Condamnation totale de l’acte barbare commis contre Charlie Hebdo, contre les journalistes, contre la liberté de la presse, contre l’intelligence et l’humanité.

Condamnation totale de l’acte barbare commis contre Charlie Hebdo, contre les journalistes, contre la liberté de la presse, contre l’intelligence et l’humanité.

Gérard Filoche – D&S

 

A l’attention des secrétaires de section – A diffuser à l’ensemble des adhérents  Cher-e camarade,  Dans ce jour de drame, le Parti socialiste appelle tous les militants à se joindre au rassemblement citoyen organisé à la suite de l’attentat qui s’est produit contre Charlie Hebdo.  Nous nous retrouverons ce soir à 18h Place de la République.   Amitiés socialistes   Rémi Féraud  Premier secrétaire fédéral

 

Retrait du projet de loi Macron !

Si le projet de loi était adopté

  • ƒ  Banalisation du travail du dimanche et de nuit, mettant fin progressivement aux compensations salariales car à terme ce travail ne serait plus exceptionnel.
  • ƒ  Plans de licenciements collectifs dans les entreprises (PSE) de plus en plus sauvages, avec des règles de plus en plus arbitraires, et des critères à la seule discrétion des employeurs.
  • ƒ  Dépossession des élus prud’homaux, de leurs moyens de rendre la justice, renvoyant nombre de litiges vers des juges professionnels.
  • ƒ  Grande difficulté pour le salarié de trouver un défenseur syndical pour le représenter en justice.
  • ƒ  Possibilité de court-circuiter le droit du travail et la justice prud’homale par « convention » entre

    l’employeur et le salarié : rien de moins qu’un bond en arrière de 2 siècles !

    Et en plus du projet de loi Macron :

    ƒ Les propositions du patronat dans le cadre de la négociation en cours sur le « dialogue social » mettent en cause l’existence même des instances représentatives des salariés (CE, CHSCT) !

    ƒ La réforme de la médecine du travail, retirée du projet de loi Macron, serait insérée dans un autre projet de loi porté par le ministre du travail dès janvier 2015…

    Nous sommes bel et bien face à un projet de forte régression sociale, antidémocratique, aggravant la politique d’austérité et favorisant la rentabilité financière pour les grandes en- treprises. Ce projet renforce les profits de quelques-uns et ne répond en rien aux besoins de la population.

    D’autres choix sont possibles si nous le décidons !

    Depuis sa création, la CGT agit pour gagner sur les revendications, pour changer la société, et com- bat tout recul social. C’est pourquoi nous sommes pour :

    ƒ l’augmentation des salaires, des pensions, des minima sociaux,
    ƒ le SMIC à 1700 euros,
    ƒ l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes,
    ƒ contrer toutes les formes de déréglementation du temps de travail,
    ƒ le maintien d’un jour de repos commun : le dimanche,
    ƒ limiter au strict nécessaire le travail de nuit, qui détériore gravement à la santé,
    ƒ la retraite à 60 ans maximum, à taux plein, et la défense de nos régimes de retraite par répartition, ƒ l’arrêt des licenciements, la résorption du chômage et de la précarité,
    ƒ la défense et le développement des services publics,
    ƒ le rétablissement de l’organisation des élections prud’homales au suffrage universel,
    ƒ le maintien et l’amélioration de tous les droits des salarié-e-s,
    ƒ la lutte déterminée contre la fraude et l’évasion fiscale,
    ƒ la fin des exonérations de cotisations sociales.

PROJET DE LOI MACRON

TOUT POUR LES PATRONS

Paris, le, 2 janvier 2014

Retrait du projet de loi Macron !

Les gouvernements Hollande-Ayrault puis Hollande-Valls ont poursuivi la libéralisation de l’économie et ont multiplié des cadeaux au patronat au nom de la compétitivité et de la création d’emplois. Résultat : nos salaires stagnent, les dividendes flambent et le chômage ne cesse d’augmenter…

En fait, les politiques d’austérité qui sévissent partout en Europe mènent partout aux mêmes conséquences : la pauvreté augmente et les services publics se détériorent.

Le projet de loi Macron prolonge et amplifie la politique du gouvernement menée au service des pa- trons et des actionnaires. Après la mise en place du CICE, la loi du 14 juin 2013 dite de « sécurisation de l’emploi », les réformes territoriales, la réforme des retraites, le pacte de « responsabilité », la suppression des élections prud’homales…, c’est une nouvelle attaque contre nos droits.

Dès le lendemain de la présentation du projet Macron au conseil des ministres du 10 décembre, le commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, exhortait la France à aller encore plus loin dans la casse des conquêtes sociales.

Au final, ce sera le rapport de forces que nous créerons qui sera déterminant. Les populations belges et italiennes, notamment, l’ont bien compris en se mettant en journées de grève géné- rale à la mi-décembre !

Dans la poursuite des mobilisations de l’automne contre l’avant-projet de loi Macron (premières grèves et manifestations des 14 novembre, 10 et 16 décembre), l’Union Départementale CGT de Paris appelle à faire du :

26 janvier 2015
Jour du début de l’examen du projet de loi Macron par l’Assemblée Nationale

une grande journée de grève et
de manifestation.

En avant Syriza !

Le Premier ministre grec ce droite, Antonis Samara, avait décidé d’avancer l’élection du Président de la République pour couper l’herbe sous le pied à Syriza qui ne cessait de progresser dans les sondages depuis sa victoire aux élections européennes de juin 2013.

Sa manœuvre a été un fiasco complet. Il fallait les voix de 180 députés sur 300 députés au 3ème tour de cette élection, le 29 décembre, pour faire élire le candidat de la droite et du Pasok, l’ancien commissaire européen, Stravos Dimas. Ce dernier n’en a obtenu que 168.

Maintenant, Antonis Samara est obligée d’appliquer la  Constitution grecque et de dissoudre le Parlement. Les élections législatives anticipées ont été fixées au 25 janvier 2015.

 

Le quadruple échec de Nouvelle démocratie et du Pasok

La politique menée par Nouvelle Démocratie et le Pasok (le Parti socialiste grec) a provoqué une triple catastrophe.

Une catastrophe sociale tout d’abord

En 5 ans, de 2008 à  2012, le niveau de vie moyen de la population grecque a chuté de 35 %. 26,5 % de la population active est au chômage.

La Troïka (BCE, UE, FMI) a imposé une diminution du salaire minimum de 22 % (32 % pour les moins de 25 ans), une baisse des retraites de 22 %. Le taux de TVA est passé de 19 à 23 %. Les entreprises privées ont pu licencier à tour de bras sans aucune contrainte. L’impôt sur les sociétés a été réduit, les impôts payés par les salariés ont augmenté, notamment une taxe foncière particulièrement injuste. Les salariés du secteur public ont été victimes de multiples charrettes de licenciements. Les allocations sociales ont connu une baisse brutale. Les Grecs ne trouvent plus de médicaments et les hôpitaux publics n’ont plus les moyens de soigner la population.

Une catastrophe économique ensuite

En massacrant les salaires, le droit du travail, l’emploi, l’Union européenne les gouvernements grecs de Papandréou et de Samaras ont du même coup écrasé la demande intérieure grecque. La généralisation de l’austérité dans toute l’Europe a passé au pilon la demande extérieure grecque : 80 % des exportations de la Grèce ont pour destination l’Union européenne.

La Grèce est en récession depuis 2008 : 5 années de récession ! Le PIB a diminué de 26 % depuis cette date. L’équivalent, en France, d’une diminution de 525 milliards d’euros du PIB.

Une catastrophe financière

La dette publique grecque s’élevait à 113 % du PIB grec en 2009, après qu’aient été révélé le maquillage des comptes publics par la droite de Karamanlis, dirigeant de Nouvelle Démocratie. Elle atteint aujourd’hui 176  %, du PIB de la Grèce, malgré la restructuration de cette dette publique, réalisée à l’initiative de ses créanciers. L’Union européenne qui avait juré que jamais au grand jamais la dette grecque ne serait restructurée a dû accepter, en catastrophe, une restructuration de 107 milliards d’euros de la dette publique grecque en mars 2012. Les banques se sont débarrassées d’une partie des titres de la dette publique grecque qu’elles détenaient aux dépens de la Banque centrale européenne (la BCE) qui en possède  maintenant 38 %.

Une catastrophe politique pour les partis de la coalition gouvernementale

A la suite de ces trois catastrophes, Nouvelle Démocratie est arrivée en deuxième position, derrière Syriza aux élections européennes de juin 2013.

Le petit parti de gauche, Dimar qui avait accepté de participer à la coalition gouvernementale a cessé sa participation et son soutien au gouvernement d’Antonis Samara

Le troisième larron de la coalition, le Pasok n’en fini pas de dégringoler. Il avait obtenu 43,92 % des voix aux élections législatives d’octobre 2009 et seulement 12,28 % aux législatives de juin 2012. Après n’avoir obtenu que 8,02 % des suffrages avec une coalition (l’Olivier) qui ne comptait pas moins de 6 partis, il est aujourd’hui crédité de 3 à 4 % dans les derniers sondages. Pire, ce parti est en voie d’éclatement entre une fraction fidèle au ministre des Finances d’Antonis Samara, Evangelos Vénizelos et une autre, dirigée par l’ancien Premier ministre, Georges Papandréou. Une leçon qui devait être méditée par tous les partis socialistes européens qui mettent en œuvre les politiques d’austérité et de « réformes structurelles » de la Commission européenne et du TSCG.

 

Les « plans de sauvetage » de la Grèce

Le ministre des Finances espagnol, Luis de Guido, a le premier donné le ton de la campagne qu’allait les dirigeants de la droite européenne en affirmant que la Grèce avait bénéficié de la solidarité des pays européens. « Grâce à ce financement que la Grèce ne pouvait obtenir sur les marchés, elle a pu maintenir tous ses services publics ». C’est un mensonge pur et simple mais certainement appelé à un grand avenir dans les semaines qui vont précéder les élections législatives grecques.

Les services publics grecs ont été sabordés, des dizaines de milliers de fonctionnaires licenciés, les entreprises publiques vendues aux multinationales allemandes et françaises, notamment.

Surtout, les Grecs n’ont jamais vu la couleur d’un seul des 240 milliards d’euros qui lui ont été soi-disant versés par l’Union européenne et le FMI. Le sommes versées par ces deux entités sont allées directement sur un compte spécial (instauré à la demande expresse d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy) dont la seule fonction est de rembourser les détenteurs des titres de la dette publique grecque (les banques et les assurances) au fur et à mesure de leur arrivée à échéance. Les plans de sauvetage de la Grèce étaient, en fait, des plans de sauvetage des banques et des compagnies d’assurance.

Syriza largement en tête dans les sondages

Aux élections législatives de juin 2012, Syriza était arrivé en 2ème position derrière Nouvelle Démocratie (26,89 % contre 29,66 %) mais l’avait emporté aux dernières élections européennes de juin 2013, avec près de 4 points d’avance sur Nouvelle Démocratie (26,58 % contre 22,71 %).  Dans les derniers sondages, Syriza est crédité de 28 à 30 % des suffrages avec 3 à 6 point d’avance sur « Nouvelle Démocratie ».

Mais la victoire ne sera pas facile

Antonis Samara est déjà entré en campagne sur le thème : « Nouvelle démocratie ou le chaos ». La Grèce n’est-elle pas déjà en plein chaos du fait de sa soumission aux exigences de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) ?

Mais Antonis Samara a le soutien de la Finance et de la Commission européenne.

La Finance a peur

La restructuration de la dette grecque, non à l’initiative des banques mais à celle d’un gouvernement de gauche dirigée par Alexis Tsipras, pourrait donner des idées à tous les peuples européens qui subissent aujourd’hui des politiques d’austérité et paient, chaque année, des dizaines de milliards d’euros d’intérêt aux rentiers détenteurs des titres de leurs dettes publiques. Et comme d’habitude, quand elle a peur, la Finance vote avec ses bulletins de vote, les taux d’intérêts. Le taux d’intérêt exigé par les marchés financiers pour acquérir des titres de la dette grecque à 10 ans  s’élevait à 5 % en juin 2013, il est à plus de 9 % fin décembre.

Antonis Samara prédit la « faillite » de la Grèce en cas de victoire de Syriza, oubliant qu’un Etat n’est pas une entreprise, qu’il ne peut pas faire « faillite » et voir ses actifs vendus à l’encan. Celui qui vend les entreprises publiques et les îles grecques, c’est Samara. Un Etat a le droit souverain de refuser de rembourser une dette publique qu’il estime illégitime si ses créanciers refuser de négocier et de restructurer cette dette. Ce sera alors à ses créanciers de savoir s’ils veulent vraiment prendre ce risque. Le milliardaire américain John Paul Getty avait correctement apprécié ce type de situation : « Si  vous devez cent dollars à la banque, c’est votre problème. Si vous devez cent millions de dollars à la banque, c’est le problème de la banque ». La dette publique grecque s’élève à près de 250 milliards d’euros. Il est donc fort possible que les créanciers de la Grèce finissent par accepter de discuter de la restructuration de la dette grecque, plutôt que de risquer de tout perdre.

La Commission européenne a peur

La victoire de Syriza sera une lourde défaite pour la Commission européenne. Ce serait reconnaître qu’elle a été incapable de résoudre le problème de la dette publique grecque, un pays qui ne pèse que 2 % du PIB de la zone euro. Ce serait reconnaître que la crise de l’euro n’avait disparu que provisoirement et qu’il lui faudrait accepter de renégocier la dette grecque pour ne pas faire éclater la zone euro.

Jean-Claude Juncker (celui qui a été pendant 18 ans le Premier ministre d’un Etat qui aidait 340 multinationales dont 58 francaises à échapper à l’impôt) a déclaré qu’il ne souhaitait pas que « des force extrêmes arrivent au pouvoir » en Grèce, mettant dans le même sac « Aube dorée » et un parti de gauche, progressiste, Syriza.

Pierre Moscovici, lors de sa visite à Athènes, n’avait pas hésité à soutenir le candidat à la présidence de la République de Nouvelle Démocratie, un parti qui a osé faire sortir de prison deux députés du parti néo-nazi « Aube dorée », pour leur permettre de voter pour le candidat d’Antonis Samara !

En cas de victoire, Syriza devra (c’est le plus probable), chercher un ou des alliés.

La Constitution grecque accorde une prime de 50 députés supplémentaires au parti arrivé en tête mais cela ne sera sans doute pas suffisant. Syriza devra sans doute, au minimum, s’allier avec Dimar, le dernier parti stalinien d’Europe, le KKE, refusant toute alliance avec le parti d’Alexis Tsipras.

Le programme de Syriza

Alexis Tsipras avait annoncé les grandes lignes du programme de Syriza, le 13 septembre dernier, à l’exposition de Thessalonique.

  1. 1. Mesures pour remédier à la crise humanitaire : énergie électrique gratuite pour 300 000 familles pauvres ; coupons-repas pour 300 000 familles ; soins médicaux gratuits pour tous ; mesures en faveur des petites retraites ; réduction des prix des transports publics.
  2. Mesures pour la relance de l’économie : arrêt de la surimposition du salariat, des petits agriculteurs et des petits commerçants ; arrêt des saisies (ordonnées par les banques) des résidences principales de moins de 300 000 euros ; effacement des dettes des personnes sous le seuil de pauvreté.
  3. Plan national de lutte contre le chômage et d’amélioration de la situation du marché du travail : restauration du salaire minimum à 751 euros (il avait été diminué de 22 % et même de 32 % pour les moins de 25 ans) ; restauration du droit du travail et des conventions collectives et du principe de la prorogation des avantages acquis ; plan de création de nouveaux emplois dans les secteurs publics, privés et dans ceux de l’économie sociale ; élargissement des catégories bénéficiaires de l’allocation chômage.
  4. Reconstruction institutionnelle et démocratique de l’Etat : arrêt des cycles successifs de licenciement dans le secteur public ; arrêt de toute privatisation ; introduction de l’initiative législative populaire, du veto populaire et du referendum d’initiative citoyenne.

Le financement de ce programme proviendra de deux sources. La 1ère est une réforme fiscale qui mettra à contribution les grands propriétaires fonciers, les armateurs, les grandes sociétés, grâce à un impôt sur le revenu fortement progressif et à un impôt sur les sociétés qui ne soit plus la passoire qu’il est aujourd’hui. La 2ème est la renégociation de la dette publique grecque. Une dette qui n’est de toute façon pas remboursable mais dont les intérêts étouffent l’économie et la société grecque.

 

Soutenons Syriza !

Tout gouvernement de gauche, en Europe, devrait appeler et aider à la victoire de Syriza.

Pour soutenir le peuple grec qui ne pourra jamais rembourser une dette publique qui étouffe son économie et auquel la Troïka inflige des plans de destruction sociale successifs depuis plus de 4 ans.

Pour engager, enfin, le bras de fer, tant de fois promis, avec Angela Merkel et la droite européenne. Ce serait autrement plus efficace que d’appeler au secours une Union européenne que l’on a renoncé à changer alors que les politiques d’austérité et de « réformes structurelles » ont montré et montrent leur nocivité partout en Europe.

Le gouvernement de Manuel Valls, toujours si prompt à rappeler les traités européens quand il s’agit d’exiger des sacrifices du salariat, devrait exiger que la Grèce puisse rester dans la zone euro, comme le souhaite Syriza, puisqu’aucune clause de ces traités ne prévoit la sortie d’un pays adhérent.

La restructuration des dettes publiques européennes est inéluctable : elles ne font qu’augmenter sous prétexte des politiques d’austérité qui devraient les faire diminuer. La restructuration de la dette publique grecque devrait être le coup d’envoi de la restructuration de toutes les autres dettes publiques des pays européens.

Alexis Tsipras remettait en cause,  dans son entretien à Mediapart, en avril 2014, le bien fondé du TSCG, ce traité Merkel-Sarkozy que François Hollande s’était engagé à renégocier mais dont pas une ligne n’a été changée  : « Je ne vois pas pourquoi nous devons être d’accord avec les 3 % de déficit public, le ratio de 60 % du PIB pour la dette… sans considérer comme indicateur de viabilité les chiffres du chômage ou le niveau du salaire minimum ». Quel gouvernement de gauche pourrait trouver à redire à cette déclaration ?

La mobilisation pour soutenir Syriza, de tous les citoyens qui veulent que l’Union européenne ne soit plus au service de la Finance mais de ses peuples, est indispensable.

Jean-Jacques Chavigné

 

24 h pas chrono : temps partiels, ANI et loi de 2013 vidés de ce qui reste de leur contenu par la prochaine « ordonnance »

Il y a 2 ans, le 11 janvier 2013, était signé l’ANI (« accord national interprofessionnel ») entre le Medef et la CFDT essentiellement

 

Ses promoteurs organisaient dans les médias une campagne qui magnifiait les « avancées de ce texte » : ainsi Nadjat Vallaud-Belkacem publiait une tribune inouïe – encore plus à la relecture 2 ans après – pour valoriser

« une avancée décisive. Un seuil minimal horaire de travail s’imposera désormais dans la signature du contrat à temps partiel. Il a été fixé à un niveau élevé : 24 heures par semaine. Cette disposition est une conquête sociale de premier plan »

pour les femmes car 3,7 millions de françaises travaillent à temps partiel, soit un tiers de l’emploi féminin.

Elle le qualifiait d’historique :

« Que les partenaires sociaux se soient attelés à améliorer les droits de ces femmes précaires est en soi un changement historique qu’il faut saluer pour ce qu’il est : la conséquence d’une volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes au travail. »

A l’époque, nous avions critiqué ici cet accord dans son entier et en particulier sur la question du seuil de 24 h, en démontrant que cela ne se ferait pas, qu’il existait 6 dérogations majeures, et que le patronat l’empêcherait en pratique. (Cf. le texte détaillé que nous republions ci dessus pour information et preuve : il date du 28 janvier 2013).

 

Depuis qu’est il arrivé ?

 

Les négociations pour mettre les 24 h en œuvre, devaient se tenir avant la loi du 14 juin puis leur terme fut fixé au 31 décembre 2013.

Comme aucune branche importante de la distribution, du nettoyage, des soins, de la chaussure, etc.. n’avait signé d’accords le 31 décembre, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a été obligé de faire une « saisine rectificative » le 22 janvier 2013 pour changer la loi, a posteriori, le 7 mars 2013 et reporter le délai du 1ier janvier 20014 au 30 juin 2014.

Mais rien n’était encore signé le 30 juin 2014. Or en théorie, les contrats de moins de24 h étaient devenus « interdits » … sauf 6 dérogations et l’hostilité de plus en plus proclamée du patronat.

Le « plancher » de 24 h était en fait, depuis le début une « passoire » : la loi prévoyait que les salariées pouvaient d’elles mêmes,

-       à l’embauche, renoncer au plancher de 24 h,

-       que les salariés des « particuliers » n’étaient pas concernés,

-       que les moins de 26 ans n’étaient pas concernés,

-       que les branches où il y existait plus de 30 % de temps partiels, pouvaient négocier des dérogations « en dessous » du plancher de 24 h,

-       que les salariées déjà en poste garderaient leurs contrats horaires existants en dessous de 24 h jusqu’au 1er janvier 2016,

-       que les employeurs pourraient décider de « paquets de 8 heures complémentaires » à leur gré,

-       que la majoration des heures complémentaires qui étaient à 25 % redescendrait à 10 % mais dès la première heure,

-       que les salaires seraient lissés,

-       que les délais de prévenance en cas de modification des horaires, seraient raccourcis,

-       que le principe d’une seule coupure de moins de 2 h en une journée serait renégocié.

Avec ces dérogations, le plancher de 24 h n’avait déjà plus de portée

 

Coup de grâce :

 

Mais voilà qu’un projet d’ordonnance Macron, prévu en février 2015, annule ce qui reste de ce que le patronat avait pourtant signé en janvier et ce que la loi avait confirmé en juin 2013.

Au 10 décembre 2014, il paraît que 40 branches, dont 30 recourant à du temps partiel massif, ont signé des accords dérogatoires – inférieurs – aux 24 h et cela couvrirait 78 % des salariés concernés. (selon les Echos, 24 décembre).

Le patronat a réussi ainsi à renier dans 80 % des cas prévus, ce qu’il avait signé et qui avait été présenté comme une « avancée historique ».

Mais coup de grâce, un projet d’ordonnance prévoit aussi :

-       que les salariées qui auraient accepté de travailler moins de 24 h à l’embauche ne pourront pas imposer de « revenir en arrière ».

-       De même les salariées déjà en poste en dessous de 24 h ne pourront pas exiger que le plancher leur soit appliqué en 2016 comme prévu.

-       En cas de remplacement d’une salariée absente, sa remplaçante aura la même durée de travail (et non pas 24 h).

-       Enfin la durée de 24 h ne s’imposera pas aux CDD de moins de 8 jours

On savait que le Medef pouvait se moquer de sa propre signature et de la loi -  dont il avait pourtant exigé qu’elle soit fidèle au « contrat » qu’il avait signé ! D’une rouerie indigne, il démontre qu’il peut se moquer du gouvernement, du ministre du travail, du ministre des droits des femmes, des médias, des citoyens, des salariés, des partenaires sociaux, (il fait pareil sur la « pénibilité », les seuils sociaux.. )

Comment un gouvernement, avec quel savoir, avec quelle idéologie, avec quel intérêt,  peut il s’aplatir ainsi sur une période de deux ans, louvoyer, se contredire, sur un sujet qui concerne la vie intime de 3,7 millions de salariés dont 85 % de femmes, finalement ne jamais rien proposer, ni imposer, ne rien défendre, ne rien faire progresser, et suivre pas à pas, les reculs, la défaite selon les désideratas et calculs peu glorieux du Medef,

Et  comment des syndicats peuvent ils se prêter à cela ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Re-publication de la critique – o combien vérifiée – du 28 janvier 2013  (cf. sur ce blog en amont et dans mon dernier livre « comment résister à la démolition du code du travail »)

ANI de Wagram Medef : l’in-information de la porte parole du gouvernement à propos des femmes et des « temps partiels »

« Salarié(e)s à temps partiel : une nette avancée  23 janvier 2013 à 19:16  Par Najat Vallaud-Belkacem Ministre des droits des Femmes, porte-parole du gouvernement

Il y a trois mois, lors d’une conférence organisée à Ouistreham, à quelques pas du Quai qui avait permis à Florence Aubenas d’illustrer mieux que jamais la précarité des journées de travail en miettes de milliers de femmes, nous prenions, avec Michel Sapin, ministre du Travail, l’engagement de faire du temps partiel subi un enjeu majeur de l’agenda social. Pour la première fois, l’accord sur la sécurisation de l’emploi signé le 11 janvier par les partenaires sociaux met au cœur de son dispositif les plus fragiles et les plus précaires, notamment ces femmes à temps partiel qui sont un rouage déterminant de notre économie et qui avaient été depuis vingt ans les oubliées de la sécurité de l’emploi. Oubliées de la loi Tepa. Angles morts de toutes les réformes de la formation professionnelle, de l’assurance chômage, de la Sécurité sociale.

Aujourd’hui, 3,7 millions de Françaises travaillent à temps partiel, soit un tiers de l’emploi féminin. C’est le résultat d’une évolution constante qui ne doit rien au hasard : les dispositifs d’allégements mis en œuvre à compter de 1992, et renforcés en 1996, ont conduit à une accélération brutale du recours au temps partiel, trop souvent subi. Avec la montée du chômage, la société française avait fini par accepter que, si les femmes voulaient entrer sur le marché du travail, elles le feraient dans ces conditions dégradées, avec des emplois au rabais. Le temps partiel explique pour moitié les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. L’accord sur la sécurisation de l’emploi s’attaque à cette inégalité, si longtemps tolérée. C’est un motif de satisfaction pour tous ceux qui sont attachés à l’amélioration concrète de la vie professionnelle et personnelle de ces femmes «sandwich» qui cumulent petits salaires, horaires contraignants et moindre accès aux droits sociaux. Celles qui assument toutes les contraintes de la flexibilité et ne bénéficient en rien des exigences de sécurité. Cet accord, qui sera transposé dans un projet de loi, va apporter des évolutions concrètes : d’abord, les heures complémentaires seront majorées de 10 à 25%, dès la première heure. Les branches professionnelles qui concentrent le temps partiel sont invitées à négocier dans les trois mois pour garantir des droits nouveaux : encadrement des périodes d’interruption d’activité, délai de prévenance en cas de modification d’horaires.

Dans l’accord du 11 janvier, il y a surtout une avancée décisive. Un seuil minimal horaire de travail s’imposera désormais dans la signature du contrat à temps partiel. Il a été fixé à un niveau élevé : 24 heures par semaine. Cette disposition est une conquête sociale de premier plan. Pourquoi ? Aujourd’hui l’accès aux droits sociaux obéit à des seuils définis de façon désordonnée et qui segmentent en deux le marché du travail. Les salariés qui réalisent de petits temps partiels n’ont accès ni aux indemnités journalières en cas de maladie, ni à une couverture chômage en cas de rupture du contrat, ni à la formation professionnelle. Les périodes travaillées ne sont pas validées au titre de la retraite. Désormais le petit temps partiel, celui qui n’ouvre pas de droits sociaux, ne sera autorisé qu’à titre dérogatoire si, et seulement si, une négociation de branche garantit par ailleurs l’accès à des droits sociaux corrects. Que les partenaires sociaux se soient attelés à améliorer les droits de ces femmes précaires est en soi un changement historique qu’il faut saluer pour ce qu’il est : la conséquence d’une volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes au travail et le fruit d’une méthode initiée lors de la grande conférence sociale qui continuera de produire ses effets. Après la négociation sur le contrat de génération, après celle menée sur la sécurisation de l’emploi, une troisième négociation est engagée sur l’égalité professionnelle, dont nous attendons les résultats pour début mars. L’égalité professionnelle est une question de principes. Mais décréter des principes ne suffit pas. Leur mise en œuvre concrète, qui s’attaque aux racines des inégalités, se négocie. C’est aussi ça la troisième génération des droits des femmes : celle de l’effectivité des droits. »

RÉponse ici le 28 janvier 2013 :

 

Najat Vallaud-Belkacem a raison contre « la précarité des journées de travail en miettes de milliers de femmes «  en fait ce sont des millions.

 

Elle a raison aussi quand elle dénonce : « Aujourd’hui, 3,7 millions de Françaises travaillent à temps partiel, soit un tiers de l’emploi féminin. C’est le résultat d’une évolution constante qui ne doit rien au hasard : les dispositifs d’allégements mis en œuvre à compter de 1992, et renforcés en 1996, ont conduit à une accélération brutale du recours au temps partiel, trop souvent subi. Avec la montée du chômage, la société française avait fini par accepter que, si les femmes voulaient entrer sur le marché du travail, elles le feraient dans ces conditions dégradées, avec des emplois au rabais. Le temps partiel explique pour moitié les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. »

Voir aussi « Le travail jetable » ou « Carnets d‘un inspecteur du travail » Gérard Filoche 1999 ou 2009… et tant d’autres travaux  qui dénoncent depuis si longtemps le scandale que représente le temps partiel subi et discriminatoire pour les femmes…. on pourrait ajouter le travail du dimanche, de nuit, etc.

Mais la camarade Najat  Vallaud Belkacem a totalement tort quand elle essaie de maquiller la réalité de l’ANI (minoritaire) de Wagram du 11 janvier et de faire croire, que « L’accord sur la sécurisation de l’emploi s’attaque à cette inégalité, si longtemps tolérée. »

 

En quoi ?

 

NVB : « C’est un motif de satisfaction pour tous ceux qui sont attachés à l’amélioration concrète de la vie professionnelle et personnelle de ces femmes «sandwich» qui cumulent petits salaires, horaires contraignants et moindre accès aux droits sociaux. Celles qui assument toutes les contraintes de la flexibilité et ne bénéficient en rien des exigences de sécurité.

 

En quoi ?

 

NVB : « Cet accord, qui sera transposé dans un projet de loi, va apporter des évolutions concrètes : d’abord, les heures complémentaires seront majorées de 10 à 25 %, dès la première heure. »

 

Pourquoi cette premier grosse ambiguïté de Najat (NVB) ?  :  « de 10 à 25 % ?

Parce qu’il n’y a pas de réponse dans l’ANI !

 

Et pour cause, car c’est déjà le cas ! L’article L3123-19 du CdT  prévoit qu’au delà d’un dixième de la durée hebdomadaire en heures complémentaires, celles ci donnent lieu à une majoration de salaire de 25 % !

 

Que veut dire alors de 10 à 25 % ?

 

Rien, rien, rien n’est tranché dans l’ANI, car tout est explicitement reporté à d’autres « négociations des branches professionnelles qui le souhaitent » (sic) et des « branches professionnelles dont au moins un tiers des effectifs est occupé à temps partiel à la date du présent accord« … (sic) visant à « organiser les modalités d’exercice du temps partiel dans les 3 mois » qui … « suivent l’entrée en vigueur du présent accord » …

 

Voila ce que dit précisément l’ANI :

 

Article 11 :  la rémunération des heures complémentaires. : celles-ci sont majorées d’au minimum 10 % dès la première heure et dans la limite du quota d’heures complémentaires fixé par les articles L.3123-17 ( 1/10ème de la durée du contrat) et L. 3123-18 du code du travail

 

 

(SI…  dans trois mois – éventuellement les négociations sur la rémunération ici prévues reprennent cette majoration de 10 %, ce sera, c’est vrai, le seul petit progrès consécutif à cet accord « historique ».

Mais attention, où commenceront les 25 % ? Un mauvais coup est ouvert : vous noterez que les articles L 3123 -17 et 1 3123 – 18 sont les seuls cités mais pas le L 3123 – 19 qui impose 25 % de majoration, (et non 10 %) à partir de 1/10ème de dépassement de la durée du contrat. L’article cité, L 3123 – 18 permet par » accord collectif » d’aller jusqu’à 1/3 d’heures complémentaires en sus de la durée hebdomadaire. Les 25 % … imprécis de NVB peuvent donc commencer à 1/3 et non plus à 1/10° !

 

Si vous avez un doute sur l’intention des négociateurs, vous remarquerez qu’ils se répètent un peu après dans un langage délibérément permissif :

 

ANI art 11 point 2 3° alinéa  : « - les heures de travail, effectuées au-delà de la durée hebdomadaire ou mensuelle du travail prévue au contrat, sont majorées de 10 % jusqu’à ce que leur nombre atteigne le 1/10ème de cette durée hebdomadaire ou mensuelle. Au-delà ( !), la majoration est portée à 25 %, sans préjudice des articles L.3123-17 et L.3123-18 du code du travail. »

 

La répétition des mêmes articles qui ouvrent à 1/3 au lieu d’un 1/10e ne doit rien au hasard (et l’omission du seul article qui fixe les 25 % à partir d’ 1/10e non plus) laisse la place aux futurs « négociateurs » des « branches qui le souhaitent » à ce que les 25 % de majoration ne commencent plus à 1/10 e mais à 1/3. Ce qui ferait une baisse de majoration entre 1/10 et 1/3 soit 2/3 de ces heures complémentaires..

Ce, afin de compenser la plus petite « hausse » de 10 % à partir de la première heure par une baisse dans la tranche d’après.

Or, plus loin l’ANI prévoit des « paquets » d’heures complémentaires 8 fois par an…  comme toujours les patrons du Medef reprennent d’une main lourde ce qu’il font semblant de lâcher d’une main légère… On verra dans la négociation « des branches qui le souhaitent »

 

Est-ce tout ?

Non hélas  !

 

Nadjat VB se réjouit encore, a tort :  elle affirme : « Dans l’accord du 11 janvier, il y a surtout une avancée décisive. Un seuil minimal horaire de travail s’imposera désormais dans la signature du contrat à temps partiel. Il a été fixé à un niveau élevé : 24 heures par semaine. Cette disposition est une conquête sociale de premier plan. »

 

Rappelons qu’ il y a déjà eu dans le Code du travail, un plancher de 20 h pour les temps partiels ! Ce ne fut pas « une conquête sociale de premier plan », c’était au moment ou le temps partiel a fait un bond en avant géant de 11 % à 17 %, Pierre Bérégovoy exonérant en 1992 les temps partiels de 50 % des cotisations sociales, ( Martine Aubry ministre du travail le fit, mais en y étant opposée à titre personnel) (Balladur réduisant cela à 30 % en 1994)

 

Mais le « nouveau » plancher (éventuel) de 24 h de l’ANI est… une passoire :

ANI art 11 point 2/ : Sans préjudice des accords de branche et d’entreprises mentionnés à l’accord L. 3122-2 du code du travail concernant le temps partiel, qui ne pourront toutefois pas déroger au nombre minimum d’heures prévu au présent 2

 

( contradictoire avec ce qui est écrit au 1/, sera –t-il ou non possible de déroger par accord à la limite de 24 h ?)

 

et en tout état de cause et indépendamment des négociations prévues au point 1/, au plus tard le 31 décembre 2013,

(sic : dans le point 2  ce n’est plus 3 mois mais … 9 mois ?)

les dispositions ci-après s’appliqueront aux salariés qui sont employés à temps partiel dans les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, non couvertes par des clauses conventionnelles portant sur les dispositions du 1/ ci-dessus :

ANI suite point 2 2e alinéa : « la durée minimale d’activité est fixée à 24 h par semaine, (à l’exception du cas des salariés des particuliers employeurs ou des salariés âgés de moins de 26 ans et poursuivant leurs études) »

 

- Les salariés des particuliers employeurs

- Et les jeunes de moins de 26 ans poursuivant des études (l’allocation autonomie ne préoccupe guère les signataires de l’ANI)

- Et à l’exception des dérogations par accord prévu au 1/ précédent !)

Ca fait beaucoup pour une  « disposition » censée être « une conquête sociale de premier plan. »

 

ANI suite : « Une durée d’activité inférieure peut être prévue, à la demande écrite et motivée du salarié pour lui permettre de cumuler plusieurs employeurs afin d’atteindre au minimum la durée prévue au présent «

Là, une terrible brèche est ouverte .

- Car le salarié est subordonné : si l’employeur veut l’embaucher pour moins de 24 h il le pourra toujours. Il lui suffira de demander au salarié préalablement à l’embauche de solliciter… 10 h ou 15 h et le tour est joué. Comme le salarié voudra le boulot, il aura moins de 24 h… Et on constate que l’ANI tient à « permettre de cumuler plusieurs employeurs » pour… atteindre les 24 h plancher !

 

- Autre dérogation pour ne pas faire 24 h : « pour atteindre un temps plein » !…

 

ANI : Une durée d’activité inférieure peut être prévue, à la demande écrite et motivée du salarié  pour permettre un temps plein,

… ou pour faire face à des contraintes personnelles et à condition d’organiser le travail de façon à regrouper les horaires sur des journées ou des demi-journées régulières ou complètes ; (sic).

Cela fait quatre dérogations majeures aux 24 h plancher « Sans préjudice des accords de branche et d’entreprises mentionnés à l’accord L.3122-2 du code du travail, concernant le temps partiel, » et des accords qui auront lieu « pour les branches qui le souhaitent » avant trois mois ou au plus tard le 31 décembre 2013…

Si vous avez lu jusque là avec attention, vous savez que les 24 h ne sont pas d’ordre public social, ni « une grande conquête sociale » mais ils seront une passoire ! Mais ce n’est pas tout, le pire arrive :

Que dit ensuite Nadjat Vallaud-Belkacem ?

 

« Cette disposition est une conquête sociale de premier plan. Pourquoi ? Aujourd’hui l’accès aux droits sociaux obéit à des seuils définis de façon désordonnée et qui segmentent en deux le marché du travail. Les salariés qui réalisent de petits temps partiels n’ont accès ni aux indemnités journalières en cas de maladie, ni à une couverture chômage en cas de rupture du contrat, ni à la formation professionnelle. Les périodes travaillées ne sont pas validées au titre de la retraite. Désormais le petit temps partiel, celui qui n’ouvre pas de droits sociaux, ne sera autorisé qu’à titre dérogatoire si, et seulement si, une négociation de branche garantit par ailleurs l’accès à des droits sociaux corrects. Que les partenaires sociaux se soient attelés à améliorer les droits de ces femmes précaires est en soi un changement historique qu’il faut saluer pour ce qu’il est : la conséquence d’une volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes au travail et le fruit d’une méthode initiée lors de la grande conférence sociale qui continuera de produire ses effets ».

 

Désolé mais c’est du baratin, hélas !  Rien de tout cela n’est précisé, envisagé, évoqué dans l’ANI. Rien. Pure invention.

Et NVB se trompe totalement sur ce qui existait déjà :

NVB : « Les salariés qui réalisent de petits temps partiels n’ont accès ni aux indemnités journalières en cas de maladie, ni à une couverture chômage en cas de rupture du contrat, ni à la formation professionnelle »

 

Faux :

L’article L 3123 -11 prévoit déjà que : « Le salarié à temps partiel bénéficie des droits reconnus au salarié à temps complet par la loi, les conventions et les accords collectifs,  d’entreprise ou d’établissement sous réserve, en ce qui concerne les droits conventionnels de modalités spécifiques prévues par une convention ou un accord collectif de travail ».

Sans doute que la rédactrice ou le rédacteur de la tribune de la porte parole du gouvernement n’a pas pris le temps de vérifier !

NVB : « Les salariés qui réalisent de petits temps partiels n’ont accès ni aux indemnités journalières en cas de maladie, ni à une couverture chômage en cas de rupture du contrat, ni à la formation professionnelle. »

Non !

 

L’article L 3123 -12 prévoyait déjà que « pour la détermination des droits liés à l’ancienneté, la durée de celle ci est décomptée pour le salarié à temps partiel comme s’il avait été occupée à temps complet, les périodes non travaillées étant prises en compte en totalité »

Ou encore NVB :  « Les périodes travaillées ne sont pas validées au titre de la retraite. Désormais le petit temps partiel, celui qui n’ouvre pas de droits sociaux,

Non !

L 3123 – 13 prévoit déjà que : l’indemnité de licenciement et l’indemnité de départ à la retraite du salarié ayant été occupé à temps complet et à temps partiel dans la même entreprise sont calculées proportionnellement aux périodes d’emploi accomplies selon l’une et l’autre de ces deux modalités depuis leur entrée dans l’entreprise ».

Mais il y a pire :

L’ANI ouvre une autre brèche : car il prévoit que seront « renégociés »

- Le nombre et la durée des périodes d’interruption d’activité au cours d’une même journée la répartition de la durée du travail dans la semaine visant à permettre au salarié de compléter son temps de travail chez un autre employeur

 

 

Nous avions obtenu, dans la loi Aubry 2 de novembre 1999, janvier 2000 l’article L 3123 – 16 du CdT : l’horaire de travail du salarié à temps partiel ne peut comporter au cours d’une même journée, plus d’un interruption d’activité ou une interruption supérieure à deux heures. »

C’est une question vitale car les employeurs (dans la distribution notamment) arrivait à imposer deux ou trois plages horaires dans une journée, soit une amplitude de 11 h ou 12 h pour une salaire effectif de 5 ou 6 heures !

Le patronat avait fait rajouter qu’une convention ou accord collectif pouvait déroger à cette disposition

- soit expressément

- soit en définissant les amplitudes horaires pendant lesquelles les salariés doivent exercer leur activité et leur répartition dans la journée de travail, moyennant des contreparties spécifiques et en tenant compte des exigences propres à l’activité exercée » (art. L 3123 – 16, 2e alinéa)

et là, l’ANI renvoie à renégociation « - Le nombre et la durée des périodes d’interruption d’activité au cours d’une même journée ».  Le pluriel est un pur scandale !

Ce n’est pas tout :

L’ANI prévoit aussi la « renégociation » dans 3 à 9 mois ( ?) pour « les branches qui le souhaitent) du :

- « délai de prévenance préalable à la modification des horaires »

 

C’est une autre question-clef. Les délais de prévenance actuels sont normalement de 7 jours Mais ils peuvent être ramenés à 3 jours par « accord collectif ». En réalité cela est violé allégrement en pratique partout au détriment de la vie des femmes salariés : dans la grande distribution, ils ont l’habitude (dans le meilleur des cas) de donner un « planning » (changeant) le vendredi soir sur un bout de papier, qui fixe tous les horaires de la semaine suivante… rendant impossible d’organiser sa vie personnelle, familiale, à l’avance. Mais parfois ça change tout le temps…

Un contrat de travail est un « lien de subordination juridique permanent », c’est l’employeur qui décide…

Alors pourquoi l’ANI remet il en cause les délais de prévenance au lieu de rendre exceptionnelles les modifications, de rallonger les délais, de sanctionner les infractions ?

Ce n’est pas tout :

L’ANI ajoute :

 

Article 11 point 3 alinéa 1 :

« Un accord de branche étendu peut permettre, lorsque le salarié et l’employeur en conviennent…

 

Répétition : s’il en était besoin, ce n’est donc évidemment pas le salarié qui décide…

d’augmenter temporairement la durée du travail au moyen d’un avenant au contrat de travail intitulé « complément d’heures ».

 

Souplesse accrue !

 

Suite :  « Un accord de branche étendu détermine :

-       le taux de majoration éventuelle des heures incluses dans le « complément d’heures »

On retrouve le fait que les taux de 10 à 25 % ne sont pas… certains !

 

« - les conditions dans lesquelles seules les heures effectuées au-delà de la durée de travail définie par le « complément d’heures » ont le caractère d’heures complémentaires

Là, on craint de comprendre : ou bien la formule est foireuse ou bien elle est délibérément écrite pour laisser place à toutes sortes d’interprétations :

Cela veut-il dire que seules les heures faites en complément du « complément d’heures » seraient des heures complémentaires et qu’il n’y aurait aucune majoration – ni 10 % ni 25% -  sur ces « compléments d’heures » ?

Des « renégociations » selon l’ANI vont  prévoir (sic) :

- le taux de majoration des heures complémentaires, qui ne peut être inférieur à 25 % dès la première heure (sic)

Pourquoi est ce aussi incertain ? parce que des heures du « complément d’heure » ne seront plus… considérées comme des heures complémentaires… rappelons qu’il s’agit d’un « taux de majoration éventuelle » selon l’ANI…

- le nombre maximum de « compléments d’heures » par an par salarié, qui ne peut en aucun cas (ah oui ?…) être supérieur à huit

On peut supposer qu’il ne s’agit pas de huit heures en plus de la durée hebdomadaire du contrat, mais de huit périodes de « complément d’heures », (auquel cas tout est permis),

… hors cas de remplacement d’un salarié absent  nommément désigné (ah ! )

 

- les modalités selon lesquelles les salariés à temps partiel peuvent bénéficier prioritairement des « compléments d’heures ».

 

la rédaction est étrange, elle laisse penser que des salariés à temps complet pourraient en « bénéficier » (sic)

De plus, ces accords pourront (ils pourront…) également prévoir :

- la mise en place d’une procédure de demande (quel progrès, on frémit) de passage à plein temps d’un salarié à temps partiel,

- la possibilité pour l’employeur de proposer des emplois à temps complet de nature

différente.

(on ne frémit plus :  la « polyvalence » et la dé-classification pointent…)

Mais ce n’est pas tout :

Ani :  Sans préjudice des accords de branche et d’entreprises mentionnés à l’accord L.3122-2 du code du travail, concernant le temps partiel, qui ne pourront toutefois pas déroger au nombre minimum d’heures prévu au présent 2, lissées sur tout ou partie de l’année…

Le principe de l’égalité de traitement l’emportait jusque là, le salarié à temps partiel était un « mensuel » comme le salarié à temps plein…

Article L 3123 -10 du Cdt : la rémunération « est proportionnelle à celle du salarié qui, a qualification égale, occupe à temps plein un emploi équivalent dans l’établissement ou l’entreprise ».

L’ANI considère donc comme acquis le « lissage » du salaire sur tout ou partie de l’année… ainsi, sans doute, un salarié pourra faire des avances de salaires sur temps de travail à son patron, par huit paquets, huit fois par an…

NVB conclut :

« Que les partenaires sociaux se soient attelés à améliorer les droits de ces femmes précaires est en soi un changement historique qu’il faut saluer pour ce qu’il est : la conséquence d’une volonté de faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes au travail. »

 

il n’y a pas un seul pas en avant. Pas une seule amélioration. Pas une seule décision pour l’égalité homme femme, rien dans l’ANI sur l’égalité salariale. Que de la flexibilité en plus !

Le diable est dans les détails : ce qui vient d’être ici analysé sur le seul article 11 de l’ANI sur le temps partiel, on l’a fait sur chaque article. Il n’y a pas de formation professionnelle en plus, il n’y a aura aucun précaire en moins, etc…

Rien « d’historique » donc : ah si, historiquement, il n’y a pas eu un accord aussi catastrophique depuis très longtemps. Paragraphe par paragraphe, nous le démontrons.

Et nous demandons la vérité, pas le bluff… vous savez les salariés ne se feront pas abuser, c’est eux qui verront les bluffs et les dangers de l’ANI, eux qui verront qu’ils n’y gagnent rien… les effets d’annonce et les grandes phrases, les communiqués langues de bois, enjoliveurs, bluffeurs  n’y feront rien.

Si les lois sociales doivent reprendre les « accords sociaux », cela veut dire qu’elle épouseront toutes ce que veut le Medef ! C’est le cas !

On a un accord mauvais et minoritaire, il faut pour le transcrire, tenir compte de la majorité syndicale non signataire !

Gérard Filoche, le 28 janvier, 18 h.

 

 

 

 

Questions by Anastasia Giamali for AVGI affiliated to Syriza

Interview Questions by Anastasia Giamali for AVGI  affiliated to Syriza

1. You criticised the statements made by Comissioner Moscovici about Greece’s need to comply with Berlin’s demands for austerity. Why is that?

2. Could your criticism apply to the position taken by the french socialist government towards Germany’s demands?

3. One can notice two different approaches. A more « lenient » approach towards big countries leaving some space to breathe and a stricter one towards smaller countries, such as Greece and Cyprus that are being urged to conform  with austerity without taking into account the humanitarian crisis.

4. Listening to some socialist officials it is often hard to distinguish them from the conservative ones. What is the future of the socialist parties of Europe according to your opinion?

Αναστασία Γιάμαλη, Εφημερίδα ΑΥΓΗ

 

Interview de Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste

Réponse aux 4 questions posées :

Vous avez critiqué les commentaires du Commissaire Moscovici qui vient de déclarer que la Grèce devait se conformer aux exigences de Berlin en matière d’austérité. Pourriez-vous expliquer pourquoi?

Je suis membre du Bureau national du Parti socialiste depuis deux décennies et j’y ai donc très longtemps côtoyé, entre autres, Pierre Moscovici. Moi, je sais faire la différence entre la gauche et la droite, entre le progrès et la réaction, entre les salariés et l’oligarchie, entre le développement social et l’austérité. Cette différence, mon parti, normalement, sait la faire aussi : nous avons rédigé un « projet socialiste » et menée une campagne électorale gagnante contre la droite en mai juin 2012 ! Notre projet était une transformation sociale contre « notre ennemi la finance ». Nous voulions une redistribution des richesses pas un creusement des inégalités. Nous voulions reconstruire le code du travail, pas de le déconstruire. Nous voulions faire reculer le chômage, pas le développer. Nous voulions des grands services publics, pas privatiser. Nous voulions une grande reforme fiscale, pas des taxes injustes. Nous voulions une retraite à 60 ans, pas à 66 ans. Le problème est que tout ce que nous avions élaboré ensemble, voté ensemble, défendu ensemble, Pierre Moscovici, et ses amis, au gouvernement, ne l’ont pas fait en France et pas défendu en Europe face à Mme Angela Merkel et ses amis politiques.

Avec mes amis de la gauche socialiste, nous avons obtenu depuis le 18 février 2014, 40 % des voix du Bureau national contre cette politique d’austérité, de baisse du coût du travail, de cadeaux au patronat, et à la finance. Nous sommes donc opposés pour le prochain congrès du PS qui va se tenir les 6 et 7 juin 2015 à Pierre Moscovici et ses proches – avec une légitimité non négligeable.

Mais si nous menons le débat avec lui, il y a une chose qui nous scandalise et qui est hors du domaine du débat, c’est quand il va apporter le soutien à la droite dans votre pays. Ici nous défendons l’unité de toute la gauche, et chez vous, il est clair que Syriza représente aujourd’hui l’espoir de la gauche.

Pierre Moscovici sait bien qu’il ne saurait aller soutenir Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé sans se faire exclure du Parti socialiste et vilipender par la gauche entière. Pourquoi se permet il de le faire en Grèce ?  Pourquoi soutient il M. Dimas, et l’austérité chez vous contre la majorité de votre peuple ?  Alors qu’ici même, ses amis au gouvernement n’osent avouer publiquement que la politique qu’ils mènent est aussi de l’austérité ?  Et alors qu’elle est négative en tous points et qu’elle est rejetée de scrutin en scrutin par les électeurs de gauche ?  La présence de Pierre Moscovici à Athènes, s’immisçant dans le processus pré électoral, se parant de l’auréole de représentant nommé par la France à la commission européenne, pour aller donner des coups de poignards aux intérêts de votre peuple, me scandalise. Quand on est de gauche, on soutient la gauche, pas la droite. Quand on est de gauche on combat l’austérité de la finance de Mme Merkel, on ne la soutient pas.

 

2. Est-ce que vous étendriez votre critique au gouvernement français, en ce qui concerne son comportement par rapport aux exigences allemandes en matière d’austérité?

Oui, en France nous avions tout pour réussir, tous les pouvoirs, en 2012, dans les villes, les départements, les régions, au Sénat, à l’Assemblée nationale et la Présidence de la République. Assez de pouvoirs dans notre grand pays pour résister facilement à la finance si nous en avions la volonté. Mais au lieu de ça nous avons littéralement capitulé, sans vraiment mener combat, face aux financiers. Il a été prétexté comme chez vous, que la « dette » était trop grande, que les « déficits » devaient être réduits, et comme chez vous, en voulant « réduire les déficits », ils ont torpillé l’économie et augmenté la dette. Comme partout en Europe, capituler devant les exigences des banques, ça se traduit par une tragédie. Les banquiers il ne faut pas les flatter, il faut les mater. Ce sont les gouvernements élus qui doivent diriger la monnaie, pas les actionnaires anonymes et rapaces. Reprendre le contrôle démocratique de l’économie contre l’oligarchie, c’est la tâche de la gauche. La tâche de la gauche ce n’est pas de rétablir les marges, ni de grossir les dividendes. C’est de reprendre les dividendes, d’imposer la redistribution des richesses pour relancer l’économie.

3. On peut distinguer deux approches différentes. Une approche plus ‘laxiste’ à l’encontre des ‘grands’ pays à qui on donne le temps de ‘respirer’, et une autre plus stricte à l’encontre des ‘petits’ pays comme la Grèce ou Chypre qui doivent se conformer tout de suite aux exigences de la Commission, sans prendre en compte les effets humanitaires des politiques d’austérité. Qu’en pensez-vous?

Oui, bien sur, la finance n’a aucune pitié pour les peuples, aucune compassion pour ses victimes, elle ne s’arrête jamais, sauf si le rapport de force le lui impose. La finance c’est la grande peste noire, elle coure d’un pays à l’autre, tant qu’on ne lui oppose pas un puissant remède. Elle attise délibérément les crises tant qu’elle peut en retirer des marrons du feu. Elle prône la « dérégulation », la « souplesse », la « flexibilité » ce qu’elle baptise « réformes structurelles » parce que tout ce qui est déréglé augmente ses marges de manœuvre, affaiblit les défenses des salariés, augmente le chômage en accroissant les profits. Pour la combattre, il faut restaurer des lois, des droits, du contrôle, de la démocratie. Il faut la contraindre, il faut lui passer la corde autour du cou, même sans la serrer, car elle ne cède qu’aux rapports de force.

Alors dans l’Union Européenne, oui, les défenseurs de la rente ont attaqué en premier les pays les plus « petits » pays jugés plus vulnérables comme la Grèce ou Chypre. Mais ils n’ont pas hésité à généraliser l’exemple au Portugal, à l’Irlande puis à l’Espagne et l’Italie. Ils s’en prennent à la France et à la Belgique… La seule chose qui les freine, ce sont les mobilisations sociales et les échecs électoraux de la droite. Au printemps 2013, les Portugais ont été 1,5 million à manifester, et ils ont fait peur aux intégristes libéraux de l’UE. En ce moment, ce sont les belges qui, en grève générale, les effraient. Et vous, qui avez si vaillamment résisté, c’est la possible victoire électorale de Syriza à Athènes qui leur fait peur. On sent jusqu’à Paris, les ondes de votre potentielle victoire. Le jour est proche où ça basculera dans toute l’Europe et on s’apercevra alors que les espérances des peuples sont capables de donner matière à des soulèvements simultanés et généralisés. Vivement que la finance connaisse cette grande frayeur !

4. Quand on entend parler les dirigeants socialistes en Europe, on a du mal à voir ce qui les sépare de leurs homologues conservateurs. Quel est, selon vous, l’avenir de ces partis socialistes/sociaux-démocrates en Europe?

François Hollande faisait campagne en mai  2012 en exigeant que « la BCE prête directement aux états ». Il ne l’a plus jamais défendu depuis. Il défendait la lutte contre la fraude fiscale, contre la délinquance financière en criant « la République vous rattrapera » et puis il a nommé un homme au budget, Jérôme Cahuzac qui fraudait lui-même tout en mentant « les yeux dans les yeux ». Cela a fait un énorme scandale. Le problème de la social-démocratie c’est que son électorat est de gauche et attend des réponses de gauche. La droite, elle, a les coudées franches et cyniques, elle est le parti de l’oligarchie et de ceux, peu éduqués, qu’elle parvient à tromper. La gauche c’est le parti du salariat éduqué qui exprime ses revendications légitimes et espère que ses « chefs » vont lui donner satisfaction.  Ca fait à la fois la force et la faiblesse de la social démocratie : la force quand elle conquière le soutien de 70 % des salariés. La faiblesse quand elle les trahit et les voit se dresser contre elle. Pour aller jusqu’au bout des processus contre la dictature des financiers, et créer des conditions nouvelles, des espoirs et des réalisations, il faut que ces partis sociaux démocrates, soient transformés ou remplacés, entrainés ou balayés, dans un mouvement de toute la gauche unie. C’est ce mouvement de la gauche unie qui mettra en place un programme de transformation sociale dont les peuples rêvent. Le socialisme, de  ce point de vue, est une idée neuve.

 

 

 

De : anastasia <anastasia.giamali@googlemail.com>

Objet : Interview Questions for mr. Filoche for AVGI newspaper (SYRIZA affiliated)

Date : 19 décembre 2014 18:03:16 HNEC

À : « gerard.filoche@gmail.com » <gerard.filoche@gmail.com>

Dear mr Filoche,

My name is Anastasia Giamali, i am working for AVGI newspaper (affiliated to SYRIZA). Please find the questions below. It would be best if the answers did not exceed the maximum of 800 words. If I can have them by Sunday it would be great

Best Regards  Anastasia Giamal

Γκιγιόμ Μπαλάς- Ζεράρ Φιλός: Λάθος η παρέμβαση Μοσκοβισί. Αποτυχημένη η κυβέρνηση Ολάντ

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Επικριτικές αντιδράσεις των συντρόφων του Γάλλων Σοσιαλιστών προκάλεσαν οι δηλώσεις του επιτρόπου Οικονομικών της Κομισιόν Πιέρ Μοσκοβισί στη διάρκεια της επίσκεψής του στην Αθήνα. Η απροκάλυπτη παρέμβαση του επιτρόπου στα εσωτερικά της χώρας μας δεν έμεινε ασχολίαστη από τους Γκιγιόμ Μπαλάς, Ζεράρ Φιλός και Πολ Μποζιγιόν, μαρτυρώντας τη συνολική διαμάχη στους κόλπους του κόμματος για τη συνθηκολόγηση με τη νεοφιλελεύθερη ατζέντα, σε αντίθεση με το προεκλογικό πρόγραμμα με το οποίο ο Φρανσουά Ολάντ εξελέγη πρόεδρος.

  • Τα δύο στελέχη του Σοσιαλιστικού Κόμματος μιλούν στην « Α » για την απροκάλυπτη παρέμβαση Μοσκοβισί στα πολιτικά πράγματα της χώρας μας

Μιλήσαμε με τον ευρωβουλευτή Γκιγιόμ Μπαλάς και τον Ζεράρ Φιλός για την επίσκεψη Μοσκοβισί και για την αποτυχία της γαλλικής κυβέρνησης να κάνει πράξη όσα υποσχέθηκε προεκλογικά το 2012. Ο Γκιγιόμ Μπαλάς προέρχεται από τον χώρο του συνδικαλισμού (είναι καθηγητής εδώ και 17 χρόνια στα λεγόμενα « δύσκολα » προάστια) και ώς το 2014 ήταν πρόεδρος του Περιφερειακού Συμβουλίου του Ile de France. Ηγείται του εσωκομματικού ρεύματος με την ονομασία « Ένας κόσμος μπροστά ».

Ο Ζεράρ Φιλός είναι μέλος του Εθνικού Γραφείου του Σοσιαλιστικού Κόμματος και εκ των ηγετών της αριστερής του πτέρυγας. Υπήρξε στέλεχος της Επαναστατικής Κομμουνιστικής Λίγκας, διαγράφτηκε από αυτή για… απειθαρχία και «πυροβολεί» συχνά – πυκνά Ολάντ και Βαλ, τους οποίους κατηγορεί ότι βρίσκονται στη δούλεψη του μεγάλου κεφαλαίου.

ΣΥΝΕΝΤΕΥΞΕΙΣ ΣΤΗΝ ΑΝΑΣΤΑΣΙΑ ΓΙΑΜΑΛΗ

 

* Aσκήσατε κριτική στις δηλώσεις του επιτρόπου Πιέρ Μοσκοβισί περί Grexit και ανάγκης να συνεχιστούν οι μεταρρυθμίσεις και άρα η λιτότητα. Γιατί;

Γκιγιόμ Μπαλάς: Δεν αναφερόμουν στα αιτήματα για συνέχιση της λιτότητας ή στην εφαρμογή της λιτότητας, ακόμη κι αν θεωρώ απαράδεκτο τον κοινωνικό αντίκτυπο που έχει αυτή η άνευ προηγουμένου λιτότητα η οποία έχει επιβληθεί στην Ελλάδα και οδήγησε στην κατάρρευση των βασικών δημόσιων υπηρεσιών, όπως είναι το σύστημα Υγείας.

Επέκρινα ωστόσο το θετικό σήμα, την αποδοχή που εξέφρασε ως επίτροπος για το πρόσωπο ενός υποψηφίου για Πρόεδρο της Δημοκρατίας, διότι θεωρώ πως μια τέτοια θέση απαιτεί απόλυτη ουδετερότητα όταν πρόκειται για τοπικές ή εθνικές εκλογές σε μια χώρα κράτος – μέλος της Ε.Ε.

Πέρα από τη θεσμική ουδετερότητα, δυσκολεύομαι να κατανοήσω πως ένα μέλος του Σοσιαλιστικού Κόμματος μπορεί να στηρίξει έναν συντηρητικό υποψήφιο. Ήμουν και θα είμαι πάντα υπέρμαχος της ενότητας όλων των κομμάτων της Αριστεράς και της οργάνωσής τους. Είναι ο μόνος τρόπος για όλους εμάς στην Ευρώπη να διατηρήσουμε την αξιοπιστία μας προς τους ανθρώπους που μας εμπιστεύτηκαν.

 

Ζεράρ Φιλός: Είμαι μέλος του Εθνικού Γραφείου του Σοσιαλιστικού Κόμματος εδώ και δύο δεκαετίες και έχω επομένως συνυπάρξει, μεταξύ άλλων, και με τον Πιέρ Μοσκοβισί. Εγώ μπορώ να διακρίνω τη διαφορά ανάμεσα στην Αριστερά και τη Δεξιά, ανάμεσα στην πρόοδο και την αντίδραση, ανάμεσα στους εργαζόμενους και στην ολιγαρχία, ανάμεσα στην κοινωνική ανάπτυξη και τη λιτότητα. Κανονικά, και το κόμμα μου θα έπρεπε ξέρει να διακρίνει αυτή τη διαφορά: συντάξαμε ένα «σοσιαλιστικό σχέδιο» και κάναμε μια νικηφόρα εκλογική καμπάνια ενάντια στη Δεξιά τον Μάιο και τον Ιούνιο του 2012. Το σχέδιό μας περιελάμβανε μια κοινωνική μεταμόρφωση ενάντια «στον εχθρό μας, το χρηματοπιστωτικό σύστημα». Θέλαμε αναδιανομή του πλούτου και όχι εμβάθυνση των ανισοτήτων. Θέλαμε να αναδιαμορφώσουμε τον εργασιακό κώδικα, όχι να τον καταστρέψουμε. Θέλαμε να μειώσουμε την ανεργία, όχι να την αυξήσουμε. Θέλαμε μεγάλες δημόσιες υπηρεσίες και όχι ιδιωτικές. Θέλαμε να κάνουμε μεγάλη αναμόρφωση του φορολογικού συστήματος και όχι φορολογικές αδικίες. Θέλαμε συντάξεις στα 60 και όχι στα 66. Το πρόβλημα είναι ότι όλα αυτά τα οποία επεξεργαστήκαμε μαζί, ψηφίσαμε μαζί, υπερασπιστήκαμε μαζί, ο Πιέρ Μοσκοβισί και οι φίλοι του στην κυβέρνηση δεν τα εφάρμοσαν στη Γαλλία και ούτε τα υπερασπίστηκαν στην Ευρώπη απέναντι στην Άνγκελα Μέρκελ και τους πολιτικούς της φίλους.

 

* Η κριτική αυτή αφορά και τη στάση της γαλλικής σοσιαλιστικής κυβέρνησης απέναντι στις απαιτήσεις της Γερμανίας;

Γ.Μ.: Αρνούμαι να υποβαθμίσω την ευρωπαϊκή πολιτική σε μια αντιπαράθεση ανάμεσα σε κράτη – μέλη. Έτσι, δεν μιλώ ποτέ για «γαλλικές» ή «γερμανικές» θέσεις. Το μόνο είδος διαφωνίας που θα έπρεπε να υπάρχει θα πρέπει να γίνεται με πολιτικούς όρους. Από την αρχή της οικονομικής κρίσης, οι φιλελεύθερες – συντηρητικές δυνάμεις έχουν επιβάλλει τη γενίκευση των πολιτικών λιτότητας και την εφαρμογή διαρθρωτικών αλλαγών, οι οποίες στοχεύουν στην κατεδάφιση των κοινωνικών μοντέλων που έχουν οικοδομηθεί από τον Β’ Παγκόσμιο Πόλεμο και μετά. Η παρούσα κατάσταση στην Ευρώπη αποδεικνύει ξεκάθαρα πως η στρατηγική τους δεν δουλεύει: η ανεργία αυξάνεται σε απαράδεκτα επίπεδα σε Ελλάδα και Ισπανία, οι οικονομικές και κοινωνικές ανισότητες αυξάνονται εντός Ευρωζώνης, η μείωση της ανισότητας μοιάζει να ανήκει στις προτεραιότητες του παρελθόντος και το επίπεδο της φτώχειας ποτέ δεν ήταν υψηλότερο, ακόμη και στη Γερμανία, που φτάνει το 16%.

Μπορώ μόνο να μετανιώσω που τον Ιούνιο του 2012, μετά την εκλογή Ολάντ, δεν κράτησε την υπόσχεσή του να διαπραγματευτεί το Σύμφωνο Δημοσιονομικής Σταθερότητας και Ανάπτυξης, ώστε να εμποδίσει τον φαύλο κύκλο της λιτότητας που μειώνει την κατανάλωση, τις ιδιωτικές και δημόσιες επενδύσεις, προκαλεί ύφεση ή ρίχνει την ανάπτυξη σε μηδενικά επίπεδα.

Στο Ευρωκοινοβούλιο, όλα τα κόμματα της Αριστεράς αγωνίζονται για να δώσουν στα κράτη – μέλη αυτό το είδος της ευελιξίας στις κυβερνήσεις να συμβιβάσουν τη δημοσιονομική υπευθυνότητα με την ανάγκη να διατηρηθεί ένα επαρκές επίπεδο δημοσίων επενδύσεων για το καλό των επόμενων γενεών σε στρατηγικούς τομείς, όπως το περιβάλλον, η ανανεώσιμη ενέργεια, η ανάπτυξη της κοινωνικής και αλληλέγγυας οικονομίας… Αυτόν τον τρόπο θα πρέπει να ακολουθήσουν οι αριστερές κυβερνήσεις για την αποκατάσταση της αξιοπιστίας μιας Ευρώπης που θα ενεργεί προς το συμφέρον όλων των Ευρωπαίων.

 

Ζ.Φ.: Ναι, στη Γαλλία το 2012 είχαμε όλες τις πολιτικές δυνάμεις για να πετύχουμε: στους δήμους, τους νομούς, στη Γερουσία, την Εθνική Συνέλευση και την Προεδρία της Δημοκρατίας. Υπήρχαν αρκετές δυνάμεις στη μεγάλη χώρα μας για να αντισταθούμε στο χρηματοπιστωτικό σύστημα, εάν φυσικά είχαμε τη θέληση. Ωστόσο, αντί αυτού παραδοθήκαμε κυριολεκτικά χωρίς να διαπραγματευτούμε απέναντι στους τραπεζίτες. Αυτό το οποίο προβλήθηκε ως δικαιολογία, όπως και στη χώρα σας, είναι ότι το « χρέος » είναι πολύ μεγάλο, ότι τα « ελλείμματα » έπρεπε να μειωθούν και, όπως συνέβη και στην Ελλάδα, στην προσπάθεια να « μειωθούν τα ελλείμματα » καταστράφηκε η οικονομία και αυξήθηκε το χρέος. Όπως παντού στην Ευρώπη, η παράδοση στις απαιτήσεις των τραπεζών μεταφράζεται σε τραγωδία. Τους τραπεζίτες δεν πρέπει να τους κολακεύεις, αλλά να τους περιορίζεις και να τους ελέγχεις. Είναι οι εκλεγμένες κυβερνήσεις που οφείλουν να ελέγχουν το νόμισμα και όχι οι ανώνυμοι μέτοχοι και τα αρπακτικά. Καθήκον της Αριστεράς είναι ο δημοκρατικός έλεγχος της οικονομίας ενάντια στην ολιγαρχία. Το χρέος της Αριστεράς δεν είναι η περιθωριοποίηση της κοινωνίας, ούτε η αύξηση των συμφερόντων. Αντιθέτως, χρέος της είναι η ανάκτηση των συμφερόντων και η αναδιανομή του πλούτου για την επανεκκίνηση της οικονομίας.

 

* Υπάρχουν δύο μέτρα και δύο σταθμά. Μια πιο «ευέλικτη» προσέγγιση απέναντι στις μεγάλες χώρες και μια πιο σκληρή προσέγγιση απέναντι σε χώρες όπως η Κύπρος και η Ελλάδα, που καλούνται να υπακούσουν στη λιτότητα χωρίς να λαμβάνεται υπόψη ο κοινωνικός αντίκτυπος.

 

Γ.Μ.: Η σχετική σημασία μιας χώρας μπορεί να επηρεάσει τον τρόπο που της ασκείται πίεση από τους ευρωπαϊκούς θεσμούς. Είναι μια πραγματικότητα αυτή. Αυτή η «πραγματιστική» προσέγγιση επίσης αφορά και την Ιταλία και ήταν δύσκολο να της επιβληθούν αυστηρά δημοσιονομικοί κανόνες, που είναι ούτως ή άλλως αναποτελεσματικοί στο να οδηγήσουν την ήπειρό μας μακριά από την κρίση.

Νομίζω, επίσης, πως το συντηρητικό μέτωπο πλέον είναι περισσότερο διστακτικό σε ό,τι αφορά τις συνέπειες των πολιτικών λιτότητας στα κράτη – μέλη. Νομίζω πως τα φιλελεύθερα συντηρητικά κόμματα πλέον επικεντρώνονται σε δομικές μεταρρυθμίσεις, αντί στους μακροοικονομικούς δείκτες. Κατά μία έννοια, το όραμα είναι περισσότερο ιδεολογικό λόγω του γεγονότος ότι στόχος είναι μια απόλυτα ανοιχτή αγορά στην οποία τα συνδικάτα δεν θα έχουν καμία δύναμη, οι εργαζόμενοι δεν θα έχουν δικαιώματα, οι άνεργοι -χωρίς κανένα δίχτυ προστασίας- θα κάνουν οποιαδήποτε δουλειά, μειώνοντας έτσι τους δείκτες, δεν θα υπάρχουν δημόσιες υπηρεσίες… Σε μια αγορά όπου η Κυριακή θα είναι εργάσιμη μέρα…

 

Ζ.Φ.: Ναι, φυσικά, η οικονομία δεν δείχνει κανένα έλεος στους λαούς, καμιά συμπάθεια στα θύματά της, δεν σταματάει ποτέ, εκτός κι αν οι συσχετισμοί δυνάμεων της το επιβάλλουν. Η οικονομία είναι η μεγάλη πανούκλα, η οποία εξαπλώνεται από τη μια χώρα στην άλλη όσο δεν της αντιπαραβάλλουμε ένα δραστικό φάρμακο. Πυροδοτεί τις κρίσεις όσο δεν αναλαμβάνει « να βγάλει τα κάστανα από τη φωτιά ». Εκθειάζει την « απελευθέρωση » του οικονομικού τομέα, την « ελαστικοποίηση », την « ευελιξία », τις « δομικές μεταρρυθμίσεις ». Κι αυτό γιατί όλα αυτά τα οποία είναι απελευθερωμένα αυξάνουν την περιθωριοποίηση του εργατικού δυναμικού, αποδυναμώνουν την υπεράσπιση των εργαζομένων, αυξάνουν την ανεργία μεγαλώνοντας τα κέρδη. Για να πολεμήσουμε την οικονομία, πρέπει να δημιουργήσουμε νόμους, δικαιώματα, να επανακτήσουμε τον έλεγχο, τη Δημοκρατία. Πρέπει να περιορίσουμε την οικονομία, να της περάσουμε ένα κορδόνι στον λαιμό, ακόμη και χωρίς να το σφίξουμε, γιατί δεν παραδίνεται παρά μόνο στους συσχετισμούς των δυνάμεων.

Επομένως, στο πλαίσιο της Ευρωπαϊκής Ένωσης, ναι, οι υπερασπιστές του δανεισμού επιτέθηκαν αρχικά στις πιο « μικρές » χώρες που είναι πιο ευάλωτες, όπως η Ελλάδα ή η Κύπρος. Αλλά δεν δίστασαν να γενικοποιήσουν το μοντέλο στην Πορτογαλία, την Ιρλανδία, στη συνέχεια στην Ισπανία και την Ιταλία. Και σιγά – σιγά επιτίθενται στη Γαλλία και στο Βέλγιο. Το μόνο πράγμα που τους φρενάρει είναι οι κοινωνικές κινητοποιήσεις και οι εκλογικές αποτυχίες της Δεξιάς. Την άνοιξη του 2013, ενάμισι εκατομμύριο Πορτογάλοι διαδήλωσαν και προκάλεσαν φόβο στους φιλελεύθερους οπαδούς της Ε.Ε. Αυτή τη στιγμή είναι οι Βέλγοι, οι οποίοι, με τη γενική απεργία, τους τρομοκρατούν. Και σε εσάς, που τόσο γενναία αντισταθήκατε, είναι η δυνατή εκλογική νίκη του ΣΥΡΙΖΑ στην Αθήνα που τους φοβίζει. Αισθανόμαστε μέχρι το Παρίσι τα κύματα της πιθανής νίκης. Πλησιάζει η ημέρα που όλα θα ανατραπούν στην Ευρώπη και θα αντιληφθούμε τότε πως οι προσδοκίες των λαών είναι ικανές να υλοποιήσουν ταυτόχρονο και γενικό ξεσηκωμό. Ας γνωρίσει σύντομα η οικονομία τον μεγάλο αυτό φόβο.

4. Ακούγοντας μερικούς σοσιαλιστές αξιωματούχους είναι συχνά δύσκολο να τους ξεχωρίσουμε από τους συντηρητικούς. Τι μέλλον έχουν τα σοσιαλιστικά κόμματα στην Ευρώπη κατά τη γνώμη σας;

 

ΓΜTo μέλλον των σοσιαλιστικών κομμάτων για μένα είναι ξεκάθαρο:

  1. Πρέπει να αυξήσουμε την ενότητα του κινήματος σε ευρωπαϊκό επίπεδο, οι κοινές αξίες πρέπει να έχουν συγκεκριμένη εφαρμογή μέσω οικονομικού και κοινωνικού συντονισμού όταν κυβερνάμε. Στην διάρκεια των δύο τελευταίων δεκαετιών, η συλλογική μας αποτυχία ήταν το ότι επιλέγαμε να εφαρμόζουμε οικονομικές και κοινωνικές πολιτικές σε εθνικό επίπεδο από τις οποίες επωφελούνταν μόνο οι δικές μας χώρες.
  2. Πρέπει να λάβουμε σοβαρά υπόψη και να υιοθετήσουμε τις μελέτες για την κλιματική αλλαγή και να έχουμε περισσότερες προτάσεις για το ζήτημα. Πρέπει να μειωθούν οι εκπομπές του διοξειδίου του άνθρακα και να παλέψουμε ενάντια στην κλιματική αλλαγή βάζοντας φιλόδοξους ευρωπαίκούς στόχους που θα πρέπει να γίνονται σεβαστοί σε ευρωπαϊκό και παγκόσμιο επίπεδο. Πρόκειται για μια πρόκληση που είναι παράλληλα και ευκαιρία για να αναγεννηθεί το παραδοσιακό σοσιαλδημοκρατικό όραμα. Το πιο σημαντικό πολιτικό ερώτημα στο όποίο καλούμαστε να απαντήσουμε είναι το εξής: πως μπορούμε να ικανοποιήσουμε τις κοινωνικές και οικονομικές ανάγκες των πιο αδύναμων μερίδων της κοινωνίας με όταν οι φυσικοί πόροι στερεύουν και τι πολιτική θα εφαρμόσουμε ώστε να αλλάξουμε το μη βιώσιμο καταναλωτικό μοντέλο ώστε να μειωθεί το το οικολογικό μας αποτύπωμα ;
  3. Να κρατήσετε τις υποσχέσεις που κάνετε προεκλογικά. Ίσως αυτή είναι η μόνη συμβουλή που μπορώ να δώσω στον Αλέξη Τσίπρα!

 

 

ΖΦ Στην προεκλογική καμπάνια του Μάιου του 2012, ο Φρανσουά Ολάντ απαιτούσε « η ΕΚΤ να δανείζει απευθείας στα κράτη ». Έκτοτε δεν το υπερασπίστηκε ξανά. Υπερασπιζόταν τον αγώνα ενάντια στην φοροδιαφυγή και στο οικονομικό έγκλημα φωνάζοντας « η Δημοκρατία θα σας σταματήσει » και στη συνέχεια όρισε στον προϋπολογισμό τον Ζερόμ Καουζάκ, ο οποίος ο ίδιος φοροδιέφευγε ψευδόμενος . Αυτό προκάλεσε τεράστιο σκάνδαλο. Το πρόβλημα της σοσιαλδημοκρατίας είναι ότι το εκλογικό της σώμα είναι αριστερό και περιμένει αριστερές απαντήσεις. Η δεξιά, έχει την απόλυτη ελευθερία κινήσεων κυνισμού, είναι το κόμμα της ολιγαρχίας και εκείνων, χαμηλής μόρφωσης, τους οποίους καταφέρνει να εξαπατήσει. Η αριστερά είναι το κόμμα των μορφωμένων εργαζομένων οι οποίοι εκφράζουν τις νόμιμες διεκδικήσεις τους και ελπίζουν ότι τα « αφεντικά » θα τους ικανοποιήσουν. Αυτό αποτελεί συγχρόνως την δύναμη και την αδυναμία της σοσιαλδημοκρατίας: δύναμη όταν κατακτά την υποστήριξη του 70% των εργαζομένων, Αδυναμία όταν τους προδίδει και τους βλέπει να στρέφονται εναντίον της. Για τον αγώνα ενάντια στη δικτατορία της οικονομίας και τη δημιουργία νέων συνθηκών και ελπίδων, πρέπει τα σοσιαλδημοκρατικά αυτά κόμματα να μεταμορφωθούν ή να αντικατασταθούν, να αναδιοργανωθούν στο πλαίσιο του κινήματος όλης της ενωμένης αριστεράς. Είναι το κίνημα της ενωμένης αριστεράς το οποίο θα υλοποιήσει το πρόγραμμα της κοινωνικής μεταμόρφωσης που οι λαοί ονειρεύονται. Ο σοσιαλισμός, υπό το πρίσμα αυτό, είναι μια καινούρια ιδέα.

 

 

 

 

(Μετάφραση της συνέντευξης του Ζ. Φιλός: Χαρά Καπλάνη)

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Pierre Joxe contre la déconstruction du code du travail

Dans un débat sur Médiapart   http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/121214/travail-en-miettes-chomage-de-masse-ce-soir-20h30-en-direct-de-mediapart

Pierre Joxe s’exprime dans une excellente vidéo de 36′

extraits par http://antennerelais.canalblog.com/archives/2014/12/19/31169204.html

Une déconstruction du droit du travail

à 8’02 de la vidéo :

Pierre Joxe : « Le mouvement qui a lieu en ce moment en France (pas seulement en France, pas seulement depuis deux ans) est un mouvement je dirais de déconstruction du droit du travail. Le droit du travail est un droit d’exception, c’est un droit qui dit « non » au code du civil, qui dit « non » au droit classique, au droit du libéralisme, qui dit « non la liberté n’est pas complète » : on ne peut pas embaucher des enfants dans les usines (1834), on ne peut pas embaucher des femmes dans les mines, etc. C’est un droit d’exception qui repose sur une action collective, on l’a vu depuis un siècle : tout le droit du travail a progressé sous la pression d’actions syndicales. »

à 9’25 :

Pierre Joxe : « Aujourd’hui depuis quelques années, en France, on assiste à une déconstruction. Pas un recul, pas une démolition c’est un mot exagéré : déconstruction, effritement du droit du travail. C’est plus avancé dans d’autres pays (en Angleterre c’est très avancé), mais en France il y a une espèce d’accélération récente – on va je pense en parler de cette loi qui concerne souvent le droit du travail et qui n’associe même pas le ministre du Travail. »

à 9’55 :

Pierre Joxe : « Le droit du travail est un droit qui ne met pas la priorité au contrat, mais qui dit : la loi s’impose au contrat. C’est la loi qui protège, car le contrat peut asservir (dans le Code civil il était dit que le patron était cru sur sa parole alors que l’ouvrier devait apporter la preuve, ça a duré un demi-siècle comme ça). Le droit du travail est un droit qui dit : non le contrat n’est pas la loi des parties, sauf si ce contrat respecte la loi. Quelle loi ? La loi qui limite la durée du travail ; les enfants, le repos hebdomadaire etc. On assiste à un mouvement inverse, voulant rendre au contrat (de travail ou collectif) la fonction qui a été conquise par le droit du travail, par la loi. Et ça c’est un phénomène étrange! »

 

La « loi Macron »

à 10’50 :

Pierre Joxe : « On parle d’une loi sous son nom (« loi Aubry », « loi Auroux ») lorsqu’elle a été votée et promulguée. Pour l’instant on a un projet de loi [...]. »

à 12’24 :

Pierre Joxe : « [...] Il y a eu des éléments précurseurs. On aurait du s’alarmer lorsqu’on a lu dans un journal il y a un an, signé par un certain nombre de députés socialistes (3) – dont Le Guen qui est devenu ministre des Relations avec le Parlement -, je cite : « Il faudra que Hollande s’attaque à un redoutable tabou national, celui des rigidités d’un code du travail qui est devenu un puissant répulsif de l’emploi ». Qu’une dizaine de députés socialistes puisse signer – un siècle après la création par Clémenceau du premier ministère du Travail, un siècle après le premier code du travail, un siècle après les premières grandes lois sur le repos hebdomadaire, sur la durée du travail – puisse signer un document disant que le code du travail est un « puissant répulsif » et que c’est un « tabou national » qu’il faut démolir, c’est stupéfiant. »

(3) Pacte: dix parlementaires PS saluent le « pari audacieux » de Hollande (AFP)

à 13’34 :

Pierre Joxe : « Quelques années auparavant, Madame Parisot alors présidente du MEDEF disait : « Nous préconisons une réforme de la Constitution afin de reconnaitre le droit à la négociation, et de permettre aux représentants des employeurs et des salariés de fixer les modalités d’application des principes fondamentaux du droit du travail, du droit syndical et de la sécurité sociale. » ça c’était il y a une dizaine d’années. Donc cette idée qu’il faut retirer au règne de la loi, aux représentants de la souveraineté nationale, la responsabilité, le devoir de fixer les règles dans le domaine du droit du travail, c’est une idée qui chemine lentement en France depuis quelque temps. »

à 14’18 :

Pierre Joxe : « [...] avec cette nouvelle loi ["Macron"] on est d’autant plus stupéfait qu’on y trouve des choses ahurissantes [...]. Par exemple concernant la pénalisation de l’entrave. Le délit d’entrave [c'est] empêcher des délégués syndicaux, des représentants du personnel, de remplir leur mission, c’est un délit – le droit du travail c’est aussi en partie un droit pénal : le patron qui fait entrave au fonctionnement du droit du travail, en particulier aux institutions représentatives qui ont été développées depuis la Libération, il peut être condamné à des peines, y compris de prison (c’est très rare). L’article 85 du projet de loi ["Macron"] prévoit que par ordonnance (donc évitant le débat public), le gouvernement pourrait réviser la nature et le montant des peines et des sanctions applicables en cas d’entrave. C’est à dire qu’on envisage de réduire le système des pénalités d’entrave, alors que ni la loi d’amnistie de 1981, ni la loi d’amnistie de la droite en 1995, ni la loi d’amnisite de 2002, n’ont porté atteinte à cette espèce de règle un peu mythique mais qui quand même dit que si un employeur viole le droit du travail dans certaines conditions, en particulier en faisant entrave au fonctionnement des institutions, il peut être condamné. ça va être retiré. Moi je ne comprends pas. Je pense que le débat aura lieu, mais là comme c’est prévu par ordonnances, on voit bien que ça veut fuir le débat. Je pense que ce débat doit être porté très largement [...]. »

 

Le travail le dimanche

à 19’22 :

Pierre Joxe : « [...] L’existence du travail le dimanche est nécessaire ; parce qu’il y a les hôpitaux, les transports en commun, sans parler de la police etc. Mais le développement du travail du dimanche, dans le commerce (le commerce est la grande activité principale dans laquelle il y a les salariés les plus faibles, les moins qualifiés, les plus nombreux, les plus « remplaçables »), le développement du travail du dimanche est exclusivement destiné aux intérêts des groupes de la grande distribution. Exclusivement ! Pas principalement : exclusivement ! [...] Là aussi on ne comprend pas très bien. [...] »

 

Manuel Valls Premier ministre

à 21’13 :

Pierre Joxe : « [...] les conditions dans lesquelles fonctionne le gouvernement actuel sont aussi surprenantes, puisque le Parti Socialiste avait choisi un candidat (pas parmi trois), un seul avait eu un résultat très faible dans l’investiture primaire, c’était Valls, avec 5%. Evidemment deux ans après quand il gouverne la France, beaucoup de gens sont surpris. C’est comme ça, ça fait partie du jeu institutionnel et des surprises que l’on peut avoir. Mais la gauche dans son programme n’a jamais envisagé des réformes du droit du travail [comme celles] envisagées aujourd’hui. »

 

« à contre-emploi de notre histoire »

à 22’05 :

Pierre Joxe : « Les problèmes fondamentaux du droit français sont très anciens, c’est les droits de l’Homme. Mais les droits de l’Homme ont été considérablement transformés au cours du 19ème et du 20ème siècle avec l’introduction du droit social. La démocratie libérale n’aime pas le droit social. La France a progressé dans la voie du droit social avec Jaurès, avec Clémenceau, avec les assurances sociales, avec le Front Populaire, avec la Libération etc. C’est une construction continue, par étapes, par palliers, qui va dans le sens d’un progrès – à tel point que quand on va à l’étranger, les manuels français du droit du travail, l’histoire du droit du travail, elle est connue. Là on est à contre-emploi de notre histoire, on est dans une phase qui héberlue n’importe qui. On est à contre-emploi car la gauche n’a pas été élue pour faire une politique aussi surprenante. Surprenante parce que elle ne va pas du tout dans le sens de l’histoire de la gauche. Je pense que c’est quelque chose qui va se débattre dans les semaines qui viennent [...]. Je n’ai pas d’explication sur ce qui se passe en ce moment. Une grande partie des français, même pas seulement de gauche, ne comprend pas très bien ce qui se passe. [...] Je pense qu’il va y avoir une profonde réflexion [...] qui commence seulement maintenant, en particulier avec ces lois qui sont tellement à contre-courant de l’histoire de notre droit social. »

Posté par antenne_relais à 15:24 – Commentaires [0] – Permalien [#]

Selon Manuel Valls : le bonheur est dans la « pré-distribution »

 

Par Jean-Jacques Chavigné

Dans son discours du 10 décembre, devant la Fondation Jean Jaurès, Manuel Valls tentait de sauver le soldat Macron, en volant au secours de sa « loi pour la croissance et l’activité ». Il faisait donner l’artillerie conceptuelle lourde, en reprenant à son compte la notion de « pré-distribution », empruntée au discours du dirigeant travailliste britannique, Ed Miliband.

Devant une dizaine de ministres socialistes, faisant tapisserie sur l’estrade pour bien montrer que cette loi n’était pas celle du seul Emmanuel Macron, Manuel Valls assénait trois affirmations.

Chacune de ces affirmations s’avère erronée ou en complète contradiction avec la réalité économique et sociale, et surtout, avec la politique menée par Manuel Valls.

1ère affirmation : « Je vois un manque d’ambition, et même une impasse stratégique, à ne penser l’égalité qu’à travers la redistribution fiscale »

Pourquoi pas ? Mais quel rapport peut bien avoir cette affirmation avec la réalité politique de ces 15 dernières années et la politique menée par Manuel Valls ? Loin de rechercher « l’égalité à travers le redistribution » c’est une redistribution des richesses à l’envers, des salariés, des chômeurs, des jeunes, des retraités, des familles vers les grandes sociétés, que nous subissons depuis plus de 12 ans et que la politique de Manuel Valls ne cesse d’aggraver.

Contrairement à ce qu’affirme Manuel Valls, ce n’est pas l’augmentation des dépenses qui a provoqué l’augmentation de la dette publique

Les dépenses publiques n’ont que très légèrement augmenté, en pourcentage du PIB, du fait de la crise économique provoquée par l’éclatement de la bulle financière, en 2007-2008. Sans cette légère augmentation, la crise économique aurait été beaucoup plus grave et la dette publique encore plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

C’est la baisse continue depuis plus de 15 ans des impôts des riches et des sociétés qui est à l’origine de l’augmentation de la dette publique.

C’est grâce à l’« optimisation » fiscale qui coûte 80 milliards d’euros, chaque année, aux finances publiques.

Grâce, aussi, aux niches fiscales accordées aux grandes entreprises car, contrairement au 9ème engagement de François Hollande, les plus importantes niches fiscales des sociétés n’ont pas été remises en question. Elles représentent pourtant des manques à gagner d’une ampleur considérable pour les finances publiques[1] : 34 milliards d’euros (en 2009) pour le « régime des sociétés mères-filiales » ; 18 milliards d’euros pour le « régime d’intégration fiscale »… Pire, le « pacte de compétitivité » de Jean-Marc Ayrault et le « pacte de responsabilité » de Manuel Valls ont créé une nouvelle niche fiscale et sociale (exonérations de cotisations sociales pour les entreprises) de 41 milliards d’euros supplémentaires !

L’augmentation de la TVA (l’impôt le plus injuste) à la fin de 2012, participe, elle aussi, de cette redistribution fiscale à l’envers.

Quant à la rente, dont Manuel Valls, se prétend l’ennemi, elle n’a jamais été aussi prospère

L’Etat a versé 52 milliards d’euros (le 2ème budget de l’Etat), en 2014, pour payer les intérêts d’une dette publique qui est le produit de la baisse des impôts des riches et des sociétés.

L’Etat a dû emprunter aux rentiers ce que les riches et les sociétés (souvent les mêmes que les rentiers) ne payaient plus sous forme d’impôt. L’Etat doit maintenant payer les intérêts de ces emprunts.  L’Etat a donc, en toute connaissance de cause, perdu sur tous les tableaux !

Il est évident que « penser l’égalité » à travers une telle redistribution fiscale à l’envers ne pouvait mener qu’à « l’impasse stratégique »  évoquée par Manuel Valls.

 

2ème affirmation : « Il nous faut intervenir en amont, prévenir les inégalités plutôt que nous contenter de les corriger, toujours en retard et souvent à la marge »

Là encore, pourquoi pas ? C’est d’ailleurs ce que propose le véritable créateur du concept de « pré-distribution », l’universitaire de Yale, Jacob Hacker[2]. Mais en quoi la politique de Manuel Valls a-t-elle quelque chose à voir avec les propositions de cet universitaire : « une meilleure régulation financière, un contrôle accru des salariés sur la gouvernance des entreprises, des droits sociaux pour les travailleurs, le plein emploi.. »

La politique menée par Manuel Valls est à l’exact opposé de ces préconisations

 

A cause de l’intervention du gouvernement français, la taxe européenne sur les transactions financières a été vidée de son contenu. La loi bancaire ne cantonne que 1,5 % de l’activité des banques dans des filiales spéculatives. Voilà pour la « régulation financière » !

 

Le chômage ne cesse d’augmenter du fait des politiques d’austérité et de « réformes structurelles ».  Manuel Valls n’est pas vraiment, non plus, en première ligne pour exiger que le plein emploi soit le principal objectif de la Banque centrale européenne.

 

Ce n’est pas la désignation de deux représentants des salariés dans 229 entreprises de plus de 5 000 salariés, prévue par la loi Sapin de juin 2013, qui changera quoi que ce soit à la « gouvernance » des entreprises. Le projet de loi Macron prévoit, d’ailleurs, de réduire le rôle des instances représentatives du personnel et donc le « contrôle des salariés ».

 

La loi Macron, après toutes les concessions déjà faites au Medef par la loi Sapin de juin 2013, s’attaque de nouveau aux droits sociaux des salariés du secteur privé : nouvelle facilitation des licenciements ; augmentation des possibilités de faire travailler des salariés le dimanche ou la nuit, sans aucune contrepartie prévue par la loi ; mise à mal de l’indépendance de l’inspection du Travail et des tribunaux prud’homaux…

 

Si Manuel Valls ne se payait pas seulement de mots, il prendrait, comme il le prétend, la question de l’égalité à la racine

Il s’attaquerait à la répartition primaire des revenus entre salaires et profits. Il rétablirait ce qu’était cette répartition avant que la politique néolibérale ne permette aux profits, entre 1983 et 1989, de gagner 9 points de la richesse nationale annuelle (180 milliards d’euros en 2014) aux dépens des salaires et de les conserver, vaille que vaille, depuis.

 

3ème affirmation : « L’égalité, c’est bien sûr corriger. Mais c’est aussi, et je dirais surtout, donner à chacun les mêmes chances »

L’égalité des chances est une notion de droite. Ce qui est de gauche, c’est l’égalité des droits.

L’égalité des droits

L’égalité des droits, c’est le droit à un travail et à un salaire décent, le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes, le droit à un véritable logement, le droit à un accueil décent pour tous les immigrés, le droit à l’égalité entre les territoires, le droit à un travail stable, le droit à une retraite qui ne se réduise plus comme une peau de chagrin, le droit à l’égalité des soins, le droit à des services publics de qualité, le droit à l’enseignement…

Des droits qui ne doivent pas rester formels mais qui doivent s’exercer concrètement. Le droit à l’enseignement, par exemple, exige que des moyens supplémentaires considérables soient mis en œuvre pour permettre à des jeunes issus de milieux défavorisés de suivre le même cursus scolaire que ceux qui sont issus de milieux où le capital culturel est bien plus important. Le contraire de la politique des « pôles d’excellence ».

 

L’égalité des chances

L’égalité des chances, c’est considérer qu’une fois que tout le monde a été mis sur la même ligne de départ, l’égalité est réalisée. Qu’importe si certains ont un handicap de 100 kilos sur les épaules ou s’ils doivent emprunter des chemins infiniment plus difficiles !

L’égalité des chances, c’est ce que préconise, par exemple, le projet de loi Macron pour que chacun ait les mêmes « chances » de pouvoir voyager : ceux qui en ont les moyens voyageront en TGV, en 1ère ou en 2ème classe. Pour ceux qui n’ont pas ces moyens, le projet de loi réintroduit la 3ème classe : les voyages en autocar, sans souci du confort, de la rapidité, de la pollution ou des accidents de la route.

La seule politique d’égalité dans ce domaine est une politique de gauche qui permette à chacun de voyager dans le confort et la sécurité à des prix abordables. Cette recherche de l’égalité dans le transport en commun exige l’arrêt de la privatisation larvée de la SNCF, de sa mise en concurrence avec un secteur privé qui n’a qu’un unique objectif, le profit. Seule la redistribution, grâce à l’impôt, peut assurer l’égalité en assurant des transports en commun à des prix qui soient à la portée de tous.

L’utilisation de la notion de « pré-distribution » a une double utilité pour Manuel Valls

Elle lui permet, tout d’abord, de continuer la redistribution des richesses à l’envers en prétendant que la redistribution des richesses à l’endroit, des riches et des sociétés vers les salariés, les retraités, les jeunes, les chômeurs et les pauvres, ne permettrait pas de faire reculer les inégalités.

Elle ne l’engage, ensuite, à strictement rien de concret en termes de « pré-distribution ». La seule proposition de Manuel Valls est un « compte social universel qui rassemblerait pour chaque individu l’ensemble des droits portables destinés à sécuriser son parcours professionnel ». » Nul doute qu’un tel compte connaîtrait le sort réservé au « compte pénibilité ». Ce dernier, adopté en contrepartie de l’allongement de six mois de la durée de cotisation pour la retraite, est progressivement vidé de tout contenu par le gouvernement de Manuel Valls, sous la pression du Medef. Le « compte social universel » de Manuel Valls revient, à demander aux salariés de lâcher la proie pour l’ombre.

Ce détournement de la notion de « pré-distribution » n’est en fin de compte, pour Manuel Valls, qu’un très vague habillage prétendument « de gauche » pour masquer la politique néolibérale menée par son gouvernement.

 


[1] Assemblée nationale – Rapport d’information déposé par la Commission des Finances, présenté par M. Gilles Carrez, rapporteur général, député, 30 juin 2010.

 

[2] Voir, à ce propos, l’article de Mathieu Magnaudeix dans Médiapart, le 11 décembre 2014.

Mon intervention au CN du PS samedi 13 décembre 2014

Reconquérir les municipalités pour 2020 ? Recruter 500 000 adhérents pour 2017 ?  Bien, bien, il faut s’organiser ! Toujours s’organiser, mieux… notre parti doit être un parti de militants, pas d’adhérents virtuels, qui viennent voter une fois tous les trois ans. Il faut convaincre, influencer physiquement la société,  à commencer par les entreprises, les bureaux, les quartiers, banlieues, villes et villages… Je suis pour les beaux organigrammes qui nous ont été présentés,  mais vous savez comme moi que ça ne fonctionne pas sans dynamique politique : le carburant, c’est les idées de gauche, les désirs de gauche, les avancées sociales…  et je le dis, ça me chagrine qu’on renonce à ce que les militants soient présentés en section avant de pouvoir être membres réellement. Je proposerai même l’inverse : que les militants aient au moins participé à deux réunions de débat, sur les contributions et les motions. Sinon, s’ils n’ont pas participé au débat, qu’ils n’aient pas le droit de voter pour le congrès… Trop facile de venir en touriste ou en client, et de voter sans militer, sans échanger avec les autres socialistes… Ce n’est pas la télé qui forge nos idées, mais les discussions entre nous.

 

Bien ; mais pour gagner 500 000 adhérents, combien en avons-nous aujourd’hui ? Et si nous en perdons alors que nous sommes au pouvoir et  qu’il y a à peine plus de deux ans, nous dirigions tout le pays, c’est que nous rencontrons  un problème qui n’est pas d’organisation… mais bel et bien politique. On ne peut pas influencer et recruter en faisant une politique contraire à nos idéaux, à notre projet socialiste, à nos traditions, à nos électeurs. Voilà pourquoi nos électeurs se réfugient dans l’abstention : ils sont mécontents et ça va s’aggraver avec la loi ou ordonnance Macron. C’est une loi qui dérégule, et on sait tous que la dérégulation, ça veut dire chômage, reculs de droits et de salaires. Ce sont les pays pauvres qui dérégulent. Ce sont les pays riches qui régulent. Déréguler, flexibiliser, c’est nuire à la compétitivité, à la productivité, c’est seulement augmenter les dividendes des actionnaires au détriment des salariés, ce qui produit toujours du chômage.

 

D’ailleurs, la preuve du pudding c’est quand on le mange. On l’a vérifié. La loi Macron nous vante le travail de nuit : mais le travail de nuit, il a été dérégulé en France,  par nous, en 1992, et autorisé pour les femmes. Ce, en suivant des directives erronées de l’UE et de la CJCE, et alors même que l’OIT nous préconisait avec justesse, autorité et légitimité, de ne pas le faire. Mais bon, le travail de nuit a été autorisé pour les femmes, Un million de femmes ont été frappées de plein fouet par cette nuisance. Elles sont aujourd’hui plus de 9 % à être des travailleuses de nuit : deux fois plus qu’il y a 20 ans ! Et il y a un million et demi de chômeurs de plus ! Et Macron nous propose, dans sa nouvelle et maudite loi libérale, de travailler « en soirée » : ça n’aura pas plus de résultats !

 

Il en va de même pour le dimanche : nous nous étions opposés à la loi Giraud, dite « loi quinquennale »,  en 1993, qui devait créer de l’emploi en passant de 3 dimanches d‘ouverture à 5. Résultats : ni emplois, ni chiffres d’affaires, ni meilleurs salaires. Alors pourquoi en proposer 12  ou 7 ? Notre parti a fait de très belles campagnes contre la loi Maillé, dix de nos actuels ministres l’ont combattu, on a défendu la civilisation en défendant le repos du dimanche collectif, commun, convivial, familial, associatif, culturel, (sauf pour les métiers contraints, nécessaires ce jour-là). Il faut un temps de rencontre, de vie commune qui rythme la semaine de toute société ; sinon elle régresse, se renferme, s’atomise…  Sinon, des femmes pauvres et précaires et des étudiants désargentés qui s’y colleront, ce sera le caddie pour les salariés au supermarché, et le caddie au golf pour leurs patrons et actionnaires… Les conséquences pour la famille, les enfants, vous les mesurez ?

On sait tous que ça n’aura aucune portée économique, ça n’élèvera aucun chiffre d’affaires ; même les magasins déjà ouverts actuellement en infraction vendent moins le dimanche que les autres jours. Si tous sont ouverts, ils seront vides, et puis ce qui sera vendu le dimanche ne le sera pas le lundi, un emploi précaire créé le dimanche sera supprimé le mardi… D’ailleurs si la loi Macron REFUSE de prévoir une majoration de salaire le dimanche, c’est bien pour ça. Car elle le REFUSE ! Qu’on n’essaie pas de manipuler l’opinion en faisant croire à un salaire majoré, alors que c’est renvoyé à  la négociation, à des accords ultérieurs et il n’en sera rien, bien sûr…

On nous dit que c’est pour le tourisme, mais la mairie de Paris a  fait l’analyse : les touristes chinois restent 6 jours et demi, et leurs tours opérateurs prévoient, comme pour les Occidentaux qui vont à Pékin, une matinée ou un après-midi pour faire des courses, et pas le soir. Et s’ils achètent  du parfum ce ne sera pas le soir aux Champs-Elysées, mais en duty free à l’aéroport, surtout si en plus on vend les aéroports à des fonds chinois…

Faire vendre du parfum le soir, est-ce utile ?  Le seul résultat c’est que les vendeuses rentreront à 2 h du matin en banlieue, bien après que leurs patrons auront fini de souper après le théâtre…

Mais la loi Macron, ce n’est pas seulement faire bosser des pauvres gens le dimanche et la nuit ; c’est faciliter les licenciements, c’est accroître les concessions déjà faites dans l’ANI et la loi du 14 juin 2014, pour licencier sans procédure et sans motif, de façon boursière et abusive. L’ANI et la loi du 14 juin n’ont pas « sécurisé l’emploi » du tout : il y a 250 000 chômeurs de plus, les plans sociaux ont été systématiquement homologués sur ordre du ministère, à un point tel que même les TA les jugent expéditifs, illégaux et les retoquent. L’ANI avait modifié l’ordre des critères sociaux de licenciement individuels qui étaient quatre, critères sociaux, critères d’ancienneté, critères de qualification, critères de postes ; la loi Macron supprime ces critères carrément ! On a mis 25 ans à ce qu’il y ait une jurisprudence pour qu’un plan social soit apprécié au niveau du groupe et pas de l’établissement, et voilà que la loi Macron supprime ce progrès et décharge les groupes de leurs responsabilités, puisque c’est renvoyé à l’entité de base. Et même si le salarié parvient encore à saisir les prud’hommes, (car les prud’hommes et l’inspection du travail sont mis à mal, le droit pénal du travail est défait), si le contrat de travail n’est pas, par la loi Macron,  ramené à un contrat de droit civil, ordinaire de gré à gré, ce salarié ne pourra plus être réintégré dans son poste. On dira qu’« il ne l’était pas ou rarement » : oui, mais ça lui permettait de négocier au moins, dans une meilleure position, des indemnités plus élevées…

 

Je n’ai plus de temps pour dire comment Uber va déréguler la G7, comment les firmes juridiques US vont se ruer sur les ex officines des notaires (qui devraient être des services publics à 100%) ; je ne peux pas non plus vous parler de l’archaïsme des autocars contre les TGV Il paraît que l’UE et Merkel jugent que la loi Macron ne va encore assez loin dans la dérégulation : l’UE et Merkel veulent-elles qu’on en revienne aux diligences ?

Mais ma conclusion sera que déréguler ne crée pas de l’emploi mais du chômage : il faut aller dans le sens exactement contraire à celui de la loi Macron si on veut regagner des électeurs et des adhérents, parce qu’enfin nos électeurs c’est notre « carnet de commande » à nous. Pour pour avoir plus d’électeurs, pour recruter, on le voit bien, il faut s’organiser ; alors pourquoi faire le contraire, dans les entreprises, déréguler ? Avec des salariés flexibles, précaires, aléatoires, elles produiront moins bien, et elles recruteront moins, il y aura moins d’affaires et moins d’emplois… Ce n’est pas ce qu’il faut, ni pour le parti, ni contre le chômage…

 

Macron une loi faiseuse de chômage

Ils nous disent tous les matins dans les radios officielles, qu’il faut « déréguler pour libérer les énergies et créer de l’emploi ». C’est l’inverse. Chez nous, cela fait dix ans qu’ils dérégulent. Et depuis dix ans, le chômage s’accroit. L’ANI du 11 janvier 2013 et la loi qui en est issue du 14 juin 2013, devaient, en assouplissant les licenciements, « sécuriser l’emploi » : on a 250 000 chômeurs de plus. Et la loi Macron propose d’assouplir encore plus les licenciements, cela fera encore plus de chômeurs, bien sur. La loi Macron ce n’est ni pour la relance, ni l’économie, c’est pour casser le droit, c’est pour plaire aux libéraux, au Medef.

Les intégristes libéraux de l’UE à Bruxelles ont levé le pied sur les déficits et la dette : ils donnent « des délais’, en fait ils s’en moquent, ils savent que jamais, jamais, jamais, la « dette » ne sera remboursée, mais elle leur sert de prétexte pour casser les droits du travail, déréglementer partout en Europe, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie et Belgique, et chez nous, en France. C’est ce qu’ils appellent impudiquement « les réformes structurelles ». Ces gens-là, le chômage, ils ne luttent pas contre, ça les arrange, ça fait peur, ça sert d’instrument de chantage. Ils disent que le chômage c’est à cause de la crise, et de la dette, mais ça leur sert surtout à remplir leurs poches et à retirer le maximum de marrons du feu.

En 1992, le travail de nuit a été autorisé pour les femmes, Un million de femmes ont été frappées de plein fouet par cette nuisance. Elles sont aujourd’hui plus de 9 % à être des travailleuses de nuit : deux fois plus qu’il y a 20 ans ! Et il y a un million et demi de chômeurs de plus ! Et Macron nous propose, dans sa nouvelle et maudite loi libérale, de travailler « en soirée » (sic)…

Ce qui est grave c’est l’opportunisme de responsables socialistes qui, du coup, capitulent sur des thèmes de société, de gond, comme le repos dominical, avec des arguties incrédibles. Alors que le PS avait d’excellentes campagnes bien argumentées pour le principe du repos collectif, socialisé du dimanche, en voila qui se renient sans dignité : 10 ministres socialistes qui avaient signé un beau texte en faveur du dimanche, et tous les 10 se plient aux intégristes de l’UE sans barguigner. Les voilà même qui minorent le problème, explique que c’est peu de différences entre 12 et 7 dimanches… Ont ils oublié que nous nous étions élevés contre la loi quinquennale de Giraud qui faisait passer le nombre de dimanches « ouverts » de 3 à 5 en 1993 ?

En fait, déjà, même pour les magasins ouverts le dimanche en fraude, le chiffre d’affaires est le plus bas de la semaine. Les magasins qui ont tenté l’ouverture, après 19 h puis après 19 h 30 puis après 20 h y ont renoncé , leurs rayons étant vides. Une ouverture généralisée aggravera cela. Quand les allées des grands magasins seront vides le dimanche et le soir, il ne sera plus du tout question de primes pour les salariés. C’est bien pour cela que Macron ne prévoit aucune majoration de salaire par la loi le dimanche ni « en soirée ». Il n’y a aucun intérêt économique, ni en emplois, ni en salaires à ouvrir de façon dérégulée, alors s’ils veulent l’imposer, c’est pour des raisons idéologiques, pour casser la journée de 8 h et de 10h, la semaine de 35 h et de 48 h.

C’est grotesque de chercher à faire venir des femmes pauvres et précaires, qui n’ont pas le choix, vendre des parfums « en soirée » ou le dimanche ?  Ca ne marchera pas, et elles seront obligées de rentrer chez elles en banlieue à 2 h du matin, ou de ne pas voir leurs enfants le dimanche. Le dimanche, ce ne sera pas le même caddie pour tout le monde, ce sera celui de l’hyper pour les salariés, et celui du golf pour  les actionnaires. Ce sera une fracture sociale de plus.

La déréglementation à la Macron frappe tout, l’inspection du travail, la médecine du travail, la justice du travail, le droit pénal du travail, les institutions représentatives du personnel, et même le bulletin de paie qui deviendra opaque. Elle s’en prend aussi à toutes les professions de droit, avocats, avoués, notaires, huissiers, greffiers, afin de les soumettre aux « firmes » juridiques anglo-saxonnes qui s’empareront ainsi du traitement de nos successions et des ventes. Alors qu’il aurait fallu  transformer ces officines en service public et contrôler leurs actes et leurs couts, elles vont, au contraire, être éclatées et davantage soumises aux puissantes et rapaces multinationales juridiques.

Tout comme, les taxis : Macron pousse la G7 à se saborder pour le compte de la multinationale Uber low cost qui fait main basse sur les « VTC » (voiture tourisme avec chauffeur) et vous trouverez bientôt des chauffeurs philippins aux horaires mortels, et aux prix négociés au cas par cas sans compteur. C’est le principe d’Air France et de Transavia… ça consiste à réserver la sécurité et le confort des services aux riches et créer des alias de seconde zone et second prix pour les pauvres ! Macron ré invente la « troisième classe » des trains à la SNCF, ce seront les autocars pour les jeunes pauvres qui ne peuvent plus se payer le TGV.

 

Loi Macron : le délit d’entrave moins sanctionnable

Est-ce si choquant qu’un patron qui fait entrave aux lois d’ordre public social concernant l’instauration et le fonctionnement des institutions représentatives du personnel, (comité  d’entreprise, délégués du personnel…) soit punissable de peines de prison ? Cette peine figurait dans le Code du travail.

Non seulement la loi Macron veut la supprimer, mais de façon générale, elle veut casser, en même temps que l’inspection du travail,  ce qu’on appelle « le droit pénal du travail », (et le remplacer par des sanctions administratives, aléatoires, négociées sous forme de « ‘plaider coupable », sans juges…)

En fait, les juges n’ont jamais prononcé de peine de prison pour délit d’entrave. ( La dernière fois qu’on a vu un patron les menottes aux poignets pour faute inexcusable, n’était-ce pas en 1973, avec le juge de Charette, et depuis, jamais…  Les patrons Lombard et Richard de France Télécom, poursuivis pour « faute inexcusable » ne sont toujours pas, après plus de 75 suicides, jugés..).  Mais la menace existait quand même – au moins dans les textes de loi.

En mai 2010 deux dirigeants de l’usine Molex, appartenant à un groupe américain, avaient été condamnés à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse pour ne pas avoir informé les représentants du personnel avant d’annoncer la fermeture de l’usine.

Certains grands patrons étrangers auraient dit leur inquiétude face à ce risque pénal, exceptionnel et si peu appliqué. Leurs avocats auraient souvent agité ce chiffon rouge, prétendent certains, leur conseillant la plus grande prudence et les mettant en garde contre « la tentative de délit d’entrave ». Evidemment on nous raconte, sans preuve, non pas que cela aurait dissuadé certaines entreprises de violer nos droits républicains, mais que cela les aurait empêchées de s’installer en France.

Aussi, le président de la République lui-même a t il annoncé que cet article du droit pénal du travail serait annulé. « Les peines pénales associées au délit d’entrave, qui parfois même pouvaient être des peines de prisons qui n’étaient bien sûr jamais prononcées mais qui néanmoins pouvaient inquiéter, seront remplacées par des sanctions financières, et c’est mieux qu’il en soit ainsi« , a déclaré François Hollande lors du deuxième « conseil stratégique de l’attractivité » ouvert aux patrons étrangers qui s’est tenu le dimanche 19 octobre à l’Elysée.

Alors la loi Macron s’exécute et supprime cette menace. Les actionnaires et employeurs qui violeront les droits des salariés, CE, DP, ne seront plus menacés de peines de prison comme c’était le cas depuis 1945.

En contrepartie de la suppression de cette peine, le ministre du Travail envisage que les contraventions, aille au-delà des modestes 3.750 euros actuels. Mais quel niveau d’amende sera assez dissuasif envers des actionnaires milliardaires lointains pour leur faire respecter notre droit du travail ?

Poser la question c’est y répondre : si la menace de prison n’était qu’un chiffon rouge, l’amende les fera rire. Une fois de plus, on est loin du François Hollande au Bourget, menaçant la délinquance financière : “La République vous rattrapera”. Au moment de prendre leur décision de fermer, pour causes boursières, des entreprises, rien ne sera plus capable, même à l’état de menace, d’empêcher les spéculateurs de ne pas consulter les salariés.

C’est une loi qui insécurise les délégués et représentants du personnel et rassure les patrons sur leurs pleins pouvoirs dans le champ clos de leur entreprise.