La phrase la plus importante de François Hollande : « – Il y aura redistribution. Après. »

Après le BN du PS mercredi 15 janvier 14

« En fait je me moque des étiquettes, « tournant » ou « pas tournant », « social-libéral » ou non, « social-démocrate » ou non. «  Accélération ». « Amplification ». Ce qui m’importe, c’est le fond.

On peut disserter à l’envie sur ce que signifie être « social démocrate » , car il y a mille visages de la social-démocratie. Ce sont des beaux mots : « social » et démocrate » :

- « social » : c’est faire œuvre sociale de redistribution des richesses aux salariés qui les créent,

- « démocrate » : c’est respecter le Parlement, ne pas gouverner par ordonnances et votes bloqués.

Dans ce cas, je suis social, et démocrate, et socialiste  !

On a souvent dit que la social-démocratie, c’était un compromis social, d’où l’utilisation fréquente dans l’histoire des mots de « pacte social », de « compromis historique », de « contrat social », etc. Une sorte de collaboration institutionnalisée entre classes sociales opposées.

Quelqu’un vient d’expliquer que ce que le Président Hollande a dit hier n’était pas nouveau, ça suivait la longue histoire de la gauche et de ses « compromis » de 1981-83 à 1988 et aujourd’hui… Du choix des nationalisations partielles, à celui du « traitement social du chômage », jusqu’au « pacte de compétitivité » d’aujourd’hui…

En oubliant au passage Lionel Jospin et les 35 h, car à l’époque on a imposé par la loi une réduction du temps de travail, qui a réussi : les patrons ont hurlé, Jean Gandois a même démissionné de la présidence du CNPF [qui s’appelle aujourd’hui le MEDEF] sur le parvis de Matignon le 10 octobre 1997 en hurlant qu’il avait été « berné » et en appelant de ses vœux que soient nommés « des tueurs » à sa place. Ils ont « déclaré la guerre au gouvernement Jospin », mais ce fut le seul moment dans l’histoire de la gauche, en 30 ans, où on a fait reculer le chômage de masse. Sans les 35 h nous aurions au moins 400 000 chômeurs de plus aujourd’hui.

La social-démocratie, dit-on, est un compromis social. Donc entre deux classes sociales, Le patronat et le salariat. C’est à dire qu’on parvient à donner aux deux classes une partie plus ou moins importante de ce à quoi elles aspirent ; et ça réussit quand ce n’est pas un marché de dupes, quand les deux classes reçoivent quelque chose et l’acceptent. Dans ce cas, on peut même dire : « bravo la social-démocratie ! »

Mais là, dans le discours du président, ce n’est pas de la social-démocratie. Il n’y a aucun compromis. Il n’y a aucun « donnant-donnant », comme aiment le dire certains. Il n’y a « DONNANT » que pour le patronat. Rien pour le salariat. Rien. C’est tellement vrai que le Président l’a expliqué en répondant à une question : « Il y aura redistribution, après ».

Il a bien dit « après ».

Pas tout de suite. Pas en même temps. Tout de suite, c’est seulement 35 milliards au patronat. Et là, ce n’est pas un « pacte », ni un « contrat ». On donne aux uns du réel au temps présent, on donne aux autres de l’aléatoire dans un temps incertain.

Pourquoi on fait un « pacte de responsabilité » ? Le choix des mots a son importance. C’est parce que le « pacte de compétitivité » n’a pas marché. Et il n’a pas marché parce que ce n’était déjà pas un pacte, mais une ouverture unilatérale. Pour le patronat seulement !

Le rapport Gallois a ouvert ce « pacte » en novembre 2012, pour inverser la courbe du chômage en promettant 20 milliards de CICE aux patrons. Mais les patrons n’ont rien signé et surtout rien fait. Un an après il y a 272 100 chômeurs de plus ; on en est à 5,9 millions toutes catégories confondues.

On a signé et fait une loi avec l’ANI : mais un an après, il n’y a aucune « sécurisation de l’emploi », il y a 1100 plans sociaux de plus, expédiés plus vite.

Le patronat a signé l’ANI pour limiter les CDD courts : un an après, il y a explosion de CDD courts

Le patronat a signé l’ANI en promettant un « plancher » de 24 h pour les temps partiels, mais un an après, il viole sa propre parole, refuse de tenir sa promesse,

… et notre ministre du travail est obligé de refaire une loi, pour prolonger le délai de son application du 1er janvier 2014 au 31 juin 2014. Parce que le patronat refuse de tenir parole dans la chaussure, dans le nettoyage, dans l’enseignement privé, dans la distribution, etc… alors le gouvernement va décider le 22 janvier et les députés voter le 22 février une « saisine rectificative » pour suivre le patronat. Il n’y a pas compromis, et si certains pensaient qu’il y en a eu un, il n’est pas respecté.

Un an après, il en va de même pour la « complémentaire santé » de l’ANI qui a été bousculée par la droite réactionnaire du Conseil Constitutionnel le 13 juin 2013 : elle engraisse les grandes assurances privées pour une protection a minima des salariés.

De même pour les droits dits rechargeables des chômeurs : il n’y a rien de ce qui était prévu le 1er juillet. Par contre s’annoncent des « droits déchargeables » ! Et ainsi de suite…

Je n’ose dire que la non-amnistie des syndicalistes, la casse de l’inspection du travail, la suppression des élections prud’hommes faisaient partie du « pacte » implicite de l’an passé. En tout cas, ça n’a pas convaincu le patronat. Il a continué à licencier. Il n’a pas inversé la courbe du chômage.

Alors en réalité, on fait coup double : banco, on remet au tapis. On rajoute 35 milliards de baisse des allocations familiales. Mauvais « négociateurs » avec la même méthode, on offre unilatéralement ; les contreparties sont censées venir plus tard. Après ! Ça, ce n’est pas « social démocrate » !

Mais il n’y aura pas davantage « d’après » en 2014 qu’en 2013.

Le patronat recommence : il encaisse, et en redemande. Gattaz réclame 100 milliards. Et commence à chipoter les 35 des AF, les 20 du CICE, doutant des 50 milliards « d’économies ». Il fait déjà des soustractions, mégote, au lieu d’additionner. Il en oublie toutes les aides que les patrons reçoivent par ailleurs (exonérations, emplois aidés..) lesquelles font déjà 65 milliards. Ce sont les rois des assistés. En attendant de soutenir à nouveau l’UMP, pour en avoir encore plus.

Pierre Gattaz refuse de « chiffrer les embauches » en contrepartie. Il a bien raison, car en 1986, son père, Yvon Gattaz, avait chiffré à 400 000 le nombre d’emplois qui seraient créés en cas de suppression du contrôle sur les licenciements… et il y avait eu un « pic » de 400 000 licenciements, d’emplois en moins.

Le Medef n’a pas l’intention de rendre plus au « pacte de responsabilité » qu’il n’a rendu au « pacte de compétitivité ».

Et d’ailleurs, même s’il le voulait, IL NE LE POURRAIT PAS ! Car il est dans les mains de la finance. Et la finance préfère les placements aux emplois, elle préfère les licenciements aux embauches, elle préfère la spéculation à la production, elle préfère la rente au travail, elle préfère les iles Caïmans aux investissements ! Ca rapporte beaucoup plus que de respecter un « pacte de responsabilité » ! C’est la seule chose qui pèse sur eux. C’est la raison pour laquelle ils ne respecteront pas les « contreparties », pas davantage en 2014 et 2015 qu’en 2013.

Alors, on me dit qu’il y aura un « observatoire des contreparties ». Pourquoi un « observatoire » ? Pourquoi pas le Parlement ? Ne peut-il pas servir à autre chose qu’émettre un vote bloqué ?

« Observer » ? Mais alors il faut doubler tout de suite les effectifs de l’inspection du travail, car sinon on aura aucun moyen d’observer quoi que ce soit. Il faut doubler les droits des syndicats, car ils ne pourront pas contrôler quoi que ce soit. Si on veut du dialogue social, il est nécessaire de renforcer les prud’hommes et d’amnistier les syndicalistes. Il faut aussi doubler le nombre des inspecteurs du fisc, parce que sinon on ne verra pas que cet argent va en Suisse ou à Singapour !

« Observer » ? Mais le problème est différent entre les grosses entreprises de plus de 1000 salariés qui produisent 48 % du Pib, et les autres, sous traitantes, dépendantes, il ne suffira ps d’observer, il faut réguler la sous-traitance…

« Observer » ? Mais ça ne suffira pas à arracher le patronat au chantage de la finance qu’il subit du fait du système de la finance. Il faut l’empêcher de glisser sur la pente désastreuse où l’entraîne, où nous entraîne ce système.

En fait, le meilleur service à rendre au patronat, ce n’est pas de lui lâcher la bride et de lui donner des milliards qu’on ne reverra jamais, c’est de le contraindre, de mettre en place un système de contrôle de ses dividendes et de ses licenciements. Il faut sur lui une pression de la République plus forte que celle des traders, boursicoteurs, spéculateurs. Il faut un système de droit du travail et de fiscalité combinés pour permettre aux entreprises de se sauver elles-mêmes des griffes de la finance. »

 

 


Il faut contraindre le patronat à changer de cap, pas l’encourager dans ses vices

A quoi servent les cadeaux au patronat depuis des décennies puisque le seul résultat, c’est qu’il licencie quand même et augmente le chômage de masse ?

Le plan Gallois dit de « compétitivité » a été annoncé en novembre 2012 et en novembre 2013 il y a 272 100 chômeurs de plus.

L’Ani, un « pacte » dit de « sécurisation de l’emploi » a été signé le 11 janvier 2013 et 12 mois après, il y a 1100 plans sociaux de plus.

L’ANI prévoyait aussi la lutte contre les contrats CDD dit courts, un plancher de 24 h pour les temps partiels, une complémentaire santé, une négociation sur les indemnités chômage… Or les CDD courts, ont explosé, le « plancher » de 24 h est torpillé et reporté à fin juin, la complémentaire santé est riquiqui et tournée vers les assurances privées, et ce qui se discute c’est la baisse des indemnités chômage…

Le patronat a déjà décroché le CICE de 20 milliards. Il reçoit aussi des aides publiques multiples sous forme d’exonérations, de 65 milliards bon an mal an. François Hollande annonce vouloir donner les 35 milliards de cotisations sociales en sus.

Les patrons sont les premiers « assistés » de ce pays.

Tous ces milliards, c’est nous qui les versons. Quand les patrons ne paient pas il faut bien que ce soit nous, salariés, qui payons! Et qu’est ce que ça nous rapporte puisque baisser le coût du travail, payer les salaires bruts à la place des employeurs, ça n’a jamais marché, ni depuis des décennies ni depuis un an !

« L’entreprise, ce n’est pas un lieu d’exploitation, ce n’est pas un lieu d’accumulation de profits, de richesses » affirmait, de façon assez déconcertante, le ministre du budget, Bernard Cazeneuve sur BFMTV le 6 janvier 2014. Mais si ! Plus que jamais : les patrons, les actionnaires, les rentiers  encaissent… et vont placer cet argent dans les iles Caïman. Ils préfèrent spéculer que d’embaucher, ils préfèrent la rente à l’emploi, ils préfèrent les placements à l’investissement, ils préfèrent la finance à l’industrie.

Déjà le père de Gattaz en 1986 avait promis, si le contrôle sur les licenciements était abrogé, de créer 400 000 emplois, en fait il a produit 400 000 licenciements de plus. Le fils Gattaz, lui, ne veut même pas s’engager sur un chiffre d’embauches mais réclame 100 milliards !

Cette fois le Président dit « ce qui compte ce sont les contreparties ». Mais comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? Les patrons sont sous la coupe de la finance qui exige le profit maximum. Si on n’impose pas la redistribution des richesses, elle ne se fera jamais, ni en emplois ni en salaires, ni en droits sociaux. Pour obtenir des contreparties, il faut remettre en place les impôts des sociétés, il faut augmenter les salaires, il faut contrôler les licenciements boursiers et abusifs.

Le président parle de « dialogue social » mais pour ça il faut une inspection du travail forte et des syndicalistes amnistiés et soutenus, des prud’hommes consolidés pas supprimés.

Le président affirme « la distribution aura lieu, après. » Mais toute la gravité de la crise, la colère, le mécontentement que nous connaissons, c’est justement parce que les inégalités se creusent, la France est riche comme jamais et les richesses ne sont pas redistribuées. C’est ca qui bloque. Seule la redistribution MAINTENANT peut être le moteur d’une nouvelle création de richesses, de la relance.

 

 


3 minutes (reconstituées) à Europe 1 mardi 14 janvier à 19h 45 après la conférence de presse présidentielle

Nicolas Poincaré : Je ne sais pas a quel moment vous avez pris l’émission, mais alors j’imagine Gérard Filoche que vous êtes en colère ?

J’ai entendu le président et comme lui je suis social démocrate et je suis un socialiste modéré … mais je ne comprends pas qu’on donne des cadeaux au patronat d’une telle importance sans avoir la garantie des contre parties…

Parce que ca fait beaucoup, 35 milliards d’allocations familiales, 20 milliards de CICE, et encore des dizaines de milliards d’aides qui courent par ailleurs, et qu’est ce qu’il y a en échange ? Jamais rien !

Le patronat encaisse et licencie comme jamais, depuis l’ANI il y a eu 1100 plans sociaux, il y a une explosion des CDD courts, la précarité augmente, l’accord sur la santé complémentaire bénéficie aux assurances privées, l’accord sur la formation professionnelle, ce sont les petites entreprises qui vont payer à la place des grosses, je veux bien moi des « pactes » avec les entreprises mais dans l’intérêt de qui ? Du patronat ou du salariat ?

Parce que pour l’instant il n’y a que le patronat qui gagne et ne renvoie pas l’ascenseur, toutes les aides de ce type n’ont jamais créé d’emploi…

Or François Hollande dit « la redistribution aura lieu, après ». Mais c’est sans doute là qu’il y a la divergence, car les richesses sont déjà là et s’il y a crise, c’est parce qu’elles sont bloquées, siphonnées par la finance, par les 500 familles qui possèdent 330 milliards, soit plus que l’état,

Le président dit qu’il faut veiller à combattre la « fraude » dite « sociale » 300 millions, mais il ne parle pas de la fraude fiscale, 80 milliards, c’est là qu’il faut aller chercher l’argent,

Est ce que ça fait partie du Pacte de ne pas aller les chercher,

Est ce que ça fait partie du pacte de s’attaquer à l’inspection du travail ?

Est ce que ça fait partie du pacte de ne pas amnistier les syndicalistes ?

Moi, je suis aussi syndicaliste, je sais qu’il faut négocier avec le patronat mais il faut savoir à l’arrivée QUI y gagne, quels moyens, quelles garanties on se donne pour l’embauche, contre les licenciements ?

Nicolas Poincaré : On vous entend mal, merci Gérard Filoche on vous ré invitera…

La République ne doit pas se plier aux entreprises mais les contraindre

 

« L’entreprise, ce n’est pas un lieu d’exploitation, ce n’est pas un lieu d’accumulation de profits, de richesses » affirmait, de façon assez étonnante et hardie, le ministre du budget, Bernard Cazeneuve sur BFMTV le 6 janvier 2014.

C’est ce qu’il faudra dire aux 5 millions de chômeurs expulsés du travail, le plus souvent par des entreprises dont les seules « difficultés » sont de rechercher à faire davantage de bénéfices, vu que le nombre des licenciements boursiers abusifs ne cesse d’augmenter. Que Bernard Cazeneuve aille dire ça chez LFoundry, La Redoute, Goodyear, PSA, Michelin, Doux, Gad, Gagor, Sanofi, et dans les 1100 boites liquidées avec ou sans « plans sociaux » en 2013.

C’est ce qu’il faudra dire à la moitié des 23 millions de salariés « actifs occupés » qui gagnent moins de 1680 euros nets, aux 10 millions de pauvres en dessous de 900 euros.

C’est ce qu’il faudra dire aux 20 millions de salariés qui travaillent normalement à temps plein, c’est à dire à 35 h hebdomadaires alors que la durée moyenne de travail estimée est plus proche de 41/42 h, alors qu’il y a 1 milliard d’heures supplémentaires dissimulées. Aux temps partiels subis, aux CDD renouvelés, aux contrats « atypiques », aux 3 X 8, aux 4 X 8, aux 5 X 8, aux travailleurs de nuit et du dimanche.

C’est ce qu’il faudra dire aux accidentés, handicapés, malades du travail, aux précaires, aux discriminés et harcelés, aux tués et suicidés du travail, à la souffrance de ceux qui subissent un management féroce, des troubles psycho sociaux et du burn out.
C’est ce qu’il faudra dire aux 98 % de salariés qui gagnent moins de 3200 euros nets, la moyenne des salaires même des « petits » des patrons étant de 4500 euros.

C’est ce qu’il faudra dire à tous ceux dont les salaires ont perdu près de 10 points par rapport aux profits depuis 25 années, alors que les dividendes distribués ont atteint 196 milliards en 2012.

C’est ce qu’il faudra dire aux 1000 entreprises de plus de 1000 salariés qui produisent 48 % du Pib et déterminent ainsi la vie de tous leurs sous-traitants (PME PMI TPE) en cascade, lesquels, pour 50 % n’ont qu’un seul donneur d’ordre.

C’est ce qu’il faudra dire aux 500 familles les plus fortunées qui possèdent 330 milliards, 16 % du Pib, et qui ont réussi à gagner 59 milliards ( + 25 %) en une seule année dite « de crise » pour tous les autres.

C’est ce qu’il faudra dire, si le ministre du budget les trouve, aux fraudeurs du fisc, qui détournent 80 milliards et qui placent 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux – dont ces grandes entreprises du CAC 40 qui « optimisent » leurs impôts au point de n’en payer que 8 %.

 

En comprenant que le capitalisme ce n’est pas seulement le profit mais la recherche du surprofit maxima.

 

Ce ne sont pas les patrons qui « donnent du travail », ce sont les salariés qui vendent leur force de travail, ils produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. Chacun sait que le travail n’enrichit personne. Ce qui enrichit c’est l’exploitation du travail des autres. Et ce qui enrichit encore plus c’est la spéculation sur l’argent dérivé du travail des autres. Car la finance, les surprofits et dividendes placés sur les casinos des bourses et trafics, rapporte, il est vrai, encore plus que le travail et l’entreprise.

 

 

11 janvier, ils n’ont pas célèbré le 1er anniversaire du triste ANI-Medef, accord dit de « sécurisation de l’emploi »

 

Aucun des 27 points de l’ANI n’a apporté quelque chose de positif depuis un an

1100 plans sociaux après, le patronat n’a même pas respecté

les piètres apparences de concession qu’il avait signé

 

exemple : le report du « plancher » de 24 h pour les temps partiels

 

 

Exemple parmi tous les autres (cf. articles précédents sur les « homologations », sur les « complémentaires santé » sur « l’explosion des contrats courts »…) Michel Sapin, le ministre du Travail, vient de repousser à fin juin 2014 l’obligation de faire travailler les employés à temps partiel au moins 24 heures par semaines.

 

C’était un des points présentés comme « positif » : il devait y avoir un « plancher » de 24 h pour les temps partiel. Cela avait été présenté par Nadjat Valaut Belkacem comme une grande avancée pour les droits des femmes au travail ( sur 2,7 millions de temps partiels, 60 % sont subis,  85 % sont des femmes et 80 % des non qualifiées)

 

Mais ce nouveau « plancher » de 24 h (il y en avait déjà eu un au début des années 90, qui était à 20 h) était soumis à sept dérogations massives :


- il ne s’appliquait à toutes et tous qu’au 1er janvier 2016

- les salariés qui le « voulaient »(sic) pouvaient demander lors de leur embauche à travailler… an dessous du plancher

- les temps partiels auprès de particuliers n’étaient pas concernés

- les « salariés dont le parcours d’insertion le justifie« 

- les jeunes de moins de 26 ans n’étaient pas concernés

- celles qui ont un ou plusieurs employeurs pour ne pas dépasser les durées légales

- les branches ayant usage de temps partiels pouvaient négocier en dessous du plancher (sic)


Les contre parties étaient :

- possibilité pour le patron d’imposer 8 « paquets d’heures complémentaires » par an à son gré

- sur ces 8 paquets, 4 n’étaient pas majorés

- les heures complémentaires étaient majorées de 10 % et non plus de 25 %

- les coupures étaient re-négociables (en nombre – plusieurs par jour – et en durée – plus de 2 heures par jour)

- les délais de prévenance étaient re-négociables ( d’un délai de 7 jours, on était tombé à un délai de 3 jours, ça allait finir en un texto d’un jour jour le lendemain)

- le salaire était « lissé » annuellement (fin de la mensualisation du paiement des heures complémentaires effectuées : le salarié qui fait des « paquets d’heures complémentaires » en début d’année… fait une avance à son patron)

 

Mais même sa signature, même sa parole, le patronat s’assied dessus. Ce n’est pas nouveau car tout ce qui n’est pas loi, tout ce qui est accord il le viole toujours.

 

Le patronat ne respecte la loi que lorsqu’elle est accompagnée de contrôles réels nombreux et sérieux, de contraintes lorsqu’elles sont cadrées et précise  et de sanctions lorsqu’elle sont fortes. Les « contrats » n’étant pas contrôlés ni sanctionnés par l’inspection du travail, ils les violent couramment.

 

Mais là, même ce qu’il a signé à grand renfort de publicité il y a tout juste un an, le patronat s’assied dessus. Il veut des semaines de 10 h… sans doute des « contrats zero heure » comme en Grande-Bretagne : ils font venir le salarié au sifflet… et repartir au sifflet…


Alors évidemment le patronat « négocie »férocement  dans la grande distribution, dans le nettoyage, les enquêtes, le portage, des horaires en-dessous du plancher

 

C’est ce qui explique  que le ministre du Travail, Michel Sapin annonce vendredi 10 janvier qu’il accordait « un délai supplémentaire de six mois aux branches afin qu’elles puissent négocier un aménagement de la durée minimale du temps partiel de 24 heures par semaine ».  Une disposition législative prolongeant la période des négociations doit être présentée en Conseil des ministres le 22 janvier. « Dans plus d’une branche sur deux, les discussions sont en cours. Il faut leur laisser le temps de finir sereinement », commente Les Echos (habillage d’une discussion féroce qui ne réussit pas à aboutir)

 

je suis contre la flexibilisation des horaires, je suis contre le salaire « lissé », je suis contre les paquets d’heures complémentaires à discrétion du patron, je suis pour un délai de prévenance de 7 jours pour tout changement contraint, je suis pour des heures pas complémentaires mais supplémentaires à 25 % des la première heure, je suis pour une seule coupure de 2 h maxima dans une journée, je suis pour un registre des horaires réels tenu par le patron sous peine de lourde sanction, sinon je suis pour un « plancher » de 24 h avec des dérogations ad hoc, limitées, contrôlées et motivées par l’IT comme… pour le travail le dimanche. Je suis pour un « avis conforme » motivé des IRP pour toute embauche à temps partiel (et en CDD..) et pour une priorité organisée du retour à temps complet qui s’impose davantage à l’employeur. Je suis pour qu’un trimestre à temps partiel compte comme un trimestre à temps pour la retraite. Je suis pour doubler les effectifs de l’inspection du travail, indépendante, territoriale et généraliste. tout cela encadrera le temps partiel et le fera diminuer : rappelons qu’en France les femmes sont rentrées sur le marché du travail à temps plein, ce sont les lois type Bérégovoy et Balladur qui les ont fait passer en temps partiel..)

 

 

Mes dernières paroles sur Sharon, par Miko Peled (fils du général israélien)

 

IRIB-Ariel Sharon est mort

Alors qu’il est à quelques jours ou à quelques minutes de son dernier souffle, nous sommes tous tenus de ne pas oublier ses victimes, ses innombrables morts, blessés et déplacés tout en rappelant au monde entier que cet homme n’était pas un héros ; c’était un criminel.

Octobre 2000, visite provocatrice d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées, avec la claire volonté de déclencher un nouveau cycle de révolte et répression

J’ai toujours jugé aberrant que les gens puissent se réjouir de la mort de quelqu’un. Je me trouvais au Royaume-Unis lorsque la nouvelle de la mort de Margaret Thatcher fut annoncée et j’ai été témoin des célébrations qui s’en sont suivies. Les expressions de joie et les fêtes qui se sont répandues à travers tout le pays pour célébrer la mort de la Dame de Fer m’ont au début choquées. Lors de mes visites dans différentes parties du pays, notamment au Pays de Galles et en Irlande, j’ai pensé que de pareilles explosions de joie pourraient avoir lieu à l’annonce de la mort d’Ariel Sharon.

Plongé dans un coma depuis janvier 2006 à cause de plusieurs hémorragies cérébrales, Ariel Sharon se trouve depuis 8 ans dans un état végétatif. Aux dernières nouvelles, ses reins ont cessé de fonctionner alors qu’Israël retient son souffle quant à une mort imminente de l’ancien premier ministre.

On peut donc s’attendre à d’interminables éloges à son encontre une fois enterré, du style : « un héros, » « un grand leader, » « un génie militaire » Nous entendrons tout cela et même plus. La presse racontera et relatera chacun de ses exploits militaires, chacune de ses batailles remportées, tant sur le plan militaire que politique. Sa détermination en sa qualité de leader israélien sera saluée et on nous dira qu’on se souviendra de lui comme quelqu’un qui a tout donné pour son pays.

Dans mon livre Le fils du Général, voyage d’un Israélien en Palestine, j’ai mentionné le nom de Sharon à plusieurs reprises. Je l’ai évoqué en sa qualité d’homme militaire cruel, brillant et téméraire, puis en tant que Ministre de la Défense et enfin Premier Ministre. Toutefois, j’estime important et urgent de faire une mise au point et de rétablir les faits au sujet de cet homme avant que ne commencent les torrents écœurants des condoléances, débordants d’hypocrisies et de mensonges qui suivront sa mort.

Ariel Sharon était un homme ambitieux. Il était brutal, avide, intransigeant et malhonnête. Il avait une soif insatiable de pouvoir, de gloire et de fortune. Au début de sa carrière, en 1950, lorsqu’il commanda l’Unité 101 de l’armée israélienne, il était vite repéré et désigné comme une personne insensible, un tueur sans pitié.

Pour rappel, l’Unité 101 était une brigade commando infâme munie d’une autorisation spéciale pour tuer et terroriser les Palestiniens. L’Unité opérait principalement dans la Bande de Gaza, mais également dans d’autres parties du pays et même au-delà. Plusieurs innocents sont morts à cause des pratiques les plus brutales de cette Unité que même selon les normes et standards israéliens, on avait jugé que l’Unité est allée trop loin dans sa barbarie et a fini par être dissoute.

Sharon a continué sa montée des marches au sein du commandement de l’armée israélienne, se faisant ainsi un nom et une réputation comme commandant prometteur. D’ailleurs, tout le monde s’attendait à ce qu’il devienne un jour un haut commandant de l’armée israélienne ou chef d’Etat-Major. Mais il n’a jamais été question d’un poste supérieur dans l’armée ; il a fait mieux. Sharon s’est lancé dans la politique et fut nommé au poste de Ministre de la Défense dans le gouvernement de Menahem Begin. Agissant en cette qualité, il a conduit en 1982 l’invasion israélienne catastrophique et désastreuse du Liban.

D’innombrables morts, blessés et déplacés Palestiniens et Libanais sont à déplorer suite à cette invasion. Sharon était également l’auteur des massacres survenus au mois de septembre de la même année au camp de réfugiés de Sabra et Chatila, à Beyrouth, et là encore, même selon les normes et standards israéliens, Sharon avait dépassé les limites et avait été démis de ses fonctions.

Bien que Sharon ait été réprimandé pour son rôle dans le massacre de Sabra et Chatila et par voie de conséquence écarté du poste de Ministre de la Défense, sa carrière politique a, cependant, continué son avancée et sa sphère d’influence a poursuivi sa croissance. En sa qualité de Ministre du Logement et du Développement, il a contribué plus qu’aucun autre à la mise en œuvre de politiques racistes et anti-palestiniennes et aux affaires de corruption au sein de son Ministère. D’aucuns confirment que durant son mandat, le budget de son ministère ne connaissait pas de limites, dépassant le budget total de la défense israélienne. Il a fait pleinement usage de son pouvoir et de son influence afin de parachever la colonisation et le déplacement des Palestinien de ce qu’on appelait la Cisjordanie.

Malgré tout ce qu’il a été dit sur lui, l’appellation « homme de paix » est certainement la chose la plus absurde et la plus ridicule jamais dite sur Sharon. On a également dit qu’il a « quitté » Gaza et qu’il l’a « restituée » aux Palestiniens, qu’il a agi en quête de la paix mais qu’en retour, il n’a obtenu que des missiles tirés sur Israël, à partir de Gaza. Mais en réalité, le désengagement de Gaza n’est qu’une mesure unilatérale cynique. Il a permis à Sharon de bien écarter les colons de Gaza de son chemin pour enfermer la Bande telle une prison et marquer des points auprès de l’administration américaine. Ce fut une action cruelle qui lui a permis d’étouffer davantage la population de Gaza dont il était déterminé de détruire dès le début de sa carrière violente. Mais les Palestiniens connus pour être fiers n’ont jamais cédé, ni ont-ils voulu se rendre. Ils sont ce rappel constant du sang des leurs qui entache les mains de Sharon.

Le nom de ce dernier est lié à une liste de crimes qui n’en finit pas. Alors qu’il est à quelques jours ou à quelques minutes de son dernier souffle, nous sommes tous tenus de ne pas oublier ses victimes, ses innombrables morts, blessés et déplacés tout en rappelant au monde entier que cet homme n’était pas un héros ; c’était un criminel.

Au moment où j’écris ces quelques passages, Ariel Sharon est encore en vie, si on peut l’appeler ainsi, et vu sous tous les angles, l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui serait bien l’enfer qu’il a amplement mérité.

Miko Peled

sabra et chatila

Mon intervention au BN du PS du mardi 7 janvier 2014 : quel « Pacte » de responsabilité avec LES entreprises ?

Juste trois points parce que j’ai peu de temps et ne peux rester. Deux petits et un plus gros.

1°) Le premier petit, c’est à propos du fait que nous soyons majoritaires dans presque toutes les institutions du pays, les communes, les départements, les régions, l’assemblée et le Sénat, est ce le moment alors de gouverner par décrets et ordonnances ? Pratique que nous avons combattue en d’autres temps ? Et si cela devait être fait, alors cela aurait du l’être au tout début pour régler plus vite des questions comme le mariage pour tous ou le cumul des mandats, ou le droit de vote des étrangers.

2°) Le second, c’est qu’il y a un an lors de l’ANI du 11 janvier, on m’a dit que « le contrat devait l’emporter sur la loi » et qu’il fallait défendre ce qui avait été signé avec le Medef à ce moment là, par 4 syndicats sur 8, pourtant, minoritaires. Et puis voilà que c’est par décret que l’on donne l’autorisation d’ouvrir le dimanche à des patrons fraudeurs. Elle est ou la politique contractuelle ? elle est ou la démocratie sociale ? Et ce, contre l’opposition de 8 syndicats sur 8. Huit syndicats sont bafoués,  alors que les patrons ont fraudé, sont en infraction et il leur est donné raison, alors qu’on refuse toujours d’amnistier les syndicalistes, et même qu’ils sont poursuivis avec acharnement comme à Roanne, y’a plusieurs choses, là derrière, qui ne peuvent pas être bien comprises ni admises.

3°) Plus gros point, c’est le « pacte de responsabilité avec les entreprises ». Je sais bien qu’il n’y a pas de « tournant » là-dedans, c’est la continuité… amplifiée. D’ailleurs s’il y a eu un « tournant » un jour, c’est quelque part quand il a été décidé d’augmenter le TVA et pas le Smic.

Que va t on faire de différent avec un « Pacte de responsabilité » qu’on n’a pas fait avec un « Pacte de compétitivité » depuis le rapport Gallois ?  (lequel n’a rien donné depuis 14 mois ni en embauche, ni en dialogue social)

Pacte avec quelles entreprises ? Avec qui dans les entreprises ? Avec le patronat ou avec le salariat ? Quel contenu ? Quel but ?

Moi, j’avais critiqué le numéro de notre « Revue socialiste » il y a six mois qui titrait « l’Entreprise » avec un grand « E ». Ca ne veut rien dire. Il n’y a pas d’Entreprise, ca n’existe pas. Il y a 1,2 million d’entreprises très différentes et pas UNE Entreprise. Il y a 1000 entreprises de plus de 1000 salariés qui produisent 48 % du Pib et font travailler 3,5 millions de salariés. Et un million d’entreprises de moins de 11 qui en font travailler autant. Mais ce n’est pas le même monde. Rien à voir entre les uns et les autres. Si vous voulez passer un « pacte », elles ont même des intérêts antagonistes… Car les unes sont les sous-traitantes des autres qui abusent d’elles,  les « grosses » manipulent les « petites ». La moitié des PME dépendent d’un seul donneur d’ordre qui a pouvoir de vie et de mort sur elles, qui fixe les tarifs au moins disant social. Quant il y a des aides, des allégements de cotisations, (en fait quand l’état paie les salaires à la place des actionnaires) ce sont les « grosses » qui raflent la mise… et ce, pour rien, elles n’embauchent pas ! Elles licencient, pour plaire aux banques et ramasser la mise pour leurs actionnaires.

Si vous voulez convaincre les PME et TPE, faire un « pacte de responsabilité »… moi, je vous dis comment faire : commencez par réguler la sous-traitance.

Profitons du scandale de la question des « salariés détachés » où le gros patronat abuse de 350 000 salariés « détachés », en guise d’esclavage moderne, pour tirer nos salaires vers le bas.

Rendons « responsable » systématiquement le donneur d’ordre pour tout ce qui se passe sous ses ordres, juridiquement, pénalement, économiquement, financièrement. Ce sera un « pacte de responsabilité », moi, je vous dis, et on aura la sympathie d’un million de petits patrons.

Décidons qu’un marché pour la sous-traitance ne peut se faire en cascade au moins disant social, que le sous traitant doit être aligné le temps du marché sur la convention collective du donneur d’ordre, que la sous-traitance doit être motivée par la spécialité, le savoir faire, mais pas par le trafic de main-d’oeuvre à plus bas coût…

Décidons de faciliter la reconnaissance des unités économiques et sociales, des groupes, et la « responsabilité » de leurs dirigeants contre les fausses et coûteuses franchises, les fausses sous-traitances, les prêts illicites de main d’œuvre, les domiciliations bidon…

Vous verrez, comme ça, on se fera une majorité dans le petit patronat, ils nous en seront reconnaissants, cette fois, mais évidemment ce sera plutôt du côté de la CGPME et UPA que du MEDEF… Faut avoir le courage d’affronter les « gros »

D’ailleurs, il faut régler cette question de la représentativité patronale, parce que le Medef est un groupuscule, en vérité. Et Gattaz se comporte comme un ennemi, il lui est donné 20 milliards de CICE et 65 milliards supplémentaires d’assistanat public aux entreprises, il en réclame 100 milliards. Il ne se lassera jamais de nous couler, nous la gauche. Et tout ça sans contre partie, car il n’a aucun intérêt à nous aider ni à inverser la courbe du chômage, pacte ou non. Pourquoi ? Parce que la finance leur rapporte plus aux « grosses », elles ont plus intérêt à spéculer qu’à investir, à licencier qu’à embaucher, cela leur rapporte plus de placer aux Iles Caïman que dans nos industries.

Il faut les CONTRAINDRE à sortir de cette logique sinon elles ne le feront jamais d’elles mêmes. Il faut se saisir des dividendes pour les orienter vers l’emploi pas vers les « caves a subprimes ». C’est un mélange de choix fiscaux et de contrôle des licenciements qu’il faut. Il faut contraindre les grosses, il faut contraindre Gattaz qui baigne dans un système qui nous est ennemi, et assouplir, simplifier, si vous y tenez, pour les petites, afin qu’elles puissent honorer leurs salariés sans les esclavagiser.

Sur ce je m’excuse et dois partir en avance, bonne année 14 . Des jardins, du soleil et du pain… on aura nos dimanches.

 


S’entendre avec le Medef qui nous fait la guerre ? Inquiétant entêtement !

Que François Hollande réaffirme sa priorité à la lutte contre le chômage, rien de plus normal. Mais qu’il ne tire aucun bilan de l’orientation suivie depuis son élection est inquiétant. Bien au contraire, il s’entête, il s’obstine. Malgré l’absence de résultats probants notamment dans le domaine du chômage. Heureusement, il y a les emplois aidés mais le patronat n’y est pas pour grand-chose !

Un impossible pacte avec le Medef

Le patronat réclame une baisse de 100 milliards d’euros des « prélèvements » sur les entreprises. Il a déjà obtenu avec le CICE 10 milliards d’euros en 2014, et 20 milliards pour 2015. Sans aucune contrepartie, notamment en matière d’embauches. Au début des années 1980, Gattaz père s’engageait à créer des emplois en contrepartie d’allégement de « charges ». Chirac lui a donné satisfaction… mais aucun emploi n’a été créé. Qui peut encore croire qu’un « pacte de responsabilité » est possible avec le Medef ?

Comment accepter que le discours libéral sur la baisse du « coût » du travail soit repris aujourd’hui par la gauche au gouvernement ? Des conseillers de l’Elysée souffleraient même au Medef que les employeurs doivent mieux tenir les salaires qui augmenteraient trop selon eux ! Comme le dit Pierre Joxe critiquant à bon escient l’action de Manuel Valls, « il est important d’avoir de bons conseillers ». A ce propos, Jean-Marc Ayrault a très justement annoncé, il y a un mois et demi, le départ du directeur général du Trésor déjà en place sous Sarkozy… mais il semble bien que ce soit une déclaration laissée malheureusement sans suite !

La baisse des dépenses publiques deviendrait également un objectif en soi ? Affaiblir l’Etat et les collectivités locales est une erreur au moment où l’action publique est pour beaucoup le seul rempart face à la crise d’un monde dominé par la finance. L’investissement public est indispensable à la reprise, l’austérité menée en Europe casse la croissance et amplifie le chômage.

Quant aux soi-disant « excès et abus » de la sécurité sociale, il ne faudrait pas que cela annonce de mauvais coups contre la protection sociale. 90 % de la dette présumée du pays ne provient pas du budget La gauche ne doit pas laisser se développer une campagne contre la sécurité sociale en 2014 après avoir laissé passer une réforme des retraites rejetée par une majorité de nos concitoyens.

Mon adversaire, la finance ?

La gauche est majoritaire à l’Assemblée nationale et au Sénat. Elle dirige une majorité des grandes villes, des départements, des régions…et François Hollande annonce qu’il veut maintenant gouverner par décret et ordonnances comme le permet malheureusement la constitution de la 5ème République que la gauche a toujours critiquée ! Comment est-il possible qu’un décret autorise le travail du dimanche dans les magasins de bricolage alors que toutes les organisations syndicales de salariés s’y opposent ? Comment est-ce possible alors qu’à Nantes le maire a toujours refusé cette ouverture du fait de l’absence d’accord entre les employeurs et les syndicats ?

Pendant ce temps là, les banques ont repris leurs activités spéculatives comme le montre une récente étude. La Bourse, quant à elle, est en pleine forme. Le taux de rendement du Capital dépasse significativement le taux de la croissance ce qui veut dire que les plus riches continuent de s’enrichir toujours plus !

Lutter contre les mafias, les délinquants fiscaux devrait être une priorité de la justice française. Comment comprendre qu’elle préfère s’acharner contre des syndicalistes puisque le parquet général de Lyon a fait appel de la relaxe des « 5 de Roanne » , 5 syndicalistes inquiétés pour des tags et refus de prélèvement d’ADN ?

En 2014, plus que jamais rassembler la gauche

La campagne des élections municipales est commencée. L’activité militante sur le terrain (porte-à-porte, tractages, réunions) s’organise avec une volonté farouche des militants socialistes et de toute la gauche de battre la droite et l’extrême-droite. La crainte, bien sûr, c’est une forte abstention à gauche et une poussée de l’extrême-droite. Face à une droite qui n’a toujours pas surmonté sa propre crise, dans de nombreuses villes le rassemblement de la gauche est en cours. Cela peut permettre à la gauche unie de garder de nombreuses villes voire d’en gagner.

Cela ne suffira pas à mobiliser l’électorat de gauche durablement si un changement de cap n’est pas engagé nationalement au cours de cette année 2014 par un retour aux fondamentaux de la gauche : la lutte contre les inégalités engendrées par le capitalisme et le combat pour l’égalité sociale ! Et cela passe par la redistribution des richesses. « L’égalité est meilleure pour tous » * comme le proclame le titre d’un ouvrage récent !

ceci est le texte de l’édito de la « lettre hebdomadaire » de D&S  (redacteur en chef  Eric Thouzeau)

Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Richard Wilkinson, Kate Pickett, Les Petits matins, 2013

Coup de force : un décret pour donner raison aux patrons fraudeurs du dimanche

Le PDG Bourrelier de Bricorama peut crier victoire, il a gagné, par manoeuvre en déposant plainte contre ses copains de Castorama, de Leroy-Merlin qui pouvaient ouvrir le dimanche mas pas lui. En instrumentalisant les juges, il a profité de la triche, de la fraude de ses concurrents pour arracher le droit… de faire comme eux… et il a gagné, le gouvernement, par « décret » lui a donné raison contre les syndicats, contre l’inspection du travail, contre la justice.

Force Ouvrière a mille fois raison d’invoquer l’Organisation internationale du travail : «Nous n’allons pas signer un accord qui remet en question la convention 106 de l’Organisation internationale du travail, ratifiée par la France, sur le repos hebdomadaire dans le commerce et les bureaux », affirme Christophe Le Comte, secrétaire fédéral du syndicat.

La convention 106 de l’Organisation internationale du travail bafouée

Le texte de l’OIT préconise que «toutes les personnes auxquelles s’applique la présente convention auront droit (…) à une période de repos hebdomadaire comprenant au minimum 24 heures consécutives au cours de chaque période de sept jours» et que «la période de repos hebdomadaire coïncidera, autant que possible, avec le jour de la semaine reconnu comme jour de repos par la tradition ou les usages du pays ou de la région».

Et voilà que les patrons du « bricolage » se sont mis en tête de casser une convention internationale protectrice des salariés pour leurs seuls petits profits.

Ce qui est le plus insupportable c’est que le gouvernement les reçoivent alors qu’ils sont des fraudeurs récidivistes. Ces patrons (pigeons, poussins, abeilles…) sont toujours entendus quand les salariés, les syndicats ne le sont pas ! Alors que le gouvernement refuse l’amnistie aux syndicalistes qui le méritent, ils accordent l’amnistie de fait aux patrons en infraction qui ne le méritent pas. Ca tombe particulièrement mal le jour ou le procureur général de Lyon fait appel contre la relaxe des Cinq syndicalistes de Roanne accusés d’avoir refusé qu’on prenne leur ADN

Un décret… sans accord :

Mardi 2 janvier, le gouvernement a publié un décret autorisant l’ouverture le dimanche des magasins de bricolage (Bricomarché, Bricorama, Castorama, Leroy Merlin et Monsieur Bricolage) sur tout le territoire français jusqu’au 1er juillet 2015, pour combler temporairement le prétendu « vide juridique » dans lequel ces enseignes prétendent baigner pour frauder souvent le principe du repos dominical. Ce texte, prétend remettre sur un pied d’égalité les différentes enseignes qui se sont affrontées en justice ces derniers mois (Bricorama contre Leroy Merlin et Castorama). (Ce qui aurait été très possible en faisant seulement respecter la loi en vigueur, pas en la violant).

Le Comité de liaison intersyndical du commerce de Paris, le Clic-P (une organisation intersyndicale exceptionnellement unitaire : CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD, CGC, Unsa), a manifesté sa colère aussitôt après la publication de ce décret coup de force :  «Certaines enseignes ont violé la loi, ont été condamnées et, aujourd’hui, on leur donne encore davantage de droits » dénonce Eric Scherrer pour l’UNSA.

Le décret unilatéral devait être complété par un accord avec les partenaires sociaux fixant les contreparties pour les employés. Mais le gouvernement – si féru d’ANI ou de « contrats » – n’a même pas attendu qu’il y ait une rencontre, un accord entre d’un coté des patrons voyous et de l’autre une unanimité absolue des syndicats. Le gouvernement a carrément « négocié » à la place des « négociateurs » dans le décret paru au Journal officiel, à savoir «le doublement au minimum de la rémunération», l’attribution d’un repos compensateur et des engagements en termes d’emploi et d’accès à la formation, promis de façon aléatoire au gouvernement par la Fédération des magasins de bricolage.

Loi, contrat et unité syndicale…

Voilà comment on nous dit d’une main que « le contrat doit l’emporter sur la loi » quand les syndicats se divisent pour en signer des mauvais et on de l’autre main, le décret l’emporte soudainement sur le contrat quand les syndicats unis résistent !(Nous on est pour « autant de contrats que possible et autant de lois que nécessaire » mais encore faut-il que ce soit de  façon judicieuse).

Choqués, à juste titre, les syndicats CGT, CFDT et Force Ouvrière (FO) ont annoncé jeudi 3 janvier qu’ils ne signeraient pas « C’est assez clair, on est contre. Nous ne sommes pas dupes, nous sommes juste convoqués pour valider les contreparties, il n’y a eu aucune concertation préalable avec les syndicats» avant la publication du décret, dénonçait Dominique Holle, secrétaire de la fédération CGT du commerce.

Quel pacte ? Quelles entreprises ? Pour QUI dans les entreprises ? Dans quel but ? (Part. 2)

« Moins de charges, plus d’embauches et de dialogue » ?

 


L’expérience est là et fait foi  : toutes les remises de « charges » ont été essayées depuis 25 ans, elles n’ont JAMAIS permis de relancer l’économie, de refaire de l’emploi. C’est un puits sans fonds. Notre problème n’est pas le coût du travail mais le coût du capital : il est trop cher, il est trop avide, les dividendes et les banques prennent trop. Elles pillent notre productivité et diminuent notre « compétitivité ». Le problème n’est pas non plus le droit du travail, ça fait 25 ans qu’il recule, excepté sous la gauche plurielle avec Lionel Jospin : et plus le droit du travail recule, plus l’emploi recule. La seule mesure qui a fait diminué – un temps – massivement le chômage en 25 ans, ce sont les 35 h hebdomadaires, sans perte de salaire par la loi, la réduction du temps de travail.


Moins de charges ? on l’a vu dans la partie 1, c’est une impasse, ce n’est pas le problème

Ce n’est pas de la « pression des charges » ou du « code du travail » qu’il faut « sauver » les entreprises mais de la pression de la finance et du gaspis, du détournement et de la fraude, de l’avidité des surprofits et des dividendes.

Le meilleur service à rendre aux entrepreneurs ce n’est pas de les laisser s’enfoncer dans l’assistanat des « aides », des « baisses de charges », des « dérèglementations » ! Pas question de payer les salaires bruts à leur place, tandis qu’ils multiplient les sur-profits sur le dos de leurs salariés. Ce qu’il faut c’est les forcer à ré utiliser leurs énormes dividendes dans la relance économique : par la loi et par le contrat. C’est à dire par un « pacte » – si on veut l’appeler ainsi – mais avec des contreparties et des contrôles légaux.

Si on leur fait confiance aveugle, et si nous ne jurons que par le « contrat », on ratera tout : ce ne sont pas des interlocuteurs qui peuvent être fiables, ils sont sous influence de la finance rapace. Discutons, convainquons mais sans contrainte ni loi, nous n’obtiendrons rien, ni emploi, ni salaire. Sans les 35 h en 2000 on n’aurait pas créé 400 000 emplois de plus…Sans réduction du temps de travail sur la semaine, sur le mois, sur l’année et sur la vie, nous ne ferons pas reculer le chômage de masse qui a largement dépassé 5 millions réels toutes catégories confondues !

In fine c’est la loi qui peut inverser la courbe du chômage, pas d’utopiques bonnes manières faites au Medef Gallois sort de là ! Le pire c’est de faire croire que l’inversion de la courbe du chômage dépendrait de l’état et pas du patronat – qui n’y a pas intérêt – et ce, sans se donner le moindre moyen de contrainte pour que les patrons embauchent. Les patrons accusent alors l’état : « le chômage c’est votre faute » (taxes, charges, code du travail..) Et l’état crie « je vais faire reculer le chômage » sans la moindre pression contre les patrons. C’est tout bénef pour le Medef. Il encaisse sans rien donner. Les patrons ne sont même pas accusés, même pas forcés, alors que le chômage, c’est eux ! La crise c’est eux ! Les licenciements c’est eux ! Ils font les chômeurs et ils ont les bénéfices ! Ce n’est pas donnant-donnant : pour l’état, c’est perdant-perdant !


Comment faire pour plus d’embauche et plus de dialogue social ? En combinant « pacte et loi, loi et contrats…

Il faut pour repousser la pression de la finance, mêler c’est vrai, l’action légale, la loi, et le dialogue social, la négociation, le contrat. Autant de contrat que possible et autant de loi que nécessaire

Alors un « pacte avec les entreprises » ira t il dans ce sens – contrairement à ce qui n’a pas été fait depuis le rapport Gallois de novembre 2013 ? Car en 14 mois, le rapport Gallois est un échec total aussi bien en « embauche » qu’en « dialogue social ».

L’idée au fond, avec Gallois, c’est qu’il ne fallait pas du tout de Pacte, mais que tout irait bien naturellement par la grâce des employeurs de droit divin qui savent si bien faire si on leur facilite gentiment les choses. Assister les patrons, ils nous assisteront !

L’idée vaine de Gallois c’est que l’état doit aider, appuyer, soutenir, assister les entreprises, sans rien leur demander en retour, sans contre parties ni contrôle simplement, par la magie de la confiance des « aides », de l’allègement des « charges », des « chocs » de simplification des procédures, de la flexibilisation du travail…

A partir de l’ANI du 11 janvier 2013, tout s’est donc enchaine unilatéralement pour les employeurs mais contre les salariés : non amnistie des syndicalistes, flexibilisation du code du travail, gel du smic, remise en cause des élections prud’hommes, dégradation des retraites à 43 annuités et 66 ans, casse de l’inspection du travail, élargissement des ouvertures du dimanche…

Mais quelles conséquences en emploi ? rien : recul continu. Quelles conséquences en dialogue ? rien : mécontentement généralisé…

Les grands patrons sont des financiers politiciens qui prennent ce que la gauche leur donne tout en préparant le retour de la droite. Le minoritaire mais tout puissant Medef n’a jamais fait mystère de sa défense de N. Sarkozy contre F. Hollande. Premiers assistés de France ces patrons estiment n’en avoir jamais assez. Le gouvernement Ayrault a donné 20 milliards de CICE à Gattaz, Gattaz en a réclamé aussitôt 100 milliards. Ils font une mine exigeante à la gauche pour ne rien lui faciliter en retour : ils ne sont pas le genre à faire un effort pour inverser la courbe du chômage, le chômage leur rapporte trop !

Gallois hors de ce « pacte » ! Dans l’entreprise et dans le dialogue social, pour imposer de l’embauche, il vaut mieux s’appuyer sur les plus nombreux, sur le salariat

Finalement « l’entreprise » c’est les salariés, non ? Sans eux, aucune richesse n’est produite ! Et puis, c’est plus sur, ils votent à gauche, eux et n’ont pas intérêt au retour de la droite  ! Et pour des socialistes et un président socialiste, c’est plus… « normal » ! Un salariat mobilisé, ça fait surement avancer plus qu’un patronat pas mobilisé ! Un salariat qui a besoin de boulot, d’emploi légitime, de salaire, c’est plus efficace qu’un patronat qui a la tête et la Bourse dans les iles Caïman.

Arrêtons de dégrader l’ordre public social, et de le soumettre aux desiderata de chaque grand, moyen, ou petit employeur sans vision, ni politique, ni projet d’ensemble. La souffrance, la protection, la dignité, les droits des humains au travail sont universels, et pas différents chez Peugeot-Sochaux ou dans le garage du coin. Rabaisser toutes les décisions, tous les choix au niveau de l’entreprise, c’est faire reculer la civilisation dans le pays. L’économie doit être au service des humains, pas l’inverse. L’état de droit s’impose dans toutes les entreprises, et ce ne sont pas les entreprises qui s’imposent à l’état de droit.

On vient de le voir en Allemagne, finalement, c’est la LOI du Smic qui s’impose contre 12 ans de déréglementation salariale contractuelle catastrophique dans ce pays. Par le seul contrat, 6 à 7 millions de salariés ont fini esclaves en n’étant payés que de 1 à 6 euros de l’heure. La loi prévoit donc dorénavant de ramener le salaire le plus bas à un Smic de 8,5 euros en 2015. (Et il fallu pour cela que Merkel soit battue en sièges et en voix même si ses vainqueurs se montrent plus conciliants qu’intransigeants).

Si l’état n’est pas volontaire et ne pèse pas en usant de la loi, la dégradation des rapports de force sociaux, entrainera celle du « dialogue social »

Le syndicalisme divisé l’emportant sur le syndicalisme rassemblé, ce sera le Medef qui dictera « ses contrats » contre l’état de droit républicain.

C’est ce que nous proposons : inverser le courant. Si nous voulons la relance, appuyons nous sur le salariat pas sur le patronat ! Pas de dialogue social sans démocratie sociale !


Un « pacte pour le dialogue social » :

- Le dialogue social c’est le renforcement de la démocratie sociale, pas son affaiblissement : pour donner une légitimité plus démocratique, nationale à la représentation syndicale, les élections prud’homales seront rétablies et étendues avec à nouveau des élections pour la gestion de toutes les caisses de protection sociale

- Le dialogue social, c’est le renforcement des droits des CE, DP,  CHSCT,  DS, de la médecine du travail, de l’inspection du travail, et du contrôle des licenciements… pour que les patrons aient de solides interlocuteurs en face d’eux. (cf. détails en annexe)


Un « pacte pour l’embauche » :

De toute évidence, les faits sont têtus, même quand les patrons peuvent licencier plus facilement, ils embauchent moins. C’est comme la baisse des charges, la liberté de licencier encourage le vice pas la vertu.

Les banques et actionnaires imposent aux patrons des ratios inhumains entre leurs taux de marge et leur taux de main d’oeuvre. Elles soumettent délibérément leurs aides à la mise en œuvre de plans de licenciements.

Alors que l’état distribue des « aides » sans contre partie pour embaucher, les banques ne soutiennent l’activité qu’avec la contre partie de licencier : ça ne peut plus durer comme ça.

Les licenciements n’ont plus lieu parce que l’entreprise est en faillite mais parce que les marges bénéficiaires ne sont pas suffisantes.

Sans contrainte de la loi, sans intervention volontaire et contrôle de l’état, cette spirale infernale du chômage est destinée à s’accroitre… c’est ça, lutter contre la finance, en imposant le besoin social collectif contre l’avidité aveugle de la rente.

1°) Réduire la durée légale et maxima du travail : retour renforcé aux 35 h légales fixer 32 h en 2015, 44 h maxima, 5 jours de travail et 2 jours de repos consécutifs inclus le dimanche par semaine

2°) Stopper la précarité en instaurant un plafond de précaires par entreprise :

3°) Établir un nouveau contrôle administratif sur les licenciements (cf détails en annexe)


Un pacte avec les entreprises, lesquelles, avec qui dans l’entreprise, dans quel but ? Comment ?

Mettons les points sur les « i » : l’Entreprise n’est pas une cible. La « revue socialiste » en 2013 a publie un numéro intitulé pompeusement « l’Entreprise ». Quelle grossière erreur ! Il n’y a pas d’Entreprise.

Mais 1,2 million d’entreprises avec 18 millions de salariés.

- Un million de ces entreprises ont moins de 10 salariés (soit 4,2 millions de salarié

- 97 % des entreprises ont donc moins de 50 salariés mais emploient 50 % du salariat.

- 3 % des entreprises ont plus de 50 salariés, mais seulement 1000 ont plus de 1000 salariés : ces dernières produisent 50 % du PIB et TOUT dépend d’elles (avec 3,5 millions d’emplois).

Entre les petites entreprises et les grosses géantes, rien à voir. Faire un « Pacte » avec qui, alors ?

Si vous voulez gagner l’appui des dirigeants des petites entreprises, et faire revivre l’ordre public social à tout niveau, commençons par réguler la sous-traitance. L’occasion en est donnée avec les 350 000 « salariés détachés » que les patrons sont allés frauduleusement chercher partout à bas prix en Europe. C’est ainsi que les milliards des majors du bâtiment se bâtissent sur un esclavage « moderne ». On peut y mettre facilement un terme, mais il faut de la volonté

Faire un « pacte » de régulation de la sous-traitance, c’est gagner la confiance de plus d’un million de petits employeurs contre les 1000 de plus de 1000 et le Medef : contre les « externalisations » artificielles, les cascades de sous-traitance organisées par des grands groupes pour contourner les seuils et droits sociaux. Conduire une politique nouvelle de régulation et de protection pour les 97 % des entreprises qui ont moins de 50 salariés !


Avec trois mesures essentielles dans une loi :


- 1°) Rendre pénalement et civilement, économiquement et financièrement responsable de façon incontournable le donneur d’ordre de pour que celui-ci ne puisse passer des marchés à des conditions avilissantes et se dégager des conséquences qui en résultent. S’il y a un travailleur détaché illégal chez Bouygues c’est Bouygues qui paie, impossible de « déléguer » la fraude.

- 2°) Aligner les conventions collectives des sous traitants sur celle du donneur d’ordre le temps de l’exécution des marchés, selon le principe existant déjà dans le Code du travail pour les CDD et les intérimaires. Que la sous-traitance a un seul niveau soit bel et bien justifiée par la nécessité et la spécialité et pas par l’aubaine du coût de main d’oeuvre plus bas. A travail égal, salaire égal, même dans la sous-traitance !

- 3°) Faciliter la reconnaissance des unités économiques et sociales (UES), et la lutte contre les fausses franchises, les pseudo externalisations, l’éclatement artificiel des établissements, le faux travail indépendant, le marchandage et le prêt illicite de main d’œuvre.

Cela revient à aider les petits employeurs à résister aux gros, et leurs salariés pourront mieux revendiquer et et bénéficier des mêmes avantages. Cela revient à abroger les lois précaires qui ont multiplié les « découpes » d’entreprise, et toutes les formes de recours au marchandage, au prêt illicite de main d’œuvre, à la sous-traitance dérégulée permettant à des donneurs d’ordre de surexploiter les artisans, ou petites entreprises privées de réelle autonomie et de droits pour leurs salariés, poussées notamment à utiliser du travail illégal dissimulé.

Voilà un « Pacte avec les entreprises » qui permet un bond en avant dans le droit, l’hygiène, la santé, la sécurité, l’emploi et les salaires ! C’est un million d’alliés à la gauche dans les entreprises de moins de 50 salariés.

Faut-il supprimer toutes les aides aux grosses entreprises ? Celles ci doivent être soumis a des seuils, inversement proportionnées aux tailles des entreprises et conditionnées à l’embauche.

Pas un sou sans contrepartie en embauche exigée et contrôlée ! Pas d’« aides » sans emplois en échange. Et ce pour de vrais emplois en CDI, réels à temps plein, encadrés par les conventions collectives, pas des précaires… Ce sont les salariés bien formés, bien traites, bien payés qui produisent le plus, pas les flexibles !

Voilà un projet politique, d’état, réaliste, plus réaliste que le plan naïf ou roué, en tout cas vain de Gallois, un « Pacte volontaire » de garantie d’un bon usage des profits pour l’embauche et le dialogue social… Il faut refaire un « sommet social » mais avec un Etat qui sache ce qu’il veut pour sortir de la crise

Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, le 2 janvier 2014

(partie 2 : « plus d’embauche et dialogue social » ? cf. partie 1 précédemment « y a t il trop de charges ?) )

 

Annexes :

1°) détails du « pacte dialogue social »

- le dialogue social c’est le renforcement de la démocratie sociale, pas son affaiblissement : pour donner une légitimité plus démocratique, nationale à la représentation syndicale, les élections prud’homales seront rétablies et étendues avec à nouveau des élections pour la gestion de toutes les caisses de protection sociale (Sécu, chômage, retraites, accidents du travail et maladie professionnelle, allocations familiales), elles devront se tenir le même jour, pour 18 millions de salariés une fois tous les 5 ans. Ce jour sera chômé afin que chacun puisse voter librement. Les élections professionnelles et celles des comités paritaires de la fonction publique seront organisées à dates fixes le même jour, tous les deux ans au plus, dans chaque branche, de façon à permettre popularisation et intérêt pour celles-ci. Toutes ces élections nationales entreront en ligne de compte pour la reconnaissance et le financement de la représentativité syndicale.

- Le dialogue social, c’est le renforcement des droits des CE, DP, CHSCT, DS, de la médecine du travail, de l’inspection du travail, et du contrôle des licenciements… pour que les patrons aient de solides interlocuteurs en face d’eux. Il dépend de la loi, de la volonté républicaine de redonner toute leur place aux syndicats. Les syndicats, indispensables à la vie démocratique et sociale, ont été atteints et diminués par la montée du chômage, par une très vive répression patronale, par la déréglementation des droits du travail. C’est au législateur de corriger ce déséquilibre nuisible à toutes les relations sociales. Il faut leur redonner les moyens juridiques, moraux et matériels de jouer un rôle de premier plan. Les syndicats seront aidés financièrement par la puissance publique pour pouvoir défendre leurs points de vue et solutions dans de vraies campagnes électorales, citoyennes, éducatives. Ce financement public ne saurait se substituer aux cotisations ni mettre en cause l’indépendance syndicale, il viendra en complément et en proportion des adhérents réels et du nombre de voix obtenues aux différentes élections.

2°) détails du « pacte embauche »

1°) Réduire la durée légale et maxima du travail : retour renforcé aux 35 h légales fixer 32 h en 2015, 44 h maxima, 5 jours de travail et 2 jours de repos consécutifs inclus le dimanche par semaine

Il n’y aura pas de réduction du chômage de masse, 5 millions de chômeurs, sans réduction du temps de travail. La seule chose qui ait réussi un temps contre le chômage ce sont les 35 h : il faut reprendre la marche en avant des 35 h vers les 32 h, des 48 h vers les 44 h.

La première préoccupation est de réduire la durée réelle de la semaine de travail au plus prés de la durée légale de 35 h et de la poursuivre en lien avec la santé des salariés et avec l’emploi de tous. En lien avec le retour de la retraite à 60 ans. Le « temps de travail effectif » sera défini comme le « temps où le salarié est subordonné à l’employeur ». Il intégrera ainsi les pauses forcées, les temps des trajets imposés, d’habillage obligatoire et de casse-croûte indispensables sur le lieu de travail en journée continue. Les heures supplémentaires doivent redevenir « ponctuelles et imprévisibles », donc exceptionnelles, (selon un accord signé par le patronat le 31 octobre 1995). Elles doivent être majorées de 50 % pour les 5 premières heures et de 100 % pour les suivantes de façon à les rendre plus coûteuses que l’embauche. Le contingent annuel d’heures supplémentaires doit, dans un premier temps, revenir à 130 heures et, par la suite, être réduit à 100 heures. La durée du travail légale annuelle sera rétablie à 1600 h annuelles, le « forfait jour » sera abrogé, le temps de repos quotidien porté à 13 h, tout sera mis en oeuvre pour que toutes les heures de travail effectif soient comptabilisées de façon fiable et transparente, contrôlables par les salariés eux-mêmes, les syndicats et l’inspection du travail. Il faut dire « stop » à la flexibilité en protégeant la santé, la vie libre et l’emploi.

Les sanctions aux délits de « travail dissimulé » et aux « travailleurs détachés » seront majorées et appliquées. Nous rétablirons, sauf cas de force majeure et dérogations bien précises, les deux jours de repos consécutifs hebdomadaires et le principe du repos dominical sera renforcé. En cas de dérogation exceptionnelle, il sera attribué une majoration de 100 % ainsi que pour le travail de nuit, afin d’en rendre l’usage dissuasif pour les femmes et les hommes. De façon générale, les travaux du dimanche et de nuit seront soumis à dérogation et à contrôle : l’interdiction aux mineurs sera rétablie. Les aides publiques pour les 35 h seront réservées aux petites et moyennes entreprises (moins de 50 salariés) et seront versées en proportion du nombre d’embauches réalisées et maintenues, suite à la réduction réelle du temps de travail. Ces aides seront distinctes selon les seuils sociaux (moins de 10 salariés, moins de 20 salariés et moins de 50). Elles feront l’objet d’une « convention » avec la puissance publique, elles seront liées au respect du Code du travail, bloquées avec effet immédiat, et restituables comme toute aide en cas d’infraction aux accords passés.


2°) Stopper la précarité en instaurant un plafond de précaires par entreprise : la loi fixera un quota maximal d’intérimaires et de contrats à durée déterminée égal à 5 % maxi des effectifs dans les entreprises de plus de 20 salariés sauf dérogation exceptionnelle préalable.

La loi augmentera l’indemnité de précarité d’emploi pour la rendre dissuasive : dans un premier temps à 15 %, pour les CDD comme pour l’intérim. L’usage de contrats précaires sur des postes permanents sera plus durement sanctionné. La requalification en CDI de CDD successifs sera facilitée autant pour le secteur public que pour le privé. La durée d’un CDD et de tout contrat précaire sans exception sera au maximum d’un an et au-delà sera requalifié automatiquement en CDI. Les périodes d’essai seront ramenées à 3 mois maximum. Tout allègement des cotisations sociales encourageant les emplois à temps partiel et précaires sera supprimé. La loi établira une complète égalité des droits entre salariés à temps plein et salariés à temps partiel, organisant la priorité pour revenir à temps plein. Elle limitera à 1 h au maximum l’interruption entre deux plages de travail au cours d’une même journée, pour tout temps partiel, avec pénalité forte en cas d’infraction. Elle encadrera le temps partiel, en CDI, intérimaire ou saisonnier, freinera les abus, empêchera qu’il soit un ghetto subi pour les femmes et non qualifiés, le valorisera de façon à ce qu’il ne soit pas le lot des « travailleuses pauvres ».

3°) Établir un nouveau contrôle administratif sur les licenciements :

L’inspecteur du travail, indépendant, saisi par un syndicat, pourra suspendre la procédure dès lors qu’il y a « un doute manifeste » sur le bien fondé du licenciement. Le salarié restera dans l’entreprise et si l’employeur veut poursuivre la procédure, ce sera à ce dernier d’apporter la preuve de son bien fondé devant le juge concerné. Pour les licenciements collectifs, la puissance publique aura les moyens d’interdire effectivement, les délocalisations et licenciements boursiers, spéculatifs, ne reposant pas sur des difficultés économiques réelles et sérieuses. Le contrôle et la taxation massive des délocalisations boursières et des externalisations artificielles est l’arme par excellence contre l’avidité du capital financier. On pourra leur dire « non » et inverser la spirale actuelle de licenciements sans motif financier sérieux, ni économique réel.

Si l’existence de réelles difficultés économiques n’est pas reconnue, l’inspection du travail pourra rendre la procédure « nulle et de nul effet » en dressant un « constat de carence » dans un délai de huit jours après la fin de toutes les procédures, lorsque « les mesures visant au reclassement sont insuffisantes », sauf si le comité d’entreprise ou les délégués du personnel, à la majorité, constatent que l’employeur a fait les efforts nécessaires en matière de reclassement et d’indemnisation des salariés concernés et qu’il a mené une politique active de ré-industrialisation du bassin d’emplois touché par la fermeture éventuelle du site.

Acharné à supprimer tout motif pour licencier, après avoir échoué sur le CNE et sur le CPE en 2006, l’UMP avait fait voter la proposition du Medef de « rupture conventionnelle » non motivée. C’est devenu le plus grand plan non-social de licenciement de toute notre histoire récente : 600 000 contrats rompus sans contre partie sociale depuis octobre 2008. Une catastrophe. Cela doit être abrogé. Toute rupture de contrat doit redevenir expressément motivée.