écrire à tous les députés et sénateurs pour que la réforme de l’inspection du travail soit retirée du projet de loi sur la formation.

 

Analyse et réflexion Travail – Syndicalisme

Inspection du travail : « La réforme est dangereuse »

Publié le 10 février 2014 | Mise à jour le 11 février

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Le 3 février, à l’appel de plusieurs organisations syndicales, les agents de l’inspection du travail étaient en grève contre la réforme Sapin, qui devrait entraîner une baisse du nombre d’agents de contrôle et fait peser un risque sur leur indépendance. Quelques jours avant la grève, on a rencontré Marcel Poletti et Carole Deveau, inspecteurs du travail en région Centre.


Vous pouvez nous rappeler quel est le rôle de l’inspection du travail ?

M.P. : Sa principale mission est de contrôler l’application des lois, règlements, dispositions conventionnelles, etc. relatives au travail au sein des entreprises. Elle a aussi des missions annexes de « veille sociale » : on doit faire remonter à l’administration centrale les difficultés que l’on constate dans l’application des lois, proposer des améliorations, etc. Cependant, l’administration centrale ne tient aucun compte des propositions que nous pouvons être amenés à faire pour améliorer l’application de la législation.

On peut aussi être amenés à intervenir dans les conflits collectifs, essentiellement pour faire en sorte que la discussion puisse avoir lieu et permettre des avancées.

L’inspection du travail est organisé en sections teritoriales. Les agents de contrôle (inspecteurs et contrôleurs) se voient affecter un territoire sur lequel ils exercent leurs activités. En principe, les sections comprennent un inspecteur du travail, qui est chef de service, deux contrôleurs du travail, qui s’occupent chacun d’une partie du territoire de la section, et des agents de secrétariat. Cette cellule de base de l’inspection du travail est aujourd’hui remise en cause par le projet Sapin, qui est présenté à l’Assemblée nationale.

C.D. : Notre principale préoccupation, c’est la perte d’indépendance des agents de contrôle. Notre activité sera surveillée par une hiérarchie qui sera beaucoup plus présente. Le projet de loi prévoit la création d’une nouvelle strate hiérarchique, occupée par des personnes choisies parmi les agents de contrôle. Cela entraînera une réduction du nombre d’agents de contrôle, et les agents de contrôle auront désormais un supérieur hiérarchique direct qui orientera leur action.


J’ai cru comprendre que la réforme entraînerait une baisse des effectifs de secrétariat et la disparition du poste de contrôleur.

M.P. : La baisse des effectifs de secrétariat est indépendante de la réforme Sapin : dans toute la fonction publique, le nombre d’agents de catégorie C est en diminution. Il n’y quasiment pas de concours ouverts, et ceux qui partent en retraite ne sont jamais remplacés. Cela a une répercussion sur la charge de travail des agents de contrôle, mais il s’agit d’un élément de contexte, pas d’une conséquence de la réforme.

C.D. : La suppression des secrétariats est une façon d’éloigner les agents de contrôle des entreprises, puisqu’ils doivent désormais réaliser des tâches administratives qui ne relèvent ni de leurs compétences, ni de leurs missions.

Je veux revenir sur la question de l’indépendance. Dans le monde entier, les systèmes d’inspection du travail sont protégés par un principe d’indépendance établi dans la convention 81 de l’Organisation Internationale de Travail. Ce principe doit permettre aux inspecteurs de travail de réaliser leurs missions sans subir des pressions du pouvoir économique et politique. La réforme est dangereuse, parce qu’elle remet en cause notre indépendance.

M.P. : Aujourd’hui, ceux qui ont autorité sur la section d’inspection, ce sont les inspecteurs du travail, qui sont essentiellement recrutés par concours. La réforme Sapin prévoit la substitution de l’autorité de l’inspecteur du travail par celle exercée par une nouvelle strate hiérarchique composée d’agents qui seront choisis par l’administration centrale ou régionale. Ce choix ne procédera d’une prise en compte de critères liés à la compétence, et il y a donc un problème de garantie de l’indépendance. Il est clair que certains ne seront pas choisis, quelles que soient leurs compétences.

J’estime que ma mission consiste surtout à répondre à la demande sociale. Il ne s’agit pas nécessairement de décliner des politiques nationales, décidées en fonction de l’actualité. Par exemple, aucun des appels que j’ai reçus aujourd’hui ne concernait une problématique nationale : c’était des problèmes de représentants du personnel qui m’ont soumis des projets, demandé des conseils ou des interventions, etc. Cela ne correspond en rien à ce que nous demande l’administration centrale dans le cadre du plan « Santé au travail ». Je n’exclus pas pour autant les problématiques abordées par ce plan, mais l’autonomie et l’indépendance dont je dispose aujourd’hui me permettent de répondre d’abord à la demande sociale. Ce sera beaucoup plus difficile si le projet de réforme est mis en œuvre.


Le projet de réforme renforce aussi la culture du résultat : il s’agira de réaliser tant de contrôles, de cocher tant de cases… Sans tenir compte du fait qu’il faut plus de temps pour contrôler la durée du travail dans une entreprise que pour contrôler la présence de l’affichage obligatoire.

M.P. : La même question s’est posée dans la police, où des organisations syndicales ont dénoncé une course aux chiffres complètement déconnectée des réalités et qui n’a aucun sens. L’exigence de notre hiérarchie est la même : chacun d’entre nous devrait réaliser 200 interventions par an. Mais ce chiffre n’a aucun sens : le contrôle du respect de l’affichage obligatoire et les problématiques d’heures supplémentaires, de travail dissimulé ou de souffrance au travail ne demandent pas le même temps, alors même qu’ils comptent chacun pour une intervention. La création d’une nouvelle strate hiérarchique sera un élément de contrôle supplémentaire dans cette course au chiffre. D’autant que les primes représentent 25 % de la rémunération des inspecteurs du travail.

Dans le projet de réforme pour le Loir-et-Cher, on a vu apparaître des objectifs comme « deux contrôles par mois et par agent sur la durée du travail dans les transports ». C’est aussi précis que ça ! Et c’est complètement illusoire, sauf si l’on contrôle uniquement la durée du travail d’un chauffeur sur une journée. Cela permettra de cocher une case, mais cela ne correspondra pas à un réel contrôle permettant de relever toutes les infractions. C’est une pure escroquerie intellectuelle. Alors qu’on intervient dans les entreprises à propos des risques psychosociaux et de la perte de sens, on nous fait subir cette même perte de sens.

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Le 30 janvier 2014 à Orléans, des agents de l’inspection du travail et des syndicalistes CGT, SUD et FO ont investi la salle de réunion où se tenait le Comité Technique Régional pour interpeller le directeur régional à propos des conséquences de la réforme.

François Hollande avait annoncé une augmentation des effectifs de l’inspection du travail pendant sa campagne présidentielle. Or, on se dirige vers une diminution des effectifs, alors même que le nombre d’inspecteurs est très faible au regard du nombre d’entreprises au sein desquelles ils doivent exercer leur contrôle.

M.P. : Lorsqu’on n’y regarde pas de trop près on peut penser que la promesse d’augmenter les effectifs d’inspecteurs du travail va être tenue, puisque le projet Sapin prévoit de transformer les postes de contrôleurs du travail en postes d’inspecteurs du travail. Mathématiquement, on constatera donc une augmentation du nombre d’inspecteurs. Mais, là encore cela relève de l’escroquerie intellectuelle car globalement, le nombre d’agents de contrôle (contrôleurs du travail et inspecteurs du travail) va baisser. Principalement parce que la nouvelle hiérarchie mise en place sera prise sur les effectifs d’agents de contrôle.

C.D. : Les effectifs vont également baisser en raison du non remplacement des départs en retraite.

M.P. : Il y a aussi la création d’un groupe national de contrôle dédié au travail illégal, dont les effectifs seront ponctionnés parmi les agents de contrôle sur le terrain. Pour prendre un exemple concret, à Châteauroux, il y a actuellement 11 agents de contrôle : après la réforme, il n’y en aura plus que 8 !

C.D. : C’est énorme. La charge de travail sera répartie sur les autres agents restants, alors que les effectifs étaient déjà insuffisants. La situation sera difficilement tenable pour les agents, et les salariés des entreprises du département n’obtiendront pas les réponses qu’ils attendent. Nous avons récemment rappelé au directeur régional que deux suicides d’inspecteurs du travail (reconnus en accidents de service) avaient eu lieu en 2011 et 2012, et que ces suicides étaient liés aux conditions de travail.

M.P. : Aujourd’hui, on constate chez certains inspecteurs et contrôleurs un désespoir profond. J’entends certains dire : « On n’a plus rien à faire dans ce ministère. On va se barrer. Soit on se barre ailleurs, soit on se barre les pieds devant ». La perte d’autonomie entraînera une perte de sens. On devra se bagarrer en permanence, car on sera confrontés d’une part aux employeurs dans les entreprises, et d’autre part à notre hiérarchie.

Les contrôleurs du travail seront également mis en difficulté. Le projet prévoit de transformer tous les postes de contrôleur du travail en section en poste d’inspecteurs du travail. Or, tous les contrôleurs ne veulent pas devenir inspecteurs : ce n’est pas le même travail. Et puis, ce n’est pas les mêmes compétences. Les contrôleurs qui refuseront de devenir inspecteurs ou qui ne le pourront pas devront donc quitter l’inspection du travail.

C.D. : La réforme fabrique une incompétence de l’inspection du travail. On va envoyer sur le terrain des agents qui sont moins formés et ne sont pas à même d’affronter les équipes de DRH et de juristes qu’alignent les entreprises du CAC40 et les groupes internationaux. Un agent qui n’est pas formé pour ça ne pourra pas se sentir bien. On risque d’assister à des dérapages. Les contrôles ne sont pas toujours faciles. Et les positions que prend le ministère vis-à-vis des employeurs peuvent encore nous fragiliser.

M.P. : On est souvent mis en cause par les employeurs, notamment sur la question de notre impartialité. Derrière, il faut que la hiérarchie suive. Il est hors de question de se laisser insulter sans réagir, et on demande à la hiérarchie de nous appuyer. Mais ce n’est pas toujours le cas… loin de là. A Châteauroux, deux collègues inspecteurs du travail ont été violemment mis en cause par une organisation patronale ; malgré le soutien que ces collègues ont reçu de la part de toutes les organisations syndicales de salariés du département, l’affaire s’est terminée par leur mutation « dans l’intérêt du service ».


Il y a aussi le cas de Gérard Filoche…

M.P. : Non seulement il n’avait pas été soutenu par la hiérarchie, mais l’administration centrale a contribué à ce qu’il soit poursuivi devant le tribunal correctionnel pour entrave au fonctionnement d’un comité d’entreprise, accusation dont il a été blanchi par les jugees [1]. Auparavant, il avait déjà été mis en cause parce qu’il s’exprimait trop librement dans les médias ; cela avait donné lieu à la publication d’une circulaire surnommée « ferme ta gueule », en partie contestée en justice. Cela révèle l’ambiance délétère qui règne dans les services.

En région Centre, on connait des cas dans lesquels le directeur régional de la DIRRECTE [2] est manifestement intervenu pour freiner l’action de l’inspection du travail : ça a été le cas à Châteauroux ou à Bourges.

C.D. : Quand on signale des non-conformités de machines à l’origine d’accidents graves voire mortels, on ne sait pas ce que deviennent ces signalements. Quand on interroge le ministère sur l’interprétation d’un texte, on n’a jamais de réponse.


Pour illustrer les vertus du projet de réforme, le gouvernement met en avant le fait que les DIRECCTE pourront désormais prononcer des amendes administratives.

M.P. : Le projet prévoit effectivement un renforcement du volet « sanctions ». Tout n’est pas négatif, même s’il faudra voir quel sera le contenu des décrets d’application de la loi. Cependant, les amendes administratives et les possibilités de transactions pénales seront quasiment laissées à la discrétion du directeur de la DIRECCTE. Or, le directeur est nommé – ou limogé – par le pouvoir politique, sans que celui-ci ait besoin de se justifier. Et puis, la fonction première du directeur est l’aide aux entreprises : dans l’acronyme DIRECCTE, les entreprises passent avant le travail et l’emploi. On assistera donc à une forme de schizophrénie : le directeur sera à la fois celui qui devra sanctionner et aider les entreprises. Cela pose vraiment un problème d’indépendance.

Pour nous, la sanction doit être prononcée par une autorité indépendante, qu’il s’agisse du juge judiciaire ou d’un agent de l’inspection du travail présentant des garanties d’indépendance équivalentes. C’est fondamental. Et puis, le détournement de la procédure judiciaire au profit de la procédure administrative pose problème. Dans le deuxième cas, les conditions de sanction sont quand même beaucoup plus sympathiques. L’employeur qui passe devant un juge, entre celui qui a bu un coup de trop et le petit délinquant à la sauvette, ça avait une fonction d’exemplarité qui va disparaître.

C.D. : En plus, la procédure judiciaire est publique, ce qui n’est pas le cas de la procédure administrative.

M.P. : On nous dit souvent que la justice pénale ne répond pas de façon satisfaisante aux procédures de l’inspection du travail, parce que beaucoup de procédures sont classées sans suite. Mais c’est comme si l’on proposait de supprimer les feux de signalisation parce que beaucoup d’automobilistes grillent les feux rouges. Il y a une défaillance, mais plutôt que de la régler, on profite de la défaillance pour orienter autrement les suites que l’on donne aux constats d’infractions établis par l’inspection du travail.


Au-delà de la grève prévue le 3 février, quelles sont les prochaines étapes ?

M.P. : On demande que le projet de réforme de l’inspection du travail soit sorti du projet de loi sur la formation professionnelle. Cela permettrait d’entamer un débat sur le fond du projet. La réforme est tellement importante qu’elle ne peut être noyée dans un projet de loi global : 18 millions de salariés sont concernés. D’autant que le projet va être examiné en urgence par l’Assemblée nationale, avec des débats très resserrés.

C.D. : Nous incitons les gens à écrire à tous les députés et sénateurs pour que la réforme de l’inspection du travail soit retirée du projet de loi sur la formation.

Le 3 février, environ 10 % des agents du ministère du Travail étaient en grève dans toute la France.

 


 

Documents joints

Documents joints

Notes

[1] Pour plus de détails sur cette affaire, lire http://www.filoche.net/2012/07/10/victoire-par-ko-contre-guinot-et-combrexelle-14-a-0/

[2] Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi

 

Non à la politique de l’offre ! Non à la baisse du « coût du travail » – Un appel de 27 membres du BN du Parti socialiste (sur 72 = 35 %)

 

A D&S nous avons vivement milité pour qu’il y ait une réaction du maximum de socialistes lorsque la théorie de la « politique de l’offre » et de la « baisse du cout du travail » est apparue encore plus nettement dans le discours présidentiel, début janvier 2014. Nous en avions assez de donner des milliards sans contrepartie aux actionnaires et de les retirer des petits salaires et des petites retraites.

Nous avons travaillé dés le début avec les camarades de la motion 4 qui le souhaitaient, avec les autres composantes de la motion 3 et avec des camarades comme Pouria Amirshahi qui se dégageait de la motion 1 pour protester. Un moment il fut possible d’avoir un texte court et radical avec le camarade Amirshahi, et derrière lui, environ 8 députés pouvaient s’y retrouver.

Voyant cela, d’autres camarades d’ex UMA (« Un Monde d’Avance » cette partie de la gauche socialiste qui s’était, hélas, ralliée à la majorité au dernier congrès de Toulouse), sont revenus à leur tour.

Au fur et à mesure, le texte a été obligé d’opérer un certain nombre de compromis, mais à la fin quasiment tout ce groupe dit « UMA » de la motion 1 a rompu avec la majorité dont il était membre. C’était une avancée.

Toute une partie de la motion 4, après le décès de Stéphane Hessel et le départ de Pierre Larrouturou, autour de Frédéric Lutaud, et Marie Bidaud, a souhaité aussi débattre puis participer, le nombre de membres du BN signataires a atteint 27 sur 72 ce qui est un chiffre sans précédent.

Si 35 % de la direction du parti signe, cela, on peut penser que, à la base, c’est bien plus que la majorité des adhérents tellement le mécontentement est grand.

Excusez nous de nous auto féliciter, mais c’est un bon travail, un grand encouragement, reste à transformer l’essai dans d’autres initiatives et nous souhaitons un rassemblement physique, militant, (autour d’un colloque, autour d’autres initiatives, autour d’un rassemblement en fin juin) pas seulement sur texte.

Les socialistes de la gauche du parti viennent de faire un grand signe, un grand pas : c’est une bonne nouvelle pour toute la gauche. Unité contre la droite, unité contre le Medef, unité pour la redistribution des richesses !

Gérard Filoche

 

 

« IL N’Y A PAS QU’UNE SEULE POLITIQUE POSSIBLE »

SIGNATAIRES
27 membres du Bureau National du Parti socialiste (sur 72) :  Pouria Amirshahi, Tania Assouline, Guillaume Balas, Marie Bidaud, Sandrine Charnoz, Pascal Cherki, Laurianne Deniaud, Stéphane Delpeyrat, Antoine Détourné, Julien Dray, Henri Emmanuelli, Anne Ferreira, Gérard Filoche, Olivier Girardin, Jérôme Guedj, Liêm Hoang-­‐Ngoc, Frédéric Hocquard, Régis Juanico, Marie Noelle Lienemann, Marianne Louis, Fréderic Lutaud, Delphine Mayrargue, Emmanuel Maurel, Jonathan Munoz, Nadia Pellefigue, Paul Quiles Roberto Romero, Jean-­‐François Thomas, Isabelle Thomas

 

texte de l’appel :

La période est instable. De l’extrême droite qui se rassemble derrière des slogans racistes et antisémites à la droite radicalisée qui remet en cause la légitimité du Président de la République à gouverner, un front des conservatismes se constitue. Cette situation appelle une réaction forte. Une réaction essentielle pour reprendre la main, faire reculer le chômage et engager pleinement la transition écologique. Et ne pas donner l’impression que, malgré l’arrivée de la gauche au pouvoir, les droites et leurs « valeurs » sont en dynamique.

De toutes nos forces nous voulons que la gauche réussisse. Dix ans de politique de droite ont profondément abimé notre pays. La crise a dévasté nombre de territoires, plongé des millions de familles dans l’angoisse de la précarité ou du chômage.

A l’occasion de la campagne présidentielle, François Hollande a, à juste titre, pointé la responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés que traversent notre pays et notre continent. Il avait porté haut et fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Pour sortir le pays du chômage de masse, il avait proposé une feuille de route qui n’oppose pas la production à la redistribution, l’offre à la demande, l’efficacité économique à la justice sociale.

Cette feuille de route, c’est toujours la nôtre.

1

Cinq ans après la chute de Lehman Brothers, l’Union européenne subit toujours la crise et ses conséquences. Trois pays se trouvent encore sous assistance financière, le chômage atteint 12% dans la zone euro et la croissance est en berne.

C’est pourquoi nous continuons de penser qu’il est nécessaire de faire vivre la promesse de réorientation de la politique Européenne. Plus que jamais, la France doit créer les conditions d’un rapport de force favorable aux politiques de sortie de crise. La situation impose de nous dégager de la logique trop restrictive liée aux normes budgétaires et monétaires européennes.

La réduction des déficits préconisée par la Commission européenne a provoqué des coupes sombres dans des dépenses publiques et sociales essentielles. Surtout, ces «efforts» imposés aux populations n’ont pas permis de réduction de la dette publique. Elle est passée pour l’Union européenne à 27 de 62% du PIB en 2008 à 85% quatre ans plus tard. Loin de réduire la dette, l’austérité contribue à l’augmenter davantage.

Aujourd’hui, les critiques convergent pour remettre en cause des politiques socialement dangereuses et économiquement inefficaces. Les citoyens, mais aussi de grandes institutions comme le FMI, l’OCDE, le BIT, pointent l’urgence d’une relance coordonnée en Europe.

Dans ce contexte, les élections européennes revêtent une importance particulière. Refonte de la politique commerciale, instauration d’une taxe sur les transactions financières, lutte contre les paradis fiscaux, politique monétaire au service de l’économie réelle, harmonisation sociale et fiscale, relance de l’investissement par la transition énergétique notamment, meilleure répartition du travail, smic européen : les socialistes porteront ces exigences en mai prochain.

Mais nous serons d’autant plus crédibles pour le faire si nous avons administré la preuve, en France, qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible.

Or en dépit de la salutaire rupture avec l’ère Sarkozy, l’orientation en matière de politique économique suscite des désaccords et des inquiétudes dans nos rangs.

Nous ne nous reconnaissons pas dans le discours qui tend à faire de la baisse des « charges » et du « coût du travail » la condition d’un retour de la croissance. Il n’y a pas de « charges » mais des cotisations sociales qui sont en réalité du salaire différé.

Et nous sommes inquiets quand nous découvrons que la baisse des cotisations promise aux entreprises s’accompagne d’une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques en trois ans, sans même savoir quels sont ceux qui en supporteront les conséquences. Ce qui risque de rogner sur le modèle social français dont les grands principes ont été établis à la Libération.

La focalisation exclusive sur la baisse du « coût du travail » ne constitue pas une réponse adaptée

Comme l’ensemble de l’Union européenne, la France souffre de la crise. Les libéraux, dont le patronat se fait le porte-­‐parole, associent cette crise à un problème global de compétitivité engendré par une explosion du « coût du travail ». Cette lecture nous semble contestable.

Depuis le début des années 90, des centaines de milliards d’aides, d’exonérations, de subventions ont été distribuées sans aucun effet sur l’emploi et la compétitivité de nos entreprises. Pire, elles ont alimenté la rente au détriment des salaires et de l’investissement. Entre 1999 et 2008, alors que les firmes allemandes ont réduit leur taux de dividendes versées de 10%, leurs homologues françaises l’ont augmenté de près de 50%. Le « coût du capital » n’a jamais été aussi élevé.

2

L’industrie française se délite et les politiques libérales de ces 20 dernières années n’ont fait qu’en précipiter la chute, croyant pouvoir créer une « France sans usine », renonçant à toute politique industrielle ambitieuse. Le renouveau industriel nécessite un renforcement de notre « compétitivité hors-­‐coût » qui ne sera rendue possible que par des aides ciblées et d’une réorientation des bénéfices de la rente vers l’investissement productif.

Or, on ne peut que constater la victoire de la finance sur la production. C’est la conséquence de la concentration de la richesse entre les mains d’un nombre de plus en plus petit. Aujourd’hui, alors que 10 % de la population concentre 60 % du patrimoine, les banques imposent aux entreprises des règles qui donnent la priorité à l’accroissement systématique des marges. Dès lors, il ne faut pas s’étonner du mouvement de concentration du capital (les quatre premières banques françaises ont un bilan équivalent à 400 % du PIB) et de financiarisation de l’économie.

Enfin, ne nous voilons pas la face. La finitude des ressources naturelles, la hausse inéluctable du prix des énergies fossiles dont notre modèle de production et de consommation est dépendant, la stagnation de nos taux de croissance déconnectés du bien-­‐être humain, nous obligent à imaginer un nouveau modèle de développement. De même, l’évolution des gains de productivité rend indispensable de réfléchir à une nouvelle répartition du travail. Mais ce nouveau modèle de développement est par définition antagoniste des logiques libérales, court-­‐termistes, à l’œuvre de nos jours.

Pour nous, la priorité doit donc être la suivante: favoriser l’emploi et l’investissement productif aux dépens de la rente.

Les préconisations avancées jusqu’à présent sont déséquilibrées.

Les socialistes se sont toujours refusés à opposer offre et demande, production et redistribution, bonne gestion des comptes publics et relance de l’économie. Les propositions contenues dans le « pacte de responsabilité » semblent s’écarter de cette position d’équilibre.

1) L’objectif de baisse accélérée des dépenses publiques comporte des risques majeurs.

Le Président de la République s’est engagé à ne pas toucher au modèle social français. Néanmoins, la priorité accordée aux 50 milliards d’euros d’économies en trois ans, nous fait craindre une réduction du périmètre d’intervention de l’Etat, nuisible aux politiques sociales existantes et au fonctionnement des services publics.

2) le redressement n’est pas possible sans la justice

A trop se focaliser sur « l’offre » et la « baisse des charges », le « pacte de responsabilité » risque de comprimer l’activité économique.

Par ailleurs, elle réduit considérablement nos marges de manœuvres pour mener à bien des politiques ambitieuses dans le domaine de l’éducation, du logement ou de la culture. Comment continuer à soutenir l’effort de réinvestissement de l’Etat dans le domaine éducatif mené depuis le 6 mai, si les baisses de crédits y sont massives ? Comment soutenir l’exception culturelle si, pour la troisième année consécutive nous baissons le budget du ministère de la culture. Enfin, comment les collectivités territoriales pourront-­‐elles continuer à être le premier investisseur public de notre pays, si elles doivent réaliser des coupes budgétaires massives ?

3

Notre pays doit partir de ses atouts : qualité de la main d’œuvre, de ses services et infrastructures publics. Agir pour notre compétitivité, c’est penser dès maintenant le monde de demain et notre modèle de développement

C’est donc d’abord agir sur nos capacités productives (montée en gamme, sobriété énergétique de notre appareil productif, investissement dans les énergies renouvelables, utilité sociale) et sur nos infrastructures. Ainsi en 2011, les importations énergétiques pesaient 88% du déficit de notre balance commerciale, entamant d’autant la création d’emplois et les capacités d’investissement de nos entreprises.

L’investissement dans l’éducation, la formation, la recherche, la transition énergétique, sont autant de leviers pour une stratégie de développement durable à moyen et long terme. L’enchainement des crises ces vingt dernières années témoigne d’un système court-­‐termiste à bout de souffle, qui ne répond plus au double impératif d’efficacité économique et de justice sociale. Cette option volontariste d’investissement que nous proposons est un moyen d’en sortir.

Mais cet effort serait vain si, faute de consommation, bon nombre d’entreprises n’avaient pas de carnets de commande remplis, si faute de « planification » les industriels n’avaient aucune vision de l’avenir, et si faute d’anticipation ils n’étaient pas au rendez-­‐vous d’une reprise française et internationale.

Dès lors, nous pensons que, dans la mobilisation générale pour l’emploi décrétée par l’exécutif, la consommation populaire doit prendre toute sa place. Elle passe notamment par une réforme fiscale de grande ampleur, comme l’a d’ailleurs proposé le Premier ministre. Loin de s’opposer, redressement et justice vont de pair.

Obtenir un compromis social favorable au monde du travail

La social-­‐démocratie suppose que le parti majoritaire à gauche soutienne les syndicats de salariés pour arracher un compromis au patronat.

Si le Président a été très clair sur les avantages accordés aux entreprises, les contreparties demandées restent floues. Il faudra plus qu’un « observatoire » pour imposer amélioration des conditions de travail, discussion sur les salaires, partage du travail ou multiplication des embauches. D’autant que le MEDEF, par la voix de son président, refuse de rentrer dans une logique de « donnant-­‐donnant » qui serait pourtant la moindre des choses. En lien avec les déclarations présidentielles, nous insistons sur la double nécessité de ne pas alimenter la rente pour servir l’investissement productif et de faire bénéficier les salariés, par le biais de la rémunération notamment, d’une part de cette aide.

Il n’y aura pas de « compromis social » favorable aux salariés sans mobilisation du parti, des parlementaires, du mouvement social. Salaires, embauches, réduction et partage du temps de travail, droits des salariés, contrôle des licenciements abusifs, modalités de remboursement des aides en cas de non-­‐respect des engagements, politique de redistribution des dividendes : dans tous ces domaines nous devons porter des exigences fortes.

Oui, nous devons les porter, et en toute liberté. Sachons nous désintoxiquer des institutions de la Vème République. Tout ne peut procéder d’un seul homme. Les débats politiques ne se règlent pas en brandissant la menace de mesures disciplinaires ou en mettant les parlementaires au pied du mur.

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Le PS doit jouer pleinement son rôle. Pour la réussite de la gauche au pouvoir, il faut un Parti autonome, force de propositions, relais des aspirations mais aussi des mécontentements. C’est une des conditions de la réussite commune.

Cette réussite passe aussi par l’implication de la gauche dans toute sa diversité. Il n’y a aujourd’hui de salut pour la gauche française que dans la construction de convergences entre les forces politiques et sociales qui la composent. Au moment où une partie de la droite radicalisée fait jonction avec une extrême droite plus menaçante que jamais, le rassemblement de la gauche est une ardente obligation.

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Intervention de Gérard Filoche pour le séminaire du BN du PS du lundi 10 février

Bonjour à tous chers camarades,


Juste trois points, le plus rapidement possible


1°) La défense récente de la politique dite « de l’offre » a de quoi interroger les socialistes.

 

Suffit il d’encourager la production pour que la demande suive ? Les milliards qui sont donnés aux entrepreneurs, ils les placent dans les Iles Caïman et pas dans les investissements. L’économie casino qui a abouti à la crise des « subprimes » domine toujours.


En France les maux ne viennent pas du manque de richesses pour produire mais de l’accaparement des richesses pour ne pas produire.


Le taux d’utilisation des capacités productives n’est que de 70 %. Le patronat est sous la houlette de la finance et des banques. Ces dernières imposent des ratios défavorables à l’emploi, ils sont dictés par la spéculation pas par la production. Cela rapporte plus de licencier que d’embaucher. Ils ferment des entreprises viables pour augmenter leur seul taux de marge. Les patrons ne veulent pas être compétitifs, ils veulent être rentables. Ils ne se plaignent pas de faire des 5,9 millions de chômeurs, ils se plaignent de leur bas taux de marges, autour de 28 % : mais ce sont les taux qui régnaient tout au long des années dites « 30 glorieuses ». Aujourd’hui la course en spirale au profit maximum, ne favorise ni la production, ni l’investissement, ni l’emploi, mais siphonne toutes les richesses produites.


C’est pour cela qu’il y a 210 milliards de dividendes, 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, 80 milliards de fraude fiscale, et que les 500 premières familles de ce pays, en un an ont gagné 59 milliards, passant de 271 milliards en juillet 2012 à 330 milliards en juillet 2013. Et ce n’est pas par leur travail, mais par l’exploitation du travail des autres, du notre. Les 4 grandes banques françaises détiennent 400 % de notre Pib, et BNP Paribas 100 % à elle toute seule. L’argent est là, la France privée est riche comme jamais, 1 % de nos concitoyens possède 25 % du patrimoine, 10 % en possède 60 %, nous sommes le 3° pays au monde en milliardaires, le 7° en millionnaires.


Et tous ces gens là n’ont aucune intention de mettre la main à la poche pour nous aider à inverser la courbe du chômage, ils sont insensibles à la gauche, insensible à leurs victimes. Quand on propose 35 milliards à M. Gattaz, il en réclame 100 et refuse toute « contrepartie » économique et sociale. Tout cela se fait au détriment des 5,9 millions de chômeurs, des 10 millions de pauvres en-deçà de 900 euros par mois des 10 % de la population qui ne possèdent, aux, que 1 % des richesses. Jamais les inégalités n’ont été aussi grandes, et ce n’est pas seulement choquant moralement, c’est néfaste économiquement, c’est même la principale raison de la « crise ». Le président Mario Soares lui même explique que « l’austérité emmène l’Europe à la dictature ».


Alors on ne comprend pas que nous donnions encore plus d’argent public à ce puits sans fond du capital privé : 20 milliards de CICE, 35 milliards de cotisations pour la famille, 65 milliards d’aides publiques, subventions exonérations diverses, ca n’a jamais rapporté et ça ne rapportera aucun emploi dans ce contexte. La gauche, à la tête de la République, devrait avoir la volonté et se donner les moyens de sauver les entreprises de cette spirale malfaisante, leur rendre service c’est les contraindre et non pas les laisser sous l’emprise de la finance spéculative. On devrait, a contrario de ce qui nous est proposé mêler une politique de contrainte financière et de contrôles des licenciements, de développement du secteur public et du droit du travail. Une politique de redistribution des richesses s’impose.


2°) Les entreprises sont toutes différentes. Il n’y a pas UNE entreprise, il y a 1000 entreprises de plus de 1000 salariés qui produisent 48 % du Pib, elles font travailler 3,5 millions de salariés et elles décident de tout.


Les PME-PMI sont subordonnées et pillées par ces grosses sociétés et par les banques, une sur deux n’a qu’un seul donneur d’ordre. Les TPE, c’est un million de petites entreprises de moins de 11 salariés, elles font aussi travailler 3,5 millions de salariés, mais dans des conditions terriblement difficiles. Entre toutes les entreprises, il y a un siphonage, un pillage des richesses du bas vers le haut, et il faut le corriger par la volonté de la République : en régulant la sous-traitance par une triple loi cadre :

- imposer au donneur d’ordre d’être responsable financièrement, économiquement, pénalement, d’être responsable de tout ce qui se passe sous ses ordres

- imposer que les entreprises sous traitantes soient alignées sur la convention collective du donneur d’ordre le temps de la missions, du marche, de l’intervention.

- Faciliter systématiquement la reconnaissance juridique des unités économiques et sociales.

Nous serons ainsi des alliés des PME, PMI et TP, c’est à dire de l’immense majorité du patronat contre les grosses entreprises. Nous rétablirons une progressivité des impôts sur les sociétés. Nous n’aiderons pas indifféremment les Entreprises seulement celles qui embauchent, qui respectent le code du travail et selon les seuils sociaux. Nous ne déverserons pas en vain des milliards aux entreprises qui ne produisent pas, qui spéculent, qui licencient. Il est facile de devenir compétitif, il suffit d’abaisser les 210 milliards de dividendes qui viennent alourdir le coût de nos exportations.


Quant M. Gattaz réclame 100 milliards et la baisse des impôts c’est un paroxysme. 100 milliards c’est l’équivalent de 3 millions d’emplois à 1500 euros. Et Gattaz refuse d’en promettre … 1 million. Pourquoi supprimerait on des emplois publics nécessaires … pour des emplois privés qui ne verront pas le jour ? Cela a déjà été fait dans la restauration, 3 milliards donnés pendant 4 ans aux restaurateurs, c’était l’équivalent de 100 000 fonctionnaires dans nos hôpitaux, écoles, justice, équipement, etc. et on a vu zéro emploi à la place.


Le laisser aller n’est pas bon dans les entreprises, il y a trop précarité et de souffrance au travail. Il faut le respect de l’état de droit dans l’entreprise et non pas l’allégement du droit du travail, il faut le contrôle et non pas le laisser aller fiscal et social, c’est ça qui fera de l’emploi …alors qu’au contraire, la déréglementation accroit flexibilité, chômage et recul économique.


Ce dont les socialistes et la gauche ont besoin pour sortir de la crise, c’est de la mobilisation, de la confiance, de la force du salariat, ce sont les salariés qui produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. Ce sont sur eux qu’il faut s’appuyer pour relancer la production, mais pour cela, il faut qu’ils soient bien formés, bien traités, bien payés, pas flexibilisés. Il ne faut renoncer à l’amnistie syndicale, aune inspection du travail forte et indépendante, à des élections aux prud’hommes, à la démocratie sociale et syndicale.


Il ne faut pas renoncer non plus à la réduction du temps de travail  sur la semaine et sur la vie : le seul moment en 30 ans ou nous, la gauche, les socialistes, avons réduit le chômage de masse, plus que tous les autres pays, c’est quand nous avons faite les 35 h sans perte de salaires, par la loi, avec Lionel Jospin. Sans les 35 h nous aurions 400 000 chômeurs de plus.


3°) Dans ces conditions pour quoi la « baisse du coût du travail » ?

 

D’abord le travail n’est pas un coût mais une richesse. Le salaire du labeur vaut plus, pour les socialistes, que le salaire du trader. La crise vient du crédit dérivé pas du salaire trop élevé. Ce qui coute cher ce n’est pas le travail c’est le capital. Les salaires sont trop bas, les dividendes trop hauts.


L’OIT dans son dernier rapport de décembre 2013 dénonce la baisse de la part salaires dans les revenus nationaux et explique que cela étouffe la demande en entrainant un endettement insupportable des ménages. Dans 16 économies développées, la part moyenne du travail est tombée de 75 % du revenu national au milieu des années 1970 à 65 % aujourd’hui. L’OIT dénonce ce mirage de la réduction des couts du travail ».

Nos salaires sont dans la moyenne européenne, et 85 % de nos échanges sont en Europe. Le problème n’est pas le cout du salaire, ils sont plus bas en Espagne et il y a plus de chômage. Ils sont plus hauts en Scandinavie et il y a moins de chômage. Nous avons le taux de productivité le plus élevé au monde.


ll n’y a pas de « charges sociales », ce sont des cotisations sociales. C’est du salaire brut. Une partie du salaire mutualisée dans notre budget de protection social. Ce budget est essentiel, vital à notre « modèle » social. Et ce budget social ne génère que 10 % de la dette présumée du pays, 90 % vient d’ailleurs. Ce n’est pas de notre Sécu, ni de nos retraites, ni de nos cotisations familiales, que viennent les difficultés budgétaires, pas plus que les difficultés à produire. Elles viennent de l’absence d’activités, de la récession qui affaiblit les rentrées fiscales. D’ou une nécessaire reforme fiscale des impôts directs et progressifs. Les impôts, ceux d’en bas en paient trop, ceux en d’en haut pas assez. La redistribution des richesses, ca doit être maintenant pour la relance, pas « après ».

Réduire les déficits actuellement et rembourser en priorité la dette, augmente la dette. On est comme un jardinier qui arrose la rivière au lieu d’arroser son jardin.

Les déficits passent de 5,3 % en 2011  à 4,8 % en 2012, à 4 % en 2014, peut être à 3,5 % en 2014 mais la dette est passée de 85,9 % du Pib en 2012 à 94, 3 % en 2014. On a plus un problème de recette qu’un problème de dette. En fait, dépenser plus nous permettait davantage de rembourser celles des dettes qui doivent l’être.

Ce qui manque aux entreprises, c’est le carnet de commande. Or 10 millions de nos concitoyens ne peuvent plus consommer, ils mangent des pâtes à partir du 10 du moins et chichement de la viande. Il faut augmenter le smic et les minimas sociaux, pas les geler. Comme Obama qui vient de proposer une hausse du smic de 40 %. La hausse des salaires, c’est la relance et les rentrées fiscales et sociales.  Le gel des salaires c’est la récession, les déficits et la dette.

 

Voilà ce que nous voulions débattre en profondeur dans ce séminaire et au delà..

 

 

Séminaire du Bureau national du PS le lundi 10 février : un moment « unique »

programme seminaire 100214

 

Evidemment, lorsque fut proposée la « politique de l’offre » et la « baisse du coût du travail » ce fut un choc dans les rangs du Parti socialiste. De mémoire, aucun congrès, aucune convention n’a jamais voté pour ça. On ne peut pas dire non plus que c’était inscrit dans le « discours du Bourget ».

La majorité des militants comme des dirigeants n’a jamais été éduquée là-dessus. Jean-Baptiste Say n’était pas des nôtres. On est nombreux à avoir reçu ça comme une douche froide. Ca méritait d’être débattu. Alors, avec les membres de la motion 3, et de la motion 4, et même des membres de la motion 1, majoritaire,  je l’ai demandé, ce débat, au Bureau national. Dés le 7 et 15 janvier, les minoritaires qui peuvent représenter de 25 à 30 % des voix du BN voulaient qu’on discute…

J’ai même proposé le 28 Janvier avec Emmanuel Maurel qu’il y ait deux rapports introductifs, l’un pour la baisse du coût du travail, l’autre pour la hausse des salaires.

Si la politique de l’offre passe par la réduction des déficits, la baisse des prestations sociales, le blocage des salaires, pour donner 20 puis 35 milliards au patronat, sinon les 100 milliards que réclame Pierre Gattaz, (sans contreparties bien sur) ce sera un « choc » mais négatif car ce dont les entreprises souffrent c’est surtout d’une insuffisance de carnets de commandes.

Que veut dire la baisse du coût du travail ? le travail n’est pas un coût mais une richesse, ce qui coûte cher actuellement, c’est le coût du capital, pas du travail. Les « charges » sociales cela n’existe pas, ce sont des cotisations sociales, du salaire brut. Et nos salaires sont loin d’être trop élevés, tous les électeurs socialistes le savent. Si on recherche la compétitivité, ce sont les 210 milliards de dividendes qu’il faut baisser…

Si on veut baisser le chômage de masse, ça ne pourra pas se faire sans baisse de la durée du travail pour toutes et tous et un code du travail renforcé…

 

Bon bref, y avait de quoi échanger, réfléchir, reprendre les fondamentaux, argumenter, clarifier, actualiser. C’est pour ça qu’a germée l’idée d’un « séminaire du Bureau national » le temps d’avancer sur le fond entre nous, quoi…

Et ce séminaire a été fixé le lundi 10 février.

Au début on a pensé qu’on aurait toute une journée de 9 h à 19 h pour discuter, s’entendre, approfondir.

Mais non cela a été fixé de 15 h à 19 h 30. On s’est dit qu’on pourrait quand même utiliser ce temps pour aller au fond des choses.

Mais l’ordre du jour a été découpé en trois parties, d’une heure trente, d’une heure, et d’une heure trente, dont, à un moment, deux ateliers ce qui va faire serré dans un total de 4 h 30,  mais on le sait tous, un timing minuté, naturellement, s’impose.

Le lieu a été transformé puisqu’on est déplacé de la salle habituelle du Bureau national à la Maison de la Chimie. Ce sera en effet plus solennel.

Puis des invités extérieurs ont été ajoutés, syndicalistes, économistes, assurément bienvenus, car nous ne doutons pas que leur expertise éclaire les membres du bureau qui voulaient débattre.

De même nous ne pouvons que nous réjouir que le Premier ministre vienne en personne ainsi que le Président de l’Assemblée nationale, les deux chefs de groupes parlementaires. Leur autorité et leur compétences vont s’additionner pour nous faire comprendre les problèmes.

Il est certain également que les ministres, les sénateurs et députés pressentis pour introduire chaque « plénière » vont enrichir notre perception des sujets débattus.

Nous sommes même comblés puisque pas moins de 23 orateurs sont programmés pour intervenir comme rapporteurs, animateurs, avant « le débat avec les participants », c’est à dire, nous,  les membres du Bureau national. Il y aura 7 intervenants pour la première plénière,  autour de 5 ou 6 rapporteurs dans chacun des deux ateliers, et à nouveau 5 rapporteurs dans le dernière plénière.

Tout cela va fructifier puisque, et c’est un honneur, les parlementaires socialistes sont invités, en plus des 60 membres titulaires du Bureau national.

Il n’est pas prévu deux rapports, mais c’est parce que le temps de parole est chichement compté. Les 23 intervenants dont les noms figurent sur le « programme » sont certes tous de la motion 1 et il semble qu’ils approuvent les aspects de la politique en vigueur.

De toute façon, il sera gardé du temps, avant 19 h 30 pour la conclusion du Premier secrétaire.

Mais il reste surement que c’est une occasion unique, tout à fait unique, unique vraiment, pour ceux qui ont souhaité ce séminaire afin d’expliquer, certes sans doute brièvement, surement avec concision, qu’il faudrait un cap à gauche et une politique de redistribution des richesses « d’abord » et non pas « après ».

Comme il s’agit d’un grand évènement et que la vie du parti qui est élu dans 2 villes sur 3, 20 régions sur 22, 61 départements sur 100, l’Assemblée nationale, le Sénat et la présidence, concerne tous les français, tous le salariat, toute la gauche, nous espérons qu’il aura le plus grand retentissement.

 

 

Pacte de responsabilité : le coup de gueule de Dray et Lienemann

Avant le séminaire de lundi sur le pacte de responsabilité, le JDD et Le Monde se sont procurés la lettre que Marie-Noëlle Lienemann et Julien Dray ont envoyé à Harlem Désir, Premier secrétaire du Parti socialiste.

 Marie-Noelle Lienemann et Julien Dray montage Marie-Noelle Lienemann et Julien Dray écrivent à Harlem Désir (Reuters) 

Monsieur le Premier Secrétaire,

Nous avions demandé que soit organisé par la direction du Parti un séminaire de travail réunissant le Bureau National du Parti Socialiste et le gouvernement.

A notre grand déplaisir, nous constatons que ce qui devait être logiquement une réunion de travail pour construire ensemble des solutions politiques se transforme en fin de compte en un véritable show. Nous avions déjà souligné ces risques lors d’un précédent Bureau National, mais les propositions d’ordre du jour que nous venons de recevoir sont plus encore inacceptables.

Nous n’avons rien contre l’association des parlementaires à la politique du gouvernement et à la vie du parti, mais le séminaire qui devait réunir les membres du BN et l’exécutif se transforme en réunion publique, grande messe qui ne permettra pas l’échange approfondi, franc et lucide que la situation actuelle impose entre nous.

Nous doutons que cette opération de communication soit de nature à régler les lourds problèmes politiques que nous avons à résoudre.

Les dirigeants du PS ne sauraient être réduits au rôle de commentateurs a posteriori des décisions et les militants considérés comme une masse de manœuvre. Nos instances ont droit à plus de respect et le débat politique ne saurait être en permanence éludé.

Etant placés devant le fait accompli, nous en tirerons toutes les conséquences dans les heures qui viennent.

Bien amicalement

Julien Dray,

Marie-Noëlle Lienemann

 

La fronde de l’aile gauche du Parti socialiste

LE MONDE | 08.02.2014 à 09h38 • Mis à jour le 08.02.2014 à 13h01 | Par Bastien Bonnefous

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De gauche à droite, Bernard Cazeneuve, Pierre Moscovici et Jean-Marc Ayrault lors des assises de la fiscalité des entreprises, le 29 janvier 2014. Pas sûr que la grande réunion de famille se termine par un banquet fraternel. Le Parti socialiste organise lundi 10 février un séminaire « ouvert aux parlementaires » pour discuter du pacte de responsabilité annoncé par François Hollande en janvier. Intitulée « Réussir le pacte de responsabilité pour la France », cette réunion, prévue à la Maison de la chimie à Paris, sera « un lieu de débat et de travail entre socialistes », explique le premier secrétaire, Harlem Désir. Pourtant, le programme peut laisser penser que la place accordée audit débat sur ce tournant économique majeur du quinquennat sera maigre.

Sous l’autorité du premier ministre, Jean-Marc Ayrault, les différentes interventions du séminaire donnent en effet la parole à des ministres (Michel Sapin) et des personnalités du PS (Bruno Le Roux, Claude Bartolone, Harlem Désir, entre autres) toutes favorables au pacte passé par l’exécutif avec les syndicats et le Medef. Une répartition des expressions qui a mis en rage l’aile gauche du parti, plus critique sur ce contrat social.

Dans un courrier adressé jeudi à M. Désir, que Le Monde s’est procuré, Marie-Noëlle Lienemann et Julien Dray, deux figures de l’aile gauche du PS, reprochent au premier secrétaire d’« éluder » le débat en organisant une « opération de communication » en soutien de la politique gouvernementale. « A notre grand déplaisir, nous constatons que ce qui devait être logiquement une réunion de travail du bureau national du Parti socialiste pour construire ensemble des solutions …

Court interméde pour répondre à des questions sur le stalinisme

Juste un intermède, un participant au forum permanent diminue le rôle du stalinisme au XXe siècle, en fait il ne le comprend pas, et comme des millions de militants encore, excusent, croient ou sont gênés par cette phase de l’histoire des contrerévolutions anticommunistes. parce qu’ils n’ont pas les idées claires, ils culpabilisent sur cette histoire sans comprendre qu’elle n’est pas la « notre » mais celles de nos ennemis de classe.

je sais, je n’ai pas beaucoup de temps, je cours et n’arrive pas à faire tout ce qu’il faut faire dans la situation, mais au passage, quelques mots, rapides et forcément concis :

 

(j’invite à lire un livre époustouflant de Jean-Jacaues Marie « Beria » aux Editions Fayard) (si vous avez plus de temps, lisez la biographie de Trotski par Pierre Broué, puis le Staline de JJ Marie, puis, le Khrouchtchev de JJ Marie, puis le Béria…vous aurez compris le XXe siècle court 1914-1991)

 

Question : Mais, que vient faire le stalinisme dans notre débat ? Les horreurs de Staline sont dénoncées par une énorme majorité de français, le mur de Berlin est tombé, remplaçé par celui construit par Israël, pour le bien du peuple, comme de bien entendu, l’URSS a été démantelé. »

La question est celle des origines du socialisme, de Marx à Jaurés, de Bebel à Lénine,et, après la Commune et 1905,  de la révolution en 1917 puis et de la contre révolution en URSS en 1927-33 puis dans le monde : Staline et sa bureaucratie ont écrasé le socialisme balbutiant et liquidé le bolchevisme, il n’y a jamais eu de communisme. Comme une pandémie, cette contre révolution bureaucratique stalinienne, a contaminé pendant près de 70 ans, au coeur du XXe siècle « court », des dizaines de pays, des centaines de partis, des dizaines de millions de cerveaux militants (et ce n’est pas fini visiblement). Car elle a affecté comme une peste durable la notion même de socialisme : cette histoire ne doit pas, ne peut pas être jeté aux « poubelles de l’histoire » ni évitée, ni relativisée. C’est une QUESTION théorique et pratique sur la nature de ces régimes bureaucratiques contre révolutionnaires qui se sont imposés en usurpant le nom du socialisme et du communisme. Comment ont-ils été possibles, entre impérialisme/capitalisme et prolétariat/salariat ? Comment la classe dominée, notre classe, a t elle pu être vaincue, et pire, écrasée, humiliée, trahie à ce point ? Les conséquences nous frappent toujours de plein fouet et l’avenir dépend des leçons qui en sont tirées.

« le colonialisme a eu beaucoup plus de conséquences pour nos compatriotes, que le stalinisme, si on laisse de côté, sa participation indiscutable a l’écrasement du nazisme. »

Le colonialisme et le nazisme aussi, le capitalisme, l’impérialisme c’est l’horreur de toutes les sociétés qu’on combat inlassablement – pas celle que nos tentatives de les renverser ont subi. Pas celle dont les contre-révolutionnaires staliniens ont pu affubler, corrompre, pourrir NOS combats. Le stalinisme c’est le produit de la contre révolution qui nous a inoculé un sida. Staline était « l’étoile jumelle de Hitler ». Ils ont gravité dans deux monde parallèles, opposés mais liés.
Ce n’est pas le stalinisme, contrairement à ce que tu dis, qui a vaincu le nazisme mais le peuple russe MALGRE le stalinisme. (Lire toujours « Vie de destin » de Vassili Grosman) Trahi par Staline de façon tragique jusqu’en 1941, (Staline après son « Pacte » avec Hitler, nie jusqu’au bout la guerre qui vient) vaincu par les troupes nazies balayant une Armée rouge décapitée, paralysée par son chef, le peuple a trouvé les forces du sursaut, et l’a emporté dans la plus grande bataille du siècle qui porte comme marqué au fer rouge, le nom… de Stalingrad.

« ce n’est pas le débat sur le stalinisme que je fuis, il est indispensable à la connaissance de notre monde, d’hier et d’aujourd’hui, même si cela fait mal au militant viscéralement de gauche que je suis resté; c’est l’utilisation que tu en fais. »

Tout militant viscéralement de gauche, tout salarié, ne doit pas « souffrir » du stalinisme : ça ne fait pas « mal » ça fait du bien de savoir, d’expliquer, de lutter contre le stalinisme et séquelles , ça doit, on doit s’inscrire dans la continuité de ceux qui l’ont combattu au prix de leur vie : l’opposition de gauche russe et le militant sans doute le plus conscient, le plus courageux, le plus cultivé, le plus célèbre du siècle dernier, que Staline a fait assassiner à cause de cela, Léon Trotski. Et Trotski a fait une THEORIE de la « révolution trahie », de la « révolution permanente », de la « bureaucratie stalinienne », de la « dégénérescence des états ouvriers », du « front unique ouvrier », de la « transition » sans laquelle on ne peut extirper ce qui reste dans des millions d’esprits (et encore quelques forces politiques existantes non négligeables) des scories vénéneuses du stalinisme.


« obligé de fouiller dans les poubelles de l’histoire, dans le seul but de masquer les cruelles réalités de son parti. »

oh non, la IIe internationale, bien que lui ayant survécu, a été soumise, corrompue dans sa propre existence, par rejet et par miroir à l’histoire du XXe siècle dominée par le stalinisme et sa IIIe Internationale. Ses nombreux crimes à elle, lui sont propres de 1914 (le vote des crédits de guerre) jusqu’à, Ebert et Noske, disons, le milieu des années 20 ensuite, elle est rejetée (par anti soviétisme) dans le camp de l’impérialisme, et combat mais dans la matrice de celui-ci, d’où l’énumération que tu fais et que je fais, qui va, en effet, de la défense du colonialisme à celle du social libéralisme. Mais là encore, il faut une THEORIE et une PRATIQUE de la bureaucratie syndicale et sociale démocrate qu’on combat tous les jours de toutes nos forces pour survivre et la dépasser. Si on parvient à contrecarrer, renverser la politique de collaboration de classes de cette gauche actuelle, et à recréer une dynamique unitaire avec toutes les forces politiques choquées, frappées mais issues de cette longue tragédie de la gauche, si on réussit à unifier le salariat dans les luttes, et à l’emporter, UNE question resurgira immédiatement, dans tout nouvel état social, c’est celle de la révolution permanente, de l’extension du socialisme démocratique au delà d’un ou de quelques pays, du front unique, de l’enracinement de la « démocratie » : sans démocratie pas de socialisme… Régler son compte à la mémoire de la contre révolution stalinienne reste et sera vital à pareil moment… il ne faut pas que « ça fasse mal » mais que ça fasse du bien, que ce soit assumé à temps collectivement, consciemment et… utilement…

Par exemple, la question de la démocratie est vitale, incontournable, elle est la sève, la force, le devenir, la sureté, la raison du socialisme. Elle est la condition de la mobilisation du salariat, elle est l’énergie, l’échange, la clairvoyance, le partage, la condition de l’émancipation collective. Le PS fort heureusement pour lui, sinon, il n’existerait plus, fonctionne à la proportionnelle. Mais pour autant, il existe en son sein des caricatures qui, parfois n’ont, sur le plan formel rien à envier aux pires heures de la gauche : bien sûr, on n’y fusille personne, mais les votes sont encore truqués, ou étouffés (même s’il y a eu des progrès depuis le congrès de Reims). Il suffit de raconter en détail (voir les article ce blog de avril à juin 2013) comment lors de la convention sur l’Europe de juin 2013, tout a été mis fait pour que la volonté des militants ne s’exprime pas spectaculairement dans les votes (elle s’est exprimée quand même de façon déformée, mais les méthodes mises en oeuvre contre elle méritent de rentrer dans les anthologies). Il existe des formes de culte de la personnalité dans le PS qui feraient sourire dans le PCF (et pourtant… n’est ce pas ?)… La Ve République est un système de dictature personnalisée, odieux, caricatural, même un président qui voudrait être « normal » dans ce système ne le peut pas. A cause de cette personnalisation de la politique due à cette absurde élection « individuelle » au suffrage universel, le pouvoir est confisqué par des conseillers personnels occultes, sélectionnés par le système bancaire et actionnarial, par la médiocrité conformiste et l’absence d’horizon, de vision, d’espoir. On y retrouve les mécanismes d’une atmosphère de Cour et de courtisans, à la Béria, l’assassinat en moins.


Pas de majorité pour la politique que conduit actuellement François Hollande

Mécontenter son électorat ne permet pas de séduire celui d’en face.  A ne pas répondre aux aspirations de la gauche, on ne capte pas pour autant les adversaires de droite. Ca déçoit les deux camps et à la fin, il n’y a ni majorité dans le pays, ni majorité dans la gauche. Et inéluctablement ça se reflète au Parlement : il faut dorénavant tordre le bras aux parlementaires pour qu’ils.. suivent. Cela rappelle ce moment de fin 1994 ou Jacques Delors renonça à se présenter à l’élection présidentielle en expliquant « il n’y a pas de majorité pour ma politique ». Sauf que là, c’est le président élu qui doit dire : « pour retrouver ma majorité il faut que je ré oriente ma politique ». Remettre le cap à gauche, car dans les eaux intermédiaires, en effet, il n’y a pas de majorité et on s’y perd.

Depuis plus d’un an, François Hollande s’efforce de séduire et mobiliser le patronat pour que celui-ci l’aide à « inverser la courbe du chômage ». Il a proposé le « Pacte de compétitivité » puis le « Pacte de responsabilité ». Il distribue des dizaines de milliards aux « entreprises ». Et il prend ces dizaines de milliards qui manquent aux retraites, aux salariés, aux services publics et à la protection sociale

Le patronat veut bien encaisser les milliards, il en redemande même inlassablement mais sans prendre de responsabilités. Le patronat ne veut pas être compétitif ni donner de contreparties, il ne veut qu’augmenter ses marges. Il continue donc plus que jamais de licencier, de précariser, de spéculer. Les salariés, eux ne voient que leurs salaires bloqués, le chômage monter, leurs droits reculer.

Les pigeons, les poussins, les abeilles, les bonnets rouges, les patrons fraudeurs du bricolage obtiennent satisfaction. L’Ani est imposé sous forme de loi de « sécurisation de l’emploi » mais les patrons multiplient les plans de licenciements, explosent les contrats courts, violent leurs promesses sur les temps partiels, spéculent sur les complémentaires santé, baissent les prestations chômage. Les syndicalistes ne sont pas amnistiés, les élections prud’hommes sont supprimées, le repos du dimanche encore diminué, l’inspection du travail est passée à la moulinette.

C’est pareil dorénavant sur les questions dites sociétales : à vouloir concilier avec l’adversaire, on mécontente son camp. On a laissé trainer cinq mois le débat parlementaire sur le mariage pour tous, et l’extrême droite a profité de ce temps pour se mobiliser et se renforcer. L’ANI a été expédié en « urgence » ne laissant pas le temps aux syndicats de mobiliser et de se faire entendre.. La loi contre les retraites ne fut pas reportée alors qu’il y avait 370 000 manifestants le 7 septembre : elle fut expédiée en deux mois. Par contre la loi sur la famille est reportée d’un an (nous dit-on) à la suite d’une simple manifestation de quelques dizaines de milliers de traditionnalistes.

La loi sur l’amnistie syndicale avait été discutée, amendée, et adoptée en première lecture, rien ne s’y opposait plus. La procédure a tout simplement été interrompue.

L’affaiblissement du Président dans les sondages vient de là, il mécontente ses électeurs de gauche et les électeurs de la droite se radicalisent contre lui. La preuve du pudding c’est quand on le mange, la preuve de l’impasse de la politique actuelle c’est qu’il n’y a plus la majorité de gauche acquise en mai juin 2012. Sentant cela, les grands médias organisent la curée (ils appellent ça « bashing ») et font avancer l’idéologie libérale du type « baisser le coût du travail » – a contrario de ce qui se passe dans le monde. Même quand Obama augmente le Smic de 40 %.

Sénat et Parlement reflètent cela. La belle et double majorité du Sénat et de l’AN en juin 2012 s’érode. Au Sénat, il n’y a plus guère de votes de la gauche unie sur les questions essentielles. Les parlementaires du FdG ne votent quasiment plus. Les Verts sont un élément instable de la majorité. Même les PRG se sont fait prier et ont négocié certains votes (retraites)

Dans le groupe PS à l’Assemblée qui a légèrement diminué, il y a eu 17 députés socialistes qui n’ont pas voté le TSCG, 41 qui n’ont pas voté l’ANI, et encore une quinzaine qui n’ont pas voté des articles de la loi anti retraites.

Parce que sur les retraites, cela a suffi à empêcher des articles importants (43 annuités, et baisse des petites retraites..) l’exécutif a donc imposé un « vote bloqué« . Il a pris des mesures contre les droits « normaux » des parlementaires : interdiction des assistants parlementaires d’être présents aux réunions de groupe, interdiction de déposer des amendements sans les avoir soumis au bureau du groupe, interdiction de se coaliser pour rédiger des amendements. Le caporalisme s’est intensifié dans le fonctionnement et les rappels à l’ordre se sont faits plus fréquents et plus rudes, avec menaces à la clef. Les appels à « serrer les rangs » ne sont pas tenus sur un ton joyeux.

C’est pourquoi depuis début 2014, on n’entend plus parler que « d’ordonnances », de « votes de confiance ». Il n’y a plus, pour le moment, de libre majorité de confiance, plus de majorité d’adhésion. Pour cadrer l’expression des parlementaires, il faut mettre la barre plus haut, et exiger leur fidélité en bloc. Car en détail, elle n’existe plus. Si les députés sont libres, beaucoup ne votent plus. Ils ont été élus sur une majorité constituée sur le discours du Bourget, ils ne sont pas à l’aise dans la politique actuelle.

Confidentiellement, en douce, en aparté, des dizaines de députés vous diront qu’ils votent mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Parce qu’ils ne veulent pas faire tomber le gouvernement. Parce qu’il y a les élections municipales et européennes. Mais pas à cause du fond des textes de loi

Si la loi contre l’indépendance de l’inspection du travail n’était pas intégrée dans l’ordonnance sur la formation professionnelle, elle ne serait pas votée.

Si la loi contre les élections prud’hommes n’était pas intégrée dans  la loi globale sur « la démocratie sociale », et à l’intérieur de la même ordonnance, elle ne passerait pas davantage. Il n’y a pas de majorité pour. Et s’il y en a une, c’est par ces mécanismes qui forcent la volonté des élus.

Les députés essaient de maintenir la loi famille, mais ils vont se heurter à l’agenda du gouvernement qui en a décidé autrement.

Quelques voix s’élèvent : le sénateur socialiste Jean-Pierre Michel dit clairement ce qu’il pense : « J’attends de voir si Dominique Bertinotti va rester au gouvernement. Si j’étais à sa place, je démissionnerais tout de suite. Elle travaillait ce texte avant même la loi mariage. Il y a beaucoup de choses très utiles prévues dans la loi, comme la possibilité de connaître ses origines. Et beaucoup sont consensuelles. Or finalement, on recule… « devant une poignée de réactionnaires« , à savoir les participants à la « Manif pour tous » du 2 février. « Si le gouvernement est effrayé par quelques dizaines de milliers de manifestants qui battent le pavé, il ne faut plus gouverner. »

Mais le gouvernement se montre plus déterminé à contrôler sa majorité parlementaire, qu’à reprendre l’affrontement avec la droite et le patronat. Il se montre plus convaincu dans sa recherche d’accords avec le Medef, et d’apaisement avec lesdits réactionnaires. Pourtant les deux s’opposent : le Medef refuse tout « pacte », les réactionnaires se sentent pas « apaisés » par le recul du gouvernement, mais encouragés à continuer. La majorité de gauche dans le pays ne se reconnaît pas dans cette politique qu’elle n’a pas votée, pas souhaitée, pas voulue. La majorité parlementaire d’adhésion n’existe plus : elle subit l’autorité telle qu’elle fonctionne dans la Ve République.

Bien sur il y a toujours une majorité de gauche dans le pays, mais majorité de gauche et politique de François Hollande ne coïncident plus, ne sont plus superposables. C’est le pouvoir de l’Elysée comme toujours dans la Ve République (elle ne permet pas un « président normal ») qui s’impose par dessus la réalité du Parlement, par dessus la gauche.

 

L’entreprise c’est un dancing

« L’entreprise, ce n’est pas un lieu d’exploitation, ce n’est pas un lieu d’accumulation de profits, de richesses » a affirmé de façon assez novatrice, le ministre du budget, Bernard Cazeneuve le 6 janvier sur BFMTV inaugurant brillamment l’an 2014.

C’est bien connu, l’entreprise est un dancing, un club de rencontre, un centre de repos, un institut de thalasso, Noël tous les jours et le soleil y brille.

Ne le dites pas aux 98 % de salariés qui gagnent moins de 3200 euros nets, aux 50 % d’« actifs occupés » qui gagnent moins de 1680 euros, ne répétez pas les propos du ministre aux 10 millions de travailleurs pauvres en dessous de 900 euros : dans l’entreprise on n’est pas là pour faire des profits mais pour se marrer

Ne le dites pas aux 20 millions de salariés dont les heures supplémentaires ne sont pas payées, mais c’est pour leur bien, ils en ont de la chance d’être dans un chouette lieu ou on rigole tous, matin, midi et soir.

Ne le dites pas aux 4 millions de temps partiel subis, aux CDD renouvelés, aux contrats « atypiques », aux 3 X 8, aux 4 X 8, aux 5 X 8, aux travailleurs de nuit et du dimanche, aux femmes pauvres et précaires, ils douteraient de tout.

Ne le dites pas aux précaires, aux discriminés et harcelés, aux accidentés, handicapés, malades, tués et suicidés du travail. En fait l’entreprise, c’est le paradis, c’est désintéressé, on y est tous copains et copines.

Ne le dites surtout pas aux patrons qui se sont octroyés 196 milliards de dividendes ni aux 500 familles qui possèdent 330 milliards, 16 % du Pib, et qui ont gagné 59 milliards ( + 25 %) l’an passé, ce sont tous des altruistes, ils savent, eux combien l’entreprise est généreuse.

Et si vous croisez le ministre du budget,  ignorez patrons et banquiers fraudeurs du fisc, qui détournent 80 milliards et qui placent 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, ça gâcherait son optimisme et il serait capable de ne plus vouloir « pactiser » avec les entreprises, et il se ferait virer par François Hollande.

Si vous prétendez que le capitalisme ce n’est pas seulement le profit mais la recherche de sur-profit maxima, vous êtes ringard. Ne traitez plus le patron de « taulier » c’est un bienfaiteur. Vous êtes vieux jeu si vous croyez que qui compte pour les entreprises, c’est la rentabilité, au détriment de tout le reste, du bien-être, du développement durable.

Vous en doutiez mais en fait, ils sont bons ces patrons qui vous « donnent du travail ». Cessez de croire aux images dépassées selon lesquelles les salariés subordonnés seraient obligés de vendre leur force de travail : ils le font avec enthousiasme. En fait vos heures de boulot, c’est ça le vrai bonheur. Ce sont les patrons qui vous aident à vivre et non pas vous qui les faites vivre.

Arrêtez de croire que le travail n’enrichit personne et que ce qui enrichit c’est l’exploitation du travail des autres, ce sont des calomnies d’un autre temps. C’est aussi une grossière erreur d’imaginer que ce qui enrichit les patrons c’est la spéculation sur l’argent dérivé de votre travail. La finance, les dividendes placés dans les casinos des bourses et caves à subprimes ça n’existe pas, c’est Bernard Cazeneuve, nouveau théoricien de l’Entreprise qui vous l’enseigne.

 


Pouria Amirshahi : « Le pacte de responsabilité sera inefficace »

Pouria Amirshahi est député PS de la 9e circonscription des Français de l’étranger. Ancien président de l’Unef, il est l’un des dirigeants du courant dit « Un monde d’avance » qui s’est rallié a la majorité de Harlem Désir au dernier congrès. Pouria Amirshahi, député, quoique membre de la motion 1 majoritaire au congrès de Toulouse, partage ici les positions de la gauche socialiste, et, s’oppose à la politique de l’offre imposée par François Hollande. Bravo !

Il lance un appel à tous les socialistes :

« Le discours du Bourget est de plus en plus petit dans le rétroviseur de François Hollande. Les orientations prises sont à rebours de ce qui a permis son élection. Le Pacte de responsabilité, quintessence de ce tournant, permettrait aux entreprises d’échapper à l’effort de redressement demandé à tous et diminuerait les capacités de la puissance publique par une baisse drastique et programmée des budgets. Tout cela risque d’entraîner une baisse du niveau de vie de la majorité des citoyens. Le Président demande des contreparties alors que le Medef a déjà prévenu qu’il ne s’engagerait pas à créer des emplois.

Est-ce donc bien raisonnable de poursuivre une politique d’assistanat généralisé d’un des patronats les plus cupides d’Europe? En l’état, le pacte de responsabilité est donc inacceptable et sera inefficace. D’ailleurs, tandis que François Hollande affirme que seule cette politique est possible, force est de constater qu’elle n’a fonctionné nulle part. C’est sans doute pourquoi Obama propose une hausse du SMIC de 40% en 2 ans, que la Grande-Bretagne a dévalué sa monnaie de 20%, que l’Afrique de l’Ouest vient d’instaurer un tarif extérieur commun pour se protéger… Et nous, européens, serions les derniers idiots du village planétaire? Ce n’est pas nouveau : quand Roosevelt créait une tranche d’impôts à 90 %, De Gaulle affirmait ‘qu’on ne fait pas la politique à la corbeille’.

Autrement dit, c’est en investissant massivement qu’on fera rebondir un continent en panne, qu’on réindustrialisera la France et préparera la transition énergétique qui est vitale à l’humanité toute entière. Le reste, ce sont les vieilles recettes d’un vieux modèle qui nous conduisent à un échec économique et politique. Beaucoup de ceux que je rencontre font état de leurs doutes, leurs réticences, leurs désaccords avec les choix mis en œuvre et en même temps personne ne veut l’échec du gouvernement de gauche. Mais pour qu’il réussisse, il faut prendre un autre chemin : celui de l’ambition culturelle, de l’écologie, d’un rapport apaisé à l’étranger..

Or, tout se passe comme si les élites françaises avaient peur de tout, laissant ainsi l’extrême droite prospérer comme si elle était chez elle en République! On ne la combat pas par des postures, mais en mobilisant son peuple pour faire face aux enjeux de l’Histoire.

Le PS doit être le reflet de son électorat. C’est avec tous ces hommes et toutes ces femmes que le libéralisme et l’obsession sécuritaire de Nicolas Sarkozy ont été battus. Nous n’avons pas le droit de les décevoir. Le socialisme n’a pas qu’un seul visage. La Véme République laisse un homme décider de tout et tout seul.

J’appelle au contraire tous les socialistes à reprendre le chemin du 6 mai. Il est temps que des responsables socialistes, et pourquoi pas au-delà, se décident à le dire ensemble. »

 

Echos de la Mutualité du 1er février : réunion nationale des secrétaires de section du PS

Je voudrais ne pas donner un écho trop mauvais de la réunion des secrétaires des sections du PS samedi à la Mutualité.

Mais ce n’est pas mon œil qui est mauvais, c’est la réunion qui était mauvaise.

J’ai connu depuis 15 ans, certaines de ces réunions pleines et enthousiastes. Là non. Mais c’est vrai beaucoup militent sur le terrain pour les municipales et ne sont pas montés.

De 9 h à 17 h entre Michel Sapin, et Pierre Moscovici, on a eu un mélange de langue de bois et de clichés d’un cru exceptionnel. De 500 au début, on est allé vers 700 à 800 personnes au repas, avec des tablées vides, on a fini a moins de 300, bien avant que Pierre Moscovici ait conclu.

« Libération » a trouvé 5 secrétaires de section qui semblaient approuver et reconnaitre « une politique de gauche, pas révolutionnaire, mais de gauche ».

Pour ma part, tous ceux, nombreux, qui sont venus me parler, à un moment ou un autre, individuellement, se disaient accablés : inventaire :

« Où on va ?

Comment on peut défendre ça ?

C’est une catastrophe sur les marchés.

Ca grogne, partout.

Y’a pas grand monde aujourd’hui.

J’ai voulu parler mais y paraît qu’on peut pas.

C’est pas un débat, c’est cadenassé.

On réunit plus notre section, on n’a rien à y dire de positif.

Les gens ne comprennent plus, mais plus du tout.

On se fait engueuler partout.

Dire qu’on est de gauche, faut le dire vite.

J’y comprends plus rien. Mais où ils vivent là-haut ?

On n’a jamais voté la baisse du coût du travail.

Faut se secouer sinon on va dans le mur.

Chez nous c’est le bordel à gauche, on a perdu un an à faire la liste maintenant il nous reste plus que février, c’est trop tard.

Quand tu l’ouvres, on te répond pas, et puis tu te retrouves à l’écart sur la liste.

Moi quand je fais du porte à porte, je dis aux gens ce que j’ai envie, surtout pas ce que fait le gouvernement.

Heureusement que c’est des municipales, on peut parler d’autre chose.

Le coup des retraites, c’est pas passé.

Faut les rattraper les militants. J’ai jamais eu autant de gens partir.

Je suis un vieux socialiste, ça fait 30 ans je ne peux plus supporter.

Ils nous prennent pour qui ? On va gober leurs trucs.

Mais enfin c’est nous qui sommes légitimes, pas leurs discours.

Tu te rends compte Obama augmente le Smic de 40 % et nous on le gèle.

Y’en a marre du discours sur l’Allemagne, faut pas faire comme eux.

Sur l’Europe on va prendre une raclée, ça monte de partout, les gens en ont marre.

T’as vu à Continental, les salariés ont manifesté contre le Crédit agricole.

C’est les banques on leur laisse tout faire, et moi qui était content au Bourget.

Ces remarques saisies au vol, bien souvent de militants de gauche socialiste, le sont en même temps de militants dévoués, motivés qui ont pris leur week-end pour monter à cette réunion et se rencontrer, ils n’ont pas pour autant l’intention de baisser les bras, ils ne sont pas commentateurs, ni fatalistes, mais inquiets, enragés, déterminés,

 

Michel Sapin a fait son explication officielle sur l’inversion de la courbe de chômage ratée à 6000 prés, ce n’est pas une promesse, ce n’est pas un pari, c’est un objectif, un objectif vous dis je, on continue c’est déjà inversé pour les jeunes… Il expédie les « travailleurs détachés » en affirmant qu’il a fait « une descente dans un chantier avec l’inspection du travail » (ce qui n’est pas vrai) mais il ne dit pas comment il va s’y prendre avec les donneurs d’ordre, comment on peut faire respecter le Smic brut… Il ne dit pas que demain il va y avoir une grève à 90 % de l’inspection du travail qu’il est en train de casser pour plaire au Medef. Tout est a vau l’au : rien sur l’amnistie des syndicalistes, rien sur les élections prud’hommes, rien sur les salaires, sur le bilan de l’ANI… tout va continuer, on va y arriver, le chômage va reculer, reculer, reculer, bientôt.

Mais on a 6 millions de chômeurs, ça ronge la société, on en crève, mais comment ne rien dire sur la réduction du temps de travail, dans le parti des 35 h ?

Rien sur le fait que rembourser la dette augmente la dette, elle est passée de 85,9 % du Pib au départ de Sarkozy à 94, 3 % aujourd’hui. (ce qui bien sur n’est pas si grave, ils ne comptent pas les 400 % du Pib du bilan des 4 banques du pays, BNP à 100 % a elle seule, et c’est à elles que la présumée  « dette » est due).

Ensuite les interventions des secrétaires de section 5 ou 6 sur des mini podium au milieu de la salle, sélectionnées par thème (rythmes scolaires, IVG, outremer, emplois d’avenir…). C’est téléphoné. C’est verrouillé, pas débat. On est concentrés sur 3 dimanches à venir : les 23, 30 mars et 25 Mai. Au boulot, pas de critique, enthousiasme, enthousiasme. Faut combattre l’abstention.

 

Suivent des interventions techniques bienvenues sur le logiciel pour le porte à porte, et une insistance avisée de Christophe Borgel : « abstention, abstention, abstention, c’est la le danger, c’est la le risque, c’est ce qu’il faut combattre ».

Bonne intervention de Patrick Menucci qui semble vraiment habité par la possibilité de gagner à Marseille. Du coup, il en appelle à la symbiose, la fusion de toutes les populations marseillaises, il fait référence à la Commune de Marseille de 1871, et à Jean Jaurès, et il est le plus applaudi.

Une maire de Montdidier fait un excellent topo : elle a fait dans sa commune un parc public d’éoliennes, elle a repris l’eau, les cantines, une chaufferie à bois, soutient les cinémas à 4 et 5 euros, elle prouve en gros qu’en municipalisant tout, elle a fait des économies, rétabli son budget et rendu content ses administrés. Là c’est une vraie ligne de gauche, Patrick Menucci lui demande à haute voix si elle ne veut pas venir à Marseille.

 

Puis le discours d’Harlem avant la clôture de la matinée. Classique, disons. Il s’en prend à la droite qui veut supprimer le code du travail (l’UMP l’a voté) mais sans développer l’énormité de ce que ça représente. Il s’en prend à la première vraie manifestation fasciste qui a eu lieu derrière « jour de colère » et désigne le grand danger qui pointe, la salle est attentive, là et applaudit. Il cite l’année Jaurès et l’année de célébration de la guerre de 14. Tendance de plus en plus à utiliser les mots « salut public », « sursaut patriotique » « pacte républicain ». Et justice, et social. Mais pas d’enthousiasme de fond, c’est laborieux. Deux caméras de presse en tout et pour tout, le grand plateau réservé faiseurs d’images, est vide. Applaudissements plus vifs à deux autres moments, l’IVG, le non cumul des mandats.

 

On va manger, tout le monde se salue, c’est pas très gai, comme dans la salle. A table, on fait des photos et on s’échange encore quelques mots d’atmosphère : autre inventaire

On les cherche les vrais socialistes aujourd’hui.

Vous, vous parlez des salariés, là-haut savent plus ce que c’est.

Bravo tenez bon car sans vous on est mal partis.

Heureusement que vous êtes là, la gauche socialiste sinon on serait partis.

Oh j’aime quand vous passez dans les médias, je vous guette, ça c’est socialiste.

Ca nous fait du baume au cœur.

On vous cherche à la télé, ou sur internet ça fait du bien quand vous parlez.

Tenez bon parce que nous on craque on a besoin de vous.

Moi je lis tout ce que vous mettez sur internet. Je vous suis sur face book, continuez, un je rediffuse tous vos trucs.

Benoit Hamon serre les mains en disant qu’en gros c’est pas lui, c’est pas sa faute, hein ? Mais il est bien au gouvernement – un EXECUTIF – qui fait la politique de l’offre, baisse le cout du travail, donne des dizaines de milliards aux patrons pendant que les services publics sont sacrifiés.

 

Reprendre ensuite la séance sur l’Europe. La salle est moins remplie. Le seul bon moment est le duplex avec Madrid et la manifestation de défense du droit à l’avortement. Le reste c’est Martin Shultz et un mot des « têtes de listes ». Schultz est prudent essaie de se faire local, fait oublier que son parti est au gouvernement avec Merkel, défend un Smic européen (mais pas son harmonisation vers le haut) affirme que « les banques sauvent les banques » et ce n’est pas le contribuable qui les sauve. Il indique qu’il ne faut pas d’austérité… mais ne parle pas de la Grèce, ni de nous, en France, qui adoptons des budgets récessifs. Il ne tire pas le bilan de cette période des 90’ ou il y avait 13 gouvernements sur 15 qui étaient socialistes, PSE et qu’on n’a rien fait que laisser les libéraux tout reprendre en mains. Il insiste surtout sur le fait que c’est le Parlement dorénavant, c’est nouveau, qui désigne le chef de la Commission, et qu’il veut, qu’il peut, qu’il faut qu’il remplace Barroso. Il faut une autre majorité pour une autre Europe. Sinon le 26 mai, il y aura toujours une Europe mais libérale.

 

Edouard Martin, qui se dit « pas socialiste, mais peut être bientôt », qui n’est pas pour la pacte de compétitivité, mais pour une politique industrielle, est bien applaudi. Isabelle Thomas, Pervenche Berès, toutes les têtes de liste disent un mot. Jean Christophe Cambadelis qui a le privilège d’être directeur de campagne parle aussi.

 

Et c’est Pierre Moscovici qui conclut. Il se défend, c’est dur, c’est dur, dur mais affirme que c’est la faute à la droite, à la crise qu’il faut corriger, redresser, et puis après, après après après… ce sera la justice sociale hein ? … Il insiste, s’auto-justifie, tenez bon, ne doutez pas, (mais lui même ne semble pas certain que toute la salle ne doute pas) « on exige des contreparties chiffres, détaillés, secteur par secteur » dans le cadre du pacte de compétitivité : il est catégorique « sans contre parties pas de pacte ».

« Sans contre partie pas de pacte » ? Alors il n’y aura pas de pacte, car le patronat l’a déjà proclamé il n’y aura pas de contre parties. Alors normalement on devrait faire un bras de fer avec le patronat, et leur prendre au moins 50 % des 210 milliards de dividendes dont ils se goinfrent l’an passé… Mais non, ça Pierre Moscovici ne le dit pas, les applaudissements ont été mous quand il a été annoncé, un sur quatre environ, et les gens s’en vont, quand il a fini, les militants se lèvent, mais pour mettre leur manteau, les regards de militants, quand ce n’est pas leurs haussement d’épaules et leur départ précipité, traduisent leur immense scepticisme sur ce qu’a essayé de défendre le ministre de Bercy.

Dehors sur le parvis de la Mutualité, ca se disperse vite, à peine si des petits groupes restent à parler.

On fait une réunion de motion 3 dans un grand café, tous les participants sont exaspérés. On est socialiste, et on est légitimes. Ce qu’on a entendu n’a jamais été voté, on l’a tous ressenti, ca ne passe pas, ça broute, ca bogue, l’immense majorité du parti est contre, l’immense majorité de la gauche aussi, même si elle fait le gros dos en vue des prochaines échéances de mars et mai, mais d’une façon ou d’une autre il va y avoir un renversement, un choc inversant. C’est sur. On prépare la riposte. Il faut savoir dire « non » à la politique de l’offre et à la baisse du cout du travail. Il faut savoir dire qu’on veut la réduction du temps de travail, la hausse des salaires, le partage des richesses et non pas la distribution de nos richesses au patronat et aux actionnaires. Faut pas leur donner nos sous mais prendre leurs dividendes.

Prochaine échéance interne : le séminaire du BN du parti le lundi 10 février.

Une bonne nouvelle, les salariés de Continental (aliments pour animaux) dans le nord à Boulogne, pour défendre leurs emplois sont allés manifester devant le Crédit agricole qui refuse 15 petits millions d’euros qui permettraient de sauver la boite. Complice : le tribunal de commerce, comment se laisse t encore on « juger » par ces faux et opaques tribunaux, on ne les réforme pas ?

« L’austérité conduit l’Europe vers la dictature » déclare l’ancien President socialiste portugais Mario Soares, la révolution est inévitable en Europe

« Etat d’urgence » du Portugal à l’Europe, de Mario Soares

Mario Soares, 88 ans, ex- premier ministre, (1976-78 et 1983-1985) et ancien président socialiste de la République portugaise (1986 à 1996) , vient de publier aux « Editions de la différence » un petit livre de 140 pages qui devrait faire événement par la vigueur de sa dénonciation de « l’austérité libérale qui conduit l’Europe à la dictature ».

Politique d’austérité criminelle

« La crise de la zone euro – provoquées par l’idéologie néolibérale et par la politique d’austérité imposée principalement par l’Allemagne de la chancelière Merkel – a mené le Portugal et presque tous les autres pays de la monnaie unique à la ruine ».

« Il faut en finir avec cette crise maintenant » reprend Mario Soares avec le prix Nobel Paul Krugman. Il faut réduire drastiquement cette « maudite » politique d’austérité (qu’il qualifie même de « criminelle » – p.97) pour faire reculer la récession dans les pays en proie aux marchés spéculatifs et faire baisser le fléau du chômage. »

« Le Portugal vit ses pires moments depuis 1974 » s’exclame Mario Soares qui demande carrément au Parti socialiste de ne pas « rester entre deux » et de voter avec le PCP la condamnation du gouvernement de droite PDS CDS-PP de Pedro Passos Coelho. « Il est en train de tuer le pays, à cause de sa politique néolibérale qui exige la stabilité et le paiement à la troïka (forme par le FMI, la BCE, et la commission européenne) elle même vassale des marchés qui ne pensent qu’à gagner de l’argent. »

Dette : « nous ne paierons pas »

« On nous oblige à payer des intérêts exorbitants en échange de leur prêt. Je suis partisan de la méthode de l’Argentine et du Brésil qui, lorsqu’ils se sont trouves dans cette situation, ont dit « nous ne paierons pas ». Il n’ont pas payé et personne n’est mort, bien au contraire ».

Paralysé, le gouvernement de droite a du reculer, et s’embourbe, le Premier ministre allant jusqu’à prôner l’abandon de l’euro. Et en attendant il enfonce le pays dans la misère, proposant de supprimer 208 000 emplois en 2014, avec les plus grandes coupes jamais réalisées dans les dépenses sociales… Comme partout la droite imbécile veut vendre la TAP (transports aériens portugais) et les CTT (Correios de Portugal, créée en 1520) qui dégagent pourtant 74 millions d’euros de bénéfice, et veut fermer 200 bureaux de Poste. Mais quand ils ont voulu, sur ordre de la Commisssion européenne, baisser les cotisations sociales patronales de 22,5 à 18, 5 % et hausser les cotisations salariales de 11,5 % à 18,5 % , il y a eu 1,5 million de manifestants en mars 2013 (l’équivalent de 11 millions en France) et le sale projet a été annulé.

Unité de toute la gauche

Mario Soares pousse le PS à son congrès de Santa Maria da Feira à « donner un nouveau souffle à la gauche » (contre l’austérité, pour le plein emploi, et l’état social) par un dialogue avec le Bloc et le PCP lui-même et les syndicats UGT et CGTP. Il s’est fait acteur pour que les alliances entre ces forces de gauche progressent. Il appelle le nouveau leader du PS, Antonio José Séguro à pousser les feux en ce sens, ce serait le premier gouvernement de coalition de toute la gauche au Portugal surmontant les divisions des années révolutionnaires de 1974-76.

Ce qui en septembre 2012 et mars 2013, contre la troïka, donnera d’énormes mobilisations de masse sans précédent depuis la révolution des Œillets. Elles poussèrent aux « rencontres de toute la gauche » le 30 mai 2013 dans un grand amphithéâtre de l’Université de Lisbonne, archi bondé, devant 2300 personnes, PS, PS PCP, Bloc de gauche, ont engagé la voie unitaire pour « libérer le Portugal de l’austérité ». Et, de fait, le Portugal est le pays le plus mobilisé d’Europe.

Révolution au Portugal et en Europe : inévitable

Mario Soares, appel au départ de ce gouvernement qui détruit l’état social et la démocratie : « J’espère que le jour de son départ pour notre bien à tous, est proche et que retentira une explosion de joie pacifique semblable à celle de la révolution des Œillets »

« Un jour viendra – plutôt proche que lointain – où tout changera dans la politique, dans les finances et surtout dans l’éthique, pour le bien du Portugal et des Portugais. Parce que c’est toute l’Europe qui est en crise et qu’elle ne va pas se laisser entrainer dans le gouffre ».

« il est aujourd’hui prouvé que l’austérité ne profite qu’aux marchés spéculatifs et à ceux qui les commandent. Mais elle ravage les Etats et les peuples. Et pas seulement les Etats dits périphériques ou du sud, comme on l’a prétendu un peu vite. Voyez la Hollande, la France et l’Allemagne. «

Soares serait à la gauche socialiste aujourd’hui en France : « Le dilemme est simple : ou on lutte contre le chômage, la pauvreté généralisée, la récession et on garantit l’état social, dans tous ses aspects, tant qu’il est encore temps, ou l’Union européenne sombre dans le chaos. » (p.93)

Il rappelle les souvenirs du 25 avril 1974, il y a 40 ans et de Grandola Vila Morena la chanson de la révolution qui est à nouveau chantée partout. « Quant à une révolution (pacifique !) en Europe, pour mettre un terme à la crise, elle arrivera en son temps. C’est inévitable. J’espère que le Portugal y contribuera par son exemple. »