Rembourser la dette augmente la dette !

Des millions de gens ont forcément du mal à comprendre que « rembourser la dette en priorité aboutit à augmenter la dette ».

Il faut dire que chaque matin les radios mentent : « il n’y a plus d’argent dans les caisses », « si on ne rembourse pas la dette, nos enfants devront la payer », «  chaque enfant qui nait, nait avec 25 000 euros de dette sur la tête », « un état c’est comme un ménage, il ne doit pas dépenser plus que ce qu’il gagne », « on dépense trop », « il faut faire des économies ».

Comment comprendre que tout ça est de la propagande pour faire bosser plus en vous donnant moins ? Comment admettre que notre gouvernement de gauche reprennent ces leitmotivs ? Et qu’incroyablement, il vienne de décider d’un nouveau budget d’austérité 2014 qui s’avère un record dans les annales.

Pourtant la preuve est faite année après année : la dette publique de la France s’élevait à 85,9 % fin 2011 et à 90,2 % fin 2012. Elle a atteint 91,7 % du PIB à la fin du premier trimestre 2013, selon l’INSEE. Quelle est cette politique qui aboutit au contraire de ce qui est escompté et annoncé ?

A quoi ça sert que le déficit baisse de 5,3 % en 2011 à 4,8 % en 2012 qu’il atteigne 3,9 % du PIB en 2013. Il est fixé à 3 % en 2014 et à 0,5 % en 2017 pour obéir aux libéraux de Bruxelles et au TSCG (« Traité sur la stabilité, al coordination et la gouvernance » sic)

Mais au fur et a mesure, la dette publique augmente de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Pourquoi ? Parce que cet argent qui va à rembourser la dette, ces économies qui sont faites sur les dépenses induisent stagnation de la croissance et récession. Le blocage du Smic et le gel des points d’indice des fonctionnaires, la baisse des salaires et retraites, aboutit à la baisse des recettes fiscales et sociales. La stagnation des salaires et des prestations sociales exigées par le Medef et la Commission européenne écrase la demande solvable des salariés.

C’est comme un commerçant dont la banque exige de payer des traites à marche forcée au détriment de l’approvisionnement de ses stocks. Son chiffre d’affaire baisse et sa dette augmente au fur et à mesure qu’il la rembourse.

C’est comme un jardinier qui arrose le fleuve pendant que son jardin dépérit.

Donner priorité à la dette et a la réduction des déficits, c’est non seulement jeter des steaks aux requins, mais c’est l’enlever de la bouche des passagers du navire.

Sans desserrer l’étau usurier des banques privés, sans remettre en cause les dettes publiques de l’état, et investir tout de suite, de façon urgente, dans la relance, il n’y a pas d’issue.

En un mot, il faut dépenser « plus » (et non pas « moins ») pour nous en sortir. Au lieu de nous serrer la ceinture, de nous flexibiliser, il faut travailler mieux, moins, tous, et gagner plus… Tout de suite. Il va falloir être nombreux – comme au Portugal, en Turquie, en Egypte, au Brésil – à manifester à la rentrée en défendant nos retraites, pour que la gauche entende cela.

Gérard Filoche.

 

 

annexe du 2 août : Moscovici reconnaît que le déficit pourrait dépasser les prévisions

2 août 2013 à 16:45

Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici, le 19 juillet à Moscou. (Photo Kirill Kudryavtsev. AFP)
Dans un entretien au «Wall Street Journal», le ministre de l’Economie estime possible que le déficit dépasse les 3,7% du PIB en 2013.

Par AFP
Le ministre de l’Économie Pierre Moscovici reconnaît, dans un entretien publié par le Wall Street Journal vendredi, que le déficit public de la France pourrait être «légèrement au-dessus» de l’objectif officiel de 3,7% en 2013.

Le gouvernement ne prendra pas de nouvelles mesures d’économies d’ici à la fin de l’année et, «si cela veut dire un déficit légèrement plus élevé, cela veut dire qu’il y aura un chiffre légèrement au-dessus de 3,7%», a déclaré le ministre, selon le quotidien américain.

A la fin juin, la Cour des comptes avait averti que «le déficit public effectif pourrait se situer entre 3,8% et 4,1%» du produit intérieur brut en fin d’année, si la croissance française était plus basse que le taux de 0,1% prévu par le gouvernement. Le ministre du Budget Bernard Cazeneuve avait alors jugé que cette estimation était conforme «à la réalité de la situation».

Dans l’interview accordée au Wall Street Journal, Pierre Moscovici se dit par ailleurs «convaincu» que la courbe du chômage s’inversera effectivement d’ici à la fin de l’année, comme l’a réaffirmé la semaine dernière le président de la République François Hollande. «Ce n’est pas un slogan, c’est une prévision. Je suis convaincu que cela se produira», affirme le ministre.

Cet objectif repose pour beaucoup sur les emplois aidés, comme les emplois d’avenir, admet-il. «Je reconnais que c’est en partie grâce à la montée en puissance de nos politiques en matière d’emploi et pas encore grâce à la création d’emplois dans le secteur privé, car, pour cela, il faut une croissance économique plus forte», déclare Pierre Moscovici.

Le Compte Personnel de Formation, patate chaude

Le « service après-vente » de la loi du 14 juin issue de l’ANI Medef du 11 janvier continue : il a été décidé de dissoudre le droit à la formation (DIF) dans un « réceptacle » formation, le « compte personnel formation » (CPF). Ce compteur est censé résoudre nos problèmes éducatifs, accompagner les transitions professionnelles, tout en sécurisant la formation.

Mais ce CPF est devenu une patate chaude dont personne n’assume la paternité, il va au final ajouter de la complexité et de l’attentisme :

  1. Il a été bâti sur des promesses irréalistes (article 5 – Création d’un compte personnel de formation : en vue de franchir une étape supplémentaire en matière de portabilité des droits à la formation, il est instauré dans les 6 mois de l’entrée en vigueur du présent accord, un compte personnel…)
    Le compte de formation devait être créé avant l’été. Il n’en sera rien. Les pouvoirs publics évoquent désormais une loi pour le début 2014 et donc un compte de formation activé au mieux en 2015.
  2. FO et la CGT doutent des capacités de l’État à trouver les financements : « Le dispositif permet de cumuler 20 heures de formation par an plafonnés à 120 h au delà de 6 ans et de les transférer dans le sac à dos du salarié, mais ce droit est porté uniquement par le salarié, puisqu’il n’est pas finançable, ni financé », estime Thierry Le Paon secrétaire de la CGT.
  3. Les financeurs se renvoient déjà la balle. Le 21 mai, les régions ont donné leur lecture du CPF : « le compte ne doit pas s’apparenter à un chèque formation individuel. Il doit être un « droit individuel » mais « garanti et organisé collectivement ». Les régions estiment qu’il faut distinguer la notion de « titulaire » de celle de « bénéficiaire ». En fait, elles se défaussent. Les entreprises, quant à elles, ne veulent pas payer plus. Reste l’État mais en ces temps de disette budgétaire, trouvera-t-il les ressources nécessaires pour former 3 millions de chômeurs et 1 million de jeunes désocialisés sans qualification ?
  4. Le CPF n’a aucune valeur monétaire. À la différence du DIF classique qui était financé par l’employeur à son coût réel (parfois avec le concours d’un OPCA) ou du DIF portable qui valait 9,15 euros/heure, le compte personnel de formation n’est qu’un cumul d’heures de formation. On est donc passé d’une somme insuffisante à plus rien du tout.
  5. Dans la mesure où l’employeur n’aura plus à financer le DIF de son salarié et qu’il pourra refuser de le laisser partir en formation, l’obligation va disparaître de fait.
  6. Le déploiement du CPF sera plus ardu encore que celui du DIF. En 10 ans d’existence, le DIF (connu de 95 % des salariés) a permis à environ 500 000 personnes de se former tous les ans (contre 35 000 CIF annuels). Combien de temps faudra-t-il pour que le CPF permette ainsi à 500 000 personnes de partir en formation ? Dix années supplémentaires ?

C’est ça l’ANI, c’est aussi ça la loi du 14 juin.

Gérard Filoche

Economies de fonctionnement ? 15 milliards de moins sur le budget 2014 ?

Il n’y a pas que Delphine Batho qui a perdu 7 % de son budget. Dans la politique d’austérité soudainement aggravée qui se met en place pour la guerre de 2014 des déficits publics, le budget prévoit 14 milliards d’économies et notamment 1,5 milliard dans le « fonctionnement » de l’état.

Ca va faire rire ceux qui aiment « croquer » du fonctionnaire, mais ça va surtout donner des situations bouffonnes.

Exemple : dans l’administration du travail, les agents de contrôle de Paris se sont vu brusquement privés de l’accès à « Infogreffe » ce répertoire qui permet d’identifier les entreprises. Sans « Infogreffe » difficile de dresser des procès verbaux. Or, surprise, le 13 mai dernier voici le charmant message qui s’affiche sur les écrans des agents de contrôle : « L’utilisation du site vous est interdit pour cause de facture impayée, vous aller être redirigé sur la page des factures impayées ».

« Y a-t-il une solution envisagée à court terme ? » demandent les collègues… La réponse du directeur du travail est inédite et succulente : « Afin de tenter de pallier, très temporairement au fait que nous n’avons plus accès à Infogreffe gratuitement,  j’ai étudié la possibilité que les agents téléchargent un Kbis sur le site Infogreffe ou se le fasse adresser par mail, qu’ils règlent la somme due (5,44 euros) et nous envoient la facture. Nous procéderons alors au remboursement. Toutefois, cette manière de procéder doit être réservée aux cas urgents tels que les procédures de référé. »

Relance le 30 mai : «  Est-ce possible d’avoir s’il vous plaît une réponse et un retour rapide au fonctionnement normal d’Infogreffe ? Notre dernier mail à ce sujet date du 13 mai 2013 ; depuis c’est quand même une grosse perte de temps et d’énergie, pour avoir des extraits Kbis. »

Cela dure un mois : «  Le 10 juin : toujours pas accès à Infogreffe…. Depuis le 13 mai ! Ça commence vraiment à être pénible. C’est si compliqué que ça de payer une facture ? Ou il s’agit d’une volonté politique de nous empêcher de faire notre boulot ? Il est vrai qu’après on pourra dire que l’inspection est inefficace et justifier ainsi tous les projets de réforme. Donnez-nous juste les moyens de travailler s’il vous plait. »

Et il faudra attendre le 2 juillet pour que le lien Infogreffe soit rétabli.

Aux dernières nouvelles, les collègues de l’inspection du travail sont en train de se procurer en douce des formulaires et enveloppes pour lettres recommandées, directement auprès… du beau frère d’un inspecteur qui travaille à la Poste. Pour continuer à envoyer du courrier aux employeurs, ils court-circuitent les échelons hiérarchiques afin de se procurer deux boites de mille enveloppes.

Ca vous fait rire ces « économies de bouts de chandelle » ? Vous allez voir ce que c’est en concret qu’un milliard et demi en moins sur le fonctionnement, et 14 milliards au total en un an ! Tout ça pour que notre état républicain rembourse aux banquiers une dette indigne… qui augmente au fur et à mesure qu’on la rembourse !

Gérard Filoche

Au boulot n°145 « Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins » (à Lire dans « L’Humanité Dimanche »)

Il y a 30 ans la gauche instaurait le droit à la retraite à 60 ans. Des réformes de 1993, 1995, 2003, 2007 et 2010 imposées par la droite ont considérablement fait reculer ce droit. Pourtant le MEDEF et la commission européenne exigent de nouveaux reculs sur l’âge de départ et une augmentation du nombre de trimestres nécessaires pour une retraite a taux plein. Ils poussent, en faisant baisser les pensions, à une retraite par capitalisation dans le seul intérêt des financiers. Ils poussent différents systèmes (par points, notionnels…) contre la retraite par répartition qui est pourtant la seule sure. Ils veulent aussi l’harmonisation par le bas, l’alignement de l’âge du départ à la retraite en Europe vers le moins disant social, c’est-à-dire 67 ou 70 ans.

Allonger les annuités cotisées au travail c’est un leurre : en pratique, le chômage des seniors augmentant, elles baissent. 40 % ont une décote. A partir de 55 ans, les 2/3 des salariés sont licencies, inaptes, malades, au chômage. Fixer à 42 ou 43 ou 44 annuités, les cotisations pour une retraite à taux plein, revient à imposer aux salariés de sauter à la perche sans perche, ils ne les atteignent pas. Et ils les atteindront de moins en moins puisque les jeunes travaillent toujours de plus en plus tard.

Ce sont les années de bonheur après 40 ans de labeur qu’ils veulent nous prendre. Les meilleures années de la retraite c’est entre 60 et 65 ans. Les plus dures années au travail, c’est entre 60 et 65 ans. Si on vit plus longtemps, c’est en partie grâce à la retraite à 60 ans. Si on vit plus longtemps c’est pour en profiter plus longtemps. La retraite, on la veut pour vivre, pas quand on est grabataires. D’ailleurs déjà l’EVSI (espérance de vie sans incapacité) baisse en France chaque année depuis 2008…

Il y a trois budgets en France, celui des caisses sociales (450 milliards) celui des collectivités territoriales et celui de l’état (300 milliards). Le budget social, le plus important des trois, ne génère pas plus de 10 % de déficit et seulement 10 % de la dette totale (et encore ce chiffre est exagéré). 90 % de la dette du pays ne provient pas de nos caisses de protection sociale, ni de la sécu, ni des retraites. Les caisses ne sont pas « vides » ni menacées : en fait la retraite c’est du salaire socialisé. Or les salaires sont bloqués et le chômage ronge nos cotisations. Pour permettre la relance, il faut hausser les salaires : les geler c’est accroître l’austérité, donc la récession, donc l’augmentation des déficits et de la dette.

Ce sont les cotisations salariales et patronales qu’il faut moduler, pas les annuités, pas l’âge de départ. La prestation doit être assurée, 60 ans sans décote, et les cotisations doivent être ajustées en conséquence.

Cotisations modulées, retraite assurée

à lire dans « L’Humanité Dimanche »

chaque semaine chronique « au boulot » de Gérard Filoche

 

CGT, FO, FSU, Solidaires appellent à une journée de grèves et manifestations le 10 septembre pour nos retraites : pas un trimestre de plus, pas un euro de moins

Ca y est, on va y aller. Notre gouvernement doit nous entendre.

Oui, car c’est NOTRE gouvernement, nous l’avons voulu, nous l’avons élu, nous l’avons soutenu.

Sans nous, salariés, il n’est pas en place. Nous avons été entre 63 et 70 % de ceux qui produisent les richesses de ce pays par le travail… à voter pour lui.

Nous n’avons pas chassé le malfaisant Sarkozy pour qu’il fasse pareil. La gauche a été élue notamment grâce aux manifestations de 2010 pour défendre nos retraites. Il y a eu 8 millions de manifestants dans la rue, au moins une fois cette année là. Chacun se souvient derrière quelle banderole il était. Tout le monde se souvient des « points fixes » faits par le PS et tous ses dirigeants sur le passage des cortèges. Tout le monde se souvient des jeunes du MJS qui criaient « 60, 60, 60 à taux plein ». Les huit syndicats ont organisé des cortèges dans l’unité de bout en bout depuis le mois de juin jusqu’en novembre. 75 % de l’opinion était pour la retraite à 60 ans sans décote. Il y a même eu un moment, bref, à la mi octobre, lorsqu’il y eut des barrages et une pénurie d’essence, ou l’on sentit comme une possibilité de mai 68. On a été au bord de l’explosion. Sarkozy, forcené, retranché dans son bunker de l’Elysée n’a rien voulu entendre, mais il l’a payé électoralement. Rien de tout cela ne s’oublie.

La gauche n’a pas été élue pour attaquer nos retraites mais pour les restaurer. Les sales réformes toutes injustifiées, de la droite, en 1993, 1995, 2003, 2007, 2010, ont baissé nos retraites en moyenne de 30 %. C’est déjà énorme comme recul – d’autant plus inacceptable que la France n’a jamais été aussi riche. La moyenne des retraites des femmes est en dessous de 1000 euros, celle des hommes est autour de 1400 euros, la moyenne générale est de 1200 euros : comment vivre décemment avec ca ? Il faut les ré augmenter, les indexer sur les salaires, il faut l’égalité femmes hommes, pas de retraite en dessous du Smic.

Tous les racontars et désideratas, tous les schémas et plans compliqués, tous les mensonges et légendes sur les « déficits », sur la « démographie », « l’allongement de la vie » tout ça n’a qu’un but : allonger les annuités, retarder les départs, désindexer les retraites des prix, ça ne vise qu’à baisser le niveau des pensions.

La vérité, c’est que nos retraites ne sont pas en danger, 90 % de la dette ne provient pas de nos caisses de retraite ni de la sécurité sociale. Et les 10 % de la dette qui en proviennent sont tout à fait contestables, conjoncturels, seulement dus au chômage, au blocage des salaires et des cotisations sociales.

La retraite par répartition, c’est du solide : elle va directement de ceux qui travaillent à ceux qui sont en retraite. La retraite ce n’est pas une épargne, c’est du salaire. Pas besoin de passer par les fonds de pension risqués et maudits.

Alors oui, on peut, on doit garder la retraite que la gauche a mise en place il y a 30 ans. Si on vit (un peu) plus longtemps, c’est pour en profiter plus longtemps. Si on vit plus longtemps c’est en grande partie grâce à la retraite à 60 ans. Si on part plus tôt, on mourra plus tôt, comme disent les égoutiers « départs retardés, mort prématurée ». Tous les métiers sont durs entre 60 et 65 ans. D’ailleurs l’espérance de vie en bonne santé baisse depuis 2008, de 64 vers 63, 62 ans… On veut du bonheur à la retraite, des années à soi, pas une retraite grabataire. On veut pouvoir vivre nos retraites, voyager, agir pas être confinés, écartés, reclus. La retraite à 60 ans, devrait être calculée sur les 10 meilleures années, 75 % de reversement, 35 annuités ( comme en Allemagne) indexée sur les salaires.

De toute façon les « seniors « sont virés à partir de 55 ans, les annuités cotisées au travail baissent dans la vie réelle, 40 % des retraites subissent une décote, et pour les autres, ce sont les annuités validées au chômage qui augmentent. C’est absurde d’avoir baissé la durée du travail sur la semaine (35 h) et de l’allonger sur la vie. Revenons à 60 ans pour tous, ça fera au moins du boulot pour les jeunes.

On prépare à fond la rentrée de septembre 13.

Notre idée, à D&S, était de faire mieux qu’en 2010 ! Nous avons un atout essentiel : ce sera plus facile de gagner, bien sur, avec la gauche, que contre le malfaisant et provocateur Sarkozy. Sarkozy était aux ordres du Medef. La gauche est sous pression, elle est poreuse aux exigences des salariés, elle peut elle devra entendre. Si on est plus fort que la finance, nous aurons nos retraites sauves !

1°) La première action a été de construire un appel unitaire avec Attac, Copernic, et 30 associations, partis, syndicats, comme en 2010. A l’époque nous avions fait 200 meetings autour des 5 grandes manifestations « temps forts » de septembre à novembre. Cette fois nous voulions que les syndicats soient au cœur, non seulement des manifs mais des meetings. Que les dirigeants des grandes centrales soient les principaux orateurs des grands meetings populaires dans 10 grandes villes au moins.

On avait commencé, il y a eu un plan, un projet d’appel, le début d’une liste. Mais les rapports entre les syndicats sont parfois prudents et délicats, il faut de la diplomatie et du temps pour respecter les rythmes et l’unité. Plusieurs aller retours ont été nécessaires pour qu’un appel voie le jour le 10 septembre entre CGT, FO, FSU et Solidaires.

2°) Attac et le reste du « collectif retraite 2010 », ont donc rédigé un appel les 24 juin, 3 juillet, qui est rendu public le mercredi 10 juillet. L’appel « retraite 2013 » est un compromis entre des forces qui ne rêvent que d’en découdre avec le gouvernement de gauche et des forces qui savent combien l’unité la plus large est nécessaire pour gagner. Nous allons le signer en dépit de ses imperfections afin de ménager l’unité ultérieure avec les syndicats, avec toute la gauche.

Mais nous le disons, la cible n’est pas le gouvernement, la cible c’est la défense de nos retraites. Notre volonté est de convaincre notre gouvernement pas de l’affronter. Ce que nous dénonçons ce sont les exigences de la Commission européenne et du Medef. Si nous reprochons quelque chose à la gauche au pouvoir, c’est d’être tentée de céder aux libéraux, à la troïka, aux marchés.

Nous voulons que puissent participer dans le mouvement tous les militants socialistes mais aussi tous les militants CFDT. Nous n’avons aucun ennemi à gauche. Nous n’avons aucun adversaire syndical. Pas d’exclusive. Pas de diversion. Pas de dispersion. Pas de division. Ceux qui voudraient cliver au sein de la gauche se tromperaient. Notre combat a un seul objectif : « pas un trimestre de plus, pas un euro de moins. »

3°) Nous signons donc une tribune dans la presse avec des dirigeants du PCF, du NPA, des Verts, de Copernic. Elle ne vise pas le gouvernement de gauche. Elle ne met en cause ni François Hollande, ni Jean-Marc Ayrault, ni personne à gauche Elle demande à ce que nos retraites a toutes et tous soient protégées de tout nouveau recul. Elle appelle à l’unité en ce sens.

4°) Nous engageons dans le Parti socialiste, un débat avec tous les militants car nous les savons très majoritairement favorables au rejet de toute nouvelle attaque contre nos retraites. Les jeunes socialistes du MJS l’ont dit officiellement dans une belle déclaration publique avec toutes les organisations de jeunesse. Les femmes socialistes qui militent à « Osons le féminisme » l’ont dit également dans un très bel appel « les femmes ne doivent pas battre en retraite ». Les militants socialistes de toutes motions approuvent volontiers des « déclarations » dans les bureaux fédéraux ou les sections, qui demandent au gouvernement de renoncer a allonger les annuités de cotisation et donc, à baisser les retraites. Un « appel » national est en préparation, qui devrait pouvoir réunir toute la gauche du parti, motion 4, motion 3, UMA, et bien au delà, car presque toujours les membres de la motion 1 l’approuvent vigoureusement : « Les socialistes pour nos retraites ». Pendant l’été, tel est l’objectif, commencer à avoir le maximum de signataires sur cet appel.

5°) Il restera en septembre, autour de la première grande manifestation du 10 septembre, a relancer un appel de toutes et tous, syndicats d’abord, collectif unitaire ensuite, et toutes les forces éveillées, informées, mobilisées, associées, pour le plus grand rassemblement unitaire possible. Sans unité large, sans travail de conviction, de terrain entrainant le maximum de forces à gauche, impossible de mettre des millions de manifestants en branle. Ne pas confondre, ne pas diluer, ne pas élargir à tout et n’importe quoi : bien concentrer sur un objectif, simple, clair, « pas un trimestre de plus, pas un euro de moins ». Défendons nos retraites, faisons reculer les exigences de la Commission européenne, du Medef, pour que le gouvernement ne les relaie pas…

Nous avons la conviction que nous pouvons gagner. Nous devons gagner.

Il n’y a pas de raison de ne pas mobiliser massivement, la situation accumulée étant ce qu’elle est, exaspération, attente, besoin de gauche sont tels que, à condition de bien faire attention à l’unité, ça peut partir. Nos retraites c’est du sensible. C’est au cœur de la gauche. Il y a là une place Taksim, un jardin vert, un ticket de métro…

La dette publique augmente à 91,7 % /PIB : rembourser la dette en priorité accroit la dette ! (cf. site Nvel Obs.fr)

Modifié le 01-07-2013 à 16h53    Temps de lecture : 3 minutes

Par Gérard Filoche  Membre du bureau national du PS
LE PLUS. François Hollande l’a rappelé la semaine dernière : il faut « tenir la dépense publique ». Autrement dit, poursuivre la politique d’austérité. Une méthode absolument contre-productive à l’heure où notre dette publique dépasse les 90% de notre PIB, estiment Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné, auteurs de « Dette indigne ! » (Ed. Gawsewitch, 240 p. 14,9 euros)

Édité par Hélène Decommer  Auteur parrainé par Malaurie Guillaume       inShare0Réagir      L’austérité, jusqu’à quand ? (Flickr cc Dominic’s pics)

 

La dette publique de la France atteignait 91,7 % du PIB à la fin du premier trimestre 2013, selon l’INSEE. Elle s’élevait à 85,9 % fin 2011 et à 90,2 % fin 2012. Comment cela se fait-il ? Est-ce cela le sérieux budgétaire tant vanté par notre gouvernement ? Quelle est cette politique qui aboutit à ce résultat, le contraire de ce qui est escompté et annoncé ?

Lutter contre le déficit public est alors peine perdue

A quoi ça sert que le déficit baisse de 5,3 % en 2011 à 4,8 % en 2012 ? En 2013, le déficit public pourrait atteindre plus de 3,9 % du PIB contre les 3% initialement prévus. Mais la dette publique augmentera alors, de nouveau, de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Pourquoi ? Parce que la prévision de croissance de l’économie a été revue à la baisse et que les recettes fiscales et sociales sont moins importantes que prévues.

Les causes de cette baisse de la croissance et de la récession dans laquelle est aujourd’hui plongée l’économie française n’ont rien de mystérieuses. La politique d’austérité budgétaire imposée par le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) pressure l’investissement public. La stagnation des salaires et des prestations sociales infligées par le Medef et la Commission européenne écrase la demande solvable des salariés.

C’est comme un commerçant dont la banque exige de payer des traites à marche forcée au détriment de l’approvisionnement de ses stocks. Son chiffre d’affaire baisse et sa dette augmente au fur et à mesure qu’il la rembourse. Il faut desserrer l’étau usurier des banques privés contre les dettes publiques de l’état, et investir tout de suite, de façon urgente, dans la relance, en un mot, il faut dépenser « plus » (et non pas « moins ») pour nous en sortir.

Pourquoi la gauche s’entête-t-elle dans cette voie ?

Pourtant quels sont les remèdes proposés par notre gouvernement de gauche ? « Tenir les dépenses publiques » c’est-à-dire réduire de 9 milliards d’euros les investissements de l’Etat et des collectivités territoriales en 2014. Tout ça pour répondre à la « commission » de Bruxelles et aux marchés… (nous l’avons maintes fois expliqué, c’est comme jeter des steaks aux requins, ça ne les éloigne pas, ils suivent le navire et alors on en arrive a enlever ces steaks de la bouche des passagers…)

L’annonce est de 20 milliards « d’effort structurel » en 2014 : dont 70 % (14 milliards) censés provenir d’économies en dépenses et 30 % d’augmentations de recettes (6 milliards). Le volet dépenses du projet de loi de finances permet de documenter 9 de ces 14 milliards, notamment grâce à une baisse de 1,5 milliard des dépenses de l’Etat, hors charge de la dette et pensions, selon le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. On nous explique même que c’est un effort « sans précédent historique » : mais pourquoi s’entêter dans pareille voie si cela nous éloigne des objectifs fixés officiellement ?

Laminer toujours plus la demande solvable en refusant tout coup de pouce au Smic, en gelant la valeur du point dans la fonction publique, en augmentant la TVA le 1er janvier 2014, en n’opposant aucune défense sérieuse aux attaques du Medef contre nos retraites et notre protection sociale nourrit une spirale dégradée…

Réduction des déficits = augmentation de la dette = accroissement de la fracture sociale

Tout le monde sonne le tocsin, mais personne ne semble l’entendre au gouvernement, muré dans une politique d’austérité de plus en plus prononcée, de plus en plus voyante et de plus en plus vaine. La priorité donnée au remboursement de la dette accroît non seulement la dette, mais aussi la fracture sociale. Avec son cortège de conséquences politiques, électorales… qui elles mêmes dégradent les rapports de force, lesquels étaient pourtant plus qu’excellents pour la gauche après la victoire complète de 2012.

Le résultat est couru d’avance : le chômage réel (hors stages-parking, emplois provisoires aidés, expulsions des listes) fera un bon en avant, la récession perdurera, les recettes fiscales et sociales diminueront, le déficit public et la dette publique augmenteront. Une nouvelle politique d’austérité sera alors mise en place…

Pourtant tout cela, on le savait, a été dit et redit. On a vu les tristes effets de ce genre de politique en Europe du sud. Il faudrait savoir arrêter ici une stratégie qui perd avec une telle frénésie.

Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche (auteurs de « Dette indigne » Ed. Gawsewitch 240 p. 14,9 euros)

Maurice Nadeau : retour sur la disparition d’un géant

reçu de la part de notre camarade Julien Guérin

C’est avec une relative discrétion que les médias ont fait part de la mort à 102 ans de Maurice Nadeau dimanche 16 juin. Né en 1911, il a traversé un siècle de guerres et de révolutions en acteur engagé. La majeure partie de cette magnifique et longue existence s’est confondue avec le combat séculaire des peuples pour leur émancipation. C’est donc en militant que nous voulons rendre hommage à ce trotskyste internationaliste, à cet écrivain et éditeur qui a su porter avec discrétion mais fermeté le drapeau de la lutte contre la domination capitaliste sous toutes ses formes.

Entre trotskysme et surréalisme

Né en banlieue parisienne, il découvre l’engagement communiste à l’école normale d’instituteurs de Saint-Cloud où il est admis en 1930. Esprit libre et indépendant, il se rapproche rapidement du premier groupe trotskiste français dirigé par Pierre Naville. Ce petit noyau militant dénonce déjà la glaciation stalinienne et l’alignement inconditionnel du PCF sur Moscou. Maurice Nadeau s’enthousiasme à la lecture des textes de Trotsky qui dénoncent le renoncement de Staline à l’internationalisme et qui percent avec difficulté le mur de l’indifférence et de la calomnie alors vigoureusement utilisées dans les rangs du PCF. Il fréquente également Jacques Prévert et le groupe Octobre qui font de la culture le vecteur d’une transformation révolutionnaire de la société. Le jeune Maurice Nadeau en sera durablement frappé et fera du combat culturel une priorité constante. Il fait aussi la connaissance, au cours de ces années-là, d’André Breton. Il partage avec le chef de file du surréalisme une condamnation sans équivoque du stalinisme. C’est l’une des raisons qui ont poussé Breton à rompre avec un Aragon de plus en plus attiré par les sirènes du petit père des peuples. La publication, en 1938, du manifeste pour un art révolutionnaire indépendant consacre une convergence de vue et un rapprochement entre Trotsky et Breton autour de la célèbre formule « toute licence en art ». Maurice Nadeau place lui aussi l’art au service d’une visée émancipatrice mais refuse tout alignement servile derrière une idéologie d’Etat, quand bien même celle-ci se proclamerait socialiste. Il faut saluer la lucidité et le courage de ces penseurs qui surent se tenir éloignés du stalinisme, qui fit des ravages dans l’intelligentsia française des années 30, sans toutefois renier leurs idéaux révolutionnaires. Maurice Nadeau compte parmi ceux-ci.

La guerre, l’édition et le découvreur de talents

D’abord professeur de Lettres, il devient ensuite instituteur à Thiais en banlieue parisienne. Il s’éloigne du militantisme politique actif mais demeure un infatigable défenseur des opprimés dans ses écrits. Mobilisé en 1939, il reprend son poste d’instituteur en 1940 avant de s’engager dans l’action résistante clandestine aux côtés d’un autre grand militant et intellectuel trotskiste : David Rousset. Ce dernier sera déporté et écrira à son retour le magnifique Les jours de notre mort qui demeure l’un des meilleurs livres sur l’enfer des camps. Nadeau, quant à lui, parvient à échapper aux arrestations. Après la guerre il collabore à Combat, le journal de Camus, et met en œuvre ses idées sur à la liberté absolue en matière artistique, en prenant la défense de Céline à qui tout l’oppose pourtant. Il travaille ensuite chez divers éditeurs tout en signant des critiques de livres dans la presse. Il se signale par une très grande ouverture d’esprit et une propension à faire découvrir des écrivains inconnus qui deviendront des classiques (Henry Miller, René Char…).

L’aventure de la Quinzaine

C’est en 1966 qu’il lance la Quinzaine littéraire avec l’aide d’universitaires, d’historiens et d’auteurs désireux de faire du neuf. Il s’agit d’exister face à la presse commerciale et à la puissante production éditoriale communiste qui est alors à son apogée. Nadeau et son équipe relèvent le défi, trouvent leur place et leur lectorat, même si le journal est menacé à plusieurs reprises. En 1977, il fonde sa propre maison d’édition qui se singularise en prenant le contre-pied des tendances commerciales de ses rivales. Ces deux entreprises audacieuses survivent à bien des difficultés et restent vivantes et actives à l’heure où leur fondateur vient de tirer sa révérence. Exigeantes et de qualité, indépendantes et refusant tout formatage, ces productions demeurent une référence dans le paysage médiatique et éditorial français.

Ces activités n’ont pas empêché pas Maurice Nadeau de participer aux grands combats de la seconde moitié du XXème siècle : signataire du Manifeste des 121 contre la torture en Algérie en 1960, pourfendeur de la guerre du Vietnam, il apporte un soutien indéfectible aux dissidents d’Europe de l’Est avant la chute du rideau de fer. Les années ne semblent pas avoir prise sur ce petit homme discret qui, jusqu’au bout, dirige sa revue, et pratique une intense activité intellectuelle. Devant cet itinéraire dominé par l’exigence de rigueur et de vérité, par la recherche de la justice et de l’émancipation de l’Homme par la culture, ce sont les mots de l’un des derniers écrits de Léon Trotsky qui viennent spontanément à l’esprit : « La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence, et en jouissent pleinement ».

Julien GUÉRIN (77)

 

L’ANI est devenu la loi scélérate du 14 juin 2013

Il faut dorénavant lui donner un nom. Ce n est plus un ANI (Accord national interprofessionnel). Ce n’est plus un projet de texte exige par le Medef, c est devenu un texte de loi promulgue au Journal officiel de la République le 14 juin après décision du Conseil constitutionnel du 13 juin.

Victoire complète du Medef, cette loi du 14 juin 2013 va pouvoir s’appliquer, après des décrets d’application, dès le 1er juillet. Le patronat ravi de ce magnifique cadeau de la gauche (auquel il n’a nulle envie de donner contrepartie) s’empresse de profiter des nouvelles facilités de licenciements. C’est le cas de Michelin qui a bien compris comment utiliser les facultés de « mutations internes et externes », de « pacte de maintien de l’emploi » et de « plans de licenciements » expéditifs. Il découpe ainsi son établissement de Joué les Tours en mutant 400 salariés, licenciant plus de 200 d’entre eux pour n’en garder qu’environ 250 sur place. La FNAC se prépare. Bientôt des centaines de plans asociaux expéditifs selon les modalités prévues par cette loi scélérate vont se multiplier dans les banques, l’automobile, la distribution…

Le coup de pied de l’âne:

Il a été donné par le Conseil constitutionnel qui a approuvé une saisine de  l’UMP concernant l’article 1 sur la « complémentaire santé ». Dans un silence médiatique total (tout débat sérieux aura été étouffé jusqu’au bout sur cette loi comme chaque fois qu’il s’agit de casser le code du travail) le Conseil constitutionnel a jugé que les « clauses de désignation » intervenant dans les régimes de santé des branches professionnelles étaient « contraires à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». C’est une véritable bombe, y compris contre ceux des syndicats qui avaient signé l’ANI et des députés qui ont vote lâchement sa transcription. Le CC a censuré la possibilité pour les partenaires sociaux des branches professionnelles de désigner un ou plusieurs organismes pour gérer les régimes de complémentaire santé qu’ils négocient. Le CC a jugé que ces clauses portaient « à la liberté d’entreprendre et à la liberté contractuelle une atteinte disproportionnée au regard de l objectif poursuivi de mutualisation des risques » et « par la même ne respectaient pas l’article 4 de la Déclaration de 1789″. C est un baratin de circonstance totalement abstrait et intemporel qui donne victoire aux grandes compagnies d’assurance privées à but lucratif.

La CFDT, Michel Sapin, Marisol Touraine, le rapporteur de la loi du 14 juin ont perdu et se sont fait rouler dans la farine par le Medef, la Fédération française des sociétés d’assurances, le « collectif des Abeilles » et le Conseil constitutionnel : ce seront exclusivement les employeurs qui, en 2016, décideront où va la manne des 4 milliards (dont 2 milliards pourtant payés par les salaries) de la nouvelle complémentaire ! Cette complémentaire sera obligatoire, plus chère avec un panier de soins plus réduit que la CMU.C et tombera dans les cassettes d’AXA, Generali ou du Gan. Il ne leur reste plus qu’à préparer les prospecteurs et les prospectus.

La version finale des critères d’ordre des licenciements

Sur France inter, mardi 23 avril, dans la matinale, il m’a été prétendu que la version finale de la loi adoptée au Parlement avait changé l’ANI Medef du 11 janvier. C’est faux et l’exemple pris sur les critères de licenciements l’illustre fort bien.

Dans le Code du travail antérieur, l’article L1233-5, en l‘absence de convention ou d’accord collectif applicable, demandait à l’employeur de « définir des critères retenus pour fixer l’ordre des licenciements, après consultation du comité d’entreprise ou à défaut des délégués du personnel.

Ces critères prennent notamment en compte :

1°) les charges de famille en particulier celle des parents isolés ;

2°) L’ancienneté de service dans l’établissement ou l’entreprise ;

3°) La situation des salariés qui présentent des caractéristiques sociales rendant leur insertion professionnelle particulièrement difficile, notamment celle des personnes handicapées et des salariés plus âgés ;

4°) les qualités professionnelles appréciées par catégorie. »

Ces critères d’ordre sociaux permettaient de sauver parfois, au milieu de la misère des licenciements forcés, les cas les plus désespérés. L’ordre de ces critères avait été confirmé par la jurisprudence depuis des décennies.

L’ANI a renversé l’ordre de ces critères, celui de la « compétence » devenant le premier… Pour l’ordre des licenciements,  la « compétence professionnelle » passait avant les critères sociaux. Or chacun le sait l’appréciation de la « compétence » professionnelle, c’est flou, c’est «  à la tête du client » et des desiderata du patron.

Dés le début nous avons protesté contre ce recul, un des plus réactionnaires prévus par l’ANI. Réponse : le texte de loi aurait modifié cet aspect. C’est faux, c’est du bluff, c’est hypocrite, c’est basé sur l’ignorance, par des millions de salariés, du texte réel.

Jugez-en par vous mêmes, chaque mot a un sens juridique précis  :

L’ANI disait : « L’employeur est fondé, pour fixer l’ordre des licenciements, à privilégier la compétence professionnelle sous réserve de tenir également compte des autres critères fixés par la loi ».

L’avant-projet de loi au Conseil des ministres du 6 mars disait : « L’employeur peut privilégier un de ces critères, en particulier celui des qualités professionnelles, à condition de tenir compte de l’ensemble des autres critères prévus par le présent article ».

Et le projet de loi final dit : « L’employeur peut privilégier un de ces critères, à condition de tenir compte de l’ensemble des autres critères prévus au présent article ».

L’employeur pourra donc désormais en toute légalité établir, selon son bon vouloir, l’ordre des licenciés. Telle est la vérité, le reste est fumée.

Mon intervention au BN du PS mardi 25 juin : pas de réduction du chômage de masse sans réduction du temps de travail

Merci à Michel Sapin de son exposé sur toutes ces initiatives (emploi d’avenir, contrat de génération, emplois aidés…) pour contenir, endiguer, la montée du chômage. La question de l’emploi est assurément au centre de tout. On comprend l’importance en ce sens du second sommet social pour inverser la courbe du chômage, on comprend le symbole politique. Même si on sait que des millions de gens seront plus sensibles au nombre de chômeurs rencontrés autour d’eux, au vécu, qu’à un chiffre symbolique.

Je suggère cependant une autre initiative, qui est de traquer mieux le travail dissimulé, car les employeurs fraudent de plus en plus sur les heures supplémentaires, et il y en a probablement un milliard soit l’équivalent de 600 000 emplois, ce qui est énorme. Pour régler cela, il faudrait doubler les effectifs des sections de l’inspection du travail, d’une inspection en capacité d’agir en sections territoriales, généralistes, indépendantes… appliquer un code du travail plus rigoureux, et non pas plus flexible.

Je le dis aussi, je ne crois pas qu’il y ait 200 à 300 000 emplois non pourvus, il est vrai que tu viens d’écarter l’idée qu’il y en ait 400 ou 500 000… François Hollande, notre président – que j’aime ! – s’est trompé là dessus.. Ce n’est pas là qu’il faut chercher !

Et si toutes les mesures d’emplois aidés, freinent le chômage, elles ne suffisent évidemment pas, c’est un simple antalgique, ça ne traite pas le mal, le cancer…

Le chômage de masse c’est 4,7 millions toutes catégories confondues, plus les précaires, plus des centaines de milliers rayés des listes, 5,2 millions… Ca ronge en profondeur toute notre société. Et ce chômage de masse qui augmente de 1300 chaque jour, nous fait reculer, comme prévisible, d’élection en élection. Et cela nous sanctionnera gravement encore bien plus qu’à Villeneuve sur Lot.

C’est impossible de faire reculer ce chiffre record de 5,2 millions de chômeurs réels, sans croissance bien sur. Mais aussi sans réduction du temps de travail, il n’y aura pas de recul du chômage de masse.

Dans notre parti, le parti des 35 h, on sait ca : Lionel Jospin avait bénéficié de croissance, mais s’il a fait reculer le chômage, à l’époque davantage qu’ailleurs, c’est grâce aux 35 h. Elles ont crée de 350 à 400 000 emplois, même François Fillon avait retenu ce chiffre. Et si on n’avait pas les 35 h on aurait aujourd’hui 400 000 chômeurs de plus.

Les libéraux disent : « C’est le travail qui crée le travail », mais en vérité, Sarkozy avait organisé le chômage partiel, et multiplié les sans-travail. Il avait financé le « travailler moins et gagner moins ». Alors que les salaires sont si bas, trop bas, qu’il y a gel des points d’indice de la fonction publique, blocage du smic de façon insupportable.

Les libéraux disent qu’on ne peut pas partager le travail. Mais c’est une grosse bêtise. Bien sur que le travail est partagé, partout, dans toutes les sociétés, tout le temps, forcément. Soit il est partagé, férocement, violemment entre surtravail sous travail et sans travail, soit il est partagé démocratiquement, socialement par le code du travail, les durées légales, les durées maxima, et cela doit être notre choix.

Quand j’entends Marisol Touraine parler de « travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps », je me dis qu’elle ne combat pas le chômage de masse. Ca n’a pas de sens, si on vit plus longtemps, c’est pour en profiter plus longtemps. Va t’on faire travailler les femmes plus longtemps parce qu’elles vivent plus longtemps ? Il faut travailler mieux, moins, tous. C’est ce qu’on a fait pendant 70 ans de 1936 à 2002 : on a produit davantage, on a créé davantage d’emplois, on a gagné plus et on a travaillé moins.

Ces 4 choses, on les a faites en même temps. Et c’est comme ça qu’on est passé de 9 millions de salariés en 1936 à 17 millions de salariés en 2002.

Je me dis que Marisol Touraine rame contre l’inversion de la courbe du chômage, car à faire travailler plus longtemps les seniors on aura forcément moins de boulot chez les jeunes.

Le PS, parti des 35 h ne serait pas cohérent à faire la retraite à 65 ans. Quelle cohérence y a t il à réduire la durée du travail sur la semaine, si c’est pour l’augmenter sur la vie ?

Déjà les durées réelles ne sont plus la durée légale, elles sont proches en réalité de 41h/42h comment cela se justifie quand on a 5 millions de chômeurs ? Il faut rapprocher la durée réelle de la durée légale. Il faut même aller vers les 32h, je le dis, en voyant ici aussi Pierre Larouturou.

Quand on parle de 44 annuités cotisées, cela heurte la politique de lutte contre le chômage et contredit tous les efforts consentis par ailleurs. 44 annuités, alors que, dans la vie réelle, les annuités cotisées au travail reculent, 40 % des gens subissent déjà une décote à l’âge de la retraite, et sur les 60 %, il y en a, combien, 2 sur 3, qui atteignent la retraite en étant inaptes, licenciés, chômeurs.

Reculez l’âge de départ en retraite ou allongez le nombre d’annuités exigées sur le papier et vous allongez du même coup, le nombre de chômeurs…

La gauche a été élue pour défendre les retraites, pas pour les attaquer. Et, non seulement l’attaque contre nos retraites nous nuirait terriblement dans notre électorat, mais elle contredirait nos efforts anti chômage. Cela se traduirait par une baisse du niveau des retraites déjà trop basses, comme le sont les salaires, et pas par une progression de l’emploi comme le souhaitait Michel Sapin, à l’instant, dans son exposé.

Sommet social : une messe sans foi…. et puis un joli petit jardin vert… et 6 cts d’euros sur un ticket de métro

 

Ah le joli petit jardin vert… pour le découvrir en partant de Tunel, il faut prendre le petit tram qui remonte Istiqlal et arriver à la station sur la place Taksim, la place du partage et des rencontres…J’aime le petit jardin vert, le parc Gezi  il a suffi qu’il soit menacé d’être détruit par les pelleteuses pour qu’éclate un mai 68 en Turquie de 3 semaines et dans 385 villes du pays…

Ah le joli ticket de métro de Rio de Janeiro : il a suffi d’une augmentation de 6 cts d’euros pour qu’explosent des millions de brésiliens dans les rues. Des centaines de milliers de manifestants défilent pendant des jours pour protester contre la hausse des tarifs des transports publics et les dépenses somptuaires engagées pour l’organisation du Mondial 2014 de football.

Ah les cotisations sociales portugaises : il a suffit que le gouvernement veuille abaisser celles des patrons de 22,5 à 18, 5 % et hausser celles des salariés de 11,5 % à 18,5 % pour mobiliser 1,5 million de manifestants (soit l’équivalent de 11 millions en France).

Quel va être le déclencheur ici ?

Ah le gel du point d’indice des fonctionnaires pour la 4° année consécutive, Marilyse Lebranchu explique « qu’elle a fait une connerie de communication en l’ayant annoncé à la veille du « sommet social »… Elle ne regrette pas l’annonce, mais seulement le moment où elle l’a faite… Baisser les salaires des fonctionnaires, c’est très injuste et provocateur

Ah le gel du Smic, annoncé par Président de la République lui-même, alors que tout augmente, que l’on a 10 millions de pauvres et 5,2 millions de chômeurs réels… Pendant qu’on distribue 20 milliards d’euros sans contrepartie aux employeurs et actionnaires, pendant que s’est bouclée au Conseil Constitutionnel une loi anti code du travail concédée au Medef, pendant que Pierre Moscovici donne 2, 585 milliards à Dexia et les refusent aux entreprises en difficulté… tous les salaires reculent…

Ah les nouvelles attaques insensées contre nos retraites… A partir d’une invention fantaisiste claironnée partout, selon laquelle il y aurait prétendument 20 milliards de déficit en 2020…(sic) une nouvelle attaque est prévue par la gauche afin d’en rajouter sur les cinq sales contre reformes de la droite depuis 20 ans (Balladur 93, Juppé 95, Fillon 2003, Sarkozy 2007 et 2010)

Sommet social : une « messe sans foi »

La priorité réelle de notre gouvernement de gauche n’est pas à la lutte contre le chômage, cela se saurait, cela se verrait. Le choix du gouvernement est d’instaurer un compromis avec le patronat, et de le faciliter avec les syndicats qui s’y prêtent politiquement.  La priorité du gouvernement, en dépit de son affichage, est  la réduction des déficits. Il facilite les licenciements pas les embauches. Il rembourse les banques au lieu de créer des emplois. Il ménage les riches et de fait, appauvrit les pauvres. Il va replonger les vieux dans la misère pour complaire aux « reformes structurelles » des libéraux enragés de Bruxelles. Il cherche dangereusement à faire avaliser tout cela dans une parodie de sommet social, « une messe sans foi » comme la décrit Jacques Delors.

Les beaux espoirs des 6 mai et 17 juin, un an après, ont suscité enthousiasme, puis attente puis impatience, puis se transforment en déception, en colère et même en rage. Attention au détonateur.

Le gouvernement se flatte de » faire mieux qu’ailleurs ». Il nous décrit une » crise plus violente que prévue et une finance plus puissante qu’annoncée ».

C’est vrai que nous n’en sommes pas au point catastrophique de la Grèce détruite par la Troïka, ni au niveau des drames espagnol, italien, portugais, irlandais… Pas encore. Mais nous subissons, en les acceptant et  en y contribuant tous les reculs des peuples européens devant la banque, la finance, les marchés aveugles. Et, comme prévu, tout se dégrade.

Comme partout ailleurs en Europe, la priorité au remboursement de la dette aboutit à l’augmentation de la dette. Les déficits en France sont passés de 5,3 % en 2011 à 4,8 en 2012 et sont envisagés à 3,9 en 2013. Mais en même temps la dette augmente, en dépit de taux très bas, de 86 % à 90 % du PIB.  En enlevant plus de 50 milliards pour rembourser la « dette », en les donnant aux banquiers plutôt qu’à l’emploi, en serrant la ceinture sur tout, allocations familiales ou retraites, fonctionnement des services publics ou droits du travail, le gouvernement nourrit la récession qui diminue les recettes, qui nourrit la dette davantage que ce qu’on la réduit.

S’en prendre aux salaires et aux retraites dans ce contexte frise l’inconséquence provocatrice auprès du peuple de gauche, auprès du salariat. Les points d’indice des petites catégories de fonctionnaires les place a niveau du Smic qui est lui même gelé alors que chacun, dans sa vie quotidienne ressent la dureté du cout de la vie.

Rien, rien, rien n’exige de baisser les retraites, déjà trop basses. La misère est déjà revenue chez les seniors. Avec des moyennes de 984 euros chez les femmes, 1400 euros chez les hommes, avec une moyenne générale de 1200 euros et une retraite médiane autour de 1050 euros, ce qui est à l’ordre du jour c’est d’augmenter les retraites surtout pas de les baisser. Les retraites c’est du salaire.

Pas plus que les salaires, il n’existe aucune nécessité structurelle d’abaisser les retraites. Les quelques années de bonheur, en forme et en repos, entre 60 et 65 ans sont mérités par notre salariat qui a le taux de productivité le plus élevé du monde. Nous connaissons un boom démographique depuis 15 ans et l’espérance de vie en bonne santé recule depuis 5 ans. 90 % des déficits et de la dette du pays ne proviennent absolument pas de nos caisses de protection sociales, sécu ou retraite. Et les seules difficultés éventuelles, discutables et discutées, sont dues au chômage de masse, au blocage des salaires et au recul des cotisations sociales patronales.

C’est encore plus insupportable pour des millions de gens que les salaires et retraites baissent alors que les surprofits, les dividendes montent de façon fabuleuse. Bruxelles exige de ne pas toucher aux marges des entreprises alors que 590 milliards d’avoirs français sont dans les paradis fiscaux.

C’est un choix que de frapper les 450 milliards équilibrés du budget social plutôt que les 590 milliards d’avoirs financiers évadés.

Je ne suggère pas à la gauche, au gouvernement de faire ce choix cruel et contraire à tout ce qu’attend son électorat. Car une chose est que les électeurs de gauche s’abstiennent en masse comme dans les huit partielles que nous venons de connaître -  inclus Villeneuve sur lot. Une autre chose serait que le désespoir pousse à une hausse de trop sur les tickets de train, un insolent « plan social » de trop à Michelin à Joué les Tours ou à la FNAC ou à une bavure d’un ministre de l’intérieur trop zélote et trop zélé…

Il y a, en France aussi, des petits jardins verts auxquels tiennent des millions de salariés exaspérés…

Gérard Filoche, le 20 juin…