Achetez et lisez l’Humanité dimanche, retrouvez la chronique « au boulot » : Contrôler les licenciements d’abord

Peu s’en souviennent et beaucoup peinent à le croire, mais ce fut Jacques Chirac, alors 1er ministre, qui, en 1975, restaura un contrôle administratif sur les licenciements. Oh son intention n était pas louable : comme il venait d accorder un an d indemnités, avec 90% du salaire antérieur, à tout licencie économique, il imposa à l’inspection du travail de vérifier que chaque licenciement était justifié et ne visait pas à percevoir frauduleusement ces 90 %.

 

Puis on passa de 500 000 à 2 millions de chômeurs économiques, les 90 % furent supprimés, et le CNPF de l époque exigea la suppression du contrôle, prétendant que si on lui facilitait les licenciements cela lui faciliterait les embauches (sic) Ce fut encore Chirac qui supprima ce contrôle administratif en 1986 cédant au chef des patrons d’alors, Gattaz. Bien entendu, il n’y eut pas davantage d embauches mais au contraire un « pic » de 400000 licenciements de plus.

 

En mai juin 1997 Lionel Jospin défendit une forme nouvelle de contrôle administratif, en cas de « doute manifeste », face aux licenciements, mais, faute de relais syndical, cela n’entra jamais en application.

 

Aujourd’hui le débat renaît face à la multiplication monstrueuse des « plans » dits « sociaux » qui nous attend : l’actuel Medef veut aller plus loin que la « rupture conventionnelle » sans motif et généraliser la « séparabilité » à l amiable et sans limites. 

Avec le ministère du redressement productif, l’intention du gouvernement semble être de légiférer sur le droit de la puissance publique d’intervenir en cas de carence des employeurs qui montent des opérations abusives, genre Mittal, Petroplus, Doux, PSA… C est viser plus haut : mais l’état du droit du travail et du droit constitutionnel le permettra-t-il ?

 

Des experts pensent que c’est un projet ambitieux, courageux, mais qui pourrait se faire « retoquer » par une Cour suprême connue pour être sourcilleuse sur la fameuse « liberté d entreprendre ».

  »Un bon tien vaut parfois mieux que deux tu l’auras… » et « qui peut le plus peut le moins » : ne pourrait-on d abord et, cela serait plus rapide et moins risque, renouer avec un contrôle combine des syndicats et de l inspection du travail, restaurant une autorisation administrative obligeant tout patron à rendre des comptes et à négocier préalablement à toute destruction d emploi ?

Lu sur Médiapart : enfants Roms, 11 Août 2012 par Philippe Alain

Madame,

Je m’appelle Marcel et j’ai 7 ans. Je fais partie des 900 Roms de Lyon que monsieur Valls a décidé de jeter à la rue en application de décisions de justice dont je ne conteste nullement la légalité mais dont je voudrais porter à votre connaissance l’inhumanité.

Je pensais tout d’abord, Mme Trierweiler,  vous envoyer moi aussi un tweet, mais devant tout ce que le gouvernement et la police nous font subir en ce moment, je n’ai pas pu me limiter à 140 caractères et je vous prie de m’en excuser. J’ai donc décidé de vous écrire une lettre. Si tout cela continue, c’est un livre que je vous enverrai.

Il y a quelques mois, j’ai lu un de vos tweets, ou plutôt deux. Je ne veux pas vous parler de celui qui a fait les premières pages alors qu’il aurait dû être oublié mais plutôt de celui qui a été oublié alors qu’il aurait dû faire les premières pages.

Vous avez écrit : « Rapport de l’Unicef: 10% d’ enfants pauvres en France. Une information qui mériterait l’indignation et la Une. Pas la banalisation. »

Tout d’abord, je voulais vous remercier pour l’attention que vous portez aux plus démunis et particulièrement aux enfants pauvres. Je voulais aussi vous signaler que selon ce même rapport de l’Unicef, le taux de pauvreté qui frappe les enfants en Roumanie n’est pas de 10%, mais de … 76%. (1) Vous comprenez sans doute pourquoi mes parents ont décidé un jour de tout quitter pour venir s’installer en France. Qu’auriez-vous fait à leur place ? Vous seriez restée en Roumanie ou vous auriez décidé de partir dans l’espoir de donner une vie meilleure à vos enfants ?

Une vie meilleure… Quelle utopie… Depuis quelques jours, c’est un véritable enfer que je vis avec ma famille.

Mardi matin, j’ai été expulsé « d’un campement insalubre » en application d’une décision de justice. Je ne sais pas pourquoi cette expulsion a eu lieu au mois d’août. Le jugement et le commandement de quitter les lieux ont été notifiés au mois de mai. De mauvaises langues disent que monsieur Valls a attendu le milieu de l’été pour expulser tout le monde en même temps dans l’espoir que cela passerait inaperçu.

Toute la journée, nous avons dû marcher parce que la police nous empêchait de nous reposer et de poser nos affaires. « Ce sont les ordres » disait le chef de la police. Une voiture de policiers en civil nous a suivis partout. On s’est sentis traqués comme des bêtes. Le soir, nous avons trouvé un endroit au milieu de nulle part. Il y avait déjà des Roms qui venaient d’un autre campement expulsé. Nous avons construit des abris de fortune avec des bouts de bois et des branches. La nuit je n’ai pas dormi. J’avais peur. Il y avait beaucoup de bruits étranges. Avant nous, il y avait d’autres  animaux qui occupaient cet endroit. Ils ne devaient pas être très contents que nous soyons ici. Plus personne ne veut de nous.

Le lendemain matin, des policiers en civil sont venus nous dire de partir. Nous avons dit que nous avions le droit de rester parce que les premières personnes étaient arrivées ici il y a une semaine. Le chef de la police à appelé quelqu’un au téléphone et puis au bout d’une heure, il nous a dit que non, qu’il fallait partir tout de suite ou alors qu’il appellerait des renforts. Nous avons refusé. Des dizaines de CRS sont arrivés. Ils nous criaient dessus: « Dégage », « Retourne dans ton pays », «Si ça ne tenait qu’à moi, je les mettrais tous dans un train et direction, la Roumanie ». Je ne comprends pas pourquoi ils nous parlent comme ça. Mon pays c’est la France, je vais à l’école, je parle français et je n’ai jamais mis les pieds en Roumanie.

Nous avons marché une bonne partie de la journée avant de nous reposer dans un parc. La police nous surveillait mais elle nous a laissé un peu de répit. Le soir, ils sont revenus nous dire qu’on ne pouvait pas rester là. Nous avons demandé où il fallait aller, ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas. Que les ordres, c’était de nous faire partir ou alors ils allaient encore appeler les policiers en noirs qui veulent nous mettre dans des trains. Alors nous sommes partis, nous sommes retournés au même endroit que la veille… Tout cela n’a pas de sens, on tourne en rond.

Quelqu’un que vous connaissez très bien avait écrit qu’il n’y aurait plus d’expulsions de campements de Roms sans propositions de relogement. (2) Je ne demande même pas un relogement. Je demande juste qu’on me traite comme un être humain et non pas comme un animal.

Alors, voilà la situation, Madame.

Cela fait 5 jours que nous n’avons pas dormi. Nous n’avons plus rien à manger et plus rien à boire. Ma maman a la main toute gonflée suite à la morsure d’un animal. J’ai des boutons sur tout le corps à cause des piqûres d’insectes.

Cela fait 5 jours que personne ne s’est lavé et que nous portons les mêmes habits. Ma sœur vient de faire une infection urinaire et nous devons l’emmener à l’hôpital. Elle pleure tout le temps tellement elle souffre.

Cela fait 5 jours que la police nous chasse, nous traque, nous empêche de nous reposer le jour et nous réveille tous les matins en nous criant dessus.

La police dit qu’elle applique les ordres, le préfet, monsieur Carenco dit qu’il applique les ordres. Personne n’est responsable, tout le monde applique des ordres. Mais qui donc donne les ordres ? Qui peut donner l’ordre barbare de pourchasser ainsi nuit et jour des êtres humains ?

On me dit souvent que je ressemble à Gavroche. Si vous ne dites pas à celui qui partage votre vie tout ce qu’on nous fait subir, je chanterai partout :

Je ne suis pas notaire, je suis petit oiseau, joie est mon caractère, misère est mon trousseau,
Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Trierweiller,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à Carenco

Aidez-nous, Madame, aidez-nous, je vous en supplie. Ils sont devenus fous, ils sont en train de nous tuer.

(1) http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/pays-riches-des-dizaines-de-millions-d-enfants-dans-la-pauvrete-2012-05-29

(2) http://www.romeurope.org/IMG/pdf/Reponse_Parti_Socialiste.pdf

« Je souhaite que lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées » F. Hollande, 27 mars 2012

Editorial de D&S n°196, spécial été, 32 p. (dont la contribution « www.redistribuerlesrichesses.eu) : « on a gagné, le combat continue »

Ce fut une belle victoire. L’air est plus agréable à respirer dans notre pays depuis que « l’autre » a été battu le 6 mai dernier et depuis que l’UMP a perdu le 17 juin. Nous avons devant nous une nouvelle page d’histoire à écrire avec la gauche qui détient pour la première fois de l’histoire de la Ve République tous les pouvoirs institutionnels. La France est de gauche ! Reste l’essentiel : réussir le changement.
Comme nous le savons tout est à faire pour rattraper, corriger, effacer tant de blessures et tant de brûlures subies depuis 10 ans ! Il y a une urgence sociale.
Le combat, au-delà de l’élection, continue donc et pas seulement par l’action du gouvernement, mais dans les entreprises, avec les syndicats, comme les salariés de PSA, des grands magasins.
La finance, le patronat ne baissent pas les bras : ils vont, comme d’habitude, saboter tout ce qu’ils pourront, multiplier les plans de licenciements, refuser de négocier les salaires, exiger la flexibilité, la « baisse du coût » du travail…
Ça commence à PSA Aulnay  avec la suppression de  8000 emplois directs et de 10 000 emplois induits… Près de 60 plans de licenciements vont s’abattre sur nous dans les mois qui viennent. Cette nouvelle hausse du chômage de masse est intolérable, elle vise à pourrir les fondements de notre vie sociale, faisant le jeu de la droite extrême. Ils vont aussi spéculer, et jouer avec le feu de la dette, le chantage à la crise généralisée. Faire peur, menacer pour imposer leur « économie de la douleur » ils ne savent faire que cela.
Contre eux, il faut lutter, avec nos syndicats et en tirant le maximum des engagements du gouvernement de gauche comme en juin 36.
Qu’au sommet européen des 28 et 29 juin,  François Hollande ait, ou non, gagné d’un petit pas face à Merkel, ou reculé d’un pas en approuvant son « TSCG » sur la règle d’or, on peut le mesurer avec un trébuchet, mais qu’est-ce que ça va changer ? Car la crise continue. Car les requins des banques ne sont pas rassasiés. Car l’euro est toujours menacé. Car jamais la dette ne sera payée, ni à Athènes, ni à Rome, ni Madrid, ni… à Paris. L’horizon n’est sûrement pas le retour à un « équilibre budgétaire », à une stupide règle d’or, qui réglerait tout…
Non au TSCG, non au chantage à la Dette, car la question est : quel sera le partage des richesses ? Et comment on va sortir, grâce à lui, de la crise, de la récession, du chômage, de la misère, par le haut, par la relance ?
Nul ne peut demander davantage d’efforts aux salariés qui ont tant souffert et depuis si longtemps. Ceux qui travaillent sont au bout  du rouleau, pressurés. Nul ne peut les maintenir à la diète, limiter les besoins en emplois, en salaires, en fonctionnaires, en service public…
Pour répondre à son électorat, le gouvernement Jean-Marc Ayrault doit imposer une forte réforme fiscale, et reprendre des centaines de milliards perdus par la baisse des recettes organisée depuis 10 ans par la droite : ça ne va pas être facile, ils hurlent déjà aux loups, menacent de « partir », de délocaliser, de licencier, etc. Mais sans puissante réforme fiscale, ce n’est même pas la peine d’envisager la baisse des déficits. 
Mais ça ne suffira pas, car sans augmenter les salaires, sans un « new deal » avec le salariat, les syndicats, sans contrôler les licenciements, sans en revenir à la réduction du temps de travail, le chômage de masse ne reculera pas et c’est la récession, la stagnation qui continueront, pas la croissance. On attend donc, vite, les résultats du sommet social.
Chacun constate que François Hollande et son gouvernement sont en équilibre sur une ligne de crête. Il faut les aider, convaincre, soutenir dans le bon sens. La meilleure occasion pour les socialistes, c’est de profiter du débat de congrès, lequel est prévu les 28 et 29 octobre, à Toulouse, afin de mener le débat, de conforter  le bon choix, la meilleure orientation. C’est ce que fait D&S en soutenant la contribution de la gauche socialiste, afin qu’elle se fasse entendre et qu’elle pèse. Lisez-là, signez-là, faites-là connaître.

Chronique « au boulot » HD n°93 : travail clandestin d’enfants au coeur de Paris

Une boutique de luxe qui vend des chaussons de danse chic. L’inspecteur du travail demande comment le catalogue de promotion publicitaire des produits est fabriqué. On lui explique que la société fait elle-même les photos pour ses catalogues, par des séances, avec des photographes et des studios engagés et loués par ses soins, à partir de jeunes modèles sélectionnés… sur leur bonne mine et selon la bienveillance des clients parents.
Comment une maison aussi réputée peut-elle violer un droit aussi fondamental que celui concernant le travail des enfants ? Il apparaît que c’était une pratique ancienne et persistante chez eux. Pourtant chacun sait depuis le célèbre « bébé Cadum » que ce travail est extrêmement réglementé : autorisations préalables, passage par des agences agréées, contrôle contre les employeurs et parents abusifs. Là rien de tout ça : l’inspecteur découvre des listings de petites filles, avec des annotations manuelles sur leurs caractéristiques physiques, sur les séances photographies et même un synopsis de film tourné en « deux jours » avec des scènes bien précises :

Extraits :
« Le visage angélique de la petite fille apparaît… Elle se dirige immédiatement à l’une des barres ou d’autres petites filles sont déjà alignées » « Le professeur s‘approche de l’une d’elles et la redresse avant qu’elle ne tombe… » « Nous remontons le long des jambes pour découvrir une danseuse d’une dizaine d’années… ; » « Son visage juvénile est éprouvé par l’effort et la concentration… » « On finit sur le visage de la jeune fille exténuée »
Ce n’est pas un petit tournage, mais un travail de professionnels. Sans professionnelles !
Car le droit des enfants a été totalement violé ! Il n’y a pas eu de déclaration préalable à l’embauche, pas de passage par une agence agréée pour le travail des enfants, pas de demande d’autorisation auprès des services publics de contrôle concernés, le travail est demeuré dissimulé de bout en bout, il n’y a pas eu de bulletin de paie, les enfants ont été spoliés d’éléments de salaires qui devaient être conservés jusqu’à leur majorité, ils n’ont pas suivi de visites médicales, la durée du travail a dépassé ce qui est autorisé pour des enfants de cet âge. L’entreprise a réalisé de solides économies d’agences, de gestion, de salaires, de cotisations sociales, en pratiquant ainsi. les enfants sont payés en “bons d’achat” maison ! Ceci existe en plein coeur de Paris, dans une entreprise riche et connue !
C’est devenu à la mode chez les patrons : le responsable de l’entreprise tente de discréditer la visite de l’inspecteur contraint, sinon il devenait l’accusé, de rétablir point par point la légalité de ses contrôles. Au lieu de reconnaître les faits, l’employeur tente de les nier, puis de les minorer, se déclarant « surpris », allant jusqu’à feindre l’ignorance des lois et s’étonnant de se voir poursuivi.

Chronique Humanité Dimanche n°90 : augmenter le coût du travail !

On nous fait pleurer sur les petits patrons qui ne supporteraient pas une augmentation de salaires. Stop, assez, n’en jetez plus ! J’en ai contrôlé des petits commerçants, tiens, qui vendent des valises pas chères, quasi en carton, pour les immigrés, en plein cœur de Paris. Le patron, il a quatre boutiques, avec quinze salariés dans chacune, il fait des pieds et des mains pour ne pas avoir de délégué du personnel, encore moins de comité d’entreprise. Il paie au Smic plus des primes et il aime bien le turn over, qu’il n’y ait surtout pas trop d’anciens… Mais lui-même se paie autour de 5000 euros par boutique, soit 20 000 euros par mois, quasi un salaire de président de la République. Il fait tout pour ne pas appliquer les 35 h, pour ne pas payer les heures supplémentaires. Quand l’inspecteur du travail arrive, il jette des hauts cris, menace de fermer si on l’oblige à respecter les lois.
Bon, ils ne sont pas tous comme ça. Il y a un million de patrons de moins de 10 salariés, 97 % des entreprises ont moins de 50 salariés. Il y en a qui sont honnêtes et ne tirent pas à ce point sur la corde des profits, d’autres qui s’exploitent eux-mêmes pire que des salariés, sans s’en sortir. Ils sont d’ailleurs victimes de plus riches donneurs d’ordre sans scrupule.
Mais quand on a augmenté le Smic de 33 % en juin 1968, ça n’a fait fermer aucune entreprise : au contraire, les petites ont trouvé de nouveaux clients. Tel petit éditeur a mieux payé ses 15 salariés, mais des centaines de milliers de gens ont pu, à nouveau, acheter davantage de livres. Le petit artisan zingueur a réparé davantage de gouttières que les gens, avant, ne faisaient plus réparer. Le boucher a vu des clients revenir acheter une bonne tranche d’onglet. Augmenter les petits salaires, c’est bon pour l’entreprise.
Nos 8 millions de pauvres qui mangent des pâtes à partir du 10 du mois, et de la viande à peine trois fois le mois, vont acheter plus. De l’argent pour les loisirs, c’est de l’argent pour les industries du loisir. De l’argent pour la santé, c’est de l’argent pour l’économie de la santé. On peut tirer tout le monde vers le haut en augmentant ceux d’en bas : c’est beaucoup plus sûr qu’en attendant que ceux d’en haut ré investissent.
Un état et une entreprise ce n’est pas comme un ménage, il faut que ça dépense plus, que ce que ça gagne. Et si vous avez des banquiers qui vous disent : « Non, non rétablissons d’abord les comptes », empêchez-les de nuire. Quand Merkel tarit les comptes de l’Europe, étrangle la Grèce, nous menace tous, il n’y a aucune chance que le boulot reprenne, et que des sous rentrent pour rembourser  les dettes de ses amis banksters, aucune. C’est elle qui prolonge la crise de son propre système.
Dites-le partout qu’il faut augmenter le « coût du travail », pas le baisser. Qu’il faut davantage de dépenses publiques, pas moins. En 1945, on avait 290 points de dette par rapport au PIB, on a dépensé plus, fait la Sécu, la retraite, des CE…

Chronique HD n°81 : Rupture conventionnelle : pas de motif pour être au chômage ?

Il traîne toujours cette vieille idée réactionnaire dans les discours des actuels meetings de  l’UMP et de Sarkozy que les chômeurs sont chômeurs parce qu’ils le veulent bien, parce qu’ils ne veulent pas travailler, parce qu’ils refusent sans motif,  les boulots qu’on leur propose.

Mais alors pourquoi est-ce l’UMP et le patronat qui ont poussé les salariés à devenir chômeurs suite à une rupture de contrat… « sans motif » ?  Pourquoi avoir organisé depuis octobre 2008 un gigantesque système poussant des centaines de milliers de salariés à quitter leur boulot par rupture non justifiée ?

Il s’agit de la « rupture conventionnelle » du contrat de travail. Instaurée sous la pression du Medef de la célèbre Mme Parisot dans la loi Bertrand d’août 2008, décret appliqué le 1er octobre 2008. La « rupture conventionnelle » permet à un patron et à un salarié de se « séparer » (sic) de rompre leur contrat, sans qu’une « cause réelle et sérieuse » ne soit nécessaire. La séparation se fait par accord tacite, et le salarié a droit à une indemnité et à l’assurance-chômage.

Le problème est que, depuis octobre 2008, il y a 250 000 ruptures conventionnelles par an, sans doute 900 000 à ce jour. C’est le plus grand « plan pas social » de ces trois dernières années, la plus grande machine à pourvoir le Pôle emploi, un déferlement organisé et quasiment sans aucun contrôle. Il suffit de signer un papier, d’attendre un délai de 15 jours pour valider si les services de l’inspection du travail ne disent rien. Et hop, emballé, vous voilà chômeur, sans plan social, sans obligation de reclassement, sans formation…

Les patrons dégraissent ainsi leurs effectifs de façon préférentielle. Ils mettent le couperet sur la nuque du salarié qui n’a pas vraiment le choix et qui signe. Parfois, il y en a qui passent ainsi en dessous du seuil de 50 salariés de cette façon pour ne pas mettre en oeuvre de « plan social ». D’autres font un « pont d’or » pour se débarrasser d’un délégué syndical trop entreprenant. Tous s’épargnent les obligations liées au licenciement et les reportent sur les services du Pôle emploi.

Il faut protéger l’emploi. Pas faciliter le chômage. Et non seulement établir une nouvelle forme ad hoc de contrôle des licenciements abusifs et sans cause réelle et sérieuse, mais interdire ce genre de pratique de « ruptures conventionnelles » si défavorables aux salariés.

Chaque semaine dans l’Humanité dimanche, chronique n°89 : code du travail, Michel Sapin, du pain sur la planche

Ayant passé le code du travail à l’acide des exigences du Medef depuis 10 ans, Sarkozy laisse un grand chantier de reconstruction :

1°) Il faut restaurer l’ordre public social et la hiérarchie des sources de droit. Il faut autant de contrats que possible mais autant de lois que nécessaire. Entre une loi et un accord, c’est le « principe de faveur » qui doit l’emporter à nouveau.
2°) Les durées du travail sont d’ordre public : la durée légale à 35 h tout comme la durée maxima à 48 h. La possibilité de déroger par accord aux 48 h rendue ouverte par la loi Bertrand d’août 2008 doit être supprimée. L’article 40 de la loi Warsman de mars 2012 permettant remises en cause des durées du travail et des salaires doit être abrogée – tout comme la loi TEPA.
3°) Diminuer les contingents annuels d’heures supplémentaires, rendre la majoration des heures supp’ plus coûteuse que l’embauche, restaurer 2 jours de repos consécutifs dont le dimanche.
4°) Stopper la précarité : pas plus de 5 % de précaires par entreprise de plus de 20 salariés. Suppression de toute forme d’aide aux entreprises qui font de la précarité (intérim, CDD, stages, etc.) un mode de gestion du personnel.
5°) Établir une nouvelle forme de contrôle qui fasse payer très cher tous les licenciements abusifs, boursiers, à ceux qui « délocalisent » pour augmenter leurs profits. Légiférer la reprise des entreprises viables.
6°) Réguler la sous-traitance : rendre responsables les donneurs d’ordre de tout ce qui se passe sous leurs ordres, aligner les entreprises intervenantes sur les conventions collectives des entreprises utilisatrices, faciliter la reconnaissance des groupes et UES.
7°) Contrôler et sanctionner fermement toutes les discriminations à commencer la discrimination salariale entre femmes et hommes. Également toutes les formes de harcèlement.
8°) Renforcer tous les droits des institutions représentatives du personnel, DP, CE, DS. Accroître les pouvoirs des CHSCT pour l’hygiène, la sécurité, les conditions de travail. Rétablir la démocratie sociale et syndicale avec des subventions publiques, des élections aux prud’hommes et aux caisses de Sécurité sociale.
9°) Mettre en oeuvre un grand service public de la formation professionnel doté des moyens nécessaires, permettant de délivrer des certifications reconnues par l’Etat et intégrées dans les grilles salariales des conventions collectives.
10°) Établir un réel contrôle sur les employeurs et actionnaires, doubler les effectifs et moyens de l’inspection du travail. La médecine du travail doit être renforcée et indépendante.
Le droit DU travail, c’est le droit AU travail pour tous. Les lois de la République doivent l’emporter sur le marché, l’état de droit doit régner à nouveau dans les entreprises.

Retrouvez la chronique dans l’Humanité dimanche « au boulot » n°87 : mort au fournil

L’homme avait cinquante-sept ans. On n’est « pas fichu à 57 ans ». Trop facile de dire qu’il était « gros » ou qu’il « fumait » et se laissait aller au détriment de sa santé. À faire le cuistot 14 h par jour depuis 14 ans au fond d‘une pizzeria du IVe arrondissement de Paris, pour un salaire de misère, il est difficile d’entretenir sa forme. On n’a pas le temps d’aller faire du sport sur les « green », on mange, on boit, on fume comme on peut, pour tenir le coup. La chaleur du four est permanente, les postures de travail sont usantes, ça manque d’aération, d’espace. Le seul « horizon » est celui du guichet où l’on pose les plats et en se tordant le cou on peut voir un peu de la salle du restaurant. Il y a des coups de feu stressants quand tous les clients arrivent en même temps, puis des temps d’attente où l’on ne se repose même pas.
Alors quand René a eu une barre qui lui a fait mal à la poitrine, il n’y a d’abord pas prêté attention. C’est parce que la douleur augmentait qu’il a fini par s’inquiéter. Il a attendu évidemment que le gros du repas du midi soit passé, pour téléphoner, essayer de prendre rendez-vous, mais comme vous le savez, il y a de moins en moins de disponibilité chez les docteurs. Ne parlons pas du médecin du travail, il n’en connaissait pas. Le généraliste qui l’a reçu lui a dit de ne plus fumer, de moins manger, de se reposer : ça lui a fait une belle jambe à René. Il lui a été conseillé de prendre rendez-vous à l’hôpital, ce qui s’est révélé encore plus difficile. Finalement comme sa douleur au poumon ne passait pas, il est allé aux urgences, et on lui a fait une radio puis un scanner, ça a pris cinq heures, tout ça. Mais il en est sorti rassuré, René.
Il est revenu à la pizzeria, tout fier en montrant ses clichés : « - Je leur ai dit, j’ai mal, là, au poumon, ils ont regardé, et je n’ai rien, je n’ai rien ». Il ne s’est pas reposé, René. Pas eu le temps. Le patron trouvait déjà que son absence avait trop duré. Et ce soir-là, il y avait une énorme clientèle. Les pizzas, les pâtes partaient, le chiffre d’affaires explosait. Son cœur aussi a explosé, car c’était son cœur et pas ses poumons qui étaient en cause. À l’hôpital, ils n’avaient pas cherché au-delà. Pas le temps. Pas le personnel. Son travail de cuistot l’avait donc repris. À un rythme accéléré. Il s’est effondré tard le soir, d’un infarctus massif,  au milieu de la cuisine, des farines, des jambons, des ustensiles entraînés dans sa chute, alors qu’il se débattait encore contre la mort.
Après le départ des pompiers qui ont enlevé le corps, le patron n’a pas eu l’idée de déclarer un accident du travail. Bah, non il était cardiaque et ça ne se savait pas, c’est tout. Quel lien avec les durées et les conditions de travail ?
Il n’existe pas d’étude sérieuse, de dépistage, de prévention, sur les rapports entre les AVC et le travail. 150 000 crises cardiaques par an et 100 000 accidents vasculaires : entre un tiers et la moitié sont liés au boulot. Au « vrai » travail.

A lire dans l’Humanité dimanche chaque semaine : chronique « au boulot » n° 97 : Soldes en trop

Cela fait de longues années que des grands magasins et des chaînes de fringues, voulaient faire des nocturnes à l’occasion des soldes d’été. Pourquoi se gêner avec les salariés si ceux ci se laissent faire ? Vu que les salaires sont misérables, il suffit de les appâter avec quelques primes. Vu qu’ils n’ont pas le choix, il suffit de commencer la vente de nuit avec les soldes et l’on pourra déréguler tous les horaires ensuite toute l’année.

Les salariés, les syndicats des Galeries Lafayette, du BHV ont mené une belle bagarre contre la folie de leurs employeurs qui voulaient à tout prix les faire travailler jusqu’à 21 h, 22 h, voire minuit  à Paris, le 27, 28, juin, pour les soldes. Car ceux ci voulaient aussi continuer jusqu’au 11 août,  sous prétexte des « salons de prêts à porter de juillet », de « l’affluence attendue de touristes qui passeront par Paris en allant aux Jeux Olympiques de Londres » et du « Ramadan qui cette année est décalé du 20 juillet au 19 août…  N’en jetez plus, la cour est pleine de prétextes…

Mais par assignation des 15 et 19 juin, les juges, en référé, ont pris de très belles décisions :
1°) Ils ont rappelé qu’il fallait respecter la convention collective nationale des grands magasins et magasins populaires.
2°) Avant toute décision ayant pour objet de fixer au delà de 20 h l’heure de fermeture d’un magasin la direction devra consulter le comité d’entreprise.. or elle ne fait pas état de véritables négociations.
3°) Le recours au travail de nuit est exceptionnel. Il prend en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs et est justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique ou les services d’utilité sociale. (Art L 3122-32)
4°) S’agissant du travail entre 21 h et 22 h aucune information ne permettait de considérer  que ce soit nécessaire pour assurer la continuité de l’activité économique
5°) Il s’en suit que le projet d’extension du travail de nuit est illégal.
6°) Cela crée un trouble à l’ordre public social manifestement illicite
7°) Les Galeries Lafayette devront payer 100 000 euros par infraction constatée (c’est-à-dire par salarié vu par l’inspection du travail après 20 h)
8°) Le BHV sera soumis a une astreinte de 300 000 euros en cas d’infraction.
9°) Les syndicats demandeurs seront dédommagés de leurs frais de justice, la CGT recevra a ce titre 2000 euros.

Ouf, ça fait du bien, on a encore des conventions et un code du travail à défendre. Les conventions collectives n’ont pas encore été « dissoutes » sous prétexte de rembourser la « dette », par injonction des banques et de Mme Merkel comme à Athènes, Madrid et Rome.

Chronique n°98 lisez dans l’Humanité dimanche : Ali le livreur

Il est encore en forme Ali, le livreur de chez Franprix. En forme, cela veut dire qu’il a 32 ans et des biceps, de bonnes jambes, des épaules. Il le faut dans son cas. Car je l’ai vu franchir avec tout le poids de son caddie, les cinq marches lui permettant d’accéder au hall de l’immeuble. Rien que pour cet exercice, il en faut une force phénoménale, car l’engin à soulever contient les six grands sacs en plastique de la livraison de Mme  Rodriguez, la dame du 5°. Quand Ali est arrivé avec le caddie au pied de l’escalier, vu qu’il n’y a pas d’ascenseur, il va chercher à prendre le maximum de sacs pour ne pas monter trop de fois. Chaque sac pèse au moins 30, 35 ou 40 kilos. Pas facile des sacs dans une main, alors deux sacs par main, vous pensez… Ça glisse, la prise est difficile, ça tire, et il faut faire les 150 marches irrégulières, et les 5 paliers du vieil escalier en toboggan. Et recommencer. En sueur. Trente à quarante livraisons par jour. Ne parlez pas d’ergonomie. Ni de limites de charges.
Combien de temps tiendra t il en forme Ali ? Car c’est la toute dernière fin de sa jeunesse qui s’épuise là. Au fur et à mesure que le temps passe, il aura de plus en plus de mal, Ali, il va s’user, il aura mal au dos, aux genoux. Un livreur, c’est un peu comme un coureur cycliste ou un danseur de l’Opéra, la carrière est courte.
Et comme le sous-traitant de Franprix qui l’embauche, le paie au Smic (22 euros de plus récemment) Ali essaie d’en faire le maximum : parce que presque chaque fois, il a un pourboire. Même Mme Rodriguez lui donne 2 euros pour les 5 étages. Les pourboires, c’est traître, en fait, quand on y réfléchit, ça vous gonfle artificiellement le salaire sans que le patron ait à faire un effort. Si Franprix utilise un sous-traitant comme le font Monoprix et tous les autres, pour les livraisons, c’est pour pas qu’Ali compte dans les effectifs du personnel, c’est pour pas qu’il bénéficie des salaires de la convention collective (pas terribles), et même qu’il soit plus difficile de contrôler ses horaires. C’est contre le code du travail, mais Ali va jusqu’à 11 h par jour, vite et tard dans la soirée, il travaille « dur » jusqu’à épuisement, ça doit être ça « le vrai » travail.

Il n’aura jamais de formation Ali, jamais de promotion, ça ne se fait pas pour des « livreurs ». Le jour où Ali ne pourra plus, les reins brisés, son patron le licenciera et il en prendra un autre, plus jeune, plus fort, plus rapide. Afin de rester « compétitif » dans la zone de livraison. Le Pôle emploi ne retrouvera rien à Ali, lorsqu’il aura plus de 50 ans. Il n’aura même pas ses annuités retraite. C’est de ça dont on parle au « sommet social » ?