De jour comme de nuit, Debout pour gagner !

De jour comme de nuit, Debout pour gagner !

MARDI, 26 AVRIL, 2016
L’HUMANITÉ

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Photo Anne-Christine Poujoulat / AFP

Texte collectif. Acteurs de la mobilisation sociale pour le retrait du projet de loi El Khomri, nous pensons que nos actions et le mouvement Nuit debout sont complémentaires.

À l’occasion des manifestations et grèves à venir, à partir du 28 avril, le 1er mai et ensuite, nous souhaitons des moments d’unité, de combativité, de fraternité, place de la République et sur toutes les places de France, sous des formes diverses et à imaginer : débats, village syndical, meetings communs, etc.Côte à côte dans les rues, travailleurs, jeunes, retraités, privés d’emploi, ont un intérêt commun à débattre et à décider ensemble, à construire des revendications portant une part d’utopie.Nous pensons que toutes les structures syndicales et tous les syndiqués opposés à la loi El Khomri ont toute leur place dans ces moments de fraternité et de construction collective, que tous les participants aux « Nuits debout » ont leur place dans les manifestations et la grève nécessaires pour gagner.Nous appelons, dès le 28 avril et en particulier le 1er mai, après les manifestations, place de la République et sur toutes les places de France, à la discussion libre, fraternelle, pour faire le point sur nos accords et désaccords, nos différences, nos luttes et nos espoirs communs.Ensemble, nous pouvons faire peur à l’oligarchie, faire reculer le pouvoir, nous pouvons gagner !

Signataires : Lina Desanti (Secrétaire général UD Tarn-et-Garonne), Karl Ghazi (CGT Commerce Paris), Denis Gravouil (Secrétaire général FNSAC-CGT), Mehdi Khemoune (CGT Air France), Cédric Quintin (Secrétaire général UD Val-de-Marne), Baptiste Talbot (Secrétaire général Fédération CGT des Services publics), Emmanuel Vire (Secrétaire général SNJ-CGT) Natacha Grelot (co secrétaire nationale SNPESPJJ FSU), Christian Taillandier (Secrétaire national SNUITAM FSU),élisabeth Hervouet, Hervé Heurtebize, Véronique Ponvert, Julien Rivoire, Valérie Soumaille (syndicalistes FSU), éric Beynel, (porte parole de Solidaires), Cécile Gondard Lalanne (porte parole de Solidaires), éric Santinelli (Fédération SUD Rail), Jean Vignes (Fédération SUD Santé sociaux) Caroline de Haas, (initiatrice de la pétition Loi Travail, non merci!), Frédéric Lordon (économiste), François Ruffin (rédacteur en chef de Fakir).
j’ai signe et vous invite à le faire, gerard filoche

Les PME : un alibi pour les grandes entreprises

 

Bien souvent, lorsqu’un mauvais coup se prépare contre les salariés au profit des grandes entreprises, ces dernières se cachent derrière le paravent des PME. Une autre forme de « sociétés-écrans »…

La directive « secret des affaires »

La directive européenne sur le « secret des affaires » met en danger les lanceurs d’alerte, les journalistes, les syndicalistes qui rendraient publiques des informations que des entreprises voulaient garder secrètes. Les fichiers du cabinet panaméen Mossack Fonseca, par exemple.

Le justificatif de cette directive, destinée à protéger les « secrets » des firmes transnationales, a été la protection des PME européennes contre l’espionnage industriel. La protection des firmes transnationales contre cette forme d’espionnage aurait laissé l’opinion publique indifférente. Il fallait donc utiliser le paravent des PME.

Le projet de loi El Khomri

Dans l’argumentaire du parti socialiste  vantant les « principaux apports de la commission des affaires sociales », figure un chapitre entier sur « des mesures en faveur de nos petites et moyennes entreprises ». Il ne s’agit pas d’un projet de collectivisation des PME, le mot « nos » est uniquement employé pour tenter de faire oublier que se sont les droits des salariés de ces entreprises qui sont gravement remis en cause.

Sous prétexte de mesures en faveur des PME, noyées au milieu d’autres mesures qui devraient relever du  code du commerce et non du code du travail, deux mesures sont directement tournées contre les salariés de ces entreprises.

1ère mesure. Les entreprises de moins de 50 salariés auraient la possibilité de déduire de leurs résultats (et donc de leur impôts) une provision pour risque lié à un contentieux prud’homal, quand bien même aucune procédure ne serait effectivement engagée. Non seulement cette mesure permettrait à une PME de programmer, plusieurs années à l’avance, le licenciement de ses salariés, mais en plus, elle serait encouragée à constituer ces provisions puisqu’elles lui permettraient de diminuer le montant de ses impôts. Ceinture et bretelles pour la sécurité des entreprises mais sécurité zéro pour les salariés.

2ème mesure. Les critères des licenciements économiques, en fonction de la baisse des commandes ou du chiffre d’affaires, seraient appréciés en fonction de la taille de l’entreprise. Il suffirait d’une baisse, durant un seul trimestre, de son chiffre d’affaires ou de son carnet de commande pour qu’une entreprise de moins de 11 salariés puisse procéder à des licenciements économiques. Les licenciements deviendraient donc plus faciles pour une TPE ou une PME que pour une grande entreprise. Au nom de quoi les salariés des TPE ou des PME, déjà plus vulnérables, devraient-ils être encore plus mal traités que ceux des autres entreprises ?

Les entreprises embauchent lorsque leurs carnets de commande se remplissent. Ils se remplissent lorsque les salaires augmentent et que l’État et les collectivités territoriales investissent. La facilitation des licenciements n’a jamais facilité les embauches. C’est à peu près aussi pertinent que de croire que c’est en crevant un pneu qu’il serait plus facile à gonfler.

Les PME sont bien souvent sous la domination d’un grand groupe

L’étude de l’Insee de mars 2012 « Un tissu productif plus concentré qu’il ne semblait » remet radicalement en cause les idées reçues au sujet des MPE. Elle n’a guère eu de publicité dans les médias. Il est facile de comprendre pourquoi.

Selon cette étude, les PME indépendantes n’emploient que 2,070 millions de salariés alors que les PME sous contrôle d’un groupe (français ou étranger) emploient 1,450 millions de salariés soit 42 % du nombre total des salariés employés par les PME.

De nombreuses unités légales, en effet, ont été créées pour « externaliser » un service de l’entreprise-mère, pour échapper à l’élection de représentants du personnel ou pour faire sortir des salariés du champ d’une convention collective. De nombreuses PME ont été rachetées par des grands groupes. De nombreuses PME ne sont que des sous-traitantes d’une entreprise donneuse d’ordre, sans laquelle elles n’existeraient pas.

Les conséquences de cette concentration

La 1ère concerne la fiscalité. A chaque fois que des avantages fiscaux, des garanties publiques, sont accordés à une PME dépendante d’un grand groupe, ce sont, par le jeu des comptabilités consolidées et des prix internes, les actionnaires des grands groupes qui finissent par engranger des dividendes.

La 2ème concerne les cotisations sociales. A chaque fois que des exonérations de cotisations sociales sont accordées à une PME dépendante d’un grand groupe, ce sont, là encore, les actionnaires des grands groupes qui en profitent. Le mécanisme qui leur permet d’y parvenir est assez simple : le « coût du travail » diminuant pour la filiale, la société-mère diminue le montant de ce qu’elle verse à cette filiale pour lui payer un produit ou un service sous-traité. Les profits des grands groupes augmentent donc du fait des exonérations de cotisations sociales accordées aux PME.

L’exemple le plus visible de cette mécanique est le chantage éhonté exercé par les grands groupes sur les PME sous leurs dépendances économiques, en exigeant que ces dernières leur reversent tout ou partie du Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) qu’elles percevaient. Le médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet, avait tiré la sonnette d’alarme, tant le procédé était grossier et Fleur Pèlerin avait dû intervenir. Mais ce phénomène n’est que la pointe émergée de l’iceberg.

 

L’amendement de la commission des Affaires sociales encouragerait les grandes entreprises à créer des PME artificielles

L’amendement de la commission des Affaires sociales permettrait aux grandes entreprises voulant licencier dans certains secteurs de leurs activités, d’« externaliser » ces secteurs en créant, pour l’occasion, plusieurs PME. Ces dernières seraient des entreprises juridiquement indépendantes des grandes entreprises qui les auraient créées mais resteraient sous leur entière dépendance économique.

Grâce aux PME ainsi créées, les grandes entreprises pourraient licencier au moindre coût. Elles pourraient, même, indirectement, provisionner les licenciements qu’elles prévoient d’effectuer dans les PME de moins de 50 salariés restées sous leur dépendance. Elles diminueraient du même coup leurs impôts car, au final, ce sont toujours les grandes sociétés qui ratissent.

 

jean jacques chavigné

 

Le projet de loi scélérat d’El Khomri pour les entreprises et les actif-v-es est passé de 45 articles à 66 articles, de 151 à 173 pages

TEXTE DE LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES

 

ANNEXE AU RAPPORT

 

Projet de loi

Visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actif-v-es

Enregistré par la Présidence de l’Assemblée nationale, le 07/04/2016

 

Titre 1er

Refonder le droit du travail et donner plus de poids à la négociation collective

 

CH I

Vers une refondation du code du travail

Page 3 Article 1er : Instauration d’une commission afin de proposer au Gouvernement une refondation de la partie législative du code du travail et principes essentiels du droite du travail.

Cette refondation attribue une place centrale à la négociation collective.

CH I bis (nouveau)

Page 3        Renforcer la lutte contre les discriminations, le harcèlement et les agissements sexistes

CH II

Page 3        Une nouvelle architecture des règles en matière de durée du travail et de congés

Page 4 Article 2 : Nouvelle architecture

Page 5 - Chapitre 1er : Durée et aménagement du travail

Page 5 -  Section 1 : Travail effectif, astreintes et équivalences.

Page 8 - Section 2 : Durée maximales du travail

Page 9 - Durée quotidienne maximale.

Page 9 - durée hebdomadaire maximale.

 

Page 11 – Section 3 : durée légale et heures supplémentaires

Page 11 - Section 4 : Aménagement du temps de travail pour une période supérieure à la semaine, horaire individualisés et récupération des heures perdues

Page 14 – Aménagement du temps de travail sur une période supérieur à la semaine

Page 16 – Horaires individualisés et récupération des heures perdues

 

Page 18 - Section 5 : Conventions de forfait

Page 21 – Section 6 : Dispositions d’application

Page 21 – Chapitre II : Travail de nuit

Page 29 – Chapitre III : Travail à temps partiel et travail intermittent

Page 29 – Section 1 : travail à temps partiel

Page 39 – Section 2 : Travail intermittent

Page 41 – Repos quotidien

 

Page 42           Article 3 : Autres congés

Page 42 – Jours fériés

Page 45 – Congés payés

Page 61 – Congés de conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle

Page 61 – Congés pour évènements familiaux

Page 65 – Congé de proche aidant

Page 68 – Congé mutualiste de formation

Page 71 - Congé pour catastrophe naturelle

Page 72 – Congés de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse

Page 74 – Congé de représentation

Page 75 – Congé de solidarité internationale

Page 77- Congé pour acquisition de nationalité

Page 79 - Congés d’évaluation des parcours professionnels

Page 84 – Congé sabbatique.

 

Page 89           Article 3 bis (nouveau) : période de protection contre le licenciement pour les mères

 

Page 89 Article 4 : Compte épargne temps

Page 92 Article 5 : Révision convention forfait

Page 93 Article 6 : Modification code des transports

Titre II

Favoriser une culture de dialogue et de négociation

Chapitre 1er :

Des règles de négociation plus souples et le renforcement de la loyauté de la négociation

Page 94 Article 7 : Préambule, méthode et durée des accords collectifs

Page 97 Article 8 : Simplification des règles de révision et de dénonciation des accords et négociation avec un salarié mandaté par une organisation syndicale

Page 101 Article 9 : Divers…

- Recours à la visioconférence  pour réunir les IRP

- Simplification des modalités de passage à 300 salariés

- Intégration des informations trimestrielles dans la base de données économiques et sociales

- Définition des établissements distincts

 

Chapitre II

Renforcement de la légitimité des accords collectifs

Page 104 Article 10 : Généralisation progressive de l’accord majoritaire (Opposition à un accord d’entreprise par les syndicats minoritaires ayant obtenu au moins 30 % des suffrages exprimés et référendum d’entreprise)

 

Page 109 Article 11 : Accords majoritaires en faveur de l’emploi (Rupture du contrat de travail pour motif personnel en cas de refus d’un changement de sa durée de travail et de sa rémunération alors qu’un accord d’entreprise conclu en vue de la préservation de l’emploi édicte des mesures différentes des clauses du contrat de travail d’un salarié).

Page 111 - Article 12 : Sécurisation des accords de groupe (Représentativité des organisations syndicales lors de la signature d’un accord d’entreprise)

Page 112 – Sécurisation des accords de groupe (accords interentreprises)

Page 113 : Rapports entre accords de groupe, accord d’entreprise et accords d’établissement

 

Page 114 Article 13 : Mission des branches professionnelles

Page 114 Article 14 : Restructuration des branches professionnelles

Chapitre III :

Des acteurs du dialogue social renforcé

Page 118 Article 15 : Locaux syndicaux

Page 119 Article 16 : Heures de délégation des DS

Page 120 Article 17 : Procédure de contestation des expertises décidées par le CHSCT

Page 121 Article 18 : Financement formation des délégués du personnel et délégués syndicaux par le Comité d’entreprise

Page 121 – Formation des acteurs de la négociation collective

 

Page 123 Article 19 : supprimé (il s’agissait de l’article sur la mesure de l’audience patronale)

Page 123 Article 20 : financement des organisations professionnelles représentatives du secteur de la production cinématographique, audiovisuel, spectacle

Titre III

Sécuriser les parcours et construire les bases d’un nouveau modèle social à l’ère du numérique

Chapitre 1er :

Mise en place du compte personnel d’activité

Page 123 Article 21 : CPA

Page 126 – Compte engagement citoyen

 

Page 127 – Compte personnel de formation

 

Page 130 : Mise en œuvre du compte personnel de formation pour les travailleurs indépendants, mes membres des professions libérales et les professions non salariées et leurs conjoints collaborateurs.

 

Page 131 – Formations éligibles et mobilisation du compte

Page 131 – Prise en charge des frais de formation

 

Page 132         Article 21bis (nouveau) – Concertation sur les dispositifs pouvant être intégrés dans le CPA, engagée avant le 1er octobre 2016.

Page 132 Article 22 : CPA des agents publics

 

Page 133 Article 23 : Parcours contractualisé d’accompagnement et généralisation de la garantie jeune

Page 135 Article 23 bis (nouveau) : Étude de l’opportunité de la prolongation des emplois d’avenir au-delà de 3 ans

 

Page 135 Article 24 : Dématérialisation du bulletin de paie

 

Chapitre II :

Adaptation du droit du travail à l’ère du numérique

Page 136 Article 25 : Droit à la déconnexion

Page 136 Article 26 : Télétravail et travail à distance (concertation engagée avant le 1er octobre 2016)

Page 137 Article 27 : utilisation des outils numériques de l’entreprise par les organisations syndicales (diffusion des informations syndicales notamment par intranet         et recours simplifié au vote électronique)

Page 138 Article 27 bis (nouveau) : Travailleurs utilisant une plateforme de mise en relation par voie électronique

Titre IV – Favoriser l’emploi

 

Chapitre 1er

Faciliter la vie des TPE et PME et favoriser l’embauche

Page 140 Article 28 : Le droit à l’information des TPE et PME (appui aux entreprises : droit pour les entreprises d’obtenir une réponse de l’administration dans un délai raisonnable)

Page 141 Article 28 bis (nouveau) : exonérations des cotisations sociales pour les avantages et cadeaux accordés par l’employeur à ses salariés

Page 141 Article 29 : Accord type pour les entreprises de moins de 50 salariés

Page 142 Article 29 bis (nouveau) : provision pour d’éventuelles indemnités accordés à un salarié par le tribunal des Prud’hommes

Page 142 Article 30 : définition du motif économique du licenciement

Page 143 Article 31 : prise de position formelle opposable à l’administration sur l’application d’une norme ou au projet du demandeur

Chapitre II

Renforcer la formation professionnelle et l’apprentissage

Page 144 Article 32 : Apprentissage (Prise en charge des dépenses des établissements privés d’enseignement du second degré qui concourent à l’insertion des jeunes sans qualification)

Page 145 Article 33 : Expérimentation du contrat de professionnalisation pour les demandeurs d’emploi.

Page 145 Article 34 : Assouplissement de la validation des acquis de l’expérience (Modification du code de l’éducation).

Page 146 Article 35 : Sécurisation des listes de formation éligible au CPF

Page 147 Article 36 : Information et évaluation (enquête nationale relative au taux d’insertion des formations des apprentis)

Page 148 Article 37 : Recrutement d’agents contractuels par les GRETA et les établissements d’enseignement supérieur

Chapitre III :

Préserver l’emploi

Page 150 Article 38 : Sécurisation du portage salarial

Page 153 Article 39 : Emplois saisonniers (Saisonnier, dont les tâches sont appelées à se répéter chaque année…)

Page 154 Article 40 : Dispositions applicables à l’ensemble des groupements d’employeurs

Page 154 Article 40 bis (nouveau) : formes prises par les groupements d’employeurs

Page 154 Article 41 : Transfert d’entreprises

Page 155 Article 41 bis (nouveau) : Transfert d’entreprise et actions favorisant la reprise totale ou partielle des activités

Page 156 Article 42 : Revitalisation des territoires (documents dans le cadre d’un PSE)

Page 156 Article 43 : Accès aux formations du CNFPT pour les salariés en contrat aidé dans les collectivités publiques (suppression des mots « contrat d’avenir »)

 

Titre V

Moderniser la médecine du travail

Page 157 Article 144 : Réforme de la médecine du travail

 

Titre VI

Renforcer la lutte contre le détachement illégal

Page 163 Article 45 : (conditions de transmission dématérialisée) de la déclaration du maître d’ouvrage ou du donneur d’ordre)

 

Page 165 Article 46 : (assujettissement au versement d’une contribution pour tout employeur établi hors de France qui détache un salarié sur le territoire national afin de couvrir les frais de fonctionnement du système de dématérialisation de la déclaration mentionnée plus haut)

 

Page 165         Article 47 : (saisie de l’autorité compétente par l’inspecteur du travail ou l’agent de contrôle)

 

Page 166 Article 48 : (Sanction ou amende administrative pécuniaire)

 

Page 167         Article 49 : (Droit d’accès pour les agents de contrôle)

Page 168 Article 50 : (Modification du code rural et de la pêche maritime, en cas d’hébergement collectif incompatible avec la dignité humaine)

 

Page 168 Article 51 : Dispositions diverses (Notamment le prolongement du plan de remplacement des inspecteurs du travail » par des agents de contrôle de l’inspection du travail)

 

Page 171 Article 52 : Extension des pouvoirs de contrainte et de retenue de pôle emploi aux prestations du régime d’assurance-chômage.

 

Page 173 Article 53 (nouveau)

Page 173 Article 54 (nouveau) : indemnités en cas de licenciement discriminatoire.

 

de jean jacques Chavigné

 

Le projet de loi El Khomri n’est pas modifié sur le fond : mobilisons-nous pour son retrait, du 3 mai au 17 mai

 

Les changements limités apportés projet de loi el khomri ne vont pas dans le bon sens

il y a des « non reculs » limités mais qui ne sont en aucune façon des « avancées sociales »

- Réintroduction, en raison de l’indignation soulevée par cette mesure, de l’intervention de l’inspecteur du travail pour le passage de 8 heures à 10 heures et de 38 h à 40 heures de la durée maximale de travail des apprentis

- Suppression, là aussi, en raison de l’indignation soulevée par cette mesure, de la possibilité de n’accorder qu’½ journée de congé en cas de décès du conjoint ou d’un enfant d’un salarié.

- Obligation d’un accord de branche pour pouvoir, ensuite, par accord d’entreprise, faire un décompte des heures supplémentaires sur 3 ans (à partir de la 4 822ème heures !)

- Retour à la possibilité, au moyen d’un accord, de faire travailler les salariés d’une entreprise 46 heures (en moyenne) pendant 12 semaines et non pendant 14 semaines

Deux reculs annoncés ne sont guère modifiés :

- L’article plafonnant les indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, été retiré. Mais un décret a été annoncé par Manuel Valls pour transformer ces plafonds en un barème indicatif, qui finira pas s’imposer comme jurisprudence.

- Le recul annoncé sur la définition du motif économique de licenciement n’a pas eu lieu. Les critères sont maintenus par l’article 30. Mais une avalanche de précisions favorables aux employeurs pour licencier, rentrent par la fenêtre

De tous nouveaux reculs ont été, discrètement, mais fatalement intégrés au texte

- Un accord d’entreprise qui ne respecterait pas les règles de négociation ne serait pas pour autant frappé de nullité dès lors « qu’est respecté le principe de loyauté entre les parties ».

- La condition de majorité pour les accords collectifs passe de « au moins 50 % » à « plus de 50 % »

- La possibilité pour un employeur d’obtenir un accord d‘entreprise par le biais d’un salarié mandaté est étendue à tout le champ du droit du travail

- Les contrats de travail en cours pourraient être rompus et non plus transférés quand une entreprise de plus de 1000 salariés transfèrerait une ou plusieurs entités économique dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi.

Les amendements retenus par la commission des affaires sociales ne vont pas non plus dans le bon sens

1053 amendements ont été déposés et 365 ont été retenus par la commission des Affaires sociales.

L’allongement de la protection des mères à l’issue de leur congé maternité, de 4 semaines à 10 semaines, constituent exceptionnelle et unique avancée sociale des amendements retenus. On verra si cela reste au terme du débat.

La possibilité, pour les entreprises de plus de 300 salariés, de conclure un accord de branche fixant une durée inférieure à 4 trimestres pour déterminer l’existence de difficultés économiques est supprimée. Il ne s’agit pas pour autant d’une « avancée sociale » mais de la limitation d’un recul puisque les critères permettant à une grande entreprise de licencier restent toujours aussi favorables aux entreprises. L’article 30 modifié a même ajouté un critère supplémentaire : la baisse de l’excédent brut d’exploitation.

Le Compte personnel d’activité, malgré tous les efforts pour lui donner une apparence de contenu reste une coquille désespérément vide. La recette du pâté d’alouette est appliquée avec un rare succès par le projet de loi El Khomri : un gigantesque cheval de flexibilité pour le patronat, une minuscule alouette de sécurité pour les salariés. Et là, il s’agit aussi d’un dangereux controle des salariés, a terme : « le llivret ouvrier, carte à puce  » ?

Si le projet de loi El Khomri était adopté, les quelques mesures prises en faveur de la jeunesse seraient loin de compenser la dégradation des emplois auxquels ils espèrent, un jour, pouvoir accéder, Les jeunes l’ont parfaitement compris et c’est pour cela qu’ils se mobilisent. Les pancartes brandies lors des précédentes mobilisations l’indiquaient clairement : « Lycéens aujourd’hui, mais pas esclaves demain » ; « Travailler plus, gagner moins, viré plus vite » ; « Loi El Khomri : toujours plus de précarité »…

La « protection » apportée aux PME par l’article 30, modifié par la commission des Affaires sociales, constitue une attaque d’une incroyable violence contre les salariés de ces entreprises. Il suffirait d’un trimestre de baisse de son chiffre d’affaire ou de son carnet de commande pour que les salariés d’une entreprise de moins de 11 salariés, puissent se voir imposer des licenciements économiques. Ces salariés, même avec un CDI, deviennent des salariés « kleenex ». Pire, avec l’article 29 bis modifié par la commission des Affaires sociales, les entreprises de moins de 50 salariés seraient encouragées à licencier puisqu’elles pourraient constituer, dans cet objectif,  une provision annuelle qui viendrait diminuer leur bénéfice imposable.

L’essentiel du projet de loi El Khomri, l’inversion de la hiérarchie des normes, reste totalement inchangé

L’entreprise est le lieu où les salariés sont le plus fragiles les plus vulnérables face à un chantage à l’emploi pour les obliger à accepter, un plan de licenciement, une augmentation de leur temps de travail ou une diminution de leur salaire horaire. Les salariés de Continental, dans l’Oise, en savent quelque chose.

Lorsque Myriam El Khomri affirme que son projet de loi a pour objectif de faciliter la négociation, elle dit une contre-vérité, car rien n’empêche, aujourd’hui, la négociation. L’objectif du projet de loi est tout autre : il veut supprimer la ceinture de sécurité et l’airbag qui, actuellement,  protègent les salariés.

Le droit actuel offre aux salariés une double protection. Une ceinture de sécurité : l’accord d’entreprise doit être plus favorable aux salariés qu’un accord de branche. Un airbag : un accord de branche ou d’entreprise doit être plus favorable aux salariés que la loi.

La structuration en trois paragraphes de très nombreux articles du projet de loi supprime ces deux protections.

Le 1er paragraphe définit « l’ordre public ». Il est réduit à des généralités qui n’ont donc aucun impact pratique. La loi cesse donc de protéger le plus faible.

Le 2ème paragraphe définit « le champ de la négociation collective ». Il donne une place centrale à l’accord d’entreprise qui l’emporte sur l’accord de branche. Ce dernier n’existe qu’ « à défaut » d’un accord d’entreprise.

Le 3ème paragraphe définit « les dispositions supplétives ». C’est la voiture balai. Elle reprend, en grande partie, les dispositions du Code du travail actuel. Mais ces dispositions supplétives s’appliquent uniquement quand il n’y a pas d’accord d’entreprise ou, à défaut, d’accord de branche.

Myriam El Khomri affirme que la loi (l’As) continue à l’emporter sur l’accord d’entreprise (le Valet) ou l’accord de branche (le Roi). Mais elle semble ignorer les règles les plus élémentaires de la logique car elle oublie de préciser que l’As continue à l’emporter sur le Roi et le Valet qu’à la condition qu’il n’y ait ni Roi ni Valet…

C’est pourquoi le projet n’est pas amendable, il faudrait réécrire complètement presque chaque article du PDL.

Il reste deux questions incontournables sans réponse

Qui contrôlera l’application des accords d’entreprise ?

Ce n’est pas l’Inspection du travail car elle n’est pas habilitée à vérifier l’application des accords d’entreprise ou de branche. Elle ne le pourrait pas, de toute façon. Il y a 1,6 millions d’entreprises mais seulement 535 inspecteurs du travail et 1 170 contrôleurs du travail. Or, avec le rôle central donné à l’accord d’entreprise, le projet de loi El Khomri créerait un droit du travail dans chaque entreprise.

Si le projet de loi El Khomri était adopté, il resterait 70 % du Code du travail à réécrire d’ici à 2019  : par qui ? : comment les salariés pourraient-ils faire entendre leurs voix ?

Les attaques contre les salariés ne manquent pas pour les 30 % concernés par la réécriture de cette première partie du droit du travail. Il n’est pas difficile d’imaginer, une fois le projet de loi El Khomri adopté, comment les attaques contre le salariat se multiplieraient, sans que les salariés aient la moindre possibilité de s’y opposer. Le Medef s’en donnerait à cœur joie.

La CGT, FO, Solidaires, la FSU, l’UNEF, la FIDL, l’UNL appellent le 28 avril à une journée de grève et de manifestations pour le retrait du projet de loi. Tout socialiste soucieux de progrès social devrait être à leurs côtés.

 

d’après Jean-Jacques Chavigné

 

 

pour information et suivi a l’assemblée le 3 mai s’il n’est pas retiré d’ici là :

 

TEXTE DE LA COMMISSION

DES AFFAIRES SOCIALES

ANNEXE AU RAPPORT

 

Projet de loi

Visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actif-v-es

Enregistré par la Présidence de l’Assemblée nationale, le 07/04/2016

 

Titre 1er

Refonder le droit du travail et donner plus de poids à la négociation collective

 

CH I

Vers une refondation du code du travail

Page 3 Article 1er : Instauration d’une commission afin de proposer au Gouvernement une refondation de la partie législative du code du travail et principes essentiels du droite du travail.

Cette refondation attribue une place centrale à la négociation collective.

CH I bis (nouveau)

Page 3        Renforcer la lutte contre les discriminations, le harcèlement et les agissements sexistes

CH II

Page 3        Une nouvelle architecture des règles en matière de durée du travail et de congés

Page 4 Article 2 : Nouvelle architecture

Page 5 - Chapitre 1er : Durée et aménagement du travail

Page 5 -  Section 1 : Travail effectif, astreintes et équivalences.

Page 8 - Section 2 : Durée maximales du travail

Page 9 - Durée quotidienne maximale.

Page 9 - durée hebdomadaire maximale.

 

Page 11 – Section 3 : durée légale et heures supplémentaires

Page 11 - Section 4 : Aménagement du temps de travail pour une période supérieure à la semaine, horaire individualisés et récupération des heures perdues

Page 14 – Aménagement du temps de travail sur une période supérieur à la semaine

Page 16 – Horaires individualisés et récupération des heures perdues

 

Page 18 - Section 5 : Conventions de forfait

Page 21 – Section 6 : Dispositions d’application

Page 21 – Chapitre II : Travail de nuit

Page 29 – Chapitre III : Travail à temps partiel et travail intermittent

Page 29 – Section 1 : travail à temps partiel

Page 39 – Section 2 : Travail intermittent

Page 41 – Repos quotidien

 

Page 42           Article 3 : Autres congés

Page 42 – Jours fériés

Page 45 – Congés payés

Page 61 – Congés de conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle

Page 61 – Congés pour évènements familiaux

Page 65 – Congé de proche aidant

Page 68 – Congé mutualiste de formation

Page 71 - Congé pour catastrophe naturelle

Page 72 – Congés de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse

Page 74 – Congé de représentation

Page 75 – Congé de solidarité internationale

Page 77- Congé pour acquisition de nationalité

Page 79 - Congés d’évaluation des parcours professionnels

Page 84 – Congé sabbatique.

 

Page 89           Article 3 bis (nouveau) : période de protection contre le licenciement pour les mères

 

Page 89 Article 4 : Compte épargne temps

Page 92 Article 5 : Révision convention forfait

Page 93 Article 6 : Modification code des transports

Titre II

Favoriser une culture de dialogue et de négociation

Chapitre 1er :

Des règles de négociation plus souples et le renforcement de la loyauté de la négociation

Page 94 Article 7 : Préambule, méthode et durée des accords collectifs

Page 97 Article 8 : Simplification des règles de révision et de dénonciation des accords et négociation avec un salarié mandaté par une organisation syndicale

Page 101 Article 9 : Divers…

- Recours à la visioconférence  pour réunir les IRP

- Simplification des modalités de passage à 300 salariés

- Intégration des informations trimestrielles dans la base de données économiques et sociales

- Définition des établissements distincts

 

Chapitre II

Renforcement de la légitimité des accords collectifs

Page 104 Article 10 : Généralisation progressive de l’accord majoritaire (Opposition à un accord d’entreprise par les syndicats minoritaires ayant obtenu au moins 30 % des suffrages exprimés et référendum d’entreprise)

 

Page 109 Article 11 : Accords majoritaires en faveur de l’emploi (Rupture du contrat de travail pour motif personnel en cas de refus d’un changement de sa durée de travail et de sa rémunération alors qu’un accord d’entreprise conclu en vue de la préservation de l’emploi édicte des mesures différentes des clauses du contrat de travail d’un salarié).

Page 111 - Article 12 : Sécurisation des accords de groupe (Représentativité des organisations syndicales lors de la signature d’un accord d’entreprise)

Page 112 – Sécurisation des accords de groupe (accords interentreprises)

Page 113 : Rapports entre accords de groupe, accord d’entreprise et accords d’établissement

 

Page 114 Article 13 : Mission des branches professionnelles

Page 114 Article 14 : Restructuration des branches professionnelles

Chapitre III :

Des acteurs du dialogue social renforcé

Page 118 Article 15 : Locaux syndicaux

Page 119 Article 16 : Heures de délégation des DS

Page 120 Article 17 : Procédure de contestation des expertises décidées par le CHSCT

Page 121 Article 18 : Financement formation des délégués du personnel et délégués syndicaux par le Comité d’entreprise

Page 121 – Formation des acteurs de la négociation collective

 

Page 123 Article 19 : supprimé (il s’agissait de l’article sur la mesure de l’audience patronale)

Page 123 Article 20 : financement des organisations professionnelles représentatives du secteur de la production cinématographique, audiovisuel, spectacle

Titre III

Sécuriser les parcours et construire les bases d’un nouveau modèle social à l’ère du numérique

Chapitre 1er :

Mise en place du compte personnel d’activité

Page 123 Article 21 : CPA

Page 126 – Compte engagement citoyen

 

Page 127 – Compte personnel de formation

 

Page 130 : Mise en œuvre du compte personnel de formation pour les travailleurs indépendants, mes membres des professions libérales et les professions non salariées et leurs conjoints collaborateurs.

 

Page 131 – Formations éligibles et mobilisation du compte

Page 131 – Prise en charge des frais de formation

 

Page 132         Article 21bis (nouveau) – Concertation sur les dispositifs pouvant être intégrés dans le CPA, engagée avant le 1er octobre 2016.

Page 132 Article 22 : CPA des agents publics

 

Page 133 Article 23 : Parcours contractualisé d’accompagnement et généralisation de la garantie jeune

Page 135 Article 23 bis (nouveau) : Étude de l’opportunité de la prolongation des emplois d’avenir au-delà de 3 ans

 

Page 135 Article 24 : Dématérialisation du bulletin de paie

 

Chapitre II :

Adaptation du droit du travail à l’ère du numérique

Page 136 Article 25 : Droit à la déconnexion

Page 136 Article 26 : Télétravail et travail à distance (concertation engagée avant le 1er octobre 2016)

Page 137 Article 27 : utilisation des outils numériques de l’entreprise par les organisations syndicales (diffusion des informations syndicales notamment par intranet         et recours simplifié au vote électronique)

Page 138 Article 27 bis (nouveau) : Travailleurs utilisant une plateforme de mise en relation par voie électronique

Titre IV – Favoriser l’emploi

 

Chapitre 1er

Faciliter la vie des TPE et PME et favoriser l’embauche

Page 140 Article 28 : Le droit à l’information des TPE et PME (appui aux entreprises : droit pour les entreprises d’obtenir une réponse de l’administration dans un délai raisonnable)

Page 141 Article 28 bis (nouveau) : exonérations des cotisations sociales pour les avantages et cadeaux accordés par l’employeur à ses salariés

Page 141 Article 29 : Accord type pour les entreprises de moins de 50 salariés

Page 142 Article 29 bis (nouveau) : provision pour d’éventuelles indemnités accordés à un salarié par le tribunal des Prud’hommes

Page 142 Article 30 : définition du motif économique du licenciement

Page 143 Article 31 : prise de position formelle opposable à l’administration sur l’application d’une norme ou au projet du demandeur

Chapitre II

Renforcer la formation professionnelle et l’apprentissage

Page 144 Article 32 : Apprentissage (Prise en charge des dépenses des établissements privés d’enseignement du second degré qui concourent à l’insertion des jeunes sans qualification)

Page 145 Article 33 : Expérimentation du contrat de professionnalisation pour les demandeurs d’emploi.

Page 145 Article 34 : Assouplissement de la validation des acquis de l’expérience (Modification du code de l’éducation).

Page 146 Article 35 : Sécurisation des listes de formation éligible au CPF

Page 147 Article 36 : Information et évaluation (enquête nationale relative au taux d’insertion des formations des apprentis)

Page 148 Article 37 : Recrutement d’agents contractuels par les GRETA et les établissements d’enseignement supérieur

Chapitre III :

Préserver l’emploi

Page 150 Article 38 : Sécurisation du portage salarial

Page 153 Article 39 : Emplois saisonniers (Saisonnier, dont les tâches sont appelées à se répéter chaque année…)

Page 154 Article 40 : Dispositions applicables à l’ensemble des groupements d’employeurs

Page 154 Article 40 bis (nouveau) : formes prises par les groupements d’employeurs

Page 154 Article 41 : Transfert d’entreprises

Page 155 Article 41 bis (nouveau) : Transfert d’entreprise et actions favorisant la reprise totale ou partielle des activités

Page 156 Article 42 : Revitalisation des territoires (documents dans le cadre d’un PSE)

Page 156 Article 43 : Accès aux formations du CNFPT pour les salariés en contrat aidé dans les collectivités publiques (suppression des mots « contrat d’avenir »)

 

Titre V

Moderniser la médecine du travail

Page 157 Article 144 : Réforme de la médecine du travail

 

Titre VI

Renforcer la lutte contre le détachement illégal

Page 163 Article 45 : (conditions de transmission dématérialisée) de la déclaration du maître d’ouvrage ou du donneur d’ordre)

 

Page 165 Article 46 : (assujettissement au versement d’une contribution pour tout employeur établi hors de France qui détache un salarié sur le territoire national afin de couvrir les frais de fonctionnement du système de dématérialisation de la déclaration mentionnée plus haut)

 

Page 165         Article 47 : (saisie de l’autorité compétente par l’inspecteur du travail ou l’agent de contrôle)

 

Page 166 Article 48 : (Sanction ou amende administrative pécuniaire)

 

Page 167         Article 49 : (Droit d’accès pour les agents de contrôle)

Page 168 Article 50 : (Modification du code rural et de la pêche maritime, en cas d’hébergement collectif incompatible avec la dignité humaine)

 

Page 168 Article 51 : Dispositions diverses (Notamment le prolongement du plan de remplacement des inspecteurs du travail » par des agents de contrôle de l’inspection du travail)

 

Page 171 Article 52 : Extension des pouvoirs de contrainte et de retenue de pôle emploi aux prestations du régime d’assurance-chômage.

 

Page 173 Article 53 (nouveau)

Page 173 Article 54 (nouveau) : indemnités en cas de licenciement discriminatoire.


 

La France… va mieux ? Les approximations de François Hollande

Le jeudi 14 avril, François Hollande s’exprimait sur le plateau de l’émission « Dialogues citoyens », pendant 90 minutes, ce qui faisait beaucoup pour un « Président normal ». Les citoyens qui l’interrogeaient avaient été triés sur le volet : un agriculteur et une militante de FO, sans doute jugés trop pugnaces, avaient été évincés.

Cette émission a retenu l’attention de fort peu de gens et les médias, le lendemain, insistaient surtout sur le fait que le Président de la République était inaudible et donnait l’impression d’habiter sur une autre planète… Il paraît difficile, cependant, de laisser passer toutes les approximations qu’il a énoncées sur le thème de « La France ne va pas bien, mais elle va mieux ».

 

Il y a plus de croissance !

7 ans après le déclenchement de la crise économique provoquée par la crise bancaire de 2007-2008, la croissance économique a atteint le taux faramineux de 1,1 % ! Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser, surtout quand le FMI prévoit un taux de croissance identique en 2016 ?

Cette croissance est poussive, alors qu’il n’est possible de commencer à faire reculer le chômage que si elle atteint 1,6 à 1,7 %. Le nombre d’emplois créés dépasse les 100 000 détruits en 2015, mais rien n’est dit sur la nature de ces « emplois » et ce nombre ne permet pas, de toute façon, de compenser celui des jeunes qui arrivent sur le marché du travail.

La reprise est fragile. Elle tient à des facteurs que notre pays ne maîtrise pas : la baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar, la baisse du baril de pétrole brut. Elle ne progresse pas en raison de l’augmentation des exportations ou de la reprise des investissements des entreprises, mais en raison d’une légère augmentation de la consommation des ménages, particulièrement instable. La croissance est toujours entravée par la volonté de diminuer, avant toute chose, les déficits publics en réduisant la dépense publique, et d’augmenter les marges bénéficiaires des entreprises notamment en refusant tout coup de pouce au Smic.

Il y a moins de déficit !

Là encore, il a fallu 4 ans, depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, pour que le déficit public commence à diminuer, très progressivement. La politique du « d’abord réduire les déficits » a produit exactement l’inverse de l’objectif affiché, en étouffant la croissance et en entravant, du même coup, la réduction du déficit public. Les 3 %, en ce qui le concerne, devaient être atteints fin 2013 ; ils le seront peut-être fin 2016 ou fin 2017. Pas vraiment, là encore, de quoi pavoiser, car ce sont les plus fragiles qui en ont pâti. Ils continueront à pâtir de la diminution de 21 milliards des dépenses de Sécurité sociale, de 19 milliards de dépenses de l’État et de 10 milliards de dépenses des collectivités locales. Tous ceux qui ne peuvent pas faire appel à des services privés pour remplacer les services publics défaillants, faute de financement, l’ont payé au prix fort.

La dette publique a continué à augmenter et le paiement de ses intérêts vient tous les ans grossir le patrimoine des rentiers, ceux dont François Mitterrand disait qu’« ils s’enrichissaient en dormant ». Pas de quoi pavoiser, là non plus.

Il y a plus de compétitivité et plus de marges pour les entreprises !

Il est difficile de voir en quoi la progression des marges bénéficiaires des entreprises est une bonne nouvelle. Cette progression s’est faite au détriment des salariés, de leurs rémunérations et de leurs conditions de travail. Le projet de loi El Khomri a pour objectif d’aller encore plus loin en réduisant à la portion congrue les moyens de résistance du salariat.

Les entreprises ne sont pas plus « compétitives » pour autant. La France continue à importer plus qu’elle n’exporte, malgré la baisse de l’euro. Le CICE et le pacte de responsabilité n’ont pas servi à améliorer les investissements. Les investissements des entreprises industrielles ont diminué de 4 % en 2013 et de 3 % en 2014. L’augmentation des marges des entreprises n’a servi qu’à augmenter les salaires des dirigeants (chez PSA par exemple), et les dividendes des actionnaires.

Plus de pouvoir d’achat pour les salariés !

Le pouvoir d’achat MOYEN des salariés a très légèrement augmenté au cours des quatre dernières années. Mais cette augmentation a été inférieure à celle de la productivité du travail. L’exploitation des salariés a donc augmenté et explique, avec les largesses sans contrepartie du CICE et du pacte de responsabilité accordées au patronat, l’augmentation de la marge bénéficiaire des entreprises. Une augmentation en moyenne, là aussi, car plus de 63 000 entreprises ont disparu en 2015 (1 % de plus qu’en 2014).

Les impôts ont diminué !

Là encore, il s’agit d’une moyenne.

Les sommes collectées par l’Etat grâce à l’impôt sur le revenu a légèrement augmenté puis diminué d’à peu près autant. Sa progressivité a diminué avec la suppression de la part à 75 %. Cet impôt ne concerne que 50 % des habitants de notre pays, les autres 50 % n’étant pas assujettis à cet impôt. Il ne permet à l’État que de recueillir 77 milliards d’euros (19,7 % du total des prélèvements fiscaux).

La TVA, l’impôt le plus injuste puisqu’il frappe du même taux d’imposition le PDG et le titulaire du RSA, permet à l’État d’engranger 196 milliards d’euros par an (50,5 % du total des impôts). Les sommes collectées sont restées stables.

Les seuls impôts qui ont réellement diminué sont ceux des entreprises, en particulier ceux des grandes sociétés. Y avait-il de quoi pavoiser ?

François Hollande a également souligné la baisse des « prélèvements obligatoires ». Ces prélèvements incluent les cotisations sociales payées par les employeurs. Faut-il vraiment se féliciter de cette diminution qui fragilise notre système de protection sociale ?

La courbe du chômage ne s’est pas inversée

C’est le moins que l’on puisse dire.

François Hollande se retranche derrière le taux de chômage du Bureau international du travail qui mesure le nombre de personnes n’ayant pas travaillé, même une heure, la semaine précédente. Ce taux ne permet pas de mesurer la réalité du chômage aujourd’hui. Cette réalité ne se réduit pas aux personnes ayant un travail à temps plein mais inclut tous ceux qui sont en formation, qui n’ont qu’un petit boulot, un travail saisonnier, un travail à temps partiel et qui sont à la recherche d’un travail à temps plein.

Pour apprécier dans toute son étendue la réalité du chômage en France, il faut prendre en compte l’ensemble des inscrits à Pôle emploi, dans les catégories A, B, C, D et E. Le bilan de François Hollande dans ce domaine crucial est accablant. Depuis mai 2012 et pour la France entière, le nombre de chômeurs de la catégorie A a augmenté de 688 500 (de 3 163 900 à 3 852 400). Dans le même temps, celui des catégories A, B, C, D et E a augmenté de 1 236 900 (de 5 257 200 à 6 494 100). C’est pourtant sur ce bilan que François Hollande demande à être jugé. Qui peut croire qu’en 6 mois, il pourrait diminuer de 700 000 le nombre de demandeurs de la catégorie A et de 1,3 million celui de l’ensemble des catégories de Pôle emploi ?

 

La Marseillaise / Samedi 16 avril 2016 Provence Gérard Filoche : « Contre la loi El Khomri et son monde »

 

Entretien  :   Mettre dans la même pièce deux responsables de l’Union départementale CGT 83, Sylvain Brossaud et Olivier Masini , en compagnie de Gérard Filoche, ne pouvait être qu’ intéressant…

De la loi Travail aux Panama papers en passant par l’irrésistible ascension de Bernie Sanders, la discussion qui s’est engagée à la suite de la conférence donnée par Gérard Filoche pour les syndiqués a été nourrie.

Le but de votre visite à la CGT varoise, c’était de parler de construction d’un mouvement social…

Gérard Filoche : Bien sûr. Il faut expliquer, expliquer, expliquer… Les gens ont instinctivement compris que c’était une grave me- nace mais ils ont besoin de l’argumentaire pour étendre la sympathie

(« Si on tend l’oreille on entend qu’il n’est plus possible aujourd’hui de couvrir ses besoins quotidiens… »Olivier Masini)

du mouvement. On est majoritaires dans la société. 71% des sondés sont contre, la pétition, le mouvement de la jeunesse… Ca traduit quand même le malaise dans la société. Il faut que les gens aient confiance en eux et soient assez forts pour aller jusqu’au retrait.

C’est le sentiment que vous avez dans les unions départementales ?

Sylvain Brossaud : Le projet de loi vient comme la goutte d’eau… Il y a un mécontentement grandissant parmi les salariés depuis longtemps. En même temps on avait beaucoup de mal à traduire ce mécontentement dans le cadre d’un mouvement social durable et qui s’ancre dans les entreprises. Et c’est vrai que pour nous, c’est un dé qui nous est lancé en tant que direction départementale. Après, 2010 est passé avec ce sentiment assez présent chez les militants : combien faut-il mettre de millions de gens dans la rue pour gagner ? Mais en même temps, on a mis en débat dans l’opinion publique la question de la justice sociale et le fait que l’argent existe. Il s’agit de savoir comment on le répartit pour répondre aux besoins des gens.

Ce défi , il peut être remporté ?

S.B. : On sort d’une très grosse mobilisation le 31 mars. Nos forces militantes ont encore de la marge en termes de mobilisation. Pour les premières manifestations, je n’ai ja- mais vu autant de salariés du privé ou nouvellement organisés. On voit bien que le potentiel existe.

On dit souvent que le faible taux de syndicalisation en France est un obstacle. Du coup, là finalement ce n’est pas forcément vrai…

G.F. : On dit toujours des choses bizarres sur le taux de syndiqués. Je discutais avec un syndicaliste sué-dois et ils sont 80 % de syndiqués sur le papier. Il me disait « Et comment vous faites vous en France avec 8% de syndiqués pour mettre tout ce monde- là dans la rue ? Parce que nous on n’y arrive pas. » En réalité le propre du syndicalisme français est de n’avoir été un syndicalisme d’adhésion que quand il a été uni. On peut prendre 1935, 45 et même la FEN… Quand se crée un front syndical, c’est là qu’on met le plus de gens dans la rue. Là on n’est pas loin du front uni parce que la CGC ne cautionne pas la loi El Khomri, l’Unsa est divisée, la CFDT a quand même un problème avec sa fédération métallurgie qui n’est pas une petite fédération et qui, elle, est absolument vent debout contre… Avec Solidaires, la FSU, FO et la CGT ça fait probablement 80 % des syndicats et syndiqués…

Avec ceux qui ne le sont pas comment s’organise-t-on ?

G.F. : A Nanterre mardi soir, le secrétaire départemental CFDT, à la fin d’un débat, il m’a dit : « Je n’arrête pas de m’interroger si la position de ma confédération et la mienne sont bonnes, je doute. » On n’a pas insisté mais quand même…

S.B. : Dans le département, on réutilise un peu les outils qui avaient été les nôtres en 2010, c’est-à-dire qu’on va multiplier les affichages sur les ponts d’autoroute, les initiatives sur les marchés, les distributions dans les gares, etc. Il y a l’idée de créer les conditions d’une dynamique. Par exemple, avec les salariés du commerce, qui n’ont pas forcément l’habitude de participer à ce type de manifestation, on leur a offert une banderole derrière laquelle ils se sont mis, et ça a pris. Je crois beaucoup en la capacité d’entraînement de grosses manifestations et d’initiatives d’information, de popularisation.

Gérard Filoche, vous êtes membre du bureau du PS, PS qui fait voter cette loi avec le gouvernement. Il y a une expression du maire de La Seyne, qui dit « J’ai bien relu Jaurès et ceux qui doivent ne pas se sentir socialistes, c’est eux. » Vous partagez ?

« Tous les ingrédients sont réunis pour  que quelque chose prenne… »

G.F. : Totalement. Je suis socialiste, je ne me sens absolument pas mal à l’aise avec cette opinion. Je me demande comment il arrive de là- haut un truc aussi contraire à l’histoire, au programme du parti, aux militants, aux électeurs. C’est incroyable, intolérable aussi. Parce que bon, j’ai côtoyé Hollande pendant un bon paquet d’années, je l’ai entendu défendre le Code du travail, je l’ai entendu défendre les 35 heures… Je ne comprends absolument pas ce qu’il dit aujourd’hui. C’est un reniement de ce pour quoi il a capté des voix. J’avais hésité jusqu’en décembre à utiliser le mot trahison, mais là…

S.B. : Le mouvement social qui est en train de se créer aura imman- quablement un impact sur la situa- tion politique du pays, sur son avenir.

Olivier Masini : Là, véritablement la majorité de la population est avec nous, parce que derrière ça n’a pas de sens. On ne peut pas dire qu’on peut mettre en place des journées de 12 heures, des semaines de 60 heures… Ce n’est pas acceptable et c’est tout à fait incompréhensible. Et il y a cette inquiétude qui est inter- générationnelle. Il faut le redire, en France pratiquement 25% des moins de 25 ans sont au chômage.

G.F. : L’année dernière la France est le pays qui a distribué le plus de di- videndes. Benjamin Coriat, un bon économiste quand même, sérieux, ledit. Il y a eu un tel marché de dupes sur les 41 milliards donnés au patronat qu’il n’y a plus de doute aux yeux de personne. Le patronat fait un bras d’honneur, dit : « J’encaisse. » L’échec est sur toute la ligne. La dette a augmenté, il y a davantage de chômeurs, les riches se sont enrichis, les services publics et les gens se sont appauvris. Il n’y a rien. C’est le drame de ce quinquennat. Il faudrait le gommer entièrement et recommencer.

On arrive à la fin du quinquennat et c’est seulement maintenant qu’il y a une mobilisation de cette ampleur. La CGT a dénoncé un tas de mesures. Qu’est-ce qui fait que là ça marche ?

S.B. : C’est compliqué à analyser, pourquoi à un moment donné il y a une étincelle ? Pourquoi par exemple Nuit Debout fonctionne ? Je pense que les salariés, eux, ils vivent dans l’entreprise tous les jours, et ils connaissent la réalité du dialogue social. Je pense aussi que ça c’est de nature à faire que trop c’est trop.

O.M. : Pour reprendre ce qu’il y a sur les banderoles de jeunes : « On ne peut pas se serrer la ceinture et baisser son froc. » Je crois qu’on en est à ça aussi dans la prise de conscience. Si on regarde l’évolution des salaires, des pensions de retraite, les NAO qui dépassent rarement la hausse de l’inflation, le gel du point d’indice dans la fonction publique, tout ça dégrade le quotidien. Si on tend l’oreille on entend qu’il n’est plus possible aujourd’hui de couvrir ses besoins quotidiens. On assiste donc à une déclassification sociale. Et il est important que quelqu’un comme Gérard puisse venir aujourd’hui pour pouvoir donner des arguments a n qu’il n’y ait pas derrière des raisonnements simplistes et populistes. Parce que le danger est là.

G.F. : Un argument politique : en 2012, la gauche a tout, la Présidence, le Sénat, l’Assemblée, 20 Régions sur 22, 61 Départements sur 100. Et elle va perdre cinq élections : municipales, européennes, sénatoriales, départementales et régionales. Cambadélis a une ex- plication : « C’est les gens qui ont changé. » Mais les gens n’ont jtement pas changé, ils sont restés à gauche dans leur majorité. Les gens ont une aspiration, ils cherchent à ce qu’il y ait une issue pour eux. Il n’y a pas d’issue et à un moment donné ils se mettent en mouvement parce qu’il y a une occasion.

S.B. : Il y a autre chose aussi, de manière très pragmatique, le salarié par exemple dans la Terri toriale à qui on demande d’acheter ses stylos et qui dans le même temps mesure la masse de fric qui existe et qui lui échappe. Trop c’est trop.

G.F.:Quand on ajoute les deux Carlos, Tavares et Ghosn, et les Panama papers… D’ailleurs la banderole qu’il y a sur la place de la Ré- publique : « Vous avez les milliards nous sommes des millions. », c’est ça de façon diffuse qu’il y a derrière. C’est contre la loi El Khomri et son monde. Les gens ont une i terprétation à peu près commune : 1% de l’oligarchie possède tout et nous en avons de moins en moins.

Olivier Masini parlait de  « responsabilités ». Est-ce un moment pour vous où vous avez quelque chose à faire « en plus » ?

G.F. : Bien sûr. Je me sens dans la peau de Bernie Sanders (sourire). J’adore Bernie Sanders. Le gars il ne  va pas gagner,c’est Clinton qui va ga gner. Mais il est à 40-45%, il a encore gagné la nuit dernière. Il a toute la jeunesse derrière. Il y a Corbyn en Angleterre aussi. On m’aurait dit que le Labour allait faire un virage à gauche… Il a pris position pour la Palestine, il est venu à Calais, il a dit : « Je veux qu’ils traversent ! » Le Labour est passé de 100 000 à 650 000 membres. Il est en tête dans les sondages devant Cameron. Si ça arrive aux États-Unis et en Grande-Bretagne, il est normal que ça nous arrive.

« Nos forces militantes ont encore de la marge en termes de mobilisation. » Sylvain Brossaud

Donc c’est le moment…

O.M. : Quand on écoute les salariés, ils ne sont pas en désaccord avec ce qu’on apporte, au contraire. Ce qui manque en ce moment, c’est le sentiment qu’on peut le gagner ensemble. Il faut cette prise de conscience : on est majoritaires ! Si on arrive à continuer à mettre en œuvre ce dynamisme, avec toutes les générations, on parviendra au bout, on parviendra au retrait.

Les prochaines étapes…

G.F. : Le 28 avril, tous les meetings, toutes les explications…

O.M. : Toutes les initiatives qui permettent de débattre avec les salariés. Avec, déjà, la perspective du 1er mai, qui nous permettra aussi de revenir sur le volet historique du Code du travail. Et le 3 commencera le dé-bat parlementaire.

G.F.:   J’ai entendu qu’ on allait revivre un Mai 68, j’en suis pas sûr. Mais tous les ingrédients sont réunis pour que quelque chose prenne.

Propos recueillis par Romain Alcaraz

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Une semaine après les révélations des « Panama papers » Vote honteux de la directive « secret des affaires » !

 

Par Jean-Jacques Chavigné

Le 14 avril, malgré les révélations des « Panama papers » sur les milliers de personnes (dirigeants politiques ou leurs proches, chefs d’entreprise, membres de la Fifa, sportifs professionnels, détenteurs d’importants patrimoines…) qui cherchaient à profiter de sociétés offshore pour échapper à l’impôt, le Parlement européen a voté une directive qui aurait rendu impossibles ou très périlleuses, pour les lanceurs d’alerte, ces révélations.

En toute hypocrisie

A la suite des révélations des « Panama papers », François Hollande a félicité les « lanceurs d’alerte ». Pierre Moscovici a déclaré qu’il demanderait que l’Union européenne ait sa propre liste de « paradis fiscaux ». Michel Sapin a ajouté le Panama à la très mince liste française de 6 de ces paradis.

Mais, en même temps, tous les trois ont soutenu la directive sur « le secret des affaires ». La mobilisation de dizaines d’associations, d’ONG, la pétition de Lise Lucet qui avait recueilli plus de 500 000 signatures, rien n’y a fait. L’intérêt des multinationales passe avant les libertés fondamentales des personnes et les droits syndicaux.

Le retour d’un loupé de la loi Macron

La loi Macron prévoyait 350 000 euros d’amende et jusqu’à trois mois de prison pour ceux qui oseraient publier des informations qui n’auraient pas l’heur de plaire à une entreprise. Devant le scandale provoqué par une telle mesure, le gouvernement avait dû la retirer du projet de loi. Elle fait son retour avec la directive européenne.

Une fois votée, celle-ci devra, en effet, être intégrée à toutes les législations nationales des pays de l’Union européenne. Ces législations n’auront pas la possibilité de modifier le contenu de la directive dans le sens d’une moindre sévérité, elles ne pourront, au contraire, qu’aggraver les mesures prévues. Les 350 000 euros et les trois mois de prison pourront donc faire leur retour.

Le contenu de la directive « secret des affaires »

C’est la loi du silence qui est étendue à l’ensemble des activités des entreprises.  Comme l’écrivent Eva Joly, Pascal Durand, Aurélie Filipetti et Christian Paul…[1] : « Ce projet de directive fait du droit à l’information une exception », alors que le droit au secret pour les entreprises devient la règle.

Un lanceur d’alerte, un journaliste, un syndicaliste qui dévoilera les secrets d’une entreprise saura qu’il risque gros : une condamnation pénale, une condamnation à des dommages et intérêts qui pourraient atteindre des sommes énormes et, de toute façon, des dizaines de milliers d’euros à dépenser en frais de justice. Il ne pourra, donc, que beaucoup hésiter avant de se lancer dans une opération de divulgation de ce qui pourrait être considéré comme un « secret des affaires ». La démocratie reculera une nouvelle fois, pour protéger les intérêts des firmes transnationales.

La directive consacre, en effet, un principe particulièrement flou de « protection des informations relatives à la vie des entreprises contre toute forme de divulgation publique ». Sur la base de ce principe très général, ce sera au juge d’apprécier s’il y a eu violation du secret des affaires ou non. Un syndicat ou un journaliste qui divulguerait l’annonce d’un plan social pourrait être condamné puisqu’il s’agit d’une information susceptible de profiter à des entreprises concurrentes de la société qui a programmé ce plan de licenciements. Ce sera au juge d’apprécier, par exemple, s’il suffisait que cette divulgation ait eu lieu ou s’il fallait que le nombre de licenciements soit précisé pour qu’il y ait violation du secret des affaires.

Véronique Marquet, avocate, membre du collectif « Informer n’est pas un délit » affirme « Cela va créer un renversement de la charge de la preuve pour les journalistes, qui devront prouver que la diffusion de l’information était légitime. Cela revient à leur demander s’ils sont prêts à assumer le risque d’être condamnés, ce qui constitue une vraie arme de dissuasion à disposition des entreprises[2] ».

Le cabinet panaméen Mossack Fonseca, la Société générale et bien d’autres banques et entreprises mises en cause par les révélations des « Panama papers » auraient pu s’appuyer sur la directive qui vient d’être votée pour demander la condamnation des journalistes qui ont publié des articles à propos de ces révélations.

Le prétexte de cette directive est la lutte contre l’espionnage industriel

Pourtant, les libéraux européens à l’origine de cette directive ont refusé de limiter l’utilisation des informations protégées à des fins strictement économiques. Pour le Commissaire européen Johannes Hahn : « Il s’agit de promouvoir la confiance des milliers d’entreprises, la plupart des PME, qui innovent tous les jours ». Comme d’habitude, les PME qui sont pourtant très souvent sous la domination économique des grands groupes sont mises en avant. Comme d’habitude, les droits des salariés sont considérés comme nuls et non avenus. Le point de vue adopté par la directive est le même que celui du projet de loi El Khomri, lorsqu’il propose de rendre plus aisés les licenciements pour « faciliter la vie des TPE et PME ».

Pourtant, les eurodéputés écologistes avaient demandé que la directive précise explicitement que les journalistes ne pourraient être condamnés pour avoir fait leur travail ; cette proposition n’a pas été reprise.

Qui peut croire, dans ces conditions, que le but réel de la directive est de lutter contre l’espionnage industriel ?

503 parlementaires européens pour la directive, 131 contre, 18 abstentions

Sur les 652 eurodéputés présents à Strasbourg, ce 14 avril, 503 se sont prononcés pour la directive. La très grande majorité des membres du Parti socialiste européen a voté pour, aux côtés de la droite européenne. La Gauche unitaire et les Ecologistes ont voté contre.

Après les scandales financiers révélés par les « Swissleaks », les « Luxleaks », les « Panama papers », le scandale du Mediator ou les logiciels truqués de Volkswagen, comment le Parlement européen a-t-il pu voter une directive qui rendra beaucoup plus difficile le rôle des lanceurs d’alerte et des journalistes ?

Aujourd’hui, les lanceurs d’alerte ne sont déjà pas à la fête[3]. La France a refusé de donner asile à Edward Snowden ou à Julian Assange. Le premier avait révélé le scandale de la surveillance de masse par la NSA, mais seule la Russie a accepté de lui donner (pour un an) l’asile politique. Julian Assange, militant de Wikileaks, a trouvé refuge à l’ambassade d’Équateur à Rome. Stéphanie Gibaud avait divulgué le démarchage illégal d’UBS : elle ne trouve plus d’emploi et vit des minima sociaux. Hervé Falciani a fourni à la Police judiciaire française la liste de 9 000 « évadés fiscaux » : il a été condamné à 5 ans de prison par la justice suisse, mais ce citoyen français ne peut être extradé. Antoine Delfour, dont le procès commencera le 26 avril, a révélé les accords fiscaux du Luxembourg qui jouait le rôle de plaque tournante de l’évasion fiscale en Europe : il est inculpé pour vol et blanchiment d’argent.

Ce sera bien pire, demain, avec la directive sur le secret des affaires.

 


[1] Tribune Libération – 15 juin 2015 « Le secret des affaires contre la démocratie en Europe ».

[2] Anne-Aël Durand et Mathilde Damgé : « Les Panama papers auraient-ils été possibles avec la directive sur le secret des affaires ? » – Le Monde – 16/04/2016.

[3] Voir l’article de Quentin Vasseur dans Le Monde du 13 avril 2016 « Edward Snowden, Stéphane Gibaud, Hervé Falciani… Que deviennent les lanceurs d’alerte ? »

 

Irrésistiblement la primaire se fera et avec tout le monde, sinon ce sera un désastre inimaginable pour toute la gauche

La SEULE chance, un candidat de gauche unique

Il faut balayer les doutes. Avec Hollande nous serons battus, dès le premier tour de la présidentielle, nous devrons désastreusement « choisir » entre LR et FN.

Ensuite, il restera 25 députés de gauche aux législatives de juin 2017, probablement tous socialistes, et zéro Front de Gauche et zéro Verts.

en ce 21 avril, anniversaire, la certitude est là

Il n’y a qu’une échappatoire à ce désastre annoncé : un candidat unique de gauche.

Cela passera par le fait de sortir Hollande de nos têtes et de nos agendas. S’il se présente, en dépit de ce qu’il incarne un échec complet, il sera battu. Il l’a bien cherché, il n’a rien voulu entendre depuis quatre ans, à part les banquiers de l’Elysée, le Medef, et les zombies hommes de paille, qu’il a choisis, Valls et Macron. Jusqu’au bout il s’entête, verse la dernière tranche de 8 milliards après les 33 milliards de CICE déjà dilapidés, et accroit ainsi la « dette » présumée du pays de 14 points par rapport au PIB. Il casse le Code du travail alors qu’il y a 6 125 000 chômeurs, et annonce qu’il va casser nos cotisations sociales en les mêlant à l’impôt à la source.

Le pays est resté de gauche. Dans son cœur et sa majorité sociale.


La droite n’a jusque-là gagné qu’en pourcentage, mais pas en nombre absolu de voix. Il n’y a pas eu de basculement massif d’opinion vers la droite, elle n’attire pas !

Nous sommes largement majoritaires, plus de 70 %, contre la loi El Khomri. Nous sommes majoritaires contre l’oligarchie : ilsont les milliards, nous sommes des millions. Nous sommes 99 %, ils sont 1 %.  7 milliardaires dirigent 95 % des médias. 2 milliardaires possèdent plus que 20 millions de Français. La France n’a jamais été aussi riche, et elle bat à la fois les records de milliardaires et de chômeurs. Dans toute l’histoire de France, il n’était jamais arrivé avant 2015 que 80 % des profits soient reversés en dividendes. Les deux Carlos, Carlos Tavares et Carlos Ghosn se paient 5, 4 et 7,2 millions, extorqués à leurs salariés. Ils ne se retiennent plus : les « Panama papers » ont montré la félonie des banquiers français, courtisans du président qui gère obséquieusement pour eux. Ils mentent à la représentation nationale et nous pillent, nous licencient, nous humilient.

Parce que le fossé est creusé à ce point, parce que la conscience de cette contradiction sociale est explosive, il y a eu 1,5 million de pétitionnaires, des centaines de milliers de jeunes et salariés, manifestants, les « nuits debout ». Ça ne va pas s’arrêter, contrairement à ce qu’ils espèrent. Car « trop c’est trop », et le vase déborde.

 

Tout se joue en gagnant  contre la loi El Khomri et son monde.

Et ensuite il faut le dire, on devra affronter les institutions de la V° république pour mieux les détruire et construire une VI° République. Pour conquérir la citadelle, battre la droite FN et LR, il faut s’unir, et choisir ensemble, dans les meilleures conditions démocratiques, un candidat commun.

Un Bernie Sanders français. Pour cela il faut hâter la construction politique démocratique et collective d’une plateforme unitaire de la gauche assez claire, succincte et ambitieuse pour gouverner ensemble. Cela se discute un peu partout, il faut que cela s’accélère et brasse toutes les discussions de la gauche dans l’ensemble du pays. Smic à 1800 euros, retraite à 60 ans, 32 h pour tous sans perte de salaire, salaire maximum inférieur à 20 smic, réforme fiscale et bancaire, services publics renforcés, transition écologique, mesures démocratiques vers la VI° République…

Et il n’y a que les primaires pour réussir à sélectionner un ou une candidat(e) unique capable d’aller au 2° tour de la présidentielle. Aucun autre moyen n’offre autant de garanties. Elles doivent être sans exclusive à l’égard de quiconque à gauche. Car s’il y a la moindre exclusive, il ne viendra pas 3, 4 ou 5 millions d’électeurs, et de « petites » primaires n’auraient aucune légitimité. De Hollande à Besancenot, chacun doit pouvoir librement y concourir les 4 et 11 décembre prochain. Il suffit de s’y dire de gauche et de se réclamer d’une plateforme commune entre les candidats pour gouverner en commun dans une majorité commune ensuite au Parlement. Ce ne sera pas une « primaire socialiste » comme en 2011. L’histoire ne se répète pas, elle apprend. Ce sera une « primaire de coalition ». Il y aura deux tours, et à la fin entre les deux finalistes, les électeurs choisiront. Et il sera convenu qu’il n’y aura qu’un ou une candi- dat(e) unique qui deviendra,de ce seul fait, charismatique. Et aura donc des chances de gagner en 2017

Certains seraient même aveuglés et anti « primaires » au point d’envisager et de  se réjouir comme « objectif » d’un score  entre 10 à 15 % dans une compétition entre un ou deux candidats et ils se lanceraient même dans la folle dispute pour savoir lequel serait en tête dans ce cas… sans oublier ceux qui, derrière, auraient, 1 % ou 2 %…  Deux candidats de gauche en compétition à petite échelle… pour perdre finalement loin derrière les deux candidats de droite et d’extrême droite, quelle ambition ! Quelle dérision ! Quelle dégringolade ! Avec une vingtaine de députés à l’arrivée, des années de gauche éradiquée…

Dans la primaire qui a peur que ce soit les Hollande-Valls et Cie qui gagnent ? Ils seront battus dans les urnes en fin 2016, comme ils seraient battus en 2017 ! On a besoin impérativement d’un candidat unique, pas de deux  morceaux de gauche restreints, éclatés et défaits. Ce seront des candidats anti El Khomri, des candidats de la gauche d’espoir, des candidats « nuit debout », qui se présenteront et seront recherchés, sélectionnés, puis choisis. Rien à craindre de ces candidats de la gauche et des écologistes ni de leurs électeurs : ils se presseront par millions s’ils sentent possible cette unité-là, cette façon-là de construire un Iglesias, un Corbyn, un Sanders…

Gérard Filoche

 

Ils ont osé : trois ans après Cahuzac, quelques jours après les « Panama papers », ils votent le « secret des affaires »

Pour ne pas remplir les caisses des sociétés offshore

Non à la directive « Secret des affaires »

Retrait de la loi El Khomri

Le scandale de Panama

Des milliers de profiteurs de l’évasion fiscale ont été expédiés sous les projecteurs grâce aux révélations des « Panama papers. » Ces révélations ne concernent qu’un seul cabinet d’affaire, Mossack Fonseca mais il en existe bien d’autres. L’ampleur des affaires d’évasion fiscale traitées par ces cabinets relève de l’artisanat si on la compare à celle des firmes transnationales. L’impunité des banques est encore une fois avérée. Selon les « Panama papers » , la Société générale, à l’aide de ses filiales suisses et luxembourgeoises avait fait enregistrer 979 sociétés offshore par l’intermédiaire du cabinet Mossack Fonseca. Michel Sapin s’est contenté de « convoquer » son directeur général.

Le scandale de la directive sur « le secret des affaires »

François Hollande remercie les « lanceurs d’alerte ». Pierre Moscovici veut instituer une liste des paradis fiscaux de l’Union européenne. Michel Sapin ajoute le Panama à la liste dérisoire des six paradis fiscaux recensés par la France. Mais dans le même temps, tous les trois apportent leur soutien au projet de directive européenne sur le « secret des affaires » alors que cette directive, si elle était adoptée, rendrait impossible des révélations analogues à celles des « Panama papers. »

Le scandale du projet de loi El Khomri

L’article 30 du projet de loi El Khomri permet à une entreprise française, qui serait en difficulté sur le seul plan comptable, de procéder à des licenciements économiques, même si le groupe international auquel elle appartient fait des profits colossaux. C’est une véritable incitation à utiliser des méthodes de dissimulation comptable analogues à celles relevées par les « Panama papers. »

La ministre du Travail reconnaît, elle-même, que le but de sa loi n’est pas de lutter contre le chômage lorsqu’elle déclare « Je n’ai jamais dit que le code du travail créait le chômage. » Son but n’est pas non plus de lutter contre la précarité puisque son projet de loi rapproche dangereusement le CDI du CDD, en facilitant les licenciements des salariés en CDI.

La loi El Khomri aurait pour seul résultat d’augmenter les bénéfices des entreprises, en obligeant les salariés à accepter la baisse de leurs salaires et l’augmentation de leur temps de travail. Pour échapper à l’impôt, une bonne partie de ces bénéfices (distribués aux dirigeants, aux actionnaires) iraient grossir les comptes des sociétés offshore, rejoignant une partie des 40 milliards accordés par François Hollande au patronat. Ces 40 milliards n’ont, en effet, servi ni à investir puisque les investissements productifs de l’industrie ont baissé de 4 % en 2014 et de 3 % en 2015, ni à réduire le chômage qui n’a cessé d’augmenter. Ils n’ont servi qu’à augmenter les bénéfices des entreprises qui ont pu, ainsi, retrouver leurs taux de marge d’avant la crise.

Rejet de la directive sur le « Secret des affaires » et du projet de loi El Khomri !

La directive sur le « Secret des affaires » sera présentée au Parlement européen le 14 avril. Elle ne doit pas être votée. Il faudra, qui plus est, rester très attentif à ce qu’il adviendrait de ce projet de directive, si le Parlement le rejetait. Le traité de Lisbonne permet à la Commission européenne de garder la main et de représenter cette directive, si elle n’était pas adoptée par le Parlement, à un moment qu’elle jugerait plus opportun.

Le projet de loi El Khomri est maintenant débattu à l’Assemblée nationale. Il doit être retiré car il n’est pas amendable, tant il est structuré, de bout en bout, par l’inversion de la hiérarchie des normes. Après les journées de mobilisation massive des 9 et 31 mars, la mobilisation s’est maintenue à un haut niveau dans beaucoup des 200 manifestations du 9 avril, malgré les vacances scolaires et universitaires. La prochaine grande étape est celle du 28 avril.

Eugen Debs : la source d’inspiration de Bernie Sanders

Par Julien Guérin

 

Nous reproduisons un article de notre ami Julien Guérin, paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°233 de mars 2016. (excellente revue de la gauche socialiste  23° année à laquelle vous devriez vous abonner)

 


Les récents succès de Bernie Sanders lors des primaires américaines et l’enthousiasme militant grandissant autour de sa campagne font redécouvrir à des milliers de personnes qu’une gauche combative existe bel et bien au cœur de la première puissance capitaliste mondiale. Elle plonge en profondeur ses racines dans le mouvement ouvrier nord-américain.

 

Sanders reprend fièrement un drapeau, largement en berne depuis des années, mais qui plonge ses racines dans une histoire vivante et trop souvent ignorée : celle du socialisme américain. Les travaux du grand historien Howard Zinn et son Histoire populaire des États-Unis avaient mis en lumière les luttes populaires, indiennes, paysannes et ouvrières qui ont jalonné les cinq siècles d’histoire de la jeune nation américaine, et qui sont si souvent reléguées en marge d’une histoire officielle faite par et pour les puissants. Dans cette longue tradition, la figure d’Eugen Debs occupe une place essentielle. A plusieurs reprises, Sanders s’est réclamé de l’héritage du leader du Parti socialiste des États-Unis de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, dont le portrait orne fièrement son bureau. Célébré par l’écrivain John Dos Passos qui en dresse un magnifique portrait dans son ouvrage sa Trilogie USA et remis récemment en lumière par le documentaire coréalisé par Daniel Mermet à partir du livre d’Howard Zinn, la belle figure militante de Debs est à redécouvrir.

 

Un syndicaliste de choc

Debs est né en 1855 dans l’Indiana. Son père est un bourgeois éclairé d’origine française qui transmet au jeune Eugen son amour du peuple et des textes progressistes de Victor Hugo et Eugène Sue. Malgré la fortune familiale, peut-être nourri de ces textes exaltant les valeurs populaires, Debs quitte l’école à 14 ans et devient conducteur de locomotive. Il s’engage alors à corps perdu dans la lutte syndicale dont les cheminots sont un des fers de lance. Secrétaire général du syndicat, il se montre très attaché à la publication d’un bulletin en direction des différentes catégories de travailleurs.

C’est dans cette visée qu’il crée en 1893 « l’American Railway Union » qui syndique dans une même organisation tous les ouvriers du rail, quelle que soit leur qualification. C’est cependant en 1894 que le nom de Debs apparaît sur le devant de la scène à l’occasion de la grande grève de la compagnie Pullman où les patrons règnent en maîtres. Face à une baisse de salaires de 28 %, les cheminots se mettent massivement en grève et, bientôt, toutes les lignes sont à l’arrêt. La grève paralyse le trafic et la distribution du courrier dans toute la région de Chicago. Le président américain de l’époque envoie la troupe investir la métropole de l’Illinois. La répression fait 13 morts, Debs est arrêté et emprisonné. La presse conservatrice se déchaîne alors contre Debs, qualifié « d’ennemi de la race humaine » par le New York Times.

 

Pour une représentation politique des travailleurs américains

En parallèle à la lutte syndicale, Debs est convaincu de la nécessité pour la classe ouvrière de faire élire des représentants lors des élections pour défendre ses intérêts propres. D’abord membre du parti démocrate, il est élu en 1884 à la chambre des représentants de l’Indiana. Après sa peine de prison où il découvre Marx, il quitte un parti qu’il juge trop modéré et qui n’a pas bougé un doigt pour le défendre lors de la grève des cheminots.

Profitant de sa popularité issue de ce mouvement de masse, il lance en 1898 le parti socialiste démocratique des États-Unis dans le but explicite d’offrir une représentation politique digne de ce nom au monde du travail. Il juge que la fausse alternative entre démocrates et républicains doit être dépassée et que les salariés doivent disposer de leur propre parti. Son mouvement fusionne avec un autre petit groupe socialiste en 1901. S’adressant aux intellectuels progressistes comme l’écrivain Jack London qui rejoint ses rangs, aux syndicalistes, aux travailleurs immigrés, aux petits agriculteurs, le parti socialiste connaît une certaine audience. Se réclamant du marxisme, le parti a néanmoins une pratique réformiste bien que se prononçant pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie.

Debs est candidat aux élections présidentielles de 1900, 1904, 1908 et 1912 où il obtient près d’un million de voix, tandis que le Parti socialiste parvient à faire élire deux représentants au Congrès. Fidèle à l’internationalisme ouvrier, Debs et les socialistes se dressent contre la Première guerre mondiale. Ils mènent en 1917 une campagne résolue contre l’entrée en guerre des États-Unis. Poursuivi et condamné pour infraction à l’Espionage Act qui sanctionne toute entrave à l’effort de guerre américain, Debs se retrouve à nouveau derrière les barreaux en 1918. Condamné à dix ans de détention, c’est depuis sa prison que le tribun se lance en 1920 dans sa cinquième campagne présidentielle. Dans des conditions difficiles, il parvient à rassembler plus de 6 % des suffrages.  C’est alors que Lénine, pourtant d’habitude fort avare en compliments, déclare que Debs fait figure de « vrai représentant du prolétariat révolutionnaire » américain. Bel hommage !

Libéré en 1921, le leader socialiste rentre dans ses terres natales de l’Indiana en héros. Une foule immense accueille son retour au pays. Désormais considéré comme une figure morale de la gauche américaine, Debs décède en 1926 dans l’Illinois.

 

Le socialisme en 2016 ?

Après 90 ans d’oubli et recul des idées de la gauche américaine dans un pays traumatisé par la guerre froide, la figure de Debs fait un fracassant retour sur le devant de scène avec la candidature de Bernie Sanders. Surfant sur le mouvement « Occupy Wall Street » de 2011-2012, dénonçant avec force les inégalités sociales et raciales qui minent le pays, le sénateur indépendant du Vermont électrise des salles de plus en plus nombreuses, à l’assistance toujours plus jeune. Déçus par l’expérience Obama, des pans entiers d’une population ne supportant plus la morgue de Wall Street se tournent vers le programme du sénateur du Vermont.

Sans être révolutionnaires, ses propositions font souffler un vent d’air frais sur la campagne américaine. Défenseur d’une véritable sécurité sociale pour tous, promoteur d’une réforme fiscale taxant hauts revenus et profits bancaires et prônant augmentation des salaires, opposant résolu au traité transatlantique et aux guerres américaines en Irak, favorable à un accueil décent pour les immigrés et à un contrôle des armes plus stricts, Sanders dénote dans un paysage politique droitisé et dominé par les questions religieuses et identitaires.

Dans un meeting de 1910, Debs déclarait : « Je ne suis pas un leader travailliste ; je ne veux pas que vous me suiviez ou quoi que ce soit d’autre ; si vous cherchez un Moïse pour vous guider en dehors de la folie capitaliste, vous resterez exactement là où vous êtes. Je ne vous guiderais pas jusqu’à la Terre Promise si je pouvais, parce que si je vous y menais, quelqu’un d’autre vous en sortirait. Vous devez utiliser vos têtes comme vos bras, et vous sortir de votre condition actuelle ». On dirait du Bernie Sanders en 2016 !