Mon intervention au BN du mardi 3 mars

Chers camarades,

J’ai entendu avant moi, ici, des inquiétudes encore plus fortes que les miennes sur les échéances électorales qui viennent. Je ne dispose pas d’informations autant que le Premier secrétaire, mais je ne sais pas ce qui est le plus anxiogène aujourd’hui, en posséder ou pas, connaître le détail des sondages ou pas ?

Une chose est certaine c’est que ça se joue sur la vie quotidienne, et à gauche. Pas sur l’entretien illusoire d’un « esprit du 11 janvier ». A la veille des 22 mars et 29 mars, il vaut mieux ne pas laisser parler mal des coupures d’eau, des 22 000 postes supprimés dans les hôpitaux, de l’inégalité des salaires femmes-hommes, et de la casse du droit du travail. Les électeurs vont avoir en tête le chômage qui augmente et l’austérité qu’ils subissent.

Le Sénat a voté pour les « coupures d’eau aux particuliers mauvais payeurs » et TF1 fait aussitôt un reportage sur une femme pauvre et précaire qui en subit : le mieux ce serait, nous, de faire vive campagne tout de suite contre ces coupures d’eau injustes (0,5 % des factures seulement ne sont pas honorées), donc contre la droite concrète, actuelle, surtout qu’en même temps un article du projet de loi Macaron baisse le prix de l’électricité pour les industries fortement utilisatrices, ce qui ne saurait manquer d’interroger tous les ménages qui souffrent de coupures.

Ne pas laisser s’installer non plus l’idée que nous abandonnerions le tiers payant, ne pas laisser l’idée qu’on va affaiblir les hôpitaux, juste après que ceux ci, (et ça a failli rappeler la canicule), aient été mis en danger par la grande épidémie de grippe où les usagers ont constaté toutes les conséquences d’avoir supprimé tant de lits et de ne pas avoir assez de personnels…

Après l’annonce de la suppression de 20 000 emplois à la SNCF (en dépit de Brétigny, etc..) , l’annonce de la suppression de 22 000 postes dans les hôpitaux et de 3 milliards d’économies, tombe très très mal…  à 20 jours du scrutin. D’où la manifestation du 15 mars. Notre politique de santé ne devrait pas être faite pour plaire aux libéraux intégristes de Bruxelles, ce n’est pas 22 000 postes qu’il faudrait supprimer, c’est 50 000 embauches dans la fonction publique hospitalière qui devraient être annoncés. Car c’est ce dont il y a besoin réel. Et peut être faut il aussi supprimer cet article du projet de loi Macron qui prévoit que nos hôpitaux pourront investir à l’étranger dans des cliniques et hôpitaux privés, car si c’est vrai qu’il y a si peu d’argent, autant qu’il soit gardé ici pour garder nos lits ouverts et payer les heures de nos médecins et infirmières.

Là, cela va être le 8 mars, il me semble qu’il faut mettre l’accent sur le combat contre les  inégalités de salaires femmes-hommes, car rien n’a été fait en ce sens depuis 2012, les différences sont aussi grandes, seuls 7 % des cadres supérieurs sont des femmes, 93 % sont des hommes, l’écart moyen ente salaires entre les sexes reste de 27 % et de 8 % au niveau des cadres à compétences qualification, formation postes et travail égal. C’est intolérable. Ce serait bien d’introduire cela dans la campagne et d’agir,  car c’est là dessus que nous serons jugés, chacun a bien compris que ce n’était pas sur une vision abstraite de la République que les citoyens vont voter mais sur leur situation sociale et le chômage, sur ce qu’il y a dans leur assiette. Il vaut mieux, nettement, semble t il,  hausser le « coût du travail », c’est à dire les salaires, que de tolérer la continuation de la discrimination salariale contre les femmes de notre pays.

J’ai raté la réunion de la semaine dernière de notre BN mais j’ai cru comprendre que notre parti ferait effort pour dire en amont ses opinions que les sujets que le gouvernement et les députés auraient à aborder. Il vaut mieux alors que notre ministre du travail ne se laisse pas aller à dire que « oui, s’il le faut, on fera la retraite à 63 ans ». Laissons ça à la droite. De même quand la droite UDI comme Lagarde affirme qu’elle propose « 39 h payées 35 » soit une baisse de salaire de 15 % c’est l’occasion de défendre les 35 h et nos salaires et de ne pas paraître hésitants là-dessus. Pas de mettre sur le site du PS un écriteau qui affirme de façon claironnante que « la baisse du cout du travail ça marche ! ».

Il vaudrait mieux aussi que le Premier ministre ne fasse pas de déclarations qui remettent en cause, encore et davantage, le code du travail, comme il l’a fait cette semaine en pleine face devant les « partenaires sociaux », car ce genre de discours – on n’a pas le temps d’en discuter aujourd’hui, mais il le faudrait pourtant, il faut qu’on le planifie au BN, quand ce sera possible – ce genre de discours donc, si vous l’avez étudié, c’est d’une gravité exceptionnelle pour l’avenir, c’est anxiogène aussi à la veille d’un vote, contre les IRP, CE, DP, CHSCT, et ça non plus ça n’aide pas à mobiliser parmi les syndiqués informés et conscients, ni en direction de tous ceux, très nombreux, qu’ils influencent.

C’est pareil, vaut mieux pas laisser dire que les départements vont disparaitre, ni laisser diffuser qu’il y aura des restrictions et des coupes budgétaires, des « efforts », encore et encore. En un mot pour battre la droite et gagner les élections à gauche, il vaut mieux tenir un langage de gauche, rechercher l’unité de la gauche, pas chercher à plaire au Medef, car sinon le mur nous attend.

 

Réunion publique de la gauche du Parti socialiste à Paris Lundi 9 mars à 19 h 30

Réunion publique de la gauche du Parti socialiste à Paris

Lundi 9 mars à 19 h 30

« Une autre politique est possible »

prendront la parole pour les différentes contributions :

Maya Akkari

Patrick Ardoin

Guillaume Balas

Fanélie Carey-Conte

Pascal Cherki

Gérard Filoche

Daniel Goldberg

Marie-Noëlle Lienemann

à la Bellevilloise, 19-21 rue Boyer 75 019

Du projet de loi Macron à la « petite loi » issue du 49-3 qui n’est encore qu’un projet : mobilisation le 9 avril

Hormis le travail du dimanche qui a servi de paravent aux multiples régressions en droit du travail, l’ensemble des autres points a été « discuté » entre deux et quatre heures du matin avec une vingtaine de députés présents. On ne peut donc s’étonner que les médias aient aussi peu commenté l’incroyable recul que représente cette loi. Les soi-disant longs débats et prise en compte de très nombreux amendements auraient beaucoup amélioré le texte. Qu’en est-il, pour ce qui est du droit du travail, de ce qu’aurait apporté la discussion à l’Assemblée nationale ?

 

DROIT DU TRAVAIL : retour au XIXème siècle confirmé

L’aspect le plus rétrograde – celui qui, potentiellement, supprime le droit du travail que près de deux siècles de lutte avait permis de sortir du code civil pour afin de tenir compte du rapport de subordination dans lesquels se trouve les salariés – sort inchangé de l’examen éclair : maintien donc de la modification de l’article 2064 du Code civil et abrogation de l’article 24 de la loi n° 95-125 du 8 février 1995 relative à l’organisation des juridictions et à la procédure civile, pénale et administrative. C’est un retour à la loi Le Chapelier.

Par modification de l’article 2066 du code civil, un amendement (au mieux sans intérêt), présenté comme un moindre recul permet de mesurer l’ampleur de la régression : il est dit que lorsque l’employeur n’aura pas réussi à arracher au salarié une convention amiable pour régler leur litige d’« égal à égal », ce dernier conservera le droit à la phase de conciliation aux prud’hommes. Alors que dans le code civil, il est considéré que cette phase ayant déjà eu lieu, peut être sautée. Aujourd’hui 98% des procédures aux prud’hommes ne sont pas réglées par la conciliation et on voit bien que dans ce cas de figure, la phase de conciliation aux prud’hommes ne sera que perte de temps pour le salarié.

 

TRAVAIL DU DIMANCHE : toujours plus pour pas plus voire moins de salaire

La question du travail dominical a fait l’objet de déclarations du groupe socialiste faisant état d’amélioration du texte par l’assemblée nationale sur les contreparties salariales..

La réalité est la suivante :

1/ Les 52 dimanches du Préfet

(sur la base de l’article L.3132-20 du code du travail pour « préjudice au public » ou « au fonctionnement normal de l’établissement »)

 

AUJOURD’HUI : la législation actuelle ne prévoit aucune contrepartie en renvoyant celles-ci à la conclusion d’un accord collectif. Mais, en l’absence d’accord, l’employeur qui, par décision unilatérale après référendum, ferait travailler le dimanche doit payer « au moins le double de la rémunération » habituelle (3ème alinéa de l’article L.3132-25-3 du code du travail)

APRES le 49-3 : il y a doute sur le maintien de ce doublement.

 

Alors que le projet de loi semblait bien maintenir ce doublement de rémunération (l’ajout d’un II et d’un III se faisant explicitement après le troisième et quatrième alinéa), le 49-3 réécrit l’article L.3132-25-3 d’une façon qui laisse implicitement ce troisième alinéa mais le fait précéder des II et III qui ne sont plus cohérents avec son maintien (erreur de plume ?)

 

2/  Les 52 dimanches des Ministres

(sur la base de l’article L.3132-24 pour les nouvelles « zones touristiques internationales » créées par la loi Macron)

 

AUJOURD’HUI : n’existent pas

 

APRES le 49-3 : comme avec le projet de loi, aucune contrepartie s financière n’est prévue

 

L’accord collectif ou territorial (ou la décision unilatérale de l’employeur, là aussi, erreur de plume ? – la rédaction de l’article L.3132-25-3 semble l’oublier au début du II du premier alinéa puis l’introduire à la fin du II) en décidera.

 

3/ Les 52 dimanches du Préfet

(sur la base de l’article L.3132-25 pour les communes ou zones « touristiques » créées par la loi de 2009, désormais renommées « zones touristiques caractérisées par une affluence particulièrement importante de touristes»)

AUJOURD’HUI : aucune contrepartie n’est fixée par la loi

APRES le 49-3 : comme avec le projet de loi, aucune contrepartie financière n’est prévue

4/ Les 52 dimanches du Préfet

(sur la base de l’article L.3132-25-1 (« périmètres d’usage de consommation exceptionnel » des grandes unités urbaines de plus de 1 000 000 d’habitants, désormais nommées « zones commerciales caractérisées par une offre commerciale et une demande potentielle particulièrement importantes »)

AUJOURD’HUI : la législation actuelle ne prévoit aucune contrepartie en renvoyant celles-ci à la conclusion d’un accord collectif. Mais, en l’absence d’accord, l’employeur qui, après référendum, ferait travailler le dimanche devrait payer « au moins le double de la rémunération » habituelle (4ème alinéa de l’article L.3132-25-3 du code du travail)

APRES le 49-3 : comme avec le projet de loi, aucune contrepartie financière n’est prévue

L’accord collectif ou territorial (ou la décision unilatérale de l’employeur, là aussi, erreur de plume ? – la rédaction de l’article L.3132-25-3 semble l’oublier au début du II du premier alinéa puis l’introduire à la fin du II) en décidera. Le référendum en cas de décision unilatérale de l’employeur a disparu.

 

5/ Les 52 dimanches des Ministres

(sur  la base de l’article L.3132-25-6 pour les « établissements situés dans des gares en cas d’ « affluence exceptionnelle de passagers dans cette gare »

AUJOURD’HUI : n’existent pas

APRES le 49-3 : comme avec le projet de loi, aucune contrepartie financière n’est prévue

L’accord collectif ou territorial (ou la décision unilatérale de l’employeur, là aussi, erreur de plume ? – la rédaction de l’article L.3132-25-3 semble l’oublier au début du II du premier alinéa puis l’introduire à la fin du II) en décidera.

 

 

6/ Les 5 à 12 dimanches du Maire

(sur la base de l’article L.3132-26 pour les « établissements de commerce de détail »)

AUJOURD’HUI : de 0 à 5 dimanches autorisés par le maire dans sa commune.

Rémunération « au moins égale au double de la rémunération » habituelle (article L.3132-27)

APRES le 49-3 : le projet de loi instaurait un minimum de 5 dimanches obligatoirement autorisés et un maximum de 12.

La rédaction floue de la « petite loi » issue du 49-3 introduit un doute sur un minimum de 5 (la formulation « lorsque le nombre de ces dimanches excède 5 » laisse plutôt entendre qu’il y a bien un minimum de 5). Le maximum de 12 par contre est clairement maintenu.

Il semble que le doublement de la rémunération soit maintenu car il n’est pas fait mention d’une modification de l’article L.3132-27.

 

7/ Les dimanches dans les commerces de détail alimentaire

(activité exclusive ou principale)

AUJOURD’HUI : travail possible jusqu’à 13h

La convention collective applicable qui prévoit 20% de majoration pour les salariés qui travaillent habituellement le dimanche et 100 % pour ceux qui travaillent occasionnellement le dimanche

APRES le 49-3 : travail possible jusqu’à 13h

 

Dans les commerces de détail alimentaire dont la surface de vente est supérieure au seuil mentionné au premier alinéa de l’article 3 de la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 (400 m2, soit la limite entre supérettes et supermarchés), la rémunération pourra être majorée « d’au moins 30 % ». Dérisoire.

 

Il est sans nul doute utile ici de donner un exemple des conséquences de l’alignement du code du travail sur le code civil, dont la signification s’avère apparemment difficile à saisir pour beaucoup de personnes. Imaginons un salarié payé avec 20% de majoration en application de la convention collective. Il sait qu’il a droit à au moins 30% et le réclame. Son employeur ne le souhaite pas. Litige. Le patron lui dit, c’est ça ou la porte. Le salarié renonce et le patron lui fait signer une convention (ce sera désormais possible) où il accepte de se contenter des 20%. Fin du litige et saisie des prud’hommes désormais impossible.

8/ Les petits « MOINS » du 49-3

 

Vers le travail du dimanche dans les bibliothèques : avec le 49-3, il a été rajouté la surréaliste proposition de loi suivante : « dans le cadre de la concertation préalable à la désignation des dimanches prévus à l’article L. 3132-26 du code du travail, le maire soumet au conseil municipal et, le cas échéant, à l’organe délibérant de l’établissement public de coopération intercommunale la question de l’ouverture des bibliothèques. ». Code du travail ou code de la Fonction publique territoriale ?

 

 

PRUD’HOMMES : il manquait la dernière couche, c’est fait

Le MEDEF ne l’avait pas obtenu complètement obtenu avec l’A.N.I scélérat de janvier 2013 et la loi qui l’a copié collé. Il avait obtenu cependant que, pour l’indemnité à laquelle peut être condamné un employeur pour licenciement abusif, les prud’hommes en conciliation attribuent un montant forfaitaire en fonction de l’ancienneté, montant qui peut être inférieur à l’indemnité minimale fixée par le code du travail (au moins 6 mois de salaire).

 

Mais cela ne concernait que la conciliation. Le projet de loi Macron n’avait pas prévu cette régression pour les jugements aux prud’hommes. C’est fait. Désormais, si un salarié fait reconnaître le caractère abusif de son licenciement, le juge pourra décider de façon forfaitaire, le montant des indemnités de préjudice, actuellement fixé par le code du travail à un minimum de 6 mois de salaire : « Le juge peut prendre en compte un référentiel indicatif établi, après avis du Conseil supérieur de la prud’homie, selon les modalités prévues par décret en Conseil d’État. Ce référentiel fixe le montant de l’indemnité susceptible d’être allouée, en fonction notamment de l’ancienneté, de l’âge et de la situation du demandeur par rapport à l’emploi…Si les parties en font conjointement la demande, l’indemnité est fixée par la seule application de ce référentiel. ». Une fois de plus, les employeurs ne sont pas considérés comme des citoyens comme les autres qui voient toujours leurs peines proportionnées à leur faute par les juges. Les employeurs pourront ainsi s’engager aux prud’hommes avec un « risque » financier calculé d’avance. Quant aux conseillers prud’homaux, c’est une fois de plus la marque du mépris qui préside à leur extinction programmée.

 

 

REPRESENTANTS du PERSONNEL : un pas de deux

 

Le projet de loi Macron se proposait de réviser par ordonnance « la nature et le montant des peines et des sanctions applicables en cas d’entrave au fonctionnement des institutions représentatives du personnel ». Dans les attendus de la loi il était expliqué d’une part que de grandes entreprises étrangères seraient choquées par la peine pénale de prison (même si elle n’était jamais appliquée) et d’autre part qu’il serait bon de supprimer la peine pénale (procès-verbal mis par les inspecteurs du travail et jugement au tribunal correctionnel) par une amende administrative négociée dans le bureau du très respectable D.I.R.E.C.C.T.E si compréhensif avec les entreprises qui sont sa première juridiction (Directeur Régional des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation et accessoirement du Travail et de l’Emploi).

Finalement, après le 49-3, la prison a bien sauté pour les entraves à l’exercice des fonctions de représentant du personnel mais, pour l’instant, la peine reste pénale. Il faudra surveiller la suite, car l’expérience montre que le MEDEF, lui, ne lâche jamais rien.

 

 

OBLIGATION D’EMPLOI de TRAVAILLEURS HANDICAPES : toujours moins

 

Pour pouvoir se soustraire à l’obligation d’embaucher des travailleurs handicapés, les employeurs pouvaient déjà passer des contrats à des « entreprises adaptées », des « centres de distribution de travail à domicile », des « établissements ou services d’aide par le travail.

 

Le projet de loi MACRON avait vu plus loin en prévoyant pour ce faire l’appel :

-       à des personnes que l’employeur ne paierait pas et qu’il n’aurait pas l’obligation d’embaucher (« personnes handicapées pour des périodes de mise en situation en milieu professionnel»

-       ou à des non salariés (« travailleurs indépendants handicapés ».

 

Avec le 49-3, on a ajouté une autre possibilité de se soustraire à l’obligation : le recours à l’ « accueil en périodes d’observation mentionnées au 2° de l’article L. 4153-1 d’élèves de l’enseignement général pour lesquels est versée la prestation de compensation du handicap, l’allocation compensatrice pour tierce personne ou l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé »

 

 

RECLASSEMENT DES SALARIES : toujours moins

 

Pour les licenciements dans les entreprises en redressement ou en liquidation judiciaire, après une première simplification par une loi pourtant récente (31 juillet 2014), après une deuxième simplification dans le projet de loi Macron, le 49-3 en ajoute une troisième : le D.I.R.E.C.C.T.E pourra homologuer les licenciements sans avoir à se préoccuper de la recherche de reclassement dans le groupe, il pourra se limiter à l’entreprise seule (nouvel article L.1233-58).

 

richard abauzit 25 fevrier 2015

 

Réorienter à gauche la politique du gouvernement

« Ni contrainte, ni coûts supplémentaires, et pas d’intrusion dans la vie des entreprises » [1] les consignes données par le Medef au gouvernement concernant la « réforme » du dialogue social sont claires. Manuel Valls semble les accepter puisqu’il indique, par exemple, que les commissions paritaires régionales envisagées pour la représentation des salariés dans les très petites entreprises (TPE, moins de onze salariés) « n’auront évidemment aucun droit d’ingérence » dans les entreprises. C’est Monsieur Macron qui s’est chargé lui-même le week-end dernier[2] d’annoncer de nouveaux projets de loi inquiétants pour les droits des salariés : seuls sociaux, temps de travail, assurance-chômage… Le dogme libéral « donner plus de souplesse aux employeurs » est repris à l’envi par celui qui est responsable avec Manuel Valls de l’utilisation du peu glorieux 49-3. Ils ont ainsi fait la terrible démonstration qu’ils sont minoritaires au Parlement, car minoritaires dans la gauche et dans le pays.

Retrait du projet de loi Macron

La loi Macron, contrairement à ce que laissent entendre de nombreux observateurs, n’est toujours pas adoptée. Elle ne reste qu’un projet de loi qui va être débattu au Sénat, puis reviendra à l’Assemblée nationale. Ce projet de loi doit être retiré, c’est un enjeu déterminant des semaines à venir. La journée de grève interprofessionnelle du 9 avril est un des rendez-vous importants de cette bataille. Pas question de lâcher sur ce qui n’est que concession à l’idéologie libérale. Cette politique « ringarde » vieille de plus de 30 ans a échoué dans toute l’Europe : ce n’est pas en baissant les protections acquises par les luttes des salariés que l’on relance une économie. Ce n’est pas en jouant la carte du moins-disant social et fiscal que l’on construit une Europe du plein emploi.

Réorienter radicalement la politique gouvernementale

La baisse de 19 100 du nombre de chômeurs de catégorie A en janvier est une bonne nouvelle. La nouvelle est nettement moins bonne, cependant, si l’on prend en compte l’ensemble des chômeurs des catégories A, B et C[3]. Leur nombre augmente de 16 000 le même mois. C’est, en fait, la précarité de l’emploi qui s’aggrave, en même temps que s’incruste le chômage de longue durée.

Rien ne sert de s’entêter à poursuivre une politique qui ne produit pas de résultat. C’est à une réorientation radicale de la politique gouvernementale qu’il faut s’attaquer. Cela sera l’enjeu majeur du congrès du Parti socialiste de juin prochain. Les rappels à la discipline ne servent à rien, les premiers « indisciplinés » étant ceux qui mènent une politique qui tourne le dos aux propositions du projet socialiste de 2011, aux engagements de la campagne de 2012, et qui jour après jour décident sans tenir compte de l’avis des socialistes, jamais consultés sur les orientations mises en œuvre aujourd’hui.

[1] Pierre Gattaz président du Medef

[2] Le journal du Dimanche du 22 février

[3] Les chômeurs sans activité (catégorie A) , les personnes en recherche d’emploi ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois (catégorie B) ou plus de 78 heures (catégorie C) .

La Grèce résiste au rouleau-compresseur de l’Union européenne

La réunion de l’Eurogroupe (les 19 ministres des Finances des pays de la zone euro), le 20 février, s’est terminée par un accord qui fixait les modalités pour que puisse se poursuivre l’aide de l’Union européenne à la Grèce.

Cette aide était conditionnée à l’acceptation d’une liste de « réformes » que le gouvernement grec devait s’engager à mettre en œuvre. Cette liste devait, dans un premier temps, recevoir l’aval (par téléconférence) de l’Eurogroupe. Elle devait, ensuite, être acceptée par les différents parlements des États de la zone euro qui seront consultés, notamment le Bundestag. Elle devait, enfin, être acceptée, fin avril, par les différentes institutions européennes concernées : Commission, BCE, Conseil des chefs d’États et de gouvernements.

La première étape de ce marathon imposé à la Grèce a été franchie, lundi 24 février. L’Eurogroupe a considéré que la liste fournie par la Grèce était un point de départ acceptable même s’il s’agissait « juste d’un premier pas » et que les mesures envisagées doivent être détaillées et chiffrées. L’Eurogroupe a, ainsi, donné le feu orange à quatre mois de financement supplémentaires de la Grèce par l’Union européenne. Le FMI, de son côté, a déclaré que cette liste manquait d’assurances claires.

L’accord du 20 février

La signature de cet accord a fait l’objet de concessions de part et d’autre, mais celles du gouvernement grec sont les plus importantes.

- Les concessions faites par le ministre Yanis Varoufakis :

L’existence d’une crise humanitaire en Grèce et de la nécessité d’y répondre n’a pas été reconnue par l’Eurogroupe. L’UE s’est donc refusée à financer l’accès des plus démunis à l’eau, l’énergie ou à la santé. La Grèce devra trouver le moyen d’y faire face, sans augmenter pour autant son déficit budgétaire.

Le communiqué de l’Eurogroupe interdit de revenir unilatéralement sur les mesures imposées par la « Troïka » (augmentation de la TVA, baisse du salaire minimum, privatisations…)

La Grèce n’en a pas terminé avec le mémorandum, même si ce terme a fait, formellement, place à celui d’ « arrangements actuels ». La logique des programmes imposés à la Grèce en 2010 et 2012 est maintenue : l’objectif est d’obliger la Grèce à rembourser sa dette publique et à verser les intérêts dus à ses créanciers, aux dates prévues.

Les objectifs d’« excédents primaires » (excédent budgétaire dégagé avant le paiement des intérêts de la dette publique) sont restés les mêmes pour 2016 : 4,5 % du PIB alors que le gouvernement grec demandait qu’ils soient limités à 1,5 % en 2015 et les années suivantes. Ces objectifs avaient pourtant été fixés au doigt mouillé, en 2012, pour continuer à semer l’illusion que la dette grecque pourrait un jour être remboursée et revenir à 60 % du PIB, comme l’exigent les traités européens. La Grèce et l’Eurogroupe ont des analyses diamétralement opposées de la situation. La Grèce veut diminuer l’austérité, car elle constate que l’austérité étouffe la croissance et que ce déficit de croissance ne permet pas de dégager d’excédents budgétaires suffisants pour diminuer la dette publique. L’Eurogroupe, veut d’abord dégager ces excédents, au prix de coupes dans les dépenses budgétaires, ce qui n’a jamais fait qu’étouffer la croissance, sans permettre de dégager durablement de tels excédents. L’analyse de la réalité grecque, baisse du PIB de 26 % depuis 2009 et augmentation de la dette publique, durant la même période, de 113 % à 176 % du PIB, n’est pas prise en considération par l’Eurogroupe qui continue à s’accrocher à ses dogmes.

La fin de la « Troïka ». Le gouvernement grec a obtenu que le terme ne soit plus employé. Il a été remplacé par « les institutions ». Mais, sur le fond, ce sont toujours ces mêmes institutions (BCE, FMI, UE) qui décident des financements accordés à la Grèce en fonction des « réformes » réalisées. Le long chemin imposé à la Grèce pour faire accepter, d’ici fin avril, la liste de ces réformes l’atteste. Le gouvernement grec pouvait se prévaloir d’un changement notable : la surveillance des « institutions » ne s’exercerait qu’à posteriori, à la différence de celle de la Troïka qui n’hésitait pas à signifier par mail le détail des réformes qui devaient être mises en œuvre. Les nombreux allers-retours entre la Grèce et l’Eurogroupe, lundi 23 février, ont amené le gouvernement grec à remanier plusieurs fois la liste de ses réformes et indiquent que le contrôle a priori des « institutions » n’a pas réellement pris fin. Les « institutions » conservent la possibilité qu’avait la « Troïka » de geler les fonds destinés à la Grèce en se réservant, fin avril, la possibilité de refuser le plan d’Athènes et les financements attenants, une fois que la liste des réformes proposées par le gouvernement Tsipras aura été détaillée. Ce sont toujours elles qui décideront, de nouveau, de l’octroi d’éventuels nouveaux financements à la Grèce, fin juin.

Yanis Varoufakis demandait que les 10,9 milliards d’euros dont disposait le Fonds de stabilité financière hellénique soient mis à la disposition de la Grèce. L’Eurogroupe n’a pas accepté la demande du ministre des Finances Allemand, Wolfgang Schäuble, de dissoudre ce fonds mais en a réservé l’usage à la seule recapitalisation des banques grecques.

Le gouvernement grec demandait une extension du financement de l’UE pendant 6 mois. Il n’a obtenu que quatre mois de financement supplémentaires. Ces deux mois avaient pourtant toute leur importance puisque, en juillet et août, la Grèce devra rembourser 6,7 milliards d’euros à la BCE.

La restructuration de la dette a été refusée et la Grèce a dû renoncer à deux exigences. Elle a d’abord renoncé à lier le remboursement de la dette à la croissance, puis à échanger les titres actuels de la dette publique grecque, détenus par la BCE, contre des titres « perpétuels » dont seuls les intérêts auraient continué à être versés. Cette demande n’avait, pourtant, rien d’extraordinaire : en principe, les titres des dettes publiques d’un État ne sont jamais vraiment remboursés, puisque les États se contentent d’émettre de nouveaux titres pour rembourser ceux qui arrivent à échéance. Mais cette émission de nouveaux emprunts est, justement, ce que ne peut pas se permettre la Grèce, les marchés financiers exigeant d’elle des taux d’intérêt (plus de 10 % aujourd’hui) qu’aucun État ne pourrait assumer.

- Les concessions faites par les 18 autres ministres des Finances de l’Eurogroupe

Ces 18 ministres ont, d’abord, accepté quelques changements d’appellationsque le peuple grec ne supportait plus : « Troïka », « mémorandum », « surveillance a priori » du budget et de la politique grecs.

Ils ont accepté, ensuite, que, sous conditions, l’UE continue à financer la Grèce pendant 4 mois. 4,1 milliards devraient être versés, fin avril, si le plan de réformes d’Athènes, une fois détaillé et précisé, est accepté par les « institutions ».

Ils ont, ensuite, accepté que soient mises en place une réforme fiscale visant l’évasion fiscale (600 milliards d’euros ont trouvé refuge en Suisse, plus de trois fois le PIB annuel) et la taxation des plus hauts revenus. Ce n’était pas, loin de là, la priorité de la Troïka. Elle n’avait jamais demandé la taxation des armateurs (à peu près exonérés d’impôts par la Constitution de 1975 et de multiples amendements qui leur permettaient de disposer de 58 abattements fiscaux différents), ni de l’Eglise orthodoxe (le plus grand propriétaire foncier du pays). La lutte contre l’évasion fiscale n’est toujours pas la priorité d’un des trois membres des « institutions », la Commission européenne, présidée par Jean-Claude Juncker qui fut pendant 30 ans le dirigeant d’un pays, le Luxembourg, véritable plaque tournante de cette évasion fiscale dans l’Union européenne. La « Troïka » avait, par contre, imposé la hausse de la TVA de 19 à 23 % et l’instauration d’un impôt foncier particulièrement injuste à l’égard des moins fortunés.

Les coupes budgétaires exigées par la « Troïka » pour bénéficier du financement de l’UE (une nouvelle diminution des pensions les plus basses, de nouvelles coupes dans la Fonction publique et une nouvelle hausse de la TVA) ne sont plus évoquées.

L’excédent primaire exigé en 2015 devra tenir compte de la situation économique de la Grèce et sans doute se situer aux alentours des 1,5 % demandés par le gouvernement grec.

De son côté, la BCE, qui avait lié à la signature d’un compromis entre la Grèce et l’UE, son financement des banques grecques, va de nouveau refinancer plus largement celles-ci. Elle n’acceptait plus en garantie les titres de la dette grecque, sous prétexte qu’ils n’étaient pas bien notés par les agences de notation. Cette notation n’a pas changé mais la BCE les acceptera de nouveau. Elle va également relever son plafond d’octroi de fonds d’urgence (ELA) aux banques grecques. Il était temps : depuis décembre, ce sont plus de 20 milliards d’euros qui ont été retirés des banques grecques. La panique bancaire se rapprochait dangereusement.

La liste des réformes, fournie par la Grèce le 24 février

Une partie du programme de Syriza d’aide aux plus démunis a été préservé, permettant la mise en place de mesures « très ciblées » pour améliorer la couverture sociale et l’accès aux soins, faire face à la pénurie d’eau et d’électricité, de logement et de nourriture. Les emprunteurs ne parvenant plus à rembourser leurs emprunts seront préservés des saisies bancaires. En acceptant ces réformes, l’Eurogroupe a fini par reconnaître, malgré leur refus de considérer l’état d’urgence humanitaire de la Grèce, que le plan de réformes de Syriza avait le droit de répondre à cette urgence. Ils ont ainsi reconnu, publiquement, les effets humains catastrophiques des politiques imposées par la Troïka.

Le programme de Syriza prévoyait le retour au salaire minimum d’avant le mémorandum imposé par la Troïka, et donc une hausse de 22 %. Le compromis se traduit, dans la liste des réformes accepté par l’Eurogroupe, par la mise en place d’une consultation des partenaires sociaux et des institutions européennes et internationales sur « le calendrier et l’ampleur » de la progression de ce salaire minimum, qui se fera « de manière à préserver la compétitivité et les perspectives d’emploi ». La question n’est donc pas tranchée puisque le gouvernement grec et l’UE ont, là encore, des vues diamétralement opposées sur la façon de parvenir à atteindre ces deux objectifs.

Le gouvernement grec pourra mettre en œuvre un programme permettant de freiner les départs en préretraite grâce à un « soutien ciblé » pour les salariés entre 50 et 65 ans.

Les privatisations déjà réalisées ne seront pas remises en cause, pour le plus grand profit des multinationales européennes ou chinoises. Celles qui sont engagées ne pourront se poursuivre que « conformément à la loi ». Les appels d’offre déjà lancés seront donc vérifiés à la loupe pour s’attaquer à la corruption et aux procédures trop rapides qui lèsent l’État grec. Aucun engagement n’est pris pour de nouvelles privatisations, même si celles qui étaient prévues devront être« examinées avec pour objectif de maximiser les bénéfices à long terme pour l’État ».

L’évasion et la fraude fiscale seront combattues. Ce n’était pas la priorité de la « Troïka », même si aujourd’hui, l’Eurogroupe fait comme si cela en avait toujours été une et que, en fin de compte, le gouvernement grec cédait à ses exigences. C’est au contraire, l’Eurogroupe qui est obligé d’accepter une solution aussi évidente mais aussi éloignée de ses préoccupations, sous la pression du gouvernement Tsipras. Les plus hauts revenus, que la « Troïka » avait toujours épargnés, devraient donc être mis à contribution. L’oligarchie va, enfin, devoir payer. Des mesures contre la contrebande d’essence (là encore, les armateurs semblent visés) ou permettant le paiement rapide d’arriérés fiscaux seront mises en place.

Une administration fiscale efficace et la lutte contre la corruption et leclientélisme seront, également, des priorités du gouvernement grec acceptées par l’Eugroupe. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’était le problème ni de la « Troïka » ni des deux dynasties (Papandréou et Caramanlis) et des deux partis (Pasok et Nouvelle démocratie) qui se sont partagés le pouvoir pendant quarante ans. Ils n’avaient pas, non plus, envisagé, comme le prévoit la liste de réformes du gouvernement grec, acceptée par l’Eurogoupe, de ramener le nombre de ministres de 16 à 10 ou de remanier les grilles de la fonction publique pour résorber les distorsions entre les salaires les plus élevés et les plus bas.

Un chemin de crête périlleux

Yanis Varoufakis, Alexis Tsipras et le gouvernent grec se sont battus comme des lions et ont réussi à sauvegarder tout ce qu’il était possible de sauvegarder, au cours du jeu de poker qui se joue depuis un mois et qui va continuer.

- Les cartes de Syriza

La crainte des gouvernements de la zone euro d’un « Grexit », d’une sortie de la Grèce de la zone euro : ce serait l’aveu que l’euro n’est pas irréversible et se reposerait la question de la sortie de cette zone pour chaque pays qui se trouverait confronté à des problèmes équivalents à ceux auxquels s’était heurtée la Grèce en 2010, mais aussi l’Irlande et le Portugal, en 2011.

Le risque d’encourager les marchés financiers à spéculer et de voir, ainsi, secreuser les écarts de taux des dettes publiques, entre les pays du Nord de la zone euro (dont, pour le moment, la France) et les pays périphériques (du Sud et de l’Est) de cette zone.

Le risque qu’une crise bancaire en Grèce ne s’étende à d’autres pays de la zone euro et de l’Union européenne.

La difficulté qu’avait l’Eurogroupe à faire croire, une fois le problème mis publiquement sur la table, que la lutte contre la corruption, le clientélisme, l’évasion et la fraude fiscales ne serait pas un moyen efficace de diminuer le déficit public de la Grèce alors que, au contraire, son efficacité est évidente aux yeux de tous les peuples européens.

- Les cartes des 18

Les 18 autres pays de la zone euro paraissent estimer, sous la houlette de Wolfgang Schäuble, qu’un « Grexit » n’entrainerait pas de crise de l’euro, de spéculation sur les taux des dettes publiques et que le risque d’extension d’une crise bancaire grecque à la zone euro serait bien moindre qu’en 2012.

Le risque d’une crise de l’euro serait, de leur point de vue, moindre depuis l’instauration du Mécanisme européen de Stabilité (MES).

Le risque de spéculation sur taux des dettes publiques, serait, de leur point de vue, limité par la nouvelle politique de « Quantitative Easing » de la BCE, qui permettrait de fournir des liquidités aux banques qui achèteraient (sur le marché secondaire, en bourse et non lors de leur émission) les titres des dettes publiques menacés, brisant ainsi les reins des spéculateurs.

Le risque d’une extension d’une crise bancaire grecque à d’autres pays de la zone euro leur paraît maintenant limité. En 2012, les banques européennes (françaises et allemandes, en particulier) étaient les principales créancières de la dette publique grecque. Une crise du système bancaire grec aurait donc pu entraîner une crise systémique, s’étendant à l’ensemble des banques européennes. À la suite de la restructuration de la dette grecque en 2012, les banques ont su tirer leur épingle du jeu et, moyennant des pertes minimes, réussi à transmettre leurs dettes aux institutions européennes (MES, BCE, Union européenne et États européens), avec l’entière complicité de ces institutions.

- Quelles autres possibilités avait le gouvernement grec ?

Annuler immédiatement et unilatéralement sa dette publique ou, au moins, une partie de cette dette ? Cela aurait eu l’avantage de ne plus avoir à rembourser le principal ni verser d’intérêt pour la partie de la dette qui aurait été annulée. La contrepartie aurait été la fin du financement des banques grecques par la BCE, sans doute une panique bancaire, l’obligation de quitter la zone euro et de revenir à la drachme pour pouvoir recapitaliser le système bancaire grec.

Le retour à la drachme aurait signifié une dévaluation très importante de la valeur de la drachme par rapport à l’euro sur le marché monétaire, et le risque de spéculations à répétition contre une monnaie aussi faible. Cette dévaluation aurait signifié l’obligation de mener une politique de baisse des salaires pour compenser l’augmentation du prix des importations (toujours libellé en euros et en dollars) dans un pays très dépendant de ses importations.

Le gouvernement grec a donc fait le choix de ne pas utiliser immédiatement cette carte pour respecter son engagement de faire le maximum compatible avec ses autres engagements pour rester dans la zone euro. Il se réserve, cependant, le droit de procéder à l’annulation de sa dette publique, comme peut le faire tout État souverain, si l’UE et le FMI l’empêchaient de mettre en œuvre, la politique définie par sa liste de réformes. Yanis Varouvakis a, d’ailleurs, prévenu que si la liste présentée par le gouvernement grec n’était pas acceptée, l’accord du 20 février « était mort ». Cette annulation ne toucherait vraisemblablement pas les créanciers privés de la dette publique grecque (environ 20 % de son montant) pour se réserver la possibilité, à moyen terme, de revenir se financer sur les marchés financiers, mais impacterait la partie de la dette grecque dont les titres sont détenus par le FMI, l’UE, la BCE et les États européens.

Il n’est pas évident que mis devant une telle éventualité, les dirigeants européens ne se décideraient pas à mettre de l’eau dans leur vin pour éviter les risques qu’ils affirment, aujourd’hui, écartés.

Le MES n’aurait absolument pas les moyens de faire face à une crise espagnole et encore moins italienne.

L’efficacité du « Quantitative Easing » de la BCE est limitée par l’attribution des liquidités de la BCE en fonction de l’importance économique des pays de l’Union européenne. Or, ce ne sont pas les taux des titres publics de l’Allemagne qui inspirent le plus de crainte aux marchés financiers.

Il n’est pas évident de savoir où et quand une crise bancaire s’arrête, ni quels seront ses retentissements à moyen terme. Une crise bancaire en Grèce, survenant deux ans après la crise chypriote qui avait vu les déposants payer l’essentiel de la note, rendrait particulièrement nerveux, au moindre incident bancaire, les déposants de toutes les banques européennes.

Les objectifs de l’Eurogroupe

Malgré l’incroyable résistance des dogmes néolibéraux à la réalité, il paraît difficile de penser que l’Eurogroupe ait eu véritablement pour objectif la croissance ou le remboursement de la dette publique grecque.

La croissance ? Le PIB de la Grèce a diminué de 26 %, en 6 ans, mais selon les dernières prévisions de la Commission, la croissance serait de 2,5 % en 2015 et de 3,6 % en 2016 grâce aux politiques d’austérité imposée à la Grèce par la « Troïka », qui auraient fini par porter leurs fruits. Qui peut croire de tels contes de fées, alors que l’investissement est inférieur de 67 % à celui de 2009 et que les prévisions de croissance de l’UE se sont toujours révélées incroyablement fausses avec, pour l’année 2013, par exemple, un écart de 4,7 points entre ces prévisions et la réalité ?

Pendant 6 ans, les politiques imposées à la Grèce avaient pour objectif de réduire sa dette publique. Cette dernière a, en fait, augmenté de 113 % du PIB en 2009 à 176 %, fin 2014. Aucun dirigeant européen ne peut croire sérieusement que la Grèce pourrait consacrer 6 % de son PIB, pendant des dizaines d’années, au service de sa dette. Aucun pays ne le pourrait, et surtout pas la Grèce, dans l’état de crise économique et sociale où l’ont plongée les politiques infligées par la « Troïka » pendant 6 ans.

La situation humanitaire de la Grèce n’a pas non plus été leur principale préoccupation, puisqu’ils ont refusé de reconnaître que la Grèce était en situation d’urgence humanitaire avec 46 % des habitants en au-dessous du seuil de pauvreté, une augmentation de 43 % de la mortalité infantile depuis 2009, un taux de chômage de 26 %, une baisse de 33 % du salaire moyen, 25 % de la population ne disposant plus d’aucune couverture sociale. Aucun pays européen n’avait eu à subir un tel sort depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

L’objectif de l’Eurogroupe et des dirigeants européens est d’empêcher que la Grèce puisse appliquer une politique qui pourrait réussir. Sa réussite viendrait, précisément, de son opposition aux politiques menées par l’UE qui ont échoué partout. Ce serait, pour eux, la pire des catastrophes. Comment pourraient-ils justifier les sacrifices inutiles qu’ils imposent, depuis des années, à leurs populations ?

Ce n’est pas un hasard si les gouvernements les plus acharnés (avec celui d’Angela Merkel) contre la politique que veut mettre en œuvre Syriza sont les pays de la zone euro qui ont imposé l’austérité la plus dure à leurs peuples et qui vont se retrouver, en 2015, confrontés à des échéances électorales décisives.

Les élections législatives se tiendront en novembre en Espagne et le gouvernement de droite de Manuel Rajoy n’a qu’une peur : se trouver confronté à un parti, Podemos, déjà à près de 30 % dans les sondages mais qu’une réussite de Syriza aurait toutes les chances de propulser vers la victoire. Le calendrier est d’autant plus serré que les élections régionales commenceront, en Andalousie, dès le mois prochain.

Les gouvernements de droite en Irlande et au Portugal sont confrontés aux mêmes difficultés avec, pour l’un, la progression du Sinn Féin, pour l’autre la progression d’un bloc unitaire de la gauche.

Une réussite de Syriza poserait, également, problème au gouvernement de Manuel Valls et à François Hollande. Elle serait la preuve qu’un petit pays (moins de 3 % du PIB de la zone euro) peut tenir tête à l’Union européenne dominée par la droite. Comment justifier, alors, que François Hollande, président d’un pays autrement plus puissant économiquement et politiquement, n’ait même pas essayé de résister à la politique de la droite européenne et se soit empressé de faire ratifier, sans en changer un seul mot, le traité Merkel-Sarkozy (le TSCG) qu’il s’était engagé à le renégocier ?

C’est pourquoi l’objectif de l’Union européenne est de soutenir la Grèce comme la corde soutient le pendu. Les multiples étapes nécessaires à l’approbation du plan de réformes du gouvernement grec, le conditionnement des financements de l’UE à la réalisation de ces réformes ont pour fonction d’obliger la Grèce à tresser elle-même cette corde, afin de déconsidérer son gouvernement aux yeux des populations européennes et, en premier lieu, du peuple grec.

Les difficultés de Syriza en Grèce

Le héros de 92 ans de la gauche grecque, qui avait décroché le drapeau nazi de l’Acropole en 1941, Manolis Glezos, a demandé « au peuple grec de lui pardonner d’avoir contribué à l’illusion » en soutenant Syriza. Alexis Tsipras, lui a répondu qu’il n’était « probablement pas bien informé des dures négociations qui se poursuivaient ».

Ce débat ne fait sans doute que commencer en Grèce, et risque de s’accentuer en fonction des difficultés que pourrait rencontrer le gouvernement. Il oppose, en fin de compte, la majorité de Syriza derrière Tsipras à la minorité qui souhaite une annulation immédiate d’une partie de la dette publique et la sortie de la Grèce de la zone euro.

Le tragiquement isolement de la Grèce

L’isolement de la Grèce est terrible. Aucun pays de la zone euro ne l’a soutenu.Michel Sapin a joué les Ponce Pilate en affirmant « il faut respecter le vote grec et les règles européennes » alors que les deux sont antinomiques. Jean-Christophe Cambadélis qui s’était enthousiasmé de la victoire de Syriza « renforçant le camp de ceux qui veulent réorienter la construction européenne et mettre définitivement fin à l’austérité », est resté très silencieux.

Comment ne pas penser à la politique suivie par Léon Blum lors de la guerre d’Espagne ? Le gouvernement français de Front Populaire s’était prononcé pour la « non intervention ». Il avait, ainsi, permis à Franco de l’emporter et au fascisme de se renforcer dans toute l’Europe. Les circonstances ne sont, évidemment, pas les mêmes aujourd’hui. Il ne faut, cependant, pas sous-estimer les périls qui guetteraient la Grèce si Syriza échouait. L’hypothèse d’une nouvelle dictature des colonels, comme en 1967-1974 ou d’une victoire d’Aube dorée ne serait plus à écarter. Plus globalement, c’est l’extrême-droite qui progresse, partout en Europe, comme le FN en France. Comment appeler à « défendre la République », en France, en se souciant aussi peu de la souveraineté populaire en Grèce ? Le sort de l’Union européenne est lié à celui de la Grèce.

François Hollande doit changer, d’urgence, sa politique européenne et « rejoindre le camp de ceux qui veulent mettre fin à l’austérité en Europe » en appuyant la politique du gouvernement grec. Ce gouvernement d’un petit pays a réussi une chose inouïe : obliger l’UE à négocier ! Elle ne l’avait jamais accepté auparavant. À la différence de François Hollande, Alexis Tsipras a compris qu’il ne suffisait pas de constater les rapports de force, mais qu’il fallait surtout agir pour essayer de les changer.

Valls et ses « Grondeurs » n’ont pas de majorité : RETRAIT DU PROJET DE LOI MACRON

Halte au forcing anti démocratique !  Les menaces des  « grondeurs », ça suffit.

La brèche est ouverte, continuons le combat contre la rétrograde loi Macron.

 

Emmanuel Macron n’a pas trouvé de majorité pour faire adopter son projet de loi libéral à 100%, et c’est tant mieux !

Les députés dits « frondeurs » qui ont voulu voter « contre » sont légitimes. Pas touche ! Pas de menace ! Démocratie ! Ils ont défendu  la gauche. Ils ont respecté leur mandat, celui de leurs électeurs. Ils n’ont pas cédé à la loi des banques et des  intégristes libéraux de Bruxelles qui exigent ces « réformes structurelles » réactionnaires. ils ont eu mille fois raison. C’est eux qui sont légitimes ! Macron n’est même pas socialiste et Valls voulait enlever le nom de « socialiste » au PS, ce sont eux qui sont minoritaires et en extériorité. Jamais le PS n’a voté des choses réactionnaires comme toutes celles qui sont dans les 110 articles de la loi Macron.

Resucée du très libéral rapport Attali, le projet de loi Macron part du principe que pour relancer l’économie, il faut toujours plus libéraliser et détricoter les protections que les salariés ont conquises par leurs luttes.

Chacun le sait sur la base de l’expérience, quand on dérégule, le chômage augmente. C’est le droit DU travail qui crée du droit AU travail. Renforcer le code du travail c’est faire de de l’emploi, le casser c’est faire des chômeurs.

Cette orientation Macron n’a rien de moderne, elle est même très ringarde. Genre « L’Argent » de Zola, Guizot, le 19° siècle libéral. Mise en œuvre dans l’Union européenne, elle a plongé notre continent dans la crise et le chômage de masse. Cette politique n’a pas rien à voir avec les combats du socialisme et de toute la gauche.

Quant à utiliser une procédure, le 49-3, qui a toujours été condamnée par les socialistes, ce n’est vraiment pas très glorieux ! Même Valls, le 14 juin 2014 au CN du PS dénonçait l’usage du 49 3 : ce n’est pas le seul de ses tête à queue mais il démontre sa fragilité. De même quand il hurle, tout rouge, autoritariste, contre les députés socialistes.

Le débat sur la ligne Macron est relancé.

La brèche est ouverte, la loi peut être battue.

Après le rejet de la motion de censure de la droite, le débat sur la loi Macron arrivera au Sénat. Puis à la Commission mixte paritaire où l’accord sera impossible. Puis à l’Assemblée nationale encore

Qu’en sera t il après les deux tours de scrutin des 22 et 29 mars ? Le gouvernement reviendra t il vraiment comme avant, avec un autre 49-3 sur le même texte ?

Trois organisations syndicales appellent déjà à une mobilisation interprofessionnelle le 9 avril. Il y a un mois pour élargir cette mobilisation, faire la démonstration que des forces sociales demandent une autre politique.

« Nous aurons nos dimanche ! » Pas touche aux 35 h, ni aux IRP ! Protection face aux licenciements ! Hausse des salaires, baisse des dividendes ! Non aux nouvelles privatisations !

Ca suffit les accusations méthode Coué contre les ringards, les immobilistes, le prétendu « front des conservatisme » !  Ceux qui sont réacs, banalement libéraux, conservateurs pro Medef à pleurer, qui cassent et divisent le front de la gauche, ce sont ceux qui défendent les 106 articles réac de la loi Macron. Nous, nous avons plein d’idées très neuves, très appropriées sur le contrôle des licenciements abusifs et boursiers, sur la traque de la fraude fiscale, sur la relance économique anti austérité.

La modernité, elle est de notre côté quand nous plaidons pour des mesures en faveur du pouvoir d’achat et qui militent pour une réforme fiscale, une réforme bancaire, un éco-socialisme qui ouvre la perspective d’un autre modèle de développement économique. Pas pour ceux qui désespèrent la gauche, trahissent les espoirs de mai juin 2012, nous mènent dans le mur d’élections en élections.

Ceux qui se sont gaussés  des « frondeurs »ont bien eu tort  : ils ont été nombreux et déterminés, bravo, ils ont sauvé l’honneur du socialisme, en mettant Valls en échec. Ainsi la gauche socialiste existe et lutte, cela s’est vu ! Ce combat continue : il faut une nouvelle majorité de gauche pour le congrès du Parti socialiste de Poitiers, le 21 mai et le 6 juin.

Paradoxalement le 49 – 3 a été le coup de force du faible. Ce sont les « grondeurs » qui ont crié, menacé, excommunié, et se sont démasqués dans leur fragilité.

Il y a besoin d’unité contre la droite et contre la montée du vote Front national. Mais une unité qui se construise sur un contenu : des mesures d’urgence, (réforme fiscale, hausse des salaires, reconstruction du droit du travail) d’une part, répondant aux attentes populaires, des projets de transformation, (République démocratique, parlementaire, sociale) d’autre part, pour sortir de la logique de la fraude fiscale et de la finance.

Une majorité à gauche y est favorable. Elle est plus large qu’on ne croit. Valls et Macron sont hyper minoritaires, ils ne rassemblent ni les socialistes, ni la gauche, ni ses partis, ni les syndicats, ni les électeurs de mai juin 2012.

Le quinquennat n’est pas « foutu ». On peut encore le sauver. Le PS peut renouer avec ce qui a fait sa victoire en 2012. Un gouvernement de toute la gauche rose, rouge, verte est la solution naturelle.

Il y a urgence à s’engager dans cette voie car la voie sociale-libérale nous mène dans le mur tout autant que celle qui joue sur le sectarisme et la division à gauche.

L’unité rose rouge verte  construisons-la ensemble ! Maintenant !

 

L’Eurogroupe cherche à faire porter le chapeau à la Grèce !

Les 18 pays, dont la France, qui se sont opposés à la Grèce lors de la réunion de l’Eurogroupe du 16 février sont les seuls responsables de la rupture des négociations. Ils ont d’ailleurs, aussitôt, posé un ultimatum, expirant le 20 février, à la Grèce. Ce n’est pas pour autant qu’ils acceptent d’assumer les conséquences de leurs actes. Ils essaient, au contraire, de faire porter le chapeau à la Grèce, tant les conséquences d’un échec des négociations risquent d’être lourdes pour l’Union européenne.

Deux documents et non un seul

De multiples sources[1] attestent maintenant que le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici avait proposé, avant le début de la réunion, un projet d’accord au ministre des Finances Grec.

Ce projet acceptait de discuter du « programme intermédiaire » réclamé par le gouvernement grec, consentait à négocier les conditions mises à une nouvelle aide financière et prévoyait que la réduction du déficit public en 2015 serait fixé en fonction de l’évolution de l’économie grecque. Yanis Varoufakis, à la lecture du document, avait annoncé qu’il était prêt à le signer.

Il faisait, pourtant, une très sérieuse  concession puisqu’il acceptait la possibilité d’une « prolongation » pour quatre mois du programme de la Troïka. L’important, pour le gouvernement d’Alexis Tsipras, était ailleurs : la Grèce aurait pu commencer à mettre en œuvre son plan d’urgence humanitaire et engager l’application de son programme économique.

Mais, lors de la réunion, c’est un tout autre document qui a été proposé à la Grèce par le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselblem. Il n’était plus question de « programme intermédiaire » mais tout simplement de terminer le programme mis en place par la Troïka qui exige, notamment, une réduction du montant des retraites les plus faibles et une nouvelle augmentation de la TVA. La discussion sur les conditionnalités de l’aide été réduite à sa plus simple expression : « faire le meilleur usage des flexibilités existant dans la programme actuel ». La réduction du déficit public devait avoir lieu selon le calendrier fixé par la Troïka, sans tenir compte de l’évolution de la situation économique grecque. Une véritable provocation !

Les 18 veulent échapper aux conséquences de leur refus de négocier

La Commission européenne continue à nier, même si cela lui est de plus en plus difficile, que le premier document ait été proposé à Yanis Varoufakis. Cela ne changerait, de toute façon, rien sur le fond. Le document proposé en séance à la Grèce était inacceptable pour cette dernière et ceux qui l’avaient rédigé le savaient parfaitement. Comment un gouvernement élu sur le refus des plans de destruction sociale de la Troïka auraient-ils pu accepter que tout continue comme avant ?

Les conséquences de cette rupture des négociations, si les 18 ne changent pas leur fusil d’épaule, risquent d’être très graves, à moyen terme, non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’euro et l’Union européenne. Les 18 ont donc cherché à se protéger des comptes qui leur seraient demandés, en cherchant à reporter la responsabilité de cette rupture sur « l’  intransigeance » du gouvernement grec.

En fait, les seuls intransigeants, accrochés à des dogmes qui ont échoué, ce sont les ministres des Finances des 18 qui ont soutenu, sans faille, le document de Jeroen Dijsselbloem. Vous avez peut-être dépassé la dose létale, ce n’est pas grave, reprenez d’abord une cuillère de notre remède, nous discuterons ensuite : voilà le langage tenu par les 18 !

C’est la ligne dure du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schauble, qui l’a emporté le 16 février

Tous les dirigeants européens savent parfaitement que la dette publique grecque n’est pas remboursable. Aucun pays ne pourrait, pendant des dizaines d’années, dépenser 6 % de son PIB pour le service de sa dette publique, surtout pas la Grèce dans l’état de désolation où l’a plongé la Troïka. Mais tous se refusent à en tirer les conclusions.

Accepter les propositions de Syriza, ce serait avouer que les cures d’austérité imposées aux pays européens, non seulement n’ont servi à rien, mais qu’elles ont, en plus, aggravé la crise.

Angela Merkel s’y refuse car c’est la politique qu’elle a imposé à l’Union européenne et les médias allemands ont tellement chauffé à blanc l’opinion publique allemande contre les Grecs, ces « fainéants », «  amateurs d’ouzo et de sirtakis », qu’il lui est difficile de reconnaître qu’elle a fait fausse route.

La droite qui dirige le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande est en fâcheuse position pour les prochaines élections législatives de 2015. Accepter de lâcher du lest à la Grèce serait reconnaître que leurs politiques d’austérité et de démolition des droits sociaux étaient néfastes. Cela ne pourrait que faciliter la victoire du PS portugais, de Podemos ou du Sin Fein.

En France, ce serait reconnaître que la politique d’austérité, les cadeaux au Medef, les attaques contre les acquis sociaux par la loi Sapin ou la loi Macron, ce monument de néolibéralisme, n’avaient et n’ont toujours aucune raison d’être.

Malgré toutes leurs affirmations, la main sur le cœur, le problème des 18 n’est donc pas que la Grèce crève mais qu’elle le fasse dans les « règles » fixées par la Troïka !

En affirmant que c’est la Grèce qui ferait le choix de quitter la zone euro, les 18, là encore, essaient de fuir leur responsabilité

Les traités européens ne prévoient pas la sortie d’un pays de la zone euro. Il n’est donc pas possible, démocratiquement, de forcer un pays à quitter l’euro. Et la Grèce n’a jamais varié d’un iota sur cette question : elle veut rester dans l’euro.

La seule façon d’obliger la Grèce à quitter la zone euro serait donc antidémocratique. Seule la BCE peut le faire en stoppant l’alimentation en liquidités des banques grecques. Elle a déjà coupé un moteur de cette alimentation en refusant d’accepter en garantie les titres de la dette publique grecque sous prétexte que son règlement l’oblige à ne pas accepter des titres mal notés par les agences de notation. L’ennui est que la BCE avait accepté les titres de la dette publique grecque proposés par le gouvernement d’Antonis Samara, alors que la notation de ces titres interdisait déjà de le faire.  Qui, après cela, pourrait encore croire à la fable de l’indépendance de la BCE ?

La BCE maintient la Grèce sous perfusion grâce à un dernier moteur, celui de ses fonds d’urgence (ELA). Elle menace, cependant, de couper ce moteur fin février, si les négociations n’ont pas abouti. Là encore, vive l’indépendance de la BCE !

Sans liquidités en euros pour alimenter son système bancaire, soumis à une forte pression, la Grèce n’aura pas alors d’autre choix que le retour à la drachme. Mais les responsables de cette sortie de la Grèce de la zone euro seraient la Commission européenne, la BCE et les gouvernements de la zone euro.

Le gouvernement français doit peser de tout son poids pour que la Grèce puisse sortir de sa situation dramatique et rester dans la zone euro

La proposition de Pierre Moscovici permettait de trouver un compromis. Pourquoi la France y a-t-elle renoncé et accepté l’ultimatum qui a été posé à la Grèce ?

Angela Merkel est maintenant devant une alternative.

La première branche de cette alternative serait de reconnaître que la politique d’austérité qu’elle a imposé à la Grèce mérite d’être assouplie. Elle n’aurait alors aucune garantie que la brèche ainsi ouverte ne s’élargisse, à des rythmes sans doute différents, à l’ensemble de l’Union européenne.

La deuxième branche de l’alternative serait qu’Angela Merkel, adopte la position de son ministre des Finances, le 16 février : elle prendrait alors 5 risques.

- Le risque d’obliger la Grèce à sortir de la zone euro.

- Le risque d’une crise bancaire en Grèce, sans garantie que la crise s’arrête aux frontières grecques même si les banques françaises et allemandes ont réussi à retirer leur épingle du jeu. – Le risque de reconnaître que l’euro n’est pas irréversible et d’encourager ainsi la spéculation contre tout pays de cette zone qui serait en difficulté.

- Le risque d’un défaut de la dette grecque qui représenterait un coût de quelques centaines de milliards de perte pour les finances des Etats européens car la Grèce n’aurait plus d’autre choix.

- Le risque de voir la Grèce, un membre de l’UE (et accessoirement de l’OTAN…) ne pas avoir d’autre solution que se tourner vers la Russie pour trouver quelques dizaines de milliards de dollars afin d’éviter l’asphyxie financière.

La France doit peser pour amener la Chancelière allemande à faire le bon choix, pour la Grèce, pour la zone euro et pour l’Union européenne. Cela permettrait, de surcroît, à François Hollande, de pouvoir cesser sa politique d’austérité et de mener une autre politique, conforme à ses engagements pris en 2012.

« La place de la France est aux côtés de la Grèce ! » écrivaient 50 députés socialistes dans une « tribune » du JDD, le 15 février. François Hollande ferait bien de les écouter !

JJ Chavigné


[1] Voir notamment les précisions apportées par l’article de François Leclerc « On en sait un peu plus… », le 17 février 2015, sur le blog de Paul Jorion.

« Ayez envie devenir milliardaires » « enrichissez vous » vive « le secret des affaires »

Le discours du ministre Macron, c’est le désert des idéaux dans lequel meurt l’espoir et naissent de dangereux scorpions comme ceux qui tuent les Charlie.

 

Comment peut on se moquer ainsi de la jeunesse ? La priver de tout idéal alors qu’elle est déjà privée d’emploi ? La moquer en lui proposant de s’enrichir alors que les patrons la cantonnent exprès, pour des raisons politiques et nullement économiques, de 19 à 29 ans, dans des stages et des CDD ?

 

Devenez milliardaires ! Il y a 78 milliardaires en France, le record d‘Europe.  Deux d’entre eux possèdent plus que 20 millions de Français.  Il est impossible d’être à la fois milliardaire et honnête : parce que pour posséder tant d’argent il faut avoir exploité, surexploité, volé le travail des autres, spéculé avec, triché, fraudé, accumulé, écrasé, sinon c’est impossible. Le travail n’enrichit personne, c’est l’exploitation du travail des autres qui enrichit. Et pour s’enrichir au point d’être milliardaires il faut  avoir pillé abusivement des milliers de travailleurs pendant des générations !

 

Et puis, en sus, au passage,  Macron nous dit de  réaliser un autre « idéal » vendre triomphalement des « Rafale » aux sinistres dictateurs égyptiens qui massacrent leur peuple révolté et assassinent des femmes seules dans la rue. C’est sur que la jeunesse va sentir l’apartheid plutôt que d’être fascinée par « l’Argent » de Zola et les Rougon-Macron.

 

Regardez les Mathieu Pigasse et Pierre Bergé qui tempêtent contre le fait que deux de leurs journalistes du Monde participent à « offshoreleaks » et révèlent l’ampleur de la fraude fiscale. Ils ne parlent pas de « Luxleaks » ni de Jean-Claude Juncker, Cahuzac puissance 10000, patron de l’Europe, qui blanchit depuis 30 ans au Luxembourg, l’argent de 340 multinationales, dont 58 françaises, nous prenant chaque année 100 milliards dans les caisses ainsi vidées de la République. La mise en place d’une «commission d’enquête » du Parlement européen est empêchée.

 

Forcément, le ministre Macron a tenté de faire passer un article de loi sur « le secret des affaires » et la « punition » de ceux qui contribuaient à le lever.  A peine deux ans après Cahuzac ou l’on nous avait fait le coup de la « transparence »,  Macron a tenté de faire le forcing pour le coup de l’opacité légale.

 

Sur 80 milliards de fraude fiscale « officielle » reconnue par Bercy, le ministre du budget ne vise officiellement à faire rentrer que 2 milliards en tout et pour tout en 2014. Alors qu’il baisse le budget de nos besoins sociaux de 50 milliards pour verser 41 milliards au Medef.

 

Le simple fait que la fraude fiscale estimée en Europe atteigne un tel niveau devrait faire la «une » de tous les médias pendant des semaines. Il s’agit d’argent volé, détourné, enlevé aux peuples, aux salariés par les banques spéculateurs, actionnaires. Pour la simple Grèce, l’oligarchie, 1 % de sa population les armateurs, a «planqué » 400 milliards en Suisse, plus que la « dette » qui lui est indignement exigée.

 

Avec cette somme retrouvée, identifiée, car on sait tout d’elle, où elle est, à qui elle est, dans le moindre centime, on peut la pourchasser, on peut la rattraper, on peut la récupérer, la question de la prétendue « dette » est réglée, la « crise » est finie, tous nos pays redeviennent officiellement riches, les budgets sont en équilibre, on peut relancer l’économie, refaire de l’emploi en masse, instaurer les 32 h, augmenter les salaires. « La délinquance financière la République vous rattrapera » s’écriait François Hollande au Bourget !

 

Quand Lagarde et Le Pen hurlent toutes deux, ensemble : « une dette est une dette » à propos de la Grèce, hé bien non, ces deux dames de l’establishment défendent leurs amis banquiers respectifs ! Refusant de s’en prendre aux banquiers, elles s’en prennent forcément aux peuples.

 

Car c’est entre le mensonge et la lumière, entre les banquiers d’HSBC, du Luxembourg, des iles Caïman ou Jersey … et nous que tout se joue : il existe 600 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, le double du budget de l’état. Tout est là.

 

Il suffit d’embaucher 2000 inspecteurs des impôts, des centaines d’informaticiens, de faire un pont d’or aux journalistes d’offshore-leaks, de prendre les mesures légales pour traquer la fraude, et d’avoir la volonté politique d’affronter l’oligarchie, les 1 %, les 58 sociétés qui trichent… Il suffit d’être de gauche, de vouloir lutter  contre la misère le chômage et les inégalités.

Deuxième intervention au Bn du PS mardi 10 février De la mort des IRP et des enfants au travail de 14 à 18 ans !

Il y a eu un « échec » des « négociations » entre les syndicats et le patronat ? Telles qu’elles étaient pratiquées et vu l’objectif qui leur était assigné, tant mieux. Car la pratique du Medef est de faire semblant de négocier publiquement avec tous les syndicats mais de ne discuter réellement qu’avec un seul. Et là il s’agissait de détruire les CE, les DP, les CHSCT, ni plus ni moins. Carole Couvert CGC a refusé, tant mieux, la CFTC hésite cette fois, les autres syndicats refusent CGT et FO mais aussi ceux qui ne sont pas associés Solidaires et FSU.

Ca ne concerne que 3 % des entreprises mais qui font travailler 50 % des salariés. Sur ces 3 % qui devraient avoir des CE, 25 % n’en ont pas et 25 % sont bidons, seulement 50 % soit, 1,5 % en ont. Il n’existe que 22 000 CHSCT seulement. Ce n’est pas assez. la question ne saurait être de les supprimer mais de les renforcer ! C’est la plus belle avancée pour la santé, la sécurité, l’hygiène, les conditions de travail depuis 30 ans, c’est ce qu’il y avait sans doute de mieux sur ce point dans les lois Auroux.  C’est fantastique les CHSCT, les inspecteurs du travail, les médecins du travail, les agents de la Cram y participent et c’est un « oeil » extérieur qui aide à libérer la parole à l’interieur, c’est important et décisif, même si ce n’est qu’une réunion tous les trois mois, les salariés n’y sont malheureusement pas élus, mais désignés par un « collège » de membres du CE et des DP, ils n’ont que 2 heures de délégation par mois, c’est trop peu, ils n’ont pas de budget, ils n’ont pas assez de formation ni de pouvoir (si le CHSCT d’AZF avait pu fonctionner on aurait peut être évité l’accident car rien de mieux que les salariés eux-mêmes, formés, instruits, avec du temps et des moyens, pour être vigilants pour leur « peau », c’est mieux que des « experts » « Seveso » de passage venus d’ailleurs)…

Bon ce qu’il faudrait c’est que les CHSCT soient élus comme le CE, mieux formés, avec un budget et 20 h de délégation, ils auraient plus de poids. Vouloir les réduire à un ordre du jour du « conseil d’entreprise » c’est les liquider… les points sécurité hygiène, santé ne viendront jamais plus à l’ordre du jour, y aura pas le temps, comme ce soir au BN ou on en parle en fin de réunion devant 10 % des membres… Vous savez les premiers CHS, c’est Pétain qui les avait mis en place, avec un ordre du jour justement séparé des CE de l’époque (les « comités patates »)  et ce, pour que la sécurité soit abordée… les casser aujourd’hui par la loi, par la gauche, par une loi Rebsamen prévue à l’été, sous prétexte que le Medef n’aurait pas réussi à l’imposer par un « ANI », ce serait une honte, une régression considérable !

C’est toujours le même argument, déréglementer, abolir des droits, faire reculer des protections, sous prétexte de laisser la bride aux patrons pour qu’ils embauchent ! Mais ils ont embauche pendant 50 ans comme ça ! Qu’est ce qui soudain oblige de revenir en arrière ? Pourquoi ? Dans quel but ? Ca ne marchera pas, chaque fois qu’on déréglemente c’est le chômage qui augmente pas l’emploi ! On en a la preuve par l’expérience, il n’y a pas d’exemple contraire en pratique. C’est une erreur totale, les IRP existent depuis 1945, le CNR et se sont améliorés lentement (trop peu) les casser sous prétexte de compétitivité, de flexibilité, c’est le contraire de ce qu’il faut faire, il faut associer les syndicats, les salariés, pas les écraser… cela a toujours été l’esprit de la gauche ! C’est le préambule de la constitution de 1946 repris en 1958 qui dit que « les salariés s’expriment par l’intermédiaire de leurs délégués et participent ainsi à la gestion des entreprises ». C’était quand même le sens du progrès avant qu’on ne se propose de le faire reculer.

Je vais vous le dire parce que vous ne le savez pas, il y a un décret absolument monstrueux qui se prépare depuis le 2 février, pour faciliter paraît il l’embauche des enfants de 14 à 18 ans.  La commission générale du Coct l’a examiné le 2 février 2015 : il s’agit de faire reculer les protections qui sont attachés au travail des enfants. Car il s’agit de travail des enfants depuis que Villepin a permis l’apprentissage à 14 ans. Le 15 novembre 2010 à Mulhouse, comme ça, un enfant de 15 ans a été mis dans un pétrin de boulanger pour le nettoyer, il s’est remis en marche et le gamin est mort broyé. Le projet de décret vise à supprimer ce qui relève de l’interdiction, de la prévention a priori, et des autorisations préalables avant qu’un enfant puisse travailler – y compris le dimanche et la nuit. Car vous le savez sans doute, par exemple dans la restauration c’est à coups de gifles, a chaque assiette cassée, a chaque plat avec des traces de doigts, que les commis cuisine et commis restaurants sont « dressés ». Vous le savez un gamin ce n’est pas pareil face a une machine dangereuse ou un risque de chute… alors on a obligé a des interdits, a des précautions préalables strictes,  à des visites préventives sous contrôle des enseignants pas des patrons.

Tout cela va sauter, il est question « d’information » « d’éducation », « de dérogations allégées » etc… le fameux travail en hauteur, échelles escabeaux, marchepieds, deviendra autorisé « lorsque l’évaluation du risque a établi que ce risque est faible et qu’il s’agit de travaux de courte durée ne présentant pas un caractère répétitif ». Et hop cela devient ordinaire et incontrôlable ! Vous imaginez l’inspecteur du travail trouvant le jeune en hauteur «  il est là sur cette échelle, depuis peu, et pas pour longtemps, et il a été formé au risque » c’est le contraire, en esprit, en pratique, en droit, de toutes les batailles de prévention, d’obligation de résultats, d’interdiction que nous avons mis des décennies à obtenir. Je suis personnellement CONTRE le travail des enfants avant 18 ans. Je suis pour l’apprentissage dans des conditions contrôlées sévèrement, plus sévèrement par les maitres d’école pas par les patrons, c’est trop dangereux, malléable, trop sur-exploitable ! Et ce sera la gauche qui fera ainsi que des enfants mourront au travail ? Pour plaire au Medef dont le chantage est insatiable ? Avec toujours ce même stupide raisonnement qui fait croire que si le patron n’embauche pas c’est à cause de cela , qu’il faut qu’il puisse exploiter, débaucher et maintenant faire courir des risques à des enfants de 14 à 18 ans, comme il veut ? Soit disant pour développer l’apprentissage… qui stagne par la seule faute et rapacité des patrons… lesquels viennent de prendre 1 600 000 stagiaires, soit un million de plus en dix ans, parce qu’ils ne les paient pas (ou si peu 432 euros, 583 euros en septembre, la loi Chaynesse Khirouni a du limiter à 10 % par entreprise, ce qu’on devrait faire aussi pour les CDD…) parce qu’ils préfèrent ne pas les former pour mieux les exploiter gratuitement, tout comme les travailleurs dits « détachés »,… c’est sans limite tout ça, la logique de la soumission au profit maximum, à la finance… Y soumettre les enfants c’est une honte de plus !

Intervention au BN du PS mardi 10 février : Ouf Doubs de justesse

D’abord félicitons-nous d’avoir gagné dans l’élection partielle du Doubs. Nous gardons le siège de député à gauche, c’est une bonne nouvelle après 14 élections partielles où nous avons été éliminés. Le candidat du Parti Socialiste l’a emporté face à la candidate du FN ! Frédéric Barbier a obtenu 51,43 % des suffrages exprimés contre 48,57 % à Sophie Montel. 15 504 voix contre 14 641 : une différence de 863 voix. Le FN était pourtant arrivé en tête au 1er tour avec 32,6 % des suffrages exprimés, alors que le PS plafonnait à 28,8 % et que le candidat de l’UMP était éliminé avec 26,5 %.

Frédéric Barbier a gagné 8 088 voix et progresse de 22,6 points. Il a sans doute bénéficié du report d’une bonne partie des voix du FdG, de EELV et dans une moindre mesure de LO, malgré le silence assourdissant de Jean-Luc Mélenchon et le refus de LO d’appeler à battre le FN. Il a bénéficié de l’apport d’une partie des voix des électeurs (les nôtres !) qui n’avaient pas voté lors du 1er tour.  L’UMP s’est partagée, entre ceux qui ont vote PS et ceux qui ont permis que Sophie Montel, progresse, elle-aussi, même si c’est dans une moindre mesure, de 16 % et de 6 269 voix !

C’est extrêmement dangereux : l’UMP nourrit le FN. Et c’est l’abstention à gauche, celle de NOS électeurs, qui est considérable et détermine de plus en plus tous les résultats.

Nos électeurs nous sont paradoxalement fidèles, ils ne vont pas voter à droite, il n’y a pas de glissement de la gauche vers la droite, ils ne vont pas non plus voter ailleurs à gauche, ils s’abstiennent. Ils ne vont pas voter FdG parce que le sectarisme de Jean-Luc Mélenchon anti PS les repousse, mais nos électeurs sont très mécontents et le font savoir en s’abstenant. Là, ils sont revenus en partie, on peut s’en féliciter, pour faire barrage au FN. Mais le propos d’un électeur de Frédéric Barbier (rapportés par Libération du 8 février)  est très clair : « Je ne me suis pas déplacé la semaine dernière parce que les politiques me dégoûtent de plus en plus. Aujourd’hui, je suis là pour faire barrage au FN. Mais la gauche devrait faire attention… Si elle continue à mener une politique de droite et à oublier ses électeurs, la prochaine fois, je reste chez moi. Et je ne pense pas être le seul dans cet état d’esprit ».

L’«union nationale» souhaitée lors des 10 et 11 janvier ne fonctionne pas. L’«effet 11 janvier» n’a pas empêché une bonne partie  des électeurs de l’UMP de voter pour le FN (sans doute la moitié), de s’abstenir ou de voter blanc (les bulletins blancs et nuls ont augmenté de 5,5 points (2 000 bulletins) entre les deux tours. Comment parler « d’unité nationale » quand le gouvernement lui-même ne rassemble pas tous les socialistes ? Comment parler « d’unité nationale » alors que l’unité de la gauche n’est même pas faite ? Comment parler « d’unité nationale » avec l’UMP Sarkozy qui va chercher son argent au Qatar et revient pour faire semblant de lutter « ni ni » contre l’intégrisme ? Comment parler « d’unité nationale » au FN qui, xénophobe, exige que les Grecs paient totalement une dette indigne, alors que nous soutenons légitimement Syriza qui la remet en cause ?

Jean-Christophe Cambadélis crie : « Il y a le feu au lac !» Accuser la désunion de la gauche et les sectarismes qui s’y nichent, certes, y a de quoi faire ! Mais on ne peut en rester à l’accusation, ni la nourrir, ça ne sert pas. Que proposons-nous de concret, de volontaire, d’actif, pour changer cela et reprendre l’initiative pour réunir la gauche ? Après tout c’est NOUS qui avons le pouvoir et ca dépend de nous !

La gauche était unie en mai juin 2012 derrière les « 60 engagements de François Hollande » mais pas si on leur tourne le dos. Pas si on ne cherche qu’à plaire au Medef et aux ultra-libéraux de la Commission européenne. Manuel Valls dénonce « l’apartheid » existant et affirme « Le FN représente un véritable danger, surtout quand, en face, la digue n’est pas suffisamment solide … » Hé oui, la porosité entre l’électorat de l’UMP et du FN est de plus en plus grande et ça fait longtemps que les digues n’existent plus ! Pas la peine de faire risette à l’UMP. Claude Bartelone : « La gauche n’a pas vocation à être le spectateur ou le commentateur de la marche de l’extrême-droite vers le pouvoir ». Non, en effet, on est au pouvoir on doit agir !

Mais malheureusement, c’est clair, les principes abstraits tels les « valeurs de la République » ça ne marche pas. Ni le « front Républicain » ni tout ce verbiage. Le chômage augmente, 40 000 de plus le mois dernier, 192 000 de plus en 2014,  la misère augmente, les inégalités criantes augmentent, la fraude fiscale s’étale, chacun les voient exploser à chaque heure chez soi, dans la salle a manger, sur les écrans de télévision : ca fait enrager des millions de gens qui n’ont rien dans leur assiette. Il faut leur donner quelque chose dans leur assiette. Il faut augmenter les salaires !

David Assouline dit que ca n’a rien à voir avec le chômage, rien à voir avec les salaires mais tout à voir avec les idées, avec la « République en danger », etc. car selon lui, « d’habitude les pauvres votaient a gauche » et là ils voteraient à droite… Ce ne serait plus une question sociale mais de basculement idéologique à contrer, et la question principale serait celle de l’immigration !

NON, NON et NON, la question centrale est celle du chômage et des salaires. Augmentez les salaires, ca relativisera la question de l’immigration. Si vous voulez mener la « bataille des idées » : tapez sur la finance pas sur l’immigré. En effet les salariés votent évidemment pour la gauche quand la droite les pille et les spolient,  mais là c’est la gauche qui le fait !  Alors ils s’abstiennent parce que c’est la gauche qui fait reculer leurs droits du travail. C’est la gauche qui a fait l’ANI, la loi du 14 juin et la loi Macron. C’est la gauche qui donne 41 milliards au Medef pour rien, et enlève 50 milliards à nos besoins sociaux – sans même prendre la peine d’aller chercher l’argent de l’immense fraude fiscale, luxleaks, swissleaks, HSBC… C’est la gauche qui ne tient pas ses promesses, qui ne réduit pas la durée du travail mais la laisse augmenter et les fossés se creuser avec. C’est donc bien la gauche qui décourage et nourrit l’abstention. C’est la gauche qui donne ce sentiment d’impuissance face à la finance. Quand Macron dit aux jeunes « enrichissez vous » et « ayez envie de devenir milliardaires », ça fait mal, c’est le désert des idéaux dans lequel meurt l’espoir et naissent les dangereux scorpions. Quand on bloque le smic, mais qu’on facilite la distribution gratuite d’actions aux spéculateurs qui s’enrichissent du chômage, on se coupe nous même l’herbe sous les pieds. Pas de République sans social.

Je n’aime pas être Cassandre, je n’aime pas dire qu’on va dans le mur, mais inexorablement nous y allons, et ça se voit, et on sait tous pourquoi ! Alors que le parti dans son congrès impose une ré orientation ! Ce qui val mal, de plus en plus mal, ce n’est pas « la faute aux gens », c’est NOTRE faute ! Trop facile d’accuser les gens du désespoir que nous avons fait naitre en eux. A ne pas entendre, à se boucher les oreilles, à ne pas reprendre un cap à gauche, nous allons connaître des résultats terribles, terrifiants, le temps passe, le lac brule.