A la fête de l’Humanité

Au forum Agora de l’Humanité, de samedi à 12 h Gérard Filoche invité au débat sur Jean Jaurès
invité également au débat sur le stand de la Fase et autres organisations samedi à 16 h 30 à un débat sur les retraites avec Bernard Friot
il sera présent en permanence en dehors de ces horaires
au stand de « Siné Mensuel »
et au Village du livre parmi les auteurs à la lettre « F »
et présentera son nouveau livre tout frais
rédigé avec Jean-Jacques Chavigné : « Une retraite à 60 ans c’est possible » Ed. Gawsewitch, 9,9 euros,

11 septembre chilien : il y a 40 ans

Le socialiste chilien Salvador Allende était au pouvoir depuis le 4 septembre 1970, élu avec 36,4% des voix devant une droite divisée. Le 4 avril 1971, l’Unité Populaire avait obtenu 50 % des voix aux municipales. Les mines de cuivre, 80 % des ressources et devises du Chili, étaient nationalisées le 11 juillet 71. Fidel Castro venait visiter Santiago du Chili. En 1972, les exigences des masses s’accrurent : 500 000 personnes à Santiago le 25 juillet 72 contre le fascisme et pour accélérer l’application du programme de l’UP. L’état d’urgence était proclamé dans 24 provinces sur 25 le 11 octobre, les généraux rentraient au gouvernement le 2 novembre. Le 4 mars 73, l’UP progressait et obtenait 44 % des voix aux législatives : les militaires étaient écartés. Il y eut 600 000 manifestants à Santiago (dans un pays de 9 millions d’habitants) pour soutenir le gouvernement et hâter ses réformes le 21 juin 73. Le 29 juin 73, le régiment blindé n°2 de Santiago se souleva. Les combats durèrent trois heures, Allende demanda aux travailleurs de défendre le gouvernement « avec ce qu’ils ont ». La centrale unique des travailleurs appella à l’occupation des entreprises. Les camionneurs, soutenus par la droite, se mirent en grève et bloquèrent le pays le 23 août pour la deuxième fois. L’Unité populaire discuta avec la Démocratie chrétienne, fit rentrer à nouveau des militaires au gouvernement le 9 août… ils démissionnèrent le 18, revinrent le 23 août. 800 000 personnes défilaient pour la 3° anniversaire de l’UP le 4 septembre : le peuple entier était dans la rue… mais le 11 septembre, les généraux faisaient le coup d’état le plus violent, le plus cruel de l’histoire du Chili.

 

« Conformément à la Constitution, l’armée ne fait pas de politique » avait déclaré Luis Corvalan, le secrétaire du PCC chilien en décembre 72 ! Las, les militaires avaient hypocritement participé au gouvernement, vérifié que les dirigeants ne prenaient pas de mesures pour que les travailleurs puissent résister et ils avaient cyniquement assassiné la démocratie. Ils commencèrent par purger l’armée elle-même et la terroriser, puis ils s’en prirent à tout le peuple du haut en bas de l’échelle. Non seulement ils prirent d’assaut La Moneda, le palais présidentiel, tuèrent le président Allende et ses proches, mais systématiquement ils détruisirent le mouvement social organisé, usine par usine, branche par branche, quartier par quartier, ville par ville, région par région. Ils désignèrent les cadres, puis les militants, puis les sympathisants, et les torturèrent, fusillèrent, afin d’éradiquer les syndicalistes, les membres du PS, du PC, les groupes d’extrême-gauche. Ils les parquèrent dans les stades, dans les prisons, dans des camps puis dans les fosses communes. Ils coupérent les doigts, en public, du célèbre guitariste populaire Victor Jara.


La résistance ne pouvait être guerilleriste, comme le tenta le MIR: face à une armée entière mobilisée et un peuple écrasé, faute de direction et d’armes, les quelques clandestins courageux n’avaient aucune chance. En quelques mois, les meilleurs dirigeants étaient découverts, exécutés.

Trente ans après, le sinistre Pinochet n’avait pas encore payé pour ses crimes, mais l’humanité doit compter son nom parmi la lie du monde, un verrat parmi les noms de tous ces bourreaux lâches, vils et veules, qui se sont crus investis d’une mission supérieure, pour l’argent, et qui sont des corrompus assassins de leurs peuples.


En ces 11 et 12 septembre 1973, quand tomba la nouvelle du coup d’état, en France, la Ligue (LC) était dissoute. On venait de passer deux mois à essayer de réorganiser les rangs. Les stages d’été avaient été dramatiquement annulés. Des cellules s’étaient envolées, des militants cherchaient encore des rendez-vous secondaires, j’en trouvais encore à la fin de l’été sur un quai de métro, ils venaient sagement chaque semaine à la même heure au rendez vous qui avait été fixé… et que tout le monde avait oublié et ils étaient surpris de voir un membre du BP déambuler librement, et, pire encore, de savoir qu’il venait du local, où le BP et ses commissions se réunissaient à nouveau ! « - Mais alors, on n’est pas dissous ? ».

La Ligue manifesta néanmoins avec une partie de l’extrême-gauche, en partant de la Place des Invalides : on se disputa sur la banderole, je voulais un slogan contre le coup d’état de Pinochet, le BP imposa « Le réformisme désarme les travailleurs ». Je voulais qu’on appelle à la solidarité, qu’on crée un comité de défense des victimes, des prisonniers politiques et de leurs familles, de dénonciation des putschistes, il n’en fut pas question, il fallait d’abord clarifier la responsabilité des réformistes… Oui, mais les réformistes eux-mêmes étaient des victimes, les gens ne comprenaient pas, nous devions défendre toutes les victimes du Golpe, pas seulement nos partisans. Pour la majorité du BP, il fallait soutenir « la lutte révolutionnaire du peuple chilien », la lutte « armée » aux portes de Santiago. Mais il n’y avait pas de lutte armée, pas de résistance possible. Il fallait sauver les vies, les têtes, nom par nom. Pour eux, on devait soutenir la résistance de tout le peuple chilien du plus modeste au plus gauchiste : « Pueblo unido jama sera vencido », « Pueblo armado jama sera vencido ». Je prenais contact avec ceux qui, à partir du CEDETIM, l’organisation remarquable de Gus Massiah, qui, avec Alain Joxe, Bernard Dréano, et quelques autres, lancèrent les « comités Chili » pour essayer de développer un large mouvement de soutien unitaire, à la façon dont fonctionnait le comité Vietnam national avant 68. Ces comités appelèrent, et nous avec eux, sur mon insistance, à manifester contre la venue du « club de Paris » qui se proposait de soutenir financièrement la Junte, puis en février 94, contre la venue de l’ambassadeur chilien. Chaque fois, il y eut des dizaines de milliers de manifestant. Les comités s’étendirent en nombre et en force, ils regroupaient effectivement des gens indignés par le putsch, mais qui n’avaient pas tous « fait clivage avec le réformisme », loin de là. Tous pleuraient quand on voyait les images du film sur l’enterrement de Pablo Neruda, « septembre noir chilien » : il suffisait de voir les visages de ces gens qui osaient encore défiler derrière le corps du poète, dans ce Chili baillonné, martyrisé, le poing levé, en chantant l’internationale, une dernière fois, malgré le risque pris pour leur vie. Notre camarade jean-Pierre beauvais avait pris le risque d’aller plusierus fois au Chili, prendre les contacts nécessaires, dans des conditions périlleuses. Quand il revenait, nous le faisions parler devant les membres assemblées et émus des Comités Chili (parfois 200 ou 300 personnes dans un local de la rue gay-Lussac) : avec talent Jean-Pierre décrivait le drame de la répression, des tueries là-bas, nous avions la rage au coeur, et avions envie de militer davantage contre les crimes de la dictature Pinochet.


La « ligne » de la Ligue, dont j’avais la charge, dans les comités Chili, était sans cesse surveillée, rediscutée par Alain Krivine, Daniel Bensaid, Charles Michaloux, Jeannette Habel, tout le BP. Si on faisait une collecte où allait aller l’argent ? A la résistance, à ceux qui étaient armés, au MIR, ou à Luis Vitale, historien trotskiste, ou à la petite Ligue communiste internationaliste qui s’était construite là-bas, dans les derniers temps, en solidarité avec la Quatrième internationale ? Si ce n’était pas pour des armes que nous collections, pas question, il fallait faire voter les comités sur ce point : cela revenait à les scissionner, je résistais le plus que je pouvais. Même dans les défilés, il y avait des problèmes : par exemple le grand cortège de février 74, où vingt mille personnes des Comités Chili, se trouvaient derrière notre service d’ordre toujours casqué et solidement équipé. On avait réussi, et l’article du Monde le releva, à faire venir des secteurs des Jeunesses communistes, je tenais à démontrer que nous pouvions réussir des actions unitaires avec la gauche. Mais ce jour-là, à hauteur de Montparnasse, la police argua que notre service d’ordre était trop armé, pour nous laisser passer; on perdit le contact avec nos copains qui écoutaient la radio des flics, la police avait carrément fermé les lignes et postes de téléphone dans toute la zone du défilé, on ne pouvait plus être renseignés. Je voulus qu’on aille lentement. On avança, le long d’un chantier, les gens s’armaient. Je voulus qu’on aille plus vite, on se disputait, car on était dans la nasse, on se méfiait les uns des autres, on craignait en permanence une ré-édition du 21 juin, la police nous fit tourner vers Vavin puis remonter sur Raspail et Denfert. Il fallut qu’avant de tourner, malgré nos ordres, le service d’ordre charge et jette ses cocktails Molotov. Une voiture bloquée dans l’embouteillage, faillit flamber avec un enfant dedans. Je bouillais de rage, à l’idée du gâchis politique que ce genre d’exercice produisait contre les objectifs de notre manifestation pour défendre la gauche chilienne.


On essaya un développement des comités Chili en Europe : j’allais à Heidelberg avec François Sabado et Jean Malifaud, (un professeur de maths, grand admirateur d’Evariste Gallois, mathématicien génial mort en duel à vingt ans aprs une grande découverte). On devait négocier des accords unitaires avec des groupes allemands et à Turin voir les « grands chefs » de l’extrême-gauche italienne « Lotta Continua », « Démocrazia Prolétaria », « Il manifesto » et nos amis de la Quatrième internationale, Bandiera Rossa. Les groupes italiens étaient en pleine expansion, ils disposaient de plusieurs quotidiens, ils croyaient dépasser le vieux PCI, tourner la page, là-aussi des vieux partis de gauche. Ils allaient être complétement rongés par les délires en matière de lutte armée des sinistres « brigades rouges ». C’était très difficile, vu les désaccords et les manoeuvres des uns et des autres, de combiner une initiative europénne pour défendre l’ensemble des victimes du putsch de Pinochet.

« Il faut chasser les réformistes des comités Chili », décida le Comité central, j’observais qu’une de mes anciennes camarades de Rouen, Rica Bentolila, était fermement sur cette orientation et contribuait à me minoriser. Tout cela me découragea, je craquais, je démissionnais du BP, en une autre occasion, après je ne sais quels propos injurieux tenu contre moi par Charles Michaloux, brillant, mais arrogant et sec, un des plus sectaires dans la dureté avec laquelle il fallait appliquer rigidement une « ligne ».

 

Il y eut une réunion de crise à Guéménée, de « psychodrame » comme se plaisait à le dire Alain Krivine, quand ça arrivait (ça n’arrivait pas qu’à moi, certaines fois c’était Pierre Frank qui s’en prenait à Charles Michaloux, d’autres fois Daniel Bensaïd à Gérard de Verbizier ou Jean-Pierre Beauvais, les réunions étaient longues, dures et de plus en plus souvent houleuses). Tout le BP fit le point longuement, chacun s’exprima, me demanda de revenir sur ma décision. J’hésitais, je voulais revenir à Rouen. Ma femme, Françoise avait trouvé un autre boulot de libraire à « La joie de lire » chez François Maspéro. J’étais mal à l’aise, je n’étais pas d’accord politiquement : soit je me battais, je tentais d’infléchir l’orientation de la Ligue, soit je m’en allais. Ils votèrent tous à l’unanimité pour que je reste. Moi, qui ne voulait pas de « tendance », pas de débat mais de l’action, pas de perte de temps mais de l’efficacité, moi qui croyais fondamentalement au trotskisme, à la construction du parti révolutionnaire, mais par d’autres voies, au coeur et pas en marge de la gauche, je faisais un rude choix. Je restais, mais il allait donc falloir que je me batte.

 

extrait de « Mai 68 histoire sans fin »  Ed. Gawsewitch 600 p  23 euros

Les dividendes de PSA, les « aides », le CICE n’empêchent pas PSA d’attaquer ses salariés, l’ANI devenu loi du 14 juin le permet


Le gouvernement de Sarkozy a accordé 6,5 milliards d’aides sous formes de « primes à la casse » dés 2009 aux constructeurs automobiles. Il a aussi accordé 300 millions d’euros pour financer 600 000 salariés en chômage partiel (travailler moins pour gagner moins). Il a allongé la durée du chômage partiel à 1000 h. Cela leur a permis d’épuiser leurs stocks, sans licencier, tout en étant assuré de vendre leurs voitures.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a accordé 20 milliards de crédit d’impôt aux patrons, ceux de PSA peuvent en bénéficier. Il a accordé la loi du 14 juin 2013 qui permet au patronat de faire des accords pour faire varier les horaires et les salaires en cas « de difficultés conjoncturelles ».

Les patrons de PSA sont des assistés, ils retirent ces aides de l’état mais se proposent de licencier 8000 salariés en fin 2012, une fois que la manne de l’état ne leur est plus assurée.

Puis en 2013, ils se proposent, dés que la loi du 14 juin 2013 (issue de l’ANI du 11 janvier) est promulguée, d’attaquer leurs salariés en profitant de toutes ses dispositions nouvelles

Pourtant au cours des 10 dernières années, PSA a versé près de 6 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires et dont sous deux formes :
- 1. 2,86 milliards d’euros sous forme de versement direct de dividendes aux propriétaires d’action PSA.
- 2. 3,02 milliards d’euros sous forme de rachat d’actions pour permettre à la famille Peugeot de rester en position dominante dans le groupe.

Ces 6 milliards d’euros de dividendes représenteraient 3 125 euros par mois pendant 20 ans pour chacun de ces 8 000 salariés.

Les actionnaires qui ont bénéficié (d’une façon ou d’une autre) de la manne des dividendes distribués par PSA pendant 10 ans doivent être largement mis à contribution pour sauver les emplois des salariés de PSA.

 

Cette mise à contribution serait d’autant plus justifiée que ces 6 milliards de dividendes ont participé pleinement au « renchérissement » des produits fabriqués par PSA alors que PSA s’appuie précisément sur ce « renchérissement » pour justifier son plan de licenciements.

Au lieu de cela, PSA vient encore d’annoncer ces 5 et 6 septembre 2013 la baisse de l’indemnisation du chômage partiel de 75 % à 70 % à partir du 1er septembre.

Cette perte de rémunération imposée aux salariés est d’autant plus scandaleuse que les aides versées par l’Etat et l’UNEDIC aux employeurs en cas de chômage restent fixées à 7,23 € de l’heure. La direction a refusé toute discussion avec les syndicats sur ce point.

 

La direction PSA dresse une liste exhaustive des éléments de rémunération qu’elle souhaite diminuer ou supprimer. Elle attaque les salaires de 6 façons :


1°)- Les salaires de base, avec un blocage total en 2014, partiel (?) en 2015 et 2016, alors que dans le même temps les prix vont continuer d’augmenter.
2°) – La prime d’ancienneté pour les salariés ayant plus de 20 ans dans l’entreprise (appelée PEG). Suivant leur classification et leur ancienneté, les ouvriers et ETAM y perdraient entre 50 et 200 € chaque mois sur leur fiche de paie.
3°) – La majoration du samedi. Obtenue par les grèves de 1999, elle s’élève à 45 %. La direction affiche son intention de la supprimer dans le cadre de la modulation annuelle des horaires (et dans ce cas, même les heures de travail ne seraient pas payées). Elle ne paierait ces samedis qu’en fin d’année et avec une majoration de 25 % seulement s’il s’avère qu’ils n’ont pas été compensés par des journées non travaillées à un autre moment. Ce serait la multiplication des samedis gratuits et une perte de 40 € de majoration par samedi travaillé.
4°) – La majoration de nuit. Les salariés qui travaillent la nuit (nuit, triplage, etc..) bénéficient d’une majoration de salaire de 18 %. La direction veut la ramener à 15 %. Pour un salaire brut de 1800 € c’est une perte mensuelle de 54 € !
5°) – Le dispositif d’Assurance contre les Aléas de Carrière (ACAC), qui permet lors d’un changement de poste ou d’horaire de rendre dégressive la perte de rémunération. Pour certains salariés, cela représente plusieurs centaines d’euros par mois.
6°) -La prime de rentrée (187,20 € en 2013), prime qui permet de faire face aux dépenses de la rentrée.
7°) – La subrogation des indemnités journalières de la sécurité sociale qui permet aux salariés de certains sites de ne pas avoir de trou sur la paie en cas de maladie ou d’accident.

Commencer comme cela une prétendue « négociation » c’est plus que brutal. C’est placer le poignard sur le cœur. Ces patrons sont non seulement des assistés, mais des rapaces. Ils encaissent les aides et redemandent encore et encore en faisant payer sans vergogne leurs salariés.

5293 socialistes appellent à défendre nos retraites

 

Bonjour,

En quelques jours, nous avons dépassé les 4 000 signatures. Il est plus que probable qu’une écrasante majorité de socialistes sont en accord avec notre exigence « pas un trimestre de plus, pas un euro de moins »… pour ceux qui vivent de leur travail. C’est cette majorité qu’il faut montrer pour faire comprendre que rien n’est joué, pour favoriser la mobilisation et opposer cette première exigence du peuple de gauche à celle du Medef qui se résume en « pas un euro de moins »… pour ceux qui vivent de leur capital et « beaucoup d’euros en plus » pour les assurances privées.

Pour montrer la majorité que nous représentons, nous devons faire campagne. Propositions :

- envoyer le texte de l’appel et l’adresse du site à tous les socialistes que nous connaissons pour les inciter à signer : les petits ruisseaux font les grandes rivières ;
- réunir les signataires de la fédération socialiste départementale pour organiser la campagne départementale : faire connaître, faire signer et informer les parlementaires de gauche ;
- faire connaître l’appel par communiqué ou conférence de presse : le communiqué ci-joint peut être repris, tel quel ou modifié en fonction des discussions entre signataires du département ;
- faire connaître, discuter et signer l’appel et le communiqué dans les sections socialistes : la mobilisation des socialistes est décisive dans la construction du rapport de forces ;
- éditer un tract, par exemple sur le modèle ci-joint : au recto, le texte de l’appel et, au verso, les premiers signataires du BF 64, les signataires du BN et du CN, les signatures départementales dans l’espace laissé libre, puis en bas le communiqué ;
- distribuer le tract dans le rassemblement de départ des manifestations du mardi 10 septembre, avant que la manifestation ne s’ébranle ;
co-organiser, avant la fin du mois, des réunions publiques de la gauche pour y exprimer notre point de vue, parmi la diversité de ceux qui y seront représentés…

C’est nous, socialistes, peuple de gauche, qui avons installé au pouvoir ce gouvernement, c’est notre gouvernement. C’est nous qu’il doit entendre, pas le Medef ! Quand il déraille, c’est à nous de le remettre sur les bons rails, la souveraineté émane du peuple. Mobilisés, nous nous ferons entendre

Amitiés socialistes,
Pierre Ruscassie
initiateur de l’appel de « socialistes pour les retraites contre tout nouveau recul » http://www.socialistes-pour-les-retraites.fr/

 

Vous pouvez télécharger un modèle de tract dont le verso comporte un quart de page libre pour les signatures départementales ici : http://www.socialistes-pour-les-retraites.fr/wp-content/uploads/2013/09/tract-local-sans-communiqué.pdf

 

Ou télécharger une version comprenant un modèle de communiqué, placé sous les signatures, ici : http://www.socialistes-pour-les-retraites.fr/wp-content/uploads/2013/09/tract-local-avec-communiqué.pdf

 

 

 

2. Communiqué de presse des signataires socialistes de Saint-Denis (93) sur le projet de loi du gouvernement portant sur les retraites

Nous, militant-e-s socialistes dionysien-ne-s, signataires de l’appel « Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins » qui a recueilli plusieurs milliers de signatures au sein du Parti Socialiste en quelques semaines, affirmons que le projet de réforme des retraites proposé par le gouvernement mardi 27 août 2013 n’est pas acceptable en l’état.

Certes, certaines mesures contenues dans ce projet constituent des éléments de progrès, au service de la justice et de la lutte contre les inégalités : prise en compte de la pénibilité pour tous les salariés, des modes de calcul plus favorables pour les salariés à temps partiel (souvent des femmes), des validations de trimestres pour les jeunes entrant sur le marché du travail (pour les périodes d’alternance et d’apprentissage). Des éléments de ce type n’ont jamais fait partie des réformes engagées par la droite, à commencer par la réforme Sarkozy de 2010.

Cependant, d’une part, le projet présenté par le gouvernement Ayrault avalise la réforme Sarkozy de 2010 qui a repoussé l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans et a allongé la durée de cotisation pour prendre une retraite à taux plein. Sur ce plan, le projet gouvernemental prolonge la réforme Sarkozy que le PS avait pourtant combattu au Parlement et dans la rue. D’autre part, il propose un nouvel allongement de la durée de cotisations (un trimestre tous les trois ans de 2020 à 2035). Par là il envoie un message à la jeunesse lui disant qu’elle n’aura plus de retraites dans le cadre d’un régime par répartition. Cette mesure se traduira par une baisse du montant des pensions pour ceux, et surtout celles, qui ne pourront atteindre le nombre d’annuités requis.

Par ailleurs, le projet gouvernemental propose une augmentation des cotisations sociales salariales et patronales mais le gouvernement a promis au patronat de rembourser cette augmentation sous forme de diminution des cotisations famille. Les salariés seront donc appelés à refinancer les allocations familiales. Cette mesure et cette promesse portent atteinte au pouvoir d’achat des salariés et reviennent à accéder à la demande du patronat de penser le travail uniquement comme un coût.

Ce projet représente donc au total un exercice d’ équilibriste dangereux. C’est pourquoi nous appelons l’ensemble des socialistes à agir, au parlement comme dans la rue, pour modifier ce projet, néfaste en l’état pour les salariés. Nous les appelons à participer le plus massivement possible à la manifestation syndicale du 10 septembre.

Teddy Ambroise, Philippe Brard, Carole Chotil-Rosa, Christophe Delgery, Cyril Gispert, Mathilde Lelièvre, Sébastien Linden, Marion Oderda, Françoise Perrot

10 questions, 10 réponses sur la réforme des retraites de Jean-Marc Ayrault

lundi 2 septembre 2013 par Jean-Jacques Chavigné

- 1 – La réforme du gouvernement de Jean-Marc Ayrault est-elle « juste et équilibrée » ?
- 2 – Une réforme des retraites est-elle nécessaire ?
- 3 – La durée de cotisation n’augmentera-t-elle qu’à partir de 2020 ?
- 4 – La durée de vie augmente, faut-il cotiser plus longtemps ?
- 5 – Les jeunes sont-ils épargnés ?
- 6 – Les femmes vont-elles profiter d’une « avancée sociale » ?
- 7 – L’instauration du « compte pénibilité du travail » constitue-t-elle une « avancée sociale » ?
- 8 – Les retraités seront-ils mis à contribution ?
- 9 – La retraite par répartition est-elle sauvegardée ?
- 10 – Les salariés du secteur public sont-ils épargnés ?

1- La réforme du gouvernement de Jean-Marc Ayrault est-elle « juste et équilibrée » ?

La réforme a une apparence, répétée en boucle par les médias et notre gouvernement : la mise à contribution équilibrée des salariés et des employeurs. Elle a une réalité : seuls les salariés seront mis à contribution.

• Le patronat ne paiera strictement rien pour les « mesures de redressement » des retraites

Le tableau de financement diffusé par le service de presse du Premier ministre, le 27 août indiquait déjà qu’il n’était guère question de mettre vraiment à contribution les employeurs. En 2014, seulement 1 milliard devait être mis à la charge du patronat sous la forme de hausse des cotisations retraites, contre 2,8 milliards pour les salariés. En 2020, le patronat ne devait payer que 2,2 milliards d’euros et les salariés 5,1 milliards. En 2040, la participation du patronat devait être limitée à 3,2 milliards, toujours sous la forme de l’augmentation des cotisations patronales, alors que les salariés paieraient 12, 8 milliards. Le déséquilibre est déjà patent.

Mais le patronat n’aura même pas à mettre la main à la poche. Jean-Marc Ayrault avait affirmé à Pierre Gattaz que la hausse des cotisations retraite serait intégralement compensée par une baisse des cotisations familiales (payées uniquement par les employeurs) en 2014 et les années suivantes. Le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a confirmé cette incroyable information lors l’Université d’été du Medef, le 29 août 2013.

• Le patronat ne prendra même pas en charge le financement des mesures liées à la pénibilité du travail

Toujours selon le tableau de financement diffusé par les services du Premier ministre, le coût de ces mesures devait s’élever à 0,2 milliards d’euros en 2014, à 2,7 milliards en 2020 et à 4,1 milliards d’euros en 2040.

Mais le gouvernement s’est engagée auprès de Pierre Gattaz, à une baisse globale du « coût du travail ». Là encore, Pierre Moscovici a confirmé ce nouveau cadeau au patronat lors de l’Université d’été du Medef. Le patronat n’aura donc même pas à financer les mesures liées à la pénibilité du travail. Il n’aura donc, c’est la cerise sur le gâteau, aucun intérêt à faire cesser cette pénibilité.

Le Medef qui n’avait pas besoin d’un tel encouragement réclame maintenant que la totalité des 34 milliards d’euros de cotisations famille ne soit plus à sa charge ! La Tribune du 30 aout 2013 souligne avec ironie « Pierre Moscovici tend la main au Medef… qui n’a pas l’intention de la lâcher ».

• La CSG n’augmentera pas ? Rien n’est moins sûr

Il faudra bien financer la baisse des prestations familiales et les mesures liées à la pénibilité du travail. Comment faire si ce n’est en augmentant la CSG, la TVA ou en baissant le montant des prestations familiales ?

Dans tous les cas, ce sont les salariés qui paieront l’addition car 12 % seulement du produit de la CSG proviennent de la taxation du capital.

• Au total, les salariés assumeront la totalité du coût de la réforme

La hausse de la CSG (ou de la TVA) destinée à compenser le coût affiché de la réforme des retraites pour le patronat viendra s’ajouter à la contribution des salariés recensée par le tableau de financement du Premier ministre : hausse des cotisations retraite pour un total de 2,2 milliards d’euros en 2020 et de 3,2 milliards en 2040 ; 5,8 milliards liés à l’allongement de la durée de cotisation entre 2020 et 2035.

Le patronat n’apportera aucune contribution à la réforme des retraites. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est malheureusement logique avec lui-même : pourquoi attribuerait-il, de la main droite, 20 milliards d’euros par an au patronat dans le cadre du « pacte de compétitivité » pour leur reprendre, de la main gauche, dans le cadre de la réforme des retraites ? Non seulement ce « pacte » n’aura connu aucune contrepartie en faveur des salariés mais les mesures contre ces derniers s’enchaînent les unes après les autres : augmentation de la TVA, loi Sapin sur la précarisation de l’emploi et la sécurisation des licenciements, réforme des retraites, réforme du financement des prestations familiales…

2- Une réforme des retraites est-elle nécessaire ?

S’il s’agit de revenir sur les mesures iniques prises par la droite en 2003et 2010 : allongement de la durée de cotisation, passage de l’âge légal de départ en retraite à 62 ans (67 ans pour l’âge butoir), une réforme serait bien sûr nécessaire. Des millions de salariés s’étaient alors mobilisés contre ces mesures et le Parti socialiste était à leurs côtés.

Par contre, s’il s’agit d’entériner le recul de l’âge légal de la retraite de 60 ans à 62 ans, de prolonger les mesures d’allongement de la durée de cotisation prises par la droite et d’accentuer le recul de nos retraites, cette réforme n’a aucune justification.

• Le déficit de nos retraites, prévu pour 2020 n’est pas structurel mais conjoncturel

Le déficit de nos retraites est dû à la crise économique qui est elle-même le produit de la politique d’austérité imposée par la droite qui dirige l’Union européenne et à laquelle François Hollande n’a pas su opposer d’alternative. Pour l’économiste Henri Sterdyniak « Sans la crise, le système de prestation retraite et chômage serait excédentaire de 6 milliards ».

• Le « répit » de deux ans accordé à la France par la Commission européenne consiste à faire de nécessité vertu

La Commission européenne aurait accordé un répit de deux ans à notre pays pour réduire son déficit public en contrepartie de la mise en œuvre par François Hollande de « réformes structurelles » dont celle des retraites.
La Commission européenne n’a rien accordé du tout mais n’a fait que s’incliner devant la réalité. La politique d’austérité qu’elle préconise a, en effet, plongé l’économie de notre pays dans la stagnation et entraîné une augmentation de notre dette publique de 85,9% à 91,7% du PIB entre fin 2011 et la fin du 2e trimestre 2013.

• La dette de la Sécurité sociale est dérisoire comparée à celle de l’État

La dette de la Sécurité sociale, dont fait partie le régime de base de nos retraites, ne représente que 47 % de son budget (210 milliards/445 milliards d’euros) alors que la dette de l’Etat s’élève à 490 % de son budget (1 450 milliards/295 milliards), due aux niches fiscales accordées aux entreprises et aux taux d’intérêt versés aux rentiers détenteurs des titres de notre dette publique (46 milliards d’euros en 2012).

• La compétitivité des entreprises ne dépend pas que du « coût du travail »

Dans le prix d’un produit ou d’un service, le prix du capital pèse très lourd. En 2011, 180 milliards d’euros ont été versés aux actionnaires sous forme de dividende, en pure perte pour l’économie et la société. Si le patronat était vraiment intéressé par la « compétitivité » des entreprises, il baisserait ce coût du capital. Mais la « compétitivité » n’est qu’un paravent pour camoufler le véritable objectif du Medef : la rentabilité des entreprises.

Le « pacte de compétitivité » fait le pari que les 20 milliards de cadeau fiscal annuel accordé aux entreprises iront à l’investissement productif alors que toute l’expérience passée indique qu’il n’en est rien. C’est la sortie du placard, sous une forme à peine changée, du « théorème d’Helmut Schmidt du milieu des années 1970 : « Les profits d’aujourd’hui, seront les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». La suite est connue : les profits ont gagné 9 points de la richesse nationale aux dépens des salaires mais les investissements productifs ont stagné et le chômage qui touchait alors 1 million de personnes frappe aujourd’hui 5 millions d’habitants de notre pays.

Ces 20 milliards d’euros auraient une toute autre utilité en participant au financement de nos retraites. N’est-ce pas, très exactement, 20 milliards de besoin de financement de nos régimes de retraite que prévoit le Conseil d’orientation des retraites (Cor) en 2020 ?

3- La durée de cotisation n’augmentera-t-elle qu’à partir de 2020 ?

Cette affirmation est répétée en boucle par les membres du gouvernement et les principaux médias. Elle est pourtant fausse. La durée de cotisation continuera à augmenter, en fonction de la hausse de l’espérance de vie entre 2013 et 2020. Elle s’élève à 41 annuités pour la génération née en 1952 qui prend sa retraite en 2013 et atteindra 41,5 annuités pour la génération née en 1957. Pour la génération née en 1956-1957, le Cor, consulté selon les préconisations de la loi Fillon de 2003, avait proposé que le nombre de trimestres ne soit pas augmenté, l’espérance de vie n’ayant pas progressé.

La loi Fillon de 2003 continuera donc à s’appliquer jusqu’en 2019. En 2020, c’est la réforme Ayrault-Touraine qui prendra le relais. La réforme de 2013 n’est, en effet, que le prolongement de la loi de 2003 : 1/3 de gain d’espérance de vie pour le temps passé en retraite, 2 /3 de ce gain pour le temps passé au travail. Entre 2003 et 2019 (16 ans) la durée de cotisation aura augmenté de 6 trimestres ; elle augmentera d’autant entre 2020 et 2035.

Les salariés n’auront donc aucun répit. Le gouvernement se félicite simplement de ne pas avoir accéléré la réforme mise en place en 2003 par la droite et contre laquelle toute la gauche s’était mobilisée.

4- La durée de vie augmente, faut-il cotiser plus longtemps ?

« Un père, une mère, un enfant ! » vociféraient la droite et l’extrême-droite contre le mariage pour tous en invoquant les « lois naturelles ». Justifier l’allongement de la durée de la cotisation par les « lois naturelles » de la démographie est tout aussi fallacieux. Dans les deux cas, ce n’est pas à la « nature » mais à la société de décider et elle a plusieurs arguments pour décider autrement que la durée de cotisation ne doit pas augmenter.

• L’espérance de vie augmente mais c’est, en partie, grâce à la retraite à 60 ans

Le gouvernement vient de tirer un trait sur cette réforme phare, mise en place par Pierre Mauroy en 1983, en se félicitant (là encore) de ne pas avoir reculé de nouveau l’âge de la retraite imposé par la loi Sarkozy-Woerth de 2010, contre laquelle toute la gauche s’était mobilisée. Comment le recul de l’âge la retraite et l’augmentation de la durée de cotisation pourraient-ils n’avoir aucune conséquence sur l’augmentation de l’espérance de vie ?

• Si l’on vit plus longtemps c’est pour en profiter plus longtemps grâce à la retraite

Il n’y a aucune raison de faire cadeau au patronat des années de vie entre 60 et 65 ans, ce sont les plus belles années de la retraite.

• L’espérance de vie en bonne santé diminue

L’espérance de vie sans incapacité (Evsi) a tendance à diminuer surtout pour les femmes. L’Evsi de ces dernières était de 64,6 ans en 2008, elle n’était plus que de 63,5 ans en 2010. Pour les hommes, l’Evsi s’élevait à 62,7 ans en 2008 et à 61,9 ans en 2010. Ne doit-on pouvoir prendre sa retraite que lorsque l’on est en mauvaise santé ?

• Dans le secteur privé, 60 % des salariés qui prennent leur retraite ne sont plus au travail

Ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. A quoi sert, dans ces conditions, de vouloir allonger la durée de cotisation ? C’est un raisonnement purement comptable qui n’a aucun rapport avec la réalité sociale.

La durée de cotisation ne pouvant être atteinte pour des millions de salariés, le montant des retraites diminuera forcément, contrairement à toutes les affirmations.

Ce que les caisses de retraites n’auront pas à financer devra l’être par l’assurance-chômage. Où sera le gain ? Il existera sans doute pour le Medef : grâce aux campagnes de la droite et de l’extrême droite, les chômeurs sont assimilés, par une partie de l’opinion, à des « assistés » et il sera plus facile de taper sur des « assistés » que sur des retraités. Nous n’aurons pas à attendre très longtemps pour le constater puisque la convention Unedic sera renégociée avant la fin de l’année.

• La hausse de la productivité du travail n’est pas prise en compte

Il y avait 1,75 cotisant pour 1 retraité en 2011. Il n’y aura plus que 1,35 cotisant pour un retraité en 2060, selon les chiffres du Cor. Comment voulez-vous, dans ces conditions, financer les retraites sans allonger la durée de cotisation nous assène les partisans d’une augmentation du nombre de trimestres ?

Ceux qui tiennent ce raisonnement devraient regarder d’un peu plus près TOUS les chiffres du Cor. Le Cor prend en compte, en effet, une augmentation annuelle de la productivité du travail qui fait qu’un salarié, en 2060, produira en une heure de travail ce qu’un salarié produisait en 2 heures en 2011. En 2060, 1,35 cotisant produira donc autant que 2,70 cotisants en 2011. Où est le problème démographique ?

Il est possible d’estimer que les prévisions du Cor sont optimistes et que, au lieu d’une progression de 0,9 % par an entre 2011 et 2020 et de 1,5 % de 2020 à 2060, la productivité du travail n’augmentera que de 1 % par an en moyenne. Mais, même dans ces conditions, 1,35 cotisant en 2060 produira autant que 2,3 cotisants de 2011. Là encore, où est le problème ?

• L’augmentation du PIB de notre pays dans les 50 ans à venir n’est pas prise en compte

Imaginons une famille de quatre personnes, les parents et leurs deux enfants, dont le revenu mensuel est de 2 000 euros. Si on annonce à cette famille qu’elle devra prendre entièrement à sa charge une personne âgée, tout le monde se dit que cela va être dur pour cette famille. Mais si en même temps, on apprend que le revenu de cette famille va être multiplié par 2,25 et atteindre 4 500 euros constants (une fois l’inflation neutralisée) tout le monde comprend que le problème ne devrait pas être trop difficile à résoudre.

C’est exactement l’évolution que prévoit le Cor pour notre pays. Le PIB s’élevait, en 2011, à 2000 milliards d’euros. Il devrait être multiplié par 2,25 en 2060, et atteindre 4 500 milliards d’euros (constants). Il ne devrait donc pas être trop difficile d’augmenter la part du PIB destiné à financer les retraites. En augmentant cette part de 8,3 points pour annuler les contre-réformes depuis 2003, soit de 375 milliards d’euros annuels en 2060, il resterait quand même 2 125 milliards d’euros supplémentaires à partager entre l’augmentation des salaires directs, celle de l’investissement public et celle des profits des entreprises ! A une condition toutefois : que le patronat n’ait pas les mains libres pour confisquer, comme il entend bien le faire, la plus grande part de l’augmentation du PIB pour accroître ses profits et les dividendes des actionnaires.

La meilleure méthode pour ne pas laisser le Medef accaparer l’augmentation de la richesse de notre pays est d’augmenter le taux des cotisations sociales patronales. Cela diminuera d’autant les profits et les dividendes distribués chaque année, en pure perte pour la société.

Avec une croissance de seulement 1 % par an, de 2011 jusqu’en 2060 le PIB de notre pays augmenterait tout de même de près de 1 300 milliards d’euros constants, atteignant 3 257 euros en 2060. Il ne serait, là encore, pas trop difficile de trouver les 375 milliards d’euros nécessaires au financement de nos retraites.

5- Les jeunes sont-ils épargnés ?

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault affirme avoir pour objectif premier de protéger les nouvelles générations. Ce sont pourtant ces générations qui seront le plus durement frappés.

• Des centaines de milliers de jeunes sont à la recherche d’un emploi

L’allongement de la durée de cotisation frappera avant tout les nouvelles générations puisque les générations nées après 1973 se verront obliger d’atteindre 43 années de cotisation pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein.

Des centaines milliers d’entre eux ne pourront pas trouver d’emploi alors que les réformes successives des retraites qu’entérine la réforme de Jean-Marc Ayrault obligeront leurs parents ou leurs grands-parents de rester au travail (pour ceux qui le pourront). Comment ne pas voir une contradiction aussi évidente ?

• Non seulement ils devront subir le recul de l’âge de la retraite à 62 ans mais la durée de cotisation atteindra 43 ans pour les jeunes nés après 1973

À l’âge de 30 ans, la génération née avant 1954 avait, en moyenne, validé 40,5 trimestres. Au même âge, la génération née en 1974 n’aura validé que 30,6 trimestres et le nombre de trimestres nécessaires à une retraite à taux plein va encore augmenter avec la réforme.

Un jeune qui n’occupera un emploi stable qu’à 25 ans, ne pourra pas prendre sa retraite avant l’âge de 68 ans. Loin d’être protégées par la réforme, les nouvelles générations seront sacrifiées.

• Les apprentis pourront valider des trimestres mais cela n’a rien d’une « avancée sociale »

Cela ne fera que limiter le recul imposé par la réforme puisque, comme tous les salariés, ils devront cotiser 6 trimestres de plus pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. Limiter un recul social n’a jamais été une avancée sociale !

• Des trimestres d’étude pourront être rachetés

Mais leur nombre est limité à 4, ce qui amène l’âge de la prise de retraite à 67 ans au lieu de 68 ans… Quand au prix de rachat, il reste à déterminer et devra être versé dans les 5 ou 10 années qui suivront la fin des études.

• Les années de stage et de recherche d’un premier emploi ne seront toujours pas prises en compte

6- Les femmes vont-elles profiter d’une « avancée sociale » ?

• Le contenu de la réforme de la majoration de pensions pour les parents de trois enfants et plus n’est pas précisé

La majoration de 10 % du montant des pensions de parents de trois enfants et plus sera imposée dès 2014. Les femmes, comme les hommes, verront donc le montant de leurs retraites diminuer, lorsqu’ils seront imposables.

Au-delà de 2020, cette prime devrait disparaître au profit d’un système plus favorable aux femmes. Le Medef, cependant, a toujours affirmé qu’il voulait bien avantager les salariées par rapport aux salariés mais à condition que cela lui coûte globalement moins cher. Il n’y a aucune garantie que ce point de vue du Medef ne soit pas pris en considération dans le cadre de la baisse globale du « coût du travail », concédée au Medef par le gouvernement de gauche.

• Les femmes ont été très durement frappées par l’allongement de la durée de cotisations et le recul de l’âge légal de la retraite

Beaucoup d’entre elles sont impactées par le recul de l’âge légal de la retraite de 60 ans à 62 ans imposé par la loi Sarkozy de 2010. La réforme de Jean-Marc Ayrault entérine ce recul.

La réforme des retraites du gouvernement de gauche entérine une autre mesure particulièrement désastreuse pour les femmes : le recul, de 65 ans à 67 ans, de l’âge auquel il est possible de bénéficier d’une retraite à taux plein. Les femmes dont les carrières sont souvent en pointillés sont les premières victimes de ce recul de l’ « âge butoir ».

• Les femmes qui travaillent à temps partiel pourront valider un trimestre pour 150 heures de travail au lieu de 200 aujourd’hui

Là encore, il ne s’agit pas d’une avancée sociale mais simplement de la limitation d’un recul puisque les femmes, elles aussi, subiront une augmentation de leur durée de cotisation de 6 trimestres.

7- L’instauration du « compte pénibilité du travail » constitue-t-elle une « avancée sociale » ?

La réforme prévoit l’instauration d’un « compte pénibilité ». Cette mesure est présentée comme la « mesure phare de la réforme » comme une « avance sociale » déterminante, du jamais vu.

Les salariés exerçant un métier pénible pourront convertir leur durée d’exposition à des facteurs de pénibilité, définis par le code du travail, en points. Chaque trimestre vaudra un point, deux points en cas d’exposition à plusieurs facteurs de pénibilité. Un salarié ne pourra accumuler plus de 100 points et 20 ne pourront être utilisés que pour bénéficier de formation. Dix points équivaudront à un trimestre.

Là encore, il ne s’agit que de limiter les effets d’un recul social pour une petite partie des salariés, ceux qui arriveront au bout du parcours du combattant que leur prépare le patronat pour bénéficier des mesures prévues par la réforme. Entre 2020 et 2035, la durée de cotisation sera allongée de 6 trimestres pour tous les salariés. Pour compenser cette allongement grâce à son « compte pénibilité », il faudra qu’un salarié ait été exposé pendant 60 trimestres de sa carrière (15 ans !) à un facteur de risque. Son espérance de vie n’en sera certainement pas améliorée. Difficile de considérer, là encore, cette limitation d’un recul social comme une « avancée sociale ».

8- Les retraités seront-ils mis à contribution ?

Les retraités, affirme le gouvernement ont été épargnés par la réforme : leur retraite ne sera pas désindexée de l’inflation et le taux de CSG de 6,6 % ne passera pas à 7,5 %.

Le gouvernement n’a pas, heureusement, suivi les préconisations de la Cour des comptes qui, d’un point de vue uniquement comptable, là encore, estimait que les retraités avaient un niveau de vie équivalent à celui des actifs et qu’ils étaient donc taillables et corvéables à merci. Siégeant sans doute sur une autre planète, la Cour ne tenait aucun compte de la solidarité existant au sein des familles et des aides versées par les retraités à leurs enfants et petits-enfants subissant précarité et bas salaires.

Les retraites éviteront-elles pour autant que leur évolution soit désindexé de l’évolution des pris. Non, pour deux raisons.

Les régimes de retraites complémentaires (Agirc-Arrco) infligent déjà la désindexation de l’évolution du montant des retraites de celle des prix. En 2014 et 2015, le montant de ces retraites augmentera d’un point de moins que l’inflation. Les salariés du privé subiront donc une perte de leur pouvoir d’achat qui viendra s’ajouter à celle déjà subie en 2013. Mais le gouvernement ne se sent pas concerné, regarde ailleurs et affirme que les retraites ne subiront aucune désindexation.

La revalorisation des pensions sera décalée de 6 mois, du 1er avril au 1er octobre. Marisol Touraine vient de déclarer que ce décalage n’aurait pas lieu pour les « petites pensions ». Mais il semble que seul le minimum vieillesse soit concerné. Cela ne devrait pas changer grand chose au tableau de financement du Premier ministre indiquant que ce report devrait permettre d’encaisser 0,6 milliards d’euros en 2014 et, au total, 2 milliards d’euros en 2020. 2 milliards qui seront retirés aux retraités.

9- La retraite par répartition est-elle sauvegardée ?

Le Medef a deux objectifs quand il s’agit de réformer les retraites.

• Ne pas augmenter la part patronale des cotisations retraite pour ne pas diminuer les profits

La compensation de la hausse des cotisations retraite par une baisse de cotisations de la branche famille lui donne satisfaction.

• Faire une place au soleil à la retraite par capitalisation

Sous le prétexte, à chaque fois réitéré, de vouloir sauvegarder la retraite par répartition, l’allongement de la durée de cotisation et le recul de l’âge de départ en retraite produit exactement l’effet contraire.

Les jeunes qui en auront les moyens de le faire, sachant qu’ils ne pourront pas prendre leur retraite avant 67 ou 70 ans et que le montant de leur retraite par répartition n’aura qu’un lointain rapport avec leurs salaires d’activité finiront, malgré tous les risques encourus, par se tourner vers les fonds de pension. La retraite par répartition se réduira comme peau de chagrin et finira par n’être plus, comme au Royaume-Uni, qu’un ultime filet de sécurité ne protégeant même pas de la pauvreté.

Faire une place au soleil à l’épargne-retraite (l’autre nom de la retraite par capitalisation ou des fonds de pension) est un objectif majeur du Medef, en particulier de ses branches banques et assurance. La réforme du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ne peut, de ce point de vue, que le satisfaire. Momentanément du moins car la devise du Medef semble bien être « toujours plus ! ».

10 – Les salariés du secteur public sont-ils épargnés ?

La durée de cotisation des salariés du secteur public augmentera exactement comme celle des salariés du secteur privé : 43 annuités en 2035. Le taux des cotisations salariales augmentera, lui aussi, les mêmes proportions que celui des salariés du secteur privé.

Le gouvernement, cependant, a renoncé à chercher à aligner les régimes spéciaux de retraites sur le régime général des retraites en calculant le montant de la retraite sur plusieurs années au lieu des 6 derniers mois de salaire. Il espère ainsi ne pas avoir à faire face à une mobilisation importante des salariés du secteur public. Le risque pour ces derniers est, cependant, évident : au nom de l’« équité », le nivellement finira par se faire par le bas, comme en 2003 et 2010, une fois que les salariés du secteur public auraient été isolés. La tactique d’Horace contre les Curiace est toujours d’actualité.

 

 

(en attente du nouveau livre ré édité actualisé, chiffré, sourcé,  « Une vraie retraite à 60 ans c’est possible »  Jean-Jacques Chavigné, Gérard Filoche 106 P. 9, 9 euros (Ed. Gawsewitch, imprimé le 10 septembre, fête de l’Huma le 11 sept, en librairie le 27 septembre).

Des « points retraites pénibilité » individualisés pour… 100 000 salariés sur 24 millions ?

Les partisans patronaux de « la retraite à la carte » font feu de tout bois pour remettre en cause les choses simples, claires, lisibles et chiffrées. Ils détestent le droit à la retraite à 60 ans, parce que tous les salariés s’y reconnaissent et peuvent se mobiliser ensemble pour le défendre. 60 ans, à taux plein c’est un droit commun, solidaire.

Alors pour mieux le combattre, ils inventent des systèmes « notionnels », « par points », individualisés. Ca vise à saper l’ordre public social solidaire.

Sentant qu’ils ne peuvent pas d’un seul coup casser le système par répartition actuel, ils avancent masqués, et proposent des « points » de retraite pour la pénibilité du travail… ce que le gouvernement Ayrault semble vouloir proposer au Parlement de reprendre. C’est même un des points de la réforme Ayrault qui est présenté comme une « avancée sociale ».

Bien sur qu’il y a des degrés de pénibilité physique et mentale différents et plus ou moins sévères entre tous les métiers. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a ce qu’on appelle des « régimes spéciaux » : ils ont été négociés par branches, et adaptés à des catégories professionnelles particulières. Il y en a encore 35, ils sont légitimes, car un danseur du ballet de l’Opéra a du mal à faire des pointes après 45 ans et un gendarme a du mal a courir après les voleurs passé 55 ans, les militaires ont du mal à faire leur métier, un ouvrier du bâtiment devrait avoir la retraite a 55 ans, et les chauffeurs ou les « roulants » de la SNCF ont des plannings horaires éprouvants, une infirmière aussi…

Mais le paradoxe c’est que  nos partisans des « points de pénibilité »… comme par hasard, sont opposés aux régimes spéciaux négociés par branches. Ils veulent nous entrainer vers un système in-di-vi-duali-sé. Vous aurez des « points » pour une rotule abimée, pour un poignet déformé, pour un dos bloqué, et non pas liés à votre statut, votre métier, votre branche…

Une rotule, dix points, deux rotules vingt points ? Les TMS (troubles musculo-squelettiques), 85 % des maladies professionnelles,  combien donneront ils de « points » ?

Comment on va « trier » ça ? Car il va bel et bien s’agir de tri. On va accorder des « bons à métiers pénibles » (comme il y a des « bons à polluer ?). Le gouvernement l’a promis aux employeurs :  » – Ce ne sera pas eux qui paieront » … ( à la différence des accidents du travail). Donc, c’est d’une gravité exceptionnelle, les employeurs n’auront aucune raison de limiter la pénibilité… Pire, ils pourront arguer auprès du salarié :  » – D’accord c’est dur, mais tu vas avoir des points retraites ». Ils ne s’en priveront pas.

Ce ne sera d’ailleurs pas vraiment des « points retraites », mais des « points » pour « temps partiel » ( en fin de vie professionnelle -sic ) ou des « points formation » (pourquoi proposez à l’éboueur de se former à 55 ans et ne pas le mettre en retraite ?)

Ensuite Sarkozy, pour qui se rappelle, avait déjà proposé ça. En juin 2010,  sa contre-réforme prévoyait un retraite maintenue à 60 ans pour…  20 % d’invalidité. Comment se mesurait l’invalidité ? A l’époque, l’Elysée avait avancé le chiffre de 10 000 salariés concernés. Les manifestations de septembre 2010 avait « convaincu » Sarkozy d’abaisser le seuil d’invalidité à 10 % d’invalidité et l’Elysée avait alors évoqué officiellement le chiffres de 30 000 salariés concernés. Evidemment tout cela est resté vain : l’invalidité devait être examinée par des commissions tripartites ou siégeaient des syndicalistes, des médecins du travail, mais présidées par l’employeur. On imagine très mal ces séances de « tri à bestiaux » . Des syndicalistes obligés de « juger » cela ?  Des médecins du travail déjà fragilisés, en manque d’effectifs, et d’indépendance ? Les défenseurs Ayrault a avancé le chiffre officiel de 100 000 salariés concernés (sur 24 millions de salariés, cela fait 0,4 %)

La question c’est que TOUS les métiers sont pénibles. La pénibilité n’est pas seulement physique, elle est aussi mentale. Le travail devient plus dur pour tout le monde au milieu des cinquante ans. Stress, risques psychos sociaux, management brutal, burn out, suicides au travail, ce ne sont plus les « coups de grisou » qui tuent, mais les « AVC ». Il existe 150 000 accidents cardiaques par an et 100 000 accidents vasculaires. Le professeur André Grimaldi (actuellement engagé dans une juste campagne pour défendre la « Sécu » contre les « complémentaires » santé) affirme qu’entre 1/3 et 50 % de ces AVC sont liés au travail. Combien de « points pénibilité » donnera t on à ces risques cardiaques et vasculaires accrus par la pression au travail ?

Les égoutiers qui meurent avant 60 ans l’ont dit avec la CGT «  départ retardé, mort prématurée ». Mais les cadres stressés, épuisés, essorés et licenciés des qu’ils donnent un signe de lassitude que subiront-ils ? Selon le Ministère du travail, 5 millions de salariés subissent des « postures pénibles ». Plus de 5 millions portent des charges lourdes. 5 millions ont des horaires atypiques qui usent la santé et la vie familiale. Et pour les 5 millions qui travaillent de nuit ? Le travail de nuit, nuit ! 10 ans de travail de nuit à contre courant c’est 15 ans de vie dépensée… Va t’on distinguer les « points » du gardien de nuit et ceux de l’infirmière de nuit ?

Permettez qu’on tienne au droit à la retraite à 60 ans pour toutes et tous et aux « régimes spéciaux » collectifs, maintenus, négociés là où ils s’imposent. La loi, c’est 60 ans, l’ordre public social. La négociation et le contrat, c’est dans les branches et métiers et ça peut être 55 ans et moins. Dans le respect des salariés, pris collectivement dans les particularités de leurs  branches professionnelles, pas dans le » tri individuel », humiliant et aléatoire.

Gérard Filoche

 

 

La réforme anti retraites que le gouvernement veut faire voter par la majorité de gauche au Parlement n’est, hélas, ni « juste» ni « équilibrée ».

La gauche doit s’opposer au Medef, pas le « cajoler » !

La réforme des retraites du gouvernement aurait, sans doute, pu être pire. Jean-Marc Ayrault l’a à plusieurs reprises souligné, il n’a pas reculé l’âge de départ en retraite au-delà de 62 ans et n’a pas accéléré l’allongement du nombre de trimestres en 2013 et 2019.  Encore heureux ! Le gouvernement ne peut pas ignorer  la mobilisation syndicale en construction  et le mécontentement des militants du PS qui s’est, notamment, vérifié par le succès rencontré par l’appel des socialistes pour les retraites « Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins ».

Pour autant, la réforme que le gouvernement veut faire voter par la majorité de gauche au Parlement n’a, cependant, hélas,  rien de « juste» ou d’ « équilibrée ».

Le patronat n’aura pas à verser un euro de plus. Jean-Marc Ayrault l’avait déjà annoncé au Medef le 27 août et Pierre Moscovici l’a confirmé lors de l’Université d’été du Medef : la hausse de la part patronale des cotisations retraites sera entièrement compensée par une baisse des cotisations de la branche famille et la baisse du « coût du travail » continuera.

La réforme reposera donc uniquement sur le dos des salariés. Non seulement ils se voient infliger un allongement de la durée de cotisation mais ils devront payer pour compenser la baisse des cotisations patronales de la branche famille et assumer le coût des mesures prises en faveur de la pénibilité du travail que le patronat n’aura pas à prendre en charge puisque le « cout du travail » va continuer à baisser.

Le recul de l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans est entériné par le projet actuel de réforme. L’allongement de la durée de cotisation prolonge les mesures prises par la droite en 2003. La droite avait allongé cette durée de 40 à 41,5 annuités (6 trimestres) entre 2003 et 2019 (16 ans). Le gouvernement veut aujourd’hui allonger cette durée de 41,5 à 43 annuités (6 trimestres) entre 2020 et 2035 (15 ans). Les salariés n’auront donc aucun répit : la durée de cotisation n’aura pas cessé d’augmenter entre 2003 et 2035.

Des millions de salariés s’étaient pourtant mobilisés en 2003 et 2010 contre l’allongement de la durée de cotisation et contre le recul de l’âge de la retraite et notre parti, le Parti socialiste, était à leurs côtés. Croyons-nous vraiment qu’ils ont la mémoire aussi courte et qu’ils ne s’en souviendront pas lors des prochaines élections ?

Les mesures sur la pénibilité du travail, les trimestres validés pour les apprentis, la meilleure prise en compte des trimestres à temps partiel imposé (le plus souvent aux femmes) ne sont pas des « avancées sociales » ? Ces mesures se contentent d’atténuer la portée de l’allongement de 6 trimestres de cotisation qui frappera aussi bien les salariés exposés à un travail pénible que les apprentis ou les femmes.

François Hollande dit avoir fait de la jeunesse une priorité de son quinquennat. Pourtant, ce sont les jeunes qui apparaissent comme les grands perdants des propositions actuelles de réforme. 43 ans de cotisation : c’est, comme le dit le syndicat étudiant UNEF, une absurdité pour une génération qui ne trouve toujours pas d’emploi.

Le risque est grand que les jeunes perdent toute confiance dans le système de retraite par répartition, et que ceux qui en ont les moyens se tournent vers les illusoires retraites par capitalisation. C’est bien l’objectif recherché par le Medef et la droite. De la même façon l’appel lancé par le professeur André Grimaldi à propos de la Sécurité sociale note que la sécu ne rembourse plus que 50% des soins (et beaucoup moins les soins dentaires et optiques). Ce sont les complémentaires (assurances privées pour l’essentiel) qui montent en puissance. Résultat : les plus riches sont mieux remboursés que ceux qui ont le moins de moyens. C’est tout notre système de protection sociale (santé, retraites, famille) qui est donc menacé.

Il est nécessaire que nous, socialistes, nous nous mobilisions pour que la réforme des retraites se fasse dans l’intérêt des salariés et non du Medef.

Il ne s’agit pas de nous mobiliser contre le gouvernement mais de l’amener à revoir sa copie et à la corriger dans un sens favorable à notre base sociale et électorale. Aujourd’hui, le Medef sait se faire entendre beaucoup plus fort que les salariés. Il faut donc aider à la mobilisation de ces derniers pour que François Hollande se mette à entendre aussi bien de son oreille gauche que de son oreille droite.

Cette mobilisation est d’autant plus nécessaire que sans elle, les amendements favorables au Medef risqueraient fort de se multiplier.

Si cette réforme n’est pas amendée, nous risquons de la payer au prix fort, dès les élections municipales de 2014 où l’abstention et le vote FN seraient alimentés par la désillusion de ceux qui nous ont fait confiance et qui ne comprennent pas que notre gouvernement mène une politique aussi favorable au Medef et aussi défavorable aux salariés.

Participons massivement à la mobilisation appelée par la CGT, FO, la FSU et Solidaires, le mardi 10 septembre. Continuons à signer et faire signer l’appel de socialistes pour la retraite « Contre tout nouveau recul : pas un trimestre de plus, pas un euro de moins ».

Réforme anti-retraites : un gouvernement de gauche ne devrait pas faire ça

Gérard Filoche et Marisol Touraine à La Rochelle, août 2013

Gérard Filoche et Marisol Touraine à La Rochelle, août 2013

La réforme des retraites a tout d’une course de vitesse qui ferait l’objet d’une double pression : la Commission de Bruxelles, les marchés et le MEDEF d’un côté, les partenaires sociaux et la gauche socialiste de l’autre.

D’un côté Bruxelles est très exigeant, le MEDEF tape du poing sur la table et s’est battu pour que les cotisations n’augmentent pas. Sous cette pression, le gouvernement s’orientait vers une réforme qui aggravait ce que Nicolas Sarkozy et François Fillon ont mis en place. De l’autre, la menace d’une mobilisation le 10 septembre et le fait qu’une partie des militants socialistes sont contre la réforme inquiète les ministres. Jean-Marc Ayrault a tenté de trouver un juste milieu, d’arriver à un équilibre.

Mais cet exercice d’équilibriste est allé plus à droite qu’à gauche. La pression du MEDEF pour l’instant est plus forte que celle des manifestants. Il a baissé le coût du travail, a choisi de faire faire payer les salariés, pas le patronat. Les cotisations retraites patronales devraient augmenter  mais le gouvernement a aussitôt promis au patronat de lui rembourser sous forme de diminution des cotisations famille ce qu’il lui prenait pour les retraites. Comment seront financées les allocations familiales ? En diminuant leur montant, en aug

ITV dans le Nouvel Observateur à La Rochelle, le 24 août

propos recueillis par Melissa Bounoua

 

« Je viens tous les ans à l’université du PS, je ne manque jamais une occasion de débattre. Même si je déteste ce côté festival de Cannes : tous les ministres viennent se montrer, arrivent en groupe suivis par les micros et les caméras. L’important, c’est que les militants puissent discuter entre eux.

Malheureusement depuis l’affaire Cahuzac, très peu de choses ont changé. L’orientation générale ne correspond pas aux attentes de nos électeurs et cela commence à se ressentir.

Dans tous les déplacements que je fais et les réunions auxquelles je participe, j’entends les Français. Cinq millions de chômeurs, dix millions de pauvres, une TVA qui va augmenter, les retraites remises en cause et un droit du travail foulé au pied. Les Français comprennent les conséquences de la loi sur la sécurisaation de l’emploi (ANI), texte voté le 14 juin dernier. Les plans sociaux se multiplient.

Les retraites, véritable inquiétude

Aucune bataille comme celle que je mène n’est vaine. Je sais que l’on m’écoute, le gouvernement ne peut ignorer son électorat. Les militants que je rencontre à La Rochelle et ailleurs me disent tous que le gouvernement ne fait pas une politique sociale telle que celle qu’ils avaient défendu pendant la campagne. Ils ne réussissent plus à vivre avec les salaires d’aujourd’hui.

La réforme des retraites suscite une véritable inquiétude. Pourquoi, nous socialistes, touchons à la retraite ? C’est nous qui avons fait la retraite à 60 ans, pourquoi la défaire aujourd’hui ?

La France n’a jamais été aussi riche. Le PIB est deux fois ce qu’il était lorsque l’on a fait la retraite à 60 ans. L’enquête menée par « Challenges » sur les 500 plus grandes fortunes en France montre que les revenus sont passés en un an de 271 milliards à 330 milliards. Ces grandes fortunes ont donc gagné 59 milliards supplémentaires entre juillet 2012 et juillet 2013. Qu’est-ce-que cela aurait été sous la droite ? 59 milliards c’est trois fois le trou de la retraite. Soit il a fallu que ces grandes fortunes travaillent beaucoup, soit ces résultats dépendent du travail et des revenus d’employés, de salariés qui se tuent à la tâche et qu’on voudrait faire travailler plus longtemps.

 

Marisol Touraine parle d’ »efforts » partagés concernant les retraites. Comment le comprendre ? J’observe de près ce que met en place Bernard Cazeneuve de près depuis la démission de Jérôme Cahuzac. Au budget 2014, la lutte contre la fraude fiscale ne devait rien rapporter. Bernard Cazeneuve prévoit désormais deux milliards d’euros. Or la fraude fiscale coûte 60 à 80 milliards par an. Donc deux milliards, c’est trop peu ! Marisol Touraine estime qu’il faut faire 14 millions d’économies pour financer les retraites. Je réponds qu’on peut trouver cet argent autrement qu’en réformant les retraites. Les millions de gens qui travaillent depuis des années savent que la réforme n’est pas indispensable.

Je suis un socialiste modéré, je défends le programme pour lequel François Hollande a été élu mais il ne l’applique pas.

Les patrons français préfèrent le fric aux travailleurs

Je ne peux plus supporter de savoir que les dividendes se sont élevés à 200 milliards en 2012. Des sommes qui vont dans les îles Caîmans et les caves à subprimes. C’est un argent qui pourrait être réinvesti mais les patrons de notre pays préfèrent le fric à l’emploi. Ils considèrent que placer de l’argent rapporte plus que de placer des travailleurs.

Lorsque j’ai fait une intervention remarquée sur LCI, une phrase a retenue l’attention : « Cahuzac prônait la rigueur et allait chercher les petits salaires et les petites retraites. » 25.000 mails m’ont été envoyés m’expliquant que j’avais raison.

C’est pour cette raison que nous lançons ce samedi un appel des socialistes pour les retraites. Nous rassemblons toutes les motions. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann l’a signé, le vice-président de la région Ile-de-France Emmanuel Maurel aussi.

Le gouvernement ne pourra ignore la mobilisation

La réforme des retraites sera examinée depuis septembre à l’Assemblée. Les syndicats prévoient déjà une mobilisation le 10 septembre. Nous organisons dix meetings dans dix grandes villes françaises où les dirigeants syndicaux seront présents.

Cela me fait drôle d’entendre Marisol Touraine expliquer que la réforme ne serait pas trop “brutale”. Cela signifierait qu’elle a été élue pour faire une réforme brutale ? La retraite moyenne aujourd’hui s’élève à 993 euros une fois la CSG et la CRDS déduites. Comment dire aux gens que ce montant pourrait baisser avec des décotes dans le cas ou les annuités exigées pour un taux plein seraient allongées  ?

La gauche doit rester connue pour les réformes d’ampleur qu’elle mène, les 35 heures, la retraite à 60 ans. Jamais jusqu’aujourd’hui la gauche n’avait attaqué le droit du travail à ce point. L’ANI est une loi scélérate, c’est scandaleux qu’une partie de la gauche l’ait votée. Ceux qui l’ont écrite ne savent pas les conséquences pour les Français qui travaillent, les femmes, les personnes à temps partiel. Ils n’étudient pas assez les effets. C’est la loi la plus mal votée de la République (250 députés sur 577) et même les députés de droite se sont abstenus.

Une vraie retraite à 60 ans, c’est possible. Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins. Le gouvernement et François Hollande seront obligés d’être sensibles à la mobilisation. Je ne pouvais pas penser que cette équipe serait si droitière. J’imaginais qu’ils mèneraient une politique proche de celle défendue par Lionel Jospin. »

Propos recueillis par Mélissa Bounoua.

3000 socialistes dont 10 membres du Bn, 30 membres du CN lancent un appel pour nos retraites à 60 ans

Contre tout nouveau recul

Appel de socialistes pour les retraites

a signer avec 3000 socialistes, 10 membres du Bn du PS, 30 du CN du PS, pour nos retraites, signez sur : http://www.socialistes-pour-les-retraites.fr/

Il y a 30 ans avec toute la gauche, c’est nous qui instaurions le droit à la retraite à 60 ans.

En 1993, 1995, 2003, 2007, 2010, la droite n’a cessé de remettre en cause le droit à la retraite et a sévèrement baissé le niveau de nos retraites. La retraite médiane nette (une fois payée la CSG et la CRDS) est, aujourd’hui, égale à 993 euros par mois.

En mai et juin 2012 la gauche a été élue pour défendre nos droits à retraite, pas pour les remettre en cause.

C’est à nous, la gauche, de défendre le droit au bonheur après 40 années de labeur. Les meilleures années de la retraite c’est entre 60 et 65 ans. Les plus dures années au travail, c’est entre 60 et 65 ans. Si on vit plus longtemps, c’est en partie grâce à la retraite à 60 ans. Si on vit plus longtemps ce doit être pour en profiter plus longtemps.

Depuis 1994, l’espérance de vie à 60 ans a gagné un peu plus de 2,5 ans en moyenne. Or il faut maintenant cotiser 4 ans de plus qu’à l’époque pour une retraite à taux plein. Nous perdons donc plus d’une année de retraite en bonne santé. C’est inacceptable !

L’espérance de vie augmente… donc nous devrions travailler plus longtemps ? Faux : chaque actif produit aujourd’hui 5 fois plus qu’en 1949. En dépit de toutes les exigences de la Commission européenne, rien n’oblige à reculer l’âge de départ, rien n’oblige à augmenter les annuités, rien n’oblige à baisser le niveau des pensions.

La droite, les libéraux, l’UE, la BCE, le FMI, le Medef, tous veulent baisser le montant des retraites, aligner tous les régimes vers le bas, porter l’âge du départ à la retraite à 65 et 70 ans et les annuités cotisées à 45 ans ! La vraie raison n’est pas de sauver le système par répartition mais, au contraire, d’obliger ceux qui peuvent, à souscrire à des assurances privées.

Les prévisions de « déficits structurels » se sont révélées fausses :

  • l’espérance de vie ne s’allonge pas autant qu’annoncé et l’espérance de vie en bonne santé, autour de 62 ans selon l’INSEE, se réduit depuis 2008 ;
  • la natalité de notre pays connaît un « boom » depuis 2000, avec 850 000 naissances par an, le double de ce qui était prévu. Il y aura assez de jeunes pour cotiser pour les retraites… si on crée de l’emploi !

Quant aux « déficits conjoncturels » ils sont limités, dus au chômage de masse et au blocage des salaires et des cotisations sociales.

La France n’a jamais été aussi riche et les richesses aussi mal redistribuées.

En 1982, les dividendes percevaient 3,2 % du produit intérieur brut. En 2011, ils se partageaient 9,3 % du PIB. C’est 180 milliards d’euros par an, versés aux actionnaires, après que les entreprises ont effectué leurs investissements productifs. 180 milliards dont la plus grande partie ira gonfler de nouvelles bulles spéculatives plutôt que de financer nos retraites et augmenter les salaires.

Il n’y a pas d’urgence à une nouvelle réforme des retraites.

Il y a urgence, du fait de la récession, à relancer l’emploi, la consommation populaire et l’investissement public.

Ceci suppose une meilleure répartition des richesses, donc un meilleur partage du travail et un partage des revenus plus favorable à ceux du travail.

Accepter l’allongement du nombre d’annuités, aujourd’hui ou demain, aggraverait la situation.

Prétendre, comme l’affirme le Medef, que nous aurions le libre choix de continuer à travailler ou de prendre notre retraite est un mensonge. Dans le secteur privé, 60 % de ceux qui prennent leur retraite ne sont plus au travail, ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. 40 % des salariés du public et du privé n’ont pas le nombre d’années suffisant pour bénéficier d’une retraite à taux plein et subissent une décote, surtout les femmes.

Obliger les salariés âgés à travailler plus longtemps, est une aberration alors que des centaines de milliers de jeunes sont à la recherche d’un emploi.

Depuis 2010, le Parti socialiste a élaboré de solides propositions :

  • « l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans »;
  • « la possibilité pour les salariés ayant occupé des emplois pénibles de bénéficier d’une retraite anticipée » ;
  • « un niveau de pension permettant aux retraités de vivre correctement » ;
  • « l’introduction de nouvelles ressources dans le système en mettant à contribution les revenus du capital à hauteur de 19 milliards d’euros » ;
  • « la sauvegarde du système de répartition ».

La gauche élue doit aussi, pour rétablir la confiance en notre système de retraites par répartition :

  • prendre en compte les années d’études, de formation, de stage, d’apprentissage, notamment pour les jeunes ;
  • combler la différence du montant des retraites entre les hommes et les femmes qui perçoivent, en moyenne, 40 % de moins;
  • garantir un taux de remplacement à 75 % du revenu d’activité, revaloriser les retraites inférieures au Smic, refuser toute désindexation des retraites et refuser qu’il puisse y avoir des retraités vivant sous le seuil de pauvreté.

Nous autres, socialistes, le disons avec force :

Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins !