réponse a l’une des 400 interventions sur le forum de discussion qui a suivi le débat sur « le média »
Sans théorie pas d’action révolutionnaire. Sans apprendre du passé, pas d’avenir. Sans tradition pas de progrès. La « vieille politique » est pleine d’enseignements précieux. Par exemple, l’appartenance a la gauche est déclarative. il n’y a personne de qualifié, pas de « tribunal », pour juger qui est de gauche et qui n’en est pas. Dans le passé, les staliniens décidaient de qui était de gauche ou pas, et excluaient brutalement, causant des ravages terribles dans nos rangs. Les dirigeants sociaux démocrates, eux avaient du mal a délimiter leurs rangs, leurs adhérents, leurs électeurs, et « élargissaient » au point d’instituer la collaboration de classes avec la classe adverse. Ne pas savoir délimiter ni unir la gauche, se fondre dans le « peuple » c’est dangereux, sociologiquement, socialement, organisationnellement, politiquement, programmatiquement.
Pour vaincre l’ennemi, la classe dominante, le patronat, l’actionnariat, la droite, on a intérêt à ce que la gauche soit la plus forte et la plus large possible. Et la plus unie, la plus solide possible.
Tous les partis ont une « nature de classe : on peut distinguer ceux de gauche et ceux de droite à partir de critères précis : genèse, histoire, continuité, références programmatiques générales, organisation, liens syndicaux, sociaux, nature de l’électorat. Le parti démocrate américain est un parti bourgeois, pas un parti de gauche. A la différence, le parti de Jaurès est né et a vécu à gauche, jusqu’à très récemment.
Ensuite parmi ces partis et organisations de gauche, il y en a des « droitiers » des « gauchistes », et des « centristes », la gauche, en son sein, est plurielle, arc en ciel. Le salariat est pluriel, la gauche aussi.
Les syndicats, eux, sont beaucoup plus larges que les partis car ils visent justement à rassembler tous les exploités quelque soit leur idéologie, leur religion, leur culture, leur niveau professionnel, les syndicats ne sont ni « réformistes », ni « révolutionnaires », contrairement à la façon stupide qu’ont les médias de les présenter, ils sont d’abord et essentiellement des structures de défense du salariat, de ses droits, de ses emplois, de ses conditions de travail, de ses salaires, de sa dignité – par delà le « réformisme » et la « révolution ».
De toute façon « réformisme » et « révolution » ne s’opposent pas mais se complètent (lire Rosa Luxembourg à ce sujet).
Il existe huit à dix syndicats, divers, avec divers appareils, mais une base commune, la nôtre, nos frères et soeurs exploités, le salariat bien sur.
La CFDT est le deuxième syndicat de France, le PS actuel, réduit à peu de choses après la trahison des cinq ans de Hollande, n’a que la direction de la CFDT comme base. Et encore les liens sont distendus. Le PS (qui n’ été divisé à son dernier congrès du 7 avril qu’en deux motions, les hollandais et une survivance de la gauche socialiste) est a la fois marginalisé et sur la lame du couteau, on vit des moments où il peut changer de camp et de classe.
Pour gagner il faut unifier toute la gauche réelle en une force percutante : le nombre de salariés mobilisés compte, mais le contenu du rassemblement compte aussi. Sur la forme cela peut se faire à travers des assemblées générales, des comités de grève… Il existe au moins 12 organisations de gauche et 25 orientations, le PCF a trois positions politiques en son sein, les Verts en ont cinq, le NPA en a quatre, Générations on ne sait pas encore, FI au moins deux, le PG avait eu quatre textes d’orientation… En fait la bonne orientation, la bonne ligne ça ne se proclame pas, ça se prouve, ça se tranche dans les faits, de façon matérialiste, par le succès. « La preuve du pudding c’est quand on le mange » disait Engels.
Pour réussir au mieux c’est en principe sur une ligne qui correspond à la fois à la majorité et au coeur du salariat, à ses besoins objectifs.
Objectivement, « en soi », le salariat est de gauche puisqu’il est exploité. Mais subjectivement il n’en pas conscience. La tâche des partis et militants est d’aider le salariat à parvenir à cette conscience, à être une classe « pour soi ». Pour cela, il faut combiner le discours et l’action, la propagande et l’agitation. La propagande et l’éducation éduquent des milliers de salariés, l’agitation et l’action éduquent des millions de salariés.
Tout ça pour vous dire surtout que la gauche est le salariat et le salariat est la gauche : c’est d’abord une force sociale avant d’être une idée et un programme. Ensuite, à travers l’histoire il y a eu beaucoup de trahisons mais aussi de succès à gauche (40h, 39 h, 35 h, 5 semaines de congés, IRP, syndicats, code du travail, prud’hommes, inspection du travail, etc..). Car les partis sont des appareils, (les syndicats aussi..) et ils s’érigent au dessus de ceux qu’ils défendent, grâce à des conquêtes partielles, à des « avantages » matériels gagnés grâce aux luttes, et il leur arrive alors de trahir. Il faut le savoir. Se méfier des bureaucraties. pas les nier, pas les ignorer, comprendre. Donner la priorité au mouvement de masse. Les appareils peuvent trahir en changeant de nature et passer dans le camp adverse (est ce le cas du PS actuel ?). Ils peuvent aussi trahir sans changer de nature, en restant dans le camp de la gauche. Et il existe des partis « traditionnels » (comme le PS et le PCF) qui peuvent avoir, ont eu des histoires erratiques (1914, 1921, 1936, 1939, 1945, 1956, 1968, 1981, 1997, 2012, 2017…). C’est l’histoire de la gauche. il n’y a rien de hautain à la connaitre et à l’enseigner patiemment, opiniâtrement.
GDS existe et lutte pour unifier la gauche, le salariat contre Macron sur le meilleur programme possible : ce programme se lit dans la revue D&S, excellent mensuel d’idées et de luttes depuis 25 ans http://www.filoche.net http://www.gds-ds.org
J’ai rédigé depuis deux décennies plusieurs études et livres qui analysent au contraire, la force du salariat, et le dernier est « Macron ou la casse sociale » (Ed l’Archipel mars 2018 ) c’est la classe sociale majoritaire révolutionnaire clairement définie. 98 % des salariés (90 % des actifs) gagnent moins de 3200 euros. Macron lutte pour une « société post salariale » pour une « société sans statuts » pour « supprimer les cotisations sociales » lui, il sait bien ce qu’est le salariat : son ennemi.
De « quels salariés » je parle ? mais si vous étudiiez un peu vous le sauriez… vous ne m’avez pas bien écouté, encore moins lu, j’ai publié 35 livres sur le salariat, notre revue D&S en a traité pendant 25 ans chaque mois, mais lisez aussi Bernard Friot et quelques autres…. 90 % de la population active est salariée… ça n’a rien de vague ni de confus, c’est l’analyse de notre société, le salariat est la classe sociale majoritaire numériquement, c’est la grande classe sociale révolutionnaire, celle avec laquelle nous pouvons transformer la société, sans elle il n’y aurait jamais de lutte ni jamais de renversement du capitalisme !
Il n’y a guère de « petits bourgeois » en France, bobos, ça n’existe pas, à part cette petite couche d’indépendants, (professions libérales, commerçants, petits patrons, rentiers…) les « indépendants » tout compris ne sont que 10 % des actifs. Lire « salariés si vous saviez… » Ed la découverte. Lire « Vive l’entreprise ? » Ed Hugo et Cie… ou « Carnets d’un inspecteur du travail » (3 éditions différentes). Le salariat c’est LA classe sociale que nous défendons et incarnons, elle inclue ouvrier, employés, cadres, toutes celles et tous ceux qui sont que leur force de travail à vendre. Exploites et opprimés.
Le salariat c’est 90 % des actifs. Et 98 % de ces actifs gagnent moins de 3200 euros. Il y a 9 millions en dessous de 900 euros. Et 50 % du salariat gagne moins que 1700 euros, salaire médian. 98 % des salariés gagnent moins de 3200 euros nets. Le salariat est plus homogène, ouvriers, employés, qu’il ne l’a jamais été. Les jeunes sont des salariés en formation. Les chômeurs sont des salariés temporairement prives d’emploi. Les retraités vivent au jour le jour grâce aux salariés qui paient leur retraite. Le salariat n’a jamais été aussi fort numériquement. Le salariat c’est des statuts, des acquis, des droits, une force productive décisive. Les « statuts du salariat se sont rapprochés, les conventions collectives ayant souvent hélas, perdu leurs avantages. Le budget de la Sécu 470 milliards est le plus gros, il est séparé des deux autres budgets du pays, et lié au travail, au salaire. La différence ouvrier/employé s’est estompée. Les cadres se sont « prolétarisés » c’est à dire tous salariés et tirés vers le bas. Le droit du travail s’est dégradé, depuis le 4 mai 2004 et la première loi Fillon qui fait passer le contrat avant la loi et met fin au principe de faveur.
La gauche qui exprime au plan politique et syndicale ce salariat est diverse, plurielle : elle s’incarne dans des partis, syndicats, appareils. Dans la gauche il existe toutes les nuances, droitières, gauchistes, et centristes. Mais la gauche n’existe que quand elle s’unit assez pour avoir la force de lutter ET de s’imposer contre l’ennemi de classe, la droite et l’extrême droite. Cela ne peut se faire ni sur une plate-forme libérale, ni sur une plateforme gauchiste, cela se fait sur une plate-forme au coeur de la gauche. Je n’ai jamais jamais jamais eu aucune illusion ni complaisance avec les directions du PS et les plateformes qu’il défendait : nous les avons combattues de l’intérieur depuis 1995, avec mes amis de D&S, de GDS, toujours combattu pour les modifier, les changer, les relier au reste de la gauche et à ses luttes. C’était notre choix de combat, et ceux qui ne l’ont pas fait n’ont pas fait mieux. Pour juger de notre politique, il faut suivre D&S qui, pendant 25 ans, est parue, mensuellement (JL Mélenchon a été membre de son comite de rédaction pendant huit ans, de 1996 à 2003) : nous ne sommes pas comptables de ce que faisait la direction du PS mais de ce que nous faisions pour la faire changer. Nous avons toujours, de nov-déc 95 au TCE, des retraites au CPE, contre l’ANI et la loi El Khomri, les premiers souvent, animé, suscité, participé aux combats sociaux.
Pour « dépasser » le salariat il faut se battre chaque jour pour avoir un emploi (en cdi bien sur) et augmenter les salaires (et les conventions collectives), et baisser les dividendes. Défendre le salariat c’est renforcer la classe sociale qui pourra renverser le capitalisme. C’est défendre le code du travail, la médecine du travail, les prud’hommes, l’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel, la sécurité sociale basée sur le salaire et payée à la source par les patrons, c’est se battre pour les 32 h par semaine, pour la retraite à 60 ans, pour un Smic à 1800 euros, pour limiter à 5% les précaires par entreprise, pour l’hygiène, la sécurité et de bonnes conditions de travail. Défendre la dignité du salariat c’est préparer la révolution. Renverser le capitalisme c’est la seule façon de construire une société sans exploitation des humains par les humains, sans subordination, autogérée. Pour cela nous avons besoin de nos syndicats, de les renforcer et de les unir. Pour cela nous avons besoin d’une grande maison commune de la gauche, démocratique, pluraliste, unitaire avec droit de tendance, capable de soutenir à la fois les luttes et de gagner les élections
Vous êtes trop partisan ! Ré écoutez l’émission du début à la fin, et comptez, j’interrompt moins que je ne suis interrompu, je parle moins que d’autres, c’est vos préjugés à vous, sur le fond… qui vous font croire le contraire, c’est parce que mes idées vous dérangent et que vous ne savez pas y répondre, vous vous en arrêter donc a des objections techniques subalterne, mais si vous vous vouliez m’entendre sur le fond, vous regretteriez que je ne parle pas plus et que je ne puisse pas en dire plus… lisez donc www.filoche.net