans le salariat, dans la gauche, dans le Parlement et même dans le Parti socialiste, on n’a qu’à laisser les militants voter pour le vérifier

 

Et si l’on veut contenir les déficits, il faut prendre l’argent là où il existe, chez les gros, pas chez les petits. Il faut des mesures exceptionnelles fiscales sur les 84 milliards de dividendes nets, sur les 80 milliards de fraude fiscale, sur les 330 milliards des 500 familles, sur les 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux… Il faut faire contribuer les 1 % qui détiennent 25 % de nos richesses. Les 4 banques françaises privées détiennent 400 % de notre Pib, et c’est à elles qu’on verse 45 à 50 milliards d’intérêts pour une dette qu’on ne remboursera jamais : on est chez Ubu. Il faut faire contribuer les 10 % qui possèdent plus de la moitié du pays, 60 % du patrimoine… Car c’est là qu’est la solution : mais, je sais, pour cela, il ne faut pas s’entoure de conseillers libéraux, riches, des grands groupes et des grandes banques, il faut les affronter ! C’est notre électorat qu’il faut écouter, ceux auxquels on tend la main avec des tracts conte l’austérité, pas les pressions et les chantages de l’oligarchie bancaire, rentière, financière, médiatique… Pourtant, nous la gauche c’est aux aspirations de ceux « d’en bas » qu’il faut répondre, pas à celles de « ceux d’en haut », qu’on fréquente sans doute trop.