Contre le Medef, organisons la contre-offensive ! Exigeons l’augmentation du Smic et des salaires !

Contre le Medef, organisons la contre-offensive !

Exigeons l’augmentation du Smic et des salaires !

Pierre Gattaz a le sens des rapports de forces. Après avoir obtenu une politique favorable aux entreprises sans contreparties, il en appelle au gouvernement pour obtenir le retrait d’un amendement socialiste, pourtant voté, qui avait imaginé assujettir modestement les dividendes versés aux employeurs aux cotisations sociales… Michel Sapin comprend la demande et s’exécute. Aussitôt obtenu, voilà le même Gattaz qui demande la suppression de toute justification au licenciement. Et si, au-delà de l’indignation nous engagions enfin la contre-offensive ?

Le patron du Medef explique : « Il faut sortir de la convention 158 de l’Organisation internationale du travail qui nous oblige à justifier les motifs de licenciements. Tant qu’on aura cette contrainte supranationale, peu importe le contrat, le fond du problème ne sera pas traité ». La convention 158 oblige l’employeur à justifier le licenciement pour un motif « valable » , une  « cause réelle et sérieuse. » Ne pas appliquer cette convention serait revenir avant 1946 !

La stratégie du Medef est claire : obtenir du gouvernement le maximum ! Elle s’appuie, bien entendu, sur la politique de Valls dont l’oreille est attentive. Mais elle s’appuie aussi sur l’atonie du mouvement social. Il est temps d’engager la contre-offensive !

Pour une augmentation des salaires, pour une hausse de 10 % du SMIC !

Alors que la déflation guette, que la politique de l’offre montre son échec à résoudre la question du chômage, que l’électorat socialiste et de gauche déserte les urnes, il est urgent d’inverser la tendance.

Augmenter d’un euro le smic horaire, ou de 10 % le Smic mensuel serait un signe fort. Augmenter de 10 % c’est un pas de plus vers un Smic à 1700 euros revendiqué par la CGT. En augmentant le point d’indice dans la Fonction publique, le signe serait double !

Ce serait un formidable encouragement aux négociations annuelles obligatoires dans les entreprises privées et les branches. Ce serait enfin une contrepartie au pacte de compétitivité. Ce serait un plan de relance basé sur la demande rééquilibrant la politique de l’offre menée jusqu’ici.

Deux mesures à porter ensemble à gauche !

Si l’augmentation du Smic et le dégel du point d’indice ne peuvent résumer à eux seuls les mesures d’urgence qu’une majorité Rose-Rouge-Verte devrait prendre, ces deux mesures indiqueraient un chemin pour la remobilisation des forces sociales et politiques. Une remobilisation indispensable pour changer de cap.

à l’occasion de sa venue à Pau : Lettre ouverte à Manuel Valls, Premier ministre

Lettre à Manuel Valls, Premier ministre

Monsieur le Premier Ministre,

La réforme territoriale que vous proposez fait l’objet d’un refus de la grande majorité des élus de gauche ou de droite. Celle-ci a pour corollaire la baisse des dotations aux collectivités.

28,5 milliards de baisse d’ici 2017 aboutit à étrangler les collectivités, à réduire une grande partie de l’investissement nécessaire à la vie économique du pays et à l’emploi. Est-il besoin de rappeler que 70% de l’investissement public est assuré par les collectivités locales ?

Avec l’Association des maires de France, des dizaines de milliers d’élus s’expriment en ce sens. Des milliers de communes auront un autofinancement net négatif. A très court terme, ces communes risquent d’être mises sous tutelle par les Préfets. Ce ne sera pas du fait de la mauvaise gestion d’élus locaux, mais à cause de la politique d’austérité du gouvernement imposée aux collectivités locales.

Nous n’avons pas élu le Président François Hollande pour que le gouvernement mène des politiques qui n’ont été ni débattues, ni votées, par le Parti socialiste et ses militants, ni souhaitées par ses partenaires de gauche.

En relayant les pressions libérales vous enfoncez le pays dans la récession et le chômage de masse.

L’alternative est dans la lutte contre les 80 milliards de fraude nichés essentiellement dans les paradis fiscaux et dans une vraie réforme fiscale

L’alternative est dans une meilleure répartition des richesses produites pour augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs, faire reculer le chômage.

Il est urgent de changer de cap, ce n’est pas trop tard.

Lors de votre passage à Pau, j’espère que nous pourrons échanger à ce sujet. Nous aurons de toutes manières cette discussion lors du prochain congrès de notre parti, socialiste.

Veuillez recevoir, Monsieur le Premier ministre mes salutations respectueuses

Jean-Yves Lalanne

Maire de Billère

Vice-Président de la Communauté d’Agglomération Pau-Pyrénées

Le délit d’entrave moins sanctionnable

Est-ce si choquant qu’un patron qui fait entrave aux lois d’ordre public social concernant l’instauration et le fonctionnement des institutions représentatives du personnel, (comité  d’entreprise, délégués du personnel…) soit punissable de peines de prison ? Cette peine figurait dans le Code du travail.

En fait, les juges n’ont jamais prononcé de peine de prison pour délit d’entrave. Mais la menace existait quand même. En mai 2010 deux dirigeants de l’usine Molex, appartenant à un groupe américain, avaient été condamnés à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse pour ne pas avoir informé les représentants du personnel avant d’annoncer la fermeture de l’usine.

Certains grands patrons étrangers auraient dit leur inquiétude face à ce risque pénal, exceptionnel et si peu appliqué. Leurs avocats auraient souvent agité ce chiffon rouge, leur conseillant la plus grande prudence et les mettant en garde contre « la tentative de délit d’entrave ». Evidemment on nous raconte, sans preuve, non pas que cela aurait dissuadé certaines entreprises de violer nos droits, mais que cela les aurait empêchées de s’installer en France.

Aussi, le président de la République lui-même a t il annoncé que cet article du droit pénal du travail serait annulé. « Les peines pénales associées au délit d’entrave, qui parfois même pouvaient être des peines de prisons qui n’étaient bien sûr jamais prononcées mais qui néanmoins pouvaient inquiéter, seront remplacées par des sanctions financières, et c’est mieux qu’il en soit ainsi« , a déclaré François Hollande lors du deuxième « conseil stratégique de l’attractivité » ouvert aux patrons étrangers qui s’est tenu le dimanche 19 octobre à l’Elysée.

En contrepartie de la suppression de cette peine, le ministre du Travail envisage que les contraventions, aille au-delà des modestes 3.750 euros actuels. Mais quel niveau d’amende sera assez dissuasif envers des actionnaires milliardaires lointains pour leur faire respecter notre droit du travail ?

Poser la question c’est y répondre : si la menace de prison n’était qu’un chiffon rouge, l’amende les fera rire. Une fois de plus, on est loin du discours de François Hollande au Bourget, menaçant la délinquance financière : “La République vous rattrapera”. Au moment de prendre leur décision de fermer, pour causes boursières, des entreprises, rien ne sera plus capable, même à l’état de menace, d’empêcher les spéculateurs de ne pas consulter les salariés.

(lire chronique hebdomadaire » dans l’Humanité-Dimanche : « au boulot, N°212)

Suceurs de sang

Chute de hauteur : dans les Hauts de Seine, le 11 septembre, un salarié embauché la veille a fait une chute de 5 mètres depuis la toiture d’un pavillon, alors qu’il se trouvait sur un chevron de la toiture sans qu’aucune protection contre le risque de chute ne soit mise en place. Il travaillait sur ce chantier avec un autre salarié, non déclaré. Vous savez, c’est l’ordinaire dans le bâtiment, c’est avec ça que les « suceurs de sang », les « grands majors » font leurs marges et leurs fortunes. Il y a 350 000 travailleurs « détachés » illégaux dont la moitié dans ce secteur. Cela permet à des patrons français de les payer 30 % de moins qu’un salarié français sur le territoire français, « à travail égal ». Mais n’allez pas dire ça si Bouygues vient à décéder, vous vous feriez vilipender ! Et dire que le Medef veut supprimer les CHSCT, ces comités ad hoc dont la tâche est de tenter de protéger la santé, l’hygiène et la sécurité, les conditions de travail !

Risques psychosociaux : combien de suicides liés au travail ne sont pas reconnus comme tels ? Le 31 juillet dernier, juste après un entretien au cours duquel l’employeur venait de lui signifier la fin de sa période d’essai, un cadre de la société LIDL à Rungis a quitté l’entreprise sans prendre ses affaires personnelles, avant de se jeter sous un RER. Il a été rapporté que l’entreprise avait l’habitude d’organiser les entretiens de fin de période d’essai à des horaires tardifs, afin d’éviter les esclandres. Et Gattaz réclame le pouvoir de licencier « sans motif » ? Licencier sans motif, c’est comme une période d’essai permanente sur toute la vie, quand il existe 6,1 millions de chômeurs, c’est la pire atteinte à la dignité qu’on puisse faire aux salariés : « On a le droit de te virer sans te dire pourquoi »

Temps partiel et subordination : pour absence de contrat écrit comportant les mentions légales, heures complémentaires effectuées au-delà des seuils légaux, heures complémentaires non majorées, les premiers juges avaient condamné l’entreprise à deux fois 138 amendes de 55 euros ainsi qu’à 49 amendes de 55 euros, tandis que l’employeur était condamné pour les mêmes chefs à des amendes de 15 à 25 euros avec sursis. La Cour de cassation a confirmé ces condamnations ; l’intérêt de l’arrêt réside dans le fait que l’employeur sollicitait la relaxe au motif que les heures effectuées par un salarié à temps partiel au-delà de la durée prévue par son contrat ne constituent des heures complémentaires que lorsqu’elles sont imposées par l’employeur. Comme s’il n’avait rien décidé mais comme si les salariés les avaient voulues à sa place. La Cour de cassation a rejeté l’argument, le code du travail ne distinguant pas ces heures complémentaires selon qu’elles sont imposées ou non par l’employeur (Cass Crim 02 Antony 2 septembre 2014). Tout salarié est subordonné, il n’existe pas de « volontariat » en droit du travail !

 

Quand un patron gagne 300 à 600 smic, (De Margerie, c’était 1445 Smic en 5 ans a t on dit) ou 21 millions d’euros de « retraite chapeau » comme le dernier en date, Gérard Mestrallet, oui, c’est un voleur et un suceur de sang et de sueur !  Car ce n’est en aucun cas son travail qui lui apporte cette somme, c’est le vol du fruit du travail des autres. Nul ne gagne pareille somme par son mérite ! Nul n’arrache une telle somme sans violemment exploiter les autres. Ce n’est pas le travail qui enrichit c’est l’exploitation du travail des autres.

Autre exemple : le PDG de Sanofi qui a supprimé 1800 emplois est, à son tour, « viré » par ce qu’il n’a pas assez exploité ses salariés et arraché assez de dividendes : mais Christopher Viehbacher touchera jusqu’à 5,9 millions d’euros d’indemnités de départ. Le versement de cette prime, qui correspond à deux années de la dernière rémunération (fixe et variable inclus) de Christopher Viehbacher, est conditionné à l’atteinte de deux critères sur les trois suivants : le ratio « résultat net ajusté sur chiffre d’affaires » au moins égal à 15 % en moyenne sur les trois derniers exercices, le ratio « marge brute d’autofinancement sur chiffre d’affaires » au moins égal à 18 % en moyenne également sur les trois derniers exercices, ou enfin une évolution de l’activité de Sanofi au moins égale à celle de ses principaux concurrents au cours de cette même période.

Exemple encore, s’il en est  : en quelques années, Radiall, l’entreprise dirigée par Pierre Gattaz à réduit à néant, ou presque, sa contribution fiscale en France, tout en bénéficiant des crédits et en multipliant les dividendes. « À travers le mécanisme d’optimisation fiscale dit des prix de transfert, l’entreprise dirigée par Pierre Gattaz affecte une bonne partie des marges réalisées sur les ventes des connecteurs qu’elle produit dans ses usines françaises pour l’aéronautique ou les télécoms à des filiales à l’étranger. Ce qui, en une poignée d’années, a permis au groupe de réduire de 25 % à 3 % la part de ses impôts payés en France. Comme Total ! Dans la comptabilité du groupe, qui a réalisé un bénéfice de près de 25 millions d’euros l’année dernière, la « charge fiscale » en France culmine à 202 000 euros. Et cela, au moment où Radiall a touché 876 000 euros de crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE),  cadeau accordé aux entreprises sans aucun contrôle, ni aucune contrepartie. Et, dans le même temps, la famille Gattaz qui contrôle le groupe fait valser les dividendes : ils ont presque doublé entre 2010 et 2014 pour s’établir à 2,8 millions d’euros. »  « Je me sens d’une sérénité, vous n’imaginez même pas à quel point. » (Pierre Gattaz, début mai 2014, répondant au sujet de son salaire d’un montant de 458 570 euros) (extrait de » L’Humanité »)

Il ne faut pas laisser faire ces suceurs de sang, de sueur, de cerveaux, il faut au contraire limiter les revenus à 20 fois le Smic comme le revendique la Confédération européenne des syndicats. Il faut des contreparties à la subordination des salariés…  Il ne faut pas avoir peur de dire qu’ un patron qui ne paie pas les heures supplémentaires à ses salariés est un voleur, et il est d’autant plus critiquable, qu’il a autorité sur la personne qu’il vole..  Il existe près d’un milliard d’heures supplémentaires impayées et c’est l’équivalent de 600 000 emplois. Les heures supplémentaires impayées, c’est un délit en droit pénal du travail,  9 plaintes sur 10 à l’inspection du travail sont causées par cela, et plus d’un patron sur deux ne les paient pas correctement. Il ne faut pas supprimer le droit pénal du travail , ni l’inspection du travail chargé de le faire appliquer, il faut les renforcer.

 


Gattaz exige le droit suprême de « licencier sans motif ».

On atteint une sorte de paroxysme dans les revendications du Medef pour casser le droit du travail. Enhardi par les champs idéologiques qui sont politiquement ouverts devant lui par l’UMP et par le gouvernement Valls, Pierre Gattaz ne se sent plus : il réclame la fin des 35 h, la fin du Smic, la suppression des délégués du personnel, des CHSCT et des prud’hommes, le pouvoir de « licencier sans motif ».

En plus il revient déjà sur sa signature de l’ANI du 11 janvier 2013, pour ce qui est de limiter les CDD, il réclame un contrat de travail unique limité à 5 ans dans le privé comme dans le public, il rejette le « plancher » de 24 h pour les temps partiels, il conteste la mise en place pourtant extraordinairement limitée de salariés dans les conseils d’administration – toutes mesures qu’il avait encore approuvé dans la loi du 14 juin 2013.

Il demande la libéralisation du travail du dimanche et de nuit ainsi que celle du « portage salarial ». Il réclame la fin des cotisations sociales et donc, la fin de la Sécu au profit d’un millefeuille de complémentaires et assurances privées, la retraite à 65 et 70 ans, la fin de la médecine du travail, et la casse de l’indépendance de l’inspection du travail qu’il qualifie même, pour les besoins de sa propagande, de « trotskisée » (sic).

Gattaz déjuge aussi bien les « contrats » qu’il a signé que les « lois » qu’il a approuvées : en organisant la campagne contre le code du travail « trop gros » et « trop compliqué », il veut remettre en cause tout état de droit dans les entreprises. « La liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail » expliquait Laurence Parisot, qui ajoutait « La vie, la santé, l’amour sont précaires pourquoi le travail ne le serait il pas ? »

Pourtant la droite avait « recodifié » entièrement déjà le code du travail entre décembre 2004 et le 1er mai 2008, supprimant au passage 500 lois, réduisant le texte de 10 %, divisant les 1150 lois en 3850… En opportunité, ils croient l’heure arrivé de casser tous les droits et d’en revenir à un libéralisme sauvage façon XIXe siècle.

Licencier sans motif, c’est leur rêve, c’est leur idéal suprême.

Car cela fait sauter tous les garde-fous, cela fait peser la peine de mort du contrat de travail en direct sur la nuque de chaque salarié. C’est l’atteinte ultime à tout droit, à toute dignité du salarié : le patron aura le droit de lui dire « - Dehors et je n’ai pas à te dire pourquoi ». C’est un « CNE » ou un « CPE » à vie, une période d’essai permanente. A tout âge vous pouvez être chassé sans motif. Au bout de 5 ans ou de 35 ans de carrière. Et si vous voulez encore contester ils vous auront enlevé les prud’hommes en commençant par supprimer les élections…

Ce qu’il y a d’exceptionnel avec le Medef c’est leur voracité, leur instinct de classe jusqu’au bout, ils ne s’arrêtent jamais, ils ne lâchent rien, ils n’ont aucune pitié, aucune limite, aucun compassion. Ce sont des suceurs de sang avides. Ils veulent payer moins cher la force de travail et pour cela, la mater. Revenir à un quasi esclavage ne l’effraie pas, au contraire c’est ça qui les tente.

Par exemple, exiger qu’il n’y ait plus de « durée légale » du travail, est un véritable défi : car supprimer les 35 h c’est baisser de façon drastique les salaires ! En effet les majorations de 25 % des heures supplémentaires des 36°, 37°, 38° et 39° heures seront supprimées. Cela fera aussi sauter le Smic calculé sur 35 h hebdomadaires et mensualisé sur 151 h 66. Faire sauter la durée légale de 35 h aidera à faire sauter la durée maxima d’ordre public de 48 h et ouvrira la porte à « l’opt out » britannique : les « contrats zéro heure » pouvant aller de 0 à…72 h…  Contrats « au sifflet » : quand le patron veut, vous devez faire… sans protection de santé, de famille, de vie.

Autre exemple : plus de délégués du personnel dans les 97 % d’entreprises de moins de 50 c’est 8 millions de salariés sans représentation. C’est anticonstitutionnel mais ils s’en moquent. Sur 1,2 million d’entreprises, seulement 3 % ont plus de 50 salariés et il n’existe que 44 000 CHSCT en tout et pour tout… mais ils seront supprimés. Même chez AZF ?

Un contrat unique de 5 ans, c’est l’enfer sur la vie : pensez que vous obtenez un contrat à 25 ans. Vous bossez à fond pour qu’il soit renouvelé à 30 ans. Vous ne vous syndiquez pas pour qu’il le soit à 35 ans. Vous êtes encore plus dévoués et rendus serfs pour passer la barrière des 40 ans. A 45 ans, vous êtes déjà sur la sellette. A 50 ans, vous êtes menacé et avez peu de chance même en crevant d’ardeur au travail de passer les 55. Sans garantie horaire, dimanche et nuit, sans cotisations sociales protectrices, votre vie sera « précaire » en permanence.

Déjà l’ANI facilitait les licenciements, la casse des « carrières », les statuts des conventions collectives, développait les CDII (contrats à durée indéterminée intermittents – sic), ou mettait un plafond aux indemnités prud’hommes, là, sentant la gauche à ses pieds, le Medef, non seulement refuse de donner quoi que ce soit en échange des 41 milliards qui lui sont versés mais se déchaine.

Certains ont eu du mal parfois à croire ceux qui mettaient en garde, qui défendaient le code du travail attaqué ainsi ces deux dernières décennies, mais on est bientôt au bout : c’est l’heure de la conscience et de la révolte unitaire des syndicats et des salariés, ou bien sinon le Medef sonnera l’hallali.

(1) Voir “In the air” avec Georges Clooney en licencieur sans motif, film de Jason Reitman.

 

 

 

 

Les « 60 engagements » de François Hollande : à mi-mandat

Deux ans après l’élection de François Hollande, le gouvernement de Manuel Valls publiait, le 6 mai 2014, un document intitulé «  60 engagements pour la France – Deux ans plus tard[1] ».

La lecture de ce document de 15 pages est surprenante : presque tous les engagements de François Hollande auraient d’ores et déjà été tenus ou seraient en très bonne voie de l’être. Comment, dans ces conditions, expliquer que le Parti Socialiste ait perdu 155 villes de  plus de 9 000 habitants lors des dernières élections municipales et que ses candidats soient arrivés, avec seulement 13,98 % des suffrages, loin derrière le Front National (24,85 %) et l’UMP (20,80 %), lors des élections européennes ?

Les électeurs de notre pays seraient-ils, à ce point, incohérents qu’ils aient apporté 10,3 millions de voix à François Hollande et à ses engagements au 1er tour de l’élection présidentielle en 2012 et seulement 2,2 millions de voix au Parti socialiste aux européennes de 2014 alors que les 60 engagements du Président de la République auraient déjà été presque tous mis en œuvre ?

Il n’est pas possible de faire l’économie d’un examen plus réaliste du sort réservé aux « 60 engagements de François Hollande », au moins aux plus marquants. Il n’est pas possible, non plus, de faire comme si toute une série de mesures qui n’étaient pas prévues au programme n’étaient pas  tombées sur la tête des habitants de notre pays, au cours des deux années de gouvernement socialiste.

1- Les engagements qui ont été tenus ou qui sont en voie de l’être

- Engagement 7 : les frais bancaires

Les frais bancaires ont été plafonnés pour les clients des banques en situation de découvert régulier. Les plafonds ont été fixés à 8 euros par opération et à 80 euros par mois pour l’ensemble des clients, à 4 euros et 20 euros pour les clients les plus fragiles.

- Engagement 15 : les contributions des plus fortunés

Une tranche supplémentaire de 45 % pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par an a été créée. Les diminutions de l’impôt sur le revenu ont été plafonnées à 10 000 euros par an.

- Engagement 16 : l’allocation de rentrée scolaire devait augmenter de 25 %

Cette augmentation a effectivement eu lieu et 3 millions de familles en ont bénéficié dès la rentrée de septembre 2012.

- Engagement 17 : le retour sur les allégements de l’impôt sur la fortune

La 2ème loi de finances rectificative pour 2012 est revenue sur ces allégements décidés en 2011. La loi de finances pour 2013 a instauré un nouvel impôt sur la fortune relevant le taux d’imposition des plus gros patrimoines.

- Engagement 18 : la retraite à 60 ans pour ceux ayant cotisé la totalité de leurs annuités

Le décret de juillet 2012 permet à ceux qui ont commencé à travailler tôt de prendre leur retraite à 60 ans. 150 000 personnes ont profité de cette disposition en 2013.

- Engagement 22 : l’accès au logement

La loi relative à la Solidarité et aux Renouvellements Urbains a été renforcée en janvier 2013 en multipliant par cinq les sanctions qui pèsent sur les communes refusant d’accueillir les ménages modestes. Elle augmente de 20 à 25 % la part des logements sociaux nécessaires dans les communes « en tension ».

La loi Alur de février 2014 met en place des dispositions permettant une plus grande transparence dans le processus d’attribution des logements sociaux.

Le gouvernement a annoncé, le 8 septembre 2014, la généralisation de la caution locative étudiante (CLE) à tous les étudiants de moins de 28 ans, boursiers ou non, qui disposent de revenus mais qui ne peuvent présenter de caution. Le montant des loyers couverts par l’Etat sera plafonné : 500 euros pour une personne seule en province, 600 euros en Ile-de-France et 700 euros à Paris. Pour les couples, ce plafond sera majoré de 60 %. Le fonds de garanti sera, au final, financé par les locataires eux-mêmes : ils devront verser un pourcentage de leur loyer à ce fonds.

- Engagement 31 : le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels

Le mardi 23 avril 2013, l’Assemblée nationale votait solennellement la loi autorisant le mariage des couples homosexuels et leur ouvrant le droit à l’adoption. La France est devenue le 14ème pays du monde à réaliser cette grande avancée démocratique.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait, cependant, dû s’arrêter en chemin et renoncer à faire voter une loi sur la  Procréation médicalement assistée (PMA), tant la politique sociale qu’il menait, l’avait coupée de sa base sociale, et l’empêchait d’aller plus avant sur le terrain sociétal. L’UMP l’avait parfaitement compris : le 13 avril 2013, à Lille, Jean-François Copé avait exigé « de suspendre la discussion de ce texte sur le mariage pour tous et de ne s’occuper que d’une seule chose, la lutte contre le chômage… »[2]

Un an et demi plus tard, alors que la politique sociale qu’il poursuit l’éloigne toujours plus du salariat, Manuel Valls a reculé, une nouvelle fois, devant une nouvelle mobilisation de la « Manif pour tous en affirmant dans un entretien accordé au journal « La Croix », le 3 octobre, que « la GPA restera interdite en France » et que l’autorisation de reconnaître la naissance d’un enfant né d’une mère porteuse dans un pays qui autorise la GPA ne serait pas automatique. La Cour européenne des droits de l’homme(CEDH) avait, pourtant, condamné la France en juin dernier pour « négation de la filiation entre des enfants nés d’une GPA à l’étranger et son père biologique ». Pour la CEDH, nier la filiation porte atteinte « à l’identité » d’enfants placés « dans une situation d’incertitude juridique ». Il est extrêmement rare de voir Manuel Valls s’opposer à une décision de l’Union européenne. Il est dommage qu’il fasse preuve d’un tel courage politique uniquement lorsqu’il s’agit de donner des gages aux réactionnaires de la « Manif pour tous ».

Quant à la PMA pour les couples de femmes, Valls botte en touche, exactement comme l’avait fait Jean-Marc Ayrault en 2013, en se retranchant derrière l’avis du Comité consultatif d’éthique. Un Comité qui ne paraît guère pressé et qui, en 2005, s’était prononcé contre la PMA pour les femmes homosexuelles.

- Engagement 35 : la possibilité de saisir le tribunal de grande instance dans les cas manifestement contraires à l’intérêt de l’entreprise

La « loi Florange » a été votée le 29 mars 2014. Elle oblige les groupes de plus de 1 000 salariés, qui veulent fermer un site, à « rechercher » obligatoirement un repreneur en associant le Comité d’Entreprise.

Cette loi est un petit pas en avant mais ne permet pas de lutter efficacement contre les licenciements boursiers dont sont victimes des dizaines de millier d’ouvriers et d’employés. Le groupe n’a que l’obligation de « rechercher » un repreneur, pas d’en trouver un ni d’avoir à payer des indemnités de licenciement réellement dissuasives.

- Engagement 36 : les 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation

24 600 postes ont été créés en 2013 et 2014. La moitié des postes créés ont été affectés à la formation des enseignants (le retour à l’année de stage).

D’autres pas en avant ont été réalisés pour l’éducation prioritaire dans les collèges, pour la formation des enseignants avec la création des ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation)…

Il est, cependant, très difficile de réformer l’Ecole en diminuant les budgets des collectivités territoriales et sans transformer la société, sans redistribuer les richesses pour faire reculer le chômage de masse, la précarité et la pauvreté alors que l’Ecole réfracte toutes les contradictions de cette société en crise. Les difficultés rencontrées par la réforme des rythmes scolaires (une réforme juste) mettent en évidence ce phénomène.

- Engagement 41, 42 et 43 : « Je veux faire de la France la nation de l’excellence environnementale ».

Le projet de loi « sur la transition énergétique » adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le 14 octobre, apporte sept avancées dans ce domaine :

  1. L’obligation d’améliorer la performance énergétique des logements en cas de ravalement, aménagements de nouvelles pièces ou de travaux de toiture.
  2. La possibilité pour les Régions d’avancer aux particuliers le coût de leurs travaux de rénovation thermique et de se rembourser, au fur et à mesure, sur les économies d’énergies effectuées.
  3. L’obligation pour les employeurs de fournir des moyens de transports (covoiturage, cars, prêts de voitures électriques…) dans les entreprises de plus de 100 salariés.
  4. La simplification des mesures administratives pour l’installation de projets éoliens terrestres.
  5. La création d’un « chèque-énergie » pour les ménages modestes.
  6. L’interdiction des sacs  et couverts en plastique non recyclable.
  7. L’impossibilité, pour les fournisseurs d’électricité et de gaz, d’exiger le rattrapage de leurs factures, au-delà d’un an.

L’appellation de ce projet de loi est, cependant, très largement exagérée. Cette loi n’est pas, loin de là, à la hauteur de la menace climatique (voir la 2ème partie du bilan des « 60 engagements » de François Hollande).

- Engagement 59 : le retrait immédiat de nos troupes d’Afghanistan

Les dernières troupes combattantes françaises ont quitté Kaboul le 15 décembre 2012.

- Engagement 59 : le soutien à la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien

Le 29 novembre 2012, la Palestine a obtenu le statut d’observateur non membre de l’Onu. C’est un pas important dans la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien. La France y a apporté sa contribution en votant pour ce statut, aux côtés de 137 autres Etats.

Depuis l’agression israélienne contre la bande de Gaza durant l’été 2014, la Suède a reconnu  l’Etat palestinien. En grande Bretagne, la Chambre des communes a approuvé par 274 contre 12, un texte  affirmant que le gouvernement britannique « devrait reconnaître l’Etat palestinien aux cotés de l’Etat d’Israël au titre de contribution à l’établissement d’une solution négociée à deux Etats. La France n’est pas, encore, allée au-delà de la déclaration de Laurent Fabius selon laquelle « il faudrait bien, à un moment, reconnaître l’Etat palestinien ».

2- Les engagements qui n’ont pas été tenus ou ne l’ont été que très partiellement

- Engagement 1 : la Banque publique d’investissement

BPIfrance, la Banque publique d’investissement a, certes, été créée par la loi du 31 décembre 2012 et le document du Premier ministre se félicite du fait que le total de son bilan atteigne un total de « près de 54 milliards d’euros ». Tout est dit, pourtant, avec ce chiffre. Les bilans additionnés des banques françaises dépassent  8 000 milliards d’euros (400 % du PIB français). Le total du bilan de la 1ère banque française (BNP-Parisbas) atteint 2 000 milliards d’euros (100 % du PIB de notre pays).

Avec une banque publique dont le bilan ne représente que 2,7 % du PIB, la puissance publique s’est dotée d’un outil qui ne lui permet pas de jouer efficacement son rôle.

- Engagement 2 : Faire des PME une priorité

Des mesures ont été prises pour aider au financement des PME et des Entreprises de taille intermédiaire (ETI) : création d’un PEA destiné à les financer, création de nouveaux produits d’assurance-vie, doublement du plafond du livret de développement durable…

Mais nos gouvernements ne se sont pas préoccupés de faire la distinction entre les entreprises qui sont juridiquement des PME ou des ETI et celles qui sont économiquement indépendantes des grands groupes.

La lecture de l’étude de l’Insee de mars 2012[3] aurait pourtant dû éclairer les gouvernements de gauche : avec seulement 2 millions de salariés du secteur marchand pour un total de 16 millions de salariés, les PME indépendants n’emploient que 12,5 % des salariés de ce secteur. Quant aux ETI indépendants, elles n’emploient que 116 000 salariés, celles sous contrôle d’un groupe français ou étranger emploient 2,8 millions de salariés.

La conséquence de cette situation est qu’à chaque fois que des aides publiques sont versées aux milliers de PME et d’ETI dépendantes des grands groupes, c’est le tiroir-caisse de ces grands groupes que l’on remplit. L’exemple le plus visible de cette mécanique est le chantage éhonté exercé par les grands groupes sur les PME sous leurs dépendances économiques, en exigeant que ces dernières leur reversent tout ou partie du Crédit d’impôt compétitivité emploi qu’elles percevaient. Le médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet, avait tiré la sonnette d’alarme[4] tant le procédé était grossier et Fleur Pèlerin a fini par intervenir. Mais ce phénomène n’est que la pointe émergée de l’iceberg.

- Engagement 5 : le statut public des entreprises détenues majoritairement par l’Etat

Malgré les protestations de toute la gauche contre la privatisation de GDF en 2008, la transformation de la Poste en Société anonyme en 2010, la situation de ces entreprises est restée inchangée. Pire, le démantèlement de la SNCF pour faciliter sa privatisation, sous la pression de la Commission européenne, continue.

Le gouvernement veut, maintenant, mettre la SNCF en ordre de bataille pour affronter l’ouverture à la concurrence prévue pour 2022, par le « quatrième paquet ferroviaire » européen.  Cette ouverture à la concurrence risque fort, d’être suivie, comme à chaque fois, par la privatisation de l’entreprise publique. Les prix des billets augmenteront, l’équipement des trains et surtout leur sécurité seront tirés vers le bas, tout comme le statut et les salaires des salariés de la SNCF ; seules les lignes rentables seront conservées. Mais ce sont cheminots qui ont dû faire grève pour défendre le service public et le 5ème engagement de François Hollande. Ils ont, malgré cela, été dénoncés comme « preneurs d’otages » par un gouvernement de gauche, censé mettre en application cet engagement.

Le projet de loi sur la « transition énergétique », adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le 14 octobre 2014, prévoit l’ouverture de la propriété des barrages hydrauliques aux capitaux privés. Comme si la privatisation des autoroutes n’avait pas suffi !

- Engagement 7 : séparer les activités spéculatives des banques de celles qui sont utiles à l’investissement

C’est sans doute l’une des décisions les plus graves prises par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et la majorité parlementaire. Aucune leçon de la crise bancaire de 2007-2008 n’a été tirée. Les activités spéculatives des banques avaient, pourtant, amené l’économie mondiale au bord du gouffre. Les banques n’ont rien changé (dans le meilleur des cas) à leurs comportements et font toujours courir un risque aussi énorme à l’économie et à la société.

La loi du 26 juillet 2013 ne sépare que symboliquement les activités spéculatives des autres activités bancaires. Cette loi a été écrite sous la dictée du lobby bancaire. Moins de 1,5 % de l’activité totale des banques sera cantonné dans des filiales spécifiques[5].   Gaël Giraud, chercheur au CNRS et à l’Ecole d’Economie de Paris, avait pourtant précisé ce qu’il en était des activités des banques utiles à l’économie » : « Aujourd’hui, sur 8 000 milliards de total de bilan bancaire français, seuls 10 % servent au financement des entreprises. Et 12 % au financement des ménages. Le reste ce sont des opérations de marché ».

Cela n’empêcha pas Michel Sapin, ministre des Finances de Manuel Valls, de déclarer, le dimanche 6 juillet « : Notre amie, c’est la finance, la bonne finance » Une « bonne » finance qui ne pèse que 22 % du total de la Finance en France et qui, lors de la crise de 2007-2008 avait été chassée par la mauvaise : les banques avaient coupé les robinets du crédit et ne se faisaient même plus crédit entre elle.

- Engagement 7 : la création d’une taxe sur les transactions financières

Le 6 mai 2014, François s’est félicité de la mise en place d’une taxe européenne sur les transactions financières : « elle est là ! »

Mais cette taxe n’est pas vraiment là puisqu’elle ne sera mise en œuvre que le 1er janvier 2016 et ne concernera que les actions et un certain nombre de produits dérivés. La définition d’une assiette plus large a été reportée à plus tard.

En 2011, le produit de cette taxe devait s’élever à 57 milliards d’euros et concerner tous les pays de l’Union Européenne. En 2013, elle ne concernait plus que 11 pays de l’Union (sous la forme d’une coopération renforcée) et ne devait plus rapporter que 30 à 35 milliards d’euros. Aujourd’hui, la Commission européenne estime que cette taxe devrait rapporter 4,6 milliards d’euros par an.

La Finance n’a donc vraiment pas de quoi s’inquiéter : aucun « grain de sable » ne viendra gripper les rouages de la spéculation. Elle pourra continuer son activité avec toute la fluidité nécessaire… jusqu’à la prochaine crise.

– Engagement 9 : la réduction du déficit public à 3 % du PIB en 2013 et l’équilibre budgétaire en 2017

Le déficit public atteignait 7,5 % sous Sarkozy. Il n’a été abaissé qu’à 5,9 % puis  4,4 % du PIB en 2013 alors que la Commission européenne avait, comme le lui permettait le TSCG, fixé un calendrier exigeant un déficit de 3 % maximum à cette date. Ce calendrier ne pouvait être respecté et, faisant de nécessité vertu, la Commission a fini par « autoriser » la France à attendre la fin 2015 pour arriver à un déficit public égal à 3 % de son PIB.

La Commission ne s’arrêtera cependant pas en si bon chemin car la « règle d’or » fixée par le TSCG de 2012 impose l’équilibre budgétaire, c’est-à-dire un déficit qui ne soit pas supérieur à 0,5 % du PIB. Si notre gouvernement, comme François Hollande s’y est engagé, continue à suivre les préconisations de la Commission européenne, les politiques d’austérité ne sont donc pas près d’arrêter de produire leurs néfastes effets.

Pourtant, ces politiques d’austérité produisent exactement l’inverse de ce à quoi elles prétendent. En cherchant  à diminuer le déficit public avant d’avoir relancé la croissance, ces politiques étouffent la croissance et l’économie va de récession en stagnation. Les derniers chiffres de l’INSEE annoncent une croissance d’au mieux 0,5 % en 2014. Au total, les recettes fiscales diminuent : en 2013, selon la Cour des comptes, les impôts avaient rapporté 14,6 milliards d’euros de moins que prévu. Michel Sapin reconnaît que la croissance ne dépassera pas 0,4 % en 2014 (au lieu des 1 % prévus) et 1 % en 2015 (au lieu des 1,7 % prévus). Or, les créations nettes d’emplois ne commencent qu’avec une croissance de 1,5 %.

Les plans d’austérité produisent, comme partout en Europe, un triple désastre : économique, social et financier. Car le désastre est également financier puisque la dette publique de notre pays, au lieu de diminuer, n’a cessé d’augmenter : de 85,8 % du PIB fin 2011  à 96,6 % au 1er trimestre 2014, selon l’Insee. Soit une augmentation de 215 milliards d’euros ! A ce rythme les 100% seront bientôt atteint. L’échec est patent, également, pour la réduction du déficit public. Ce déficit devait être limité à 3 % du PIB, fin 2014. La Commission européenne, prenant acte de la réalité et faisant de nécessité vertu, avait décidé d’accorder un délai à la France. Son déficit public devait s’élever à 3,8 % fin 2014 et à 3 % fin 2015. Michel Sapin vient d’annoncer que le déficit atteindrait 4,3 % du PIB, fin 2014 au lieu de 4,4 % en 2013. Il ajoutait que les 3 % qui devaient initialement être atteints fin 2014 ne le serait pas avant, au mieux, 2017.

- Engagements 9 : revenir sur les cadeaux fiscaux et les niches fiscales accordées aux grandes entreprises

La « niche Copé » a été quelque peu réduite mais cette « niche » ne représente (au total) qu’un manque à gagner de moins de 4 milliards pour l’Etat.

D’autres niches fiscales des grandes sociétés n’ont pas été remises en question. Elles représentent pourtant des manques à gagner d’une toute autre ampleur pour les finances publiques[6] : 34 milliards d’euros (en 2009) pour le « régime des sociétés mères-filiales » ; 18 milliards d’euros pour le « régime d’intégration fiscale »…

Pire, le « pacte de compétitivité » de Jean-Marc Ayrault a ajouté une niche fiscale de 20 milliards d’euros au bénéfice du patronat et le « pacte de responsabilité » de Manuel Valls crée une autre niche de 21 milliards d’euros supplémentaires. Au total, une nouvelle niche fiscale de 41 milliards d’euros a été mise en place, en  totale contradiction avec le 9ème engagement de François Hollande.

- Engagement 10 : le coup d’arrêt à la RGPP et perspectives salariales des fonctionnaires

Les perspectives salariales des fonctionnaires sont aussi gelées que la valeur du point de la Fonction publique. La valeur du point devrait être bloquée jusqu’en 2017, soit un blocage de plus de 7 ans, puisque les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont continué, dans ce domaine comme dans tant d’autres, malheureusement, la politique initiée par Nicolas Sarkozy.

La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), mise en place par Nicolas Sarkozy, n’a fait que changer de nom. Elle s’appelle maintenant la Modernisation de l’Action Publique (MAP) mais poursuit les mêmes objectifs : 60 milliards d’euros d’économie pour le quinquennat.

Pour que le nombre d’agents de l’Etat n’augmente pas, comme le prévoit la MAP, il faudra supprimer 60 000 postes dans les autres administrations afin de compenser les 60 000 emplois supplémentaires dans l’Education nationale.

- Engagement 11 : la renégociation du traité européen de 2011

« Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre en privilégiant la croissance et l’emploi » écrivait François Hollande.

François Hollande a pourtant fait ratifier par le Parlement le TSCG rédigé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, sans qu’une virgule en ait été changée.

Quant à la croissance, elle devait résulter du « Pacte de croissance » que François Hollande avait fait adopter par les chefs d’Etat et de gouvernement européens, en juin 2012. Le prix Nobel d’économie, Paul Krugman, dans son éditorial du New York Times, le 5 juillet 2012 écrivait que ce pacte était « un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge ». Le montant de ce pacte (120 milliards sur 3 ans pour les 27 pays qui composaient alors l’Union européenne) était dérisoire. Pour sauver les banques, c’est 1 616 milliards d’euros que les Etats-membres de l’Union européenne avaient su débloquer entre 2008 et 2011[7]. Ce pacte, dès le départ, était voué à l’échec. Il a d’ailleurs disparu dans le « triangle des Bermudes » et, aujourd’hui, François Hollande, lui-même, n’ose plus évoquer cette tentative de combler avec une petite cuillère le trou que les politiques d’austérité, programmées par le TSCG, continuent de creuser avec une pelleteuse.

- Engagement 12 : la défense d’un budget européen (2014-2020) au service de grands projets d’avenir

Pourtant, malgré cet engagement, pour la 1ère fois dans l’histoire de l’Union européenne, le budget pluriannuel (2014-2020) a diminué et François Hollande l’a approuvé. Les chefs d’Etat et de gouvernement avaient adopté (à l’unanimité) un budget européen en baisse de 3,5 % par rapport au précédent (2007-2013). Le 19 novembre 2013, le Parlement européen, à une large majorité de 537 députés sur 682, rassemblant la droite mais aussi l’essentiel des députés du Parti socialiste européen (PSE) a donné le feu vert à cette diminution et les «  grands projets d’avenir » du 12ème engagement de François Hollande sont passés à la trappe.

- Engagement 13 : la proposition d’une nouvelle politique commerciale pour l’Union européenne

Cette nouvelle politique commerciale prend, malheureusement, tout son sens avec la négociation du traité transatlantique (TAFTA). Ce traité a pour objectif de niveler par le bas les normes sanitaires, financières, juridiques et sociales et d’imposer une concurrence exacerbée entre les salariés des deux continents. Le gouvernement de notre pays, comme ceux de tous les pays de l’Union ont donné mandat à la Commission européenne pour négocier ce traité, dans le plus grand secret.

Un accord de libre échange entre l’Union européenne et le Canada, a été, lui-aussi, négocié dans le plus grand secret. Il a été signé en octobre 2013 et doit être maintenant soumis à ratification.  Il constitue un avant-goût du TAFTA.

Sans les révélations de WikiLeaks, au cours de l’été,  les citoyens n’auraient pas, non plus, eu connaissance d’une autre négociation secrète pour la rédaction d’un autre traité international. Un traité sur « le commerce des services » (TISA). Nos services publics sont en ligne de mire. Les négociateurs sont les Etats-Unis, l’Union européenne et 22 autres Etats.

- Engagement 13 : agir pour une parité plus équilibrée de l’euro

La politique déflationniste, menée à coup de politiques d’austérité dans tous les pays de l’Union européenne, est le facteur déterminant de l’augmentation de la valeur de l’euro par rapport au dollar.

Il est incohérent de prétendre vouloir agir pour une « parité plus équilibrée de l’euro » et de mettre en œuvre des politiques d’austérité, comme celles menées par Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls qui produisent l’effet inverse.

- Engagement 14 : une grande réforme fiscale

L’instauration d’une tranche d’imposition de 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros par an était une mesure transitoire (deux ans) et symbolique (320 millions d’euros par an). Elle avait été censurée par le Conseil constitutionnel et mise à la charge des entreprises qui verseraient des salaires (pas des dividendes) supérieurs à un million d’euros par an, permettant aux indépendants (artistes, avocats…) de passer au travers des mailles du filet. Devant un parterre de financiers londoniens, Manuel Valls, a annoncé, le 6 octobre, que cet artifice prendrait bien fin au 1er janvier 2015.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a continué la politique de Nicolas Sarkozy en ne revalorisant pas les seuils des tranches d’imposition en fonction de l’inflation. En 2010, 17 millions de contribuables étaient imposés sur le revenu, en 2013, ils étaient 20 millions.

Le 17 septembre 2014, au lendemain de la majorité relative qu’il avait obtenue à l’Assemblée Nationale, Manuel Valls annonçait la suppression, en 2015, de la première tranche de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, la tranche à 5,5 %. Cette suppression sera, en fait, partielle puisque cette tranche d’imposition allait jusqu’à 11 991 euros en 2014 et que, en 2015, elle s’arrêtera à 9 690 euros.

Les contribuables dont les revenus (par part d’imposition) sont inférieurs à 9 690 euros seront exonérés d’impôt alors qu’il fallait avoir un revenu imposable de moins de 6 011 euros en 2014 pour pouvoir être exonéré du paiement de l’impôt sur le revenu. Le barème de l’impôt sur les revenus sera « reprofilé » pour que les contribuables imposés aux taux de 30 %, 41 % et 45 %, ne bénéficient pas de baisse d’impôt et que l’effet de la suppression partielle de la 1ère tranche à 5,5 % soit, dans leur cas, neutralisé.

Cette suppression partielle de la première tranche d’imposition profitera à 6 millions de contribuables. Le renforcement de la « décote » pour les contribuables dont le montant d’imposition est inférieur à 1 016 euro, bénéficiera à 3 millions de foyers. 9 millions de foyers bénéficieront donc de ces deux mesures. Cette mesure a, cependant, plusieurs limites.

Elle diminuera les recettes fiscales de 3,3 milliards. Le gouvernement a neutralisé les effets de cette mesure pour les plus hauts revenus dont les impôts ne diminueront pas mais n’augmenteront pas non plus. Il faudra donc compenser autrement ce manque à gagner de 3,3 milliards d’euros. Comment ? Cela ne peut pas être l’augmentation de l’impôt des entreprises puisque le fondement de la politique de François Hollande et de diminuer les cotisations sociales comme les impôts des entreprises. Le risque est donc important que ces 3,3 milliards d’euros de diminution des recettes fiscales soient compensés par une diminution des dépenses publiques qui se traduirait, comme à chaque fois, par une diminution des prestations sociales ou des moyens des services publics. Ce serait les plus fragiles qui en pâtiraient.

3,3 milliards d’euros représentent une somme importante. Il suffit, cependant, de comparer ce chiffre à celui des 41 milliards d’euros accordés au patronat pour constater que les deux plateaux de la balance ne sont pas vraiment équilibrés.

Enfin, l’Impôt sur le revenu  représente (selon les chiffres de la CGT Finances) 15 % des impôts payés par un salarié gagnant 1 700 euros par mois, soit le salaire médian. Les 85 % restants sont des impôts indirects (essence et surtout TVA). Pendant des années, le Parti Socialiste, a répété que l’impôt sur le revenu était le seul impôt juste parce qu’il est progressif et que la TVA était l’impôt le plus injuste puisqu’il frappe du même taux d’imposition le PDG et celui ou celle qui vit sous le seuil de pauvreté. François Hollande devrait en tirer les conclusions et baisser, en priorité, les taux de la TVA.

- Engagement 17 : renforcer les moyens de la lutte contre la fraude fiscale

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n’avait pas fait grand-chose en ce sens avant que n’éclate la sinistre affaire Cahuzac.

Désormais, les banques françaises devraient être obligées de rendre publiques toutes leurs activités dans tous les pays du monde et donc dans les paradis fiscaux. Il resterait, toutefois, à mesurer l’utilité pratique d’une telle mesure. A la question posée par Médiapart[8] de savoir s’il irait jusqu’à menacer les banques qui continueraient à avoir des filiales dans les paradis fiscaux de leur retirer leur licence bancaire, Pierre Moscovici s’était contenté de répondre « Je ne veux pas faire de politique fiction ». Les banques n’ont donc guère de souci à se faire.

Il serait nécessaire, également, que la liste des paradis fiscaux de Bercy s’étoffe quelque peu car elle est bien mince. C’est, malheureusement, l’inverse qui se produit puisqu’en janvier 2014, Jersey et les Bermudes étaient retirés de la liste des « Etats non-coopératifs » du Ministère de l’Economie et des Finances.

Sur 80 milliards de fraude fiscale estimée par tous, 1,8 milliard semblent avoir été récupérés en 2014, il y a fort à faire. François Hollande s’était écrié au Bourget, la délinquance financière « la République vous rattrapera… »

- Engagement 19 : la tarification des soins dans les hôpitaux publics

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les conditions de contrôle de la tarification à l’activité (T2A) mais cette T2A est restée en place. La T2A, pourtant, « ne prend en compte ni la complexité, ni la gravité, ni l’innovation[9] » et rembourse de façon standardisée des actes de natures très différentes : des actes chirurgicaux bien précis et des maladies chroniques dont le traitement repose sur des actes médicaux mais surtout sur un accompagnement interdisciplinaire, thérapeutique et social.

« La T2A a créé des bonnes et des mauvaises maladies : celles qui rapportent et celles qui coûtent[10] ». Les établissements privés se spécialisent de plus en plus  dans les secteurs rentables, comme la chirurgie orthopédique, le service public récupérant les secteurs les plus coûteux : médecine interne, gériatrie, urgences… Cette tarification met en concurrence (déloyale) le secteur public (dont le déficit atteint 400 millions d’euros en 2013) et le secteur privé. Elle permet, ainsi, la réorganisation du secteur hospitalier au profit des cliniques privées, sous l’égide des Agences régionales de santé (ARS)

- Engagement 20 : la sécurisation de l’accès aux soins

La loi de finances rectificative de 2012 a, heureusement, supprimé les 30 euros imposés aux étrangers sans papier bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat.

L’accès à la CMU et à l’aide à la complémentaire santé (ACS) a été élargi à 750 000 personnes supplémentaires en 2013, grâce à une hausse du plafond de ressources permettant d’en bénéficier. Les contrats souscrits restent, cependant, pour l’essentiel, des contrats « bas de gamme » qui ne permettent pas d’accéder à des soins de qualité. En 2013, 20 % des habitants de notre pays ont renoncé à des soins pour des raisons financières.

Les fermetures de lits et de services dans les hôpitaux publics n’ont guère ralenti. « Mourir à Paris en 2013 faute de place à l’Hôpital ? » titrait une tribune du Monde du 5 février 2013, signée par Gérard Kierzek, urgentiste à l’hôpital-Dieu et Christophe Girard, maire (PS) du IVème arrondissement de Paris.

En 2003, dans le cadre du « Plan Hôpital 2007″, l’ordonnance du 4 septembre supprimait la carte sanitaire nationale. Elle était remplacée par des Schémas régionaux d’organisation sanitaire (SROS), sous l’égide, là encore, des Agences régionales de santé. Les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls n’ont toujours pas rétabli cette carte sanitaire nationale, sans laquelle il paraît pourtant des plus aléatoires de vouloir planifier et sécuriser l’accès aux soins pour tous, sur l’ensemble du territoire français.

Le « numerus clausus » qui limite l’accès aux études médicales et paramédicales n’a pas été revu. C’est, pourtant, la pénurie de médecins qui est à l’origine des déserts médicaux dans de nombreuses régions, comme du rapport de forces favorable aux médecins libéraux, leur permettant d’obtenir, par exemple, le remboursement de dépassements d’honoraires par la Sécurité sociale.

Mis en place en 2007 « M’T Dents » permet de sensibiliser et éduquer les enfants de 6 et 12 ans aux questions de santé, et de bénéficier d’une visite médicale gratuite. La visite gratuite sera maintenue, mais ce programme est victime de budgétaires. 800 000 enfants étaient concernés lors de sa mise en place, ils étaient 250 000 en 2014 et ne devraient plus être que 20 000 l’an prochain.

Les économies de 10 milliards d’euros imposées à la Sécurité sociale ne feront qu’accroître le problème de l’accès aux soins.

- Engagement 22 : l’accès au logement

Dès l’été 2012, un plafonnement de la hausse des loyers lors du renouvellement du bail ou de la relocation a été instauré dans les 38 agglomérations françaises (près de 1 290 communes concernées) où ils sont les plus élevés.

La loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (loi Alur) du 24 mars 2014, crée un mécanisme stable d’encadrement des loyers régulant directement le niveau des loyers, complémentaire du décret de juillet 2012. Elle instaure, enfin, à partir du 1er janvier 2016, une garantie universelle des risques locatifs (GUL).

Malheureusement, Manuel Valls, cédant à la pression des lobbies des constructeurs, a annoncé, le 29 août, que la loi Alur serait amendée. Alors que l’encadrement des loyers avait été voté à l’unanimité par la majorité, le Premier ministre annonce que des décrets d’application en modifieront substantiellement le contenu !  L’encadrement des loyers sera abandonné ou plutôt, ce qui revient au même, sera maintenu, à titre simplement expérimental, à Paris. Martine Aubry s’indigne et exige que toutes les villes qui, comme Lille, veulent encadrer les loyers, puissent le faire.

Cet encadrement des loyers n’étaient pourtant que la mise en œuvre du 22ème engagement de François Hollande. Les millions de personnes qui souffrent de la crise du logement n’auront qu’à consacrer un peu plus d’argent à leurs loyers ! Tant pis pour eux s’ils n’en ont pas les moyens.

Le 22ème engagement de François Hollande prévoyait également la construction de 500 000 logements supplémentaires chaque année pendant 5 ans. Nous sommes bien loin du compte puisque 313 000 logements seulement ont été construits en 2013.

Compter sur le secteur privé pour construire des logements à prix abordables est une impasse qui finit toujours par gonfler des bulles immobilières qui finissent un jour par éclater, mettant en péril les banques et l’économie. Dans ce domaine, seule une politique de l’ « offre publique » pourrait palier les carences structurelles du secteur privé, relançant par la même occasion le bâtiment, les embauches dans ce secteur et l’augmentation de la demande qui en résulterait.

- Engagement 24 : la lutte contre la précarité

Visiblement, la politique menée ne marche pas. Le nombre d’embauches en CDD (souvent de très courte durée) ne cesse d’augmenter et atteint maintenant 83,7 % du total des embauches Les femmes sont les plus touchées (85,5 %) avec les salariés de plus de 50 ans (84,6 %).

La loi Sapin du 14 juin 2013 prévoyait une très légère sur-cotisation pour les contrats courts. Mais cela n’a rien change à la précarité que subissent les salariés : l’intérim n’est pas concerné et son coût devient même inférieur à celui des CDD courts ; les CDD dits « d’usage » dans les secteurs qui emploient le plus de CDD ne sont pas concernés ; les CDD de plus de trois mois ne sont pas concernés : sans doute un salarié bénéficiaire d’un CDD de quatre mois n’est-il plus un salarié précaire !

Ce sont les intermittents du spectacle qui sont aujourd’hui le fer de lance de la lutte contre la précarité et qui essaient d’amener François Hollande à respecter son 24ème engagement.

- Engagement 30 : la lutte contre le « délit de faciès »

François Hollande s’était engagé  à mettre en œuvre « une procédure respectueuse des citoyens ».

Jean-Marc Ayrault avait précisé que cette procédure prendrait la forme de la délivrance d’un récépissé remis aux personnes subissant un contrôle d’identité. Manuels Valls, alors Ministre de l’intérieur, avait réussi à faire repousser cette proposition.

- Engagement 33 et 34 : combattre le chômage

C’est un échec complet. François Rebsamen vient d’ailleurs de le reconnaître. La « courbe du chômage » ne s’est pas inversée. Il a encore augmenté de 0,8 % en juillet et septembre 2014. Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A) a augmenté de plus de 500 000 depuis que la gauche est au pouvoir. L’Unedic ne voit pas le chômage baisser d’ici 2017[11].

Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur du problème. Les 500 000 « contrats de générations » induisent un effet d’aubaine considérable. Les entreprises se contentent d’embaucher les jeunes qu’elles auraient de toute façon embauchés et de garder des salariés de 55 ans qu’elles auraient de toute façon gardés. Mais, au passage, elles empochent les allégements de cotisations sociales. Cet effet d’aubaine joue également, mais moins fortement, pour les 150 000 emplois d’avenir. Au total, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) au lieu de 650 000 emplois, ces deux dispositifs ne créeraient que de 155 000 à 206 000 postes : 450 000 ou 500 000 de moins que le nombre prévu par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Quand à l’apprentissage, il ne créera pas un seul emploi supplémentaire, il permettra simplement à ceux qui en bénéficieront de passer devant d’autres dans la file d’attente pour l’emploi.

Les trois seuls moyens efficaces d’agir contre le chômage sont : à court terme, la croissance, à moyen terme et long terme, la réduction du temps de travail et la création d’emplois publics. Trois solutions que François Hollande se refuse à appliquer.

Les politiques d’austérité menées par les gouvernements de gauche successifs empêchent toute croissance (dont il faudrait discuter du contenu) et enfoncent l’économie de notre pays dans la récession ou la stagnation. Il n’est pourtant possible de commencer à créer des emplois en France que lorsque la croissance atteint 1,5 %. Mais c’est une croissance de 0,5 % qui est maintenant prévue en 2014 et, au mieux, de 1 % en 2015 ! Un plan de relance, permettant une véritable transition énergétique, serait donc nécessaire, à la fois pour l’emploi et pour répondre à la menace de réchauffement climatique.

A moyen et à long terme, seuls la création d’emplois publics et  la réduction du temps de travail permettent de faire reculer le chômage de masse car, à chaque récession, les emplois créés lors des périodes de croissance ont tendance à disparaître.

A la fin du XIXème siècle (il y a un peu plus d’un siècle) le temps de travail était de l’ordre de 70 heures par semaine : imaginons ce que serait le chômage aujourd’hui si ce temps de travail n’avait pas diminué de moitié ! C’est dans cette voie qu’il faut continuer et renouer avec la politique de réduction du temps de travail de Lionel Jospin qui avait permis de créer 400 000 emplois.  C’est pourtant le chemin opposé qu’a emprunté le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en augmentant, avec l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite et donc de la durée de travail sur toute la vie.

Un million d’emplois publics payés au salaire moyen coûteraient 16,4 milliards d’euros net, par an, à l’Etat. Pourquoi, dans ces conditions, accepter de faire cadeau de 41 milliards d’euros au patronat sans aucune garantie de la moindre création d’emplois ? Parce que les seuls « vrais » emplois, seraient, comme veut le faire croire le Medef, les emplois privés ? Pour répondre aux besoins sociaux énormes de notre population, ne s’agit-il pas, pourtant, de créer des dizaines de milliers d’emplois d’infirmières, d’infirmiers, d’aides-soins, de personnel qualifié pour les maisons de retraites ou les crèches, d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, de cheminots, d’assistantes sociales…

Pire, en commentant les chiffres (mauvais) du chômage, début septembre, le Ministre du Travail et de l’Emploi, François Rebsamen demandé plus de contrôle à Pôle Emploi en évoquant le chiffre de « 350 000 emplois non pourvus ». Tous les syndicats, atterrés, ont réagi à ces propos : CGT, CFDT, FO. ..

En 2012, lorsque Nicolas Sarkozy avait voulu durcir les conditions d’indemnisation du chômage, François Hollande l’avait accusé de « s’en prendre aux plus fragiles ». Il avait raison car ce chiffre de « 350 000 emplois non pourvus » ne repose sur rien. Personne ne sait quelle est la nature des emplois proposés : s’agit-il d’emplois d’une journée, d’une semaine, d’un mois, d’un CDI ? Comme le rappelle le Collectif national des chômeurs et précaires : « Deux heures de ménage par semaine, c’est une offre d’emploi«  ! Bien souvent, ce sont les employeurs eux-mêmes qui renoncent à l’offre qu’ils avaient faite, pour des raisons d’économie ou de changement d’organisation, sans prévenir Pôle emploi pour autant. D’autres employeurs utilisent les offres d’emplois uniquement pour se faire de la publicité ou se constituer une base de CV…

Manuel Valls a repris les mêmes propos que François Rebsamen, le 6 octobre, à la City de Londres, promettant une remise en cause d’un système « trop généreux ». Incapable de lutter contre le chômage, Manuel Valls veut maintenant s’en prendre aux chômeurs.

- Engagement 41, 42 et 43 : « Je veux faire de la France la nation de l’excellence environnementale ».

Le projet de loi sur « la transition énergétique » adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale, le 14octobre 2014, comporte, nous l’avons vu, un certain nombre d’avancées. Ces avancées ne permettent pas, cependant, de répondre, loin de là, au défi climatique qui nous est lancé.

. La fin de l’écotaxe. L’abandon de cette mesure, sous la pression des patrons du transport-routier, réduit à néant toute possibilité de transférer le transport de marchandises vers le ferroutage et le transport fluvial.

. Le projet de loi ne prend aucune décision concrète de fermeture des réacteurs nucléaires. Le risque existe donc que l’objectif de 50 % de nucléaire en 2025 ne soit qu’un simple effet d’annonce. Ségolène Royal, la Ministre de l’Ecologie de Manuel Valls avait déjà tourné le dos au 41ème engagement de François Hollande « Je fermerai la centrale de Fessenheim » en déclarant « Fermer un réacteur nucléaire, ce n’est pas juste tourner un bouton[12] ». Peut-être François Hollande ne le savait-il pas en prenant cet engagement ? Elle précise « le nom de Fessenheim n’a pas à être indiqué dans une loi. C’est un engagement présidentiel, juridiquement, c’est à l’entreprise de prendre ses responsabilités ». « Fessenheim » ne figure donc pas dans le projet de loi. Mais cela n’explique toujours pas pourquoi Ségolène Royal ne prend pas ses responsabilités : l’Etat est actionnaire à 85 % d’EDF…

. La possibilité de forer des gaz de schiste n’est pas interdite. Seule la fracturation hydraulique est proscrite par le projet de loi.

. La fiscalité du gasoil n’est pas (malgré une augmentation symbolique de 0,04 euros), alignée sur celle de l’essence.

. Beaucoup de mesures prévues dans ce projet de loi sont floues : montant, critères d’attribution des chèques énergies ; place accordé à l’électricité particulièrement énergivore ; aucun engagement chiffré sur la rénovation prioritaire des logements  des ménages en situation de précarité. D’autres sont renvoyés au-delà du quinquennat, ce qui n’engage donc pas à grand-chose : division par deux de la consommation d’énergie d’ici 2050, avec une étape intermédiaire en 2030 ; recyclage de  60 % des déchets en 2025.

. Enfin, le projet de loi, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, ne traite pas du cas de tous les grands projets aujourd’hui contestés : Notre-Dame des Landes, barrage de Sivens…. Qui décide : l’Etat, les Régions, les Conseils généraux ? Quelles négociations avec la société civile ? Il aurait été important de se poser cette dernière question avant qu’un jeune homme de 21 ans, étudiant en BTS de botanique, opposant au barrage de Sivens, ne se fasse tuer, vraisemblablement, selon le procureur d’Albi, par l’explosion d’une grenade offensive dont le ministre de l’Intérieur a aussitôt interdit l’utilisation par la gendarmerie.

- Engagement 48 : l’augmentation des pouvoirs d’initiative et de contrôle du Parlement

Le « président normal » n’a rien changé au rôle du Parlement. Le pouvoir, comme le veulent les institutions de la Vème République si souvent condamnées par le Parti socialiste,  reste toujours aussi concentré aux mains d’un seul homme. Les sénateurs et les députés subissent toujours les mêmes pressions de la part de l’« exécutif ».

Cette subordination du Parlement est de plus en plus mal ressentie par les députés de la majorité de gauche. Les députés FDG et une grande partie des députés EELV ont voté contre l’investiture de Manuels Valls. 41 députés socialistes se sont abstenus et les résultats calamiteux des élections européennes poussent d’autres parlementaires dans la même direction. 35 députés socialistes se sont abstenus, en juillet, de voter la loi rectificative de financement de la Sécurité sociale.

Par «ordonnances». C’est cette voie rapide que le gouvernement a choisie pour faire passer son projet de loi «sur la croissance», porté par le nouveau ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. «Parce qu’on touche à une matière juridique très compliquée, je pense aux professions réglementées, au code civil», a justifié lundi matin sur RTL le secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen. Mais aussi parce que le gouvernement veut s’éviter des débats explosifs avec sa majorité, notamment sur le travail du dimanche.

Comprenant le danger, le gouvernement annonce qu’il va légiférer par ordonnances pour faire passer son projet de loi « sur la croissance » afin d’éviter un débat qu’il n’est pas sûr de gagner sur le travail du dimanche. Il est à craindre que cela ne soit qu’un début : la caporalisation du Parlement est bien partie.

Il est temps que le pouvoir législatif revienne aux députés et que ces derniers se rappellent qu’ils ont reçu leurs mandats, non du Président de la République, mais de leurs électeurs et que c’est à ses derniers qu’ils doivent être loyaux, non à un Président qui tourne le dos à ses engagements de 2012.

- Engagement 50 : le droit de vote des étrangers aux élections locales

Ce droit de vote devait être accordé aux étrangers résidant légalement en France depuis 5 ans.

Le Ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, avait enterré cette promesse, le  28 mai 2014, sur LCP : « Il n’y a pas de majorité constitutionnelle pour faire cela (…). Ce n’est pas la peine de poser des questions dont on sait qu’on n’a pas les moyens de les résoudre… » François Hollande a, cependant, annoncé depuis que cet engagement serait tenu.

- Engagement 55 : la démocratie sociale

« Tout texte de loi concernant les partenaires sociaux devra être précédé d’une concertation avec eux »  précise ce 55ème engagement.

Mais la représentativité des syndicats de salariés ne découle pas d’une élection organisée le même jour pour tous les salariés en dehors des entreprises. Elle découle d’élections professionnelles, organisées dans chaque entreprise, laissant ainsi le terrain libre aux directions d’entreprises pour promouvoir des « syndicats maisons ».

Le Medef, quant à lui, a toujours refusé de se soumettre à une élection qui déciderait de sa représentativité au sein du patronat. Il veut que lui soit appliqué, non le principe déjà pas très démocratique d’ « une entreprise, une voix » mais le principe oligarchique d’« un million d’euros de capital social, une voix ».

Mais cette « démocratie sociale »  est à géométrie variable. Le gouvernement s’en réclame quand trois syndicats « représentatifs » sur cinq signent l’Accord National Interprofessionnel. Mais quand seulement deux syndicats « représentatifs » acceptent de signer le « Pacte de responsabilité », il ne s’agit plus que d’un simple « relevé de conclusions ».

La « Grande conférence sociale » qui s’est tenue les 7 et 8 juillet a vu quatre syndicats refuser de venir siéger ou quitter cette conférence : la CGT, FO, la FSU et Solidaires, le gouvernement ayant, avant même l’ouverture de la Conférence, annoncé qu’il acceptait de donner satisfaction aux exigences du Medef. Comment peut-on, dans ces conditions, parler de « démocratie sociale » ?

Le gouvernement de Manuel Valls a même annoncé, avant de faire (momentanément ?) machine arrière qu’il pourrait étendre le travail dominical au moyen de procédure des ordonnances, au mépris de la loi Larcher de 2007 (pourtant votée sous la présidence de Nicolas Sarkozy) qui impose une concertation préalable sur les sujets sociaux. Au mépris, également du projet de loi constitutionnelle présenté le 13 mars 2013 en Conseil des ministres qui prévoit d’inscrire dans la Constitution que toute modification du Code du travail doit donner lieu à une concertation préalable. Le gouvernement invoque l’urgence pour contourner ce principe. Quelle urgence peut-il bien y avoir à faire travailler les gens le dimanche ? Tout euro qui sera dépensé le dimanche ne sera pas dépensé le lundi ou dans la semaine qui suit.

- Engagement 58 : la rupture avec la « Françafrique »

L’intervention militaire de la France, l’ancienne puissance coloniale, au Mali rend difficile de ne pas s’interroger sur la réalité de cette rupture, surtout lorsque l’on examine les quatre objectifs mis en avant par François Hollande pour justifier cette intervention.

1er objectif : rétablir la démocratie au Mali. Mais comment est-il possible de défendre la démocratie en s’alliant à des dictatures, même dans le cadre d’un mandat de l’Onu ? La France est intervenue à la demande d’un « Président malien par intérim », réfugié en France, dont la légitimité était problématique puisque le Président élu avait été chassé par un coup d’Etat militaire. Les alliés de la France, à l’exception notoire du Ghana et de la Côte d’Ivoire, sont le plus souvent des dictatures militaires, issues de putschs militaires, telles le Tchad d’Idriss Déby ou le Burkina Fasso de Blaise Compaoré.

2ème objectif : empêcher que le Mali ne devienne un Etat islamique. Mais comment la France peut-elle atteindre ce but alors qu’elle prend l’initiative pour organiser la riposte aux Islamistes d’une conférence aux Emirats-Unis qui est non seulement une dictature mais aussi un Etat qui applique la charia ? Comment lutter contre l’instauration d’un Etat islamique en demandant à la Mauritanie d’assurer la logistique de l’opération et au Nigeria de participer à l’intervention militaire alors que la Mauritanie est un Etat islamique et que, dans le Nord du Niger, c’est la charia qui est appliquée par les tribunaux ?

3ème objectif : assurer la sécurité des habitants du Mali. Mais les exactions ne viennent pas seulement des Islamistes. Elles sont également le fait de l’armée malienne. Amnesty international dans son rapport de 2012 détaille « cinq mois de terreur » et dénonce « une série de violations des droits humains (…) de tortures » perpétrées par cette armée malienne qui combat aux côtés des militaires français de l’« opération Serval ».

4ème objectif : assurer, l’intégrité territoriale du Mali. Mais il suffit de regarder une carte du Mali pour constater l’étrangeté de cet objectif. La carte du Mali, comme celle de la plupart des Etats africains, a été découpée au cordeau, sans aucun respect pour les populations, par les puissances coloniales à la fin du XIXème. Au nom de quoi les frontières imposées par la colonisation seraient-elle intangibles ?

Toute réflexion sur la dépendance économique du Mali, sur le poids de sa dette publique, la corruption de ses dirigeants et la responsabilité de la France dans cette situation a été évacuée. La « solution » militaire, a été retenue sans que le Parlement ait eu un mot à dire dans cette décision, sans prendre en considération que cette « solution militaire », a mené à l’impasse : en Afghanistan, en Irak, en Palestine…

Engagement 59 : le retrait immédiat de nos troupes d’Afghanistan

Cet engagement a été tenu. Mais la France s’est engagée dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient contre l’ « Etat islamique », sans qu’aucun vote du Parlement n’ait eu lieu et sans qu’aucune réflexion politique n’ait été menée sur trois points déterminants.

D’abord sur la question de savoir pourquoi la Lybie se retrouve dans un tel chaos, après l’intervention militaire de 2011 et quelles ont été les conséquences de ces interventions sur l’armement des « jihadistes » au Moyen-Orient en Afrique.

Ensuite sur le fait que l’« Etat islamique » (EIL) est un pur produit de la politique des Etats-Unis en Irak et qu’il vaudrait peut-être mieux réfléchir à deux fois avant de s’engager aux côtés des USA. Pourquoi les interventions militaires américaines se terminent-elles, comme en Afghanistan ou en Irak, par la mise en place de régimes corrompus qui permettent aux Talibans ou à l’ « Etat islamiste » de revenir ou de d’arriver au centre du jeu politique et militaire ?

Enfin, sur la nature de la « coalition » hétéroclite réunie contre l’EIL : les Etats occidentaux en bonne partie responsable du désastre, une Turquie plus que réticente, les Kurdes hier qualifiés de « terroristes » par ceux qui les couvrent d’éloges aujourd’hui, d’anciens bailleurs de fonds saoudiens ou qataris de l’EIL ; le tout sous l’œil hilare du dictateur syrien, Bachar el-Assad  et d’un Iran, d’un seul coup, dédiabolisé.

Engagement 59 : favoriser la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine

L’Etat d’Israël, en dépit des condamnations de l’ONU, continue sa politique de colonisation  et de construction d’un « Mur »  dont l’objectif est d’annexer plus de 20 % des terres de la Cisjordanie. La Cour Internationale de Justice de la Haye, en 2004, avait pourtant déclaré « illégale » la construction de ce mur et, pour Israël, « l’obligation de détruire cet ouvrage ». L’Union européenne et la France, cependant, n’ont rien fait pour obliger Israël à respecter ce jugement.  Au contraire, les relations commerciales entre l’Union européenne et Israël ont été « rehaussées ».

Pire, les circulaires Alliot-Marie et Mercier de 2010, qui assimilent à une incitation à la haine antisémite l’appel au « boycott » des produits israéliens, visant à dénoncer la politique de colonisation pratiquée par l’Etat d’Israël et condamnée par l’ONU, n’ont toujours pas été abrogées.

Dans le communiqué de l’Élysée du 9 juillet, François Hollande affirmait qu’il appartenait « au gouvernement israélien de prendre toutes les mesure pour protéger sa population face aux menaces ». Mais qui protégeait le peuple palestinien pour lequel François Hollande n’avait pas eu un seul mot dans ce communiqué ?

Comment était-il possible de présenter les habitants de la bande de Gaza, soumis à un blocus complet, aérien, maritime et terrestre comme étant l’agresseur ?

L’historien israélien, Shlomo Sand soulignait avec ironie la paradoxe de cette présentation mystificatrice d’Israël comme un Etat qui cherchait uniquement à protéger sa population tout en épargnant les civils palestiniens : « le résultat, étrange et terrible de cette guerre cruelle, est que le Hamas a tiré indistinctement sur des civils et n’a tué quasiment que des militaires, alors qu’Israël, qui disait vouloir frapper des combattants, a tué massivement des civils[13] ».

Après 50 jours d’agression israélienne, le bilan est éloquent : 2 143 morts palestiniens dont 70,3 % de civils parmi lesquels 250 femmes et 480 enfants et adolescents de 10 jours à 17 ans du côté palestinien (selon l’ONU). 64 soldats israéliens et 4 civils, dont un enfant de 4 ans, tués du côté israélien.

375 civils palestiniens tués pour un civil israélien : mais  les Palestiniens étaient les agresseurs !

François Hollande a, par la suite, sous la pression de l’opinion publique, en France et à l’étranger, pris un peu plus en compte le sort du peuple palestinien. Mais le mal était, malheureusement  fait et le communiqué du 9 juillet avait é »té utilisé par Benjamin Netanyahou pour légitimer l’agression israélienne contre la bande de Gaza.

Les 9 régressions qui n’étaient pas prévues dans les « 60 engagements »

Le pacte de compétitivité

Ce « pacte » entre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et un patronat qui ne s’engage à strictement aucune contrepartie n’est pas un « pacte » mais un pari sur la bonne volonté du Medef d’investir et de créer des emplois plutôt que de spéculer ou de distribuer des dividendes.

Il prend la forme d’une distribution de 20 milliards d’euros par an au patronat, sous forme de crédit d’impôt. Le salariat paiera l’addition tout d’abord, au moyen d’une augmentation de la TVA (7 milliards d’euros). Au moyen, ensuite,  de plus de 10 milliards de réduction des dépenses publiques qui touchera surtout les plus démunis, ceux qui ne peuvent pas payer des services privés, que ce soit les transports, les assurances santé complémentaires, les activités récréatives, sportives, culturelles de leurs enfants…

La loi Sapin du 14 juin 2013

La loi dite de « Sécurisation de l’emploi » est la traduction législative (presqu’intégrale) de l’Accord national interprofessionnel (ANI) signé par le patronat (Medef, CGPME, UPA) et trois syndicats de salariés « représentatifs », la CFDT, la CFTC et la CGC, le 11 janvier 2013.

Loin de sécuriser les emplois, cette lois sécurise les licenciements en « libérant » le patronat de nombreuses obligations légales et rend possible une flexibilité du travail que le code du travail refusait avant le vote de cette loi.

Contrairement a ses effets d’annonce, la loi a laissé se faire une explosion de CDD, et le patronat s’est empressé de violer sa signature concernant le « plancher de 24 H » pour les temps partiels.

Les entreprises peuvent imposer, légalement, une flexibilité interne à leurs salariés : création de CDI « intermittents » qui n’ont plus rien de CDI, à « titre d’essai » dans plusieurs secteurs d’activité ; mobilité géographique ou professionnelle obligatoire sous peine de licenciement ;  baisse des salaires ou variation du temps de travail lorsque l’entreprise « connaît des difficultés conjoncturelles ».

Les entreprises peuvent, tout aussi légalement, imposer une flexibilité externe : procédures de licenciements simplifiés, réduction à deux ans (contre cinq auparavant) de la période pendant laquelle un salarié peut saisir le tribunal des prud’hommes ; limitation de l’intervention du juge en cas de licenciements. Avec une telle loi, les « Goodyears » à Amiens n’auraient jamais pu garder leurs emplois pendant 7 ans après la décision de l’entreprise de les licencier ; il n’aurait pas fallu plus de 3 mois pour que leur sort soit réglé.

La contrepartie pour les salariés est, pour l’essentiel, une sécurisation individuelle constituée par des droits aux allocations chômage « rechargeables » et la création d’un compte personnel de formation qui ne pourra être utilisé sans l’accord de l’employeur. Les complémentaires-santé deviennent obligatoire dans toutes les entreprises mais les primes acquittées par les employeurs doivent maintenant être ajoutées aux revenus déclarés par le salarié. L’entrée de deux représentants des salariés au Conseil d’administration des entreprises de plus de 5 000 salariés ne concerne que 200 entreprises…Quant aux 24 heures minimum de travail hebdomadaire pour les temps partiels (essentiellement des femmes) le patronat ne veut plus en entendre parler.

La loi de juin 2013 est une fidèle application de la célèbre recette du pâté d’alouette : une alouette de sécurisation, un cheval de flexibilité. Encore peut-on penser que l’alouette se soit envolée avant que le pâté ne soit confectionné.

La contre-réforme des retraites

Le 18ème engagement de François Hollande prévoyait l’ouverture d’ « une négociation globale dès l’été 2012 avec les partenaires sociaux ». Qui, cependant, pouvait penser que le Premier ministre, membre d’un parti dont les militants s’étaient retrouvés au coude-à-coude avec les millions de salariés qui manifestaient contre les projets de contre-réforme de nos retraites par la droite en 2003 et 2010, ferait voter une loi entérinant tous les reculs de la droite et les amplifierait ?

C’est pourtant ce qui s’est produit. Après que les socialistes aient protesté et manifesté contre l’augmentation du nombre de trimestres de cotisation en 2003, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault imposait une nouvelle augmentation de 6 trimestres. Qu’importe si, avant même cette augmentation du nombre de trimestres, 60 % des salariés du privé ne sont plus en activité mais en maladie, en invalidité ou au chômage quand ils prennent leur retraite !

La loi du 21 janvier 2014 entérinait les mesures prise par Sarkozy : le  report de l’âge légal de la retraite à 62 ans ; le recul à 67 ans de l’âge butoir pour les personnes (essentiellement des femmes) n’ayant pas tous les trimestres de cotisation nécessaires avant cet âge.

François Hollande nous promettait le 28 août 2013 une « réforme juste et équilibrée ». Pour en juger, il suffit d’aller sur le site du Premier ministre : en 2040, le prélèvement cumulé serait de 16 milliards d’euros sur les revenus des retraités et des salariés en activité mais n’atteindrait que 0,8 milliards pour le patronat (les cotisations « pénibilité »).

Toutes les mesures présentées comme des « avancées sociales » n’étaient, en réalité que des limitations, réservées à certaines catégories de salariés, des reculs orchestrés par la contre-réforme, que ce soit pour les femmes travaillant à temps partiels, les apprentis, les étudiants pouvant racheter 4 trimestres (à quel prix ?) ou les salariés soumis à un travail pénible. Le Medef traînait des pieds pour mettre en œuvre cette dernière mesure,  sous prétexte qu’elle était trop compliquée. Le gouvernement de Manuel Valls accepta l’ultimatum du Medef qui menaçait de ne pas participer à la « Conférence sociale » et, non seulement diffèra l’application de cette mesure mais la vida d’une partie de son contenu en ne retenant plus que 4 « facteurs de pénibilité » au lieu de 10. Le Medef exige maintenant l’annulation pure et simple du compte « pénibilité » !

Loin d’assurer la « pérennité de notre système de retraites solidaire » comme l’affirmait le 18ème engagement de notre Président de la République, cette réforme l’affaiblit considérablement. Quel jeune, aujourd’hui, pourrait avoir confiance en un système qui allonge continuellement la durée de cotisation alors que l’âge d’un premier travail stable recule toujours plus ?

Le Medef peut se frotter les mains : les profits et les dividendes ne seront pas mis à contribution et la place au soleil des retraites supplémentaires (les fonds de pension) s’est encore agrandie.

Le « Pacte de responsabilité »

Le pacte de responsabilité accorde, chaque année, 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux et sociaux supplémentaires au patronat sans qu’il s’engage, là encore, à la moindre contrepartie en termes d’emplois ou de salaires.  Comment un Président de gauche, un Premier ministre de gauche, un Parlement de gauche ont-t-ils pu remettre « les clés du camion » au Medef et remettre, ainsi, leur sort entre ses mains ?

Le Medef soutire le maximum de ce qu’il est possible de soutirer à la majorité de gauche sans rien accorder en contrepartie. Il prépare, du même coup, en coupant le PS de sa base sociale, le retour de la droite qui lui a promis plus du double (130 milliards d’euros !) que ce que les gouvernements socialistes lui ont déjà accordé.

A ce cadeau au patronat, Manuel Valls a ajouté  un plan d’austérité de 50 milliards de restriction budgétaire (en trois ans) pour satisfaire aux exigences de la Commission européenne. Ces restrictions se feront uniquement au détriment des salariés, des chômeurs, de ceux qui perçoivent des prestations sociales.

Qui va payer les 19 milliards de réduction des dépenses de l’Etat ? Qui, si ce n’est les fonctionnaires dont le pouvoir d’achat va continuer à diminuer puisque la valeur du point de la fonction publique est gelée ? Qui, si ce n’est tous ceux qui ne peuvent pas se payer le luxe d’utiliser des  services privés et qui dépendent des services publics pour tenter de mener une vie normale ?

Qui va payer les 21 milliards de restrictions budgétaires de la Sécurité sociale ? Les usagers d’un Hôpital public de plus en plus incapable de faire face aux besoins de la population ? Ceux qui verront les tarifs de leur mutuelle augmenter ? Ceux qui devront renoncer à des soins ?

Qui va payer les frais de la diminution de 10 milliards des dépenses des collectivités territoriales alors que ces dernières sont à l’origine de 70 % de l’investissement public ?

Quant au patronat, loin d’investir pour créer des emplois, il diminue ses investissements : de 0,7 % et de 0,8 % au 1er et 2ème trimestre 2014. Les dividendes versés aux actionnaires ont, pour leur part, augmenté de 30 % !  Qui peut ne pas voir que le patronat ne se sent en aucune façon engagé par le « pacte » de responsabilité et que, comme toujours, il ne défend que ses propres intérêts ? Le 27 août, le patron des patrons,  Pierre Gattaz n’a d’ailleurs pas caché la couleur en appelant à cesser de raisonner « en termes de donnant-donnant » !

La stigmatisation des Roms

Les pratiques discriminatoires des autorités françaises contre les Roms s’étaient généralisées et intensifiées sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Elles n’ont pas cessé sous la présidence de François Hollande et un jeune Rom a été lynché à Pierrefitte-sur-Seine.

Manuel Valls, devenu Ministre de l’intérieur, a continué la même politique de démantèlement des camps que Brice Hortefeux ou Claude Guéant. Il n’a pas hésité à reprendre à son compte des idées proches de celles de l’extrême-droite en affirmant que l’insertion des Roms était impossible, pour la majorité d’entre eux, en raison « de leurs modes de vie extrêmement différents des nôtres » et que «les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie

Cette stigmatisation des Roms par un ministre socialiste est intolérable.

L’insertion des Roms pose problème, avant tout, parce que notre pays applique toujours un régime transitoire aux ressortissants roumains et bulgares, que rien n’est prévu pour leur relogement décent lorsque les camps dans lesquels ils sont forcés de vivre sont démantelés, que le marché du travail ne leur est que partiellement ouvert et que très peu de progrès ont été réalisés en terme de scolarisation de leurs enfants.

Si notre gouvernement voulait vraiment s’en donner les moyens, l’insertion de 15 000 ou 20 000 Roms, qui ont fui la Roumanie ou la Bulgarie parce qu’ils y étaient persécutés, ne devrait pas être un problème insurmontable.

Il faudrait pour cela que Manuel Valls accepte de quitter la posture qui consiste à se poser en champion de la lutte contre l’insécurité en pointant du doigt une minorité déjà fragilisée. Cette posture a, pourtant, fait long feu puisque, aux élections européennes, les électeurs du Front National ont, comme à chaque fois, préféré l’original à la copie. Plus de 50 % dans un sondage d’opinion, cela ne fait pas forcément 14 % dans une élection.

La stagnation, le recul du pouvoir d’achat et le « pacte de solidarité » de Manuel Valls

A l’exception, en 2012, du dérisoire « coup de pouce » de 6,45 euros par mois pour un salarié payé au Smic, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a suivi la même politique que Nicolas Sarkozy en n’accordant plus le moindre « coup de pouce » à l’augmentation du Smic.

La valeur du point a été « gelée » dans la Fonction publique ce qui signifie que le point n’ayant pas augmenté alors que les prix augmentaient, le pouvoir d’achat du point diminuait.

Les « assouplissements » apportés par Manuels Valls à la désindexation des retraites sur les retraites inférieures à 1 200 euros par mois ne signifient pas que le montant de ces retraites sera augmenté mais simplement une stabilisation de leur pouvoir d’achat. Manuels Valls avait d’abord annoncé son intention de réduire ce pouvoir d’achat, il a fini par renoncer et présente ce recul comme une avancée majeure.

Le pouvoir d’achat des salariés payés au Smic n’augmenterait pas de 500 euros par an comme l’a annoncé notre gouvernement, dans son « pacte de solidarité ». Ce que Manuels Valls accordait de la main gauche, il le retirait de la main droite en fragilisant, au passage, la Sécurité sociale. Il s’agissait d’un simple tour de passe-passe. Le patronat n’aurait pas à financer quoi que ce soit, ce sont les salariés qui financeraient l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire indirect, les cotisations sociales.

Le Conseil constitutionnel a refusé cette baisse des cotisations sociale, sans se soucier pour autant, de la baisse constante de la part patronale des cotisations sociales à laquelle il n’a rien trouvé à redire.

La « nouvelle étape de la décentralisation »

Certes, le 54ème engagement de François Hollande affirmait « J’engagerai une nouvelle étape de la décentralisation » mais ce qu’a annoncé Manuel Valls, le 8 avril 2014, allait à l’encontre de toutes les déclarations et de tous les combats du Parti socialiste depuis la décentralisation mise en place par Gaston Deferre en mars 1982.

Le nouveau Premier ministre, le 8 avril 2013, annonçait que le nombre de régions serait diminué de moitié et que si les régions refusaient de fusionner, le gouvernement imposerait pour le 1er janvier 2017 une nouvelle carte des régions.

Toujours dans le but de satisfaire aux impératifs de réduction des déficits publics dans les délais imposés par la Commission européenne, notre Premier Ministre a, dans la foulée, annoncé que les conseils départementaux seraient supprimés à l’horizon 2021. Il annonçait, également, la suppression de la clause de compétence générale qui permet à une collectivité d’intervenir dans un domaine de compétences dès lors que l’intérêt de son territoire peut être invoqué. La majorité de gauche l’avait pourtant réintroduite en 2013,  après sa suppression par la droite en 2010.

François Hollande, le 2 juin 2014, optait pour 14 régions, la disparition progressive des conseils généraux à l’horizon 2020 et  des intercommunalités qui, à partir du 1er janvier 2017, devraient compter 20 000 habitants minimum, au lieu de 5 000 aujourd’hui. Il a, fin août, concédé au PRG que certains cantons ruraux pourraient être sauvegardés, afin de sauver l’apparence un tant soit peu unitaire d’un gouvernement Valls 2.

Martine Aubry, a eu raison de dénoncer le « jeu de Monopoly » qui se déroulait sous les yeux des habitants de notre pays, quelque peu interloqués,  alors qu’aucun principe de base de la réforme territoriale n’avait été défini.

Les attaques incessantes contre le droit du travail

Le Medef ne veut plus entendre parler du droit du travail qu’il considère comme une contrainte nuisible à ses profits et qu’il faut réduire au minimum. Le gouvernement de Manuel Valls, comme celui de Jean-Marc Ayrault, obtempère.

L’amnistie de syndicalistes a été repoussée

La mesure, pourtant votée en première lecture, a été suspendue et des élus syndicaux sont poursuivis pour avoir refusé un prélèvement d’ADN.

L’indépendance de l’Inspection du travail est remise en cause

Alors qu’il faudrait doubler les effectifs de l’inspection du travail car il y a aujourd’hui 2 250 agents de contrôle pour 1,8 millions d’entreprises en France, la loi en préparation, refusée par la majorité écrasante des inspecteurs et contrôleurs du travail, remet en cause son indépendance. Cette indépendance est pourtant garantie par la convention n° 81 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). La droite n’a pas osé s’attaquer à l’inspection du travail, ce n’est pas à la gauche de le faire.

Les élections prud’homales en danger

Pourtant, elles restent la seule grande élection nationale démocratique pour les salariés du secteur privé. Cette suppression faciliterait la remise en cause des tribunaux prud’homaux dont les jugements sont estimés beaucoup trop onéreux par le Medef.

Le repos du dimanche est progressivement remis en question

Le rapport de Jean-Paul Bailly prévoit non plus 5 dimanches, mais 12 dimanches d’ouverture. C’est un pas de plus dans la destruction du principe d’un repos collectif et socialisé dont nous avons tous besoin.

Les seuils sociaux des entreprises gelés pendant 3 ans

C’est l’argumentation du patronat qui est reprise, celle de l’ « effet de seuil » qui affirme qu’une entreprise de 9 salariés ne veut pas embaucher un 10ème de peur de devoir procéder à l’élection de  délégués du personnel et que le patron d’une entreprise de 49 salariés n’embauchera jamais un 50ème salarié, de peur de se retrouver avec un Comité d’entreprise sur les bras.

Tous les syndicats de salariés refusent cette perspective qui fait du syndicalisme l’ennemi de l’emploi. En 2008, le Parti Socialiste, par la voix d’Alain Vidalies, s’était élevé contre un amendement de l’UMP qui réclamait un gel des seuils sociaux pendant 3 ans : en 2008, 2009 et 2010. En Allemagne, les représentants du personnel sont obligatoires dès qu’une entreprise atteint 5 salariés.

Pourquoi ne pas mettre en place une représentation syndicale dès le premier salarié d’une entreprise, avec l’élection de délégués du personnel pour une zone de Très Petites Entreprises (TPE) ?  Cela éviterait les «effets de seuil » et permettrait aux salariés de défendre leurs droits.

La généralisation du « portage salarial »

Manuel Valls l’a annoncé, lors de l’Université du Medef, le 27 août, dans sa brûlante  déclaration d’amour au patronat : le “portage salarial” pourra être étendu à l’ensemble des salariés. Des salariés vont pouvoir être “loués” aux conditions du client !

Le prêteur de salarié ne sera plus forcément une entreprise d’intérim. Il ne risquera plus d’être accusé de “prêt de main d’œuvre illicite” ni de “marchandage”” ni de “fausse sous-traitance”. Jusque là cette pratique était très limitée, réservée aux cadres gagnant plus de 2 900 € par mois, employé en CDI dans une entreprise de portage salarial.

Alors Valls a annoncé, lors de l’Université de rentrée du Medef, qu’il allait faire sauter les dispositions qui encadrent le portage salarial. Le patronat s’est aussitôt réjoui de tout ce que cela allait lui permettre d’imposer sans contrôle comme dérogations et souplesses de contrats, de salaires, de durée du travail… Voila un nouveau contrat de travail dérégulé : encore ça de pris pour le Medef !

Sous la pression du Medef, c’est maintenant le Smic, le CDI, les représentants du personnel dans les entreprises de moins de 50 salariés (8 millions de salariés !) qui sont en remis en cause. Pierre Gattaz exige même de supprimer les CHSCT et n’hésite plus à réclamer ouvertement de pouvoir « licencier sans motif ».

Le Medef part, également, en guerre contre l’assujettissement des dividendes versés par les sociétés anonymes à des cotisations sociales.

Plus on en donne au Medef, plus il en exige !

Jamais, pourtant, il ne veut s’engager à accorde la moindre contrepartie en termes d’investissements productifs et d’emplois. Cela n’a rien de surprenant, depuis des dizaines d’années, le patronat affirme que l’entreprise a un seul objectif : réaliser des profits. Qui peut s’étonner de leur politique du « toujours plus » ?

Les banquiers et des politiciens de droite à l’Elysée, au ministère de l’économie et à la « défense des droits »

Les banquiers ont toute leur place à l’Elysée. Emmanuel Macron, venu de la Banque Rothschild a été secrétaire général adjoint de l’Elysée de mai 2012 à juin 2014. Il fût à l’origine du « pacte de compétitivité » comme du « pacte de responsabilité ». Il a été  remplacé en juin 2014 par Laurence Boonne, ancienne responsable chez Bank of America, connue pour son opposition à la loi (pourtant dérisoire) de régulation bancaire.

Jacques Toubon, lui, est un homme politique de droite. Ancien Ministre de la culture d’Edouard Balladur et ex-garde des sceaux d’Alain Juppé. Il est devenu « Défenseurs des droits ». Comment François Hollande a-t-il nommer à ce poste, une personnalité qui s’est illustrée en votant contre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, en proposant, alors qu’il était ministre de la justice en 1995, l’amnistie des infractions commises par les commandos anti-IVG  et, toujours sous la casquette de ministre de la justice, en faisant affréter un hélicoptère à la recherche du procureur d’Evry jusque dans l’Himalaya dans l’espoir qu’il reviendrait sur la décision d’ouvrir une information judiciaire contre Xavière Tibéri ?

Quant à Jean-Pierre Jouyet, le nouveau Secrétaire général de l’Elysée, il vient à la fois du gouvernement Sarkozy et de la Finance. Il a été Secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy, chargé des affaires européennes, de mai à décembre 2007. Il dirigea Barclays France en 2005 et présida l’Autorité des marchés financiers de 2008 à 2012.

Couronnement de tout cela : Emmanuel Macron, l’ex-banquier d’affaires dont la vision du monde reste celle d’un banquier d’affaires, vient d’être nommé ministre des finances du 2ème gouvernement Valls ! Il a aussitôt annoncé qu’il fallait remettre en question les 35 heures. Il déclare maintenant, en réponse aux nouvelles exigences du Medef,  que le CDI devrait disparaître pour laisser la place à un « contrat unique », qui aurait tout d’un CDD, sauf le nom.

Conclusion : le 61ème engagement de François Hollande

Le 61ème engagement de François Hollande figurait, avec sa photo, sur la première page du petit opuscule distribué à des millions d’exemplaires  lors de l’élection présidentielle de 2012 : « Le changement c’est maintenant ».

Il serait temps de mettre ce 61ème engagement en pratique et de revenir à l’orientation du discours du Bourget, le tournant de la campagne présidentielle qui avait permis la victoire de François Hollande, lorsqu’il avait affirmé « Mon adversaire, c’est le monde de la finance ! »

Mais comment pourrait-il mettre ce 61ème engagement en pratique si lui-même ou l’Assemblée Nationale ne mettait pas fin aux fonctions de l’actuel Premier ministre, Manuel Valls,  qui déclarait, le 6 octobre 2014, au cœur de la City de Londres,  devant un parterre de financiers, que son gouvernement était « pro-business » ? Une affirmation sans équivoque : son gouvernement est pro-affaires, pro-finance, pro-profits, pro-pognon ! Qu’il veuille que le Parti socialiste supprime le terme « socialiste » n’a donc pas vraiment de quoi surprendre.

31 octobre 2014  Jean-Jacques Chavigné


[1] Portail du gouvernement  (République française – Premier ministre – 06/05/2014)

[2] AFP 13/04/2013.

[3] Insee Première n° 1399 – Mars 2012 « Un tissu productif plus concentré qu’il ne semblait ».

[4] Challenges – 18/07/2013 « Comment les grands groupes rackettent les PME grâce au Cice ».

[5] Voir, par exemple, les déclarations de Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, devant la Commission des finances de l’Assemblée Nationale – Séance du 30 janvier 2013 – Compte-rendu n° 60.

[6] Assemblée nationale – Rapport d’information déposé par la Commission des Finances, présenté par M. Gilles Carrez, rapporteur général, député, 30 juin 2010.

[7] Commission européenne « Rapport sur les aides d’Etat accordées par des Etats-membres de l’Union européenne » – 21/12/2012.

[8] Entretien accordé à Martine Orange et Laurent Mauduit le 14/04/2013.

[9] André Grimaldi, professeur de diabétologie à la Pitié- Salpêtrière (Paris) – Les dossier de Viva « Les effets pervers de la tarification à l’activité » Anne-Marie Thomazeau – 29/04/2014.

[10] André Grimaldi, ibid.

[11] Les Echos – 22/05/2014 « L’Unedic ne voit pas le chômage baisser d’ici 2017 »

[12] Le Monde – 18/06/2014

[13] « Les muses et la mort » – Mediapart – 20 août 2014.

Pauvre monsieur Labro…

Je ne l’avais pas vu jusque là, mais le 24 octobre, Philippe Labro que je ne connais pas et qui n’a jamais parlé de moi, ni de mes livres jusque là, pond, pour Le Point, une « image-son » d’une rare violence, où je suis rejeté, excommunié, exclu, méprisé comme un fils d’ouvrier que je suis et que je n’aurais visiblement jamais du cesser d’être… Ca s’intitule « pauvre filoche » (vous noterez que j’écris monsieur Labro..) et ça s’appuie sur des centaines de mels orduriers suscités par Eric Ciotti et les hordes umpistes ce jour-là… (le détail de ces mels sordides, pour les amateurs, se retrouvent copiés collés au dos, sur ce blog, en remontant le temps sur le forum).

L’arrogance, la suffisance de cet homme, dans cet exercice, sont stupéfiantes, pour ceux qui voudront, ils retrouveront cela sur le site du « Point »,  à peine corrigé par un « pot pourri » de mes « meilleures interventions ».

Son indécence, à Labro, c’est de ne même pas se renseigner, avant de commettre ce son-torchon – qui réussit la prouesse de ne pas mentionner Total -  avant me traiter si élégamment de « con » – il y dit que je suis l’auteur du « droit à la paresse », il aurait au moins pu savoir que c’était Paul Lafargue, il dit que j’ai écris trente livres mais il aurait pu savoir que j’y parle justement du salariat que je défends contre… les suceurs de sang, les exploiteurs. Hé oui, sauf pour les riches et leurs idéologues, Zola est toujours d’actualité !

Il aurait pu lire quelques petites choses sur Total, et savoir que ce n’était pas une lubie soudaine ni une question d’anathèmes ni de bienséance, mais un sujet central de la lutte de classes, (oh ! le gros mot n’est ce pas ?) la plus grande entreprise du pays… qui ne paie pas d’impôts dans le pays mais suce le sang des birmans et des africains, et a commis des irréparables avec Ericka et AZF, par exemple. Labro n’a jamais lu Péan ou Joly ?

Quant aux tweets, il aurait pu se renseigner, cela fait partie des communications habituelles d’aujourd’hui, il n’y a pas matière à gloser. (et ce quelque soit le moyen de communication, regardez cet extrait où le journaliste me coupe sur Total pour revenir au tweet).

Et mille fois j’avais écris cela et mille fois je le ré écrirais : oui un PDG qui gagne de 300 à 1500 Smic est un « suceur de sang », aucun ne mérite pareille somme, aucun talent, aucun travail ne peut valoir ça, il faut violemment exploiter, « sucer le sang » de dizaines de milliers de salariés, pour extorquer pareille somme…

C’était si difficile à entendre qu’il fallait que Labro m’insulte ?  « Pauvre Filoche »  c’est vrai qu’il a bien raison dans sa haute condescendance, je suis pauvre. Pas lui ? Ca rapporte surement plus de faire ce genre de papiers pour ceux qui sont du coté du manche !

 

Pendant que j’y suis, autant liquider les papiers-torchons de ce type, notamment celui d’Atlantico

Atlantico a fait un papier des plus orduriers, attaquant mes filles, ma famille et défendant curieusement la noblesse révolutionnaire… Sommairement, l’auteur prétend que je lutte contre les féodaux… mais que j’en suis un en tant que hiérarque du Parti socialiste !

Faut il répondre à ça ?
je ne me suis réjoui d’aucune mort, même pas celle du PDG de Total en question, leur procès en sorcellerie ne vaut pas
Lorsque Thatcher est morte, 2 millions de britanniques ont sablé le champagne, moi je préfère garder le champagne pour la vie
quand Pinochet est mort, en fin 2006, j’étais en direct en face de Sarkozy dans l’émission Ripostes, et Serge Moatti, lui a demandé sa réaction, Sarkozy a hésité en direct et répondu « pas de réaction », moi j’ai demandé « justice », regrettant « que cet assassin du peuple chilien n’ait pas été jugé et condamné »… personne ne m’a demandé un délai de « décence » ou de bienséance, c’est passé plein de fois au zapping…
et oui, cela a un rapport avec le PDG de Total, même si ça n’est pas leur point de vue, c’est le mien…
hé oui, les PDG qui gagnent 300, 500, 600 smic ou 21 millions d’euros de retraite chapeau comme G Mestrallet sont des « suceurs de sang » comme cela se chante dans les vieilles chansons populaires et Zola est toujours d’actualité…

ma chère Léa, 36 ans, est élue, et pas grâce à moi, on dira même « en dépit » de mon nom !
ma chère Louise n’est pas cachée et l’histoire filmée est transparente et militante, ont ils un problème avec l’homoparentalité ? Ca ne date pas de 2013 ! le film a été diffusé en 2003 sur les chaines France 2 et Arte… et abondamment depuis… mais ils écrivent sans savoir grand chose de tout cela…
je n’ai pas d’héritage, je ne possède rien, je n’ai pas d’avantages reçus par le PS, aucun, je cotise toute ma vie, je suis un militant

je ne suis pas du tout certain de voir le monde et l’histoire comme l’auteur qui, pour défendre les PDG d’aujourd’hui  décrit « ces temps où c’était la noblesse qui faisait la Révolution quand nombre de bourgeois préféraient l’ordre, où les ouvriers s’organisaient en corporations pour éviter l’arrivée de nouveaux entrants, où les paysans priaient et allaient à la messe au lieu de se révolter contre leur seigneur ».
Je n’ai pas d’accès privilégié aux médias, j’ai toujours raconté que pour l’émission du 2 avril 2013 ou j’ai parlé de Cahuzac c’était comme un tour de manège, j’avais eu le pompon et depuis j’avais des tours gratuits, mais que ça s’arrêterait quand « ILS » le décideraient, je le savais d’avance, la cabale qui surgit essaie d’atteindre ce but, en vain, vu les soutiens massifs que j’ai reçu…
Enfin je ne suis pas hiérarque et je ne vous permets pas d’attaquer  notre belle République, elle n’est pas moribonde, elle triomphera de ses déshérences actuelles et de vos fantasmes arriérés qui voient la noblesse comme révolutionnaire et les ouvriers comme corporatistes !

 

 

 

pour en finir, il en est un autre sur Slate.fr cette fois et ô surprise d’Olivier Biffaud, avant de le relire, je ne l’aurais pas cru non plus

 

« Gérard Filoche, faux chef de file de la fronde contre Valls » par Olivier Biffaud

27.10.2014 – 13 h 59mis à jour le 27.10.2014 à 15 h 07

Gérard Filoche, le 1er septembre 2014 à La Rochelle. REUTERS/Stephane Mahe

Gérard Filoche, le 1er septembre 2014 à La Rochelle. REUTERS/Stephane Mahe

Après son tweet sur la mort de Christophe de Margerie, vivement critiqué, celui qui a l’habitude d’être minoritaire a usé d’une tactique rodée: se rapprocher d’autres minoritaires pour donner l’impression qu’il n’est pas isolé.

Un tweet peut-il en cacher un autre? Un texte de 140 signes sur Twitter peut-il, en réalité, receler un message idéologique qui ne saute pas aux yeux de prime abord? Cette question, on peut légitimement se la poser depuis que Gérard Filoche a enterré Christophe de Margerie, sans aménité et de manière brutale, sur ce réseau social de microblogging.

C’était le 21 octobre. Dans la nuit, le train d’atterrissage du Falcon transportant le PDG de Total et trois autres personnes heurte une déneigeuse alors que cet avion privé s’arrache de la piste de l’aéroport Vnukovo de Moscou, à 248 km/h. Déséquilibré, l’appareil se retourne et il prend feu sur le tarmac. Tous les occupants périssent dans l’accident. L’information, donnée par l’agence de presse russe Itar-Tass, est relayée par l’agence britannique Reuters à 1h40 du matin. L’AFP la communique à ses abonnés six minutes après. A cette heure-là, l’état-major de Total ne peut être joint. Peu après 3 heures, un communiqué de la compagnie pétrolière confirme «avec une grande émotion et une profonde tristesse» la mort du PDG, et celle de l’équipage, dans l’accident survenu le 20 octobre, à 22 heures (heure de Paris, soit minuit à Moscou).

Ce 21 octobre au petit matin, Gérard Filoche revient de Clermont-Ferrand. La veille au soir, il a animé une réunion de militants socialistes, comme il le fait souvent, après avoir fait une séance de dédicaces de son dernier livre –Comment résister à la démolition du Code du travail, préfacé par Thierry Le Paon, secrétaire général de la CGT. Inspecteur du travail à la retraite, Gérard Filoche est adhérent de la CGT depuis plus de 50 ans. En montant dans le train de 5h58 pour Paris, il apprend via son mobile la disparition tragique du PDG de la multinationale. Les réactions n’ont pas encore commencé à affluer et à l’heure des matines, ce membre du bureau national du PS qui représente l’aile gauche du parti où il ferraille depuis 20 ans fait part de la sienne sur Twitter.

Plus longtemps à l’extrême gauche qu’au PS   (il a calculé…NDLR)

Né en 1945, Gérard Filoche a toujours été aux marges des partis dont il a été militant  (!). Membre de l’UEC (Union des étudiants communistes) au début des années 1960, il est exclu du PCF en 1966. Cofondateur de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire) qui donne naissance, après Mai-68, à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, trotskiste), il siège pendant 25 ans au bureau politique de cette dernière organisation. Il y animera un courant minoritaire (Pour le front unique de la gauche NDLR ) dans lequel ses partisans sont communément appelés les «filochards». ( Faux sic NDLR) Finalement, il rejoint l’aile gauche du PS en 1994: il y défend depuis cette date une vision exclusivement sociale de la politique et milite, contre vents et marées, pour une union «rouge-rose-verte» de la gauche. Il s’affirme social-démocrate mais cet ancrage mystérieux ne convainc guère la majorité du PS (!) . On voit plutôt en lui «un révolutionnaire impénitent» (sic) . Pour ne pas dire «hors du temps».

Ce parcours –il a milité plus longtemps à l’extrême gauche qu’au Parti socialiste– donne un éclairage particulier à son tweet du 21 octobre sur le décès de Christophe de Margerie.(ça faut oser l’écrire que voulez vous, les gens ont des ces atavismes…) )

 

L’avalanche de critiques qu’il a entraînée portait essentiellement sur l’absence de respect et de dignité du texte face à la mort d’un homme, quand bien même s’agissait-il d’un adversaire politique. Il suffit de lire les dizaines de commentaires –parfois aussi violents– qui suivent l’«objet du délit» pour s’en convaincre sans difficulté.

Gérard Filoche peut difficilement prétendre que son tweet accusateur répondait à une vague de louanges unilatérales en faveur du patron disparu… puisque justement il n’y avait aucune vague à l’heure où il l’a rédigé. Certains de ses défenseurs, probablement mal informés, inversent l’ordre des facteurs. Lui-même, du reste, ne le prétend pas car, sur son blog, il explique que sa démarche était préventive. En quelque sorte, il a pris les devants mais il n’a pas organisé de contre-offensive.

«Je réfléchis donc [avant d'écrire le tweet], précise-t-il lui-même, et je m’attends à ce qui va se passer dans la journée, je devine les hommages, les louanges, l’encensement du “grand patron”, etc. La propagande pour faire croire que ces gens-là nous sauvent alors que ces puissants-là nous coulent, siphonnent nos salaires, bloquent nos emplois, polluent, détruisent l’environnement, tournent le dos aux choix citoyens…»

Le chef d’entreprise est un délinquant en puissance…

L’important pour Gérard Filoche, à cet instant, n’est pas de manifester, ne serait-ce que par un seul mot, une once de compassion face au destin brisé d’un homme, mais de s’attaquer, en priorité, à «la propagande» qui, selon lui, va encenser un «grand patron», «ces gens-là», «ces puissants» qui «tournent le dos aux choix citoyens». L’avantage de cette explication est qu’elle illustre brillamment le mode de pensée de son auteur. On le retrouve du reste dans bon nombre des ses tweets –il a une très grande activité sur ce réseau– et dans les posts «sociaux» de son blog.

Jamais un mot positif sur l’entreprise en général, jamais un coup de chapeau à la réussite de telle ou telle boîte –à ses dirigeants et à ses salariés–, jamais un hommage à une aventure collective entrepreneuriale (sic !!!!) . Non, l’entreprise privée est avant tout un lieu d’asservissement où le premier objectif est l’exploitation de l’homme et le chef d’entreprise est un délinquant en puissance… quand il n’est pas en action, ce qui correspond quand même plus à la vision filochienne. On peut alors aisément imaginer la souffrance qu’avait dû éprouver l’ancien fonctionnaire de l’administration du travail quand il avait entendu Manuel Valls déclarer «j’aime l’entreprise» lors de l’université d’été du Medef, en août.

Il serait évidemment absurde de soutenir que le monde de l’entreprise est la représentation du paradis sur Terre (Ah !) et que tous les dirigeants qui le peuplent sont des saints à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais il est tout aussi absurde de laisser entendre que de la multinationale à la dernière très petite entreprise (TPE), le goulag est la règle, et que tous les patrons sont des «voyous» ou des «ripoux». Et c’est malheureusement ce que tend à faire croire l’ensemble de sa production littéraire –tweets compris–, car Gérard Filoche omet en permanence d’avoir le jugement relatif et la main légère sur le clavier avant de faire tomber une sentence sans appel.

Des tweets sanguins qui plaisent à son public

A cette aune, on comprend que son passage dans certaines entreprises en sa qualité d’inspecteur du travail ait laissé quelques souvenirs pas toujours rafraîchissants pour les intéressés (??? c’est gratuit d’en rajouter an attaquant mon boulot, mais ça ne peut pas faire de mal au développé du raisonnement hein ? ) . Et on saisit mieux le sens profond de sa «nécrologie décalée» de Christophe de Margerie. En la circonstance, ce n’était pas la mort d’un homme qui lui importait de commenter en premier lieu mais celle d’un patron, donc d’un délinquant désincarné qui, en l’occurrence, devait s’effacer devant l’entreprise accablée de toutes les tares, Total.

Il n’est pas douteux que Gérard Filoche rejettera, en tout ou partie, cette approche et l’analyse qui l’accompagne, en se réfugiant derrière un autre tweet qu’il avait fait en réponse à une réaction indignée d’un chef d’entreprise. Sauf que ce second message donne plutôt l’impression qu’il se raccroche aux branches après la violence du premier.

Il n’en demeure pas moins que ces tweets sanguins (Re…ah ce gros qui réagit…) plaisent au public conquis d’avance de ce responsable socialiste. Il suffit de lire les nombreux messages de soutien qu’il a reçus sur le réseau social après cette saillie. Et qu’il s’est empressé (!) de faire connaître à ses abonnés. En évitant, bien sûr, de diffuser ceux qui lui étaient défavorables, (faux je les ait TOUS publiés sinon OB ne les aurait pas a moins que…) quelques fois dans des termes aussi violents que les siens (!  voila les fachos umpiste justifiés). Parfois, plus encore ! (tiens donc ! )Impossible de savoir si ses partisans sont majoritairement socialistes ou si, plus probablement, ils sont issus de l’extrême gauche dont lui-même est un produit. (re !)

En revanche, il est clair qu’aucun dirigeant du PS, fut-il même de l’aile gauche du PS, ne lui a apporté publiquement un quelconque soutien dans la controverse qu’il a ouverte (mais si ils m’ont défendu en bureau national inclus la direction du MJS) . Et quand Manuel Valls a rendu hommage à Christophe de Margerie lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le 21 octobre, en fustigeant Gérard Filoche (il ne m’a pas nommé… qui l’a fait ? l’UMP, qu’ont t ils reçu tous de cet homme ?) qui, selon lui, «ne mérite pas» de faire partie du PS, il a été applaudi sur tous les bancs de l’hémicycle. Par tous les députés socialistes (?). Et dans la foulée, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, a jugé que les propos incriminés étaient «inqualifiables et intolérables», avant de décider la convocation de l’intéressé devant la Haute autorité du parti (personne ne sait qui c’est et à quoi elle sert ?) . C’est dire le peu d’appuis internes dont il bénéficie dans cette histoire .(bien sur)

Mélenchon prêt à lui donner l’«asile politique»

Gérard Filoche, certainement, n’en a cure. Habitué à être minoritaire depuis plusieurs décennies, il a pour technique de se raccrocher à d’autres minoritaires pour donner l’impression qu’il n’est pas isolé. (superbe) Il a utilisé cette méthode dans le cas d’espèce en joignant son sort de proscrit (! pardi ) en devenir à celui des «frondeurs» bien sûr mais surtout à celui de Benoît Hamon, ancien ministre devenu la cible de l’exécutif après avoir déclaré que la politique du gouvernement «menace la République». Au final, ce procédé, un tantinet égocentrique, (!) lui permet d’apparaître comme le chef de file de la fronde contre Manuel Valls, alors même qu’il ne dispose d’aucun mandat politique électif, en dehors de son siège au bureau national.

Peu soutenu à propos de ce tweet au PS, il peut compter sur la grandeur d’âme de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier lui a fait savoir que le Parti de gauche est prêt à lui accorder l’«asile politique» s’il est évincé du Parti socialiste. Par le biais de Twitter. Le dernier must où la gauche de la gauche fait de la politique (hum) .

 

 

Là, avec Olivier Biffaud (OB) ce n’est pas un tweet, mais une réthorique perverse longuement délayée : ce commentateur sait mieux que moi qui je suis.

Il s’épargne les détails, pas besoin de lire mes livres, ni sur le travail, ni sur le salariat, ni sur la Sécu, si sur mai 68, ni sur l’unité de la gauche,  il résume : je suis censé être contre tous les patrons, toutes les entreprises sont un  goulag, je suis gauchiste,  isolé et je m’incruste en dépit de cet isolement,  je manipule ceux qui ont la faiblesse de m’écouter, d’ailleurs personne ne me soutient dans le PS, on ne sait pas s’il y a des messages de soutien, du moins autant que ceux qui m’ont insulté (« aussi » violents, joli renvoi dos à dos, il le concède)….

 

Répondre à cela ?

Le commentateur OB aura t il noté que le déclencheur de toute cette cabale mardi 21 octobre est Eric Ciotti qui demande mon exclusion du PS dans la matinée, alors que je suis encore dans le train ? que les mels qui se déchainent ont tous la même inspiration, il suffit de les lire, leur caractéristique réellement facho (genre Gringoire, « Je suis partout », « Minute », …) est époustouflante, le mimétisme aussi. La violence des attaques à ma personne, de caniveau, et les appels au meurtre, ne vont pas émouvoir du tout les partisans comme OB, car leur préjugé à eux, il est fait, il est établi dans le même sens, il est à fond pour le PDG de Total qui gagne 1500 Smic en 5 ans. Ce PDG est au coeur du dispositif financiaro-industrialo-politique de ce pays, et comme dirait Labro, honte à ce « pauvre filoche » qui ose s’y attaquer.

 

Olivier Biffaud, par exemple, ne note pas que le secrétaire du PS JC Cambadelis, n’avait ostensiblement pas applaudi Valls à l’Assemblée et qu’il s’en est expliqué ensuite au BN  « Ce n’est pas au premier ministre de dire à l’Assemblée qui doit ou non être membre du parti« . Ouf, en effet, on serait dans un régime totalitaire (et même les régimes totalitaires se couvrent dans ces cas d’un vernis démocratique, renvoyant aux instances du parti…). Ca ne choque pas O. Biffaud qu’un premier ministre semble décider dans une saillie en réponse aux demandes de l’UMP (Ciotti à l’oeuvre depuis le matin reçoit là enfin son accueil favorable de Valls) de qui « mérite » (sic) d’être membre de « son » parti…  dont il veut changer le nom ?

Ca ne choque pas OB que la violence de cette saillie, soit sans précédent ? Je dis là qu’elle n’a pas de précédent contre Cahuzac, alors ami de Valls, ou, par exemple récent, contre Guérini (mais la liste serait longue). Non le « challenge » est d’essayer de m’abattre sans doute parce que je suis apprécié par les militants socialistes pour des positions fermes, persistantes, opiniâtres, en tant que gauche socialiste, positions franchement exprimées, sans intrigue, écrites, soumises au vote : alors Valls y va au marteau- pilon, à son habitude, et il reste, pour OB, à accompagner en mettant en cause cette sincérité qui plait et revient si souvent dans les messages.

Olivier Biffaud refait donc l’histoire opportunément, il revient sur la LCR, Filoche a été « plus longtemps à l’extrême-gauche qu’à gauche« , 30 ans contre 20 ans ! (sic… ça doit vous marquer un homme hein ?) Filoche.. est « à la marge des partis dont il est membre » (il voudrait peut-être que je rentre dans la majorité et défende l’austérité, le travail du dimanche, la fin des seuils sociaux, des CHSCT, et des élections prud’hommes ?)

Valls  attaque Filoche, puis Hamon, puis demande que le PS ne s’appelle plus « socialiste » ; mais OB critique Filoche pour tenter de l’isoler de Hamon, des députés « frondeurs » et du reste du PS… (ça c’est du Tony Blair qui a dissocié ses adversaires du Labour pour imposer le « New labour »…) – OB c’est genre  » Gérard Filoche, certainement, n’en a cure. Habitué à être minoritaire depuis plusieurs décennies, il a pour technique de se raccrocher à d’autres minoritaires pour donner l’impression qu’il n’est pas isolé. »  Quelle technique hein ? Il est vicieux le Filoche, il est minoritaire, il n’en a cure, …. mais cherche quand même à faire … semblant de ne pas l’être.

Valls fait dire que Hamon doit « quitter le parti » après avoir dit que Filoche ne « mérite » pas d’y être, et de demander que le parti ne s’appelle plus « socialiste », ce serait erreur d’y voir un point commun, une même logique politique à l’oeuvre, hein ?  Non, selon OB, c’est Filoche qui feint de croire qu’il y a un lien mais, il n’y en a pas, d’ailleurs c’est tout le but de l’article de OB : « Gérard Filoche, faux chef de file de la fronde contre Valls« .

Ce que Labro fait au burin, ce que Atlantico fait au balai à chiottes, Biffaud le fait au scalpel.

(encore que « les tweet sanguins qui plaisent à son public » n’est pas mal non plus…)

N’allez pas croire que ces gens-là ont une idée sur l’importance des débats qui sont en jeu dans tout ça, ni sur le code du travail, ni sur la Sécu, ni sur la dette, ni sur les salaires, la réduction du temps de travail, non ils ne sont pas intéressés à l’ANI ni à la loi qui en est issue le 14 juin, ils ne suivent pas ce que tout cela est devenu, ni les effets sur des millions de salariés. (Ils ont oublié le TCE, ou la recodification du code du travail de 2004 à 2008, et même la bataille des 35 h) Ils ne peuvent pas croire que Filoche s’est sincèrement battu contre l’ANI  (avec 41 députes socialistes qui ne l’ont pas voté)… Jamais ils n’ont fait une page de commentaire sur ce débat ni vu comment Filoche était isolé ou pas, « chef de file des frondeurs » ou pas, ils n’ont même jamais mentionné l’autocritique du rapporteur de cette (très mauvaise) loi, faite sincèrement en public, à l’hôtel de ville du 11e arrondissement, le 14 juin 2014. Ni même étudié un tant soit peu le dernier livre de Filoche sur le bilan de cet ANI, ça ce serait de la politique, du concret, sur le droit du travail, l’entreprise, les patrons, le ministère du travail… il vaut mieux dire que chez Filoche tout est simpliste, gauchiste, c’est plus efficace, c’est à la mode, toutes les entreprises sont un goulag, sic… et « sanguin » !

(Lire quand même l’un des 20 bouquins sur le droit du travail sur le salariat sur les entreprises, « Carnets d’un inspecteur du travail », où l’auteur est un des seuls à faire la différence entre les entreprises, petites, moyennes et grosse, TPE, ETI et CAC, a faire depuis 20 ans des propositions de loi sur la régulation de la sous-traitance, sur la représentation des personnes dans les TPE, etc… j’ai du visiter 10 000 entreprises en 30 ans, j’ai l’oeil concret et pratique, mais ces gens là n’y connaissent rien, et ont la prétention de « résumer » sans lire…)

Jamais ils n’ont fait une page de commentaire sur la bataille contre la loi honteuse sur les retraites adoptée au vote bloqué (car il n’y avait pas de majorité à gauche pour) le 18 décembre 2013 : ils ont fait semblant de ne pas voir qu’il y avait 8OOO signatures de socialistes contre cette loi, reparties dans tout le pays, (et c’est difficile les signatures militantes – valeureuses – dans le parti, de ce type).

jamais ils n’ont pris en considération notre livre « Dette indigne » avec JJ Chavigné qui eut l’avantage de prédire qu’une politique d’austérité pour « rembourser la dette » ne peut finir que par une catastrophe. Non d’ailleurs Olivier Biffaud ne mentionne pas un seul combat, une seule idée que je défende sauf  que je laisserais  » entendre que de la multinationale à la dernière très petite entreprise (TPE), le goulag est la règle, et que tous les patrons sont des «voyous» ou des «ripoux». » (sic)

Jamais, OB et autres commentateurs n’ont commenté, la nature de « l’isolement de Filoche » lorsque 40 % du BN a produit un texte (29 sur 72) le 18 février 2014 contre « la politique de l’offre » et la politique de « baisse du coût du travail », contre l’austérité et pour la relance, pour une réforme fiscale et la hausse des salaires, la réduction du temps de travail. Il y a eu 8 à 10 000 signatures sur 4 sites que j’ai alors tenté d’unifier.

Jamais ils n’ont commenté la bataille pour l’unité de toute la gauche du parti qui a quand même abouti à ce que près de 300 militants de 65 départements se rencontrent à Bellerive-sur-Allier, avec toutes les sensibilités, montebourgeoise, UMA, motion 3 et motion 4 et avec pour invités le PCF, et les Verts. Pas davantage les réunions de Bierville ou de Vieux Boucau.

Non, il faut que ce commentateur cherche à dissocier l’individu Filoche, il ne parle même pas du courant « D&S », (qui fait paraitre une revue excellente en continuité depuis 22 ans) on le dirait embusqué au coin du bois, juste obsédé pour chercher à démasquer, d’ailleurs il le proclame, « un faux chef de file » de la gauche socialiste.

Et pourtant en dépit de son dessein pervers,  de son tableau conspirationniste, Olivier Biffaud a tout à fait raison : je le concède,  je ne suis pas « chef de file ». Je ne cherche pas de poste gratifiant. Je ne cherche pas de prébende. Je ne manipule personne pour un quelconque profit : je défends des idées auxquels je crois, et c’est vrai, c’est à peu près les mêmes depuis 50 ans, 30 + 20 !

Je suis un militant assez constant au fond. J’ai même devancé tous les curieux, en racontant mon itinéraire militant, intellectuel, théorique et politique dans « Mai 68 histoire sans fin », livre qui raconte 1964 – 1994. Et je vais faire paraitre bientôt, un livre, la suite, « mai 68 histoire sans fin, 1994-2014 » contribution à l’histoire de la gauche socialiste.  Je  ne mérite donc pas tant de déshonneurs ni d’honneurs, je cherche l’unité de toute la gauche avant tout, sur un programme simple (1700, 60, 30, 20) , et depuis toujours. Je ne suis vraiment pas « chef de file », ni vrai ni faux, car il n’y a pas de sauveur suprême, ni de césar ni de tribun, ni de leader maximo. Seule l’action collective a une chance de changer le monde, de changer la gauche, de changer le PS et j’ai toujours essayé (avec plus ou moins de réussite) d’oeuvrer à un fonctionnement collectif à la gauche socialiste.. depuis 1994 !

Alors il ne restait, ultime coup de pied de l’âne de concert, à OB qu’à me renvoyer à JL Mélenchon et à son « asile politique ». « Asile ». Et « politique ».

OB ferait mieux de redevenir honnête et positif dans ses commentaires et JLM, lui, ferait mieux de s’occuper de son bilan : à vouloir opposer deux gauches, il a mis en péril la sienne. A vouloir au forcing faire triompher une gauche contre l’autre, il a contribué au désarroi général. Et au sien. Il avait déjà dit que » « la gauche socialiste était subclaquante« , et que « comme les chiens on couinait et on se couchait« . Le voila qui ironise et encourage Valls : en gros ca veut dire  « vire le, et on lui donnera asile« . Il ne demande pas le respect de la démocratie au PS ni qu’on y écoute la gauche du parti. Il ne demande pas l’unité de la gauche, mais la scission de la gauche. Il dit même que ceux qui se sont trompés, il leur donnera « asile » un peu comme à la SPA pour les chiens abandonnés. JLM croit que depuis le 6 novembre 2008 où il est soudainement parti, il n’y a pas plus rien à espérer du PS, rien à y faire, tous sont des maudits  « solfériniens ».

Non !  le PS est un parti sain, il y a des militants courageux, exemplaires. Un congrès permettra de le voir. Vite !

Ajoutons qu’à ceux qui se réjouissent bien à tort en écrivant que le PS n’aurait plus que 12 000 militants, c’est faux, des dizaines de milliers se mettront à jour s’il y a un congrès, et quand il sera annoncé. Et c’est souhaitable, car aux « primaires » de 2011 il y a eu 3 millions de participants, chiffre sans précédent. Appelons ces 3 millions d’électeurs à revenir, à s’inscrire, à voter au congrès PS, ils sont concernés au premier chef, ils sauront rappeler que Valls n’avait eu que 5 %, et on verra bien de combien sera créditée la gauche socialiste (qui avait eu 13,7 % et 11,9 % au congrès de Toulouse) .

 

 

 

Encouragé par tous les lâchages idéologiques actuels, le Medef ne se sent plus et propose de supprimer délégués du personnel et CHSCT

Le Medef vient de formuler une proposition choc (cf AFP, 28 oct. 2014)  en suggérant de ne conserver qu’une seule instance de représentation du personnel (IRP) dans les entreprises. Dans un document transmis aux cinq organisations représentatives (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC), les trois organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) proposent de créer un « Conseil d’entreprise » dans les entreprises de plus de 50 salariés, qui serait « l’instance unique de représentation du personnel ».

 

 

PS : la derniere en date, le medef propose de supprimer le motif du licenciement, je l’avais prédit c’est leur but ultime pour revenir à l’esclavage, denoncer la convention 158 de l’OIT !

Les salariés seraient consultés tous les 4 ans pour savoir s’ils veulent ou non mettre en place cette instance, qui reprendrait l’ensemble des prérogatives dévolues jusqu’ici au Comité d’entreprise, au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), aux délégués du personnel et aux délégués syndicaux.

Dans les entreprises de moins de 50 salariés, le patronat entend aussi supprimer l’obligation d’élire des délégués du personnel, arguant qu’elle n’est déjà pas respectée.

 

Mesurons ce que cela veut dire :

1°) 97 % des entreprises ont moins de 50 salariés. Elles font travailler plus de 8 millions de salariés. Il n’y aurait plus aucune forme de représentation pour ces salariés.

C’est déjà le cas pour le million d’entreprises de moins de 11 salariés. C’est à dire que 4,2 millions de travailleurs des TPE n’ont aucun droit â être représentés. (en fait il faudrait corriger cela avec des délégués de site ou, mieux, par extension des pouvoirs des « conseillers du salarié »).

Par ailleurs c’est vrai, l’ordre public social n’est pas respecté, dans les plus de 11 salariés car prés de 80 % des employeurs y violent la loi sur la mise en place des délégués du personnel.

Mais c’est dans ces entreprises qu’il y a le plus de précarité, le plus de turn over, le plus de dépassement illégaux des durées du travail, le plus d’heures supplémentaires impayées, les plus bas salaires, le plus d’accidents du travail, le plus de maladies professionnelles, le plus de licenciements sans cause réelle et sérieuse, abusifs, le plus de travail dissimulé, le plus de fraude patronale aux droits sociaux, les conventions collectives les moins respectées…

C’est donc là qu’il faudrait faire porter l’effort pour les droits des salariés, pour l’état de droit dans les entreprises…Les questions de sécurité sont si graves qu’il faudrait des CHSCT à partir de 20 salariés.

…Mais non, le patronat veut tout supprimer en dessous du seuil de 50.

(Le patron joue sur de velours, il flatte tous les petits employeurs,  mais si la gauche était de gauche, la bonne riposte serait de réguler la sous-traitance, responsabiliser les donneurs d’ordre, aligner les sous-traitants sur la convention collective du donneur d’ordre, faciliter la reconnaissance des UES… pour nous mettre les petits employeurs avec nous… contre les gros patrons !)

(Rappelons pour les admirateurs du « modèle » allemand, qu’il y a des délégués à partir du seuil de 5 par entreprise. Et que les conseils d’administration y sont composés à 50 % de salariés.)

2°) dans les entreprises de plus de 50 salariés, le Medef propose qu’il n’y ait plus qu’un « conseil d’entreprise ».

Une seule instance c’est la mort des fonctions dévolues sagement à chacune de celles qui existaient :

-       les DP sont censés schématiquement s’occuper prioritairement des contrats et situations individuelles des salariés

-       les CE sont censés schématiquement s’occuper prioritairement des situations collectives et des évolutions de l’entreprise, socialement et économiquement

-       les Chsct comme leur nom l’indique s’occupent des conditions de travail, de la santé de l’hygiène de la sécurité, ce qui est un immense domaine, allant des risques physiques aux risques psycho-sociaux.

Chacune de ces instances beaucoup de mal a fonctionner, car le patronat met des bâtons dans les roues, aussi bien à l’information qu’à la prévention, à la médecine du travail qu’à l’inspection du travail.

Exit donc les CHSCT : plusieurs décennies de protection de la santé, des conditions de travail, hygiène et sécurité pris en main par les salariés eux mêmes vont donc être jetés à la poubelle. (CF « 20 ans de CHSCT », Journal officiel, avis du CES, Gérard Filoche 2001)

 

Même la présidente de la CGC affirme qu’on « en revient à un dialogue social préhistorique » .

Pourtant c’est le fruit d’une lutte acharnée depuis 30 ans du patronat contre tout ce qui est issu du conseil national de la résistance, perfectionné après mai 68 et ensuite par les lois Auroux et Aubry.

Avant les élections des CE/DP étaient tous les ans, ensuite tous les deux ans, puis tous les 4 ans. Avant les DP et CE étaient séparés, ils les ont déjà fusionné dans des « DUP » (délégations uniques du personnel) dans un certain nombre d’entreprises ou les syndicats se laissaient faire. A chaque fois, ils y gagnent des élus et des heures de délégation en moins. Chaque fois ils y gagnent en absence de contrôle,  de vigilance et de possibilités de se défendre des salariés.

Déjà dans 25 % des entreprises qui devraient avoir un CE, 25 % n’en ont pas. 25 % ont un CE « bidon », pro patronal, propulsé sans syndicat : exemple le CE de Quik Ile de France ou règne un « syndicat » baptisé « énergie pétillante » et qui regroupe les « managers » désignés à cette fonction, dans des « après midi dansants »

Enfin dans les 25 % où il existe de vrais CE, le patronat, grâce à l’ANI du 11 janvier et la loi du 14 juin 2013 a diminué de façon drastique les obligations de communiquer des informations. (Cf. livre « Comment résister à la démolition du code du travail ? » page 51)

« Dans les grandes entreprises avec plusieurs établissements et plusieurs CHSCT, l’ANI permet désormais pour ces différents CHSCT de limiter les éventuelles expertises et les principales consultations à une seule expertise et une seule consultation, en instituant une « instance de coordination des CHSCT ». Et là encore, avec des délais impératifs. C’est un affaiblissement des CHSCT d’établissement, de terrain : l’explosion d’AZF aurait plutôt poussé à renforcer ceux-ci. »

Les CE ont été aussi « contournés » dans l’élaboration des plans sociaux, les juges dessaisis, pas à pas, de « sommets sociaux » en « sommets sociaux », hélas sous la gauche, le droit des IRP et le droit syndical reculent.

Mais là, il ne s’agit plus de « recul » mais de quasi disparition.

Les « seuils » n’ont jamais empêché d’embaucher. Mais sans C.E., le patron évite un budget de fonctionnement limité à 0,2 % de la masse salariale et un budget des œuvres sociales négociable, en moyenne de 0,7 à 0,9 % de la masse salariale. Sans DP ni C.E., le patron évite aussi un contrôle et un dialogue avec ses salariés : ça diminue des droits, baisse le coût du travail, évite ou masque des emplois.

extrait « carnets d’un inspecteur du travail » :

Je me souviens encore d’un patron d’une brasserie de la place de la République à Paris qui « préférait vendre plutôt que d’avoir un comité d’entreprise ». Donc il s’en tenait à 47, 48 ou 49 salariés et refusait de passer le seuil de 50. En fait son arrogance masquait son refus d’avoir des interlocuteurs salariés en face de lui et de rendre des comptes à un CE. Car il ne cessait de prendre, dés que son activité l’exigeait, des « extras », CDD, intérims, qu’il maltraitait, sous-payait, ou dissimulait, en s’efforçant surtout de ne pas les compter dans ses effectifs. Comme lesdits effectifs s’appréciaient sur une durée de 12 mois pendant 3 ans, l’inspecteur prit le temps de « recompter » toutes les entrées et sorties sur le registre du personnel et le livre de paie, puis lui imposa, car il était largement au dessus du seuil, d’organiser – enfin – des élections pour mettre en place un CE. Ce patron-là était un vulgaire délinquant qui voulait faire du fric, en se passant de respecter les lois de la République concernant les institutions représentatives du personnel : ça n’avait rien à voir avec l’emploi.

 

Comme le dit fort bien Thierry Lepaon, s’en prendre aux seuils sociaux, c’est « considérer les représentants du personnel, les droits des salariés, le syndicalisme comme un frein au développement de l’entreprise, alors qu’au contraire c’est une chance ».

 

Et la présence de salariés aux conseils d’administration ou de surveillance, ce n’était pas un progrès fixé par l’ANI et la loi du 14 juin 2013  ?

Cela ne concerne que très peu d’entreprises : celles de plus de 10 000 salariés dont 5 000 en France, soit autour de 250. Il s’agit de l’éventuelle participation restreinte de un ou deux salariés dont on ne sait comment ils seront désignés, mais leur fonction sera incompatible avec celle de membre du CE, du CHSCT, de DP ou de délégué syndical et ils ne seront pas « pro- tégés ». Ils auront voix délibérative mais seront soumis aux règles de confi- dentialité… Le délai pour la mise en place est de 26 mois…

Sur les 40 entreprises du CAC, 10 se considèrent comme « hors périmètre d’application de la loi »… sous prétexte que la société de tête du groupe serait une holding comptant moins de 50 salariés. Il s’agit d’Alcatel-Lucent, Axa, Cap Gemini, Carrefour, Legrand, LVMH, Sanofi, Schneider, Technip, Unibail Rodamco et Vallourec. Sous réserve d’un inventaire plus précis, plus d’un quart des entreprises du CAC 40 entendent donc échapper à l’ANI et à la loi du 14 juin 2013 qui prévoit qu’avant le 30 juin 2015, « le gouvernement remette au Parlement un rapport portant sur le bilan de la mise en oeuvre de l’obligation de représentation des salariés au conseil d’administration ou de surveillance ». Déjà le patronat, se moquant encore une fois du « contrat » comme de la loi, prend ses dispositions pour l’éviter.

 

 

Pour l’utilité des DP:   lire « tabourets de bois ronds » infra sur ce même blog

 

Tabourets de bois rond

C’était rue Notre Dame de Nazareth. Elles étaient huit. Des femmes assises, le dos courbé, les fesses endolories, sur des tabourets de bois ronds autour d’une grande table métallique. Toute la journée. 8 heures par jour, 35 h par semaine, 151 h 66 par mois, et les heures supplémentaires pas comptabilisées.  A peine plus que le smic. Avec de petites mains, elles faisaient de la petite bijouterie fantaisie, des petits assemblages, des enchâssements méticuleux. A côté d’elles quelques hommes, aux bras plein d’eczéma, trempaient des métaux dans divers « bains » d’acide. Au total la petite entreprise, comptable inclus, était composée de 14 salariés

Ce qu’elles voulaient, ces huit femmes, c’était des vrais sièges, si possible ergonomiques, avec un rembourrage, un dossier, des accoudoirs, équilibrés avec cinq roulettes. Juste pour moins souffrir.

Après avoir timidement une par une demandé au patron, elles avaient fini par faire une pétition. Signée à 8. Même les hommes à côté n’avaient pas osé signer. Le patron s’était aussitôt emporté ! Un colérique : «  – Ca on ne me la fera jamais, moi je suis un ancien ouvrier, je sais ce que c’est, j’en ai bavé, elles me l’auraient demandé poliment, d’accord, mais là avec une pétition, pourquoi pas une grève pendant qu’on y est ! Jamais, jamais je ne céderai pas à ce genre de chantage ! ».

Elles saisissent l’inspection du travail (c’était avant le plan Sapin, l’inspecteur pouvait encore décider d’y aller, en opportunité). L’inspecteur demande des sièges, le patron s’empourpre, refuse. Lettre recommandée, mise en demeure. Le patron conteste encore. Puisqu’il y a plus de dix salariés, l’inspecteur demande de mettre en place des élections de délégué du personnel. Le patron refuse toujours : «  Des délégués chez moi, jamais, si on veut me parler, ma porte est ouverte, des élections, on est 14, grotesque, ridicule, pas la peine, pas ici ». Nouvelle lettre recommandée, nouvelle mise en demeure, menace de procès verbal. Pourtant c’était par là qu’il fallait passer.

Il faudra trois mois, trois lettres, trois visites, pour arriver à des élections qui soient réelles. L’inspecteur doit menacer à plusieurs reprises le petit patron irascible. Il doit expliquer aux salariées elles-mêmes comment faire. Les huit femmes se mettent d’accord. A la fin, il y a une date, une candidate, une suppléante, une urne, des bulletins de vote, et enfin deux élues. Le patron dut s’incliner.

Je me rappelle, en retard dans un nombre trop important de visites, je revins dans cette entreprise, en coup de vent, peu après, car la déléguée élue des femmes m’avait appelé. Et comme j’arrivais à l’atelier, bêtement distrait, la tête ailleurs, elles me dirent éclatantes de sourires : « - Alors, alors, vous avez vu, vous avez vu ? » Elles étaient toutes assises sur des fauteuils confortables, appropriés, avec dossiers et accoudoirs. Elles avaient gagné !

L’ANI et la loi Medef qui en est issue, ont reculé les délais avant qu’un patron soit obligé d’organiser des élections de délégués du personnel.

Puis Jean-François Copé l’avait dit : si la droite revient, elle modifiera les seuils sociaux, au lieu que les délégués du personnel soient obligatoirement élus à partir de 11 salariés, ce sera à partir de 50. Le Medef a hâte d’accélérer le processus. Vals, Macron, Rébsamen, maintenant hélas vont au devant de ses voeux.

 

 

 

Interwiew préalable au meeting de Toulouse lundi 3 novembre

ITV Questions de Gilles de Ré, 28 octobre 2014

1- Le « J’aime les entreprises » de Manuel VALS pouvait difficilement supporter  le « suceur de sang » de G. FILOCHE. Le moindre fait est donc utilisé pour marteler l’évolution du PS vers le libéralisme ?

C’est vrai bien sur. Il faut pour séduire le Medef, aller jusqu’au bout de l’adoration des « entrepreneurs » Les chefs d’entreprise sont présentés, comme les sauveurs suprêmes. Dire qu’il y a parmi eux des spéculateurs, des fraudeurs, des rapaces, des délinquants et des suceurs de sang, est devenu impossible. Certes des patrons respectent le code du travail, respectent la dignité des salariés et paient bien, mais ce n’est pas la majorité du genre. La majorité du genre suit Gattaz et ses énormités dignes du XIXe siècle.

Le mythe de l’Entreprise est cultivé à fond. L’entreprise n’existe pourtant pas, il existe 1,2 million d’entreprises très différentes. Et 1000 de ces entreprises produisent 50 % du PIB. 80 % des PME PMI ETI font partie d’un groupe. L’entreprise est un lieu d’exploitation de l’homme par l’homme, de plus en plus dur, et elle sert aujourd’hui de plus en plus à extraire des dividendes au détriment des salaires.  C’est  le coût du capital qui est cher, pas celui du travail. Expliquer que ce sont ces gros patrons qui organisent le chômage, la dette, les inégalités pour asservir les salariés et se servir eux mêmes, c’est une vérité bannie.

Dire que le Medef ne participera en rien à la politique de la gauche et attend mille fois plus de cadeaux de la droite est interdit. Pourtant l’indignation est légitime quand des patrons se goinfrent de 300 ou 600 smic comme C. de Margerie ou de 21 millions d’euros, 78 smic par mois comme Gérard Mestrallet. Oui, ce sont des suceurs de sang et de sueur. Oui la surexploitation, la souffrance au travail, le management brutal, les licenciements abusifs et boursiers, les heures supplémentaires impayées, l’arbitraire, le burn out, les accidents du travail et maladies professionnelles, les bas salaires, la précarité, c’est intolérable. C’est tout ça qui est « inqualifiable » quand on a 6 millions de chômeurs et 10 millions de pauvres.

2-Hommages multiples, donc au patron de Total mais pas un mot, à Toulouse en particulier, pour rappeler que Total a tué des hommes et de femmes détruit une partie de la ville…et il a fallu attendre 48h avant que le gouvernement ne s’exprime  sur le jeune manifestant tué sur le site du barrage de Sivens. Ces silences lourds de conséquences, ne vont ils  pas d’éloigner encore un peu plus le PS de son électorat ?

Bien sûr. Toute cette politique est une impasse pour le parti socialiste, les militants socialistes, les électeurs socialistes, la gauche, toute la gauche. C’est une tragédie qui se passe actuellement dans notre pays avec cette politique du gouvernement Valls à contre sens de celle pour laquelle nous avons été élue et qui a été tellement attendue en mai juin 2012

3-Le PS est caractérisé de social libéral,  et il s’en défend de plus en plus mollement. Est ce que cette caractérisation te convient ? A quand dates tu le tournant social libéral du PS ?  M. VALS a proposé de changer de nom et de passer à la maison commune avec une partie de la droite. C’est la cohérence même. Ces batailles (le nom, et l’ouverture à droite) ont-elles un sens et que peut comprendre l’électorat de gauche de vouloir continuer à appeler socialiste un parti qui fait une politique de droite ?

Le PS est un parti de gauche. Le premier et le plus fort en France. Sa genèse, son histoire, sa continuité organisationnelle depuis un siècle, ses références générales, sa perception par 20 à 30 millions d’électeurs, ses liens avec le mouvement syndical, avec les associations, avec le salariat (qui vote pour lui à plus de 70 %) confirment bien qu’il s’agit d’un parti de gauche. Il avait tout pour agir, il dirigeait tout. Hélas, il fait le contraire de ce qui était espéré par des millions d’électeurs. Ses dirigeants mènent une politique droitière contraire a celle attendue par sa base sociale. Au point que le Premier ministre issu de ses rangs s’aventure à proposer de changer le nom du parti… Mais il ne le peut pas. Il échoue et échouera. Car l’immense majorité du parti reste choquée et opposée à cette politique libérale. Car les autres forces de gauche enserrent et pressionnent le parti. Même le syndicat qui le soutient dans sa voie libérale, la direction de la CFDT, a de plus en plus de mal. De 40 à 100 députés s’opposent à ce qui est sans précédent dans la Ve République. 40 % du BN du PS depuis le 18 février s’oppose à l’austérité. « Vive la gauche » se développe. Il y a soif d’espoir. Les rencontres et débats à gauche se développent partout, Bellerive sur allier, Bierville, Vieux Boucau, St Etienne du Rouvray, Reims, Clermont-Ferrand, etc..

4-Ceux qu’on appelle les Frondeurs mènent une bataille qui les conduit à s’abstenir sur une série de question lors des votes au parlement. Pourquoi rester à mi-chemin et ne pas voter contre une politique avec laquelle ils ont des désaccords ? Ne croies tu pas que cette attitude renforce la confusion pour l’électorat ?

Mais les députés qui se soulèvent et osent défendre leur mandat, les espoirs de mai juin 2012, ont un immense courage. Ils évoluent ensemble, murissent leurs arguments et sont de plus en plus nombreux. Il ne faut pas les critiquer mais les encourager, les soutenir, créer les conditions de leur succès dans les luttes sociales, dans la rue et dans les entreprises. C’est l’issue politique qui est en train de se construire. Il existe une majorité rose rouge verte au parlement, c’est l’avenir, il faut qu’elle se rencontre, se construise, se consolide, elle présente des amendements communs, et bientôt, espérons des éléments de programme communs pour un nouveau gouvernement.

5-Quel est le sens de cette bataille: infléchir la politique du gouvernement ou se mettre en ordre de bataille pour le congrès à venir ? Il est peu probable qu’il renverse le cours des choses, le choix des présidentiables semble l’attester. Crois tu possible qu’il y ai dans le PS un coup d’arrêt à la politique social libérale? Crois-tu que Vals peut être mis sur la touche ?

Chaque jour de plus de la politique du gouvernement Valls mine le succès – encore possible – du quinquennat. Les temps sont comptés. Cette politique d’austérité, de soumission au Medef conduite si effrontément, de façon arrogante, par Valls va dans le mur. Avec elle 80 % des départements et 12 régions sur 13 sont annoncés perdues. Et ce sera la déroute à la fin aux législatives. Il faut changer cela. Vite. Il faut une autre politique, de gauche celle-là, de relance, de redistribution des richesses d’abord. Valls est minoritaire en fait, tout le monde le sait, si cela se traduit dans un vote, comme c’est souhaitable, il y a place, il faut pour un autre gouvernement de gauche. Ni dissolution, ni exclusion. La majorité au Parlement doit l’emporter sur le pouvoir personnel. La démocratie des aspirations des électeurs doit l’emporter sur l’oligarchie. Il faut qu’il y ait un congrès du PS, vite, que la réelle majorité s’exprime et l’emporte contre la minorité de Valls, qui rappelons-le encore, avait, voté le « projet socialiste », avait soutenu le discours du Bourget, et n’avait obtenu que 5 % à la primaire.

6- Ne faut il pas se saisir de cette situation,  les clarifications sont à l’œuvre du coté du PS, pour poser les jalons pour une nouvelle force à gauche avec le Front de Gauche et les écologistes ?

Il faut l’unité de toute la gauche. Jamais rien de grand ne s’est fait sans unité. L’unité ça n’est pas une scission. Rien a craindre de l’unité. Elle ne peut se faire qu’à gauche. L’unité est un combat de transformation sociale. L’unité ne peut se faire que sur un programme au cœur de la gauche. L’unité c’est forcément un rassemblement dynamique qui l’emporte et dépasse le social-libéralisme. Elle inclue toutes les forces de gauche et le PS aussi bien sur.

7- Nous avons constaté que ceux qui ne votent pas le dimanche, ne font plus grève et ne manifestent plus le jeudi. La démoralisation est profonde. Et ceux qui ne votent plus pour le PS, ne votent pas pour autant pour le Front de gauche et encore moins pour l’extrême gauche. D’une certaine façon toute la gauche est mise dans le même sac, n’est-ce pas une raison supplémentaire pour aller maintenant jusqu’au bout des clarifications ?

La démoralisation existe mais elle n’est pas si profonde. La gauche est majoritaire en France. Les électeurs de gauche s’abstiennent et ne votent pas à droite : lorsque la droite gagne c’est en pourcentage et en perdant des voix en chiffres absolus. Mais le sentiment de trahison est évidemment très fort. Il y a une vive attente d’une occasion pour sortir de l’impasse actuelle où nous enferme le gouvernement social-libéral de Valls. Cette occasion surgira, c’est certain. Elle transformera toute la gauche et l’unifiera. Clarifier c’est réaliser l’unité, la force du salariat tout entier, une dynamique sociale.

Là, le gouvernement a monté une cabale autour du décès de C. de Margerie, dans le but d’empêcher que Total ne soit mis en cause. Mais Total est et sera  mis en cause et devra payer des impôts en France aussi tôt ou tard. Quand aux procès pour bienséance en cette occasion, chacun a vu comment ils faisaient long feu face au décès de Rémi Fraisse à Sivens. A être plus à l’écoute du Medef que des luttes sociales, le gouvernement accroit ses problèmes.

Citons Maurice Kriegel Valrimont :  « Regardez en 34, les fascistes sont sur le point de prendre le pouvoir, manifestent, vont prendre l’assemblée. Si j’avais dit aux copains dans les manifs : dans deux ans, y aura le front populaire, on aura les congés payés et les 40h, ils auraient  rigolé !
Mais ça c’est rien ! Si en 1943, au moment où je me trouve dans une cellule aux cotés de mes amis résistants, si je leur avais dit : dans deux ans la France sera libérée, on instaurera les retraites et la sécurité sociale, ils m’auraient pris pour un fou !
Ce qui veut dire qu’en deux ans, beaucoup de choses peuvent se passer, simplement, il a fallu des hommes pour le vouloir, il a fallu des hommes pour s’organiser, pour que leurs volontés deviennent réalité. »

 

La mort de Rémi Fraisse 21 ans

 

Ah, ils ne réagissent pas au quart de tour de la même façon quand il s’agit du décès d’un oligarque contesté au cœur du pouvoir politico-financier et celle d’un jeune homme mort d’une « explosion » dans un champ alors qu’il manifestait pour une cause environnementale.

Une grenade ? Ces armes non létales ? « La déflagration a été forte puisque le jeune homme a été projeté au sol de façon violente » et « selon le médecin légiste, la mort a été instantanée ».

Rémi Fraisse, 21 ans, était « un garçon très calme, un peu effacé. Il était parti là-bas [dans un état d'esprit] bon enfant pour apporter son soutien à ce combat environnemental. Il était sans protection, c’est pour cela qu’il a été mortellement blessé »

Même si les autorités pensaient qu’il fallait absolument imposer le barrage de Sivens,  la contestation de celui-ci est légitime et le débat qu’elle suscite a réussi visiblement à ouvrir de stupéfiantes questions de fond sur sa nécessité. Un rapport d’expertise interroge sur la validité du projet. Ce rapport n’aurait jamais été entendu sans ces manifestations. Il y est même dit que ce projet n’aurait pas du avoir lieu, mais que des finances étant engagées on ne pouvait plus l’arrêter ! (N’a t on pas arrêté récemment, hélas, bien d’autres projets – légitimes ceux là – faute de « finances » ?)

La démocratie doit jouer normalement en pareil cas. Les manifestants de Sivens n’étaient pas violents… sans la présence excessive des forces policières. Les responsables écologistes avaient d’ailleurs alerté à temps sur les nombreux signes et risques de ces interventions policières violentes ?

Pourquoi envoyer la police en masse, « 70 policiers » dit le Procureur, (pour 100 manifestants, dit il) Pourquoi bombarder avec des flash-ball, lancer des centaines de grenades et autres projectiles dangereux en plein champ entre…  2 h et 2 h 30 du matin ?

Pourquoi ne pas laisser se dérouler normalement la protestation ? Parce qu’il y aurait des « violents » dedans ? En plein champ ça ne tient pas, pareils « violents » s’épuiseraient bien vite et tout naturellement. Et quant la police en rajoute et utilise des moyens disproportionnés, les conséquences suivent souvent.

L’autopsie du jeune homme s’est faite attendre, avant qu’il ne devienne clair que la mort était directement due aux brutalités policières. Mais les paroles aussi se sont fait attendre, et on ne peut pas dire que les autorités aient été à la hauteur du drame qu’elles ont provoqué. Promptes à s’émouvoir pour le pétrolier Christophe de Margerie, il n’en est pas du tout de même pour un jeune manifestant écologiste de 21 ans .

Tout ce que Thierry Carcenac président du conseil général du Tarn a trouvé à déclarer, c’est : « Mourir pour des idées, c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête ». Aucun ministre, aucun officiel ne s’est déplacé, ne s’est prononcé, n’est allé parler aux manifestants, laissant désespoir et rage s’installer. Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse ont donc autorité pour incriminer les autorités. Il manque au gouvernement un état d’esprit ouvert aux mouvements sociaux, il ne semble décidément ouvert qu’aux grands patrons.