GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE TEXTE n°II CONVENTION 2021 NOTRE APPRÉCIATION

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

TEXTE II CONVENTION 2021

NOTRE APPRÉCIATION

du positionnement des différentes forces et des candidats potentiels

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Depuis les rencontres de Pau, n 2019, la pandémie du Covid n’a pas permis de tenir de nouvelle rencontre nationale de notre réseau.

À 18 mois des échéances nationales de 2022 (présidentielle et législatives), il est nécessaire de préciser le rôle que la Gauche démocratique & sociale (GDS) entend tenir. À cet e et, son équipe d’animation nationale a décidé d’ouvrir la préparation d’une Convention nationale qui se tiendra au premier trimestre 2021.

PRÉPARER DÈS MAINTENANT 2022

Cette convention est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent participer au débat*. Tout adhérent à jour de cotisation 2020 pourra voter. Ce texte national est destiné à préparer ladite convention. Il reprend :

- notre analyse de la situation à 18 mois des échéances de 2022 ;
- notre appréciation du positionnement des dif- férentes forces (et candidats potentiels) ;

- notre orientation pour un candidat commun et un contrat de législature commun à l’ensemble de la gauche et des écologistes ;
- les voies et moyens de faire valoir, dès mainte- nant, cette orientation en pointant les obstacles, ainsi que les avantages et inconvénients des dif- férents choix possibles.

À l’occasion de cette convention, le réseau de la GDS procédera à l’élection de son équipe d’ani- mation nationale.

SOMMAIRE

MODALITÉS DU DÉBAT

Dès réception de ce texte, tout adhérent pourra adresser une contribution pour nourrir la ré- exion et les décisions à prendre. Ces contribu- tions devront être limitées à 6 000 signes (deux pages word). Deux bulletins de discussion seront envoyés en janvier et février. Ils reprendront les di érentes contributions, ainsi que les amende- ments au texte national d’ouverture du débat. Pour préparer au mieux les débats, des contacts seront pris avec toutes les forces de la gauche et les écologistes, des comptes rendus seront envoyés à tous les adhérents pour que tous les éléments soient connus a minima dix jours avant la tenue de la convention nationale.

Des assemblées locales, départementales ou régionales seront organisées pour permettre un large débat. Les moyens seront déployés pour permettre la tenue de ces réunions en vi- sio-conférence.

Note

* Anciens adhérents, abonnés à la revue, sympathisants…
Il su t de renvoyer ses coordonnées à contact@gds-ds.org en précisant « convention 2021 » en objet. Le droit de vote sera réservé aux adhérentes et adhérents de la GDS.

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1. Les risques de fragmentation s’accentuent……………………………………………………………………………………..P. 2 2. Europe Écologie les Verts (EELV)……………………………………………………………………………………………………….P. 2 3. La France insoumise (FI)…………………………………………………………………………………………………………………….P. 3 4. Le Parti socialiste (PS)………………………………………………………………………………………………………………………..P. 5 5. Génération.s (G.s)…………………………………………………………………………………………………………………………………P. 6 6. Le Parti communiste (PCF)…………………………………………………………………………………………………………………P. 7 7. Les autres forces de gauche………………………………………………………………………………………………………………P. 7 8. En 2021, nous allons vivre plusieurs années en une seule……………………………………………………………P. 7

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Notre appréciation

du positionnement des différentes forces et des candidats potentiels

1. Les risques de fragmentation s’accentuent

La GDS a défendu depuis sa créa- tion publique, le 20 janvier 2018, dans toutes les luttes sociales et aux élections européennes de 2019, comme aux municipales de 2020, le fait qu’il n’y avait pas de gauche irréconciliable, et qu’il était possible d’empêcher la bipolari- sation, voire la tripolarisation de la gauche. En décembre 2020, ce risque est toujours là.

La déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon a lancé unila- téralement la course aux candidats. EELV s’est xé un calendrier pour des primaires du pôle écologiste en septembre 2021. Si le principal dirigeant du PS avait annoncé o -

ciellement ne pas vouloir présenter de candidat socialiste et proposé à plusieurs reprises un seul candidat unitaire, l’hypothèse d’une candida- ture Hidalgo est venue brouiller le message.

Benoît Hamon a rme que Jean- Luc Mélenchon pourrait être son candidat « s’il est unitaire », puis propose Christiane Taubira, et re- vient en force sur le revenu uni- versel qui, selon lui, devrait être au cœur d’un programme présidentiel. Arnaud Montebourg essaie de se construire un espace politique. Lutte ouvrière se présente. Le NPA en crise s’interroge (certains sur un éventuel soutien à Jean-Luc Mé-

lenchon, d’autres sur une candida- ture autonome de Philippe Poutou). On en est en n 2020 à cinq ou six candidats de gauche, c’est-à-dire à la défaite assurée. La guerre des gauches remplacera la guerre contre Macron. Nul ne sera au se- cond tour.

La GDS milite pour un rassemble- ment large, sans hégémonie ni ex- clusive à gauche. Les principales formations de la gauche (EELV, LFI, PS, PCF) n’en prennent pour l’ins- tant, chacune à sa manière, pas le chemin, malgré la pression unitaire de leur électorat.

fectifs encore modestes (environ 10 000 adhérents) avec un nombre total d’élus encore faible et sans liens organiques avec le mouve- ment syndical (mais en relation étroite avec le milieu associatif). Comme tout appareil, celui d’EELV est marqué par une vie interne bu- reaucratique, mais il porte malgré tout, quoique de façon déformée, les aspirations multiples de ses membres. Les idées, en son sein, varient d’une gigantesque aspira- tion humaniste et révolutionnaire aux calculs les plus politiciens et égoïstes pour des postes.

Son positionnement est éclairé dans les documents o ciels de EELV et de tous ses courants par la référence indi érenciée aux plate- formes « Plus Jamais » (autour de la CGT, de la FSU, de Solidaires, At- tac, Oxfam…) qu’à celle du « Pacte du pouvoir de Vivre » (autour de la

2. Europe Écologie les Verts (EELV)

EELV béné cie, outre de l’irruption des questions environnementales sur le devant de la scène, du ta- bleau général de la gauche : d’un côté, le PS qui a considérablement reculé, et de l‘autre, le comporte- ment non-unitaire dans laquelle la FI s’est enfermée.

Mais c’est une illusion totale de croire qu’il y aurait un nouveau « centre » entre la gauche et la droite. La lutte de classes ne laisse pas d’espace en France entre le salariat puissant et l’actionnariat avide.Iln’yapasde«centre»nide « milieu ». Il n’y a pas de programme écologiste indépendamment du pro- gramme social de la gauche. L’his- toire de l’écologie en France est liée à la gauche. Tous les écologistes qui, par vagues successives, ont voulu se distinguer de la gauche ont rapi- dement sombré à droite.

Pour nous, il ne peut pas y avoir

d’écologie sans anticapitalisme ni d’ailleurs d’anticapitalisme sans écologie. Pourtant, il y a des forces de l’écologie politique qui ne se sentent pas liées à la gauche : CAP 21 de Corine Lepage – dont les quatre députés siègent à l’Assem- blée nationale dans le groupe La- Rem –, Génération Écologie dirigée depuis 2018 par Delphine Batho, ainsi que l’Alliance écologiste indé- pendante qui se présente sur son site comme une mouvement poli- tique rassemblant « des citoyens engagés en politique au-delà du clivage gauche/droite ».

Au sein de EELV, le courant « ex-Eu- rope Écologie », aujourd’hui repré- senté par Yannick Jadot, a fourni des ministres (Pompili et De Rugy) des députés européens (Pascal Can n) et des propagandistes (Da- niel Cohn-Bendit) à LaREM.

EELV est une organisation aux ef-

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CFDT). Cela s’est ressenti dans les divisions du mouvement au mo- ment des lois Travail ou encore de la mobilisation contre la retraite à points.

EELV béné cie actuellement de la recherche, par une fraction de l’électorat, d’un chemin alternatif, du fait de la division et de l’a aiblis- sement du cœur traditionnel de la gauche. Les élections européennes étant toujours propices à des pous- sées atypiques, EELV en a béné – cié en 2019 – comme d’ailleurs en 2009. Aux municipales, il n’y a pas eu de « vague verte », mais des va- gues roses-rouges-vertes. Quand ils se sont présentés seuls contre des listes unitaires, les écologistes ont été battus (Marseille, Mont- pellier, Le Havre, Paris, Nantes, Rennes). Même à Lyon, Strasbourg et Bordeaux, leurs « victoires » les plus retentissantes l’ont été en réa- lisant des listes unitaires.

EELV cherche depuis les munici- pales à transformer l’essai de deux manières :
> engranger des victoires aux ré- gionales et départementales de

2021 au nom du pôle écologique en refusant toute alliance avec le PCF, le PS ou FI ;
> s’agrandir en absorbant les autres petites forces de l’écologie politique regroupées au sein de ce pôle, notamment Cap 21 et Généra- tion Écologie.

Le noyau dirigeant espère que cette stratégie lui permettra d’asseoir la légitimité, comme candidat natu- rel de la gauche à la présidentielle, de celui ou celle qui emportera la « primaire écologiste » prévue pour septembre 2021. À ce stade, quatre candidats sont déclarés (ou presque) : Yannick Jadot et Éric Piolle, Sandrine Rousseau et San- dra Regol.

Yannick Jadot incarne l’orientation selon laquelle EELV peut prospérer en récupérant les déçus de gauche du macronisme. Sa campagne eu- ropéenne profondément droitière est l’illustration d’une orientation pro-business refusant le clivage droite/gauche. Il prétend que c’est « l’ère de l’écologie » pour asseoir une rupture avec les traditions d’une gauche divisée et paraly-

sée. C’est en partie la recette des européennes de 2019. Ainsi Jadot a-t-il exclu la possibilité d’une al- liance avec Mélenchon, qu’il consi- dère comme un repoussoir pour cet électorat plutôt modéré. Cette ligne stratégique est suicidaire : elle fracture la gauche en théori- sant à nouveau les « deux gauches irréconciliables ». Et elle déroule mécaniquement le tapis rouge au « duel » Macron-Le Pen.

Piolle de son côté joue la carte de l’union de la gauche qu’il appelle « l’arc humaniste ». Il s’est déplacé à la fois à l’université d’été de la FI et à celle du PS, et met en avant son bilan à la tête d’un exécutif munici- pal de gauche plurielle. Éric Piolle semble avoir les faveurs de la ma- jorité de la direction et des adhé- rents d’EELV, et sa désignation, à la condition expresse qu’elle s’éman- cipe de la démarche « identitaire » du pôle écologiste, pourrait favori- ser la perspective d’un accord n 2021 entre toutes les composantes de la gauche.

Quelqu’un qui assume l’ambiguï- té avec l’autoritarisme macronien et les connivences avec le monde des a aires ». Il avait déjà fait cela lorsque Benoît Hamon avait empor- té la primaire du 29 janvier 2017, puisqu’il avait déclaré « regretter » François Hollande. Il est si peu désireux d’unité qu’il préfère un « ennemi » déclaré plutôt qu’un Oli- vier Faure lorsque celui-ci propose l’unité. Les plus proches sont les ennemis, c’est la marque du sec- tarisme qui a fait tant de ravages dans l’histoire de la gauche.

La FI s’est insu samment installée depuis trois ans dans le paysage politique hexagonal à cause de ce refus d’unité et parce que, plutôt que de construire un parti plura- liste et démocratique implanté, elle

3. La France insoumise (FI)

Sanssurprise,Jean-LucMélenchon a été le premier à annoncer sa can- didature, à 18 mois de l’échéance présidentielle. Comme la fois précé- dente, il l’a proclamée unilatérale- ment, selon la théorie que « la force va à la force » et selon laquelle, en menant la « course » en tête, il obligera les autres à se rallier à lui. C’est un des facteurs qui a conduit à la défaite du 23 avril 2017.

Car si, en dernier ressort, des élec- teurs peuvent assurément et sans condition se rallier in ne au vote utile, cela ne su t pas – on l’a déjà véri é en 2017. C’est encore plus évident aujourd’hui, pour qui vou- drait mobiliser celles et ceux qui ont des préjugés et des réticences ancrés – soigneusement nourris par les grands médias – à l’endroit

du tribun insoumis. Pour passer au second tour, il faut convaincre le ban et l’arrière-ban des élec- teurs potentiels de gauche et donc construire des arguments, des mo- tivations politiques, des accords qui le permettent. Or, la ligne de la FI, pour les présidentielles, c’est le refus d’envisager une quelconque alliance, même si Jean-Luc Mélen- chon vient de faire une o re en di- rection du PCF (pour peser sur ses débats internes ?).

Seule concession apparente : Jean- Luc Mélenchon a proposé de discu- ter… mais uniquement de son pro- gramme ! Et avec pour date limite octobre 2021. Il est allé jusqu’à se réjouir de la sorte à propos d’une possible candidature d’Anne Hi- dalgo : « En n quelqu’un au PS.

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a été réduite délibérément à n’être qu’une machine présidentielle, un « mouvement gazeux » ainsi que la quali ent ses dirigeants.

Si elle a obtenu 17 députés en juin 2017, c’est avec environ 7 % des voix. Aux européennes, elle a obte- nu autour de 6 %. Aux municipales, élection « reine » de la proximité, elle n’a pas su se situer, tantôt al- liée au PS, tantôt en binôme avec EELV, tantôt alliée à toute la gauche, tantôt solitaire au risque même de faire perdre la gauche. Le résultat de ces choix éclectiques n’a pas été brillant. C’est pour cela que la can- didature de Jean-Luc Mélenchon est encore plus discutable qu’en 2016. Il lui aurait été possible en trois ans de construire, consolider uni er, mais ça n’a pas été le cas. Quand la vingtaine d’organisations syndicales, associatives et envi- ronnementales regroupées au sein du collectif « Plus jamais ça » ont interpellé les partis politiques de gauche, le 20 mai 2020, le premier à faire obstruction a été Jean-Luc Mélenchon qui a refusé une décla- ration commune des partis en sou- tien au collectif unitaire, alors que c’était une occasion exceptionnelle à saisir. Il en fut de même, hélas, le 9 juillet, lorsqu’il y eut une seconde réunion autour de ce projet. Cela a permis au PS, au PCF et à EELV de ne pas répondre de façon favo- rable et active à la démarche de « Plus jamais ça » – en dépit du fait que nous les ayons sollicités dans une lettre commune signée avec Ensemble!, Génération.s et Place Publique.

Pourtant, Jean-Luc Mélenchon lui- même a constaté que, dans 90 % des cas, la gauche votait de la même façon à l’Assemblée : ce qui a aiblit pour le moins la théorie des « deux gauches irréconciliables ». Nous avons publié des « tableaux com- parés de 14 projets émanant de groupes de gauche », dont la LFI, et la conclusion est sans appel : il y a 80 % de points d’accord. En exami- nant spéci quement le programme

de la LFI et celui d’EELV, nous avons constaté 29 points communs subs- tantiels entre les deux.
Par ailleurs, au sein même de la FI, des voix (notamment François Ru n et Clémentine Autain, même s’ils ne sont pas les seuls au sein du groupe parlementaire) se font entendre, qui avancent l’idée d’uni- té de la gauche. À la base, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, les positions des « groupes d’appui » sont di érentes : certains mili- tants et dirigeants anciens et expé- rimentés ont claqué la porte pour protester, d’autres appliquent une ligne en pratique bienveillante avec le reste de le gauche. En n, un son- dage IFOP dans L’Humanité, publié en septembre 2020, annonçait déjà que 71 % des sympathisants de gauche voulaient une candidature unique pour les présidentielles, et même73%àEELV,77%chezles communistes, 79 % dans la mou- vance insoumise et 88 % au Parti socialiste et à Génération.s.

Quoi qu’il en dise, Jean-Luc Mé- lenchon est soumis à une pression unitaire considérable : c’est pour cela qu’il a proposé d’ouvrir un dé- bat sur « son » programme. Cette proposition n’est toutefois pas la solution pour bâtir une plateforme commune.

Nous continuons donc d’insister, de batailler par tous les canaux possibles, avec – nous l’espérons – la force des militants unitaires convaincus, pour que ce débat s’ouvre sans exclusive ni hégémo- nisme, et que toute la gauche se mette autour d’une table, à partir des propositions respectives de chaque formation, pour rédiger une plateforme commune en 8, 10, ou 12 points essentiels, susceptible de faire gagner un candidat commun et de construire une majorité pour cinq ans de législature de gauche. En recherche d’alliés pour les régio- nales, la FI a pris l’initiative d’écrire à l’ensemble des forces de gauche – sauf au Parti socialiste – pour en- visager des listes communes. Nous

avons donc eu une rencontre avec eux et avons rédigé un communi- qué commun GDS-FI en septembre 2020. La France insoumise nous a contactés dans chacune des ré- gions où nous existons. O ciellement, elle annonce vou- loir découpler départementales, régionales et présidentielle. Ce dé- couplage est sans doute dû à leur prise de conscience que lier toutes les élections serait hasardeux, tant est grand le décalage entre la noto- riété nationale de Jean-Luc Mélen- chon et la force électorale de la FI au niveau local.

Nous pouvons noter quelques avan- cées programmatiques de la FI :
> le passage d’un républicanisme prétendument universaliste(comme il nous le faisait subir au sein de la Gauche socialiste) à un combat contre le racisme envers les musulmans (voir sa déclara- tion sur la loi contre le « sépara- tisme ») et en tenant compte des minorités, notamment lorsqu’il re- prend l’expression de « créolisa- tion » d’Édouard Glissant ;

> l’abandon de l’idée de quitter l’UE au pro t du thème de la dé- sobéissance aux traités, si néces- saire, pour appliquer une politique « socialiste ».

En revanche, l’interview de Jean- Luc Mélenchon en octobre dans L’Obs est plus problématique. No- tamment les formules à propos d’un éventuel président « insoumis » appelé à « se concentrer [...] sur les tâches qui engagent l’identité de la nation », mais aussi à propos du « compromis » à conclure avec « le patronat national » ou encore de la démocratie réduite à n’être qu’un vulgaire « système nerveux »…

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4. Le Parti socialiste (PS)

LePSaétésurle ldurasoir.Ilau- rait pu disparaître et changer de na- ture de classe, s’il avait suivi Macron. Il en était à deux doigts. Environ 20 % de ses e ectifs et surtout de ses cadres sont passés à LaREM. En juin 2017, Stéphane Le Foll s’écriait : «EnFranceiln’yaplusqueLePen ou Macron ». Olivier Faure, avec le gros du groupe parlementaire, s’abstenait lors du vote de con ance au gouvernement Macron-Philippe, assurant même qu’il « souhaitait sa réussite ». Le PS est passé en dix ansde180000àmoinsde30000 membres et il a modi é ses statuts pour empêcher tout débat interne. Il paie durablement la trahison de Hol- lande-Valls aux yeux des millions de salariés dont il n’a pas défendu les intérêts.

Sa gauche a quitté le parti pour aller fonder d’autres organisations :
- en juillet 2017, autour de Hamon, s’est constitué Génération.s ;

- début 2018, les militants regrou- pés autour de la revue D&S ont fon- délaGDS;
- n 2018, Maurel et Lienemann ont construit la GRS (en fusionnant avec les restes du MRC).

Le PS abrite toujours une aile droite en continuité avec le social-libéra- lisme et la politique menée par les gouvernements Hollande autour de Le Foll, Patrick Kanner, Cazeneuve. Il est dirigé par un « centre » autour de Faure qui a réussi à garder la tête du parti hors de l’eau précisément en prônant une politique unitaire pour battre Macron. Mais cela dure- ra-t-il ?

Le PS est considérablement a aibli aussi bien sur le plan militant que sur celui des élus et de l’appareil : il ne conserve que 29 députés sur les 295 de la mandature précédente, 65 sénateurs, cinq régions sur treize, une ville sur trois, un département sur trois. Ce qui est cependant loin d’être négligeable. L’a aiblissement du PS ouvre une fenêtre de tir pour que nous tentions

de reconstruire la gauche et son unité sur un nouvel axe en rupture avec ses orientations libérales. Mais sa survie est due au choix qu’il a laborieusement fait de l’unité de la gauche et de l’opposition à Macron. Et nous savons que, tant qu’elle n’est pas remplacée physiquement, une organisation traditionnelle de la gauche ne disparaît pas. Elle peut même se reconstruire ; on l’a vu dans les cent ans d’histoire du PS où, selon les circonstances politiques et les rapports de force, il n’a cessé de connaître des hauts et des bas. Ce parti a la tête dans les institutions et l’oligarchie, mais il ne peut survivre sans puiser sa force électorale dans le salariat (ce qui était l’essence même de ce que l’on a pu quali er de parti « ouvrier-bourgeois »).

À l’université d’été du PS, Olivier Faure a même expliqué qu’il voulait « un candidat commun qui ne soit pas socialiste, ni vert, ni commu- niste, ni insoumis, mais qui soit tout çaàlafois».Etilaajouté:«Lafolie ce serait d’avoir quatre ou cinq can- didats de gauche ». Il est même allé jusqu’à préciser : « Si Mélenchon doit être candidat, c’est au travers d’une candidature collective ». Puis : « S’il y a des désaccords, ils doivent être tranchés publiquement par un vote démocratique populaire ». Nous ne pouvons que souscrire à la conclusion du Premier secrétaire : « Rassemblons-nous d’abord sur les idées et désignons ensuite le candidat pour les porter ».

C’est un discours clair, qu’il convient de saisir au pied de la lettre. Car Faure est soumis, dans son posi- tionnement, à la pression de sa base et il ne le maintiendra peut-être pas si, en pratique, l’unité n’avance pas. Il semble en e et y avoir plusieurs langages et sans doute beaucoup de non-dits au sommet du parti. La possible candidature d’Anne Hidal- go n’est-elle pas, en la matière, déjà venue modi er les scénarios écha- faudés par Olivier Faure ?

Les débats sur la laïcité, aussi légi- times et importants qu’ils soient, ont été menés par Olivier Faure et Anne Hidalgo avec le choix d’attaquer EELV et la FI. Cette volonté d’a r- mer une identité spéci que du PS sur ce sujet contredit les déclara- tions unitaires préalables d’Olivier Faure. Chacun le sait, la vraie ur- gence pour le PS serait d’a ronter la question sociale car, sur ce plan, le PS n’a pas beaucoup évolué de- puis 2018.

Le congrès du PS qui semblait devoir donner 90 % des voix à Olivier Faure été reporté en mai, et des opposi- tions diverses se manifestent dans l’appareil. L’appel à motion d’Hélène Geo roy, maire de Vaulx-en-Velin, a un but unique que l’on peut résumer ainsi : « le PS doit avoir son candidat ». C’est aussi la position de François Hollande et de ses amis, Stéphane Le Foll et Cie, bien qu’ils n’aient ob- tenu que 18 voix contre 119, lors du Conseil national du 13 septembre. Hollande va même jusqu’à mena- cer de scission, appelant « à une nouvelle force politique à gauche ». Le lobbying d’un Laurent Jo rin va dans le même sens.

Le PS restera paralysé et inaudible tant qu’il ne se sera pas nettement démarqué dans l’opinion de gauche des trahisons du quinquennat Hol- lande-Ayrault-Macron-Valls. Quand Olivier Faure a timidement rejeté le CICE « sans contreparties » et la « loi El Khomri qui n’était pas néces- saire », il s’est certes rendu ennemi des « hollandais », mais il n’a pas pour autant dissipé la mé ance pro- fonde des salariés contre le PS. Des millions de voix socialistes sont en déshérence et se tournent vers l’abstention. Mais les pesanteurs sont lourdes et il faut noter qu’en étant unitaire à sa façon (humble là où il est minoritaire, souvent hégé- moniste là où il est majoritaire), le PS a réobtenu des résultats posi- tifs pour lui aux municipales 2020. Il a gardé ses villes principales (Pa-

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ris, Lille, Rennes, Nantes.. .) et en a gagné d’autres avec des candidats plus jeunes (Montpellier, Nancy…). Cela ne lui a été possible le plus souvent qu’à la condition de paraître anti-Macron et unitaire à gauche. Alors qu’il n’est plus hégémonique, le PS résiste parce qu’aucune force (ni la FI ni EELV) n’a su et voulu pro- ter de sa situation avantageuse (la FI après les présidentielles, EELV

5. Génération.s (G.s)

Au lancement de Génération.s, l’es- poir de Benoît Hamon et de son mouvement était de devenir la force incontournable autour de laquelle pourrait se reconstruire la gauche. Les 3,7 % des européennes ont été un cuisant désaveu. Benoît Hamon et de nombreux cadres ayant perdu leurs mandats électoraux se sont éloignés du devant de la scène (au moins temporairement pour le fon- dateur du mouvement).

Sous la direction de Guillaume Ba- las, Génération.s a tenté de jouer un rôle de trait d’union à gauche, de « plaque tournante » entre EELV, la FI, le PS et le PCF. Il a participé à toutes les initiatives unitaires, y compris – avec la GDS – au « Big Bang » de Clémentine Autain. Il mettait ainsi en avant l’idée d’une « Maison commune de la gauche et de l’écologie ». Dans cette période, le mouvement a eu une ligne très proche de la nôtre sur la question de l’unité.

En mai dernier, EELV a proposé à toutes les forces de gauche et de l’écologie de co-organiser une uni- versité d’été commune. Quelques semaines plus tard, la direction a rétréci le champ des organisateurs, la limitant à ce qui deviendra le « pôle écologiste » comprenant, outre EELV, Cap 21, Génération Écologie, l’Alliance écologique indépendante et Génération.s.

Lors de sa convention de novembre 2020, trois textes ont été soumis à la discussion :
> « Pour que l’écologie rassemble

après les européennes). En lieu et place d’une politique réellement unitaire leur permettant de devenir la force centrale de la gauche, la FI d’abord, EELV ensuite, ont adop- té une position d’auto-a rmation sectaire, et échafaudé une poli- tique hégémoniste ruinant en fait la possibilité qui était alors la leur de prendre la place laissée vacante par le PS. Tant que le reste de la gauche

la gauche », envisageant une fu- sion rapide avec EELV. Ce texte a obtenu 26 % des voix ;
> le texte « Construire la Maison commune. Penser et fonder la gauche de demain » (soutenu par Claire Monod) qui réa rmait la perspective d’une « maison com- mune de la gauche et de l’écologie », n’a pas été mis au vote, ses ani- mateurs choisissant d’amender le texte central ;

> le texte central « Utiles pour l’avenir » (présenté par Sophie Tai- lé-Polian et Benjamin Lucas, soute- nus par Benoît Hamon).

Ce dernier proclame que « l’éco- logie politique, et EELV singulière- ment, doivent occuper une place centrale dans la recomposition » et poursuit de la sorte : « Après plu- sieurs années de fracturation, nous sommes convaincus que s’ouvre à présent le temps de la reconstruc- tion de la gauche autour de l’éco- logie politique, seul germe fécond pour renouveler le modèle de so- ciété alternatif au monde actuel. Nous a rmons notre détermina- tion à construire la nouvelle force de l’écologie sociale et démocra- tique. Cela peut être réalisé dans une première étape : la consoli- dation du pôle écologiste qui se structure actuellement autour de plusieurs formations politique dont Génération.s »

Pour les régionales, G.s a choi- si de mener le combat au sein du pôle écologiste. Participeront-ils à sa primaire prévue en septembre

ne lui propose pas l’unité et ne le prend pas au mot, on lui laisse ain- si un espace de reconstruction. Les moments que nous vivons seraient pourtant l’occasion pour une gauche intelligente de l’entraîner dans un front de gauche dynamique auquel son appareil a aibli aurait du mal à résister.

2021 ? Le débat risque de rebon- dir en son sein, entre ceux qui vont privilégier le pôle « écolo » et ceux qui sont favorables à une maison commune de la gauche et de l’éco- logie. La synthèse opérée lors de cette convention reste sur ce point au minimum ambiguë.

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6. Le Parti communiste (PCF)

Le dernier congrès du PCF de no- vembre 2018 avait écarté (malgré des résultats assez serrés) l’idée de recommencer à soutenir Jean- Luc Mélenchon comme lors des deux échéances présidentielles précédentes. Pierre Laurent a été remplacé à la tête du parti par Fa- bien Roussel, avec l’objectif a ché de présenter des candidats com- munistes à chaque élection. Mais depuis trois ans, est-ce que l’hypo-

thèse d’une candidature indépen- dante du PCF à la présidentielle s’est trouvée confortée ? Di cile de ne pas répondre par la négative. Une telle démarche paraît totale- ment déconnectée de la réalité à la fois de la situation politique et du parti lui-même. Un candidat PCF serait entre 2 à 3 % avec une bonne campagne et ne prendrait des voix qu’à gauche – donc des voix sous- traites au candidat le mieux placé,

qui risquerait du même coup de ne pas accéder au second tour.
Le dernier Conseil national du PCF a dé ni son calendrier en vue des échéances de 2022. Une confé- rence nationale les 10 et 11 avril prochain, puis un vote des adhé- rents du 7 au 9 mai détermineront qui sera le candidat des commu- nistes à la présidentielle.

mais clairement orienté vers un front unique de toute la gauche, associant et dépassant tout à la fois les orga- nisations.

Mais ces organisations sont aussi tiraillées par l’attraction qu’exercent sur elles les trois « grandes » orga- nisations de la gauche. Pour attirer à elles, il faut qu’elles se mettent en mouvement. Car sinon ce sont les autres forces qui les satelliseront. En témoigne la trajectoire de Géné- ration.s, qui n’a jamais formellement refusé nos propositions, tout en fai- sant le choix du pôle écologiste.

Tout cela nous indique combien chaque composante de la mosaïque de la gauche in uence les autres. Tout se tient et tout peut donc bouger. Rien n’est joué.

7. Les autres forces de gauche

Beaucoup de ces forces de gauche (Ensemble!, PEPS, Place publique, Nouvelle donne, GRS, R&S, NPA) sont expérimentées, ont des militants de valeur et sont capables d’élaborer, d’agir, d’argumenter, de peser cha- cune à leur niveau sur le cours de ces événements.

Quand Jean-Luc Mélenchon refuse l’unité, il avantage les pro-Jadot au sein d’EELV et les anti-Olivier Faure du PS. Quand ce dernier renouvelle ses o res unitaires, il encourage par la même occasion les unitaires de la FI et d’EELV. Quand Anne Hidalgo s’en prend frontalement aux éco- logistes ou à la France insoumise, elle attise les sentiments anti-PS des militants de ces forces et même au-delà. Quand le PCF a rme, avec Fabien Roussel, qu’il y aura un candi- dat communiste, cela ouvre un débat dans le PCF, et certains comme Ma- rie-George Bu et rejoignent Mélen- chon ; c’est aussi une forme d’enga-

gement unitaire.
Quant au Nouveau parti anticapita- liste (NPA), une scission semble pos- sible lors de leur prochain congrès. D’une certaine façon, à l’instar du PCF, le NPA aura à choisir s’il décide d’une candidature identitaire comme le fait toujours Lutte ouvrière (LO).
Si toutes ces forces s’étaient liguées dans un front commun, dans un « co- mité de liaison » comme la GDS en a défendu l’idée depuis trois ans avec comme principal objectif de faire avancer la cause de l’unité, leurs voix auraient été décuplées. Il y aurait un « pôle » central, capable d’empêcher la centrifugation, le clivage entre, d’un côté, un pôle autour d’EELV et, de l’autre, un pôle « insoumis ». De façon imagée, nous nous présentons volontiers comme une petite roue se mettant en mouvement pour faire tourner une roue plus grande, et ain- si de suite. Nous sommes partisans d’un front unique certes « partiel »,

8. En 2021, nous allons vivre plusieurs années en une seule

Nous entrevoyons un double hori- zon dans les prochains mois : la n du con nement et l’a rmation des luttes sociales, tant il est vrai que le pays est comme une cocotte-mi- nute. Le couvercle est maintenu, mais la pression monte.

Ensuite, ce seront les élections ré- gionales et départementales, un nouveau test où, si nous sommes

unis, nous balaierons LaREM. Si la gauche est en revanche désunie, aucune dynamique de gauche ne se dégagera, et LaREM, LR, RN s’en sortiront.

En n, ce sera l’automne où des mil- lions d’électeurs de gauche verront les délais se resserrer et la me- nace de perdre comme en 2017 se renouveler ; ce seront les primaires

d’EELV et la date limite xée unila- téralement par Mélenchon. Le dé- bat unitaire fera rage et obligera les appareils petits et grands, ainsi que leurs « chefs », pris à la gorge, à répondre.

Ce sera la dead line pour une plate- forme commune, pour des pri- maires éventuelles.

7 | CONVENTION GDS 2021

 

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE TEXTE n°1 CONVENTION 2021 OÙ VA LA FRANCE ?

GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

TEXTE I CONVENTION 2021OÙ VA LA FRANCE ?

Analyse de la situation politique

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Depuis les rencontres de Pau, n 2019, la pandémie du Covid n’a pas permis de tenir de nouvelle rencontre nationale de notre réseau.

À 18 mois des échéances nationales de 2022 (présidentielle et législatives), il est nécessaire de préciser le rôle que la Gauche démocratique & sociale (GDS) entend tenir. À cet e et, son équipe d’animation nationale a décidé d’ouvrir la préparation d’une Convention nationale qui se tiendra au premier trimestre 2021.

PRÉPARER DÈS MAINTENANT 2022

Cette convention est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent participer au débat*. Tout adhérent à jour de cotisation 2020 pourra voter. Ce texte national est destiné à préparer ladite convention. Il reprend :

- notre analyse de la situation à 18 mois des échéances de 2022 ;
- notre appréciation du positionnement des dif- férentes forces (et candidats potentiels) ;

- notre orientation pour un candidat commun et un contrat de législature commun à l’ensemble de la gauche et des écologistes ;
- les voies et moyens de faire valoir, dès mainte- nant, cette orientation en pointant les obstacles, ainsi que les avantages et inconvénients des dif- férents choix possibles.

À l’occasion de cette convention, le réseau de la GDS procédera à l’élection de son équipe d’ani- mation nationale.

SOMMAIRE

MODALITÉS DU DÉBAT

Dès réception de ce texte, tout adhérent pourra adresser une contribution pour nourrir la ré- exion et les décisions à prendre. Ces contribu- tions devront être limitées à 6 000 signes (deux pages word). Deux bulletins de discussion seront envoyés en janvier et février. Ils reprendront les di érentes contributions, ainsi que les amende- ments au texte national d’ouverture du débat. Pour préparer au mieux les débats, des contacts seront pris avec toutes les forces de la gauche et les écologistes, des comptes rendus seront envoyés à tous les adhérents pour que tous les éléments soient connus a minima dix jours avant la tenue de la convention nationale.

Des assemblées locales, départementales ou régionales seront organisées pour permettre un large débat. Les moyens seront déployés pour permettre la tenue de ces réunions en vi- sio-conférence.

Note

* Anciens adhérents, abonnés à la revue, sympathisants…
Il su t de renvoyer ses coordonnées à contact@gds-ds.org en précisant « convention 2021 » en objet. Le droit de vote sera réservé aux adhérentes et adhérents de la GDS.

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1. La pire crise économique et sociale dont on se souvienne…………………………………………………………P. 2 2. Un virage autoritaire accéléré et une o ensive réactionnaire féroce……………………………………… P. 2 3. Le mouvement social et la gauche…………………………………………………………………………………………………P. 3

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1 | CONVENTION GDS 2021

Où va la France ?

Analyse de la situation politique
1. La pire crise économique et sociale dont on se souvienne

La situation politique dans laquelle se déroulera la dernière partie du quinquennat Macron, ainsi que les campagnes électorales majeures de 2022, est marquée par les consé- quences économiques et sociales de la crise sanitaire du Covid 19, aggravées par les trois premières années de politique pro-CAC 40 de Macron. Dans le texte « Pandémie, urgences et jours d’après »*, nous avons analysé les liens entre pan- démie, néo-libéralisme et atteintes à l’environnement. Nous avons par

ailleurs souligné un autre point ; le fait que le souci de préserver la santé ait à un moment donné pré- valu sur l’économie (contrairement aux choix faits aux États-Unis ou au Brésil) a constitué une victoire sur le capitalisme.

La crise économique entraîne pro- bablement la pire crise sociale dont on se souvienne. Entre le deuxième et le troisième trimestre 2020, le chômage (au sens du BIT) a bondi de 7 à 8,8 % en France métropoli- taine, le « halo du chômage », se-

lon les chi res antérieurs de Pôle emploi, (catégories A, B, C, D, E cu- mulées) va atteindre 7 millions de personnes – record historique. Les plans sociaux se succèdent avec des centaines de milliers d’emplois perdus dans tous les secteurs d’ac- tivités. La pauvreté touche plus de dix millions de personnes, les de- mandes de RSA explosent, la ques- tion du logement est dramatique et la faim est revenue dans le pays : elle concerne 23 % des pauvres.

2. Un virage autoritaire accéléré et une offensive réactionnaire féroce

Le projet de Macron n’a pas changé : adapter le pays au néo-libéralisme, ériger la France en start-up nation, construire une société sans statut, post-salariale, ubérisée au maxi- mum et sans cotisations sociales. Face aux résistances sociales, Macron a fait le choix d’approfon- dir le virage droitier, autoritaire et répressif de sa politique. C’est ce que signi e la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Inté- rieur, avec une orientation de type « ordre et sécurité ». Cette o ensive réactionnaire s’est développée à la suite de l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty à Con ans-Sainte-Ho- norine et du triple assassinat terro- riste dans la cathédrale de Nice.

En visant notamment les jeunes des quartiers populaires et les im- migrés, Macron marche sur les platebandes de l’extrême droite. De nombreux jeunes issus de l’immi- gration post-coloniale subissent des discriminations qui s’ajoutent à la violence sociale. La couleur de peau, le genre, la religion interfèrent avec le rapport de classe. Leur participa- tion au combat pour l’émancipation nécessite de prendre en compte ces dimensions, comme nous le faisons

depuis de nombreuses années dans le combat féministe, pour l’égalité femmes-hommes.
Darmanin et le ministre de l’Édu- cation nationale, Jean-Michel Blan- quer, mènent la charge contre les droits des associations musul- manes, la gauche intellectuelle et universitaire, les associations de défense des droits humains, le mou- vement antiraciste, les journalistes, ainsi que cette partie de la gauche et des syndicats qui a participé à la marche contre l’islamophobie de novembre 2019 et aux manifesta- tions contre les violences policières et le racisme en juin 2020. Avec la dissolution du CCIF, le gouverne- ment s’engage dans la voie du « délit d’opinion » comme l’indique à juste titre la LDH. Avec le projet de loi « confortant les principes répu- blicains », le pouvoir entend conti- nuer à séduire l’électorat de droite et d’extrême droite.

Il aligne ainsi une série de mesures antidémocratiques, sécuritaires et liberticides : pérennisation d’un état d’urgence dit « sanitaire », installa- tion dans la durée d’un Conseil de défense couvert par le secret dé- fense dans lequel sont prises les

décisions sanitaires, loi « sécurité globale » généralisant la surveil- lance de la population par la police tout en tentant de limiter la liberté d’informer (pénalisation de la di u- sion d’images de policiers, décrets pour le chage politique), autori- sation accordée aux policiers de conserver leurs armes en dehors du service, attaque contre les li- bertés académiques dans la loi de programmation de la recherche (via l’obligation pour les chercheurs de respecter des « valeurs de la Ré- publique » dont le contour est pour le moins ou…). Le nouveau sché- ma national de maintien de l’ordre vise à réduire le mouvement social et se sert d’une hiérarchie acquise à l’extrême droite. Plus d’un policier sur deux vote pour le RN. Leur hié- rarchie les pousse à réprimer dure- ment les mouvements de contesta- tion, par exemple par le moyen des « nassages », contraire à la stratégie traditionnelle de maintien de l’ordre, telle qu’elle est mise en œuvre dans de nombreux pays démocratiques en Europe.

Macron n’a par ailleurs pas renoncé à la contre-réforme de l’assurance chômage diminuant de 3,5 mil-

2 | CONVENTION GDS 2021

liards les indemnités de millions de chômeurs. Il entend continuer la casse des retraites, voire faire encore reculer l’âge de départ et, naturellement, diminuer le niveau des pensions. Il a instauré un « état d’urgence » qui suspend ce qui reste d’essentiel dans le Code du travail (horaires, congés payés, baisse des salaires de 16 %, CDD, droits des intermittents, intéri- maires, saisonniers…) et donne tous pouvoirs dans chaque entre- prise aux patrons. Il continue de fermer des lits, de ne pas recruter

de soignants, et refuse de répondre aux besoins des hôpitaux et Ehpad, aux exigences de la recherche, de l’éducation, des services publics. Il bloque en n sans vergogne le Smic et les minima sociaux. Le discours austéritaire revient en force avec la commission Artuis sur l’avenir des nances publiques.

Sur les questions environnemen- talesen n,Macrontented’apporter des réponses en évitant toute re- mise en cause du capitalisme. Pour lui,c’estlesecteurprivéquimènera à bien cette transition écologique, à

la condition expresse que l’on n’en- trave pas sa rentabilité. Évidemment, tous ces choix heurtent de plein fouet la société, le salariat et ses franges les plus pauvres. Pour écraser la montée des ré- voltes, Macron rétrécit l’espace des libertés publiques comme jamais en France depuis quatre décennies. Lui et sa bande craignent plus que toutleretourd’unmouvementdu type « Gilets jaunes » et l’irruption de millions de manifestants dans lesrues,voiredegrévistesdansles entreprises elles-mêmes.

joue de cette situation pour crédibi- liser la mise en scène d’un « duel » entre sa version du libéralisme au- toritaire et l’extrême droite de Ma- rine Le Pen. Cette dispersion déva- lue aussi les nombreuses victoires obtenues par la gauche quand elle avait réussi à s’unir aux municipales de mars et juin 2020.

La gauche paraît plus préoccupée par ses guerres intestines que par l’impératif de construction d’une alternative crédible au pou- voir en place.

Cette situation risque de durer jusqu’à l’automne 2021. Si les di é- rents appels à l’unité et à donner un contenu à l’unité sont utiles, l’unité sur le terrain des luttes peut aus- si modi er nettement les rapports de force. Les luttes sociales aide- ront à faire apparaître aux yeux de toutes et tous le besoin criant de rassemblement, et à enclencher le débat sur la meilleure plateforme pour ce faire. Les contributions du collectif « Plus jamais ça » ont une grande importance, elles tracent les axes d’une politique de rupture (qu’il nous faut populariser) tout en indiquant une méthode : mettre en avant les convergences plutôt que les divergences. Cette méthode est également la nôtre.

Notes

* http://www.gds-ds.org/pande- mie-urgences-et-jours-dapres- contribution-gds.

3. Le mouvement social et la gauche

Depuis 2016, une résistance sociale profonde se manifeste et les mou- vements sociaux se succèdent (loi El Khomri, défense du Code du tra- vail, Gilets jaunes, SNCF, retraites, manifestations pour le climat). C’est ce qui explique cet événement exceptionnel qu’est l’émergence du collectif « Plus jamais ça », réunis- sant une vingtaine d’organisations syndicales, associatives et envi- ronnementales avec notamment la CGT, Solidaires, la FSU, ATTAC, Greenpeace, Oxfam… Leur plan de sortie de crise (34 mesures) est une base essentielle pour tout pro- gramme de transformation sociale. Ces organisations a rment avec raison ne pas pouvoir « se résigner au rétrécissement du cadre démo- cratique et à une crise sanitaire sur la durée, permettant de justi er la casse sociale et l’absence totale de politique ambitieuse de transition climatique ».

Ces dernières semaines, c’est sur le terrain de la défense des libertés et des résistances à la politique de Macron que la gauche a pu marquer des points. Les marches pour les libertés qui ont réuni un demi-mil- lion de manifestants le samedi 28 novembre ont plongé le gouverne- ment dans une crise politique. Il a même été obligé pour la première fois de reculer partiellement sur l’article 24 de la loi Sécurité glo- bale. Ce mouvement a réussi à mobiliser l’ensemble de la gauche

qui s’est retrouvée unie dans la rue contre le pouvoir.
Évidemment, face à la politique tout aussi menaçante que cohérente de Macron, la gauche devrait faire passer ses divergences au second plan. Il est tout bonnement suici- daire de se faire une guerre entre petits et grands appareils, quand la guerre sociale – la vraie – sévit avec tant de violence.

Alors que sondage après sondage, la volonté d’unité dans le peuple de gauche se con rme et progresse, alorsquelesforcesdegauchen’ont pas cessé de faire front contre le gouvernement sur la quasi-totalité de sa politique – que ce soit le vo- let social, le volet économique ou encore le volet sécuritaire et auto- ritaire –, la gauche reste une vaste mosaïque dispersée.

Si elle était unie, elle susciterait une dynamique et gagnerait largement ; mais au lieu de cela, son éclatement produit une majorité d’abstention, voire de résignation.

La dispersion des candidatures aux élections européennes, puis aux municipales et potentiellement aux régionales empêche de faire appa- raître une issue politique de gouver- nement face à la droite LREM-LR-RN. Les multiples annonces de candida- ture à la présidentielle des uns et des autres contrecarrent (pour le moment) les aspirations à l’unité. Cette dispersion a aiblit aussi le mouvement social contre Macron. Il

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3 | CONVENTION GDS 2021

 

Macron est sans pitié

chronique hebdomadaire « au boulot » dans l’Humanité Dimenche n° 525

 

Impitoyablement

Macron est sans pitié. Même face à l’aggravation de la pandémie et du tsunami social qu’elle entraine, Macron ne renonce à rien de son programme initial. 

Le malheur dans lequel sa politique d’austérité a plongé des millions de salariés et de chômeurs, il l’aggrave sans cesse. A marche forcée il transfère l’argent des pauvres vers la fortune des riches. Sur 100 milliards d’argent caché soudain retrouvé, il donne plus de 70 % au CAC 40 et moins de 30 % à 30 millions de salariés et d’indépendants qu’il continue d’uberiser.

Il maintient la casse de l’assurance chômage qui va diviser par quatre les indemnités des millions de chômeurs.

Il maintient le projet de report de l’âge des départs en retraites alors que l’espérance de vie vient pourtant de se réduire.

Il maintient la suppression progressive des cotisations sociales alors que toute la Sécurité sociale du pays en dépend.

Il continue le recul de la prévention dans la prévention du Covid, pas seulement en supprimant des lits dans les hôpitaux mais dans les entreprises, avec l’objectif d’assurer à tout prix la poursuite des profits capitalistes : suppression des CHSCT alors qu’en 2019, sur 19,5 millions de salariés, il y avait déjà eu 655 715 accidents du travail, 50 392 maladies professionnelles et 98 899 accidents de trajet, et que, parmi ces victimes, 1 264 sont décédées (1027 en 2018).

Il propose même de casser davantage la médecine du travail avec la loi Lecocq.

Il maintient la casse du droit du travail, alors que l’application des lois El Khomri et Pénicaud a déjà donné des résultats catastrophiques et que la fraude patronale n’ajamais été aussi massive.

Il maintient le plafonnement des indemnités prud’hommes alors que les licenciement abusifs se multiplient.

Et le voilà, c’est nouveau et impitoyable, qu’il propose de modifier l’AGS (Assurance Garantie Salaire) qui accordait en priorité la sureté de salaire à plus de 100 000 salariés en cas de liquidation judiciaire de leur entreprise.

Gérard Filoche

 

A Pierre Lepelletier journaliste au Figaro le 18 janv 2021

Bonjour,
nous nous sommes vus samedi 17 janvier 9 rue Française 75002

lors de la signature de son livre « L’engagement » par Arnaud Montebourg vous avez publié l’article ci-dessous
j’aurais aimé échanger avec vous à ce sujet
car il y a une inexactitude lourde dans l’article que vous avez publié

me concernant je n’ai jamais été exclu du PS, aucun vote aucune instance ne s’est jamais prononcée

hormis des propos personnels de Rachid Temal et de David Assouline même si ces deux personnages l’ont annoncé, il n’y a jamais eu aucune procédure, aucune suit

or les statuts du PS sont clairs, le Bn ne peut exclure un de ses membres, il y faut une procédure spécifique avec la commission ad hoc, et cela non seulement n’a jamais abouti, mais n’a même pas été initié

et le tweet de David Assouline (du 21 novembre 2017) qui l’a prétendu est un tweet personnel certes désagréable mais totalement mensonger, c’est un fake.
Depuis, l’histoire a été rétablie, mes amis de la gauche socialiste et moi avons collectivement démissionné du PS parce que celui-ci à la veille du congrès d’Aubervilliers d’avril 2018 a modifié ses statuts pour empêcher qu’en tant que membre du BN je puisse en notre nom déposer une motion tirant le bilan du quinquennat de François Hollande,

nous sommes partis du PS à cause de ça,et en l’expliquant publiquement, dans le JDD du 20 janvier 2018et ensuite nous l’avons expliqué et ré expliqué dans des centaines d’occasions, médias, articles, revues, livres.

donc en résumé :

- pas d’exclusion (c’est vérifiable auprès de Olivier Faure et des autres membres du BN…)

- démission (c’est vérifiable dans le JDD mais aussi pendant toute cette période dans notre revue mensuelle « D&S » Démocratie & socialisme – qui parait depuis 28 ans, à l’époque c’étaient les n°250 et suivants… également en temps réel sur notre site : gds-ds.org, mon blog gerard.filoche.fr )

- et pas à cause du tweet que vous mentionnez
Autour de ce tweet :

le Parquet a renoncé à plainte

9 organisations sectaires se sont jetées dessus et portées partie civile contre moi, elles ont été déboutées et n’ont même pas osé faire appel quand le Tribunal m’a relaxé (décembre 2018)

17 000 signatures et des centaines de personnalités m’ont soutenu en décembre 2017personne dans ma vie militante depuis 60 ans que je suis actif, n’a pu justifier ne serait-ce qu’une bribe de cette accusation infamante mais absurde

je suis l’un des cofondateurs de Sos-Racisme et j’ai fait des centaines de meetings sur ce sujet
j’ai publié un « Manifeste » le 11 avril 2018 « contre le racisme et contre l’antisémitisme » pour bien répondre et développer le fond de ma pensée et de mon action,

cela fait maintenant quatre ans que cette histoire est dépassée

elle n’a pas été à l’honneur de ceux qui m’ont fait procès

mais mon honneur est intact

je suis donc surpris que vous reveniez là-dessus de façon elliptique, dans une toute autre situation, dans votre article, ce samedi 17 janvier 2021
bien à vous,
Gérard Filoche

PS : nous pouvons en parler sereinement mon téléphone est
voila ma biographie complète qui vient de paraître dans Le Maîtronhttps://maitron.fr/spip.php?article233874, notice FILOCHE Gérard (Roger Norman, Matti, Matti Altonen) par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 7 novembre 2020
voilà le manifeste

 

 

y’a pas de vaccin et pas de vaccination

Avec Macron y’avait pas de gel, pas de masques, pas de seringues, pas de pousse-seringues, pas de blouses, pas de gants, pas d’écouvillons, pas d’hôpitaux, pas de lits, pas de respirateurs, pas de tests, pas de curare, pas de soignants, maintenant y’a pas de vaccin et pas de vaccination

 

Alors qu’il y a 70 000 morts de plus, 9 %  de surmortalité en 2020 et que la pandémie continue massivement, l’état Macron se révèle chaque jour noyé dans le mensonge, l’incompétence, l’incohérence. Il a démantelé ce qu’il y avait d’humain et non technocratique dans l’administration centrale et territoriale, la réduisant à son squelette régalien, et il gère par coups de force, ordonnances, état d’urgence, et comité de défense.

Il appelait à une « révolution » on en est à se réjouir qu’il n’ait pas pu supprimer 120 000 fonctionnaires de plus comme il le programmait. Il manque 100 000 postes à l’hôpital et 200 000 dans les Ehpad.La santé publique est confiée à Doctolib et autres ersatz de gestionnaires privés.

La prévention est part congrue : vaccination (3 milliards d’euros) dépistage (700 millions d’euros), prévention collective sur les comportements (300 millions) et l’environnement (2 milliards). La prévention totale, avec 15 milliards d’euros, ne représente que 5,4 % des dépenses de santé. La prévention institutionnelle n’en représente que 2,2 %.

 

Jupiter gesticule et rien ne marche : il baisse les impôts des riches et du CAC 40, il dépense 100 milliards orientés  vers les grandes entreprises alors que des centaines de milliers de PME, TPE meurent. Il voulait une France start up, il en est réduit à sauver Carrefour. Il voulait un « post salariat », sa politique conduit à 7 millions de chômeurs et il divise les indemnisations par quatre. Il a renoncé a tout contrôle sur les licenciements, il y en a des centaines de milliers. Il continue à brader la SNCF, EDF, la RATP. Il marmonne des promesses écologiques mais supprime l’Office National des Forêts.

 

Rien n’est à sauver du quinquennat Macron.

 

Mais alors pourquoi tient-il ?  évidemment il contrôle les médias et survit par la répression, les lois d’exception, le séparatisme attisé, le confinement et couvre-feux obligatoires.

 

Mais pas seulement : il survit parce que sa presse peut se délecter des divisions de la gauche, jouer tous les jours sur les fausses compétitions Jadot, Mélenchon, Hidalgo, Piolle, Montebourg, Taubira, Roussel et Artaud. A tour de rôle, Le Monde titre « la gauche risque de disparaitre de la présidentielle »,  Libération « À gauche, bazar vous avez dit bazar », l’Humanité « À gauche le bal des vrais faux candidats »  tandis qu’Eric Piolle s’écrie « Arrêtons la course de nains de jardins et proposons un débouché politique » et Mélenchon avoue : « 2022 c’est la dernière station avant le désert ».

 

Il est temps de lancer un grand « j’accuse » : accuser tous ceux qui jouent avec le feu, tous ceux qui refusent de se mettre autour d’une table pour voir s’ils peuvent rédiger une plateforme commune de qualité, et établir des listes de candidats communs.

 

Aux régionales de juin 2020 qui configureront le paysage à gauche avant la présidentielle, des appels partiellement unitaires naissent. Ca bouge. L’un d’entre eux, dans le « Grand Est » va du PS à LFI, du PCF à GDS. D’autres se discutent en ce moment même dans les Hauts-de-France, Rhône-Alpes Auvergne et PACA. Ceux qui ne participent pas à cet effort, à cette chance, à cette issue incontournable, sont cruellement responsables de l’état de la gauche et donc, de notre pays, tel que Macron est en train de le détruire.

 

 

Pour les 75 ans de la Sécu 75 personnalités du monde associatif, syndical et politique signent « Pour que vive la Sécurité Sociale ! »

Convergence des Services Publics

Pour les 75 ans de la Sécu 75 personnalités du monde associatif, syndical et politique signent  « Pour que vive la Sécurité Sociale ! »

Malgré la crise sanitaire la politique de destruction de la sécurité sociale et des services publics se poursuit : report de la dette COVID avec un taux d’intérêt supérieur à celui auquel l’État a droit., fermetures de lits, urgences menacées et leur gratuité supprimée, … et Bruno Lemaire annonce une attaque en règle sur le régime des retraites !
La sécurité sociale, bâtie par Ambroise Croizat à l’après-guerre dans la droite ligne du programme les jours heureux du Conseil National de la Résistance, n’a jamais été aussi directement et frontalement attaquée. Face à cette volonté manifeste de destruction de notre bien commun, nous devons redonner vie et sens en ce 21ème siècle aux principes fondateurs de la Sécurité sociale : unicité (institution unique et obligatoire), universalité (couverture de tous les citoyens), l’uniformité des prestations, solidarité (en cotisant selon ses moyens et en recevant selon ses besoins) et démocratie.
Dans la continuité du colloque du 2 octobre 2020 à l’Ecole Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale à St Etienne initiée par la Convergence Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics pour les 75 ans de la Sécurité Sociale, 37 organisations syndicales (CGT, Confédération paysanne, FSU, UNEF, Solidaires), associatives (Alternative mutualiste, ATTAC, CNAFAL, CNL, Collectif des associations citoyennes, DAL, Convergence services publics, Coordination nationale des hôpitaux publics et maternité de proximités, Fondation Copernic, Les économistes atterrés, People Health Mouvement France, Réseau éducation populaire, Résistance Sociale, UFAL, Union Syndicale de la Psychiatrie, UNRPA Ensembles & Solidaires,) et l’ensemble des partis de gauche et écologistes lancent un appel « Pour que Vive le Sécurité Sociale ! » et demandent à nos concitoyens de le signer.
Paris le 12/01/2021

Liste des 75 premiers signataires
Pierre CAILLAUD-CROIZAT petit-fils d’Ambroise Croizat, Michel ETIEVENT historien, Anne GERVAIS Hépatologue AP/HP, Claire GIARDELLI artiste musicienne, André GRIMALDI Professeur émérite, Jean-Noël LAURENTI universitaire, Gilles PERRET réalisateur-, Fréderic PIERRU chercheur, Christophe PRUDHOMME Urgentiste Samu 93 porte-parole AMUF, Fréderic STAMBACH médecin généraliste, Daniel WALLACH médecin honoraire des Hôpitaux de Paris,
Rémi AUFRERE PRIVEL Syndicaliste FGTE CFDT Transports, Marinette BACHE présidente de Résistance Sociale, Francis BALAY président Alternative Mutualiste, Michel BAROU porte-parole de la Confédération Paysanne, Julien BAYOU secrétaire EELV, Olivier BESANCENOT porte-parole NPA, Frédéric BOCCARA Economiste PCF membre CESE, Jean-Claude BOUAL Collectif des Associations Citoyennes, Marylène CAHOUET FSU, Mireille CARROT membre de la direction confédérale de la CGT, Jean-Claude CHAILLEY secrétaire de Résistance Sociale, Marlène COLLINEAU adjointe à la maire de Nantes élue métropolitaine GDS, Alain COULOMBEL porte-parole EELV, Nathalie COUTINET Economistes atterrés, Marc Méric DE BELLETON Co-secrétaire Jeunes Ecologistes, Anne DE HARO GDS, lanceuse d’alerte et conseillère municipale de Combs-la-Ville, Arnaud DE MORGNY coordonnateur GRS IDF, Jean-Marc DEVAUCHELLE, Secrétaire Sud Santé Sociaux, Alexandre DI CIOCCIO Administrateur Mutuale, Nelly DI GIOVANNI Administratrice UNRPA, Gérard FILOCHE GDS, Francisco GARCIA président UNRPA, Christian GAUDRAY président UFAL, Alain GAULON secrétaire confédéral CNL, Delphine GLACHANT présidente de l’Union Syndicale de la Psychiatrie, Murielle GUILBERT Codéléguée générale de Solidaires, Aneth HEMBERT Cosecrétaire Jeunes Ecologistes, Eddie JACQUEMART président CNL, Michel JALLAMION président de la Convergence nationale des services publics, Régis JUANICO député Génération.s, Christian KHALIFA président de l’INDECOSA-CGT, Jean LAFONT cofondateur PEPS, Jean-Luc LAURENT président MRC, Pierre LAURENT vice-président du Sénat PCF, Michèle LEFLON présidente Coordination des Hôpitaux et Maternités de proximité, Claire LEJEUNE Jeunes Ecologistes, Marie-Noëlle LIENNEMAN Sénatrice GRS, Benjamin LUCAS coordinateur Génération.s, Jean-Claude MAMET Ensemble !, Emmanuel MAUREL député européen GRS, Jean-Luc MELENCHON député président du groupe LFI à l’AN, Corinne NARASSIGUIN secrétaire nationale du PS, Evelyne NGO secrétaire nationale de Solidaires, Vladimir NIEDDU Peoples Health Movement Europe, Olivier NOBILE délégué national UFAL, Mathilde PANOT députée FI, Catherine PERRET secrétaire confédérale CGT, Nicolas POMIES UFAL, Raymonde PONCET sénatrice EELV, Christine POUPIN porte-parole NPA, Philippe POUTOU porte-parole NPA, Raphaël PRADEAU porte-parole ATTAC, Adrien QUATENNENS député coordinateur FI, Claire RABES secrétaire nationale PS, Sandrine ROUSSEAU porte-parole EELV, Fabien ROUSSEL député secrétaire du PCF, Frédéric SANCHEZ secrétaire CGT-FTM, Patrice SIARD Secrétaire général R&S, Sophie TAILLE-POLLIAN sénatrice coordinatrice Génération.s, Bernard TEPER Co-animateur Réseau Education Populaire, Benoît TESTE secrétaire général FSU, Aurélie TROUVE porte-parole d’ATTAC, Evelyne VAN DER HEYME Notre Santé en Danger, Pierre ZILBER Président Mutuale.

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Plus de dix millions de pauvres Faim, précarité, chômage, misère…

 

Dix millions de pauvres. Ce chiffre a quelque chose de terrifiant. Et cela a commencé bien avant le Covid ! L’Insee note que la pauvreté avait déjà augmenté en 2018 alors qu’elle stagnait depuis 2014 : 14,8 % de la population vivait en-dessous du seuil de pauvreté. Sous Macron, tout s’est aggravé.

 

Dès 2019, le taux d’extrême pauvreté remontait en France et l’impréparation face au Covid en 2020 a rajouté des centaines de milliers ou de millions de pauvres. Dans la jeunesse notamment. Le taux de pauvreté des 18-29 ans est passé de 8 à 13 % entre 2002 et 2018 ; il fait un bond considérable encore non mesuré en 2020. Faute d’accès au RSA, les 18-25 ans sont affectés de plein fouet par la moindre baisse de revenus.

 

Faim

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les 2 % les plus riches ont vu leur pouvoir d’achat augmenter, mais les 20 % les plus pauvres en ont perdu substantiellement, en raison du gel et de la désindexation de certains minima sociaux comme l’APL ou le RSA.

Le rapport du Secours catholique sur l’état de la pauvreté en France dès 2019 pointait du doigt la forte dégradation du niveau de vie des ménages et les choix impossibles auxquels ces derniers sont contraints pour survivre, 60 % de cas de loyers ou de factures de chauffage impayés, rupture de liens sociaux, incapacité à envisager un emploi et, de toutes façons, parmi les 300 000 SDF, un sur quatre est salarié.

Médecins du monde souligne que l’épidémie de Covid a fait éclater les inégalités de santé. Sous la pandémie, l’impréparation budgétaire, sanitaire, face au virus aggrave les inégalités sociales. Plus de 50 % des personnes en grande précarité sont infectées.

Fin 2020, plus de 10 % de la population française – soit 8 millions de personnes – a besoin de l’aide alimentaire pour subsister. Elles n’étaient que 5 millions en 2018. C’est le délégué général du Secours catholique, Vincent Destival, qui le dit dans Libération : en moins de trois ans, la politique de Macron a produit 3 millions de nécessiteux de plus.

La faim frappe 25 % de ces 10 millions de pauvres. C’est une fracture alimentaire massive : on mange des pâtes, des omelettes, on saute des repas, et ensuite on va aux Restos du Cœur quand il y en a un. Dans les quartiers populaires, la majorité des familles vivent de travail au noir, parfois de récup’ ou de mendicité, ainsi que des « aides » aléatoires des associations. La cantine, gratuite pour les familles les plus pauvres, est parfois le seul vrai repas de la journée pour les enfants quand ils peuvent y aller. Selon Ipsos, 14 % des Français sautent certains repas et 25 % se restreignent sur la quantité de ce qu’ils mangent. Chez les plus précaires – celles et ceux pour qui le revenu mensuel net du foyer s’élève à moins de 1 200 euros –, les pourcentages atteignent respectivement 38 % et 46 %. En ce moment, « on rencontre des gens qui n’ont pas mangé depuis trois jours », s’alarme Henriette Steinberg, la Secrétaire générale du Secours populaire.

Macron refuse toute hausse du RSA, alors que les associations réclament 100 euros par mois immédiatement et un RSA jeune de 18 à 29 ans. Tout juste s’il a annoncé, le 13 avril, une allocation spécifique ponctuelle de 150 euros, pour les bénéficiaires du RSA et 100 euros par enfant. Mais 36 % de celles et ceux qui sont éligibles au RSA ne le perçoivent pas !

Le 14 octobre, Macron a rajouté le versement d’une autre « aide exceptionnelle » de 150 euros par personne et un complément de 100 euros par enfant à charge pour tous les allocataires du RSA et des APL qu’il avait osé diminué au début de son funeste mandat ! Et encore 150 euros le dimanche 22 novembre. « Pour les familles avec enfants, cela peut être assez substantiel ; mais pour les autres, 150 euros, c’est vraiment l’aumône », assène Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique. Et combien vont réellement toucher des 100 et les 150 euros ? Or, les prix augmentent : celui des légumes, de la viande, du chauffage, des loyers, jusqu’au prix des masques qui ne sont toujours pas gratuits et celui des urgences qui vont devenir payantes avec un nouveau forfait de 18 euros.

« L’effort » de Macron est resté bloqué au minimum. C’est à peine s’il a rajouté un milliard accordé aux maires pour faire face au coup par coup à la catastrophique extension de la pauvreté. Au total, le « plan de relance » de Macron (cf. D&S 278) consacre moins de 1 % de ses 100 milliards à la pauvreté.

 

Quid des « premiers de corvées » ?

Les familles modestes sont aussi celles que Macron avait saluées : ces métiers majoritairement féminins dits « de première ligne » : aides à domicile, femmes de ménage, caissières, aides-soignantes, assistantes maternelles, mais aussi ces cuisiniers, serveurs, chauffeurs, livreurs, agents de sécurité et d’entretien, éboueurs, cueilleurs, vendangeurs… « Quand on voit les fiches de paie des femmes de ménage en sous-traitance… Ce n’est pas digne », accuse François Ruffin.

Mais non seulement l’État ne fait rien pour les bas salaires et refuse toute hausse du Smic et des minima sociaux, mais les « primes » qu’il a parfois promises ont été aléatoires, exceptionnelles et insuffisantes. Les travailleurs de l’ombre, Macron ne les met en lumière que lorsqu’il en a besoin, mais il les éteint vite !

Un exemple ? Après avoir dans un premier temps publié un projet de loi de finances dans lequel aucune revalorisation des « aides à domicile » n’était prévue, le gouvernement a fait marche arrière, mais ce fut pour un modeste amendement proposant de verser 150 millions en 2021, et 200 les années suivantes, pour aider à revaloriser les rémunérations de ces salariés mal payés – dont le confinement a pourtant mis en évidence le caractère indispensable. A contrario, l’État refuse d’agréer l’avenant 43 signé en février 2020 entre les syndicats et les patrons de la branche associative (qui représente 60 % du secteur) et qui prévoyait 15 % d’augmentation.

Les soignants devaient toucher, depuis septembre, 182 euros de plus, au lieu des 300 euros qu’ils réclamaient légitimement. On est très loin du taux de revalorisation salarial nécessaire pour recruter dans la profession et la stabiliser.

Les salariés en chômage partiel (12,4 millions à la date du 11 mai et encore 8,4 millions en novembre) perdent 16 % de leur salaire depuis de longs mois. Cela frappe de plein fouet les capacités de vivre décemment, de survivre et d’aider ; les solidarités familiales et générationnelles en pâtissent.

 

Le tabou du Smic

Le Smic est déjà bien trop bas. Selon le baromètre de pauvreté du Secours populaire, « le niveau du Smic (1 219 euros) se situe en dessous du seuil de pauvreté subjectif estimé [...] à 1 228 euros. [...] Cela veut dire qu’on n’a pas 9,3 millions de personnes concernées ; on dépasse les 12 millions ! On va aller jusqu’où comme ça ? » Tous les salaires sont trop bas en France, et le Smic devrait être haussé à 1 800 euros.

5,9 % des 30 millions de salariés sont pauvres. Ils ne peuvent se soigner et ne supportent pas le ou les jour(s) de carence retiré(s) de leur salaire quand ils attrapent le Covid. Beaucoup sont obligés de travailler et de masquer leur contagiosité. Et quand c’est le travail qui les contamine, le Covid n’est pas reconnu comme une « maladie professionnelle », ce qui diminue leur protection salariale et sanitaire. Il y a entre 15 et 20 % de précaires, d’abonnés aux CDD, d’intérimaires, de salariés à temps partiels, de saisonniers et de titulaires d’emplois atypiques.

Les « ordonnances de l’état d’urgence » de Macron ont élargi cette précarité et laissé aux patrons la liberté de l’exploiter au maximum, ce qui aboutit à ce que les heures supplémentaires ne soient plus décomptées ni majorées, à ce que les congés payés soient suspendus. Ainsi tous les salariés travaillent plus et gagnent moins. Ce qui évidemment freine l’emploi et fait augmenter le nombre de chômeurs.

« Autoriser les employeurs à augmenter fortement les horaires de travail des salariés en poste causera une nouvelle vague de chômage et le seul rattrapage qui aura lieu sera celui des profits et des dividendes, mais uniquement sur un horizon court », résume Guy Desmarets, auteur de La Déflation compétitive (Ed. Classiques Garnier) cité par Romaric Gaudin dans Médiapart.

Pour 88 % des actifs, non seulement le droit au travail et le droit du travail ont été dégradés, mais il en est allé de même pour le droit des contrats de travail. Macron s’attaque aux conventions collectives elles-mêmes. Quant aux 12 % d’indépendants, la misère les rattrape pour 16,6 % d’entre eux. L’aide forfaitaire de 1 500 euros du gouvernement n’est pas suffisante pour permettre à un chauffeur Uber d’assumer ses charges fixes (la location du véhicule, les 300 euros mensuels d’assurance, les frais d’entretien) et d’avoir un reste à vivre décent.
C’est le cas de tous ces faux-vrais artisans, sous-traitants, prétendus « auto-entrepreneurs ». Macron est l’ami n°1 d’Uber, son programme affiché est de « supprimer les cotisations sociales », de créer une « société post-salariale ». Le gouvernement refuse en conséquence bec et ongles la requalification de ces travailleurs en tant que salariés.

« L’annonce que la crise va faire entre 800 000 et 1 million de chômeurs de plus nous inquiète. Ceux-là, on va les voir arriver en janvier », explique-t-on au Secours populaire. « Nous n’avons aucune visibilité sur la croissance à venir parce qu’on ne voit pas encore arriver les salariés licenciés. Mais on sait qu’ils vont venir et qu’il y aura encore plus de demandes quand leurs allocations chômage prendront fin. »

C’est ainsi que le salariat est miné à la base, aussi bien dans ses salaires que dans ses droits. Les pauvres tirent vers le bas les bas salaires, les bas salaires tirent vers le bas les hauts salaires, les chômeurs servent à saper les défenses de ceux qui ont encore un travail, et Macron, lui, tire contre tous les salariés et les contient par la violence. Car pour casser ainsi de haut en bas toute un système de droits et de protection sociale, il faut cogner fort. Pour faire du Hayek, il faut faire du Pinochet. C’est à cela que sa police s’exerce et que ses lois liberticides tendent. C’est cela que ses discours séparatistes et discriminatoires visent.

 

100 milliards pour le CAC40 ou pour le travail ?

Pourquoi tous ces discours dominants dans tous les médias sur la religion, le séparatisme, la sécurité ? Pourquoi la violence de la police ? Pourquoi les discours creux ou pervers sur la République et l’ordre ? Pour ne pas parler de social, ne pas parler des pauvres, ne pas parler des salaires, ne pas parler du droit ni de la santé au travail !

C’est pour faire diversion. Pour masquer la guerre sociale, on digresse volontiers sur les religions, le communautarisme, la délinquance, le terrorisme et sur une république mythifiée qui n’a surtout rien de social. Pour faire voter un budget 2021 encore plus libéral, plus orienté vers les cadeaux à la finance parée de toutes les vertus rédemptrices.

Pendant ce temps, derrière la crise sanitaire, l’épargne profite aux riches : 20 % des ménages, les plus aisés, ont thésaurisé 70 % au-delà croissance du patrimoine financier. La baisse des APL, la désindexation de plusieurs prestations (allocations familiales, RSA, retraites) qui progressent moins vite que l’inflation, ainsi que le durcissement des conditions d’accès aux allocations chômage font diminuer en 2020 de 240 euros les ressources des 5 % les plus pauvres, quand les ressources des 5 % les plus riches augmentent de 2 905 euros sous le seul effet des baisses d’impôt. Cette injustice qui fait porter les politiques d’austérité sur les plus fragiles est chaque jour plus difficile à vivre pour les millions de précaires et de salariés qui n’accèdent plus aux biens essentiels comme le logement, l’alimentation, l’éducation ou les loisirs.

 

Deux problèmes massifs

Le problème majeur de notre société est que nous avions 6,6 millions de chômeurs, en catégories A, B, C, D et E. depuis plus de cinq ans. Sous Macron, les gouvernants ont réussi à manipuler les chiffres ; ils ont changé les critères et sont parvenus à faire croire aux observateurs non informés que le chômage avait baissé autour de 7 % (soit 3,4 millions de chômeurs). En fait, toutes catégories confondues, il est resté supérieur à 10 % et touche 6,5 millions de salariés. Avec ce mensonge, ils ont fait passer en septembre 2019 une casse de l’assurance chômage qui est une véritable « tuerie ». Elle va dominer drastiquement le nombre des chômeurs reconnus comme tels, leurs indemnités et leur durée d’indemnisation. Cela devait s’appliquer au 1er avril 2020. Ils n’ont pas osé le faire à cause de la misère ambiante et l’ont reporté en 2021, mais ils sont bien décidés à ne pas céder.

L’autre problème est que nous avons 14 millions de retraités dont la moitié touchent autour de 1000 euros et ne peuvent vivre décemment. Mais le pouvoir a fait voter en janvier 2020 une casse de ces retraites qui abaissera en moyenne ces dernières de 25 à 30 % et ils s’entêtent dans ce sens, annonçant le recul de l’âge de départ en retraite à 63 et 65 ans, ce qui aura pour effet d’aggraver le chômage des jeunes autant que des « seniors ». Ils masquent que la différence d’espérance de vie entre les 5 % d’hommes les plus pauvres et les 5 % les plus riches s’élève à 13 ans, et que leur « réforme » des retraites servira surtout les cadres supérieurs et les plus riches.

Tout confirme le cap fondamental de la politique macroniste : servir les riches, faire payer les pauvres et les salariés. Et le gouvernement profite de la pandémie pour durcir cette ligne.

 

Au cœur de la guerre sociale 784 plans antisociaux : halte aux licenciements !

 

La défense de l’emploi et des salaires sont liées. C’est la ligne de front essentielle. C’est le cœur de la guerre qui se déroule. Il n’y aura pas d’harmonie sociale, sans retour à l’emploi pour tous avec des salaires décents pour tous.

 

En accompagnement des luttes des salariés concernés, on doit exiger de se donner les moyens juridiques pour dire efficacement « Halte aux licenciements ! ». Ce qui revient à partager du travail, à garantir la hausse des salaires, à imposer au capital qu’il cesse de piller le travail. « Le niveau de rémunération du capital », comme le dit élégamment Stéphane Lauer, éditorialiste du Monde « devient de moins en moins soutenable sur le plan social et écologique ». Cette crise doit être l’occasion de rendre aux salariés les immenses superbénéfices et les dividendes surabondants captés par les actionnaires. Imposer le partage des richesses, cela commence par protéger les emplois. Et aussi de les partager, en réduisant la durée du travail vers 32 h et même 28 par semaine.

 

Des outils existent

Commençons par exiger le contrôle préalable sur les licenciements, afin d’interdire aux patrons de licencier sans que tout soit fait pour assurer la pérennité de l’entreprise. Les « accords de performance » doivent concerner les patrons et les actionnaires, ils doivent gagner moins et continuer à produire.

En interdisant qu’ils licencient sans autorisation préalable, on place les patrons sous contrôle de leurs salariés et de la puissance publique. Les Comités d’entreprise doivent exercer un droit de veto, et donner ou non leur avis conforme. Les tribunaux de commerce doivent être supprimés. Des commissions départementales mixtes composées des IRP des salariés concernés, des syndicats, de l’Inspection du travail, des Dirrecte et préfets, de la Banque publique d’investissement doivent pouvoir proposer des solutions alternatives aux licenciements.

Des journaux jouent un rôle très utile pour recenser les centaines de plans de licenciements, et étudier et dénoncer, chiffres à l’appui, les mauvaises raisons qu’utilisent les actionnaires pour les mettre en œuvre. Outre les sites syndicaux – celui d’Info’com CGT notamment – et celui de L’Humanité quotidienne et hebdomadaire, on pense à Alternative économique, l’excellent site Bastamag, l’Observatoire des multinationales (Maxime Combes) et, récemment, Médiapart qui a publié le 30 novembre une « carte des plans dits sociaux » (cartesociale@mediapart.fr).

 

De Sanofi…

À Sanofi, le blocage des licenciements imposerait à la direction de discuter. Car le groupe a dévoilé un plan de deux milliards d’euros d’économies impliquant à terme 1 700 suppressions d’emplois en Europe, dont un peu plus de 1 000 en France. La crise sanitaire actuelle propice à l’activité des laboratoires pharmaceutiques devrait la remettre en cause et le refus d’autorisation de ces licenciements sanctionnerait le patron de Sanofi, Paul Hudson, qui a déclaré que le gouvernement américain serait prioritaire dans l’accès au vaccin contre le Covid-19 au motif que « ce pays partage le risque des recherches ».

Sanofi est un groupe dont 80 % de l’activité en France dépend de la Sécurité sociale et qui bénéficie chaque année de 150 millions d’euros au titre du crédit d’impôt recherche (CIR) et du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Il a terminé l’année 2019 sur une croissance de 2,8 % du chiffre d’affaires (36,1 milliards d’euros) et de près de 10 % du résultat net (7,5 milliards). Quatre milliards d’euros de dividendes ont été servis aux actionnaires, soit plus de 11 % du chiffre d’affaires ! Il y a là des arguments plus que solides et le droit, s’il est évidemment associé à une mobilisation sociale d’ampleur, peut imposer le maintien des 1 000 emplois !

 

… à Auchan

Auchan annonce la suppression de 1 475 postes alors que son chiffre d’affaire, comme celui de toute la grande distribution, a progressé. La direction invoque la crise du modèle de l’hypermarché, mais ça se savait depuis longtemps et les syndicats avaient alerté que les parts de marché étaient rognées de tous côtés par l’essor du hard-discount, du commerce en ligne, des magasins bio, etc. L’enseigne, fondée par la famille Mulliez dans les années 1960, y réalise encore 75 % de ses ventes, contre moins de 50 % pour son concurrent Carrefour, qui a beaucoup développé les magasins de petit format du type « City » ou « Contact » dans les centres-ville.

« Le groupe Mulliez a des devoirs vis-à-vis des salariés qui ont fait sa fortune, et nous proposons donc que les reclassements se fassent au sein du groupe », demande la CFDT. Le « groupe », ce sont toutes les entreprises dont l’Association familiale Mulliez (AMF) est actionnaire : outre Auchan, on dénombre Décathlon, Leroy Merlin, Boulanger, Flunch, Kiabi, Cultura… Un ensemble d’entreprises qui a toujours pris bien soin d’éviter d’être reconnu comme une seule et même unité légale. « Nous allons entamer des actions devant la justice pour faire reconnaître le groupe Mulliez en tant que tel », prévient à juste titre le délégué syndical central de la CGT Auchan. Si une telle démarche aboutit, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) devrait tomber sous le coup du refus des licenciement et imposer des reclassements à l’ensemble des enseignes de la famille Mulliez, interdisant le risque de licenciements secs.

 

À Toulouse comme ailleurs

Airbus et Latécoère : les employés du célèbre équipementier toulousain, sous-traitant de premier rang d’Airbus, sont dans l’incertitude depuis l’annonce par la direction de 475 suppressions de postes (dont la quasi-totalité en Occitanie) sur 1 504 en France.

La région toulousaine, où le secteur aéronautique représente environ 60 000 emplois (soit 8 % de l’emploi privé), est particulièrement touchée. L’inquiétude est d’autant plus grande que le secteur stricto sensu irrigue tout un écosystème. Selon la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, quand un emploi est menacé dans l’aéronautique, 2,5 emplois le sont dans d’autres secteurs. Dès que le géant européen Airbus est secoué, l’onde de choc se propage. Or, le constructeur a annoncé fin juin son intention de supprimer 5 000 emplois en France, dont 3 600 à Toulouse. Si des accords viennent d’être conclus pour éviter des licenciements secs, il n’en va pas de même chez les sous-traitants, fournisseurs et prestataires de services. L’intervention de la puissance publique dans l’intérêt de l’emploi et des salariés est impérative.

Le hic, c’est que cette intervention fait bien souvent défaut dans le France de Macron. Il en va ainsi dans le cas de Bridgestone où le refus d’homologation du plan de licenciements aurait pu imposer au patron de négocier à de bonnes conditions (voir encadré ci-dessous). C’est également le cas de Nokia, Total, de Rossignol, Mésachrome, Escoval, Société Générale, Bénéteau, La Halle, Cargill…

 

Que faire ?

Au lieu de « laisser faire, laisser aller » et de donner des « aides » à tire-larigot sans contre-partie, il faut responsabiliser les donneurs d’ordre, interdire plus d’un niveau de sous-traitance, imposer l’alignement des sous-traitants sur la convention collective des donneurs d’ordre, faciliter la reconnaissance des unités économiques et sociales, suspendre les licenciements et les contrôler, tout cela en vue de trouver des alternatives économiques avec des commissions mixtes départementales.

C’est ce que proposait la GDS dès le 6 avril 2020 dans son document « Pandémie et jour d’après » publié dans les colonnes de D&S n°254. Nous ne sommes plus les seuls à vouloir contrôler le tsunami de licenciements qui s’annonce. Un grand consensus devrait pouvoir s’établir à gauche dans la perspective de lutter aujourd’hui contre les sales coups de Macron et de gouverner demain en ce sens.

 

(ici reproduire la « une » du dossier d’avril « Pandémie et jours d’après »

 

GF

 

 

Le gouvernement a donc laissé délibérément fermer Bridgestone le 12 novembre, en renonçant à utiliser la procédure de « refus d’homologation » qui existe pourtant encore dans le droit du travail. Bridgestone, un des premiers fabricants mondiaux de pneus, c’était 863 emplois à Béthune. 168 millions d’euros d’investissements auraient suffi à sauver l’entreprise, dont 100 millions d’euros en partie publics proposés par le gouvernement. À long terme, pour la collectivité, en termes d’emplois, cette réduction de 6 % dans l’industrie entraînera une perte de près de 4 % de l’emploi total du bassin, soit 2 500 postes en tout. Le coût cumulé sur dix ans de la fermeture sera bien supérieur : il atteindra 228 millions selon les économistes Axelle Arquié et Thomas Grjebine, qui se sont exprimés sur ce point dans Le Monde.

 

 

Métro: mets ton ardoise ça privatise

Au boulot n° 523

 

 

Les gens qui passent devant nos recettes, à l’entrée de chaque station de métro croient qu’on est des lego. Mais non on est des humains enfermés là 7 h 30 : pas d’écouteurs, pas de lecture. Surveillés en permanence on a du boulot tout le temps : quand on n’est pas derrière la vitre, c’est qu’on fait le tour de station, qu’on décaisse les appareils de vente, qu’on reçoit la Brinks, qu’on est en intervention dans la station (malaise, bagarre, installation défectueuse) ou alors on s’occupe des PSIE (personnes séjournant indûment dans les espaces).

Si tu va faire pipi, t’as trois minutes, tu mets ton « ardoise » à ta recette indiquant ton proche retour. Si dans ces trois minutes il y a un incident ça déclenche « l’alarme dite de synthèse » : un vacarme retentit dans toute la station pour que l’agent, où qu’il soit répondre.

Il y a 20 ans, ils étaient 7 agents dans une station comme Bonne Nouvelle, maintenant il n’y a plus qu’un… la rentabilité étant la même, nous devrions être payés 7 fois plus et travailler 7 fois moins. Non, bien sûr, ça n’a pas été fait au service des salariés. Ni des usagers.

A la RATP « l’ouverture à la concurrence » prévue en 2022 nous est agitée sous le nez comme un couperet inéluctable prétendument bénéfique. Pourtant jusqu’en 1949, le métro était privé, et il a été bâti en dépit du bon sens dans un joyeux bordel que le service public a du s’employer à réguler depuis. Et ils veulent revenir à avant 1949.

On nous donne des nouveaux noms « managers », « animateurs » et on nous équipe de tablettes savantes : des « E-pv » projet « Symphonie ». C’est un écran et une platine qui permet de tout gérer sans se déplacer, les grilles, les caméras, les escaliers mécaniques et s’il nous arrive d’être au pipi, ça se sait au « pôle » directeur de chaque ligne.

Le seul objectif est de supprimer des postes, que ça coûte moins cher en personnel, en droits des salariés et en grèves.

Mais que fera une tablette « E-pv symphonie » en cas de malaise voyageur, de dysfonctionnement, d’attentat…?

 

Gérard Filoche

 

 

 

janvier 1961-janvier : 60° anniversaire de la plus grande grève générale belge

Avec cette analyse détaillée d’Ernest Mandel,  sur la grève belge de 1961, il est possible de mettre en évidence la situation de double pouvoir qui s’est alors créée, notamment  à Anvers, et le mot d’ordre de contrôle ouvrier sur la production (un mot d’ordre transitoire) qui est alors devenu d’actualité en remettant en question l’organisation de la production sur des bases socialistes. D’une revendication salariale, une partie des grévistes est arrivée à une revendication transitoire constituant un pont entre le niveau de conscience qui était alors celui du prolétariat belge et le socialisme.

« Des grèves de masse ne peuvent se produire que lorsque les conditions historiques en sont présentes. Elles ne se laissent pas proclamer sur commande. Des grèves de masse ne sont pas des moyens artificiels, qui peuvent être employés lorsque le parti est arrivé dans une impasse avec sa politique, afin de le sortir du jour au lendemain de ce marasme. Lorsque les contradictions de classe se sont exacerbées et lorsque la situation politique s’est tendue au point où les moyens parlementaires ne suffisent plus pour faire avancer la cause du prolétariat, alors la grève de masse apparaît comme une nécessité impérieuse, et alors elle est hautement profitable à cette cause, même si elle n’aboutit pas à une nette victoire. » (Rosa LUXEMBOURG : « La grève de masse politique », dans Vorwaerts, 24 juillet 1913)

Les sociologues avaient dit que la classe ouvrière était en train de disparaître ; voilà qu’elle se manifeste avec une énergie rarement égalée. Les économistes avaient affirmé que les hauts salaires rendaient désuète la lutte de classe; voilà qu’elle provoque une de ses explosions les plus violentes des dernières décennies. Les hommes politiques avaient dit que le désir de bouleversement économique n’animait plus qu’une poignée de « die-hards » intellectuels et utopistes (les « véritables réactionnaires » attachés aux « idéologies du XIXe siècle ») ; voilà que ce même désir inspire brusquement l’action de centaines de milliers d’hommes, non pas en quelque pays lointain, dont la misère et la famine chroniques expliqueraient tout, mais dans cette Belgique voisine et bourgeoise, pays de bons vivants et de kermesses, de luxe insolent et de standing élevé.

Comment expliquer ce paradoxe? Comment interpréter cette grève « qui n’aurait pas dû exister »? S’agit-il d’un simple caprice de l’histoire, d’un chant du cygne de la lutte de classe sur le point de disparaître? Ou est-ce plutôt l’indice d’un réveil international de ce prolétariat européen sans guillemets, le reflet d’énormes possibilités cachées, la promesse d’une nouvelle vague? Sera-ce l’exception ou la règle? Voilà bien des questions qui réclament des réponses. Nous esquisserons quelques-unes de ces réponses, fruits d’une expérience exaltante. Elles n’ont point la prétention d’être définitives.

I. Le contexte économique

C’est un lieu commun que de parler du « retard » économique de la Belgique. De tous les pays du Marché Commun, la Belgique connaît en effet l’expansion économique la plus lente, l’accroissement le moins élevé de son revenu national. C’est vrai en général; c’est plus particulièrement caractéristique pour les secteurs industriels dits « en expansion ».

L’industrie d’électricité est fort typique du niveau d’industrialisation générale d’une nation. L’évolution comparée de la production d’électricité belge et néerlandaise est tout à fait significative :

Au niveau des phénomènes purement industriels, le retard croissant de l’économie belge — prévu par la Fédération Générale du Travail de Belgique dès 1954 (voir le Rapport de son Congrès extraordinaire d’octobre 1954, complété par le Rapport du Congrès Extraordinaire d’octobre 1956 Holdings et Démocratie économique) — s’explique assez facilement. La structure industrielle de la Belgique a vieilli. L’économie belge est une preuve vivante de la valeur universelle de la « loi du développement inégal ». Premier pays sur le continent européen à s’industrialiser dès l’époque napoléonienne, la Belgique a conservé essentiellement sa structure industrielle du XIXe siècle, fondée sur des branches traditionnelles (sidérurgie, charbonnages, textiles, matériel roulant) et surtout sur la fabrication de produits mi-finis, pondéreux, incorporant relativement peu de travail vivant (laminés, charbon, ciment, verre, engrais chimiques, filés de laine et de coton, etc.). Elle paye aujourd’hui le prix de son avance de jadis. Ses marchés traditionnels d’outre-mer et d’Europe orientale disparaissent, comme résultat du processus d’industrialisation des pays sous-développés. Ses produits traditionnels d’exportation sont structurellement en déclin, par suite de la concurrence de produits nouveaux (aluminium et métaux légers; pétrole; matières plastiques; textiles synthétiques, etc.). Comme elle n’a pas développé suffisamment d’industries nouvelles, et qu’elle n’a pas non plus exploité de ressources nouvelles de son sous-sol (la Belgique est le seul pays des Six qui n’a créé au cours des vingt dernières années ni une production nationale de pétrole brut ni une production nationale de gaz naturel et qui, jusqu’en 1959, ne connut même pas de pétrochimie), le déclin des « vieux » secteurs n’est pas compensé par l’essor des secteurs « nouveaux ».

L’industrie belge occupe par conséquent une place de plus en plus « marginale » sur le marché mondial. La Belgique ne peut qu’« importer » des hautes conjonctures de l’étranger, c’est-à-dire qu’elle ne peut mettre à la disposition de ses clients étrangers ses réserves de main-d’œuvre et d’outillage que lorsque ces réserves ont disparu chez la plupart de ses concurrents. Elle est en général frappée plus tôt et plus fortement par les récessions que ses voisins, et elle entre la dernière dans une nouvelle phase de « boom ». Détail significatif : la Belgique fut le seul pays membre du Marché Commun qui ne sut pas faire l’économie de la récession (américaine) 1957-‘58.

Ce retard économique de la Belgique est apparu dès la fin du « boom de la guerre de Corée ». Il a été accentué par l’entrée en vigueur du Traité de Rome. La libération progressive des échanges ne fournit que peu de débouchés supplémentaires à la Belgique, alors qu’elle menace directement ses débouchés principaux : le marché intérieur et le marché néerlandais. Accentuant un mouvement de perte de débouchés déjà entamé antérieurement, l’entrée en vigueur du Traité de Rome peut ainsi précipiter la ruine rapide de secteurs industriels entiers.

C’est ce qui arriva avec l’industrie charbonnière à partir de 1958-‘59, dans le cadre de la C.E.C.A. C’est ce qui peut arriver rapidement avec l’industrie du matériel roulant, la fonderie et d’autres secteurs de la métallurgie, l’industrie de montage d’autos, l’industrie du meuble, l’industrie du ciment, l’industrie du papier-journal.

Ce dernier cas est particulièrement caractéristique. De 1950 à 1960, la consommation belge a augmenté de 77.000 à 120.000 t. La production belge de papier-journal s’est accrue au cours de ces mêmes dix années de 60.000 à 95.000 t. Mais sur le marché belge, les ventes de papier-journal belge ont diminué de 56.000 t. à 54.000 t., de sorte que (a) cette production nationale ne couvre plus que 45 % des ventes de papier-journal en Belgique, contre 72 % en 1950; (b) une grosse partie de la production belge courante doit être exportée vers des pays comme l’Argentine, où les débouchés peuvent disparaître du jour au lendemain; (c) l’industrie belge ne travaille plus qu’à 80 % de sa capacité.

Cette inadaptation aux transformations de la demande intérieure et internationale s’explique par certaines faiblesses structurelles particulières (prix relativement élevé de l’énergie, qui grève le prix de revient industriel moyen; frais de transport et de distribution surélevés, par suite d’un manque de rationalisation; subsides excessifs à l’agriculture, etc.). Mais en dernière analyse, ce qui est en cause, c’est une structure financière particulière, c’est-à-dire une structure particulière du capitalisme belge.

Celui-ci se caractérise par la juxtaposition, la « coexistence pacifique », de deux secteurs, un secteur contrôlé de manière extrêmement étroite par une dizaine de groupes financiers (les fameux « holdings » Société Générale, Brufina-Cofinindus, Solvay-Boël-Janssen, Empain, Evence Coppée, Lambert, Sofina, Petrofina, etc.), un second secteur dominé par des entreprises familiales à structure financière plus ou moins archaïque. Les deux secteurs ne se développent plus que par auto-financement, le premier parce qu’il désire conserver le contrôle des entreprises et des branches qu’il domine, le second parce qu’il craint qu’un large appel au marché des capitaux le soumette au contrôle du premier. Il en résulte une tendance générale à la conservation des structures, l’auto-financement des holdings développant essentiellement les industries traditionnelles de produits mi-finis (dont quelques-unes comme les laminoirs, la verrerie, les glaceries, la papeterie fine, ont connu de ce fait de remarquables développements techniques), l’auto-financement des entreprises familiales empêchant les concentrations et rationalisations nécessaires. Le déclin de l’industrie charbonnière — à laquelle l’Etat avait pourtant versé près de 30 milliards de frs de subsides à fonds perdus — est un exemple typique des effets désastreux de cette « coexistence pacifique ».

En définitive, on a assisté au paradoxe suivant : alors que la Belgique est un des pays capitalistes les plus riches du monde, alors qu’elle a exporté en moyenne 6-7 milliards de frs de capitaux par an (d’abord surtout vers le Congo, ensuite surtout vers le Canada, l’Amérique latine, les États-Unis, le Sud-Est asiatique, etc.) la plupart des « industries nouvelles » créées sur son sol au cours des dernières années l’ont été par des groupes étrangers. C’est notamment le cas de l’industrie du montage d’autos, de l’industrie électronique, d’une bonne partie des entreprises de produits plastiques, d’industries d’appareils et de machines-outils divers, etc.

Mais le paradoxe ne s’arrête pas là. Malgré ce retard économique de plus en plus prononcé, les travailleurs belges — et le peuple belge en général — ont pu conserver un niveau de vie relativement élevé et, jusqu’il y a quelques mois, le niveau de salaires réels le plus élevé du Marché Commun. Ce ne sont donc pas les effets économiques et sociaux du marasme économique qui expliquent la grève; c’est la prise de conscience des masses quant à l’incapacité du capitalisme de résoudre les problèmes brûlants de la nation, leur prise de conscience quant à la nécessité de changer de régime économique, comme l’a dit le président du P.S.B., Léo Collard, lui-même — qui explique cette grève.

Il est vrai que l’insuffisante expansion économique a créé un chômage chronique important. Celui-ci résulte de l’effort réussi des capitalistes pour augmenter la productivité, afin de neutraliser les effets des salaires relativement élevés sur la capacité concurrentielle de l’industrie belge [1]. Mais ce chômage existe depuis douze ans, et dernièrement il a eu tendance à diminuer quelque peu plutôt qu’à augmenter :

En outre, ce chômage est localisé à 65-75 % (selon les années) dans des régions flamandes où la grève a été beaucoup plus faible et beaucoup moins spontanée qu’en Wallonie, ou qu’à Anvers et à Gand.

Il faut ajouter que le niveau absolu des rémunérations directes, du salaire global, aussi bien nominal que relatif (c’est-à-dire du pouvoir d’achat), n’a connu aucune baisse au cours des dix dernières années même si la tendance à l’augmentation des salaires a été relativement plus lente que dans la plupart des autres pays de la C.E.E. à partir de 1955 (à l’exception de la France et de l’Italie). Les salaires réels belges restent aujourd’hui encore te parmi les plus élevés d’Europe, et, sauf dans quelques secteurs où ils sont dépassés par les salaires allemands, les plus élevés dans le Marché Commun. Sans doute, l’indépendance du Congo a-t-elle provoqué une chute sévère des valeurs coloniales en Bourse — ce qui explique la frénésie de certains milieux petits bourgeois. Mais il y a peu de travailleurs parmi les « petits porteurs d’actions », et ceux-ci n’incorporent en tout cas pas la valeur de leur capital, mais plutôt le montant de leurs dividendes dans leur revenu courant; or ces dividendes sont restés pratiquement inchangés en 1960 pour les principales compagnies congolaises.

Il faut donc bien se rendre à l’évidence. Ce n’est pas à cause d’une mauvaise situation économique, mais malgré des salaires relativement élevés que la grève belge s’est produite. Si le contexte économique l’explique indirectement et foncièrement (parce qu’il a sapé le mythe du « miracle économique capitaliste », parce qu’il a provoqué un désir de renouveau économique radical), c’est dans le contexte social que nous découvrirons plus spécialement les causes immédiates de son éclatement.

II. Le contexte social

La Belgique est un des pays les plus industrialisés du monde. Les salariés-appointés (y compris les fonctionnaires et agents des services publics) y constituent plus de 75 % de la population active. La paysannerie ne représente plus qu’une classe sociale d’importance réduite, qui dépasse à peine 10 % de cette même population.

Si la masse des salariés et appointés constitue la grande majorité de la nation, cette masse est en revanche fortement stratifiée, à la fois d’après sa qualification, d’après ses traditions et son niveau de conscience, d’après ses origines et son caractère national. Les trois couples « Wallons-Flamands », « travailleurs d’origine urbaine-travailleurs d’origine rurale », « travailleurs socialistes-travailleurs chrétiens », ne se recoupent pas entièrement. Il y a en Flandre d’importants noyaux minoritaires de travailleurs socialistes « urbanisés » depuis des siècles (notamment à Gand et à Anvers), hautement qualifiés (surtout à Anvers), et plongés dans la grande industrie depuis plus de cent ans. De même, il y a en Wallonie une minorité de travailleurs chrétiens, moins substantielle mais non sans importance, surtout dans le milieu semi-rural (Namurois, cantons rédimés, Thudinie et Basse-Sambre, etc.), dans la petite industrie, ou parmi les employés soumis à la pression capitaliste (ce fut la position traditionnelle des employés de charbonnages dans le Hainaut). Néanmoins, sans se recouper totalement, ces trois « couples » de stratification s’expliquent largement l’un l’autre.

Le gros du prolétariat wallon a été formé pendant le XIXe siècle, surtout dans le Hainaut et dans la province de Liège, dans les principales industries de l’époque : mineurs, ouvriers sidérurgistes et métallurgistes, verriers, ouvriers de l’industrie chimique et des cimenteries, ouvriers de la pierre, ouvriers de l’industrie textile de Verviers. Ces « anciennes » couches de la classe ouvrière ont constitué les principaux noyaux fondateurs du Parti Ouvrier Belge et des syndicats socialistes. Il fallait y ajouter en Flandre les ouvriers textiles de Gand, et les dockers et ouvriers diamantaires d’Anvers.

Depuis 1910, un « nouveau » prolétariat s’est joint à ces anciens noyaux. En Wallonie, il s’agissait d’un déplacement de travailleurs plutôt que d’une prolétarisation de couches petites bourgeoises (à quelques exceptions près) : déclin de l’industrie de la pierre et de l’industrie charbonnière, compensé par un essor de la sidérurgie, des fabrications métalliques, de l’industrie chimique et de l’industrie d’électricité. En Flandre, il s’agissait d’une prolétarisation assez rapide d’éléments ruraux, mais sous deux formes essentiellement différentes :

1° création ou extension d’un prolétariat plus ou moins qualifié dans les bassins industriels anciens (industrie d’alimentation à Gand et à Anvers; industrie métallurgique à Anvers, à Gand et dans l’axe Anvers-Bruxelles; création du bassin industriel au sud de Bruxelles ; création du bassin industriel de Bruges ; création de l’industrie charbonnière du Limbourg et industrialisation de la Campine, etc.) ;                                    .

2° création d’une énorme masse de manœuvres (ou de « spécialisés » dans l’industrie du bâtiment), véritable « armée de réserve industrielle » du capitalisme belge. Cette « armée de réserve », dans des périodes de haute conjoncture, se déplace vers Bruxelles ou vers la Wallonie, comme elle comporte un grand nombre d’ouvriers frontaliers ou saisonniers. En période de crise, elle constitue le gros (jusqu’aux trois quarts) de la masse des chômeurs belges.

Or, une politique délibérée du clergé catholique et des gouvernements que le parti catholique a contrôlés pendant plus d’un demi-siècle — le premier gouvernement sans participation catholique n’est apparu en Belgique qu’au lendemain de la 2e guerre mondiale! — a tenté de freiner l’urbanisation du nouveau prolétariat flamand. Cette politique n’a au fond connu un seul échec : celui de la grande agglomération anversoise. Partout ailleurs, elle a été pleinement couronnée de succès, notamment sur l’axe Anvers-Bruxelles, en Flandre occidentale et orientale, dans le Limbourg, et surtout dans la région de Bruxelles. Les ouvriers qui travaillent dans l’industrie bruxelloise (notamment dans l’industrie métallurgique, non sans importance), n’habitent point l’agglomération bruxelloise. C’est un fait sociologique qui explique en grande partie le semi-échec de la grève générale à Bruxelles.

Nous n’avons point l’intention d’énumérer ici tous les moyens utilisés pour arriver à cette fin (politique de logements; politique des transports en commun largement subventionnés au profit de cette « mobilité de la main-d’œuvre »; politique scolaire; embrigadement systématique de la population par les « organisations de masse » catholiques, allant des organisations de gosses et de scouts jusqu’aux organisations de vieux pensionnés). II nous suffit de souligner les résultats auxquels cette politique est arrivée. Alors que le « vieux » prolétariat, wallon autant que flamand, a été dès l’origine organisé dans le parti et les syndicats socialistes, le « nouveau » prolétariat flamand a été en grande majorité happé par les organisations ouvrières chrétiennes qui ont connu, depuis 1918, un essor spectaculaire.

Certes, cet essor des syndicats chrétiens est un phénomène largement contradictoire. Créés comme syndicats « anti-socialistes », opposant la « collaboration de classe » à la doctrine marxiste de la « lutte des classes », jouant franchement et régulièrement un rôle de « jaunes » dans les conflits sociaux, les syndicats chrétiens, pour pouvoir subsister et se développer, ont connu et connaissent une lente mutation. Ils entrent en compétition avec leurs « concurrents » socialistes pour de nouvelles adhésions. Ils sont donc obligés d’« offrir » autant, sinon davantage, que ces syndicats socialistes. Petit à petit, ils apprennent à engager des batailles revendicatives. Petit à petit, leur programme de revendications immédiates s’approche de celui des syndicats socialistes, au point de se confondre avec celui-là. La bourgeoisie — et l’Église — ont donc incontestablement, à longue échéance, joué un rôle d’apprenti-sorcier. Pour pouvoir assurer la « paix sociale », elles ont été amenées à construire des organisations qui faisaient de la lutte de classe, d’abord sans le savoir, puis de plus en plus consciemment, bien que dans des limites très étroites.

Néanmoins, le fait que l’industrialisation de la Flandre (qui compte, en chiffres absolus, plus de salariés-appointés que la Wallonie, et même plus de membres des syndicats socialistes que la partie méridionale du pays!) a surtout abouti à l’essor des syndicats chrétiens, et donc à une division du mouvement ouvrier en deux blocs d’importance largement équivalente, n’en a pas moins eu des effets néfastes sur la dynamique de la lutte de classe dans l’immédiat et à moyen terme. Seule cette division peut expliquer le mystère d’un pays non seulement doté d’une grande majorité de travailleurs, mais encore d’une forte majorité de travailleurs organisés et syndiqués, — et qui, en même temps, continue à vivre tranquillement dans un cadre capitaliste désuet et traditionnel.

La Belgique compte en effet un des taux de syndicalisation les plus élevés d’Europe et du monde, — taux qui s’approche de 65 % de l’ensemble des salariés, appointés et agents des services publics. En laissant de côté deux petites organisations syndicales (les syndicats dits libéraux et le « cartel indépendant des services publics »), qui ne comptent, ensemble, que quelques dizaines de milliers de membres, cette force syndicale se répartit essentiellement sur la Fédération Générale du Travail de Belgique (F.G.T.B.) sous direction socialiste, et sur la Confédération des Syndicats Chrétiens :

Entre 1930 et 1947, la C.S.C. a gagné 40.000 membres en Wallonie, 25.000 membres dans le Brabant, et 160,000 membres en Flandre. Entre ces deux mêmes dates, la F.G.T.B. a gagné 37.000 membres en Wallonie, 11.000 dans le Brabant et seulement 63.000 membres en Flandre. Entre 1920 et 1930, la F.G.T.B. avait pratiquement stagné, alors que la C.S.C. gagnait quelque 10.000 membres en Wallonie, quelque 10.000 membres dans le Brabant, et plus de 100.000 membres en Flandre. Entre 1920 et 1947, les effectifs de la C.S.C. ont donc été gonflés de 300.000 nouveaux membres flamands (260.000 en Flandre et 40.000 dans le Brabant). Ceci est bien conforme au schéma présenté plus haut.

Notons que, dans les élections syndicales, la F.G.T.B. a obtenu ces dernières années de 60 à 65  %, la C.S.C. de 35 à 40 % des voix, ce qui indique que la majorité des ouvriers non organisés suit les syndicats socialistes. Plus exactement : en Wallonie, le taux de syndicalisation des ouvriers socialistes est plus bas que le taux de syndicalisation des travailleurs chrétiens ne l’est en Flandre.

C’est la dialectique de ces deux facteurs — syndicalisation croissante, division syndicale en deux blocs de plus en plus équivalents — qui explique en grande partie l’évolution récente des conditions sociales du capitalisme belge.

Pendant une première phase, qui occupe en gros l’entre-deux-guerres, la stagnation de la F.G.T.B. sous une direction ultra-droitière, la défaite de quelques grèves importantes (Ougrée Marihaye, cheminots, imprimerie bruxelloise), la division syndicale le rôle de « jaunes » de la C.S.C., jouent dans le sens d’une paralysie progressive du mouvement syndical. Même dans la période de la grande crise, celui-ci reste passif et conservateur. Les grandes explosions de 1932 et de 1936 prennent la forme de grèves sauvages, de révoltes de la faim (1932) ou d’aspirations spontanées (mais confuses) d’un changement radical (1936).

Pendant une deuxième phase, qui va de la libération à 1955, la surenchère syndicale joue en faveur d’une suite presque ininterrompue de mouvements revendicatifs. Ceux-ci sont ponctués par quelques rares grèves, en général organisés et conduits par les syndicats (une grande exception : la série de grèves sauvages du port d’Anvers). Cette surenchère syndicale brise rapidement le blocage des salaires (contrairement à ce qui s’est produit en France, aux Pays-Bas et en Allemagne). Elle oblige le patronat à opérer une reconversion fondamentale de sa politique salariale : d’un pays de salaires (relativement) bas, la Belgique devient un pays de salaires (relativement) élevés. Cette reconversion, socialement indispensable pour sauver le régime, est économiquement possible parce que la Belgique jouit d’une importante « prime de reconstruction » sur le marché mondial (l’appareil de production belge est sorti indemne de la 2e guerre mondiale), et parce que l’exploitation accrue du Congo se poursuit dans le « calme », alors que les autres empires coloniaux sont en désagrégation.

Pendant une troisième phase, la surenchère syndicale se heurte au plafond de l’expansion économique trop lente, de la concurrence internationale qui reprend et qui s’aggrave, de l’empire colonial qui commence à s’écrouler. La suite ininterrompue d’avantages salariaux ou d’améliorations des conditions de travail s’arrête. Une « pause sociale » menace de se déclarer. La C.S.C. l’accepte sous certaines conditions. La F.G.T.B. s’y oppose, et pour pouvoir s’y opposer adéquatement, avance son programme de reformes de structure, qui devraient rendre possible une nouvelle tranche d’améliorations sociales. Une grave crise sociale se prépare ainsi, depuis la grève des métallurgistes de 1957. Deux plans d’assainissement économique se dressent l’un devant l’autre : le plan du patronat, fondé sur la pause sociale et l’austérité qui aboutira à la loi unique et à la grève de 1960-1961; le plan de la F.G.T.B. qui doit aboutir aux réformes de structure.

Entre les deux, la C.S.C. hésite, de plus en plus affolée. Tantôt elle s’affirme en principe d’accord avec les réformes de structure, auxquelles elle donne cependant un sens nettement et exclusivement néo-capitaliste; tantôt elle accepte la politique d austérité, « à condition que les charges soient également réparties sur toutes les couches de la population ». Tantôt elle affirme que ses revendications sociales sont plus radicales que celles de la FGTB tantôt elle se déclare prête à assumer des sacrifices, dans l’intérêt « national » bien conçu.

Cette attitude s’explique d’abord par des options idéologiques fondamentales. La C.S.C. reste foncièrement attachée à la cause de la « libre entreprise » (c’est-à-dire du capitalisme plus ou moins « social ») parce que, à son avis, ce régime garantit mieux la pluralité des institutions, la liberté de l’Église et la liberté syndicale. Elle s’explique cependant aussi par la nature même de ses affiliés et de leurs intérêts immédiats.

La stratification profonde de la classe laborieuse belge a en effet un prolongement imprévu et surprenant en une forte inégalité des rémunérations. Mais, contrairement à ce que pourrait produire un schéma simpliste, ce sont les régions à prédominance socialiste, où la « vieille » classe laborieuse est syndiquée depuis plus longtemps, et où prévalent’ l’industrie lourde et la grande industrie, qui connaissent les salaires les plus élevés. Les régions où dominent les syndicats chrétiens sont des régions où prévalent les industries légères et la petite industrie, et où les salaires plus bas ont également attiré les « fabrications nouvelles », sans que leur établissement soit suffisamment dense pour résorber « l’armée de réserve industrielle » et faire monter les salaires, relativement à ceux de la Wallonie.

Cette inégalité semble directement fonction du chômage, c’est-à-dire de la résultante du mouvement démographique et du rythme de l’expansion économique, c’est-à-dire des rapports entre l’offre et la demande de main-d’œuvre. Les résidus de main-d’œuvre flamande pèsent sur les salaires. La pénurie périodique de main-d’œuvre en Wallonie (essentiellement fonction du haut niveau d’industrialisation et de la stagnation démographique) exerce par contre une pression sur les salaires dans le sens de la hausse. La différence de combativité entre les deux blocs syndicaux est à la fois le produit de ces forces et un facteur supplémentaire qui accentue l’hiatus.

Celui-ci est très prononcé. En 1959, la rémunération moyenne de l’ouvrier par arrondissement fluctue entre 286 FB par jour à Liège et 271,5 FB à Charleroi, d’une part et 189,1 FB à Dixmude et 203 FB à Audenarde, d’autre part. Parmi les dix arrondissements aux salaires les plus élevés, il n’y a qu’un seul arrondissement flamand, celui d’Anvers. Ces moyennes nivellent d’ailleurs et masquent donc l’ampleur réelle de l’inégalité. Entre le salaire quotidien moyen dans la grande usine liégeoise (plus de 1.000 ouvriers), et le salaire quotidien moyen de la petite usine de Flandre occidentale, la différence va du simple au double (350 FB contre 175 FB).

Or, il est logique qu’une masse de travailleurs gagnant entre 175 et 225 fr par jour — salaires en réalité inférieurs au minimum vital le plus modeste — n’ont que des préoccupations purement salariales et doivent considérer les « réformes de structure » comme des songes creux. Par contre, des travailleurs qui gagnent entre 300 et 350 fr par jour, et dont une augmentation de salaire de 2,5 ou même de 5 % ne modifiera guère le standing normal, s’intéressent beaucoup plus à la consolidation de l’acquis, à la sécurité d’emploi, à la protection contre les menaces de crise, de chômage ou d’austérité, et sont donc naturellement portés à s’enflammer devant la propagande en faveur des réformes de structure, — surtout après l’exemple du Borinage, qui montre que la menace de brusque effondrement d’un secteur industriel payant des salaires fort élevés n’est nullement imaginaire. Voilà tout le secret de la grève, de sa localisation spécifique, et de l’attitude particulière prise non seulement par la C.S.C., mais encore par une grande partie de l’appareil flamand de la F.G.T.B. qui, — en dehors de Gand, d’Anvers et des secteurs des services publics — ne s’est nullement trouvé devant une pression de sa base sous-rémunérée pour participer à un combat général en faveur des réformes de structure.

III.  Sociologie de la grève

La grève apparaît donc à la fois comme une riposte à une première tentative de réduire le pouvoir d’achat des travailleurs, comme un effort pour imposer une nouvelle politique économique, et comme une révolte contre le conservatisme excessif de certains dirigeants. Dans les trois domaines, celui de l’État, celui de l’économie, celui du mouvement ouvrier, elle fait craquer les structures traditionnelles. Elle se situe dans l’interstice entre une phase de salaires croissants et une phase de salaires réels réduits, mais précède nettement cette réduction (elle l’empêche même, dans une certaine mesure, de se déclarer, ce qui provoque une tension croissante dans l’économie et dans les finances publiques). La grève permet ainsi une démonstration très nette de la dialectique sociale du facteur « objectif » (économique, « matériel ») et « subjectif » (niveau d’éducation et de conscience par suite du rôle du mouvement ouvrier; degré de confiance relative dans les organisations et les directions ouvrières). Elle constitue une réfutation éclatante de toutes les théories mécanistes concernant les rapports directs entre niveau de vie et niveau de conscience, entre niveau de vie et niveau de combativité.

Selon une logique primaire, ce seraient les couches les plus pauvres qui auraient dû réagir le plus violemment contre l’atteinte à leur pouvoir d’achat déjà si insuffisant. En fait, ces couches n’ont pas dépassé le stade de l’expectative inquiète (à l’exception des ouvriers des services publics). C’est que la menace de la loi unique fut enveloppée dans un verbiage touffu, voilée par une propagande officielle (ou officieuse) sur grande échelle, atténuée même par la démagogie de certaines « dénonciations », maladroites parce qu’excessives. C’est que cette menace émana en outre du gouvernement et de l’État, et que les couches les plus pauvres et les plus faibles sentaient confusément que, pour affronter l’État, il fallait être prêt à aller très loin.

Inversement, les couches les mieux rétribuées en Wallonie, qui sont aussi les couches les plus aguerries et les mieux organisées, trouvaient dans la lutte contre la loi unique l’occasion recherchée depuis plusieurs années d’entamer une épreuve de force avec la société bourgeoise, pour combattre ouvertement en faveur des réformes de structure. Ces couches, bien préparées par des années de propagande syndicaliste et socialiste systématique, par des années d’éducation tenace, s’avéraient complètement immunisées contre l’emploi des moyens de persuasion modernes et massifs, que le gouvernement employa pourtant sur la plus large échelle pendant la grève, et auxquels le mouvement ouvrier ne sut pas opposer grand chose. La grève belge a donc démontré que, contrairement à ce qu’on prétend souvent, les secteurs les mieux rétribués de la classe ouvrière sont capables de conserver beaucoup plus nettement leur « conscience de classe », sous l’assaut des moyens de persuasion massifs, à condition que le mouvement ouvrier entretienne et assiste la formation et l’épanouissement de cette conscience.

L’exception, en ce domaine, confirme la règle. Deux exemples suffiront. Le premier est celui des employés les mieux rétribués (revenus supérieurs à 10.000 FB par mois). A Bruxelles, où ces employés dominent largement (ils y constituent plus de la moitié de la main-d’œuvre salariée totale), leur participation à la grève fut minime, et la grève fut, de ce fait, un échec partiel. C’est que cette masse d’employés, 1° n’est pas syndiquée (taux de syndicalisation inférieur à 20 %; nombre d’adhérents à la F.G.T.B. inférieur à 10 %) ; 2° ne plonge pas dans un milieu de grande industrie; 3° n’a presque pas de contacts avec une masse ouvrière; 4° n’a point de tradition socialiste ni même de tradition de lutte, et subit fortement la pression du milieu petit bourgeois avec lequel elle se confond d’ailleurs en partie.

Par contre, dans les grands bassins industriels wallons, les employés qui y gagnent autant sinon plus que les employés de Bruxelles, ont en général bien participé à la grève (leur participation dépassa largement tout ce qu’on avait connu à ce propos dans le passé). C’est que cette masse d’employés, 1° a fait récemment de grands progrès du point de vue de sa syndicalisation; 2° plonge dans un milieu de grande industrie ; 3° y subit fortement la pression d’une masse ouvrière particulièrement combative; 4° est dirigée par une organisation syndicale qui, depuis des années, développe une propagande inlassable en faveur des réformes de structure (un Congrès National de ce syndicat, axé sur ce thème, où nous avons été un des rapporteurs, a précédé de quelques jours l’éclatement de la grève).

Le second exemple est celui de quelques grandes usines privilégiées en Flandre (Tréfileries Bekaert à Zwevelgem; usines Philips d’électronique; raffineries de pétrole à Anvers ; Bell Téléphone à Anvers; usines de montage d’autos à Anvers et à Bruxelles, etc.). Il s’agit en général d’usines ultramodernes, dont la direction applique une politique paternaliste très poussée, où un système compliqué de primes et de pensions supplémentaires est étroitement relié à l’assiduité au travail, où le pouvoir d’achat distribué par an et par salarié dépasse nettement la moyenne de l’ouvrier qualifié. C’est donc l’exemple même de ce « prolétariat nouveau » auquel sont attribués tant de péchés (ou de vertus, selon l’optique).

Or, le comportement de ce secteur a été beaucoup moins net qu’on n’aurait pu le supposer. Il s’agit d’un milieu où les syndicats chrétiens dominent nettement, sauf dans quelques cas exceptionnels. Par ailleurs, ce secteur n’a été nullement touché par la propagande en faveur des réformes de structure (la responsabilité de la direction syndicale flamande est très grave à ce propos). C’est donc le point exact où l’impact de l’idéologie bourgeoise a pu être le plus puissant. En outre, — seconde défaillance de la même direction — la F.G.T.B. flamande n’a point voulu entraîner ce secteur dans la lutte, et s’est contentée d’y déclencher la grève vers le dixième ou le douzième jour du combat, alors que l’unité d’action avec les travailleurs chrétiens apparaissait déjà comme totalement impossible.

Malgré tous ces facteurs fort négatifs, la masse des ouvriers socialistes de ces entreprises (variant entre 25 et 75 %, selon les cas), a en général, à quelques exceptions près, participé résolument à la grève, parfois même avec un enthousiasme qui effrayait les dirigeants. Ce ne sont pas seulement Liège, La Louvière, Charleroi qui ont connu des cortèges de 40.000, grévistes. Un rassemblement du même genre a également marqué la grève à Anvers ; ce fut le rassemblement le plus puissant et le plus combatif de toute l’histoire ouvrière flamande, et ce, dans ce milieu typique du « nouveau prolétariat ».

Ces exemples « exceptionnels » permettent donc de serrer de plus près le mécanisme réel d’interaction entre les conditions d’existence, le mouvement ouvrier, et le niveau de conscience, qui expliquent l’éclatement, la durée et l’ampleur de la grève belge.

L’histoire contemporaine a démontré au-delà de tout doute que la direction traditionnelle du mouvement ouvrier européen n’est pas à la hauteur de sa tâche. De ce fait, au cours des quarante-cinq dernières années, de multiples chances de victoires ont été ratées dans de nombreux pays. Une méfiance profonde à l’égard de leurs propres organisations caractérise de multiples secteurs du prolétariat européen, même ceux qui sont organisés. Mais contrairement à une illusion dangereuse, largement répandue dans certains milieux « gauchistes », cette méfiance peut être tout autant un frein qu’un moteur de larges luttes de classe. Disons même qu’elle est le plus souvent frein et non moteur, parce que la classe ouvrière prend conscience de sa force, dans la vie quotidienne du régime capitaliste, précisément dans la mesure où elle est organisée et où cette organisation est relativement efficace, et que tout scepticisme fondamental à l’égard de l’organisation ne conduit pas vers l’avant, vers des formes d’organisation supérieures, mais vers l’arrière, vers l’atomisation de la classe et sa transformation en classe amorphe (l’exemple de la France en mai 1958 est à ce propos particulièrement éloquent).

Ce n’est que lorsque la classe ouvrière se trouve engagée dans un combat de très grande envergure, — qui lui-même n’est possible que grâce au rôle relativement efficace de ses organisations — qu’elle peut dépasser positivement et non pas négativement, dans le sens du progrès et non dans celui du recul, l’insuffisance évidente de ses organisations bureaucratisées. La dialectique « classe-organisation » est donc en réalité beaucoup plus complexe que d’aucuns ne le soupçonnent. Elle ne rend possible le dépassement des grandes organisations de masse que par leur renforcement préalable et non par leur affaissement.

La grève belge permet de puiser à ce propos d’utiles enseignements. Depuis 1944, quelques grandes centrales professionnelles se sont profondément renouvelées et ont permis de jouer un rôle de pionnier d’idées nouvelles, notamment du programme des réformes de structures. Ce sont notamment la fédération liégeoise des métallurgistes (et dans une mesure moindre, les métallurgistes du Hainaut), le syndicat des employés et la Centrale Générale des Services Publics. Par ailleurs, d’autres centrales professionnelles apparaissent comme de véritables bastions du conservatisme réformiste : Centrale Générale du Bâtiment, syndicat du transport, Centrale des Ouvriers du Textile. On aurait pu supposer que, dans une grève aussi fougueuse et révolutionnaire que la grève belge, ce soient ces bastions du conservatisme qui « sautent » les premiers. Rien de cela ne s’est produit, pour la simple raison que dans ces secteurs, à l’exception des dockers d’Anvers et de Gand, on n’a même pas fait grève…

Par contre la grève fut une réussite au-delà de toute espérance dans les secteurs où une direction plus progressiste avait permis un renforcement considérable de l’organisation (et donc de confiance des travailleurs en leurs propres forces, et donc de conscience de classe). Certes, des dirigeants de ces secteurs ont pu apparaître à certains moments de la grève comme l’obstacle principal à un nouveau progrès du mouvement. Ce n’est là cependant qu’une des faces de la médaille; l’autre, c’est que sans le redressement vigoureux qu’ils avaient opéré, depuis des années, la grève en tant que telle aurait été inconcevable, et ne se serait pas plus produite qu’elle ne s’est par exemple produite en France, lors de la dévaluation Rueff-Pinay.

La nécessité de dépasser la direction traditionnelle a pu être ressentie confusément par les secteurs ouvriers les plus divers. La possibilité de ce dépassement n’a pu être créée que là où le renforcement de l’organisation coïncidait avec le renforcement de la conscience de classe. Pour être plus précis : la possibilité de ce dépassement a été la plus réelle partout où coïncidaient une organisation puissamment renforcée, des secteurs ouvriers très combatifs et la direction relativement la plus conservatrice de cette organisation. Ce fut le cas surtout à Charleroi et à Anvers, et dans une moindre mesure dans le Borinage et dans la région de La Louvière.

Ce dépassement s’est traduit par l’apparition plus ou moins, spontanée, plus ou moins inspirée par une avant-garde organisée des fameux comités de grève. A ce propos, on a publié beaucoup de commentaires confus, pour ne pas dire plus. On a rassemblé sous cette étiquette des comités aux fonctions les plus diverses (les comités locaux de grève dans le Hainaut; les comités syndicaux d’usine dans la région liégeoise ; le comité de lutte, c’est-à-dire de préparation de la grève, à Anvers, etc.). La création de ces comités correspond en général à deux mobiles qui ne coïncident pas toujours : la nécessité de remplir des fonctions que les organismes traditionnels du mouvement ouvrier ne remplissent pas et ne peuvent pas remplir (organisation des non-syndiqués dans la grève; unité d’action avec les chrétiens; problèmes des piquets de grève, du ravitaillement des grévistes, du contrôle de la circulation routière, etc.) ; la volonté de suppléer la carence de directions locales défaillantes. Lorsque ces deux mobiles coïncident, dans un contexte social très favorable, et avec une classe ouvrière admirable de combativité, le dépassement des structures traditionnelles s’affirme franchement, et alors, comme nous l’avons écrit pendant la grève, « l’ombre d’un pouvoir nouveau », le pouvoir démocratique des travailleurs, a plané sur le pays (La Gauche, n° 3, 1961).

Point n’est besoin de savants traités de stratégie pour comprendre que la classe laborieuse belge n’était nullement prête à entamer une lutte insurrectionnelle pour la conquête du pouvoir, le 20 décembre dernier. Ceux qui réclament (après coup) qu’elle réalise l’impossible sont en général ceux-là mêmes qui (avant les faits) manifestaient leur superbe sceptique quant aux possibilités de lutte avec des organisations aussi conservatrices, une classe ouvrière aussi « repue » et aussi « dépolitisée » que celles de Belgique.

Les grandes traditions de lutte du prolétariat belge furent, dans le passé, des traditions démocratiques (grèves générales pour le suffrage universel) ou des traditions de révoltes de la faim (grèves du XIXe siècle et grèves des mineurs de 1932-35). Après un intervalle d’un quart de siècle, au cours duquel prédominent des luttes professionnelles solidement encadrées (la grève générale semi-insurrectionnelle de 1950, contre le retour de Léopold III, fut elle-même entièrement inspirée, organisée et dirigée du sommet), voici que le prolétariat belge renoue de manière admirable avec sa tradition révolutionnaire, mais sur un niveau plus élevé. La signification historique de la grève belge, c’est que c’est la première grève générale dans l’histoire du mouvement ouvrier européen qui n’a comme objectif fondamental ni des revendications matérielles ni des revendications politiques démocratiques, mais qui vise essentiellement  la réorganisation de l’économie sur une base socialiste. Car c’est là le seul sens que des centaines de milliers de grévistes belges ont donné au slogan des « réformes de structure ».

On peut pérorer à l’infini sur le fait qu’une direction de rechange soit nécessaire pour qu’une grève pareille réussisse. On peut même en conclure que la grève, dans les conditions concrètes du temps et de l’espace, ne pouvait pas triompher. Les « droitiers » du mouvement ouvrier belge ne disent au fond rien d’autre quand ils affirment qu’il eût mieux valu « ne pas faire grève ».

Une organisation minutieuse aurait sans doute été largement préférable à ce mélange de spontanéité, d’improvisation, de direction défaillante et de direction de rechange dépassée par les événements qui a caractérisé la grève. Mais tous ces sages conseils glissent sur un fait dur comme du roc : c’est qu’un million de travailleurs belges, malgré toutes les difficultés et toutes les insuffisances, ont préféré faire grève pendant trente-deux jours, contre toutes les forces de conservation sociale, plutôt que de subir l’austérité et le déclin capitalistes. Plutôt que de subir, ils ont préféré crier à la face du monde qu’ils désirent prendre leur sort en leurs propres mains. Ne serait-ce que pour ce cri libérateur, riche d’enseignement, riche de moissons futures, il valait la peine de mener ce combat jusqu’au bout. Ne serait-ce que pour cette raison, il faudra le reprendre, chaque fois que la possibilité s en présentera.


[1] Exemple : en 1957, 5.033 réparateurs de navires procurent un chiffre d’affaires de 1,175 milliard FB, dont 3,66 % de bénéfices nets. En 1959 1.272 ( !) réparateurs de navires procurent un chiffre d affaires de 844 millions de FB, dont 6,72 % de bénéfices nets. Autre exemple : l’emploi dans l’industrie textile belge a diminué de 63.000 unités entre 1948 et 1958, alors que la production s’est notablement accrue.

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Les grèves belges: essai d’explication socio-économique
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