A Alain Minc et ses quelques idées reçues sur les marchés et l’Europe

Confronté à Alain Minc, sur LCP, (à voir en ce moment, samedi 26 à 19 h 30 dimanche 27 à 13 h 30) dans un débat où l’on ne pouvait aller au fond, j’ai entendu celui-ci se féliciter en proposant de décerner le « prix Charlemagne » aux « marchés » qui réussissaient à construire l’Europe fédérale !

J’en avais entendu des vertes et des pas mûres sur la crise depuis deux ou trois années, mais jamais encore une telle bêtise d’un tel niveau dans la bouche de ce monsieur. Il est un peu comme ces bureaucrates soviétiques en 1989 qui niaient à l’aide de sophismes que leur monde était en train de s’effondrer.

Quid du « fédéralisme budgétaire » en Europe ?

C’est un curieux volatile puisqu’il s’agit d’un fédéralisme budgétaire sans budget fédéral.
Le budget de l’Union européenne restera toujours aussi ridicule (autour de 1 % du PIB européen) alors que le budget de l’Etat fédéral des Etats-Unis est de l’ordre de 20 % du PIB des USA.

Jusqu’à maintenant les arguments avancés contre un budget fédéral européen digne de ce nom étaient qu’un tel budget aurait signifié un abandon de souveraineté de la part des Etats de l’UE.
Mais avec la réforme voulue par Merkel et Sarkozy, la souveraineté populaire disparaît sans qu’il y ait pour autant de budget fédéral.
Ce fédéralisme est un fédéralisme unilatéral qui n’a rien à voir avec ce qu’on entend habituellement par fédéralisme. Il ne prévoit pas d’aider (sans contrepartie) les Etats en difficultés, comme aux Etats-Unis,  ni d’augmenter les salaires ou de baisser la TVA dans les pays connaissant (comme l’Allemagne) un excédent commercial. Les seules mesures envisagées sont uniquement des sanctions contre les Etats dont les dettes et les déficits publics ne diminuent pas à la vitesse souhaitée par la Commission, le Conseil européen et surtout les marchés financiers.

Les dernières propositions de Merkel seraient d’ailleurs de rendre ces sanctions automatiques et de créer un « Sparkommissar » (commissaire à l’Epargne) doté du pouvoir d’annuler le budget d’un Etat de la zone euro s’il enfreint les règles fixées à l’échelon communautaire.

Ce fédéralisme est en réalité un centralisme budgétaire dans le seul but de rassurer les marchés en bradant la démocratie existant dans les Etats-membre.

Quid des fameux « Plans d’aide » à la Gréce, etc.

Tout est fait pour faire croire que les plans d’aide à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal profiteraient aux Grecs, aux Irlandais, aux Portugais. C’est entièrement faux il ne voit pas un euro des prêts du Fonds européen de stabilité financière ou du FMI.

Chaque année, les Etats doivent rembourser les titres de leur dette publique qui arrivent à échéance. Pour cela, ils émettent de nouveaux titres de la dette publique pour rembourser les anciens. Lorsque les marchés financiers ont des craintes pour le remboursement de leur dette, ils exigent pour acheter les nouveaux titres de la dette publique des taux très élevés. Au-delà de 7 % un Etat n’a plus qu’une solution : soit faire défaut de sa dette publique, soit emprunter de quoi rembourser les dettes publiques arrivant à échéance auprès de l’UE et du FMI.

Les sommes versées par le FMI et l’UE n’ont donc qu’une seule destination : le remboursement des créanciers de la dette publique grecque. En bonne partie les banques et les assurances européennes. Les Grecs, les Irlandais ou les Portugais n’en voient pas la couleur.

Les plans d’aide à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal ne sont donc que des plans d’aides aux créanciers de la dette publique de ces trois pays, en particulier aux banques et aux assurances.

Lorsque le gouvernement grec explique qu’il ne pourra pas payer ses fonctionnaires s’il ne perçoit pas la dernière tranche de 8 milliards des prêts de l’UE et du FMI accordé en 2010 c’est parce qu’il a pris la décision de payer les créanciers de la Grèce (banques, assurances, fonds souverains) avant les fonctionnaires grecs.

Qui des effets des « plans d’austérité » Sarkozy/Merkel/Papandreou, etc..

Les marchés financiers vivent aujourd’hui une étrange crise de schizophrénie.
D’un côté, ils souhaitent des plans de rigueur pour faire reculer les déficits budgétaires et donc, à terme, le montant de la dette publique.
De l’autre, ils craignent la récession qui se généralise à toute l’Europe.
Mais ils ne font aucun rapport entre les deux.
Pourtant selon l’OFCE la généralisation des plans d’austérité entraînerait l’Union européenne dans une récession de l’ordre de – 1,7 % du PIB en moyenne, en 2012.

Ces plans de rigueur sont donc ineptes. Si un pays est en récession, ses recettes fiscales diminuent et ses dépenses sociales (chômage, allocations) augmentent. Et les déficits publics ne peuvent qu’augmenter. Il suffit de constater quels ont été les effets des plans de rigueur en Grèce, au Portugal et en Irlande.

En Grèce

Le but affiché des prêts de l’UE et du FMI ainsi que des conditions qui y étaient mises avaient pour fonction de permettre à la Grèce de retourner se financer sur les marchés financiers en 201 ou 2013 à des taux normaux (de l’ordre de 2 à 3 %).
La réalité est tout autre.
Les plans de rigueur ont plongé la Grèce dans une récession toujours plus profonde : 4,5 % en 2010, 2 % en 2011 et une prévision de 5,5 % en 2012.
La dette publique passe de 134 % du PIB en 2010 à 160 % en 2011.
Le déficit public devrait s’élevait à 10,5 % du PIB en 2010 alors que le FMI et l’UE prévoyaient 6,5 %.
Les taux de rendement (pour des obligations d’Etat à 2 ans !) ont atteint le niveau démentiel de 50 %. Interdisant tout retour de la Grèce sur les marchés financiers dans les prochaines années.

Au Portugal

Les plans de rigueur exigés en contrepartie des 78 milliards d’euros destinés à financer les créanciers du Portugal préparent en 2012, selon la plupart des économistes, la pire récession depuis 1975, lorsque le PIB avait chuté de 5 %.

En Irlande

L’Irlande a connu une récession de – 3,5 % en 2008 ; de – 7,6 % en 2009 et de – 0,3 % en 2010.
Selon les statistiques du ministère de l’Economie irlandais, l’Irlande sortirait de la récession.
En réalité, il y a deux Irlande.
La 1ère est celle des très nombreuses entreprises étrangères qui ont installé leurs sièges sociaux dans l’île (notamment dans les secteurs pharmaceutique et informatique) pour profiter d’un impôt sur les sociétés de 12, 5 % (en réalité de 3 à 4 % avec les niches fiscales).
La 2ème est la véritable Irlande dont le PNB (qui exclut l’activité des sièges sociaux d’entreprises étrangères installés dans l’île) a enregistré un repli de 4,2 % sur l’année 2010.

La demande interne irlandaise a été massacrée par les plans d’austérité qui continuent.

Quid des clichés déversés par TF1 ? genre « L’Etat vit au-dessus de ses moyens » « Il faut réduire les dépenses publiques » “Qui paie ses dettes s’enrichit”  et autres stupidités

Les dépenses publiques elles sont réduites depuis 1996. Elles ne sont pas la cause de la dette. Sous la gauche, il y avait même une « cagnotte publique » et toutes les caisses de protection sociales étaient au vert. C’est la droite et Sarkozy en 10 ans qui ont vidé les caisses et fait 23 points de dettes en baissant les recettes. Et Sarkozy a tellement conduit le pays à la faillite, qu’en effet, croissance en berne aidant, depuis 2009, les dépenses publiques on ré-augmenté. Sarkozy a même fait un emprunt avantageux de 35 milliards auprès des riches auxquelles il ne prenait plus d’impôts pour être sur de bien creuser la dette pour nous la faire payer.

Il faut ré augmenter les recettes qui ont baissé de 110 milliards selon l’UMP Gilles Carrez.

Le problème est que c’est l’Etat qui fixe lui-même (à la différence d’un ménage) ses propres moyens et que la droite à vider consciemment les caisses publiques en diminuant les impôts des ménages les plus riches et des sociétés.

Pour le Conseil des prélèvements obligatoires « Entreprises et niches fiscales et sociales » Octobre 2010, les 3 principales niches fiscales (elles concernent toutes les trois l’IS et avantagent les grands groupes) créées par la droite avant 2007 :

Régimes des Sociétés mères et filiales : coût de 34,9 milliards d’euros pour l’année 2009.
Régime d’intégration fiscale : coût de 19,500 milliards d’euros pour l’année 2009
Niche Copé (taxation à taux réduit des plus values à long terme provenant de cession de titres de participation : 8 milliards d’euros en 2009
Pour ces trois niches fiscales : un manque à gagner de 62,4 milliards d’euros.

Si l’on ajoute le coût (selon la cour des comptes) des 3 niches fiscales ajoutées par Sarkozy :
Heures supplémentaires : 4,5 milliards d’euros
TVA réduite sur la restauration : 3,5 milliards d’euros
Passage du bouclier fiscal à 50 % des revenus déclarés : 0,7 milliards d’euros.,
Soit 8,7 milliards d’euros pour ces trois niches fiscales.

Au total pour les 6 niches fiscales : 71 milliards d’euros. A comparer avec le plan de rigueur de 8 milliards d’euros.

Il faudrait ajouter à cela la baisse de l’impôt sur le revenu du à la diminution du nombre de tranches (de 13 avant 1986 à 5 aujourd’hui), au passage de la tranche supérieure de 65 % (avant 1986) à 41 % aujourd’hui.
Coût pour les finances publiques : 15 milliards d’euros en 2009.

Il ne faudrait pas oublier la baisse du taux de l’IS (avant même les niches fiscales) : de 50 % à 34,6 % aujourd’hui.
Coût pour les finances publiques : 20 milliards d’euros en 2010 (Rapport de la Cour des comptes 2010).

Au total : 71 = 35 = 106 milliards d’euros.

Niches sociales : 42 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales en 2009 (Rapport du Sénateur Jean-Jacques Jégou au nom de la commission des finances du Sénat – 2010)

Intérêts payés aux détenteurs de la dette publique : 48 milliards d’euros en 2009.

Au total : 106 + 42 + 48 = 196 milliards d’euros en 2009 alors que le déficit public s’élevait à 145 milliards d’euros.

Le rapporteur UMP, Gilles Carrez de la commission des Finances de l’AN estimait (en 2010) que les années 2000 à 2010 étaient « 10 années de  pertes de recettes non compensées ».

Qui de l’évolution de la dette publique française : Sarkozy = dette

1980 : 20,7 % du PIB
1986 : 31 % du PIB. Augmentation due à la 1ère récession généralisée de l’économie néolibérale en 1981-1982.

1991 : 36 % du PIB.
1995 : 55,5 % du PIB. Augmentation due à la deuxième récession généralisée de l’économie néolibérale en 1992-1993.

1997 : 59,5 % du PIB.
2001 (après 5 années de gouvernement Jospin) : 57 %.

Entre 2001 et 2011, avec la droite au Pouvoir, la dette publique augment de 34 points de PIB.

Entre 2007 et 2011 (Présidence de Sarkozy) la dette publique augmente de 22,4 points.
Du fait de l’accentuation de la baisse des impôts des riches et des sociétés, déjà bien entamée sous le quinquennat de Jacques Chirac (l’un de ses ministres des Finances ne fut autre que Nicolas Sarkozy).
Du fait, aussi, de la 3ème récession généralisée de l’économie néolibérale, celle de 2008-2009.

Quid des réelles Dettes de l’Etat / Sécurité sociale / Collectivités territoriales

Dette publique = somme de la dette de l’Etat + dette de la Sécurité sociale + dette des Collectivités territoriales + dettes des Organismes d’administrations centrales (RFF, météo France, Opéra…)

Dette publique totale = 1 693 milliards d’euros (86,2 % du PIB) à la fin du 1er semestre 2011.

Dette de l’Etat : 1 325 milliards d’euros. 450 % du budget de l’Etat (290 milliards d’euros)

Dette des organismes de Sécurité sociale : 181 milliards d’euros. 40 % du budget de la Sécurité sociale (450 milliards d’euros).

Dette des Collectivités territoriales : 171 milliards d’euros. 80 % du budget total des collectivités territoriales (200 milliards d’euros) alors que les Collectivités territoriales réalisent plus de ¾ de l’investissement public en France.

Quid des officines de droite appelées « agences de notation » et du fameux Triple A de la France

Les agences de notation conservent (pour combien de temps ?) le triple A de la dette publique française pour faire pression sur le déroulement et le résultat des élections présidentielles.

Il est extrêmement curieux d’entendre Moody’s déclarer que la France pourrait perdre son triple A parce que les taux de placement de ses obligations d’Etat augmentent. En général, c’est l’inverse qui se produit : les agences de notations baissent leur note et les taux augmentent.
C’est bien la preuve de la volonté des agences de notation d’aider Sarkozy tant qu’elles le pourront.

Cela fait longtemps que les marchés ont entériné la perte de ce « AAA ».
Alors que l’Allemagne obtient des taux de l’ordre de 1,80 % pour placer ces obligations d’Etat à 10 ans, la France doit se résigner à des  taux de l’ordre de 3,50 %, soit le double.

Il est donc évident que la France n’est plus dans le groupe de plus en plus restreint des 6 Etats triple A (Allemagne, France, Pays-Bas, Luxembourg, Finlande, Danemark).

Les marché financiers ont, dans les faits, distinguer 4 groupes

1er groupe : Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Luxembourg, Finlande
Les taux (des obligations d’Etat à 10 ans) vont de 1,80 % pour l’Allemagne à 2,50 % pour les Pays-Bas.
Même à l’intérieur de ce groupe, les taux tendent à diverger entre l’Allemagne et les 4 autres pays.

2ème groupe : Autriche, France, Belgique.
De 3,40 % pour l’Autriche à 4,60 % pour la Belgique en passant par 3,50 % pour la France.
La Belgique a de la chance de ne pas avoir de gouvernement depuis 500 jours : gouvernement qui pourrait imposer un plan de rigueur aux salariés belges, Wallons comme Flamands.

3ème groupe : Italie et Espagne
Les Taux de l’Espagne ont atteint 7 % et ceux de l’Italie 6,30 %.
C’est des taux de 7 % qui ont obligé la Grèce, l’Irlande et le Portugal à demander les prêts du FMI et de l’UE.

4ème groupe : la Grèce, l’Irlande et le Portugal.
Ces 3 pays ont du faire appel (puisqu’ils n’ont pas choisi de faire défaut) à l’UE et au FMI ?
Le taux de rendement de leurs obligations d’Etat sont de 8 % pour l’Irlande ; 12 % pour le Portugal ; 32 % pour la Grèce.

Lorsqu’on fait remarque à François Baroin que les taux des obligations d’Etat françaises augmentent dangereusement au cours de ces dernières semaines, il répond qu’il n’y a pas à s’inquiéter, que la moyenne des taux sur l’année est historiquement basse.
C’est un peu comme si un médecin répondait à un patient inquiet de voir en quelques jours sa fièvre passer de 37° à 40 ° qu’il n’avait pas à s’inquiéter car sur l’année sa température moyenne était de seulement 36,9 °.

La phrase à ne jamais prononcer :
« Rassurer les marchés »

1-   C’est une catastrophe

  • Une catastrophe sociale

Ainsi, en Grèce :

22 % de la population active est au chômage. 40 % chez les jeunes.
Les contrats à taux plein sont convertis en contrat à temps partiel avec une diminution proportionnelle du salaire.
Au cours de 4 derniers mois, 1/3 des salariés du privé n’a pas été payé.
Au premier trimestre 2011, 14 000 entreprises ont cessé leurs activités, faute de demande.
Selon MSF, 30 % des Grecs se soignent dans les cliniques de rue (contre 5 % auparavant).
Les retraités, les chômeurs, les sans-abri, les personnes touchées par le VIH et la tuberculose sont privées de couverture maladie.
Les coupes dans certains budgets liés à la santé comme à l’assistance sociale et le traitement de certaines maladie peuvent aller jusqu’à 80 %.

Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU : « On ne peut attendre d’un Etat qu’il ferme ses écoles, ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement afin de  disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux »

Une catastrophe démocratique


Le traité de Lisbonne ne laisse déjà pas grand place à la démocratie. La démocratie perdue au niveau des Etats n’était pas remplacé au niveau européen où règnent des institutions non-élues telles que la Commission européenne et la Cour de Justice.

Depuis le début de la crise de la dette publique, la démocratie a encore reculé. Les semestres européens, les sanctions pour déficits excessifs, le pacte pour l’euro constituent une nouvelle régression de la démocratie en Europe. Les citoyens des Etats de l’UE sont de plus en plus dépossédés de leur droit de voter leur budget. Or, sans ce droit, la démocratie n’est plus qu’un couteau sans lame.

Avec le fédéralisme budgétaire (voir plus haut) les dirigeants européens veulent encore aller plus loin.

2-   Et surtout cela ne marche pas

  • Il suffit de constater ce qui se passe


L’accord du 26 juillet devait rassurer les marchés. Dès le surlendemain, les taux des obligations italiennes à 10 ans atteignaient 6 %. Les cours boursiers ont subi une descente aux enfers continuelle pendant out l’été. Le cours des actions des banques françaises s’effondraient.

L’accord du 27 octobre devait tout régler. Patatras ! Après une journée d’euphorie, et avant même que Papandréou ne parle de référendum, les taux italiens dépassaient 6 %.

Le problème nous disait-on, ce sont Papandréou et Berlusconi. Las ! Une fois ces deux dirigeants évacués, les marchés ne sont toujours pas rassurés : le 14 novembre, l’Italie émettait 3 milliards d’euros d’obligations à 5 ans à un taux record depuis 1997 : 6,30 % contre 5,30 % le 13 octobre.

La nomination des anciens de Goldman Sachs (la banque qui avait aidé à maquiller les comptes de la Grèce avant 2010) à la tête du FMI (Mario Draghi), du gouvernement italien (Mario Monti), du gouvernement grec (Loukas Papademos) ne réussit toujours pas à rassurer les marchés. Les taux de rendement des obligations d’Etat des pays de la zone euro continuent à s’éloigner de ceux ces obligations d’Etat allemandes.

Le 20 novembre, la droite prend le pouvoir en Espagne. Les marchés ne sont toujours pas rassurés. Dès le lendemain, les taux des obligations d’Etat espagnoles atteignent 7 %. Or c’est à partir de ce taux que la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont été obligés (faute de choisir de faire défaut) de faire appel au FMI et à l’Union européenne pour rembourser les titres de leurs dettes publiques arrivés à échéances.

Il n’est pas possible de rassurer les marchés parce que la politique qui vise à les rassurer connait 4 limites.

1-   Le montant des prêts que pourrait accorder le Fonds européens de stabilité financière ne sont pas suffisants. Ce fonds dispose au mieux de 250 milliards d’euros. Le montant de la dette publique italienne est de 1 900 milliards d’euros, celui de la dette espagnole dépasse 700 milliards d’euros. L’effet levier ne rassure pas plus les marchés financiers : voir le FESF garantir 25 % de leurs créances alors que la décote des titres de la dette publique grecque détenue par des créanciers privés est de 50 % (accord du 26 juillet) n’a pas de quoi les rassurer.

2-   Limite politique. Le financement ou la garantie des créances se heurtent à la démocratie politique. Le retard apportés par les parlements finlandais ou slovaques à l’acceptation de l’accord du 26 juillet en sont un exemple. Les décisions du tribunal constitutionnel de Karlsruhe qui limite les pouvoirs accordés à Angela Merkel et l’oblige à rendre compte devant le Bundestag en sont un autre. Le refus de la droite grecque de rejoindre effectivement le gouvernement d’union nationale voulue par l’UE en est un troisième. Le temps de la démocratie n’est pas celui des marchés et c’est pour cela que les dirigeants européens veulent supprimer la démocratie.

3-   Limite sociale. Les plans de rigueur plonge des parties de plus en plus importantes de la population européenne dans le chômage et la misère. Les mobilisations sociales (syndicales, indignés) n’en sont qu’à leur début et ne pourront que s’amplifier et se coordonner au niveau européen.

4-   Limite économique, enfin. La généralisation des plans d’austérité généralise la récession dans toute l’Union européenne. Et, si la récession se généralise, les recettes fiscales et sociales diminuent et les dépenses fiscales et sociales augmentent. Le remboursement de la dette publique ou le simple recul des déficits publics devient une impossibilité.

Ce qu’il faut dire et faire
« Briser les reins des marchés financiers »

Puisque la politique qui vise à rassurer les marchés ne marche pas et que de toute façon elle mène à la catastrophe sociale et démocratique, il ne reste plus qu’une solution : leur briser les reins pour les empêcher de nuire.

Comment ?

A court terme :

1-   En amenant la BCE à prendre quelques distances avec le traité de Lisbonne pour racheter massivement les titres des dettes publiques attaquées par les marchés financiers. Tous ceux qui auraient spéculé à la baisse sur ces titres et verraient leurs cours monter suite à l’intervention de la BCE subiraient des pertes qui les dissuaderait de continuer leur manège. Contrairement au FESF, la BCE a une puissance de feu illimitée puisqu’elle peut créer autant d’euros qu’elle le souhaite.

2-   En organisant un audit de la dette publique dans chaque pays européen. Il suffit de voir la panique qui avait pris à la gorge les dirigeants européens comme Merkel et Sarkozy à la simple annonce de la possibilité d’une référendum grec, pour comprendre comment cet audit changerait le rapport de forces entre les peuples et les marchés financiers.

3-   En socialisant les banques pour éviter une nouvelle crise bancaire. Une fois ces banques socialisées, il sera enfin possible de connaître l’étendue de leurs actifs toxiques, de leur interdire toute une série de pratique (titrisation, vente à découvert, spéculation avec l’argent confié par leur déposant), de séparer banques de dépôts et banques d’investissement.

A moyen terme :

Modifier les traités européens (qui n’auraient jamais du être votés, qui ont été extorqués aux Français antidémocratiquement par Sarkozy en 2008 contre leur volonté exprimée le 29 mai 2005) pour en finir avec la contrainte des marchés financiers.

La dépendance des Etats européens vis-à-vis des marchés financiers n’a rien de naturel : il s’agit d’une construction politique qui vise à empêcher les Etats de se financer autrement qu’en passant par les marchés financiers.

L’article 63 du traité de Lisbonne (reprise d l’Acte unique de 1986) interdit  tout entrave à la circulation des capitaux non seulement au sein de l’UE mais entre l’UE et l’ensemble du monde. La meilleure façon de livrer la politique des Etats et de l’Union européenne aux fonds de pensions, d’investissements ou spéculatifs anglo-saxons.

L’article 123 §1 interdit à la BCE d’acheter directement les titres de la dette publique d’un Etat de l’Union et de consentir un crédit à tout Etat de l’Union européenne.

L’article 125 § 1 interdit à l’Union européenne d’accorder des prêts aux Etats de l’Union et aux Etats de l’UE de se prêter entre eux.

L’article 312 (et suivants) empêche toute possibilité d’un budget fédéral digne de ce nom (1 % contre 20 % pour le budget fédéral des Etats-Unis).

Ces articles doivent être abrogés.

Cette abrogation constituera la première marche vers une véritable Europe fédérale.

(Lire « DETTE INDIGNE » 240 p, 15 euros  Vient de paraître   Jean-Jacques Chavigné Gérard Filoche Ed JC Gawsewitch)

 

La crise de la dette a rattrapé l’Allemagne

« Émission obligataire allemande : un désastre complet absolu » titre la Tribune du 23 novembre 2011.

Il est vrai que, pour Angela Mercel et la CDU, c’est une sacrée douche froide. L’Allemagne a essayé de placer pour 6 milliards d’euros d’obligations d’État à 10 ans (les Bunds) mais les marchés financiers n’ont, finalement, acheté que pour 3,6 milliards de ces « Bunds ». Certes, les taux proposés par l’Agence allemande de la dette étaient très bas mais la raison principale est ailleurs : les « marchés financiers » ont entériné le fait que la crise de la dette européenne n’épargnera pas l’Allemagne. Après avoir critiqué, vilipendé les pays du « Club Med », l’Europe du sud, Merkel et la CDU se rendent compte que « les marchés » commencent à mettre l’Allemagne dans le même sac.

Le plus haut des dominos vacille à son tour :

Les marchés financiers avaient découpé les pays de la zone euro en quatre groupes :

- ceux qui ont dû faire appel aux prêts du FMI et de l’UE (Grèce, Irlande, Portugal) et dont les taux vont de 8 à 32 %.

- Ceux qui sont tout près d’avoir à faire appel aux prêts de la Troïka comme les pays précédents : l’Espagne et l’Italie.

- Ceux qui sont déjà dans les collimateurs des marchés : la Belgique, la France et l’Autriche.

- Les pays AAA : Allemagne, Pays-Bas, Finlande, Danemark, Luxembourg. Mais même dans ce dernier groupe, l’Allemagne tendait à faire cavalier seul et bénéficiait de taux d’intérêts nettement plus bas pour ses obligations d’État.

Tout s’effondre et tout ce qui a été annoncé, claironné, s’effondre aussi.

Les bons et les mauvais élèves de l’euro, ça ne fonctionne plus.

Dire qu’il faut « rassurer les marchés » est une devenu très très grosse bêtise. Les « marchés », ils sucent le sang de tous les états européens à ce jour, ils n’arrêtent pas, ils s’attaquent à toutes les dettes, et ils visent au plus haut : l’Allemagne.  Il faut non pas les rassurer mais les stopper, les matraquer, les étrangler avant qu’ils ne fassent exploser l’Euro et l’Europe. Or ce sont les amis de Sarkozy et Merkel : ils sont copains/coquins à la tête de l’UE, les néo libéraux et banquiers spéculateurs, d’où leur difficulté à trancher quoi que ce soit. Sarkozy est l’homme des banques françaises et Merkel la femme des banques allemandes. Et tout ce beau monde est derrière Goldman Sachs qui contrôle directement la BCE, la Grèce l’Italie, l’Espagne, le Portugal. Comment ne pas trop se faire souffrir entre amis ?

L’échec de l’émission obligataire allemande du 22 novembre marque une rupture (sans doute à confirmer) de la part des marchés financiers. Ils ont maintenant intégré le fait que l’Allemagne ne pouvait pas être disjointe des autres pays de la zone euro, en particulier quand les plans de rigueur généralisent la récession à toute l’Europe. La vision du monde, ou du moins de l’Europe, d’Angela Merkel en prend donc un sacré coup. Deux coups en réalité.

Le premier c’est sa vision de l’Union européenne divisée entre les bons et les mauvais élèves et où l’Allemagne finissait par être le seul bon élève. Les taux d’intérêts extrêmement bas dont bénéficiait l’Allemagne au détriment des autres pays de la zone euro lui paraissaient parfaitement mérités puisqu’elle prônait l’austérité et la rigueur budgétaire. La réalité était d’ailleurs un peu plus complexe puisque le Danemark et les Pays Bas dont la dette publique est largement inférieure à celle de l’Allemagne subissaient des taux d’intérêts plus élevés.

Avec l’échec de cette émission obligataire, cette vision n’est plus soutenable. C’est tout le bateau européen qui est menacé de couler.

Le deuxième c’est la justification de son refus de laisser la Banque centrale européenne acheter massivement les titres des dettes publiques des pays en difficulté. Cela n’était pas possible selon le dogme de Merkel parce que laisser ainsi agir la BCE aurait consisté à accorder une prime aux mauvais élèves, à tous ceux qui étaient incapables de tenir rigoureusement leurs finances publiques. L’absence de capitaine dirigeant le navire, aggrave le risque de catastrophe.

En autorisant la Bundesbank a acheter les 39 % de Bunds dont les marchés n’ont pas voulu, Angela Merkel fait à Berlin ce qu’elle ne veut pas que la BCE fasse à Francfort. Mais elle perd la  justification pour refuser que la Banque centrale européenne agisse de la même façon non seulement en rachetant les titres des dettes publiques en difficulté sur le marché secondaire (la bourse) mais même sur le marché primaire lors de leur émission puisque c’est ce que fait la Bundesbank.

Nouveau jeu de l’oie : si vous tombez sur la case BCE où elle n’est plus « indépendante » Merkel vous envoie à la case menace de rupture des traités. Si vous évitez de passer par la case BCE, Merkel veut bien faire semblant de ne pas voir que la BCE indépendante fait d’elle même ce qui ne lui est pas imposé. Mais sans le dire. Sarkozy obséquieux appelle ça : ne pas pas faire pression sur la BCE ni en « positif » ni en « négatif ». D’où il est question un jour oui, un jour non, de réviser la règle du jeu  : revoir les traités hier intouchables ou faire comme si de rien n’était ? Mais les marchés continuent donc leur chantage tant que la BCE n’a pas garanti toutes les dettes. Le jeu de dupe Sarkozy/Merkel consiste à se cacher interminablement les yeux d’une main pour ne pas voir ce que fait l’autre. Alors ils laissent la BCE violer les traités sans le dire pour que personne ne perde la face. Rachat de  la dette ou pas rachat ? Si rachat par la BCE, Merkel, Maastricht, TCE, Lisbonne, tout ça perd. Si pas rachat, tous les dominos tombent, même le berlinois.

Cruel dilemme pour Angela Merkel, le capital allemand et  la plupart des dirigeants européens, de Sarkozy à Barroso avec leurs  différences pseudo doctrinaires concernant le rôle de la Banque centrale européenne. Les théories si longtemps, si âprement défendues par les néolibéraux volent en éclats. Ce n’était pas la peine que Sarkozy viole le vote de 55 % des Français du 29 mai 2005, en imposant anti-démocratiquement le traité de Lisbonne en 2008, pour capituler ainsi en rase campagne en 2011 sur la question centrale des ces traités.

Il leur devient de plus en plus difficile, maintenant, de présenter l’Allemagne comme modèle et d’imposer, concession sur concession aux « marchés », aux banques et plan de rigueur sur plan de rigueur. Toute la politique néolibérale au service de la finance est en voie d’effondrement.

Lire « dette indigne » par JJ Chavigné et gérard Filoche 240 p 14,9 euros,  10 questions 10 réponses sur la crise de la dette.

Ascensoristes : encore un mort et deux blessés graves hier à Paris

Pas assez de sécurité, pas assez d’effectifs, pas assez de formation, trop de cadences, trop de dangers. Avant, un ascensoriste avait 50 ascenseurs à suivre, aujourd’hui, c’est plus de 100 par ouvrier.  Les grands groupes, Kone, Thyssen, Schindler, Otis tuent – pour le profit.

Déjà le 18 juin 2010 : Aurélien avait 26 ans.

Il est mort écrasé par l’ascenseur qu’il réparait à 17 h 10, le vendredi 18 juin. Il était encore assis sur la porte palière à changer l’un des boutons de stop de bas de fosse, quand l’engin bloqué à 3 m au-dessus de lui a redémarré à 0,63 m/seconde. Pas eu le temps de se retirer. La violence du choc a provoqué un arrêt du cœur, avec le temps qu’il a fallu pour le dégager, il n’a pu être vraiment réanimé. Parti dans le coma avec le Samu, il est décédé à la Pitié.  Il travaillait depuis 15 mois chez Schindler qui l’avait placé à demeure pour l’entretien des 37 ascenseurs des 11 immeubles du Crédit Lyonnais, Boulevard des Italiens. Son compagnon de 22 ans recruté en avril 2010 s’est sauvé de justesse, en se blottissant dans le mince espace de la réserve au 3° sous-sol. Cliquez pour lire la suite »

L’axe central du “nouveau programme » de l’UMP est de baisser les salaires

Quand l’UMP, J-F. Copé, B. Lemaire et autres se réengagent dans la bataille contre les 35 h, personne n’y comprend rien car cela ne sert à rien vu que n’importe quel employeur peut faire travailler un salarié jusqu’à 48 h par semaine.

En quoi le fait de remettre en cause les 35 h fera que les salariés travailleront plus ? Mystère. Nous avons déjà le taux de productivité horaire le plus élevé du monde. On pourra difficilement faire mieux. Ce sont les pays les plus pauvres qui travaillent plus longtemps et les pays les plus riches qui ont les durées du travail les moins longues. Cliquez pour lire la suite »

Mme Mitterrand vous avez fait quelque chose de bien de votre vie, de la vie

Une grande dame, comme on dit, mais surtout une militante, une femme d’un courage, d’une indépendance, et d’une obstination à gauche exceptionnelle vient de disparaître. Danielle Mitterrand, on lui doit toutes et tous un hommage profond, sincère, admiratif. Pas seulement des mots émus, mais des salutations politiques exemplaires et reconnaissantes.
C’est celle qui a défendu Cuba contre l’infâme blocus économique des Usa, quand presque personne n’osait plus le faire autant qu’il le fallait.
C’est elle qui rappelait qu’on ne peut pas étrangler ainsi un pays et une révolution et qui faisait savoir ici, en France, devant l’incurie médiatique, que l’ONU condamne  unanimement ce blocus insensé de la plus grande puissance du monde contre une île courageuse de 11 millions d’habitants, seulement parce que celle-ci n’est pas “alignée” sur la dictature de la finance mondiale.
C’est elle qui a pris position, contre toute sa proche famille, pour appeler à voter “non”, courageusement au referendum du 26 mai 2005, à ce catastrophique Traité constitutionnel européen qui conduit maintenant l’Europe au bord du gouffre.
C’est elle qui menait campagne pour la protection de l’eau comme le bien humain n°1 dans le monde entier, et qui n’a pas hésité à dénoncer les faux sociaux démocrates assassins qui tiraient à la mitrailleuse lourde en Bolivie contre le peuple lorsque celui-ci exigeait que l’eau pillée par un trust français lui soit rendue.
C’est elle qui menait campagne pour les droits de l’homme, là, où les préjugés des banques et des capitalistes interdisaient de le faire.
Plus particulièrement, il me fut donné à un moment, il y a quelques années, de répondre à son appel, pour un délicat problème et de l’aider, ce fut pour moi l’occasion personnelle de découvrir toute sa dignité, son attention scrupuleuse aux droits, et chacun des échanges que nous eûmes alors, me revient aujourd’hui avec émotion et tristesse.
Bravo Mme Mitterrand vous avez fait quelque chose de bien de votre vie, de la vie. Quelque chose d’exemplaire qui vaut des larmes, de l’honneur et de la fierté à gauche.

Le Parquet ne fait pas appel contre la relaxe de Gérard Filoche

Le Parquet ne fait pas appel contre la relaxe de Gérard Filoche

Voilà qui est un double désaveu : contre le directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, qui avait « chargé » Gérard Filoche dans une lettre indigne et refusé de lui accorder la « protection fonctionnelle » ordinairement accordée aux agents de l’inspection mis en cause en justice  dans l’exercice de leur mission. Jean Denis Combrexelle, qui dînait régulièrement avec Denis Gautier-Sauvaignac, l’homme de la caisse noire d’argent sale de l’UIMM, lors de la « recodification » du Code du travail dont il était chargé… se voit donc démenti, la justice estimant finalement que Gérard Filoche ne doit plus être mis en cause du tout. Cliquez pour lire la suite »

Laurence Parisot couronnée « reine des rapaces » le 9 novembre à Paris dans la « Nuit des rapaces » animée par « Fakir », François Ruffin, « Là-bas si j’y suis », Daniel Mermet, et « Siné mensuel »

intervention  Gérard Filoche pour que soit plébiscitée Laurence Parisot, « reine des rapaces » :

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas ? » C’est la maxime préférée de Laurence Parisot. Elle sonne comme un menuet. Mais c’est l’apologie de la barbarie. Car l’histoire de l’humanité, c’est celle de la lutte contre la précarité : depuis 50 siècles, depuis l’âge des cavernes, nos ancêtres les plus anciens ont lutté contre la précarité de leur sort. Contre la faim, la soif, le froid, la maladie. On a inventé l’agriculture pour lutter contre la précarité de la cueillette. On a inventé l’élevage pour lutter contre la précarité de la chasse. Cela fait 50 siècles que nous luttons pour du pain et pour rendre nos vies moins précaires. Nous luttons y compris contre la précarité de nos amours. Et puis arrive cette femme au XXI° siècle, elle dirige le tout puissant patronat en France, le CAC 40, elle habite à l’Elysée, et voilà, elle vous dit «  50 siècles d’erreur ! ». Il faut tout revoir, accepter la précarité, intégrer la précarité dans vos têtes, dans toute votre vie, à commencer par le travail. Acceptez de n’être plus sûrs d’avoir du pain !

Ce n’est pas tout : elle a dit « La liberté de penser s’arrête là ou commence le code du travail ». Le Code du travail, c’est un droit intime, quotidien, vital pour 18 millions de salariés, même pour ceux qui ne le connaissent pas, il régit leur salaire, le rythme de leur vie journalière, hebdomadaire, mensuelle, leur santé, leur hygiène, leur sécurité au travail, leur protection sociale, leur emploi, leur formation, leur retraite, leurs droits syndicaux, leur droit d’expression, leurs institutions du personnel. Le Code du travail, c’est un texte fait de sueur et de sang, de luttes et de larmes. Il a fallu 160 ans pour le bâtir. Il incarne toute l’histoire de la réduction du temps de travail. Il a fallu 80 ans entre 1840 et 1920 pour passer de la journée de 17 h à la journée de 10 h. Il a fallu encore 70 ans pour passer de la semaine de 40 h à la semaine de 35 h. C’est le texte le moins enseigné, le moins connu, le plus dénigré, le plus fraudé mais le plus important dans la vie réelle. Ils disent que c’est un texte compliqué… J’ai toujours souri d’entendre ceux qui défendaient le Traité Constitutionnel Européen dire du Code du travail qu’il était « compliqué », alors qu’ils soumettaient le TCE au vote de 42 millions d’électeurs, les mêmes estimaient que le Code du travail devait être absolument « simplifié », « recodifié » « allégé ». Laurence Parisot est leur reine : quand elle dit, « La liberté de penser s’arrête là ou commence le code du travail », elle avoue tout, elle aurait pu dire « la liberté s’arrête… », non, elle va jusqu’à bout, elle dit « la liberté de penser s’arrête… ». Elle a été filmée quand elle disait cela, c’est dans un film de Anne Kunvari, « Il était une fois le salariat », produit par Iskra, Laurence Parisot est assise dans une voiture, elle dit la phrase en souriant, comme une bonne blague. Mais ce n’est pas une blague, elle veut que « le contrat l’emporte sur la loi », elle ne veut plus d’état de droit dans les entreprises. Elle a le sens des formules, elle ne veut plus de justice au travail, elle prétend que « les prud’hommes insécurisent les employeurs » ! Elle ne veut plus de Smic, elle ne veut plus de médecine du travail, elle ne veut plus de durée légale du travail, ni sur la semaine, ni sur le mois, ni sur la vie, elle veut une retraite à la carte…

Il y a 4 ans, le 26 septembre 2007, elle a été sur la sellette quand le TRACFIN a découvert les fonds cachés de l’UIMM et du Medef. 600 millions d’euros de « caisse noire » basée sur une double cotisation secrète des entreprises. Abus de biens sociaux. 600 millions c’est quatre fois le coût de la non-imposition des indemnités d’accident-maladie qu’ils ont supprimé. Presque autant que les 400 millions qu’ils veulent enlever aux salariés en imposant un quatrième jour de carence non payé en cas de maladie… 600 millions, c’est le fruit d’un trafic par une bande organisée : si cela avait été une simple bande de trafiquants de mobylettes de banlieue, ils seraient en prison depuis longtemps. Là, Laurence Parisot et DGS ne sont pas encore jugés quatre ans après ! DGS président de l’URSSAF utilisait cet argent pour payer les salaires du Medef, lui chargé de récolter les cotisations sociales des URSSAF, un comble, il versait ces salaires « au noir », sans cotisations.

Il n’y a pas que les mallettes de Gourji, de Takkiedine, de Karachi, de Woerth et de Sarkozy, les mallettes de Denis Gautier-Sauvaignac, faisaient de 22 à 32 kilos remplis de billets 200 à 300 000 euros chaque mois pour « fluidifier les relations sociales » c’est-à-dire aider les patrons à résister aux grèves, financer des syndicats jaunes et corrompre des parlementaires pour voter leurs amendements. Laurence Parisot avait tenté de nier : elle avait dit « beaucoup savaient inconsciemment ». Je vous invite à méditer sur le « savoir inconscient collectif ». Elle avait dit : « Je me sens salie ». Mais quatre ans après, elle ne s’est toujours pas lavée ! Ca marche toujours pareil et rien n’est jugé.

D’ailleurs elle ne veut plus de cotisations sociales, pour elle ce sont des « charges ». Or vous le savez, les cotisations, c’est un salaire mutualisé. C’est ce qu’il y de plus beau, une part du salaire mise volontairement par les salariés dans un pot commun et redistribuée à chacun selon ses besoins en cas de maladie, de chômage, d’accident du travail, de famille nombreuse, de retraite. Ce ne sont pas des « charges » mais un bonheur ! Laurence Parisot elle veut les supprimer. Quand vous l’entendez parler « d’abaisser les charges », comprenez qu’elle veut baisser votre salaire brut. L’autre jour, au Grand Journal de Canal +, il lui était demandé ce que signifiait « URSSAF », elle a hésité : « Pour moi, cela me rappelle l’URSS » a t elle dit. Pour elle, l’idée qu’il y ait une Sécurité sociale, un salaire brut, indirect, mutualisé, cela lui faisait penser à URSS ! Alors vraiment la chef du patronat la mérite, la palme d’or des rapaces, c’est elle la reine du pillage de nos salaires et de nos droits !

 

C’était lors de la « nuit des rapaces » organisée par le journal Fakir, aidé de Daniel Mermet de « Là-bas si j’y suis » et de « Siné mensuel ». Fakir, animé, entre autre, par François Ruffin, est poursuivi en justice pour diffamation par Jean-Charles Naouri, actuel PDG de Casino, un  « rapace » hors catégorie. D’entre les dix rapaces en compétition le soir du 9 novembre, salle Olympe de Gouges Paris 11e, c’est Laurence Parisot qui a reçu le prix d’excellence.

RV au Procès lundi 28 novembre à 8 h 30 et mercredi 30 novembre à 13 h 30 à la XVIIe chambre correctionnelle de Paris. Solidarité !

Baba

Au boulot n°46

Pensez à eux lorsque, le dimanche midi, vous mangez leurs gâteaux. Éclairs au chocolat, babas au rhum, fraisiers, tartes au citron, millefeuilles… Ce sont les ouvriers pâtissiers qui ont l’un des plus dur travail de ce pays et les durées hebdomadaires les plus longues. Cliquez pour lire la suite »

Comment virer une femme syndiquée de retour de congé maternité :

Au boulot n°45

« Je suis en mesure de vous donner un certain nombre de préconisations destinées à permettre d’atteindre l’objectif de procéder au licenciement de la salariée dont nous avons parlé lors de notre dernier entretien ». Ainsi commence la lettre d’un avocat au patron d’une société de Bourse, pour lui expliquer comment se débarrasser d’une femme de retour de congé maternité, par ailleurs salariée protégée. Cliquez pour lire la suite »

Apprenti commis cuisine

Au boulot n°44

Reportage l’autre jour au journal télévisé sur la formation des jeunes commis cuisine. Des patrons s’y plaignaient de ne pas trouver assez de jeunes vocations, il y aurait 20 000 emplois vacants en dépit de l’apprentissage.

Souvenir de permanence de l’inspection du travail : un ouvrier du bâtiment, d’origine algérienne, était venu avec son fils. Agé et usé, le visage buriné par le travail de manoeuvre qui avait été le sien au moins quarante années durant, il regardait autour de lui, comme s’il était en un lieu où il ne devait pas être. Il avait mis sa plus belle veste. Ses mains tremblaient. Il semblait ne pas oser dire la raison pour laquelle il accompagnait son fils. Cliquez pour lire la suite »