Le « vrai » travail ?

Le “vrai” travail ? Celui des 600 accidents mortels, des 700 suicides, des 4500 mutilés au travail par an ? Celui des droits violés, des licenciements sans motif et des heures supp’ impayées ?

Le « vrai » travail ?  Celui des maladies professionnelles, des 100 000 morts de l’amiante, TMS, surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées.

Le « vrai » travail ? Celui dont Sarkozy a diminué le niveau des indemnités journalières en cas d’arrêt forcé pour accident du travail ?

Le “vrai” travail ? 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents vasculaires par an dont entre 1/3 et 50 % liés au travail…

Le “vrai” travail ? Ce jeune ascensoriste de 26 ans écrasé par l’engin qu’il réparait, à cause de la compétition sauvage « libre et non faussée » entre Otis, Koné, Schindler et Thyssen

Le “vrai” travail ? Et les milliers d’ouvriers désamianteurs que Sarkozy laisse en ce moment mourir sans protection par refus d’un moratoire alors que de récentes études scientifiques ont découvert des nouvelles fibres cancérogénes ?

Le « vrai » travail ? Celui de l’ouvrier de 55 ans devant son marteau piqueur ?   De l’instituteur de 62 ans pour sa 41e rentrée devant sa classe d’enfants ?   De l’infirmière qui soigne encore à 65 ans ?   De ceux pour lesquels le travail est devenu si pénible physiquement et mentalement depuis le report de l’âge de la retraite ?

Le “vrai” travail ? Celui des mini-jobs, des stages, des 800 000 emplois saisonniers, des millions d’intérims et de CDD à répétition ?  Celui des millions de précaires ? « La vie, la santé, l’amour sont précaires…  pourquoi le travail ne le serait-il pas? » (Parisot)

Le « vrai » travail ? Celui des millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à se loger et à vivre décemment avec leurs salaires, ceux qui dorment dans mobiles homes, qui mangent des pâtes à partir du 10 du mois, et n’ont de la viande que 3 fois par mois, que les « franchises » empêchent d’aller chez le toubib, et qui ne peuvent se payer ni le dentiste ni des lunettes  ?

Le “vrai” travail ? Celui des travailleurs handicapés exclus du dispositif retraite anticipée et pour lesquels les patrons paient une faible taxe plutôt que de les embaucher

Le « vrai » travail ? Celui du milliard d’heures supplémentaires non déclarées, non majorées, non payées attribuées à ceux qui ont un boulot au détriment de ceux qui n’en ont pas ?

Le « vrai » travail ? Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ?  85 % des temps partiels sont des femmes non qualifiées, ont elles un « vrai » travail ?

Le « vrai » travail ? Celui des jeunes à 25 % au chômage et à 80 % en CDD ?

Le « vrai » travail ? Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits et sans papiers par des esclavagistes et marchands de sommeil bien franchouillards ?

Le « vrai » travail  ? Celui des seniors licenciés, 2 sur 3 à partir de 55 ans et qui ne peuvent cotiser que 35 annuités alors que 42 sont exigés dorénavant pour une retraite décente ?

Le « vrai » travail ? Celui du partage féroce et forcé du temps de travail entre sur-travail sous-travail et sans-travail, avec des centaines de millions d’heures supplémentaires, trois millions de temps partiels à 60 % subi,  cinq millions de chômeurs ?

Le « vrai » travail ? Celui des 1 à 4 millions de travailleurs du dimanche (essentiellement des femmes pauvres et précaires), des 4,3 millions qui travaillent de nuit, de ceux qui subissent des horaires postés, 3X8, 4X8, modulés, annualisés, flexibilisés au détriment de leur vie de famille ?

Le « vrai » travail ? Celui des restaurateurs dont 1 sur 4 utilisent des clandestins, non déclarés dans le fond de leur cuisine ?

Le “vrai” travail ? Celui  d’exploitants agricoles qui tuent des inspecteurs du travail pour pouvoir abuser d’immigrés clandestins ?  Tandis que des petits agriculteurs et ouvriers agricoles exploités par les intermédiaires et grands commerces survivent dans la misère.

Le “vrai” travail ?  Celui des manœuvres, la « viande » que méprisent les contremaîtres dans les grosses entreprises de BTP ?

Le “vrai” travail contre le droit du travail ?  Celui qui ne fait jamais grève, qu’on ne voit jamais manifester, qui n’est pas syndiqué, qui piétine son collègue ? Le pauvre exploité apeuré qui  souffre, se tait, et approuve son patron comme une dinde qui vote pour Noël ?

Le “vrai” travail « sans statut » ? « La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail » selon Mme Parisot. Et la mise à mort du statut de la Fonction publique par une « RGPP » indigne ?

Le « vrai » travail ? Pas celui des fonctionnaires, car naturellement ces gens-là ne travaillent pas… ce sont des boulets improductifs selon Sarkozy.

Le « vrai » travail… sans loi ?  Celui sans état de droit dans les entreprises,  sans protection des contrats,  sans promotion dans les carrières, sans garantie de l’emploi ?

Le « vrai » travail sans protection sociale ? Sans salaire brut, sans cotisations, ce que Sarkozy rebaptise « charges sociales » et qu’il veut abaisser, le Medef réclamant leur suppression?

Le « vrai » travail ? Celui des conventions collectives, vieillies, foulées aux pieds par un patronat qui ne les négocient plus ?

Le “vrai” travail sans syndicat ?  Mais sans syndicat,  il n’y aurait rien, pas de Smic, pas de durée légale, pas de congés payés, pas de sécurité sociale, pas de code du travail

Le « vrai » travail  ?  Sans CHSCT, sans hygiène sécurité, sans médecine du travail renforcée et indépendante, sans inspection du travail, alors que Sarkozy a affaibli toutes ces institutions  ?

Le « vrai » travail ? Celui sans délégué du personnel, sans comité d’entreprise, sans CHSCT, sans institution représentative du personnel ?

Le “vrai” travail ? à France Télécoms, des dizaines de suicides, faute inexcusable du patron de combat qui licencie, stresse, harcèle, casse.

Le “vrai” travail ? Parlons en ! Stress, risques psychosociaux, harcèlement, souffrances, suicides, chantage à l’emploi, management de combat ?

Le « vrai » travail ? Celui sans justice qui remet en cause les élections prud’hommes et taxe de 35 euros ceux qui sont obligés de les saisir pour faire valoir leurs droits

Le “vrai” travail ? Les travaux les plus durs sont les plus mal payés, restauration, nettoyage, transports, entretien, industrie.  Dans le bâtiment, 1,1 million bossent surexploités, maltraités, mal payés, accidentés, et meurent sans retraite.

Le « vrai » travail ? Celui des 900 000 foutus dehors par « rupture conventionnelle » de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ?

Le « vrai » travail ?  Celui soumis au chantage à l’emploi, aux licenciements sans cause réelle et sérieuse, abusifs, boursiers et incontrôlés ?

Le « vrai » travail ? Celui soumis à la spéculation de la finance, des fonds de pension cyniques et rapaces, celui des Molex, de Sea France, de Gandrange et Florange, de Continental, Freescale, de Lejaby, de Pétroplus, ou des Fonderies du Poitou, de toutes celles et ceux qui ont du se battre pour le garder ?

Le « vrai » travail ? Celui des auto-entrepreneurs, un million en théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme faux salariés, à bas prix et sans protection sociale ?

Le « vrai » travail ?  Celui des fausses externalisations, de la fausse sous-traitance, du marchandage, du prêt illicite de main d’oeuvre, des marchés truqués  ?

Le “vrai” travail ? Celui qui bosse dur pour survivre misérablement ou celui qui exploite dur les autres pour vivre dans des villas dorées, avec des millions d’euros cachés aux Iles Caïman ?

Le “vrai” travail ? Celui des actionnaires, des rentiers, des riches, des spéculateurs, traders ou autres banksters du Fouquet’s qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ?

Le travail n’a jamais enrichi personne, ce qui enrichit c’est d’exploiter le « vrai » travail des autres.

Le « vrai » travail ? Celui de Maurice Lévy patron qui se ramasse 16 millions d’euros d’argent de stocks option de poche pillés sur les richesses produites par les salariés et des patrons qui s’augmentent de 30 % par an.

Le “vrai” travail ? Qu’est ce qu’il y connaît ce cul doré de Sarkozy ?

 

D’ailleurs, quelques jours plus tard, Sarkozy nie avoir parlé de « vrai » travail puis se repent : l’expression « vrai travail » n’était « pas une expression heureuse » sur France le jeudi 26 avril. Et d’appeler à un rassemblement des travailleurs « sans statut » le 1er mai au Trocadéro. Une de ses calembredaines qui se rajoutent aux autres, à comparer avec un autre de ses discours méconnu tenu devant l’OIT le 15 juin 2009.


La gauche et François Hollande sont en tête : unité pour gagner le 6 mai et chasser Sarkozy

Avec 28,63 % des voix contre 27,08 % à Sarkozy, le challenger François Hollande crée le « choc » du premier tour et l’emporte sur le sortant Sarkozy. C’est la 1e fois qu’un candidat sortant est ainsi disqualifié et renvoyé en 2e place. Ce score met François Hollande en « pôle position » pour le 6 mai. La gauche obtient un total de 43,7 % des voix. Un record, depuis 1988, au premier tour d’une élection présidentielle. Elle peut gagner le 6 mai si elle s’unit et rassemble.

François Hollande a tenu une ligne de crête, avec une campagne prudente mais obstinément calée à gauche. Il a annoncé un Premier ministre socialiste et un gouvernement de la gauche. François Hollande a cité, pour les associer, dès le 22 avril au soir, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly.  Il a pris pour cible la finance et écarté l’austérité ; il a fixé comme objectif des négociations sociales avec les syndicats sur les retraites et les salaires ; il a appelé à une grande réforme fiscale ; il a appelé à une nouvelle branche de la sécurité sociale pour la « dépendance » ; il a défendu un encadrement des loyers ; il a proposé de rompre avec le système Sarkozy qui a affaibli le pays. Il a défendu une réorientation de l’Europe face au lourd passif de celle-ci placée dramatiquement sous le joug des néolibéraux.

Bien sûr, le second tour n’est pas joué, mais on entrevoit la possibilité de protéger le pays d’un second mandat de Sarkozy qui serait terrible pour tous les salariés. Sarkozy est un menteur grossier, manipulateur, cynique au service des 1 % les riches. C’est le pire président de la Vé République, le plus systématiquement antisocial depuis 5 ans. Sarkozy, annonçant au passage qu’il écraserait les syndicats (son appel à un « très grand rassemblement du vrai travail » le 1er mai montre même qu’il recherche l’affrontement avec les syndicats sur leur propre terrain), n’hésiterait sur rien : austérité et chômage organisés, services publics détruits, droit du travail démantelé. Nous achèverions de perdre les hôpitaux publics, l’école publique, les services publics, EDF, la SNCF. Le Smic serait supprimé, la 5° semaine perdue, la RGPP serait poursuivie et la garantie de l’emploi pour les fonctionnaires s’envolerait…

La contre-révolution thatchérienne, reaganienne finirait par triompher en France. La rupture serait consommée avec la France 1945, du CNR et de la Libération pour passer définitivement dans une France anglo-saxonne néolibérale intégriste. Déjà les inégalités se sont accrues considérablement, la xénophobie, les haines, le communautarisme, ont été attisés par Sarkozy pour phagocyter le FN.

Le FN obtient 18 % des voix. Contrairement à ce qui est annoncé par tous les médias, ce n’est pas une percée inédite mais un retour à la situation de 2002 où le FN avait obtenu 16,86 % des voix et le MNR de Mégret 2,34 %, soit un total de 19,2 % et donc 1,2 % de plus que Marine Le Pen. Ce qui explique ce retour du FN à 18 %, avec un million de voix de plus, ce sont à la fois les résultats concrets de la politique antisociale de Sarkozy et à la fois le développement par ce dernier des thèmes xénophobes et sécuritaire lepenistes. En multipliant le chômage de masse, en aggravant les précarités, les inégalités, les frustrations, Sarkozy a attisé les désespoirs, les rancœurs, les colères et il a tout fait pour les orienter contre les Français d’origine étrangère, les Roms, les immigrés, les « assistés » plutôt que vers ses riches amis, banquiers et spéculateurs du Fouquet’s. Le Pen a aussi obtenu un meilleur score que son père en feignant de « faire du social », de se préoccuper du chômage, de l’emploi, des salaires.
Si la gauche peut être majoritaire, elle le doit aussi à la dynamique campagne du Front de gauche. Même sans obtenir autant que la gauche non socialiste de 2002 et 2007, il atteint un score inespéré (du moins en début de campagne) de 11,13 %. Le candidat « partagé » Mélenchon a su revivifier avec talent des thèmes essentiels pour les retraites, le droit du travail, le partage des richesses, la lutte contre la finance et l’austérité. En fait, il a défendu avec les 35 h, un Smic à 1700 euros, la retraite à 60 ans sans décote, un salaire maxima à 20 fois le Smic, une sixième République, des mots d’ordre qui sont largement majoritaires à gauche, y compris massivement parmi les électeurs de François Hollande.Les deux programmes sont compatibles et poreux l’un à l’autre.

L’objectif c’était, c’est de battre Sarkozy car c’est bien celui-ci qui alimente le Front national. Sarkozy a non seulement gonflé sciemment le FN, repris ses thèmes, mais il est capable de s’allier avec lui dès qu’il pourra. UMP et FN, sont bonnet blanc, bonnet bi, et vases communicants. Mais l’ennemi n° 1 reste évidemment Sarkozy, celui qui gouverne, qui répand concrètement le mal depuis 5 ans.  Faire reculer le FN, ce n’est pas une affaire de discours, il faut pouvoir effectivement mettre en œuvre une politique concrète qui rompe avec celle de l’UMP et commence à changer la vie réelle des millions de salariés qui souffrent de chômage et de misère.

Le 1er mai, tous ensemble dans la rue avec nos syndicats. Le 6 mai, il faut une large unité, une dynamique autour de François Hollande pour conforter l’avance du 1er tour. Il ne faut ni mégoter les efforts, ni cultiver une quelconque acrimonie. L’heure n’est pas à mettre des conditions, encore moins des préalables. Tout serait gravement perdu si, par malheur, Sarkozy réussissait à repasser. Alors au boulot ! On vote tous Hollande !

Les questions de programme social encore en suspens reviendront inéluctablement sur le devant de la scène pour les législatives, pour la constitution du gouvernement,  pour les négociations prévues avec les syndicats. Tout commence le 7 mai et le 18 juin… si la gauche gagne. Rien de grand dans ce pays ne s’est fait sans unité de toute la gauche. Il faudra alors un gouvernement de toute la gauche, Hollande, Mélenchon, Joly…il faudra aussi une mobilisation sociale de tous les syndicats. Avant et après.

 

 

petit bilan réunions campagne 2012

Mardi 3 janvier : intervention « Droit du travail » à l’E.N.M. de Bordeaux 33 (65)
Lundi 9 janvier « 14 h-16 h « droit du travail » Le Mans 72 (100)
Vendredi 13 janvier : formation UMA/PS sur la Dette/ salaires La Sorbonne Panthéon (200)
Jeudi 19 et vendredi 20 janvier : « Dette indigne » PS  à Toulouse 31 ( 90 + 35)
Samedi 21 janvier 10 h : « Emploi chômage croissance » Université populaire Paris 14e  (90)
Samedi 21 janvier a-m 14 h 30 : « Dette indigne » Attac Evry (93) (130)
Mardi 24 janvier : réunion « Dette indigne » PS Feurs près de St Etienne 42 (100)
Jeudi 26 janvier : conférence PS « Dette indigne » PS à Rouen 76  (60)
Vendredi 27 janvier : conférence PS « Dette indigne » PS à Fécamp 76 (100)
Mardi 31 janvier : réunion « Droit du travail » Maison des Métallos Attac Paris 11° (80)
Jeudi 2 février : réunion « Dette indigne » collectif à Nice 06 (130)
Jeudi 9 février : réunion  Droit du travail » Secol Vaugneray  Lyon 69 (100)

Mardi 14 février matin : formation FO « Dette indigne » Paris 13e (25)
Jeudi 16 février : réunion collectif audit dette publique à Bordeaux 33 (500)

Vendredi 17 février : réunion “égalité salariale hommes femmes” Assoc. Orléans 45 (130)

Mardi 21 février : réunion « Dette indigne » Assoc. Cap à gauche Tulle 19 (40)

Jeudi 23 février : matin conférence de presse IT à Dôle 39

Jeudi 23 février : soir 19 h formation “Droit du travail »  fédé PS Lille 59 (90)

Vendredi 24 février 14 h 16 h :  Isfogep Limoges 87 (90)

Jeudi 1er mars : « Dette indigne » Perpignan 66 (220)

Mercredi 7 mars : colloque égalité professionnelle femme/homme « ELLE » Paris (400)

Jeudi 8 mars :  Maison de l’Europe Paris 3° débat sur l’Europe, GF /PS  (45)
Vendredi 9 mars : formation « Dette indigne » FSU Noisiel  77 (85)
Lundi 12 mars : réunion collectif audit public Dette à Givors 69 (100)

Jeudi 15 mars : réunion collectif dette indigne à Condrieu 69 (80)

Vendredi 16 mars : réunion « Dette indigne » PS Merindol 84 (75)

Mardi 20 mars : 14 h à 17 h :  « Le travail » Clias FSU Montreuil 93 (75)

Jeudi 22 mars : réunion « Amis de la liberté » Droit du travail Nice 06 (100)

Vendredi 23 mars : réunion « Dette indigne » Attac Forges les bains 91 (35)

Samedi 24 mars : réunion collectif Chartres, Champhol, 28 (100)

Lundi 26 mars : réunion PS « dette indigne »  à Lion sur Mer 14 (35)

Vendredi 30 mars : réunion PS « dette indigne » à Andrezy 78  (45)

Dimanche 1er avril 15 h : réunion « Dette indigne » Mairie Gonfreville l’Orcher 76 (40)

Lundi 2 avril :  réunion Attac « Dette indigne » Dieppe 76 (50)

Jeudi 5 avril : réunion PS à Paris 9e M° Cadet (30)

Mercredi 11 avril : réunion PS Paris 4e “Dette indigne” 75 (35)

Vendredi 13 avril : réunion PS « Dette indigne »  Charleville-Méziéres 08 (40)

Mardi 17 avril :  Joigny coll. « La dette et le recul du droit du w » 89 (85)
Jeudi 19 avril :  réunion PS à Bellerive, Vichy, 63  (70)

Mardi 24 avril : réunion PS St Jean-de-Liveray 17  (90)
Vendredi 11 mai : cinéma St-André des arts  20 h 40 (25)

Jeudi 24 mai : réunion AMD « Dette indigne » à Toulouse 31 (170)

Vendredi 25 mai : réunion  législatives PS St-Chamond 42 (95)
Samedi 26 mai : réunions  plateau des Glières « Droit du travail » 74  (500 + 400))
Mardi 29 mai : réunion législatives PS « Dette indigne » Deuil la Barre  95 (45)

Mercredi 30 mai : assemblée citoyenne Villemonble  (70)

Jeudi 31 mai : réunion Amis de l’Humanité dimanche à Granville 50 (50)

Vendredi 1er juin : réunion PS législatives à Pau 64 (150)

Mardi 5 juin 12 h 30: 31e chambre Paris, Palais de justice, procès Guinot/Filoche 200

Mercredi 6 juin : Bourse du travail Paris avec Fakir 300

Jeudi  7 juin : réunion « Dette indigne » Attac à Boulogne sur Mer 62 ( 65)

Vendredi 8 juin 2012 : réunion PS Décazeville (12)  (110)

Soit 55 réunions dans 32 départements différents avec 6 220  participants moyenne 115

L’Europe des Mario contre le droit du travail : à bas le règlement Mario Monti II

Il n’y a pas que la troïka (UE, BCE, FMI), le duumvirat (Sarkozy, Merkel) qui aujourd’hui asservissent l’Europe à l’austérité et à la récession, en cassant le droit du travail, il y a aussi les « Mario ». Mario Draghi et Mario Monti, et aussi un certain Mariano Rajoy… Mario Draghi a été adoubé chef de la BCE par les 17 chefs d’Etat et de gouvernement de l’euro le 1er novembre 2011. Mario Monti a été placé, sans être élu par quiconque à la tête du gouvernement italien le 13  novembre 2011. Ces deux hommes, nommés à la tête de l’Europe, sont des exécutants de la plus grande banque mondiale, Goldman Sachs.

Sarkozy vient de recommencer son chantage en emboitant le pas aux Mario : « En 1981 il a fallu deux ans pour que ça tourne mal, avec Hollande il faudra deux jours » et il appelle de ses voeux la menace des  marchés pour hausser les taux d’intérêt des emprunts de la France, et il plaide l’austérité, la casse des droits du travail pour complaire aux spéculateurs.  Un mécanisme impitoyable pour vous faire courber l’échine, pour vous enlever vos droits, baisser vos salaires… Sarkozy ne lutte pas contre la crise, il EST l’homme de la crise, c’est SA crise dont il essaie de se servir pour être ré élu.


Mario Draghi « number one » venu de Goldman Sachs.

Mario Draghi est né à Rome en 1947, est diplômé en économie de l’Université de Rome et titulaire d’un doctorat du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Professeur d’économie dans différentes universités italiennes, il a représenté l’Italie à la Banque Mondiale de 1984 à 1990 avant de devenir en 1991 directeur général du Trésor italien, un poste qu’il occupera 10 ans sous neuf gouvernements de gauche comme de droite. À ce titre, il sera l’homme-orchestre des grandes privatisations menées de 1996 à 2001. Il rejoint ensuite en 2002 la direction de la banque américaine Goldman Sachs, dont il est Vice-président pour l’Europe entre 2002 et 2005. Il était en poste lors des malversations de cette banque qui manipula frauduleusement les comptes de la Dette grecque. Mario Draghi a déclaré « exclure un rôle accru de la Banque centrale européenne pour sortir la zone euro de la crise » même s’il a distribué 1000 milliards de crédit en deux fois aux banques privées. Successeur de Jean-Claude Trichet, il est ainsi chargé de la stabilité de la monnaie alors que son ancien établissement a consciencieusement triché pour contourner les règles qui garantissent cette stabilité.

Présenté comme « l’homme le plus puissant d’Europe » Mario Draghi s’est rendu célèbre par une seule déclaration : « Le modèle social européen est mort ». Pour lui, la thèse du Medef, du baron Seillière et de Denis Kessler est la bonne : c’est « l’abandon du modèle social qui façonne l’Europe de l’après-guerre, un modèle coûteux et inefficace, comme le montre le chômage, notre environnement social est obsolète » « La période où l’on était si riche qu’on pouvait payer les gens pour ne pas travailler est révolue ». Il milite contre la France de François Hollande.

Super Mario Monti l’intégriste romain

Mario Monti austère, discret, sans expérience gouvernementale jusqu’à sa nomination à la place de Berlusconi, est aussi est aussi conseiller international chez la banque d’affaires Goldman Sachs. Il est président honoraire de Bruegel, le think tank européen qu’il a lancé en 2005 et qui regroupe 26 firmes mondiales. Né en Lombardie en 1943, il est diplômé en économie et management de l’Université Bocconi de Milan. Il a complété sa formation à Yale, aux Etats-Unis, avant de passer dix années passées à Bruxelles. Aux côtés de Romano Prodi, il a été commissaire européen à la Concurrence de 1999 à 2004.

C’est lui, Mario Monti, qui s’attaque au droit du travail en Italie et en Europe et donne des leçons à l’Espagne et à la Grèce actuellement dirigé par un Allemand Horst Reichenbach et un grec ami, Lukas Papademos, gouverneur de la banque grecque de 1994 à 2005 (période où les malversations eurent lieu avec la Goldman Sachs) nommé chef du gouvernement grec sans vote ni élection, en même temps que lui, le 11 novembre 2011.

Mario Monti est le super champion de la règle dite d’or et de l’austérité au point de tancer Merkel et Sarkozy pour qu’ils fassent pire  :  « Cette histoire commence en 2003, lorsque l’euro n’était encore qu’un bébé. C’étaient alors l’Allemagne et la France qui étaient laxistes concernant les déficits publics et les dettes », a-t-il expliqué. « Bien sûr, si le père et la mère de la zone euro violent les règles, vous ne pouvez pas espérer (que des pays comme) la Grèce les respectent. » Il admoneste Mariano Rajoy : « Elle (l’Espagne) a assurément réalisé une réforme décisive du marché du travail mais n’a pas accordé la même attention aux finances publiques » et s’inquiète du « risque de contagion entre l’Espagne et l’Italie ».

Les Mario contre le droit du travail

Les « Mario »ont imposé, en claire violation des lois de l’UE, la suppression des conventions collectives en Grèce. Les néolibéraux intégristes qui dominent l’Europe actuelle sont engagés dans une bataille de titans contre les droits du travail. Leur thèse bien connue est qu’il faut de la « rigueur » pour faire face aux « dettes » dont les banques privées exigent le remboursement à des taux usuraires de la part des états, républiques, gouvernements. Et selon eux, les droits du travail empêchent de baisser le coût du travail et d’obtenir toute la productivité exigée de la part des salariés.

En Italie, « un boulot fixe, c’est monotone »

C’est pourquoi Mario Monti a déjà imposé trois plans d’austérité drastique (deux saignées de  60 milliards et une de 20 milliards) contre l’Italie son pays (lequel à une dette de 120 Pts/PIB) et il demande à tous les autres européen de faire pareil. impose une déstructuration du droit du travail en Italie.

Le plan Monti comporte deux volets essentiels : sur le budget et la protection sociale. Puis des mesures censées dynamiser le marché du travail.

Parmi les principales mesures figure la hausse du taux d’imposition des salaires supérieurs à 75.000 euros annuels, l’augmentation de l‘âge du départ à la retraite : 66 ans pour les hommes dès 2012 et pour les femmes en 2018. Mario Monti étudie également une augmentation d’un point de la TVA de 21 à 22%. Et puis la taxe sur les biens immobiliers réapparaît : elle devrait rapporter 10 milliards d’euros aux finances publiques. Enfin pour lutter contre l‘évasion fiscale et l‘économie grise, toute transaction de 1.000 euros et plus devra être enregistrée.

L’attaque contre le droit du travail est LA priorité du gouvernement Mario Monti.

Elsa Fornero, ministre des Politiques sociales, (celle qui pleure à la télévision en présentant de féroces mesures contre son peuple) a constaté la grande inégalité qui existe dans la péninsule entre précaires et CDI… alors elle aligne par le bas, tous les contrats à contrat indéterminés. Les CDI seraient un mécanisme rigide qui dissuaderait les entrepreneurs d’embaucher.  Elle limite donc les types de contrats à durée déterminée, une trentaine aujourd’hui, et les rend plus chers pour les employeurs par rapport aux précaires. En outre, ces contrats se transformeront automatiquement en CDI au bout de trois ans.

Article 18

Elle facilite les licenciements, modifiant l’article 18 du Code du travail aux termes duquel une entreprise ne peut licencier un salarié que pour une faute professionnelle ou dans le cadre d’un plan de restructuration. En effet, dans la législation actuelle, si la faute grave n’est pas démontrée devant les tribunaux, l’employeur est contraint de réintégrer le salarié licencié. Dorénavant, la réintégration ne deviendra automatique que dans les cas de discrimination – politique, sexuelle, raciale, religieuse – patents et il reviendra aux prud’hommes de choisir dans les autres cas de licenciement entre une indemnité variant entre 15 et 27 mois de salaire ou le retour dans l’entreprise. Il prévoit d’instaurer une forme de «rupture conventionnelle» à la française qui permet de se séparer d’un employé en lui versant des indemnités pouvant aller jusqu’à 24 mois de salaire.

Ces mesures sont accompagnées de la création d’une indemnité de chômage d’une durée de deux ans. Mais l’article 18 est en Italie un tabou. Le gouvernement Berlusconi a connu deux graves échecs lorsqu’il a tenté de le réformer, Super Mario l’a fait.

Des journalistes comme Guillaume Delacroix ou Marcelle Padovani correspondants à Rome, le racontent.  « Super Mario » a commis une bourde sur l’emploi des jeunes : «  Un boulot fixe toute la vie c’est monotone et assommant ». Un scandale alors qu’il y a un chômage à 8,9 %, 30 % de jeunes au chômage et un total de 3.941.000 travailleurs précaires.  « La monotonie du travail fixe » remplit les journaux : une jeune femme de 31 ans, Claudia, travaillant depuis 1999 raconte sur le site de la CGIL comment elle a  changé 18 fois de boulot, après avoir fini ses études de comptable, vendeuse, employée au ministère de la Justice, marchande de glaces, réceptionniste… Sur  18 boulots 5 étaient non déclarés, 4 signés avec des agences d’ intérim et les autres étaient à temps partiel… Claudia est devenue l’antithèse de Monti : « celle qui n’a jamais eu peur de la monotonie ».

La première manifestation contre « Super Mario » a eu lieu le 22 mars 2012 en face du Palazzo Chigi, le Matignon italien. Parmi les slogans scandés : “il lavoro no se toca : ne touchez pas au travail”. Une autre est prévue le 13 avril.

Mariano Rajoy avec Super Mario : une Espagne « très, très austère »

Super Mario Monti s’érige aussi en censeur supra national, menaçant l’Espagne d’une « décennie perdue » comme celle qu’a vécue le Japon dans les années 1990, si elle n’imite ses plans italiens drastiques. L’économie espagnole, qui a une dette publique de près de 70 % du produit intérieur brut et une dette privée parmi les plus élevées de la zone euro, représente plus de deux fois celles de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce combinées.

Les docteurs Diafoirus et Purgon européens Mario Monti et Mario Draghi menacent, faute d’un régime maigre, de coupes claires dans le budget de l’Etat, l’Espagne du sort de la Grèce.

Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy ne s’est pas fait prier pour mettre en œuvre un budget  « très, très austère » de 35 milliards.

Choix fatal pour l’économie espagnole déjà au bord de sa 2e récession en 3 ans, avec un chômage à 22 % et approche 50 % chez les jeunes : 5,3 millions de chômeurs, record européen. Le PIB du pays devrait se contracter de 1,7% cette année. De leur côté, les prix immobiliers ont chuté de 11,2 % au quatrième trimestre de l’an dernier et certains prédisent 30 % de baisse des prix supplémentaire.Le secteur de la construction s’est effondré après 2008, ce qui s’est traduit par plusieurs millions de chômeurs supplémentaires avec un rythme de développement de la pauvreté le plus élevé d’Europe.

Comme le veulent les Mario, Mariano Rajoy a imposé une réforme ultralibérale qui met en pièces les droits individuels et collectifs du salarié et facilite la liberté de licenciement.

Épousant les thèses  austéritaires de la troïka, ce décret-loi (« decretazo » décret pourri) permet de licencier à bas prix. L’indemnisation d’un salarié en CDI est désormais de 33 jours, (contre 45) par année travaillée dans l’entreprise, avec une limite de 2 ans (contre 3,5). Les entreprises pourront licencier au motif d’une baisse de leurs revenus «  durant trois trimestres consécutifs  » — ce qui est courant en période de récession. Le salarié licencié n’aura plus droit qu’à 20 jours d’indemnisation par année travaillée et plafonnée à un an, indépendamment de son ancienneté. Fait nouveau également, ces motifs pourront s’appliquer aux entités et organismes publics. Au nom de la «  flexibilité  », la réforme institutionnalise aussi «  la mobilité  » du salarié, qui pourra voir changer ses horaires, sa fonction mais également son salaire (comme la loi Sarkozy-Warsmann, cf article précédent).

Lois affaiblies, accords dénoncés : comme en Grèce, les entreprises en perte de vitesse économique durant 6 mois pourront ne plus appliquer les conventions collectives. De fait, ces dernières peuvent être contournées par des accords d’entreprise. Au prétexte de résorber le chômage des jeunes (48  %), le gouvernement prévoit une batterie de déductions fiscales pour les entreprises de moins de 50 salariés afin qu’elles embauchent des jeunes de moins de 30 ans et des chômeurs de longue durée avec un CDI différencié. Des «  minijobs  » qui ne disent pas leur nom – comme en Allemagne. Enfin, faute de créations d’emplois, le gouvernement contraint les chômeurs à effectuer un travail d’intérêt général.

Les Commissions ouvrières (CCOO) et l’Union générale des travailleurs (UGT) se sont mobilisées, le 19  février, et encore le 29 mars, avec une grève générale et des manifestants par millions dans les rues.

« Retour au Moyen Age » en Italie, en Espagne mais aussi au Portugal :

Arménio Carlos, secrétaire général de la CGTP analyse les attaques contre le code du travail portugais comme un authentique « retour au Moyen-Âge ». Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho voulait augmenter la journée de travail d’une demi-heure par jour dans le secteur privé sans hausse de salaire.

Les bailleurs de fond exercent leur chantage comme dans toute l’Europe en haussant leurs taux usuraires : 3e pays de la zone euro après la Grèce et l’Irlande à demander une aide exceptionnelle, le Portugal a obtenu 78 milliards d’euros sur trois ans en échange de la casse des droits du travail. Malgré une récession de 3, 3 % prévue en 2012 et un taux de chômage supérieur à 14 %,

Lisbonne choisit aussi de mettre en œuvre une diminution des indemnités de licenciements de 20 à 12 jours, même à 8, par année travaillée et une réduction du nombre de jours de vacances tandis que la durée de versement des allocations chômages est réduite à 18 mois maximum. C’est le recul le plus net dans le domaine social depuis l’instauration de la démocratie en 1974.

Pas plus qu’ailleurs en Europe ces attaques ne sont acceptées par les salariés : des manifestations contre ces reculs du code du travail ont eu aussi lieu à Lisbonne les 16 janvier le 11 février, et encore une grève générale le 22 mars

 

Mise en cause du droit de grève partout en Europe ?

Mario Monti prétend aux deux postes clés de l’Union européenne: celui de président de la Commission, disponible fin 2014 à l’expiration du second mandat de José Manuel Barroso, et celui de président du Conseil, libre à la même période. À moins que ces deux postes, comme on le dit de plus en plus souvent, soient alors fusionnés, un seul job taillé sur mesure pour Super Mario.

Alors l’homme s’avance : il avait déjà écrit un Livre Blanc (sic) pour « Revitaliser le marché unique » le voilà qui dépose des « lettres » sur le bureau de la Commission européenne, et des « projets de règlement », se faisant mousser comme un « Delors de droite » (sic). Il s’enhardit à proposer à toute l’Europe des reculs en droit du travail.  Le « bouquet », méconnu mais logique, est le projet de « règlement Monti II » au niveau de la Commission européenne : sous couvert  de modifier les décisions affligeantes de la Cour européenne de Justice dans les affaires Viking et Laval – qui subordonne les droits de l’homme fondamentaux à la liberté d’entreprise pour exploiter les différences du coût du travail entre les pays.

Il propose que les droits humains n’aient plus la primauté sur une liberté économique. Il suggère que le droit de grève soit soumis à un jugement de proportionnalité et subordonné à la liberté de produire. Il induit que les droits à la vie, à la santé ne sont pas plus importants que la liberté d’entreprise d’exposer les salariés à des risques sanitaires et de sécurité dans la quête du profit. Ce serait le « principe d’équivalence » entre droits de l’homme et droits de l’entreprise.

Dans sa communication sur l’Acte pour le marché unique intitulée « Douze leviers pour stimuler la croissance et renforcer la confiance » (SEC(2011)467), la Commission européenne débat de cette proposition législative «  permettant de clarifier l’exercice des libertés d’établissement et de prestation de services, avec les droits sociaux fondamentaux, parmi lesquels le droit d’action collective. ».

Heureusement qu’il y a des manifestations dans toute l’Europe, de Londres à Athènes et de Lisbonne à Rome ou Barcelone, sinon le régime des Mario, des Goldman Sachs, et autres Merkozy n’hésitera pas à aller loin… C’est « l’économie de la douleur » qu’ils imposent partout.  Pourtant cela se sait : toutes les reculs du droit du travail, des salaires, aboutissent… a aggraver austérité et récession… et cela accroit la dette. Ils jettent des steaks aux requins des marchés : ceux ci au lieu d’être « rassurés » en redemandent chaque jour davantage. Impossible d’obtenir à la fois la croissance et l’austerite : c’est comme vouloir installer un chauffe plats branché dans un réfrigérateur. L’un et l’autre des deux appareils péte.

Une chose est certaine, comme l’a dit François Hollande : il faut dominer les marchés. Il faut stopper la spéculation. Il faut interdire aux banksters d’emprunter à 1 % et de prêter à 6 % aux états qui en ont besoin. Mais les spéculateurs et banksters, c’est plus fort qu’eux, c’est dans leur nature, ils n’entendent que la manière forte : ils ne s’arrêteront que s’ils sont sérieusement menacés d’être accrochés aux réverbères.

Gérard Filoche

 

 

« Pactes de compétitivité » contre Code du travail : la loi Warsmann est passée le 22 mars. Abrogation.

Sarkozy nous a fait payer sa cotisation aux grands projets européens « anti code du travail » de Merkel et des « hommes in fric » de Goldman Sachs, les « Mario » (Mario Monti, celui qui veut interdire le droit de grève en Europe et Mario Draghi, celui qui déclare « la mort du modèle social européen ») en faisant publier  la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 « relative à la simplification du droit et à l’allégement des démarches administratives ». Derrière ce titre discret que se cache t il ? Cinq changements en guise de pochettes surprises – les articles 40, 44, 39bis, 41 et 48 –  ont été introduits par cette ultime offensive anti code du travail votée par l’Assemblée UMP. Parmi eux, l’article 40 tueur d’état de droit dans les entreprises.

Article 40

« Modulation du nombre d’heures travaillées sur courte période sans requalification du contrat de travail : la mise en place d’une répartition des horaires sur une période supérieure à la semaine et au plus égale à l’année prévue par un accord collectif ne constitue pas une modification du contrat de travail »

 

Alors que des négociations nationales se tiennent les employeurs peuvent désormais proposer un texte qui permet de baisser les salaires et faire varier la durée du travail par accord d’entreprise, modifier des éléments fondamentaux du contrat de travail, tel que durée du travail, conditions de travail, aménagement du temps de travail et rémunération,  en échange d’un hypothétique engagement à maintenir l’emploi.

 

C’était déjà possible depuis la loi Fillon du 4 mai 2004 qui permettait d’inverser la hiérarchie des sources de droit du travail et déroger au niveau de l’entreprise selon un « principe de défaveur » à des accords de branches ou à des lois qui le prévoyaient. Mais jusque-là vous pouviez refuser ce diktat, et invoquer votre contrat en usage. Dans ce cas c’était à l’employeur de démontrer les difficultés de l’entreprise et il devait vous licencier pour « motif économique », avec les garanties attachées à ce type de rupture (reclassement, contrat de sécurisation professionnel …) Si vous êtes 10 à refuser cette modification, l’employeur doit faire un plan de sauvegarde de l’emploi.

Dorénavant dès que l’entreprise pressent des problèmes économiques à venir, elle peut négocier, imposer une baisse des rémunérations, de variation de la durée du travail, par accord d’entreprise. Ce sont les fameux « pacte de compétitivité annoncé par Sarkozy le 31 janvier. Et ce qui est nouveau c’est que si vous les refusez, votre licenciement ne sera plus considéré comme « économique ». Vous serez en faute. Votre motif de licenciement sera inattaquable devant un juge ! Le comité d’entreprise ne peut plus vérifier la réalité des difficultés économiques, faire des propositions alternatives aux licenciements, défendre vos intérêts. De plus, l’employeur échappe aux obligations propres à ce type de licenciement (reclassement, contrat de sécurisation professionnel) !

 

Article 44

Simplification du bulletin de paie :

 

Ceci n’est pas anodin. Le Medef veut supprimer les cotisations sociales, le salaire brut et ne payer que l’acte productif, le « net ». Ceci a pour objet de réduire le nombre de lignes figurant sur la feuille de paie pour que vous n’y voyez plus les cotisations sociales que l’on vous supprimera ensuite

 

Article 39 bis (nouveau) :

Instauration d’une obligation légale pour les partenaires sociaux d’ouvrir des négociations sur les salaires dès lors que le salaire minimum national professionnel des salariés sans qualification se trouve à un niveau inférieur à celui du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Disposition introduite à l’initiative de la commission des Affaires sociales)

 

Normalement aucun salaire minima conventionnel ne devrait se trouver en dessous du Smic. Il devrait être rajusté automatiquement, ce n’est pas du domaine de la négociation mais de la loi.

 

Article 41 :

Dispositif permettant, dans le cas des licenciements pour inaptitude physique d’origine non professionnelle, une rupture du contrat de travail dès la notification du licenciement. Maintien des règles actuellement en vigueur pour le calcul de l’indemnité de licenciement, en dépit de la non-exécution du préavis (Disposition introduite à l’initiative du Rapporteur)

 

Si vous êtes malades et inaptes, vous êtes virés plus vite de l’entreprise, on n’aura plus le temps de vous dire merci.

 

Article 48 :

Information du chef d’entreprise par l’agent de contrôle des circonstances de fait susceptibles de constituer une infraction pénale, ainsi que des sanctions encourues à ce titre, en cas de constatation d’infraction à la législation du travail. En conséquence, suppression de la transmission à l’employeur des PV des inspecteurs du travail (Disposition introduite par le Rapporteur et par la commission des Affaires sociales)

 

C’est seulement pour rendre plus lourde la tache des inspecteurs et contrôleurs du travail : ils doivent prévenir l’employeur « des circonstances de fait susceptibles de constituer une infraction »…avant de dresser procès-verbal ! Autant ne plus faire de PV, le juge dira qu’ils n‘ont pas été prévenus, et s’ils sont prévenus, l’employeur dira qu’il a modifié la situation délictuelle.

 

A la gauche d’abroger ces articles et de

reconstruire le code du travail

comme cela est prévu dans le « projet socialiste »

 

 

 

D&S n°194, 20e année, avril 2012 est paru
24 p, 3 euros – Bientôt dans vos boîtes à lettres…
Abonnez-vous : 10 n° = un an = 30 euros
Chèques à : « D&S » C/O D&S 85 rue Rambuteau 75 001 Paris

Sommaire, le 10 avril :

En « une » : « C’est maintenant, les 22 avril et 6 mai »
Élire François Hollande pour chassez Sarkozy
P.2 : Informations diverses et agendas
P.3 : édito : un enjeu historique et gouvernement PS-EELV-FdG
P.4 à 7 : Bilan antisocial de Sarkozy
P.8-9 : Le tacticien et l’idéaliste
P.10 -11 : Espagne victime de «l’économie de la douleur »
P.12 : MES un « pare feu » en bois inflammable
P.13 : Grèce, 11 millions de morts vivants
P.14-15 : À bas l’Europe des Mario, Monti et Draghi
P.16-18 : Faire que les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012
P.19-21 : Retour sur la tragédie de Toulouse Montauban
P.22 : Mise en scène de l’élection française à la BBC
P.23 : Post it. : un autre regard sur la résistance palestinienne
P.24 : Loi Warsmann, ultime attaque contre le Code du travail

Grèce : 11 millions de morts vivants

Comment accepter que l’UE conçue « pour la paix » ait fait la guerre et pillé la Grèce ? Comment Sarkozy peut-il prétendre avoir « sauvé la Grèce » alors qu’il l’a  humiliée, asservie, détruite socialement ? Ça s’est fait sans militaire et sans colonel, mais avec les agents de la Merkozye et de Goldman Sachs, les hommes en gris et en attaché-case de la BCE et du FMI : ils ont tout raflé pour le compte des grandes banques européennes. Sept plans d’austérité, une vaste destruction sociale sans précédent. Le prétexte était de lui faire « payer sa dette » : celle-ci était de 100 points par rapport à son PIB en 2009, elle est de 160 points par rapport au PIB aujourd’hui, ils prévoient qu’elle soit de « 120,5 points » par rapport au PIB en 2020…Le « remède » est celui de Diafoirus et Purgon, les médecins de Molière qui tuaient leurs malades en les saignant.


Dimitri Christoulas, pharmacien en retraite de 77 ans, s’est suicidé, mercredi 18 avril, d’une balle dans la tête, devant le Parlement grec, place Syntagma, à Athènes. Malade du cancer, il a laissé une lettre manuscrite accusant le gouvernement de l’avoir privé de ressources, via les coupes effectuées sur les pensions de retraites. « Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique (mais si un Grec attrapait une Kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autre solution pour en finir dignement, avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir » ajoutant : « Je crois que les jeunes sans avenir  prendront un jour les armes et pendront les traîtres de ce pays sur la place Syntagma, comme les Italiens l’ont fait avec Mussolini en 1945. »

 

L’émotion a été aussi grande dans le pays qu’elle l’avait été en Tunisie lors du suicide du jeune Mohammed Bouazizi que le régime empêchait de vivre décemment. Des milliers de personnes ont participé aux obsèques.

« Peuple en avant, ne baisse pas la tête, la seule réponse est la résistance », a crié la foule en saluant par des applaudissements l’arrivée du cercueil dans la cour du cimetière central de la capitale. Dans son discours d’adieu, la fille du défunt, un pharmacien à la retraite de 77 ans, a notamment qualifié son suicide « d’acte profondément politique »

Emy Christoulas, la fille du défunt, a souligné que son père s’était battu contre les mesures d’austérité, manifestant avec les « Indignés » ou le collectif « Je ne paierai pas ».

« Papa, tu ne pouvais pas supporter qu’ils prennent notre démocratie, notre liberté, notre intégrité. Tu ne pouvais pas supporter l’apartheid économique et social qui nous cerne. Tu ne pouvais comprendre qu’ils aient donné notre souveraineté et les clés du pays » aux bailleurs internationaux de la Grèce, a-t-elle déclaré dans son discours d’adieu.  Un message du compositeur et chantre de la résistance à la dictature des Colonels (1967-74), Mikis Theodorakis, devenu un pourfendeur de l’austérité infligée par l’UE et le FMI, a également été lu. Conformément aux voeux du défunt, la cérémonie a été civile, ce qui est exceptionnel en Grèce. La dépouille a été transférée en Bulgarie pour incinération, car l’influente Eglise orthodoxe grecque bloque toujours la création de crématoriums. À l’issue de la cérémonie, les manifestants se sont dirigés vers la place Syntagma, où des fleurs, bougies et messages d’adieu sont massivement déposés depuis mercredi sous l’arbre où Dimitri Christoulas s’est suicidé, devenu lieu de pèlerinage.

Annulation immédiate et complète de la dette grecque odieuse !

 

 

Mécanisme Européen de Stabilité : un pare-feu en bois inflammable

Les ministres des Finances de la zone euro ont décidé, vendredi 28 mars à Copenhague, de doter le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), qualifié de « pare-feu » européen, d’un montant théorique de 800 milliards d’euros. Comme d’habitude, les mêmes cris d’enthousiasme s’élèvent et la crise des dettes publiques européennes, pour la dixième fois depuis le printemps 2010, est vraiment derrière nous !

Un montant des plus théoriques

800 milliards d’euros ou 1 000 milliards de dollars ! Plus que le plan Paulson destiné à sauver les banques des Etats Unis en 2008 qui ne s’élevait qu’à 700 milliards de dollars ! La réalité est un peu différente.

Ces 800 milliards additionnent les 500 milliards d’euros du MES et 300 milliards déjà versés ou déjà promis à la Grèce, l’Irlande ou au Portugal. L’« argent frais » se limiterait donc à 500 milliards d’euros.

Mais ces 500 milliards d’« argent fais » sont loin d’être aussi frais que le prétendent les inconditionnels du MES. Cet organisme disposera en tout et pour tout de 80 milliards d’euros de capital, une fois que les pays de la zone euro auront versé leur quote-part, au prorata de leur participation au capital de la BCE (27,15 % pour l’Allemagne ; 20,39 % pour la France ; 17,92 % pour l’Italie ; 11,90 % pour l’Espagne). Ces 80 milliards d’euros serviront de garantie aux 420 milliards que le MES devrait théoriquement, là encore, pouvoir emprunter sur les marchés financiers. Mais ces emprunts seront loin d’être accordés aussi automatiquement que le prétendent les thuriféraires du MES. Qui peut penser que les garanties de l’Italie et de l’Espagne pourraient avoir la moindre valeur aux yeux des marchés financiers si le MES devaient emprunter pour éviter un défaut de paiement de ces deux pays ? Ce seraient alors 29,82 % des garanties du MES qui disparaîtraient d’un seul coup, de quoi inspirer une confiance illimitée aux marchés financiers. A quels taux, ensuite, les marchés financiers accepteraient-ils de financer le MES alors que, sans même parler de défaillance de l’Italie et de l’Espagne, les pays AAA se réduisent comme peau de chagrin dans la zone euro ?

Le même bluff que pour les « subprime »

La finance n’en finit pas de gonfler des bulles. Le MES est une nouvelle bulle gonflée par les ministres des Finances de la zone euro pour complaire aux marchés financiers. Ils ne les appellent pas « bulles » mais parlent d’ « effet levier », ce qui revient exactement au même.

Il s’agit avec le MES de transformer 80 milliards d’euros en 500 milliards d’euros en nous faisant croire que cela sera indolore pour les peuples et que les marchés financiers ne verront pas qu’il s’agit d’une nouvelle bulle.

Indolore pour les contribuables ? Pour la France, par exemple, il lui faudra trouver 20 milliards d’euros d’ici 2014 pour fournir sa quote-part de 20 milliards dans le capital du MES. Et si le MES arrivait à emprunter sur les marchés financiers la garantie apportée par la France serait de 126 milliards d’euros. En cas de défaut d’un pays auquel ces fonds auraient été prêtés, il faudrait les rembourser.

Invisible par les marchés financiers ? Au moindre risque de « défaut » de l’Italie ou l’Espagne, la bulle éclatera. L’Espagne a besoin, d’ici 2014, de 300 milliards d’euros pour faire face au remboursement des titres de sa dette publique arrivée à échéance. C’est déjà bien au-delà des possibilités réelles du MES. Mais c’est 600 milliards d’euros qui seront nécessaire à l’Italie. Sans parler des 150 ou 200 milliards qui seront indispensables à la Grèce, l’Irlande et le Portugal pour faire face, eux-aussi, au remboursement des titres de leurs dettes publiques arrivant à échéance. Il est impossible, en effet, que ces pays puissent emprunter sur les marchés financiers comme le prévoyaient la troïka en 2013 ou 2014.

Et tout cela pourquoi ? Pour « aider » l’Italie, l’Espagne, la Grèce, l’Irlande ou le Portugal ? Non, ils ne verront pas un seul euro des sommes versées par le MES. Ces milliards d’euros ne serviront qu’à rembourser leurs créanciers, pour l’essentiel des banques et des assurances européennes. Et non, ca ne marche même pas : l’Espagne est dans la nasse et les mesures d’austérité anti-droit du travail de Mariano Rajoy, comme celles de Mario Monti en Italie (or le fait que des millions de manifestants s’y opposent) contribuent à l’austérité qui saigne davantage ces pays malades.

Pourtant les dites banques ont reçu 500 milliards d’euros de la BCE de prêt à Noël et encore 500 milliards début mars. Soit 1000 milliards qu’elles ont … re déposé à la BCE à 0,5 %. Incroyable mais vrai ! Ce qui n’empêche pas les dites banques de redemander 150 milliards déjà… tellement leurs comptes sont menacés. La BCE jette des steaks aux requins pour « rassurer les marchés » : peine perdue, ceux ci sont insatiables. Et les banksters qui dirigent tout ça ne se privent pas, de continuer à gouverner tout cet argent; exactement comme avant,  en jouant à casino, avec des ratios restés immuables contre l’emploi, contre la croissance, et avec des produits dérivés de l’enfer des caves à subprimes…C’est le système tout entier qui est en cause et qui implose.

Sarkozy, en duumvirat avec Merkel, c’est l’exécutant de tout ça, c’est SON système, SES amis banquiers, SA politique, SA dette, SA crise, il est là, à tenter de se faire ré élire, non pour protéger les citoyens des banksters, mais pour protéger les banksters des citoyens.

Un « pare-feu » inflammable

Les ministres des Finances de la zone euro se gargarisent du terme « pare-feu ». Il suffit pourtant de se poser la question pour constater la supercherie : a-t-on jamais vu un pare-feu en bois inflammable ? C’est pourtant bien de cette matière que sera fait le pare-feu. Il ne s’agit en rien de mettre un rempart de béton pour arrêter l’incendie mais de donner du bois à brûler aux marchés financiers (quelques centaines de milliards d’euros en l’occurrence) en espérant que cela arrêtera l’incendie.

L’enfance de ces ministres des Finances a du être bien triste s’ils n’ont jamais entendu parler du loup et des trois petits cochons.  Ce n’est pas un pare-feu en bois qu’il faut construire mais un pare-feu en briques (réfractaires) pour arrêter l’incendie.  Quand les principaux acteurs de cette tragédie changeront-ils  et quand des nouveaux dirigeants comprendront-ils qu’il est vain de « rassurer » les marchés mais qu’il faut les mettre au pas ?

 

JJ Chavigné/ G. Filoche à lire avec autres articles dans D&S 194 avril 2012, abonnez vous…

Suicide d’un vieil homme grec : « - ainsi, je n’aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance ».

Selon le correspondant du Monde à Athènes, Alain Salles, le pharmacien à la retraite a laissé une note manuscrite, non signée. Dimitris Christoulas y revendique la portée symbolique de son acte : « Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique (mais si un Grec attrapait une Kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autres solutions que cette fin digne de ma vie. Ainsi, je n’aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance. » Il a ajouté : « Je crois que les jeunes sans avenir prendront un jour les armes et pendront les traîtres de ce pays sur la place Syntagma, comme les Italiens l’ont fait avec Mussolini en 1945. »

La lettre fait également référence au « gouvernement Tsolakoglou », le premier gouvernement collaborationniste, pendant l’occupation allemande. Certains manifestants dénoncent régulièrement « l’occupation de la troïka » en la comparant à l’occupation nazie. Une affiche placée sur le cyprès accusait : « la junte des prêteurs l’a assassiné », assimilant le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne au régime des colonels qui a plongé le pays dans la dictature de 1967 à 1974.

Environ un millier de personnes a afflué sur les lieux du drame en début de soirée. Au pied d’un cyprès, elles ont déposé des bouquets de fleurs et des dizaines de messages appelant notamment « au soulèvement du peuple ».

La plupart des manifestants, silencieux et émus, refusaient de parler aux médias mais certains scandaient le mot « Assassins ». « Soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous », « Que cette mort soit la dernière de citoyens innocents. J’espère que les prochaines victimes seront les politiciens traîtres », pouvait-on lire sur les notes déposées par les Athéniens. La police a bouclé l’avenue longeant le Parlement.



Vendredi 6 Avril 2012 à 05:00 | Lu 2310 fois I 9 <http://www.marianne2.fr/Grecs-l-UE-est-en-train-de-nous-tuer-_a216828.html?com#comments> commentaire(s)
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Au lendemain du suicide d’un homme de 77 ans à Athènes, Panagiotis Grigoriou décrit l’atmosphère qui règne dans les rues de la ville. Selon notre blogueur associé, l’indignation a laissé place à l’envie de se venger.

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(Sur la place de la Constitution, à Athènes, où un septuagénaire s’est suicidé mercredi – Thanassis Stavrakis/AP/SIPA)


« Le gouvernement d’occupation de Tsolakoglou [1] a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant trente-cinq ans (sans aucune contribution de l’Etat). Mon âge ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov, je n’aurais pas été le dernier à suivre), je ne trouve plus d’autres solutions qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Syntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan », a écrit le pharmacien âgé de 77 ans, avant de mettre fin à ses jours sur une pelouse de la place Syntagma, mercredi.

Rapidement, durant toute la journée du 4 avril, la nouvelle du suicide sur la place de la Constitution a fait son chemin. Hormis les médias, la rue fut un vecteur essentiel de la nouvelle et surtout de sa portée. Car c’est précisément ce vecteur essentiel qui est créateur de lien politique.

De bouches à oreilles et en mouvement perpétuel. Dans la rue et en plein air, fertilisant les idées et formant les consciences. C’est ainsi que nous avons pris connaissance de sa dernière lettre, tout comme nous avons appris que ces dernières vingt-quatre heures, cinq autres personnes ont « opté » pour le suicide en Grèce. Inlassablement, et de la même manière, « virements automatiques définitifs », imposés par le régime bancocrate. Le dernier suicide connu, tard dans la soirée de ce 4 avril, fut celui d’un homme de 38 ans en Crète, un albanais vivant et travaillant chez nous depuis longtemps, père de deux enfants, chômeur de longue durée. Il s’est jeté du balcon de son domicile.

A Athènes, c’est à partir de midi que le suicide du matin a pris de l’ampleur dans le syllogisme collectif. Dans un bistrot du centre ville, un jeune homme s’est montré gêné, car « le malheureux aurait pu se suicider chez lui ». Aussitôt, une femme a répliqué en rappelant « que cet acte, est d’abord un acte politique, au-delà de son aspect tragique, car cet homme s’est suicidé pour nous et pour nous faire réagir, sur cette même place des manifestations, devant le Parlement ». Le jeune homme a compris.

J’ai senti la portée de cet acte se transformer en fait politique majeur au fil des heures. A midi déjà, des gens étaient sur place. Puis, dans l’après midi et vers le soir, des centaines de personnes redevenaient des témoins actifs du temps présent. Des manifestants lycéens et étudiants se sont rendus devant le monument du soldat inconnu (entre la place et le Parlement), tandis qu’au même moment, les premières compagnies de MAT (CRS) se précipitèrent sur la place.

Au pied du cyprès, des anonymes ont déposé des bouquets de fleurs, des cierges et des dizaines de messages manuscrits appelant notamment « au soulèvement du peuple » : « soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous », « salopards gouvernants, un jour nous vous suiciderons » , « le sang du peuple va vous noyer », «  la liberté ou la mort », « vengeance » , pouvait-on lire sur ces messages écrits, le maître-mot n’étant plus « l’indignation » mais « la vengeance ».

Le soir la place s’est remplie davantage. Notre police prétorienne, œuvrant pour les occupants, intérieurs et extérieurs, a chargé comme d’habitude. Parmi les citoyens passés à tabac par les policiers, il y avait une jeune journaliste de la chaine ANT-1. Puis, il y a eu des interpellations, et tout cet usage de la chimie habituelle. Alchimies encore, du régime bancocrate. Les politiciens ont peur de la rue et nous le savons. Dans l’air du temps, il y a aussi les élections, d’ailleurs toujours hypothétiques, enfermant pourtant les représentations des partis de gauche dans un carcan tristement étriqué. Un vieil homme que j’ai rencontré sur la place vers 21 heures, alors très ému, les larmes aux yeux, s’est adressé à un groupe de jeunes ainsi : « Pour une révolution, il faut du sang, prenez les armes et tuez-les.»

Ce jeudi matin sur la place Syntagma, il y avait encore l’odeur de la chimie policière mais aussi celle de la vie, la nôtre. Nous étions là, autour du cyprès, porteur désormais de nos messages et surtout du sien : « Ce n’est pas un suicide, c’est un assassinat politique. » Puis ce nouveau graffiti sur le marbre : « Le nom du mort devait être Papandréou, le nom du mort devait être Samaras, le nom du mort devait être Karatzaferis… »

Par la radio (real-FM), on apprend qu’hier également une retraitée a mis fin à ses jours en Italie. « Je ne pouvais plus vivre d’une retraite ainsi amputée », fut son ultime message.

Décidément, les messages ultimes de ce genre se multiplient à travers la zone euro. Notre pharmacien étant un enfant des temps de l’occupation et de la famine de 1941, il a bien détecté l’odeur de l’époque et le mauvais vent. L’occupation revient, et pas seulement dans les stéréotypes. Peu importe si c’est autrement. L’éditorialiste Trangas (real-FM) tient Madame Merkel pour responsable de cette nouvelle mauvaise Europe. Mais sur la place Syntagma, on pense que c’est plutôt l’Union européenne qu’il faut briser. « Eh Grecs, l’UE est en train de nous tuer », a crié un homme devant le cyprès.

Les membres d’une équipe de documentaristes venus d’Allemagne se sont confié, il y a quelques jours, à un de mes amis : « Cette Europe est morte, elle fait du mal à tout le monde. » C’est dommage, je n’ai pas pu les rencontrer.

Jeudi midi, Athènes sous une pluie fine, douceur.

[1] Le général Georgios Tsolakoglou, signataire de l’armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef du gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les nazis. Un poste occupé du 30 avril 1941 au 2 décembre 1942. Son nom en Grèce est synonyme de « collaborateur ».

Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog <http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/04/le-nom-du-mort.html> .

Jeunesse à crédit : Sarkozy propose de livrer les jeunes aux banques et à leurs subprimes

Dans son discours aux jeunes de l’UMP à la porte de Versailles, le 31 mars, Nicolas Sarkozy, annonçait qu’il créerait une « banque de la jeunesse » s’il était élu.

Il cherchait ainsi à répondre à la proposition de François Hollande de mettre en place une allocation d’études et de formation, sous conditions de ressources. Le but de cette allocation est de répondre aux besoins d’autonomie des jeunes et leur permettre de continuer leurs études sans être obligés d’occuper un emploi salarié.

Mais la proposition de Nicolas Sarkozy, sous prétexte de refuser l’ « assistanat » consiste à livrer la jeunesse aux banques.

Ce qu’il propose aux jeunes c’est de financer leurs études avec des prêts bancaires, pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois « sans conditions de ressources et cumulables avec les bourses ».

Aucune « banque de la jeunesse » ne serait créée. Il s’agit de l’habituel effet d’annonce de Sarkozy. Seul serait mis en place un système de caution destiné à garantir une partie du remboursement des prêts bancaires. En 2008, Valérie Pécresse avait déjà proposé une mesure de la même espèce : un prêt étudiant garanti à 70 % par l’Etat, avec un montant maximal de 15 000 euros et la possibilité d’un remboursement différé. L’objectif fixé par Valérie Pécresse était de 40 000 prêts fin 2009. Les étudiants ne s’étaient pas précipités pour autant : fin 2011, seuls 27 000 prêts avaient été signés.

Le prêt proposé par Sarkozy devrait être remboursé lorsque les jeunes auraient un travail. La caution apportée par l’Etat ne changerait rien à l’affaire. Elle ne serait que partielle et, surtout, une caution qui a remboursé un prêt à la place de l’emprunteur a toujours la possibilité de se retourner contre ce dernier et d’exiger, à son tour, d’être remboursée. Un boulet au pied à traîner, de toute façon, pendant une dizaine d’années.

L’entourage de Sarkozy affirme que les remboursements seraient « modulables » et qu’en-dessous de 1,3 Smic par mois, le remboursement ne devrait pas excéder 7 euros par mois. C’est un mensonge de plus. A ce rythme là, il faudrait 215 ans pour rembourser un prêt qui auraient permis de disposer de 500 euros par mois pendant 3 ans !

Ce que propose Sarkozy c’est de livrer les jeunes de notre pays aux banques, comme le sont aujourd’hui les jeunes Américains. Selon la Réserve fédérale des Etats-Unis, la dette des étudiants américains s’élève à 1 000 milliards de dollars (750 milliards d’euros, plus du tiers du PIB de la France en 2012 !). En 2007, cette dette s’élevait à 500 milliards d’euros. Elle s’élèvera à 1 400 milliards d’euros en 2020. Ce n’est pas 7 euros ou 10 dollars par mois que ces jeunes doivent rembourser une fois qu’ils ont trouvé un travail mais 20 % (en moyenne) de leurs salaires mensuels.

Cette fuite en avant dans le crédit est de la même veine que celle qui avait provoqué la crise des « subprime » aux Etats-Unis. Sarkozy est, décidément, incapable de tirer la moindre leçon de la crise 2007-2008.

 

Jean-Jacques Chavigné

L’instrumentalisation de la tragédie de Montauban et Toulouse par Sarkozy

La tragédie atroce de Toulouse et de Montauban a coûté la vie à quatre jeunes hommes et à trois petits enfants. Un autre jeune homme, grièvement blessé, reste entre la vie et la mort.

Des petits enfants tués, on le vit dans notre chair. On a leur regard dans le nôtre. L’image d’un tueur psychopathe qui appuie la gâchette sur la tempe d’un enfant, on ne veut la voir nulle part, encore moins diffusée sans fin à la télé. Ça n’a ni vertu réparatrice ni vertu éducative. Que police et justice fassent leur boulot et répriment, au nom de la société, ce crime odieux !

On méprise tous le meurtrier illuminé, âgé seulement de 23 ans qui a fait ça, en délirant qu’il a « mis la France à genoux » : le rejet massif est instantané et immédiat. À peine si le commentaire d’une telle image est permis.

Mais ce n’est pas un commentaire, ni une éducation ni même une analyse qu’on a subi. Le candidat président sortant s’en est emparé jusqu’à la nausée. Il est allé jusqu’à imposer dans toutes les écoles « une minute de silence » traumatisante pour des centaines de milliers d’autres enfants. C’est une vaste offensive médiatique, heure par heure, minute par minute, image par image, qui a transformé le drame en téléréalité et qui visait à exploiter le filon pour tenter de faciliter ostensiblement la réélection du candidat sortant, cultivant jusqu’à plus soif le rôle du pacificateur, protecteur de l’ordre public national.

Le dit candidat-président est même allé jusqu’à se rendre lui-même, longuement, à cent mètres du lieu où le forcené était reclus. Il a annoncé qu’il allait faire une déclaration télévisée sitôt que celui-ci se serait rendu. Il a piétiné, patienté, « parlé aux voisins », traîné jusqu’à se mettre en retard pour les obsèques des victimes militaires, tellement, il cherchait l’occasion médiatique « d’être là » lorsque la photo de l’arrestation pourrait être prise.

François Hollande et le Parti socialiste se sont comportés, devant cette tragédie, avec toute la retenue nécessaire, tout le respect dû aux victimes de ce drame et à leur famille. Prenant le même avion que Dupont-Aignan, Le Pen, pour se rendre à Toulouse puis Montauban, aux obsèques des trois militaires tués, François Hollande a dû subir un protocole, un « placement » selon le tirage au sort effectué par le Conseil constitutionnel, tandis que le « président » sortant se donnait un rôle surjoué de maître des cérémonies.

Sept morts dont trois enfants, un blessé grave, le tueur qui ne pourra pas rendre de compte à la justice : un « succès »?

Un « succès » ? Comment la droite ose-t-elle se servir de ce mot à propos d’une opération qui n’a pas empêché le tueur de frapper à trois reprises, à quatre jours d’intervalle à chaque fois ? Comment parler de succès alors que sept personnes, dont trois enfants de 3 à 8 ans, ont été massacrées ? Comment parler de « succès » alors que le tueur n’a pu être traduit devant la justice ? Comment parler de « succès » alors que Alain Juppé lui-même estime, certes avec précaution, qu’il faudrait peut-être faire « la clarté » sur une possible « faille » du renseignement et précise « Je comprends qu’on puisse se poser la question de savoir s’il y a une faille ou pas ».

Comment ne pas s’interroger sur l’absence de suivi de Mohamed Merah, repéré par les services de renseignement depuis son séjour en Afghanistan et qui pu, malgré cela, constituer un véritable arsenal d’armes de guerre ? Comment ne pas s’interroger sur le temps mis à localiser le tueur après le premier assassinat de Toulouse et la tuerie de Montauban ? Comment ne pas s’interroger sur l’échec de l’arrestation de ce tueur ? La réponse de Nicolas Sarkozy  « Circulez ! Il n’y a rien à voir ! » est inacceptable. Seule une commission d’enquête parlementaire indépendante du pouvoir actuel permettrait de faire toute la lumière sur la réalité des dysfonctionnements dans l’organisation et les méthodes de services utilisés comme un véritable domaine réservé du président Sarkozy.
La théâtralisation de l’action de Nicolas Sarkozy

La théâtralisation, cette omniprésence de l’action du président-candidat, n’a rien à voir avec une quelconque recherche d’efficacité. Elle a tout à voir, au contraire, avec une récupération que résume admirablement le titre cynique d’un article d’Arnaud Leparmentier dans le Monde du 21 mars 2012 : « Tuerie de Toulouse : le candidat Sarkozy se prépare à engranger le succès du président ».

Lorsque Nicolas Sarkozy osait déclarer devant les enfants d’une école parisienne « ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous », il semblait oublier, comme le soulignait Cécile Duflot, que le rôle d’un adulte est de protéger, pas d’angoisser les enfants. En réalité, bien au-delà de ces enfants rendus inquiets, effrayés, c’était avant tout aux électeurs du candidat Sarkozy que le président s’adressait.

Quand le président Sarkozy attendait, à Toulouse, la reddition du tueur afin de pouvoir se montrer au moment propice devant les caméras de télévision, cela n’aidait en rien l’efficacité de la police. Que faisait-il sur place avec son ministre de l’Intérieur Guéant ? Cela n’avait qu’une fonction : permettre au candidat Sarkozy d’engranger « le succès » du Président. Tout l’épisode a été mis en scène avec soin par les communicants, calculé au millimètre, et les actions de la police, de la justice semblaient être soumises au tempo des médias plus qu’aux exigences de la réalité.

Pareille confusion des rôles entre président et candidat est inacceptable, contraire à la démocratie la plus élémentaire. Elle appellerait sans doute une modification de la Constitution qui permettrait, par exemple, au président du Sénat d’assurer l’intérim lorsqu’un président en exercice postulerait à sa réélection.

L’instrumentalisation de la tragédie par la droite

Ils en ont fait argument politique de tout bois. Alain Juppé a utilisé la tragédie de Toulouse et Montauban pour essayer de tacler François Hollande qui veut, à juste titre, hâter le retour des troupes françaises d’Afghanistan. Juppé cherche à justifier cette intervention en évitant surtout de répondre aux questions essentielles : que fait l’armée française à jouer les supplétifs dans une guerre menée par les Etats-Unis avant tout pour défendre leurs intérêts énergétiques ? Comment justifier que l’intervention de l’OTAN soit faite au nom de la « démocratie » mais se résume à soutenir le régime corrompu jusqu’à la moelle d’Hamid Karzaï ? Comment justifier une occupation par les armées de l’OTAN qui est devenue aussi impopulaire que celle des Soviétiques dans les années 1980 et qui aboutit à l’inverse de son objectif proclamé en livrant lentement mais sûrement l’Afghanistan aux Talibans ?

La droite et les médias qui soutiennent Nicolas Sarkozy ont tenté de refaire ce qui leur avait si bien réussi à la présidentielle de 2002 (la photographie d’un vieil homme au visage tuméfié passant en boucle sur les chaînes de télévision) en mettant en scène de façon obsessionnelle la violence dans la campagne présidentielle.

L’arsenal législatif que propose, dans la foulée, Nicolas Sarkozy, pour lutter contre le terrorisme n’a qu’une fonction : gagner des voix. Ça sent la récupération à plein nez. De l’avis de nombreux juristes et spécialistes des questions de sécurité, les dispositions qu’il propose sont soit inapplicables soit déjà existantes. Il s’agit, comme à chaque fois, d’activer les peurs, de refuser de prendre le moindre recul et de légiférer en fonction de l’événement dans le seul but de gagner les voix des électeurs qu’il dispute à Marine Le Pen. Le Syndicat de la Magistrature dénonce cette posture : « Ce drame vient à peine de s’achever et nous sommes déjà dans le temps de l’annonce politique »

Le Front National, après sa grande peur, laisse éclater sa haine

Le 21 mars, Marine Le Pen exigeait des « salauds », c’est-à-dire, pour elle, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou et SOS Racisme, qu’ils présentent leurs excuses pour avoir osé suggérer que le tueur aurait pu avoir quelques rapports avec l’idéologie du Front National.

Le 19 mars, pourtant, Marine Le Pen faisait preuve de beaucoup moins d’arrogance. Avec des mots aussi inédits dans ses discours que « compassion » ou  «  solidarité », elle allait jusqu’à affirmer : « Il n’y a plus de droite, il n’y a plus de gauche, il y a des parents qui sont horrifiés».

Comment expliquer le contraste entre ces deux déclarations si ce n’est par l’intense panique qui s’était emparée de la direction du Front National, entre le 19 et le 21 mars, à l’idée que le tueur puisse être un néo-nazi ? Le souvenir de l’assassinat de 77 adolescents membres des jeunesses socialistes norvégiennes en juillet 2011 par un tueur néo-nazi se déclarant, non pas musulman, mais « à 100% chrétien », Andreas Breivik, avait, reconnaissons-le, de quoi donner des sueurs froides à la direction de l’organisation lepéniste.

Il est vrai que les trois militaires assassinés avaient des noms à consonance maghrébine, qu’un quatrième, blessé grièvement, était Antillais et que le professeur et les trois enfants assassinés étaient Juifs. Le plus probable était donc que le tueur était soit un néo-nazi (hypothèse un moment avancée par les médias), soit un extrémiste se réclamant de l’Islam.

Andreas Breivik, pendant dix ans, avait été adhérent du « Parti du Progrès » norvégien, une organisation proche de l’idéologie du Front national. On peut comprendre, dans ces conditions, la terrible angoisse des dirigeants du Front National. Mais comment ne pas être révolté d’entendre, aujourd’hui, ces mêmes individus se poser en donneurs de leçons en matière de lutte contre le terrorisme ?

Éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter

Sarkozy prétend que mettre en cause les institutions ou la société à propos de la tragédie de Toulouse et de Montauban serait « indigne ».

Toutes les questions, au contraire, doivent être posées librement dans le débat public, non pas pour chercher une quelconque « excuse » à Mohamed Merah mais bien pour éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter.

Il ne s’agit pas d’un commando de terroristes venu d’Arabie Saoudite comme le 11 septembre 2001 à Manhattan mais d’un jeune Français, né et ayant vécu l’essentiel de sa vie en France. Il serait donc irresponsable, comme veut l’imposer Sarkozy, de ne pas s’interroger sur la ghettoïsation des quartiers et des banlieues, sur le chômage qui frappe plus de 50 % de leurs jeunes habitants, sur la désertion des services publics, sur l’école qui ne permet pas de s’en sortir, sur les discriminations à l’embauche, sur la désespérance de tant de jeunes. Il ne s’agit en rien de faire de Mohamed Merah une « victime de la société » qui n’aurait pas eu à répondre de ses actes. Il s’agit, simplement, de tenter de déterminer les causes sociales qui pourraient nourrir de telles dérives, de tels délires et d’agir pour les éradiquer.

C’est en allant vers plus de république comme le propose François Hollande et en particulier vers le retour de la République et de ses services publics (la Poste, l’hôpital public, la police de proximité…) dans les banlieues et les quartiers qu’il sera possible de commencer à remédier à dix ans de politique d’abandon de la droite.

C’est aussi en refusant toute forme de communautarisme et en affirmant avec force la nécessité de la laïcité, telle que l’entendait la loi de 1905. Celle que l’actuel président de la République a bafoué aussitôt élu, en 2007.

L’éditorial du Figaro du 22 mars se permettait, en dépit de toute vraisemblance, de dénoncer « ce communautarisme que la gauche encense » alors que le Parti socialiste a toujours combattu le communautarisme au nom de la citoyenneté et de la laïcité. C’est une accusation à front renversé. Car sans doute l’éditorialiste du Figaro avait-il oublié l’allocution de Nicolas Sarkozy à l’occasion de l’ouverture de la XVème conférence des Ambassadeurs, le 27 août 2007. Allocution dans laquelle il reprenait l’idée nauséabonde du « choc des civilisations » si chère à Georges W. Bush, en déclarant notamment : « La menace d’une confrontation entre l’Islam et l’Occident, nous aurions tort d’en sous-estimer la possibilité ».

Sans doute l’éditorialiste du journal de Serge Dassault avait-il aussi oublié ce que proclamait Nicolas Sarkozy, dans son discours de Latran, le 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

Nicolas Sarkozy ose se présenter en « rassembleur »

L’homme qui voulait nettoyer les banlieues au karcher, qui stigmatisait les Rroms, qui menaçait à Grenoble les « Français d’origine étrangère », qui affirmait que la première préoccupation des Français était la « viande halal », qui a passé son quinquennat à dresser les habitants de notre pays les uns contre les autres afin de pouvoir gouverner au profit des 1 % des Français les plus riches, ose maintenant se présenter en rassembleur de tous, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines !

Comment oublier, pourtant, que son actuel ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, affirmait hier que « toutes les civilisations ne se valent pas » et associait immigration et délinquance ? Comment oublier, également, que le ministre de l’Intérieur qui l’avait précédé, Brice Hortefeux, avait été condamné en première instance pour « injures raciales » et que Nicolas Sarkozy ne l’a jamais désavoué ?

Après le président des riches devenu le « candidat du peuple », après le destructeur de l’emploi industriel devenu le « candidat des ouvriers », Nicolas Sarkozy continue ses métamorphoses à répétition et devient le « candidat protecteur ». Cette ultime métamorphose de Nicolas Sarkozy qui vise à le présenter comme « au-dessus des partis » a un unique objectif : lui éviter de tirer le moindre bilan de son quinquennat et d’avoir à défendre un projet qu’il n’a toujours pas dévoilé.

Personne ne peut faire abstraction des événements tragiques de Toulouse et Montauban. Ils ne constituent pas une simple parenthèse dans la campagne électorale. Ils doivent être pris en compte et permettre, notamment, de mettre en évidence le fiasco complet de ce qui était pourtant le cheval de bataille du candidat-président : sa politique sécuritaire. Mais ils ne peuvent, à eux-seuls, résumer les enjeux de l’élection présidentielle. Un ultime hommage aux victimes de Toulouse et de Montauban exigerait, au contraire, que le débat démocratique puisse, enfin, avoir lieu et que la République reste la plus forte, qu’on ne manipule pas pareil drame pour tenter de faire oublier les réels enjeux : le chômage de masse, la misère, la précarité, les inégalités sociales.

Jean-Jacques Chavigné / Gérard Filoche