Pour une majorité rose rouge verte. Un gouvernement Cambadélis, Laurent, Cosse, Mélenchon, vite !

je suis  Dylan Gamba et je suis étudiant en histoire. Je souhaite créer un blog politique et vous êtes ainsi la première personne interviewée. Je souhaite rentrer en contact avec plusieurs socialistes (ou anciens) en rupture avec la ligne économique du gouvernement et comment peuvent-ils influer sur les décisions actuelles.

Mes questions sont donc les suivantes:

-Quelles sont les différences économiques entre l’actuelle majorité et la précédente?

- Réponse Gérard Filoche : C’est le gouvernement actuel qui est en rupture avec le « projet socialiste », pas l’inverse. Ensuite, là ou Manuel Valls veut donner 41 milliards aux salariés, l’UMP veut en donner 110. Tout serait pire avec la droite. Là où Valls veut 50 milliards d’économies sur les besoins publics, l’UMP promet le double. Là ou Emmanuel Macron propose 12 dimanches travaillés, l’UMP en propose le double ; pareil pour le travail de nuit, les licenciements, etc. Disons que l’UMP défend tout ce que veut le Medef et le gouvernement Valls ne lui cède que la moitié de ce qu’il veut. Quant à l’austérité, aux déficits et à la dette, c’est pareil, sauf que la droite prétend qu’elle en fera plus, plus vite et mieux : mais jamais, jamais, jamais la « dette » ne sera remboursée, ni par la gauche, ni par la droite, elle sert pour les deux comme instrument de chantage pour faire passer des mesures anti sociales impopulaires. Avec l’Europe, la politique serait la même, dominée par celle de Mme Merkel, modèle de l’UMP, sauf le Smic imposé par le SPD. En matière de fiscalité, la droite ferait encore plus de cadeaux aux riches et aux 1 % de l’oligarchie.

-Pensez vous qu’il est possible de constituer une majorité alternative à l’assemblée?

- Bien sur, elle existe et elle est la seule solution à la crise pour éviter une fin catastrophique du quinquennat. Le gouvernement Valls repose sur une minorité, une tête d’épingle et ne tient que par la force et la menace de la Ve République : il est imposé par le haut, il exclue la majorité des socialistes et la majorité de la gauche. Il a fallu que F. Hollande menace de « dissolution » l’assemblée et JC Cambadélis menace « d’exclusion » les députés pour contenir les « frondeurs ». Mais la « dissolution » est impossible, elle ramènerait 90 % de députés UMP et FN, et le Président qui ferait ça serait haï aussi bien de la droite que massivement de la gauche. Quand à l’exclusion, JC Cambadélis, a annoncé à la « Haute autorité » (une curieuse construction statutaire disciplinaire sans démocratie ni appel) qu’elle aurait sans doute à s’occuper des « députés frondeurs » : mais pourra t il casser le parti pour le soumettre au coup de force de Valls ? Rien n’est moins sur.

Contre les mauvaises lois et mauvais budgets de Valls, un travail d’amendements a commencé entre les Verts EELV, le FdG et la gauche des députés PS, c’est la bonne voie. mais cela urge, chaque jour compte. Car si on veut sauver le quinquennat, il vaut mieux ne pas connaître d’autres déroutes aux territoriales et aux régionales. Et pour cela, il faut un tournant, un changement de cap.

-Quels sont les points de convergence entre Vive la gauche  (en faveur d’une politique de la demande) et le Pôle des réformateurs (politique de l’offre), dont les membres font partie du PS?

- Il n’y en a pas d’évident. Nous voulons augmenter les salaires et baisser les dividendes, ils veulent augmenter les dividendes et baisser les salaires. Ils veulent enrichir les actionnaires pour qu’ils nous sortent de la crise ce qu’ils ne feront jamais vu que la finance dirige et que le spéculation rapporte plus que l’investissement dans l’industrie. Ils font l’austérité prétendument pour relancer la machine, mais en fait cette austérité conduit à la récession, et à la déflation. Nous voulons prendre l’argent aux pilleurs de travail, aux 1% de l’oligarchie, et partager les richesses qui existent pour relancer l’économie. Ils ont cédé à la finance et nous voulons faire plier la finance. Depuis mai juin 2012, les inégalités, la misère, le chômage de masse s’accroissent, nous voulons le contraire de cette politique droitière.

-Le PS est il en voie de « Pasokification » (sur le modèle du Pasok grec)?

- Oui. Le PS avait une majorité écrasante partout, sans précédent  : il dirigeait 2 villes sur 3, 20 régions sur 22, 61 départements sur 100, le Sénat, l’Assemblée, et la présidence, avec cette politique contraire a l’attente de ses électeurs, il est en train de tout perdre.

-Elections partielles, municipales, européennes, sénatoriales. Une énumération à la Prévert des défaites du PS. Est-il déjà trop tard pour réagir?

- Non, je vous l’ai dit, il n’est pas trop tard. mais chaque jour de plus du gouvernement Valls est un jour néfaste pour sauver le quinquennat. C’est une course de vitesse entre la marche au suicide et un tournant cap à gauche. Il faut une majorité rose rouge verte, vite. Un gouvernement Cambadélis, Laurent, Cosse, Mélenchon, vite !

-Quelles seraient les mesures d’urgence à prendre?

- Nous les avons décrites de façon précise et concise dans un « quatre pages » de la revue D&S de novembre 2014, que j’ai aussi déposé comme contribution aux etats généraux du PS : une vraie reforme fiscale, une vraie loi bancaire, baisser le cout du capital, augmenter les salaires et les minimas sociaux de 10 %, encadrer les loyers, reconvertir les sources d’énergie, revenir a la retraie à 60 ans sans décote et renforcer la protection sociale, développer l’investissement public et les emplois publics, reconstruire le code du travail, contrôler les licenciements, réduire massivement le temps de travail légal et maxima. Marcher ainsi vers une remobilisation pour une VIe république .

-Que pensez vous des déclarations de Gérard Collomb pour instituer une période d’essai du CDI?

- Villepin avait déjà tenté, CNE et CPE ont déjà été balayés, et le Medef veut maintenant licencier sans motif et sans limite de durée. Rien à voir ni avec la crise, ni avec la productivité ni avec la compétitivité, seulement avec la menace de mort permanente sur les droits liés au contrat de travail, avec la soumission des salariés. Gérard Collomb ne doit pas savoir qu’il faut pour cela dénoncer la convention de l’OIT n°158 signée par 40 autres pays.

-Envisagez vous de quitter le PS ou bien considérez vous que la stratégie de l’entrisme fonctionne?

- Mais monsieur, l’alternative curieuse et fermée contenue dans votre question n’a aucun sens. Je suis socialiste. Nous sommes fiers et nous aimons notre parti et ses militants. Mes amis sont socialistes. Nous sommes la gauche socialiste depuis plus de 20 ans. Lisez notre excellente revue mensuelle D&S, 22° année, elle dit tout. Clairement. Fondamentalement. Nous voulons ancrer notre parti à gauche, dans l’unité de la gauche, nous voulons un grand parti de gauche majoritaire et en aucun  cas une scission, une division, ni un régression minoritaire. Sans unité de toute la gauche, sans unité syndicale, il n’existe aucune issue et il n’y aura pas de transformation socialiste de la société.

Un « nouveau progressisme » ou le.. socialisme ?

Pour les états généraux, la direction du PS a soumis au Bureau national (BN) un texte intitulé « Pour un nouveau progressisme ». Les dix chapitres se terminaient un peu comme un catéchisme avec la formule « ainsi vit le nouveau progressisme ». On sentait la patte de ce Premier ministre qui veut changer le nom du Parti socialiste, considéré comme « la gauche passéiste » ou du ministre de l’Economie qui le caractérise comme « une étoile morte » tout en remettant en cause tout le droit du travail.

Au BN, les amendements proposés par la gauche socialiste ne passaient donc pas : impossible de défendre une « économie mixte », des nationalisations, ni de restituer l’action du parti dans la gauche, inscrite dans la lignée de la Commune de Paris, du Front populaire, de la Libération, Mai 68, de l’Union de la Gauche…

Le « chef » de la majorité gouvernementale en avait décidé autrement, il voulait faire main basse à la hussarde sur le Parti à l’occasion du prochain congrès… Evidemment, il n’était pas question pour lui de se soumettre à un débat de fond : lorsque Guillaume Balas (Un Monde d’Avance) au Conseil National (CN) du PS samedi 15 novembre, s’écrie « il  n’y a pas de honte à être troisième voie, blairiste, clintonien, schrödérien… dites-le, défendez-le, et débattons clairement »… il n’obtient pas de réponse !

Au contraire, le premier secrétaire, s’empresse, devant le même CN, de préciser les limites du congrès de juin 2015 : « pas question que l’aile droite batte l’aile gauche, ni que l’aile gauche cherche une revanche sur l’aile droite ».

Paix mes camarades, pas question de sortir de la bienséance, et si on ne peut pas imposer au parti de voter pour la politique actuelle du gouvernement, il n’est pas question non plus qu’il la critique ! Neutralisons le congrès, tel semble être la consigne de ceux qui voulaient le reporter en 2016…

D’où la conclusion de la discussion du BN du PS le mardi 18 novembre : les rédacteurs retirent le mot « progressisme » et en retour, ils refusent le mot « nationalisation ». Fermez le ban, les états généraux peuvent se tenir, ils n’ont plus d’enjeu ! Reste une « charte » soumise au vote des militants le 3 décembre (sans aucune possibilité d’amendements).

Cette « charte des socialistes pour le progrès humain », nous ne saurions l’avaliser : parce qu’on ne pourra pas voter pour savoir si on fait cadeau de 41 milliards au Medef et si on retire 50 milliards de nos besoins sociaux, parce qu’on ne pourra pas voter pour savoir si on s’en prend à la tricherie Juncker en Europe, ou si on la laisse courir…

Il va falloir regrouper les forces nécessaires pour imposer qu’on débatte au fond, et débattre au fond, ce n’est pas discuter du sexe des anges, c’est ré-orienter – ou non – le gouvernement : cap à gauche ou cap suicide !

 

Adhérez maintenant au Parti socialiste, et votez pour le congrès des 5, 6 et 7 juin 2015

Chers amis,

En juin prochain, le Parti socialiste se réunira en congrès afin de redéfinir son programme, sa pensée politique et ses instances dirigeantes

C’est enfin l’occasion, pour l’ensemble des militants, de s’exprimer sur la politique menée au gouvernement depuis l’élection de François Hollande. Cette politique, qui s’est substantiellement écartée des promesses de campagne de 2012 n’a en effet jamais été entérinée par les socialistes.

L’aile gauche du PS milite depuis des mois pour qu’il y ait un congrès de clarification. Le Parti socialiste soutient-il ou non la politique de l’offre, les subventions aux entreprises, la baisse des dépenses publiques, l’austérité salariale… ?

C’est ce congrès qui décidera ou non de ce soutien. Mais il sera encore plus important, car il décidera aussi de la stratégie du Parti socialiste jusqu’en 2017 et décidera de la ligne politique dominante lors des investitures pour ceux qui se présenteront aux élections nationales, notamment les députés.

Autant dire qu’une victoire de ceux qui contestent la politique actuelle obligerait le gouvernement à revoir entièrement sa politique. Elle contraindrait le gouvernement à négocier sérieusement avec l’Allemagne pour réformer profondément l’Union européenne. Elle changerait beaucoup de choses pour la gauche, pour la France et pour l’Union européenne.

Pour participer à ce débat et, si j’ose dire, à ce combat, il ne suffit que d’une chose. Adhérer ou réadhérer d’ici jeudi. Oui jeudi 20 novembre. Après, il sera trop tard. Car seuls ceux qui sont adhérents depuis plus de six mois peuvent voter au Congrès.

Adhérer c’est simple. Très simple. Cela coûte 20 euros. On peut le faire en ligne sur le lien suivant:

https://www.parti-socialiste.fr/agissons-ensemble/adherez-au-ps

N’hésitez pas à transférer ce message à toute personne qui souhaite s’impliquer et changer la politique.

David

Mon intervention au CN du PS, samedi 15 novembre « le socialisme est une idée neuve »

chers camarades, bonjour,

Le socialisme est une idée neuve,

C’est une idée du XXIe siècle, la société de l’avenir, opposée au capitalisme que nous subissons avec son cortège de misères, d’inégalités, de chômage et de guerres. Nous n’avons pas à renoncer à notre nom : socialistes, il est beau, nous n’avons pas à renoncer à notre histoire, nous avons publié un livre en 2005 qui relatait un siècle d’histoire, de combats de 1905 à 2005, nous avons célébré Jean Jaurès, nous avons adopté une déclaration de principes avec François Hollande, en 2006, elle situait notre parti dans la longue tradition de la Commune de Paris, du Front populaire, de la Libération, de mai 68… C’est avec notre parti dans l’Union de la gauche, avec tous les salariés, que nous avons gagné les 40 h, les 39 h, les 35 h, les congés payés, la sécurité sociale, les retraites, à 60 ans… Nous avons à être fiers de cela. Et nous avons à continuer ce combat.

 

Bien sur, il faut réussir le quinquennat. Il reste deux ans et demi. Il faut le sauver de l’échec. Car se serait un échec pour toute la gauche. Pire qu’en 1993. Et la droite reviendrait en faisant encore pire, elle détruirait tout ce qui reste de conquêtes du programme du Conseil national de la résistance.

Mais pour sauver le quinquennat, on l’a bien vu, il faut changer de ligne politique. C’est la ligne politique d’austérité du gouvernement, celle qui cherche le soutien du Medef au détriment des salariés, qui nous a fait perdre aux municipales les 23 et 30 mars, et le 25 mai, et a permis que Le Pen soit en tête. La France est de gauche, nos électeurs sont majoritaires, mais ils attendent depuis mai-juin 2012 une politique de gauche et faute de la voir venir, ils s’abstiennent, ce qui fait mécaniquement monter, sans qu’ils progressent en voix, la droite et l’extrême droite.

Le président, jusque là, expliquait que c’était parce qu’on ne voyait pas les résultats de sa politique, et qu’il fallait attendre ces résultats, mais lors de sa dernière conférence de presse, il a changé en affirmant qu’il n’y aurait pas de résultats avant 2017, mais qu’il fallait quand même poursuivre la… même politique, que les « résultats » seraient pour son successeur !

Ce n’est plus le « changement maintenant » ni demain, mais après demain. Evidemment cela n’aidera pas à sauver le quinquennat, nous perdrons massivement les territoriales et les régionales, comme les premiers sondages l’indiquent. C’est malheur de comprendre cela, et de le dire, car cela ne plait à personne, de prévoir une catastrophe, de jouer les Cassandre, on veut la victoire, pas la défaite.

 

Mais pour la victoire, il faut rassembler sur une politique à gauche. Rassembler, c’est ce que ne fait pas l’actuel gouvernement.  Pour rassembler, il ne faut pas exclure des ministres, il faut au contraire, comme le disait François Mitterrand, « rassembler d’abord les socialistes ». Pas leur dire qu’il sont la « gauche passéiste », pas leur dire qu’il sont « une étoile morte », pas leur demander de changer de nom, pas les menacer de « mourir ». Pour gagner il faut rejeter toute tentation putschiste de prendre le Parti à la hussarde à l’occasion de son congrès. Il ne faut pas exclure les ministres du gouvernement, ni les députés du groupe parlementaire, ni les militants du parti. Le moment n’est pas à exclure quiconque, mais à prendre le soin d’intégrer tous les socialistes. Et cela ne peut se faire sur une politique libérale, évidemment. Mais sur une politique socialiste bien sur.

 

Pareil pour la gauche. On ne peut gagner sans l’unité de la gauche. Sans l’unité rose, rouge, verte. La majorité existe ainsi au Parlement. Nos électeurs l’ont voulu ainsi. L’heure n’est pas d’aller chercher ailleurs une majorité avec l’UDI ou l’UMP. L’heure est à reconstruire, consolider l’unité de la gauche, sinon nous perdrons tous, toutes les élections à venir et il ne faut pas le faire avec un seul accord de sommet au dernier moment, sans contenu nouveau.  Il faut un contenu pour des listes communes qui soit perçu par les électeurs comme une changement dynamique, unitaire, ré orienté a gauche, avec des éléments spectaculaires, attendus, souhaités, en matière de reforme fiscale, de hausse des salaires, de redistribution des richesses, de reconstruction du droit du travail.

 

Et là je veux, comme l’a fait Benoit Hamon tout à l’heure, prendre exemple dans l’actualité.

Et dans l’actualité, il s’est passé un énorme évènement qui n’a pas été souligné par nous comme il aurait dû l’être. C’est le scandale Juncker. Il a été révélé que le chef de la commission européenne, qui dirigé l’Europe de fait, avait pendant des décennies trafiqué avec des centaines de multinationales, des détournements d’impôts. Cet homme qui exige rigueur budgétaire,  la baisse des déficits, et le paiement des dettes, a travaillé à désorganiser cette rigueur, à saboter les équilibres budgétaires. L’Europe entière est en cause et toute cette politique d’austérité qui lui porte malheur. C’est une affaire Cahuzac à la puissance 10 000, il ne s’agit pas de 600 000 euros, mais de centaines de milliards, on parle de 3800 fonds de pension qui déposaient 2400 milliards d’euros,  en tout cas cela concerne 340 multinationales, dont 58 françaises. C’est à dire 58 grandes entreprises françaises qui blanchissaient là-bas leur argent pour ne pas payer d’impôt à notre République. Il ne s’agit pas de 400 millions  ou de 800 millions dont on parle de ci de la pour les prélever sur les allocations familiales ou sur nos petites retraites. Il ne s’agit pas de 9 milliards retirés à notre Sécurité sociale, à notre santé, ou de 11 milliards retirés aux collectivité territoriales, mais de centaines de milliards de détournement, de fraude, on parle de 60 milliards par an, dans l’enquête Luxleaks. Des milliards qui manquent à la France, à notre budget, à notre protection sociale, à nos salaires…

 

Et pendant ce temps-là, on donne 41 milliards à ce patronat, à ces 58 multinationales, au Medef, à Pierre Gattaz, mais celui-ci, s’enhardit par nos offres sans contre parties, il n’entend partager aucune responsabilité, il se permet, sentant notre faiblesse, maintenant, d’exiger le licenciement sans motif,  la suppression des délégués du personnel, des comités d’entreprises, des CHSCT, la fin de toute durée légale du travail, la fin des 35 h, la suppression de jours fériés, la fin du Smic, la fin du code du travail, des prud’hommes, la fin des contrôles et la casse de l’inspection du travail, la fin de la médecine du travail, le contrôle accru des chômeurs, la fin du paiement des cotisations sociales… Jamais, sentant qu’on le courtise, il ne s’était tant permis, alors, pour sauver la fin du quinquennat,  il serait peut être temps de lui dire « stop », à lui et à ses semblables, tous ces PDG qui, alors que les salaires sont bloqués, se goinfrent de centaines de Smic…

 

(cf le prononcé de cette intervention sur le site du PS en vidéo).

 

Le débat de congrès du Parti socialiste des 5, 6 et 7 juin commencera-t-il par des mesures disciplinaires ?

Convoqué le 11 décembre devant une « haute autorité »

Peu de gens sauront vous expliquer ce qu’est la « Haute autorité » du Parti Socialiste. Elle n’a encore jamais été saisie à l’encontre d’un membre de notre parti. La composition de cette « Haute autorité » est pourtant en contradiction avec deux principes de base du Parti socialiste. D’une part, ses membres ne sont pas élus à la proportionnelle issue des votes des Congrès puisque plusieurs d’entre eux ne sont pas membres du Parti socialiste. D’autre part, selon la liste actuelle de ses membres, telle qu’elle m’a été communiquée, cette instance n’est pas paritaire puisqu’elle compte six hommes pour trois femmes. Une autre particularité de cette « Haute autorité » est qu’elle permet à des personnes « non membres du Parti socialiste » de décider de sanctionner des membres de ce parti. Les éventuelles sanctions prises par cette « Haute autorité » ne sont pas,  qui plus est, susceptibles d’appel !

La liste actuelle, qui m’a été communiquée est celle-là : « Jean-Pierre Mignard (Président) -Raphaëlle Parizot – Rémy Pautrat – Catherine Barbaroux – Roland Kessous -  Pascale Idoux – Thomas Clay – Jean-Pierre Deschamps – Christian Lestournelle. »

Son président, Jean-Pierre Mignard, se prononce pour une alliance du PS et de l’UMP : « Un État en faillite, on ne peut pas le redresser tout seul. Étant donné la gravité de la situation, il fallait une forme d’union nationale, comme après la guerre. François Hollande peut encore la réaliser, créer une large coalition, soumettre cela à référendum. Des gens comme François Bayrou, Bruno Le Maire et même Alain Juppé, auraient leur place avec nous. »

Comment croire à la neutralité du président d’une « Haute autorité » qui n’hésite pas à prendre de telles distances avec le devoir de réserve qui devrait être le sien, en exprimant dans les médias des convictions politiques aussi tranchées ?

Comment croire, après de telles déclarations, à l’objectivité d’un procès organisé à l’ouverture du débat de congrès du Parti socialiste, à l’encontre d’un des animateurs de la gauche socialiste. Quelqu’un qui, lui, refuse toute alliance avec la droite et défend une toute autre orientation, celle d’un gouvernement Rose-Rouge-Vert, appuyé sur la majorité de gauche à l’Assemblée nationale ?

Cette « Haute autorité » n’a jamais été « saisie » pour juger du respect de la « Charte éthique » du Parti socialiste pour Jérôme Cahuzac ou Jean-Noël Guérini. Pourtant, cette charte stipule « Aucun comportement pouvant être assimilé à un abus de pouvoir, à un conflit d’intérêt ou à l’utilisation à des fins personnelles des moyens du Parti, de l’Etat ou d’une collectivité publique quelle qu’elle soit, ne sera toléré ». Pourtant, cette charte affirme que « le respect de la Loi de la République s’impose à tous et à toutes ».

Qu’ai-je fait, moi, à côté de cela ? En quoi ce qui m’est reproché est-il contraire à la loi de la République ? En quoi ce dont on m’accuse est-il contraire à la Charte éthique du Parti socialiste dont aucun article n’est, heureusement, consacré à la « bienséance » ? Car ce qui m’est reproché n’est, en définitive, qu’un manquement à la « bienséance » envers un PDG, alors que le gouvernement de Manuel Valls ne cesse de courtiser le patronat. Aucune fausse note, venue des rangs du Parti socialiste, ne devait donc venir fausser le concert de louanges adressées à celui qui fut l’un des membres les plus puissants de ce patronat.

Est-ce vraiment moi qui ne respecte pas la déclaration de principes du Parti socialiste qui  affirme « La redistribution permanente des ressources et des richesses est nécessaire pour donner une réalité à l’égalité des chances » ? La « Haute autorité peut, selon les statuts du Parti socialiste, être saisie « de manière exceptionnelle lorsque la gravité des faits l’exige et au regard des conséquences pour la vie du parti ». La politique menée par Manuel Valls est en complète contradiction avec la déclaration de principes du Parti socialiste puisqu’elle pratique une redistribution des richesses à l’envers, du salariat vers les entreprises, avant tout vers les grands groupes. Cette politique est autrement grave pour la vie du parti que le « tweet » qui m’est, à tort, reproché, puisqu’elle divise profondément, jusqu’à l’Assemblée nationale, le Parti socialiste. Pourquoi le premier secrétaire du Parti socialiste ne juge-t-il pas opportun de saisir la Haute autorité à l’encontre de ceux qui mènent cette politique ?

La saisine de cette « Haute autorité » par le premier secrétaire du Parti socialiste fait  référence à la fois  à « la promotion de l’éthique du débat », à  « l’atteinte à la dignité des personnes », à la « violence verbale », à la « violence des mots », au « cadre acceptable du débat démocratique ». Cette saisine est éminemment politique, étroitement liée, à la politique de soumission aux exigences du Medef menée par le gouvernement de Manuel Valls, étroitement liée à la volonté de donner, une fois de plus, des gages au MEDEF. Cette saisine n’a aucun fondement statutaire. Elle ne s’appuie sur aucun article des statuts du Parti socialiste, sur aucun paragraphe de sa « Charte éthique » ou de sa « Déclaration de principes ». Elle ne cite, d’ailleurs, aucun d’entre eux.

Le Premier ministre et le premier secrétaire du Parti socialiste veulent imposer une ambiance d’ordre moral et de délit de blasphème, de lèse-majesté. Il s’agit de faire savoir que le serf que je suis aurait manqué de respect au seigneur qui dirigeait Total.

Alors je le redis, je conteste toute cette procédure et toutes les accusations portées contre moi. Je ne suis pas accusé, ni accusable, je ne me défends pas. Je n’ai tenu aucun propos qui soit justiciable. Je n’ai pas de leçons de morale ni de bienséance à recevoir.  Il n’y a pas « d’affaire Filoche ». Et s’il y a une affaire, c’est une affaire Total !

Ce que j’ai écrit à l’occasion du décès tragique du PDG de Total, a été dit cent fois, et sous des formes bien plus incisives, ce jour là, par tous les médias. Pas seulement par les « Guignols » et les journaux satyriques mais aussi dans des nécrologies publiées par Le Monde. Tout cela était souvent très féroce, beaucoup plus féroce que ne pouvait l’être un « tweet » de 140 signes.

Je ne me suis jamais « réjoui » du décès de M. de Margerie ni de quiconque. Je ne suis ni ministre, ni député, ni élu. Je ne connais pas ces gens-là, c’est vrai, on n’est pas du tout du même monde, et je n’ai pas de rôle ni aucune mission particulière pour formuler des condoléances officielles. J’ai pourtant manifesté ce jour là, et bien des micros et caméras en témoignent, mes respects aux quatre familles endeuillées. L’hôtesse de l’air était russe, le pilote et le copilote étaient français. Il a été révélé que le pilote Yann Pican était normand (de Cabourg – Calvados), il avait fait ses études à Caen, il avait 45 ans, était marié, père de trois filles. Il n’a guère été fait allusion dans les grands médias à ces morts-là.

Il a fallu beaucoup de temps pour que, au nom du gouvernement, des condoléances soient présentées à la famille de Rémi Fraisse. Certains dirigeants du Parti socialiste, beaucoup de ministres ont  été bien plus rapides, plus mobilisés, plus éloquents pour le grand patron que pour le jeune militant. Pour des raisons éminemment politiques dans les deux cas. Pour appuyer la politique d’allégeance au patronat dans le premier cas, pour ne pas s’opposer à la politique la politique disproportionnée de « maintien de l’ordre » menée par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, dans le second.

Je ne me réjouis jamais de la mort des gens. La mort est désespoir pour toutes et tous, toujours. Mais, à l’annonce de la mort de Christophe de Mergerie, il est vrai que mes pensées sont d’abord allées aux victimes de la dictature militaire birmane qui ne devait sa survie qu’à la perfusion financière que lui faisait Total et aux familles endeuillées des victimes d’AZF.

Quand Margaret Thatcher est morte, 2 millions de Britanniques ont sablé le champagne a-t-on dit ; moi je garde le champagne pour la vie.

Quand on a appris la mort d’Augusto Pinochet, j’étais en direct à la télévision, en débat, en face de Sarkozy, à « Ripostes », décembre 2007, avec Serge Moatti. Ce dernier, prévenu par son oreillette, nous fait signe « Pinochet est mort », puis il demande à Sarkozy une réaction. Celui-ci hésite plusieurs secondes et répond « pas de réaction », moi, je dis que « Pinochet ayant commis de nombreux crimes contre le peuple chilien je regrette qu’il n’ait pas été jugé, que justice n’ait pas été faite ». Ça passera abondamment au zapping. Le lendemain Sarkozy, fera paraître mais trop tard un communiqué rectificatif.

Lorsque Hugo Chavez est décédé de son cancer, le communiqué d’un élu socialiste au Parlement européen, Pierre Schapira, a été plus choquant, envoyant « ses pensées très amicales pour les Vénézuéliens enfin libérés ». Curieusement, aucun dirigeant du Parti socialiste n’a trouvé bon de saisir la « Haute autorité ».

Rappelons que la cabale à propos de mon tweet bien plus mesuré, a été initiée et orchestrée par Eric Ciotti député de l’UMP qui a demandé « mon exclusion du PS » ! Comme s’il y avait matière et si c’était à lui de demander cela… Et c’est en réponse et en accord avec un autre député UMP, que Manuel Valls a osé approuver Eric Ciotti  et se permettre de dire devant la représentation nationale que je ne « méritais » pas d’être membre du PS.  J’avais pourtant fait savoir que des centaines de tweets avaient été diligentés contre moi, ce matin là, par les mêmes sources UMP d’Eric Ciotti, et que ceux-là, par contre, dépassaient toutes les limites acceptables de la violence verbale, de l’appel au lynchage, à la violence et au meurtre, contre ma famille et moi. J’ai publié une partie de ces horribles messages dignes de « Gringoire », de « Je suis partout », sur le forum de mon blog, pour que l’on se rende compte de ce qui se passait, et je n’ai reçu aucune solidarité de ceux qui me font procès et qui font silence sur ces graves attaques à la personne, notamment de la part du Premier ministre et du premier secrétaire actuel du Parti socialiste.

C’est une faute indigne d’un régime démocratique d’Assemblée et de notre parti, qu’un Premier ministre ose publiquement, directement, décider de qui « mérite » ou pas d’être membre de « son » parti, en même temps, vive coïncidence, qu’il demande à ce que « son » parti change de nom, en outre au moment où le congrès de celui-ci s’ouvre !

Enfin nul ne fera faire silence ni à d’autres, ni à moi, sur ce qu’est, ce que représente un PDG de Total dans la société française. Nous sommes là au cœur de l’oligarchie dominante.

N’y a-t-il pas de quoi s’étonner, quand on entend les ministres de l’Économie et des Finances dénoncer les grandes entreprises qui parviennent à échapper à l’impôt, grâce aux lois internationales et ce qu’on appelle avec pudeur « l’optimisation fiscale », mais qui encensent leurs dirigeants quand ils disparaissent.

Comment peut-on reprocher à Total de contribuer largement à polluer la planète, notamment lors des opérations de raffinage et écouter sans réagir les éloges funèbres qui n’en disent pas un mot ?

J’ai toujours, toute ma vie, défendu les salariés face aux grands patrons qui pillaient leurs salaires.

Un PDG qui se paie 300 fois le Smic en une année, extorque forcément cet argent à ceux qui travaillent sous ses ordres, dans sa société. Aucun humain ne peut gagner 300 Smic par son travail. Aucun. Pour gagner 300 Smic, il faut  exploiter violemment le travail des autres.  Cela ne peut se faire honnêtement, ni moralement, ni légitimement, cela ne peut se faire que par un terrifiant abus, une écrasante surexploitation qui frappe l’humanité entière et que tout socialiste se doit de dénoncer.

87 hommes possèdent 50 % des richesses de la planète. 3 hommes possèdent plus que les 48 pays les plus pauvres. En France, pays si bien pourvu en milliardaires et millionnaires, 1 % de la population possède 25 % des richesses. Mme Bettencourt et M. Arnaud, à eux deux, possèdent plus que 20 millions d’habitants de notre pays. Comment peut-on être socialiste et accepter un tel siphonnage des richesses aux dépens de ceux qui les produisent ?

M. Gérard Mestrallet (GDF-Suez) s’attribue 21 millions d’euros de retraite chapeau soit 78 000 euros, 70 Smic par mois. La privatisation de GDF a servi à cela… Le PDG de Sanofi supprime 1 800 emplois alors que son entreprise gagne des milliards et que, lui-même, reçoit 5,8 millions d’euros de prime de départ. La liste est longue.

Je m’interrogeais dans le « tweet » qui m’est aujourd’hui reproché sur ce que ces féodaux allaient faire après la mort du PDG de Total : la réponse n’a pas tardé. Comme avant, la société allait continuer à ne pas payer d’impôts en France. Rappelons, pourtant, que François Hollande fut ovationné quand, dans son discours du Bourget, il s’écriait à destination de la « délinquance financière » : « la République vous rattrapera ! »

Le scandale Juncker vient d’éclater : c’est un scandale Cahuzac à la puissance 10 000. A l’échelle européenne, le chef de la Commission européenne organisait, depuis trente ans, à Luxembourg, la captation des fonds pour les blanchir vis à vis du fisc des différents Etats européens. Et en même temps « les yeux dans les yeux », il se faisait le chantre des rigueurs budgétaires, des traités d’orthodoxie monétaires !

Tout cela vient d’être projeté au grand jour : 340 multinationales trafiquaient avec le Luxembourg, pour faire disparaître suffisamment de fonds pour ne pas payer d’impôts dans leur pays respectif. 3 800 fonds sont domiciliés au Luxembourg et abritent plus de 2 400 milliards d’euros. 58 grandes banques et entreprises françaises sont concernées par ces détournements sous couvert « d’optimisation fiscale ». Doit-on souligner que Total est le 1er employeur du secteur pétrolier et le seul à être présent dans tous les métiers de ce secteur d’activité au Grand Duché ?

Derrière « l’optimisation fiscale » dont se réclamait le PDG de Total pour ne pas payer d’impôts sur les bénéfices en France, c’est la pratique de toutes ces multinationales qui commence, maintenant, à apparaître au grand jour.

Et on nous impose l’austérité ? Et on distribue 41 milliards à ces siphonneurs d’argent qui ne créent pas d’emplois et jouent contre les impôts de leur propre pays ? 50 % de nos retraités ont moins de 1 000 euros par mois pour vivre, le salaire médian baisse à 1 650 euros ! Et ceux qui organisent cela se paient des 300 Smic ?

Voilà l’indignation qu’il y avait ce matin-là dans mon « tweet », et j’en suis fier, je n’en retirerai rien, et j’exprime ma colère qu’on ose m’en faire grief. Tous les socialistes, moralement, éthiquement, politiquement, devraient partager cette indignation.

Gérard Filoche, le vendredi 14 novembre 2014

 

 

Non à Gattaz : il n’existe ni trop de congés payés, ni trop de « ponts ». Il n’y a qu’un seul jour férié chômé, le 1er mai.

Le Medef nous bassine avec ces fameux « ponts » du mois de mai, ou quand le 11 novembre est un mardi ou un jeudi, et que cela créerait prétendument un « pont ». En fait, la plupart du temps, il n’y a pas de « pont » et les salariés bossent les jours fériés, souvent sans majoration

Gattaz prétend que  ces ponts  « paralyseraient » l’économie française. C’est un sujet récurent, ce qu’on appelle familièrement un « marronnier » en langage journalistique. Tous les ans ça revient, et les journaux économiques libéraux, surtout, s’en emparent, le Medef gémit.

Il y a 6 millions de chômeurs, et au lieu de partager le travail, ils veulent faire travailler davantage ceux qui ont déjà un boulot. Et cela, alors qu’ils n’usent, en France, que de 70 % du taux d’utilisation des capacités productives, ils spéculent des milliards au Luxembourg et cherchent à nous siphonner, en plus, des dizaines de millions sur nos jours fériés.

Question : – Vous ne croyez pas que cette abondance de « ponts », ce ne sont plus des « ponts » mais des « viaducs », c’est exagéré ?
Réponse : – Ah, non, quand on voit le nombre écrasant d’heures supplémentaires faites par les salariés, ce n’est pas de trop qu’ils puissent profiter un peu du printemps et des beaux jours.  Il y a un milliards d’heures supplémentaires dissimulées, l’équivalent de 600 000 emplois.

 

– Mais n’y a t il pas d’abus ?
- Oh, non s’il y a des abus c’est que trop peu de salariés ont réellement ces « ponts », surtout dans les petites entreprises, dans les bas salaires et les métiers pénibles : dans la majorité des cas, dans le privé, les salariés ont perdu depuis plus de quinze ans leurs « deux jours de repos consécutifs », notamment dans le commerce, mais dans beaucoup de professions de services, et parfois d’industrie. Ils n’ont pas plus de 5 ou 6 jours fériés dans le meilleur des cas.
– Oui, mais, le mois de mai, cette année, il a trois ponts, parfois de trois ou quatre jours ? Et là cette année 2014 le 11 novembre ?
- Il y a des années comme cela ! Et des années ou les jours fériés tombent un samedi. Mais vous savez, seul le 1e 1er mai est un jour férié et chômé (et ce jour-là, il y a des infractions quand même ! Comme si des employeurs méprisaient à ce point le droit du travail qu’ils imposent à des salariés de travailler aussi ce jour-là. Combien payent réellement les majorations prévues ? Ils profitent de leur position dominante et du chantage à l’emploi pour imposer des violations de droit.

En pratique les jours fériés sont de moins en moins nombreux et de moins en moins majorés et de moins en moins respectés.

Hors le 1er mai,  les autres jours ne sont pas légaux, ils sont conventionnels. Et toutes les conventions ne sont pas bonnes pour les salariés en la matière

C’est quand il y a de bons accords « RTT » grâce à des 35 h bien appliquées, que certaines catégories de salariés profitent de quelques jours de repos groupés. Ils ne s’agit pas de « cadeaux » mais de droits acquis, de congés en retard, parfois même de tardives compensation ou des simples rattrapages !  Parfois même, les fameux « ponts » sont récupérés à des jours qui intéressent davantage l’employeur ! Dans le privé, les « ponts » sont très loin d’être la majorité des cas. Et dans le public, c’est souvent parce que les salariés n’ont pas pu prendre leur congé quand ils le souhaitaient, et les voilà obligés de les prendre avant la fin du mois de mai sous menace de les perdre… Dans les hôpitaux, avec le manque d’effectifs, qui peut croire qu’il y a des « ponts » en plus ? au contraire ce sont des millions d’heures supp’ qui restent dues.
- Mais ça désorganise les activités économiques, même le service public ?

 

- Ça désorganise… quand ce n’est pas organisé et quand les directions, faute d’effectifs suffisants, sont incapables à la fois de respecter les droits à congé et la continuité du service public. De façon générale, les gains de productivité en France sont parmi les plus élevés au monde, même avec ces fameux « ponts » de mai. Des salariés qui se sentent bien et qui ont des bons congés, c’est bon pour l’économie, pas l’inverse.

 

- Vous ne croyez vraiment pas que le nombre de jours fériés concentrés en mai est abusif ? et que c’est scandale d’avoir autre jours le 11 novembre ?
- Quatre jours c’est rien, c’est comme Thanks giving… Écoutez, le 1er mai a été déclaré férié par… Pétain, qui redoutait le sens historique de cette journée de manifestations sociales, mondialisées depuis 1886. L’Ascension et le lundi de Pentecôte sont des fêtes religieuses. Le 8 mai, ce n’est pas le jour « revanchard » de la « victoire contre l’Allemagne » mais celui de la victoire contre le nazisme… Est-ce ce genre de manifestation et de tradition que l’on veut supprimer ?

 

– Mais n’y a t il pas trop de jours fériés en France par rapport à l’Europe ?
- Non, pas du tout, nous sommes dans une honnête moyenne par rapport aux grands pays qui ont entre 7 et 13 jours fériés. Nous avons onze jours fériés dans l’année, mais cela varie selon qu’ils tombent en semaine ou un week-end. En fait, on a 9,33 jours fériés en moyenne dans meilleure des réalités (dans la fonction publique, malheureusement pas dans toutes les conventions !) Cela fait des décennies qu’il en est ainsi, et cela n’a pas empêché, au contraire, la France d’être devenue cinq fois plus riche qu’en 1945 et d’être la cinquiéme puissance industrielle du monde. Ils n’ont donc pas assez de profits, les actionnaires, qu’ils veuillent aussi rogner les jours fériés du printemps ?

 

– Mais en Italie, ils sont revenus sur leur nombre de jours de congés…
- Oui Berlusconi, comme le Medef n’en avait pas eu assez, ils veulent revenir sur tout, allonger la durée du travail sur la semaine, casser les 35 h, allonger la durée du travail sur la vie, casser les retraites à 60 ans, nous refaire travailler tous 45 h sans gain de salaire jusqu’à 70 ans…
– Je n’arriverais pas à vous faire dire qu’il y a un problème avec ces « ponts » ?
- Non, et puis quand il y a des « ponts » c’est bon pour l’économie, du loisir, du tourisme, des spectacles, des transports…  Non, le vrai problème, c’est qu’il y ait une délinquance patronale et que dans trop de secteurs, les horaires légaux et conventionnels, les durées maxima « d’ordre public social » ne soient pas respectées. Le vrai problème c’est que les effectifs des services publics et hospitaliers, transports, équipements, par exemple, ne soient pas suffisants. Et puis, je vais vous dire, quelques jours de gagnés sur l’exploitation quotidienne, comme disait Prévert, c’est toujours une belle journée ensoleillée qu’on ne perdra pas à cause du stress et des « flux tendus ».

 

- C’est votre dernier mot ?
- En mai, et en novembre, ce qui « désorganise » l’économie, ce n’est pas les ponts, mais la politique libérale, la déréglementation du code du travail,  qui organise le chômage de masse, facilite les licenciements, viole les 35 h (en fait on travaille en moyenne 41 h), facilite la flexibilité donc la baisse de la productivité…

Travaillons mieux, moins, tous pour gagner plus ! Au contraire, partageons le travail : réduction de la durée hebdomadaire à 32 h et sur la vie à 60 ans ! du boulot pour nos jeunes !

Sous couvert de « simplification », mise à mort de la médecine du travail ?

Sous Sarkozy nous avons mené combat unitaire pour défendre les accidentés du travail (il voulait baisser leurs indemnités) la médecine du travail (il voulait quasiment la supprimer) et les prud’hommes (il voulait reculer les élections pour mieux les supprimer).  A cette époque (2010 et 2011) nous avions réussi à mobiliser des dizaines de milliers de syndicalistes et praticiens du droit et de la médecine du travail conçue comme une « spécialité », une belle médecine de prévention. Pétitions, meetings, sur ces thèmes avaient réuni toute la gauche et tous les syndicats, inclus le Parti socialiste – qui publia des communiqués extrêmement clairs et précis sur tous ces sujets.

C’est pourquoi il nous est si pénible de devoir constater que l’actuel gouvernement, nommé à la suite d’un vote massif pour la gauche, remet tout cela en cause, lui aussi.

 

C’est de justesse si les indemnités pour accident du travail n’ont pas été davantage taxées dans le budget 2015 : un court moment, cela a été envisagé.

Mais voilà que, jeudi 30 octobre, dans les 50 propositions de « simplification » de François Hollande, Manuel Valls, et Thierry Mandon, il est carrément proposé de supprimer la visite périodique de la médecine du travail ainsi que la possibilité pour un médecin du travail de demander l’aménagement d’un poste de travail pour un salarié ayant des problèmes de santé. Ce qui est une double concession – essentielle – au patronat du Cisme (centre interservices de santé et de médecine du travail en entreprise) qui réclamait cela dans un document publié le 23 octobre (CF. Huma) soit 7 jours plus tôt, appelant les employeurs à la « mobilisation », afin de saisir « l’opportunité » du choc de simplification pour obtenir satisfaction sur ce point.

 

La médecine du travail était, (avec la médecine scolaire) après la 2° guerre mondiale, une fantastique idée progressiste : celle d’une médecine de prévention de proximité sur les lieux, conditions et hygiène de travail, pour dépister toutes les maladies et souffrances professionnelles. Il était ainsi créé une « spécialité » et des milliers de médecins étaient formés, recrutés, affectés aux entreprises, qu’ils visitaient, étudiaient, suivaient.

Comme c’était le patronat qui faisait courir des risques aux salariés concernés, c’était lui qui devait assurer le financement des centres de médecine du travail, l’affiliation lui fut imposée, contrôlée, il devait veiller à ce que le système fonctionne, que chaque salarié passe les visites prévues, sous peine de sanctions. Mais en échange il exigea d’en avoir le contrôle de gestion, ce qui n’aurait jamais dû lui être concédé : car ce n’est pas à ceux qui font courir les risques de surveiller leur réalité et leur réparation.

Le patronat, peu à peu, a cherché à limiter et à dénaturer cette belle médecine préventive : il a pris le contrôle des centres de santé au détriment de leur gestion paritaire, les utilisant abusivement pour détourner des moyens et de l’argent, (il y a eu de gros scandales révélés en 2010 par Le Canard enchainé) pour freiner l’indépendance des médecins et de leurs actions.

Des gouvernements n’ont pas été attentifs et d’autres comme celui de Sarkozy, très hostiles à la défense de la médecine du travail : elle a cessé d’être promue, la formation et le recrutement de médecins ont été taris jusqu’à ce qu’il manque 600 médecins sur 6000, jusqu’à ce qu’il y ait un vieillissement des médecins, 1700 départs en retraite étant annoncés, les visites ont été espacées de un à deux ans : le Medef a même proposé tous les quatre ans. Les moyens techniques ont été diminués, les méthodes sont devenues routinières au point de faire perdre de vue, même aux salariés et aux syndicalistes, l’intérêt de la prévention. Une certaine méfiance s’est même installée, en période de chômage de masse,  car une déclaration d’inaptitude partielle ou totale par un médecin du travail peut signifier licenciement immédiat et cela survient alors sans protection sociale suffisante.

Après l’avoir ainsi usé, et affaibli, la droite et le Medef, de 2010 à 2011 ont lancé l’assaut contre l’institution : ils visaient à « casser » la spécialité médicale, à ne plus recruter de médecins, à les remplacer par des « intervenants en santé » moins formés et non protégés, dépendants de « centres » présidés par le patronat (les CISMES). Ils visaient même insensiblement à faire « sélectionner » les salariés par ladite médecine au lieu de les protéger.

 

Il y eut un grand meeting PS, PCF, EE/VERTS, PG, NPA, LO, FASE, GU, D&S, CGT-IEG, Solidaires, FSU, UFAL, SNPTS, SSMT, Collectif Bourg-en-Bresse, Attac, Copernic, unis pour le rejet de cette proposition de loi le 10 février 2011 à la Bourse du travail de Paris.

 

Finalement la loi relative à l’organisation de la médecine du travail voulue par le Medef, imposée au forcing dans la loi Woerth en octobre 2010, annulée par le Conseil constitutionnel, a été reprise par la majorité UMP, elle est parue le 24 juillet 2011 au « Journal officiel » et ses décrets d’application paraissent en fin 2011. Les six syndicats qui s’y opposaient encore (CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, SNPST, Solidaires) n’ont pas suscité à temps une saisine du Conseil Constitutionnel, même si une Question Prioritaire de Constitutionnalité reste possible, hypothétiquement. Or cette loi a introduit de rudes modifications réactionnaires :

 

* La mise en œuvre de la santé au travail n’est plus placée sous la seule responsabilité des médecins du travail. Des « services de santé au travail » (SST) pluridisciplinaires comprenant « des intervenants en prévention des risques professionnels et des internes, infirmiers, ergonomes, psychologues », l’assument.

* La gouvernance de ces « SST » est assurée désormais par un conseil d’administration paritaire… sous présidence patronale.

* Les salariés bénéficieront des SST… mais la surveillance médicale pourra être assurée par des médecins généralistes.

 

La loi a mutilé la médecine du travail en tant que spécialité et réduit le rôle des médecins du travail à de simples exécutants des patrons, contrairement au code de déontologie médicale en vertu duquel « le médecin ne peut aliéner son indépendance sous quelque forme que ce soit ».

 

Le retour à une véritable médecine du travail de service public la mise en place de son indépendance s’imposait. C’est ce que nous attendions d’un gouvernement issu de la victoire de la gauche en mai juin 2012.

 

 

 

Contribution pour les états généraux du Parti socialiste

L’après-Valls

Pour sortir de la crise

Les premières mesures d’un gouvernement Rose-Rouge-Vert

Par Gérard Filoche

Les « 60 engagements » pris par François Hollande n’ont pas, dans leur très grande majorité, été tenus et ne sont pas en voie de l’être. La politique menée tourne le dos au « projet socialiste » adopté en 2011, au pacte que nous avons passé avec nos électeurs et met en œuvre une orientation dont il est impossible de trouver trace dans les « 60 engagements ».

Où figuraient le « pacte de compétitivité » et ses 20 milliards d’euros de cadeau annuel au patronat, la loi Sapin du 14 juin 2013 qui fragilise l’emploi et sécurise les licenciements, l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites ?

Où figurait le « pacte de responsabilité » qui offre, sans la moindre contrepartie, 21 milliards de plus au patronat, empêche de satisfaire les besoins sociaux et étouffe la croissance en réduisant les dépenses de l’Etat de 19 milliards, celles de la Sécurité sociale de 21 milliards, celles des Collectivités territoriales de 10 milliards ?

Où figuraient la stagnation du Smic, le gel de la valeur du point de la Fonction publique, la désindexation du montant des retraites, le recul du droit du travail, la remise en question des élections prud’homales, du repos du dimanche, du CDI ou des seuils sociaux des entreprises ?

Sous pression du Medef et de la Commission européenne, la politique d’austérité et les « réformes structurelles » n’ont cessé d’approfondir, sous prétexte de les faire reculer, les quatre crises que nous subissons. La crise sociale, avec plus de 5 millions de chômeurs, la montée continue de la précarité et de la pauvreté. La crise économique, avec l’étouffement de la reprise attendue. La crise financière, avec une dette qui frise maintenant les 100 % du PIB et un déficit public qui ne diminue pas. La crise environnementale, avec l’inaction devant la violence croissante des intempéries.

Les élections municipales et européennes ont été catastrophiques. Nous avons perdu la majorité au Sénat. Les élections départementales et régionales s’annoncent encore plus difficiles. Cette politique, si elle perdure ou s’accentue sous les coups de boutoir de Manuel Valls et de son gouvernement « pro-business », ouvre un boulevard à la droite et à l’extrême droite, en 2017.

Les « 60 engagements » étaient pertinents en 2012 et le « projet socialiste » en 2011. Ils n’ont, malheureusement, pas été appliqués et même s’ils restent une base importante, ils ne sont plus suffisants aujourd’hui car la politique menée n’a cessé d’aggraver la situation laissée par Nicolas Sarkozy. Ce sont des mesures d’une autre ampleur qui devront être adoptées par un gouvernement Rose-Rouge-Vert, réalisant l’unité de toute la gauche en s’appuyant sur la majorité de gauche de l’Assemblé Nationale.

 

I- Un verrou à faire sauter

 

En complète contradiction avec le 11ème engagement de François Hollande, le TSCG (le traité Merkel-Sarkozy) a été adopté en octobre 2012 sans qu’une virgule n’en soit changée. Il n’est pourtant ni  appliqué ni applicable.

Un déficit public de 3 % du PIB en France n’est qu’une étape vers la « règle d’or » d’un déficit maximum de 0,5 % du PIB. Le TSCG exige, qui plus est, qu’une dette publique supérieure à 60 % du PIB soit réduite au rythme de 5 % par an. Ces objectifs sont irréalistes. Ils sont d’autant plus inatteignables que la politique d’austérité étouffe la croissance. Non seulement le déficit public de notre pays ne descend pas en dessous des 4,3 % mais la dette publique a augmenté de 86 % à 96,6 % du PIB entre 2012 et 2014.

Les objectifs inatteignables fixés par le TSCG ont avant tout pour fonction d’imposer les « réformes structurelles » du MEDEF et de la Commission européenne. Les soi-disant délais accordés par la Commission européenne, pour réduire notre déficit public, ne font que prendre acte de la réalité mais sont utilisés comme prétexte pour imposer ces réformes.

L’esprit de ces « réformes structurelles » a été parfaitement résumé par l’ancien vice-président du MEDEF, Denis Kessler : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Il s’agit de réduire encore plus l’espace du service public, de limiter de façon drastique la représentation syndicale, de diminuer toujours plus la place de la Sécurité sociale (assurance maladie, retraites) au profit des assurances-privées et des fonds de pension, de diminuer les impôts et les cotisations sociales des entreprises, avant tout des grandes entreprises. Loin de « préserver notre modèle social », ce sont tous nos acquis sociaux qui sont dans le collimateur de la Commission européenne. Le TSCG est inappliqué et inapplicable. Notre gouvernement doit en prendre acte et refuser de laisser la Commission européenne l’utiliser comme levier pour imposer ses « réformes structurelles ».

Les crises économique, sociale et financière qui taraudent l’Union européenne plus fortement que d’autres régions, trouveront forcément leur expression sur le plan politique. Mais cette crise politique surgira dans les pires conditions, faisant la part belle au Front National, si notre président de la République s’obstine à ne pas vouloir créer un rapport de force politique face à Angela Merkel et à la droite européenne. La France est un grand pays et l’Union européenne ne peut que la respecter. Une Union européenne sans la France est inimaginable et l’Allemagne serait la première à en pâtir. Encore faut-il avoir la volonté de se faire respecter.

 

II- Deux mesures  pour se donner les moyens d’une autre politique

  • Une vraie réforme fiscale

La grande réforme fiscale promise par François Hollande n’a toujours pas vu le jour.

Elle devrait, d’abord, annuler l’augmentation de la TVA de décembre 2012.Elle devrait, ensuite, revenir comme l’affirmait le 9ème engagement de François Hollande sur « les cadeaux fiscaux et les niches fiscales accordées aux grandes entreprises ». La « niche Copé » a été quelque peu réduite mais cette « niche » ne représente (au total) qu’un manque à gagner de moins de 4 milliards pour l’Etat. D’autres niches fiscales des grandes sociétés n’ont pas été remises en question. Elles représentent pourtant des manques à gagner d’une toute autre ampleur pour les finances publiques : 34 milliards d’euros pour le « régime des sociétés mères-filiales » ; 18 milliards d’euros pour le « régime d’intégration fiscale »…Pire, le « pacte de compétitivité » a créé une nouvelle niche fiscale de 20 milliards d’euros au bénéfice du patronat et le « pacte de responsabilité » y a ajouté une nouvelle niche sociale de 21 milliards d’euros supplémentaires.

Une vraie réforme fiscale devrait, également, instaurer un impôt sur le revenu réellement progressif, en revenant aux 13 tranches d’imposition de l’impôt sur le revenu (de plus de 5 % à plus de 65 %) que la droite avait progressivement ramenées à cinq tranches et qui seront toujours, au 1er janvier 2015, au nombre de cinq. Elle devrait rétablir un impôt plus important sur les grosses sociétés que sur les moyennes et petites, réellement indépendantes des grands groupes : 1 000 entreprises produisent 50 % du PIB. C’est à leur niveau que tout se joue. Des mesures exceptionnelles devraient être prises sur les dividendes qui n’ont cessé de croitre. Elle devrait, enfin, s’accompagner d’une lutte sans merci contre la fraude et l’« optimisation fiscale » qui coûte chaque année 80 milliards d’euros à l’Etat.

  • Une vraie loi bancaire

La loi de juillet 2013 a sans doute été l’une des mesures les plus dramatiques prises depuis mai 2012. Aucune leçon de la crise bancaire de 2007-2008 qui avait amené l’économie mondiale au bord du gouffre n’a été tirée. Cette loi a été écrite sous la dictée du lobby bancaire. Moins de 1,5 % de l’activité totale des banques sera cantonné dans des filiales spécifiques selon les déclarations du PDG de la Société Générale, lui-même, devant la commission parlementaire.

Une nouvelle loi est nécessaire pour séparer de façon drastique les activités des banques. D’un côté les banques spéculatives (78 % du total des bilans des banques aujourd’hui), de l’autre les banques de financement des ménages et des entreprises. Les banques spéculatives pourront alors faire faillite, sans faire courir de risque à l’ensemble de l’économie.

Le total du bilan de BPI France, la Banque publique d’investissement, créée en décembre 2012, atteint 54 milliards d’euros, soit 2,7 % du PIB français. Tout est dit. Le total du bilan de la 1ère banque française (BNP-Paribas) atteint 2 000 milliards d’euros (100 % du PIB de notre pays). La puissance financière de la Banque publique d’investissement devrait immédiatement être multipliée par 10 pour pouvoir permettre à la Banque publique d’investissement de jouer son rôle de bras armé d’un Etat stratège.

 

III. Redistribuer les richesses, maintenant !

 

  • Augmenter les salaires et les minimas sociaux, hausser le SMIC de 10 % !

Alors que la déflation guette, que l’électorat socialiste et de gauche déserte les urnes, il est urgent d’inverser la tendance. L’Etat doit donner l’exemple en augmentant le point d’indice dans la Fonction publique. L’autre signe fort sera d’augmenter d’un euro le smic horaire ou de 10% le Smic mensuel (une hausse de 150 euros par mois). Le projet socialiste de 2011 affirmait : « Le Smic constitue un levier à court terme pour améliorer les conditions de vie des plus modestes et stimuler la consommation. La revalorisation de son pouvoir d’achat sera engagée après des années d’abandon par la droite ».

Cette hausse du Smic devra s’accompagner du plafonnement à 20 Smic des salaires les plus élevés. Ce sera une réponse aux contreparties à donner au pacte de compétitivité. Ce sera un formidable encouragement aux négociations annuelles obligatoires dans les entreprises privées et les branches pour augmenter les salaires. Cela permettra, enfin, de relancer la demande pour en finir avec la stagnation qui détruit des emplois.

Le nombre de femmes et d’hommes vivant en dessous du seuil de pauvreté ne cesse d’augmenter. C’est intolérable dans la cinquième puissance économique du monde. La revalorisation des minima sociaux doit être engagée en parallèle à l’augmentation du Smic.

 

  • Encadrer les loyers et construire des logements sociaux, reconvertir les sources d’énergie

L’insuffisance d’offre de logements pousse à la spéculation et à la hausse des loyers. Il est urgent d’inverser cette tendance. Le financement de la construction de nouveaux logements sociaux – respectant les normes environnementales – est une nécessité absolue pour lutter contre le réchauffement climatique. C’est, aussi, un gisement de croissance pour le secteur du bâtiment.

Une nouvelle hausse du plafond du livret A, une juste rémunération de celui-ci, permettrait de faire progresser les encours utiles au financement de logements sociaux et à la rénovation thermique du parc actuel. Le fléchage d’une partie conséquente des 1 500 milliards d’euros de l’assurance-vie (défiscalisée) vers la satisfaction de besoins sociaux aurait la même fonction. L’aide de l’Etat à ces placements doit avoir pour contrepartie le financement de politiques publiques : la reconversion énergétique de l’habitat social, avec la baisse du coût de l’énergie et de l’empreinte carbone.

Un travail conjoint entre les forces de gauche, le mouvement associatif, les résidants, le mouvement HLM doit permettre une mobilisation des forces pour obtenir des objectifs de haut niveau concernant l’offre de logements et l’encadrement du montant des loyers afin de redonner du pouvoir d’achat aux familles comme aux jeunes.

 

  • Revenir à la retraite à 60 ans sans décote et renforcer la protection sociale

Les licenciements des seniors se sont poursuivis, encouragés par le recul de l’âge de la retraite. Les mesures en faveur des carrières longues s’en sont trouvées en grande partie vidées de sens pour les salariés licenciés ayant commencé à travailler jeunes.

Le retour à la retraite à 60 ans sans décote est indispensable. C’est vrai pour la santé, pour la qualité et l’espérance de vie. C’est utile pour combattre le chômage. La retraite à 60 ans c’est le patrimoine de la gauche !

Au-delà de la retraite, c’est toute la protection sociale qu’il faut conforter en renonçant à réduire son budget et en augmentant les cotisations sociales patronales. Maladie, vieillesse, famille, accidents du travail et maladies professionnelles : notre protection sociale est un trésor à protéger de la rapacité des assureurs privés.

La perte d’autonomie, enfin, doit être prise en charge à tout âge par un régime solidaire dont il faut jeter les bases dès maintenant.

IV. Développer l’offre publique pour répondre aux besoins sociaux

Depuis que la « motion » Gallois s’est imposée sans même avoir été votée au congrès de Toulouse, les gouvernements successifs ne cessent de vanter le « socialisme de l’offre ». Les nouveaux convertis à la religion de la « compétitivité » s’ingénient à imposer l’idée que seuls les emplois privés seraient de « vrais » emplois. Face à cette affirmation idéologique, venue directement des cénacles les plus libéraux, il nous faut réaffirmer l’efficacité économique et sociale de l’offre publique.

·      L’investissement public

La situation de l’économie européenne est dramatique : stagnation persistante et risque de déflation. Dans un tel contexte, réduire les dépenses publiques ne peut que nous plonger dans le marasme que connaît le Japon depuis près de 20 ans.

Les entreprises privées sont, dans une telle conjoncture, incapables de créer des débouchés à  leur propre production. Spéculer rapporte plus, aujourd’hui, que d’embaucher et investir aux iles Caïman rapporte plus qu’investir dans l’industrie. Le patronat est sous tutelle de la finance, des banques et de leurs ratios anti emploi. Chaque employeur souhaite payer le moins cher possible ses salariés pour augmenter ses marges mais souhaite, en même temps, que les autres entrepreneurs augmentent les salaires de leurs employés, investissent et embauchent pour pouvoir écouler leur production. Seule la puissance publique peut rompre ce cercle vicieux en investissant massivement, en créant des emplois publics. La demande augmentera et les entreprises privées se mettront alors, et alors seulement, à investir et créer des emplois parce que leurs carnets de commandes se rempliront.

Les effets du réchauffement climatique ne se feront pleinement sentir que dans 50 ans mais nous n’avons qu’un peu plus de 10 ans pour empêcher que l’emballement de l’effet de serre ne devienne irréversible. Il serait irresponsable de confier le sort de la transition énergétique à des entreprises privées dont le profit immédiat est le seul objectif. Ces entreprises ont leur rôle à jouer, bien évidement, mais c’est l’Etat qui doit diriger le processus. Seul l’investissement public peut permettre d’éviter la catastrophe et donner, en même temps, un autre contenu à la croissance.

 

  • La création d’emplois publics

Offrir 41 milliards d’euros à des entreprises qui refusent mordicus tout chiffrage des créations d’emplois censés contrebalancer ces cadeaux fiscaux et sociaux est une aberration.

Pour répondre aux énormes besoins sociaux de notre population des centaines de milliers d’emplois publics sont nécessaires : d’infirmières, d’infirmiers, d’aide-soins, de personnel qualifié pour les maisons de retraites ou les crèches, d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, de cheminots, d’assistants sociaux… Pour assurer la transition énergétique, ce sont des dizaines de milliers d’emplois publics de chercheurs et de techniciens dont nous avons besoin.

La création d’un million d’emplois publics au salaire moyen ne coûterait que 16,5 milliards d’euros net (en tenant compte de la TVA et de l’Impôt sur le revenu que paieraient ces fonctionnaires).

V. Faire reculer massivement le chômage de masse

Notre pays est rongé par le chômage de masse depuis trop longtemps, une partie de la jeunesse s’en trouve privée de toute possibilité réelle d’autonomie. C’est sur cette question du chômage que nous serons, avant tout, jugés par nos concitoyens. A mi-mandat, force est de constater que le compte n’y est pas, bien au contraire ! Pour y parvenir, nous pouvons agir sur deux leviers : retrouver une croissance d’au moins 1,5 à 2 % pour stopper la destruction d’emplois et réduire la durée réelle du travail à 35 heures par semaine, sans dépassement.

La croissance est, aujourd’hui, étouffée par la politique d’austérité. Il faut donc mettre fin à cette politique en relançant l’investissement public et en créant massivement des emplois publics.

 

Le second levier est la réduction du temps de travail. La RTT est un levier d’une redoutable efficacité. Peut-on imaginer ce que serait le chômage dans notre pays si le temps de travail légal n’était pas de 35 heures mais de 70 heures, comme au début du siècle dernier ? En 70 ans, de 1936 à 2002, si nous avons produit plus, doublé le nombre d’emplois, gagné plus c’est, aussi, en réduisant la durée du travail hebdomadaire de 40 à 35 h. Au début des années 2000, la RTT avait permis de créer 400 000 emplois. Il est donc nécessaire d’adopter une loi sur la durée du travail qui généralise les 35 heures de travail réel, abaisse les durées maximales et qui soit une avancée vers les 32 heures de travail hebdomadaires et la semaine de 4 jours, sans perte de salaire.

Ce qui plombe la compétitivité de nos entreprises, ce n’est pas le prétendu « coût du travail », c’est le coût bien réel et, ô combien, excessif du capital. Seule la puissance publique peut contraindre les entreprises à diminuer les dividendes versés à leurs actionnaires et, comme avec la loi de 1999, à embaucher massivement en réduisant le temps de travail. Cette avancée sociale historique rencontrera l’enthousiasme des syndicalistes et de la très grande majorité des salariés, mais également l’hostilité du patronat, comme ce fut le cas après le vote de la loi des 40 h sous le Front populaire ou de la loi sur les 35 heures. La puissance publique doit se donner les moyens d’agir. D’abord en renforçant les pouvoirs de l’inspection du travail qui, saisie par les syndicats, aurait le pouvoir de suspendre les licenciements. Ensuite, en imposant un coût dissuasif aux délocalisations et aux licenciements boursiers.

Pour une 6ème République

Les mesures immédiates proposées ci-dessus sont des propositions mises au débat. D’autres mesures seront à prendre par un gouvernement Rose-Rouge-Vert qui devra aussi apporter des réponses à la crise de la citoyenneté. Le droit de vote des résidents étrangers depuis trop longtemps promis doit être enfin mis en œuvre. Des mesures pour promouvoir une véritable égalité femmes-hommes doivent aussi être prises. Quant à la réforme territoriale, si elle est indispensable pour clarifier les compétences, celle en cours devra être totalement remise à plat en ayant le souci de la proximité entre les élus et les citoyens. La proportionnelle, l’augmentation du poids du Parlement par rapport à l’exécutif sont aussi nécessaires. Avec la volonté déterminée d’engager notre pays sur la voie d’une 6ème République sociale, démocratique et laïque.

Oui ou non faut il des contrôles pour faire respecter l’effectivité du droit du travail ? oui ou non faut il des sanctions pénales en cas d’infractions au code du travail ?

Les inspecteurs du travail dénoncent les appels à la violence de la FDSEA
L’Union
Par Grégoire Amir-Tahmasseb

RÉGION. Pris à partie lors de la manifestation des agriculteurs, hier mercredi à Châlons-en-Champagne, les inspecteurs du travail en appellent à leur ministre, qui n’a pas tardé à réagir.

Une voiture d’inspecteurs a été symboliquement détruite lors de la manifestation, hier à Châlons.

Les images d’une voiture en feu véhicule siglée « Direccte Champagne Ardenne » lors de la manifestation des agriculteurs, hier mercredi à Châlons, auront été celles de trop. Les représentants CGT des inspecteurs du travail de Champagne-Ardenne ont écrit ce matin au ministre du travail, François Rebsamen, à leur DRH et à leur direction afin d’exiger « de l’ensemble de la ligne hiérarchique une condamnation immédiate, publique et sans équivoque de ces actes et la tenue d’une réunion en urgence au plus haut niveau ».
«Dix ans après le double assassinat d’inspecteurs à Saussignac en Dordogne, la FDSEA de la Marne et de Champagne-Ardenne multiplient des appels à la violence contre les agents de l’Inspection du travail, dénonce Anthony Smith de la CGT Champagne-Ardenne.
Le 24 octobre dernier, on voit passer dans un journal agricole un article titré « contrôleurs vous êtes prévenus » avec en dessous la photo d’une de nos voitures à qui on a enlevé toutes les roues. Mercredi, c’est l’entrée des locaux de l’inspection du travail qui a été murée avec un slogan « Stop » tagué en gros, puis dans l’après-midi une voiture avec le logo de notre direction a été violemment détruite et brûlée lors de la manifestation. Sans parler des appels à mobilisation en cas de contrôle… (> Relire le direct)
Un seuil est en train d’être franchi avec ces appels dangereux et totalement irresponsables. Il suffit que cela tombe dans l’oreille de certains agriculteurs un peu plus chauds que d’autres pour que l’on arrive à des drames. »
Plainte après du procureur de la République
Le syndicaliste rappelle qu’en un an et demi, deux incidents ont été déjà dénoncés par les inspecteurs avec un refus de contrôle assez violent et la menace d’un inspecteur par une viticultrice armée d’un sécateur. « Cette situation est inacceptable. Notre seule arme, nous, c’est le code du travail pour pouvoir appliquer la loi et protéger les salariés. Dans quelles conditions nos collègues vont aller travailler après ce qui s’est passé hier. On sent que ça peut déraper très vite… Il faut que notre direction et notre ministère prennent position. Nous l’avions alerté dès le 24 octobre dernier sur cette question. »
Si aucune réaction ne venait, le syndicat portera plainte auprès du procureur de la République.
Les agriculteurs tentent de calmer le jeu
Du côté de la direction de la FDSEA de la Marne, on se dit surpris de l’ampleur de la réaction des inspecteurs du travail. « Jamais je n’appellerai à des actes de violence, indique Hervé Lapie, président de la FDSEA de la Marne. Ces différentes actions n’étaient que symboliques. Jamais nous mettons en cause les personnes. Les contrôleurs sont bien accueillis chez nous. »
Lorsqu’on lui fait remarquer que la violence des images d’une voiture détruire et brûlée devant des milliers de personnes qui applaudissent peuvent heurter les inspecteurs, Hervé Lapie reconnaît « qu’effectivement les images sont un peu déplacées… » « Cela faisait partie de la mobilisation. Il faut occuper les gens et canaliser 4000 personnes pendant toute une journée. Mais encore une fois, nous n’appelons pas à une quelconque violence contre les inspecteurs. Ce qu’il faut, c’est arriver à ce que les contrôles se passent de manière pédagogique. On est seul face à une grosse paperasse. Ce n’est pas évident… »
En fin de journée ce jeudi, le ministre du Travail et de l’emploi, François Rebsamen a condamné « avec la plus grande fermeté les agissements et les menaces à l’encontre des agents de l’Etat en Champagne-Ardenne, qui oeuvrent quotidiennement pour faire respecter la loi ». « La condamnation est claire, soulignent les représentants CGT des inspecteurs du travail de Champagne-Ardenne, c’est juste regrettable qu’il faille une intervention publique de notre part, alors que nous avions alerté les services de l’Etat le 24 octobre dernier ».

 

Pour info à la suite de notre action CGT d’aujourd’hui exigeant la condamnation du ministre à la suite de l’appel à la violence de la FDSEA de la Marne et de Champagne Ardenne à l’encontre des agents de l’Inspection du travail :

Le communiqué de condamnation du Ministre

http://travail-emploi.gouv.fr/actualite-presse,42/communiques,2138/francois-rebsamen-condamne-les,18156.html

Article du Figaro reprenant la dépêche AFP

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/11/06/97002-20141106FILWWW00402-agriculteurs-rebsamen-blame-les-menaces.php

France 3

http://france3-regions.francetvinfo.fr/champagne-ardenne/2014/11/06/les-inspecteurs-du-travail-condamnent-les-appels-la-violence-de-la-fdsea-587062.html

L’union

http://www.lunion.presse.fr/region/les-inspecteurs-du-travail-denoncent-les-appels-a-la-ia0b0n434971

Frat   Anthony

Contre le congrès de Dijon, contre le vote unanime du Parti socialiste, contre François Hollande, Manuel Valls approuve le lâchage de la retraite à 60 ans par la direction CFDT en plein combat unitaire en 2003

 

Valls n’en finit pas d’en rajouter pour liquider la gauche au plus profond de ses luttes, de son histoire, de sa mémoire, de ses revendications. Le voilà, qui, le 4 novembre, aux 50 ans de la CFDT , s’est lancé d’un mea culpa que personne ne lui demandait : après avoir salué le « courage » et le « pragmatisme » de la CFDT, « qui propose et qui noue des compromis », Manuel Valls a osé affirmer que la centrale avait eu raison de soutenir, seule contre tous, la contre-réforme Chirac-Fillon des retraites de 2003. Et que le PS avait eu tort :   »Vous aviez raison de soutenir cette réforme et nous aurions dû, nous, députés socialistes », être avec vous », a-t-il concédé sans ambages. « Je le sais, ce ne fut pas facile. Ca vous a coûté cher. Des adhérents ont claqué la porte par dizaines de milliers. Mais vous aviez raison. Et nous qui étions dans l’opposition, nous aurions dû être à vos côtés », a insisté Manuel Valls. Un retournement qui prend tout son sel quand on se sait qu’en mai 2003, le congrès du parti socialiste, réuni à Dijon, avait fait un triomphe à Bernard Thibault, chef de file de la CGT, fervent pourfendeur de la réforme Fillon, et qu’il avait conspué la CFDT.

Ce qui était naturel. Car cette année-là nous étions en plein combat, 140 jours de lutte, 11 journées nationales de grève enseignante, 9 journées interprofessionnelles, et, rompant, lâchement, en douce, le front syndical uni, le dirigeant de l’époque, Cherèque, dans le dos de son propre syndicat, était allé signé, sordidement, sa reddition dans le bureau de Jean-Pierre Raffarin. Cette trahison brutale avait été un choc terrible dans les rangs syndicaux, à commencer par ceux de la CFDT. Cette signature, avait cassé le mouvement en cours, cela avait fait perdre plus de 100 000 adhérents à la CFDT, des fédérations, des unions départementales et régionales entières, près de 6 à 7 % des voix aux élections professionnelles et mis la CFDT 10 points derrière la CGT aux élections prud’hommes suivantes. La droite UMP avait payé cher aussi, puisque la gauche avait gagné dans la foulée 20 régions sur 22 aux élections neuf mois après.

Manuel Valls s’en prend ainsi aussi à François Hollande car celui-ci au congrès de Dijon, en clôture avait fait adopter une motion qui défendait la “retraite à 60 ans à taux plein” et s’était écrié : « La France est confrontée à une offensive libérale de grande envergure. Ce qui est en cause, en définitive, c’est notre modèle social lui-même. Au nom de la démographie, il s’agit de remettre en cause la retraite à 60 ans, cette grande réforme de la gauche, de François Mitterrand, de Pierre Mauroy que je salue ici, cette réforme que nous devons défendre, qu’ils n’ont jamais acceptée et qui est aujourd’hui en péril ». La motion avait été votée à l’unanimité du congrès, personne n’avait entendu Valls à cette époque : en s’attaquant au vote de son parti, Valls se contredit donc lui-même mais n’hésite pas à surprendre les militants CFDT qui s’étaient rebellés ensuite contre Cherèque, et ont imposé que plus jamais leur direction ne leur impose pareille trahison. Au point que la direction CFDT avait fait autocritique, et qu’elle avait juré de ne plus recommencer : même dans son congrès de juin 2010 les militants qui se souvenaient encore de cette blessure, avaient contraints, par de nombreux votes, leurs dirigeants à rester jusqu’au bout dans la bataille unitaire de 2010 pour sauver la retraite à 60 ans pour tous. Cette année-là, en 2010, plus de 8 millions de manifestants avaient répondu à l’appel des 8 syndicats unis dont la CFDT. Ces 8 millions de manifestants n’ont pas été entendus par Sarkozy, mais la victoire de la gauche en 2012 est un effet différé de leur mobilisation.

Manuel Valls, par ricochet, atteint ici les racines des victoires du PS de 2003 à 2006, puis celles du PS de 2008 à 2012. Il se situe plus à droite que la CFDT qui avait fait autocritique, et avait manifesté en 2010 pour faire oublier 2003. Il s’attaque à la mémoire, à l’histoire du coeur de la gauche en défense des retraites depuis au moins 20 ans : gageons que s’il avait eu l’occasion il serait aussi revenue sur la plan Juppé et la grande gréve générale de novembre-décembre 1995.

Cela classe le personnage : quoi d’étonnant à ce qu’il veuille enlever le nom de socialiste à “Parti socialiste”. Quoi d’étonnant à ce qu’il urge pour lui, d’accélérer le cours de son gouvernement vers la droite ? Ce qui commence a étonner c’est que pour cela, il faut aussi qu’il gomme ce que fit François Hollande, et bientôt il dira ce que fut à ses yeux l’erreur du “discours du Bourget”. Il a commencé spectaculairement en ce sens quand il avait dénoncé le “projet 2011” adopté par le PS. Il parcourt le chemin de la grande révision à marche forcée.

Tout socialiste a intérêt à ce qu’il chute dans cette course infernale à la liquidation de la gauche et du parti.