Analyse du moment – De l’explosion sociale à venir – et des grandes primaires pour gagner à gauche

Le 9 mars, c’est un mai 68 qui peut commencer. C’est dans l’air. Cette possibilité couvait depuis de longs mois sinon un an ou deux et je l’ai dit souvent. La raison en est que les espoirs de mai juin 2012 ont été trahis mais que jusque-là personne n’était parvenu à agglomérer un front assez large et à saisir une opportunité assez unifiante et évidente.

Rancoeurs, amertumes, colère, déceptions, couvaient sous les braises. Et la division faisait rage. Les premières attaques contre le code du travail ont ainsi pu passer sans réaction trop grande. Mais la gauche au fond de son grand cœur ne cédait pas.

Quand on a essayé de mobiliser de toutes nos forces contre l’ANI du 11 janvier 2013, et la loi Sapin, le 6 mars et le 9 avril 2013, des millions de gens étaient encore incrédules, peu informés, et sous le coup du début de la trahison. La CGT était en pleine crise de direction. La CFDT signait des deux mains, sans état d’âme et ils présentaient encore ça comme une « grande avancée » pour les temps partiels ou contre les CDD… Ca ne mobilisait pas, et puis il faut dire que JL Mélenchon détourna cet objet possible de luttes commune anti ANI en protestation politique prématurée et vaine sur le thème « Du balai ! » le 6 mai 2013.

Quand on a mis en place en octobre 2013, un grand dispositif unitaire avec appels et meetings contre la loi Ayrault faisant reculer, tout en le niant, l’âge de la retraite à 63 et 66 ans, nous n’avons pas eu davantage de succès. Je me souviens encore des meetings restreints, et de la division teintée de passivité (Mélenchon avait considéré dés le début que c’était foutu, ne fit aucun meeting et appela, encore, au dernier moment le 1er décembre à une manifestation contre la hausse de la TVA…). La loi Ayrault passa le 18 décembre, malgré nos immenses efforts pour la contrecarrer. Ce fut cette fois là, que pour la première fois, François Rebsamen me charia en privé «  – Tu vois bien qu’il n’y a personne dans les rues ».

Il faut dire que certains députés de la gauche, devenus ministres avaient malencontreusement aidé Valls à se mettre en place : manœuvre sans principe qui leur couta cher. Et à la gauche du parti aussi.

Il y eut encore  peu de mobilisation de décembre 2014 à l’été 2015, contre les 106 puis 308 articles de la loi Macron. Ce ne fut pas faute d’alerter, de les disséquer, de le dénoncer. (Là encore des centaines d’articles et de réunions)  La seule manifestation syndicale du 9 avril 2015 rassembla bien 300 000 personnes quand une 2° fois la crise frappait une seconde fois les dirigeants CGT. Malgré nos efforts et demandes (des centaines d’articles, de réunions), il n’y eut pas d’autres manifestations d’avril à août 2013. Cette fois, il n’y eut même plus l’appel de JL Mélenchon, épuisé déjà, à manifester sur autre chose. Le 8 août et le 17 août, les lois scélérates de Macron et Rebsamen passaient : elles aggravaient l’ANI et la loi Sapin en tout, 3 Cdd au lieu de 2, facilitations accrues de licenciement, travail du dimanche et en « soirée », dégradation des institutions représentatives du personnel, des CHSCT, casse de l’IT, des prud’hommes, de la médecine du travail…

 

Par contre pour la première fois, en avril 2015, la majorité politique de François Hollande se déroba au groupe parlementaire socialiste et le gouvernement Valls fut obligé au 49 3 ce qui fit des dégâts.

 

En effet, il y avait eu 17 députés opposants en septembre 2013, à la ratification du TSCG, puis 41 à l’ANI, loi Sapin du 14 juin 2013, puis 18 et 48 à la loi Ayrault et certains de ses articles furent battus. Cette résistance au sein du groupe socialiste parût lente et hésitante, mais il y aurait eu plus de 80 députés contre la loi Macron et elle ne serait pas passée en avril 2015 sans le 49 3.

Hollande se moqua de moi (et de Pascal Cherki) au conseil des ministres en juillet 2015 en affirmant que j’allais « chercher des manifestants à Athènes parce que je n’en trouvais pas à Paris », et encore en octobre au CESE quant il se moquait des « champions du thermomètre des luttes » qui ne montaient pas. Il n’a pas perdu à attendre.

Macron pressait d’accélérer le pas et de profiter de ce qu’ils croyaient être une apathie de la gauche, divisée, et abattue. C’est là, d’août à décembre 2015, que Valls et Macron se lançant dans une surenchère de petits coqs entre une « loi Macron 2 » ou une loi Valls-El Khomri contre le code du travail sont allés si loin qu’ils ont fait craquer l’armature du navire. Valls prônait déjà, l’alliance avec LR et refusait toute politique sociale, avide d’avoir l’appui – pourtant dédaigneux – du Medef.

 

« Trop c’est trop » a crié, à son tour, Martine Aubry cassant la majorité et renforçant de facto notre combat :

 

Ce cri avait de l’influence sur tout le PS et aussi sur la CFDT. Dix syndicats se réunissent ensemble pour la première fois depuis trois ans. Même si on savait les limites de l’un d’entre eux, ça ouvrait des portes.

Le PS, après ses congrès de Toulouse et de Poitiers n’avait plus de majorité : à Toulouse, Hollande avait dissimulé le rapport Gallois sur le Pacte avec le patronat jusqu’au lendemain du congrès, gagnant une majorité de 61 % sur une réelle duplicité.

A Poitiers, JC Cambadélis avait de justesse, masqué l’impopulaire Valls, en réussissant à le mettre dans la même majorité artificielle que les aubrystes. En dépit d’un second Pacte dit de « responsabilité » qui couta 41  milliards et ne rapporta rien – sinon aux spéculateurs et financiers.

Pourtant l’opposition de la gauche socialiste unifiée croissait à 30 % des voix et ce fut alors, que le forcing autour de la déchéance de nationalité, sapa le soutien du PS au président, puis la casse, brutale et sans cause du code du travail, l’acheva.

Fin 2015, François Hollande n’avait plus aucun souffle politique : il avait fait perdre à son parti, cinq élections municipales, européennes, sénatoriales, départementales, régionales. Rebsamen l’avait bien dit : « La politique de l’offre c’était se mettre dans la main des patrons ». Les patrons encaissaient, ne rendaient rien. Les attentats terroristes avaient donné l’occasion à François Hollande de se montrer facteur d’unité nationale à défaut d’être facteur d’unité sociale. Mais aussi bien après le 11 janvier 2014 qu’après le 13 novembre 2014, le social redevenait vite la question unique. (En plus  du rejet mérité sur l’état d’urgence).

 

La gauche morale anti déchéance de la nationalité se joignit et s’effaça derrière la gauche sociale de défense du salariat et contre les monstres caricaturaux de l’ubérisation – macronisation.

 

Après la déroute des régionales, Hollande ne dit rien, géra les égos de Valls et Macron, fit un remaniement grotesque et se laissa prendre la main pour la prétendue loi El Khomri, une loi contre un siècle de code du travail,  ignominieuse, sans précédent, inouïe, intolérable pour un gouvernement issu de la gauche.

Tout à leur guéguerre de coqs et de succession, Valls et Macron, pensaient avoir annihilé toute résistance, divisé, éclaté, mélenchonisé les risques : le salariat leur semblait résigné et vaincu. Les voilà le 9 mars qui se heurtent pourtant à lui sans le comprendre : leurs rêves de casser la gauche, de « faire du Renzi » jaune ou orange mais ni rose ni rouge ni vert, se heurte au meilleur des traditions sociales de notre pays. Les pantins Valls et Macron ne s’en remettront jamais.

Un million de signatures, CQFD, stop3cdd, des millions de jeunes You tubeurs, des millions d’explications populaires en défense du code du travail, 31 organisations de jeunesse, 10 syndicats, la gauche est là, elle n’était jamais tarie, jamais partie !

 

Cambadelis avait beau faire des théories sur le tripartisme et sur le prétendu renversement idéologique du pays vers la droite, en fait, la France était bel et bien restée massivement de gauche comme nous ne cessions de le dire. Dans notre pays, mai 68 est une histoire sans fin, Sarkozy même 40 ans après n’avait pas réussi à le liquider comme il l’avait prétendu en 2008.

La droite LR et FN avait perdu tous les scrutins de 2004 à 2012. Ils n’avaient gagné les élections depuis 2014 qu’en pourcentage pas en voix. Il n’y avait pas de basculement du pays à gauche, la gauche déçue, amère, s’abstenait. Le pays ne s’était pas retourné, il subissait avec rage le mal qu’Hollande lui infligeait, et attendait l’occasion unie, ouverte pour se venger, se libérer…

 

Le salariat cherchait le moment de dire «stop» à «ses» traitres.  Le PS premier parti de gauche reculait et se faisait haïr mais sans que rien ne réussisse à la « déborder » à le faire bouger suffisamment. En décembre 2015, malgré sa déroute, il obtint encore 24 % des voix (sur un total gauche à 34 %) et 6 millions de voix : des électeurs qui l’avaient quitté en le maudissant, revinrent même voter pour lui afin de s’en servir comme barrage à LR et FN.  D’un autre coté le Front de gauche s’éclatait faute de savoir mener de concert une politique de front unique avec le PS : l’aile sectaire ne jurait que par dénonciation tonitruante, ce qui dissuadait tout électeur socialiste en rupture, d’aller en sa direction. L’aile unitaire résistait intelligemment mais à contre courant.

 

En interne au PS l’opposition progressait mais trop lentement.


Parmi les frondeurs, il y avait eu des doutes et timidités en permanence, certains étaient enclins à chaque fois à stopper leurs propres audaces oppositionnelles, à vibrer et hésiter au gré des sondages après chaque élection ou attentat… Mais l’état d’esprit du pays, quand ils rentraient dans leur circonscription, les poussait à se maintenir dans le combat. Au sein de la motion B, MLG et D&S, par notre détermination, nous y avons contribué. C’est le fruit de notre travail : à Marennes, bien que dans des conditions difficiles, nous avions dit tout ce qui se passe.

On a formulé les premiers les analyses les plus précises, les plus mobilisatrices et donc révolutionnaires, que nous connaissions par cœur depuis l’ANI, les lois Macron, Rebsamen, jusqu’à cette catastrophe « de trop » qu’est la loi El Khomri

La montée du mouvement de masse qui vient est le fruit de tout ça, de l’action dedans et dehors. De congrés internes en meetings publics nous avons agi sur les deux plans, comme courant socialiste et comme courant de la société. Les lecteurs de D&S le savent.

Ca traverse le PS comme ça traverse le pays. Nous l’avions toujours dit, on ne peut pas seulement gagner « dedans », mais le travail politique que nous avons fait ouvre la perspective politique qui permet d’agir dehors. Réciproquement cela nous donne des ailes.

Ce n’est pas le moment de partir un par un comme l’ont fait nos amis Philippe Noguès, Liem Hoang Gnoc , Pouria Amirshahi , alors que la colère monte et que la radicalisation pousse partout, qu’on la voit et qu’on la sent. » Seuls on est rien » disait Mandela. La gauche du PS a une chance de vivre si elle reste unie. De là où elle parle, elle est écoutée plus qu’il n’y paraissait. dans les primaires elle aura toute sa place.

Nous avons fait assez de campagnes d’action  ANI, Macron, CQFD, stop3cdd, depuis trois ans pour être dans le mouvement.

Nous avons tous tourné la page Hollande au lendemain du 13 décembre 2015 quand, bloqué par ses suppôts Valls et Macron, sans aucune inflexion,  il n’a su comment agir sinon faire taire Cambadelis qui avait osé dire « ça ne peut plus continuer comme ça ».

Ce fut sa dernière chance avant 17 : il s’embourba dans la déchéance de nationalité croyant s’engager  directement et en vain sur l’unité nationale pour 2017. Et il sous estima la casse du accumulée du code du travail et les réactions dans la jeunesse et l’ensemble des salariés : les technocrates imbéciles autour de Combrexelle excité, ont pondu la « bombe » explosive et bâclée,  El Khomri, eux aussi, ne croyaient pas qu’il y aurait des réactions d’ampleur. Si Filoche n’avait pas réussi contre l’Ani, contre Macron, contre Rebsamen, pourquoi réussirait-il ce coup là alors qu’on utilisait même Badinter pour masquer le crime ?

Hé bien la quantité se transforme en qualité. La trahison accumulée sert d’étoupe à l’explosion tant différée. L’opiniâtreté paie.

Hollande n’a rien voulu écouter, on l’a pourtant ménagé, conseillé, influé, et il est allé de plus en plus à droite, la tête mangée par ses conseillers interlopes. Hollande a perdu et est perdant. Aujourd’hui et en 2017. Il conviendrait même qu’il jette le gant plutôt que le code du travail.

 

 

Qu’il jette Valls et retire le projet El Khomri.

 

Un puissant mouvement de masse peut être victorieux, avoir un débouché politique et nourrir une puissante « primaire » :

 

… et oui, elle peut, elle doit se faire sur une plateforme de gauche commune… Comme au Portugal ! Et cette plateforme est la seule solution car sinon il n’y aura pas de primaires, pas d’intérêt, pas débat, pas d’enthousiasme ni de dynamique. Et pas de candidat unique : comment s’il n’y a pas de projet de gouvernement commun, des candidats se présenteraient-ils et s’effaceraient-ils l’un derrière l’autre ?

Au Portugal, PSP, PCP et Bloc de gauche ont eu la majorité et s’ils ne s’unissaient pas ainsi,  ils laissaient la droite gouverner.  C’est le même problème qui se pose à nous !

Là bas, il y a un gouvernement PSP, PCP et BDG… ils réussissent à hausser le Smic de 5%, à rendre les congés payés enlevés par la droite, à revenir vers 35 h, à embaucher des fonctionnaires…

L’UE « cage de fer » ordo-libérale des Merkel et Schauble s’est interrogée mais n’a rien osé dire contre le Portugal de peur d’ouvrir un second front après celui des Grecs…  L’UE n’est pas solide, elle éclate de partout. Incapable economiquement, incapable face a l’immigration.

En fait la victoire de la gauche, une seconde fois, à Paris, après Lisbonne, bousculerait et mettrait à mal la politique des libéraux européens et leurs maudits traités. En Europe ce serait un triomphe, un soulagement enfin pour Tsipras, ca pèserait dans le PSOE et Podemos, le SPD Die Linke et les Grunen, et ça renforcerait Jérémy Corbyn nouvel allié dans le Labour passé massivement à gauche avec 650 000 nouveaux adhérents.

A ceux qui disent « une plateforme est impossible entre PS et PC et FdG », nous répondons : faisons comme à Lisbonne. Une plateforme précise délimitée pour gouverner 5 ans, ensemble, de façon réaliste, selon les rapports de force actuels, ni libérale, ni gauchiste. En 1935 le « Rassemblement populaire » fit ainsi.

Ces primaires doivent être de toute la gauche et sans exclusive ni préalable : aucune crainte, Hollande et Valls y seraient battus s’il s’y présentaient.  Ce serait pour eux comme un salon de l’agriculture permanent. Ou comme un 9 mars permanent, un 31 mars à répétition

 

Il y aura autant de candidats que de sensibilités politiques, faisons confiance  au peuple, au salariat qui ont su résister aux trahisons et se mobiliser à gauche. Les figures usées et indécises, les mimes et les frimes seront écartées. Quand le salariat est dans la rue, le Fn est dans les combles. Quand les entreprises et les rues sont occupées, Juppé ne peut pas rester droit dans ses bottes, ni Sarkozy resurgir de ses turpitudes.

 

La victoire est possible : retrait de l’ignominieuse loi El Khomri.

Et la suite, en ce cas, sera belle :

il surgira, de la plateforme et des primaires un candidat nouveau, un Bernie Sanders ou un Jeremy Corbyn, il y aura soif d’authenticité. Besoin de confiance.  Besoin de certitude. Besoin de détermination. Ni mollesse, ni fausse promesse.

2017 ce n’est pas « foutu » pour la gauche, nul ne nous oblige à des candidatures auto proclamées,  que ce soit par des grands ou des petits appareils. Les primaires, c’est la démocratie de masse, c’est le contrôle des candidatures. Le choix contre les diktats des médias, de TF1 et des apparatchiks à la Valls.

Ayons confiance, la gauche, elle est là, majoritaire sociologiquement et politiquement, elle peut s’unir, faire surgir une nouvelle configuration unitaire, à la fois un Podemos un Syriza ET un Front populaire.  Une alliance et un dépassement des partis existants, qui rompra clairement avec le libéralisme. Et fera les premiers pas du renouveau, de la transition, du renversement de trajectoire et de cycle politique : égalité fraternité, liberté, démocratie, VI° république sociale, parlementaire, laïque,  écologique, féministe, pacifiste, internationaliste …

 

Le chômage et sa courbe (2ème partie) – La « courbe du chômage » s’est-elle inversée en janvier 2016 ? Une leçon de chose

 

La façon dont est traité le chiffre des demandeurs d’emploi de janvier 2016, rendu public par la Dares, est une véritable leçon de chose.

Comme d’habitude, l’attention est focalisée, par le gouvernement et les médias, sur le chiffre quasi officiel du chômage, celui de la catégorie A, limité à la France métropolitaine. Selon ce chiffre, le chômage aurait diminué de 27 900 au mois de janvier 2016 et, au total, de 27 500 depuis novembre 2015.

 

Il y a encore peu de temps, le communiqué mensuel donnait le chiffre total des catégories A, B et C. Dorénavant il ne donne plus que le chiffre de la catégorie A. IL suffit donc de faire passer des catégories A en… B et C… par exemple avec des formations.

 

Le Monde du 24 février 2016 titrait : « La baisse du chômage gâchée par une incertitude statistique ». Le terme « gâchée » est d’autant plus étonnant que la suite de l’article indiquait clairement que cette incertitude statistique ne « gâchait » pas mais expliquait cette baisse du chômage : « La Dares averti que le chiffre de 3,55 millions de chômeurs, après une baisse de 27 900 personnes, était à prendre avec des pincettes : à la fin de chaque mois, les demandeurs d’emploi sont tenus de déclarer leur situation au Pôle emploi, sous peine d’être radiés d’office. En janvier, 238 900 personnes sont sorties des listes pour ce motif, soit plus de 40 000 de plus qu’en décembre ».

La Dares précisait, également, que, loin de diminuer sur l’ensemble des trois derniers mois, le chômage avait augmenté de 0,3 % sur la France entière et de 0,4 % pour la seule France métropolitaine, si l’on prenait en compte les demandeurs des catégories A, B et C.

 

L’objectif de François Hollande se limite à la catégorie A


L’objectif de François Hollande et de Manuel Valls est confirmé par les propos de Myriam El Khomri qui se félicite de cette « stabilisation du nombre de demandeurs d’emploi, préalable à la baisse du chômage ». Il s’agit donc bien de se limiter à l’inversion de la courbe du nombre de chômeurs de la catégorie A, en France métropolitaine. La nature des emplois créés n’a aucune importance : une personne qui travaille 6 heures par semaine (catégorie B) n’est pas, par exemple, dans cette perspective, un demandeur d’emploi.

 

Un alignement sur les politiques de l’emploi de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas


Le chômage en France, insistent le gouvernement, la droite et le Medef, est dû au manque de « flexibilité du travail ». Il suffit de regarder la situation en Allemagne, au Royaume-Uni ou au Pays-Bas pour comprendre qu’avec un droit du travail beaucoup plus souple, le chômage est deux fois moins important.

 

Ils citent à l’appui les taux de chômage calculés selon les critères du Bureau International du Travail. (BIT). Selon ces calculs, le taux de chômage est de 10,3 % en France mais de seulement 6,5 % au Pays-Bas ; 5 % au Royaume-Uni et 4,3 % en Allemagne.

 

Le problème est que le taux de chômage calculé selon les critères du BIT n’a plus aucun sens. Ils considèrent que si une personne à travaillé pendant une heure au cours de la semaine précédente, elle n’est pas considérée comme demandeur d’emploi. Cette définition du chômage pouvait avoir un sens il y a 30 ou 40 ans, lorsqu’on avait un travail à temps plein en CDI ou qu’on était au chômage.

Aujourd’hui, avec cette définition, une personne qui travaille 4 heures par mois ou par semaine n’est pas au chômage. Une caissière de supermarché qui travaille 80 heures par mois mais voudrait travailler à plein temps n’est pas considérée comme une demandeuse d’emploi. Il n’est pas sûr que les personnes concernées aient la même perception du chômage que les statistiques du BIT.

Cette définition du chômage n’a plus aucun sens aujourd’hui. Elle ne permet pas de prendre en compte tous les travailleurs pauvres qui survivent avec des emplois précaires, des emplois en pointillés, des emplois à temps partiels ou très partiels,  alors qu’ils voudraient un travail à plein temps.

Cette constatation est pleinement confirmée par les chiffres de l’OCDE concernant les salariés travaillant moins de 20 heures par semaine.

Salariés travaillant moins de 20 heures par semaine / nombre total d’emplois

- France :                     5,9 %

- Allemagne :               12,4 %

- Royaume-Uni :          12,7 %

- Pays-Bas :                   21,3 %

Salariés entre 15 et 24 ans travaillant moins de 20 heures par semaine / nombre total d’emplois occupés par des jeunes du même âge

- France :                     9 %

- Allemagne :               12, 7 %

- Royaume-Uni :          24,2 %

- Pays-Bas :                  50,7 %.

 

Comment avec de tels modèles Myriam El Khomri peut-elle se permettre de s’adresser à la jeunesse pour leur dire que son PDL a pour ambition d’en finir avec la précarité ?

 

L’avenir que nous réserve ce projet de loi est tout tracé :

- les 8 millions de « min-jobs » allemands à 400 euros ou moins par mois ;

- les « contrats zéro heures » britanniques qui laissent le temps de travail d’un salarié à la totale discrétion de son employeur, tant en ce qui concerne la durée (zéro heure, 1 heure, 10 heures 15 heures par semaine…) que l’organisation du temps de travail. Les intérêts de l’entreprise l’emportent alors totalement sur ceux des salariés qui n’ont plus aucun droit et doivent être à la totale disposition de l’entreprise (grâce à leur téléphone portable) pour ne pas perdre leur  « contrat ».

 

Voilà ce qu’Emmanuel Macron appelle « s’adapter à un monde qui change » : le retour au libéralisme sauvage du XIXème siècle.

 

Jean-Jacques Chavigne (2° partie d’une série de 3 articles, cf. la première sur ce même blog  ci dessus)

Actualisation nouvel appel unitaire : CQFD « ce code qu’il faut défendre » mars 2016

Pour un code du travail protecteur des salarié-e-s et des demandeurs d’emploi

Retrait de la loi « Travail » !

 

Le projet de loi trompeusement rebaptisé « nouvelles protections pour les entreprises et les salarié-e-s », transmis au Conseil d’Etat le 18 février, montre pour celles et ceux qui en doutaient encore que le gouvernement est résolu à satisfaire jusqu’au bout les demandes du patronat. Il parachève un quinquennat inédit, qui aura vu un gouvernement se réclamant de la gauche commettre pas moins de cinq réformes majeures du droit du travail (loi de sécurisation de l’emploi de 2013, réorganisation de l’inspection du travail de 2014, lois Rebsamen et Macron de 2015, projet El Khomri de 2016) visant toutes à diminuer les protections dont bénéficient les salarié-e-s et leurs représentant-e-s et les moyens dont ils disposent pour se défendre.

 

Mais le projet El Khomri, suivant les préconisations du rapport Combrexelle, affiche une ambition plus importante que ses prédécesseurs. Le ton est donné dès l’article premier, qui subordonne les libertés et droits fondamentaux des salarié-e-s au « bon fonctionnement de l’entreprise ».  Avant de programmer la réécriture du code du travail selon une « nouvelle architecture » qui vise à mettre la hiérarchie des normes sens dessus dessous, avec l’accord d’entreprise au sommet, même (et surtout !) s’il est moins favorable pour les salarié-e-s que les dispositions légales. Comme à l’habitude, c’est la réglementation du temps de travail, déjà truffée de dérogations, qui sert de terrain d’expérimentation en attendant la révision totale prévue d’ici 2018.

 

Les arguments des rares défenseurs du projet, selon lesquels cette « nouvelle architecture » vise à développer le dialogue social, ne résistent pas à un minimum d’analyse. D’abord parce que la négociation d’entreprise peut difficilement être porteuse de progrès social dans un pays frappé par le chômage de masse. Ensuite et surtout, parce que le gouvernement donne aux employeurs les moyens de contourner la négociation qu’il n’a de cesse de célébrer, en créant un référendum pour permettre l’adoption « d’accords » minoritaires, en permettant l’aménagement unilatéral du temps de travail sur quatre mois ou l’institution de forfaits jours non prévus par la convention collective. Le but n’est donc que de rendre le travail encore plus flexible et les travailleurs-euses plus dociles.

 

A cette « nouvelle architecture », le gouvernement a cru bon d’ajouter des mesures particulièrement dures et cyniques pour les salarié-e-s.

 

Ainsi de la nouvelle tentative, après la censure par le Conseil Constitutionnel de dispositions de la loi Macron en ce sens, de plafonner les indemnités accordées par le conseil des prud’hommes en cas de licenciement abusif, soi-disant pour ne pas décourager l’embauche. S’il était appliqué à la sécurité routière, le même raisonnement apparaîtrait immédiatement criminel pour quiconque dispose de toute sa raison : « Les amendes pour excès de vitesse coûtent trop cher, diminuons-les pour ne pas décourager l’achat de voitures » !

 

Quant à la nouvelle définition du licenciement économique, elle est directement inspirée des réformes adoptées en Espagne au plus fort de la crise. Là encore la mesure est sous-tendue par un raisonnement absurde : car faciliter les licenciements ne facilite pas les embauches… mais juste les licenciements – ou alors le chômage aurait disparu depuis longtemps ! Cela nous laisse entrevoir l’avenir que dessine le MEDEF pour les salarié-e-s de France, le même que celui des travailleurs grecs, portugais ou espagnols : explosion des contrats précaires et des faux indépendants, salaires de misère, licenciements sans possibilité de contestation.

 

Le projet de loi « travail » sera le dernier round du quinquennat, et nous pensons possible de l’empêcher. Pas moins car la régression sociale est au cœur même du texte, un recul partiel ou un report ne suffiront donc pas à préserver les droits des salarié-e-s. Le projet de réforme de la convention de chômage, concomitant à ce projet de loi, montre que les salarié-e-s ne sont pas les seuls visés. Une victoire est possible si ensemble, salarié-es, précaires, privé-e-s d’emploi, retraité-e-s, jeunes, femmes, citoyen-nes, syndicats, partis politiques, associations, juristes, intellectuels, artistes etc. nous faisons front pour informer, débattre, mobiliser, manifester.

 

L’abaissement des garanties collectives dans le secteur privé, outre ses conséquences désastreuses pour les salarié-e-s directement impactés, serait aussi un nouvel élément confortant les attaques contre le Statut général de la Fonction publique et en justifiant de nouvelles. C’est pourquoi, nous entendons bel et bien, salarié-e-s du privé et du public, avec les autres, faire front commun contre cette nouvelle attaque portée par le Gouvernement et le patronat.

 

C’est dans ce but que nos organisations ont constitué le collectif CQFD (Le Code Qu’il faut Défendre) : mettre en échec les projets régressifs et fortifier les droits des salarié-e-s et des demandeurs d’emploi. L’époque dans laquelle nous vivons, où le burn-out et la souffrance au travail explosent, où le scandale du bitume succède à celui de l’amiante, a besoin de plus de code du travail et non pas de moins de réglementation.

 

 

 

 

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RETRAIT du projet de loi contre le code du travail

Les Unions régionales Ile-de-France de la CGT, de la CGT-FO, de la FSU, de SOLIDAIRES et les organisations régionales étudiantes et lycéennes de l’UNEF, de la FIDL, de l’UNL se sont rencontrées le 29 février 2016.

Elles ont fait le constat d’analyses communes pour dénoncer les attaques portées contre la jeunesse et les travailleurs dans le cadre des contre-réformes des dernières années : ANI, Retraites, lois Macron, Touraine, Rebsamen, pacte de responsabilité, affaiblissement des services publics… De fait, ces choix politiques ont accentué l’austérité et la précarité !

Nous constatons toutes et tous que cette politique n’est pas la bonne ! C’est pourtant celle que le gouvernement a fait le choix de poursuivre en présentant son nouveau projet de « réforme du droit du travail », avec un cortège de régressions historiques : inversion de la hiérarchie des normes, remise en question du temps de travail, facilité de licenciement, remise en question des organisations syndicales… Le MEDEF l’avait rêvé, le gouvernement compte le réaliser ! Mais c’est sans compter sur la mobilisation des jeunes, des salariés, de la société !

Dès à présent, les URIF CGT – CGT-FO – FSU – SOLIDAIRES, les organisations syndicales étudiantes et lycéennes UNEF – UNL – FIDL décident de s’opposer, ensemble, à la destruction du code du travail en appelant les travailleurs, les étudiants, les lycéens à préparer une mobilisation interprofessionnelle, de grève, d’arrêts de travail, de manifestation d’ampleur le 31 mars 2016 jusqu’au retrait de ce projet de loi.

L’annonce du report de la présentation du projet de loi annoncé par le Premier Ministre ne change rien à notre détermination. Nous ne sommes pas dupes de ce délai accordé pour tenter d’amender à la marge un texte profondément dangereux.

C’est pourquoi, afin de préparer la mobilisation et les manifestations, nous appelons d’ores et déjà à participer à une manifestation le 9 mars 2016 entre le siège du MEDEF et le Ministère du Travail, première occasion de porter nos revendications et de faire la démonstration de la détermination commune à nos organisations régionales CGT – CGT-FO – FSU – SOLIDAIRES – UNEF – FIDL – UNL d’obtenir le retrait de ce projet de loi.

Manifestation unitaire régionale mercredi 9 mars 12H30 devant le MEDEF (Métro École Militaire)

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Paris, le 29 février 2016

 

 

La casse du Code du travail ne fera pas loi JEUDI, 3 MARS, 2016 L’HUMANITÉ

IDÉES DÉBATS / TRIBUNES

CODE DU TRAVAIL LOI TRAVAIL EL KHOMRI

 

La réforme du Code du travail ne fera pas loi

JEUDI, 3 MARS, 2016

L’HUMANITÉ

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Photo : CGT

 

Le projet El Khomri doit être retiré. Non pas reporté, retiré. Son article premier suffit à le disqualifier, lui qui subordonne les droits et libertés des salariés au « bon fonctionnement de l’entreprise ». Il scelle la remise en cause historique, théorique, juridique d’un siècle entier de Code du travail.

Qu’est-ce que ce Code ? Qu’est-ce que la politique, sinon la mémoire qui informe l’action ? Ne jamais oublier. Et à gauche, se souvenir des désastres et des crimes, des vies brisées au nom du profit insatiable, pour cette « apothéose du coffre-fort » qu’évoque Balzac. Ne pas oublier, par exemple, que le Code du travail naît en 1910 après l’horreur de Courrières, dans le Pas-de-Calais. Après qu’en 1906, 1 099 mineurs avaient perdu la vie au fond des puits. Le patron exige alors que le travail reprenne immédiatement. Il stoppe la recherche des victimes. Cachez ces misères qui entravent l’entreprise. Et puis, douze jours plus tard, 14 survivants enfouis réapparaissent. Après des nuits de terreur et d’efforts. Miraculés. Enterrés vivants. Ouvriers morts avant d’être morts.

 

L’émotion est immense. Elle force à créer le ministère du Travail. Pourquoi ? Pour que ce ministère échappe aux diktats des employeurs et au ministère de l’Économie. Avec quel point d’appui, quelle barricade juridique pour résister ? Le Code du travail.

L’inverse est à l’œuvre : le ministère de l’Économie règle de nouveau la politique du ministère du Travail, réduit à n’être que son DRH.

 

Notre choix de civilisation fut depuis Courrières d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail. Quand F. Hollande veut « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », il écrit l’histoire à l’envers.

 

Cela boostera l’embauche ? Par ordonnance, de 2004 à 2008, la mission Combrexelle a passé le Code du travail à l’acide, supprimant 500 lois, le réduisant de 10 %, en prétendant le simplifier. Cela n’a pas créé d’emploi.

 

Dans le contrat de travail, il y a inégalité. Le salarié subit un « lien de subordination juridique permanent ». C’est pourquoi il existe une « contrepartie » : un code spécifique. Les lois du travail sont, et doivent rester, universelles, car elles sont attachées aux droits humains, quelles que soient la taille de l’entreprise, sa spécificité, sa branche. Elles doivent l’emporter sur les contrats d’entreprise particuliers, les accords d’entreprise particuliers, les dérogations. C’est ce que garantissent la Déclaration des droits de l’homme de 1948, la charte européenne des droits fondamentaux de 1999, les conventions de l’OIT en leurs nos 81 ou 158.

Le droit du travail doit être un garde-fou par rapport au droit de la concurrence et non pas piétiné suivant le libre cours de la concurrence.

 

En ne voulant plus de durée légale pour tous, en actant le règne des dérogations, les projets El Khomri, Badinter, Macron, cassent les relations de travail au détriment du corps humain, de sa santé, de la vie de famille et de l’emploi pour tous.

La notion de durée légale est de facto supprimée, les patrons en décideront, au cas par cas, le pistolet sur la tempe de leurs salariés. Les syndicats majoritaires (élus avec un quorum !) pourront même être court-circuités par les syndicats minoritaires qui auront le droit d’en appeler au patron pour qu’il monte un référendum à ses ordres. C’est le come-back de l’employeur-maître !

 

La commission Badinter en finit d’ailleurs avec un Code du travail spécifique et le remplace par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex-contrat de travail. Dans ce texte, la « personne » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Et demain quoi ? L’ubérisation généralisée ? Pas d’horaires ? Pas de Smic ?

On comprend que les jeunes s’indignent. Que leur promet-on ? La précarité en début, au milieu et en fin de vie active. L’avenir bouché, interdit. Des jeunes méprisés au travail.

 

Que permettra la loi El Khomri, avec un simple accord d’entreprise, facile à arracher grâce au chantage à l’emploi ? Fini les 35 heures, les heures supplémentaires seront compensées et non plus majorées : on travaillera plus pour gagner moins. Il sera possible de travailler 12 heures par jour par « simple accord ». Le repos quotidien de 11 heures pourra être fractionné. La forfaitisation par accord individuel pourra aller au-delà de toute durée maximale, y compris 48 heures et 60 heures. L’annualisation du calcul des horaires se fera sur trois ans ! Les congés payés ne sont plus obligatoires, le salarié aura « le droit » d’y renoncer pour de l’argent. Un apprenti pourra travailler 40 heures. Il n’y a même plus d’âge plancher pour le travail des enfants, lesquels dès 14 ans sont moins protégés contre les chutes ou les machines dangereuses. Trois CDD de suite sont autorisés au lieu de deux. Payer à la tâche sans référence au Smic ne sera plus interdit. Il n’y aura plus de plancher de 24 heures pour les temps partiels. Le patron décidera quand commence la semaine, de sorte qu’il évitera la majoration du dimanche. Les femmes seront les plus pénalisées.

Le Medef a coécrit ce projet de loi. Il lance d’ailleurs une pétition pour le soutenir.

Si ses profits et dividendes baissent, l’employeur pourra modifier les horaires à la hausse et sur une année les rémunérations à la baisse. La loi Warzmann l’autorisait pour un an, la loi Sapin plus encore, la loi El Khomri abaisse les possibilités pour les salariés de le contester.

 

La médecine du travail, les prud’hommes, l’indépendance de l’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel sont laminés. Les licencieurs abusifs verront leurs condamnations baisser.

 

À quoi sert de faciliter les licenciements ? À faciliter les licenciements ! Pas à faire de l’embauche. Ce projet de loi vaut déclaration de guerre à 18 millions de salariés.

Le gouvernement entend repousser la présentation de cette loi, ce recul doit déboucher sur le retrait. Ensemble, nous appelons les salariés, les jeunes, les retraités, les privés d’emploi, les précaires, les féministes, à rejoindre ce mouvement qui monte et qui exige le retrait de la loi El Khomri. La réforme du Code du travail ne fera pas loi.

 

Cent ans durant ce Code a été construit pour que les salarié-e-s échappent à la dictature de la rentabilité à courte vue. C’est un Code exceptionnel, une œuvre juridique rare, faite des luttes, des sueurs, des larmes, des grèves, des manifestations, bref de toute notre histoire sociale. Certes, on peut le modifier, le fortifier, renforcer les droits des salarié-e-s, rien n’est intangible. Nous allons d’ailleurs faire ensemble des propositions. Mais nul comité de technocrates ne peut, entre soi, hors du monde, le réécrire seul, tant il est le fruit, dans ses mille détails, des rapports de forces sociaux. En cela, le Code du travail est l’indice de mesure de la qualité d’une civilisation.

 

Texte collectif

Premiers signataires : Fabrice Angei, membre du bureau confédéral de la CGT, Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble !, Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, Éric Beynel, porte-parole de Solidaires, Noël Daucé, secrétariat national de la FSU, Gérard Filoche, membre du BN du PS, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, William Martinet, président de l’Unef, Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic, Danielle Simonnet, coordinatrice nationale du PG

 

Retrait du projet de loi El Khomri

 

Tout est dans l’article 1 : ne serait-ce qu’à cause de ce seul article, tout le projet de loi El Khomri doit être retiré. C’est la remise en cause historique, théorique, juridique fondamentale d’un siècle entier de code du travail.

Pour le comprendre il faut savoir que le code du travail est né en 1910 après la catastrophe de Courrières de 1906 dans le Pas-de-Calais. Lors de cette tragédie, 1099 mineurs avaient perdu la vie au fond des puits. Le patron avait exigé que le travail reprenne en cessant la recherche des survivants, car sinon le charbon polonais allait arriver et il allait mettre la clef sous la porte. Une douzaine de jours plus tard, 13 puis 1 survivants étaient ré apparus. Le choc émotionnel avait été tel qu’on avait décidé de créer le Ministère du travail pour qu’il échappe aux exigences du Ministère de l’économie.

Le choix fondamental a été d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail. Si nous avons exigé les 3 X 8 : 8 h de travail, 8 h de loisir, 8h de repos, ce n’est pas pour plaire aux patrons des entreprises, c’est pour plaire aux humains, pour qu’ils puissent vivre avec leur travail.

Aussi lorsque le Président Hollande annonce qu’il allait « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », c’est une contre-révolution conceptuelle. Elle n’a rien de « moderne » et rien à voir avec la « crise » : c’est le retour au 19° siècle, bien avant 1906, aux débuts du salariat post esclavage quand il n’y avait ni lois ni cotisations sociales.

Ca n’a rien à voir non plus avec l’emploi : François Hollande l’avoue le 21 février 2016 en précisant que cette loi « n’aura pas d’effets en termes d’emploi avant plusieurs mois. Mais il s’agit d’installer un nouveau modèle social » Il ne pouvait mieux reconnaitre que le chômage était un prétexte, et qu’il visait surtout à rompre avec le droit du travail existant.

 

 

Le projet dit El Khomri est donc une remise en cause idéologique ultra libérale de décennies de combat des syndicats et la gauche pour protéger les salariés. Même les patrons ont été surpris de ce projet de loi qui va plus loin que ce qu’a fait la droite.

 

Le gouvernement Valls a méprisé les capacités de réaction des salariés des syndicats, de la gauche, le voilà obligé de mégoter  en cherchant a distancier  l’un des syndicats du rejet d’ensemble. Mais c’est encore méprisable, car il s’agit de droits et de principes universels, et non de la façon de surexploiter une poignée de salariés dans une boutique du coin…

 

Cent ans durant, le code du travail a été construit pour que les droits des humains au travail échappent aux exigences aveugles du marché, de la rentabilité, de la compétitivité. C’est un code exceptionnel en ce qu’il est fait de luttes et de sang, de sueurs et de larmes, il est le produit  de 1920 à 1936, de 1945 à 1968, de 1995 à 2002, de grèves, d’occupations, de manifestations, de négociations et de lois de la République.

Car, il faut le redire, dans une entreprise, il n’y a pas égalité entre les deux partis cocontractantes, patronat et salariat : dans le contrat de travail, il y a inégalité, le salarié est subordonné, c’est un « lien de subordination juridique permanent » et c’est pour cela qu’il existe une « contrepartie » un code spécifique de droits.

En fait les lois du travail sont – et doivent rester – universelles en ce qu’elles sont attachées aux droits humains, quelque soit la taille de l’entreprise, sa spécificité, sa branche. Elles doivent l’emporter sur les « contrats », sur les « accords », sur les « dérogations », les « exceptions » et non pas l’inverse. C’est ce qui est garanti par la déclaration des droits de l’homme de 1948, par la charte européenne des droits fondamentaux des humains de 1999, par des conventions de l’OIT comme les n°81 ou 158.

S’il existe une « Organisation internationale du travail », c’est pour que ces droits humains s’étendent universellement et non pas pour que le président Hollande ou la loi El Khomri les rabougrissent, de dérogation en dérogation, aux besoins de chaque employeur, entreprise par entreprise

Le droit du travail doit être constitutif du droit de la concurrence et non pas piétiné au nom de la concurrence. Tous les pays qui utilisent du travail des enfants, qui imposent des journées épuisantes doivent être combattus et sanctionnés, non pas imités.

Certes on peut modifier, renforcer le code du travail. Mais nul ne peut le ré écrire en entier, tant il est le fruit, dans ses mille détails, de l’expression historique des rapports de force sociaux. Il est l’ordre public social, l’état de droit dans les entreprises, les lois de la République face au marché. En cela, le code est l’indice de mesure de la qualité d’une civilisation.

 

Le code est le droit le plus intime, le plus vital, le plus essentiel pour les salariés. Il est le plus petit, le plus lisible de tous les codes. Il est le code le moins enseigné, le plus dénigré, le plus fraudé, hélas.

 

 

 

 

A partir de l’article 1 du « préambule » du projet El Khomri tout s’explique, tout est faux et tout doit être rejeté : il affirme que « les libertés et droits fondamentaux de la personne »… peuvent être soumis à des limitations « si elles sont justifiées par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise ». Les droits des salariés sont ainsi, non plus protégés en tant que droits de l’homme, mais soumis à un état d’urgence permanent selon les nécessités décrétées par les besoins de profit et de dividendes du seul employeur et de ses actionnaires.

 

Alors tout le reste se comprend :

 

Si les lois El Khomri-Badinter, Macron, Valls et Cie cassent les règles de vie élémentaires, au détriment du corps humain, de sa santé, de sa vie de famille, et du partage de l’emploi, en ne voulant plus de durée légale pour toutes et tous, c’est pour le « bon fonctionnement de l’entreprise ». Dans le préambule dit Badinter il n’y a pas de chiffres : alors qu’en droit du travail, les chiffres incarnent les principes, 35 h, 48 h, 151h 66, 1600 h car le code du travail s’est construit autour des chiffres de la réduction du temps de travail depuis 170 ans.

La notion de durée légale est « de facto » supprimée, les entreprises en décideront, au cas par cas, le pistolet sur la tempe de leurs salariés. Les syndicats majoritaires (élus avec un quorum !) pourront même être court-circuités par les syndicats minoritaires qui auront le droit d’en appeler au patron pour qu’il organise un referendum à ses ordres

Le gouvernement essaie de mentir en niant la subordination des salariés obligés comme chez Smart de signer des « accords » sous une violente pression patronale et un chantage à l’emploi. Mais le gouvernement a lui-même violé une loi dont il cherche pourtant à faire principe, celle qui énonce que toute modification du droit du travail et du droit social, doit avant d’arriver au parlement, avoir été négociée entre partenaires sociaux : au contraire, le gouvernement a même piétiné tout principe et menacé de passer en force, sans vote par le 49-3.

Le projet de loi El Khomri est le nom donné à l’attaque finale du Medef de Pierre Gattaz : « Le code est l’ennemi n°1 des patrons ». Le Medef veut remplacer la subordination caractéristique du contrat par une « soumission librement consentie ». D’où l’engouement nouveau orchestré pour « l’ubérisation », pour les contrats « civils » sans droit ni lois, ni horaires, ni smic. Le rapport de la commission Badinter en finit avec un code du travail spécifique et le remplace par un mixte avec le code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex contrat de travail. La « personne » » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Uber peut s’y retrouver, Attali et Macron sont passés par là.

 

Dans cette loi ignominieuse, les technocrates libéraux et patronaux se sont « lâchés » sans retenue. Finies les 35 h et les 48 h, les heures supplémentaires pourront être compensées et non plus majorées. Il deviendra possible de travailler 12 h par jour par « simple accord ». Le repos quotidien de 11 h pourra être fractionné. La forfaitisation par accords individuels pourra aller au delà de toute durée maxima, y compris 48 h et 60 h. L’annualisation du calcul des horaires se fera sur… 3 ans ! Les congés payés ne sont plus obligatoires, le salarié pourra y renoncer pour de l’argent. Un apprenti pourra travailler 40 h. Il n’y a même plus d’âge plancher pour le travail des enfants (lesquels dés 14 ans, sont moins protégés face aux risques de chutes ou machines dangereuses). La précarité est démultipliée, trois CDD de suite sont autorisés au lieu de deux. Il n’est plus interdit de payer à la tâche. Il n’y a plus de limites pour le port des charges. Il n’y a plus de plancher de 24 h pour les temps partiels. La mensualisation, c’est fini. Le patron décidera de quand commence la semaine, ainsi il pourra éviter toute majoration du dimanche.

Si ses profits et dividendes baissent, le patron pourra modifier les horaires à la hausse et les salaires à la baisse (la loi Warzmann de Sarkozy l’avait autorisé pour un an, la loi Sapin l’avait prévu pour deux ans, là c’est pour cinq ans). Les inaptes au travail pourront être chassés. La médecine du travail, les prud’hommes, l’indépendance de l’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel sont laminés.

Les licenciements pourront être préprogrammés dés la signature du contrat et les patrons licencieurs abusifs verront leurs condamnations abaissées au maximum. Alors que dans notre société sécuritaire les délinquants « ordinaires » sont soumis à un « plancher », voilà qu’il est instauré un « plafond » pour les délinquants patronaux.

Ils veulent aller vers le licenciement sans motif comme aux USA. A quoi ça sert de faciliter les licenciements ? A faciliter les licenciements ! Pas un seul emploi de plus mais au contraire des emplois de moins. C’est une loi pro-chômage car toute dérégulation facilite à la fois les pertes d’emplois et la non création d’emplois. S’il y a du boulot pour 12 h par jour et 60 h par semaine, pourquoi y a t il des millions de chômeurs ? Il y aura encore plus de reculs économiques, car ce sont les salariés bien formés, bien traités, bien payés qui produisent le plus, pas les flexibles, pas les précaires.

 

 

Ce projet de loi est une déclaration de guerre à 18 millions de salariés. Si tous ne le savent pas, nous entendons, par l’action de notre collectif, les alerter, les informer, contribuer avec leurs syndicats, leurs élus, les mobiliser. C’est tellement important et historique que cela mérite une indignation et une révolte massive pour le

retrait total de ce projet de loi dit « El Khomri ».

 

 

 

 

 

 

Appel : tous dans la mobilisation unie de la jeunesse et des syndicats du 9 au 31 mars : Retrait de la loi El Khomri

 

Retrait de la loi El Khomri

 

Nous ne voulons pas seulement un « report »

Nous voulons un « retrait »

 

Cette loi El Khomri casse un siècle de code du travail

Elle est réactionnaire à 100 %

Elle est néfaste contre tous les salariés et néfaste pour l’emploi, elle n’a été réclamée par personne, ni par les salariés, ni par leurs syndicats, ni par la gauche, ni par le Parti socialiste. Seule la droite et le Medef s’en satisfont.

 

Tout est dans l’article 1 : ne serait-ce qu’à cause de ce seul article, tout le projet de loi El Khomri doit être retiré. C’est la remise en cause historique, théorique, juridique fondamentale d’un siècle entier de code du travail. Depuis la catastrophe de Courrières de 1906 dans le Pas-de-Calais, il a été décidé de créer le Ministère du travail pour qu’il échappe aux exigences du Ministère de l’économie.

Le choix fondamental a été, depuis un siècle, d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail.

On fait respecter les droits de l’homme et de la femme par les entreprises.

Aussi lorsque le Président Hollande veut « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », c’est une contre-révolution conceptuelle. Il sacrifie les droits de l’homme au travail aux exigences des profits et dividendes.

 

Ca n’a rien de « moderne » et rien à voir avec la « crise » : c’est le retour au 19° siècle, bien avant 1906, aux débuts du salariat quand il n’y avait ni lois ni cotisations sociales. Ca n’a rien à voir non plus avec l’emploi : François Hollande l’avoue le 21 février 2016 : cette loi «  n’aura pas d’effets en termes d’emploi avant plusieurs mois. Mais il s’agit d’installer un nouveau modèle social »

Nous n’en voulons pas !

Nous ne voulons pas du libéralisme fauteur de chômage d’inégalités et de misère

 

Entretien avec Daniel Mermet : Gérard FILOCHE [VIDÉO 13’22] L’ignominieuse loi El Khomri (samedi 27 février 2016)

Le samedi 27 février 2016

Grève générale ! C’est le mot d’ordre souhaité – a l’initative des syndicats unis –  par Gérard FILOCHE pour lutter contre le projet de « Loi-Travail », porté par la ministre Myriam EL KHOMRI. Une loi Macron 2 en fait, qui va balayer cent ans d’Histoire du droit du travail, cent ans de luttes pour construire une protection et des droits  des salariés.

Car désormais, si cette loi est adoptée, les libertés et droits fondamentaux de la personne seront soumis aux « nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise ». Soit une contre-révolution juridique, théorique, pratique, contre laquelle le mouvement social se mobilise.

entretien : Daniel MERMET
réalisation : Jeanne LORRAIN & Jonathan DUONG
son : Jérôme CHELIUS

Vous pouvez également écouter ou télécharger le son de la vidéo uniquement :

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13:22
L’ignominieuse loi El Khomri
Télécharger le MP3Écouter dans une nouvelle fenêtre
Le lien la-bas si j’y suis, pour soit écouter ou avoir la vidéo de l’interview de Gérard FILOCHE par Daniel MERMET:

Lien :

https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/9-mars-greve-generale-contre-la-loi-travail

Pour ceux qui cherchent comment voir cette vidéo :

https://vimeo.com/156899818

 

1 470 000 vues de l’émission de lundi 22 février sur RMC avec JJ Bourdin

Jean-Pierre Coté a ajouté une nouvelle vidéo.

https://www.facebook.com/jeanpierre.cote.9/videos/941190582596772/

En moins de 10′, Gérard Filoche vous explique pourquoi le projet de loi sur la réforme du code du travail est un projet scélérat qu’il faut refuser en bloc

 

 

 

Le journal « Le Point » n’est pas notre tasse de thé, nous ne le publions jamais mais ..

mais là,  il publie un article sur F Hollande quand celui ci défendait avec nous, à nos cotes, le code du travail,

ce discours est inouï, à relire, il soulève le coeur, il n’est pas le seul, il y a en a des dizaines, des centaines, des videos aussi, et nous les connaissons, nous nous en souvenons, c’est pourquoi sont encore plus intolérables les mensonges du même Francois Hollande aujourd’hui quand il prétend que son texte sera « équilibré » conte le code du travail…. . Mensonges, théoriques, mensonges politiques, mensonges pratiques, mensonges injustifiables, trahison de tous nos combats, de toutes nos idées, sur le sujet le plus sensible de tous, les droits intimes, vitaux, essentiels, directs, quotidiens de 18 millions de salariés…

 

c’est une pratique intolérable de politicien manipulateur, sans foi ni vergogne, alors que rien ne justifie, n’explique ce changement, ni l’actualité, ni la « crise », ni le raisonnement, ni l’étude, ni l’enseignement, ça n’a rien à voir avec le chômage, Hollande le reconnait lui même le 21 février 2016  : « cela ne fera pas d’emploi d’ici plusieurs mois, il s’agit d’installer un nouveau modèle social »,  un autre modèle social que celui pour lequel il a été élu, que celui pour lequel nous avons combattu ensemble, que celui dont nous avons discuté des nuits entières –  quand FH était pour les 35 h, pour le controle des licenciements…)

Et c’est pareil dans 10 domaines, le travail le dimanche, la défense de ceux de Goodyear, les salaires, la finance, l’Europe, On n’en revient plus apres l’avoir appuyé pour qu’il ait le rapport de force pour qu’il tienne ses promesses, avoir tout fait avec des millions de gens, pour infléchir à gauche….  de tant de reniements entêtés,  on a cru on a voulu, on a agi pour faire que, tôt ou tard, Hollande corrigerait, atténuerait, modifierait, il n’en est rien. Rien. Pire:  voila  c’est la casse d’un siècle de droit du travail. Un siècle ! plus que la droite n’avait osé faire !

Au lendemain du 5° désastre électoral où il nous a entrainé (municipales, européennes, sénatoriales, départementales, régionales… ) il n’avait même pas parlé aux français, rien changé,  tout cela pour garder un Valls-Macron en faillite, faire un remaniement médiocre, maintenu la déchéance de nationalité, imposé un budget catastrophe….

Hollande non seulement n’est pas le bon candidat de la gauche, ni « naturel » ni efficace, ni utile, mais il est le candidat maudit dorénavant, il ne faut pas que ce ne soit pas lui sinon on perd,

sinon il nous entraînera dans le gouffre, qu’il se présente aux primaires, il sera battu, qu’il se prennent hors de primaires, il sera battu, le mieux serait qu’il rende au moins un ultime un service à la gauche, qu’il jette le gant des maintenant, pour que cela nous laisse la possibilité de reconstruire avec une plateforme commune, des primaires communes un candidat unique nouveau…

 

Code du travail : quand Hollande en 2006 dénonçait le Hollande de 2016

Chef de l’opposition dans l’hémicycle, il n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le démantèlement du modèle social imposé par la droite. Cruel.

PAR 

Publié le 25/02/2016 à 11:08 - Modifié le 25/02/2016 à 13:10 | Le Point.fr
Le 21 février 2006, François Hollande tonnait à l'Assemblée nationale contre la politique du gouvernement : "Tirer prétexte de la précarité de quelques-uns pour la généraliser à tous est insupportable !" s'exclamait le Premier secretaire du PS.

Le 21 février 2006, François Hollande tonnait à l’Assemblée nationale contre la politique du gouvernement : « Tirer prétexte de la précarité de quelques-uns pour la généraliser à tous est insupportable ! » s’exclamait le Premier secretaire du PS. © AFP/ DAMIEN MEYER

Pour comprendre l’émoi qui traverse la gauche, il faut raisonner par analogie et imaginer un gouvernement de droite qui constitutionnaliserait le droit de vote des étrangers aux élections locales, augmenterait le Smic de 10 %, appliquerait en France une taxe sur les transactions financières, accueillerait 100 000 réfugiés syriens, déciderait d’un objectif de 95 % d’une classe d’âge au bac en triplant le nombre de professeurs dans le 93 et dans la Creuse, doublerait les droits de succession et rembourserait 80 % des soins dentaires… Eh bien la droite serait dans un drôle d’état ! On imagine sans peine quelle tribune amère Éric Ciotti et François Fillon publieraient dans Le Figaro, appelant le gouvernement à renouer avec ses valeurs, la liberté et la responsabilité. Valérie Pécresse posterait sur Twitter un selfie où elle déchirerait sa carte des Républicains. Jean-Pierre Raffarin appellerait à des états généraux de la droite et du centre.

Transgressif

Quand François Hollande s’attaque à l’assouplissement du Code du travail, il bouleverse les fondamentaux de la gauche. Pour chacune des mesures transgressives du projet de loi El Khomri, on imagine sans peine trouver dans les archives du PS un communiqué de la Rue de Solférino entre 2007 et 2012. Mais, en fait, non. Il n’existe aucun communiqué signé de Martine Aubry qui dénoncerait les « noirs dessins de la droite » contre la fin des 35 heures, la semaine de 60 heures, la fin du repos durant les temps d’astreinte, le plafonnement des indemnités aux prud’hommes… Pour la bonne raison que la droite n’a jamais osé aller jusque-là !

Hollande à Villepin : « Vous avez fait le pari de la précarité »

En revanche, quand on se penche dans les archives de l’Assemblée nationale, ce sont les mots prononcés dans l’hémicycle le 21 février 2006 par François Hollande qui sonnent étrangement dix ans plus tard, quasiment jour pour jour. À l’époque, Dominique de Villepin défendait le CPE de manière à favoriser l’embauche des jeunes. Face au 49-3, François Hollande avait défendu une motion de censure. Relisons Hollande dans le texte : « Ce que je veux, c’est que nous engagions, les uns et les autres, un vrai débat politique sur nos conceptions de l’avenir du modèle social français, qui nous opposent légitimement. Vous avez fait le pari d’une société de précarité, au nom de ce que vous croyez être l’efficacité, comme si l’incertitude et l’instabilité pouvaient être le gage d’une prospérité, même éphémère. Nous, la gauche, faisons le choix inverse : ce sont les sécurités professionnelles et sociales qui permettent les transitions et garantissent une croissance durable. »

La faute aux acquis sociaux

Le député Hollande dressait alors un bilan noirâtre de la situation économique : une croissance qui « expire » à 1,4 % en 2005, une dette d’un « niveau historique » (68 % à l’époque)… « Vous proclamiez votre volonté de redresser le pouvoir d’achat : il s’est effondré sous le poids de l’aggravation de la pression fiscale et sociale que vous avez infligée aux Français », osait dire Hollande à Villepin. Quand on connaît la suite…

« Mais plutôt que d’assumer la responsabilité de vos décisions depuis quatre ans, monsieur le Premier ministre, vous préférez mettre en accusation notre modèle social : ce ne serait pas votre politique, par ses errements, qui serait en échec, mais la France, par ses acquis sociaux, qui serait en panne, poursuivait le futur président de la République. Tel est le tour de passe-passe qui vous disculpe : rien ne serait de votre faute, tout viendrait des Français eux-mêmes… trop protégés par trop de garanties, immobiles, enfermés qu’ils seraient derrière des verrous qu’il faudrait faire sauter à tout prix ! Et le premier d’entre eux s’appelle tout simplement le code du travail. (…) »

« Obstination idéologique »

Mais le chef de l’opposition d’alors ne s’arrêtait pas là. Le temps de reprendre son souffle thermidorien, il entrait dans le détail : « Il ne vous a pas suffi en quatre ans, et avant vous à Jean-Pierre Raffarin et au gouvernement précédent, d’augmenter le contingent des heures supplémentaires, d’alléger leur coût, de supprimer un jour férié, de faciliter le recours à l’intérim, d’assouplir les règles du licenciement, de modifier les fondements de la négociation collective, de supprimer les emplois-jeunes. La dernière étape est pour bientôt, puisque vous nous préparez un nouveau contrat pour tous les salariés, au nom, sans doute, du principe d’égalité de tous devant la précarité. Aujourd’hui, ce sont les jeunes de moins de 26 ans qui risquent de faire les frais de votre obstination idéologique (…) Tirer prétexte de la précarité de quelques-uns – encore trop nombreux – pour la généraliser à tous, est insupportable. » Une salve qui lui vaut les applaudissements des bancs socialistes.  »Laisser penser qu’il faudrait démanteler le CDI au prétexte que certains n’y accéderaient pas est inacceptable ! » lançait-il enfin.

Un déficit démocratique

Qui croire ? Le Hollande 2006 ou le Hollande 2016 ? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais cela ne se fait jamais sans dégât. Le candidat de la gauche n’avait pas, en 2012, le mandat démocratique de toucher au code du travail. Martine Aubry le lui rappelle et vise plus particulièrement à faire sauter Manuel Valls, son meilleur ennemi. Le déficit démocratique de la politique de Hollande se paiera très cher en 2017. C’est à la droite de mener des réformes de droite après un scrutin démocratique avec un mandat clair des citoyens français. Ça s’appelle la démocratie. Et le couperet approche à grands pas.

 

 

 

 

 

Souscription livre Gerard Filoche et Richard Abauzit

Le chômage et sa courbe (1)

 

Par Jean-Jacques Chavigné

Nous publions la première partie d’un article de notre camarade Jean-Jacques Chavigné dans lequel il revient sur la définition et la mesure du chômage. La deuxi-ème partie sera dans la lettre électronique de D&S de la semaine prochaine.

Inverser la courbe du chômage est, depuis son élection, l’objectif que François Hollande affirme s’être fixé. Il avait déclaré un peu rapidement, fin 2012, que cet objectif serait atteint fin 2013. L’actuel président de la République a lié, à plusieurs reprises, sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 à l’inversion de cette courbe. Il vient de le réaffirmer en déclarant : «  J’ai été candidat pour que nous créions les conditions pour qu’il y ait une baisse du chômage, et il doit y avoir une baisse du chômage. Et s’il n’y a pas de baisse du chômage, vous savez quelles conclusions j’en tirerai« 1

  1. Que signifient les  termes  « baisse du chômage » pour François Hollande ?
  • Son objectif est-il que le nombre de demandeurs d’emploi soit moins important à la fin de son quinquennat qu’au début ?

Ce serait un objectif digne du candidat dont le seul adversaire était « le monde de la finance » et qui affirmait dans ses « 60 engagements » : « Je veux combattre le chômage qui frappe particulièrement les jeunes et les seniors ».

Mais si l’objectif de François Hollande est bien qu’il y ait moins de chômeurs en mai 2017 qu’en mai 2012, le moins que l’on puisse dire est que c’est très mal parti. Même en se limitant aux demandeurs d’emplois de la catégorie A de Pôle emploi (les demandeurs d’emploi sans aucun travail, même très précaire ou en pointillés), le compte n’y serait vraiment pas. Cette catégorie comptabilisait 2,9 millions de demandeurs en juin 2012, elle en compte aujourd’hui 3,6 millions, soit 700 000 de plus.

  • Suffit-il d’inverser une courbe, un outil statistique, qui se limite à une seule catégorie de demandeurs d’emplois, ceux de la catégorie A ?

L’objectif serait alors atteint si le nombre de demandeurs d’emploi de cette catégorie diminuait de plusieurs dizaines de milliers pendant plusieurs mois d’affilée. C’est vraisemblablement l’objectif de François Hollande. Mais l’atteinte de cet objectif n’allégerait en rien le poids du chômage dans notre pays, car la réalité du chômage de masse est loin de se cantonner aux demandeurs d’emplois de la catégorie A.

  1. Le nombre de demandeurs d’emplois de la catégorie A, limité à la France métropolitaine, est devenu le chiffre quasi officiel du chômage
  • Cet indicateur, repris à l’unisson par la plupart des grands médias, est pourtant une tromperie

D’abord, les chômeurs des régions d’Outre-mer sont rayés de la carte. Ensuite, la catégorie A, créée en 1995, n’a aujourd’hui aucun sens en tant qu’indicateur du chômage. Cette catégorie se contente de comptabiliser les demandeurs d’emplois qui n’ont aucun travail. Cela aurait pu avoir un sens lorsque le CDI à plein temps était la norme à l’embauche. On avait un travail en CDI à plein temps, ou on n’en avait pas. Mais, en 2015, selon l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale, 87 % des embauches étaient en CDD, et 80 % de ceux-ci étaient d’une durée inférieure à 1 mois.

Il se développe, autour du noyau des salariés travaillant à plein temps et en CDI, une myriade de travailleurs précaires, de travailleurs pauvres, à la recherche d’un emploi stable, à temps plein. La catégorie A n’est que la pointe émergée de l’iceberg du chômage.

  • La mesure du chômage au sens du BIT, reprise par l’INSEE, est aussi éloignée de la réalité que celle de la catégorie A

Pour le Bureau international du travail, une personne qui a travaillé au moins 1 heure au cours d’une semaine de référence, à la recherche d’en emploi, n’est pas considérée comme demandeur d’emploi. Une définition à la fois très extensive de l’emploi et très restrictive du chômage !

C’est pourtant, avec un taux de chômage, calculé à partir d’une définition aussi irréaliste, que le Royaume-Uni et ses « contrats zéro heure » ou l’Allemagne avec ses « mini-jobs » à moins de 400 euros par mois nous sont constamment donnés en exemple. Grâce à une multiplication inouïe des salariés pauvres, travaillant en pointillés ou à temps très partiel, le taux de chômage (au sens du BIT) de ces deux pays est légèrement supérieur à 5,3 % de la population active alors que ce taux atteint 10,6 % en France.

  • Les catégories A, B, C, D et E de Pôle emploi

Les résultats chiffrés de Pôle emploi sont publiés pour chaque catégorie (A, B, C, D et E), chaque mois, par la Dares, le service statistique du ministère du Travail.

Selon la classification de Pôle emploi, un demandeur d’emploi qui a travaillé moins de 78 heures (cela peut être 1 heure, 10 heures ou 77 heures…) au cours du moins précédent n’est pas considéré comme demandeur d’emploi de la catégorie A, mais de la catégorie B. Un demandeur d’emploi de la catégorie A ne doit pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une seule heure, le mois précédent.

La catégorie C intègre les demandeurs d’emploi ayant une activité de plus de 78 heures par mois. Une personne qui travaille 80 heures par mois mais qui voudrait travailler à plein temps (une caissière de supermarché par exemple) n’est donc pas considérée comme demandeur d’emploi de la catégorie A.

La catégorie D comptabilise les demandeurs d’emplois en stage, en maladie ou en formation.

La catégorie E prend en compte les demandeurs d’emploi en contrats aidés.

Au total, selon les chiffres de Pôle emploi, toutes catégories confondues et en prenant en compte les régions d’Outre-mer, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 1,7 million depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, pour atteindre 6,5 millions !

  • L’ampleur du chômage réel

Il faudrait aller au-delà de toutes les catégories de Pôle emploi pour prendre en compte la véritable ampleur du chômage de masse.

Des centaines de milliers de chômeurs ne s’inscrivent plus à Pôle emploi et ne se déclarent plus comme demandeurs d’emploi lors des différentes enquêtes. Pourquoi le feraient-ils ? Après des années de recherches infructueuses, d’humiliations répétées, ils ont perdu tout espoir de retrouver un travail, en particulier lorsqu’ils ont plus de 50 ans. Ils vont, parfois, rejoindre les rangs des 1,3 million des bénéficiaires du RSA, mais parfois seulement, car à peu près la moitié des personnes qui ont droit au RSA n’en font pas la demande.

Il ne faudrait pas, non plus, oublier les 1,7 million de salariés qui subissent un chômage technique ou partiel.

L’inversion de la courbe du nombre de chômeurs de la catégorie A, si elle avait lieu, serait donc très loin de signifier un recul du chômage de masse. Elle ne changerait rien à la situation de millions de sans-travail, de précaires, d’intérimaires, de ceux et (surtout) celles à qui est imposé un travail à temps partiel qui ne seraient pourtant pas comptabilisés dans cette catégorie A, instrumentalisée comme miroir aux alouettes.